{"id":184,"date":"2025-12-25T03:01:26","date_gmt":"2025-12-25T03:01:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/?p=184"},"modified":"2025-12-25T16:41:50","modified_gmt":"2025-12-25T16:41:50","slug":"1903","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2025\/12\/25\/1903\/","title":{"rendered":"1903"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janvier 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 janvier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 1<sup>er<\/sup> janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe de 9h \u00e0 Saint-Joseph. Ensuite, je vais acheter un bouquet que nous offrons, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philom\u00e8ne et moi, \u00e0 Tante Josepha et \u00e0 l\u2019oncle Paul \u00e0 l\u2019occasion du jour de l\u2019An, et une bourse de bonbons que nous offrons \u00e0 N\u00e9nette. L\u2019apr\u00e8s-midi, je porte une quantit\u00e9 \u00e9norme de cartes&nbsp;: M. Mailfert, M. Delahaye, tous mes professeurs actuels et anciens, le P. V\u00e9tillart, M. Gavouy\u00e8re, Mme Robiou du Pont, Mme Blanc, Mme de Kergos, Mme Bodinier&nbsp;; je fais aussi une visite au cur\u00e9 de Saint-Serge. Maman a plusieurs visites, entr\u2019autres celle des De Soos. Le soir apr\u00e8s d\u00eener, nous envoyons encore une foule de cartes de faire-part des fian\u00e7ailles de Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 2 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019occasion du premier vendredi du mois et de l\u2019ann\u00e9e, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame et j\u2019y fais la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, il fait un temps tellement \u00e9pouvantable -pluie continuelle et vent violent \u2013 que je reste claquemur\u00e9 dans la maison&nbsp;; N\u00e9nette passe toute l\u2019apr\u00e8s-midi avec nous et, m\u00eame, d\u00eene ici ce soir. \u00c0 6h \u00bd, je suis tout de m\u00eame oblig\u00e9 de sortir pour aller d\u00eener chez Mme des Loges, c\u2019est un petit d\u00eener de jeunes gens&nbsp;; en dehors des Des Loges, il n\u2019y a que Jacques et Michel Herv\u00e9-Bazin, Henri Bonnet et moi&nbsp;; apr\u00e8s le d\u00eener arrivent, pour passer la soir\u00e9e, M., Mme, Mlle Bonnet, Robert de Kergaradec et Etienne de Place&nbsp;; je rentre vers 11 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 3 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me l\u00e8ve tr\u00e8s tard. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa chez Mme de La Villebiot, quand M. et Mme de Padirac, qui y \u00e9taient, sont partis, nous causons longuement du mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se que nous avons annonc\u00e9 aux De La Villebiot avant de l\u2019annoncer aux autres personnes d\u2019Angers&nbsp;; d\u2019ailleurs Mme de La Villebiot en connaissait le projet depuis longtemps puisqu\u2019on s\u2019\u00e9tait adress\u00e9 \u00e0 elle pour des renseignements. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 4 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Messe de 10h \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, salut \u00e0 4h \u00bd \u00e0 l\u2019Adoration. Nous recevons un grand nombre de lettres et de cartes de f\u00e9licitations du Roussillon o\u00f9 les fian\u00e7ailles sont annonc\u00e9es depuis plusieurs jours. \u00c0 midi, nous avons les Magu\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner pour manger en famille un chapon truff\u00e9 envoy\u00e9 par les Saint-Cyr.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 janvier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 5 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit commercial (en remplacement de M. Jac) et de droit international, car les vacances sont finies. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 2h, je vais avec Papa \u00e0 la gare attendre Tata Mimi qui arrive pour plusieurs jours afin d\u2019\u00eatre pr\u00e9sente au moment des fian\u00e7ailles de Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; apr\u00e8s son arriv\u00e9e, je vais faire une visite \u00e0 Mme des Loges, je porte \u00e0 l\u2019Ev\u00each\u00e9 et \u00e0 Saint-Aubin les cartes de fian\u00e7ailles pour Mgr Rumeau et Mgr Pasquier&nbsp;; je vais \u00e0 la gare o\u00f9 je dis au revoir \u00e0 Philom\u00e8ne qui repart ce soir pour Le Mans, les dames du Sacr\u00e9-C\u0153ur ne voulant pas nous la laisser deux ou 3 jours de plus, malgr\u00e9 les prochaines fian\u00e7ailles de Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; elle ne fera donc que beaucoup plus tard, au moment du mariage, la connaissance de son futur beau-fr\u00e8re. Ensuite, je vais voir le P\u00e8re Barbier et le P\u00e8re Lionnet. Le soir, il n\u2019y a pas de Conf\u00e9rence Saint-Louis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 6 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. Apr\u00e8s le cours, je distribue une vingtaine de cartes de fian\u00e7ailles dans le quartier Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019en distribue environ 60. Avec quelques-unes qui seront distribu\u00e9es demain et celles que nous enverrons par la poste, cela fait environ 110 cartes pour Angers&nbsp;; en-dehors d\u2019Angers, nous en avons envoy\u00e9 environ 200. Je vais faire une visite \u00e0 Mme Herv\u00e9-Bazin et \u00e0 Mme Maurice Gavouy\u00e8re&nbsp;; partout, on me f\u00e9licite&nbsp;; les fian\u00e7ailles de Marie-Th\u00e9r\u00e8se sont l\u2019\u00e9v\u00e9nement du jour \u00e0 Angers. Il \u00e9tait temps de les annoncer officiellement, car plusieurs personnes en \u00e9taient instruites, notamment Mme des Loges, qui l\u2019avait appris par Mlle de Kergaradec, laquelle le tenait de Mlle de Boursetty, de Versailles, aux parents de laquelle nous en avions fait part il y a plusieurs jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 7 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, le bouquet de fian\u00e7ailles de Marie-Th\u00e9r\u00e8se arrive vers 2h \u00bd avec la carte de Max de Saint-Cyr piqu\u00e9e dedans&nbsp;; on l\u2019installe au salon et il est le point de mire des nombreuses personnes qui viennent f\u00e9liciter Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; vers 4 heures, je vais distribuer quelques cartes \u00e0 des eccl\u00e9siastiques de Saint-Aubin et des Internats, puis je vais \u00e0 la gare attendre Max. Il arrive \u00e0 5 heures avec sa m\u00e8re, et je l\u2019accompagne chez Tante Josepha qui a l\u2019amabilit\u00e9 de le loger. Vers 6h \u00bd, il vient \u00e0 la maison et il offre alors sa bague de fian\u00e7ailles \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; elle se compose d\u2019un saphir accompagn\u00e9 de quelques brillants. Vers 10h \u00bd, je le raccompagne chez l\u2019oncle Paul. Mme de Saint-Cyr loge dans la chambre de Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 8 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s une visite aux Magu\u00e9, nous faisons un petit tour au Jardin des plantes avec les Saint-Cyr&nbsp;; nous n\u2019allons pas ailleurs parce que Max, qui n\u2019a apport\u00e9 que des v\u00eatements de campagne, doit passer par La Belle Jardini\u00e8re avant de se risquer sur les boulevards&nbsp;; il y va vers 5h \u00bd et en revient avec de forts jolis v\u00eatements. Le soir, les Magu\u00e9 viennent prendre le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 9 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener tous ensemble et faire visiter la ville aux Saint-Cyr. \u00c0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 10 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Herv\u00e9-Bazin \u00e0 la foire aux vins o\u00f9 je d\u00e9guste plusieurs vins blancs, dont la plupart sont un peu verts (c\u2019est la note dominante cette ann\u00e9e dans ce pays-ci et c\u2019est ce qui a permis \u00e0 nos vins de se relever). Ensuite, je vais faire une visite \u00e0 M. Jac, puis je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, nous avons les Magu\u00e9 \u00e0 d\u00eener&nbsp;; c\u2019est le d\u00eener de fian\u00e7ailles&nbsp;; au champagne, l\u2019oncle Paul porte un toast aux jeunes fianc\u00e9s. Apr\u00e8s d\u00eener, nous faisons de la musique, puis on prend le th\u00e9 et on s\u2019en va.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 11 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous faisons la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre la cl\u00f4ture de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle. Le soir, th\u00e9 chez les Magu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 janvier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 12 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais assister \u00e0 une revue de toute la garnison, place La Rochefoucauld&nbsp;; je vois pour la premi\u00e8re fois l\u2019oncle Paul \u00e0 la t\u00eate de son r\u00e9giment qui d\u00e9file fort bien, mieux que le 135<sup>e<\/sup>. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Catta<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> sur le <em>Kulturkampf<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 13 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires&nbsp;; apr\u00e8s le cours, je vais accompagner \u00e0 la gare Mme de Saint-Cyr qui repart pour le P\u00e9rigord&nbsp;; Tata Mimi est partie pour Paris par le train de 10h25. L\u2019apr\u00e8s-midi, conf\u00e9rence de droit civil, puis cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 14 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, Maman re\u00e7oit une quantit\u00e9 \u00e9norme de visites et je suis oblig\u00e9 de descendre plusieurs fois au salon. \u00c0 5h \u00bd, ouverture dans la salle de la Conf\u00e9rence Saint-Louis, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, que le P\u00e8re Barbier fera tous les 15 jours pour les \u00e9tudiants et les professeurs. Mgr Rumeau pr\u00e9side ce premier cours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 15 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, il n\u2019y a pas le second cours, M. Courtois \u00e9tant malade. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 2h, je vais patiner sur les pr\u00e8s du Bon Pasteur, par un froid de -3\u00b0 ou -4\u00b0 qui dure toute la journ\u00e9e. \u00c0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture. \u00c0 7h, nous allons tous d\u00eener chez les Magu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 16 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 2h moins un quart, conf\u00e9rence de droit commercial&nbsp;; je vais ensuite patiner&nbsp;; \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture. Apr\u00e8s d\u00eener, conf\u00e9rence de l\u2019abb\u00e9 Morlais sur Cic\u00e9ron.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 17 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire 2 visites. \u00c0 5 heures, le\u00e7on d\u2019escrime. Le soir, conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 18 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais faire la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame. Je reviens \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 cause du mauvais temps, je ne sors que pour aller chez les Magu\u00e9, puis au salut des Dominicains. Papa et Max partent tous les deux par le train de 10h27 du soir. Ils voyageront ensemble jusqu\u2019\u00e0 Angoul\u00eame&nbsp;; l\u00e0 Max quittera Papa pour s\u2019en retourner \u00e0 Sainte-Croix, et Papa continuera sur Vin\u00e7a o\u00f9 il arrivera demain soir \u00e0 8h15&nbsp;; il va passer quelques jours en Roussillon pour pr\u00e9parer certaines affaires en vue du mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 janvier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 19 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais la visite des pauvres, puis je vais voir M. l\u2019abb\u00e9 Brossard. \u00c0 8h du soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; le comte du Plessis de Gren\u00e9dan<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> y fait une conf\u00e9rence sur \u00ab&nbsp;Les salons bleus et les pr\u00e9cieuses&nbsp;\u00bb, M. Le Gonidec de Traissan, p\u00e8re du d\u00e9put\u00e9 (ou s\u00e9nateur, j\u2019oublie lequel des deux) des C\u00f4tes-du-Nord<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> assiste \u00e0 la s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 20 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 4 heures conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u2020Angers, mercredi 21 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, Maman a encore beaucoup de visites.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 22 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours d\u2019agriculture \u00e0 5h \u00bc&nbsp;; j\u2019apprends qu\u2019il y a eu, aujourd\u2019hui, en gare de la Bohalle un assez grave accident de chemin de fer&nbsp;; le P\u00e8re Barbier qui s\u2019y trouvait a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement bless\u00e9 \u00e0 la main&nbsp;; le soir, pas de congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 23 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial apr\u00e8s laquelle j\u2019enfourche ma b\u00e9cane et je vais voir, \u00e0 la Bohalle, s\u2019il y a encore les traces de l\u2019accident d\u2019hier&nbsp;; la voie est compl\u00e8tement d\u00e9blay\u00e9e et la circulation r\u00e9tablie&nbsp;; on voit seulement, par c\u00f4t\u00e9, un wagon-fourgon bris\u00e9 et quelques d\u00e9bris&nbsp;; le plus triste, c\u2019est que deux m\u00e9caniciens, dont l\u2019un \u00e9tait p\u00e8re de sept enfants, ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, et qu\u2019il y a plusieurs bless\u00e9s. Je venais de rentrer \u00e0 la maison, trop tard pour aller au cours d\u2019agriculture, lorsque Jules vient annoncer que le P\u00e8re Ollivier demande \u00e0 nous voir&nbsp;; on le fait monter au petit salon et nous sommes tr\u00e8s surpris de nous trouver en pr\u00e9sence d\u2019un assomptionniste que nous ne connaissions pas du tout. Il nous connaissait de nom, et ayant quelques jours \u00e0 passer \u00e0 Angers, il est venu nous voir&nbsp;; nous nous trouvons de suite en pays de connaissance, il conna\u00eet Bonne Maman, Tata Mimi, des parents des Saint-Cyr et une foule de personnes de notre connaissance. Maman le prie de rester \u00e0 d\u00eener, il accepte et nous causons tr\u00e8s agr\u00e9ablement jusqu\u2019\u00e0 10 heures&nbsp;; il prend le train de 10h40 pour Paris.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 24 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5 heures, escrime. \u00c0 6 heures, l\u2019oncle Paul et Tante Josepha viennent d\u00eener parce qu\u2019ils ne sauraient comment d\u00eener chez eux \u00e0 cause du bouleversement occasionn\u00e9 dans leur maison par leur soir\u00e9e (pour la m\u00eame raison, N\u00e9nette, qui n\u2019assiste pas \u00e0 cette soir\u00e9e, couche dans le lit de Philom\u00e8ne). \u00c0 9 heures, je vais chez Tante Josepha&nbsp;; j\u2019y vais seul parce que Marie-Th\u00e9r\u00e8se ne peut pas aller dans le monde sans son fianc\u00e9 et que Maman ne veut pas y aller sans Marie-Th\u00e9r\u00e8se. \u00c0 9h \u00bc, les invit\u00e9s commencent \u00e0 arriver&nbsp;; ce sont presque tous des militaires (il n\u2019y a que 3 habits noirs&nbsp;: Jacques Herv\u00e9-Bazin, un ing\u00e9nieur et moi), et la plupart sont des officiers du g\u00e9nie&nbsp;; il y a cependant des fantassins&nbsp;: le colonel du 135<sup>e<\/sup> et le lieutenant-colonel&nbsp;; et 3 dragons&nbsp;; le colonel de Monspey<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, le lieutenant-colonel de Sainte-Marie et le commandant de La Masseli\u00e8re<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;; j\u2019ouvre le bal \u00e0 10 heures moins le quart avec Mlle Challan de Guillanche<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, fille du colonel du 135<sup>e&nbsp;<\/sup>; je danse avec Mlles Blanc, de La Masseli\u00e8re, Simon, Challan de Guillanche, Bretaud, etc. etc.&nbsp;; il y a plusieurs interm\u00e8des&nbsp;: un morceau de violoncelle, un morceau de chant et deux sc\u00e9nettes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le commissaire n\u2019est pas m\u00e9chant&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Un wagon&nbsp;\u00bb. Buffet tr\u00e8s bien assorti, dans la salle \u00e0 manger&nbsp;; la musique&nbsp;: un piano et deux violons, est excellente. \u00c0 2h \u00bd, tout le monde est parti. Tante Josepha compte recommencer dans 3 semaines&nbsp;; tant mieux&nbsp;! Car on s\u2019est bien amus\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 25 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 10h \u00bc et j\u2019assiste \u00e0 la messe de 11 heures \u00bd \u00e0 Notre-Dame. Le soir, \u00e0 5h, salut chez les Dominicains.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 31 janvier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 26 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 3h, je vais avec Maman faire une visite \u00e0 Mme Bonnet que nous ne rencontrons pas&nbsp;; je vais chez le dentiste, puis me faire couper les cheveux&nbsp;; enfin \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, \u00e0 8h \u00bd, je vais, avec Tante Josepha, voir jouer <em>\u0152dipe-Roi<\/em> au Th\u00e9\u00e2tre municipal&nbsp;; l\u2019attrait de la pi\u00e8ce, c\u2019est que Mounet-Sully<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, de la Com\u00e9die fran\u00e7aise, joue le r\u00f4le principal, celui d\u2019\u0152dipe&nbsp;; Mme Lerou<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, de la Com\u00e9die fran\u00e7aise, joue celui de Jocaste. Mounet-Sully est vraiment sup\u00e9rieur, surtout dans la seconde partie de la trag\u00e9die, au moment o\u00f9 \u0152dipe est malheureux&nbsp;; beaucoup de dames pleurent autour de moi (j\u2019avoue que je n\u2019en fais pas autant). Cette traduction du chef-d\u2019\u0153uvre de Sophocle est extr\u00eamement int\u00e9ressante&nbsp;; les d\u00e9cors, par exemple, sont m\u00e9diocres. Nous rentrons \u00e0 11h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Archivo-Emilie_Lerou_como_Cleopatre_en_Rodogune.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"781\" height=\"1024\" data-id=\"188\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Archivo-Emilie_Lerou_como_Cleopatre_en_Rodogune-781x1024.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-188\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Archivo-Emilie_Lerou_como_Cleopatre_en_Rodogune-781x1024.png 781w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Archivo-Emilie_Lerou_como_Cleopatre_en_Rodogune-229x300.png 229w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Archivo-Emilie_Lerou_como_Cleopatre_en_Rodogune-768x1006.png 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Archivo-Emilie_Lerou_como_Cleopatre_en_Rodogune.png 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 781px) 100vw, 781px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mlle Lerou (1855-1935), de la Com\u00e9die fran\u00e7aise, ici dans le r\u00f4le de Cl\u00e9op\u00e2tre de <em>Rodogune<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/MOUNET-SULLY_-_Portrait_par_JM_LOPEZ.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"344\" height=\"464\" data-id=\"190\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/MOUNET-SULLY_-_Portrait_par_JM_LOPEZ.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-190\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/MOUNET-SULLY_-_Portrait_par_JM_LOPEZ.jpg 344w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/MOUNET-SULLY_-_Portrait_par_JM_LOPEZ-222x300.jpg 222w\" sizes=\"auto, (max-width: 344px) 100vw, 344px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mounet-Sully (1841-1916), de la Com\u00e9die fran\u00e7aise<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 27 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels&nbsp;; apr\u00e8s le cours, Herv\u00e9-Bazin est Bonnet arrivent \u00e0 la Facult\u00e9, retour du tirage au sort&nbsp;; le premier a eu la malchance de tomber sur un num\u00e9ro inavouable, le num\u00e9ro 100&nbsp;! (pareille m\u00e9saventure \u00e9tait arriv\u00e9e, il y a 2 ans, \u00e0 Daniel Dauge), Bonnet a 167. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 4 heures, conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 28 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, impossible d\u2019assister aux cours parce que je vais, \u00e0 9 heures, \u00e0 la Mairie pour le tirage au sort, avec les conscrits du canton nord-est d\u2019Angers (il y en a 334), je tire le num\u00e9ro 107, cela n\u2019a aucune importance pour les dispens\u00e9s comme moi. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 11h \u00bd, nous avons la visite de M. Marc de La Bardonnie, fr\u00e8re de Madame de Saint-Cyr, qui est en ce moment avec sa femme (une demoiselle de Juillac, cousine \u00e9loign\u00e9e de Bosch)<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a> pr\u00e8s du Lion-d\u2019Angers, au ch\u00e2teau de Richou chez son cousin le baron de Boul\u00e9mont<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>&nbsp;; nous causons pendant une heure et demie, puis je raccompagne M. de La Bardonnie \u00e0 la gare Saint-Serge&nbsp;; c\u2019est un homme charmant, il nous a plu \u00e0 tous. \u00c0 5h, je vais attendre \u00e0 la gare Papa qui rentre du Roussillon. \u00c0 5h \u00bd, cours de religion du P. Barbier. \u00c0 7h, je vais d\u00eener chez Tante Josepha avec laquelle j\u2019assiste le soir \u00e0 une repr\u00e9sentation donn\u00e9e, au Cirque-th\u00e9\u00e2tre, par les acteurs du th\u00e9\u00e2tre au profit de p\u00eacheurs bretons victimes en ce moment d\u2019une grande mis\u00e8re \u00e0 cause du manque de sardines sur les c\u00f4tes de Bretagne. On joue <em>Les Romanesques<\/em> de Rostand, assez mal, ensuite, on joue mieux une petite com\u00e9die en 2 actes, <em>Pr\u00eate-moi ta femme<\/em>, dans laquelle un Narbonnais est tourn\u00e9 en ridicule. Nous rentrons \u00e0 11h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/JUILLAC-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" data-id=\"191\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/JUILLAC-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-191\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/JUILLAC-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/JUILLAC-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/JUILLAC-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/JUILLAC-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/JUILLAC-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Joseph de Picquet de Vignolles de Juillac, mari\u00e9 en 1795 \u00e0 Jos\u00e9phine Bertran, cousine des Bosch (Collection priv\u00e9e)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph.0.bertran_y_de_palmarola.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"622\" height=\"692\" data-id=\"192\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph.0.bertran_y_de_palmarola.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-192\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph.0.bertran_y_de_palmarola.jpg 622w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph.0.bertran_y_de_palmarola-270x300.jpg 270w\" sizes=\"auto, (max-width: 622px) 100vw, 622px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Armoiries des Bertran de Catllar d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;armoral d&rsquo;Hozier<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 29 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, jusqu\u2019\u00e0 5 heures, je pr\u00e9pare dans ma chambre ma composition de demain. \u00c0 5h, cours d\u2019agriculture&nbsp;; \u00e0 8h, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 30 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin, l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 11h \u00bd, composition de droit commercial. \u00c0 5 heures, je passe un examen d\u2019agriculture sp\u00e9ciale&nbsp;; sujet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Facteurs qui influent sur la production du bl\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; ensuite cours de machines agricoles. Le soir, apr\u00e8s d\u00eener, conf\u00e9rence de Monsieur Gavouy\u00e8re sur \u00ab&nbsp;La s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb&nbsp;; malgr\u00e9 la fa\u00e7on d\u00e9loyale dont le gouvernement applique le Concordat, M. Gavouy\u00e8re se d\u00e9clare partisan de son maintien, parce que, dit-il, le Concordat abrog\u00e9, l\u2019\u00c9glise n\u2019aura certainement pas la vraie libert\u00e9 comme aux \u00c9tats-Unis ou m\u00eame en Angleterre, mais l\u2019exercice du culte sera entam\u00e9 par toutes sortes de r\u00e8glements. C\u2019est probable&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 31 janvier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez le dentiste, ensuite je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, puis \u00e0 la salle d\u2019armes. Apr\u00e8s d\u00eener, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">F\u00e9vrier 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 1<sup>er <\/sup>f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais avec papa \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 je fais la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au salut \u00e0 Saint-Laud&nbsp;; vers 4h \u00bc, je vais prendre le th\u00e9 chez Jacques Herv\u00e9-Bazin qui a r\u00e9uni quelques amis. Le soir, nous d\u00eenons tous chez les Magu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 f\u00e9vrier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 2 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de la f\u00eate de la Purification. Ensuite, cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5h, escrime&nbsp;; le soir, je ne vais pas \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, croyant, comme on me l\u2019avait dit, qu\u2019il n\u2019y avait pas de conf\u00e9rence&nbsp;; mais il y en a, et je regrette bien de n\u2019y avoir pas assist\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 3 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 4 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels, sauf celui de M. Albert, qui est malade. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5h, conf\u00e9rence de droit civil. Le soir, r\u00e9union de la congr\u00e9gation avanc\u00e9e d\u2019un jour.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 5 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture sp\u00e9ciale. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais avec Papa \u00e0 la cath\u00e9drale o\u00f9 a lieu la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019adoration mensuelle, je prends part \u00e0 la procession.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 6 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Jac, mais pas le second cours, M. Albert \u00e9tant toujours malade. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial&nbsp;; ensuite, je vais chez le dentiste qui me bouche avec de l\u2019\u00e9mail une pr\u00e9molaire qui \u00e9tait en train de se g\u00e2ter. \u00c0 5h \u00bc, cours de machines agricoles. Le soir, j\u2019assiste avec Papa et Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 une conf\u00e9rence de l\u2019abb\u00e9 Crosnier sur les Maronites&nbsp;; le conf\u00e9rencier a visit\u00e9 ce peuple aux m\u0153urs douces et patriarcales dans lequel l\u2019amour de la France et le souvenir de son intervention en 1890 sont tr\u00e8s vivaces&nbsp;; tr\u00e8s int\u00e9ressante conf\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 7 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit civil \u00e0 la place du cours de droit commercial&nbsp;; ensuite, cours de proc\u00e9dure civile. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques commissions, je m\u2019occupe notamment du cadeau que je veux offrir \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 l\u2019occasion de son mariage&nbsp;; je choisis chez Girard un n\u00e9cessaire de bureau se composant d\u2019un joli coupe-papier en bronze argent\u00e9 et d\u2019un cachet assorti du m\u00eame m\u00e9tal, que je porte chez un graveur de la rue Plantagen\u00eat pour y faire graver le blason des De Saint-Cyr, qui est <em>\u00ab&nbsp;d\u2019azur \u00e0 3 bourdons d\u2019argent&nbsp;\u00bb<\/em>, couronne de marquis, et le n\u00f4tre, accol\u00e9s&nbsp;; le tout est enferm\u00e9 dans un joli \u00e9crin sur lequel je ferai graver le chiffre de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Le cachet sera pr\u00eat dans dix ou douze jours. Ensuite, je vais me confesser. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 8 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, au moment o\u00f9 j\u2019allais me rendre \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Serge, l\u2019oncle Paul vient me proposer d\u2019aller avec lui cette apr\u00e8s-midi visiter Durtal o\u00f9 il y a un fort beau ch\u00e2teau \u00e0 voir&nbsp;; j\u2019accepte avec grand plaisir. \u00c0 la grand\u2019messe, \u00e0 Saint-Serge, je qu\u00eate, avec Maurice Lucas, pour la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse&nbsp;; \u00e0 nous deux, nous recueillons de 26 \u00e0 27 francs, c\u2019est maigre&nbsp;! Je prends avec l\u2019oncle Paul le train de 1h41 qui nous am\u00e8ne \u00e0 Durtal \u00e0 2h45&nbsp;; nous visitons l\u2019\u00e9glise, puis le ch\u00e2teau dont l\u2019aspect au centre de la commune est monumental. Commenc\u00e9 au XI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par Foulques Nerra, comte d\u2019Anjou, le ch\u00e2teau a appartenu \u00e0 plusieurs familles dont la derni\u00e8re \u00e9tait la famille de La Rochefoucauld-Liancourt&nbsp;; le duc de La Rochefoucauld le vendit en 1808 \u00e0 plusieurs propri\u00e9taires qui le d\u00e9pec\u00e8rent&nbsp;; une grande partie fut convertie en h\u00f4pital&nbsp;; pour comble de malheur, un incendie d\u00e9truisit une aile vers 1855&nbsp;; dans l\u2019int\u00e9rieur, que nous fait visiter une s\u0153ur de l\u2019H\u00f4pital, il ne reste presque rien \u00e0 voir, les plus grandes pi\u00e8ces \u00e9tant converties en salles pour les malades. L\u2019ext\u00e9rieur est fort beau, un c\u00f4t\u00e9 est gothique (du XIV<sup>e <\/sup>ou du XV<sup>e <\/sup>si\u00e8cle), une autre partie est Renaissance&nbsp;; la principale tour, dans laquelle est install\u00e9e le presbyt\u00e8re de Durtal, est gothique, tr\u00e8s \u00e9lanc\u00e9e. En r\u00e9sum\u00e9, ce ch\u00e2teau a d\u00fb \u00eatre de toute beaut\u00e9&nbsp;; actuellement, il est tr\u00e8s mutil\u00e9. Nous repartons \u00e0 4h28, non sans avoir exp\u00e9di\u00e9 quelques cartes postales, et nous rentrons \u00e0 Angers \u00e0 5h35. Nous avons eu un temps superbe et presque chaud, comme, du reste, depuis une semaine.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Durtal_-_Chateau_-_Vue_exterieure.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Durtal_-_Chateau_-_Vue_exterieure.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-193\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Durtal_-_Chateau_-_Vue_exterieure.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Durtal_-_Chateau_-_Vue_exterieure-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Durtal (Maine-et-Loire)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 f\u00e9vrier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 9 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit commercial \u00e0 la place du cours de droit civil, puis cours ordinaire de droit international priv\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille jusque vers 5 heures, puis je fais quelques commissions. Le soir, \u00e9tant un peu enrhum\u00e9, je ne vais pas \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 10 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille jusque vers 4h&nbsp;; puis Herv\u00e9-Bazin vient me prendre et nous allons ensemble voir Roger de Br\u00e9on qui est en traitement \u00e0 la clinique Saint-Louis pour sa jambe toujours malade&nbsp;; il est au lit pour une quinzaine de jours. Ensuite, nous allons au cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 11 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels&nbsp;; en arrivant \u00e0 la Facult\u00e9, nous nous apercevons que nos chaises qui, depuis quelque temps, se cassaient pendant les cours avec une r\u00e9gularit\u00e9 surprenante sous le poids de certains \u00e9tudiants (peut-\u00eatre les y aidait-on un peu), ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es par des bancs, sur lesquels nous sommes fort mal. L\u2019apr\u00e8s-midi, Maman arrive \u00e0 2h12 de Paris. Le soir \u00e0 4h \u00bd, conf\u00e9rence de droit civil. \u00c0 9h, nous allons tous, sauf Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui souffre de la gorge, passer la soir\u00e9e chez le doyen M. Gavouy\u00e8re&nbsp;; c\u2019est une r\u00e9union exclusivement universitaire, il y a environ 35 \u00e0 40 personnes&nbsp;; on chante, on fait de la musique et on sert d\u2019excellents rafraichissements. C\u2019est fini \u00e0 11h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 12 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille jusqu\u2019\u00e0 5h, puis je vais au cours d\u2019agriculture. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 13 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial&nbsp;; ensuite, je vais voir De Br\u00e9on, puis, \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 14 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une foule de commissions, je vais voir De Br\u00e9on etc., puis je vais \u00e0 l\u2019escrime. Le soir \u00e0 9h \u00bc, je vais avec Maman chez Tante Josepha qui donne un second bal, il y a environ 80 personnes, la plupart diff\u00e9rentes de celles du 24 janvier. Une dame, dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom, chante la marche \u00e0 l\u2019\u00e9toile (il y a m\u00eame un appareil de projection)&nbsp;; un peu plus tard, on joue une com\u00e9die <em>Les convictions de Papa<\/em>, dans laquelle la fille d\u2019un d\u00e9put\u00e9 se fiche bigrement des d\u00e9put\u00e9s et des ministres. Entretemps, on danse avec entrain et on fait de nombreuses visites au buffet&nbsp;; nous rentrons, quand tout est fini \u00e0 3h \u00bd. Papa et Marie-Th\u00e9r\u00e8se ne sont pas venus parce que la seconde ne peut pas danser sans son fianc\u00e9 et que le premier la gardait, ils sont all\u00e9s dans une soir\u00e9e intime chez M. Ren\u00e9 Bazin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 15 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me couche \u00e0 4h du matin et me l\u00e8ve \u00e0 9h \u00bd, je vais \u00e0 la messe de 11 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, je porte une quinzaine d\u2019invitations pour une petite soir\u00e9e que nous avons samedi prochain&nbsp;; puis je vais au salut des Dominicains.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 f\u00e9vrier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 16 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, il n\u2019y a pas de cours de droit international&nbsp;; j\u2019en profite pour aller voir De Br\u00e9on. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais 3 visites&nbsp;: \u00e0 Mme Gavouy\u00e8re que je rencontre, \u00e0 la marquise de Kergos, que je ne rencontre pas et \u00e0 Mme Herv\u00e9-Bazin que je rencontre. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; Des Monstiers-M\u00e9rinville<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a> y parle de Montalembert<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, il fait tr\u00e8s bien ressortir ses grands m\u00e9rites et son ardeur pour la cause de la libert\u00e9 religieuse, surtout de la libert\u00e9 d\u2019enseignement, mais il oublie de faire remarquer les variations de Montalembert en politique et ses risettes successives \u00e0 Louis-Philippe, \u00e0 la r\u00e9publique et au Prince-pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 17 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. Apr\u00e8s le cours, je vais chercher chez le graveur le cachet qui sera renferm\u00e9 dans l\u2019\u00e9crin que j\u2019offre \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se comme cadeau de noce&nbsp;; il est pr\u00eat, on y a grav\u00e9 les armes de Saint-Cyr et les n\u00f4tres accol\u00e9es&nbsp;; je l\u2019apporte chez Girard, on le met dans l\u2019\u00e9crin avec le coupe-papier et on l\u2019envoie, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se, qui en est enchant\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire quelques recherches \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale, puis je vais m\u2019exercer \u00e0 la danse appel\u00e9e \u00ab&nbsp;Baston&nbsp;\u00bb qui est tr\u00e8s en vogue cet hiver, chez Letournel. Ensuite, je reviens chez Girard voir la copie du portrait de mon bisa\u00efeul de Lazerme, d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales de 1827 \u00e0 1830, celui-l\u00e0 m\u00eame \u00e0 qui Charles X donna le titre de comte (auquel, d\u2019ailleurs, ses anc\u00eatres eu droit, mais qu\u2019ils avaient abandonn\u00e9 depuis fort longtemps)<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>&nbsp;; la copie a \u00e9t\u00e9 faite par un artiste de Perpignan, M. Blanquer, d\u2019apr\u00e8s un portrait appartenant \u00e0 mon oncle Joseph de Lazerme. Elle est admirablement r\u00e9ussie&nbsp;; on l\u2019encadrera, puis on la placera au salon, en face du portrait de mon bisa\u00efeul de Pontich<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. \u00c0 5h, cours d\u2019agriculture. Le soir, je passe la soir\u00e9e en famille avec Philom\u00e8ne qui est arriv\u00e9e ce matin \u00e0 11h du Mans pour 3 ou 4 jours, cong\u00e9 extraordinaire que lui accordent les dames du Sacr\u00e9-C\u0153ur, pour permettre \u00e0 Maman de lui faire faire les toilettes qu\u2019elle mettra au moment du mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph-de-Lazerme-1787-1853-conseiller-gen-depute-des-po-chevalier-legion-dhonneur-et-ordre-du-lys.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph-de-Lazerme-1787-1853-conseiller-gen-depute-des-po-chevalier-legion-dhonneur-et-ordre-du-lys-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-194\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph-de-Lazerme-1787-1853-conseiller-gen-depute-des-po-chevalier-legion-dhonneur-et-ordre-du-lys-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph-de-Lazerme-1787-1853-conseiller-gen-depute-des-po-chevalier-legion-dhonneur-et-ordre-du-lys-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph-de-Lazerme-1787-1853-conseiller-gen-depute-des-po-chevalier-legion-dhonneur-et-ordre-du-lys-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph-de-Lazerme-1787-1853-conseiller-gen-depute-des-po-chevalier-legion-dhonneur-et-ordre-du-lys-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/joseph-de-Lazerme-1787-1853-conseiller-gen-depute-des-po-chevalier-legion-dhonneur-et-ordre-du-lys.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Joseph Lazerme (1787-1853), d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales de 1827 \u00e0 1830 (copie par Jacques Blanquer) \u2013 Collection Pierre Lemaitre<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 18 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 5h, conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; au retour, je trouve \u00e0 la maison M. Max de Saint-Cyr qui arrive pour une dizaine de jours&nbsp;; il descend chez Tante Josepha, comme lors de son premier s\u00e9jour \u00e0 Anger. Le soir \u00e0 9h \u00bd, je vais chercher Herv\u00e9-Bazin et De La Grandi\u00e8re et nous allons ensemble \u00e0 la soir\u00e9e de Mme de Kergos o\u00f9 nous arrivons vers 10 heures. C\u2019est une soir\u00e9e d\u2019environ 120 personnes suivie d\u2019un cotillon sans accessoire conduit par Mlle Denyse de Kergos avec le lieutenant de Macignac, du 135<sup>e<\/sup>, dont j\u2019ai fait la connaissance chez Tante Josepha. Tout est fini avant 2 heures. Je danse avec Mlles de La Masseli\u00e8re, de Richeteau, de La Salle, de Chemeillier, etc., et, pour le cotillon, avec Mlle de Grainville. Ce qu\u2019il y a d\u2019original dans ces soir\u00e9es (celle-ci est la seconde), c\u2019est que Mme de Kergos n\u2019a fait aucune invitation \u00e9crite, elle s\u2019est content\u00e9e de faire dire par quelques personnes aux amis qui voudraient venir la voir, de venir le mercredi et le vendredi \u00e0 partir de 9 heures du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 19 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec papa et Max assister au Cirque-th\u00e9\u00e2tre \u00e0 une matin\u00e9e o\u00f9 Talbot<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> et une troupe form\u00e9e par lui jouent <em>L\u2019Avare<\/em> et <em>Le Malade imaginaire<\/em>. Talbot est bien vieux et sa voix cass\u00e9e a grand peine \u00e0 se faire entendre&nbsp;; par contre, ses jeux de physionomie sont remarquables.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Portrait_Talbot.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"622\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Portrait_Talbot-622x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-195\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Portrait_Talbot-622x1024.jpg 622w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Portrait_Talbot-182x300.jpg 182w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Portrait_Talbot-768x1264.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Portrait_Talbot-933x1536.jpg 933w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Portrait_Talbot.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 622px) 100vw, 622px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Talbot (1824-1904), de la Com\u00e9die fran\u00e7aise<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 20 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. \u00c0 midi, M. et Mme Marc de La Bardonnie, toujours chez M. de Boul\u00e9mont au Lion-d\u2019Angers, viennent d\u00e9jeuner avec nous. Ils viennent aujourd\u2019hui vendredi parce qu\u2019ils n\u2019ont pas pu venir un autre jour. Ils sont absolument charmants et Marie-Th\u00e9r\u00e8se va trouver eux de tr\u00e8s gentils parents.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment \u00e0 la vente de charit\u00e9 qui a lieu dans la salle des f\u00eates de la Mairie au profit des Servantes des Pauvres&nbsp;; j\u2019ach\u00e8te \u00e0 diff\u00e9rents comptoirs tenus par des personnes de connaissance. Ensuite, je vais voir De Br\u00e9on. Le soir, je vais \u00e0 la troisi\u00e8me et derni\u00e8re soir\u00e9e de Mme de Kergos \u00e0 laquelle on m\u2019avait invit\u00e9, avant-hier, de vive voix. Je danse avec Mlles de Chemeillier, de Beauchamp, de La Salle, de La Masseli\u00e8re, de Richeteau, etc., et, pour le cotillon, avec Mlle de La Selle. Il y a moins de monde qu\u2019avant-hier et tout est fini \u00e0 1h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 21 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je passe 4 heures \u00e0 la vente de charit\u00e9, o\u00f9 on m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 \u00eatre commissaire, \u00e0 placer des billets de tombola&nbsp;; j\u2019en place environ 60 et je suis encore oblig\u00e9 d\u2019acheter \u00e0 plusieurs comptoirs. Le soir \u00e0 9h, nous recevons environ 45 personnes, toutes de l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; c\u2019est une simple r\u00e9ception sans danses, pour pr\u00e9senter Max de Saint-Cyr aux coll\u00e8gues de Papa. Une artiste, Mme de Brosnac, chante plusieurs morceaux&nbsp;; buffet tr\u00e8s complet. On se retire avant 1 heure.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 22 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 9 heures et je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame. Je prends avec Philom\u00e8ne le train de 1h05 pour Le Mans o\u00f9 je vais raccompagner Philom\u00e8ne. Au Mans, je vais \u00e0 Sainte-Croix o\u00f9 je vois quelques abb\u00e9s que j\u2019y connais et le directeur, M. Quid\u2019Beuf, mon ancien professeur de philosophie&nbsp;; car il n\u2019y a plus aucun p\u00e8re j\u00e9suite, ils sont tous dispers\u00e9s en ville&nbsp;; dans une rue, j\u2019en rencontre pr\u00e9cis\u00e9ment un, le P. de Nadaillac. Je rentre \u00e0 Angers par le train de 8h30 du soir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 30 f\u00e9vrier 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 23 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 8h \u00bd. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir De Br\u00e9on.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 24 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais faire une recherche \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale. Le soir, les Magu\u00e9 viennent prendre le th\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons tous \u00e0 une repr\u00e9sentation au Patronage Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 25 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe \u00e0 la chapelle Saint-Martin, rue Rabelais, o\u00f9 le P. Barbier fait l\u2019imposition des cendres. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous, avec l\u2019oncle Paul et Tante Josepha, dans l\u2019omnibus du r\u00e9giment qui est \u00e0 la disposition de l\u2019oncle Paul, au ch\u00e2teau du Plessis-Bourr\u00e9&nbsp;; superbe ch\u00e2teau style transition du gothique \u00e0 la Renaissance construit par Jean Bourr\u00e9, pr\u00e9cepteur des enfants de Louis XI. Entr\u2019autres choses remarquables, il faut citer la salle dite du Parlement et la salle des gardes au plafond \u00e0 compartiments avec de tr\u00e8s belles peintures gothiques. Nous rentrons \u00e0 Angers vers 5h \u00bd. Le ch\u00e2teau appartient \u00e0 la comtesse d\u2019Onsenbray<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a> qui nous l\u2019a laiss\u00e9 aimablement visiter.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Chateau_du_Plessis-Bourre_Vue_SE_no_02_2004-05-23.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Chateau_du_Plessis-Bourre_Vue_SE_no_02_2004-05-23.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-196\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Chateau_du_Plessis-Bourre_Vue_SE_no_02_2004-05-23.jpeg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Chateau_du_Plessis-Bourre_Vue_SE_no_02_2004-05-23-300x225.jpeg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau du Plessis-Bourr\u00e9<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 26 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire la visite des pauvres, puis je vais au cours d\u2019agriculture. \u00c0 7h du soir, je re\u00e7ois \u00e0 d\u00eener quelques amis pour leur pr\u00e9senter Max&nbsp;; ce sont&nbsp;: Jacques Herv\u00e9-Bazin, Henry Bonnet, Herv\u00e9 de La Guillonni\u00e8re, Ren\u00e9 de La Villebiot, Tony Catta et Pierre de Lauri\u00e8re, fils d\u2019une demoiselle de Grammont amie de pension de Maman&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, on fait de la musique et on joue \u00e0 de petits jeux&nbsp;; on se retire un peu avant minuit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 27 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires&nbsp;; en rentrant de cours, Maman m\u2019annonce la mort de notre cousine Antoinette de Roig, mari\u00e9e depuis le 25 juin 1901 \u00e0 M. de Lavaur de Laboisse<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>&nbsp;; elle est morte des suites de ses couches (elle avait donn\u00e9 le jour \u00e0 un gar\u00e7on il y a 3 semaines environ)&nbsp;; elle avait \u00e0 peine 21 ans&nbsp;! Pauvre jeune femme&nbsp;! Je ne la connaissais pas, mais la nouvelle de sa mort nous rend tristes toute la journ\u00e9e. \u00c0 1h \u00bd, composition de droit commercial&nbsp;; ensuite, je vais voir De Br\u00e9on qui est toujours \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Saint-Louis. Le soir, Max repart pour la Dordogne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 28 f\u00e9vrier 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. Apr\u00e8s le cours, le secr\u00e9taire M. Maurice Gavouy\u00e8re nous r\u00e9unit pour nous faire opter, pour le second semestre, entre le cours de \u00ab&nbsp;l\u00e9gislation financi\u00e8re&nbsp;\u00bb fait par M. Fran\u00e7ois-Saint-Maur<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, et le cours des \u00ab&nbsp;voies d\u2019ex\u00e9cution&nbsp;\u00bb fait par M. Albert. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 4h \u00bd, je vais voir De Br\u00e9on&nbsp;; en y allant, je rencontre pr\u00e9cis\u00e9ment mon ancien camarade De Lavaur de Sainte-Fortunade, cousin (germain je crois) de M. Raymond de Lavaur de Laboisse dont la femme est morte ces jours-ci, je cause avec lui de la mort si triste de notre commune cousine, qu\u2019il n\u2019avait pas encore apprise bien que les journaux l\u2019aient annonc\u00e9e depuis deux jours. Ensuite, je vais me confesser, puis \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mars 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> mars 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 1<sup>er <\/sup>mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h \u00bd, je vais avec Papa \u00e0 la messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pour les confr\u00e8res d\u00e9funts des soci\u00e9t\u00e9s de Saint-Vincent-de-Paul \u00e0 la cath\u00e9drale, o\u00f9 je fais la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 mon travail pour la Conf\u00e9rence Saint-Louis pour le lundi 9 mars&nbsp;; \u00e0 5h, je vais au salut chez les Dominicains.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 mars 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 2 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5h, je vais faire ma visite de digestion \u00e0 Mme de Kergos&nbsp;; puis je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis, j\u2019y vais malgr\u00e9 une v\u00e9ritable temp\u00eate de vent et de pluie. Lucas y lit un assez int\u00e9ressant travail sur \u00ab&nbsp;Le patriotisme et l\u2019internationalisme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 3 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habitues. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir le P. V\u00e9tillart qui me dit que M. Lavall\u00e9e \u00e9tant malade, il n\u2019y aura pas de cours d\u2019agriculture pendant toute cette semaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 4 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires, ou, plut\u00f4t, cours ordinaire de droit civil, car M. Albert ayant fini son cours de droit international priv\u00e9, et M. Saint-Maur ne commen\u00e7ant que le 13 mars son cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re, nous serons priv\u00e9s (?) de second cours pendant quinze jours. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 5h, conf\u00e9rence de droit civil.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 5 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 4h \u00bd, je vais chez Br\u00e9on \u00e0 l\u2019H\u00f4p\u00eetal Saint-Louis, mais je ne puis pas le voir, sa famille \u00e9tant ici aujourd\u2019hui. Apr\u00e8s les cours du matin, je porte chez Girard le projet des lettres d\u2019invitation au mariage pour le mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Le soir, \u00e0 la cath\u00e9drale, procession du Saint-Sacrement&nbsp;; j\u2019y assiste.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 6 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial&nbsp;; ensuite, je vais voir De Br\u00e9on. Le soir, r\u00e9union de la congr\u00e9gation renvoy\u00e9e d\u2019hier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 7 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille jusqu\u2019\u00e0 4 heures \u00e0 mon travail pour la Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; ensuite je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, puis je vais \u00e0 l\u2019escrime&nbsp;; en prenant une le\u00e7on de main gauche avec le professeur Bickel, j\u2019attrape un coup de fleuret au-dessous de l\u2019\u0153il gauche, donn\u00e9 par Bickel dans un faux mouvement (j\u2019avais eu le tort de ne pas mettre mon masque pour la le\u00e7on, comme je le mets pour les assauts)&nbsp;; comme le fleuret \u00e9tait mal mouchet\u00e9, il me fait une petite coupure qui saigne un moment&nbsp;; si le fleuret avait frapp\u00e9 un centim\u00e8tre plus haut, mon \u0153il \u00e9tait fortement endommag\u00e9&nbsp;; j\u2019en suis quitte pour me laver souvent la plaie avec de l\u2019eau boriqu\u00e9e chaude et pour avoir pendant quelques jours une cro\u00fbte sous l\u2019\u0153il gauche. Mais c\u2019est une le\u00e7on&nbsp;; d\u00e9sormais, je mettrai toujours mon masque, m\u00eame pour les le\u00e7ons&nbsp;; du reste, Bickel a dit qu\u2019il l\u2019exigerait de tous ses \u00e9l\u00e8ves. Le soir, \u00e0 cause de ce petit accident qui m\u2019occasionne une certaine inflammation, je ne vais pas \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 8 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; mon \u0153il va beaucoup mieux, ma plaie est en train de se cicatriser. Je travaille presque toute la journ\u00e9e pour la Conf\u00e9rence Saint-Louis sur \u00ab&nbsp;La question arm\u00e9nienne&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00e0 5h, je vais voir De Br\u00e9on, puis je vais au salut chez les P. dominicains.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 mars 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 9 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial \u00e0 la place du cours de droit civil, M. Jac \u00e9tant \u00e0 l\u2019enterrement, dans l\u2019Orne, de Mme de Capellis, fille de son cousin de Foulques. Ensuite cours de proc\u00e9dure civile, M. Courtois n\u2019ayant pas fini son cours prend l\u2019heure laiss\u00e9e libre par M. Albert qui a fini. L\u2019apr\u00e8s-midi, jusqu\u2019\u00e0 5h, je travaille \u00e0 ma conf\u00e9rence de ce soir&nbsp;; \u00e0 5h, escrime. Le soir \u00e0 8 heures, je lis mon travail sur \u00ab&nbsp;La question arm\u00e9nienne&nbsp;\u00bb, c\u2019est une \u00e9tude historique qui a son int\u00e9r\u00eat en ce moment o\u00f9 la Mac\u00e9doine est sur le point de se soulever.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 10 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil et de proc\u00e9dure civile&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je repasse beaucoup de proc\u00e9dure et de droit international en vue de l\u2019examen de lundi prochain. L\u2019oncle Paul et Tante Josepha viennent nous voir et nous apprennent que le commandant vicomte de Chappedelaine, du g\u00e9nie, s\u2019est bless\u00e9 ce matin \u00e0 la t\u00eate en faisant une chute de cheval&nbsp;; ce sera peut-\u00eatre grave. Je vais faire la visite des pauvres. Maman ach\u00e8ve aujourd\u2019hui les invitations pour le mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Si tout le monde accepte, le cort\u00e8ge sera nombreux. Cependant, quelques proches parents nous manqueront pour cause de deuil&nbsp;: chez les Civelli, Tata Mimi viendra probablement&nbsp;; Marguerite-Marie, ayant perdu son p\u00e8re, le comte des Cordes, la semaine derni\u00e8re, ne viendra certainement pas&nbsp;; je ne vois pas non plus que Xavier vienne. Chez les Lazerme de Perpignan, \u00e0 cause de la mort de la baronne du Limbert<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, m\u00e8re de Tante H\u00e9l\u00e8ne, survenue le mois dernier, nous n\u2019aurons certainement ni Tante H\u00e9l\u00e8ne, ni Marthe<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>&nbsp;; tout au plus, l\u2019oncle Joseph et Carlos<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a> viendront-ils et, encore, ce n\u2019est pas s\u00fbr. L\u2019oncle Lutrand ayant perdu sa m\u00e8re au mois d\u2019octobre ne viendra pas non plus, et je ne pense pas que sa femme vienne. N\u00e9anmoins, si tous les autres invit\u00e9s acceptent, nous serons tr\u00e8s nombreux&nbsp;; mais il y aura du d\u00e9chet&nbsp;! Enregistrons cependant pour aujourd\u2019hui l\u2019acceptation de Mme de Llamby et de ses filles, Louise et Isabelle&nbsp;; et de Mme de Saint-Jean avec un de ses fils.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 11 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 4h \u00bd, conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; \u00e0 5h \u00bd, cours de religion. Le soir, je vais avec Papa, Tante Josepha et N\u00e9nette au sermon de la station de car\u00eame \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 12 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s tout le temps. Par le courrier du soir, arrivent une foule d\u2019acceptations de nos invitations au mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;: nos cousins de Lamer<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, d\u2019Albici<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, Companyo<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a>, Tante Isabelle, nos cousins de Barescut, Mme de Llobet, Mlle Madeleine Batlle acceptent. Le soir, congr\u00e9gation&nbsp;; apr\u00e8s la congr\u00e9gation, je vais avec Jacques Herv\u00e9-Bazin prendre une tasse de th\u00e9 dans la chambre de Jacques des Loges qui nous raconte des histoires de la caserne. \u00c0 10h, avant de rentrer, nous le raccompagnons \u00e0 la caserne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 13 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial&nbsp;; ensuite, je vais place de La Rochefoucauld o\u00f9 Jacques des Loges, hier soir, m\u2019a dit que le g\u00e9n\u00e9ral Halter doit passer une revue du peloton des dispens\u00e9s&nbsp;; j\u2019assiste \u00e0 cette revue, on leur fait ex\u00e9cuter toute sorte de mouvements et de man\u0153uvres dont ils s\u2019acquittent d\u2019une fa\u00e7on math\u00e9matique. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais avec Papa \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019Adoration \u00e0 Saint-Laud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 14 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, je potasse mon examen d\u2019apr\u00e8s-demain. Le soir, nous d\u00eenons tous chez les Magu\u00e9, en m\u00eame temps que Pierre de Lauri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 15 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille mon examen&nbsp;; \u00e0 5h, je vais faire une visite \u00e0 M. Saint-Maur qui commence mardi son cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais avec Papa \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de cl\u00f4ture de l\u2019Adoration \u00e0 Saint-Laud.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 22 mars 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 16 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, il n\u2019y a que le premier cours&nbsp;; j\u2019en profite pour chauffer mon examen. Je passe cet examen, \u00e0 la Facult\u00e9, de 1h \u00bd \u00e0 3h \u00bd&nbsp;; j\u2019ai une blanche de droit international priv\u00e9&nbsp;; une blanche-rouge de droit civil et aussi une blanche-rouge de proc\u00e9dure civile&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire bien plus qu\u2019il n\u2019en fait pour \u00eatre re\u00e7u&nbsp;; j\u2019avoue que j\u2019ai eu de la chance car je n\u2019avais pas \u00e9norm\u00e9ment pr\u00e9par\u00e9 cet examen&nbsp;; il est vrai que j\u2019avais mis Saint Antoine dans mes int\u00e9r\u00eats. Il me reste encore \u00e0 passer le droit commercial, M. Buston n\u2019\u00e9tant pas venu aujourd\u2019hui pour je ne sais quelle raison. Ensuite, je vais me faire couper les cheveux. \u00c0 5h, escrime. \u00c0 6h \u00bd, les Magu\u00e9 viennent d\u00eener avec nous pour la derni\u00e8re fois avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se avant son mariage, car Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se partent mercredi pour Vin\u00e7a (elles s\u2019arr\u00eateront 3 jours \u00e0 Sainte-Croix chez les Saint-Cyr). Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 17 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit commercial et premier cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re par M. Saint-Maur. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 2h, je vais la visite des pauvres. \u00c0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture&nbsp;; ils reprennent cette semaine apr\u00e8s une longue interruption occasionn\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e des agriculteurs de France qui a eu lieu tous ces jours-ci et \u00e0 laquelle M. Lavall\u00e9e assistait&nbsp;; il a eu d\u2019ailleurs plusieurs prix pour son exploitation de la ferme de La Sermonnerie. Le soir, Papa re\u00e7oit une lettre de Louis Companyo lui annon\u00e7ant la naissance d\u2019une fille qu\u2019on appellera Elisabeth&nbsp;; \u00e7a va bien, une cousine de plus&nbsp;! Qu\u2019elle soit la bienvenue&nbsp;! Mais je doute que ma cousine Marie Companyo<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a> soit suffisamment remise, le 18 avril, pour assister au mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; son mari a accept\u00e9 de venir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 18 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a qu\u2019un cours ce matin, le cours suppl\u00e9mentaire de M. Courtois n\u2019a pas lieu parce que M. Courtois assiste \u00e0 l\u2019enterrement de sa cousine Mme de Varannes \u00e0 Saint-Joseph. \u00c0 11 heures, je vais, avec Papa et Tante Josepha, accompagner Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 la gare&nbsp;; elles partent pour Angoul\u00eame o\u00f9 elles coucheront et choisiront demain avec Max leur chambre pour Sainte-Croix&nbsp;; elles iront ensuite passer trois jours \u00e0 Sainte-Croix, et, de l\u00e0, se rendront \u00e0 Vin\u00e7a pour commencer les pr\u00e9paratifs du mariage. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 3h \u00bd, je vais \u00e0 Saint-Jacques me confesser puis je vais voir De Br\u00e9on&nbsp;; il est toujours ici, mais il ne tardera pas \u00e0 partir pour le ch\u00e2teau de Br\u00e9on d\u2019abord, puis pour Biarritz&nbsp;; depuis une dizaine de jours, il a eu tout le temps quelqu\u2019un de sa famille aupr\u00e8s de lui. Pauvre gar\u00e7on, comme il est \u00e0 plaindre&nbsp;; voil\u00e0 5 semaines qu\u2019il est l\u00e0&nbsp;! \u00c0 5h, conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; je n\u2019y passe qu\u2019un quart d\u2019heure (tout juste le temps d\u2019\u00eatre interrog\u00e9) car \u00e0 5h 1\/4, je vais au cours de machines agricoles qui est fait aujourd\u2019hui au lieu de vendredi. Le soir, je vais avec Papa au sermon de car\u00eame \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 19 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h10, j\u2019assiste \u00e0 la messe de l\u2019Internat Saint-Martin en l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint Joseph&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion&nbsp;; ensuite, ont lieu les cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture. Le soir, congr\u00e9gation plus solennelle que d\u2019habitude \u00e0 cause de la f\u00eate de Saint Joseph. En en sortant, je me trouve au milieu de la retraite aux flambeaux qui escorte un \u00e9norme mannequin assis sur un tr\u00f4ne et d\u00e9cor\u00e9 du nom de \u00ab&nbsp;S.M. l\u2019Ami-Car\u00eame&nbsp;\u00bb, c\u2019est le commencement des f\u00eates de la mi-car\u00eame qui vont encombrer Angers pendant 3 jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 20 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial. Ensuite, je vais au Palais o\u00f9 se juge devant la Chambre des Appels correctionnels l\u2019affaire de MM. de Chamaillard, s\u00e9nateur du Finist\u00e8re<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>, le comte de Carheil et Le Gouvello de La Porte pour bris de scell\u00e9s appos\u00e9s sur des \u00e9coles congr\u00e9ganistes leur appartenant, lors des expulsions de l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier dans le Finist\u00e8re. Condamn\u00e9s pour bris de scell\u00e9s par le Tribunal de Plo\u00ebrmel, ces messieurs avaient fait appel devant la Cour de Rennes qui avait r\u00e9form\u00e9 le jugement correctionnel de Plo\u00ebrmel&nbsp;; sur pourvoi du minist\u00e8re public, la Cour de Cassation a cass\u00e9 l\u2019arr\u00eat de Rennes et les a renvoy\u00e9s devant la Cour d\u2019Angers qui les juge aujourd\u2019hui&nbsp;; j\u2019arrive trop tard pour entendre M. de Chamaillard qui, para\u00eet-il, s\u2019est superbement d\u00e9fendu lui-m\u00eame, prenant violemment \u00e0 parti le gouvernement de sc\u00e9l\u00e9rats qui nous opprime&nbsp;; cela lui \u00e9tait facile apr\u00e8s le vote que la Chambre a \u00e9mis avant-hier sur les demandes d\u2019autorisation que beaucoup de congr\u00e9gations d\u2019hommes avaient faites conform\u00e9ment \u00e0 la loi de juillet 1901 et sur la promesse de M. Waldeck-Rousseau qu\u2019elles seraient examin\u00e9es avec bienveillance&nbsp;; le gouvernement de Combes a demand\u00e9 que la Chambre les rejette toutes en 3 blocs sans passer \u00e0 la discussion des articles, c\u2019est-\u00e0-dire sans examen&nbsp;!!! Et il a pos\u00e9 sur ce point la question de confiance&nbsp;; naturellement la Chambre, par 300 voix contre 257, lui a donn\u00e9 raison&nbsp;; c\u2019est le r\u00e9gime de l\u2019\u00e9tranglement sans phrases&nbsp;! Lundi prochain viendra le tour du deuxi\u00e8me bloc&nbsp;; quelques jours apr\u00e8s celui du troisi\u00e8me. Puis viendront les demandes d\u2019autorisation qui doivent \u00eatre examin\u00e9es au S\u00e9nat&nbsp;; l\u00e0, sur 60 environ, M. Combes demande l\u2019admission de 5&nbsp;!!! Puis viendra l\u2019\u00e9tranglement des congr\u00e9gations de femmes, en attendant le tour du clerg\u00e9 s\u00e9culier qui ne peut tarder.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour en revenir \u00e0 notre affaire, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 l\u2019affaire de M. de Carheil<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>&nbsp;; il avait arrach\u00e9 les scell\u00e9s mis par ordre de l\u2019autorit\u00e9 administrative sur la maison d\u2019\u00e9cole qui lui appartenait. Un avocat de Quimper le d\u00e9fend admirablement en soutenant que le scell\u00e9 mis sur cette \u00e9cole l\u2019avait \u00e9t\u00e9 ill\u00e9galement vu que, par d\u00e9finition, le scell\u00e9 ne peut \u00eatre appos\u00e9 que sur des objets mobiliers et non sur des immeubles&nbsp;; donc, la Cour doit acquitter&nbsp;; l\u2019avocat le soutient en s\u2019appuyant sur divers arr\u00eats de condamnation qui condamnaient \u00ab&nbsp;pour bris de scell\u00e9s appos\u00e9s l\u00e9galement par ordre du gouvernement&nbsp;\u00bb (donc, <em>a contrario<\/em>, c\u2019\u00e9tait reconna\u00eetre le droit d\u2019enlever les scell\u00e9s appos\u00e9s ill\u00e9galement). Le prononc\u00e9 de l\u2019arr\u00eat est renvoy\u00e9 \u00e0 une audience ult\u00e9rieure ainsi que pour les 2 autres affaires&nbsp;; je crains bien que la Cour d\u2019Angers condamne, il y a plusieurs sectaires parmi les conseillers&nbsp;! Le soir, nous allons au sermon \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 21 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Temps superbe et chaud pour le premier jour du printemps. L\u2019apr\u00e8s-midi, je passe l\u2019examen de droit commercial renvoy\u00e9 \u00e0 aujourd\u2019hui, j\u2019ai une rouge&nbsp;; donc, pour l\u2019ensemble&nbsp;: une rouge, une blanche, et 2 blanches-rouges, c\u2019est bien plus qu\u2019il ne faut pour le succ\u00e8s&nbsp;; cela me donne de l\u2019espoir pour juillet&nbsp;; je vais voir De Br\u00e9on et je vais prendre un bain. Le soir, conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 22 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph o\u00f9 on c\u00e9l\u00e8bre la f\u00eate paroissiale (messe en musique). \u00c0 2 heures, Herv\u00e9-Bazin, Bonnet, Des Loges, Hardouin-Duparc et Barri\u00e8re viennent me chercher, et nous partons tous ensemble pour faire une belle promenade \u00e0 bicyclette \u00e0 cause du beau temps. Nous nous dirigeons d\u2019abord vers Saint-Sylvain&nbsp;; tout \u00e0 coup, \u00e0 une descente o\u00f9 j\u2019allais assez vite, je sens ma bicyclette tourner sous moi, zigzaguer pendant 3 ou 4 secondes, puis se laisser choir et moi aussi, je ramasse une formidable pelle&nbsp;! J\u2019en suis quitte pour de la poussi\u00e8re, mais, \u00e0 l\u2019allure o\u00f9 j\u2019allais, j\u2019aurais pu me casser un bras ou la t\u00eate&nbsp;; je n\u2019ai m\u00eame pas une \u00e9corchure&nbsp;! C\u2019est vraiment providentiel&nbsp;; l\u2019accident a pour cause la sortie de la cha\u00eene, qui n\u2019\u00e9tait pas assez serr\u00e9e, de la roue dent\u00e9e du p\u00e9dalier dans laquelle elle s\u2019engraine&nbsp;; apr\u00e8s 20 minutes d\u2019efforts, aid\u00e9 par mes camarades, je r\u00e9ussis \u00e0 la faire rentrer \u00e0 sa place, je la serre, et nous repartons. Nous allons au ch\u00e2teau de la Haie-Joulin o\u00f9 Mme Barth\u00e9lemy, la s\u0153ur de Jacques Herv\u00e9-Bazin, nous fait aimablement go\u00fbter&nbsp;; nous sommes \u00e0 Angers \u00e0 6 heures. Je n\u2019ai aucune douleur dans la jambe gauche qui a re\u00e7u le choc ni dans le bras droit sur lequel je suis aussi tomb\u00e9&nbsp;; peut-\u00eatre sentirai-je quelque chose demain en me r\u00e9veillant. Le soir, je vais avec Papa en soir\u00e9e chez M. Albert&nbsp;; il y a presque toute la Facult\u00e9, on joue \u00e0 divers jeux, notamment au baccarat (avec des jetons&nbsp;!!!)&nbsp;; on se retire \u00e0 11 heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 25 mars 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 23 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En me r\u00e9veillant, je ne ressens aucune douleur, pas davantage en marchant&nbsp;; \u00e0 peine une l\u00e9g\u00e8re courbature au bras droit&nbsp;; je suis \u00e9bahi de m\u2019\u00eatre tir\u00e9 de ma \u00ab&nbsp;pelle&nbsp;\u00bb \u00e0 si bon compte&nbsp;! Cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi visite des pauvres, escrime. Le soir, la Conf\u00e9rence Saint-Louis n\u2019a pas lieu \u00e0 cause du concert qui a lieu \u00e0 la salle des Quinconces au profit des Petites-s\u0153urs des Pauvres. Je suis invit\u00e9 \u00e0 remplir les fonctions de commissaire \u00e0 ce concert&nbsp;; j\u2019y vais, en habit, \u00e0 8h 1\/4, et je me mets \u00e0 faire placer les gens et \u00e0 vendre les programmes&nbsp;; les autres commissaires sont&nbsp;: De Damas, Herv\u00e9-Bazin, De La Villebiot, Catta et M. de Bermont. Le concert est superbe, il y a un ch\u0153ur de jeunes filles de la soci\u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 par M. de Romain, j\u2019y reconnais les demoiselles Herv\u00e9-Bazin, Mlle de Padirac, les demoiselles Blanc etc. Il y a aussi plusieurs artistes, notamment Mlle Maria Gay, contralto des concerts Lamoureux, qui chante plusieurs tr\u00e8s beaux morceaux, et, \u00e0 la fin, charme l\u2019auditoire, nous surtout, par 3 chansons catalanes&nbsp;!!! qui sont biss\u00e9es (Mlle Gay, \u00e0 son type, doit \u00eatre catalane espagnole)&nbsp;; Mlle Hasslauer dit plusieurs ravissants monologues et Mlle Ritter, des concerts populaires, joue plusieurs morceaux de piano. La qu\u00eate faite par Mlles de Chemeillier, Boutton, de Kergos et Bazin, au bras de&nbsp;: Herv\u00e9-Bazin, M. de Bermont, De La Villebiot et De Damas, donne 336 francs. Assistance absolument d\u2019\u00e9lite et salle comble&nbsp;; tout est fini \u00e0 11h \u00bd. C\u2019est \u00e9gal&nbsp;! Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 entendre chanter ce soir en catalan&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Maria_Gay_-_Ilustracio_Catalana.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"282\" height=\"422\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Maria_Gay_-_Ilustracio_Catalana.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-197\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Maria_Gay_-_Ilustracio_Catalana.jpg 282w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Maria_Gay_-_Ilustracio_Catalana-200x300.jpg 200w\" sizes=\"auto, (max-width: 282px) 100vw, 282px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maria Gay (1876-1943), chanteuse catalane<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 24 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 6 heures, conf\u00e9rence de droit civil au lieu de demain. Le soir, nous allons \u00e0 la cath\u00e9drale au sermon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 25 mars 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, n\u2019ayant rien \u00e0 faire, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, je vais avec Papa au sermon et \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 Saint-Serge, pr\u00e9sid\u00e9e par Monseigneur.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avril 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 12 avril 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 11 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Longue interruption dans mon journal. Elle s\u2019explique par une assez longue et tenace maladie qui m\u2019a tenu au lit pr\u00e8s de quinze jours. Le vendredi 27 mars \u00e0 Angers, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 me sentir des douleurs dans le dos. Dans la nuit, j\u2019ai eu la fi\u00e8vre assez forte&nbsp;; le lendemain, je ne me l\u00e8ve pas, l\u2019influenza \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e&nbsp;: fi\u00e8vre et angine&nbsp;; apr\u00e8s 3 jours, l\u2019angine \u00e9tait enray\u00e9e et la fi\u00e8vre avait disparu, lorsqu\u2019une douleur rhumatismale se d\u00e9clara au tendon du pied gauche, impossible d\u2019appuyer le pied&nbsp;; le lendemain, sans cesser de me faire souffrir au pied gauche, elle \u00e9tait aussi au pied droit&nbsp;; deux jours de soins la font dispara\u00eetre et nous \u00e9tions contents, esp\u00e9rant partir bient\u00f4t pour le Roussillon, lorsque dans la nuit du vendredi 3 au samedi 4 avril, une nouvelle douleur se d\u00e9clare au genou gauche&nbsp;: impossible de le plier&nbsp;; alors, le m\u00e9decin, au lieu de nous faire rester, veut h\u00e2ter notre d\u00e9part, craignant que cette douleur deviennent de plus en plus envahissante et esp\u00e9rant beaucoup du changement d\u2019air&nbsp;; il voulait nous faire partir d\u00e8s samedi matin, mais, \u00e0 cause du mauvais temps, nous retardons jusqu\u2019au dimanche 5 avril&nbsp;; je me l\u00e8ve dimanche \u00e0 10h \u00bd apr\u00e8s 8 jours de lit et Papa, Jules et moi, nous partons \u00e0 11h \u00bd pour Bordeaux et Vin\u00e7a. Le docteur m\u2019a d\u00e9fendu de marcher et m\u2019a ordonn\u00e9 de garder ma jambe gauche \u00e9tendue pendant tout le voyage&nbsp;; dans les gares, pour les changements, des employ\u00e9s aid\u00e9s de Jules me transportent sur une chaise d\u2019ambulance&nbsp;; nous passons la nuit \u00e0 Bordeaux \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Terminus, dans une chambre qui nous avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9e. Le lendemain, nous repartons \u00e0 8h du matin et, apr\u00e8s 2 changements, nous arrivons \u00e0 Vin\u00e7a lundi 6 avril \u00e0 8h du soir&nbsp;; je d\u00eene et je me couche&nbsp;; le lendemain, arrivent Philom\u00e8ne, Tante Josepha, N\u00e9nette et la femme de chambre Marie parties d\u2019Angers lundi&nbsp;; je passe ma journ\u00e9e au lit comme le docteur l\u2019avait recommand\u00e9. Dans la nuit de mardi \u00e0 mercredi, mon genou \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s gu\u00e9ri, lorsque je suis attaqu\u00e9 par la dysenterie&nbsp;! (cinq promenades nocturnes entre 11h du soir et 6h du matin). Donc, encore 2 jours de lit&nbsp;; en sorte que je ne me suis lev\u00e9 qu\u2019hier vendredi 10 avril apr\u00e8s 8 jours de lit \u00e0 Angers, 2 jours de voyage et 3 jours de lit \u00e0 Vin\u00e7a. J\u2019ai trouv\u00e9 la maison bien am\u00e9nag\u00e9e en vue de la noce&nbsp;: la grande salle a \u00e9t\u00e9 retapiss\u00e9e&nbsp;; la salle \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du salon a \u00e9t\u00e9 tapiss\u00e9e et on y a install\u00e9 la salle \u00e0 manger, divers meubles ont \u00e9t\u00e9 chang\u00e9s de place etc. etc. Aujourd\u2019hui, je vais de mieux en mieux, bien que me sente faible des jambes, et je me l\u00e8ve de nouveau&nbsp;; j\u2019esp\u00e8re pouvoir assister \u00e0 la messe demain&nbsp;; l\u2019oncle Paul arrive ce matin pour plusieurs jours (jusqu\u2019apr\u00e8s le mariage). Le soir \u00e0 8h \u00bd, arrive Max de Saint-Cyr.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 12 avril 1903 (F\u00eate de P\u00e2ques)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne puis pas assister \u00e0 la procession qui a lieu de trop bonne heure (\u00e0 7 heures), mais je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10 heures, ce qui est ma premi\u00e8re sortie. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de Carlos qui se d\u00e9cide, malgr\u00e9 la mort r\u00e9cente de Mme du Limbert<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, \u00e0 venir au mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Je me prom\u00e8ne avec lui au grand jardin. Il part pour ses 28 jours \u00e0 Castres, mais, afin qu\u2019il puisse venir, l\u2019oncle Paul \u00e9crit \u00e0 son colonel, qu\u2019il conna\u00eet bien, pour lui faire avoir un cong\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 avril 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 13 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, M. de Saint-Cyr et moi nous allons en voiture d\u00e9jeuner \u00e0 Ille o\u00f9 se trouvent Papa et Philom\u00e8ne&nbsp;; nous rentrons \u00e0 5 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 14 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tata Mimi arrive par le train de 3 heures et demie&nbsp;; \u00e0 partir de demain, c\u2019est le grand flot qui arrive. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je v\u00e9rifie avec Jules plusieurs caisses de vin qui sont arriv\u00e9es pour la noce. Je vais inviter quelques fermiers de Vin\u00e7a \u00e0 venir au d\u00eener des fermiers qui aura lieu \u00e0 l\u2019H\u00f4tel, le jour du mariage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 15 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 10h \u00bd, je vais avec l\u2019oncle Paul attendre \u00e0 la gare l\u2019oncle Hector de Pontich<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. \u00c0 3h \u00bd, arrivent Mme de Saint-Cyr, Mlle de Saint-Cyr<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, l\u2019abb\u00e9 G\u00e9rard de Saint-Cyr<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a>, M. Marc de La Bardonnie<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a> et M. l\u2019abb\u00e9 Labasse, cur\u00e9 de Sainte-Croix. \u00c0 8h du soir, arrivent l\u2019oncle et Tante Delestrac avec Genevi\u00e8ve et Paul<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, et les chanoines Galais et Loizeau&nbsp;; tout ce monde arrive en vue du mariage. Les Saint-Cyr et M. de La Bardonnie sont log\u00e9s dans la maison. L\u2019oncle Hector et les chanoines chez le commandant No\u00ebll, les Delestrac chez Mme Thibaut et les abb\u00e9s de Saint-Cyr et Labasse, avec Max, chez Mme de Llobet<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a>, car tout le monde s\u2019est mis \u00e0 notre disposition de la fa\u00e7on la plus aimable pour nous offrir des chambres.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 16 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme de Saint-Cyr, Mlle, M. l\u2019abb\u00e9, Monsieur de La Bardonnie, Max, l\u2019oncle Paul, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Maman et moi, nous partons pour Ille \u00e0 9h \u00bd, dans les deux voitures. Nous trouvons \u00e0 Ille Papa, Philom\u00e8ne et l\u2019oncle Xavier qui y est arriv\u00e9 avant-hier. \u00c0 11 heures, a lieu \u00e0 la maison la signature du contrat de mariage de Max et de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, qui est dress\u00e9 par Me Truill\u00e8s. \u00c0 midi, d\u00e9jeuner. \u00c0 3 heures, nous nous rendons \u00e0 la Mairie o\u00f9 a lieu le mariage civil c\u00e9l\u00e9br\u00e9 par M. Asp\u00e8s, maire. Il ne peut avoir lieu qu\u2019\u00e0 un domicile de l\u2019un des \u00e9poux, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 Sainte-Croix, \u00e0 Ille ou \u00e0 Angers, mais pas \u00e0 Vin\u00e7a (au contraire, gr\u00e2ce \u00e0 une d\u00e9l\u00e9gation, le mariage religieux pourra avoir lieu \u00e0 Vin\u00e7a)&nbsp;; les t\u00e9moins de Marie-Th\u00e9r\u00e8se sont l\u2019oncle Xavier et l\u2019oncle Paul&nbsp;; ceux de Max sont M. de La Bardonnie et l\u2019abb\u00e9 de Saint-Cyr son fr\u00e8re. \u00c0 8h \u00e0 Vin\u00e7a a lieu le d\u00eener de contrat qui r\u00e9unit 23 personnes&nbsp;; nous avons manqu\u00e9, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, la visite de notre cousine Mme d\u2019Albici et de son fils Henri venus de Perpignan<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 17 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La journ\u00e9e se passe en pr\u00e9paratifs&nbsp;; cependant, Mme, Mlle et M. l\u2019abb\u00e9 de Saint-Cyr, M. de La Bardonnie, le cur\u00e9 de Sainte-Croix et Philom\u00e8ne grimpent \u00e0 Saint-Martin-du-Canigou&nbsp;; de leur c\u00f4t\u00e9, les chanoines excursionnent. Moi, je me prom\u00e8ne au grand jardin avec Paul Delestrac, nous tirons des oiseaux. Le soir \u00e0 8h, arrive l\u2019abb\u00e9 Latour&nbsp;; il loge chez Mme de Llobet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 18 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s 5h \u00bd du matin, la maison est envahie par le restaurateur de Perpignan, Gadel, qui fait le d\u00eener et par les 11 gar\u00e7ons ou cuisiniers qu\u2019il am\u00e8ne. Ils installent dans la cuisine un \u00e9norme fourneau, apportent des monceaux de victuailles, des chaises en quantit\u00e9 \u00e9norme etc. etc. Par le train de 7h, arrivent l\u2019oncle Xavier et Maurice<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a>. Apr\u00e8s bien des occupations, je m\u2019habille vers 10 heures et je vais \u00e0 la gare attendre les invit\u00e9s de Perpignan qui arrivent par le train de 10h \u00bd&nbsp;; chemin faisant, je rencontre Pierre Cornet<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a> et le capitaine de Lamer<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a> qui arrivent en automobile. \u00c0 la gare, c\u2019est un flot \u00e9norme. De retour \u00e0 la maison, je m\u2019occupe d\u2019organiser le cort\u00e8ge&nbsp;; voici sa composition&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Papa<\/td><td>\u2013<\/td><td>Marie-Th\u00e9r\u00e8se<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Max<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mme de Saint-Cyr<\/td><\/tr><tr><td rowspan=\"4\">Gar\u00e7ons d\u2019honneur<\/td><td><strong>Moi<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>Mlle de Saint-Cyr<\/td><\/tr><tr><td><strong>Commandant de Chasteigner<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>Philom\u00e8ne<\/td><\/tr><tr><td><strong>Maurice<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>Genevi\u00e8ve Delestrac<\/td><\/tr><tr><td><strong>Paul Delestrac<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>N\u00e9nette<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle Xavier<\/td><td>\u2013<\/td><td>Bonne Maman<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. de La Bardonnie<\/td><td>\u2013<\/td><td>Maman<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle Paul<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tata Mimi<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle Hector<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tante Josepha<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle de Barescut<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tante Isabelle Cornet de Bosch<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle Delestrac<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tante Bonafos<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Joseph Cornet<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tante Delestrac<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Pierre Cornet<\/td><td>\u2013<\/td><td>Cousine de Saint-Jean<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Henri de Bla\u00ff<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mme de Barescut<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Carlos de Lazerme<\/td><td>\u2013<\/td><td>Cousine de Llamby d\u2019Oms<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin capitaine de Lamer<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mlle de Llobet<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Companyo<\/td><td>\u2013<\/td><td>Th\u00e9r\u00e8se de Barescut<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Boluix de Lacroix<\/td><td>\u2013<\/td><td>Louise de Llamby dOms<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Ferriol<\/td><td>\u2013<\/td><td>Esp\u00e9rance Truill\u00e8s<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. Truill\u00e8s<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mimi Jocaveil<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Capitaine de Llobet<\/td><td>\u2013<\/td><td>Madeleine Batlle<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Henri d\u2019Albici<\/td><td>\u2013<\/td><td>Isabelle de Llamby d\u2019Oms<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Joseph de Saint-Jean<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mlle Durand<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. de Guardia<\/td><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Xavier Cristau<\/td><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. Marie<\/td><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est moi qui suis charg\u00e9 de faire placer tout le monde. \u00c0 11h \u00bc, le cort\u00e8ge se met en marche. L\u2019\u00e9glise est admirablement d\u00e9cor\u00e9e de plantes vertes, de fleurs et de lumi\u00e8res. Discours du cur\u00e9 d\u2019Ille et du chanoine Galais, tr\u00e8s bien tous deux&nbsp;; c\u2019est le cur\u00e9 de Vin\u00e7a qui b\u00e9nit l\u2019union en l\u2019absence de l\u2019abb\u00e9 Raoul de Saint-Cyr, cousin de Max qui devait la b\u00e9nir (au dernier moment, il n\u2019a pu venir). Pendant la messe, nous qu\u00eatons&nbsp;: \u00e0 nous quatre, nous r\u00e9coltons 145 francs, ce qui est assez gentil pour Vin\u00e7a&nbsp;; \u00e0 la sacristie, long d\u00e9fil\u00e9&nbsp;; beaucoup de gens de Perpignan sont venus \u00e0 la messe, ainsi que beaucoup de gens de Vin\u00e7a et d\u2019Ille. Apr\u00e8s la messe \u00e0 1 heure a lieu un lunch pour les gens venus \u00e0 la messe, il se passe dans le petit salon du bas de l\u2019escalier, pr\u00e8s du petit jardin&nbsp;; une cinquantaine de personnes environ y prennent part. Quand le lunch est \u00e0 peu pr\u00e8s fini, les gens du cort\u00e8ge viennent au d\u00eener qui a lieu dans la grande salle&nbsp;: 52 personnes y prennent part. De leur c\u00f4t\u00e9, 12 pr\u00eatres (qui ne peuvent, d\u2019apr\u00e8s les statuts dioc\u00e9sains, prendre part aux d\u00eeners de mariage) d\u00eenent dans l\u2019ancienne salle \u00e0 manger. La salle \u00e0 manger et le salon servent pour circuler&nbsp;; le d\u00eener dure de 1h50 \u00e0 5h \u00bd, il y a, je crois, 10 ou 11 plats. Au champagne, M. de Barescut<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a> porte un tr\u00e8s joli toast o\u00f9 il rappelle le souvenir des d\u00e9funts de la famille&nbsp;; apr\u00e8s lui, M. de La Bardonnie souhaite la bienvenue \u00e0 sa nouvelle ni\u00e8ce. Au salon, apr\u00e8s le caf\u00e9, le pousse-caf\u00e9 et les cigares, on danse un peu, puis tout le monde s\u2019en va pour prendre le train de 6h \u00bd (peu de personnes partent en voiture). \u00c0 la gare, au moment o\u00f9 nous disions \u00ab&nbsp;au revoir&nbsp;\u00bb \u00e0 Max et \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 tous nos cousins, nous voyons Monseigneur de Carsalade qui est dans le train et qui f\u00e9licite Papa du mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Nous rentrons \u00e0 la maison un peu tristes de la s\u00e9paration. L\u2019oncle Delestrac et Paul, ainsi que les chanoines, sont partis d\u00e8s ce soir. Vers 8h \u00bd, on se remet \u00e0 table pour prendre du th\u00e9 ou du chocolat. \u00c0 10h \u00bd, on se retire apr\u00e8s une journ\u00e9e bien employ\u00e9e. Certes, tout s\u2019est tr\u00e8s bien pass\u00e9&nbsp;: pas le moindre accroc. La table \u00e9tait admirablement d\u00e9cor\u00e9e. Toutes les personnes qui ont assist\u00e9 \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie nous font compliment et nous disent que c\u2019est le plus beau mariage qu\u2019elles aient vu \u00e0 Vin\u00e7a. Ce qu\u2019il y a de consolant pour Marie-Th\u00e9r\u00e8se, c\u2019est qu\u2019il a eu lieu, comme l\u2019a fait remarquer le chanoine Galais, \u00e0 la place m\u00eame o\u00f9 avait \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 celui de Maman et celui de Bonne Maman. Inutile de dire qu\u2019une foule \u00e9norme garnissait le fond de l\u2019\u00e9glise et se trouvait sur le passage du cort\u00e8ge. Ce qui nous faisait plaisir aussi, c\u2019\u00e9tait de voir presque tous nos parents r\u00e9unis autour de nous&nbsp;; nous n\u2019en aurions eu que fort peu, au contraire, si le mariage avait eu lieu \u00e0 Angers. Enfin, journ\u00e9e superbe et qui comptera dans l\u2019histoire de la famille&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 19 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous \u00e0 une messe dite pour nous \u00e0 9h par l\u2019abb\u00e9 Labasse. \u00c0 10h \u00bd, d\u00e9jeuner&nbsp;; \u00e0 midi, d\u00e9part de MM. de La Bardonnie, l\u2019abb\u00e9 de Saint-Cyr, Labasse, de Mme et Mlle de Saint-Cyr. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons au grand jardin et \u00e0 v\u00eapres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 25 avril 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 20 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener au grand jardin, et tirer quelques oiseaux avec M. l\u2019abb\u00e9 Latour et Genevi\u00e8ve. \u00c0 midi, d\u00e9part de Tata Mimi et de M. l\u2019abb\u00e9. \u00c0 3h \u00bd, de l\u2019oncle Paul&nbsp;; la maison se d\u00e9peuple de plus en plus. <em>Le Roussillon<\/em> d\u2019aujourd\u2019hui publie un long compte-rendu du mariage. Le voici<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a>&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-2.gif\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"582\" height=\"892\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/image-2.gif\" alt=\"\" class=\"wp-image-185\"\/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Le Roussillon<\/em>, 20 avril 1903 \u2013 Coupure de presse coll\u00e9e dans le journal intime<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 21 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me l\u00e8ve \u00e0 9 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Genev\u00e8ve tirer des oiseaux au grand jardin&nbsp;; je m\u2019y prom\u00e8ne aussi pendant une heure avec l\u2019oncle Hector.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 22 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa arrive d\u2019Ille par la voiture, vers 3 heures. \u00c0 2h \u00bd, nous avons la visite de Pierre et de Joseph Cornet. Par le train de 3h \u00bd, partent Tante Josepha, N\u00e9nette, Philom\u00e8ne, Tante Delestrac et Genevi\u00e8ve&nbsp;; nous allons bien tristement les accompagner \u00e0 la gare, car, pour les Delestrac, au moins, je ne sais pas quand nous les reverrons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 23 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais plusieurs fois me promener au jardin et ma journ\u00e9e, comme les pr\u00e9c\u00e9dentes, se passe d\u2019une fa\u00e7on assez monotone.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 24 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 partir de onze heures du matin, le temps se met \u00e0 la pluie pour le reste de la journ\u00e9e&nbsp;; aussi, je ne sors pas. Papa, qui devait partir aujourd\u2019hui pour Biarritz et Angers, y renonce, \u00e0 cause du mauvais temps et parce qu\u2019il est tr\u00e8s enrhum\u00e9. Du reste, nous le sommes tous&nbsp;: Maman et Bonne maman le sont depuis quinze jours, l\u2019oncle Hector et moi le sommes aussi&nbsp;; Max, l\u2019oncle Paul et N\u00e9nette sont partis enrhum\u00e9s&nbsp;; enfin, c\u2019est un rhume quasi-universel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 25 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa part \u00e0 3h \u00bd pour Angers&nbsp;; je vais au grand jardin avec l\u2019oncle Hector puis je fais quelques visites de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 30 avril 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 27 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier matin, d\u00e9part de Vin\u00e7a par le train de midi pour Perpignan&nbsp;; je fais route avec Jules Sabat\u00e9<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a>. \u00c0 Perpignan, je fais plusieurs visites&nbsp;; je vais voir mes cousins Bonafos et Cornet de Bosch, que je rencontre (on me montre, chez les Cornet, la petite Elisabeth Companyo), et D\u2019Albici et De Lazerme, que je ne rencontre pas (toutefois je rencontre l\u2019oncle Joseph de Lazerme dans la rue). J\u2019assiste aussi \u00e0 une partie des v\u00eapres \u00e0 Saint-Jean o\u00f9 c\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate de l\u2019Adoration, mais je n\u2019ai pas le temps d\u2019attendre la fin. \u00c0 4h \u00bd, je suis \u00e0 la gare&nbsp;; j\u2019y trouve Madame de Llamby, avec Louise et Isabelle, venues pour voir Maman \u00e0 son passage. \u00c0 5 heures, je prends avec Maman (arriv\u00e9e de Vin\u00e7a avec Marie par le train de 4h \u00bd), le train pour Narbonne o\u00f9 nous d\u00eenons et prenons \u00e0 8h 13 le train pour Bordeaux&nbsp;; nous sommes seuls presque tout le temps et dormons assez bien. \u00c0 Bordeaux, nous d\u00e9jeunons, allons entendre la messe \u00e0 la cath\u00e9drale, et reprenons le train de 9 heures pour Montreuil-Bellay o\u00f9 nous changeons encore et nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 4h35 par la pluie&nbsp;; Papa nous attendait \u00e0 la gare.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 28 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je dors jusqu\u2019\u00e0 9 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; il m\u2019annonce qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 ajourn\u00e9 lors du conseil de r\u00e9vision pour faiblesse des bras&nbsp;; pourvu que pareille chose ne m\u2019arrive pas demain&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 29 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9 heures, je vais passer mon conseil de r\u00e9vision \u00e0 la Pr\u00e9fecture&nbsp;; je passe vers 10h \u00bd et je suis ajourn\u00e9 pour faiblesse de constitution&nbsp;; cela, comme pour Herv\u00e9-Bazin, vient aussi des bras probablement, car, avant de se prononcer, le major m\u2019a examin\u00e9 les bras avec soin&nbsp;; il se peut aussi, et c\u2019est m\u00eame probable, que cet ajournement soit le r\u00e9sultat de mon influenza qui m\u2019a fait beaucoup maigrir. Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est fort ennuyeux, car pour la commodit\u00e9 de mes \u00e9tudes, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s content de faire mon service militaire cette ann\u00e9e apr\u00e8s la licence. Par contre, c\u2019est une ann\u00e9e de gagn\u00e9e sur trois&nbsp;; donc, le doctorat devient moins n\u00e9cessaire&nbsp;; si m\u00eame j\u2019\u00e9tais de nouveau ajourn\u00e9e l\u2019ann\u00e9e prochaine, il ne me serait plus utile du tout. Tout cela demande r\u00e9flexion et mon ajournement pourrait bien \u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019une grave d\u00e9cision&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 30 avril 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je recommence \u00e0 suivre les cours&nbsp;; ce matin, cours de droit commercial et de l\u00e9gislation financi\u00e8re. Aujourd\u2019hui comme d\u00e9j\u00e0 hier, il est de plus en plus question de notre retour d\u00e9finitif en Roussillon. Nous ne restions \u00e0 Angers en effet que pour notre \u00e9ducation&nbsp;; or, celle de Marie-Th\u00e9r\u00e8se est termin\u00e9e depuis 2 ans, celle de Philom\u00e8ne sera termin\u00e9e dans 2 mois, et quant \u00e0 moi j\u2019esp\u00e8re \u00eatre licenci\u00e9 en droit en juillet prochain&nbsp;; puisque je suis ajourn\u00e9 et que je n&rsquo;ai donc plus que 2 ans de service militaire \u00e0 faire au lieu de 3 (et que m\u00eame il me sera facile de me faire ajourner l\u2019ann\u00e9e prochaine, ce qui me dispenserait de 2 ans de service sur trois), je ne vois pas l\u2019utilit\u00e9 de pousser jusqu\u2019au doctorat en droit, ce dipl\u00f4me ne me servira pas pour ma carri\u00e8re d\u2019agriculteur&nbsp;; rien ne nous retient donc plus \u00e0 Angers. Beaucoup de raisons, au contraire, nous commandent d\u2019en partir&nbsp;; d\u2019abord l\u2019enseignement fatigue Papa qui souffre souvent de la gorge et qui a la voix cass\u00e9e vers la fin de l\u2019ann\u00e9e scolaire&nbsp;; puis le s\u00e9jour dans une grande ville, si loin de nos propri\u00e9t\u00e9s est doublement co\u00fbteux&nbsp;: \u00e0 cause de la chert\u00e9 de la vie \u00e0 Angers et parce que cela nous oblige \u00e0 donner nos vignes du Roussillon \u00e0 portion de fruits et diminue d\u2019autant notre revenu. Pour toutes ces raisons, j\u2019ai lieu de croire que cette ann\u00e9e sera la derni\u00e8re de notre s\u00e9jour \u00e0 Angers.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mai 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 mai 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 1<sup>er<\/sup> mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituel (droit civil seulement, car il n\u2019y a plus, maintenant, de second cours 3 fois la semaine). L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 4h \u00bd, je vais \u00e0 la gare attendre Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui arrivent aujourd\u2019hui de Paris pour une huitaine&nbsp;; mais leur train ayant du retard, je ne puis pas les attendre et je vais au cours de machines agricoles \u00e0 5h \u00bc. Je les trouve, en arrivant \u00e0 la maison, enchant\u00e9s de leur vie commune. Le soir, les Magu\u00e9 viennent prendre le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 2 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5 heures, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 3 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais tenir compagnie \u00e0 l\u2019oncle Paul qui est dans son lit souffrant de la migraine&nbsp;; je vais porter aux familles pauvres les bons de la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Le soir, nous allons \u00e0 l\u2019ouverture du Mois de Marie \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 mai 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 4 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa voir Mmes Jac et Gavouy\u00e8re qui m\u2019avaient invit\u00e9 \u00e0 d\u00eener avant les vacances de P\u00e2ques (sans que, d\u2019ailleurs, je puisse m\u2019y rendre, \u00e0 cause de mon influenza) ; je ne rencontre que la seconde. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 5 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit civil \u00e0 la place du cours de droit commercial M. Buston \u00e9tant malade&nbsp;; quant au second cours, M. Saint-Maur nous a pr\u00e9venu samedi qu\u2019il n\u2019aurait lieu que demain. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa faire une visite de digestion \u00e0 Mme Albert pour son invitation du 22 mars&nbsp;; \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture (\u00e9conomie rurale).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 6 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit civil et de l\u00e9gislation financi\u00e8re&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 3h, conf\u00e9rence de droit civil.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 7 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial et de l\u00e9gislation financi\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, vers 4h \u00bd, je vais visiter la nouvelle salle d\u2019escrime de mon professeur M. Bickel, \u00e0 la rue Corneille&nbsp;; elle est beaucoup plus vaste et bien mieux organis\u00e9e que l\u2019ancienne&nbsp;; mais je ne pourrai pas en profiter de longtemps, car, pendant quelques mois, je vais remplacer l\u2019escrime par de la gymnastique. Le soir \u00e0 8h \u00bd, nous allons \u00e0 la petite soir\u00e9e de Mme Mongazon<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a>&nbsp;; il y a, en-dehors de nous et des Saint-Cyr, Pierre Hardouin-Duparc, Mme et Mlle Buston, le lieutenant-colonel et Mme Lenoir, parents de Mme Mongazon. Nous nous retirons \u00e0 11 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 8 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial le matin (pour remplacer celui qui n\u2019a pas eu lieu mardi)&nbsp;; \u00e0 1h \u00bd, composition de droit commercial&nbsp;; \u00e0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 9 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels. Au retour de l\u2019Universit\u00e9, je suis surpris dehors, et sans parapluie (car il faisait beau \u00e0 8h quand j\u2019ai quitt\u00e9 la maison) par une terrible averse de gr\u00eale que je suis oblig\u00e9 de subir jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019ai trouv\u00e9 un tram&nbsp;; apr\u00e8s les gel\u00e9es du mois dernier, voil\u00e0 qui va achever les vignes en Anjou&nbsp;! Il y a eu aussi vers le 20 avril de fortes gel\u00e9es en Roussillon, mais nos vignes ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tement \u00e9pargn\u00e9es&nbsp;; nous pouvons en dire autant pour l\u2019orage de gr\u00eale de mercredi&nbsp;; toutes ces gel\u00e9es (qui ont enlev\u00e9 plus des \u00be de la r\u00e9colte dans le Bordelais, dans l\u2019Aude et dans l\u2019H\u00e9rault) ont eu pour r\u00e9sultat une grande hausse sur les prix&nbsp;; si nous continuons \u00e0 \u00eatre \u00e9pargn\u00e9s par les fl\u00e9aux, nous pouvons esp\u00e9rer une bonne ann\u00e9e de vin. Nous d\u00e9jeunons avant onze heures, et, \u00e0 midi, nous sommes tous dans le quartier Saint-Laud o\u00f9 nous faisons escorte, avec environ 300 catholiques (hommes et femmes) aux onze P\u00e8res capucins qui passent aujourd\u2019hui en correctionnelle pour ne s\u2019\u00eatre pas dispers\u00e9s apr\u00e8s la signification du refus d\u2019autorisation de leur congr\u00e9gation&nbsp;; chemin faisant, notre groupe grossit et quand nous arrivons devant le Palais de justice, nous pouvons \u00eatre 500 environ&nbsp;; je r\u00e9ussis, avec Papa et quelques personnes, \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans le Palais, et au moment o\u00f9 les P\u00e8res montent les marches du Palais, la foule mass\u00e9e devant la porte les acclame longuement. Pendant pr\u00e8s de deux heures, nous entendons juger M. Dominique Delahaye, pr\u00e9sident de la Chambre de commerce (la b\u00eate noire du pr\u00e9fet), qui, le jour de l\u2019apposition des scell\u00e9s sur le couvent des Oblats, s\u2019\u00e9tait livr\u00e9 \u00e0 quelques plaisanteries sur le juge de paix&nbsp;; poursuivi pour outrages \u00e0 un magistrat, il attrape 200 fr. d\u2019amende, \u00e0 cause des circonstances att\u00e9nuantes. Ensuite, vient le proc\u00e8s des Capucins. \u00c0 l\u2019appel de son nom, le sup\u00e9rieur lit une belle d\u00e9claration dans laquelle il dit qu\u2019en vivant en communaut\u00e9 et en priant avec ses fr\u00e8res en religion, il ne fait qu\u2019user de son droit de citoyen fran\u00e7ais, et qu\u2019il ne reconna\u00eet pas \u00e0 l\u2019\u00c9tat le droit de l\u2019en emp\u00eacher&nbsp;; ni l\u2019amende ni la prison ne nous font peur, dit-il, car, apr\u00e8s notre jugement, nous en subirons un autre, celui du juge infaillible qui sonde les consciences&nbsp;; tous les Capucins s\u2019associent \u00e0 cette d\u00e9claration&nbsp;; puis le procureur de la R\u00e9publique (un Roussillonnais, M. Jacomet de Boa\u00e7\u00e0<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a>, de Prades) prononce son r\u00e9quisitoire&nbsp;; il dit que les P\u00e8res, en ne se dispersant pas apr\u00e8s notification de leur refus d\u2019autorisation, tombent sous le coup des p\u00e9nalit\u00e9s de la loi du 1<sup>er<\/sup> juillet 1901. L\u2019avocat M. Perrin, professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, d\u00e9montre que les P\u00e8res sont toujours prot\u00e9g\u00e9s par leur demande d\u2019autorisation, qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 examin\u00e9e, car la Chambre a refus\u00e9 de passer \u00e0 la discussion des articles du projet de loi sur les demandes d\u2019autorisation, et, de plus, le projet, apr\u00e8s le refus de la Chambre, n\u2019est pas all\u00e9 au S\u00e9nat, ce qui est contraire \u00e0 la loi de 1901 pendant la discussion de laquelle M. Waldeck-Rousseau, pr\u00e9sident du Conseil, avait dit formellement qu\u2019en cas de refus d\u2019autorisation par l\u2019une des deux chambres, le projet devait quand m\u00eame aller devant l\u2019autre. Vient ensuite le proc\u00e8s des P\u00e8res oblats qui est absolument identique, aussi leur avocat M. Gain, pour ne pas r\u00e9p\u00e9ter ce qu\u2019a d\u00e9j\u00e0 dit M. Perrin, \u00e9l\u00e8ve le d\u00e9bat et, se pla\u00e7ant sur le terrain de la justice et du droit de tous les citoyens \u00e0 la libert\u00e9, d\u00e9clare que les P\u00e8res ont les m\u00eames droits que les autres, et dit que, s\u2019ils sont condamn\u00e9s aujourd\u2019hui, la justice aura son heure sur notre terre de France&nbsp;; sa p\u00e9roraison est accueillie par une salve d\u2019applaudissements&nbsp;; alors, le pr\u00e9sident, M. Joussaume, fait \u00e9vacuer la salle, mais c\u2019est un coup d\u2019\u00e9p\u00e9e dans l\u2019eau car tout est fini&nbsp;; on n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 attendre le jugement&nbsp;; il est rendu une demi-heure apr\u00e8s&nbsp;; les P\u00e8res (Capucins et Oblats) sont condamn\u00e9s \u00e0 25 fr. d\u2019amende&nbsp;;il fallait s\u2019y attendre, car le tribunal, aussi bien que la Cour d\u2019Angers, ne brille pas par son ind\u00e9pendance. \u00c0 la sortie des P\u00e8res, une foule d\u2019environ 3000 personnes est mass\u00e9e devant le Palais&nbsp;; les dames, parmi lesquelles Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, ont achet\u00e9 des fleurs et en jonchent le sol devant les P\u00e8res&nbsp;; cependant, ceux-ci sont encadr\u00e9s chacun par 6 hommes se donnant le bras, ce qui fait un important cort\u00e8ge dont je suis&nbsp;; le cort\u00e8ge est lui-m\u00eame entour\u00e9 de gendarmes \u00e0 pied et d\u2019agents de police et pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de gendarmes \u00e0 cheval&nbsp;; au moment de la sortie du Palais de justice, une immense acclamation retentit&nbsp;; mais aussit\u00f4t, on entend des sifflets, des cris de \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la calotte&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Vive la Sociale&nbsp;\u00bb, etc. pouss\u00e9s par plusieurs&nbsp; centaines de voyous m\u00eal\u00e9s aux manifestants&nbsp;; ils se mettent \u00e0 lancer de la boue, des pierres, des trognons de choux, des pommes de terre etc. sur les P\u00e8res et entonnent l\u2019Internationale. Tout le long du chemin, jusqu\u2019au couvent des Capucins, la double manifestation suit le cort\u00e8ge en prof\u00e9rant des cris tr\u00e8s diff\u00e9rents&nbsp;! Le cort\u00e8ge s\u2019avance en silence (c\u2019est le mot d\u2019ordre) mais nous avons les oreilles endolories par les cris de \u00ab&nbsp;Vivent les P\u00e8res&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Vive la libert\u00e9&nbsp;\u00bb, prof\u00e9r\u00e9s par nos amis, et par ceux de \u00ab&nbsp;La calotte hou&nbsp;! hou&nbsp;!&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la calotte&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00c0 bas les P\u00e8res&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la Patrie&nbsp;\u00bb, et autres am\u00e9nit\u00e9s, et par les accents de la Carmagnole et de l\u2019Internationale, qui viennent de l\u2019autre camp&nbsp;; de temps en temps, une pierre ou un trognon de divers l\u00e9gumes tombe au milieu de nous&nbsp;; mais nous sommes bien prot\u00e9g\u00e9s par les gendarmes. Un moment sur le boulevard, Papa, Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max se trouvent isol\u00e9s au milieu d\u2019un groupe de voyous, ils sont insult\u00e9s, et Papa, qui n\u2019a pas d\u2019armes (pas m\u00eame une canne) leur fait face en croisant les bras&nbsp;; ils n\u2019osent pas frapper, \u00e0 cause du voisinage des gendarmes, mais ils se vengent en jetant une pomme de terre sur la figure de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. En arrivant \u00e0 la place Saint-Laud devant le couvent, les forces de gendarmerie et de police se d\u00e9ploient pour ne laisser passer sur la place que les P\u00e8res et leur cort\u00e8ge&nbsp;; ils sont appuy\u00e9s par un peloton de dragons&nbsp;; au-dessus de la porte de la chapelle, des mains amies ont plac\u00e9 une grande pancarte aux couleurs nationales avec les mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;Libert\u00e9, \u00c9galit\u00e9, Fraternit\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00f4 ironie&nbsp;!!! La vue de cet embl\u00e8me, le tintement de la cloche du couvent qui sonne le glas de la libert\u00e9, les cris des deux cat\u00e9gories de manifestants, la vue des dragons et des gendarmes et du cort\u00e8ge qui s\u2019avance silencieusement sur la place, tout cela est profond\u00e9ment impressionnant&nbsp;; au moment o\u00f9 le cort\u00e8ge arrive \u00e0 la porte du couvent, un jeune homme s\u2019avance au-devant des P\u00e8res et leur offre un magnifique bouquet (produit d\u2019une collecte faite en partie par Marie-Th\u00e9r\u00e8se)&nbsp;; alors le cort\u00e8ge des P\u00e8res pousse une immense acclamation en leur honneur, et on p\u00e9n\u00e8tre dans la chapelle o\u00f9 nous entonnons le Magnificat&nbsp;; puis le P\u00e8re sup\u00e9rieur nous remercie en termes \u00e9mus de nos t\u00e9moignages de sympathie, et, avant notre d\u00e9part, r\u00e9cite avec nous 3 Ave Maria pour les pers\u00e9cuteurs des P\u00e8res&nbsp;; j\u2019avoue que, pendant le Magnificat, en chantant la strophe <em>\u00ab&nbsp;Deposuit potentes de sede\u2026&nbsp;\u00bb<\/em>, j\u2019adressais au Ciel de bien ferventes pri\u00e8res pour qu\u2019il h\u00e2te la chute de ce mis\u00e9rable Combes et de tout ce gouvernement de bandits&nbsp;!!! Je rentre \u00e0 la maison avec un groupe d\u2019amis sans rencontrer de manifestants&nbsp;; mais quand j\u2019arrive \u00e0 la maison \u00e0 8 heures, Papa et Maman me racontent que, n\u2019ayant pu entrer dans la cour de Saint-Laud \u00e0 cause du barrage de gendarmes, ils ont \u00e9t\u00e9 un moment entour\u00e9s de contre-manifestants et ont d\u00fb subir leurs cris haineux et leurs crachats (Max en a re\u00e7u sur son chapeau). Max avait un revolver charg\u00e9 sur lui, ainsi que beaucoup d\u2019autres de nos amis (moi, j\u2019avais un casse-t\u00eate, et Maman, un coup de poing am\u00e9ricain)&nbsp;; Papa et Maman ont \u00e9t\u00e9 t\u00e9moins de deux rixes entre manifestants du c\u00f4t\u00e9 de la rue Hoche&nbsp;; des coups de canne ont \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9s&nbsp;; un vieillard a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 par des contre-manifestants. Il est probable que ces voyous, contenus par les gendarmes jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, profiteront de la nuit pour commettre des agressions, comme ils l\u2019ont d\u00e9j\u00e0 fait le 23 avril, sur des passants inoffensifs. En somme, malgr\u00e9 la condamnation des P\u00e8res et la contre-manifestation (qui d\u2019ailleurs ne comprenait que la lie de la populace), belle journ\u00e9e \u00e0 Angers pour la cause de la libert\u00e9&nbsp;! Il faut reconna\u00eetre que les mesures d\u2019ordre ont \u00e9t\u00e9 bien prises&nbsp;; l\u2019honneur en revient au maire, M. Bouhier, qui n\u2019a pas voulu voir se reproduire les agressions et les rixes qui ont accompagn\u00e9 l\u2019apposition des scell\u00e9s sur les couvents des Capucins et des Oblats, le 23 avril dernier. J\u2019esp\u00e8re que les P\u00e8res vont faire appel du jugement qui les condamne&nbsp;; nous reverrons alors une nouvelle manifestation comme celle d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;; il faut s\u2019en r\u00e9jouir, car cela habitue les Catholiques \u00e0 s\u2019organiser, \u00e0 se compter, et impressionne beaucoup la population.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"698\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-698x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-198\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-698x1024.jpg 698w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-204x300.jpg 204w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-768x1127.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-1047x1536.jpg 1047w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-1396x2048.jpg 1396w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/denis.4.jacomet-scaled.jpg 1745w\" sizes=\"auto, (max-width: 698px) 100vw, 698px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Denis Jacomet dit \u00ab\u00a0Jacomet de Boa\u00e7\u00e0\u00a0\u00bb (1858-1929), substitut du procureur \u00e0 Angers en 1902-1904, futur conseiller \u00e0 la Cour de Cassation \u2013 Collection priv\u00e9e<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 10 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. \u00c0 midi, nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner Jacques Herv\u00e9-Bazin et les Magu\u00e9. Les journaux locaux racontent tout au long les manifestations d\u2019hier. Les rixes ont \u00e9t\u00e9 plus graves qu\u2019on ne l\u2019avait cru tout d\u2019abord&nbsp;; c\u2019est ainsi qu\u2019un vieillard a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 et pi\u00e9tin\u00e9 par les apaches gouvernementaux&nbsp;; un clerc d\u2019avou\u00e9 a re\u00e7u des coups de pied dans le ventre&nbsp;; un tailleur a re\u00e7u sur la t\u00eate un formidable coup de canne qui lui a fendu le cr\u00e2ne&nbsp;; des pr\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9s et pi\u00e9tin\u00e9s&nbsp;; enfin, l\u2019agression la plus l\u00e2che a \u00e9t\u00e9 celle dont le jeune Henri de la Selle, \u00e0 peine \u00e2g\u00e9 de 16 ans, a \u00e9t\u00e9 victime&nbsp;; il a re\u00e7u dans le dos, puis sur la figure, de formidables coups de poing d\u2019un voyou qui a pris la fuite et n\u2019a pu \u00eatre rattrap\u00e9. Transport\u00e9 \u00e9vanoui et perdant son sang par une blessure au front, chez le Dr Dezanneau, on se demande s\u2019il ne perdra pas l\u2019\u0153il. Toutes ces collisions ou, pour mieux dire, ces agressions, se sont produites apr\u00e8s le retour des P\u00e8res dans le couvent, et entre la cour Saint-Laud et la place de l\u2019Acad\u00e9mie&nbsp;; parce que toutes les forces de police et de gendarmerie \u00e9taient mass\u00e9es dans la cour Saint-Laud&nbsp;; \u00e7a a \u00e9t\u00e9 l\u00e0 une lacune dans les mesures d\u2019ordre. Le soir vers minuit, des personnes qui sortaient d\u2019une conf\u00e9rence donn\u00e9e par le triste abb\u00e9 Bosseboeuf dans la salle des f\u00eates du Grand h\u00f4tel (il aurait pu mieux choisir son jour), ont \u00e9t\u00e9 assaillies par des apaches trainant dans les rues et ont d\u00fb tirer des coups de revolver dont les balles sont all\u00e9es s\u2019aplatir sur la devanture des Nouvelles Galeries&nbsp;; des consommateurs attabl\u00e9s devant le Caf\u00e9 Gasnault ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement insult\u00e9s et menac\u00e9s par des bandes d\u2019apaches. Il est \u00e0 remarquer que parmi tous ces apaches, aussi bien que parmi ceux qui insultaient les P\u00e8res hier soir, il n\u2019y avait pas d\u2019ouvriers&nbsp;; ces bandes, d\u2019ailleurs assez peu nombreuses (environ 4 \u00e0 500) se composaient du rebut de la populace, de repris de justice, presque tous \u00e2g\u00e9s de 15 \u00e0 20 ans \u00e0 peine. Je suis tout \u00e9tonn\u00e9 le matin d\u2019apprendre que M. Maurice Gavouy\u00e8re est venu prendre de mes nouvelles&nbsp;; il me croyait bless\u00e9 dans les bagarres d\u2019hier&nbsp;; je m\u2019explique ce qui a pu le lui faire croire&nbsp;: le <em>Petit Courrier<\/em> de ce matin (<em>Le Maine-et-Loire<\/em> ne para\u00eet pas le dimanche) a racont\u00e9 l\u2019agression dont Henri de la Selle a \u00e9t\u00e9 victime, sans le nommer et a dit, du reste \u00e0 tort, que sa m\u00e8re et sa s\u0153ur pr\u00e9sentes l\u2019avaient relev\u00e9&nbsp;; comme le malheureux jeune homme n\u2019\u00e9tait pas nomm\u00e9 et que M. Gavouy\u00e8re m\u2019avait vu dans la manifestation et avait vu aussi Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, il s\u2019est figur\u00e9 que c\u2019\u00e9tait moi le bless\u00e9, alors que je m\u2019en suis retourn\u00e9 le plus tranquillement du monde avec M. Gavouy\u00e8re p\u00e8re, M. Jac et d\u2019autres, sans me douter de ce qui se passait en m\u00eame temps dans la rue Marceau. \u00c0 6 heures, nous allons au salut chez les Dominicains, qui ne sont plus 48 comme avant, mais seulement 14, tous leurs novices ayant quitt\u00e9 la France&nbsp;; si leur maison d\u2019Angers est encore ouverte sans que cela ait donn\u00e9 l\u2019ouverture de poursuites contre eux, c\u2019est qu\u2019apr\u00e8s le rejet de leur demande d\u2019autorisation, ils ont form\u00e9 une demande subsidiaire d\u2019autorisation pour 3 maisons, comme pr\u00e9paratoires aux missions (celles d\u2019Angers, de Paris et de Marseille)&nbsp;; je crains bien qu\u2019ils ne soient, dans cette nouvelle d\u00e9marche, les dupes des paroles mielleuses \u00e0 dessein de l\u2019ex\u00e9crable Combes, et j\u2019aurais mieux aim\u00e9 leur voir suivre l\u2019exemple des Capucins et des Oblats&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 mai 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 11 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit civil. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire ma visite de digestion chez Mme Mongazon que je ne rencontre pas. Je vais aussi chez M. Jac. Je vais m\u2019entendre avec le docteur Taupard, directeur de l\u2019\u00e9tablissement d\u2019hydroth\u00e9rapie, a\u00e9roth\u00e9rapie etc. du boulevard du Ch\u00e2teau, au sujet des le\u00e7ons de gymnastique respiratoire que je dois prendre. Un jeune homme m\u2019arr\u00eate dans la rue pour me demander de mes nouvelles&nbsp;; lui aussi m\u2019avait cru bless\u00e9, sur la foi de M. Maurice Gavouy\u00e8re&nbsp;; d\u00e9cid\u00e9ment, on veut \u00e0 toute force faire de moi une victime. Enfin, dans plusieurs salons, Maman qui fait aujourd\u2019hui beaucoup de visites, est oblig\u00e9e de d\u00e9mentir les pr\u00e9tendues blessures que j\u2019aurais re\u00e7ues&nbsp;; c\u2019est plus que curieux&nbsp;! Le soir, nous d\u00eenons chez les Magu\u00e9&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, je vais \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, pour laquelle on avait annonc\u00e9 une conf\u00e9rence de Roussier&nbsp;; mais, comme lundi dernier, il fait dire qu\u2019il n\u2019est pas pr\u00eat&nbsp;; d\u00e9cid\u00e9ment&nbsp;! Il se fiche de nous&nbsp;; d\u00e9placement inutile.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 12 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire l\u2019acquisition d\u2019un revolver de poche \u00e0 5 coups, calibre 8mm10&nbsp;; c\u2019est un joujou qui est fort utile par le temps qui court, car nous en viendrons bient\u00f4t \u00e0 \u00eatre oblig\u00e9s de nous faire justice nous-m\u00eames, car l\u2019action du Parquet qui est si implacable contre les adversaires du gouvernement, est d\u2019une faiblesse voisine de la complicit\u00e9 contre les apaches qui cognent sur les Catholiques. C\u2019est ainsi qu\u2019aucun des auteurs des agressions du 23 avril n\u2019a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Angers&nbsp;; et, quant \u00e0 ceux des agressions de samedi, il en est de m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, et il n\u2019est probable qu\u2019ils resteront introuvables&nbsp;; rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela, puisque \u00ab&nbsp;ces Messieurs&nbsp;\u00bb sont les auxiliaires de Combes. L\u2019armurier me dit qu\u2019il a vendu, depuis un mois, un tr\u00e8s grand nombre de revolvers&nbsp;; c\u2019est la guerre civile qui se pr\u00e9pare, d\u00e9chain\u00e9e par le gouvernement r\u00e9publicain. \u00c0 3 heures, je vais prendre une le\u00e7on de gymnastique respiratoire, c\u2019est une Su\u00e9doise qui me la donne sous la direction du docteur Topart&nbsp;; cela consiste \u00e0 faire certains mouvements et \u00e0 respirer en m\u00eame temps de mani\u00e8re \u00e0 faire entrer dans les poumons la plus grande quantit\u00e9 possible d\u2019oxyg\u00e8ne. \u00c0 5h \u00bc, cours d\u2019\u00e9conomie rurale. Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se vont d\u00eener chez le commandant de Chappedelaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 13 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil. L\u2019apr\u00e8s-midi, visite des pauvres. \u00c0 4h \u00bd, conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; \u00e0 5h \u00bd, cours de religion par le P. (officiellement M. l\u2019abb\u00e9) Barbier. Les Magu\u00e9 viennent prendre le th\u00e9 avec nous et disent \u00ab&nbsp;Au revoir&nbsp;\u00bb \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui part, avec son mari, pour Sainte-Croix o\u00f9 elle va commencer sa nouvelle vie. C\u2019est le c\u0153ur un peu serr\u00e9 que nous lui disons \u00ab&nbsp;Au revoir&nbsp;\u00bb \u00e0 10 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 14 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais prendre le th\u00e9 chez Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; je m\u2019y retrouve avec plusieurs camarades&nbsp;: De Kergaradec, De Pontgibaud, Catta, Des Loges, De La Guillonni\u00e8re, De la Grandi\u00e8re. \u00c0 8 heures, r\u00e9union de la Congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 15 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaire de droit civil et cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re \u00e0 la place du cours de demain. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial. Ensuite, je vais avec Segot au Palais pour t\u00e2cher de recueillir quelques tuyaux sur l\u2019affaire du fr\u00e8re Charles&nbsp;; \u00e0 cause du huis-clos, impossible de p\u00e9n\u00e9trer dans la salle d\u2019audience, mais \u00e0 4 heures, nous apprenons que l\u2019affaire, apr\u00e8s l\u2019audition des t\u00e9moins, a \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e \u00e0 demain pour le r\u00e9quisitoire, la plaidoirie et le verdict. \u00c0 5h \u00bc, cours de machines agricoles. Le soir, nous avons N\u00e9nette \u00e0 d\u00eener, puis son p\u00e8re et sa m\u00e8re viennent passer la soir\u00e9e avec nous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 16 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial. L\u2019apr\u00e8s-midi, vers 4 heures, je vais au Palais&nbsp;; la salle des pas perdus est envahie par une soixantaine d\u2019apaches qui vont sans doute crier ferme si le fr\u00e8re Charles est condamn\u00e9. D\u00e8s la fin de la plaidoirie, le huis-clos est lev\u00e9 et je puis p\u00e9n\u00e9trer au pr\u00e9toire&nbsp;; apr\u00e8s une demi-heure d\u2019attente, la cour et le jury rentrent et le chef du jury lit le verdict&nbsp;; il est n\u00e9gatif sur toutes les questions, c\u2019est donc l\u2019acquittement. Quel camouflet pour le <em>Patriote<\/em> qui avait mont\u00e9 toute cette affaire&nbsp;!!! L\u2019acquittement du fr\u00e8re Charles est sa condamnation&nbsp;; \u00e0 la place du fr\u00e8re, je lui intenterais une action en dommages-int\u00e9r\u00eats, car, tr\u00e8s certainement, le Parquet ne marchera pas contre un journal tout d\u00e9vou\u00e9 au gouvernement. Les apaches, d\u00e9contenanc\u00e9s, se portent vers la sortie esp\u00e9rant faire une conduite de Grenoble au fr\u00e8re Charles&nbsp;; mais celui-ci est sorti par une petite porte&nbsp;! Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Ensuite, tout le monde commente le verdict d\u2019acquittement, tous les journaux locaux (sauf le <em>Patriote<\/em>) publient une \u00e9dition sp\u00e9ciale. C\u2019est que cette affaire passionnait l\u2019opinion \u00e0 Angers&nbsp;; c\u2019\u00e9tait, en effet, un coup mont\u00e9 contre les religieux, comme il y en a eu tant depuis quelques ann\u00e9es (comme l\u2019affaire du fr\u00e8re Flamidien \u00e0 Lille<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a>, ou celle de l\u2019abb\u00e9 Santol<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\">[45]<\/a>). Mais les sectaire finiront par renoncer \u00e0 ce genre d\u2019attaques, car elles ratent toujours&nbsp;; c\u2019est ainsi que, presque en m\u00eame temps, 3 fr\u00e8res poursuivis pour attentats \u00e0 la pudeur ou excitation de mineurs \u00e0 la d\u00e9bauche viennent d\u2019\u00eatre acquitt\u00e9s&nbsp;: le fr\u00e8re Charles par la Cour d\u2019assises de Maine-et-Loire&nbsp;; un autre devant celle du Finist\u00e8re&nbsp;; et un 3<sup>\u00e8me<\/sup>, devant celle de Lot-et-Garonne&nbsp;; au grand jour de la Cour d\u2019assises, les accusations odieusement \u00e9chafaud\u00e9es dans les t\u00e9n\u00e8bres des Loges s\u2019\u00e9vanouissent comme des fant\u00f4mes&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 17 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de communion de 8 heures \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je commence par me promener du c\u00f4t\u00e9 des all\u00e9es Jeanne d\u2019Arc, puis je vais au salut chez les Dominicains. Le soir, les Magu\u00e9 viennent prendre le tilleul. \u00c0 2 heures, au Cirque-th\u00e9\u00e2tre, il y a une conf\u00e9rence donn\u00e9e par le citoyen Renaudel, de <em>L\u2019Action<\/em> (journal de l\u2019ex-abb\u00e9 Charbonnel) sur la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat. Comme cette conf\u00e9rence est donn\u00e9e aujourd\u2019hui m\u00eame dans plus de 20 villes, par les soins du m\u00eame comit\u00e9, les journaux catholiques y voient un plan de la Franc-ma\u00e7onnerie pour forcer a main au gouvernement et, \u00e0 la suite de troubles dans les \u00e9glises, lui faire prendre l\u2019initiative de la d\u00e9nonciation du Concordat (le gouvernement ne demande pas mieux). On craint donc des troubles dans les \u00e9glises comme il y en a eu dimanche dernier \u00e0 Aubervilliers&nbsp;; aussi une compagnie du g\u00e9nie et un escadron de dragons sont consign\u00e9s&nbsp;; mais il ne se passe rien, \u00e0 Angers du moins.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 mai 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 18 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi je travaille de 2 heures \u00e0 7 heures avec une interruption de 45 minutes pour faire une petite promenade \u00e0 bicyclette. Les journaux racontent avec beaucoup de d\u00e9tails les d\u00e9sordres qui se sont produits dans plusieurs \u00e9glises envahies par les R\u00e9volutionnaires. Sous pr\u00e9texte d\u2019emp\u00eacher d\u2019anciens j\u00e9suites s\u00e9cularis\u00e9s de parler, l\u2019\u00e9glise de Notre-Dame de Plaisance et celle de Belleville, \u00e0 Paris, ont \u00e9t\u00e9 envahies par des bandes d\u2019apaches qui ont voulu escalades les chaires&nbsp;; mais les Catholiques veillaient&nbsp;; ils ont \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9s \u00e0 coups de gourdins et chass\u00e9s au-dehors o\u00f9 ils ont attendu la sortie des fid\u00e8les pour leur cracher au visage et les bousculer. N\u00e9anmoins, les pr\u00e9dicateurs sont rest\u00e9s en chaire et les c\u00e9r\u00e9monies ont suivi leur cours, gr\u00e2ce au d\u00e9vouement des Catholiques qui ont brav\u00e9 les coups pour d\u00e9fendre la libert\u00e9 religieuse. Une dizaine de personnes ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es \u00e0 Belleville, quelques-unes gri\u00e8vement. Mais la victoire est rest\u00e9e aux Catholiques. C\u2019est comme cela qu\u2019on doit faire partout&nbsp;; il faut faire comprendre aux post\u00e9rieurs de ces \u00e9nergum\u00e8nes que nos cannes et s\u2019il le faut nos revolvers sont \u00e0 leur service pour le jour o\u00f9 ils viendront nous provoquer dans nos \u00e9glises&nbsp;!!! Notre Seigneur a bien chass\u00e9 \u00e0 coup de cordes les voleurs du Temple&nbsp;! Dans plusieurs villes de province, \u00e0 Clermont, \u00e0 Toulon, et ailleurs, graves bagarres \u00e0 la suite de manifestations de ce genre. Partout, les Catholiques se sont montr\u00e9s&nbsp;; c\u2019est bien&nbsp;! L\u2019heure n\u2019est plus aux paroles, mais aux arguments frappants&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 19 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille jusqu\u2019\u00e0 5 heures, puis je vais au cours d\u2019agriculture. Le soir, Maman qui arrive du Mans o\u00f9 elle est all\u00e9e voir Philom\u00e8ne, nous apporte la confirmation d\u2019une triste nouvelle qui courait \u00e0 Angers depuis deux jours&nbsp;: le Sacr\u00e9-C\u0153ur du Mans va \u00eatre ferm\u00e9. Chaque jour apporte un nouveau deuil pour la libert\u00e9&nbsp;! Ces dames se croyaient \u00e0 l\u2019abri de toute pers\u00e9cution car leur congr\u00e9gation \u00e9tait autoris\u00e9e par une ordonnance de Charles X et un d\u00e9cret de Napol\u00e9on III&nbsp;; mais le gouvernement pr\u00e9tend, ainsi qu\u2019il le fait pour beaucoup d\u2019autres congr\u00e9gations, que cette autorisation ne visait que la maison-m\u00e8re et il exige l\u2019autorisation de chaque maison&nbsp;; comme ces dames n\u2019ont pas fait, apr\u00e8s la loi de 1901, de demande d\u2019autorisation (laquelle, d\u2019ailleurs, leur aurait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e), on vient de leur signifier d\u2019avoir \u00e0 fermer leur \u00e9tablissement et \u00e0 se disperser, et cela \u00e0 un mois de la fin de l\u2019ann\u00e9e scolaire&nbsp;! Elles renvoient leurs \u00e9l\u00e8ves dans quinze jours, et elles-m\u00eames s\u2019en iront dans un mois. Je pr\u00e9f\u00e8rerais les voir rester dans leur maison et s\u2019en laisser arracher de force&nbsp;! Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 20 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; ensuite, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 21 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate de l\u2019Ascension, je vais faire la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 la chaleur, je vais voir de chez M. Baugas les courses bicyclette sur l\u2019avenue Jeanne d\u2019Arc. Le soir, Mois de Marie \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 22 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil. \u00c0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial. Ensuite, malgr\u00e9 une chaleur de 30\u00b0, je vais avec M. Neveu placer des billets de la loterie Saint-Vincent-de-Paul dans le quartier Saint-Serge. \u00c0 5h \u00bc, cours d\u2019agriculture. Le soir, Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame. Je re\u00e7ois une lettre de Xavier me donnant les derniers tuyaux sur la course d\u2019automobiles Paris-Madrid<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a>, \u00e0 laquelle il prendra part, et que nous irons voir passer l\u2019oncle Paul et moi&nbsp;; sa voiture (Cl\u00e9ment, l\u00e9g\u00e8re, 30 chevaux d\u2019apr\u00e8s certains journaux, 40 d\u2019apr\u00e8s d\u2019autres, peinture jaune et rouge, n\u00b062) se reconna\u00eetra assez facilement \u00e0 cause de ces renseignements et des croquis qu\u2019il m\u2019en envoie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Catherine-de-Fierbois (Indre-et-Loire), samedi 23 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. Tout de suite apr\u00e8s, je reviens vite d\u00e9jeuner et je prends le train de 11h44 pour Tours&nbsp;; j\u2019y arrive \u00e0 2h25 avec un peu de retard&nbsp;; j\u2019en repars \u00e0 2h59 et je retrouve \u00e0 Saint-Pierre-des-Corps l\u2019oncle Paul, parti d\u2019Angers \u00e0 1h \u00bd. Nous montons ensemble dans l\u2019express de Bordeaux et nous descendons \u00e0 3h55 \u00e0 la station de Sainte-Maure. Une voiture (une vraie guimbarde) nous conduit \u00e0 Sainte-Catherine-de-Fierbois&nbsp;; en route, nous rencontrons une foule de teufs-teufs qui roulent dans la direction de Bordeaux&nbsp;; ils sont tous remplis de dames&nbsp;; nous pensons que ce sont les femmes (ou les ma\u00eetresses) des coureurs de Paris-Madrid qui les pr\u00e9c\u00e8dent \u00e0 Bordeaux pour assurer le g\u00eete. \u00c0 Sainte-Catherine, nous descendons dans une auberge o\u00f9 nous retenons 2 chambres, puis nous visitons un magnifique parc entourant le superbe ch\u00e2teau du marquis de Lussac&nbsp;; puis le cur\u00e9 nous fait visiter en d\u00e9tail l\u2019\u00e9glise fort ancienne, puisque c\u2019est dans cette \u00e9glise que Jeanne d\u2019Arc envoya prendre son \u00e9p\u00e9e, sur l\u2019ordre de ses voix&nbsp;; elle \u00e9tait cach\u00e9e sous l\u2019autel et tout le monde ignorait son existence. Une l\u00e9gende dit que c\u2019est l\u2019\u00e9p\u00e9e de Charles Martel que celui-ci y aurait laiss\u00e9e lorsqu\u2019il vint prier dans l\u2019\u00e9glise apr\u00e8s sa victoire de Poitiers&nbsp;; une plaque de marbre et plusieurs vitraux rappellent cet \u00e9pisode. Le cur\u00e9 nous parle beaucoup de notre cousin le vicomte de La Villarmois<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\">[47]<\/a>, qui poss\u00e8de un fort beau ch\u00e2teau (le ch\u00e2teau de Montgoger) pr\u00e8s du village voisin (Villeperdue). Nous nous couchons \u00e0 9h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 24 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous levons \u00e0 4h \u00bc et, \u00e0 5h \u00bc, nous sommes sur la grand\u2019route Paris-Bayonne que doit suivre la course Paris-Madrid. Elle est sillonn\u00e9e d\u2019automobiles et de cyclistes venus pour pr\u00e9parer la voie aux coureurs ou simplement en curieux comme nous. Nous la suivons pendant 5 kilom\u00e8tres environ, jusqu\u2019au chemin qui s\u2019en d\u00e9tache pour aller \u00e0 Villeperdue. L\u00e0, pr\u00e8s d\u2019un groupe tr\u00e8s nombreux d\u2019automobilistes, de cyclistes et de curieux, nous nous asseyons sur un des c\u00f4t\u00e9s gazonn\u00e9s de la route et nous attendons le passage de la course. La premi\u00e8re voiture qui arrive est le n\u00b03 (type Renault) mont\u00e9e par Louis Renault&nbsp;; elle passe \u00e0 une effroyable vitesse, qui doit \u00eatre ici du 110 ou du 120 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure&nbsp;; il est 7h, 18 \u00bd. Nous sommes \u00e0 240 kilom\u00e8tres du point de d\u00e9part (Versailles) et cette voiture en est partie \u00e0 3h32&nbsp;; comme il y a entre Versailles et le point o\u00f9 nous sommes 10 arr\u00eats obligatoires (qu\u2019on appelle neutralisations) d\u2019une dur\u00e9e totale de 97 minutes, Renault a couvert ces 240 kilom\u00e8tres en 129 minutes&nbsp;!!! Ce qui fait une moyenne de 112, 500 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure (pr\u00e8s de deux \u00e0 la minute)&nbsp;; c\u2019est plus que les trains les plus rapides, mais aussi le bruit courait ce soir \u00e0 Tours que Renault s\u2019\u00e9tait tu\u00e9 en arrivant \u00e0 Poitiers. Un quart d\u2019heure apr\u00e8s, passe une seconde voiture, le n\u00b014. \u00c0 7h 8 \u00bd, passe celle conduite par la trop c\u00e9l\u00e8bre Mme du Gast&nbsp;; partie 29<sup>\u00e8me<\/sup>, elle passe ici 8<sup>\u00e8me<\/sup>, elle a donc d\u00e9pass\u00e9 21 voitures en 240 kilom\u00e8tres (\u00e0 Versailles il y a un d\u00e9part toutes les minutes par ordre de num\u00e9ro, \u00e0 partir de 3h \u00bd, et comme il y a 286 partants, cela fait durer le d\u00e9part jusqu\u2019\u00e0 7h35). \u00c0 8h50, passe Xavier<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\">[48]<\/a> qui est parti \u00e0 4h15&nbsp;; sa voiture Cl\u00e9ment marche \u00e0 merveille, malgr\u00e9 sa vitesse vertigineuse, il nous voit et nous fait bonjour de la main, nous en faisons sautant, tout cela dans l\u2019espace d\u2019un dixi\u00e8me de seconde. Parti 62<sup>\u00e8me<\/sup>, il passe ici 30\u00e8e, il a donc d\u00e9pass\u00e9 32 voitures, et fait une moyenne de 80 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure, c\u2019est gentil pour une voiture l\u00e9g\u00e8re de 30 ou 40 chevaux (celle de Renault est de 30 chevaux aussi, mais de forme diff\u00e9rente). Nous remarquons que les plus rapides sont les voitures en forme de sous-marin, ou encore de ballon dirigeable (tube allong\u00e9), elles offrent moins de r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019air. Nous partons \u00e0 9h \u00bc, apr\u00e8s avoir vu passer 43 voitures (la derni\u00e8re qui passe est le N\u00b0217, c\u2019est une Mars de 70 chevaux&nbsp;; partie \u00e0 5h40, elle a donc fait les 240 kilom\u00e8tres en 127 minutes, soit plus vite que Renault&nbsp;; du 113, 940 \u00e0 l\u2019heure comme moyenne&nbsp;!!!). Nous \u00e9tions admirablement plac\u00e9s pour voir les voitures en vitesse, car nous \u00e9tions&nbsp; peu pr\u00e8s aux deux tiers d\u2019une ligne droite longue de 21 kilom\u00e8tres, compl\u00e8tement en rase campagne et \u00e0 un endroit o\u00f9 la route descend l\u00e9g\u00e8rement en marchand dans le sens de la course, pendant assez longtemps&nbsp;; aussi nous voyions d\u00e9velopper aux teufs-teufs le maximum de leur vitesse, et on peut certainement compter que ceux qui ont fait dans l\u2019ensemble une moyenne de 80 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure passaient devant nous \u00e0 une allure de 100 \u00e0 l\u2019heure&nbsp;; quant \u00e0 celui qui a fait une moyenne de 114 \u00e0 peu pr\u00e8s, il a d\u00fb passer devant nous \u00e0 une allure de 130 au moins&nbsp;! \u00c0 9h \u00bc, nous prenons la direction de Villeperdue, situ\u00e9 \u00e0 3 kilom\u00e8tres \u00bd, o\u00f9 nous nous embarquons dans le train de 10h 1, qui nous am\u00e8ne \u00e0 Tours en une demi-heure&nbsp;; nous entendons la messe de 11 heures \u00e0 la basilique Saint-Martin, nous d\u00e9jeunons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Europe et nous dispositions \u00e0 prendre le train de midi 40 quand nous apprenons que ce train n\u2019a que des 1\u00e8res, et que, pour le prendre, je devrais non seulement faire suppl\u00e9menter mon billet de deuxi\u00e8me, ce qui serait acceptable, mais, voulait m\u2019arr\u00eater \u00e0 Saumur, abandonner compl\u00e8tement mon billet, jusqu\u2019\u00e0 Angers&nbsp;; je renonce \u00e0 mon arr\u00eat \u00e0 Saumur et j\u2019attends le train de 2h40. Nous nous promenons dans Tours qui pr\u00e9sente une grande animation \u00e0 cause du passage de la grande course&nbsp;; nous voyons passer les derni\u00e8res voitures. \u00c0 Saumur, \u00e0 4 heures, je retrouve Papa, Maman, Tante Josepha et N\u00e9nette, venus en p\u00e8lerinage \u00e0 Notre-Dame des Ardillers avec les Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul d\u2019Angers qui ont donn\u00e9 rendez-vous \u00e0 celles de Tours&nbsp;; je comptais assister aux v\u00eapres de ce p\u00e8lerinage, mais l\u2019impossibilit\u00e9 de prendre le train de midi 40 \u00e0 Tours me les a fait manquer. L\u2019oncle Paul est rest\u00e9 \u00e0 Langeais pour visiter le ch\u00e2teau&nbsp;; il sera \u00e0 Angers \u00e0 9h. \u00c0 Angers, j\u2019ach\u00e8te un t\u00e9l\u00e9gramme que vendent des marchands de journaux&nbsp;; il donne les noms des premiers arriv\u00e9s \u00e0 Bordeaux&nbsp;: le premier est Renault (dont on nous avait annonc\u00e9 la mort) \u00e0 11h45. Xavier arrive 10<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e0 1h51, ce qui fait, neutralisations d\u00e9duites, 6h40 (400 minutes, 82 kilom\u00e8tres 8 \u00e0 l\u2019heure en moyenne&nbsp;; il a donc d\u00e9pass\u00e9 52 voitures). Un grave accident s\u2019est produit \u00e0 Libourne&nbsp;; une voiture a butt\u00e9 contre un arbre, s\u2019est retourn\u00e9e, son conducteur, M. Lorainne-Barrot<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\">[49]<\/a> a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9 \u00e0 6 m\u00e8tres en avant et tu\u00e9 sur le coup&nbsp;; son compagnon est gri\u00e8vement bless\u00e9&nbsp;; la voiture est en morceaux. Il est probable qu\u2019il y a d\u2019autres accidents. Demain, <em>L\u2019Auto<\/em> nous donnera d\u2019autres d\u00e9tails. \u00c0 Bordeaux, il y a un jour complet de repos&nbsp;; les coureurs n\u2019en repartent que mardi 26, pour faire la seconde \u00e9tape (Bordeaux-Vitoria), mais, pour ne pas qu\u2019on puisse r\u00e9parer les voitures \u00e0 Bordeaux et \u00e0 Vitoria, elles sont mises sous scell\u00e9s d\u00e8s leur arriv\u00e9e et y restent jusqu\u2019au moment du d\u00e9part&nbsp;; sans cette pr\u00e9caution, on ne pourrait pas conna\u00eetre la force de r\u00e9sistance des voitures. En somme, j\u2019ai pass\u00e9 une excellente journ\u00e9e, favoris\u00e9e par un temps superbe, et j\u2019ai vu un spectacle des plus curieux.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Le_depart_de_Paris-Madrid_1903_a_Versailles_a_partir_de_4_heures_du_matin.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"720\" height=\"659\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Le_depart_de_Paris-Madrid_1903_a_Versailles_a_partir_de_4_heures_du_matin.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-199\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Le_depart_de_Paris-Madrid_1903_a_Versailles_a_partir_de_4_heures_du_matin.jpg 720w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Le_depart_de_Paris-Madrid_1903_a_Versailles_a_partir_de_4_heures_du_matin-300x275.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 720px) 100vw, 720px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">D\u00e9part de la course Paris-Madrid le 24 mai 1903<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand je pense \u00e0 ces monstres pass\u00e9s sous mes yeux \u00e0 des allures de bolides, et quand je reporte ma pens\u00e9e \u00e0 10 ann\u00e9es en arri\u00e8re, je ne puis m\u2019emp\u00eacher d\u2019admirer ces ing\u00e9nieurs qui, en si peu de temps, ont fait faire de pareils progr\u00e8s \u00e0 l\u2019industrie des voitures automobiles, \u00e0 peine naissante alors, et si prosp\u00e8re aujourd\u2019hui&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 31 mai 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 25 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil. Apr\u00e8s le cours, j\u2019apprends que la course Paris-Madrid est interdite sur territoire fran\u00e7ais par arr\u00eat\u00e9 du ministre de l\u2019Int\u00e9rieur (Combes) pris cette nuit, \u00e0 la suite des accidents si nombreux qui ont marqu\u00e9 sa premi\u00e8re \u00e9tape. Le fait est que plusieurs journaux signalent 17 morts et 30 bless\u00e9s, ces chiffres me paraissent fantastiques&nbsp;! Ce n\u2019est pas Louis Renault qui s\u2019est tu\u00e9, c\u2019est son fr\u00e8re Marcel Renault, vainqueur de Paris-Vienne l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, qui s\u2019est gri\u00e8vement bless\u00e9. Une foule d\u2019autres accidents sont arriv\u00e9s&nbsp;; ainsi deux voitures se sont renvers\u00e9es, ont pris feu et leurs conducteurs ont \u00e9t\u00e9 carbonis\u00e9s. Xavier est arriv\u00e9 \u00e0 Bordeaux, non pas 10<sup>\u00e8me<\/sup> comme le disait une d\u00e9p\u00eache inexacte d\u2019hier soir, mais 36<sup>\u00e8me<\/sup>, et comme il \u00e9tait parti non pas 62<sup>\u00e8me<\/sup>, mais 39<sup>\u00e8me<\/sup> malgr\u00e9 son num\u00e9ro (cela provient de nombreuses d\u00e9fections&nbsp;; ainsi, au lieu de 286 voitures annonc\u00e9es, il n\u2019en est parti de Versailles que 220), ce n\u2019est pas tr\u00e8s brillant&nbsp;; il n\u2019a gu\u00e8re fait que maintenir son rang. Le vainqueur est Gabriel sur une Mars&nbsp;; il n\u2019a mis que 5h13 minutes, 31 secondes pour parcourir les 552 kilom\u00e8tres, ce qui donne une moyenne de plus de 106 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure (le sud-express n\u2019en fait que 95)&nbsp;; aux passages o\u00f9 il pouvait se lancer, Gabriel faisait du 130 \u00e0 l\u2019heure&nbsp;; mais il avait la sagesse de ralentir aux passages dangereux.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Marcel_Renault_1903.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"757\" src=\"http:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Marcel_Renault_1903-1024x757.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-200\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Marcel_Renault_1903-1024x757.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Marcel_Renault_1903-300x222.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Marcel_Renault_1903-768x568.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Marcel_Renault_1903.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Voiture de Marcel Renault lors du Paris-Madrid 1903<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant \u00e0 Louis Renault, not\u00e9 premier pour les voitures l\u00e9g\u00e8res, il a constat\u00e9 \u00e0 certains endroits tr\u00e8s favorables une vitesse de 143 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure&nbsp;; mais sur l\u2019ensemble il a \u00e9t\u00e9 un peu inf\u00e9rieur \u00e0 Gabriel, puisqu\u2019il a mis 5h33 minutes. Le soir, on apprend que le gouvernement espagnol a interdit lui aussi la course sur la demande des journaux, en pr\u00e9sence des accidents survenus en France. L\u2019\u00e9preuve sportive si int\u00e9ressante, mais si dangereuse, para\u00eet donc termin\u00e9e. Qui doit \u00eatre contente, c\u2019est ma tante Civelli&nbsp;; elle \u00e9tait si inqui\u00e8te pour son fils&nbsp;!!! Gageons que, pour une fois, elle aura cri\u00e9 \u00ab&nbsp;Vive Combes&nbsp;\u00bb&nbsp;! Le soir, nous allons au Mois de Maris \u00e0 Notre-Dame. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez le docteur Sourice pour me faire donner l\u2019ordonnance des douches que je vais commencer&nbsp;; puis je vais faire une foule d\u2019emplettes avec Maman&nbsp;: gilets, chemises, bottines, vestons d\u2019\u00e9t\u00e9 etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 26 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. Apr\u00e8s le second cours, je vais prendre ma premi\u00e8re douche&nbsp;\u00e0 l\u2019\u00e9tablissement du Dr Topart boulevard du Ch\u00e2teau. Les journaux de tous les partis tombent \u00e0 bras raccourcis sur les automobiles, les automobilistes et leurs courses. Une interpellation est d\u00e9pos\u00e9e \u00e0 la Chambre et une autre au S\u00e9nat contre le gouvernement qui a autoris\u00e9 la \u00ab&nbsp;tuerie du 24 mai&nbsp;\u00bb, lit-on partout. C\u2019est un concert presque unanime contre ces malheureux chauffeurs et l\u2019automobile a accompli ce miracle de r\u00e9unir dans une m\u00eame opinion les rouges et les blancs, les Jaur\u00e8s et les Le Provost de Launay, en passant par les M\u00e9line et les Waldeck-Rousseau&nbsp;!!! C\u2019est ce malheureux Combes qui paie pour tout le monde, et beaucoup de journaux se d\u00e9clarent persuad\u00e9s que le minist\u00e8re va tomber sur cette question. Malgr\u00e9 mon vif d\u00e9sir de ce r\u00e9sultat, je ne partage pas leur opinion. D\u2019autres d\u00e9clarent s\u00e9rieusement que l\u2019industrie de l\u2019automobile est morte \u00e0 tout jamais&nbsp;!!! Comme si une course \u00e0 une allure absolument anormale pouvait rien contre l\u2019usage r\u00e9gulier d\u2019un mode de locomotion en somme si commode&nbsp;! \u00c0 ceux-l\u00e0 encore je pr\u00e9dis l\u2019insucc\u00e8s de leurs pronostics, et, cette fois, en le leur souhaitant. C\u2019est absolument comme si, apr\u00e8s une catastrophe de chemins de fer (telle celle de Sait-Mand\u00e9 en 1892, qui a fait mourir 50 personnes) ou un naufrage comme celui de la Bourgogne en 1898 (600 victimes), on d\u00e9clarait qu\u2019on ne voyagera plus en chemin de fer ou en navire \u00e0 vapeur, et qu\u2019on va reprendre l\u2019antique diligence ou les trir\u00e8mes de nos a\u00efeux&nbsp;!!!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019ailleurs, on avait beaucoup exag\u00e9r\u00e9 hier en parlant de 17 morts et 30 bless\u00e9s. La v\u00e9rit\u00e9, tr\u00e8s difficile \u00e0 d\u00e9m\u00ealer, para\u00eet \u00eatre pour un chiffre moins lamentable&nbsp;; il semble qu\u2019il faille compter une dizaine de morts (tous des chauffeurs, sauf un soldat, un m\u00e9canicien et un cycliste \u00e0 Angoul\u00eame et une femme ailleurs) et un certain nombre de bless\u00e9s&nbsp;; ni Renault, ni Lauraine-Barrot, ni Porta qu\u2019on portait hier comme d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, ne sont morts.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui se d\u00e9gage de cette course, c\u2019est que si les automobilistes veulent reprendre leurs exp\u00e9riences, ils doivent s\u2019associer pour cr\u00e9er une route \u00e0 eux (qu\u2019on appellera autodrome si l\u2019on veut) o\u00f9 ils seront libres de se livrer \u00e0 toutes les extravagances possibles sans exposer la vie des passants. Il serait bon aussi d\u2019imposer aux constructeurs une limite dans la vitesse de leurs voitures. Mais de l\u00e0 \u00e0 interdire la construction des automobiles qui constituent aujourd\u2019hui une des principales, sinon la premi\u00e8re des industries fran\u00e7aises, il y a un ab\u00eeme qu\u2019il faut \u00eatre insens\u00e9 pour franchir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille tout le temps, sans aller au cours d\u2019agriculture&nbsp;; en raison de l\u2019approche de l\u2019examen de droit, je supprime \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui les cours d\u2019agriculture. Le soir, je vais \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 27 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil. Apr\u00e8s le cours, je vais prendre une douche boulevard du Ch\u00e2teau. Une lettre de Tata Mimi nous apprend que Xavier a eu un l\u00e9ger accident \u00e0 sa voiture \u00e0 3 kilom\u00e8tres de Bordeaux&nbsp;: l\u2019arbre de la manivelle s\u2019est cass\u00e9&nbsp;; ce qui l\u2019a retard\u00e9. C\u2019est ce qui explique qu\u2019il n\u2019ait pas figur\u00e9 au classement donn\u00e9 dans <em>L\u2019Auto<\/em> hier et dans celui d\u2019avant-hier. Xavier part pour Madrid en chemin de fer, sa voiture n\u2019\u00e9tait pas pr\u00eate \u00e0 se remettre en route&nbsp;; il ne veut pas manquer la r\u00e9ception que les Espagnols pr\u00e9parent aux chauffeurs fran\u00e7ais, car plus de 100 voitures ont pass\u00e9 la fronti\u00e8re, mais elles ne marchent qu\u2019\u00e0 l\u2019allure de touristes ainsi que le leur permettent les termes de l\u2019interdiction de la course en Espagne. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Xavier \u00e0 Madrid pour l\u2019inviter \u00e0 s\u2019arr\u00eater \u00e0 Angers \u00e0 son retour&nbsp;; j\u2019adresse ma lettre au pr\u00e9sident du <em>Royal Automobile-Club<\/em>, rue d\u2019Alcal\u00e1, en le priant de la remettre \u00e0 Xavier, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019ainsi elle lui parviendra. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 4h \u00bd, conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; \u00e0 5h \u00bd, cours de religion. Apr\u00e8s d\u00eener, Mois de Marie. Par le courrier du soir, je re\u00e7ois une carte postale de Xavier partie ce matin d\u2019une station espagnole&nbsp;; il me dit qu\u2019il va \u00e0 Madrid par train sp\u00e9cial.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Civelli_de_Bosch_au_volant_dune_Gregoire_1906_-_btv1b532264899-1-1-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"749\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Civelli_de_Bosch_au_volant_dune_Gregoire_1906_-_btv1b532264899-1-1-1024x749.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-203\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Civelli_de_Bosch_au_volant_dune_Gregoire_1906_-_btv1b532264899-1-1-1024x749.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Civelli_de_Bosch_au_volant_dune_Gregoire_1906_-_btv1b532264899-1-1-300x219.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Civelli_de_Bosch_au_volant_dune_Gregoire_1906_-_btv1b532264899-1-1-768x562.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Civelli_de_Bosch_au_volant_dune_Gregoire_1906_-_btv1b532264899-1-1-1536x1123.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Civelli_de_Bosch_au_volant_dune_Gregoire_1906_-_btv1b532264899-1-1-2048x1498.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Xavier Civelli de Bosch (1878-1924) au volant d&rsquo;une Gr\u00e9goire (1906), photographie par l&rsquo;agence Rol \u2013&nbsp; Biblioth\u00e8que nationale de France, d\u00e9partement Estampes et photographie, EI4-13 (bo\u00eete 109)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 28 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial seulement&nbsp;; le cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re aura lieu demain. Ensuite, douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille dans ma chambre&nbsp;; il y a vers 3 heures \u00bd un violent orage de pluie et de gr\u00eale&nbsp;; pluie diluvienne pendant une demi-heure, forts coups de tonnerre, puis le temps se d\u00e9brouille et je puis sortir. Le soir, r\u00e9union de la Congr\u00e9gation, apr\u00e8s laquelle je vais entendre un morceau de musique au Mail. Maman a enfin re\u00e7u de M. de Barescut le texte du toast qu\u2019il a prononc\u00e9 au d\u00eener de mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; nous l\u2019avons trouv\u00e9 si bien que je veux le copier dans mon journal&nbsp;; le voici&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Toast prononc\u00e9 au mariage de Mademoiselle Marie-Th\u00e9r\u00e8se Est\u00e8ve de Bosch et de Monsieur Max du Pin de Saint-Cyr par leur oncle Monsieur de Barescut, \u00e0 Vin\u00e7a le 18 avril 1903<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Ma ch\u00e8re Ni\u00e8ce,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Mon cher Neveu,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>On dit que les mariages sont \u00e9crits au Ciel. Je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 jeter les yeux sur vous pour \u00eatre persuad\u00e9 de cette v\u00e9rit\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En Bretagne, lorsqu\u2019un mariage est parfaitement assorti, comme le v\u00f4tre, on dit du Monsieur qu\u2019il a trouv\u00e9 sa paire, et de la Dame qu\u2019elle a trouv\u00e9 son pair, ce qui veut dire qu\u2019il y a parit\u00e9 en toutes choses.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il y a quelques instants, \u00e0 l\u2019\u00e9glise, des voix \u00e9loquentes ont dit votre parit\u00e9 d\u2019origine et l\u2019illustration de vos familles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je tiens \u00e0 vous laisser sous le charme de ces paroles et je veux simplement ajouter qu\u2019il y a encore harmonie parfaite de l\u2019\u00e2ge, parit\u00e9 de beaut\u00e9 physique et morale&nbsp;; m\u00eames sentiments, m\u00eame credo, m\u00eames esp\u00e9rances. Elles se r\u00e9aliseront certainement, ces esp\u00e9rances, et votre union sera parfaite comme celle du ch\u00eane et du lierre, du soleil et de la lumi\u00e8re, de la fleur et de son parfum.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Monsieur, vous \u00eates chez nous depuis quelques jours \u00e0 peine, et vous avez d\u00e9j\u00e0 conquis toutes nos sympathies. En \u00e9change des bons souvenirs que vous nous laisserez, pouvons-nous esp\u00e9rer que nous ne serons pas oubli\u00e9s&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Rentr\u00e9 au manoir de vos p\u00e8res, vous vous souviendrez de notre Roussillon, de ses plaines aux cultures vari\u00e9es et fertiles, de la bont\u00e9 et de l\u2019abondance de ses sources, du cristal de nos rivi\u00e8res, et de cette montagne qui est en face de nous, si belle lorsque sous les feux du jour, sa base prend toutes les couleurs de l\u2019arc-en-ciel, belle surtout lorsque, comme en ce moment, le soleil couchant lance sa derni\u00e8re tangente d\u2019or sur ses neiges \u00e9ternelles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Vous l\u2019oublierez d\u2019autant moins, cette montagne enchanteresse, que votre charmante compagne vous la rappellera les soirs d\u2019automne, en chantant la suave m\u00e9lop\u00e9e qui lui est d\u00e9di\u00e9e et dans laquelle notre po\u00e8te catalan vous fiat une invitation que vous avez d\u00e9j\u00e0 saisie&nbsp;;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>D\u00e8s le d\u00e9but, il s\u2019\u00e9crie&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Et parmi ces fleurs de la montagne, fleurs d\u2019\u00e9t\u00e9 et fleurs d\u2019automne, fleurs d\u2019hiver et de printemps, fleurs de soleil et fleurs de neige, je prendrai les plus belles&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C\u2019est ce que vous avez fait, et parmi nos jeunes filles, fleurs du Roussillon, vous avez choisi une des belles parmi les belles.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Vous n\u2019oublierez pas les c\u0153urs catalans&nbsp;: ils ont sans doute les d\u00e9fauts de leurs qualit\u00e9s&nbsp;; mais nulle part, vous ne trouverez autant de franchise, autant de loyaut\u00e9&nbsp;: ils sont tous fid\u00e8les \u00e0 leur Dieu, fid\u00e8le \u00e0 leur Patrie, fid\u00e8les \u00e0 tous leurs serments.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Vous n\u2019oublierez pas surtout cette charmante r\u00e9union, cette guirlande de fleurs qui entoure cette table, ces Dames et ces jeunes filles, voilant sous leur distinction personnelle et la diversit\u00e9 de leur gr\u00e2ce, la similitude de leur beaut\u00e9. Oui, ce sont bien des s\u0153urs&nbsp;! \u00ab&nbsp;<\/em>Et facies unaqualem decet esse sororum<em>&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Madame,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je me reprocherais de ne pas payer dans une circonstance aussi solennelle le tribut de mes souvenirs \u00e0 ceux des v\u00f4tres que j\u2019ai particuli\u00e8rement connus.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00c0 vos oncles et \u00e0 vos tantes d\u2019Ille. Ce qu\u2019ils \u00e9taient, demandez-le aux pauvres, ils vous renseigneront mieux que moi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je veux saluer votre grand-p\u00e8re, colonel du g\u00e9nie\u2026 \u00c0 l\u2019\u00e9clat de ses services militaires, il joignait, sans ostentation comme sans respect humain, la pratique de toutes les vertus chr\u00e9tiennes.<br>Votre grand-m\u00e8re, plus \u00e2g\u00e9e que moi, avait guid\u00e9 les premiers pas de mon enfance, et j\u2019ai toujours conserv\u00e9 le meilleur souvenir de la distinction de sa personne et de l\u2019excellence de ses qualit\u00e9s.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je salue en votre p\u00e8re le parfait chr\u00e9tien, l\u2019homme du Devoir, le savant et le professeur que sa haute intelligence a d\u00e9sign\u00e9 pour \u00e9lever la jeunesse de nos \u00e9coles dont la France attend son rel\u00e8vement.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je ne dis rien de Madame votre m\u00e8re&nbsp;; sa modestie me d\u00e9fend de dire tout le bien que je pense d\u2019elle&nbsp;; mais elle ne peut m\u2019emp\u00eacher de lire dans tous nos c\u0153urs et de d\u00e9poser \u00e0 ses pieds l\u2019hommage de leur admiration et de leur respect.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Quant \u00e0 Madame de Lazerme, votre grand\u2019m\u00e8re, je lui en demande bien pardon, mais qu\u2019elle me permette de d\u00e9voiler un secret de son c\u0153ur qui vient de m\u2019\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Lorsqu\u2019il y a un instant, elle a mis les pieds dans ce salon, son regard voil\u00e9 s\u2019est port\u00e9 sur le portrait de son cher disparu qui domine cette r\u00e9union<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\"><strong>[50]<\/strong><\/a>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00c0 ce moment, moi aussi je regardais la belle t\u00eate de mon ami d\u2019enfance, aux relations si s\u00fbres. Sous le regard de celle qu\u2019il eut pour compagne, cette t\u00eate s\u2019est \u00e9clair\u00e9e, ses yeux ont repris de la vie, sa bouche s\u2019est entr\u2019ouverte comme pour dire une pri\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Que dis-je&nbsp;? Sous son cadre de verre j\u2019ai vu, j\u2019ai entendu les battements de son c\u0153ur, et sa main droite s\u2019et lev\u00e9e pour b\u00e9nir ses enfants.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Apr\u00e8s la b\u00e9n\u00e9diction du pr\u00eatre, celle des a\u00efeux, et comme dans nos villes, l\u2019\u00e9clairage de la nuit est install\u00e9 au moyen d\u2019un double courant, de m\u00eame le double courant de cette b\u00e9n\u00e9diction \u2013 celui de la Terre allant au Ciel, et celui du Ciel revenant sur la terre \u2013 s\u2019est arr\u00eat\u00e9 sur vos fronts inclin\u00e9s. Il sera leur \u00e9gide, leur force, leur gloire et leur lumi\u00e8re.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Aurai-je la consolation de voir le complet d\u00e9veloppement votre bonheur&nbsp;? Je n\u2019ose l\u2019esp\u00e9rer. \u00c0 mon \u00e2ge, je n\u2019attends rien des jours.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Dans les for\u00eats du Nouveau Monde, sur les bordes du Meschac\u00e9b\u00e9, Chateaubriand, le grand vaincu de la vie, s\u2019\u00e9criait&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Le vent qui souffle sur une t\u00eate d\u00e9pouill\u00e9e ne vient jamais d\u2019aucun rivage heureux&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je me fais l\u2019application de cette parole. Dans ce voyage de la vie, qui est bien un voyage en chemin de fer, soit par la rapidit\u00e9 de la course, soit par les accidents qu\u2019elle entrave, colis meurtri, \u00e9pave bris\u00e9e par de grandes et de nombreuses douleurs<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\"><strong>[51]<\/strong><\/a>, j\u2019arrive enfin \u00e0 destination et je n\u2019ai pas, au d\u00e9part, pens\u00e9 \u00e0 demander \u00e0 l\u2019\u00c9ternel distributeurs de billets un coupon de retour, mais je consulterai mon indicateur, et s\u2019il me reste encore quelques kilom\u00e8tres \u00e0 parcourir, ils me donneront, je l\u2019esp\u00e8re, la consolation de voir votre bonheur complet, et je pourrai alors r\u00e9p\u00e9ter avec v\u00e9rit\u00e9 ce que je disais au d\u00e9but de mon toast, comme une aspiration et comme une esp\u00e9rance&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;Oui, vraiment, votre mariage \u00e9tait \u00e9crit au ciel&nbsp;\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C\u2019est dans ces sentiments que je l\u00e8ve mon verre en votre honneur&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce toast, tr\u00e8s applaudi, et qui m\u00e9ritait bien de l\u2019\u00eatre, a \u00e9t\u00e9 suivi de celui de M. de La Bardonnie&nbsp;; nous n\u2019avons pas le texte de ce dernier. Je suis heureux d\u2019avoir pu consigner dans mon journal les paroles, si bien empreintes de l\u2019esprit familial, du bon M. de Barescut.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 29 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit civil et de l\u00e9gislation financi\u00e8re. \u00c0 onze heures 44, Papa part pour Biarritz o\u00f9 il va passer 3 jours pendant le cong\u00e9 de la Pentec\u00f4te pour voir si tout est en \u00e9tat \u00e0 la villa. \u00c0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial&nbsp;; ensuite douche.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 30 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je regarde de ma fen\u00eatre le concours hippique qui est terriblement sauc\u00e9 car il pleut presque toute l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; aussi, peu de monde dans les tribunes&nbsp;; Jacques Herv\u00e9-Bazin vient de 3h \u00e0 5h \u00bd pour regarder le concours. Ensuite, je vais me confesser. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 31 mai 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. \u00c0 cause de la pluie, je ne vais pas \u00e0 une balade en b\u00e9cane organis\u00e9e par Herv\u00e9-Bazin, Hardouin-Duparc etc. L\u2019apr\u00e8s-midi, le concours hippique est mouill\u00e9. Jacques des Loges vient \u00e0 2h \u00bd \u00e0 4h y assister des fen\u00eatres du second. \u00c0 4h \u00bd, je vais au salut \u00e0 la chapelle de l\u2019Adoration, celle des Dominicains \u00e9tant ferm\u00e9e par ordre du gouvernement de la R.F. (devise&nbsp;: libert\u00e9 (oh oui&nbsp;!!!), \u00e9galit\u00e9 (et les loges ma\u00e7onniques, quand les fermera-t-on&nbsp;?), fraternit\u00e9 (de guerre civile)). Le soir, nous avons \u00e0 d\u00eener les Magu\u00e9 et Jaques Herv\u00e9-Bazin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juin 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 juin 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 1<sup>er<\/sup> juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman part pour le Mans par le rapide de 10h25 pour aller chercher Philom\u00e8ne oblig\u00e9e par la fermeture du Pensionnat du Sacr\u00e9-C\u0153ur du Mans, de quitter cet \u00e9tablissement 3 semaines avant son examen du brevet et 7 semaines avant les vacances. Jusqu\u2019\u00e0 la signification brutale d\u2019avoir \u00e0 se disperser dans le d\u00e9lai d\u2019un mois, les religieuses du Sacr\u00e9-C\u0153ur du Mans se croyaient parfaitement en s\u00fbret\u00e9, car leur maison avait \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement autoris\u00e9e par un d\u00e9cret de Napol\u00e9on III&nbsp;; mais elles ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es de leur qui\u00e9tude par l\u2019arr\u00eat\u00e9 de fermeture motiv\u00e9 sur une interpr\u00e9tation vraiment monstrueuse de leur autorisation&nbsp;: le gouvernement a le cynisme de soutenir que leur maison n\u2019est pas autoris\u00e9e parce qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019autorisation elles n\u2019\u00e9taient pas dans le m\u00eame local&nbsp;; depuis le changement de local, dit Combes, l\u2019autorisation n\u2019existe plus&nbsp;!!! J\u2019aime \u00e0 croire que ces dames auraient gain de cause si elles allaient devant les tribunaux&nbsp;; je ne sais si elles le feront. Je vais d\u00e9jeuner chez les Magu\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, le concours hippique d\u00e9bute par une forte averse, puis, vers 2h \u00bd, le temps se met au beau et c\u2019est par un beau soleil que se termine la journ\u00e9e&nbsp;; aussi, tribunes combles et superbes toilettes&nbsp;; j\u2019y vais vers 3 heures, et j\u2019y rencontre un tas de monde de connaissance&nbsp;; beaucoup de personnes venues des villes voisines. \u00c0 8h24, je devais aller avec les Magu\u00e9 aller attendre Maman et Philo \u00e0 la gare, mais \u00e0 7h je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de Maman me disant qu\u2019elle arrivera \u00e0 minuit&nbsp;; je pr\u00e9viens une voiture d\u2019aller l\u2019attendre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 2 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires&nbsp;; ensuite douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille jusqu\u2019\u00e0 4h \u00bd, puis je vais me faire couper les cheveux. Au retour, j\u2019assiste sur le boulevard \u00e0 une dispute, je diras m\u00eame \u00e0 une rixe, entre apaches qui trainaient un de leurs camarades ivre-mort et voulaient le ramener chez lui, et agents de police qui voulaient le leur arracher pour le mener au poste&nbsp;; les apaches \u00e9taient vainqueurs et amenaient leur victime (cars ils trainaient sur le sol ce malheureux absolument inanim\u00e9, comme mort) lorsqu\u2019un renfort de police arriva et parvint \u00e0 le leur arracher&nbsp;; mais les apaches, furieux, tiraient le couteau et mena\u00e7aient et insultaient les agents que moi et quelques individus nous avons entour\u00e9s un moment pour les prot\u00e9ger car ils \u00e9taient incapables de faire un mouvement, occup\u00e9s qu\u2019ils \u00e9taient tous \u00e0 porter l\u2019auteur de tout ce trouble. Il faut dire que le nombre des apaches avait beaucoup grossi&nbsp;; \u00e0 un coup de sifflet de l\u2019un d\u2019eux, il en \u00e9tait sorti de tous les coins. Le soir, nous allons au Mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur, chapelle de l\u2019Adoration, avec Tante Josepha et N\u00e9nette. Philom\u00e8ne, arriv\u00e9e cette nuit, commence ses le\u00e7ons avec M. Delahaye et la sup\u00e9rieure des Ursules, afin de ne pas perdre un seul jour dans la pr\u00e9paration de son examen.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 3 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re seulement, M. Jac \u00e9tant malade&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 5 heures, conf\u00e9rence de droit civil. Le matin, Papa arrive de Biarritz&nbsp;; il a refus\u00e9 une location de 2500 fr. pour les mois de juillet, ao\u00fbt et septembre (ce qui nous permettait de jouir de la villa en octobre) parce qu\u2019elle \u00e9tait offerte par des Juifs&nbsp;; il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 perdre cette location que d\u2019introduire des Youtres dans la ville Sainte-C\u00e9cile&nbsp;; bravo&nbsp;!!! Si tout le monde faisait comme \u00e7a, les sales Youpins n\u2019auraient plus qu\u2019\u00e0 retourner dans leur ghetto.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 4 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s tout le temps. Tante Josepha vient d\u00eener avec nous. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 5 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial pour remplacer celui de droit civil, M. Jac \u00e9tant malade. \u00c0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial&nbsp;; ensuite douche. Le soir, nous allons tous au salut \u00e0 l\u2019Adoration. Le matin, je vais \u00e0 la messe de communion de Notre-Dame \u00e0 l\u2019occasion du premier mercredi du mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 6 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial. L\u2019apr\u00e8s-midi, douche. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul, Papa et moi nous y sommes presque seuls. Le matin, on apprend \u00e0 la Facult\u00e9 que l\u2019\u00e9tat de M. Perrin, qui \u00e9tait malade depuis deux jours, s\u2019est subitement aggrav\u00e9&nbsp;; il a \u00e9t\u00e9 pris hier soir d\u2019une congestion c\u00e9r\u00e9brale et les m\u00e9decins \u00e9taient tr\u00e8s inquiets&nbsp;; je vais prendre de ses nouvelles et son fils me dit que la nuit a \u00e9t\u00e9 assez tranquille, mais le danger reste grand.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 7 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de la premi\u00e8re communion \u00e0 l\u2019externat Saint-Maurille&nbsp;; le petit Bernard de Soos et le petit Yves Jac ont fait ce matin leur premi\u00e8re communion. Le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 juin 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 8 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9h \u00bd, je vais \u00e0 la Facult\u00e9, mais M. Jac vient nous dire lui-m\u00eame qu\u2019il ne peut pas nous faire cours&nbsp;; il a fait un effort pour assister \u00e0 la messe d\u2019action de gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019externat, mais cela l\u2019a fatigu\u00e9 beaucoup et il rentre chez lui&nbsp;; il esp\u00e8re pouvoir nous faire cours demain \u00e0 8 heures. Je lis dans les journaux le r\u00e9cit du terrible abordage entre l\u2019Insulaire et le Liban, pr\u00e8s de Marseille, \u00e0 la suite duquel le Liban et 150 de ses passagers ont p\u00e9ri. On devrait, franchement, chercher un syst\u00e8me plus perfectionn\u00e9 de signaux&nbsp;; lors de la catastrophe de la Bourgogne en 1898, on avait eu cependant une bonne le\u00e7on&nbsp;! La semaine qui commence aujourd\u2019hui verra, sans doute, des \u00ab&nbsp;journ\u00e9es&nbsp;\u00bb \u00e0 Angers. En effet, les Capucins d\u2019Angers, ainsi que ceux du Mans, passent en appel vendredi, et il y aura sans doute, ce jour-l\u00e0, manifestation et contre-manifestation&nbsp;; ce qui est \u00e0 craindre, c\u2019est que le pr\u00e9fet ne prenne pr\u00e9texte de ces troubles pour mettre le maire en demeure d\u2019interdire la procession de dimanche prochain en vue de laquelle, d\u2019ailleurs, socialistes et apaches font ouvertement les pr\u00e9paratifs de d\u00e9sordres. Que fera le maire&nbsp;? Son devoir serait de r\u00e9quisitionner la force arm\u00e9e pour prot\u00e9ger la libert\u00e9 des Catholiques&nbsp;; mais ne se laissera-t-il pas intimider et ne prendra-t-il pas un arr\u00eat\u00e9 d\u2019interdiction&nbsp;? C\u2019est ce que beaucoup se demandent. D\u2019ailleurs, il est \u00e0 craindre qu\u2019en cas de refus de sa part, le pr\u00e9fet ne prenne l\u2019arr\u00eat\u00e9 \u00e0 sa place. Aussi beaucoup de personnes pensent qu\u2019il serait prudent de ne pas manifester vendredi afin de sauver la procession, et de se r\u00e9server pour dimanche&nbsp;; mais cela sera difficile, car des Catholiques manceaux viennent jusqu\u2019\u00e0 Angers escorter leurs Capucins&nbsp;; peut-on, dans ces conditions, s\u2019abstenir&nbsp;? Et, d\u2019ailleurs, cela emp\u00eachera-t-il e pr\u00e9fet d\u2019interdire la procession&nbsp;? Je ne le pense pas. Enfin, nous sommes pr\u00eats \u00e0 suivre le mot d\u2019ordre&nbsp;! Papa part ce matin \u00e0 11h \u00bd pour Angoul\u00eame o\u00f9 il va, comme les deux ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, pr\u00e9sider le concours des coll\u00e8ges qui a lieu sous le patronage de l\u2019Universit\u00e9 catholique&nbsp;; mercredi, il ira voir Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 Sainte-Croix. M. Perrin va beaucoup mieux&nbsp;; heureusement&nbsp;! Car sa mort e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un vrai malheur pour les Catholiques d\u2019Angers, qu\u2019il d\u00e9fend avec le plus grand talent devant les tribunaux quand leurs droits sont m\u00e9connus. Il devait plaider vendredi pour les Capucins devant la Cour d\u2019appel&nbsp;; mais il ne le pourra h\u00e9las&nbsp;! pas, car il aura besoin de plusieurs mois de repos. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Des Monstiers-M\u00e9rinville.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 9 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 8 heures, je vais \u00e0 la Facult\u00e9, mais M. Jac, plus malade, ne peut pas encore nous faire cours&nbsp;; \u00e0 partir de demain, M. Coulbault fera le cours de code civil \u00e0 sa place. \u00c0 mon retour, je travaillais dans ma chambre, lorsque je suis interrompu par un incident comique&nbsp;: Maman m\u2019appelle dans sa chambre et me montre sur son lit, 3 petits chats auxquels la chatte Coucou vient d\u2019avoir l\u2019inconvenance de donner le jour \u00e0 cet endroit&nbsp;!!! Coucou et l\u2019autre chatte Grisou l\u00e8chent \u00e0 qui mieux cette prog\u00e9niture sur le couvre-pieds de Maman, qui est d\u00e9go\u00fbtant et hors d\u2019usage d\u00e9sormais. Les jeunes chats s\u2019en vont bien vite\u2026 <em>ad Patres&nbsp;<\/em>; et, quant aux chattes, puisqu\u2019elles prennent de ces libert\u00e9s, on va leur interdire l\u2019acc\u00e8s des chambres. Mais de quel fou-rire nous avons tous \u00e9t\u00e9 pris \u00e0 ce spectacle&nbsp;!!! J\u2019\u00e9cris tout de suite cet \u00e9v\u00e9nement \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui, demain \u00e0 Sainte-Croix, passera un bon moment avec Papa en lisant ma lettre&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s tout le temps&nbsp;; le soir, Tante Josepha et N\u00e9nette viennent d\u00eener avec nous. Apr\u00e8s d\u00eener, congr\u00e9gation au lieu de jeudi&nbsp;; ensuite, je vais un moment \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 10 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit civil par M. Coulbault et de l\u00e9gislation financi\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, je re\u00e7ois une convocation de M. Stanislas de La Morini\u00e8re<a href=\"#_ftn52\" id=\"_ftnref52\">[52]<\/a> pour une r\u00e9union \u00e0 la salle des Quinconces, demain soir \u00e0 5 heures, dont le but est d\u2019assurer la protection de la procession de dimanche&nbsp;; c\u2019est qu\u2019en effet, les Socialistes et les apaches, excit\u00e9s par des meneurs venus de Paris, se pr\u00e9parent ouvertement \u00e0 y promener le drapeau rouge, \u00e0 insulter le Saint-Sacrement par des chants r\u00e9volutionnaires et peut-\u00eatre \u00e0 frapper les Catholiques&nbsp;; mais, nous sommes d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 ne pas nous laisser faire. Le soir \u00e0 8h, j\u2019assiste dans une des salles de la rue des Quinconces \u00e0 une premi\u00e8re r\u00e9union d\u2019une quinzaine de personnes qui arr\u00eate le plan de d\u00e9fense qu\u2019on proposera \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e beaucoup plus nombreuse de demain. Ainsi, nous en sommes venus \u00e0 \u00eatre oblig\u00e9s de nous armer pour permettre \u00e0 une procession de sortir&nbsp;! N\u2019est-ce pas le pr\u00e9lude de la guerre civile&nbsp;? Ou, plut\u00f4t, la guerre civile n\u2019est-elle pas commenc\u00e9e apr\u00e8s ce qui s\u2019est pass\u00e9 dans plusieurs \u00e9glises de Paris&nbsp;? Thiers disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;La R\u00e9publique finira dans l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9 ou dans le sang&nbsp;\u00bb, mais je dis \u00ab&nbsp;dans l\u2019imb\u00e9cilit\u00e9 et dans le sang&nbsp;\u00bb&nbsp;; imb\u00e9cillit\u00e9, en effet, que de voir un pr\u00e9tendu gouvernement hypnotis\u00e9 par le spectre des pr\u00eatres et des moines et uniquement occup\u00e9 \u00e0 leur faire la guerre, alors que toute l\u2019Europe se pr\u00e9occupe de questions \u00e9conomiques, militaires, coloniales, financi\u00e8res, en un mot de ce qui fait vivre un pays et non de ce qui le tue&nbsp;; sang, car il a d\u00e9j\u00e0 coul\u00e9 sur bien des points du territoire, et la politique des fous-furieux des Combes, Loubet, Andr\u00e9 et tutti quanti, est bien faite pour nous plonger de plus en plus dans la guerre religieuse et dans la guerre civile.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 11 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de MM. Buston et Saint-Maur. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Tante Josepha choisir une tr\u00e8s jolie canne avec poign\u00e9e en argent cisel\u00e9 qu\u2019elle m\u2019offre pour ma f\u00eate&nbsp;; ensuite, je re\u00e7ois la visite de l\u2019abb\u00e9 de Falgui\u00e8res, de passage \u00e0 Angers. J\u2019apprends par une d\u00e9p\u00eache \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale l\u2019horrible massacre de Belgrade&nbsp;: le roi et la reine de Serbie assassin\u00e9s ce matin pendant leur sommeil, un fr\u00e8re et deux s\u0153urs de la reine, trois ministres, des g\u00e9n\u00e9raux et une partie de la garde massacr\u00e9s aussi, c\u2019est atroce et, vraiment, on est tent\u00e9 de se demander si un pays aux m\u0153urs si sauvages est digne de l\u2019ind\u00e9pendance que l\u2019Europe lui assure. Il y a 2 versions sur ce massacre&nbsp;: la 1<sup>\u00e8re<\/sup>, officielle, dit que c\u2019est un coup d\u2019\u00c9tat militaire fait pour donner le tr\u00f4ne au prince Karageorgewitz (reste \u00e0 savoir si les puissances signataires du trait\u00e9 de Berlin vont accepter ce nouveau roi proclam\u00e9 par l\u2019arm\u00e9e serbe)&nbsp;; la seconde dit que le roi, d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 divorcer, a voulu faire enlever la reine par des amis d\u00e9vou\u00e9s, que la reine a r\u00e9sist\u00e9, qu\u2019il en est r\u00e9sult\u00e9 une bagarre dans le Palais, au cours de laquelle toutes ces morts se sont produites&nbsp;; la 1<sup>\u00e8re<\/sup> me para\u00eet plus v\u00e9ridique puisque l\u2019arm\u00e9e a imm\u00e9diatement acclam\u00e9 le nouveau roi et qu\u2019un nouveau minist\u00e8re a \u00e9t\u00e9 form\u00e9 sur-le-champ&nbsp;: \u00e7a devait \u00eatre un coup mont\u00e9. \u00c0 5 heures, j\u2019assiste \u00e0 la s\u00e9ance des Quinconces&nbsp;; nous sommes une cinquantaine, les dispositions prises hier pour la procession sont adopt\u00e9es et on d\u00e9cide de manifester demain en faveur des Capucins&nbsp;; quelques personnes craignent que cela compromette la procession, mais la majorit\u00e9 s\u2019\u00e9tant d\u00e9clar\u00e9e pour la manifestation, tout le monde va s\u2019y pr\u00e9parer&nbsp;; moi-m\u00eame, je me mets \u00e0 parcourir la ville pour donner le mot d\u2019ordre et indiquer le lieu du rendez-vous \u00e0 tous nos amis que je rencontre&nbsp;: je le dis \u00e0 plus de dix personnes. Le soir, salut \u00e0 l\u2019Adoration et musique. \u00c0 la r\u00e9union des Quinconces assistaient quelques repr\u00e9sentants des corporations ouvri\u00e8res qui prennent une si belle part, tous les ans, \u00e0 la procession du sacre. Je suis frapp\u00e9 de l\u2019autorit\u00e9 qui s\u2019attache \u00e0 ces corporations, du respect avec lequel on \u00e9coute le pr\u00e9sident de l\u2019une d\u2019elles, un simple ouvrier cependant&nbsp;; il parle d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal aux Messieurs de la soci\u00e9t\u00e9 qui sont l\u00e0 (et dont beaucoup appartiennent \u00e0 la noblesse) et au pr\u00e9sident de notre r\u00e9union, le comte de La Morini\u00e8re&nbsp;; c\u2019est que cet ouvrier n\u2019est pas seul&nbsp;; au moyen de l\u2019association, il a su grouper autour de lui des int\u00e9r\u00eats et des droits, il parle en leur nom et il devient l\u2019\u00e9gal des plus hupp\u00e9s aristocrates. Imagine-t-on quelle devait \u00eatre l\u2019autorit\u00e9 et le prestige des chefs des puissantes corporations de l\u2019ancienne France&nbsp;? Et comme, dans une soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e, ayant ses cadres, tout s\u2019harmonise&nbsp;? La R\u00e9volution, sous pr\u00e9texte de tout \u00e9galiser, a tout abaiss\u00e9, a bris\u00e9 tous les moules et est arriv\u00e9e \u00e0 un r\u00e9sultat contraire \u00e0 ses pr\u00e9visions&nbsp;; elle a facilit\u00e9 toutes les tyrannies en laissant l\u2019individu isol\u00e9 en face de l\u2019\u00c9tat tout-puissant. Si l\u2019on veut revoir l\u2019ordre r\u00e9gner dans notre pays, il faudra bien qu\u2019on revienne \u00e0 l\u2019association qui permet aux droits et aux int\u00e9r\u00eats de se grouper et de parler haut. Un pas a \u00e9t\u00e9 fait dans ce sens, un grand mouvement d\u2019id\u00e9es y porte tous les vrais patriotes&nbsp;; esp\u00e9rons qu\u2019il sera f\u00e9cond en r\u00e9sultats&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/stanislas.1.le_bault_de_la_moriniere.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"337\" height=\"373\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/stanislas.1.le_bault_de_la_moriniere.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-204\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/stanislas.1.le_bault_de_la_moriniere.jpg 337w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/stanislas.1.le_bault_de_la_moriniere-271x300.jpg 271w\" sizes=\"auto, (max-width: 337px) 100vw, 337px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Stanislas Le Bault de La Morini\u00e8re (1852-1936), comte de La Morini\u00e8re<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 12 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, droit commercial et proc\u00e9dure. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 3h \u00bd, je suis sur le Champ de Mars&nbsp;; j\u2019y retrouve beaucoup d\u2019amis, le nombre de ceux-ci grossit peu \u00e0 peu et, \u00e0 4h \u00bd, quand les Capucins sortent de l\u2019audience des appels correctionnels, une foule d\u2019environ 500 personnes, presque tous des hommes bien arm\u00e9s, leur fait escorte&nbsp;; presque pas d\u2019adversaires, \u00e0 peine quelques agents de police. Aussi va-t-on tr\u00e8s vite jusqu\u2019au couvent sans un cri ni de part ni d\u2019autre. Quelle diff\u00e9rence avec la journ\u00e9e du 9 mai&nbsp;! Les apaches se r\u00e9servent-ils pour dimanche&nbsp;? On croit conna\u00eetre le vrai motif de l\u2019affreux massacre de Belgrade&nbsp;: c\u2019est un coup d\u2019\u00c9tat militaire caus\u00e9 par le m\u00e9contentement profond qu\u2019avait ressenti la Serbie du mariage de son roi avec Mme Draga&nbsp;; Alexandre, qui sentait venir l\u2019orage, avait l\u2019intention de divorcer pour sauver son tr\u00f4ne et sa vie, mais on ne lui en a pas laiss\u00e9 le temps&nbsp;; la cause imm\u00e9diate de cet horrible attentat est le bruit qui courant depuis quelques jours dans le pays que la Skouptchina allait proclamer successeur du roi et h\u00e9ritier de la couronne un fr\u00e8re de la reine Draga, homme ignorant et de m\u0153urs dissolues. Quant aux circonstances qui ont accompagn\u00e9 l\u2019assassinat, impossible de les conna\u00eetre&nbsp;; les uns disent que le roi et quelques fid\u00e8les se sont \u00e9nergiquement d\u00e9fendus, d\u2019autres pr\u00e9tendent que les souverains ont \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s dans leur lit&nbsp;; il sera tr\u00e8s difficile de d\u00e9m\u00ealer la v\u00e9rit\u00e9. Quoiqu\u2019il en soit, l\u2019\u00e9motion soulev\u00e9e dans le monde entier par ces affreuses nouvelles est immense&nbsp;: les journaux y consacrent la moiti\u00e9 de leurs colonnes&nbsp;; ce n\u2019est partout qu\u2019un cri d\u2019horreur. Je re\u00e7ois plusieurs cadeaux de Papa, Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philom\u00e8ne, Bonne Maman, \u00e0 l\u2019occasion de ma f\u00eate. Le soir, salut \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 13 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint Antoine, je vais faire la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 Notre-Dame. Nous d\u00e9jeunons tous chez les Magu\u00e9 (l\u2019oncle Paul est rentr\u00e9 hier matin de Vienne)&nbsp;; \u00e0 11h \u00bd, composition de droit commercial&nbsp;; ensuite douche. Le soir, nous allons au salut \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 14 juin 1903 (F\u00eate-Dieu)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; puis, arm\u00e9 d\u2019une canne matraque, ayant mon revolver dans ma poche, je me rends \u00e0 la salle synodale \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 o\u00f9 se r\u00e9unit l\u2019Universit\u00e9 avant de prendre part \u00e0 la procession. Sur la place Sainte-Croix, de nombreux groupes d\u2019hommes arm\u00e9s sont l\u00e0 pour prot\u00e9ger la sortie&nbsp;; il y a aussi des adversaires&nbsp;; le citoyen Laurent Tailhade<a href=\"#_ftn53\" id=\"_ftnref53\">[53]<\/a>, venu expr\u00e8s de Paris, leur fait un petit la\u00efus dont le sens est celui-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;Citoyens, vous braverez ceux qui insultent la r\u00e9publique chez elle&nbsp;\u00bb, on sait ce que cela veut dire. Mais les apaches auront \u00e0 lutter contre le sentiment de toute la population, car les rues sont aussi bien pavois\u00e9es que les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;; d\u2019ailleurs, les mesures sont bien prises&nbsp;: un groupe d\u2019hommes passe en t\u00eate de la procession sous la direction de M. de Grainville, ancien capitaine de cuirassiers&nbsp;; les Socialistes en chantant l\u2019Internationale mais sans drapeau rouge (ils reculent sur ce point) pr\u00e9c\u00e8dent ce groupe, dont les s\u00e9pare une escouade de police, au nombre d\u2019une cinquantaine \u00e0 peine, c\u2019est leur mani\u00e8re de prendre part \u00e0 la procession&nbsp;; divers groupes d\u2019hommes sont mass\u00e9s sur plusieurs points du cort\u00e8ge&nbsp;; je passe avec les \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9 en avant du clerg\u00e9 (nous avons tous d\u2019\u00e9normes cannes)&nbsp;; le groupe le plus important entoure le dais (1500 hommes au moins)&nbsp;; de plus, des groupes stationnent aux endroits les plus dangereux, notamment aux ponts et au tertre Saint-Laurent&nbsp;; enfin la police et la gendarmerie nous prot\u00e8gent, gr\u00e2ce \u00e0 la bonne volont\u00e9 du maire d\u2019Angers, M. Bouhier, qui a refus\u00e9 d\u2019interdire la procession comme le pr\u00e9fet le lui demandait officieusement. Nous chantons presque tout le temps le cantique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous voulons Dieu&nbsp;\u00bb dont le refrain est caract\u00e9ristique&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab&nbsp;La libert\u00e9 sur terre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Est fille de la foi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Nous voulons Dieu, c\u2019est notre p\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Nous voulons Dieu, c\u2019est notre roi&nbsp;\u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au tertre Saint-Laurent, les apaches au nombre d\u2019environ 150 ou 200 poussent d\u2019affreuses vocif\u00e9rations, mais la police, les gendarmes et les Catholiques \u00e0 qui est confi\u00e9e la garde du tertre et du reposoir les maintiennent. D\u2019ailleurs, la vue du nombre immense d\u2019hommes qui arrive avec la procession les calme bient\u00f4t. La procession se masse autour du reposoir en chantant le <em>\u00ab&nbsp;Parce Domine&nbsp;\u00bb<\/em> et&nbsp;\u00ab&nbsp;Nous voulons Dieu&nbsp;\u00bb&nbsp;; tout le monde chante, m\u00eame les personnes mass\u00e9es en curieux sur le tertre et sur les maisons voisines (jusque sur les toits), et comme on peut \u00e9valuer cette foule \u00e0 12 ou 15.000 personnes, on peut se faire l\u00e0 une id\u00e9e de l\u2019immense clameur qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve du tertre, c\u2019est de la fr\u00e9n\u00e9sie&nbsp;! Les musiques accompagnent&nbsp;; quant aux cris et aux sifflets des apaches, ils sont absolument couverts par cette clameur. Au moment de la b\u00e9n\u00e9diction, l\u2019enthousiasme redouble, tous les chapeaux s\u2019\u00e9l\u00e8vent au sommet des cannes, les mouchoirs s\u2019agitent et l\u2019immense foule crie \u00ab&nbsp;Vive J\u00e9sus-Christ&nbsp;!!!&nbsp;\u00bb C\u2019est un spectacle merveilleux et impressionnant au possible, les Socialistes eux-m\u00eames doivent en \u00eatre \u00e9mus&nbsp;; ils se vengent en faisant le geste de cracher sur le Saint-Sacrement, et en d\u00e9pliant les journaux r\u00e9volutionnaires <em>La Lanterne<\/em>, <em>L\u2019Action<\/em>, mais on les m\u00e9prise. Le retour s\u2019effectue sans incident jusqu\u2019\u00e0 l\u2019angle de la rue Baudri\u00e8re et de la rue Saint-Laud&nbsp;; les apaches venus du tertre sont mass\u00e9s l\u00e0 et l\u2019un d\u2019eux ayant frapp\u00e9 un pr\u00eatre (du reste, on l\u2019arr\u00eate aussit\u00f4t et on le m\u00e8ne au poste), nos amis se pr\u00e9cipitent les cannes lev\u00e9es, quelques coups sont \u00e9chang\u00e9s, mon groupe \u00e9tant \u00e0 une cinquantaine de m\u00e8tres de l\u00e0, nous accourons au plus vite, mais h\u00e9las trop tard, l\u2019incident \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 termin\u00e9. Au retour lors dans la cath\u00e9drale, Monseigneur remercie les Catholiques d\u2019Angers de cette superbe manifestation de foi. C\u2019est bien le mot qui convient \u00e0 la procession d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;; elle a \u00e9t\u00e9 une protestation contre les pers\u00e9cutions gouvernementales, protestation de ceux qui y ont pris part et des personnes dont les maisons \u00e9taient situ\u00e9es sur son passage, car les rues \u00e9taient magnifiquement d\u00e9cor\u00e9es. Quant \u00e0 la contre-manifestation, elle a \u00e9t\u00e9 un vrai four&nbsp;; les contre-manifestants qui n\u2019\u00e9taient qu\u2019une poign\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 tenus en respect par la vue de nos cannes qu\u2019ils savaient pr\u00eat\u00e9s \u00e0 s\u2019abattre sur eux en cas de provocation. C\u2019est ainsi qu\u2019on devrait toujours faire&nbsp;; si les Catholiques se montraient toujours, leurs adversaires rentreraient sous terre. Le pauvre ci-to-yen Tailhade a d\u00fb s\u2019en retourner tout confus \u00e0 Paris&nbsp;! Sa conf\u00e9rence d\u2019hier soir pour r\u00e9chauffer le z\u00e8le des \u00ab&nbsp;compagnons&nbsp;\u00bb angevins n\u2019a gu\u00e8re eu d\u2019\u00e9cho&nbsp;! Mais il a pu voir que les Catholiques d\u2019Angers savaient se montrer&nbsp;: M. de La Morini\u00e8re comptait sur 2000 hommes, il y en a eu 6 \u00e0 8000 \u00e0 suivre la procession&nbsp;; ces chiffres se passent de tout commentaire&nbsp;! Le soir, les Magu\u00e9 viennent prendre le th\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/TailhadeNadar.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"737\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/TailhadeNadar-737x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-205\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/TailhadeNadar-737x1024.jpg 737w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/TailhadeNadar-216x300.jpg 216w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/TailhadeNadar-768x1068.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/TailhadeNadar.jpg 787w\" sizes=\"auto, (max-width: 737px) 100vw, 737px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Laurent Tailhade (1854-1919), par Nadar<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 21 juin 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 15 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, j\u2019apprends les \u00e9v\u00e9nements de Nantes&nbsp;: le pr\u00e9fet juif H\u00e9litas ayant, hier \u00e0 7h du matin, interdit la procession qui devait sortir \u00e0 9 heures, une immense foule de Catholiques s\u2019est port\u00e9e sur la place Saint-Pierre&nbsp;; du porche, l\u2019\u00e9v\u00eaque lui a donn\u00e9 la b\u00e9n\u00e9diction, puis une bande 600 \u00e0 800 socialistes l\u2019ayant attaqu\u00e9e au chant de l\u2019Internationale, une m\u00eal\u00e9e terrible s\u2019en est ensuivie dans laquelle la police et la gendarmerie ont \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement d\u00e9bord\u00e9es&nbsp;; deux socialistes ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s, nombreux bless\u00e9s de part et d\u2019autre, puis 15.000 personnes se portent sur la Pr\u00e9fecture&nbsp;; une d\u00e9l\u00e9gation s\u2019introduit dans les appartements du pr\u00e9fet&nbsp;; pendant ce temps, l\u2019immense foule fait irruption dans la cour de la Pr\u00e9fecture brisant tout sur son passage&nbsp;; le concierge a \u00e0 peine le temps de barricader les portes du monument, sans quoi la Pr\u00e9fecture enti\u00e8re e\u00fbt \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 sac&nbsp;; en m\u00eame temps, les Catholiques \u00e9levaient des barricades dans les rues voisines en sorte que la troupe et la gendarmerie n\u2019ont pu approcher. Bravo pour nos amis Nantais&nbsp;!!! Ils ont r\u00e9pondu comme il le fallait \u00e0 la provocation des bandits qui nous oppriment. Si le pr\u00e9fet d\u2019Angers avait interdit la procession comme on l\u2019avait craint un moment, nous \u00e9tions d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 aller manifester dans la Pr\u00e9fecture (cette r\u00e9solution avait \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 la r\u00e9union du jeudi, salle des Quinconces)&nbsp;; de graves incidents se seraient certainement produits. \u00c0 Paris, Combes-la-d\u00e9froque avait interdit aux cur\u00e9s de la Madeleine, de Saint-Sulpice, de Saint-Augustin et d\u2019une autre \u00e9glise de faire leur procession \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00e9glise (mais \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des grilles) comme les autres ann\u00e9es&nbsp;; ces cur\u00e9s ont fait des interdictions de Combes l\u2019usage qu\u2019elles m\u00e9ritaient, et les processions ont eu lieu quand m\u00eame plus belles que jamais prot\u00e9g\u00e9es par nos amis catholiques et nationalistes venus en grand nombre et d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 assommer le premier qui troublerait la c\u00e9r\u00e9monie. \u00c0 Dunkerque, Lyon, Brest, Le Havre, Mont\u00e9limar, etc., les processions ont eu lieu malgr\u00e9 les provocations des Socialistes&nbsp;; de violentes bagarres se sont produites dans toutes ces villes, mais la rue est rest\u00e9e aux Catholiques. Bravo&nbsp;! Les Catholiques enfin se r\u00e9veillent et commencent \u00e0 s\u2019apercevoir que \u00ab&nbsp;la libert\u00e9 ne se demande pas&nbsp;; elle se prend&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 16 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, avant de me mettre au travail, je vais avec papa chez ses pauvres pour l\u2019aider \u00e0 mesurer leurs logements pour l\u2019enqu\u00eate que la Commission des logements ouvriers a demand\u00e9e aux Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul. Le soir, r\u00e9union aux Quinconces d\u2019environ 80 catholiques pour d\u00e9cider quelles mesures de d\u00e9fense on prendra dimanche prochain&nbsp;; c\u2019est toujours M. de La Morini\u00e8re qui pr\u00e9side. La chose est plus difficile que pour dimanche dernier, car, au lieu d\u2019une procession, il y en a 10 \u00e0 d\u00e9fendre (6 le matin et 4 le soir), nos forces devront donc se diviser, et les Socialistes auront plus de chances de succ\u00e8s en se portant en masse sur une seule procession. Nous d\u00e9cidons que les paroisses se pr\u00eateront un mutuel appui&nbsp;: celles qui n\u2019ont pas de procession le matin enverront leurs hommes \u00e0 celles qui en ont et vice versa. Saint-Joseph enverra le matin ses hommes \u00e0 Saint-Serge et le contraire le soir&nbsp;; Notre-Dame et la cath\u00e9drale sont associ\u00e9es de la m\u00eame fa\u00e7on&nbsp;; de m\u00eame la Madeleine et Saint-L\u00e9onard (cette derni\u00e8re sera renforc\u00e9e par les \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 cause des groupes socialistes des carri\u00e8res), Saint-Laud se suffira \u00e0 cause du voisinage des casernes et des grands appuis que lui procurer la Patronage de Notre-Dame-des-Champs&nbsp;; dans la Doutre, les hommes de la Trinit\u00e9 iront, le matin, moiti\u00e9 \u00e0 Saint-Jacques et moiti\u00e9 \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, les hommes de ces 2 paroisses iront \u00e0 la Trinit\u00e9. Enfin, la procession de Saint-Maurice qui a lieu la derni\u00e8re \u00e0 5 heures, sera prot\u00e9g\u00e9e par les hommes de presque toute la ville&nbsp;; les Socialistes trouveront donc partout \u00e0 qui parler&nbsp;; j\u2019irai le matin \u00e0 Saint-Serge, qui est ma paroisse, et l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Saint-Joseph et \u00e0 Saint-Maurice&nbsp;; c\u2019est d\u2019ailleurs pour Saint-Serge, \u00e0 cause du quartier de la route de Paris o\u00f9 passe la procession et pour Saint-Maurice que l\u2019on craint surtout des troubles. Les cur\u00e9s des paroisses convoqueront avant dimanche tous les hommes de leur paroisse susceptibles de marcher pour leur communiquer ces instructions, et les inviter \u00e0 s\u2019armer. Nous sommes tous pleins d\u2019entrain et absolument d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 ne reculer devant rien&nbsp;; s\u2019il faut du sang, il y en aura. Ah&nbsp;! Vous avez voulu la guerre civile, Messieurs de la Sociale, eh bien nous ne reculons pas, elle ne nous fait pas peur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 17 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habitues&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille presque tout le temps&nbsp;; \u00e0 5h, conf\u00e9rence de droit civil. Nous avons les Magu\u00e9 \u00e0 d\u00eener, sauf l\u2019oncle Paul qui est en man\u0153uvres avec son r\u00e9giment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 18 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin cours de droit commercial et de droit civil. Je travaille presque toute l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; de 4 \u00e0 3h \u00bd, je sors pour faire quelques emplettes et aller me confesser. En rentrant, j\u2019apprends par Papa qui vient lui-m\u00eame de l\u2019apprendre, l\u2019\u00e9lection de M. Ren\u00e9 Bazin \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, au fauteuil de Legouv\u00e9&nbsp;; il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu au 3<sup>\u00e8me<\/sup> tour de scrutin&nbsp;; son concurrent le plus s\u00e9rieux \u00e9tait M. Larroumet, mais celui-ci ne se pr\u00e9sentait que pour la premi\u00e8re fois, tandis que pour M. Bazin, c\u2019\u00e9tait la 3<sup>\u00e8me<\/sup> fois. C\u2019est un grand honneur pour l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Angers que d\u2019avoir un de ses professeurs dans la maison de Richelieu&nbsp;! Je m\u2019en r\u00e9jouis bien sinc\u00e8rement, d\u2019abord pour les Bazin et les Herv\u00e9-Bazin qui ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s aimables pour nous et aussi pour l\u2019enseignement libre. Le soir, au moment o\u00f9 nous allions \u00e0 la cath\u00e9drale pour la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019Adoration \u00e0 la veille de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur, nous apprenons la provocation que le gouvernement de chenapans vient de faire aux Catholiques d\u2019Angers par l\u2019interm\u00e9diaire de son pr\u00e9fet M. de Joly. Ce sale monsieur vient de prendre, malgr\u00e9 le maire, un arr\u00eat\u00e9 interdisant les processions \u00e0 Angers&nbsp;! C\u2019est monstrueux de despotisme et d\u2019absurdit\u00e9, car le pr\u00e9fet n\u2019a le droit de se substituer au maire, d\u2019apr\u00e8s la loi municipale du 5 avril 1884, que dans des cas o\u00f9, par l\u2019inaction du maire, l\u2019ordre public se trouverait absolument menac\u00e9 par exemple si, en cas de grave \u00e9pid\u00e9mie,&nbsp;le maire refusait de prendre des mesures d\u2019hygi\u00e8ne n\u00e9cessaire&nbsp;; ce n\u2019\u00e9tait certes pas le cas ici puisque le maire d\u2019Angers avait admirablement assur\u00e9 l\u2019ordre dimanche dernier. C\u2019est donc non seulement un d\u00e9fi aux Catholiques, mais un affront au maire et une ill\u00e9galit\u00e9 flagrante. Ah, Monsieur de Joly, les lauriers du Juif H\u00e9litas vous emp\u00eachaient de dormir, prenez garde que l\u2019indignation et la col\u00e8re des Catholiques ne vous procurent un r\u00e9veil semblable au sien. Car nous ne sommes pas dispos\u00e9s \u00e0 nous laisser marcher dessus par les bandits de la place Beauveau&nbsp;! La mesure est comble&nbsp;! L\u2019heure n\u2019est plus aux reculades et aux atermoiements&nbsp;; ce sont des actes qu\u2019il faut&nbsp;; vous les avez cherch\u00e9s&nbsp;; vous les aurez&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 19 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit civil le matin. Partout, sans distinction d\u2019opinions, l\u2019indignation est g\u00e9n\u00e9rale contre l\u2019acte du pr\u00e9fet&nbsp;; on y voit un attentat aux libert\u00e9s des Catholiques, une atteinte aux franchises municipales et un grave pr\u00e9judice caus\u00e9 aux int\u00e9r\u00eats du commerce. Notre tapissier nous dit qu\u2019il perd 800 fr.&nbsp;; tous les tapissiers de la ville qui fournissaient et louaient des d\u00e9corations pour les maisons&nbsp;; les fleuristes, les couturi\u00e8res&nbsp;; les blanchisseuses et repasseuses&nbsp;; les musiques qu\u2019on louait&nbsp;; les ouvriers qui auraient travaill\u00e9 aux reposoirs, etc.&nbsp;; tout ce monde-l\u00e0 perd \u00e9norm\u00e9ment d\u2019argent&nbsp;; on \u00e9value \u00e0 100.000 fr. la parte que subira le commerce angevin du fait de cette interdiction. Dans la matin\u00e9e, Papa va voir M. Frog\u00e9&nbsp;; il y trouve MM. de La Morini\u00e8re, Gavouy\u00e8re, etc. et, ensemble, ils arr\u00eatent un plan de manifestation de protestation pour dimanche, qui sera soumis \u00e0 Monseigneur&nbsp;: on propose d\u2019\u00e9lever un reposoir dans l\u2019int\u00e9rieur de la grille de la cath\u00e9drale d\u2019o\u00f9 Mgr donnera la b\u00e9n\u00e9diction aux milliers de catholiques qu\u2019on va grouper sur la place Saint-Maurice&nbsp;; la colonne se rendra de l\u00e0 \u00e0 Saint-Joseph et \u00e0 Saint-Laud o\u00f9 la b\u00e9n\u00e9diction sera encore donn\u00e9e&nbsp;; si ce plan est agr\u00e9\u00e9, on le soumettra aux chefs de groupes qui se r\u00e9uniront cette apr\u00e8s-midi aux Quinconces&nbsp;; des r\u00e9unions de paroisse auront lieu ce soir pour recruter le plus d\u2019hommes possible&nbsp;; il faut que la protestation soit imposante. Le soir, des affiches sign\u00e9es de divers comit\u00e9s catholiques paraissent en tr\u00e8s grand nombre&nbsp;; c\u2019est une vibrante protestation contre l\u2019attentat d\u2019hier soir&nbsp;; elles sont tr\u00e8s lues et avec une grande sympathie. Je passe mon apr\u00e8s-midi, de 2 \u00e0 7h \u00bc, \u00e0 faire, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, la composition du concours g\u00e9n\u00e9ral entre les \u00e9tudiants de 3<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e de toutes les facult\u00e9s catholiques&nbsp;; le sujet est le suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Des dettes n\u00e9es avant et pendant le mariage \u00e0 la charge de la femme mari\u00e9e sous le r\u00e9gime de la communaut\u00e9 l\u00e9gale&nbsp;\u00bb, il est tr\u00e8s vaste. Le soir, salut \u00e0 l\u2019Adoration. Le matin \u00e0 7h, je suis all\u00e9 \u00e0 la messe de la Congr\u00e9gation qui est dite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 en l\u2019honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 20 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de droit commercial et civil. Apr\u00e8s les cours, je vais un moment \u00e0 la cath\u00e9drale pour le service qui est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 en l\u2019honneur du comte de Maill\u00e9, s\u00e9nateur et pr\u00e9sident du Conseil g\u00e9n\u00e9ral, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 la semaine derni\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 87 ans. M. de Maill\u00e9, qui appartenait \u00e0 l\u2019une des plus illustres familles de France, a jou\u00e9 un r\u00f4le tr\u00e8s important \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale de 1761&nbsp;; au S\u00e9nat, il \u00e9tait pr\u00e9sident de la Droite&nbsp;; la d\u00e9coration est magnifique \u00e0 la cath\u00e9drale. Pendant que Maman et Papa assistent \u00e0 ce service, je fais une tourn\u00e9e dans le quartier Saint-Michel pour engager tous les hommes du peuple que j\u2019y connais \u00e0 assister \u00e0 la manifestation de demain qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e hier et \u00e0 laquelle des affiches appos\u00e9es ce matin convient la population&nbsp;; tout fait pr\u00e9sager qu\u2019elle sera tr\u00e8s imposante. Mais quelles mesures le pr\u00e9fet va prendre&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 3h, cours suppl\u00e9mentaire de proc\u00e9dure civile&nbsp;; ensuite, douche. Le soir, Conf\u00e9rence de Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 21 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion en l\u2019honneur du 9<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de ma premi\u00e8re communion. Je vais \u00e0 10h \u00e0 la procession du Saint-Sacrement de Saint-Serge qui se fait, aussi bien que c\u2019est possible, dans l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9glise&nbsp;; beaucoup d\u2019hommes y assistent. \u00c0 3h, je vais avec Papa et Maman assister aux v\u00eapres de la cath\u00e9drale, quelques personnes commencent \u00e0 arriver sur la place. \u00c0 4 heures, d\u00e8s que la b\u00e9n\u00e9diction est donn\u00e9e, tout le monde sort de l\u2019\u00e9glise et alors on aper\u00e7oit mass\u00e9e sur la grande place Saint-Maurice et d\u00e9bordant sur la place Sainte-Croix une v\u00e9ritable fourmili\u00e8re humaine&nbsp;; il y a l\u00e0, au bas mot, vingt mille personnes&nbsp;; hommes arm\u00e9s de cannes \u00e9normes, et femmes. D\u00e8s que Monseigneur para\u00eet, l\u2019ostensoir \u00e0 la main, et s\u2019avance vers le reposoir improvis\u00e9 dans l\u2019int\u00e9rieur de la grille, une immense acclamation de \u00ab&nbsp;Vive le Christ&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Vive la libert\u00e9&nbsp;\u00bb, retentit, les chapeaux s\u2019\u00e9l\u00e8vent au haut des cannes&nbsp;; et quand Monseigneur donne la b\u00e9n\u00e9diction, toute cette foule tombe \u00e0 genoux en chantant le \u00ab&nbsp;Parce Domine&nbsp;\u00bb, c\u2019est un spectacle grandiose au possible. Puis l\u2019\u00e9norme colonne se met en mouvement et, par les rues Saint-Aubin, Saint-Julien et d\u2019Alsace, et ensuite par le boulevard o\u00f9 les 3 groupes se r\u00e9unissent, gagne Saint-Joseph, en chantant des cantiques, c\u2019est un v\u00e9ritable flot humain et les couplets retentissent et roulent comme le bruit des vagues de la mer. Sur le parcours, la foule, tr\u00e8s sympathique, chante avec les manifestants et souvent se joint \u00e0 eux. \u00c0 Saint-Joseph, nouvelle b\u00e9n\u00e9diction encore donn\u00e9e par Monseigneur \u00e0 l\u2019immense foule prostern\u00e9e, puis on se dirige vers l\u2019\u00e9glise Saint-Laud toujours en chantant. Quand on arrive \u00e0 la statue du Roi Ren\u00e9, on aper\u00e7oit mass\u00e9e sur les glacis du Ch\u00e2teau une foule de plusieurs milliers de personnes qui attend la manifestation&nbsp;; les manifestants se massent sur la place de l\u2019Acad\u00e9mie et d\u00e9bordent sur le boulevard du Roi-Ren\u00e9. Les cantiques, les acclamations redoublent&nbsp;; enfin, sur le parvis, para\u00eet Monseigneur qui donne une derni\u00e8re fois \u00e0 ces quarante mille personnes la b\u00e9n\u00e9diction du Saint-Sacrement&nbsp;; alors, c\u2019est de l\u2019enthousiasme, du d\u00e9lire, de la fr\u00e9n\u00e9sie&nbsp;! Tout le monde tombe \u00e0 genoux devant Dieu, spectacle inoubliable et empreint d\u2019une majest\u00e9 dont rien ne peut donner une id\u00e9e. Sit\u00f4t la b\u00e9n\u00e9diction donn\u00e9e, la foule se rel\u00e8ve, les acclamations de&nbsp;\u00ab&nbsp;Vive le Christ&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Vive le Sacr\u00e9-C\u0153ur&nbsp;\u00bb \u00e9clatent comme des roulements de tonnerre&nbsp;; \u00e0 ce moment, une quinzaine d\u2019apaches group\u00e9s l\u00e0 je ne sais comment poussent quelques cris hostiles, on les d\u00e9daigne, ils sont si peu&nbsp;! Un bruit circule alors de groupe en groupe&nbsp;; la manifestation religieuse est termin\u00e9e, allons acclamer le maire qui a refus\u00e9 d\u2019interdire les processions&nbsp;; apr\u00e8s le pr\u00e9fet qui vient d\u2019avoir son compte, f\u00e9licitons le maire&nbsp;! Plusieurs milliers d\u2019hommes se forment en colonne, et, par les boulevards, on se dirige vers la maison de M. Bouhier, 35 rue des Quinconces. Devant la pr\u00e9fecture, nous conspuons le pr\u00e9fet&nbsp;; devant les bureaux du socialiste <em>Patriote de l\u2019Ouest<\/em>, ami des apaches, nous poussons de formidables Hou&nbsp;! Hou&nbsp;!&nbsp;; le r\u00e9dacteur en chef Jagot, et sa femme (est-ce bien sa femme qu\u2019il faut dire&nbsp;?) paraissent au balcon, et se donnent le plaisir (qui doit \u00eatre relatif) de nous d\u00e9daigner&nbsp;; une trentaine d\u2019apaches essaient de contre-manifester&nbsp;; on s\u2019injurie, les cannes se l\u00e8vent, une m\u00eal\u00e9e se produit pendant laquelle un apache a une canne cass\u00e9e sur son dos, et les voyons sont refoul\u00e9s. Nous reprenons notre marche&nbsp;; pr\u00e8s de chez le maire, une colonne conduite par MM. Joubert et Martin arrive par la rue Pr\u00e9baudelle et se joint \u00e0 nous&nbsp;; nous acclamons longuement Monsieur Bouhier qui, malheureusement, n\u2019est pas l\u00e0&nbsp;! Puis nous repartons dans la direction de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9, toujours pleins d\u2019enthousiasme&nbsp;; en traversant le boulevard, une m\u00eal\u00e9e se produit&nbsp;; la police, craignant un retour offensif contre le <em>Patriote<\/em>, veut nous couper&nbsp;; mais c\u2019est elle qui se trouve prise entre les deux tron\u00e7ons \u00e0 ce moment, on entend quelques apaches&nbsp;; on veut se pr\u00e9cipiter sur eux&nbsp;; la police s\u2019y oppose, M. de Villoutreys, qui est tr\u00e8s excit\u00e9, est appr\u00e9hend\u00e9 par trois agentes, des mains desquels je l\u2019arrache aid\u00e9 par quelques amis. Nous suivons la rue Saint-Julien&nbsp;; en passant devant la rue qui va droit \u00e0 la Pr\u00e9fecture, M. de Villoutreys essaie de nous entrainer (une foule hostile stationne d\u00e9j\u00e0 devant la Pr\u00e9fecture), avec une dizaine de manifestants, je veux le suivre&nbsp;; mais le gros de la manifestation, retenu par quelques timides, nous l\u00e2che, et force nous est de renoncer \u00e0 notre projet&nbsp;; c\u2019est f\u00e2cheux, car les ouvriers avaient dans leur poche des outils n\u00e9cessaire pour forcer toutes les portes&nbsp;; quel sac nous aurions fait&nbsp;! Il est vrai que beaucoup de gendarmes sont cach\u00e9s dans le monument&nbsp;; une grave collision, peut-\u00eatre sanglante, se serait donc produite&nbsp;; mais l\u2019effet moral e\u00fbt \u00e9t\u00e9 si grand dans toute la France&nbsp;! Quoi qu\u2019il en soit, nous arrivons \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9&nbsp;; l\u00e0, \u00e9clatent des cris vigoureux de \u00ab&nbsp;Vive Monseigneur&nbsp;\u00bb, mais nous apprenons que Monseigneur est \u00e0 sa maison de campagne de l\u2019Esni\u00e8re&nbsp;; quelques-uns nous quittent, mais nous sommes encore un millier \u00e0 nous y rendre \u00e0 travers les rues de la cit\u00e9, escort\u00e9s par la police et par des gendarmes \u00e0 cheval qu\u2019elle s\u2019est adjoints. \u00c0 l\u2019Esni\u00e8re, nous nous faisons ouvrir la porte, nous nous massons dans la cour et nous acclamons Monseigneur. Il descend, et, sur le pas de la porte, improvise une vibrante allocution sur les \u00e9v\u00e9nements de la journ\u00e9e, nous f\u00e9licitant d\u2019avoir donn\u00e9 ce r\u00e9confortant spectacle d\u2019une ville enti\u00e8re soulev\u00e9e pour d\u00e9fendre la libert\u00e9 de sa foi&nbsp;; il termine en disant que nous venons de conqu\u00e9rir par-l\u00e0 les processions de l\u2019ann\u00e9e prochaine&nbsp;; puis il nous donne sa b\u00e9n\u00e9diction et accorde \u00e0 chacun de nous et aux membres de nos familles 40 jours d\u2019indulgence&nbsp;; nous recevons, agenouill\u00e9s, sa b\u00e9n\u00e9diction, puis nous acclamons une derni\u00e8re fois l\u2019\u00e9v\u00eaque, et, sur son d\u00e9sir, nous d\u00e9filons tous devant lui en lui baisant la main. Quand nous sortons de l\u2019Esni\u00e8re, une rang\u00e9e de gendarmes fait cercle autour de la porte, un commissaire de police en \u00e9charpe nous enjoint de nous disperser&nbsp;; au fond de la place, des apaches sont group\u00e9s. La manifestation est termin\u00e9e, nous repartons chacun de notre c\u00f4t\u00e9. Quelle magnifique journ\u00e9e pour la cause de la libert\u00e9, et quel r\u00e9confortant spectacle que celui d\u2019une ville enti\u00e8re acclamant Dieu&nbsp;! Ah, Monsieur le Pr\u00e9fet, vous avez voulu interdire les processions&nbsp;; vous en avez eu une comme jamais Angers n\u2019en avait vues&nbsp;! Belle r\u00e9ponse \u00e0 la tyrannie jacobine&nbsp;! Le soir, les Magu\u00e9 viennent passer une heure avec nous&nbsp;; nous causons beaucoup des \u00e9v\u00e9nements de la journ\u00e9e. J\u2019oubliais de dire que Philom\u00e8ne est partie \u00e0 1h11 pour Chartres o\u00f9 elle va passer ses examens du brevet \u00e9l\u00e9mentaire, accompagn\u00e9e par Marie la femme de chambre&nbsp;; Maman, qui n\u2019a pas voulu manquer les manifestations d\u2019aujourd\u2019hui, ira demain la rejoindre et Marie rentrera demain soir ici. \u00c0 noter qu\u2019aucun barrage de police ni de gendarmerie n\u2019a essay\u00e9 d\u2019arr\u00eate la marche de la manifestation&nbsp;; c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 bien inutile, car aucun barrage n\u2019aurait pu r\u00e9sister \u00e0 la pression d\u2019une pareille foule&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 juin 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 22 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman part par le rapide de 10h25 pour Chartres&nbsp;; la femme de chambre rentrera ce soir \u00e0 minuit. J\u2019envoie \u00e0 <em>La Croix<\/em> de Paris le compte-rendu ses \u00e9v\u00e9nements d\u2019hier&nbsp;; on confirme que des ouvriers avaient apport\u00e9 hier tous les instruments n\u00e9cessaires pour ouvrir les grilles et forcer les portes de la Pr\u00e9fecture si on y \u00e9tait all\u00e9&nbsp;; ce sera peut-\u00eatre pour une autre fois, et puisque le gouvernement nous donne l\u2019exemple du crochetage des couvents et m\u00eame des maisons particuli\u00e8res, nous serions bien bons de ne pas lui rendre la monnaie de sa pi\u00e8ce&nbsp;! Le soir \u00e0 5h \u00bd, au moment o\u00f9 nous attendions une d\u00e9p\u00eache de Chartres nous annon\u00e7ant l\u2019admissibilit\u00e9 de Philom\u00e8ne, nous en recevons une qui dit que le r\u00e9sultat ne sera connu que demain \u00e0 onze heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, je passe \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 les examens pr\u00e9paratoires&nbsp;; j\u2019obtiens une rouge de droit commercial et une blanche-rouge de droit civil.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-25-134031.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"411\" height=\"345\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-25-134031.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-223\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-25-134031.jpg 411w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Capture-decran-2025-12-25-134031-300x252.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 411px) 100vw, 411px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Compte-rendu des manifestations d&rsquo;Angers le 21 juin 1902 &#8211; <em>La Croix<\/em>, mardi 23 juin 1902 (texte certainement d\u00fb \u00e0 Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch) \u2013 BNF, Gallica<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 23 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin. Pendant le d\u00e9jeuner, nous attendons vainement la d\u00e9p\u00eache tant d\u00e9sir\u00e9e de Chartres&nbsp;; \u00e0 1 heure, nous perdons tout espoir de la recevoir&nbsp;; et, en effet, Maman et Philo arrivent \u00e0 cinq heures&nbsp;: Philo n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 admissible, elle a manqu\u00e9 compl\u00e8tement toute la partie math\u00e9matique, et la partie fran\u00e7aise n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 assez forte pour compenser&nbsp;; c\u2019est bien triste, car Philom\u00e8ne avait travaill\u00e9 beaucoup en vue de cet examen. Il y a trois ans, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, pour le m\u00eame examen, avait \u00e9t\u00e9 admissible dans de tr\u00e8s brillantes conditions (puisqu\u2019elle avait obtenu 42 points au lieu des 30 points qui sont n\u00e9cessaires), mais elle avait \u00e9chou\u00e9 le lendemain pour le dessin&nbsp;; il est vrai qu\u2019elle avait \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement re\u00e7ue en octobre 1900 \u00e0 Mont-de-Marsan, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 ce nouvel examen avec M. T\u00e9tard \u00e0 Biarritz&nbsp;; Papa et Maman ne savent pas encore ce qu\u2019ils vont faire pour Philom\u00e8ne. Je passe \u00e0 la Facult\u00e9 les trois derniers examens pr\u00e9paratoires&nbsp;: j\u2019obtiens une blanche pour la proc\u00e9dure civile, une blanche pour la l\u00e9gislation financi\u00e8re et une blanche-rouge pour le droit international priv\u00e9, soit 2 blanches, 2 blanche-rouges, et une rouge. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019Adoration, puis un moment \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 24 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5h, je vais \u00e0 la gare o\u00f9 je retrouve quelques \u00e9tudiants et anciens \u00e9tudiants de M. Ren\u00e9 Bazin, le nouvel acad\u00e9micien, qui sont venus, comme moi, pour le saluer et le f\u00e9liciter d\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Angers. M. Ren\u00e9 Bazin se montre tr\u00e8s touch\u00e9 de cette attention, et nous dit qu\u2019il continuera \u00e0 habiter Angers. Ensuite, conf\u00e9rence de droit civil. Le soir, nous allons \u00e0 l\u2019Adoration. Le matin, \u00e0 7 heures, p\u00e8lerinage de l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Sainte-Madeleine du Sacr\u00e9-C\u0153ur&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 25 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille tout le temps. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 26 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaire. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial. \u00c0 5h \u00bd, j\u2019apprends la mort de M. Perrin qui s\u2019est produite 2 heures avant&nbsp;; il \u00e9tait malade depuis trois semaines, mais allait beaucoup mieux ainsi que son fils me le disait hier encore&nbsp;; il est mort presque subitement et on n\u2019a pas eu le temps d\u2019aller chercher un pr\u00eatre pour l\u2019administrer. C\u2019est une bien grande perte pour l\u2019Universit\u00e9 et pour le barreau d\u2019Angers&nbsp;! Le soir apr\u00e8s d\u00eener, je vais \u00e0 un petit th\u00e9 de jeunes gens chez Bonnet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 27 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7 heures, je vais \u00e0 la Facult\u00e9 pour le concours entre les \u00e9tudiants&nbsp;; en 3<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e, nous sommes cinq \u00e0 concourir&nbsp;; vingt minutes plus tard, deux \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 partis&nbsp;; enfin, apr\u00e8s avoir beaucoup h\u00e9sit\u00e9, je me d\u00e9cide \u00e0 ne pas faire la composition qui est sur une partie du droit civil que je n\u2019ai pas encore repass\u00e9e, et je m\u2019en vais \u00e0 mon tour. Herv\u00e9-Bazin et Le Prado se disputent seuls la m\u00e9daille. Je vais me faire couper les cheveux. \u00c0 onze heures, je vais prier un moment dans la chambre mortuaire de M. Perrin&nbsp;; je vois Maurice Perrin et Mlle Cl\u00e9mence Perrin \u00e0 qui j\u2019offre mes condol\u00e9ances. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 3h, cours suppl\u00e9mentaire de droit commercial&nbsp;; je travaille tout le reste de la journ\u00e9e. Apr\u00e8s d\u00eener, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 28 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 3h \u00bc du matin (il commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 faire jour), je suis brusquement r\u00e9veill\u00e9 par un coup de clairon et un roulement de tambour presque sous ma fen\u00eatre et par les appels d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s de la sir\u00e8ne de l\u2019usine Bessonneau&nbsp;; je comprends tout de suite qu\u2019il y a le feu \u00e0 cette usine&nbsp;; je bondis \u00e0 la fen\u00eatre et, en effet, j\u2019aper\u00e7ois une vive lueur derri\u00e8re le Palais de Justice&nbsp;; la sir\u00e8ne appelle toujours, et les pompiers accourent ainsi que les ouvriers de l\u2019usine&nbsp;; les gens sont aux fen\u00eatres et regardent, brusquement arrach\u00e9s comme moi des bras de Morph\u00e9e&nbsp;; Papa et Maman, r\u00e9veill\u00e9s eux aussi, viennent au balcon du petit salon. Au bout d\u2019un moment, la lueur a disparu et nous nous remettons au lit. J\u2019apprends le lendemain, par l\u2019oncle Paul qui est all\u00e9 tout de suite sur le lieu du sinistre, que le feu a pris \u00e0 un b\u00e2timent de menuiserie et en a consum\u00e9 une bonne partie (il y a pour une quarantaine de mille francs de d\u00e9g\u00e2ts)&nbsp;; mais gr\u00e2ce aux bouches d\u2019eau et aux lances et tuyaux dispos\u00e9s partout dans l\u2019usine, il a \u00e9t\u00e9 vite enray\u00e9&nbsp;; quoiqu\u2019il en soit, cet incendie a mis toute la ville en \u00e9moi. \u00c0 11h \u00bc, j\u2019assiste \u00e0 Saint-Joseph aux obs\u00e8ques du pauvre M. Perrin&nbsp;; dans le cort\u00e8ge, les professeurs de l\u2019Universit\u00e9 en robe de c\u00e9r\u00e9monie entourent le cercueil&nbsp;; l\u2019ordre des avocats passe en avant. \u00c0 l\u2019\u00e9glise, comble, Mgr Rumeau chante l\u2019absoute. Apr\u00e8s la triste c\u00e9r\u00e9monie, sur le parvis de l\u2019\u00e9glise, M. Gain, b\u00e2tonnier des avocats, et M. Gavouy\u00e8re, prononcent chacun un discours qu\u2019on n\u2019entend pas. Ensuite, le cercueil est mis dans un fourgon et emport\u00e9 \u00e0 Bouchemaine (commune dont M Perrin \u00e9tait maire et o\u00f9 il a des propri\u00e9t\u00e9s)&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il sera inhum\u00e9. Quelle fin si pr\u00e9matur\u00e9e d\u2019une vie si utile \u00e0 l\u2019\u00c9glise et \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9&nbsp;! Pauvre M. Perrin, je ne me doutais pas, quand je l\u2019entendais d\u00e9fendre si \u00e9loquemment la cause de la libert\u00e9 en la personne des R.P. Capucins le 8 mai, que sa fin \u00e9tait si proche. On peut bien dire de lui qu\u2019il est mort sur la br\u00e8che, car la maladie qui l\u2019a emport\u00e9 est due au surmenage que lui avait occasionn\u00e9 la d\u00e9fense des religieux devant les tribunaux&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille toute l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; d\u2019ailleurs la chaleur torride m\u2019emp\u00eacherait de sortir. L\u2019apr\u00e8s-midi, Philom\u00e8ne, un peu fatigu\u00e9e, se couche quelques heures. Vers 6 heures, nous allons souhaiter la f\u00eate \u00e0 l\u2019oncle Paul. Le soir, je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration puis \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 31 juin 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 29 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, concours en droit commercial&nbsp;; le sujet est celui-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;De la fixation de l\u2019\u00e9poque de la cessation des paiements&nbsp;\u00bb&nbsp;; il concerne donc les faillites et la liquidation judiciaire&nbsp;; je le traite assez bien. Je travaille mon examen toute l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 30 juin 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille tout le temps, car le moment de l\u2019examen approche de plus en plus&nbsp;; l\u2019\u00e9crit est fix\u00e9 au 8 juillet&nbsp;; si je suis admissible, je repartirai pour Caen le 19 juillet et je passerai, le 20, la premi\u00e8re partie de l\u2019oral (droit civil et droit commercial) et le 21 la seconde partie de l\u2019oral (proc\u00e9dure civile, droit international priv\u00e9 et l\u00e9gislation financi\u00e8re)&nbsp;; je me pr\u00e9senterai \u00e0 cette seconde partie orale, m\u00eame si je ne suis pas admissible, tandis que je n\u2019aurais pas le droit de me pr\u00e9senter, dans ce cas, au premier oral parce qu\u2019il porte sur les m\u00eames mati\u00e8res que l\u2019\u00e9preuve \u00e9crite. C\u2019est donc mardi prochain 7 juillet que je partirai pour Caen.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juillet 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 juillet 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 1er juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de droit civil et dernier cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 3h \u00bd, cours suppl\u00e9mentaire de droit commercial&nbsp;; \u00e0 5h, conf\u00e9rence de droit civil. Mes journ\u00e9es tous ces jours-ci sont des plus monotones&nbsp;: je me l\u00e8ve presque tous les jours \u00e0 5h et je travaille jusqu\u2019au moment de partir pour la Facult\u00e9&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, sauf les heures o\u00f9 je dois aller encore \u00e0 la Facult\u00e9, ce qui n\u2019arrive pas tous les jours, je travaille de 2h \u00e0 7h en ne m\u2019interrompant qu\u2019un moment vers 4h \u00bd pour aller prendre un peu l\u2019air. C\u2019est un r\u00e9gime terrible surtout par la chaleur de 30\u00b0 et au-dessus qui r\u00e8gne depuis quelques jours. Heureusement que c\u2019est la fin&nbsp;! La pauvre Philo prend une grave d\u00e9cision&nbsp;: comme elle veut absolument se repr\u00e9senter en octobre pour son brevet (Papa, Mama, Bonne Maman l\u2019engageaient \u00e0 attendre au mois de juin prochain), elle se d\u00e9cide \u00e0 passer ses vacances \u00e0 Angers sous la garde de la femme de chambre et sous la surveillance de Tante Josepha qui ne quittera Angers que pendant une semaine&nbsp;; elle suivra le cours de la Pension des Ursules (cours pr\u00e9paratoire au brevet \u00e9l\u00e9mentaire) qui continue pendant les vacances et elle se repr\u00e9sentera en octobre. C\u2019est une d\u00e9cision bien courageuse de sa part&nbsp;; Papa et Maman, tout en l\u2019engageant vivement \u00e0 attendre \u00e0 l\u2019ann\u00e9e prochaine et \u00e0 jouir de ses vacances, ne veulent pas user d\u2019autorit\u00e9 et la laissent libre. Le soir, nous d\u00eenons chez les Magu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 2 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille tout le temps. Le soir apr\u00e8s d\u00eener, j\u2019assiste \u00e0 une conf\u00e9rence extraordinaire de la Conf\u00e9rence Saint-Louis en l\u2019honneur de notre directeur M. Ren\u00e9 Bazin pour f\u00eater son \u00e9lection \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie&nbsp;; notre pr\u00e9sident, Couteau, lui d\u00e9bite, en notre nom, un joli petit discours, puis le P. des Cars lui lit une pi\u00e8ce de vers faite par le P. de La Porte, ancien membre de la Conf\u00e9rence&nbsp;; enfin, M. Bazin nous remercie en quelques mots tr\u00e8s aimables&nbsp;; ensuite, on fait passer du champagne et M. Ren\u00e9 Bazin trinque avec chacun de nous. En m\u2019en retournant avec Maurice Lucas, nous collons tous deux sur beaucoup de murs de petites affiches contre le gouvernement, dont j\u2019ai retrouv\u00e9 une ample provision dans un placard de la maison, les unes portent ces mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;VIVE la France&nbsp;; VIVE le duc d\u2019Orl\u00e9ans&nbsp;\u00bb&nbsp;; d\u2019autres \u00ab&nbsp;C\u2019est Gamelle qu\u2019il nous faut&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;VIVE l\u2019arm\u00e9e&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;\u00c0 bas les Juifs&nbsp;\u00bb, etc. Nous t\u00e2chons de ne pas nous faire surprendre par la police.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 3 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours le matin \u00e0 7h \u00bc, parce que tous les professeurs vont \u00e0 Bouchemaine assister au service de huitaine pour M. Perrin&nbsp;; pendant ce temps, je travaille ferme. Le soir \u00e0 1h \u00be, derni\u00e8re conf\u00e9rence de droit commercial. \u00c0 7h, je vais d\u00eener chez Mme Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; j\u2019y suis seul avec Tony Catta. Maman et Philom\u00e8ne vont, avec les Magu\u00e9, assister au lancement d\u2019un pont de bateaux sur la Mayenne par le g\u00e9nie \u00e0 la lueur des torches&nbsp;; elles sont de retour \u00e0 11h14.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 4 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours le matin&nbsp;; je travaille tout le reste de la journ\u00e9e. Le soir \u00e0 7h, nous avons \u00e0 d\u00eener les Magu\u00e9 et Pierre de Lauri\u00e8re. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 5 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Je travaille le reste de la matin\u00e9e&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire mon p\u00e8lerinage \u00e0 la chapelle de Notre-Dame du Bon Conseil, en vue de mon examen&nbsp;; puis au salut \u00e0 l\u2019Adoration. Le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 juillet 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 6 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille dans ma chambre de 4h \u00bd \u00e0 7h \u00bd&nbsp;; ensuite, je vais \u00e0 la Facult\u00e9 o\u00f9 j\u2019apprends deux nouvelles, l\u2019une heureuse, l\u2019autre tr\u00e8s malheureuse&nbsp;; la premi\u00e8re est le succ\u00e8s que J. Herv\u00e9-Bazin vient de remporter au concours g\u00e9n\u00e9ral des Facult\u00e9s&nbsp;; il a obtenu le premier prix (c\u2019est la composition du 19 juin), nous nous en r\u00e9jouissons bien sinc\u00e8rement. La seconde nouvelle est celle de l\u2019agonie du pape L\u00e9on XIII. Cette nouvelle arrive comme un coup de foudre, on avait bien dit, depuis quelques jours, que le pape \u00e9tait fatigu\u00e9, mais on l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 tant de fois dit sans que cela f\u00fbt vrai qu\u2019on n\u2019y avait pas fait attention cette fois-ci&nbsp;; le pape a re\u00e7u hier soir les derniers sacrements et on s\u2019attend, d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre, \u00e0 recevoir la nouvelle de sa mort, car \u00e0 son \u00e2ge (93 ans et 3 mois), une affection des poumons (c\u2019est sa maladie) ne pardonne pas&nbsp;; il faudrait un vrai miracle pour le gu\u00e9rir. L\u00e9on XIII avait gard\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, une si bonne sant\u00e9, malgr\u00e9 son grand \u00e2ge, qu\u2019on avait fini par se figurer qu\u2019il d\u00e9passerait la centaine&nbsp;; aussi, la nouvelle de sa mort imminente produit-elle de la stupeur. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille jusqu\u2019\u00e0 4h \u00bd, puis je vais \u00e0 bicyclette au g\u00e9nie payer, chez le ma\u00eetre-sellier, la r\u00e9paration de ma selle&nbsp;; en passant, je vois au Cr\u00e9dit Lyonnais une d\u00e9p\u00eache de Rome d\u00e9mentant le bruit de la mort de L\u00e9on XIII qui avait couru ce matin vers 10 heures&nbsp;; le bulletin de sant\u00e9 de ce matin portait que l\u2019\u00e9tat du Saint-P\u00e8re \u00e9tait stationnaire, et qu\u2019il s\u2019est fait porter ce matin \u00e0 la messe \u00e0 Saint-Pierre&nbsp;; la m\u00eame d\u00e9p\u00eache d\u00e9ment l\u2019agonie du pape, mais confirme que son \u00e9tat est grave&nbsp;; \u00e0 son \u00e2ge, on peut tout craindre. Le Bon-Dieu peut-\u00eatre voudra-t-il donner encore quelques ann\u00e9es de vie \u00e0 son vicaire&nbsp;? Les Catholiques du monde entier l\u2019en supplient. Le soir, nous nous promenons un moment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, mardi 7 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 5h&nbsp;; je travaille jusque vers 9h \u00bd&nbsp;; \u00e0 10h25, je prends le rapide de Paris&nbsp;; nous sommes plusieurs \u00e9tudiants \u00e0 voyager ensemble (Coutansais, Herv\u00e9-Bazin, Bonnet, Roques, etc.)&nbsp;; nous arrivons \u00e0 Caen \u00e0 5 heures, nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Place royale&nbsp;; le soir, nous nous promenons un peu. Les nouvelles de la sant\u00e9 du pape ne laissent plus aucun espoir. Apr\u00e8s les nouvelles d\u2019hier soir et de cette nuit que nous avions lues ce matin, nous nous attendions \u00e0 apprendre la mort de L\u00e9on XIII \u00e0 notre arriv\u00e9e \u00e0 Caen, les d\u00e9p\u00eaches de l\u2019apr\u00e8s-midi disent que le Saint-P\u00e8re s\u2019affaiblit de plus en plus, mais il conserve toute sa lucidit\u00e9, hier matin, il s\u2019est fait lever en disant qu\u2019il voulait mourir debout, et il a \u00e9crit une pi\u00e8ce de vers latins qui sont ses adieux au monde chr\u00e9tien&nbsp;; pour un agonisant, c\u2019est vraiment remarquable&nbsp;; il a ordonn\u00e9 de la faire imm\u00e9diatement imprimer. Le pape a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamonti\u00e9 hier&nbsp;; la derni\u00e8re d\u00e9p\u00eache dit que l\u2019agonie a commenc\u00e9&nbsp;; mais est-ce bien s\u00fbr&nbsp;? On le disait aussi hier matin. Ce qui est certain c\u2019est que le pape meurt de vieillesse comme une lampe qui n\u2019a plus d\u2019huile&nbsp;; mais il oppose \u00e0 la mort une merveilleuse r\u00e9sistance. Le voyage de Loubet \u00e0 Londres est bien oubli\u00e9 au milieu des soucis que causent les nouvelles de Rome&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 9 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019ai pass\u00e9 la nuit en chemin de fer. Hier matin \u00e0 Caen, je vais \u00e0 la messe de 6 heures \u00e0 Saint-Pierre, j\u2019y fais la sainte communion. \u00c0 8h, \u00e0 la Facult\u00e9, composition de droit civil&nbsp;; nous sommes 72 \u00e0 composer, dont 15 de la Facult\u00e9 d\u2019Angers&nbsp;; les deux sujets sont les suivants&nbsp;: \u00ab&nbsp;De l\u2019effet d\u00e9claratif du partage&nbsp;\u00bb, et \u00ab&nbsp;Pouvoir du mari sur les propres de sa femme&nbsp;sous le r\u00e9gime de la communaut\u00e9 et sous le r\u00e9gime dotal&nbsp;\u00bb. Je prends le second, qui est, du reste, choisi par la plupart des candidats&nbsp;; je l\u2019ai bien trait\u00e9. \u00c0 2h, composition de droit commercial&nbsp;; voici les sujets&nbsp;: \u00ab&nbsp;Influence de la faillite sur les inscriptions d\u2019hypoth\u00e8ques&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;Notions g\u00e9n\u00e9rales sur la publicit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s de commerce&nbsp;\u00bb&nbsp;; ce dernier est le plus trait\u00e9&nbsp;; je choisis le premier. Jusqu\u2019\u00e0 mon arriv\u00e9 \u00e0 Angers, je croyais aussi l\u2019avoir bien trait\u00e9, mais en v\u00e9rifiant sur mon livre, je me suis aper\u00e7u d\u2019une erreur&nbsp;; j\u2019esp\u00e8re que l\u2019autre devoir, qui, lui, est tr\u00e8s bien, fera passer celui-ci. J\u2019ai peut-\u00eatre eu tort de ne pas faire ce que faisaient tous les \u00e9tudiants de Caen, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019apporter les manuels n\u00e9cessaires pour y pr\u00e9ciser, \u00e0 l\u2019insu (peut-\u00eatre voulu) du surveillant, les renseignements n\u00e9cessaires, j\u2019aurais mieux fait de les imiter. Enfin, jusqu\u2019\u00e0 vendredi soir, me voil\u00e0 un peu inquiet. Nous repartons de Caen par le train de 10h22 du soir et arrivons ici ce matin \u00e0 4 heures, je me suis couch\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 mi-onze heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, je commence \u00e0 travailler ma proc\u00e9dure en vue de l\u2019examen oral. Je vais voir aussi Madame Mailfert qui connait beaucoup la femme du doyen de la Facult\u00e9 de droit de Caen, Madame Villey, pour la prier de me recommander \u00e0 son mari&nbsp;; Madame Mailfert est tr\u00e8s aimable et me promet d\u2019\u00e9crire&nbsp;; je ne sais pas si sa lettre arrivera assez t\u00f4t pour exercer une influence sur le r\u00e9sultat de l\u2019\u00e9crit, car la liste des admissibles sera affich\u00e9e demain \u00e0 Caen&nbsp;; \u00e0 vrai dire, je ne crois pas avoir besoin de cette recommandation car mon devoir de droit civil compensera certainement la faiblesse de l\u2019autre, mais je me dis que deux s\u00fbret\u00e9s valent mieux qu\u2019une. Le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 10 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h \u00be, conf\u00e9rence de droit commercial. Vers 4h \u00bd, je reviens \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pour y attendre la d\u00e9p\u00eache de Caen nommant les admissibles, elle arrive vers 5 heures, nous sommes tous admissibles sauf un dispens\u00e9 de cours de Nantes&nbsp;; Dieu en soit lou\u00e9&nbsp;! Voil\u00e0, pour toutes les vacances, une pr\u00e9occupation de moins. \u00c0 5h, conf\u00e9rence de droit civil. Le soir, nous allons nous promener du c\u00f4t\u00e9 de la Ma\u00eetre-\u00e9cole. Les nouvelles de Rome sont un jour satisfaisantes, le lendemain plus mauvaises&nbsp;; il en est ainsi depuis le d\u00e9but de la maladie. Mardi, une ponction que l\u2019on a fait \u00e0 L\u00e9on XIII l\u2019a beaucoup soulag\u00e9, on lui a enlev\u00e9 800 grammes de liquide pleur\u00e9tique&nbsp;; on s\u2019attendait \u00e0 une am\u00e9lioration sensible apr\u00e8s cette op\u00e9ration qu\u2019il avait admirablement support\u00e9e malgr\u00e9 une extr\u00eame faiblesse&nbsp;; le lendemain, il \u00e9tait plus affaiss\u00e9, et, hier, il a fallu faire une nouvelle ponction qui a donn\u00e9 1100 grammes de liquide&nbsp;; l\u2019h\u00e9patisation des poumons n\u2019augmente pas&nbsp;; mais les m\u00e9decins craignent que L\u00e9on XIII, malgr\u00e9 son indomptable \u00e9nergie, ne soit vaincu par la faiblesse. La lucidit\u00e9 de l\u2019auguste vieillard est merveilleuse&nbsp;; si l\u2019on en croit les journaux, il pr\u00e9side au gouvernement de l\u2019\u00c9glise et entre jusque dans les plus petits d\u00e9tails, comme si de rien n\u2019\u00e9tait&nbsp;; c\u2019est ainsi qu\u2019il a recommand\u00e9 \u00e0 son secr\u00e9taire de faire porter chez ses petits-neveux un piano qu\u2019il leur avait promis et dont il ne veut pas que sa mort les prive. Depuis pr\u00e8s d\u2019une semaine, les yeux du monde entier sont tourn\u00e9s vers la Ville \u00e9ternelle et on suit avec une intense \u00e9motion les phases de cette lutte entre la mort et le pape&nbsp;; la mort semble reculer devant l\u2019\u00e9nergie de cet illustre vieillard de plus de 93 ans&nbsp;! Les journaux consacrent pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de leurs colonnes aux nouvelles du pape, et, dans les agences de publicit\u00e9, on remarque bien plus de monde que de coutume, tant est grand l\u2019int\u00e9r\u00eat que tous prennent \u00e0 cette pr\u00e9cieuse sant\u00e9&nbsp;! Par le courrier du soir, nous recevons de Bonne maman une lettre d\u00e9sol\u00e9e o\u00f9 elle se lamente sur mon \u00e9chec&nbsp;; elle me croit recal\u00e9&nbsp;! C\u2019est que nous avons oubli\u00e9 de lui dire que nous ne conna\u00eetrions le r\u00e9sultat de l\u2019examen que ce soir, et elle s\u2019attendait \u00e0 recevoir un t\u00e9l\u00e9gramme de Caen d\u00e8s mercredi&nbsp;! Pauvre Bonne Maman, quelle bonne surprise elle a d\u00fb \u00e9prouver ce soir quand elle a re\u00e7u notre d\u00e9p\u00eache&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 11 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chaleur torride aujourd\u2019hui&nbsp;; le matin, M. Buston nous fait encore cours, Herv\u00e9-Bazin et moi seuls y assistons&nbsp;; le soir, M. Jac nous fait sa derni\u00e8re conf\u00e9rence de droit civil&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 12 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait encore plus chaud qu\u2019hier, il y a au moins 35\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre&nbsp;; et, par cette temp\u00e9rature, je dois travailler presque toute la journ\u00e9e&nbsp;; je ne m\u2019interromps de mon travail le matin que pour aller \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, que pour aller au salut \u00e0 l\u2019Adoration. Le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 juillet 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 13 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s toute la journ\u00e9e&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la chapelle de la route de Paris recommander mon examen oral \u00e0 Notre-Dame du Bon Conseil. Le soir \u00e0 7h, l\u2019oncle Paul nous fait dire qu\u2019il vient d\u2019apprendre par une lettre du g\u00e9n\u00e9ral Halter sa nomination \u00e0 la dignit\u00e9 d\u2019officier de la L\u00e9gion d\u2019honneur&nbsp;; sa nomination n\u2019avait cependant pas paru ce matin \u00e0 <em>L\u2019Officiel<\/em>. Apr\u00e8s d\u00eener, je vois passer la retraite aux flambeaux et en musique en l\u2019honneur de la f\u00eate de la r\u00e9volution qu\u2019on c\u00e9l\u00e8bre demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 14 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous recevons quelques personnes qui viennent profiter de notre balcon et de nos fen\u00eatres pour assister \u00e0 la revue. Apr\u00e8s la revue, et avant le d\u00e9fil\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral Halter remet les nouvelles d\u00e9corations&nbsp;; il commence par celle de l\u2019oncle Paul&nbsp;; la revue n\u2019est pas tr\u00e8s belle car le 135<sup>e<\/sup> d\u2019infanterie est rest\u00e9 au camp de Ruchard o\u00f9 il est depuis trois semaines. La revue militaire, c\u2019est le seul plaisir que nous prenions \u00e0 la journ\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui parce que c\u2019est la seule chose nationale, tout le reste c\u2019est la r\u00e9volution. Ah, quand aurons-nous une f\u00eate vraiment nationale en l\u2019honneur de laquelle on puisse se r\u00e9jouir et pavoiser sans avoir l\u2019air d\u2019\u00eatre les complices de la r\u00e9volution, la f\u00eate de Jeanne d\u2019Arc par exemple&nbsp;! Je l\u2019appelle de tous mes v\u0153ux ce jour&nbsp;; il est vrai qu\u2019il ne para\u00eet pas prochain&nbsp;! Tr\u00e8s mauvaises nouvelles du pape ce matin, on t\u00e9l\u00e9graphie de Rome qu\u2019il est \u00e0 toute extr\u00e9mit\u00e9, il faut s\u2019attendre \u00e0 apprendre sa mort d\u2019un moment \u00e0 l\u2019autre&nbsp;; cette nouvelle est d\u2019autant plus p\u00e9nible que, depuis trois jours, on renaissait \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance, un peut trop vite peut-\u00eatre. Le soir, avec l\u2019oncle Paul et Tante Josepha, j\u2019assiste au feu d\u2019artifice du sommet de la tour la plus \u00e9lev\u00e9e du ch\u00e2teau&nbsp;; on domine de l\u00e0 toute la ville. Je rentre vers 11 heures, enchant\u00e9 de voir finie cette journ\u00e9e du 14 juillet qui soul\u00e8ve beaucoup de poussi\u00e8re, de bruit, mais excite fort peu d\u2019enthousiasme&nbsp;; cette ann\u00e9e-ci, on s\u2019est particuli\u00e8rement abstenu de pavoiser&nbsp;; en-dehors des \u00e9difices publics, qui sont assez pi\u00e8trement illumin\u00e9s, les fonctionnaires (pas tous) ont arbor\u00e9 un drapeau&nbsp;; quant au commerce, il s\u2019est abstenu&nbsp;; on pourrait compter les magasins ou les caf\u00e9s qui ont pavois\u00e9&nbsp;; on voit bien par-l\u00e0 combien m\u00e9rite peu d\u2019\u00eatre appel\u00e9 \u00ab&nbsp;f\u00eate nationale&nbsp;\u00bb l\u2019anniversaire de la prise de la Bastille&nbsp;; c\u2019est, en effet, le souvenir du triomphe d\u2019un parti, et par cons\u00e9quent de l\u2019\u00e9crasement d\u2019un autre&nbsp;; pour une partie de la nation, c\u2019est un jour de deuil, c\u2019est donc le contraire d\u2019une f\u00eate nationale. On devrait choisir comme f\u00eate nationale un anniversaire qui r\u00e9unisse l\u2019unanimit\u00e9 de la nation dans un m\u00eame sentiment de joie, de fiert\u00e9 nationale&nbsp;; par exemple, celui d\u2019une grande victoire sur l\u2019\u00e9tranger (Tolbiac, ou Bouvines, ou la d\u00e9livrance d\u2019Orl\u00e9ans, ou Denain ou Austerlitz), alors toute la nation pourrait se r\u00e9jouir et pavoiser&nbsp;; mais d\u00e9corer du beau nom de f\u00eate nationale l\u2019anniversaire de la victoire d\u2019un parti, c\u2019est un non-sens, une contradiction dans tous les termes&nbsp;! C\u2019est une provocation \u00e0 une partie de la nation&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 16 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier, je travaille toute la journ\u00e9e. \u00c0 9h du soir, au moment o\u00f9 nous \u00e9tions en train, les Magu\u00e9 et nous, de nous ingurgiter des glaces en l\u2019honneur de la f\u00eate de Papa, le tailleur Charron vient nous pr\u00e9venir que les P\u00e8res Capucins, s\u2019attendant \u00e0 \u00eatre expuls\u00e9s demain matin au petit jour, demandent leurs amis. Aussit\u00f4t, je pars avec Papa&nbsp;; Papa m\u2019y laisse et j\u2019y ai pass\u00e9 la nuit&nbsp;; jusqu\u2019\u00e0 3 heures du matin, nous \u00e9tions une quinzaine d\u2019hommes seulement, mais nous avons fait de la bonne besogne. P\u00e9n\u00e9trant dans la chapelle par une porte secr\u00e8te (que la police n\u2019a jamais r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9couvrir) et, par cons\u00e9quent, sans briser les scell\u00e9s qui sont appos\u00e9s depuis trois semaines, nous retirons de nombreux rangs de chaises qui s\u2019y trouvent, et nous les disposons dans le couloir qui suit la porte d\u2019entr\u00e9e, pr\u00eats \u00e0 barricader ce couloir (la porte sera ferm\u00e9e par une \u00e9paisse barre de fer) d\u00e8s que la force arm\u00e9e arrivera&nbsp;; recueillant tout ce que nous trouvons dans les greniers, dans les caves, dans le jardin, nous barricadons solidement la porte de la chapelle (\u00e0 laquelle la police croit que nous ne pouvons pas parvenir \u00e0 cause des scell\u00e9s&nbsp;!), nous barricadons aussi, au moyen de madriers et d\u2019arcs-boutants, une autre porte du couvent, et derri\u00e8re, une 4<sup>\u00e8me<\/sup> porte donnant sur le jardin, nous entassons une dizaine de grosses caisses de terre plant\u00e9es de lauriers (cela fait un poids formidable)&nbsp;; nous clouons les contrevents de toutes les fen\u00eatres&nbsp;; dans les deux escaliers qui conduisent aux cellules, nous accumulons les meubles (nous les empilons les uns sur les autres), nous mettons des matelas, le tout li\u00e9 \u00e0 la rampe par des fils de fer, afin que la police, apr\u00e8s avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans le rez-de-chauss\u00e9e, \u00e9prouve les plus grandes difficult\u00e9s \u00e0 arriver jusqu\u2019aux cellules dans lesquelles nous nous barricaderons avec les p\u00e8res, pour la forcer \u00e0 nous en arracher un \u00e0 un, afin de rendre cette ex\u00e9cution aussi odieuse que possible&nbsp;; pendant ce temps, la cloche du couvent sonnera \u00e0 toute vol\u00e9e pour ameuter le quartier&nbsp;; 3 p\u00e8res s\u2019enfermeront dans la chapelle dans laquelle on n&rsquo;aura pas l\u2019id\u00e9e de les chercher, en sorte que l\u2019expulsion sera \u00e0 recommencer. Nous ne nous faisons pas d\u2019illusions sur le r\u00e9sultat final, nous savons tr\u00e8s bien que les P\u00e8res, malgr\u00e9 nos efforts, seront expuls\u00e9s, mais nous voulons donner aux agents de Combes autant de fil \u00e0 retordre que possible, afin de soulever la population contre eux&nbsp;; c\u2019est le seul r\u00e9sultat que l\u2019on puisse esp\u00e9rer atteindre dans les tristes circonstances actuelles. \u00c0 partir de 3h \u00bd, les amis des p\u00e8res arrivent de plus en plus nombreux&nbsp;; vers 4 heures, nous sommes une cinquantaine&nbsp;; c\u2019est plus qu\u2019il n\u2019en faut pour bien r\u00e9sister&nbsp;; mais 4 heures, 4h \u00bd, 5 heures, 6 heures arrivent\u2026 et la police ne se montre pas&nbsp;; ce ne sera pas pour aujourd\u2019hui&nbsp;; en entendant les coups de marteau et tout le bruit de cette nuit, les agents de Combes qui stationnaient sur la place Saint-Laud ont compris que nous organisions la r\u00e9sistance, et ils ont recul\u00e9&nbsp;; premier r\u00e9sultat d\u2019une organisation courageuse&nbsp;! Ce sera sans doute pour une des prochaines nuits&nbsp;; mais, \u00e0 cause de mon examen, je ne pourrai malheureusement pas continuer \u00e0 passer des nuits comme celle-ci. Mais j\u2019ai charg\u00e9 quelqu\u2019un de venir m\u2019avertir d\u00e8s que la police se pr\u00e9sentera et j\u2019entrerai dans le couvent par une maison voisine dont le propri\u00e9taire s\u2019est entendu avec les P\u00e8res pour livrer passage \u00e0 leurs amis&nbsp;; apr\u00e8s tout le mal que je me suis donn\u00e9 pour organiser la d\u00e9fense, je veux assister les P\u00e8res au moment de l\u2019expulsion. Pourvu qu\u2019elle n\u2019ait pas lieu apr\u00e8s mon d\u00e9part&nbsp;! Je rentre \u00e0 la maison vers 7 heures, je vais \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de la f\u00eate du Mont-Carmel, je dors pendant une petite heure, puis je me remets au travail, pour l\u2019examen. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je reviens un moment chez les P\u00e8res, rien de nouveau. Nous arr\u00eatons notre plan de voyage&nbsp;: je pars samedi avec Papa pour Caen&nbsp;; apr\u00e8s mes deux examens, mercredi nous partons pour Paris o\u00f9 nous passerons 2 ou 3 jours, et nous en repartirons pour commencer une tourn\u00e9e dans l\u2019Est&nbsp;: notre principal arr\u00eat sera \u00e0 Verdun chez l\u2019oncle Xavier&nbsp;; nous comptons m\u00eame aller \u00e0 Metz, et peut-\u00eatre \u00e0 Strasbourg. Nous rentrerons \u00e0 Angers vers le 5 ao\u00fbt&nbsp;; apr\u00e8s deux ou 3 jours de repos et de pr\u00e9paratifs, j\u2019irai rejoindre Maman \u00e0 Sainte-Croix chez Marie-Th\u00e9r\u00e8se o\u00f9 elle sera install\u00e9e depuis une quinzaine d\u00e9j\u00e0. Nous irons ensemble au p\u00e8lerinage national \u00e0 Lourdes vers le 20 ao\u00fbt, et nous arriverons en Roussillon vers le 25 ao\u00fbt&nbsp;; nous y resterons jusqu\u2019en octobre, partageant notre temps entre Ille et Vin\u00e7a&nbsp;; enfin, nous irons peut-\u00eatre finir nos vacances \u00e0 Biarritz o\u00f9 Maman prendrait les bains salins de Briscous. Voil\u00e0 notre plan de vacances, Dieu veuille qu\u2019il se r\u00e9alis\u00e9 sans accrocs. \u00c0 5h le soir, je vais chez les Capucins&nbsp;: rien de nouveau&nbsp;; j\u2019y retournerai demain matin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 17 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 5h \u00bd, je vais chez les Capucins&nbsp;; quelques messieurs y ont pass\u00e9 la nuit en pr\u00e9vision d\u2019une attaque&nbsp;; j\u2019y reste un moment, puis voyant qu\u2019elle n\u2019est pas \u00e0 craindre pour aujourd\u2019hui, je me retire. Je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s toute la journ\u00e9e&nbsp;; je m\u2019interromps seulement dans l\u2019apr\u00e8s-midi pour aller me faire couper les cheveux. Je me d\u00e9cide \u00e0 ne partir que dimanche, cela me fera gagner un peu de temps pour travailler.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 18 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je ne retourne pas chez les Capucins, car je suis s\u00fbr d\u2019\u00eatre averti d\u00e8s que la police arrivera devant le couvent, \u00e0 quelque heure que ce soit. Je travaille toute la matin\u00e9e, et je ne m\u2019interromps, l\u2019apr\u00e8s-midi, que pour aller me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le pape est toujours \u00e0 la mort, mais il ne meurt pas&nbsp;; malgr\u00e9 son extr\u00eame faiblesse, sa lucidit\u00e9 d\u2019esprit est parfaite, et, \u00e0 force de soins, ses m\u00e9decins esp\u00e8rent lui assurer encore quelques jours de vie. On fait au Vatican de grands pr\u00e9paratifs en vue du conclave&nbsp;; quant au cardinal qui remplacera L\u00e9on XIII, il est bien difficile de le d\u00e9signer&nbsp;; on parle du cardinal Gotti (je le d\u00e9sire, car il est tr\u00e8s ferme), du cardinal Vannutelli, et aussi (mais \u00e0 tort) du cardinal Rampolla&nbsp;; quelques-uns pensent aussi au vieux cardinal di Oreglia&nbsp;; le Saint-Si\u00e8ge d\u00e9cidera.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, dimanche 19 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; je quitte Angers par le train de 10h22&nbsp;; je voyage avec plusieurs \u00e9tudiants, et j\u2019arrive \u00e0 Caen \u00e0 5h. je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Maderne, n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 satisfait, il y a quinze jours, de l\u2019H\u00f4tel de la Place royale. Je vais d\u00e9poser ma carte chez les professeurs qui m\u2019interrogeront demain&nbsp;: MM. Danjou, Guillouard et Astoul&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, je travaille un moment avec Herv\u00e9-Bazin et Delahaye, qui sont \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Place royale, et je me couche.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 26 juillet 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, lundi 20 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 5 heures, et je vais \u00e0 la messe de 6h \u00e0 Saint-Pierre o\u00f9 je fais la sainte communion. \u00c0 8 heures, je vais \u00e0 la Facult\u00e9&nbsp;; dans mon bureau, nous ne sommes que trois&nbsp;: un nomm\u00e9 Adde, Herv\u00e9-Bazin et moi. M. Danjou m\u2019interroge sur le droit commercial&nbsp;; je d\u00e9bute fort mal dans mon examen&nbsp;; en droit commercial, je me trouble, et je ne sais rien r\u00e9pondre de bien&nbsp;; je me rel\u00e8ve fort heureusement, pour les deux questions de droit civil&nbsp;; la premi\u00e8re m\u2019est pos\u00e9e par M. Guillouard&nbsp;: \u00ab&nbsp;Du rapport&nbsp;; quand doit-il \u00eatre fait en nature&nbsp;; quand en moins-prenant&nbsp;\u00bb&nbsp;; la seconde, de M. Astoul, est celle-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;Est-il n\u00e9cessaire, en communaut\u00e9 l\u00e9gale, pour qu\u2019un immeuble soit propre \u00e0 un \u00e9poux, qu\u2019il l\u2019ait eu en propri\u00e9t\u00e9 avant le mariage&nbsp;?&nbsp;\u00bb. Je r\u00e9ponds fort bien \u00e0 ces deux questions. \u00c0 la proclamation, j\u2019ai&nbsp;: une rouge, une blanche et une rouge-noire&nbsp;; cette derni\u00e8re est, \u00e9videmment, pour le droit commercial, je m\u2019y attendais&nbsp;; quant au droit civil, je pensais avoir deux blanches-rouges ou une blanche et une blanche-rouge&nbsp;; sans doute, pour me donner une blanche, ils ont abaiss\u00e9 d\u2019un cran l\u2019une des deux notes, et \u00e9lev\u00e9 l\u2019autre d\u2019autant. Je suis re\u00e7u, c\u2019est l\u2019essentiel (nous le sommes tous en 3<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e d\u2019ailleurs), mais je regrette d\u2019avoir s\u00e9ch\u00e9 en droit commercial, car c\u2019\u00e9tait certainement de tout l\u2019examen la partie que j\u2019avais le plus travaill\u00e9e. On donne aujourd\u2019hui de tr\u00e8s mauvaises nouvelles du papa&nbsp;; il para\u00eet \u00eatre au bout de sa longue r\u00e9sistance. \u00c0 5h, Papa arrive, il est parti ce matin d\u2019Angers&nbsp;; moi, je travaille toute l\u2019apr\u00e8s-midi mon examen de demain. Le soir au moment o\u00f9 nous sortons de table, nous trouvons tous les \u00e9tudiants d\u2019Angers qui nous attendent \u00e0 la porte de l\u2019h\u00f4tel et qui nous invitent Papa et moi \u00e0 d\u00e9jeuner demain \u00e0 leur h\u00f4tel&nbsp;; Papa, \u00e0 cause de son excursion demain \u00e0 Trouville et au Havre, ne peut pas accepter, mais j\u2019accepte.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, mardi 21 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 5 heures, et la premi\u00e8re chose que j\u2019apprends en descendant de ma chambre, c\u2019est la mort du pape survenue hier soir \u00e0 4h04&nbsp;; il para\u00eet que la nouvelle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9pandue d\u00e8s hier soir&nbsp;; c\u2019est une bien grande figure qui dispara\u00eet&nbsp;! Certes, ce n\u2019est pas le moment de porter un jugement sur L\u00e9on XIII&nbsp;; mais ce qu\u2019on peut dire c\u2019est que, quelque opinion que l\u2019on ait sur sa politique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de notre gouvernement pers\u00e9cuteur, il a toujours voulu le bien&nbsp;; son attitude conciliatrice lui a r\u00e9ussi dans bien des cas&nbsp;; dans d\u2019autres, elle a \u00e9chou\u00e9, en France par exemple&nbsp;; mais aucun pape n\u2019avait port\u00e9 plus haut le prestige de la papaut\u00e9 en des temps aussi difficiles&nbsp;! Je vais \u00e0 la messe de 6 heures o\u00f9 je fais la sainte communion&nbsp;; Papa part \u00e0 8h pour Trouville et Le Havre. Je passe la derni\u00e8re partie de mon examen, de 8h \u00e0 10 heures. M. Alix m\u2019interroge en l\u00e9gislation financi\u00e8re sur \u00ab&nbsp;Les cr\u00e9dits additionnels&nbsp;\u00bb, je lui r\u00e9ponds bien. M. Cabouat, en droit international priv\u00e9, m\u2019interroge sur les \u00ab&nbsp;Annexions de territoire et leurs effets sur les habitants, domicili\u00e9s et originaires du pays annex\u00e9&nbsp;\u00bb&nbsp;; je lui r\u00e9ponds tr\u00e8s bien&nbsp;; enfin M. Biville m\u2019interroge, en proc\u00e9dure civile, sur \u00ab&nbsp;La proc\u00e9dure des r\u00e9f\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u00bb, chose sp\u00e9ciale qui n\u2019est pas dans le cours de M. Courtois, aussi je r\u00e9ponds tant bien que mal. \u00c0 la proclamation, nous sommes tous re\u00e7us comme hier (Roussier qui passe aujourd\u2019hui se premi\u00e8re partie est re\u00e7u aussi), j\u2019ai une blanche, une blanche-rouge et une rouge&nbsp;; la premi\u00e8re est \u00e9videmment pour le droit international, la seconde pour la l\u00e9gislation financi\u00e8re et la 3<sup>\u00e8me<\/sup> pour la proc\u00e9dure. Mon examen est r\u00e9ellement bon aujourd\u2019hui. Pour l\u2019ensemble des 6 notes, j\u2019ai donc&nbsp;: deux blanches&nbsp;; une blanche-rouge&nbsp;; deux rouges&nbsp;; une rouge-noire&nbsp;; chose bizarre, c\u2019est pour la partie que j\u2019avais le plus travaill\u00e9e, le droit commercial, que j\u2019ai le plus mal r\u00e9pondu, et c\u2019est pour la partie que j\u2019avais le plus n\u00e9glig\u00e9e, le droit international, que j\u2019ai fait la meilleure r\u00e9ponse&nbsp;! Du reste, ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que cela m\u2019arrive. Me voil\u00e0 donc licenci\u00e9 en droit, et en vacances, double plaisir&nbsp;; je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Maman, Bonne Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais accompagner plusieurs de mes camarades d\u2019Angers qui repartent \u00e0 11h40, puis je vais \u00e9couter passer des examens de seconde ann\u00e9e \u00e0 la Facult\u00e9, pour passer mon temps. Ensuite, j\u2019\u00e9cris mon journal et plusieurs lettres. Je lis les journaux qui sont remplis des nouvelles de Rome et d\u2019articles sur L\u00e9on XIII&nbsp;; ils ne donnent presque aucune nouvelle en-dehors de cela. La <em>Libre Parole<\/em> publie en 3 pages une histoire compl\u00e8te de la vie du pape&nbsp;; en d\u00e9butant, l\u2019auteur (M. Boyer d\u2019Agen) se reporte par la pens\u00e9e \u00e0 1810\u2026 un si\u00e8cle en arri\u00e8re&nbsp;!!! Au moment o\u00f9 Napol\u00e9on \u00e9tait au fa\u00eete de sa puissance&nbsp;; c\u2019est \u00e0 ce moment que vient au monde le grand pape qui est mort avant-hier, quelle vie et quelle carri\u00e8re&nbsp;! Je garde l\u2019article car il en vaut la peine.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Papa_Leone_XIII.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"683\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Papa_Leone_XIII-683x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-206\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Papa_Leone_XIII-683x1024.jpeg 683w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Papa_Leone_XIII-200x300.jpeg 200w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Papa_Leone_XIII-768x1152.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Papa_Leone_XIII.jpeg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 683px) 100vw, 683px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u00e9on XIII, mort le 20 juillet 1903<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, mercredi 22 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa et moi nous allons au p\u00e8lerinage d\u2019action de gr\u00e2ce \u00e0 La D\u00e9livrande o\u00f9 nous faisons la sainte communion&nbsp;; de l\u00e0, nous allons \u00e0 Luc-sur-Mer o\u00f9 nous d\u00e9jeunons, puis \u00e0 Saint-Aubin&nbsp;; au retour, \u00e0 3h49, je fais visiter la ville \u00e0 Papa&nbsp;; j\u2019apprends que Roussier a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u&nbsp;; donc, superbe succ\u00e8s en 3<sup>\u00e8me<\/sup> ann\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, jeudi 23 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons de Caen par l\u2019express de 8h21, et nous sommes \u00e0 Paris \u00e0 1 heure&nbsp;; nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Prince de Galles rue d\u2019Anjou&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons chez Tata Mimi rue de Monceau, o\u00f9 nous d\u00eenons le soir avec une religieuse s\u00e9cularis\u00e9e tante de Margot, Mme d\u2019Auberjon qui est oblig\u00e9e de s\u2019habiller comme tout le monde, de changer de nom et de changer tr\u00e8s souvent de quartier car elle est traqu\u00e9e comme une b\u00eate fauve par la police de Combes&nbsp;! Et vive la libert\u00e9 quand m\u00eame&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, vendredi 24 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la matin\u00e9e nous faisons diverses commissions&nbsp;; nous allons \u00e0 Notre-Dame voir les pr\u00e9paratifs du service fun\u00e8bre qui sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 mardi pour L\u00e9on XIII, ils sont presque achev\u00e9s, nous y reviendrons dimanche ou lundi pour les voir achev\u00e9s. Nous allons d\u00e9jeuner chez les Civelli o\u00f9 il y a aussi l\u2019oncle Xavier qui arrive du Roussillon et qui est \u00e0 Paris jusqu\u2019\u00e0 demain soir&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, au moment o\u00f9 nous attendions l\u2019oncle Xavier au Palais Royal o\u00f9 il nous avait donn\u00e9 rendez-vous, nous rencontrons l\u2019oncle Hector, nous nous promenons avec lui jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019oncle Xavier&nbsp;; il nous annonce les fian\u00e7ailles de sa ni\u00e8ce, ma cousine Jeanne de Pontich, fille de l\u2019oncle Henri, avec un jeune m\u00e9decin le docteur Mathieu. Nous faisons plusieurs visites chez Tante Cornet de Bosch qui est ici chez son fils Joseph, chez ma tante de Roig, chez son fils M. Charles de Roig, nous ne rencontrons personne. Nous d\u00eenons chez les Civelli.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, samedi 25 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec papa aux bureaux des Compagnies de Chemins de fer, rue Sainte-Anne, et nous demandons deux carnets pour notre voyage dans l\u2019Est dont nous tra\u00e7ons nous-m\u00eames l\u2019itin\u00e9raire&nbsp;: il est tout entier sur le r\u00e9seau de l\u2019Est, et passe par Reims, Verdun (d\u2019o\u00f9 nous irons \u00e0 Metz), Nancy (d\u2019o\u00f9 nous irons \u00e0 Strasbourg), Epinal, G\u00e9rardmer, Plombi\u00e8res et Troyes&nbsp;; nous serons, sans doute, de retour \u00e0 Paris le 8 ao\u00fbt&nbsp;; mais nous n\u2019y ferons pas d\u2019arr\u00eat s\u00e9rieux, nous repartirons tout de suite pour Angers. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 l\u2019h\u00f4tel et nous allons passer une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Saint-Germain o\u00f9 je visite avec un vif plaisir le ch\u00e2teau et ses si int\u00e9ressantes collections pr\u00e9historiques et historiques, et le magnifique parc. Le soir, nous d\u00eenons chez les Civelli avec l\u2019oncle Xavier et un jeune m\u00e9nage italien, le comte et la comtesse Palucco, qui sont tr\u00e8s aimables&nbsp;; l\u2019oncle Xavier repart \u00e0 10 heures pour Verdun o\u00f9 nous le retrouverons mardi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, dimanche 26 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons le matin \u00e0 la messe \u00e0 la Madeleine&nbsp;; apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous allons \u00e0 Enghien par la Gare du Nord&nbsp;; c\u2019est une gentille petite station mais elle est envahie par les Parisiens&nbsp;; le lac, le petit casino et les villas qui l\u2019entourent ont l\u2019air d\u2019un d\u00e9cor d\u2019op\u00e9rette. Nous rentrons \u00e0 Paris vers 5h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 31 juillet 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Epernay, lundi 27 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, \u00e0 Paris, nous sommes mont\u00e9s \u00e0 la basilique du v\u0153u national de Montmartre et nous y avons fait la sainte communion&nbsp;; ensuite nous sommes all\u00e9s \u00e0 Notre-Dame voire la d\u00e9coration pour le service fun\u00e8bre pour L\u00e9on XIII, elle est grandiose&nbsp;; le catafalque surmont\u00e9 d\u2019un superbe baldaquin est monumental. Nous d\u00e9jeunons chez les Civelli, puis nous leurs faisons nos adieux et, apr\u00e8s avoir fait nos malles, nous prenons \u00e0 5h20 le train \u00e0 la Gare de l\u2019Est&nbsp;; nous sommes \u00e0 Epernay vers 7h \u00bd&nbsp;; le soir, nous nous promenons un peu dans cette petite ville qui n\u2019a rien d\u2019int\u00e9ressant&nbsp;; nous passons la nuit \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Europe.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Verdun, mardi 28 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 Epernay par le train de 8h40 et nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Reims trois quarts d\u2019heure plus tard&nbsp;; malgr\u00e9 la pluie qui n\u2019a pas cess\u00e9, nous avons vu \u00e0 peu pr\u00e8s tout ce qu\u2019il y a \u00e0 voir dans cette ville&nbsp;: avant d\u00e9jeuner, nous visitons en d\u00e9tail la merveilleuse cath\u00e9drale, merveille de l\u2019art gothique et son tr\u00e9sor si pr\u00e9cieux \u00e0 cause des souvenirs qui s\u2019y rattachent, puis la vieille et curieuse \u00e9glise Saint-R\u00e9my&nbsp;; apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous visitons l\u2019Archev\u00each\u00e9 o\u00f9 on remarque surtout la belle salle, orn\u00e9e de portraits d\u2019une foule de rois, o\u00f9 les rois de France recevaient apr\u00e8s leur sacre&nbsp;; puisse-t-elle servir bient\u00f4t, pour le plus grand bien de la France&nbsp;! Nous visitons aussi le Mus\u00e9e qui est dans l\u2019H\u00f4tel de ville&nbsp;; dans la galerie de peinture, on remarque plusieurs Corot. Nous repartons de Reims \u00e0 3h12 et arrivons \u00e0 Verdun \u00e0 6h \u00bd, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 des pays pleins de souvenirs historiques&nbsp;: Sainte-Menehould, Valmy, le camp de Chalons etc. \u00c0 Verdun, l\u2019oncle Xavier nous attendait \u00e0 la gare et lui, Tata Mimi, Madeleine et Maurice nous font le plus aimable accueil.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Verdun, mercredi 29 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute la matin\u00e9e, il fait un temps d\u00e9plorable&nbsp;; cependant, nous nous promenons un peu dans les rues montantes et \u00e9troites de cette petite ville. Verdun est une v\u00e9ritable forteresse, un vrai camp retranch\u00e9&nbsp;: \u00e0 tous les coins de rue, on croise des soldats ou des officiers de toutes armes. \u00c0 10h \u00bd, nous assistons \u00e0 la cath\u00e9drale au service pour le papa&nbsp;; l\u2019\u00e9difice est un m\u00e9lange bizarre de gothique et de Louis XV. L\u2019apr\u00e8s-midi, accompagn\u00e9s de l\u2019oncle Xavier et d\u2019un officier de l\u2019intendance, nous visitons les immenses galeries souterraines creus\u00e9es sous la citadelle, il y en a ainsi 9 kilom\u00e8tres&nbsp;! Le tout est \u00e9clair\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re \u00e9lectrique&nbsp;; une grande partie est r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019artillerie&nbsp;; nous ne visitons que la partie r\u00e9serv\u00e9e aux subsistances, il y a l\u00e0 des approvisionnements \u00e9normes en bl\u00e9, en vin et en conserves de toutes sortes, il y a, de plus, 3 moulins&nbsp;; ce qui fait qu\u2019on pourrait, en cas de mobilisation, faire 108.000 pains de guerre par jour avec le secours des moulins de la ville qui seraient r\u00e9quisitionn\u00e9s&nbsp;; toutes ces provisions \u00e0 plus de 15 m\u00e8tres sous terre, dans des galeries vo\u00fbt\u00e9es, sont \u00e0 l\u2019abri d\u2019un bombardement pour le cas o\u00f9 les Allemands voudraient recommencer ce qu\u2019ils firent en 1870. Pour l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un bombardement, on a construit aussi des galeries souterraines qui serviraient de dortoir \u00e0 la garnison et \u00e0 la population&nbsp;; les lits sont d\u00e9j\u00e0 dispos\u00e9s&nbsp;; c\u2019est une organisation merveilleuse et on peut esp\u00e9rer que Verdun r\u00e9sisterait \u00e0 un si\u00e8ge jusqu\u2019au bout&nbsp;; d\u2019ailleurs, il est probable que les forts qui dominent la ville dans toutes les directions emp\u00eacheraient l\u2019ennemi de l\u2019assi\u00e9ger. Le soir, l\u2019oncle Xavier va se coucher de bonne heure parce qu\u2019il doit partir \u00e0 2h du matin pour assister \u00e0 une man\u0153uvre de brigade qui a lieu dans les environs.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/481452037_618564741070354_55086036010879792_n.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/481452037_618564741070354_55086036010879792_n-1024x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-207\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/481452037_618564741070354_55086036010879792_n-1024x1024.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/481452037_618564741070354_55086036010879792_n-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/481452037_618564741070354_55086036010879792_n-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/481452037_618564741070354_55086036010879792_n-768x769.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/481452037_618564741070354_55086036010879792_n.jpg 1080w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Citadelle souterraine de Verdun (vue actuelle)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Verdun, jeudi 30 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons \u00e0 9h46 pour Metz o\u00f9 nous arrivons \u00e0 11h10 (heure allemande)&nbsp;; nous ne changeons pas de train \u00e0 la fronti\u00e8re, mais \u00e0 partir d\u2019Amanvilliers, ce sont des employ\u00e9s allemands qui conduisent le train. Le trajet est plein de p\u00e9nibles souvenirs, la ligne traverse le champ de bataille de Saint-Privat jalonn\u00e9 de tombes. \u00c0 Metz, nous nous promenons beaucoup dans les rues qui ont toutes l\u2019aspect de celles d\u2019une ville fran\u00e7aise&nbsp;; partout, on entend parler fran\u00e7ais, sauf, bien entendu, les soldats que l\u2019on croise \u00e0 chaque instant et les officiers \u00e9l\u00e9gants et \u00e0 l\u2019air arrogant&nbsp;; les enseignes des magasins sont dans les deux langues par ordre de la police qui ne veut pas tol\u00e9rer d\u2019enseignes purement fran\u00e7aises, par contre beaucoup de magasins appartenant \u00e0 des immigr\u00e9s ont des enseignes purement allemandes&nbsp;; nous admirons la superbe cath\u00e9drale gothique et son nouveau portail&nbsp;; nous allons en voiture au cimeti\u00e8re de l\u2019\u00eele Chambi\u00e8re prier sur la tombe des officiers et des soldats fran\u00e7ais morts pour la d\u00e9fense de la ville&nbsp;: p\u00e8lerinage \u00e0 la fois triste et consolant&nbsp;; l\u2019impression que nous laisse notre excursion \u00e0 Metz est que nous venons de voir une ville essentiellement fran\u00e7aise mais o\u00f9 l\u2019\u00e9l\u00e9ment indig\u00e8ne fran\u00e7ais se trouve et se trouvera de plus en plus absorb\u00e9 par le flot montant de l\u2019immigration allemande favoris\u00e9e par la grande faute que firent les Alsaciens-Lorrains qui vinrent s\u2019\u00e9tablir en France apr\u00e8s la s\u00e9paration&nbsp;; ils auraient mieux fait de rester dans le pays, d\u2019occuper les places, de fa\u00e7on \u00e0 r\u00e9sister sur place \u00e0 l\u2019influence germanique, au lieu de favoriser, en partant, l\u2019immigration allemande et la germanisation du pays. Nous rentrons \u00e0 Verdun \u00e0 9h47 heure fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/136-metz.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"657\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/136-metz-1024x657.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-208\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/136-metz-1024x657.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/136-metz-300x192.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/136-metz-768x493.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/136-metz.jpg 1118w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Une rue de Metz en 1903<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Verdun, vendredi 31 juillet 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut presque toute la journ\u00e9e&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons, Papa, l\u2019oncle Xavier, Tata Mimi, Madeleine et moi faire une jolie promenade en voiture autour de Verdun&nbsp;; nous traversons de jolis bois&nbsp;; nous passons devant 7 ou 8 forts et devant au moins autant de batteries d\u00e9tach\u00e9es, le tout arm\u00e9 de canons du dernier mod\u00e8le&nbsp;; il y a 17 forts, sans compter les batteries annexes, autour de Verdun&nbsp;; il ne serait donc pas facile de bloquer cette place&nbsp;! Au retour, je m\u2019arr\u00eate au quartier du 3<sup>\u00e8me<\/sup> hussards que Maurice me fait visiter, et nous rentrons ensemble.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ao\u00fbt 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 ao\u00fbt 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Verdun, samedi 1er ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons pass\u00e9 toute la journ\u00e9e en excursion, heureusement avec le beau temps, enfin&nbsp;! Partis l\u2019oncle Xavier, Papa et moi par le train de 8h17, nous descendons \u00e0 Aubr\u00e9ville d\u2019o\u00f9 une voiture nous conduit \u00e0 Varennes, l\u00e0, nous visitons la maison \u00e0 Louis XVI et sa famille pass\u00e8rent la nuit du 21 au 22 juin 1791&nbsp;; nous voyons la tour o\u00f9 s\u2019appuyait la vo\u00fbte qui emp\u00eacha sa berline d\u2019avancer, le maire, M. Evrard, tr\u00e8s aimable, nous montre les proc\u00e8s-verbaux originaux de l\u2019\u00e9poque qui constatent ces \u00e9v\u00e9nements etc.&nbsp;; tr\u00e8s int\u00e9ressante visite&nbsp;; la maison de Sauce o\u00f9 la famille royale passa la nuit qui pr\u00e9c\u00e9da son retour \u00e0 Paris vient d\u2019\u00eatre achet\u00e9e par M. Evrard qui va y installer un petit mus\u00e9e de portraits, de gravures et de documents se rapportant \u00e0 ces tristes \u00e9v\u00e9nements. Apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Grand monarque, le m\u00eame o\u00f9 se tenaient les hussards que M. de Bouill\u00e9 avait post\u00e9s \u00e0 Varennes, nous prenons une voiture qui, \u00e0 travers la splendide for\u00eat de l\u2019Argonne, nous m\u00e8ne \u00e0 des villages aux noms historiques&nbsp;: la Haraz\u00e9e, la Chalade o\u00f9 se trouve une magnifique \u00e9glise gothique, les Islettes, Clermont-en-Argonne o\u00f9 nous reprenons le train pour Verdun&nbsp;; nous sommes de retour \u00e0 7h du soir. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais avec Tata Mimi et Madeleine voir passer la retraite en musique. L\u2019excursion d\u2019aujourd\u2019hui nous a beaucoup int\u00e9ress\u00e9s.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-grand-monarque-en-1901-carte-postale-d-epoque-au-coin-la-rue-du-pont-d-ou-aurait-du-venir-la-berline-royale-photo-dr-1504446141.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-grand-monarque-en-1901-carte-postale-d-epoque-au-coin-la-rue-du-pont-d-ou-aurait-du-venir-la-berline-royale-photo-dr-1504446141.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-209\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-grand-monarque-en-1901-carte-postale-d-epoque-au-coin-la-rue-du-pont-d-ou-aurait-du-venir-la-berline-royale-photo-dr-1504446141.jpg 1000w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-grand-monarque-en-1901-carte-postale-d-epoque-au-coin-la-rue-du-pont-d-ou-aurait-du-venir-la-berline-royale-photo-dr-1504446141-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/le-grand-monarque-en-1901-carte-postale-d-epoque-au-coin-la-rue-du-pont-d-ou-aurait-du-venir-la-berline-royale-photo-dr-1504446141-768x384.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;H\u00f4tel du Grand monarque \u00e0 Varennes en 1901<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Verdun, dimanche 2 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 la cath\u00e9drale&nbsp;; ensuite, je me prom\u00e8ne avec Papa. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au quartier de B\u00e9vaux voir Maurice qui n\u2019a pas pu venir parce qu\u2019il est de semaine. Apr\u00e8s d\u00eener, nous allons tous \u00e0 la musique.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 ao\u00fbt 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Nancy, lundi 3 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 Verdun ce matin \u00e0 9h46 apr\u00e8s avoir fait nos adieux \u00e0 Tata Mimi et \u00e0 Madeleine que nous reverrons sans doute \u00e0 Lourdes pendant le p\u00e8lerinage national et \u00e0 l\u2019oncle Xavier que nous reverrons peut-\u00eatre en octobre en Roussillon. Le temps est affreux&nbsp;; nous d\u00e9jeunons \u00e0 la gare de Conflans et arrivons \u00e0 Nancy \u00e0 1h10&nbsp;; nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Europe et, vite, nous nous mettons \u00e0 visiter cette belle ville malgr\u00e9 le mauvais temps&nbsp;; nous admirons la splendide place Stanislas, le Palais du gouvernement militaire, auquel le roi de Pologne a donn\u00e9 si bien son empreinte, la cath\u00e9drale, le palais des ducs de Lorraine et son mus\u00e9e, la chapelle contenant 79 tombeaux de ducs ou de duchesses de Lorraine, propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019empereur d\u2019Autriche, et que Combes voulait fermer (il a d\u00fb le rouvrir sur la r\u00e9clamation de l\u2019Autriche) etc., en un mot, nous employons bien notre journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Strasbourg, mardi 4 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, jusqu\u2019au moment du d\u00e9part, nous nous promenons encore dans Nancy&nbsp;; nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bd et partons \u00e0 11h25 pour Strasbourg o\u00f9 nous arrivons \u00e0 5h50 (heure allemande)&nbsp;; c\u2019est avec un vif serrement de c\u0153ur que nous franchissons pour la seconde fois la nouvelle fronti\u00e8re, et que nous parcourons \u00e0 toute vapeur ces belles plaines t ces jolies montagnes qui \u00e9taient fran\u00e7aises il y a 33 ans et que foule de son pied brutal le re\u00eetre prussien. Strasbourg nous appara\u00eet de suite comme une fort belle ville, tr\u00e8s anim\u00e9e&nbsp;; jusqu\u2019\u00e0 notre d\u00eener, et le soir, nous nous promenons un peu&nbsp;; nous sommes descendus \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Europe&nbsp;; nous allons prendre la bi\u00e8re dans un caf\u00e9 du Broglie. Ici, sur 15 enseignes, il y en a \u00e0 peine une en fran\u00e7ais&nbsp;; c\u2019est que toute la population comprend l\u2019allemand dont la langue du pays, l\u2019alsacien, se rapproche beaucoup&nbsp;; dans les rues, on entend tr\u00e8s peu parler fran\u00e7ais. Vers 7 heures, nous apprenons l\u2019\u00e9lection du nouveau pape Pie X&nbsp;; c\u2019est le cardinal Joseph Sarto, patriarche de Venise, qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu ce matin apr\u00e8s 6 tours de scrutins et au quatri\u00e8me jour du conclave&nbsp;; que Dieu le conserve longtemps et qu\u2019il soit un second Pie IX&nbsp;! Nous apprenons cette grande nouvelle envoyant \u00e0 la vitrine d\u2019une librairie voisine de la cath\u00e9drale le portrait du cardinal Sarto et le nom choisi par l\u2019\u00e9lu du conclave&nbsp;; en ville, on voit flotter plusieurs drapeaux pontificaux (jaunes et blancs).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Strasbourg, mercredi 5 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous visitons la splendide cath\u00e9drale ou Munster dont la fa\u00e7ade si \u00e9lanc\u00e9e, presque \u00e0 jour, produit une impression si profonde&nbsp;; l\u2019int\u00e9rieur du vieil \u00e9difice est surtout remarquable par ses belles et vastes proportions. Nous visitons l\u2019\u00e9glise protestante Saint-Thomas o\u00f9 se trouve le mausol\u00e9e monumental du mar\u00e9chal de Saxe et plusieurs autres moins grandioses&nbsp;; dans une sacristie de cette \u00e9glise, nous voyons deux momies fort bien conserv\u00e9es&nbsp;: celle du duc de Nassau tu\u00e9 pendant la guerre de Trente Ans et celle de sa fille. Ensuite, nous prenons sur la place de Kl\u00e9ber un tram \u00e9lectrique qui nous m\u00e8ne \u00e0 Kehl&nbsp;; je franchis avec \u00e9motion le Rhin, ce fleuve si beau, qui a fait couler tant de sang pour sa possession, comme on dit dans le <em>Wacht am Rheim<\/em>, et qui ne coule plus sur des rives fran\u00e7aises depuis 1871. \u00c0 Kehl, dans le grand\u2019duch\u00e9 de Bade, nous nous disons sans arri\u00e8re-pens\u00e9e que nous foulons une terre allemande&nbsp;; nous rentrons \u00e0 Strasbourg vers 1 heure pour d\u00e9jeuner. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons dans les nouveaux quartiers allemands au-del\u00e0 du Broglie&nbsp;; nous voyons l\u2019Universit\u00e9, le Palais de la repr\u00e9sentation, la poste, la biblioth\u00e8que, l\u2019\u00e9glise protestante de la garnison, le Palais imp\u00e9rial, tous monuments absolument neufs dont l\u2019ensemble est d\u2019un effet grandiose&nbsp;; on voit bien l\u00e0 que les Germains ont voulu affirmer leur conqu\u00eate par des monuments durables&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;eregi monumentom ore perennius&nbsp;\u00bb<\/em>. Plus tard, nous allons, par de grandes avenues, b\u00e2ties de beaux immeubles, au splendide parc de l\u2019Orangerie o\u00f9 nous nous promenons pr\u00e8s d\u2019une heure. Apr\u00e8s d\u00eener, nous prenons un bock sur le Broglie.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/440-strasbourg-palais-imperial.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"670\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/440-strasbourg-palais-imperial-1024x670.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-211\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/440-strasbourg-palais-imperial-1024x670.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/440-strasbourg-palais-imperial-300x196.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/440-strasbourg-palais-imperial-768x503.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/440-strasbourg-palais-imperial.jpg 1083w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Palais imp\u00e9rial de Strasbourg<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Strasbourg, jeudi 6 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons le matin par le train de 7h48 pour Sainte-Odile, le c\u00e9l\u00e8bre p\u00e8lerinage alsacien&nbsp;;&nbsp; \u00e0 partir de Oberenheim, nous quittons le chemin de fer et faisons en voiture la mont\u00e9e de 2h \u00bd dans de superbes montagnes&nbsp;; je cause avec le cocher (un jeune homme de 18 ans environ), je lui demande notamment si dans son village d\u2019Obernai la population est pour l\u2019Allemagne ou pour la France, il me r\u00e9pond avec \u00e9nergie, et comme \u00e9tonn\u00e9 d\u2019une pareille question&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;f\u00fcr Frankreich&nbsp;\u00bb<\/em>, car il ne parle ni ne comprend un seul mot de fran\u00e7ais&nbsp;; cette r\u00e9ponse me fait grand plaisir. Nous arrivons \u00e0 Sainte-Odile vers 11h \u00bd, nous visitons les chapelles, la ch\u00e2sse de la sainte, nous d\u00e9jeunons fort bien dans le restaurant tenu par les s\u0153urs (qu\u2019on ne chasse pas, ici) et nous admirons le magnifique panorama qu\u2019on a sur la plaine d\u2019Alsace&nbsp;; les p\u00e8lerins et les touristes sont, du reste, fort nombreux (une centaine environ, dont la plupart fran\u00e7ais ou alsaciens, tr\u00e8s peu d\u2019Allemands)&nbsp;; au retour, nous offrons une place dans notre voiture \u00e0 un jeune eccl\u00e9siastique, l\u2019abb\u00e9 Vitory, organiste de la cath\u00e9drale de Strasbourg, avec qui nous causons beaucoup de la situation de l\u2019Alsace&nbsp;; il ne nous cache pas, malgr\u00e9 ses vives sympathies pour la France, que la germanisation fait des progr\u00e8s en Alsace, et il nous dit cette phrase navrante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le gouvernement fran\u00e7ais a fait plus avancer la germanisation de notre pays depuis deux ans par sa pers\u00e9cution religieuse que n\u2019avaient pu le faire les Allemands en trente ans&nbsp;\u00bb&nbsp;; et ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que j\u2019entends dire cela&nbsp;! En chemin de fer, nous voyageons avec d\u2019autres eccl\u00e9siastiques qui nous disent combien ils aiment la France, et combien la s\u00e9paration leur co\u00fbte&nbsp;; ils nous citent l\u2019exemple d\u2019un Alsacien, ancien soldat fran\u00e7ais, qui s\u2019est fait enterrer dans son uniforme. Mais ils nous confirment une chose dont nous nous \u00e9tions dout\u00e9s \u00e0 Strasbourg, c\u2019est que dans cette ville, les immigr\u00e9s allemands sont plus nombreux que les indig\u00e8nes&nbsp;; beaucoup de ceux-ci \u00e9tant partis apr\u00e8s la guerre, ont \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9s par des Allemands&nbsp;; c\u2019est ce qui donne \u00e0 Strasbourg cet aspect si allemand. Le soir, nous retournons \u00e0 la belle promenade de l\u2019Orangerie o\u00f9 joue la musique des pompiers&nbsp;; elle joue ce soir notre marche militaire de Sambre et Meuse que les Allemands interdisaient depuis 1870 et qu\u2019ils tol\u00e8rent depuis quelques semaines seulement, parce que c\u2019\u00e9tait la marche favorite de nos troupes pendant la guerre&nbsp;; elle est couverte d\u2019applaudissements fr\u00e9n\u00e9tiques&nbsp;; cela me console un peu des tristes constatations de cette apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Ottrott_Mont_Sainte-Odile.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Ottrott_Mont_Sainte-Odile.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-210\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Ottrott_Mont_Sainte-Odile.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Ottrott_Mont_Sainte-Odile-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le Mont Sainte-Odile (vue actuelle)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">G\u00e9rardmer (Vosges), vendredi 7 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Strasbourg, nous visitons le Palais de l\u2019Empereur, tout neuf, et quelques vieux quartiers que nous n\u2019avions pas encore vus, puis je retourne \u00e0 Kehl d\u2019o\u00f9 j\u2019exp\u00e9die quelques cartes postales&nbsp;; \u00e0 midi \u00bd (midi du m\u00e9ridien de Strasbourg), je vois et j\u2019entends sonner la fameuse horloge de la cath\u00e9drale&nbsp;; c\u2019est tr\u00e8s curieux, mais je croyais les personnages plus grands qu\u2019ils ne sont. Vers 1 heure, avec l\u2019abb\u00e9 Vitory qui nous avait donn\u00e9 rendez-vous, nous assistons place Kl\u00e9ber au spectacle, bien triste pour nous, de la parade&nbsp;; je trouve que la marche que joue la musique prussienne ne vaut pas nos marches militaires si entrainantes&nbsp;; le matin, nous avions d\u00e9j\u00e0 vu d\u00e9filer deux compagnies d\u2019infanterie et leurs fifres nous avaient surpris, ils ne valent pas nos clairons. Nous quittons Strasbourg par le train de 2h46, regrettant de ne pouvoir s\u00e9journer plus longtemps dans cette belle et int\u00e9ressante ville&nbsp;; et, apr\u00e8s avoir visit\u00e9 Lun\u00e9ville entre deux trains (le ch\u00e2teau transform\u00e9 en caserne et le parc sont les seules choses int\u00e9ressantes), nous arrivons \u00e0 G\u00e9rardmer \u00e0 10h du soir&nbsp;; pas de place \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la poste&nbsp;; nous sommes oblig\u00e9s de nous contenter de l\u2019H\u00f4tel des Vosges qui n\u2019est pas fameux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">G\u00e9rardmer, samedi 8 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons avant 9h du matin dans un grand break pour le col de la Schlucht et nous suivons une des plus jolies routes que je connaisse, \u00e0 travers les for\u00eats de sapins qui dominent 3 jolis lacs&nbsp;; nous arrivons \u00e0 ce col, qui forme la nouvelle fronti\u00e8re, \u00e0 midi, et nous d\u00e9jeunons fort bien et en musique dans un h\u00f4tel excellent situ\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame fronti\u00e8re (par la fen\u00eatre, tout le temps du d\u00e9jeuner nous voyons le poteau fronti\u00e8re avec l\u2019horrible aigle prussienne, \u00e0 quelques m\u00e8tres)&nbsp;; apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous prenons notre caf\u00e9 dans un caf\u00e9 qui est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, sur territoire allemand, puis nous grimpons l\u2019Altenburg (\u00e0 1350m environ&nbsp;; le col de la Schlucht est \u00e0 1150m d\u2019altitude)&nbsp;; de l\u00e0, nous avons une tr\u00e8s belle vue sur la belle vall\u00e9e alsacienne de Munster&nbsp;; nous sommes de retour \u00e0 G\u00e9rardmer avant 5h&nbsp;; nous nous promenons un peu et, \u00e0 la poste, je rencontre une dame d\u2019Alger, Madame Maifrein, dont nous avons fait la connaissance l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Cauterets (il n\u2019y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas)<a href=\"#_ftn54\" id=\"_ftnref54\">[54]<\/a>&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, avec papa, je vais lui faire une visite \u00e0 son h\u00f4tel, puis j\u2019\u00e9cris mon journal et je me couche.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Plombi\u00e8res, dimanche 9 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la messe, nous quittons G\u00e9rardmer&nbsp;; nous visitons Epinal (ville assez insignifiante) entre deux trains, et nous arrivons \u00e0 2h \u00e0 Plombi\u00e8res&nbsp;; malgr\u00e9 la pluie, nous visitons cette station \u00e9l\u00e9gante mais resserr\u00e9e&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, nous allons au salut \u00e0 l\u2019\u00e9glise, puis au casino&nbsp;; nous rencontrons un \u00e9tudiant d\u2019Angers, Camille Brard, et Mme et Mlle Graindorge dont nous avons fait la connaissance hier \u00e0 la Schlucht.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 16 ao\u00fbt 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, lundi 10 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Plombi\u00e8res \u00e0 7h24 du matin et, apr\u00e8s un arr\u00eat \u00e0 Chaumont (nous regrettons de n\u2019avoir pas le temps de visiter Troyes), nous arrivons \u00e0 Paris \u00e0 5h du soir par le rapide de B\u00e2le&nbsp;; nous comptions aller d\u00eener chez Tata Mimi, mais en arrivant \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Prince de Galles, nous trouvons une d\u00e9p\u00eache de Maman nous disant de ne pas y aller parce qu\u2019il y a la fi\u00e8vre typho\u00efde dans la maison&nbsp;; nous d\u00eenons au restaurant Lecoeur et, apr\u00e8s d\u00eener, nous nous promenons dans de vilains quartiers (du c\u00f4t\u00e9 du Marais), ce qui nous fait manquer la visite de Tata Mimi et de Xavier \u00e0 l\u2019h\u00f4tel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mardi 11 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, en l\u2019honneur de la f\u00eate de Sainte Philom\u00e8ne, nous allons \u00e0 la messe \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Gervais&nbsp;; dans le m\u00e9tropolitain, nous apprenons l\u2019affreuse catastrophe qui s\u2019est produite hier soir vers 8 heures entre les stations Belleville et des Couronnes de la ligne m\u00e9tropolitaine des boulevards ext\u00e9rieurs&nbsp;: un train a pris feu, et beaucoup de personnes sont mortes br\u00fbl\u00e9es ou asphyxi\u00e9es&nbsp;; au premier moment, on ne conna\u00eet pas le nombre des victimes, car les pompiers ne peuvent pas descendre dans le souterrain \u00e0 cause de l\u2019\u00e9norme chaleur&nbsp;; vers 10 heures, les journaux annoncent que les derniers cadavres ont \u00e9t\u00e9 retir\u00e9s ce matin \u00e0 7h, il y en a 84&nbsp;! Cette catastrophe fait le pendant de celle du bazar de la Charit\u00e9, seulement en 1897 c\u2019\u00e9tait l\u2019aristocratie qui \u00e9tait frapp\u00e9e, maintenant c\u2019est le peuple, \u00e9galit\u00e9 dans la mort. Nous d\u00e9cidons de rester jusqu\u2019\u00e0 ce soir pour aller voir le th\u00e9\u00e2tre de la catastrophe. Nous voyons Tata Mimi \u00e0 10h \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. Nous la retrouvons \u00e0 2h, avenue Alexandre III o\u00f9 elle nous attendait au sortir de l\u2019exposition de l\u2019habitation au Grand Palais que nous avons visit\u00e9e&nbsp;; nous allons d\u2019abord visiter la chapelle et le clo\u00eetre de la rue Jean-Goujon \u00e9lev\u00e9s sur le lieu de la catastrophe du 4 mai 1897, et que je connaissais mal&nbsp;; ensuite, nous allons ensemble boulevard de M\u00e9nilmontant&nbsp;; un barrage d\u2019agents et de gardes r\u00e9publicains emp\u00eache d\u2019approcher des stations sinistr\u00e9es, mais il y a encore une forte fum\u00e9e sur le boulevard. Nous voyons bien vite que nous n\u2019aurons pas le temps de partir ce soir. Alors, nous allons visiter le cimeti\u00e8re du P\u00e8re-Lachaise, puis nous rentrons \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, nous allons d\u00eener chez Lecoeur. Apr\u00e8s d\u00eener, avec Tata Mimi et Xavier \u00e0 qui nous avions donn\u00e9 rendez-vous, nous prenons des rafraichissements \u00e0 la Taverne royale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 12 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons de la Gare Saint-Lazare par le train de 9h38 du matin et nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 2h12. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019emballe ma salle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 13 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais diverses commissions, je me fais couper les cheveux, etc. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019emballe ma bicyclette et je vais prendre une douche et je fais diverses commissions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix (Dordogne), vendredi 14 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars d\u2019Angers par le train de 10h \u00bd&nbsp;; \u00e0 Saint-Pierre-des-Corps, je prends le rapide Paris-Bordeaux jusqu\u2019\u00e0 Angoul\u00eame o\u00f9 je prends le train de 4h42 pour P\u00e9rigueux&nbsp;; je descends \u00e0 La Roche-Beaucourt o\u00f9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Maman m\u2019attendent en omnibus&nbsp;; nous arrivons vers 6h \u00bd \u00e0 Sainte-Croix&nbsp;; Max, qui est \u00e0 P\u00e9rigueux, arrive \u00e0 8h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 15 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de l\u2019Assomption, nous allons tous faire la sainte communion \u00e0 7 heures \u00e0 la petite \u00e9glise qui est en face de la maison des Saint-Cyr&nbsp;; nous assistons \u00e0 la messe de 10h. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en omnibus \u00e0 Mareuil-sur-Belle o\u00f9 nous voyons M. et Mme Ren\u00e9 de La Bardonnie et leurs enfants<a href=\"#_ftn55\" id=\"_ftnref55\">[55]<\/a>&nbsp;; le soir, M. le cur\u00e9 d\u00eene avec nous&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, nous allons tous faire une assez longue promenade dans la campagne.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/mareuil.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"511\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/mareuil-1024x511.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-212\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/mareuil-1024x511.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/mareuil-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/mareuil-768x383.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/mareuil-1536x767.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/mareuil.jpg 1855w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Sainte-Croix-de-Mareuil (Dordogne), demeure des Dupin de Saint-Cyr, pr\u00e8s de l&rsquo;\u00e9glise du village (vue actuelle)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 16 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10h&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019accompagne M. le cur\u00e9 qui va tirer quelques lapins&nbsp;; nous en voyons deux, il en tire un et le rate. Ensuite, tous en voiture nous allons voir la marquise d\u2019Ambelle que nous ne rencontrons pas, puis nous allons au ch\u00e2teau d\u2019Aucors voir Mme du Pin de Saint-Cyr, tante de Max, que nous rencontrons ainsi que son fils l\u2019abb\u00e9 Raoul du Pin de Saint-Cyr&nbsp;; nous rentrons par Mareuil&nbsp;; le soir apr\u00e8s d\u00eener, longue promenade dans la campagne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 ao\u00fbt 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 17 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais encore fureter avec M. le cur\u00e9&nbsp;; nous ne trouvons rien. L\u2019apr\u00e8s-midi, en omnibus, nous allons voir la comtesse de Maillard, cousine de Max, au ch\u00e2teau de Lacombe&nbsp;; nous revenons par Mareuil o\u00f9 nous voyons les De La Bardonnie. Le soir, longue promenade dans la campagne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, mercredi 19 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage&nbsp;; apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la journ\u00e9e \u00e0 lire l\u2019ouvrage si int\u00e9ressant de Drumont&nbsp;: <em>De l\u2019or, de la boue et du sang<\/em><a href=\"#_ftn56\" id=\"_ftnref56\">[56]<\/a>, j\u2019ai quitt\u00e9 Sainte-Croix avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max&nbsp;; arriv\u00e9s \u00e0 Angoul\u00eame \u00e0 10h, nous en sommes repartis d\u00e8s le lendemain matin \u00e0 5h53 apr\u00e8s une courte nuit pass\u00e9e \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la poste. Nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Lourdes le soir \u00e0 8h36. \u00c0 Tarbes, o\u00f9 nous avons eu 3 heures \u00e0 perdre, nous avons fait une visite \u00e0 Madame d\u2019Arexy, de Toulouse, et \u00e0 son fils M. Henry d\u2019Arexy<a href=\"#_ftn57\" id=\"_ftnref57\">[57]<\/a>, ami de Papa, qui est chef de gare de Tarbes. \u00c0 Lourdes, nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Heins, et, le soir m\u00eame, nous voyons Tata Mimi et Xavier descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Chapelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, jeudi 20 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, messe des brancardiers \u00e0 la basilique, apr\u00e8s laquelle je vais me faire inscrire comme brancardier. L\u2019apr\u00e8s-midi, on commence \u00e0 travailler&nbsp;: Xavier, Max et moi sommes de la m\u00eame \u00e9quipe, celle de l\u2019H\u00f4pital des Sept-douleurs. \u00c0 1 heure, arrivent Tata Mimi et Madeleine&nbsp;; elles descendent \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Soubirous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, vendredi 21 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, d\u00e8s 2h \u00bd, nous sommes \u00e0 la gare et jusqu\u2019\u00e0 9h, nous d\u00e9barquons les malades des trains de p\u00e8lerinage. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous sommes occup\u00e9s aux Sept-douleurs, sous la direction de notre chef d\u2019\u00e9quipe le marquis de Scorraille<a href=\"#_ftn58\" id=\"_ftnref58\">[58]<\/a>, et \u00e0 la procession du Saint-Sacrement. Dans la journ\u00e9e, je rencontre plusieurs personnes d\u2019Angers ou du Roussillon. Le soir, je vais voir la superbe illumination de la basilique avec Xavier, Mimi et Madeleine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, samedi 22 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 6h et je n\u2019ai un peu de libert\u00e9 que lorsque les malades ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s \u00e0 la grotte. Le soir, superbe procession du Saint-Sacrement, enthousiasme d\u00e9lirant des 30.000 personnes r\u00e9unies sur l\u2019esplanade du Rosaire, plusieurs miracles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, dimanche 23 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame programme de journ\u00e9e qu\u2019hier. Pour la procession, cependant, comme le d\u00e9froqu\u00e9 Charbonnel, qui a l\u2019audace d\u2019\u00eatre ici en ce moment, avait annonc\u00e9 du trouble, nous nous rangeons, environ 300 brancardiers (tous ceux qui ne sont pas de service) contre la rampe gauche de l\u2019esplanade, sous les ordres du marquis de Laurent-Castelet<a href=\"#_ftn59\" id=\"_ftnref59\">[59]<\/a>, d\u00e9put\u00e9, et du marquis de Latour-Landort<a href=\"#_ftn60\" id=\"_ftnref60\">[60]<\/a>, pr\u00eats \u00e0 repousser toute attaque&nbsp;; heureusement, nous n\u2019avons pas \u00e0 intervenir car la procession se passe dans le plus grand ordre et avec autant d\u2019enthousiasme qu\u2019hier.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 31 ao\u00fbt 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, lundi 24 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, d\u00e9part des malades&nbsp;; nous sommes dans la cour de l\u2019H\u00f4pital \u00e0 4h \u00bd et nous aidons \u00e0 embarquer les malades&nbsp;; de temps en temps, je suis envoy\u00e9 \u00e0 la gare pour y accompagner un malade. Papa arrive \u00e0 midi 6 bien en retard car il aurait d\u00fb arriver jeudi, mais une indisposition l\u2019a retard\u00e9. Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max partent \u00e0 1h pour Odars o\u00f9 M. Marc de La Bardonnie les a invit\u00e9s \u00e0 passer quelques jours (nous \u00e9tions invit\u00e9s aussi, mais nous n\u2019avons pas pu accepter). Tata Mimi et Madeleine partent \u00e0 1h35 pour Bordeaux, Paris et Verdun. Apr\u00e8s le d\u00e9part du train blanc \u00e0 4h, je vais avec Xavier remettre mes bretelles, puis nous en profitons pour nous promener et cause ensemble.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 26 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Le matin \u00e0 Lourdes, je me prom\u00e8ne avec Xavier qui part \u00e0 9h \u00bd pour Biarritz. \u00c0 midi 45, Maman, Tata Mimi et moi nous partons pour Perpignan&nbsp;; Papa montera le soir \u00e0 Cauterets pour quelques jours&nbsp;; nous faisons route jusqu\u2019\u00e0 Boussens avec la famille de Latour-Landort<a href=\"#_ftn61\" id=\"_ftnref61\">[61]<\/a>&nbsp;; nous arrivons \u00e0 Perpignan \u00e0 10h du soir, nous couchons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Nord et nous repartons de Perpignan \u00e0 9h25 apr\u00e8s quelques commissions&nbsp;; nous arrivons \u00e0 Vin\u00e7a ce matin \u00e0 10h37&nbsp;; nous trouvons Bonne Maman en bonne sant\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je d\u00e9balle mes affaires de cheval et ma bicyclette et je vais voir quelques personnes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 27 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019essaie au grand jardin et sur la promenade un cheval qu\u2019on me propose pour les vacances&nbsp;; il est beaucoup trop petit et trop jeune, j\u2019en chercherai un autre. Je vais \u00e0 Ille par le train de midi et j\u2019en reviens par celui de 3 heures 9, pour charger un homme d\u2019Ille de me chercher un cheval \u00e0 louer pour les vacances, je vois quelques personnes \u00e0 Ille. Au retour \u00e0 Vin\u00e7a, je vais voir une jument de selle qu\u2019on me propose&nbsp;; elle est un peu petite, mais tr\u00e8s jolie (alezan dor\u00e9), je l\u2019essaierai demain matin. Nous avons \u00e0 d\u00eener M\u00e8re C\u00e9leste, ancienne sup\u00e9rieure des religieuses du Saint-Sacrement d\u2019Ille, et sa ni\u00e8ce M\u00e8re Marie-Louise, qui est maintenant s\u00e9cularis\u00e9e&nbsp;; nous tombons sur le dos de Combes-le-d\u00e9froqu\u00e9 comme il convient.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 28 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons \u00e0 une messe que Bonne Maman fait dire pour le pauvre Bon papa dont c\u2019\u00e9tait aujourd\u2019hui la f\u00eate. Ensuite, j\u2019essaie la jument qu\u2019on ma propos\u00e9e hier, j\u2019en suis assez content, mais elle craint les \u00e9perons. Je me d\u00e9ciderai apr\u00e8s un nouvel essai \u00e0 3h&nbsp;; on nous annonce tout \u00e0 coup que Mme Denise Batlle<a href=\"#_ftn62\" id=\"_ftnref62\">[62]<\/a> vient de mourir subitement&nbsp;; nous allons tout de suite chez elle o\u00f9 on nous confirme la triste nouvelle&nbsp;; ce matin, nous lui avions parl\u00e9, elle avait assist\u00e9 \u00e0 la m\u00eame messe que nous et y avait communi\u00e9&nbsp;; elle est morte en moins d\u2019une heure d\u2019une attaque que rien ne faisait pr\u00e9voir&nbsp;; la Providence a de ces coups&nbsp;! Nous recevons une d\u00e9p\u00eache de Marie-Th\u00e9r\u00e8se nous annon\u00e7ant son arriv\u00e9e pour demain 3 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 29 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille avec la m\u00eame jument, elle va tr\u00e8s bien et comme l\u2019individu que j\u2019avais charg\u00e9 \u00e0 Ille de me chercher un cheval n\u2019en a pas trouv\u00e9, je vais la retenir. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Tata Mimi attendre Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du train de 3h \u00bd par une chaleur torride. Je fais faire toilette compl\u00e8te \u00e0 la jument \u00ab&nbsp;Belle&nbsp;\u00bb que j\u2019ai lou\u00e9e&nbsp;: on la ferre \u00e0 neuf, on lui coupe la queue, lui rase la crini\u00e8re, etc. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais prier un moment devant la d\u00e9pouille mortelle de Madame Batlle&nbsp;; elle n\u2019est nullement d\u00e9compos\u00e9e malgr\u00e9 la vive chaleur d\u2019aujourd\u2019hui et semble dormir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 30 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019assiste aux obs\u00e8ques de Madame Batlle&nbsp;: beaucoup de monde, pas de discours. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne au jardin pendant que Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Tata Mimi et Bonne Maman font des visites.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 31 ao\u00fbt 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, lundi 31 ao\u00fbt 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je ne puis pas faire ma promenade habituelle \u00e0 cheval, car, \u00e0 peine parti, je m\u2019aper\u00e7ois que la jument tracass\u00e9e par les mouches qui la harc\u00e8lent \u00e0 cause de la chaleur, ne veut pas ob\u00e9ir&nbsp;; aussi, je rentre presque tout de suite. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous nous promener en voiture \u00e0 Estoher et Espira.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Septembre 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 septembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 1<sup>er<\/sup> septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je monte \u00e0 cheval \u00e0 6h \u00bd du matin pour \u00e9viter la chaleur et les mouches auxquelles la jument est tr\u00e8s sensible&nbsp;; je vais \u00e0 Ille en passant par Boule et la Foun dal Boul\u00e8s&nbsp;; la jument va tr\u00e8s bien&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 Nossa.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/nossa2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"591\" height=\"373\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/nossa2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-218\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/nossa2.jpg 591w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/nossa2-300x189.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 591px) 100vw, 591px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Anciens thermes de Nossa (Vin\u00e7a), aujourd&rsquo;hui disparus pour l&rsquo;\u00e9tablissement du lac et barrage de Vin\u00e7a<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 2 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin avant 7 heures, je vais, \u00e0 cheval, \u00e0 Finestret et je reviens par le chemin de la route de Prades. L\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 une chaleur torride, nous allons tous en voiture \u00e0 Millas o\u00f9 nous voyons les Ferriol, puis \u00e0 La Ferri\u00e8re o\u00f9 nous voyons nos cousins de Barescut&nbsp;; nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a vers 7 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 3 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Prades o\u00f9 je vois mon cousin M. Emile Marie. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Ille o\u00f9 je fais deux commissions puis \u00e0 Boule o\u00f9 je touche les fermages de Joseph Jacomy et de Xatard&nbsp;; je vois, en m\u00eame temps, la vigne de la Grande F\u00e8che, qui est belle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 4 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, apr\u00e8s la messe o\u00f9 je fais la sainte communion, je vais tuer quelques oiseaux au jardin, puis je vais me baigner \u00e0 Nossa. L\u2019apr\u00e8s-midi, je reste dans la maison \u00e0 cause de la chaleur accablante.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 5 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je monte \u00e0 cheval \u00e0 7h&nbsp;; je d\u00e9jeune \u00e0 10h \u00bd et je pars pour Perpignan par le train de midi. \u00c0 Perpignan, je fais diverses commissions, puis je vais voir les Cornet, les Bonafos, les Lazerme&nbsp;; je rencontre dans la rue tous les Llamby&nbsp;; je retrouve aux Platanes Tante H\u00e9l\u00e8ne, Marthe et Th\u00e9r\u00e8se<a href=\"#_ftn63\" id=\"_ftnref63\">[63]<\/a>&nbsp;; je rentre par le train de 8 heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 12 septembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Palau-de-Cerdagne (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales), lundi 7 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Apr\u00e8s avoir assist\u00e9 aux offices du dimanche, j\u2019ai quitt\u00e9 Vin\u00e7a hier soir par le train de 8h \u00bc&nbsp;; \u00e0 Villefranche-de-Conflent, j\u2019ai pris une place de coup\u00e9 dans la diligence de Cerdagne, et, apr\u00e8s avoir assez bien dormi, je suis arriv\u00e9 \u00e0 Oss\u00e9ja \u00e0 6h \u00bd du matin&nbsp;; ce voyage en diligence, \u00e9vocateur de temps disparus, m\u2019a fait grand plaisir. Je suis all\u00e9 \u00e0 pied d\u2019Oss\u00e9ja \u00e0 Palau o\u00f9 m\u2019attendait le cur\u00e9, M. l\u2019abb\u00e9 Sarr\u00e8te<a href=\"#_ftn64\" id=\"_ftnref64\">[64]<\/a>, qui m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 venir le voir. Je vais faire une visite \u00e0 Monseigneur de Carsalade du Pont qui est en vill\u00e9giature dans une jolie villa \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Palau. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 Puigcerd\u00e0, petite ville espagnole et, l\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 la pluie, nous allons en voiture \u00e0 Angoustrine, o\u00f9 je photographie un Christ ancien fort curieux&nbsp;; je trouve dans la m\u00eame \u00e9glise un joli plat en cuivre tr\u00e8s ancien repr\u00e9sentant la chute originelle&nbsp;; le cur\u00e9 me le vend. Nous rentrons \u00e0 Palau \u00e0 7h du soir. Parmi les choses int\u00e9ressantes vues aujourd\u2019hui, il faut citer particuli\u00e8rement la maison de la famille de Descallar, dont je descends par Bonne Maman, et qui, vendue, sert aujourd\u2019hui de cercle commercial \u00e0 Puigcerd\u00e0&nbsp;; elle a encore tr\u00e8s grand air.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/073682.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"378\" height=\"571\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/073682.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-213\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/073682.jpeg 378w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/073682-199x300.jpeg 199w\" sizes=\"auto, (max-width: 378px) 100vw, 378px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maison de la famille Descallar \u00e0 Puigcerd\u00e0 (vue ancienne)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 9 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Hier matin, apr\u00e8s avoir servi la messe \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Sarr\u00e8te, je passe la matin\u00e9e avec lui \u00e0 voir les choses int\u00e9ressantes de Palau. L\u2019apr\u00e8s-midi, il y a v\u00eapres apr\u00e8s lesquelles je retourne voir Monseigneur et je vais \u00e0 Puigcerd\u00e0 o\u00f9 j\u2019assiste \u00e0 une procession. Je quitte palau \u00e0 7h \u00bd, et je prends la diligence \u00e0 Oss\u00e9ja \u00e0 9h \u00bc&nbsp;; je dors assez bien jusqu\u2019\u00e0 Villefranche o\u00f9 je suis arriv\u00e9 ce matin \u00e0 5h apr\u00e8s changement \u00e0 Mont-Louis&nbsp;; j\u2019\u00e9tais \u00e0 Vin\u00e7a avant 6 heures. J\u2019apprends, en arrivant, que Papa arrivera ce soir ici et que nous ne partons que demain pour Ille. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne au jardin. Le soir nous apprenons qu\u2019un accident de voiture est arriv\u00e9 \u00e0 Mlle Costenadal de Perpignan, \u00e0 sa s\u0153ur Mme de Roig, qui est un peu notre cousine<a href=\"#_ftn65\" id=\"_ftnref65\">[65]<\/a> et \u00e0 Mme Catala, sur la route de Valmanya&nbsp;; Bonne Maman va voir ces dames \u00e0 l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 elles sont descendues. Papa arrive \u00e0 8h du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 10 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, de Vin\u00e7a, je vais me promener \u00e0 cheval \u00e0 Espira&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de Joseph Cornet de Bosch, puis je pars pour Ille \u00e0 cheval&nbsp;; le reste de la famille arrive par le train de 7h. Le soir, nous commen\u00e7ons \u00e0 nous installer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 11 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Millas et je rentre par un chemin qui part de Neffiach et va rejoindre la route de Corb\u00e8re \u00e0 Ille. L\u2019apr\u00e8s-midi, Marie-Th\u00e9r\u00e8se recevant une lettre de Max (qui a s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a) lui disant qu\u2019il est assez enrhum\u00e9, est sur le point de partir pour Sainte-Croix, mais une d\u00e9p\u00eache de Max disant qu\u2019il est gu\u00e9ri la fait rester.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 12 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman arrive \u00e0 10h de Vin\u00e7a en voiture et nous allons tous d\u00e9jeuner \u00e0 La Ferri\u00e8re chez les Barescut&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je pars \u00e0 cheval pour Caladroy, mais la pluie m\u2019emp\u00eache d\u2019y arriver et je ne puis pas d\u00e9passer B\u00e9lesta.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 13 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons \u00e0 la grand\u2019messe et aux v\u00eapres. Nous apprenons que Maurice est admissible \u00e0 Saumur (je voudrais bien qu\u2019il f\u00fbt re\u00e7u) et que l\u2019oncle Xavier, \u00e0 la suite d\u2019une chute de bicyclette n\u00e9glig\u00e9e, \u00e0 un \u00e9panchement de synovie et a d\u00fb abandonner les grandes man\u0153uvres pour rentrer se soigner \u00e0 Verdun.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 septembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 14 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval dans la matin\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel. Nous partons tous \u00e0 midi pour Perpignan o\u00f9 nous attend une voiture qui nous m\u00e8ne \u00e0 Trouillas&nbsp;; au retour, nous nous arr\u00eatons chez Mme de Llamby \u00e0 Ponteilla&nbsp;; nous faisons quelques commissions \u00e0 Perpignan puis nous rentrons par le train de 7h3&nbsp;; nous faisons route avec le capitaine Michel de Llobet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 15 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Martin, puis je vais attendre M. Charouleau \u00e0 la gare&nbsp;; je choisis les \u00e9chantillons de mes v\u00eatements d\u2019hiver. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 2h \u00bd, je pars \u00e0 cheval pour B\u00e9lesta, j\u2019esp\u00e9rais aller avec le cur\u00e9 \u00e0 Caladroy, mais il est tr\u00e8s enrhum\u00e9 et ne peut pas sortir&nbsp;; je suis forc\u00e9 de remettre \u00e0 un autre jour ma visite \u00e0 Caladroy&nbsp;; il me tarde pourtant bien d\u2019y aller&nbsp;! Depuis hier, retentit dans tous les journaux catholiques un long cri d\u2019indignation contre la c\u00e9r\u00e9monie sacril\u00e8ge auquel le monstre \u00e0 forme humaine qui a nom Combes s\u2019est livr\u00e9 \u00e0 Tr\u00e9guier, en inaugurant, entour\u00e9 de sa valetaille minist\u00e9rielle et de ses apaches d\u00e9guis\u00e9s en Bretons, le monument de l\u2019apostat Renan. C\u2019est une injure directe \u00e0 la religion de 38.000.000 de Fran\u00e7ais que ce monument \u00e9lev\u00e9 en plein pays breton en face de la cath\u00e9drale de Tr\u00e9guier, \u00e0 l\u2019insulteur du Christ&nbsp;; le D\u00e9froqu\u00e9, pendant tout son trajet en Bretagne, a \u00e9t\u00e9 siffl\u00e9 comme il le m\u00e9ritait et il a pu par l\u00e0 juger des sentiments de la Bretagne \u00e0 son \u00e9gard&nbsp;; du reste, il les soup\u00e7onnait si bien que pas une minute il n\u2019a \u00e9t\u00e9 en contact avec la population dont une for\u00eat de ba\u00efonnettes le s\u00e9parait&nbsp;; mais si on n\u2019a pas pu l\u2019\u00e9charper, du moins l\u2019a-t-on vigoureusement siffl\u00e9 et conspu\u00e9&nbsp;! Dieu, peut-\u00eatre, sera assez bon pour ne pas punir la France du sacril\u00e8ge que viennent de commettre ceux qui se disent ses gouvernants&nbsp;; prions pour qu\u2019il en soit ainsi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 16 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais en promenade \u00e0 cheval \u00e0 Boule et \u00e0 Rod\u00e8s o\u00f9 j\u2019esp\u00e9rais voir Joseph Cornet, mais il n\u2019y est pas. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allions Tata Mimi, Maman et moi, partir pour Boule par le train de 3h, lorsqu\u2019en voulant franchir le ruisseau qui est \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du jardin de Baillot pr\u00e8s de la gare, Tata Mimi tombe, se foule le pied et nous sommes forc\u00e9s de rentrer \u00e0 la maison&nbsp;; l\u2019accident de Tata Mimi lui impose plusieurs jours de repos. Vers 4h \u00bd, je fais une promenade dans la campagne avec Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 17 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019assiste \u00e0 la messe que Papa et Maman font dire pour c\u00e9l\u00e9brer le vingt-deuxi\u00e8me anniversaire de leur mariage&nbsp;; ensuite, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re o\u00f9 Pierre Pull, le m\u00e9tayer, me fait visiter les vignes o\u00f9 la r\u00e9colte n\u2019est pas merveilleuse. L\u2019apr\u00e8s-midi, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, qui part le samedi matin, offre le th\u00e9 \u00e0 quelques jeunes filles d\u2019Ille, les demoiselles Batlle<a href=\"#_ftn66\" id=\"_ftnref66\">[66]<\/a>, Roca<a href=\"#_ftn67\" id=\"_ftnref67\">[67]<\/a> et Truill\u00e8s<a href=\"#_ftn68\" id=\"_ftnref68\">[68]<\/a>&nbsp;; en m\u00eame temps, nous avons tous nos cousins de Barescut et M. le cur\u00e9, on mange et on boit ferme, on chante un peu et M. de Barescut d\u00e9clame&nbsp;; on s\u2019en va vers 6 heures&nbsp;; et, le soir, nous assistons aux complies et aux <em>goigs<\/em> de Saint-Ferr\u00e9ol.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 18 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Vin\u00e7a chercher de la consoude pour les estoupades de Tata Mimi qui souffre toujours de son pied&nbsp;; j\u2019apprends que M. le cur\u00e9 de Vin\u00e7a s\u2019est enfin d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 donner sa d\u00e9mission que Monseigneur vient d\u2019accepter et Monseigneur lui offre en meme temps que le camail de chanoine honoraire dans une lettre tr\u00e8s \u00e9logieuse que le cur\u00e9 me fait lire&nbsp;; cette bonne paroisse de Vin\u00e7a va donc enfin avoir un cur\u00e9 un peu actif. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 cheval au ch\u00e2teau de Caladroy en passant par Millas&nbsp;; je suis re\u00e7u tr\u00e8s aimablement par Madame Delebart<a href=\"#_ftn69\" id=\"_ftnref69\">[69]<\/a> qui me pr\u00e9sente \u00e0 deux de ses gendres et \u00e0 M. Delebart qui arrivait de Perpignan au moment m\u00eame o\u00f9 j\u2019allais quitter Caladroy. Je rentre \u00e0 Ille \u00e0 7h&nbsp;; je trouve toute la maison affol\u00e9e de mon l\u00e9ger retard&nbsp;: les uns me cherchent d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les autres d\u2019un autre&nbsp;; enfin, on finit par avertir tout le monde de mon heureuse arriv\u00e9e et je puis raconter ma charmante promenade.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/chateau-de-caladroy-vue-aerienne-belesta.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"574\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/chateau-de-caladroy-vue-aerienne-belesta-1024x574.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-216\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/chateau-de-caladroy-vue-aerienne-belesta-1024x574.jpeg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/chateau-de-caladroy-vue-aerienne-belesta-300x168.jpeg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/chateau-de-caladroy-vue-aerienne-belesta-768x430.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/chateau-de-caladroy-vue-aerienne-belesta.jpeg 1531w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Caladroy (vue actuelle)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 19 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Millas o\u00f9 je me prom\u00e8ne pendant une heure aux environs du pont&nbsp;; je suis de retour \u00e0 Ille vers 11h \u00bc&nbsp;; Marie-Th\u00e9r\u00e8se est partie par le premier train pour P\u00e9rigueux o\u00f9 elle va retrouver son mari&nbsp;; ils assisteront mardi \u00e0 Agonac au mariage de leur cousine Mlle Marguerite de La Bardonnie avec M. Motas d\u2019Estreux, enseigne de vaisseau, fils du g\u00e9n\u00e9ral en retraite<a href=\"#_ftn70\" id=\"_ftnref70\">[70]<\/a> que Bon Papa avait beaucoup connu quand il \u00e9tait colonel \u00e0 Perpignan. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec Maman. Tata Mimi ne va pas mieux, elle \u00e9prouve de plus en plus de difficult\u00e9s pour marcher. Papa rentre \u00e0 8h de Perpignan o\u00f9 il a pass\u00e9 la journ\u00e9e&nbsp;; il a vendu le vin de Bouletern\u00e8re, qui n\u2019est pas encore fait, au prix de 2 fr. 60 le degr\u00e9 \u00e0 l\u2019hectolitre, en sorte que si le vin p\u00e8se 11\u00b0, cela fera 28 fr. 60 l\u2019hectolitre, ce qui est un excellent prix.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Motas_dHestreux.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"280\" height=\"391\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Motas_dHestreux.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-214\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Motas_dHestreux.jpg 280w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Motas_dHestreux-215x300.jpg 215w\" sizes=\"auto, (max-width: 280px) 100vw, 280px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">G\u00e9n\u00e9ral Eug\u00e8ne Motas d&rsquo;Hestreux (1832-1919)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 20 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de sept heures \u00e0 l\u2019H\u00f4pital&nbsp;; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe&nbsp;; Bonne Maman arrive \u00e0 11h pour soigner le pied de Tata Mimi qui va aujourd\u2019hui un peu mieux, elle lui met une bonne estoupade&nbsp;; apr\u00e8s v\u00eapres, je vais me promener avec Papa dans la campagne&nbsp;; le soir apr\u00e8s d\u00eener, M. le cur\u00e9, le vicaire et l\u2019abb\u00e9 Pla viennent prendre le th\u00e9 avec nous.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 27 septembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 21 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je voulais ce matin retourner \u00e0 Millas avec ma b\u00e9cane, mais comme il pleut un peu, ce serait un voyage inutile&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, la bruine continuant, je ne peux pas monter \u00e0 cheval&nbsp;; je vais me promener un moment avec Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 22 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a plu tr\u00e8s fort toute la nuit et une partie de la matin\u00e9e&nbsp;; donc, impossible de sortir&nbsp;; vers 11h, je vais seulement mesurer la quantit\u00e9 de pluie tomb\u00e9e \u00e0 la barri\u00e8re du chemin de fer, je trouve 52mm, c\u2019est beaucoup en une nuit, il n\u2019en faudrait pas davantage pour les vignes&nbsp;; heureusement le temps se coupe. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Boule o\u00f9 je me fais montrer par Antoine B\u00f4, le fermier de Tata Mimi, les parties de sa maison pour lesquelles il a demand\u00e9 des r\u00e9parations \u00e0 Tata Mimi&nbsp;; je rentre par la route de Corb\u00e8re. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous recevons un mot de Bonne Maman nous annon\u00e7ant que Mme de Llobet, qui est en ce moment \u00e0 Vin\u00e7a, est au plus mal&nbsp;; Maman ira la voir demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 23 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je reviens me promener pendant plus d\u2019une heure \u00e0 bicyclette au-del\u00e0 du pont de Millas sur la route de Caladroy. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 pied&nbsp;; nous allons voir les vignes qu\u2019on vendange la semaine prochaine. \u00c0 notre retour, Maman qui arrive de Vin\u00e7a nous annonce la mort de Mme de Llobet<a href=\"#_ftn71\" id=\"_ftnref71\">[71]<\/a>, c\u2019est une bien bonne et bien sainte dame qui s\u2019en va&nbsp;! M. le cur\u00e9 vient passer la soir\u00e9e avec nous.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/img184o.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"638\" height=\"1022\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/img184o.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-215\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/img184o.jpg 638w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/img184o-187x300.jpg 187w\" sizes=\"auto, (max-width: 638px) 100vw, 638px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Joseph de Llobet et son \u00e9pouse Gabrielle de Chefdebien, morte en 1903 \u2013&nbsp;Collection famille de Llobet (Institut du Grenat)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 24 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 cheval \u00e0 Boule o\u00f9 on vendange&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, avec papa, nous allons en voiture \u00e0 Trouillas o\u00f9 on vendange \u00e0 la vigne de la Font-Rouge qui est en augmentation sensible sur l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re comme quantit\u00e9&nbsp;; au retour, nous nous arr\u00eatons cinq minutes \u00e0 Corb\u00e8re o\u00f9 Papa s\u2019entend d\u00e9finitivement avec le fermier Pull pour la vente du vin&nbsp;; il accepte de vendre \u00e0 la maison Carbonell, de Perpignan, au m\u00eame prix qu\u2019\u00e0 oule, c\u2019est-\u00e0-dire 2 fr. 60 le degr\u00e9 \u00e0 l\u2019hectolitre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 25 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h20, nous partons tous en voiture (m\u00eame Tata Mimi qui a commenc\u00e9 \u00e0 sortir hier) pour Vin\u00e7a o\u00f9 nous assistons au service fun\u00e8bre de Madame de Llobet&nbsp;; le deuil est conduit par son fils a\u00een\u00e9 M. Charles de Llobet que Papa accompagne&nbsp;; moi, j\u2019accompagne M. de Massia&nbsp;; Maman, Mlle de Llobet&nbsp;; Bonne Maman, Mme du Lac<a href=\"#_ftn72\" id=\"_ftnref72\">[72]<\/a>&nbsp;; je retrouve Joseph Cornet et Ren\u00e9 de Chefdebien venus pour ce service&nbsp;; apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, le corps par en corbillard pour Perpignan o\u00f9 auront lieu les obs\u00e8ques solennelles \u00e0 Saint-Jean&nbsp;; Papa y assistera et y repr\u00e9sentera la famille. Nous restons \u00e0 d\u00e9jeuner \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; Bonne Maman invite aussi Joseph Cornet qui nous raconte que Pierre a renvers\u00e9 avant-hier avec son automobile un individu pr\u00e8s de Terrats&nbsp;; contrairement \u00e0 ce que disaient les journaux, l\u2019accident n\u2019est pas grave. Nous rentrons \u00e0 Ille en voiture. Je vais voir \u00e0 Ille Mme Bartre qui m\u2019a fait appeler pour me communiquer, dit-elle, un secret&nbsp;; cela m\u2019intrigue beaucoup&nbsp;: elle me dit qu\u2019on lui a annonc\u00e9 mon prochain (?) mariage avec Mlle Delebart, de Caladroy&nbsp;; comme elle est au moins la 10<sup>\u00e8me<\/sup> personne \u00e0 me dire cela depuis quinze jours, et que ce bruit court depuis le mois d\u2019avril, je veux rechercher qui l\u2019a mis en circulation&nbsp;; ce qui est certain, c\u2019est que l\u2019id\u00e9e ne serait pas mauvaise (si la jeune fille me pla\u00eet bien entendu), car cette famille a acquis dans l\u2019industrie, le plus honn\u00eatement du monde, une fortune colossale (les appr\u00e9ciations varient, on parle de 20 \u00e0 60 millions)&nbsp;; de plus, elle est tr\u00e8s bien-pensante et admirablement pos\u00e9e \u00e0 Lille&nbsp;; ce sera une chose \u00e0 examiner&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 26 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa part par le train de 6h pour Perpignan o\u00f9 il repr\u00e9sentera la famille aux obs\u00e8ques de Madame de Llobet \u00e0 Saint-Jean. Dans la matin\u00e9e, je vais me promener \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Neffiach et de Saint-Michel. \u00c0 midi, j\u2019accompagne \u00e0 la gare Tata Mimi qui va \u00e0 Perpignan&nbsp;; \u00e0 8h du soir, je vais l\u2019attendre \u00e0 la gare&nbsp;; elle arrive avec Papa. Papa et Tata Mimi nous font part (en grand secret) du bruit qu\u2019on se communique \u00e0 mots couverts \u00e0 Perpignan&nbsp;: un complot bonapartiste serait sur le point d\u2019\u00e9clater, favoris\u00e9 par la haute finance juive enfin alarm\u00e9e des progr\u00e8s du socialisme qu\u2019elle a tant contribu\u00e9 \u00e0 faire monter au pouvoir&nbsp;! Je ne suis certes pas suspect d\u2019enthousiasme pour la cause imp\u00e9riale, car je suis convaincu que seule une restauration de la royaut\u00e9 l\u00e9gitime et traditionnelle peut assurer \u00e0 la France un rel\u00e8vement durable, tout le reste&nbsp;: empire, dictature, r\u00e9publique pl\u00e9biscitaire etc. n\u2019a que la valeur d\u2019exp\u00e9dients&nbsp;; cependant, comme j\u2019estime que rien ne peut \u00eatre pire que le r\u00e9gime actuel, je serais tr\u00e8s content pour la France d\u2019un changement qui, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019ordre moral, sauvegarderait au moins l\u2019ordre mat\u00e9riel&nbsp;; et puisqu\u2019il est d\u00e9sormais d\u00e9montr\u00e9 que la R\u00e9volution est destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre sans cesse ballott\u00e9e entre la dictature et la d\u00e9magogie sans pouvoir jamais fonder un r\u00e9gime stable, j\u2019estime qu\u2019une restauration bonapartiste qui assainirait pour quelque temps le pouvoir serait un grand bienfait. Mieux vaut encore la dictature que la d\u00e9magogie&nbsp;; en attendant le seul r\u00e9gime sauveur et restaurateur&nbsp;: la royaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 27 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 v\u00eapres, apr\u00e8s quoi je vais en visite avec Papa et Maman chez la marquise de Dax<a href=\"#_ftn73\" id=\"_ftnref73\">[73]<\/a>, que nous rencontrons, Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za<a href=\"#_ftn74\" id=\"_ftnref74\">[74]<\/a> et la baronne de Rolland<a href=\"#_ftn75\" id=\"_ftnref75\">[75]<\/a> que nous ne rencontrons pas et M. le cur\u00e9 que nous rencontrons. Apr\u00e8s d\u00eener, nous allons chez les demoiselles Mathieu o\u00f9 il y a aussi Mme et Mlles Batlle, Mme Roussin et ses filles, Mme de Dax, son fils et ses filles&nbsp;; on danse un peu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 30 septembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 28 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette sur la route de Millas \u00e0 Estagel&nbsp;; j\u2019en reviens bredouille&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous en voiture \u00e0 Corb\u00e8re&nbsp;; pendant que nous sommes aux vignes, nous apprenons que nous avons eu la visite \u00e0 Ille de Mme de Balanda<a href=\"#_ftn76\" id=\"_ftnref76\">[76]<\/a>, qui est m\u00eame venue jusqu\u2019\u00e0 Corb\u00e8re avec sa voiture pour t\u00e2cher de nous rencontrer, mais nous ne l\u2019avons pas rencontr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 29 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons tous \u00e0 10h \u00bd et nous allons accompagner \u00e0 la gare Tata Mimi qui part pour Montpellier et Paris par le train de midi. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa en voiture \u00e0 Saint-Michel dont c\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate, nous rentrons \u00e0 4h et nous ressortons un moment avec Maman. Je re\u00e7ois une carte de Joseph Cornet m\u2019invitant \u00e0 aller passer chez lui \u00e0 Rod\u00e8s la journ\u00e9e de jeudi. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 30 septembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener avec Papa \u00e0 la vigne du chemin de Boule o\u00f9 l\u2019on vendange. L\u2019apr\u00e8s-midi, Papa, Maman et moi nous allons en promenade \u00e0 La Ferri\u00e8re o\u00f9 nous trouvons non seulement les Barescut, mais une nombreuse soci\u00e9t\u00e9&nbsp;: un p\u00e8re carme, le baron et la baronne de Rolland, les Roca, les Batlle etc.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Octobre 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 octobre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 1<sup>er<\/sup> octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars vers 10h \u00e0 bicyclette pour Rod\u00e8s o\u00f9 je suis vers 10h \u00bd, je cause pendant pr\u00e8s de deux heures avec Joseph avant le d\u00e9jeuner&nbsp;; Tante Isabelle est \u00e0 Rod\u00e8s en ce moment&nbsp;; je repars pour Vin\u00e7a \u00e0 2h \u00bd et je passe le reste de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Vin\u00e7a avec Papa et Maman qui y sont venus par le train de 10h \u00bd&nbsp;; je rentre \u00e0 Ille avec Papa seulement par le train de 7h.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 2 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me confesse et je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate du premier vendredi du mois&nbsp;; ensuite, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 B\u00e9lesta&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec papa \u00e0 Boule par le train de 3h pour rejoindre Maman qui arrivera de Vin\u00e7a par celui de 3h \u00bd&nbsp;; \u00e0 la gare de Boule, nous causons avec les Cornet qui prennent le train d\u2019o\u00f9 Maman descend&nbsp;; nous rentrons tous les trois \u00e0 Ille par le vieux chemin de Boule.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 3 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la grande maison examiner quelques vieux papiers. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette au-del\u00e0 de Millas sur la route d\u2019Estagel et de Caladroy&nbsp;; c\u2019est la 4<sup>\u00e8me<\/sup> fois en deux semaines et, cette fois, mon voyage n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inutile puisque je rencontre la jolie charrette anglais que conduisait elle-m\u00eame Mlle Ren\u00e9e Delebart que je r\u00e9ussis enfin \u00e0 voir&nbsp;; je m\u2019arrange pour la croiser quatre fois en vingt minutes dans las rues de Millas&nbsp;; ensuite, quand elle a repris la route de Caladroy, je vais voir les Ferriol. \u00c0 mon retour \u00e0 Ille, je trouve l\u2019oncle Xavier qui vient d\u2019arriver pour quelques jours&nbsp;; il a vendu son vin de Pia (environ 6500 hectolitres pesant pr\u00e8s de 10\u00b0 \u00e0 2 fr. 75 le degr\u00e9)&nbsp;; il ira faire une saison \u00e0 Am\u00e9lie-les-Bains pour achever de r\u00e9tablir son genou qui se remet encore de sa chute de bicyclette du 16 ao\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 4 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 7h \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate du Rosaire&nbsp;; nous retournons \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons une foule de visites et nous ne pouvons sortir qu\u2019un petit moment. Le soir, M. le cur\u00e9 vient prendre le th\u00e9&nbsp;; l\u2019oncle Xavier nous int\u00e9resse beaucoup par ses souvenirs de l\u2019affaire Dreyfus \u00e0 laquelle il a parfois \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9, dans une part modeste cependant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 octobre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 5 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous faisons tous la sainte communion pour attirer les b\u00e9n\u00e9dictions du Ciel sur l\u2019examen de Philom\u00e8ne qui se pr\u00e9sente aujourd\u2019hui \u00e0 Quimper au brevet simple&nbsp;; esp\u00e9rons qu\u2019elle va r\u00e9parer son \u00e9chec du mois de juin&nbsp;! \u00c0 9h, je pars avec Papa pour Saint-Maurice o\u00f9 tout Ille se r\u00e9unit aujourd\u2019hui&nbsp;; apr\u00e8s la grand\u2019messe, nous d\u00e9jeunons avec M. le cur\u00e9 (et son neveu Rodolphe Bonet) qui nous avait invit\u00e9s&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s le chant des <em>goigs<\/em>, nous allons, avec notre cousin le comte de Descallar<a href=\"#_ftn77\" id=\"_ftnref77\">[77]<\/a>, visiter le ch\u00e2teau de Corb\u00e8re, puis nous rentrons \u00e0 Ille par Corb\u00e8re du milieu. Au retour, l\u2019oncle Xavier nous annonce qu\u2019il est oblig\u00e9 de partir pour Pia afin de r\u00e9soudre une difficult\u00e9 au sujet de la vente de son vin&nbsp;; il reviendra peut-\u00eatre dans quelques jours&nbsp;; nous allons l\u2019accompagner \u00e0 la gare, et nous voyons en m\u00eame temps descendre du train Maman qui est all\u00e9e passer l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Vin\u00e7a. Aucune d\u00e9p\u00eache de Philom\u00e8ne n\u2019arrive ce soir&nbsp;; il ne fait pas s\u2019en inqui\u00e9ter, car il lui \u00e9tait tr\u00e8s difficile de t\u00e9l\u00e9graphier ce soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 6 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute la matin\u00e9e, nous attendons le petit bleu qui doit nous annoncer que Philo est admissible&nbsp;; vers 1\u00e0h, nous commen\u00e7ons \u00e0 \u00eatre vraiment inquiets, nous allons nous promener aux Escatllas car jusqu\u2019\u00e0 2h, nous n\u2019avons plus aucune chance de recevoir une d\u00e9p\u00eache&nbsp;; si la proclamation de l\u2019admissibilit\u00e9 a eu bien lieu hier, Philo est refus\u00e9e&nbsp;; si elle n\u2019a lieu qu\u2019aujourd\u2019hui \u00e0 11h, nous ne pourrons recevoir la d\u00e9p\u00eache qu\u2019\u00e0 2h au moment de la r\u00e9ouverture du t\u00e9l\u00e9graphe&nbsp;; 2h, 3h, 4h passent et aucune d\u00e9p\u00eache n\u2019arrive&nbsp;!!! Nous ne nous faisons plus aucune illusion, c\u2019est un second \u00e9chec&nbsp;; la malheureuse Philo voulant r\u00e9parer son \u00e9chec du mois de juin, l\u2019a doubl\u00e9&nbsp;! Je pars avec Maman par le dernier train pour Vin\u00e7a o\u00f9 sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9 demain matin le service fun\u00e8bre pour le 8<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de la mort du pauvre Bon Papa&nbsp;; Bonne Maman est constern\u00e9e de l\u2019\u00e9chec de Philo.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 7 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 7h, avec Bonne Maman et Maman, je fais la sainte communion pour Bon Papa&nbsp;; Papa arrive par le train de 7h&nbsp;; \u00e0 8h, on chante le <em>canta<\/em>&nbsp;; \u00e0 10h, nous allons au cimeti\u00e8re prier sur la tombe de notre cher grand\u2019p\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, je r\u00e8gle la note au propri\u00e9taire de la jument que je montais, car il l\u2019a tellement ab\u00eem\u00e9e pendant les quelques jours qu\u2019il l\u2019a gard\u00e9e pour ses vendanges que je ne pourrai plus la monter, au moins de plusieurs jours&nbsp;; cela me contrarie beaucoup&nbsp;; je vais avec Amiel voir les ch\u00eanes-li\u00e8ges de Bente Farine&nbsp;; ceux qui ont bien pris poussent r\u00e9guli\u00e8rement, mais il y a des manquants qu\u2019il faudra remplacer&nbsp;; nous rentrons \u00e0 Ille par le train de 7h et nous trouvons une carte postale de Philo qui nous confirme son \u00e9chec&nbsp;; sur 62 ou 54 qui se sont pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Quimper, 28 seulement sont admissibles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 8 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bd et nous partons \u00e0 midi pour Perpignan o\u00f9 nous avons des commissions et des visites \u00e0 faire. Je me fais couper les cheveux&nbsp;; Papa et Maman vont voir Monseigneur pour lui parler de moi. Monseigneur, en effet, conna\u00eet beaucoup la famille Delebart chez qui il a fait plusieurs s\u00e9jours&nbsp;; Papa lui demande si vraiment, comme on nous l\u2019a dit, M. et Mme Delebart ont l\u2019intention de marier leur plus jeune fille dans ce pays-ci&nbsp;; il lui fait part des bruits qui courent de tous c\u00f4t\u00e9s \u00e0 mon sujet et dont nous cherchons vainement l\u2019origine, et le prie, si la chose est possible, de parler de moi \u00e0 la famille Delebart. Monseigneur r\u00e9pond que M. et Mme Delebart tiennent essentiellement \u00e0 marier leur fille dans le pays et qu\u2019ils cherchent avant tout un jeune homme \u00e9lev\u00e9 dans des sentiments religieux&nbsp;; au point de vue de la fortune, il ne conna\u00eet pas leurs pr\u00e9tentions. Sa Grandeur assure \u00e0 Papa et \u00e0 Maman qu\u2019elle parlera de moi et qu\u2019elle fera mon \u00e9loge&nbsp;; la chose est donc en bonne voie&nbsp;; le tout est de savoir si la famille Delebart, puissamment riche elle-m\u00eame, cherchera la fortune&nbsp;; si oui, je n\u2019ai aucune chance, car \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, nous sommes pauvres&nbsp;; si elle ne cherche pas la fortune, j\u2019ai de grandes chances, car Mlle Ren\u00e9e \u00e9tant tr\u00e8s jeune (17 ou 18 ans, croit Monseigneur), il est probable que M. et Mme Delebart attendraient volontiers quelques ann\u00e9es. Et puis, ajoute Monseigneur, si Dieu le veut, cela se fera&nbsp;; c\u2019est ce qu\u2019il faut se dire, et il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 attendre. Je n\u2019ai fait qu\u2019entrevoir Mlle Ren\u00e9e, elle m\u2019a paru fort bien, mais une entrevue plus longue serait n\u00e9cessaire, car je ne consentirai jamais \u00e0 \u00e9pouser une jeune fille qui ne me plairait pas, quelle que soit sa fortune&nbsp;; le principal dans un mariage, c\u2019est qu\u2019on se plaise. Nous allons voir les Cornet, les Lutrand, je vais voir aussi Carlos que je ne rencontre pas, mais nous voyons son p\u00e8re dans la rue. Au retour, comme \u00e0 l\u2019all\u00e9e, nous faisons route avec mon oncle de Barescut.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 9 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 10h \u00bc, je vais attendre \u00e0 la gare Charouleau qui vient nous essayer nos costumes d\u2019hiver&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais le raccompagner au train de 4h, puis Papa, Maman et moi allons nous promener \u00e0 Saint-Martin&nbsp;; le soir, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 10 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons attendre Bonne Maman qui arrive par le train de 4h, ensuite avec Maman et elle, je vais me promener&nbsp;; Bonne Maman passera 3 jours ici, elle ne pourra pas rester davantage \u00e0 cause de la prochaine arriv\u00e9e de l\u2019oncle Paul \u00e0 Vin\u00e7a. Le soir, nous faisons nos adieux \u00e0 l\u2019oncle Xavier qui, arriv\u00e9 hier soir de Toulouse o\u00f9 il a arrang\u00e9 son affaire avec son marchand de vins, part demain matin pour Am\u00e9lie-les-Bains.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 11 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons \u00e0 tous les offices&nbsp;; apr\u00e8s v\u00eapres, nous allons nous promener du c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re. Apr\u00e8s d\u00eener, le cur\u00e9, le vicaire et les demoiselles Mathieu viennent prendre le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 octobre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 12 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener avec Papa du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Martin. L\u2019apr\u00e8s-midi je retourne \u00e0 bicyclette sur la route de Millas \u00e0 Caladroy o\u00f9 je ne tarde pas \u00e0 voir passer la charrette anglais conduite par Mlle Ren\u00e9e Delebart qui va, tous les jours, prendre le courrier \u00e0 Millas&nbsp;; je la croise \u00e0 l\u2019aller et au retour.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 13 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Martin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa, Maman et Bonne Maman \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 des demoiselles Mathieu. Nous avons la visite de M. J. Bertrand de Balanda.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 14 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener avec Papa du c\u00f4t\u00e9 de Boule. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de M. Emile Marie<a href=\"#_ftn78\" id=\"_ftnref78\">[78]<\/a> \u00e0 qui je montre de vieux papiers sur la famille de Corneilla \u00e0 laquelle la sienne est alli\u00e9e, puis je vais avec Papa me promener sur les restes de Casenove. C\u2019est aujourd\u2019hui le 21<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de ma naissance et le 14<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de ma gu\u00e9rison&nbsp;; en reconnaissance, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00bc que M. le cur\u00e9 dit \u00e0 nos intentions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 15 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 9h \u00e0 la grand\u2019messe qu\u2019on chante \u00e0 la chapelle du Carmel en l\u2019honneur de la f\u00eate de Sainte Th\u00e9r\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 B\u00e9lesta.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 16 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais avec Joseph Batlle le tour du jardin de la gare&nbsp;; il me fait voir les superbes p\u00e9pini\u00e8res qu\u2019il y a install\u00e9es. Ce beau et grand jardin va \u00eatre prochainement entam\u00e9, car Papa se d\u00e9cide \u00e0 vendre par parcelles \u00e0 6 fr. le m\u00e8tre carr\u00e9 les deux c\u00f4t\u00e9s du jardin donnant sur la route de Corb\u00e8re comme terrain \u00e0 b\u00e2tir&nbsp;; plus tard m\u00eame, on tracera \u00e0 travers le jardin une large avenue qui fera communiquer la ville avec la gare. L\u2019apr\u00e8s-midi, Bonne Maman nous quitte par le train de 3h&nbsp;; nous avons la visite de Tante Isabelle et de Pierre, venus en automobile, et, plus tard, celle de M. le cur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 17 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Ille, je vais me promener dans la campagne&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je rencontre Maurice de Barescut arriv\u00e9 avant-hier d\u2019Alger&nbsp;; il a 1 mois de cong\u00e9&nbsp;; je vais me promener \u00e0 R\u00e9gleilles en franchissant la rivi\u00e8re sur des pierres. Par le train de 8h, je pars avec Maman pour Vin\u00e7a o\u00f9 nous resterons jusqu\u2019\u00e0 la fin de notre s\u00e9jour en Roussillon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 18 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons aux offices et nous nous promenons un peu malgr\u00e9 le vent fort et froid.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 octobre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 19 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, il fait beau et chaud&nbsp;; le matin, je tire quelques oiseaux au grand jardin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Boule \u00e0 bicyclette.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 20 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je ne sors pas&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Jules Sabat\u00e9 et son fils \u00e0 la chasse au lapin pour rentrer bredouille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 21 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019oncle Paul arrive pour quelques jours par le train de 7h \u00e0 8h 1\/2&nbsp;; je pars en omnibus pour Ille o\u00f9 c\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle&nbsp;; j\u2019am\u00e8ne le vicaire qui doit y chanter la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec papa au jardin de la gare voir sur place quelles sont les parcelles vendues. Apr\u00e8s v\u00eapres, je vois un moment l\u2019oncle Xavier qui arrive d\u2019Am\u00e9lie et qui repart demain pour Pia, Paris et Verdun. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 6h \u00bd, ramenant le cur\u00e9 de Rod\u00e8s et le vicaire de Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 22 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Finestret o\u00f9 je visite la maison hospitali\u00e8re Saint-Marcel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 23 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais replacer dans le grand jardin le pluviom\u00e8tre qu\u2019on avait enlev\u00e9&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019essaie de tirer quelques oiseaux au jardin, pas longtemps car il fait froid.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 24 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, l\u2019oncle Paul, ayant pass\u00e9 tr\u00e8s mauvaise nuit, ne se l\u00e8ve pas, il a une forte migraine et un peu de fi\u00e8vre&nbsp;; je vais faire placer \u00e0 Bente Farine un poteau pour en remplacer un qui a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Corb\u00e8re o\u00f9 je prends, dans chaque vigne, un peu de terre que je ferai analyser \u00e0 Angers pour savoir quel engrais leur convient, puis \u00e0 Ille o\u00f9 je vois Papa qui me dit qu\u2019il a eu, ces jours-ci, des difficult\u00e9s avec Joseph Batlle, le fermier du jardin de la gare, au sujet de la vente de ce jardin par parcelles&nbsp;; son bail expirant ces jours-ci, on pourrait, en stricte justice, le sommer de quitter la propri\u00e9t\u00e9&nbsp;; mais, par humanit\u00e9, Papa lui donnera un assez long d\u00e9lai afin qu\u2019il puisse \u00e9couler les arbres de ses p\u00e9pini\u00e8res&nbsp;; de plus, il va entrer en pourparlers avec d\u2019autres fermiers, afin de lui permettre d\u2019\u00e9tablir ses p\u00e9pini\u00e8res sur d\u2019autres champs, et, tr\u00e8s probablement, il lui vendra \u00e0 8 fr. le m\u00e8tre carr\u00e9 20 ares de terrain autour de la maison qui, elle, lui sera laiss\u00e9e par-dessus le march\u00e9&nbsp;; je suis de retour \u00e0 Vin\u00e7a vers 5h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 25 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h \u00bd, je fais la sainte communion&nbsp;; je vais aux autres offices&nbsp;; Papa passe la matin\u00e9e avec nous&nbsp;; il s\u2019en retourne en voiture \u00e0 11h \u00bd&nbsp;; l\u2019once Paul se l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 30 octobre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 26 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars avec Maman, par le train de midi, pour Perpignan. Etonn\u00e9 de ne rien savoir encore au sujet des informations que Monseigneur a d\u00fb prendre aupr\u00e8s de la famille Delebart chez qui il \u00e9tait sur le point d\u2019aller passer quelques jours lorsque Papa et Maman sont all\u00e9s le voir, je prends le parti d\u2019aller moi-m\u00eame chez Monseigneur. Celui-ci me re\u00e7oit tr\u00e8s aimablement, mais il me dit que diff\u00e9rentes choses, notamment un voyage qu\u2019il a d\u00fb faire dans le Gers, l\u2019ont emp\u00each\u00e9 d\u2019accepter l\u2019invitation des Delebart&nbsp;; tout s\u2019explique donc&nbsp;; si Monseigneur ne nous a rien dit, c\u2019est qu\u2019il ne sait encore rien&nbsp;; il me promet de prendre les informations et de faire les d\u00e9marches que nous lui demandons la prochaine fois qu\u2019il ira passer quelque temps \u00e0 Caladroy, c\u2019est-\u00e0-dire quand la famille Delebrat y reviendra, car elle part elle-m\u00eame, ces jours-ci&nbsp;; la chose lui sera facile, M. et Mme Delebart lui ayant fait part plusieurs fois de leur intention arr\u00eat\u00e9e de marier leur fille Ren\u00e9e avec un jeune homme du pays et bon chr\u00e9tien. Quand ces d\u00e9marches pourront-elles \u00eatre faites&nbsp;? Je n\u2019en sais rien&nbsp;; ce qui est s\u00fbr, c\u2019est que l\u2019affaire est en bonnes mains&nbsp;; il n\u2019y a donc qu\u2019\u00e0 attendre patiemment et s\u2019en remettre \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu. Je vais avec Maman voir, chez le peintre Blanquer, le portrait de l\u2019oncle Philippe qui est bien en train&nbsp;; je vais voir seul Carlos de Lazeme que je ne rencontre pas, puis avec Maman, les De Guardia et les Lutrand que nous rencontrons. Nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bc.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/WhatsApp-Image-2025-10-26-at-13.21.06.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/WhatsApp-Image-2025-10-26-at-13.21.06-768x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-217\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/WhatsApp-Image-2025-10-26-at-13.21.06-768x1024.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/WhatsApp-Image-2025-10-26-at-13.21.06-225x300.jpeg 225w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/WhatsApp-Image-2025-10-26-at-13.21.06-1152x1536.jpeg 1152w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/WhatsApp-Image-2025-10-26-at-13.21.06.jpeg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Portrait de Philippe de Bosch (1804-1875) par Jacques Blanquer \u2013&nbsp;Collection Pierre Lemaitre<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 27 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec l\u2019oncle Paul me promener \u00e0 Bente Farine et \u00e0 Saorle&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 Rigarda o\u00f9 j\u2019admire, dans l\u2019\u00e9glise, de magnifiques peintures du 14<sup>e<\/sup> ou du 15<sup>e<\/sup> si\u00e8cle qui viendraient, dit-on, de Saint-Martin-du-Canigou. Le soir, nous nous attendons \u00e0 voir arriver M. l\u2019abb\u00e9 Latour qui m\u2019a \u00e9crit qu\u2019il serait ici mardi soir ou mercredi matin&nbsp;; mais il n\u2019arrive pas, ce sera pour demain matin. Maman part \u00e0 7h du soir pour Ille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 28 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman, l\u2019oncle Paul et moi nous partons pour Ille en omnibus \u00e0 9h \u00bc&nbsp;; nous nous arr\u00eatons \u00e0 Boule en passant. \u00c0 Ille, apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous allons voir au jardin de Batllot, puis chez Me Trull\u00e8s sur le plan, quelles sont les parcelles vendues du jardin de Batllot (il y en a pour pr\u00e8s de 40.000 fr. et c\u2019est \u00e0 peine le tiers du jardin, ainsi que l\u2019emplacement de la future grande avenue. Nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 5h \u00bd, M. l\u2019abb\u00e9 n\u2019est pas arriv\u00e9. Il arrive cependant \u00e0 8h \u00bc du soir, et ce qu\u2019il y a de plus fort, c\u2019est qu\u2019il \u00e9tait aujourd\u2019hui \u00e0 Ille en m\u00eame temps que nous, y \u00e9tant arriv\u00e9 \u00e0 3h9, sans que nous l\u2019ayons su&nbsp;; il n\u2019est all\u00e9 \u00e0 la maison qu\u2019apr\u00e8s notre d\u00e9part et a d\u00een\u00e9 avec Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 29 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, avec l\u2019oncle Paul et M. l\u2019abb\u00e9, je vais au pont du Riufag\u00e8s qui, dit-on, oscille de fa\u00e7on inqui\u00e9tante au passage des trains&nbsp;; nous y remarquons quelques fissures&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous nous promener au jardin&nbsp;; j\u2019envoie une d\u00e9p\u00eache \u00e0 Papa pour le pr\u00e9venir que nous irons demain \u00e0 Saint-Martin-du-Canigou.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 30 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons tous par le premier train pour Villefranche, nous retrouvons Papa \u00e0 la gare&nbsp;; nous prenons \u00e0 Villefranche une voiture qui nous conduit \u00e0 Castell d\u2019o\u00f9 nous montons \u00e0 pied \u00e0 Saint-Martin&nbsp;; cette ancienne abbaye b\u00e9n\u00e9dictine, perch\u00e9e au sommet d\u2019un pic du massif du Canigou, pr\u00e9sente pour nous un int\u00e9r\u00eat tout particulier puisqu\u2019elle a eu pour abb\u00e9 (il fut l\u2019avant-dernier) dans la seconde moiti\u00e9 du XVIII<sup>e<\/sup> un cousin de mon trisa\u00efeul de Bourdeville, l\u2019abb\u00e9 de Durfort&nbsp;; je la trouve en bien meilleur \u00e9tat qu\u2019en avril 1900 o\u00f9 je la voyais pour la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois&nbsp;; \u00e0 cette \u00e9poque, il n\u2019y avait que des ruines&nbsp;; maintenant, l\u2019\u00e9glise, en style roman primitif, a \u00e9t\u00e9 couverte et d\u00e9blay\u00e9e, on y a plac\u00e9 3 autels, remplac\u00e9 des piliers etc., de plus, la tour a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e&nbsp;; c\u2019est Mgr de Carsalade qui a pris l\u2019initiative de cette restauration, il y a \u00e9t\u00e9 aid\u00e9 par de nombreuses souscriptions&nbsp;; mais encore, il reste beaucoup \u00e0 faire. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Portugal \u00e0 Vernet-les-Bains et, apr\u00e8s avoir pass\u00e9 plusieurs heures \u00e0 \u00e9viter la pluie, nous repartons en voiture pour Villefranche o\u00f9, avant de reprendre le train, nous visitons l\u2019usine hydro-\u00e9lectrique en construction qui va fournir de la lumi\u00e8re et de la force motrice \u00e0 une bonne partie du d\u00e9partement&nbsp;; nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 7h, Papa rentre \u00e0 Ille. Je lis dans les journaux l\u2019\u00e9meute qui a ensanglant\u00e9 hier les abords de la Bourse du Travail \u00e0 Paris, l\u2019invasion \u00e0 coups de ba\u00efonnettes de la Bourse par la police exasp\u00e9r\u00e9e des provocations des Socialistes qui lui jetaient des projectiles de toute nature, un grand nombre d\u2019ouvriers et 77 agents bless\u00e9s tant au-dehors qu\u2019\u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la bourse, etc.&nbsp;; gageons que les Socialistes de la Chambre qui, sous un autre minist\u00e8re, auraient pouss\u00e9 des cris d\u2019orfraie pour beaucoup moins,&nbsp; pardonneront \u00e0 Combes de n\u2019avoir pas su emp\u00eacher sa police de p\u00e9n\u00e9trer de force dans la Bourse du Travail en per\u00e7ant \u00e0 coups de sabres et de ba\u00efonnettes tous les gr\u00e9vistes qui se trouvaient sur son passage&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 31 octobre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, apr\u00e8s avoir servi la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9, je vais me promener avec lui au jardin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais, encore avec lui, \u00e0 sa vigne, mais nous ne savons pas la trouver. Papa vient entre deux trains. Ce que je pr\u00e9voyais est arriv\u00e9&nbsp;; dans l\u2019interpellation sur les \u00e9v\u00e9nements d\u2019avant-hier, Combes n\u2019a ni d\u00e9savou\u00e9 ni compl\u00e8tement approuv\u00e9 le pr\u00e9fet de police, et la plupart des d\u00e9put\u00e9s socialistes, comme d\u2019ailleurs presque tous les progressistes, ont vot\u00e9 l\u2019ordre du jour de confiance&nbsp;; tant il est vrai que pour ces farceurs, il n\u2019y a que la politique anticl\u00e9ricale qui compte&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Novembre 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> novembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 1<sup>er<\/sup> novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019occasion de la f\u00eate de la Toussaint, je fais la sainte communion&nbsp;; j\u2019assiste \u00e0 tous les offices&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais tirer quelques oiseaux au grand jardin, j\u2019y surprends un individu en train de voler des fruits, je l\u2019interpelle et il d\u00e9campe prestement&nbsp;; je ne l\u2019ai malheureusement pas reconnu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 novembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 2 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de M. l\u2019abb\u00e9 \u00e0 7h \u00bd, je vais \u00e0 l\u2019office des morts \u00e0 9h. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11h et Maman, M. l\u2019abb\u00e9 et moi, nous allons en voiture \u00e0 Ille o\u00f9 nous assistons \u00e0 la procession au cimeti\u00e8re et \u00e0 l\u2019absoute (qui est donn\u00e9e autour de notre caveau de famille), je tiens un des cordons du drap mortuaire. Nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 5h apr\u00e8s avoir fait quelques visites \u00e0 Ille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 3 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8h \u00bd, je sers la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9&nbsp;; ensuite, je vais tirer des oiseaux au jardin. \u00c0 1h \u00bd, je pars avec M. l\u2019abb\u00e9 pour Eus o\u00f9 nous faisons une longue visite \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Vidalet, cur\u00e9, ancien vicaire d\u2019Ille&nbsp;; il nous donne un lapin qu\u2019on a tu\u00e9 le matin m\u00eame, nous l\u2019acceptons \u00e0 la condition qu\u2019il viendra demain le manger avec nous. Nous allons prendre le train de 6h \u00bd \u00e0 Prades.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 4 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous assistons \u00e0 la messe que l\u2019abb\u00e9 de Llobet<a href=\"#_ftn79\" id=\"_ftnref79\">[79]<\/a> dit pour sa m\u00e8re morte au mois de septembre, c\u2019est son fr\u00e8re M. Charles qui la lui sert&nbsp;; le capitaine et Mlle Augustine<a href=\"#_ftn80\" id=\"_ftnref80\">[80]<\/a> y assistent&nbsp;; apr\u00e8s la messe, ils viennent tous d\u00e9jeuner \u00e0 la maison. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bd avec l\u2019abb\u00e9 Vidalet et l\u2019oncle Paul, M. l\u2019abb\u00e9. M. Vidalet et moi prenons le train de midi jusqu\u2019\u00e0 Ille&nbsp;; l\u2019oncle Paul, dont le s\u00e9jour \u00e0 Vin\u00e7a est fini, continue sur Avignon et Lyon, et les 3 autres descendent \u00e0 Ille&nbsp;; M. l\u2019abb\u00e9 et moi, laissant M. Vidalet en visite \u00e0 la maison, nous partons pour B\u00e9lesta o\u00f9 j\u2019accompagne M. l\u2019abb\u00e9 qui d\u00e9sire voir le cur\u00e9 M. Badrignans&nbsp;; nous y passons une heure&nbsp;; nous sommes de retour vers 5h \u00bd \u00e0 Ille o\u00f9 nous d\u00eenons avec Papa et nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 8h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 5 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je sers la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme avec lui et Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 6 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion, en l\u2019honneur de la f\u00eate du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois, \u00e0 la messe de M. l\u2019abb\u00e9&nbsp;; plus tard, je vais tirer quelques oiseaux au grand jardin, je tue un superbe merle que nous mangerons demain&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous (sauf Bonne Maman qui souffre d\u2019un rhumatisme \u00e0 la jambe depuis une foule de jours) \u00e0 la vigne de M. l\u2019abb\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 7 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sers la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9, puis je vais tirer quelques oiseaux au jardin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener au grand jardin avec Maman, puis \u00e0 Nossa avec M. l\u2019abb\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 8 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">P\u00e9nible et \u00e9motionnante journ\u00e9e&nbsp;! Ce matin entre 7h \u00bd et 8h, Bonne Maman a \u00e9t\u00e9 prise tout \u00e0 coup d\u2019un violent saignement de nez que le docteur (un jeune bulgare qui remplace M. Berjoan) a r\u00e9ussi \u00e0 arr\u00eater, apr\u00e8s deux heures d\u2019efforts, par des injections d\u2019ergotine, car les moyens ext\u00e9rieurs ne suffisaient pas&nbsp;; chose curieuse, le rhumatisme dont Bonne Maman souffrait depuis quelques jours cessa aussit\u00f4t, ce qui nous fait penser que l\u2019h\u00e9morragie est due \u00e0 un d\u00e9placement du rhumatisme&nbsp;; vers midi, l\u2019h\u00e9morragie a recommenc\u00e9 plus violente, le sang sortait par le nez, la bouche et les yeux&nbsp;; alors, Bonne maman tr\u00e8s frapp\u00e9e, a cru sa derni\u00e8re heure venue, elle a demand\u00e9 \u00e0 se confesser et a re\u00e7u l\u2019extr\u00eame-onction&nbsp;; cependant une piq\u00fbre d\u2019\u00e9ther a eu raison de cette seconde h\u00e9morragie&nbsp;; le m\u00e9decin, qui commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre inquiet \u00e0 cause de la grande faiblesse que pourraient entrainer de nouvelles pertes de sang, nous a conseill\u00e9 de t\u00e9l\u00e9graphier \u00e0 Tante Josepha, mais la chose n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 possible car le t\u00e9l\u00e9graphe, aujourd\u2019hui dimanche, \u00e9tait ferm\u00e9 \u00e0 partir de midi&nbsp;; je me contente d\u2019\u00e9crire&nbsp;; si la situation ne s\u2019est pas am\u00e9lior\u00e9e, nous t\u00e9l\u00e9graphierons demain matin&nbsp;; nous envoyons chercher Papa en voiture&nbsp;; il arrive vers 3h avec le docteur Trainier qui apporte un injecteur et du s\u00e9rum artificiel&nbsp;; les deux m\u00e9decins examinent ensemble la malade et concluent qu\u2019il n\u2019y a pas de danger imm\u00e9diat, mais que les h\u00e9morragies pourraient se renouveler&nbsp;; il y a eu, cette ann\u00e9e, plusieurs cas de ce genre dans le pays&nbsp;; vers le soir, comme il n\u2019y a pas eu de nouvelle h\u00e9morragie Bonne Maman reprend un peu confiance. C\u2019est \u00e9gal&nbsp;! Nous avons pass\u00e9 une rude journ\u00e9e, et d\u2019autant plus \u00e9motionnante que la maladie de Bonne Maman \u00e9tait plus inattendue&nbsp;! Cette nuit, le m\u00e9decin couche dans la maison, et les demoiselles Par\u00e8s veillent Bonne Maman.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 novembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 9 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La nuit a \u00e9t\u00e9 tranquille&nbsp;; la matin\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui l\u2019est aussi&nbsp;; tout Vin\u00e7a vient prendre des nouvelles&nbsp;; nous ne t\u00e9l\u00e9graphions pas \u00e0 Tante Josepha. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, Bonne Maman rend par la bouche deux caillots de sang qui g\u00eanaient beaucoup sa respiration&nbsp;; nous nous demandons s\u2019ils ne proviennent pas d\u2019une h\u00e9morragie interne, le m\u00e9decin croit qu\u2019ils \u00e9taient tomb\u00e9s tout simplement du nez dans le larynx&nbsp;; mais comme Bonne Maman a un peu de chaleur, il se demande si ces h\u00e9morragies ne sont pas le d\u00e9but d\u2019une fi\u00e8vre typho\u00efde&nbsp;; c\u2019est Mlle Badrignans qui veille cette nuit. Papa \u00e9crit au recteur de l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Angers qu\u2019il ne pourra partir, et par cons\u00e9quent, ouvrir son cours que lorsque tout danger sera \u00e9cart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 10 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sers la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9&nbsp;; Bonne Maman va mieux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Ille porter des nouvelles \u00e0 Papa&nbsp;; je vais un moment au jardin de la gare qui commence \u00e0 changer d\u2019aspect.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 11 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019\u00e9tat de Bonne Maman continue \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer&nbsp;; M. l\u2019abb\u00e9 va \u00e0 Saint-Martin-du-Canigou o\u00f9 a lieu la grande c\u00e9r\u00e9monie de la prise de possession de la nouvelle basilique restaur\u00e9e&nbsp;; j\u2019en profite pour aller me promener l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 bicyclette, je pars \u00e0 2h \u00bd et je vais \u00e0 Molitg, o\u00f9 je suis vers 4h&nbsp;; je jette un coup-d\u2019\u0153il sur les bains et j\u2019admire le superbe ch\u00e2teau fi\u00e8rement camp\u00e9 de mes cousins de Massia<a href=\"#_ftn81\" id=\"_ftnref81\">[81]<\/a>&nbsp;; j\u2019en repars \u00e0 4h10 et je suis \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 5h10 (une heure exactement de trajet pour 17 kilom\u00e8tes). M. l\u2019abb\u00e9 arrive \u00e0 7h nous annon\u00e7ant l\u2019abb\u00e9 Sarr\u00e8te qui \u00e9tait aussi \u00e0 la belle c\u00e9r\u00e9monie et qui vient jusqu\u2019\u00e0 demain&nbsp;; il d\u00eene avec nous et couche ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 12 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je sers la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9 et, l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec lui du c\u00f4t\u00e9 de Bente Farine et de Saorle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 13 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sers la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9. \u00c0 midi, je vais l\u2019accompagner \u00e0 la gare pour son d\u00e9part d\u00e9finitif&nbsp;; Papa part en m\u00eame temps pour Ille jusqu\u2019\u00e0 ce soir&nbsp;: il va signer l\u2019acte de vente \u00e0 Batllot de la maison que celui-ci habite et d\u2019une assez grande parcelle de terrain autour (7 ares environ). L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Los Masos, \u00e0 Prades et aux ruines de l\u2019abbaye b\u00e9n\u00e9dictine de Saint-Michel-de-Cuixa o\u00f9 il y a eu, au 18<sup>\u00e8me<\/sup> si\u00e8cle, un Dom Est\u00e8ve<a href=\"#_ftn82\" id=\"_ftnref82\">[82]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 14 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Papa me promener \u00e0 Bentefarine&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, Papa et moi nous allons ensemble \u00e0 Eus faire une visite au cur\u00e9 M. Vidalet, nous allons jusqu\u2019\u00e0 Marquixanes et nous en revenons en chemin de fer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 15 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa part pour Ille en voiture&nbsp;; il rentrera demain soir&nbsp;; je fais la sainte communion \u00e0 7h \u00bd, et j\u2019assiste \u00e0 tous les offices de la journ\u00e9e. Bonne Maman va beaucoup mieux et commence \u00e0 circuler dans les chambres voisines de la sienne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 novembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 16 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne au grand jardin, puis je fais un tout petit tour \u00e0 bicyclette. Jacques Herv\u00e9-Bazin, \u00e0 qui j\u2019avais \u00e9crit pour savoir \u00e0 quelle \u00e9poque je devais prendre mes inscriptions de doctorat, me r\u00e9pond que le registre est clos depuis avant-hier et que je n\u2019ai plus qu\u2019un moyen, c\u2019est d\u2019obtenir du doyen de la Facult\u00e9 une inscription de faveur avant le 1 d\u00e9cembre&nbsp;; pour cela, il me faut un certificat m\u00e9dical constatant que l\u2019\u00e9tat de ma grand\u2019m\u00e8re ne m\u2019a pas permis de m\u2019absenter de Vin\u00e7a avant le 15 novembre&nbsp;; je me le fais d\u00e9livrer par M. Berjoan&nbsp;; j\u2019esp\u00e8re que j\u2019obtiendrai sans difficult\u00e9 mon inscription \u00e0 Angers. Papa rentre d\u2019Ille \u00e0 5 heures en voiture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 17 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi de 2h \u00e0 3h \u00bc (en me pressant beaucoup) je vais et je reviens de Doma Nova&nbsp;; \u00e0 mon retour, je trouve Madame et Th\u00e9r\u00e8se de Barescut qui sont venues voir Bonne Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 18 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait froid et je ne sors pas le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019enfourche ma b\u00e9cane et je vais \u00e0 Eus voir un vieux coffre que m\u2019a signal\u00e9 le cur\u00e9&nbsp;; je ne le trouve pas aussi remarquable qu\u2019on me l\u2019avait dit&nbsp;; comme il me restait du temps, je suis arriv\u00e9 \u00e0 Prades o\u00f9 j\u2019ai fait r\u00e9parer la pompe de ma bicyclette, et o\u00f9 je suis all\u00e9 voir ma cousine De Saint-Jean et mon cousin Emile Marie&nbsp;; je rencontre aussi la m\u00e8re C\u00e9leste, ancienne sup\u00e9rieure des religieuses d\u2019Ille&nbsp;; je rentre \u00e0 Vin\u00e7a vers 5h \u00bc. Maman, fatigu\u00e9e, ne s\u2019est pas lev\u00e9e de la journ\u00e9e&nbsp;; Bonne Maman va de mieux en mieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 19 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa voir \u00e0 Catllar un autre coffre&nbsp;; nous ne le trouvons pas mieux que celui d\u2019hier&nbsp;; nous prenons \u00e0 Prades le train de 6h34.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 20 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais au jardin tirer quelques oiseaux&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, il fait tellement froid et tellement mauvais que je ne sors que pour faire quelques tours de jardin. Madame J. de Guardia<a href=\"#_ftn83\" id=\"_ftnref83\">[83]<\/a>, qui est ici jusqu\u2019\u00e0 demain, vient passer la soir\u00e9e avec nous. On ne parle aujourd\u2019hui \u00e0 Vin\u00e7a que d\u2019un jeune homme de 20 ans qui a tent\u00e9 de se tuer en se logeant une balle dans la t\u00eate parce que ses parents ne voulaient pas le laisser se marier avant son service militaire&nbsp;; on l\u2019a transport\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de Perpignan o\u00f9 on le sauvera peut-\u00eatre par une op\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 21 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je lis dans <em>L\u2019Eclair<\/em> le vote sectaire du S\u00e9nat&nbsp;; sur les instances de Combes, et malgr\u00e9 un discours de Waldeck-Rousseau, une petite majorit\u00e9 a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019interdire l\u2019enseignement secondaire aux congr\u00e9gations m\u00eame autoris\u00e9es&nbsp;; et c\u2019est l\u00e0 ce qu\u2019on appelle \u00ab&nbsp;organiser la libert\u00e9 d\u2019enseignement&nbsp;\u00bb&nbsp;! J\u2019aime encore mieux la franchise de ceux qui disent cr\u00fbment qu\u2019ils veulent le r\u00e9tablissement du monopole. Quant \u00e0 Waldeck, il voit aujourd\u2019hui comme il est facile de ma\u00eetriser la r\u00e9volution quand on l\u2019a d\u00e9cha\u00een\u00e9e&nbsp;! Ce mis\u00e9rable a eu pourtant l\u2019exemple des Mirabeau, des Roland, des Vergniaud etc., mais il a voulu faire une nouvelle exp\u00e9rience&nbsp;; elle prend exactement la m\u00eame tournure que la premi\u00e8re, et nous irons de mal en pis jusqu\u2019au moment o\u00f9 appara\u00eetra le sabre lib\u00e9rateur que l\u2019on pressent d\u00e9j\u00e0&nbsp;!!! Il est vrai que ce ne sera l\u00e0 qu\u2019un moindre mal et que le salut d\u00e9finitif ne sera que dans le r\u00e9tablissement de la monarchie nationale, l\u00e9gitime et traditionnelle \u00e0 laquelle beaucoup de r\u00e9publicains raisonnables, effray\u00e9s des progr\u00e8s du socialisme, commencent \u00e0 penser. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Ille&nbsp;; pouss\u00e9 par le vent, je ne mets que 26 minutes&nbsp;; mais, au retour o\u00f9 j\u2019ai le vent contre moi, j\u2019en mets le double. \u00c0 Ille, je vois Louis Vidal, fils de notre voisin le menuisier, qui part demain matin pour Sousse (Tunisie) o\u00f9 il va faire son service militaire dans le 4<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e9giment de tirailleurs alg\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 22 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un vent \u00e9pouvantable qui nous oblige \u00e0 renoncer au projet que nous avions form\u00e9 d\u2019aller \u00e0 Ille cette apr\u00e8s-midi. Je fais la sainte communion \u00e0 7h \u00bd et j\u2019entends la messe de 8h. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avant v\u00eapres, et apr\u00e8s je vais avec Mlle Par\u00e8s dans 3 maisons voir d\u2019anciens coffres que l\u2019on serait dispos\u00e9 \u00e0 vendre&nbsp;; je les trouve tous tr\u00e8s ordinaires.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 novembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 23 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11h et, \u00e0 midi \u00bd, je pars en voiture avec Mlle Chiquette Par\u00e8s pour faire une tourn\u00e9e dans plusieurs villages \u00e0 la recherche d\u2019anciens coffres&nbsp;; nous fouillons Finestret, Espira, Estoher&nbsp;; je n\u2019en trouve un \u00e0 peu pr\u00e8s convenable, mais tr\u00e8s d\u00e9labr\u00e9, qu\u2019\u00e0 Finestret&nbsp;; tous les autres sont absolument ordinaires&nbsp;; je ne reviens cependant pas bredouille car j\u2019ai achet\u00e9 pour 5 fr. \u00e0 Espira un petit mortier en marbre rouge o\u00f9 l\u2019on voit 8 figurines assez bien sculpt\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 24 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Marquixanes \u00e0 la recherche d\u2019un coffre&nbsp;; je n\u2019en vois aucun de joli. \u00c0 midi \u00bd, par un temps superbe (un peu moins chaud qu\u2019hier cependant), Maman, Mlle Par\u00e8s et moi, nous partons en voiture pour Rigarda, Joch, Finestret et Espira, toujours \u00e0 la recherche d\u2019un joli coffre ancien, nous n\u2019en trouvons pas car Maman trouve trop d\u00e9labr\u00e9 et trop cher celui que j\u2019avais remarqu\u00e9 hier \u00e0 Finestret.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 25 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je retourne encore \u00e0 Joch visiter une maison qui \u00e9tait ferm\u00e9e hier et o\u00f9 on m\u2019a signal\u00e9 un coffre&nbsp;; il n\u2019y en a pas&nbsp;; aussi, dans l\u2019impossibilit\u00e9 de trouver un joli coffre, Maman va se d\u00e9cider \u00e0 acheter un meuble d\u2019un autre genre. Papa nous t\u00e9l\u00e9graphie de lui envoyer la voiture \u00e0 2h&nbsp;; comme on ne trouve pas Jacques, je lui t\u00e9l\u00e9phone qu\u2019on ne peut pas la lui envoyer. Il arrive par le train de 3h \u00bc, et nous raconte que le conseil municipal d\u2019Ille vient d\u2019accepter ses propositions au sujet des 3 avenues dont il offre le terrain \u00e0 la commune \u00e0 travers le jardin de la gare. La principale (avenue de Bosch) aura 12 m\u00e8tres de largeur et sera continu\u00e9e par la ville, \u00e0 travers le champ de foire, jusqu\u2019\u00e0 la route nationale&nbsp;; ce sera une superbe art\u00e8re&nbsp;; la seconde (avenue d\u2019Albert, du nom d\u2019un de nos arri\u00e8re-grands-oncles, conseiller d\u2019\u00c9tat sous Louis XVI et lieutenant-g\u00e9n\u00e9ral de la police \u00e0 Paris, qui \u00e9tait d\u2019Ille) aura 8 m\u00e8tres de largeur et sera entre l\u2019avenue de Bosch et la route de Corb\u00e8re&nbsp;; la 3<sup>\u00e8me<\/sup> (avenue de Bourdeville) joindra les deux premi\u00e8res&nbsp;; elle aura, je crois aussi 8 m\u00e8tres. Papa donne gratuitement le terrain \u00e0 la commune, qui met les avenues en \u00e9tat de viabilit\u00e9, les \u00e9claire etc. Ce sera une grande am\u00e9lioration pour la ville d\u2019Ille, et aussi un grand avantage pour nous, car les parcelles de terrain situ\u00e9es le long de ces avenues se vendront fort bien. En m\u00eame temps, Papa nous annonce la vente d\u2019une parcelle \u00e0 l\u2019Hospice d\u2019Ille, au prix de 10 fr. le m\u00e8tre carr\u00e9. Le soir, de la fen\u00eatre de la salle, j\u2019assiste au mariage d\u2019Amiel qui est accompagn\u00e9 par un brillant orchestre de casseroles et de caisses&nbsp;; quel charivari&nbsp;! Et je comprends que le pauvre Amiel ait choisi la nuit pour se marier&nbsp;; du reste, cela ne lui est pas personnel, c\u2019est ainsi pour tous les veufs qui se remarient.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 26 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Espira pour d\u00e9battre avec les marguilliers le prix du bahut gothique de l\u2019\u00e9glise&nbsp;; nous ne pouvons pas nous entendre, car ils ne veulent pas le c\u00e9der \u00e0 moins de 70 fr. et Maman ne m\u2019a pas autoris\u00e9 \u00e0 d\u00e9passer 60 fr. L\u2019apr\u00e8s-midi, je commence mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, car nous partons demain Papa et moi. Nous voici donc arriv\u00e9s au terme de ces longues vacances&nbsp;; somme toute, malgr\u00e9 notre \u00e9moi des derniers jours qui n\u2019a pas eu de suite f\u00e2cheuse, elles ont \u00e9t\u00e9 heureuses.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 28 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Apr\u00e8s avoir fait vendredi matin quelques visites de d\u00e9part, nous avons, Papa et moi, quitt\u00e9 Vin\u00e7a \u00e0 3h \u00bd&nbsp;; de Bouletern\u00e8re \u00e0 Perpignan, nous avons eu pour compagnon de route Tante Isabelle et Joseph Cornet de Bosch&nbsp;; \u00e0 Perpignan, nous rencontrons l\u2019oncle Joseph de Lazerme et M. J. Bertran de Balanda<a href=\"#_ftn84\" id=\"_ftnref84\">[84]<\/a>&nbsp;; nous causons avec eux jusqu\u2019au d\u00e9part de notre train \u00e0 5h environ&nbsp;; nous d\u00eenons \u00e0 Narbonne et arrivons \u00e0 Bordeaux \u00e0 5h du matin. Papa en repart \u00e0 8h25 pour Angoul\u00eame et Sainte-Croix&nbsp;; moi, je prends \u00e0 8h45le train de l\u2019\u00c9tat et je suis \u00e0 Angers \u00e0 4h40 environ&nbsp;; en route, pour me distraire, je lis le r\u00e9cit de la croisi\u00e8re que fit l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re M. de Joantho avec le duc d\u2019Orl\u00e9ans sur le yacht \u00ab&nbsp;Maroussia&nbsp;\u00bb&nbsp;; l\u2019\u00e9minent conf\u00e9rencier royaliste fait bien conna\u00eetre dans ses notes la figure attachante du premier des Fran\u00e7ais&nbsp;; puisse-t-il reprendre un jour la place qui lui revient \u00e0 la t\u00eate de notre pays&nbsp;! Je d\u00eene chez les Magu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 29 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; en en sortant, je vois M. Gavouy\u00e8re qui m\u2019autoris\u00e9 \u00e0 prendre demain mon inscription apr\u00e8s cl\u00f4ture du registre. Je d\u00e9jeune et je d\u00eene chez les Magu\u00e9&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Jacques Herv\u00e9-Bazin, puis je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration et je vais voir un cin\u00e9matographe \u00e0 la foire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 novembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 30 novembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais prendre mon inscription \u00e0 la Facult\u00e9. Je d\u00e9jeune chez les Magu\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais diverses commissions, je vais voir l\u2019abb\u00e9 Brossard, je me fais couper les cheveux puis je vais attendre \u00e0 la gare Papa et Philom\u00e8ne&nbsp;; celle-ci me produit un effet bizarre avec son chignon et ses robes longues&nbsp;; je ne l\u2019avais pas encore revue dans cet accoutrement&nbsp;; il est vrai qu\u2019elle approche de 18 ans, il \u00e9tait temps de s\u2019y mettre. Ils apportent de bonnes nouvelles de Marie-Th\u00e9r\u00e8se et de Max. Le soir \u00e0 8h, je vais \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis (dont Herv\u00e9-Bazin est le pr\u00e9sident cette ann\u00e9e)&nbsp;; on y entend un travail de Bigeart sur le suffrage universel&nbsp;; \u00e0 la discussion, tout le monde est d\u2019accord pour condamner cette triste institution.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9cembre 1903<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 d\u00e9cembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais au cours d\u2019\u00e9conomie politique de M. Baugas&nbsp;; j\u2019ai l\u2019intention de suivre ce cours, ce sera fort utile, bien que pas indispensable, pour mon doctorat \u00e9conomique&nbsp;; je me trouve l\u00e0 au milieu d\u2019\u00e9tudiants de 1<sup>\u00e8re<\/sup> ann\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez le Dr Sourice et chez les Capucins, qui sont encore chez eux, mais qui s\u2019attendent tous les jours \u00e0 \u00eatre expuls\u00e9s&nbsp;; ils r\u00e9sisteront et ont accumul\u00e9 de formidables d\u00e9fenses&nbsp;; ils me promettent de me faire pr\u00e9venir en cas d\u2019alerte. Le soir, nous assistons tous, \u00e0 la cath\u00e9drale, \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de cl\u00f4ture de l\u2019Adoration, et \u00e0 la procession du Saint-Sacrement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 2 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques commissions, puis j\u2019\u00e9cris plusieurs lettres&nbsp;; j\u2019envoie \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se 1200 timbres us\u00e9s que j\u2019ai recueillis pour elle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 3 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais inutilement \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 car M. Baugas fait dire qu\u2019il ne fera pas cours. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 4 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. Je fais, avant d\u2019y aller, la sainte communion \u00e0 la messe de 7h en l\u2019honneur du premier vendredi du mois. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir l\u2019oncle Paul qui est malade au lit, puis je vais faire des visites \u00e0 mes professeurs de cette ann\u00e9e&nbsp;; je ne rencontre que M. Coulbault. Le soir \u00e0 7h moins un quart, je vais d\u00eener chez Mme Herv\u00e9-Bazin, je suis le seul invit\u00e9 au d\u00eener, mais Catta, Arnous-Rivi\u00e8re et Poirier-Coutansais viennent passer la soir\u00e9e&nbsp;; nous jouons \u00e0 divers petits jeux de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 5 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 8h du matin, commence notre retraite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, elle durera trois jours, elle est pr\u00each\u00e9e par un J\u00e9suite, le P\u00e8re Ery (pour Combes, disons \u00ab&nbsp;l\u2019abb\u00e9 Ery&nbsp;\u00bb)&nbsp;; ensuite, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s la conf\u00e9rence du P. Ery \u00e0 2h, je passe pr\u00e8s d\u2019une heure dans la chambre de Roger de Br\u00e9on \u00e0 causer avec des camarades, puis je vais faire quelques visites \u00e0 M. Ren\u00e9 Bazin d\u2019abord, puis \u00e0 mes professeurs de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re MM. Buston, Courtois et Jac, que je rencontre. \u00c0 8h, exercice de la retraite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 6 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 8h du matin, messe et sermon \u00e0 l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; au retour, je vais faire la visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 deux heures, conf\u00e9rence du P. Ery apr\u00e8s laquelle je fais par carte deux visites (\u00e0 Mme des Loges et \u00e0 Henry Bonnet). De 5h \u00e0 6h, je tiens compagnie \u00e0 l\u2019oncle Paul qui est toujours dans sa chambre&nbsp;; le soir apr\u00e8s d\u00eener, sermon de la retraite.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 22 d\u00e9cembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 7 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 8h, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, messe et sermon apr\u00e8s lequel je vais lire les journaux \u00e0 la salle de lecture de l\u2019Internat Saint-Clair. \u00c0 2h, conf\u00e9rence du P. Ery, apr\u00e8s laquelle je vais voir le p\u00e8re et je me confesse. Ensuite, je fais quelques commissions et je vais tenir compagnie \u00e0 l\u2019oncle Paul qui est toujours au coin de son feu. Le soir, sermon du P. Ery sur la croix&nbsp;; c\u2019est le dernier de la retraite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 8 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h \u00bd, nous assistons \u00e0 la messe \u00e0 la chapelle de l\u2019Internat Saint-Clair et nous y communions&nbsp;; les professeurs, en robe de c\u00e9r\u00e9monie, pr\u00eatent le serment habituel. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites&nbsp;; \u00e0 5h, je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration. \u00c0 6h, je vais avec papa au banquet que les professeurs de l\u2019Universit\u00e9 offrent \u00e0 leur coll\u00e8gue M. Ren\u00e9 Bazin pour f\u00eater son \u00e9lection \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise&nbsp;; il a lieu dans la grande salle de conf\u00e9rences&nbsp;; sur l\u2019estrade, est la table d\u2019honneur o\u00f9 prennent place le recteur, le doyen de la Facult\u00e9 de droit, les vicaires g\u00e9n\u00e9raux, quelques notabilit\u00e9s et le h\u00e9ros du jour, M. Ren\u00e9 Bazin&nbsp;; en bas, est la table des professeurs au milieu et celle des \u00e9tudiants tout autour&nbsp;; enfin, sous la tribune, celle des \u00e9tudiants eccl\u00e9siastiques&nbsp;; nous sommes environ 180 \u00e0 200 convives. Il y a 5 toasts qui durent 40 minutes&nbsp;: celui du recteur Mgr Pasquier qui fait un terrible lapsus (en rappelant un roman de M. Bazin intitul\u00e9 <em>La sarcelle bleue<\/em>, il se trompe et dit&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;La sardine bleue&nbsp;\u00bb<\/em>) qui est accueilli par des rires qui s\u2019efforcent d\u2019\u00eatre discrets&nbsp;; celui du doyen de la Facult\u00e9 de droit, M. Gavouy\u00e8re, celui de M. Jac comme pr\u00e9sident de l\u2019association des anciens \u00e9tudiants (avant de commencer son toast, M. Jac fait porter \u00e0 M. Bazin par son jeune fils le petit Louis Bazin qui assistait au banquet, l\u2019\u00e9p\u00e9e que lui offre l\u2019association des anciens \u00e9tudiants), celui du plus jeune professeur de la Facult\u00e9, le comte du Plessis de Gren\u00e9dan qui est en vers, enfin celui de Roger de Br\u00e9on au nom des \u00e9tudiants&nbsp;; M. Bazin, dans sa r\u00e9ponse, est tr\u00e8s modeste et tr\u00e8s simple. Le banquet est fini \u00e0 9h et nous allons chercher Philom\u00e8ne chez Mme Gavouy\u00e8re o\u00f9 elle a d\u00een\u00e9 ce soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 9 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de cours le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris un article \u00e0 propos de la grande r\u00e9union pl\u00e9biscitaire qui a eu lieu \u00e0 Paris le 3 d\u00e9cembre, je l\u2019enverrai demain \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>. L\u2019apr\u00e8s-midi, je passe une heure avec l\u2019oncle Paul \u00e0 qui je tiens compagnie&nbsp;; il est toujours malade dans sa chambre. \u00c0 5h, j\u2019assiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 une int\u00e9ressante conf\u00e9rence d\u2019un missionnaire au Canada sur ce pays.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 10 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9h \u00bd, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 l\u2019exposition des Amis des Arts o\u00f9 je remarque quelques jolis tableaux-portraits et paysages et quelques bonnes eaux-fortes. Je vais, pendant pr\u00e8s d\u2019une heure, tenir compagnie \u00e0 l\u2019oncle Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 11 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous recevons une d\u00e9p\u00eache de Maman qui nous annonce son arriv\u00e9e pour le soir \u00e0 5h, alors que nous ne l\u2019attendions que demain&nbsp;; nous allons l\u2019attendre \u00e0 la gare&nbsp;; elle nous annonce la prochaine arriv\u00e9e de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Je vais m\u2019entendre avec le P. V\u00e9tillart au sujet des cours d\u2019agriculture que je vais suivre&nbsp;: je suivrai le lundi \u00e0 10h \u00bd le cours de zootechnie sp\u00e9ciale&nbsp;; le jeudi \u00e0 10h \u00bd le cours de constructions rurales&nbsp;; le samedi \u00e0 10h \u00bd, le cours de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;; en outre, l\u2019apr\u00e8s-midi du jeudi, j\u2019irai de temps en temps \u00e0 la ferme mod\u00e8le de La Sermonnerie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 12 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui que commencent les cours de doctorat (d\u00e9sormais, ils auront lieu le mardi et le vendredi). \u00c0 9h \u00bd, je vais au cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. \u00c0 10h \u00bd, au cours de l\u00e9gislation industrielle&nbsp;; le sujet que traitera M. Coulbault est \u00ab&nbsp;Des brevets d\u2019invention&nbsp;\u00bb. \u00c0 1h \u00bd, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques, M. Baugas traitera de l\u2019\u00e9cole classique&nbsp;; le cours d\u2019\u00e9conomie politique de M. Saint-Maur ne commencera que dans une dizaine de jours. \u00c0 4h, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, puis je vais passer encore une heure avec l\u2019oncle Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 13 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame, puis je vais avec Papa \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Ren\u00e9 de La Villebiot et Mme Herv\u00e9-Bazin, puis au salut \u00e0 l\u2019Adoration. Le soir \u00e0 8h a lieu \u00e0 la salle de la rue des Quinconces une s\u00e9ance offerte par les \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 M. Ren\u00e9 Bazin en l\u2019honneur de son \u00e9lection \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie. On joue trois petites pi\u00e8ces&nbsp;: <em>Le luthier de Cr\u00e9mone ou l\u2019Inspiration de la musique&nbsp;<\/em>; <em>Gringoire ou l\u2019Inspiration de la po\u00e9sie&nbsp;<\/em>; <em>Fra Angelico ou l\u2019Inspiration de la peinture&nbsp;<\/em>; c\u2019\u00e9tait donc une soir\u00e9e absolument artistique&nbsp;; j\u2019y assiste en qualit\u00e9 de commissaire&nbsp;; tout est fini \u00e0 onze heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 d\u00e9cembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 14 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10h \u00bd, j\u2019assiste au cours de zootechnie sp\u00e9ciale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais diverses commissions. Le soir, il n\u2019y a pas de Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;: la s\u00e9ance solennelle qui devait avoir lieu aujourd\u2019hui ayant \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e parce que M. Denys Cochin ne pouvait pas venir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 15 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9h \u00bd, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence&nbsp;; \u00e0 10h \u00bd, cours de l\u00e9gislation industrielle&nbsp;; \u00e0 1h \u00bc, cours de l\u00e9gislation industrielle \u00e0 la place du cours d\u2019\u00e9conomie politique&nbsp;; \u00e0 2h \u00bd, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 16 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aucun cours \u00e0 suivre aujourd\u2019hui&nbsp;; j\u2019en profite pour revoir dans ma chambre ceux d\u2019hier. \u00c0 5h, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 17 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence, apr\u00e8s lequel j\u2019assiste \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019agriculture, au cours de constructions rurales. Le soir apr\u00e8s d\u00eener, nous allons tous chez M. Ren\u00e9 Bazin qui, \u00e0 l\u2019occasion de son \u00e9lection \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, r\u00e9unit tous ses coll\u00e8gues \u00e0 d\u00eener et leur famille \u00e0 une soir\u00e9e qui suit le d\u00eener&nbsp;; c\u2019est donc une r\u00e9union exclusivement universitaire&nbsp;; nous sommes de 50 \u00e0 60&nbsp;; on se retire de bonne heure, vers 11h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 18 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de doctorat&nbsp;; nous en avons trois, ce qui est assez fatigant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 19 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de licence d\u2019\u00e9conomie politique, puis cours de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 dans ma chambre, je vais \u00e0 Saint-Jacques me confesser puis \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 20 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h&nbsp;; je travaille le reste de la matin\u00e9e&nbsp;; Maman est oblig\u00e9e de garder le lit \u00e0 cause d\u2019une forte douleur rhumatismale au rein. \u00c0 midi, les Magu\u00e9 viennent d\u00e9jeuner avec nous en l\u2019honneur du 10<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de N\u00e9nette qui tombait avant-hier. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites \u00e0 des camarades.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 27 d\u00e9cembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 21 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 10h \u00bd \u00e0 un cours de zootechnie sp\u00e9ciale. Le soir, \u00e0 8h, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; j\u2019y vais malgr\u00e9 un \u00e9pais brouillard qui a dur\u00e9 toute la journ\u00e9e. J\u2019y entends une \u00e9tude assez document\u00e9e de Roger de Br\u00e9on sur \u00ab&nbsp;La noblesse rurale au XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;\u00bb et sur le r\u00f4le \u00e9minemment social et bienfaisant qu\u2019elle remplissait aupr\u00e8s des paysans&nbsp;; puis une conf\u00e9rence de M. du Plessis de Gren\u00e9dan qui, en sa qualit\u00e9 de membre fondateur de la conf\u00e9rence, nous donne des conseils sur les choix de nos sujets et la mani\u00e8re de les traiter.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 22 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 9h \u00bd, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. \u00c0 10h \u00bd, M. Saint-Maur commence son cours d\u2019\u00e9conomie politique approfondie pour le doctorat&nbsp;; le sujet qu\u2019il traitera cette ann\u00e9e sera&nbsp;: \u00ab&nbsp;La petite propri\u00e9t\u00e9 rurale&nbsp;; le <em>Homestead<\/em> am\u00e9ricain&nbsp;; les moyens de la constituer, de la maintenir et de la transmettre&nbsp;\u00bb&nbsp;; ce sera, je crois, tr\u00e8s int\u00e9ressant, et les deux premiers cours qu\u2019il nous fait aujourd\u2019hui nous int\u00e9ressent au plus haut point. M. Baugas, \u00e0 2h \u00bd, fait son cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques. \u00c0 5h, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 23 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je n\u2019ai aucun cours et je travaille dans ma chambre. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 cause de l\u2019affreux brouillard qui n\u2019a pas cess\u00e9 depuis dimanche matin, je ne sors que pour aller \u00e0 la gare attendre Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui arrive, en tr\u00e8s bonne sant\u00e9, par le train de 5h, elle vient passer avec nous une bonne partie de l\u2019hiver&nbsp;; Max viendra la rejoindre mercredi ou jeudi de la semaine prochaine&nbsp;; je retourne \u00e0 la gare un peu plus tard pour voir ce que sont devenues les malles de Marie-Th\u00e9r\u00e8se qu\u2019on n\u2019a pas port\u00e9 \u00e0 la maison une heure et demie apr\u00e8s son arriv\u00e9e&nbsp;; \u00e0 mon retour, je les trouve \u00e0 la maison. Le soir, je vais avec Papa \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 entendre une int\u00e9ressante conf\u00e9rence du marquis de Dampierre<a href=\"#_ftn85\" id=\"_ftnref85\">[85]<\/a> sur \u00ab&nbsp;Le 18 fructidor&nbsp;\u00bb&nbsp;; le conf\u00e9rencier nous donne la primeur des m\u00e9moires du directeur Barth\u00e9lemy qui vont \u00eatre publi\u00e9es. Il termine en disant que le 18 fructidor appelait le 18 brumaire&nbsp;; c\u2019est bien vrai&nbsp;; quand on emploie l\u2019arm\u00e9e nationale \u00e0 des besognes politiques, on ne doit pas se plaindre si la m\u00eame arm\u00e9e se retourne contre vous&nbsp;; avis aux tyrans de la 3<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique Fran\u00e7aise, dignes successeurs des Barras et des Reubell&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/jacques.0.de_dampierre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"593\" height=\"811\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/jacques.0.de_dampierre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-219\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/jacques.0.de_dampierre.jpg 593w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/jacques.0.de_dampierre-219x300.jpg 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 593px) 100vw, 593px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jacques, marquis de Dampierre (1874-1947), archiviste pal\u00e9ographe<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 24 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence, et de constructions rurales. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, nous pr\u00e9parons \u00e0 aller \u00e0 la messe de minuit&nbsp;; j\u2019y vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 o\u00f9 la messe sera chant\u00e9 par de jeunes artistes qui viennent de faire une tourn\u00e9e dans toute l\u2019Europe&nbsp;; l\u2019un d\u2019eux, pendant une tourn\u00e9e en Prusse, a jou\u00e9 devant Guillaume II, qui l\u2019a fait accompagner par l\u2019orchestre royal. Papa, Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philo vont \u00e0 Saint-Joseph.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 25 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 l\u2019Universit\u00e9 apr\u00e8s la messe de minuit o\u00f9 j\u2019ai fait la sainte communion. Apr\u00e8s un joyeux r\u00e9veillon, je me suis couch\u00e9 \u00e0 2h \u00bd, jusqu\u2019\u00e0 9h du matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais aux v\u00eapres de Saint-Joseph, puis je vais voir Maurice Lucas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 26 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence, et de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la gare retirer un phonographe \u00ab&nbsp;Excelsior&nbsp;\u00bb et 50 cylindres impressionn\u00e9s, que Philom\u00e8ne et moi avons fait venir de Libourne&nbsp;; il co\u00fbte 145 fr. mais est payable \u00e0 raison de 5 fr. par mois. Je l\u2019essaye, et le trouve tr\u00e8s bon&nbsp;; ce sera une charmante distraction. Je vais faire ma visite de digestion \u00e0 Mme Ren\u00e9 Bazin. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 27 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Maurice avec Papa&nbsp;; apr\u00e8s les v\u00eapres, je vais \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 o\u00f9 Monseigneur re\u00e7oit, \u00e0 l\u2019occasion du nouvel an, les v\u0153ux des membres de toutes les \u0153uvres de la ville&nbsp;; il y a environ 500 hommes dans la grande salle synodale&nbsp;; c\u2019est M. Frog\u00e9 qui lit le discours&nbsp;; Monseigneur lui r\u00e9pond. Ensuite, je vais voir Jacques des Loges pour le prier de jouer un r\u00f4le dans la petite com\u00e9die que nous comptons faire jouer vers le milieu de janvier&nbsp;; je ne le vois pas, mais son p\u00e8re se charge de la commission&nbsp;; le soir, il vient nous donner une r\u00e9ponse favorable.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 31 d\u00e9cembre 1903<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 28 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de zootechnie sp\u00e9ciale. Le soir \u00e0 8h, \u00e0 la Conf\u00e9rence-Saint-Louis, int\u00e9ressant travail de Jacques Herv\u00e9-Bazin sur le f\u00e9minisme&nbsp;; Ren\u00e9 de La Villebiot accepte un r\u00f4le dans notre pi\u00e8ce&nbsp;; tous nos acteurs sont ainsi trouv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 29 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 9h \u00bd, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. \u00c0 10h \u00bd, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques, et \u00e0 1h \u00bc, cours d\u2019\u00e9conomie politique de doctorat. \u00c0 5h, Papa part pour Biarritz.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 30 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 9h \u00bd, cours exceptionnel d\u2019\u00e9conomie politique de licence. Pour la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois depuis le 19 d\u00e9cembre, nous voyons aujourd\u2019hui le soleil&nbsp;; mais nous le payons par un froid de 7\u00b0 environ au-dessous de 0\u00b0&nbsp;; Max arrive \u00e0 5h pour 15 jours environ.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 31 d\u00e9cembre 1903<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8h, je vais \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; le reste de la journ\u00e9e est consacr\u00e9 \u00e0 \u00e9crire des lettres et des cartes, et \u00e0 faire des achats. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser et je porte \u00e0 De La Villebiot son r\u00f4le copi\u00e9. Nous nous r\u00e9unissons tous les trois pour offrir \u00e0 Maman un encrier style Empire&nbsp;; et nous nous faisons de mutuels petits cadeaux&nbsp;; tout cela para\u00eet le soir sur la table au moment de d\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019ann\u00e9e 1903 est finie, et elle n\u2019a apport\u00e9 \u00e0 notre pauvre France qu\u2019un redoublement de malheurs, et \u00e0 l\u2019\u00c9glise que des deuils&nbsp;! Il est bien triste d\u2019arriver, tous les ans \u00e0 pareil jour, \u00e0 la m\u00eame constatation&nbsp;! Si, du moins, 1904 pouvait nous apporter la fin de la pers\u00e9cution et le rel\u00e8vement national&nbsp;! Il y a bien, il est vrai, quelques sympt\u00f4mes de rel\u00e8vement en cette fin d\u2019ann\u00e9e&nbsp;; l\u2019opposition, en se pla\u00e7ant de plus en plus sur le terrain monarchique, qui est le vrai terrain, sera, je crois, plus efficace&nbsp;; mais, que de chemin \u00e0 faire avant le salut&nbsp;! Malgr\u00e9 tout, j\u2019ai confiance en Dieu, et je suis persuad\u00e9 qu\u2019Il ne laissera pas mourir la France, la fille a\u00een\u00e9e de son \u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 19 d\u00e9cembre 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 29 avril 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Le seul d\u00e9put\u00e9 de ce nom est Olivier Le Gonidec de Traissan (Vitr\u00e9, ch\u00e2teau de La Barati\u00e8re, 24 f\u00e9vrier 1839-Paris, 18 janvier), ancien officier des zouaves pontificaux, qui si\u00e9gea pour l\u2019Ille-et-Vilaine (et non les C\u00f4tes-du-Nord, act. C\u00f4tes-d\u2019Armor) de 1876 \u00e0 sa mort. Il doit y avoir une erreur car son p\u00e8re Alfred mourut en 1874 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Henri, marquis de Monspey (1844-1922), colonel de cavalerie. Fils du marquis Ferdinand de Monspey et de Louise de Busseul, il avait \u00e9pous\u00e9 en 1872 Alix de Sin\u00e9ty (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 15 juillet 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Il s\u2019agit de la famille Chaland de La&nbsp;Guillanche (noblesse de courtoisie). Marie Alfred Casimir Chaland, n\u00e9 en 1843, colonel d\u2019infanterie brevet\u00e9, mari\u00e9 en 1874 avec Blanche Gr\u00e9terin, avait eu deux filles&nbsp;: Marie Louise, n\u00e9e en 1875 (mari\u00e9e en 1901 \u00e0 Angers avec Marcel Rousselon), et Yvonne, n\u00e9e en 1879 (mari\u00e9e le 7 octobre 1903 \u00e0 Angers avec Marc Ulrich Ducellier) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Jean-Sully Mounet dit Mounet-Sully (Bergerac, 27 f\u00e9vrier 1841-Paris, 1<sup>er<\/sup> mars 1916), acteur de th\u00e9\u00e2tre et de cin\u00e9ma (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> \u00c9milie Lerou (Penne-d\u2019Agenais, 10 avril 1855-Valence-d\u2019Agen, 10 f\u00e9vrier 1935), \u00e9crivaine et com\u00e9dienne fran\u00e7aise (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Marc Faurichon de La Bardonnie (Vaunac, Dordogne, 16 octobre 1846-26 novembre 1921), propri\u00e9taire du ch\u00e2teau d\u2019Odars pr\u00e8s Bazi\u00e8ge (Haute-Garonne), maire de cette commune, \u00e9tait le fr\u00e8re de Marie-Anne Faurichon de La Bardonnie, m\u00e8re de Max Dupin de Saint-Cyr, l\u2019\u00e9poux de Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Est\u00e8ve de Bosch. Il avait \u00e9pous\u00e9 le 10 avril 1877 \u00e0 Odars Genevi\u00e8ve de Picquet de Vignolles de Juillac (Toulouse, 1<sup>er<\/sup> mars 1853-1921), dont il n\u2019eut pas d\u2019enfants. Genevi\u00e8ve \u00e9tait la fille de Gustave de Picquet de Vignolles de Juillac (1796-1879) et de Louise de Lanusse-Boul\u00e9mont (1812-1871). Ses grands-parents paternels \u00e9taient Joseph de Picquet de Vignolles de Juillac et Jos\u00e9phine Bertran, mari\u00e9s \u00e0 Toulouse en 1795. Jos\u00e9phine Bertran \u00e9tait issue d\u2019une importante famille catalane, originaire de Catllar pr\u00e8s de Prades, qui avait acquis au fil du temps les seigneuries de Catllar et de Toulouges, mais r\u00e9sidait \u00e0 Perpignan o\u00f9 elle poss\u00e9dait une tr\u00e8s belle demeure situ\u00e9e au n\u00b09 de la rue Maximilien-S\u00e9bastien Foy, reconnaissable aujourd\u2019hui \u00e0 son embl\u00e9matique fa\u00e7ade en briques rouges et \u00e0 ses balcons en fer forg\u00e9. Jos\u00e9phine Bertran, orpheline de p\u00e8re depuis 1781, avait \u00e9t\u00e9 vivre \u00e0 Toulouse chez son oncle maternel le baron Xavier Despr\u00e8s, o\u00f9 elle demeura toute sa vie, ne revenant gu\u00e8re \u00e0 Perpignan, ce qui motiva la vente de la demeure et la liquidation du patrimoine roussillonnais. La parent\u00e9 avec les Bosch que cite ici Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch est relativement proche, puisque les grands-parents paternels de Jos\u00e9phine Bertran, Mme de Juillac, \u00e9taient Joseph Bertran de Palmarola et Anne-Marie Bosch Semaler (fr\u00e8re de Cyprien Bosch Semaler, anc\u00eatre direct des Bosch d\u2019Ille et d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch), mari\u00e9s \u00e0 Ille le 17 novembre 1734 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Il doit s\u2019agir de Th\u00e9odose de Lanusse-Boul\u00e9mont (1855-1934), baron de Boul\u00e9mont, cousin germain de Genevi\u00e8ve de Picquet de Vignolles de Juillac, Mme de La Bardonnie&nbsp;: voir note ci-dessus (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> [11] Il pourrait s\u2019agir de plusieurs personnages de cette famille&nbsp;: Jean, marquis des Monstiers-M\u00e9rinville (1847-1919), conseiller g\u00e9n\u00e9ral de la Haute-Vienne, son fr\u00e8re Henri, officier de cavalerie (1858-1903), ou encore leurs cousins germains Ren\u00e9 (n\u00e9 en 1853), Fran\u00e7ois (1854-1914) ou Maurice (n\u00e9 en 1867), tous trois \u00e9galement officiers de cavalerie (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Charles Ren\u00e9 de Montalembert (Londres, 15 avril 1810-Paris, 13 mars 1870), journaliste et historien, membre de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, membre des assembl\u00e9es constituante et l\u00e9gislative de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, membre du Corps l\u00e9gislatif du Second Empire, il est l&rsquo;un des participants \u00e0 la r\u00e9daction de la loi Falloux (2 mars 1850) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Il s\u2019agit de Joseph Lazerme (Perpignan, 14 mars 1787-13 avril 1853), fils de Joseph Lazerme et de Suzanne Aug\u00e9, mari\u00e9 le 29 juin 1812 \u00e0 Perpignan avec Th\u00e9r\u00e8se S\u00e9rane. Membre du conseil municipal de Perpignan, conseiller g\u00e9n\u00e9ral de 1815 \u00e0 1848, il fut en 1827 d\u00e9put\u00e9 du coll\u00e8ge du D\u00e9partement des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales sous Charles X. Contrairement \u00e0 ce qui est dit dans le pr\u00e9sent journal, Joseph Lazerme, qui ne porta jamais l\u00e9galement de particule, ne b\u00e9n\u00e9ficia pas non plus d\u2019un titre de noblesse de la part de Charles X. C\u2019est son fils a\u00een\u00e9 qui re\u00e7ut un titre de comte par le pr\u00e9tendant carliste espagnol en 1876 dont le brevet original est conserv\u00e9 dans le fonds de Lazerme des Archives d\u00e9partementales des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales (ADPO, 5J337&nbsp;; voir aussi l\u2019inventaire de ce fonds, r\u00e9dig\u00e9 par S. Chevauch\u00e9 en 2017) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 13 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Denis-Stanislas Montalant dit Talbot (Paris, 27 juin 1824-20 d\u00e9cembre 1904), com\u00e9dien fran\u00e7ais et ancien secr\u00e9taire de la Com\u00e9die fran\u00e7aise (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Lucile Avenant (1826-1907), fille d\u2019un notaire d\u2019Angers qui avait achet\u00e9 le ch\u00e2teau du Plessis-Bourr\u00e9 en 1863, s\u2019\u00e9tait mari\u00e9e en 1856 en secondes noces \u00e0 Paul Le Gendre d\u2019Onsenbray (1829-1891), comte d\u2019Onsenbray (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 24 juin 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Charles Fran\u00e7ois-Saint-Maur (Pau, 19 d\u00e9cembre 1869-La Boissi\u00e8re-du-Dor\u00e9, Loire-Atlantique, 9 mars 1949), avocat, qui sera s\u00e9nateur de la Loire-Inf\u00e9rieure de 1924 \u00e0 1941 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Marie Flory (1833- ch\u00e2teau de Lureuil par Tournon-Saint-Martin, Indre, 14 f\u00e9vrier 1903), mari\u00e9e en 1852 avec Henri Pougeard du Limbert (1817-1898), ancien pr\u00e9fet des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, et parents notamment de Marie H\u00e9l\u00e8ne Pougeard du Limbert (1853-1920), \u00e9pous\u00e9 depuis 1871 de Joseph de Lazerme, cousin germain de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Marthe de Lazerme (1883-1972), fille de Joseph de Lazerme et de Marie H\u00e9l\u00e8ne Pougeard du Limbert, qui \u00e9pousera en 1911 Paul Durand de Girard (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Carlos de Lazerme (1873-1936), fils a\u00een\u00e9 de Joseph de Lazerme et de Marie H\u00e9l\u00e8ne Pougeard du Limbert (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> La famille de Lamer descend du mariage de Charles Pierre de Lamer (1853-1812), g\u00e9n\u00e9ral, et de Jeanne Lazerme (1774-1834) \u2013 s\u0153ur de Joseph Lazerme, (1787-1853), d\u00e9put\u00e9 cit\u00e9 plus haut, grand-p\u00e8re de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme \u2013, mari\u00e9s en 1795 \u00e0 Perpignan (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Auguste Colavier d\u2019Albici (1793-1864) avait \u00e9pous\u00e9 en 1819 Marie-Gr\u00e2ce Boluix, fille de Marie-Gr\u00e2ce Lazerme, s\u0153ur de Mme de Lamer et de Joseph Lazerme cit\u00e9 dans la note ci-dessus. Leur fils Louis Colavier d\u2019Albicy (1820-1877), colonel, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9c\u00e9d\u00e9 au moment de l\u2019\u00e9criture du journal mais il restait sa veuve Pauline Saleta (1842-1911) et leurs deux enfants Marie-Pauline (1873-1968), mari\u00e9e en 1898 \u00e0 Fernand de Rovira, dont il sera souvent question au cours de ce jounal, et Henri (1876-1925) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902. (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902. (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Henri Ponthier de Chamaillard (Quimper, 23 octobre 1848-Nice, 24 mai 1908), fils d&rsquo;Henri Pierre Ponthier de Chamaillard, d\u00e9put\u00e9 monarchiste du Finist\u00e8re de 1871 \u00e0 1876, et d&rsquo;Adrienne Marie Eudoxie Briant de Penquelein, s\u00e9nateur de 1898 \u00e0 1908. Partisan de l&rsquo;\u00e9cole libre et du maintien de la loi Falloux, il d\u00e9fendit de nombreux catholiques s&rsquo;opposant aux inventaires lors de leurs proc\u00e8s, brisant aussi par exemple les scell\u00e9s appos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;\u00e9cole congr\u00e9ganiste de Tr\u00e9gunc (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Robert de Foucher de Careil (Gl\u00e9nac, Morbihan, 29 janvier 1875-21 mai 1937), fils d\u2019Auguste de Foucher de Careil et de Marguerite de Clinchamp, qui avait \u00e9pous\u00e9 en 1902 Marie-Th\u00e9r\u00e8se de La Cropte de Chant\u00e9rac (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Voir <em>supra<\/em>, note du 10 mars 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Marie Dupin de Saint-Cyr (ch\u00e2teau de Sainte-Croix-de-Mareuil, Dordogne, 6 novembre 1874-Bergerac, 14 juin 1959), s\u0153ur a\u00een\u00e9e de Max, qui restera c\u00e9libataire (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> G\u00e9rard Dupin de Saint-Cyr (ch\u00e2teau de Sainte-Croix-de-Mareuil, Dordogne, 10 f\u00e9vrier 1879- Larmane, Port-Sainte-Foy, Dordogne, 13 janvier 1951), fr\u00e8re cadet de Max, qui sera ordonn\u00e9 pr\u00eatre en 1904et fera toute sa carri\u00e8re en Dordogne (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 28 janvier 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 4 septembre 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Gabrielle de Chefdebien (1830-1903), veuve de Joseph de Llobet, dont il sera question plus loin, voir note du 22 septembre 1903. Elle poss\u00e9dait une maison \u00e0 Vin\u00e7a (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 12 mars 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Le G\u00e9n\u00e9ral Fran\u00e7ois-Xavier d\u2019Est\u00e8ve de Bosch (1851-1938) et son fils Maurice (1878-1921) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Voir plus loin note du 25 septembre 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Charles de Lamer (Perpignan, 18 juillet 1859-15 avril 1939), fils de Jules de Lamer et de L\u00e9onie Massot, arri\u00e8re-petit-fils du mariage Lamer\/Lazerrme cit\u00e9 plus haut (voire note du 12 mars 1903), avait \u00e9pous\u00e9 \u00e0 Perpignan en 1891 Marthe Denamiel (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Voir le toast de M. de Barescut plus loin, le 28 mai 03 (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> La coupure de journal a \u00e9t\u00e9 coll\u00e9e \u00e0 la suite par Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch dans son journal. L\u2019auteur de ce texte est probablement Joseph de Guardia, ami de la famille et r\u00e9dacteur du <em>Roussillon<\/em>, qui \u00e9tait pr\u00e9sent au mariage&nbsp;: voire note du 1<sup>er<\/sup> septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 ao\u00fbt 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 f\u00e9vrier 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Denis Jacomet (Prades, 11 octobre 1858-Paris, 9 f\u00e9vrier 1929), fils de Louis Jacomet, conseiller \u00e0 la Cour d\u2019Appel de Montpellier, et de Philom\u00e8ne Asprer de Boa\u00e7\u00e0. Apr\u00e8s une carri\u00e8re d\u00e9j\u00e0 longue, il fut nomm\u00e9 le 15 avril 1902 substitut du procureur g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Angers, d\u2019o\u00f9 il partit en juillet 1904 pour rejoindre le poste de procureur g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 Nantes. Il poursuivit ensuite une brillante ascension qui le mena jusqu\u2019\u00e0 la Cour de Cassation en 1919. Il fut c\u00e9l\u00e8bre pour avoir \u00e9t\u00e9 otage des Allemands pendant la Premi\u00e8re guerre mondiale. Bien que cela n\u2019ait jamais \u00e9t\u00e9 officiellement confirm\u00e9, Denis Jacomet porta la particule de courtoisie \u00ab&nbsp;de Boa\u00e7\u00e0&nbsp;\u00bb de son grand-p\u00e8re maternel Fran\u00e7ois Asprer de Boa\u00e7\u00e0 (1808-1878), \u00e9rudit roussillonnais. Ce dernier s\u2019\u00e9tait \u00e9galement fait conna\u00eetre pour son \u00e2pre d\u00e9fense du l\u00e9gitimisme (en France) et du carlisme (en Espagne). Malgr\u00e9 cet ancrage familial, Denis Jacomet privil\u00e9gia sa carri\u00e8re \u00e0 une quelconque id\u00e9ologie (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Assassinat d\u2019un enfant le 8 f\u00e9vrier 1899 dans l\u2019\u00e9cole des Fr\u00e8res des \u00c9coles chr\u00e9tiennes \u00e0 Lille. Le suspect, le fr\u00e8re Flamidien (de son vrai nom Isa\u00efe Hamet) fut accus\u00e9 d\u2019attentat \u00e0 la pudeur ainsi que de l\u2019assassinat. Le proc\u00e8s d\u00e9boucha n\u00e9anmoins sur un non-lieu, la culpabilit\u00e9 de Flamidien ne pouvant jamais \u00eatre prouv\u00e9e (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Joseph Santol (C\u00e9ret, 10 mai 1853-Paris, 3 f\u00e9vrier 1923), vicaire de Cerb\u00e8re dont il \u00e9difia l\u2019\u00e9glise et les \u00e9coles. Il fut en conflit avec la municipalit\u00e9 qui souhaitait r\u00e9cup\u00e9rer ces derni\u00e8res, puis fut nomm\u00e9 en 1895 inspecteur des orphelinats. Cr\u00e9ateur en 1901 du \u00ab&nbsp;Placement familial&nbsp;\u00bb, destin\u00e9 \u00e0 envoyer des orphelins pauvres travailler dans des exploitations agricoles ou des usines (notamment de verrerie), il subit un proc\u00e8s pour outrage aux bonnes m\u0153urs sur enfants, mais fut relax\u00e9 \u2013 les t\u00e9moins ayant \u00e9t\u00e9 suborn\u00e9s. Son \u0153uvre en direction des orphelins lui valut des attaques pour traite d\u2019enfants, venant essentiellement de la gauche socialiste (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Voir plus loin note du 24 mai 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Martial Artur de La Villarmois (Tours, 10 f\u00e9vrier 1855-Saint-\u00c9pain, Intre-et-Loire, 21 novembre 1920), fils de Martial Artur de La Villarmois et d\u2019Henriette de Gallet de Mondragon, saint-cyrien, capitaine de cavalerie et maire de Saint-\u00c9pain, avait \u00e9pous\u00e9 le 28 novembre 1883 \u00e0 Montpellier Claire Genevi\u00e8ve d\u2019Espous (1860-1938), fille d\u2019Auguste, comte d\u2019Espous, important propri\u00e9taire terrien de l\u2019H\u00e9rault, et de Val\u00e9rie Durand, cette derni\u00e8re \u00e9galement issue d\u2019une c\u00e9l\u00e8bre famille de banquiers et n\u00e9gociants montpelli\u00e9rains \u00e9galement implant\u00e9e \u00e0 Perpignan. Elle \u00e9tait elle-m\u00eame la petite-fille, par sa m\u00e8re n\u00e9e Am\u00e9lie Durand, de Jos\u00e9phine Lazerme, mari\u00e9e en 1801 \u00e0 Perpignan avec Jean Louis Durand, s\u0153ur du d\u00e9put\u00e9 Joseph Lazerme (1787-1853), grand-p\u00e8re de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme, qui \u00e9tait donc la cousine issue de germains de Mme d\u2019Espous n\u00e9e Durand (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> Xavier Civelli de Bosch (1878-1924), cousin germain d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, fils de sa tante Marie Civelli n\u00e9e d\u2019Est\u00e8ve de Bosch. Il s\u2019illustrera comme coureur automobiliste mais sera lui-m\u00eame tu\u00e9 dans un accident en 1924, comme on le verra dans la suite du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Claude Loraine Barrow (1870-1903), tu\u00e9 \u00e0 Libourne le 13 juin 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> Le portrait de mon grand-p\u00e8re de Lazerme, suspendu dans la grande salle \u00e0 Vin\u00e7a. Mon pauvre grand-p\u00e8re et M. de Barescut \u00e9taient n\u00e9s dans la m\u00eame semaine, en 1825 (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> La fille de M. de Barescut, ma cousine \u00ab&nbsp;Germaine&nbsp;\u00bb, est morte le 12 janvier 1899 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 27 ans. Quelques ann\u00e9es plus t\u00f4t, l\u2019a\u00een\u00e9e de ses filles, Marie de Barescut, mari\u00e9e \u00e0 M. Cristau, \u00e9tait morte encore tr\u00e8s jeune (1885), laissant un jeune fils Xavier Cristau (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref52\" id=\"_ftn52\">[52]<\/a> Stanislas Le Bault de La Morini\u00e8re, comte de La Morini\u00e8re (Angers, 19 janvier 1852-19 mars 1936),<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref53\" id=\"_ftn53\">[53]<\/a> Laurent Tailhade (Tarbes, 16 avril 1854-Combs-la-Ville, 1<sup>er<\/sup> novembre 1919), pol\u00e9miste, po\u00e8te et pamphl\u00e9taire libertaire, franc-ma\u00e7on, connu pour son anticl\u00e9ricalisme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref54\" id=\"_ftn54\">[54]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 31 ao\u00fbt 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref55\" id=\"_ftn55\">[55]<\/a> Ren\u00e9 Faurichon de La Bardonnie (1875-1923), fils de Gaston Faurichon de La Bardonnie et de Marthe de Bonnegens, cousin germain maternel de Max Dupin de Saint-Cyr. Il avait \u00e9pous\u00e9 en 1902 Marie Benoist (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref56\" id=\"_ftn56\">[56]<\/a> Ouvrage publi\u00e9 en 1896, sous-titr\u00e9 \u00ab Du Panama \u00e0 l\u2019anarchie \u00bb, qui relate les scandales financiers et politiques de la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, notamment l\u2019affaire du Panama (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref57\" id=\"_ftn57\">[57]<\/a> Mme Sylvain d\u2019Arexy, n\u00e9e Doroth\u00e9e de Falgui\u00e8res (1827-1907) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref58\" id=\"_ftn58\">[58]<\/a> Raoul de Scorraille (ch\u00e2teau de Sangru\u00e8re, Villeneuve-sur-Lot, 9 juillet 1859-Montredon-des-Corbi\u00e8res, Aude, 13 octobre 1940), marquis de Scorraille, fils de L\u00e9once, marquis de Scorraille, et de No\u00e9mie de Roquette-Buisson. Il avait \u00e9pous\u00e9 en 1888 Cl\u00e9mentine de Montredon, h\u00e9riti\u00e8re de domaines dans l\u2019Aude (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref59\" id=\"_ftn59\">[59]<\/a> Alphonse Auguste Olivier de Laurens-Castelet (Toulouse, 9 avril 1844-ch\u00e2teau de Lagrange, Bram, Aude,15 mai 1923), marquis de Laurens-Castelet, ancien lieutenant aux dragons de l\u2019Imp\u00e9ratrice, fils d\u2019Henry, marquis de Laurens-Castelet, et de Jeanne Vivi\u00e8s, mari\u00e9 en 1871 avec Godelieve Marie de Lacoste de Belcastel. Maire de Puginier dans l\u2019Aude, d\u00e9put\u00e9 de ce d\u00e9partement de 1902 \u00e0 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref60\" id=\"_ftn60\">[60]<\/a> Il s\u2019agit de G\u00e9rard de La Tour Landorthe (Toulouse, 13 mars 1845-Saint-Ignan, 21 novembre 1920), fils d\u2019Assiscle de La Tour Landorthe et de Cl\u00e9mentine de Montredon, tante et homonyme de l\u2019\u00e9pouse du marquis de Scorraille cit\u00e9 ci-dessus (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref61\" id=\"_ftn61\">[61]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 23 ao\u00fbt 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref62\" id=\"_ftn62\">[62]<\/a> Denise Salvo, n\u00e9e \u00e0 Vin\u00e7a le 9 octobre 1838, fille de Jacques Salvo et de Th\u00e9r\u00e8se Dorandeu, avait \u00e9pous\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a le 7 octobre 1872 Alexis Batlle, de Jean Batlle et de Jos\u00e9phine Ballessa, d\u2019une famille parente avec les Pontich souvent cit\u00e9 plus haut. Voir notamment note de la partie introductive du journal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref63\" id=\"_ftn63\">[63]<\/a> Il s\u2019agit de Mme Joseph de Lazerme n\u00e9e Marie H\u00e9l\u00e8ne Pougeard du Limbert ainsi que ses filles Marthe, n\u00e9e en 1883 (future Mme Durand de Girard) et Th\u00e9r\u00e8se, n\u00e9e en 1890 (future Mme Goursaud de Merlis) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S.Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref64\" id=\"_ftn64\">[64]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref65\" id=\"_ftn65\">[65]<\/a> Charles de Roig, n\u00e9 en 1849, fils de Fran\u00e7ois de Roig et d\u2019Antoinette d\u2019Oms (arri\u00e8re-petit-fils d\u2019une Pontich, donc lointainement cousin avec Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e de Lazerme) avait \u00e9pous\u00e9 le 15 octobre 1885 \u00e0 Perpignan Berthe Marie Marguerite Costenadal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref66\" id=\"_ftn66\">[66]<\/a> Il doit s\u2019agir de Marie Batlle, n\u00e9e en 1884 \u00e0 Ille, fille de Joseph Batlle et d\u2019Elisabeth Delcros, qui \u00e9pousera en 1910 Jean Amade (1878-1949), po\u00e8te et \u00e9crivain. Ils sont les parents du parolier Louis Amade (1915-1992) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref67\" id=\"_ftn67\">[67]<\/a> Il doit s\u2019agir de Marie-Th\u00e9r\u00e8se Roca (1886-1963), fille de Joseph Roca et de Jos\u00e9phine Muxart, qui \u00e9pousera Ren\u00e9 Puech, avocat (1883-1957) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref68\" id=\"_ftn68\">[68]<\/a> Il doit s\u2019agir d\u2019Esp\u00e9rance Trull\u00e8s (1883-1904), fille unique du notaire illois Etienne Trull\u00e8s, qui mourut de la tuberculose, et dont il sera question dans la suite du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref69\" id=\"_ftn69\">[69]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 2 octobre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref70\" id=\"_ftn70\">[70]<\/a> Le jeune Albert Charles Henri Motas d\u2019Hestreux, n\u00e9 en 1874, mari\u00e9 le 22 septembre 1903 \u00e0 Agonac (Dordogne) avec Marguerite Faurichon de La Bardonnie, fille de Gaston Faurichon de La Bardonnie et de Marthe de Bonnegens, cousine germaine de Max Dupin de Saint-Cyr, \u00e9tait le fils d\u2019Eug\u00e8ne Motas d\u2019Hestreux (Basse-Terre, Guadeloupe,23 ao\u00fbt 1832-La Rochelle, 26 novembre 1919), g\u00e9n\u00e9ral de division qui eut une brillante carri\u00e8re sous le Second Empire, et d\u2019Alix de Gastebois (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref71\" id=\"_ftn71\">[71]<\/a> Gabrielle de Chefdebien (Saint-Pons, H\u00e9rault,15 juin 1930-Vin\u00e7a,23 septembre 1903), fille de Roch de Chefdebien et d\u2019Elisabeth de Raynaud-Raynaud, \u00e9tait issue d\u2019une ancienne famille de l\u2019Aude, poss\u00e9dant la seigneurie d\u2019Armissan, alli\u00e9e \u00e0 la lign\u00e9e roussillonnaise des \u00c7agarriga. Mari\u00e9e le 24 janvier 1853 \u00e0 Narbonne avex Joseph de Llobet (1825-1900), Gabrielle en eut 8 enfants, dont le c\u00e9l\u00e8bre archev\u00eaque d\u2019Avignon Mgr Gabriel de Llobet (1872-1957), dont il sera tr\u00e8s souvent question dans ce journal. Le rapprochement des Est\u00e8ve et des Llobet, op\u00e9r\u00e9 d\u00e8s 1903 \u2013 Mme de Llobet poss\u00e9dant \u00e0 Vin\u00e7a une maison o\u00f9 elle demeurait \u2013 serait lointainement \u00e0 l\u2019origine du futur mariage, en 1908, d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch et de Gabrielle du Lac, elle-m\u00eame fille de Marie-Th\u00e9r\u00e8se de Llobet, n\u00e9e en 1853, fille a\u00een\u00e9e de Joseph de Llobet et Gabrielle de Chefdebien (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref72\" id=\"_ftn72\">[72]<\/a> M\u00e8re de la future Mme Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch. Voir note ci-dessus (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref73\" id=\"_ftn73\">[73]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 19 ao\u00fbt 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref74\" id=\"_ftn74\">[74]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 29 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref75\" id=\"_ftn75\">[75]<\/a> Elisabeth Roca d\u2019Huyt\u00e9za, n\u00e9e en 1867 \u00e0 Toulouse, \u00e9pousa en secondes noces en 1902 \u00e0 Toulouse Hector, baron de Rolland (1853-1923), vice-pr\u00e9sident du Conseil d\u2019\u00c9tat de Monaco (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref76\" id=\"_ftn76\">[76]<\/a> Eulalie de Chefdebien (1838-1927), veuve de Joseph de Balanda, cousine germaine de Mme de Llobet n\u00e9e de Chefdebien cit\u00e9e plus haut (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref77\" id=\"_ftn77\">[77]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 5 d\u00e9cembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref78\" id=\"_ftn78\">[78]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 novembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref79\" id=\"_ftn79\">[79]<\/a> Futur archev\u00eaque d\u2019Avignon, Mgr Gabriel de Llobet (1872-1957) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref80\" id=\"_ftn80\">[80]<\/a> Augustine de Llobet (1863-1939), tertiaire de Saint-Fran\u00e7ois, autre fille de Joseph de Llobet et de Gabrielle de Chefdebien (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref81\" id=\"_ftn81\">[81]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 20 octobre 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref82\" id=\"_ftn82\">[82]<\/a> Fran\u00e7ois Erasme Est\u00e8ve (Perpignan, 2 juin 1724-21 juin 1777), moine \u00e0 Saint-Michel-de-Cuxa, fils de Jean Est\u00e8ve et de Monique Simon, fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de Fran\u00e7ois-Xavier Est\u00e8ve Simon, avocat et p\u00e8re du colonel Est\u00e8ve, propre grand-p\u00e8re d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref83\" id=\"_ftn83\">[83]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 1<sup>er<\/sup> avril 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref84\" id=\"_ftn84\">[84]<\/a> Jean Bertran de Balanda (1853-1934), polytechnicien, inspecteur aux chemins de fer du Midi puis propri\u00e9taire terrien en Roussillon, fils de Bonaventure Bertran de Balanda et de Th\u00e9r\u00e8se Muxart, mari\u00e9 en 1881 \u00e0 Millas avec Marie Ferriol (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref85\" id=\"_ftn85\">[85]<\/a> Jacques, marquis de Dampierre (1874-1947), archiviste pal\u00e9ographe, petit-fils d\u2019Henriette Barth\u00e9lemy, ni\u00e8ce de Fran\u00e7ois Barth\u00e9lemy (1747-1830), membre du Directoire ex\u00e9cutif de Paris (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Janvier 1903 Semaine du 1er au 4 janvier 1903 Angers, jeudi 1er janvier 1903 Je vais \u00e0 la grand\u2019messe de 9h \u00e0 Saint-Joseph. Ensuite, je vais acheter un bouquet que nous offrons, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philom\u00e8ne et moi, \u00e0 Tante Josepha et \u00e0 l\u2019oncle Paul \u00e0 l\u2019occasion du jour de l\u2019An, et une bourse de bonbons que &hellip; <a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2025\/12\/25\/1903\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">1903<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-184","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-intime-dantoine-desteve-de-bosch"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=184"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":233,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184\/revisions\/233"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=184"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=184"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=184"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}