{"id":236,"date":"2026-02-10T12:38:20","date_gmt":"2026-02-10T12:38:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/?p=236"},"modified":"2026-03-30T11:14:26","modified_gmt":"2026-03-30T11:14:26","slug":"1904","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/02\/10\/1904\/","title":{"rendered":"1904"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janvier 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 janvier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 1<sup>er<\/sup> janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais faire la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. \u00c0 midi, les Magu\u00e9 viennent d\u00e9jeuner avec nous&nbsp;; nous nous faisons de mutuels cadeaux. Une lettre de Papa nous annonce que son arriv\u00e9e n\u2019aura lieu que lundi soir. Je passe quatre heures de mon apr\u00e8s-midi \u00e0 faire des visites et \u00e0 porter des cartes&nbsp;; j\u2019en fais tant qu\u2019\u00e0 la fin les pieds me font mal.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 2 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand je me l\u00e8ve, j\u2019\u00e9prouve une douleur, qui me g\u00eane pour marcher, dans le tendon du pied gauche&nbsp;; vers 10h, elle est un peu calm\u00e9e et je vais chez J. Herv\u00e9-Bazin \u00e0 qui j\u2019ai un renseignement \u00e0 demander. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques nouvelles visites. Ma douleur au pied gauche me reprend. N\u00e9nette d\u00eene avec nous. L\u2019oncle Paul me pr\u00eate un int\u00e9ressant bouquin intitul\u00e9 <em>Petite garnison<\/em>, \u00e9crit par le lieutenant Bilse, de l\u2019arm\u00e9e allemande&nbsp;; c\u2019est un pamphlet accablant contre les m\u0153urs des officiers allemands&nbsp;; l\u2019auteur a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par le Conseil de guerre de Metz \u00e0 6 mois de prison et \u00e0 l\u2019exclusion de l\u2019arm\u00e9e, et le livre interdit en Allemagne&nbsp;; mais il a \u00e9t\u00e9 traduit et se voit \u00e0 toutes les vitrines en France, et ailleurs&nbsp;; ce qu\u2019il y a de piquant, c\u2019est que le lieutenant Bilse a \u00e9t\u00e9 poursuivi par des officiers qui se sont reconnus dans les personnages du roman, et, au cours du proc\u00e8s, la plupart des faits reproch\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 reconnus dans les d\u00e9positions des officiers&nbsp;; or, ils sont tr\u00e8s graves&nbsp;: mauvais traitements \u00e0 l\u2019\u00e9gard des soldats, intrigues amoureuses avec les femmes de leurs camarades, d\u00e9tournements de fonds et surtout dettes criantes des jeunes officiers. Je ne m\u2019\u00e9tonne pas de l\u2019\u00e9motion des milieux militaires et de la col\u00e8re de l\u2019empereur, car c\u2019est un rude coup port\u00e9 par un de ses enfants au corps sacro-saint des officiers allemands.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 3 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma douleur au pied gauche a augment\u00e9&nbsp;; le docteur Sourice, que nous faisons appeler, diagnostique un petit rhumatisme, et m\u2019ordonne certains m\u00e9dicaments hom\u00e9opathiques et surtout le repos&nbsp;; aussi, je ne sors que pour aller \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame, et d\u00e9jeuner chez les Magu\u00e9&nbsp;; toute l\u2019apr\u00e8s-midi, je lis et j\u2019\u00e9cris. J\u2019ai la visite de M. Frog\u00e9<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, pr\u00e9sident des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul, qui vient me demander de m\u2019occuper dans la paroisse Saint-Serge de l\u2019\u0152uvre des Bons Journaux, qui vient de se fonder&nbsp;; c\u2019est une \u0153uvre de dames, mais il y aura dans chaque paroisse un repr\u00e9sentant masculin&nbsp;; j\u2019accepte volontiers, car c\u2019est une excellente \u0153uvre&nbsp;; une r\u00e9union pr\u00e9paratoire aura lieu sans doute apr\u00e8s-demain chez Madame Ren\u00e9 Bazin, qui est pr\u00e9sidente de l\u2019\u0152uvre.<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 janvier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 4 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cause de mon pied, je ne me l\u00e8ve que vers 10h&nbsp;; j\u2019avance dans la lecture de <em>Petite garnison<\/em>, et plus je vais, plus je suis \u00e9difi\u00e9 sur la moralit\u00e9 des officiers d\u2019outre-Rhin&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, je ne sors que pour aller \u00e0 la salle des Quinconces remplir mon r\u00f4le de commissaire \u00e0 l\u2019arbre de No\u00ebl, et pour aller prendre ma le\u00e7on de chant. Papa arrive de Biarritz \u00e0 8h \u00bd du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 5 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve tard encore aujourd\u2019hui, mais mon pied est presque gu\u00e9ri. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites, puis je vais \u00e0 la r\u00e9union de l\u2019\u0152uvre de la Presse pour tous chez M. Frog\u00e9&nbsp;; on y prend d\u2019importantes d\u00e9cisions. Le soir, je re\u00e7ois un mot de Jacques des Loges me disant que, par suite d\u2019un surcro\u00eet d\u2019occupations \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, il ne peut pas tenir la promesse qu\u2019il m\u2019avait faite de jouer un r\u00f4le dans notre sayn\u00e8te&nbsp;; c\u2019est d\u2019autant plus contrariant que cette mauvaise nouvelle m\u2019arrive au moment m\u00eame o\u00f9 va avoir lieu notre premi\u00e8re r\u00e9p\u00e9tition&nbsp;; elle a lieu quand m\u00eame, mais il n\u2019y a que deux acteurs au lieu de trois&nbsp;: Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Ren\u00e9 de La Villebiot&nbsp;; elle est dirig\u00e9e Par Mme Dorlin, ancienne ma\u00eetresse de diction de Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; d\u00e8s demain matin, je vais me mettre \u00e0 chercher le 3<sup>\u00e8me<\/sup> acteur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Nantes, jeudi 6 janvier 1904 (minuit pass\u00e9)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier matin \u00e0 Angers, j\u2019ai trouv\u00e9 l\u2019acteur qui me manquait&nbsp;: Maxence de Damas&nbsp;; il a tout de suite accept\u00e9. J\u2019ai quitt\u00e9 Angers par le train de 2h34 et je suis arriv\u00e9 ici \u00e0 4h4 avec Jacques Herv\u00e9-Bazin seulement, car De Br\u00e9on et Milleret qui devaient venir en ont \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9s&nbsp;; je vais avec Lucas, arriv\u00e9 ce matin, faire timbrer ma carte de banquet chez M. M\u00e9riadec de Quinquis<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, l\u2019organisateur du banquet et de la r\u00e9union d\u2019aujourd\u2019hui, puis je me prom\u00e8ne en attendant 7h. \u00c0 7h, nous allons aux salons Turcaud rue Voltaire o\u00f9 aura lieu le banquet&nbsp;; celui-ci commenc\u00e9 \u00e0 7h40 sous la pr\u00e9sidence du lieutenant-colonel de Saint-R\u00e9my<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> (il devait \u00eatre pr\u00e9sid\u00e9 par le g\u00e9n\u00e9ral de Charette, mais celui-ci est malade)&nbsp;; il est plac\u00e9 sous la pr\u00e9sidence d\u2019honneur de Paul Bourget, de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, qui est, depuis quelques ann\u00e9es, un des plus fermes soutiens de notre parti royaliste. Au banquet assistent environ 250 personnes, dont quelques dames parmi lesquelles je reconnais la comtesse de Becdeli\u00e8vre, n\u00e9e de Rouault<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, amie de Maman. \u00c0 la table d\u2019honneur, il y a le colonel de Parseval, le g\u00e9n\u00e9ral de Cornulier-Lucini\u00e8re, etc.&nbsp;; M. de Baudry d\u2019Asson, d\u00e9put\u00e9 de la Vend\u00e9e, a \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9 de venir par la maladie. Je prends place \u00e0 la table des jeunes gens pr\u00e9sid\u00e9e par M. Tony de Charette<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>. Les toasts ne sont pas nombreux car on attend les discours de la soir\u00e9e&nbsp;; cependant M. M\u00e9riadec de Quinquis, au nom des jeunes (il n\u2019a que 23 ans) porte \u00e0 la sant\u00e9 du prince h\u00e9ritier, le duc de Montpensier. Apr\u00e8s le banquet, on va et vient un moment dans les vastes salons, beaucoup de personnes arrivent, puis commence la r\u00e9union proprement dite \u00e0 laquelle assistent, je pense, environ 6 \u00e0 700 personnes. Elle d\u00e9bute par quelques mots du pr\u00e9sident, le colonel de Saint-R\u00e9my&nbsp;; puis par un discours de De Quinquis contre l\u2019indiff\u00e9rentisme en mati\u00e8re politique&nbsp;; enfin arrive le grand discours de la soir\u00e9e, celui du comte de Lar\u00e8gle, ce vaillant royaliste, qui fait une active propagande dans les centres ouvriers de Belleville et de La Villette, o\u00f9 il est le continuateur de M. de Sabran-Pontev\u00e8s. Il d\u00e9montre \u00e9loquemment que la monarchie l\u00e9gitime seule peut sauver la France parce qu\u2019elle est le seul gouvernement qui ait source dans la tradition nationale, et que c\u2019est l\u00e0 une condition essentielle car les gouvernements qui n\u2019ont pas leur base dans la tradition doivent la chercher ailleurs, dans la gloire militaire, par exemple comme l\u2019Empire, et alors c\u2019est la guerre avec tous ses al\u00e9as, ou dans le suffrage universel comme les r\u00e9publiques (de quelque titre qu\u2019on les d\u00e9core) et alors c\u2019est la flatterie des passions basses du peuple et l\u2019accroissement ind\u00e9fini des d\u00e9penses. De plus, la monarchie puise dans la tradition nationale, la stabilit\u00e9 et l\u2019unit\u00e9 de vues n\u00e9cessaires \u00e0 tout gouvernement pour r\u00e9aliser les grands desseins \u00e0 longue \u00e9ch\u00e9ance. Enfin, M. de Lar\u00e8gle d\u00e9veloppe le programme de r\u00e9formes sociales de la monarchie&nbsp;: organisation corporative du travail par le d\u00e9veloppement de l\u2019association libre&nbsp;; c\u2019est la question ouvri\u00e8re r\u00e9solue sans qu\u2019il en co\u00fbte un sou \u00e0 l\u2019\u00c9tat&nbsp;; et la d\u00e9centralisation qui ram\u00e8nera la vie dans la province et dans la commune&nbsp;; et il montre la parfaite unit\u00e9 de vues qui a exist\u00e9 sur tous ces points entre les 3 derniers rois exil\u00e9s&nbsp;: le comte de Chambord, le comte de Paris et le duc d\u2019Orl\u00e9ans. M. de Lar\u00e8gle nous fait aussi un tableau lamentable, mais h\u00e9las trop vrai, de la situation o\u00f9 se d\u00e9bat actuellement la France apr\u00e8s 33 ans de r\u00e9publique&nbsp;; il nous montre l\u2019effroyable pers\u00e9cution religieuse qui engendrera n\u00e9cessairement la guerre civile, et, \u00e0 ce propos, il reproche vivement aux d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs catholiques ralli\u00e9s du Finist\u00e8re d\u2019avoir, en ao\u00fbt 1902, arr\u00eat\u00e9 les Bretons qui voulaient s\u2019opposer par la force \u00e0 la fermeture de leurs \u00e9coles libres&nbsp;; il assure que le gouvernement aurait recul\u00e9, et c\u2019est probable en effet, si l\u2019on en juge par la peur qu\u2019il a \u00e9prouv\u00e9e. Apr\u00e8s M. de Lar\u00e8gle, un simple ouvrier de Nantes monte \u00e0 la tribune et dit qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re le programme de r\u00e9formes ouvri\u00e8res et sociales expos\u00e9 par M. de Lar\u00e8gle aux utopies collectivites&nbsp;; il est chaleureusement applaudi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Meriadec-de-Quinquis.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"512\" height=\"788\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Meriadec-de-Quinquis.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-242\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Meriadec-de-Quinquis.jpg 512w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Meriadec-de-Quinquis-195x300.jpg 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 512px) 100vw, 512px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">M\u00e9riadec du Plessis-Quinquis (1880-1969), responsable de la Ligue royaliste de l\u2019Ouest \u2013 Carte postale (Mus\u00e9e de la carte postale de Baud)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s une interruption de 20 minutes, pendant laquelle on va au buffet, M. Ch\u00e9guillaume<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, l\u2019orateur catholique nantais que j\u2019avais entendu il y a 2 ans au congr\u00e8s de la jeunesse catholique, vient saluer les Vend\u00e9ens, catholiques fid\u00e8les et royalistes in\u00e9branlables, au nom de leurs fr\u00e8res de Bretagne. La soir\u00e9e se termine par des ovations au colonel de Saint-R\u00e9my et des cris r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de \u00ab&nbsp;Vive Dieu&nbsp;; Vive le ROI&nbsp;; Vive la France&nbsp;\u00bb. Herv\u00e9-Bazin, Lucas et moi, comme anciens \u00e9l\u00e8ves de l\u2019Externat Saint-Maurille, nous chargeons M. de Quinquis d\u2019adresser au duc de Montpensier, ancien \u00e9l\u00e8ve de cet \u00e9tablissement, un t\u00e9l\u00e9gramme o\u00f9 nous lui t\u00e9moignons notre attachement et notre in\u00e9branlable fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la cause du ROI qui est la cause de la France. La r\u00e9union s\u2019est termin\u00e9e \u00e0 minuit au milieu d\u2019un grand enthousiasme. Herv\u00e9-Bazin et Maurice Lucas sont partis avant le discours de Ch\u00e9guillaume, pour reprendre le train de 11h&nbsp;; moi j\u2019ai attendu la fin, et je couche \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Bretagne. Un espion du marquis de Dion et des pl\u00e9biscitaires plus ou moins bonapartistes avait r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019introduire dans la r\u00e9union et donnait des signes comiques de nervosit\u00e9 quand M. de Lar\u00e8gle se moquait spirituellement du prince Victor Bonaparte qui est tant\u00f4t candidat \u00e0 l\u2019Empire, tant\u00f4t candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique, qui tant\u00f4t d\u00e9sire ceindre la couronne de Napol\u00e9on Ier, et tant\u00f4t se contenter d\u2019ambitionner le chapeau bossel\u00e9 de M. Loubet&nbsp;! Qui, enfin, choisit le moment o\u00f9 la r\u00e9publique pers\u00e9cute furieusement les Catholiques pour se d\u00e9clarer anticl\u00e9rical&nbsp;! Et cela parce qu\u2019il se sait soutenu par les Juifs et par une partie des Jacobins qui, craignant pour leurs coffres-forts, ne seraient pas \u00e9loign\u00e9s de recourir \u00e0 cette solution b\u00e2tarde qu\u2019est l\u2019Empire. Pour nous, nous aimons mieux nous en tenir \u00e0 la seule solution efficace, au retour de la monarchie l\u00e9gitime, nationale et traditionnelle. Je me couche \u00e0 pr\u00e8s de une heure du matin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 7 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 6h \u00bd et je prends \u00e0 Nantes le train de 8h36 qui me d\u00e9pose \u00e0 Angers \u00e0 10h10&nbsp;; il fait tr\u00e8s froid&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris pour <em>Le Roussillon<\/em> le compte-rendu de la belle r\u00e9union royaliste d\u2019hier. Le soir, nous allons tous (sauf Maman qui en est emp\u00each\u00e9e par la migraine) d\u00eener chez les La Villebiot&nbsp;; outre les De La Villebiot, les De Guibert et nous 5, il y a Mlle Madeleine de Padirac, et la vicomtesse de Kermainguy&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, les jeunes gens de Padirac viennent reprendre leur s\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 8 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais avec Maman des invitations pour notre soir\u00e9e de mardi&nbsp;; ensuite, je vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pour le cours de doctorat, mais aucun professeur ne vient. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai 2 cours&nbsp;: l\u2019un de l\u00e9gislation industrielle, l\u2019autre d\u2019histoire \u00e9conomique. De 4 \u00e0 5h, De La Villebiot et De Damas viennent r\u00e9p\u00e9ter avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se leur pi\u00e8ce sous la direction de Mme Darlin&nbsp;; De Padirac r\u00e9p\u00e8te ses monologues. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 9 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence) et de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je passe \u00e0 peu pr\u00e8s tout mon temps \u00e0 faire les statistiques de la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul, puis je vais voir M. Ren\u00e9 Bazin que je ne rencontre pas. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 10 janvier 1904<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Denys_Cochin_1915.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"391\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Denys_Cochin_1915.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-243\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Denys_Cochin_1915.jpg 330w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Denys_Cochin_1915-253x300.jpg 253w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Denys Cochin en 1915 \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0&nbsp;Notre-Dame&nbsp;; puis je fais diverses commissions. \u00c0 2h \u00bd, nous assistons tous aux v\u00eapres et \u00e0 la procession de cl\u00f4ture de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle \u00e0 Saint-Serge. Ensuite, nos acteurs de mardi viennent r\u00e9p\u00e9ter leurs r\u00f4les. Le soir \u00e0 8h, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, s\u00e9ance de rentr\u00e9e de notre Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;: discours de J. Herv\u00e9-Bazin, rapport de Maxence de Damas, secr\u00e9taire, sur les travaux de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re&nbsp;; discours de bienvenue de M. Ren\u00e9 Bazin \u00e0 M. Denys Cochin<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;; enfin, grand discours de M. Denys Cochin sur la libert\u00e9 d\u2019enseignement&nbsp;; M. Denys Cochin passe en revue tous les pr\u00e9textes que nos ennemis invoquent pour interdire l\u2019enseignement aux congr\u00e9gations religieuses et aux Catholiques, et il en d\u00e9montre facilement l\u2019inanit\u00e9. Il y avait une assistance \u00e9norme et, naturellement, tr\u00e8s sympathique. Un murmure d\u2019indignation \u00e0 l\u2019adresse du gouvernement s\u2019est \u00e9lev\u00e9 quand M. Denys Cochin, pour montrer le manque absolu de patriotisme des sinistres coquins qui nous oppriment, a rappel\u00e9 l\u2019odieuse expulsion d\u2019un d\u00e9put\u00e9 alsacien protestataire \u00e0 laquelle vient de proc\u00e9der le sous-pr\u00e9fet de Lun\u00e9ville&nbsp;; ce d\u00e9put\u00e9, l\u2019abb\u00e9 Delsor<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, devait adresser la parole (et non pas faire un discours politique) \u00e0 ses compatriotes tr\u00e8s nombreux \u00e0 Lun\u00e9ville, lorsqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 accost\u00e9 dans la rue par un commissaire de police qui lui a signifi\u00e9 l\u2019arr\u00eat\u00e9 d\u2019expulsion du territoire fran\u00e7ais pris contre lui par le sous-pr\u00e9fet et libell\u00e9 dans les termes les plus odieux&nbsp;; il y est dit qu\u2019on ne peut tol\u00e9rer la pr\u00e9sence sur le territoire fran\u00e7ais de cet \u00e9tranger qui se propose d\u2019y troubler l\u2019ordre&nbsp;! La foule exasp\u00e9r\u00e9e a failli faire le sac de la Sous-pr\u00e9fecture et je regrette vivement que M. Corrard des Essarts, le d\u00e9put\u00e9 nationaliste de Lun\u00e9ville chez qui \u00e9tait descendu l\u2019abb\u00e9 Delsor (et qui va interpeller le gouvernement) ait cru devoir l\u2019en dissuader. Ainsi, voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes&nbsp;; derni\u00e8rement, le d\u00e9put\u00e9 socialiste belge Vandervelde a pu venir, sans \u00eatre inqui\u00e9t\u00e9, faire en France une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences internationalistes, bien plus, un pr\u00e9fet (!) a pu assister \u00e0 l\u2019une d\u2019elles sans recevoir du gouvernement le moindre bl\u00e2me, et un d\u00e9put\u00e9 alsacien qui, apr\u00e8s 33 ans de conqu\u00eate allemande, revendique h\u00e9ro\u00efquement sa qualit\u00e9 de Fran\u00e7ais, est honteusement chass\u00e9 de France comme un malfaiteur \u00e9tranger&nbsp;!!! Ah&nbsp;! Quel retentissement une aussi odieuse mesure a d\u00fb avoir en Alsace, et quelle bonne aubaine pour le gouvernement allemand&nbsp;! Quant \u00e0 moi, je ne puis m\u2019emp\u00eacher de me rappeler ce que me disait au mois d\u2019ao\u00fbt dernier l\u2019abb\u00e9 Vitory en descendant de Sainte-Odile&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Le gouvernement fran\u00e7ais a plus fait pour la germanisation de l\u2019Alsace en deux ans que n\u2019avait pu faire le gouvernement allemand en trente ans&nbsp;\u00bb<\/em>. Mais nous voici bien loin de l\u2019Universit\u00e9 et de M. Cochin. Apr\u00e8s son discours couvert d\u2019applaudissements, il est all\u00e9 dans la grande salle des Lettres o\u00f9 on a servi le punch aux professeurs et \u00e9tudiants.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Nicolas_Delsor-1920.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"667\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Nicolas_Delsor-1920.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-244\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Nicolas_Delsor-1920.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Nicolas_Delsor-1920-225x300.jpg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Abb\u00e9 Nicolas Delsor (1847-1927) \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 janvier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 11 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de zootechnie sp\u00e9ciale&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, derni\u00e8re r\u00e9p\u00e9tition de notre pi\u00e8ce. Le soirs, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, int\u00e9ressant travail de Gazeau sur la d\u00e9centralisation, suivi d\u2019une vive discussion&nbsp;; presque tous sont d\u2019accord sur la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9centralisation&nbsp;; pour ma part, je soutiens vivement l\u2019opportunit\u00e9, la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9centralisation, mais je dis que nous ne l\u2019obtiendrons jamais d\u2019un gouvernement d\u00e9pendant enti\u00e8rement de l\u2019\u00e9lection comme le n\u00f4tre, car il ne consentira jamais \u00e0 rel\u00e2cher la cha\u00eene administrative par laquelle il tient le corps \u00e9lectoral. Seul, un gouvernement ind\u00e9pendant, ne comptant pas sur l\u2019\u00e9lection, c\u2019est-\u00e0-dire la monarchie, sera assez fort pour prendre l\u2019initiative de la d\u00e9centralisation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 12 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique (doctorat)&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, autre cours d\u2019\u00e9conomie politique (doctorat) et cours de l\u00e9gislation industrielle. Ensuite, je fais une visite qui a rapport \u00e0 l\u2019\u0152uvre de la Presse pour tous chez M. Audouin rue Bertin&nbsp;; le soir a lieu notre soir\u00e9e artistique et musicale qui se prolonge jusqu\u2019\u00e0 une heure du matin. Y sont invit\u00e9s et y viennent environ 32 personnes&nbsp;; quelques autres n\u2019ont pu accepter. Voici les noms de celles qui y viennent&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme, Mlles et Jacques Herv\u00e9-Bazin<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tante Josepha et N\u00e9nette (l\u2019oncle Paul, toujours souffrant, n\u2019est pas venu)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comtesse et Mlle Madeleine de Padirac, et Gabriel de Padirac<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Commandant et Mlle Regnard<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme et Ren\u00e9 de La Villebiot<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme et Mlle Diard<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mlle Grolleau<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme et Mlles de Soos<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme et Mlle Mongazon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, plusieurs de mes camarades de l\u2019Universit\u00e9&nbsp;: Roger de Br\u00e9on, Ren\u00e9 Guy, Maxence de Damas, Tony Catta, Jacques des Loges. Voici le programme de la soir\u00e9e, tel que nous l\u2019avons distribu\u00e9 aux invit\u00e9s (j\u2019ajoute les noms des artistes qui n\u2019y figurent pas)&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Soir\u00e9e du 12 janvier 1904<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Chanson \u00e0 la lune (Mlles Herv\u00e9-Bazin)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Discours d\u2019un Alsacien sur la tombe d\u2019un ami, monologue (de Padirac)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Les Champs, piano (Maman et Philom\u00e8ne)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Une journ\u00e9e de l\u2019H\u00f4tel de Rambouillet, sayn\u00e8te&nbsp;:<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Mlle Marcelle de Garges (Marie-Th\u00e9r\u00e8se)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le comte Bernard de Boulainville (Ren\u00e9 de La Villebiot)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le vicomte Georges de Boulainville (Maxence de Damas)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La sc\u00e8ne se passe dans le ch\u00e2teau du marquis de Garges.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019Orage, piano (Philom\u00e8ne)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>La derni\u00e8re gavotte, chant (Mlle de Padirac)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Chanson de la bo\u00eete \u00e0 Fursy (Roger de Br\u00e9on)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019existence bris\u00e9e, monologue (de Padirac)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Mon ami R\u00e9my, monologue (Ren\u00e9 Guy)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le c\u0153ur de ma Mie, chant (Mlle Catherine et Jacques Herv\u00e9-Bazin)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019\u00e9pave, monologue (Mlle Jeanne de Soos)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>En se disant adieu, duo de Rubinstein (J. Herv\u00e9-Bazin et R. de Br\u00e9on, accompagn\u00e9s par Catta)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Amoureuse pri\u00e8re, chant -Mlle de Padirac)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le baiser \u00e0 la Dame, monologue (Ren\u00e9 Guy)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La petite pi\u00e8ce est fort bien ex\u00e9cut\u00e9e, et les monologues et chansonnettes fort bien dits. \u00c0 l\u2019issue de la pi\u00e8ce, Ren\u00e9 de La Villebiot nous fait une aimable surprise&nbsp;: tandis que les applaudissements du public rappelaient les acteurs sur la sc\u00e8ne, il offre un superbe banquet de roses \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se. On fait passer fr\u00e9quemment des rafra\u00eechissements et des petits fours de toutes sortes en attendant le th\u00e9 qui est servi un peu apr\u00e8s minuit. Les derniers invit\u00e9s se retirent \u00e0 1 heure.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 13 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un temps atroce toute la journ\u00e9e&nbsp;; je vais avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philo et Max faire ma visite de digestion \u00e0 Mme de La Villebiot&nbsp;; \u00e0 5h, cours de religion du P. Barbier&nbsp;; il traitera, cette ann\u00e9e, ce sujet&nbsp;: la foi chr\u00e9tienne et la foi Kantienne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 14 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9h \u00bd, cours d\u2019\u00e9conomie politique&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman faire une visite \u00e0 Mme Mailfert&nbsp;; ensuite, je vais voir le fr\u00e8re Engilbert qui est s\u00e9cularis\u00e9. \u00c0 9h, nous disons au revoir \u00e0 Max qui repart pour Sainte-Croix par le train de 10h et nous allons tous en soir\u00e9e chez Mme Gavouy\u00e8re qui re\u00e7oit toute la Facult\u00e9&nbsp;; nous rentrons \u00e0 minuit apr\u00e8s le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 15 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9h, je vais \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; \u00e0 10h \u00bd, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, 2 cours de l\u00e9gislation industrielle. \u00c0 4h, je vais avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philo faire une visite \u00e0 Mme de Kergos, puis je vais me baigner et je vais un moment tenir compagnie \u00e0 l\u2019oncle Paul qui, toujours souffrant, ne sort que le matin en omnibus pour aller \u00e0 sa caserne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 16 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence et de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019occupe de l\u2019\u0152uvre de la Presse pour tous dont on m\u2019a nomm\u00e9 membre z\u00e9lateur pour la paroisse Saint-Serge&nbsp;; je m\u2019adresse \u00e0 M. Pineau, \u00e0 M. Audouin, \u00e0 M. Girard repr\u00e9sentant de la <em>Patrie fran\u00e7aise<\/em> afin de me procurer les adresses des \u00e9lecteurs n\u00e9cessaires pour l\u2019exp\u00e9dition des bons journaux. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; j\u2019y lis les statistiques de fin d\u2019ann\u00e9e. Voici le compte-rendu de la r\u00e9union de Nantes que j\u2019ai envoy\u00e9 au <em>Roussillon<\/em> et qu\u2019il a publi\u00e9 dans son num\u00e9ro du 11 janvier&nbsp;; le <em>R\u00e9veil de l\u2019Ouest<\/em> de cette semaine l\u2019a aussi publi\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040116.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"636\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040116-636x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-245\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040116-636x1024.jpg 636w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040116-186x300.jpg 186w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040116-768x1236.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040116-954x1536.jpg 954w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040116.jpg 1094w\" sizes=\"auto, (max-width: 636px) 100vw, 636px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure du <em>Roussillon<\/em> du 11 janvier 1904, coll\u00e9 par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans son journal au 16 janvier 1904<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa re\u00e7oit de M. Bonet, cur\u00e9 d\u2019Ille, la confirmation de son d\u00e9part, et de sa nomination \u00e0 l\u2019archipr\u00eatr\u00e9 de C\u00e9ret&nbsp;; on n\u2019attend plus que la signature minist\u00e9rielle au bas du d\u00e9cret. Par le m\u00eame courrier, l\u2019abb\u00e9 Rajau \u00e9crit \u00e0 Papa et, en lui annon\u00e7ant le d\u00e9part d\u2019Ille du chanoine Bonet, il lui fait part du bruit qui court concernant son successeur&nbsp;; il serait question d\u2019envoyer \u00e0 Ille l\u2019abb\u00e9 Bonafon<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, actuellement cur\u00e9 de Prats-de-Mollo&nbsp;; c\u2019est un catalaniste distingu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 17 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne un peu avec Tante Josepha et l\u2019oncle Paul dans la direction de Saint-Barth\u00e9lemy, puis je vais avec Maman \u00e0 l\u2019exposition des Amis des Arts, et au salut \u00e0 l\u2019Adoration&nbsp;; je vais voir Jean Gavouy\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 25 janvier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 18 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10h \u00bd, cours de zootechnie sp\u00e9ciale&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites. \u00c0 4h le\u00e7on de chant. Le soir Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Grimault intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Les \u00c9tats-Unis sont-ils une nation ou une association d\u2019int\u00e9r\u00eats&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il faut un temps \u00e9pouvantable, et je commence \u00e0 \u00e9prouver une douleur rhumatismale dans le tendon du pied droit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 19 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma douleur a augment\u00e9&nbsp;; je vais n\u00e9anmoins au cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence et \u00e0 celui de doctorat&nbsp;; mais je suis oblig\u00e9 d\u2019en revenir en voiture&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, pour les 2 autres cours de doctorat, je suis oblig\u00e9 d\u2019aller et venir de la Facult\u00e9 en voiture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 20 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon pied va mieux&nbsp;; mais je ne sors que vers 5h pour aller au cours de religion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u2020Angers, jeudi 21 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon rhumatisme est gu\u00e9ri&nbsp;; je vais au cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence), puis au cours de constructions rurales. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philom\u00e8ne chez Madame de Padirac&nbsp;; ensuite, je vais voir Bonnet \u00e0 la caserne Desjardins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 22 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui 2 cours de l\u00e9gislation industrielle et un cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques. \u00c0 8h, je vais \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame. C\u2019est aujourd\u2019hui que se discute \u00e0 la Chambre l\u2019interpellation de M. Corrard des Esarts sur l\u2019expulsion de l\u2019abb\u00e9 Delsor \u00e0 Lun\u00e9ville. Cette affaire a fait un bruit \u00e9norme tant en France qu\u2019en Allemagne, et a soulev\u00e9 en France et en Alsace une bien l\u00e9gitime \u00e9motion. Quelques journaux gouvernementaux et tous les journaux ind\u00e9pendants ont fl\u00e9tri avec plus ou moins de vigueur l\u2019inqualifiable mesure du pr\u00e9fet de Nancy et les termes odieux de \u00ab&nbsp;sujet allemand&nbsp;\u00bb employ\u00e9s dans l\u2019arr\u00eat\u00e9 d\u2019expulsion. En Alsace, toute la presse antiallemande est indign\u00e9e&nbsp;; quant aux feuilles reptiliennes, elles sont dans la jubilation, car elles voient dans cet acte abominable la confirmation du trait\u00e9 de Francfort par le gouvernement fran\u00e7ais. Ce qu\u2019il y a de plus \u00e9pouvantable encore que l\u2019expulsion elle-m\u00eame, c\u2019est la tactique employ\u00e9e par les feuilles gouvernementales pour justifier cette mesure&nbsp;: ces sans-patrie pr\u00e9tendent que l\u2019abb\u00e9 Delsor, qui est un des chefs du parti alsacien-lorrain, et qui a \u00e9t\u00e9 toujours en Alsace l\u2019adversaire acharn\u00e9 du gouvernement allemand, s\u2019est ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019Allemagne parce que, au Reichstag, il ne se fait pas appeler \u00ab&nbsp;d\u00e9put\u00e9 protestataire&nbsp;\u00bb, mais seulement \u00ab&nbsp;d\u00e9put\u00e9 du parti alsacien-lorrain&nbsp;\u00bb&nbsp;! Or, tout le monde sait, et en Alsace l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re on me l\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9, que, depuis 1887, le parti fran\u00e7ais a chang\u00e9 de tactique&nbsp;; au lieu de se dire protestataire, et de continuer \u00e0 protester inefficacement contre l\u2019annexion, il se dit \u00ab&nbsp;parti alsacien-lorrain&nbsp;\u00bb, et, se pla\u00e7ant en apparence et dans ses rapports avec le gouvernement, sur le terrain des faits accomplis, il se contente de r\u00e9clamer l\u2019abolition des mesures d\u2019exception contre l\u2019Alsace-Lorraine et l\u2019autonomie de ce pays&nbsp;; il estime que conserver l\u2019Alsace telle qu\u2019elle est, et la pr\u00e9server autant que possible de la germanisation, est le meilleur moyen de servir la cause fran\u00e7ais, et que ce but sera atteint plus facilement en se pla\u00e7ant sur le terrain des faits accomplis qu\u2019en se cantonnant dans une fi\u00e8re mais inutile protestation&nbsp;; la chose peut \u00eatre discutable, mais les intentions des d\u00e9put\u00e9s de ce parti, et, en particulier, de l\u2019abb\u00e9 Delsor sont au-dessus de toute discussion. Eh bien, Combes, la chose est prouv\u00e9e, a fait rechercher \u00e0 Berlin par sa police secr\u00e8te si, dans les votes et dans l\u2019attitude de l\u2019abb\u00e9 Delsor, il pourrait trouver un argument pour sa th\u00e8se qui sera la m\u00eame que celle de sa presse&nbsp;: l\u2019abb\u00e9 Delsor est ralli\u00e9 \u00e0 l\u2019Allemagne, donc les termes de \u00ab&nbsp;sujet allemand&nbsp;\u00bb et l\u2019expulsion n\u2019ont rien de choquant&nbsp;! Tout de m\u00eame, il est dur pour notre patriotisme de voir le chef du gouvernement fran\u00e7ais envoyer des Fran\u00e7ais \u00e0 Berlin pour s\u2019aboucher avec les policiers prussiens dans le but de salir un Alsacien&nbsp;! Le d\u00e9bat d\u2019aujourd\u2019hui, s\u2019il tourne en faveur de Combes, sera un sanglant affront \u00e0 l\u2019Alsace fid\u00e8le&nbsp;; par contre, je pense qu\u2019il d\u00e9sabuserait les conservateurs et les honn\u00eates gens qui mettent leur espoir dans une r\u00e9publique assagie. Malgr\u00e9 l\u2019avantage que la victoire du d\u00e9froqu\u00e9 assurerait \u00e0 notre parti royaliste, je serais d\u00e9sol\u00e9 de ce r\u00e9sultat (h\u00e9las trop probable&nbsp;!) car je mets la France au-dessus de mes pr\u00e9f\u00e9rences dynastiques&nbsp;; les blocquards n\u2019en disent pas autant, et, entre Combes et la France, ils n\u2019h\u00e9siteront pas \u00e0 choisir Combes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 23 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale. Avant d\u2019aller \u00e0 la Facult\u00e9, je lis dans le <em>Maine-et-Loire<\/em> le navrant r\u00e9sultat du vote d\u2019hier&nbsp;: 295 d\u00e9put\u00e9s contre 243 se sont prononc\u00e9s en faveur de Combes contre l\u2019Alsace-Lorraine&nbsp;! Ainsi, chose inou\u00efe, et que nos petits-enfants qui vivront, je l\u2019esp\u00e8re, sous un r\u00e9gime d\u2019ordre, voudront \u00e0 peine croire, il s\u2019est trouv\u00e9 dans une chambre fran\u00e7aise une majorit\u00e9 de 52 voix pour dire \u00e0 ce ministre qui est le dernier des mis\u00e9rables \u00ab&nbsp;Vous avez eu raison de faire expulser de France et de laisser traiter de \u00ab&nbsp;sujet allemand&nbsp;\u00bb un Alsacien, un d\u00e9put\u00e9 de l\u2019Alsace fid\u00e8le&nbsp;!&nbsp;\u00bb De par la d\u00e9cision de la Chambre, c\u2019en est donc fait de la question d\u2019Alsace-Lorraine&nbsp;; d\u00e9sormais, il pourra rester dans ce pays des individualit\u00e9s fid\u00e8les au souvenir de la France, mais il est certain qu\u2019il n\u2019y aura plus, qu\u2019il ne peut plus y avoir de parti politique fran\u00e7ais. Voil\u00e0 o\u00f9 nous a conduits l\u2019abominable campagne qui se poursuit depuis 6 ans contre l\u2019arm\u00e9e et contre la patrie&nbsp;; voil\u00e0 o\u00f9 nous a men\u00e9s cette maudite r\u00e9publique&nbsp;! Ombre de Bismarck, comme vous devez vous r\u00e9jouir&nbsp;; la France est deux fois en deuil&nbsp;: pour avoir perdu l\u2019Alsace et pour l\u2019avoir vu renier par son gouvernement&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 24 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame puis je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. Je lis, dans tous ses d\u00e9tails, la d\u00e9solante s\u00e9ance d\u2019avant-hier&nbsp;; le magnifique discours de M. Ribot (un adversaire politique, mais toute la droite l\u2019a applaudi, car, en ces mati\u00e8res, il n\u2019y a plus d\u2019adversaires politiques, il ne doit y avoir que des Fran\u00e7ais), celui de M. Corrard des Essarts le t\u00e9moin de l\u2019abominable attentat de Lun\u00e9ville, de M. Ferri de Ludre, de M. Ollivier qui a mis en parall\u00e8le l\u2019attitude du pr\u00e9fet des C\u00f4tes-du-Nord qui assistait au premier rang aux conf\u00e9rences internationalistes du d\u00e9put\u00e9 socialiste belge Vandervelde sans avoir encouru le moindre bl\u00e2me du gouvernement, et celle du pr\u00e9fet de Meurthe-et-Moselle vis-\u00e0-vis d\u2019un fr\u00e8re d\u2019Alsace. L\u2019attitude de la majorit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 \u00e9c\u0153urante, et, je le dis, j\u2019ai pleur\u00e9 en lisant le r\u00e9cit de cette \u00e9pouvantable s\u00e9ance&nbsp;: les socialistes hachaient par leurs interruptions saugrenues les discours des d\u00e9put\u00e9s patriotes, les membres les moins avanc\u00e9s du bloc avaient peur, et, par moments, les paroles de Combes, ses l\u00e2ches insultes vis-\u00e0-vis de l\u2019abb\u00e9 Delsor, la facilit\u00e9 avec laquelle il abandonnait nos provinces perdues, leur faisaient horreur et ils ne pouvaient s\u2019emp\u00eacher de le laisser para\u00eetre&nbsp;; alors, l\u2019ignoble d\u00e9froqu\u00e9 parlait de la lutte contre la congr\u00e9gation, de la r\u00e9action cl\u00e9rico-monarchico-nationaliste, de la d\u00e9fense r\u00e9publicaine, et ramenait ses mamelucks un moment d\u00e9sempar\u00e9s. Il s\u2019est m\u00eame cru oblig\u00e9, le monstre&nbsp;! d\u2019emboucher la trompette patriotique et de parler de la plaie qui saigne toujours au flanc de la patrie&nbsp;; mais ces mots sonnaient faux dans sa bouche immonde. Enfin, tout le bloc, sauf une dizaine de ses membres, a donn\u00e9, et le mis\u00e9rable, qui s\u2019est content\u00e9 de l\u2019ordre du jour pur et simple, a eu ses 52 voix de majorit\u00e9&nbsp;! Pendant ce temps, 5 \u00e0 6000 patriotes ont manifest\u00e9 aux cris de \u00ab&nbsp;Vive Delsor&nbsp;; Vive l\u2019Alsace&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00c0 bas Combes&nbsp;\u00bb autour du monument des combattants de 1870&nbsp;; il y a 3 jours, \u00e0 Nancy, 3000 personnes r\u00e9unies par l\u2019Action lib\u00e9rale ont envoy\u00e9 une adresse \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Delsor, la r\u00e9union \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par M. Haas, ancien d\u00e9put\u00e9 protestataire de Metz (je crois) au Reichstag&nbsp;; un millier d\u2019ouvriers de Saint-Di\u00e9 en ont fait autant, en un mot, un tr\u00e8s grand mouvement d\u2019opinion s\u2019est produit&nbsp;; j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il fera comprendre \u00e0 l\u2019Alsace que les 295 tra\u00eetres qui ont soutenu le d\u00e9froqu\u00e9 ne sont pas la France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec Maman, Philo, l\u2019oncle Paul et Tante Josepha du c\u00f4t\u00e9 des nouvelles casernes. \u00c0 5h \u00bd, j\u2019assiste dans la salle du Patronage Saint-Serge \u00e0 une conf\u00e9rence faite par M. Jac au nom des comit\u00e9s de paroisse, devant environ 300 personnes, pour organiser dans la paroisse Saint-Serge un p\u00e9titionnement en faveur du maintien de l\u2019\u00e9cole des Fr\u00e8res menac\u00e9es par le projet de loi liberticide d\u00e9j\u00e0 vot\u00e9 \u00e0 la Chambre en novembre. Je me charge de faire circuler la p\u00e9tition dans une dizaine de rues.<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 31 janvier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 25 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, en ouvrant le <em>Maine-et-Loire<\/em>, j\u2019apprends une bien bonne nouvelle qui me consule un peu des tristesses de ces jours-ci, c\u2019est l\u2019\u00e9lection \u00e0 plus de 1200 voix de majorit\u00e9 de M. Flayelle, nationaliste et patriote ardent, contre le candidat opportuniste minist\u00e9riel Desbleumortiers, dans les Vosges&nbsp;; c\u2019est la r\u00e9ponse des patriotes de la fronti\u00e8re \u00e0 la honteuse attitude du gouvernement. Cette \u00e9lection est d\u2019autant plus significative que M. Flayelle avait eu contre lui M. M\u00e9line qui, pour le r\u00e9compenser d\u2019avoir retir\u00e9 sa candidature en sa faveur en 1902, vient de le l\u00e2cher maintenant et de soutenir le candidat minist\u00e9riel, fid\u00e8le en cela \u00e0 la ligne de conduite uniform\u00e9ment suivie par le parti r\u00e9publicain depuis 30 ans&nbsp;: \u00ab&nbsp;plut\u00f4t la r\u00e9volution que la r\u00e9action&nbsp;\u00bb. M. Flayelle venait remplacer malgr\u00e9 lui M. M\u00e9line dans son si\u00e8ge de d\u00e9put\u00e9 de Remiremont, voil\u00e0 qui est bien fait&nbsp;! \u00c0 10h \u00bd, j\u2019assiste au cours de zootechnie sp\u00e9ciale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je commence \u00e0 m\u2019occuper de la p\u00e9tition. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Pierre de La Morini\u00e8re<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a> ainsi intitul\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019insurrection peut-elle \u00eatre l\u00e9gitime&nbsp;\u00bb&nbsp;; le conf\u00e9rencier dit que, dans certains cas lorsque le gouvernement viole gravement les droits, la libert\u00e9 des citoyens, manque \u00e0 ses devoirs, l\u2019insurrection est l\u00e9gitime&nbsp;; il semble bien que nous soyons dans ce cas&nbsp;; c\u2019est l\u2019opinion que plusieurs soutiennent dans la discussion tr\u00e8s orageuse qui suit ce sujet passionnant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 26 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis enrhum\u00e9&nbsp;; je vais tout de m\u00eame au cours d\u2019\u00e9conomie politique et aux cours de doctorat. Le soir, Papa et moi recevons quelques jeunes gens qui viennent prendre le th\u00e9&nbsp;; ce sont des \u00e9tudiants de Papa et quelques-uns de mes amis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 27 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sors pas de toute la journ\u00e9e afin de gu\u00e9rir mon rhume.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 28 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais au cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence) et de constructions rurales. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais circuler la p\u00e9tition dans la rue Pr\u00e9 d\u2019Allemagne, la cour Rillon et la rue Constant Le Moine&nbsp;; je n\u2019\u00e9prouve presqu\u2019aucun refus dans les milieux ouvriers&nbsp;; quelques-uns seulement dans la petite bourgeoisie chez des timides.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 29 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10h \u00bd, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, 2 cours de l\u00e9gislation industrielle. Ensuite, je fais circuler la p\u00e9tition dans la rue Savary et sur le boulevard du palais&nbsp;; m\u00eame observation qu\u2019hier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 30 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence) et de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je continue \u00e0 faire circuler la p\u00e9tition&nbsp;; je vais sur la route de Paris, la rue Giraud, etc. J\u2019obtiens beaucoup de signatures. Le soir, \u00e0 cause de mon rhume qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait fini, je ne vais pas \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 31 janvier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais la visite des pauvres&nbsp;; puis je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration, je rencontre M. Paul Girard qui me dit qu\u2019il me communiquera le lundi 8 f\u00e9vrier les listes de la Patrie fran\u00e7aise pour l\u2019organisation de l\u2019\u0152uvre de la Presse pour tous. Je vais voir Maurice Lucas qui me communique son projet d\u2019almanach royaliste pour 1905.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">F\u00e9vrier 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 f\u00e9vrier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais au cours d\u2019agriculture \u00e0 10h \u00bd. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Saint-Jacques me confesser, puis je prends ma le\u00e7on de chant. Toute la journ\u00e9e, j\u2019entends tr\u00e8s mal de l\u2019oreille droite parce que, hier matin, en faisant ma toilette, il m\u2019est entr\u00e9 de l\u2019eau dans cette oreille d\u2019une si dr\u00f4le de fa\u00e7on qu\u2019elle n\u2019a pas pu en sortir malgr\u00e9 toutes les positions que j\u2019ai prises. Je vais chez le Dr Desvaux, mais je ne le rencontre pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 2 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 8h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; \u00e0 9h \u00bd, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence&nbsp;; \u00e0 10h \u00bd, cours d\u2019\u00e9conomie politique de doctorat. L\u2019apr\u00e8s-midi, second cours d\u2019\u00e9conomie politique, puis cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques. \u00c0 3h \u00bd, je vais chez le docteur Desvaux qui constate que l\u2019entr\u00e9e rapide de l\u2019eau dans mon oreille a coll\u00e9 contre le tympan une forte couche de c\u00e9rumen, c\u2019est ce qui m\u2019emp\u00eache d\u2019entendre&nbsp;; il m\u2019enl\u00e8ve cette couche et j\u2019entends comme par le pass\u00e9. Le mouvement de protestation contre l\u2019expulsion de l\u2019abb\u00e9 Delsor et surtout contre le vote antipatriotique de la Chambre continue dans la France enti\u00e8re. Avant-hier, il y a eu peut-\u00eatre vingt r\u00e9unions qui, toutes, ont fl\u00e9tri en termes indignes cet acte abominable. Les principales ont \u00e9t\u00e9 celles de Nancy, organis\u00e9e par l\u2019Action lib\u00e9rale, \u00e0 laquelle 4000 personnes ont pris part&nbsp;; celle de Lille o\u00f9 la Patrie fran\u00e7aise a r\u00e9uni 4000 personnes (j\u2019ai lu m\u00eame, dans certains journaux, 7000 personnes) \u00e0 l\u2019hippodrome&nbsp;; celle de Saint-Di\u00e9 o\u00f9 2000 personnes r\u00e9unies dans la salle m\u00eame o\u00f9 devait parler l\u2019abb\u00e9 Delsor, ont protest\u00e9 \u00e9nergiquement contre l\u2019attitude du gouvernement. \u00c0 L\u2019Isle-Adam, \u00e0 Paris, \u00e0 Perpignan, \u00e0 Grenoble (2000 personnes), \u00e0 Rouen, \u00e0 Alen\u00e7on, etc. etc., on a fl\u00e9tri l\u2019ignoble expulseur&nbsp;; en dehors de l\u2019Action lib\u00e9rale et de la Patrie fran\u00e7aise, ce sont la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises, la Ligue des Patriotes, des ligues royalistes, la Ligue de l\u2019Appel au peuple, l\u2019Association catholique de la Jeunesse fran\u00e7aise etc. qui ont soulev\u00e9 ce magnifique mouvement de patriotisme&nbsp;; dans certains endroits m\u00eame, le mouvement a \u00e9t\u00e9 spontan\u00e9, et des r\u00e9unions patriotiques ont eu lieu sans qu\u2019aucune ligue les ait organis\u00e9es. En face de tout cela, 1400 r\u00e9publicains (1400 tra\u00eetres) r\u00e9unis \u00e0 Rambervillers, sur la fronti\u00e8re, ont f\u00e9licit\u00e9 le gouvernement&nbsp;; il se contente de peu le Bloc&nbsp;! Le soir, je vais chez M. Bickel qui m\u2019a invit\u00e9, ainsi que tous ses \u00e9l\u00e8ves et anciens \u00e9l\u00e8ves, \u00e0 assister \u00e0 l\u2019inauguration de sa nouvelle salle d\u2019escrime. Auparavant, je vais \u00e0 la r\u00e9union de la congr\u00e9gation qui aura lieu d\u00e9sormais le mardi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 3 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me faire couper les cheveux&nbsp;; ensuite, je vais chercher chez M. Frog\u00e9 de nouvelles listes de p\u00e9tition&nbsp;; il en profite pour me demander instamment d\u2019accepter d\u2019\u00eatre secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul de la ville, car le secr\u00e9taire actuel, Joseph Perrin, trop occup\u00e9 depuis la mort de son p\u00e8re, a d\u00fb donner sa d\u00e9mission&nbsp;; je ne veux pas accepter sans avoir r\u00e9fl\u00e9chi&nbsp;; mais je promets d\u2019aller pour aujourd\u2019hui \u00e0 la place Saint-Martin faire les fonctions de secr\u00e9taire provisoire. Je vais voir Joseph Perrin pour m\u2019informer de ce que doit faire le secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;; celui-ci m\u2019engage \u00e0 accepter. \u00c0 11h \u00bd, je vais \u00e0 la r\u00e9union du conseil particulier place Saint-Martin, et, devant les instances de M. Frog\u00e9, je me d\u00e9cide \u00e0 accepter ce surcro\u00eet d\u2019occupations&nbsp;; par exemple, je vais me faire remplacer comme secr\u00e9taire de la Conf\u00e9rence Saint-Serge. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais recueillir de nouvelles signatures rue Franklin et passage de Lesseps&nbsp;; presque tout le monde, hommes et femmes, signe avec enthousiasme&nbsp;; je puis voir par-l\u00e0 combien les Fr\u00e8res sont populaires. \u00c0 5h \u00bd, cours de religion du P. Barbier. Le soir \u00e0 8h \u00bd, \u00e0 la salle des Quinconces, a lieu la grande s\u00e9ance au profit des \u0153uvres du P. Carron, dont le tout-Angers s\u2019occupe depuis trois semaines. La s\u00e9ance d\u00e9bute par un monologue de Barac\u00e9&nbsp;; ensuite, ch\u0153ur de jeunes filles habill\u00e9es en \u00ab&nbsp;fleurs&nbsp;\u00bb accompagn\u00e9 par l\u2019orchestre que dirige M. de Romain&nbsp;; ce ch\u0153ur est d\u2019un effet superbe&nbsp;; il se termine par une apoth\u00e9ose de la \u00ab&nbsp;reine&nbsp;\u00bb des Fleurs admirablement symbolis\u00e9e par Denyse de Kergos toute couverte de roses. Apr\u00e8s quelques chansonnettes de Roger de Br\u00e9on, vient la s\u00e9rie de tableaux vivants faits par M. et Mme de La Vingtrie et leurs enfants&nbsp;; ils repr\u00e9sentent diff\u00e9rentes sc\u00e8nes du po\u00e8me de Lamartine \u00ab&nbsp;Les laboureurs&nbsp;\u00bb que d\u00e9bite M. du Plessis. Enfin, apr\u00e8s la qu\u00eate, on joue <em>Les mardis de la vicomtesse<\/em>, charmante petite com\u00e9die en un acte&nbsp;; Marie-Th\u00e9r\u00e8se joue le r\u00f4le de Mme Lestivent&nbsp;; Mme de La Vingtrie celui de la vicomtesse et Mlle A\u00efda de Romain celui de la baronne de Hautepie&nbsp;; il y a, en plus, 3 r\u00f4les d\u2019hommes qui sont tenus par M. de La B\u00e9vi\u00e8re, M. Gasnier et le baron Hamelin&nbsp;; Marie-Th\u00e9r\u00e8se, comme tous les autres d\u2019ailleurs, s\u2019en tire fort bien. L\u2019affluence \u00e9tait \u00e9norme et l\u2019assistance d\u2019un chic&nbsp;! Toilettes superbes&nbsp;; le P. Carron a d\u00fb faire une recette superbe. Demain, seconde s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 4 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence, apr\u00e8s lequel je passe un examen de constructions rurales dont je me tire assez bien&nbsp;; ensuite cours de constructions rurales. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 4h \u00bd, aux Quinconces, seconde s\u00e9ance au profit des cercles&nbsp;; on entend, comme hier, le ch\u0153ur des Fleurs, puis on a quelques nouvelles chansonnettes&nbsp;; ensuite \u00ab&nbsp;Les laboureurs&nbsp;\u00bb comme hier, le ch\u0153ur des Fleurs, puis on a quelques nouvelles chansonnettes&nbsp;; ensuite \u00ab&nbsp;Les laboureurs&nbsp;\u00bb comme hier&nbsp;; puis le tableau vivant des \u00ab&nbsp;Saisons&nbsp;\u00bb o\u00f9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se, habill\u00e9e de circonstance, figure le printemps&nbsp;; ensuite <em>Les deux timides<\/em>, com\u00e9di\u00e9e jou\u00e9e par De Br\u00e9on, Catta, Milleret et De Ferry&nbsp;; tout est fini \u00e0 7h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 5 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 Notre-Dame. Cours de l\u00e9gislation financi\u00e8re, mais pas de cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques, M. Baugas ayant sans doute oubli\u00e9 le cours. Le soir, \u00e0 5h, je vais \u00e0 l\u2019escrime. \u00c0 8h \u00bc, conf\u00e9rence du comte de Castries<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, conseiller g\u00e9n\u00e9ral, sur le Maroc, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; le conf\u00e9rencier parle d\u2019apr\u00e8s des souvenirs personnels de voyage&nbsp;; il est tr\u00e8s int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 6 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence) et de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais signer \u00e0 une foule de personnes la p\u00e9tition pour les Fr\u00e8res, puis je vais prendre des tuyaux sur la r\u00e9union de demain&nbsp;; on me dit que nous y serons nombreux. Il s\u2019agit d\u2019une conf\u00e9rence radicale-socialiste que doit faire le s\u00e9nateur du bloc B\u00e9raud et le d\u00e9put\u00e9 Mas, \u00e9galement du bloc&nbsp;; on nous a conseill\u00e9 d\u2019y aller en nombre afin de soutenir un de nos amis qui doit r\u00e9pondre aux blocards. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; j\u2019y remets ma d\u00e9mission de secr\u00e9taire de la Conf\u00e9rence Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 7 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 je fais la qu\u00eate annuelle pour les Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul. \u00c0 1h \u00bd ou 2h moins le quart, je me rends aux abords du cirque-th\u00e9\u00e2tre o\u00f9 doit avoir lieu la conf\u00e9rence dont je parlais hier. Petit \u00e0 petit, arrivent quelques groupes de r\u00e9publicains, mais par contre je remarque fort peu de nos amis&nbsp;; enfin, je vois Gaudineau, MM. de Villoutreys, Martin, de La Vingtrie, de La Voy, de Rochebou\u00ebt, de La Perraudi\u00e8re, quelques \u00e9tudiants&nbsp;: Dupr\u00e9, du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re, Lucas, de La Morini\u00e8re, Nicolle, etc., nous sommes quinze \u00e0 vingt&nbsp;; je m\u2019explique ce petit nombre quand j\u2019apprends par Lucas qu\u2019il y a eu contre-ordre, mais le contre-ordre a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 si tard que certains (moi, par exemple, et ces messieurs) ne l\u2019ont pas re\u00e7u&nbsp;; nous nous demandons si nous entrerons, mais nous sommes d\u2019avis d\u2019entrer en curieux. Les r\u00e9publicains sont exactement 400, c\u2019est maigre pour le cirque o\u00f9 peuvent tenir de 2500 \u00e0 3000 personnes&nbsp;; nous nous groupons sur les stalles de gauche, pr\u00e8s de la porte, et la conf\u00e9rence commence. On excuse le s\u00e9nateur B\u00e9raud, qui s\u2019est d\u00e9fil\u00e9&nbsp;; on nomme le bureau, puis Jagot<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a> prend la parole, il parle de la n\u00e9cessit\u00e9 pour le parti r\u00e9publicain angevin de s\u2019unir afin de devenir plus influent&nbsp;; ce mot, maladroit dans la bouche d\u2019un farouche r\u00e9publicain, est soulign\u00e9 par nos applaudissements ironiques&nbsp;; alors Jagot, furieux, s\u2019\u00e9crie&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Pour vous prouver que nous sommes plus influents que vous ne croyez, je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 rappeler qu\u2019il nous a suffi d\u2019une d\u00e9marche \u00e0 Paris pour faire interdire aux troupes les cercles catholiques militaires de France&nbsp;\u00bb<\/em> (on a appris hier, en effet, cette nouvelle et odieuse mesure du g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9). Je crie&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Et la libert\u00e9 de conscience, qu\u2019en faites-vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/em>, mes amis m\u2019applaudissent. Alors, c\u2019est dans la salle un tumulte \u00e9pouvantable&nbsp;; les r\u00e9publicains se l\u00e8vent et nous hurlent les \u00e9pith\u00e8tes de \u00ab&nbsp;calotins&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;aristos&nbsp;\u00bb etc. \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la calotte&nbsp;\u00bb. Nous continuons \u00e0 crier \u00ab&nbsp;Vive la libert\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb. Alors, notre ami F\u00e9lix Martin demande la parole&nbsp;; cela d\u00e9cha\u00eene la temp\u00eate. Des stalles de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, des groupes de gens \u00e0 mines douteuses se d\u00e9tachent et s\u2019\u00e9lancent sur notre petit groupe&nbsp;; ils nous entourent et commencent \u00e0 nous frapper. Alors, nous nous levons tous, et tirant, qui sa canne, qui sa matraque (j\u2019avais une matraque) nous nous pr\u00e9parons \u00e0 nous d\u00e9fendre. M. Martin nous crie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tous dehors&nbsp;\u00bb&nbsp;; nous le suivons, et \u00e0 travers les rangs des apaches, qui nous frappent et auxquels nous ripostons, nous arrivons \u00e0 la porte de gauche qui donne sur le vestibule du cirque-th\u00e9\u00e2tre&nbsp;; mon chapeau tombe et il m\u2019est impossible de le ramasser. Lorsque nous arrivons sur le vestibule o\u00f9 une nombreuse bande d\u2019apaches nous attendait, une lutte terrible s\u2019engage&nbsp;: nous sommes rou\u00e9s de coups de canne, nous en donnons \u00e0 droite et \u00e0 gauche de notre mieux. \u00c0 partir de ce moment (j\u2019avais quitt\u00e9 mon lorgnon qui aurait pu \u00eatre tr\u00e8s dangereux), je ne vois plus autour de moi que poings tendus et cannes lev\u00e9es&nbsp;; pour \u00e9viter et parer les coups qui pleuvent de toute part, j\u2019applique des coups de matraque sur la figure de mes agresseurs&nbsp;; alors, pour me mettre dans l\u2019impossibilit\u00e9 de me d\u00e9fendre, un individu me prend, par derri\u00e8re, \u00e0 bras-le-corps, me tenant les deux bras, pendant que trois ou quatre autres m\u2019ass\u00e8nent sur la t\u00eate nue quatre ou cinq formidables coups de canne tellement violents qu\u2019une canne se brise sur ma t\u00eate. \u00c0 ce moment, entre deux coups, je suis stup\u00e9fait d\u2019apercevoir sur les marches du cirque Papa, Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui, me voyant dans une aussi \u00e9pouvantable situation, s\u2019\u00e9lancent \u00e0 mon secours sans calculer le danger. Maman a \u00e0 la main mon casse-t\u00eate et en frappe l\u2019individu qui me tient, au bras ou \u00e0 l\u2019\u00e9paule&nbsp;; Papa le prend par le bras et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, qui crie \u00e0 tue-t\u00eate <em>\u00ab&nbsp;C\u2019est mon fr\u00e8re, mon fr\u00e8re&nbsp;\u00bb<\/em>, re\u00e7oit un coup de poing dans le dos&nbsp;; il est vrai que ses ongles font de la bonne besogne, elle m\u2019a m\u00eame assur\u00e9 qu\u2019elle a mordu un apache. Cependant, un individu plus charitable m\u2019a tendu un chapeau qui gisait par terre, et, enfin d\u00e9livr\u00e9 de mon crampon, je descends les marches du cirque pendant que Maman d\u00e9signe ce dr\u00f4le de citoyen \u00e0 la police qui l\u2019arr\u00eate&nbsp;; mais elle est elle-m\u00eame arr\u00eat\u00e9 par le commissaire central en personne qui l\u2019a vue se servir du casse-t\u00eate, arme prohib\u00e9e. La figure rouge, para\u00eet-il, comme une pivoine, les cheveux en d\u00e9sordre et les habits en triste \u00e9tat, priv\u00e9 de ma canne matraque qui est rest\u00e9e dans la m\u00eal\u00e9e comme mon chapeau, je me dirige avec les autres r\u00e9acs et Maman, Papa et Marie-Th\u00e9r\u00e8se vers le commissariat de police de la place de la R\u00e9publique. J\u2019ai, heureusement, \u00e0 mettre sur ma t\u00eate le melon qu\u2019un apache moins brute que les autres m\u2019a tendu et qui est tr\u00e8s propre. Je m\u2019informe alors du sort de mes amis&nbsp;; j\u2019apprends que la plupart n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 mieux trait\u00e9s que moi&nbsp;: Du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a> a la figure labour\u00e9e par les ongles, et un torticolis que lui a valu un coup dans le coup&nbsp;; de plus, il a \u00e9t\u00e9 empoign\u00e9 \u00e0 l\u2019oreille (qui est bless\u00e9e) et n\u2019a \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9 que gr\u00e2ce \u00e0 M. de Villoutreys<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> qui, avec sa canne, a fait l\u00e2cher prise \u00e0 son agresseur&nbsp;; Lucas a une \u00e9gratignure \u00e0 l\u2019oreille&nbsp;; de plus, il a re\u00e7u des coups dans le dos et a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 en avant sur l\u2019escalier du cirque&nbsp;(il a eu la chance de tomber sur ses 2 pieds). Deux petits jeunes gens du peuple qui \u00e9taient avec nous ont eu le m\u00eame sort, mais l\u2019un d\u2019eux, moins heureux que Lucas, est tomb\u00e9 sur le ventre. Nicolle (je l\u2019ai su depuis) a re\u00e7u derri\u00e8re la t\u00eate un violent coup de canne qui lui a occasionn\u00e9, quand il a \u00e9t\u00e9 rentr\u00e9 chez lui, une violente h\u00e9morragie etc. etc. Quant \u00e0 nos adversaires, nous ne savons pas quel a \u00e9t\u00e9 sur eux l\u2019effet de nos ripostes. Je sais qu\u2019un personnage inoffensif, le caissier du cirque, a re\u00e7u dans la figure un coup de poing qui l\u2019a fait saigner&nbsp;; il dit que c\u2019est un des n\u00f4tres qui le lui a ass\u00e9n\u00e9&nbsp;; c\u2019est bien possible, mais celui qui l\u2019a ass\u00e9n\u00e9 n\u2019en est gu\u00e8re responsable car, dans l\u2019affreuse m\u00eal\u00e9e qui s\u2019est produite, il \u00e9tait bien difficile de voir qui \u00e9tait l\u00e0 pour nous frapper ou qui y \u00e9tait par devoir. Je m\u2019occupe aussi de savoir par quel prodige ma famille, \u00e0 qui je n\u2019avais pas souffl\u00e9 mot de la conf\u00e9rence et de la manifestation qui se pr\u00e9paraient, s\u2019est trouv\u00e9e devant le cirque au moment tragique, et j\u2019ai bient\u00f4t la clef de l\u2019\u00e9nigme. Vers 2h \u00bc, Nicolle et Lucas (\u00e0 qui j\u2019avais pourtant dit que je ne parlais pas, chez moi, de la manifestation), sont venus \u00e0 la maison pour me porter le fameux contre-ordre auteur de tout le mal&nbsp;; ne me trouvant pas, ils ont dit au domestique de me pr\u00e9venir qu\u2019ils \u00e9taient pass\u00e9s me dire de ne pas aller au cirque (il \u00e9tait bien temps&nbsp;!)&nbsp;; Martin n\u2019a eu rien de plus press\u00e9 que d\u2019aller rapporter la chose \u00e0 Papa et \u00e0 Maman. Ceux-ci ont compris alors qu\u2019il y avait une r\u00e9union au cirque et qu\u2019une manifestation s\u2019organisait \u00e0 laquelle je devais prendre part&nbsp;; et ils sont partis pour le cirque esp\u00e9rant y arriver \u00e0 temps pour me pr\u00e9venir du contre-ordre et m\u2019emp\u00eacher d\u2019y entrer&nbsp;; Maman, flairant une bagarre, a pris le casse-t\u00eate que je m\u2019\u00e9tais bien gard\u00e9 d\u2019emporter et, \u00e0 peine furent-ils arriv\u00e9s devant le cirque qu\u2019ils entendirent les hurlements qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent notre violente expulsion&nbsp;; un instant apr\u00e8s, ils virent deux femmes (deux blocardes) sortir affol\u00e9es du cirque en criant \u00ab&nbsp;On se bat&nbsp;\u00bb&nbsp;; tout de suite apr\u00e8s, ils virent M. de La Vingtrie d\u00e9gringoler les marches sans chapeau, essouffl\u00e9 et rouge comme une pivoine, une moiti\u00e9 de matraque \u00e0 la main&nbsp;; enfin, le grand flot, Maurice Lucas \u00e0 qui Maman demanda \u00ab&nbsp;Antoine est-il dedans&nbsp;\u00bb et les autres. Sur la r\u00e9ponse affirmative de Maurice Lucas, Maman s\u2019\u00e9lan\u00e7a en avant et m\u2019aper\u00e7ut dans le vestibule me d\u00e9battant contre mes agresseurs\u2026 Une fois arriv\u00e9s au commissariat avec MM. de Villoutreys, de Rochebou\u00ebt, du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re, les deux jeunes gens du peuple, un monsieur dont je ne sais pas le nom et l\u2019individu qui m\u2019avait pris \u00e0 bras-le-corps (c\u2019est un nomm\u00e9 Colin, machiniste du th\u00e9\u00e2tre et du cirque, 29 ans), on prend nos noms&nbsp;: celui de Maman et celui de La Gaignonni\u00e8re contre lequel un blocard qui l\u2019a frapp\u00e9, mais auquel il a vigoureusement ripost\u00e9, a l\u2019audace de porter plainte&nbsp;! Je m\u2019assure de mes t\u00e9moins, et je n\u2019ai pas de peine \u00e0 les trouver car tout le monde m\u2019a vu, afin de pouvoir poursuivre Colin&nbsp;; celui-ci, d\u2019ailleurs, reconna\u00eet qu\u2019il m\u2019a tenu pour m\u2019emp\u00eacher de me d\u00e9fendre pendant que d\u2019autres me frappaient, mais il se d\u00e9fend de m\u2019avoir frapp\u00e9 lui-m\u00eame. Se voyant pinc\u00e9, il est assez penaud et craint que ma poursuite ne lui fasse perdre sa place de machiniste. Je suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne pas le l\u00e2cher si l\u2019on poursuit Maman&nbsp;; si l\u2019on abandonne la poursuite contre Maman, je ne maintiendrai pas ma plainte. Pendant que nous sommes au commissariat, nos amis stationnent devant la porte et demandent la mise en libert\u00e9 de Maman, qu\u2019on leur refuse. Le commissaire central d\u00e9sirant nous entendre lui-m\u00eame, on nous fait aller au commissariat central rue David&nbsp;; l\u00e0, apr\u00e8s avoir attendu au moins une heure, nous finissons par \u00eatre interrog\u00e9s par le commissaire central, les uns apr\u00e8s les autres&nbsp;; il nous fait signer nos d\u00e9clarations&nbsp;; je porte plainte contre Colin, Maman sera poursuivie&nbsp;; mes t\u00e9moins sont entendus eux aussi. Nous rentrons \u00e0 7h moins le quart, et nous nous habillons bien vite pour aller d\u00eener chez les Follenfant o\u00f9 il y a une quinzaine d\u2019invit\u00e9s. Maman, fatigu\u00e9, se fait excuser. Il n\u2019est question, \u00e0 table, que des \u00e9v\u00e9nements de l\u2019apr\u00e8s-midi. Papa charge Me Follenfant<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> de d\u00e9fendre Maman. Une importante nouvelle qui nous est arriv\u00e9e tout \u00e0 coup est la rupture des relations diplomatiques entre le Japon et la Russie&nbsp;; c\u2019est donc la guerre \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance&nbsp;; c\u2019est le Japon qui aurait pris l\u2019initiative de la rupture.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/francois.1.de_villoutreys_de_brignac.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"498\" height=\"842\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/francois.1.de_villoutreys_de_brignac.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-246\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/francois.1.de_villoutreys_de_brignac.jpg 498w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/francois.1.de_villoutreys_de_brignac-177x300.jpg 177w\" sizes=\"auto, (max-width: 498px) 100vw, 498px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fran\u00e7ois de Villoutreys de Brignac (1873-1956) \u2013 Album du&nbsp;<em>Cercle Agricole<\/em>&nbsp;(<em>Nouveau Cercle de l&rsquo;Union<\/em>) circa 1900 (Base de donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alogiques Roglo)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 f\u00e9vrier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 8 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Matin, je lis dans le <em>Maine-et-Loire<\/em> le compte-rendu exact des incidents d\u2019hier&nbsp;; quant au <em>Patriote de l\u2019Ouest<\/em> qui porte bien mal son nom puisqu\u2019il est socialiste et dreyfusard, il invente les mensonges les plus fantaisistes&nbsp;: Maman aurait brandi d\u2019un air tragique le casse-t\u00eate et serait venue \u00e0 la conf\u00e9rence expr\u00e8s pour occire les m\u00e9cr\u00e9ants r\u00e9publicains&nbsp;; elle aurait ensuite essay\u00e9 de faire prendre ce casse-t\u00eate pour un\u2026 chapelet (!!!). Enfin, si nous nous trouvions \u00e0 la r\u00e9union, c\u2019est pour entendre M. Mas, d\u00e9put\u00e9 de Montpellier, notre compatriote, dit l\u2019inf\u00e2me journal, et m\u00eame\u2026 notre parent (c\u2019est la 1<sup>\u00e8re<\/sup> nouvelle)<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Tout cela ne signifie rien et tous les gens de bonne foi consid\u00e8reront ces blagues comme histoires \u00e0 dormir debout. Il accuse, ce qui est plus grave, le groupe des opposants d\u2019avoir provoqu\u00e9 la col\u00e8re des r\u00e9publicains et le rend responsable de ce qui s\u2019est pass\u00e9&nbsp;; il est, au contraire, plein d\u2019indulgence pour ces bons r\u00e9publicains qui nous ont assomm\u00e9s&nbsp;; c\u2019est une singuli\u00e8re mani\u00e8re d\u2019intervertir les r\u00f4les&nbsp;! Le <em>Petit courrier<\/em> raconte impartialement les faits. \u00c0 1h \u00bd, malgr\u00e9 une temp\u00eate \u00e9pouvantable de vent, de gr\u00eale et de pluie, je vais chez M. Frog\u00e9 qui me remet la liste des membres des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul. Ensuite, je vais chez M. de La Voy savoir si le chapeau que j\u2019ai rapport\u00e9 hier est bien \u00e0 lui&nbsp;; son domestique me dit que oui. Ensuite, le\u00e7on de chant. Le soir, \u00e0 cause de la temp\u00eate qui fait pleuvoir ardoises et chemin\u00e9es, je ne vais pas \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis. Maman re\u00e7oit avis d\u2019avoir \u00e0 se pr\u00e9senter demain devant le Tribunal correctionnel&nbsp;; on se presse joliment&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 9 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite des plaisanteries de mauvais go\u00fbt du <em>Patriote<\/em>&nbsp;: il para\u00eet que la haute soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Angers, violemment \u00e9mue par l\u2019arrestation de Maman, se propose de lui offrir un th\u00e9 d\u2019honneur au cours duquel on lui remettra solennellement un casse-t\u00eate en argent, produit d\u2019une collecte faite dans les salons de l\u2019aristocratie angevine. Peut-on \u00eatre plus inepte&nbsp;? Je vais aux 3 cours habituels de doctorat et au cours de licence. \u00c0 1h, Maman compara\u00eet devant le Tribunal correctionnel. Je ne raconte pas l\u2019audience, \u00e0 laquelle, d\u2019ailleurs, je n\u2019ai pas pu assister \u00e0 cause de mes cours&nbsp;; je collerai dans mon journal le compte-rendu que ne manquera pas d\u2019en donner le <em>Maine-et-Loire<\/em> de demain. Elle attrape 30 fr. d\u2019amende, avec la loi B\u00e9renger. Il para\u00eet que le pr\u00e9sident, M. Jousseaume, notre voisin, a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s courtois. Le soir, nous allons tous en soir\u00e9e chez les Fauvel o\u00f9 est r\u00e9unie \u00e0 peu pr\u00e8s toute l\u2019Universit\u00e9. Il y est souvent question des \u00e9v\u00e9nements de dimanche et de leur suite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 10 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici le compte-rendu du <em>Maine-et-Loire<\/em>&nbsp;; il est exact&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040210.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"961\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040210-961x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-247\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040210-961x1024.jpg 961w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040210-281x300.jpg 281w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040210-768x819.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040210-1441x1536.jpg 1441w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040210-1921x2048.jpg 1921w\" sizes=\"auto, (max-width: 961px) 100vw, 961px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse du <em>Maine-et-Loire<\/em> coll\u00e9e par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans son journal \u00e0 la date du 10 f\u00e9vrier 1904<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quant au <em>Patriote<\/em>, il continue \u00e0 blaguer et \u00e0 dire que voici Maman mise au rang des martyrs par le clan cl\u00e9rical etc. etc. Le <em>Petit courrier<\/em> raconte assez exactement les faits. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au parquet pour demander quelle suite on compte donner \u00e0 ma plainte contre Colin&nbsp;; du moment que Maman a \u00e9t\u00e9 poursuivie, je ne l\u00e2che pas mon agresseur, et si le parquet ne le poursuit pas, je le poursuivrai par voie de citation directe. Le substitut Millet, qui me re\u00e7oit en l\u2019absence du procureur de la R\u00e9publique, me dit que Colin passera demain devant le Tribunal de simple police de son canton, sous l\u2019inculpation de violence l\u00e9g\u00e8re&nbsp;; il me semble que le fait de me tenir \u00e0 bras-le-corps pendant que d\u2019autres me frappaient, et avec l\u2019intention \u00e9vidente de m\u2019emp\u00eacher de me d\u00e9fendre, est plus qu\u2019une violence l\u00e9g\u00e8re et m\u00e9riterait bien le Tribunal correctionnel&nbsp;; mais je ne veux pas insister et, somme toute, je dois me montrer satisfait que, vu les temps o\u00f9 nous vivons, le parquet donne une suite quelconque \u00e0 ma plainte. Le soir, nous disons au revoir \u00e0 Tante Josepha qui part pour Lyon afin d\u2019assister aux derniers moments du beau-fr\u00e8re de l\u2019Oncle Paul, M. Charles Thomas, \u00e2g\u00e9 de 78 ans, qui est au plus mal. La nouvelle des premi\u00e8res hostilit\u00e9s entre Russes et Japonais arrive aujourd\u2019hui&nbsp;; les Japonais, sans d\u00e9claration de guerre, ont attaqu\u00e9 la nuit, \u00e0 l\u2019improviste, dans la rade de Port Arthur, la flotte russe et lui ont fait du mal&nbsp;; de plus, les navires japonais ont bombard\u00e9 Port Arthur. Qui sait si, par le jeu des alliances, nous ne serons pas amen\u00e9s \u00e0 intervenir dans cette guerre&nbsp;? Quoi qu\u2019il en soit, tous nos v\u0153ux doivent aller \u00e0 la Russie, non seulement parce qu\u2019elle est notre alli\u00e9e, mais parce qu\u2019elle a fait preuve d\u2019une grande mod\u00e9ration dans les n\u00e9gociations, et surtout parce qu\u2019elle est le boulevard de l\u2019Europe contre le monde jaune.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 11 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours d\u2019\u00e9conomie politique et de constructions rurales le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir M. Fran\u00e7ois de Villoutreys, que je ne rencontre pas, M. de Rochebou\u00ebt, conseiller g\u00e9n\u00e9ral, que je rencontre, et Jacques Herv\u00e9-Bazin, que je vois dans sa chambre d\u2019o\u00f9 une grippe l\u2019emp\u00eache de sortir depuis plusieurs jours. Le soir, nous allons tous \u00e0 la soir\u00e9e de Madame Baugas qui r\u00e9unit l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; \u00e0 10h, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et moi partons pour aller \u00e0 la soir\u00e9e dansante de Madame de Kergos o\u00f9 il y a, environ, 100 personnes&nbsp;; j\u2019y retrouve mon ancien camarade de Sainte-Croix Fran\u00e7ois d\u2019Aboville<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a> que je n\u2019avais pas revu depuis le coll\u00e8ge&nbsp;; il est sous-lieutenant au 65<sup>\u00e8me<\/sup> de ligne \u00e0 Nantes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 12 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, deux cours de l\u00e9gislation industrielle. J\u2019apprends par le <em>Maine-et-Loire<\/em> que Colin a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 une journ\u00e9e de travail (dont la valeur, d\u2019apr\u00e8s la loi, est de 1 fr. 50, je crois)&nbsp;; il faut avouer qu\u2019il s\u2019en est tir\u00e9 \u00e0 bon compte. Quant \u00e0 Maman, elle re\u00e7oit, depuis mardi, des quantit\u00e9s de visites ou de cartes de f\u00e9licitations. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais m\u2019entendre avec M. Frog\u00e9 au sujet des convocations \u00e0 la r\u00e9union des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul qui aura lieu le 1<sup>er<\/sup> dimanche de car\u00eame et aussi au sujet de l\u2019\u0152uvre de la presse pour tous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 13 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. Le soir, nous recevons une cinquantaine de personnes&nbsp;: la Facult\u00e9, et, en plus, les Follenfant, les La Villebiot et les Padirac&nbsp;; il y a plusieurs morceaux de piano et de chant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 14 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de onze heures \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je pr\u00e9pare un grand nombre de convocations pour la r\u00e9union de dimanche prochain. Je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration. Apr\u00e8s le salut, nous allons sur les quais voir la crue de la Maine&nbsp;; la Maine est \u00e0 5m30 \u00e0 l\u2019\u00e9tiage du pont du centre, les bateaux ne peuvent plus passer sous les ponts, c\u2019est la plus forte crue depuis 1897.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 21 f\u00e9vrier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 15 f\u00e9vrier 1904 (lundi gras)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais aux Ponts-de-C\u00e9 voir la crue de la Loire&nbsp;; au pont de Dumnacus, il y a 4m50 \u00e0 l\u2019\u00e9tiage, et encore le fleuve commence-t-il \u00e0 baisser&nbsp;; il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 4m60. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019avance beaucoup mes convocations. \u00c0 4h, le\u00e7on de chant&nbsp;; \u00e0 5h \u00bd, je vais faire ma visite de digestion \u00e0 Mme Fauvel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 16 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019ach\u00e8ve les convocations&nbsp;; il y en a 300 environ. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir la Maine qui est \u00e0 5m50 et qui monte toujours, car la pluie ne cesse pas. Quant \u00e0 la Loire, on annonce que le maximum de la crue sera demain avec 5m30 aux Ponts-de-C\u00e9&nbsp;; mais si la pluie continue, il est \u00e0 craindre que la crue n\u2019augmente encore&nbsp;; alors, un d\u00e9sastre est \u00e0 craindre. Nous avons l\u2019oncle Paul et N\u00e9nette \u00e0 d\u00e9jeuner. \u00c0 2h \u00bd, je vais au Patronage Saint-Serge o\u00f9 j\u2019assiste \u00e0 une pi\u00e8ce \u00e0 grand spectacle <em>Baudouin III duc de Montrez\u00e9 et roi de J\u00e9rusalem<\/em> compos\u00e9e par Ren\u00e9 Couteau tout expr\u00e8s pour les enfants du patronage&nbsp;; plus de 60 enfants paraissent sur la sc\u00e8ne&nbsp;; c\u2019est un vrai tour de force\u2026 et de patience&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 17 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; mais comme j\u2019arrive trop tard pour recevoir les cendres, je vais les recevoir \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; ensuite, je fais diff\u00e9rentes commissions en ville&nbsp;; du pont de la Basse-Chaine, j\u2019admire le spectacle magnifique de la Maine d\u00e9bord\u00e9e, les immenses prairies de la Baumette, du Bon Pasteur, jusque dans la direction de la Pointe, sont enti\u00e8rement recouvertes, les lev\u00e9es disparaissent sous l\u2019eau&nbsp;; on n\u2019aper\u00e7oit plus dans les prairies que le haut des arbres, et, de ce lac, pouss\u00e9es par le vent d\u2019ouest, de grosses lames s\u2019\u00e9l\u00e8vent et vont frapper les quais, on dirait un golfe et la mer&nbsp;; en attendant, l\u2019inondation n\u2019est pas pr\u00e8s de finir, et le niveau des eaux, tant en Maine qu\u2019en Loire, monte toujours. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire ma visite de digestion \u00e0 Madame Baugas&nbsp;; \u00e0 5h \u00bd, cours de religion.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/359_001.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"675\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/359_001-1024x675.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-248\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/359_001-1024x675.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/359_001-300x198.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/359_001-768x506.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/359_001-1536x1012.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/359_001.jpg 1625w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Les inondations \u00e0 Angers en f\u00e9vrier 1904 \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque (site internet Delcampe.net)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles du th\u00e9\u00e2tre de la guerre arrivent en Europe d\u00e9natur\u00e9es par les agences anglaises, en sorte qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;; ainsi, on n\u2019est pas encore fix\u00e9 sur la mani\u00e8re dont a tourn\u00e9 la premi\u00e8re attaque de Port-Arthur&nbsp;; les Japonais en ont fait une victoire&nbsp;; les Russes assurent que l\u2019attaque a \u00e9chou\u00e9 et que la flotte japonaise a \u00e9t\u00e9 fortement endommag\u00e9e&nbsp;; ce qui me fait penser que les Russes disent vrai, c\u2019est que, depuis lors, la flotte japonaise n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 aper\u00e7ue&nbsp;; elle doit, sans doute, r\u00e9parer ses avaries. Que deviendra cette guerre&nbsp;? Des interventions se produiront-elles&nbsp;? Si l\u2019Angleterre s\u2019unit au Japon, notre alliance avec la Russie nous obligera \u00e0 nous unir \u00e0 elle, quoiqu\u2019en disent les journaux radicaux-socialistes et socialistes qui trouvaient bon de voir le tsar venir saluer Marianne, mais qui sont d\u2019avis maintenant de d\u00e9noncer l\u2019alliance, et par cons\u00e9quent, de violer un serment national&nbsp;! Ce qu\u2019il y a de plus inqui\u00e9tant encore que le conflit russo-japonais pour la paix europ\u00e9enne, c\u2019est l\u2019insurrection mac\u00e9donienne qui est sur le point de recommencer. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, l\u2019Autriche-Hongrie et la Russie ont r\u00e9ussi \u00e0 emp\u00eacher une conflagration g\u00e9n\u00e9rale dans les Balkans en imposant un programme de r\u00e9formes \u00e0 la Porte, et en pesant sur la Bulgarie pour l\u2019emp\u00eacher de se joindre aux insurg\u00e9s mac\u00e9doniens. Mais, actuellement, la Porte, comme toujours, n\u2019a pas appliqu\u00e9 les r\u00e9formes, et, d\u2019autre part, la Bulgarie sentant que la Russie occup\u00e9e en Ext\u00eame-Orient ne pourra la frapper que d\u2019un bras, est pr\u00eate \u00e0 faire la guerre \u00e0 la Turquie d\u00e8s que la Mac\u00e9doine se soul\u00e8vera, et ce sera bient\u00f4t sans doute. Qu\u2019en r\u00e9sultera-t-il&nbsp;? Une guerre g\u00e9n\u00e9rale dans les Balkans probablement&nbsp;; et, alors, l\u2019Autriche, \u00e0 d\u00e9faut de la Russie, sera forc\u00e9e d\u2019intervenir, et qui sait o\u00f9 tout cela nous m\u00e8nera&nbsp;? L\u2019Italie ne para\u00eet pas enchant\u00e9e de la perspective d\u2019une intervention autrichienne&nbsp;; elle pourrait fort bien ou s\u2019y opposer ou intervenir de concert avec l\u2019Autriche. Quant \u00e0 l\u2019Angleterre, c\u2019est elle qui, apr\u00e8s avoir excit\u00e9 le Japon contre la Russie, excite maintenant les insurg\u00e9s mac\u00e9doniens en leur fournissant armes et subsides, et cela afin de p\u00eacher en eau trouble.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 18 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours habituels. \u00c0 11h, Marie-Th\u00e9r\u00e8se nous quitte&nbsp;; elle repart pour Sainte-Croix apr\u00e8s un s\u00e9jour de pr\u00e8s de deux mois \u00e0 Angers&nbsp;; c\u2019est avec un grand regret que nous la voyons repartir. L\u2019apr\u00e8s-midi, je retourne aux Ponts-de-C\u00e9 o\u00f9 l\u2019inondation a fait de grands progr\u00e8s depuis lundi&nbsp;; il y a aujourd\u2019hui 5m10 au pont de Dumnacus&nbsp;; l\u2019inondation de 1897 est d\u00e9pass\u00e9e, et il faut remonter \u00e0 1872 pour trouver une aussi forte inondation&nbsp;; on commence \u00e0 craindre pour la solidit\u00e9 des lev\u00e9es de la Loire. Aux Ponts-de-C\u00e9, le spectacle est impressionnant&nbsp;; sur une largeur de pr\u00e8s de 3 kilom\u00e8tres, on ne voit que de l\u2019eau&nbsp;; toutes les rues des Ponts-de-C\u00e9 sont envahies, sauf la rue centrale&nbsp;; dans les jardins, on n\u2019aper\u00e7oit plus que le haut des arbustes hors de l\u2019eau. Pour peu que le fleuve monte encore, il faut s\u2019attendre \u00e0 des d\u00e9sastres comme en 1856. Tante Josepha est rentr\u00e9e ce matin de Lyon o\u00f9 elle a enterr\u00e9 son beau-fr\u00e8re&nbsp;; elle est all\u00e9e \u00e0 Saint-\u00c9tienne voir les Delestrac.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 19 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10h \u00bd, cours de M. Baugas (doctorat)&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, 2 cours de M. Coulbault&nbsp;; ensuite, je vais faire signer la p\u00e9tition pour les Fr\u00e8res dans le fond de la rue Franklin&nbsp;; puis je vais voir la Maine qui est \u00e0 pr\u00e8s de 6 m\u00e8tres&nbsp;; les rues voisines des quais sont envahies, et il a fallu installer des planches sur des pilotis pour pouvoir passer. Le soir \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, conf\u00e9rence de l\u2019abb\u00e9 Marchand, qui a \u00e9t\u00e9 pendant plusieurs ann\u00e9es vicaire \u00e0 Londres, sur \u00ab&nbsp;La religion \u00e0 Londres&nbsp;\u00bb&nbsp;; il s\u2019appuie sur deux enqu\u00eates faites l\u2019une par M. Booth, l\u2019autre par le <em>Daily News<\/em>, avec le plus grand soin dans tous les quartiers de l\u2019immense ville et qui ont prouv\u00e9 sur pr\u00e8s de 5 000 000 d\u2019habitants, 800 000 au plus (et encore compte-t-on parmi ceux-ci les \u00e9trangers) fr\u00e9quentent habituellement le dimanche une \u00e9glise ou un temple quelconque, m\u00eame des religions les plus extravagantes comme les Salutistes, m\u00eame des Juifs&nbsp;; c\u2019est un r\u00e9sultat navrant qui contraste avec l\u2019apparence recueillie qu\u2019offre Londres, comme toutes les villes anglaises, le dimanche&nbsp;; l\u2019abb\u00e9 Marchand estime que les \u00be des habitants de Londres vivent en dehors de toute religion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 20 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires&nbsp;; apr\u00e8s le cours de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale, examen sur cette mati\u00e8re, je m\u2019en tire moyennement. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 21 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Zamanski_Joseph_Marie_Louis_Gaston.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"214\" height=\"308\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Zamanski_Joseph_Marie_Louis_Gaston.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-249\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Zamanski_Joseph_Marie_Louis_Gaston.jpg 214w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Zamanski_Joseph_Marie_Louis_Gaston-208x300.jpg 208w\" sizes=\"auto, (max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Joseph Zamanski (1874-1962), industriel, responsable \u00e0 l&rsquo;Association catholique de la Jeunesse fran\u00e7aise<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h \u00bd \u00e0 la cath\u00e9drale, chapelle de Notre-Dame de la Piti\u00e9, a lieu la messe trimestrielle pour les membres d\u00e9funts des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Serge. Ensuite, \u00e0 4h \u00bd, j\u2019assiste avec Papa, dans l\u2019ancienne \u00e9glise Saint-Martin restaur\u00e9e par l\u2019externat Saint-Maurille, \u00e0 une grande r\u00e9union de la jeunesse catholique organis\u00e9e par la commission des patronages d\u2019Angers&nbsp;; un millier de jeunes gens et du dioc\u00e8se appartenant tous \u00e0 l\u2019association sont venus entendre deux beaux discours de M. Couteau et de M. Zamanski<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, du comit\u00e9 central. Couteau nous raconte le fonctionnement des patronages et de toutes les \u0153uvres qui y sont annex\u00e9es&nbsp;: mutualit\u00e9s qui assurent un petit capital \u00e0 l\u2019ouvrier qui, depuis son enfance, a vers\u00e9 une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re somme chaque semaine, soci\u00e9t\u00e9s de gymnastique etc. M. Zamanski, avec une parole ardente et concise, nous raconte les grands services que notre association a rendus \u00e0 Paris au moment o\u00f9 les \u00e9glises \u00e9taient envahies par les apaches au mois de juin, les rudes racl\u00e9es que nos amis parisiens leur ont administr\u00e9es&nbsp;; puis, il trace le programme d\u2019action religieuse et sociale de l\u2019association et annonce qu\u2019un grand congr\u00e8s o\u00f9 seront convoqu\u00e9s tous les groupes de l\u2019Association catholique de la Jeunesse fran\u00e7aise se tiendra dans 3 mois \u00e0 Arras pour \u00e9tudier la question de la \u00ab&nbsp;mutualit\u00e9&nbsp;\u00bb comme celui de Chalon, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, a \u00e9tudi\u00e9 la question des syndicats&nbsp;; c\u2019est ainsi que se forme le corps de doctrines sociales de notre association&nbsp;; la question des syndicats a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solue apr\u00e8s trois jours d\u2019une discussion au cours de laquelle on a entendu les ma\u00eetres de la science sociale, dans le sens de la libert\u00e9. Pour pr\u00e9parer le congr\u00e8s d\u2019Arras, tous les groupes de la Jeunesse catholique vont \u00eatre appel\u00e9s \u00e0 \u00e9tudier la question de la mutualit\u00e9&nbsp;; c\u2019est dans ce but que se tiendra le 5 et le 6 mars au Mans un congr\u00e8s r\u00e9gional de l\u2019union r\u00e9gionale de l\u2019Ouest (j\u2019esp\u00e8re pouvoir y assister). Le discours de Zamanski est litt\u00e9ralement hach\u00e9 d\u2019applaudissements fr\u00e9n\u00e9tiques, et l\u2019on sent bien que tous ces jeunes gens catholiques, \u00e0 quelque classe sociale qu\u2019ils appartiennent (fils de nobles, de bourgeois, d\u2019ouvriers, de paysans) sont intimement unis dans un m\u00eame amour de l\u2019\u00c9glise, de la France et dans un m\u00eame d\u00e9sir de faire quelque chose pour leur salut. Les questions politiques ne nous divisent pas, car il y a place, dans notre association, pour toutes les opinions politiques, pour la raison bien simple qu\u2019on ne s\u2019en occupe pas&nbsp;; on ne s\u2019occupe que des questions religieuses et sociales&nbsp;; c\u2019est ainsi que les Catholiques monarchistes, les Catholiques r\u00e9publicains et les Catholiques bonapartistes s\u2019unissent ici sur le terrain catholique, sans rien abandonner au-dehors de leurs revendications politiques. La r\u00e9union se termine, comme elle a commenc\u00e9, par l\u2019ex\u00e9cution du \u00ab&nbsp;chant patriotique catholique&nbsp;\u00bb et par une sonnerie de clairon en l\u2019honneur du drapeau. Le soir, apr\u00e8s d\u00eener, j\u2019assiste \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul du 1<sup>er<\/sup> dimanche de car\u00eame&nbsp;; j\u2019y remplis mes fonctions de secr\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 f\u00e9vrier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 22 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10h \u00bd, cours de zootechnie sp\u00e9ciale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez le dentiste, puis, \u00e0 cinq heures, \u00e0 l\u2019escrime. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis. Gaudineau fait une int\u00e9ressante \u00e9tude de la question des \u00ab&nbsp;retraites ouvri\u00e8res&nbsp;\u00bb&nbsp;; j\u2019avais eu l\u2019id\u00e9e de faire ce travail et j\u2019avais m\u00eame fait quelques recherches dans ce but lorsque j\u2019ai appris que Gaudineau l\u2019avait retenu. Il le traite, dans le fond, absolument comme je l\u2019aurais trait\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire il repousse, au nom de la libert\u00e9 et du droit de propri\u00e9t\u00e9, l\u2019id\u00e9e de la retraite obligatoire impos\u00e9e \u00e0 tous par l\u2019\u00c9tat s\u2019exer\u00e7ant, avant tout par une bonne l\u00e9gislation accordant la libert\u00e9 la plus compl\u00e8te et m\u00eame des privil\u00e8ges (il ne faut pas avoir peur de ce mot) aux institutions libres cr\u00e9\u00e9es pour assurer une retraite \u00e0 ceux qui leur auront vers\u00e9 une certaine somme (tr\u00e8s minime) pendant un temps donn\u00e9, et aussi, provisoirement du moins et pour mettre la chose en train, par des subventions comme en Belgique. Certains, De Saint-Pern et Lebreton notamment, sont partisans du principe de l\u2019obligation, qui, disent-ils, n\u2019entra\u00eene pas n\u00e9cessairement la cr\u00e9ation d\u2019une nouvelle institution d\u2019\u00c9tat, car l\u2019\u00c9tat peut fort bien d\u00e9cider que tous les citoyens devront s\u2019assurer une retraite, en les laissant libres pour le choix de l\u2019institution \u00e0 laquelle ils voudront s\u2019adresser&nbsp;; c\u2019est vrai, mais le principe de l\u2019obligation n\u2019est pas moins contraire \u00e0 la libert\u00e9 et au droit de propri\u00e9t\u00e9. Je sais que la question de savoir si l\u2019on doit se ranger au principe de l\u2019obligation ou rester fid\u00e8le au principe de la libert\u00e9 est tr\u00e8s discut\u00e9e, m\u00eame entre Catholiques. Pour ma part, j\u2019aime mieux m\u2019en tenir \u00e0 l\u2019id\u00e9e de libert\u00e9 (c\u2019est, d\u2019ailleurs, par le d\u00e9veloppement de l\u2019association libre que les royalistes comptent r\u00e9soudre cette question des retraites ouvri\u00e8res).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 23 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels matin et soir. Apr\u00e8s les cours du soir, je vais \u00e0 Saint-Serge m\u2019entendre avec le vicaire M. Pineau qui doit me donner des indications pour une 3<sup>\u00e8me<\/sup> liste que je dois fournir \u00e0 Mme Ren\u00e9 Bazin pour l\u2019\u0152uvre de la presse pour tous. \u00c0 5h, escrime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 24 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On apprend aujourd\u2019hui une victoire russe&nbsp;: les Japonais ayant tent\u00e9 une nouvelle attaque de nuit contre Port-Arthur ont \u00e9t\u00e9 repouss\u00e9s avec perte, tant mieux&nbsp;! Je remets \u00e0 Mme Bazin une 3<sup>\u00e8me<\/sup> liste pour l\u2019\u0152uvre de la presse pour tous<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 25 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence, mais pas de cours de constructions rurales, presque tous les \u00e9l\u00e8ves de l\u2019\u00c9cole d\u2019Agriculture \u00e9tant aujourd\u2019hui en excursion agricole \u00e0 une ferme du duc de Plaisance, d\u00e9put\u00e9. Je fais deux visites \u00e0 Mme de Kergos, qui je ne rencontre pas, et \u00e0 Mme Robiou du Pont que je rencontre. \u00c0 5h, escrime. Le soir, sermon \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 26 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaire de doctorat. Apr\u00e8s les cours, pendant une affreuse tourmente de neige, je fais les convocations pour le conseil particulier du mercredi. Le soir, malgr\u00e9 la neige, je vais \u00e0 la conf\u00e9rence de M. Ren\u00e9 Bazin sur \u00ab&nbsp;Les compagnes de la vie&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les femmes, et leur r\u00f4le dans le foyer&nbsp;; M. Ren\u00e9 Bazin n\u2019est pas heureux, ce soir, il ne dit que des banalit\u00e9s. Une grosse nouvelle qui soul\u00e8ve une grande \u00e9motion depuis hier est celle qui nous arrive de Dijon&nbsp;: 58 s\u00e9minaristes qui devaient recevoir le sacrement de l\u2019Ordre demain ont demand\u00e9 \u00e0 leur \u00e9v\u00eaque Mgr Le Nordez<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> de vouloir bien renvoyer cette c\u00e9r\u00e9monie jusqu\u2019apr\u00e8s les f\u00eates de P\u00e2ques, parce qu\u2019ils ne se sentaient pas, en ce moment, dans les dispositions n\u00e9cessaire pour bien recevoir ce grand sacrement&nbsp;; l\u2019\u00e9v\u00eaque a refus\u00e9, et a r\u00e9pondu \u00e0 une nouvelle demande des s\u00e9minaristes en renvoyant du s\u00e9minaire cinq d\u2019entre eux pris au hasard, et en supprimant les bourses \u00e0 tous ceux qui en b\u00e9n\u00e9ficiaient. Alors, tous les \u00e9l\u00e8ves du s\u00e9minaire (au nombre de 83) ont d\u00e9clar\u00e9 se solidariser avec leurs camarades, et ont quitt\u00e9 le s\u00e9minaire. Parmi les ordinands, certains ont dit qu\u2019ils voulaient bien \u00eatre ordonn\u00e9s tout de suite, mais par un autre \u00e9v\u00eaque que Mgr Le Nordez. Et maintenant, quelle est la raison de cette attitude qui, au premier abord, ressemble \u00e0 un acte de r\u00e9volte&nbsp;? Oh, elle est bien simple&nbsp;! Les s\u00e9minaristes ne veulent pas \u00eatre ordonn\u00e9s pr\u00eatres par un \u00e9v\u00eaque qui est l\u2019objet d\u2019une accusation terrible contre laquelle il n\u2019a pas jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent protest\u00e9&nbsp;: Mgr Le Nordez, \u00e9v\u00eaque de Dijon, est accus\u00e9 d\u2019\u00eatre franc-ma\u00e7on&nbsp;!!! Pas plus que les s\u00e9minaristes, pas plus qu\u2019aucun des journalistes catholiques qui se sont occup\u00e9s ces jours-ci de cette affaire, je ne pr\u00e9juge rien&nbsp;; Rome, sans doute, donnera son jugement que tout bon Catholique doit attendre. Mais il m\u2019est bien permis de me rappeler l\u2019attitude, plus qu\u2019\u00e9trange pour un \u00e9v\u00eaque, qui a \u00e9t\u00e9 celle de Mgr Le Nordez dans certaines circonstances&nbsp;: il y a deux ans, deux b\u00e9n\u00e9dictins chass\u00e9s de leur couvent par la pers\u00e9cution traversaient le dioc\u00e8se de Dijon&nbsp;; ils avaient re\u00e7u asile chez un grand propri\u00e9taire du pays&nbsp;; tout \u00e0 coup, Mgr Le Nordez leur fit savoir qu\u2019il ordonnait aux cur\u00e9s de son dioc\u00e8se de consid\u00e9rer comme nul leur <em>celebret<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il leur interdisait de dire la messe dans le dioc\u00e8se de Dijon&nbsp;; et cela, \u00e9videmment, pour la seule raison qu\u2019ils appartenaient \u00e0 une congr\u00e9gation non autoris\u00e9e&nbsp;; le d\u00e9sir de faire sa cour au gouvernement franc-ma\u00e7on passait pour Mgr Le Nordez bien avant le respect que tout le monde, et surtout un \u00e9v\u00eaque, doit avoir pour des religieux proscrits&nbsp;! Je me souviens des ardentes pol\u00e9miques que souleva cet acte bien peu \u00e9piscopal. Les habitants de Dijon en connaissaient sans doute bien d\u2019autres sur le compte de leur \u00e9v\u00eaque, car il ressort de toutes les correspondances de cette ville que Mgr Le Nordez est mis v\u00e9ritablement en interdit par les Catholiques de sa ville \u00e9piscopale. On ne va plus \u00e0 la cath\u00e9drale parce qu\u2019il s\u2019y trouve&nbsp;; l\u2019autre jour, au moment o\u00f9 il montait en chaire, un grand nombre de Catholiques quitt\u00e8rent ostensiblement l\u2019\u00e9glise tandis que d\u2019autres sifflaient et criaient \u00ab&nbsp;D\u00e9mission&nbsp;\u00bb&nbsp;; ces derniers ont certainement eu tort car on ne doit, sous aucun pr\u00e9texte, se livrer \u00e0 des manifestations dans une \u00e9glise mais ce fait indique bien que l\u2019attitude plate de leur \u00e9v\u00eaque vis-\u00e0-vis du gouvernement les a exasp\u00e9r\u00e9s. Apr\u00e8s tout ce que je viens de rappeler, et en pr\u00e9sence de l\u2019accusation qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9mentie, on comprend parfaitement que les s\u00e9minaristes de Dijon aient d\u00e9sir\u00e9 attendre pour recevoir le grand sacrement de l\u2019Ordre&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Nordez.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"342\" height=\"670\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Nordez.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-250\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Nordez.png 342w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Nordez-153x300.png 153w\" sizes=\"auto, (max-width: 342px) 100vw, 342px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mgr Albert Le Nordez (1844-1922), \u00e9v\u00eaque de Dijon \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 27 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser, je vais travailler \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale et je vais \u00e0 l\u2019escrime&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. L\u2019incident de Dijon continue \u00e0 faire beaucoup de bruit&nbsp;; mais une cinquantaine de s\u00e9minaristes ayant atteint leur but, qui \u00e9tait de faire retarder leur ordination, ont r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 le Grand s\u00e9minaire. Il faut dire aussi que le gouvernement, sans attendre un jour, sans se demander si les s\u00e9minaristes comptaient rentrer au s\u00e9minaire, a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il allait les appeler sous les drapeaux pour compl\u00e9ter leur temps de service, nouvelle mani\u00e8re de s\u2019ing\u00e9rer dans une question toute religieuse. Cette affaire de Dijon est profond\u00e9ment malheureuse. Elle prouve combien les Catholiques sont divis\u00e9s, combien peu de confiance ils ont souvent dans leurs \u00e9v\u00eaques&nbsp;! Il fait bien dire que, dans bien des cas, les \u00e9v\u00eaques n\u2019ont rien fait pour m\u00e9riter leur confiance, et, outrepassant les conseils de ralliement de L\u00e9on XIII, se sont mis \u00e0 plat-vendre devant le gouvernement afin que personne ne puisse mettre en doute leur attachement profond \u00e0 nos institutions r\u00e9publicaines&nbsp;! Cet attachement a paru quelque fois \u00eatre plus fort que leur amour de la justice et de la religion pers\u00e9cut\u00e9e. On comprend conc que les \u00e9v\u00eaques qui ont pris une pareille attitude n\u2019aient pas la confiance des Catholiques. En tout cas, cet \u00e9tat d\u2019esprit est le r\u00e9sultat le plus clair de la politique de ralliement \u00e0 la r\u00e9publique si fort pr\u00e9conis\u00e9e par L\u00e9on XIII et par le cardinal Rampolla&nbsp;! Aujourd\u2019hui, \u00e0 Rome, on commence \u00e0 reconna\u00eetre que les Catholiques les plus clairvoyants sont ceux qui ont refus\u00e9 de la suivre&nbsp;; et, depuis l\u2019av\u00e8nement de Pie X, des feuilles royalistes ont eu des encouragements du pape, le <em>M\u00e9morial des Pyr\u00e9n\u00e9es\u00ad<\/em>, par exemple. Pie X demande aux Catholiques fran\u00e7ais de s\u2019unir mais sur le terrain catholique qui est assez large pour que tous les Catholiques puissent y trouver place sans abandonner leurs convictions politiques, et non sur le terrain constitutionnel qui excluait les Catholiques monarchistes. Ainsi entendue, l\u2019union ne peut \u00eatre que f\u00e9conde. Pour moi, je crois que l\u2019union est possible, non seulement entre Catholiques, mais m\u00eame entre lib\u00e9raux&nbsp;; pour cela, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 chercher \u00e0 unir les hommes de divers partis politiques et religieux sur les questions sur lesquelles ils ont une opinion commune, en laissant de c\u00f4t\u00e9, dans leurs discussions, les questions qui les divisent&nbsp;; un royaliste, par exemple, est en m\u00eame temps catholique&nbsp;; sur le terrain catholique, il s\u2019unit aux Catholiques qui n\u2019ont pas la m\u00eame opinion politique que lui, mais qui ont une foi commune avec lui \u00e0 d\u00e9fendre, c\u2019est, je crois, la pens\u00e9e de Pie X&nbsp;;&nbsp; mais ce royaliste et les Catholiques non royalistes avec lesquels il s\u2019est uni ont tous l\u2019amour de la libert\u00e9, de la patrie, de la propri\u00e9t\u00e9, qui leur est commun avec beaucoup d\u2019autres hommes qui ne sont ni catholiques ni royalistes&nbsp;; tous ces hommes recherchent les points qui les unissent et, sur le terrain de la libert\u00e9, de la propri\u00e9t\u00e9, du patriotisme, forment le vaste bloc des lib\u00e9raux, des patriotes, sans avoir pour cela rien abandonn\u00e9 de leurs opinions politiques ou religieuses, et, tout en luttant pour leur triomphe en-dehors de la vaste ligue dont je parle. L\u2019Action lib\u00e9rale populaire, La Patrie fran\u00e7aise, si elles ne se pla\u00e7aient pas sur le terrain constitutionnel, pourraient r\u00e9aliser cette union de tous les lib\u00e9raux, de tous les patriotes&nbsp;; malheureusement, ces deux ligues se sont plac\u00e9es sur le terrain constitutionnel&nbsp;; elles \u00e9cartent donc les monarchistes. Mais je ne serais pas surpris que l\u2019Action lib\u00e9rale populaire f\u00fbt amen\u00e9e, sur l\u2019inspiration de Rome, \u00e0 modifier dans le sens que j\u2019indique son terrain d\u2019action&nbsp;; je le d\u00e9sire bien vivement&nbsp;! Quel bloc lib\u00e9ral on pourrait avoir alors&nbsp;! Les Catholiques formeraient une aile de cette immense arm\u00e9e, et les royalistes un corps d\u2019arm\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 28 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec l\u2019oncle Paul, N\u00e9nette et Philom\u00e8ne faire une jolie promenade dans la campagne sur la route d\u2019Epinard. Ensuite, je vais au Salut \u00e0 l\u2019Adoration. Le soir, j\u2019assiste au Cirque-th\u00e9\u00e2tre \u00e0 une repr\u00e9sentation du drame <em>Les Deux gosses<\/em> qui fit tant de bruit il y a quelques ann\u00e9es. L\u2019oncle Paul et Tante Josepha sont rentr\u00e9s hier de Paris&nbsp;; ils ont vu le lieutenant-colonel Lenoir, chef du personnel du g\u00e9nie au Minist\u00e8re de la Guerre, et le g\u00e9n\u00e9ral Joffre<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, directeur de ce m\u00eame personnel, tous deux amis de l\u2019oncle Paul&nbsp;; c\u2019est surtout pour des questions de service que ces messieurs avaient pri\u00e9 l\u2019oncle Paul d\u2019aller les voir, pour d\u00e9signer quelques officiers de g\u00e9nie qui vont partir pour l\u2019Indo-Chine o\u00f9 l\u2019on envoie des renforts en pr\u00e9vision de complications possibles. L\u2019oncle Paul, d\u2019apr\u00e8s ce que lui ont dit ces messieurs, ne s\u2019attend pas \u00e0 rester longtemps \u00e0 Angers, car, d\u2019apr\u00e8s une mesure nouvelle, les colonels du g\u00e9nie ne doivent pas rester beaucoup plus de deux ans \u00e0 la t\u00eate des r\u00e9giments, de fa\u00e7on \u00e0 ce que les 37 colonels puissent tous ou \u00e0 peu pr\u00e8s tous commander un des 7 r\u00e9giments de l\u2019arme. Il faut donc nous attendre \u00e0 voir l\u2019oncle Paul nous quitter dans quelques mois pour aller, \u00e0 la t\u00eate de quelque importante direction, attendre ses \u00e9toiles&nbsp;; ce d\u00e9part sera pour nous un vrai chagrin&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Joffre-Gal-de-division-12-octobre-1901.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"730\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Joffre-Gal-de-division-12-octobre-1901-730x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-366\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Joffre-Gal-de-division-12-octobre-1901-730x1024.jpg 730w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Joffre-Gal-de-division-12-octobre-1901-214x300.jpg 214w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Joffre-Gal-de-division-12-octobre-1901-768x1077.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Joffre-Gal-de-division-12-octobre-1901.jpg 1075w\" sizes=\"auto, (max-width: 730px) 100vw, 730px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Joseph Joffre (1852-1931)&nbsp;lors de sa promotion comme g\u00e9n\u00e9ral de brigade \u2013 Clich\u00e9 anonyme, vers 1901 (Collection Guy Roger)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 f\u00e9vrier 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 29 f\u00e9vrier 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 une date que je n\u2019avais pas vue depuis huit ans&nbsp;; dans quatre ans, quand je la reverrai, o\u00f9 serai-je, que ferai-je&nbsp;? Si Dieu d\u2019abord me pr\u00eate vie et s\u2019il me permet de r\u00e9aliser mes projets, je serai sans doute \u00e0 Ille o\u00f9 je m\u2019occuperai d\u2019agriculture, et aussi de propagande religieuse et politique&nbsp;; je serai peut-\u00eatre mari\u00e9, enfin, qui sait&nbsp;? Nous jouirons peut-\u00eatre d\u2019une paix religieuse, sociale et politique \u00e0 laquelle nous aurons aspir\u00e9 pendant trop longtemps. Il y a quelques jours, \u00e0 propos de la proclamation par le pape de l\u2019h\u00e9ro\u00efcit\u00e9 des vertus du cur\u00e9 d\u2019Ars, pr\u00e9sage de sa prochaine b\u00e9atification, le journal catholique <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em> rappelait une pr\u00e9diction de ce v\u00e9n\u00e9rable, tr\u00e8s consolante pour nous&nbsp;: en 1845, une jeune fille qui d\u00e9sirait entrer au couvent alla demander au saint cur\u00e9 de la conseiller sur l\u2019ordre qu\u2019elle devait choisir et sur sa vocation. Le v\u00e9n\u00e9rable la confirma dans sa vocation, et lui conseilla d\u2019entrer dans un ordre o\u00f9 elle est entr\u00e9e depuis&nbsp;; puis il lui pr\u00e9dit qu\u2019elle soignerait les bless\u00e9s dans 2 guerres, qu\u2019elle verrait le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;; que les premi\u00e8res ann\u00e9es de ce si\u00e8cle seraient des ann\u00e9es de pers\u00e9cution pour l\u2019\u00c9glise \u00ab&nbsp;les ann\u00e9es 1, 2, 3, dit-il, seront n\u00e9fastes, mais dans l\u2019ann\u00e9e 4, la pers\u00e9cution, apr\u00e8s avoir atteint son apog\u00e9e, prendra fin&nbsp;; toutefois, cette ann\u00e9e-l\u00e0, la France aura beaucoup \u00e0 souffrir des suites d\u2019une guerre civile ou \u00e9trang\u00e8re, mais elle sera sauv\u00e9e&nbsp;\u00bb. Il est \u00e0 remarquer que la pr\u00e9diction du cur\u00e9 d\u2019Arts s\u2019est parfaitement r\u00e9alis\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent&nbsp;; la religieuse en question a soign\u00e9 les bless\u00e9s de la guerre de Crim\u00e9e et de la guerre d\u2019Italie&nbsp;; elle a vu le XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle puisqu\u2019elle vit toujours&nbsp;; les 3 premi\u00e8res ann\u00e9es de ce si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9, certes, des ann\u00e9es n\u00e9fastes pour l\u2019\u00c9glise de France&nbsp;; enfin, la guerre vient d\u2019\u00e9clater&nbsp;; si la pr\u00e9diction se r\u00e9alis\u00e9 jusqu\u2019au bout, nous serons donc sauv\u00e9s cette ann\u00e9e, mais nous souffrirons des suites d\u2019une guerre&nbsp;; cela veut-il dire que la guerre d\u2019Extr\u00eame-Orient am\u00e8nera une conflagration g\u00e9n\u00e9rale, comme beaucoup le craignent&nbsp;? Peut-\u00eatre&nbsp;; si cela pouvait nous d\u00e9barrasser de la hideuse r\u00e9publique, j\u2019y souscrirais des deux mains. N\u2019oublions pas que M. Combs enfant, ayant \u00e9t\u00e9 amen\u00e9 devant le cur\u00e9 d\u2019Ars, celui-ci, \u00e0 la vue du futur pers\u00e9cuteur, s\u2019\u00e9cria&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oh&nbsp;! Cet enfant&nbsp;; quel mal il fera \u00e0 l\u2019\u00c9glise&nbsp;! Mais il se convertira&nbsp;\u00bb. Il me semble que l\u2019autre pr\u00e9diction doit se r\u00e9aliser puisque celle-ci s\u2019est, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, si bien r\u00e9alis\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Sermentizon_vianney.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"458\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Sermentizon_vianney-458x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-254\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Sermentizon_vianney-458x1024.jpg 458w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Sermentizon_vianney-134x300.jpg 134w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Sermentizon_vianney.jpg 500w\" sizes=\"auto, (max-width: 458px) 100vw, 458px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Statue du cur\u00e9 d&rsquo;Ars Jean-Marie Vianney (1786-1859) dans de Sermentizon, Puy-de-D\u00f4me \u2013 Wikip\u00e9dia<br><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, pas de cours de zootechnie, le professeur \u00e9tant au Congr\u00e8s des Agriculteurs de France, rue d\u2019Ath\u00e8nes. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, Poirier-Coutansais parle sur la mutualit\u00e9 et les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels. Je donne mon adh\u00e9sion pour le congr\u00e8s du Mans.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mars 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 mars 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 1<sup>er<\/sup> mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. \u00c0 5h, escrime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 2 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 mon \u00e9tude sur \u00ab&nbsp;L\u2019origine et l\u2019\u00e9panouissement de l\u2019organisation corporative du travail&nbsp;\u00bb pour la Conf\u00e9rence Saint-Louis. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00bd, je vais remplir mes fonctions de secr\u00e9taire au conseil particulier de Saint-Vincent-de-Paul. \u00c0 5h \u00bd, cours de religion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 3 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires le matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais diff\u00e9rentes commissions pour Papa qui ne peut pas sortir \u00e0 cause d\u2019un fort rhume et d\u2019une extinction de voix, je vais porter les bons aux pauvres, travailler \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale&nbsp;; \u00e0 l\u2019escrime \u00e0 5h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 4 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, j\u2019assiste avec Tante Josepha \u00e0 une conf\u00e9rence organis\u00e9e au cirque par la Soci\u00e9t\u00e9 de g\u00e9ographie commerciale de l\u2019Anjou sur le Japon d\u2019autrefois et d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;; le cirque est comble, mais l\u2019orateur ne fait que dire ce que tout le monde, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, savait d\u00e9j\u00e0. Il y a quelques projections.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le Mans, samedi 5 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence). Je pars par le train de 1h pour le Mans o\u00f9 a lieu cette ann\u00e9e le Congr\u00e8s de l\u2019Union r\u00e9gionale de la Jeunesse catholique de l\u2019Ouest&nbsp;; je descends avec un grand nombre de congressistes \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de France. Notre premi\u00e8re r\u00e9union, un simple conseil o\u00f9 on expose la marche de l\u2019association et ses \u00e9normes progr\u00e8s dans l\u2019Ouest en 1903 (84 nouveaux groupes ont \u00e9t\u00e9 affili\u00e9s depuis un an \u00e0 l\u2019Union), a lieu dans l\u2019ancien h\u00f4tel du po\u00e8te Scarron, chez le chanoine Bruneau, de 8 \u00e0 10h du soir&nbsp;; environ cent cinquante jeunes gens y prennent part&nbsp;; c\u2019est demain qu\u2019auront lieu les grandes s\u00e9ances.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Maison_de_Scarron_Le_Mans.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"375\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Maison_de_Scarron_Le_Mans.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-255\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Maison_de_Scarron_Le_Mans.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Maison_de_Scarron_Le_Mans-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maison du po\u00e8te Scarron, place Saint-Michel au Mans \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Le Mans, dimanche 6 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La journ\u00e9e commence par la messe de communion, dite par Mgr de Durfort \u00e0 la chapelle de la Visitation, \u00e0 laquelle assistent tous les congressistes d\u00e9j\u00e0 arriv\u00e9s (car quelques-uns n\u2019arrivent que par les trains du matin). \u00c0 9h \u00bd, s\u00e9ance d\u2019\u00e9tudes \u00e0 la salle Maupertuis&nbsp;; elle dure jusqu\u2019au moment du banquet qui a lieu \u00e0 11h \u00bd \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de France&nbsp;; dans cette s\u00e9ance sont vot\u00e9s les statuts de la nouvelle Union dioc\u00e9saine de la Sarthe qui vient de se fonder afin de f\u00e9d\u00e9rer les groupes de l\u2019Association existant d\u00e9j\u00e0 dans ce dioc\u00e8se, et surtout afin d\u2019en fonder de nouveaux&nbsp;; M. Bienvenu est \u00e9lu pr\u00e9sident&nbsp;; l\u2019aum\u00f4nier est le chanoine Bruneau. Dans cette s\u00e9ance, on lit plusieurs int\u00e9ressants rapports sur le d\u00e9veloppement de l\u2019Association dans le dioc\u00e8se du Mans&nbsp;; ce sont surtout les groupes ruraux qui sont nombreux. On proc\u00e8de \u00e0 l\u2019\u00e9lection des membres sortants du comit\u00e9 r\u00e9gional&nbsp;: De Saint-Pern est r\u00e9\u00e9lu vice-pr\u00e9sident, et Gaudineau tr\u00e9sorier&nbsp;; on \u00e9lit aussi deux membres du comit\u00e9. Je retrouve \u00e0 cette s\u00e9ance le P. Cisternes, qui a \u00e9t\u00e9 recteur du Coll\u00e8ge Sainte-Croix pendant que j\u2019\u00e9tais pensionnaire de coll\u00e8ge, et le P. Carr\u00e9 qui \u00e9tait pr\u00e9fet des \u00e9tudes&nbsp;; je trouve que celui-ci, que je n\u2019avais pas revu depuis lors, a beaucoup vieilli&nbsp;; c\u2019est sans doute un effet de la p\u00e9nible situation \u00e0 laquelle la pers\u00e9cution r\u00e9duit ces pauvres P\u00e8res j\u00e9suites. \u00c0 11h \u00bd a lieu le banquet&nbsp;; il dure jusqu\u2019\u00e0 2h environ et r\u00e9unit tous les congressistes, nombreux toasts&nbsp;; notamment on remarque celui d\u2019Arnaud<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, pr\u00e9sident d\u2019un groupe rural \u00e0 la Genetouse (Vend\u00e9e), c\u2019est un brave meunier qui parle vraiment fort bien et avec une conviction profonde, il est tr\u00e8s applaudi. \u00c0 2h \u00bd, seconde s\u00e9ance de travail salle Maupertuis&nbsp;; Charles Poisson, de Saumur, lit les r\u00e9sultats de l\u2019enqu\u00eate \u00e0 laquelle on a proc\u00e9d\u00e9 dans tous les groupes de l\u2019Union r\u00e9gionale sur la mutualit\u00e9&nbsp;; et sur les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels existant&nbsp;; ensuite, Poirier-Coutansais lit le travail qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 lu \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis sur la mutualit\u00e9&nbsp;; ensuite s\u2019engage la discussion&nbsp;; on discute beaucoup sur la question de savoir si les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels contre la maladie doivent se contenter de servir \u00e0 leurs membres malades une somme fixe par jour suffisante pour qu\u2019ils puissent faire vivre leur famille, et, en outre, payer eux-m\u00eames leur m\u00e9decin et leur pharmacien, ou si elles doivent leur donner une somme moins \u00e9lev\u00e9e, mais leur fournir directement et gratis les secours m\u00e9dicaux et pharmaceutiques&nbsp;; pour ma part, je suis partisan du second syst\u00e8me&nbsp;; on finit par se ranger \u00e0 l\u2019opinion du meunier Arnaud qui demande que les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels laissent leurs membres payer directement une partie des frais m\u00e9dicaux et pharmaceutiques&nbsp;; de cette fa\u00e7on, ils seront int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ne pas en abuser&nbsp;; on \u00e9met un v\u0153u dans ce sens. \u00c0 propos des soci\u00e9t\u00e9s qui assurent la retraite en cas d\u2019invalidit\u00e9 ou de vieillesse, on discute le point de savoir si les membres doivent avoir un livret individuel, ou si les cotisations r\u00e9unies doivent former un fonds commun&nbsp;; les 2 opinions sont soutenues, mais comme le temps manque pour discuter \u00e0 fond cette question, on d\u00e9cide de ne pas voter de v\u0153u&nbsp;; la question sera examin\u00e9e au Congr\u00e8s d\u2019Arras. \u00c0 5h \u00bd a lieu le salut \u00e0 la chapelle de la Visitation. \u00c0 8h, ou 8h \u00bc pour \u00eatre plus exact, s\u00e9ance solennelle de cl\u00f4ture salle Maupertuis pr\u00e9sid\u00e9e par Mgr de Bonfils, \u00e9v\u00eaque du Mans&nbsp;; 1200 personnes environ de la soci\u00e9t\u00e9 mancelle y assistent&nbsp;; on y entend un discours d\u2019ouverture de Normand d\u2019Authon, quelques mots de Bienvenu, une brillante improvisation du meunier Arnaud qu\u2019on oblige, pour ainsi dire, \u00e0 monter \u00e0 la tribune&nbsp;; il improvise un vrai discours de vingt minutes sur les motifs que nous avons d\u2019esp\u00e9rer le salut de la France&nbsp;; puis un magnifique discours de Jean Lerolle<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a> sur l\u2019action religieuse et sociale de notre association&nbsp;; enfin, S\u00e9journ\u00e9, pr\u00e9sident de l\u2019Union dioc\u00e9saine de l\u2019Orl\u00e9anais, termine cette joute oratoire par un vibrant discours sur les devoirs des jeunes gens de la jeunesse catholique&nbsp;: \u00e9nergie et pers\u00e9v\u00e9rance&nbsp;; Mgr de Bonfils nous adresse quelques paroles d\u2019\u00e9dification, puis nous donne sa b\u00e9n\u00e9diction, et chacun rentre se coucher, enchant\u00e9 d\u2019une journ\u00e9e aussi bien remplie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 mars 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 7 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars du Mans, avec quelques autres congressistes, par le train de 8h25&nbsp;; \u00e0 la gare, nous disons \u00ab&nbsp;au revoir&nbsp;\u00bb \u00e0 nos amis Lerolle et S\u00e9journ\u00e9 qui repartent pour Paris. J\u2019arrive \u00e0 Angers \u00e0 11h \u00bd. L\u2019apr\u00e8s-midi, je prends ma le\u00e7on de chant, me fais couper les cheveux etc. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;: int\u00e9ressante \u00e9tude du P. Barbier sur \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9volutionnisme et la foi chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb&nbsp;; il en terminera la lecture lundi prochain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 8 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence)&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous n\u2019avons que le cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques, M. Saint-Maur nous ayant fait pr\u00e9venir qu\u2019il ne viendrait pas aujourd\u2019hui \u00e0 cause d\u2019un deuil. Le soir, apr\u00e8s la r\u00e9union de la congr\u00e9gation, j\u2019assiste \u00e0 une conf\u00e9rence organis\u00e9e par la Croix-Rouge sur les maladies des arm\u00e9es en campagne par le docteur Quintard, salle des Quinconces. Cette conf\u00e9rence est aussi bien pour les hommes que pour les dames, tandis que les cours que, 3 fois par semaine, la Croix-Rouge fait pour les dames et jeunes filles ne sont pas ouverts aux messieurs. Les dames et jeunes filles qui, apr\u00e8s avoir suivi ces cours et leurs applications \u00e0 une clinique, passeront l\u2019examen requis, obtiendront le titre d\u2019infirmi\u00e8res de la Croix-Rouge. Maman les suit assid\u00fbment, comme la plupart des dames d\u2019Angers.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 9 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille mon droit matin et soir. Maman est oblig\u00e9 de se mettre au lit \u00e0 cause d\u2019une brusque fatigue&nbsp;; le docteur Sourice dit que cette fatigue n\u2019annonce pas l\u2019influenza comme nous l\u2019avons craint, mais qu\u2019elle passera avec un peu de repos.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 10 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence) et de constructions rurales&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment au Palais o\u00f9 plaide Herv\u00e9-Bazin mais j\u2019arrive trop tard pour l\u2019entendre. Je travaille \u00e0 mon \u00e9tude sur les corporations pour la Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; \u00e0 5h \u00bd, escrime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 11 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires&nbsp;; seulement, ceux de l\u2019apr\u00e8s-midi ont lieu dans le cabinet de M. Coulbault, celui-ci, \u00e0 cause d\u2019une attaque de rhumatisme au pied n\u2019ayant pu sortir de chez lui. Le soir, je vais au sermon dialogu\u00e9 de l\u2019abb\u00e9 Delahaye \u00e0 Saint-Serge avec Papa. Au retour, j\u2019apprends que Tante Josepha est venue pour la soir\u00e9e avec Maman et qu\u2019elle lui a dit, confidentiellement, que l\u2019oncle Paul allait \u00eatre nomm\u00e9 directeur du g\u00e9nie \u00e0 Alger&nbsp;; l\u2019oncle Paul le sait par ses amis le g\u00e9n\u00e9ral Joffre<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a> et le lieutenant-colonel Lenoir&nbsp;; c\u2019est une charmante garnison et dont l\u2019oncle Paul est enchant\u00e9. Mais la nouvelle doit rester secr\u00e8te tant que la nomination n\u2019est pas officielle, car le g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9, s\u2019il savait que l\u2019on escompte ainsi sa signature, serait capable de la refuser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 12 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pour le cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence et pour le cours de zootechnie g\u00e9n\u00e9rale, et je n\u2019assiste ni \u00e0 l\u2019un ni \u00e0 l\u2019autre, car j\u2019arrive en retard pour le premier et le second n\u2019a pas lieu \u00e0 cause des 28 jours de M. Brohm. D\u2019ailleurs, le moment de l\u2019examen approche trop maintenant pour que je puisse continuer \u00e0 suivre les cours d\u2019agriculture&nbsp;; j\u2019irai le dire demain au P. V\u00e9tillart. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites avec Papa, puis je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, je d\u00eene chez l\u2019oncle Paul avec le fils du lieutenant-colonel Lenoir qui fait son service militaire au 135<sup>e<\/sup> au peloton des dispens\u00e9s, et un caporal et un soldat du g\u00e9nie, fils d\u2019amis de l\u2019oncle Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 13 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, en me promenant avec Papa, je vois passer la cavalcade organis\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la mi-car\u00eame&nbsp;; elle est assez jolie et tr\u00e8s convenable. Ensuite, je vais au sermon \u00e0 Saint-Joseph, puis je vais voir quelques-uns de mes camarades&nbsp;: Jacques des Loges, Bonnet, Lucas qui est le seul que je rencontre. Je d\u00eene chez M. Jac avec M. Albert et quelques \u00e9tudiants&nbsp;: Normand d\u2019Authon, Gaudineau, Lucas, Catta etc. On ne se retire qu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de onze heures apr\u00e8s le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 mars 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 14 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 midi, nous recevons \u00e0 d\u00e9jeuner l\u2019oncle Paul, tante Josepha, N\u00e9nette, De La Villebiot, Herv\u00e9-Bazin et De Padirac. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;: fin du travail du P. Barbier sur l\u2019\u00e9volutionnisme et la foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 15 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, cours d\u2019\u00e9conomie politique et d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques. \u00c0 5h \u00bd, escrime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 16 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille le matin dans ma chambre. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille aussi jusqu\u2019\u00e0 4 heures, puis je vais faire quelques commissions, et j\u2019assiste, \u00e0 5h \u00bd, au cours de religion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 17 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais au cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence. Le soir \u00e0 5h, escrime. Dans la journ\u00e9e, je passe mon temps \u00e0 \u00e9crire des adresses pour les 380 convocations que j\u2019ai \u00e0 envoyer pour la messe que Monseigneur c\u00e9l\u00e8brera le 27 mars pour la Soci\u00e9t\u00e9 de Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 18 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaires matin et soir. Apr\u00e8s le second cours du soir, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. \u00c0 6h \u00bd, nous allons tous chez Tante Josepha lui offrir nos v\u0153ux \u00e0 l\u2019occasion de sa f\u00eate&nbsp;; elle nous annonce que le colonel de Monspey, du 25<sup>e<\/sup> dragons, vient de demander sa mise \u00e0 la retraite \u00e0 la suite du duel qu\u2019un lieutenant de son r\u00e9giment, M. de Hillerin de Boistissandeau, vient d\u2019avoir, sans son autorisation, contre un r\u00e9dacteur de la <em>Petite R\u00e9publique<\/em> qui avait publi\u00e9 plusieurs articles diffamatoires et mensongers sur le r\u00e9giment&nbsp;; les officiers demand\u00e8rent au ministre l\u2019autorisation de poursuivre&nbsp;; le ministre ayant refus\u00e9, ils ont d\u00e9cid\u00e9 de se faire justice eux-m\u00eames, et ont d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 M. de Hillerin, qui a bless\u00e9 au bras son adversaire&nbsp;; M. de Monspey, plut\u00f4t que de punir cet officier qui a d\u00e9fendu l\u2019honneur du r\u00e9giment (il a eu tort d\u2019apr\u00e8s moi, car le duel ne prouve rien), demande sa mise \u00e0 la retraite&nbsp;; c\u2019est Mme de Monspey qui l\u2019a dit \u00e0 Tante Josepha et la nouvelle sera bient\u00f4t connue. L\u2019oncle Paul nous annonce aussi sa prochaine nomination \u00e0 Alger, qui va para\u00eetre incessamment \u00e0 l\u2019<em>Officiel<\/em>, et nous invite d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 \u00e0 aller le voir dans sa nouvelle garnison, ce que nous acceptons avec joie. Ce matin, j\u2019avais vu encore ces deux colonels \u00e0 la t\u00eate de leur r\u00e9giment pendant la revue de la garnison qui a eu lieu au Champ de Mars \u00e0 la suite d\u2019une alerte de nuit&nbsp;; ce soir, ils annoncent tous deux leur d\u00e9part&nbsp;; avec le colonel Challon, qui a atteint la limite d\u2019\u00e2ge \u00e0 la fin de d\u00e9cembre, les 3 colonels d\u2019Angers seront partis presqu\u2019en m\u00eame temps. Le soir, je vais \u00e0 la r\u00e9union de la congr\u00e9gation qui a lieu en l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint-Joseph&nbsp;: sermon du P. Larousse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 19 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique (licence)&nbsp;; je suis \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 7h du matin pour la messe de communion, et j\u2019attends le cours pr\u00e8s de deux heures&nbsp;; en causant avec Milleret, je d\u00e9couvre qu\u2019il est proche parent de mes cousins d\u2019Appat<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a>, du Pays Basque. \u00c0 10h \u00bd, j\u2019assiste \u00e0 Saint-Joseph \u00e0 une messe en musique chant\u00e9e pour c\u00e9l\u00e9brer la f\u00eate de Monseigneur, par un ch\u0153ur de dames et de jeunes filles du monde&nbsp;; on ne chante que du chant gr\u00e9gorien pour se conformer au r\u00e9cent <em>\u00ab&nbsp;motu proprio&nbsp;\u00bb<\/em> du pape. Nous d\u00e9jeunons tous chez les Magu\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer la Saint Joseph&nbsp;; nous causons beaucoup d\u2019Alger, de l\u2019Alg\u00e9rie. C\u2019est avec une grande tristesse que nous voyons approcher le moment du d\u00e9part de l\u2019oncle Paul&nbsp;; il partira au commencement d\u2019avril, ira passer une semaine \u00e0 Vin\u00e7a, et s\u2019embarquera \u00e0 Port-Vendres afin d\u2019arriver \u00e0 Alger deux ou trois jours avant le moment de prendre son service (le 20 avril)&nbsp;; Tante Josepha restera \u00e0 Angers jusqu\u2019apr\u00e8s la premi\u00e8re communion de N\u00e9nette, \u00e0 laquelle l\u2019oncle Paul assistera, car il reviendra \u00e0 ce moment-l\u00e0 pour quelques jours&nbsp;; puis, tous ensemble partiront d\u00e9finitivement pour leur nouvelle r\u00e9sidence&nbsp;; ce sera du 10 au 15 juin. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ach\u00e8ve mes convocations et je vais \u00e0 l\u2019escrime&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 20 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 11h \u00e0 la cath\u00e9drale, qui est dite sp\u00e9cialement pour les hommes d\u2019\u0153uvres de la ville&nbsp;; Monseigneur les a convoqu\u00e9s par paroisse&nbsp;; ils ont bien r\u00e9pondu \u00e0 son appel, car la nef et les transepts sont litt\u00e9ralement remplis d\u2019hommes (il doit y en avoir 3000), les femmes ne sont pas admises. Dans le ch\u0153ur autour de l\u2019autel sont rang\u00e9es les \u00e9tendards et les banni\u00e8res, je tiens celle des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; Monseigneur parle, on chante plusieurs cantiques, les clairons du Patronage Saint-Vincent-de-Paul sonnent aux champs \u00e0 l\u2019\u00c9l\u00e9vation, et on se retire \u00e0 plus de midi, enchant\u00e9 d\u2019une aussi belle manifestation catholique. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais la visite des pauvres&nbsp;; puis, j\u2019assiste avec Papa et une centaine d\u2019hommes la procession de la Vraie-Croix qui va de Saint-Laud \u00e0 la cath\u00e9drale et retour, elle traverse la foire de la place Saint-Laud dans le plus grand calme, la plupart des gens qui sont l\u00e0 se d\u00e9couvrent m\u00eame au passage du dais. La nouvelle du changement de l\u2019oncle Paul est aujourd\u2019hui officielle, les journaux la publient et elle commence \u00e0 se r\u00e9pandre en ville. Le soir, je vais en soir\u00e9e, avec Papa et Philom\u00e8ne, chez le g\u00e9n\u00e9ral Lelong<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a>&nbsp;; on ne se retire qu\u2019\u00e0 plus de minuit&nbsp;; Maman, tr\u00e8s affect\u00e9e du prochain d\u00e9part des Magu\u00e9, s\u2019est excus\u00e9e.<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 27 mars 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 21 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une visite de d\u00e9gustation \u00e0 Mme Jac. Le soir, pas de Conf\u00e9rence Saint-Louis \u00e0 cause d\u2019un concert qui a lieu aux Quinconces. \u00c0 4h, le\u00e7on de chant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 22 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours du mardi&nbsp;: 2 d\u2019\u00e9conomie politique de doctorat, 1 de licence, et 1 d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques. M. Saint-Maur nous ayant dit qu\u2019il ne nous ferait pas cours mardi prochain, nous demandons \u00e0 M. Baugas de nous faire vendredi le cours qu\u2019il nous aurait fait mardi&nbsp;; de cette fa\u00e7on, je serai libre vendredi soir&nbsp;; j\u2019y vois un double avantage&nbsp;: d\u2019abord d\u2019arriver \u00e0 Biarritz quatre jours plus t\u00f4t, ce qui me permettra d\u2019y passer 4 semaines environ, et puis de n\u2019\u00eatre pas \u00e0 Angers dimanche, jour o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 doit venir (et ne viendra peut-\u00eatre pas) inaugurer ici les nouvelles casernes d\u2019infanterie. Le minist\u00e8re a \u00e9t\u00e9 battu hier \u00e0 la Chambre, pendant la discussion de la loi qui interdit l\u2019enseignement aux congr\u00e9ganistes&nbsp;; un amendement, combattu par lui, et qui tendait \u00e0 permettre aux congr\u00e9gations d\u2019avoir des noviciats pour leurs membres qui doivent enseigner \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, dans les colonies et pays de protectorat, a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 11 voix de majorit\u00e9&nbsp;; tous les ministres ayant vraisemblablement vot\u00e9 contre, la majorit\u00e9 r\u00e9elle est plus forte encore&nbsp;; c\u2019est la seconde fois en peu de jours qu\u2019il est battu dans la discussion de cette loi, et, cette fois-ci, c\u2019est sur une question importante, mais il n\u2019a pas la pudeur de se retirer. Le soir, apr\u00e8s la r\u00e9union de la congr\u00e9gation, j\u2019assiste, aux Quinconces, \u00e0 une conf\u00e9rence m\u00e9dicale par le docteur Brin, organis\u00e9e par la Croix-Rouge&nbsp;; le capitaine Lacretelle s\u2019\u00e9vanouit pendant la conf\u00e9rence, juste au moment o\u00f9 j\u2019arrivais. \u00c0 5h, escrime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 23 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais diff\u00e9rentes emplettes d\u2019accessoires photographiques en vue de mon prochain d\u00e9part. \u00c0 1h, je vais avec Tante Josepha et Philom\u00e8ne au bord de la Maine au bas de la rue du Mail, assister au passage de cette rivi\u00e8re par un bataillon d\u2019infanterie, et un escadron de dragons avec fourgons pesamment charg\u00e9s, sur un pont de bateaux jet\u00e9s par le 6<sup>e<\/sup> g\u00e9nie&nbsp;; les officiers nous font placer au premier rang pour assister \u00e0 cette int\u00e9ressante op\u00e9ration. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais emballer ma bicyclette par Louis. A 5h \u00bd cours de religion du P. Barbier&nbsp;: la religion positiviste. Apr\u00e8s d\u00eener, j\u2019assiste avec Papa \u00e0 une s\u00e9ance solennelle organis\u00e9e par la Conf\u00e9rence Pocquet de Livonni\u00e8re \u00e0 l\u2019occasion du centenaire du Code Civil&nbsp;; la s\u00e9ance est pr\u00e9sid\u00e9e par Me S\u00e9mery, ancien b\u00e2tonnier, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 par le barreau d\u2019Angers. La partie le plus int\u00e9ressante de la s\u00e9ance consiste dans deux discours faits l\u2019un par Cesbron<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>, l\u2019autre par Catta<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>&nbsp;: le premier fait l\u2019\u00e9loge du Code Civil et montre tout ce qu\u2019il a de bon&nbsp;; le second s\u2019efforce d\u2019\u00e9tablir ses d\u00e9fauts, en insistant surtout sur le titre du divorce et sur le r\u00e9gime des successions&nbsp;; sur ces deux points, le Code Civil ne me semble pas d\u00e9fendable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 24 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours d\u2019\u00e9conomie politique de licence&nbsp;; des \u00e9tudiants de 1<sup>\u00e8re<\/sup> ann\u00e9e ayant enfonc\u00e9 un panneau d\u2019une porte de la salle de cours, le cours a lieu presque en public. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques derni\u00e8res commissions et je vais me confesser. Nous allons tous passer la soir\u00e9e chez les Magu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, samedi 26 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019ai pass\u00e9 la nuit en wagon. Hier matin \u00e0 Angers, nous assistons tous \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 nous faisons notre communion pascale&nbsp;; \u00e0 10h \u00bd, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, les 2 cours ordinaires de l\u00e9gislation industrielle et un cours extraordinaire d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques que M. Baugas nous fait hier au lieu de mardi, afin de me permettre de partir le soir et de ne pas obliger Des Lyons et Poisson \u00e0 venir mardi \u00e0 Angers pour un seul cours. Une bonne nouvelle se r\u00e9pand dans l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;: le g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 est malade et ne viendra pas dimanche ici&nbsp;! T\u00eate de Jagot et des socios angevins&nbsp;! Ah, ces bons blocards&nbsp;! Mais cela ne fait pas l\u2019affaire de notre sympathique pr\u00e9fet M. de Joly, car ce joli monsieur, \u00e0 moiti\u00e9 mort \u00e0 la pens\u00e9e qu\u2019il n\u2019y aura pas une Excellence \u00e0 montrer dimanche aux Angevins, est parti illico pour Paris afin de s\u2019assurer pour dimanche de la personne d\u2019un ministre&nbsp;; n\u2019importe lequel, les blocards angevins, au besoin, accepteraient de frayer avec les poux de Pelletan&nbsp;; cependant, ils t\u00e2cheront d\u2019avoir Rouvier&nbsp;; quelle frousse, Messieurs les blocards&nbsp;; pas de ministre dimanche \u00e0 Angers, quel d\u00e9sastre&nbsp;!!!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons nos adieux \u00e0 Tante Josepha et \u00e0 N\u00e9nette que nous retrouverons \u00e0 Angers \u00e0 notre retour de Biarritz, et \u00e0 l\u2019oncle Paul que nous ne reverrons qu\u2019au mois de juin lorsqu\u2019il reviendra d\u2019Alger pour assister \u00e0 la 1<sup>\u00e8re<\/sup> communion de N\u00e9nette. Maman et moi nous partons par le train de 8h14&nbsp;; nous avons failli manquer le train parce que m\u2019\u00e9tant aper\u00e7u une fois arriv\u00e9 \u00e0 la gare que je n\u2019avais pas de casquette de voyage, je suis rentr\u00e9 en ville pour en acheter une&nbsp;; je me mets, en compagnie de M. Buston que je rencontre, \u00e0 la recherche d\u2019un chapelier aux environs de la gare, et je r\u00e9ussis \u00e0 en trouver un rue Hoche&nbsp;; au moment o\u00f9 j\u2019arrivais \u00e0 la gare, il \u00e9tait 8h12 et je me croyais en avance parce que Papa m\u2019avait dit que le train partait \u00e0 8h24&nbsp;; mais, pendant que je cherchais un chapelier, il a appris que le train partait \u00e0 8h14, d\u2019o\u00f9 affolement&nbsp;de Papa et Maman&nbsp;; enfin, nous courrons comme des fous, et Maman et moi nous montons en wagon \u00e0 la derni\u00e8re minute (on fermait les porti\u00e8res). Nous allons d\u2019un seul trait jusqu\u2019\u00e0 Poitiers o\u00f9 nous arrivons \u00e0 minuit pass\u00e9&nbsp;; l\u00e0, nous attendons l\u2019express pour Bordeaux que nous prenons \u00e0 2h16, nous entrons dans un compartiment rempli de petits gar\u00e7ons \u00e9l\u00e8ves de l\u2019ancien Coll\u00e8ge des J\u00e9suites de Tours&nbsp;; nous sommes \u00e0 Bordeaux \u00e0 plus de 6h du matin, et nous en repartons apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 7h31&nbsp;; cette fois, nous faisons route avec plusieurs malheureuses religieuses du Sacr\u00e9-C\u0153ur, dont le pensionnat d\u2019Angoul\u00eame va \u00eatre ferm\u00e9 par ordre du d\u00e9froqu\u00e9&nbsp;; chass\u00e9es de France, elles vont s\u2019\u00e9tablir \u00e0 Saint-S\u00e9bastien dans ce pays espagnol si hospitalier qui a d\u00e9j\u00e0 recueilli tant de proscrits fran\u00e7ais depuis quelques ann\u00e9es&nbsp;! Que c\u2019est triste\u2026&nbsp;! Les autres voyageurs qui font route avec ces pauvres exil\u00e9es ne peuvent contenir leur indignation en pr\u00e9sence des attentats \u00e0 la libert\u00e9 que commet chaque jour la bande de malfaiteurs qui s\u2019est empar\u00e9e du gouvernement&nbsp;; inutile d\u2019ajouter que nous faisons chorus avec eux&nbsp;! Nous arrivons \u00e0 Biarritz \u00e0 11h \u00be par une averse \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Europe, on nous donne deux chambres voisines, au premier. L\u2019apr\u00e8s-midi, le temps se l\u00e8ve et je puis me promener un peu, je remarque de grands changements survenus \u00e0 Biarritz depuis novembre 1900&nbsp;; d\u2019abord, le Casino municipal, que l\u2019on commen\u00e7ait \u00e0 peine \u00e0 construire alors sur la grande plage, entre les deux parties de l\u2019\u00e9tablissement de bains, et qui est termin\u00e9 depuis longtemps&nbsp;; je le trouve massif, sans aucun style, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9labr\u00e9 par l\u2019air de la mer, il obstrue la vue, si belle, que l\u2019on avait l\u00e0, il a l\u2019air \u00ab&nbsp;provisoire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;b\u00e2timent d\u2019exposition&nbsp;\u00bb&nbsp;; il est, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, aussi antiesth\u00e9tique que possible&nbsp;; la nouvelle \u00e9glise Sainte-Eug\u00e9nie, qui est \u00e0 peu pr\u00e8s termin\u00e9e, est jolie, mais pas assez grande&nbsp;; enfin, dans notre quartier des thermes salins, une foule de villas nouvelles, la plupart fort belles, ont \u00e9t\u00e9 construites.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/117-biarritz-biarritz-grande-plage-casino-municipal-france.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"661\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/117-biarritz-biarritz-grande-plage-casino-municipal-france-1024x661.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-256\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/117-biarritz-biarritz-grande-plage-casino-municipal-france-1024x661.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/117-biarritz-biarritz-grande-plage-casino-municipal-france-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/117-biarritz-biarritz-grande-plage-casino-municipal-france-768x496.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/117-biarritz-biarritz-grande-plage-casino-municipal-france.jpg 1084w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le casino de Biarritz d&rsquo;apr\u00e8s une carte postale de 1904 \u2013 Cartorum.fr<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 27 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais avec Maman \u00e0 la messe de 11h \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne sur la plage, je vais voir M. T\u00e9tard&nbsp;; apr\u00e8s les v\u00eapres, je vais voir Roger de Br\u00e9on, \u00e0 la maison Nartus o\u00f9 il est encore pour longtemps, car il n\u2019a pas encore commenc\u00e9 la seconde partie de son traitement salin&nbsp;; nous nous promenons assez longtemps ensemble&nbsp;; le temps est charmant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 31 mars 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, lundi 28 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 du phare. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne, avec Maman et Br\u00e9on, dans le quartier de la villa puis \u00e0 la plage. Le soir, nous assistons au sermon \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mardi 29 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Anglet voir mon ancienne nourrice Didia que je trouve bien portante&nbsp;; puis je prends ma premi\u00e8re douche aux thermes salins. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman voir Mme T\u00e9tard, qui nous fait visiter sa villa, puis Mme Laugier&nbsp;; ensuite, je me prom\u00e8ne avec Br\u00e9on&nbsp;; il me propose de suivre demain, avec lui, en voiture, un drag qui partira de l\u2019embouchure de l\u2019Adour&nbsp;; je ne demande pas mieux. Les journaux commentent beaucoup le vote abominable de la majorit\u00e9 sectaire de la Chambre&nbsp;; ces affreux tyrans ont vot\u00e9 hier la loi qui interdit l\u2019enseignement \u00e0 tout congr\u00e9ganiste, m\u00eame appartenant \u00e0 une congr\u00e9gation autoris\u00e9e, et donnant au gouvernement un d\u00e9lai de 10 ans pour fermer toutes les \u00e9coles o\u00f9 enseignent des congr\u00e9ganistes (il est probable que si le pouvoir n\u2019est pas bient\u00f4t arrach\u00e9 \u00e0 ces sectaires, ils ne mettront pas 10 ans \u00e0 accomplir leur \u0153uvre abominable). Le S\u00e9nat va certainement voter, \u00e0 son tour, avec entrain, cette nouvelle loi inf\u00e2me dont s\u2019enrichit la l\u00e9gislation r\u00e9publicaine, et du m\u00eame coup, voil\u00e0 des milliers et des milliers de parents priv\u00e9s de la libert\u00e9 de faire \u00e9lever leurs enfants comme bon leur semble, des centaines de milliers d\u2019enfants jet\u00e9s sur le pav\u00e9, car les \u00e9coles officielles sont absolument insuffisantes pour les recevoir, enfin le budget d\u2019un tr\u00e8s grand nombre de communes grev\u00e9 de lourdes charges pour la construction de nouveaux \u00e9difices scolaires, sans que celles-ci n\u2019aient \u00e9t\u00e9 consult\u00e9es, car cette majorit\u00e9 soi-disant d\u00e9mocratique a refus\u00e9 de consulter les municipalit\u00e9s par voie de r\u00e9f\u00e9rendum, comme l\u2019ont demand\u00e9 les d\u00e9put\u00e9s de la droite. Et voil\u00e0 comment, sous la R.F., on sait supprimer une libert\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mais la lecture des journaux, depuis 2 jours, m\u2019apporte une bonne nouvelle&nbsp;; c\u2019est celle de la r\u00e9union de l\u2019Action lib\u00e9rale populaire qui a eu lieu \u00e0 Vannes et \u00e0 laquelle 6000 personnes assistaient. L\u00e0, M. de Lamarzelle, s\u00e9nateur royaliste du Morbihan, et d\u00e9fenseur intr\u00e9pide au S\u00e9nat de la libert\u00e9 religieuse, a prononc\u00e9 un discours qui est un \u00e9loquent appel \u00e0 l\u2019union entre tous les Catholiques, sur le terrain purement catholique, et <em>\u00ab&nbsp;sans abdication de la moindre parcelle des convictions politiques de chacun, sans renonciation, en quoi que ce soit, au but poursuivi, ni aux moyens de l\u2019atteindre&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; et M. Piou, pr\u00e9sident de l\u2019Action lib\u00e9rale populaire, ancien d\u00e9put\u00e9 ralli\u00e9, qui pr\u00e9sidait la r\u00e9union, a ratifi\u00e9 dans son discours les paroles du s\u00e9nateur royaliste. C\u2019est l\u00e0, je crois, un \u00e9v\u00e9nement extr\u00eamement important, car il y a de bonnes raisons de penser que cette attitude de l\u2019Action lib\u00e9rale est inspir\u00e9e par le pape Pie X&nbsp;; celui-ci, semble-t-il, ne demande pas, comme L\u00e9on XIII, aux Catholiques fran\u00e7ais d\u2019accepter la r\u00e9publique et de combattre sur le terrain r\u00e9publicain, ce qui \u00e9tait impossible car il \u00e9tait certain que les Catholiques monarchistes, les plus nombreux et les plus influents, n\u2019accepteraient pas une pareille direction, incompatible avec leurs opinions politiques et leurs traditions, et ce qui, d\u2019ailleurs, bien loin d\u2019unir les Catholiques, n\u2019a fait que les diviser, mais il leur demande seulement de s\u2019unir, sur le terrain catholique, pour la d\u00e9fense de leur foi commune, quelles que soient, d\u2019ailleurs, leurs opinions politiques, et sans aucun renoncement \u00e0 ces opinions ou aux moyens de les faire pr\u00e9valoir. Voil\u00e0 le v\u00e9ritable terrain d\u2019entente, et si les Catholiques le comprennent, ils seront bient\u00f4t les plus forts.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040329.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"662\" height=\"577\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040329.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-257\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040329.jpg 662w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040329-300x261.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 662px) 100vw, 662px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse autour de la manifestation de Vannes, coll\u00e9e dans le journal d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch au 29 mars 1904<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est certain qu\u2019une attitude nouvelle vis-\u00e0-vis du gouvernement fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9e \u00e0 Rome&nbsp;; la preuve en est dans le discours prononc\u00e9 par le pape devant les cardinaux venus le 18 mars lui pr\u00e9senter leurs v\u0153ux \u00e0 l\u2019occasion de sa f\u00eate, et o\u00f9 il fl\u00e9trit avec \u00e9nergie la pers\u00e9cution religieuse qui s\u00e9vit en France. Je suis, je l\u2019avoue, tr\u00e8s heureux de l\u2019union qui semble devoir se faire entre tous les Catholiques sur le terrain catholique&nbsp;; la chose, d\u2019ailleurs, n\u2019est pas si difficile&nbsp;; elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e dans l\u2019Association catholique de la Jeunesse fran\u00e7aise, elle est r\u00e9alis\u00e9e, en Maine-et-Loire, dans \u00ab&nbsp;les comit\u00e9s angevins de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales&nbsp;\u00bb&nbsp;; il y a longtemps que je la d\u00e9sirais (voir mon journal du 27 f\u00e9vrier dernier), car je le crois sinc\u00e8rement, l\u00e0 est la v\u00e9ritable tactique qui nous donnera la victoire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mercredi 30 mars 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, la pluie et le vent font rage&nbsp;; force m\u2019est de renoncer \u00e0 suivre le drag&nbsp;; mais j\u2019apprends qu\u2019il y en aura un autre mardi prochain, j\u2019esp\u00e8re bien ne pas le manquer. En revenant de ma douche, je rencontre Madame Rivals, qui est en ce moment \u00e0 la Villa In\u00e8s avec sa s\u0153ur la g\u00e9n\u00e9rale Courbebaisse&nbsp;; elle m\u2019apprend que leur m\u00e8re Mme Jaume, n\u00e9e de Descallar, qui est notre parente par les Descallar<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, et qui est ici aussi, est tr\u00e8s malade&nbsp;; elle a failli succomber, il y a quelques jours, \u00e0 une congestion pulmonaire et n\u2019a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9e que gr\u00e2ce \u00e0 une saign\u00e9e pratiqu\u00e9e par le docteur de Lostalot&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman faire une visite \u00e0 Mme Rivals. Je vais aussi au pont de la Vierge pour jouir du spectacle de la temp\u00eate qui, co\u00efncidant avec la grande mar\u00e9e d\u2019\u00e9quinoxe, est merveilleuse&nbsp;; de tous c\u00f4t\u00e9s, on ne voit que vagues monstrueuses, v\u00e9ritables montagnes d\u2019eau, se jeter avec furie contre les rochers et rejaillir en nuages d\u2019\u00e9cume&nbsp;; ce spectacle, que j\u2019ai vu bien d\u2019autres fois, est tellement beau que, pour y assister, je brave la pluie et le risque d\u2019\u00eatre inond\u00e9 par les vagues. \u00c0 5h, je me confesse au P. Tapie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, jeudi 31 mars 1904 (jeudi saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 8h avec Maman. Je reviens \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie pour l\u2019office \u00e0 10h. L\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 la pluie qui continue, je vais avec Maman \u00e0 Bayonne pour voir les reposoirs de la cath\u00e9drale et des autres \u00e9glises. Au retour, je vais encore admirer la temp\u00eate, aussi belle qu\u2019hier, \u00e0 la grande plage, au rocher de la Vierge, \u00e0 la c\u00f4te des Basques, etc. Le soir, nous allons au chant du stabat \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avril 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 avril 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, vendredi 1<sup>er<\/sup> avril 1904 (vendredi saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 l\u2019office \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie&nbsp;; ensuite, je vais prendre ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 3h \u00bd, je vais avec Maman au chemin de la Croix&nbsp;; j\u2019y vois la pauvre reine Nathalie de Serbie, veuve de Milan, et m\u00e8re du malheureux roi Alexandre Obrenovitch, assassin\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re&nbsp;; la reine est catholique depuis quelques ann\u00e9es&nbsp;; elle suit tr\u00e8s d\u00e9votement les offices de la semaine sainte.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Queen.natalie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"555\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Queen.natalie.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-258\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Queen.natalie.jpg 330w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Queen.natalie-178x300.jpg 178w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La reine Nathalie de Serbie en 1882 \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, samedi 2 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste, avec Maman, au long office du samedi saint \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie&nbsp;; j\u2019y vois encore la reine Nathalie. Ensuite, je vais prendre ma douche pendant que Maman prend son bain. Le temps est superbe&nbsp;; aussi, l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Br\u00e9on prendre quelques vues. Ensuite, je vais voir avec Maman mes cousins Rivals et Courbabeiasse&nbsp;; je fais la connaissance de cette derni\u00e8re. Mme Jaume va un peu mieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 3 avril 1904 (jour de P\u00e2ques)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00bc. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe, puis je vais prendre ma douche. \u00c0 midi \u00bd, Maman et moi allons d\u00e9jeuner chez la famille Laugier. Au retour, nous trouvons \u00e0 l\u2019h\u00f4tel les cartes de Mme Rivals et de mon cousin Albert de Romeu, fils de Mme Courbebaisse, de son premier lit. Nous les retrouvons au rocher de la Vierge ainsi que ma cousine Jeanne Courbebaisse&nbsp;; nous nous promenons un moment ensemble puis nous retrouvons \u00e0 la plage le g\u00e9n\u00e9ral et Mme Courbebaisse avec lesquels nous nous asseyons un moment. J\u2019ai fait aujourd\u2019hui la connaissance du g\u00e9n\u00e9ral, de sa fille et d\u2019Albert de Romeu<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>&nbsp;; je les trouve tous tr\u00e8s aimables. Nous allons ensuite au sermon et au salut, puis je vais voir Br\u00e9on. Le soir, avec Br\u00e9on, je r\u00e9v\u00e8le les photos prises hier&nbsp;; je crois qu\u2019elles ne seront pas trop mal.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-112720.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"361\" height=\"436\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-112720.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-259\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-112720.jpg 361w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-112720-248x300.jpg 248w\" sizes=\"auto, (max-width: 361px) 100vw, 361px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le g\u00e9n\u00e9ral Henri Courbebaisse (1849-1935) \u2013 Base de donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alogique Pierfit (http:\/\/gw.geneanet.org\/pierfit)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 4 au 10 avril 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, lundi 4 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne et je vais prendre ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Br\u00e9on \u00e0 Bayonne assister \u00e0 une course landaise&nbsp;; ce n\u2019est pas tr\u00e8s amusant&nbsp;; ensuite, nous allons go\u00fbter \u00e0 la chocolaterie Casenave.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mardi 5 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 9h \u00bd, je pars en voiture avec Br\u00e9on pour Arbonne o\u00f9 est fix\u00e9 le rendez-vous du drag que nous voulons suivre. C\u2019est \u00e0 11h \u00bc que les cavaliers (quelques-uns en habit rouge) et les amazones qui doivent y prendre part se trouvent r\u00e9unis&nbsp;; je prends une vue du groupe. Le drag a pour but Saint-Jean-d\u2019Anglet&nbsp;; nous nous dirigeons en voiture vers ce point, et, de temps en temps, nous apercevons le drag qui marche bien. Nous sommes de retour \u00e0 Biarritz \u00e0 1 heure. L\u2019apr\u00e8s-midi, je prends quelques photos avec Br\u00e9on et Jeanne Courbebaisse, puis je vais voir Mme de Violet avec Maman&nbsp;; le soir, je vais r\u00e9v\u00e9ler mes plaques dans le laboratoire du fils Laugier que celui-ci met aimablement \u00e0 ma disposition.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mercredi 6 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne au bord de la mer \u00e0 bicyclette, je lis mon journal et je vais prendre ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je pars par le tramway de 2 heures avec Maman et Jeanne Courbebaisse pour Anglet&nbsp;; nous allons au fronton du Brun, o\u00f9 a lieu une belle partie de pelote \u00e0 <em>chistera&nbsp;<\/em>; Br\u00e9on nous y rejoint un peu plus tard&nbsp;; il y a le camp fran\u00e7ais et le camp espagnol&nbsp;; le principal pelotari fran\u00e7ais est le fameux Chiquita&nbsp;; il fait des tours de force, mais il est mal second\u00e9 par ses deux partenaires, et, apr\u00e8s une lutte \u00e9mouvante, c\u2019est le camp espagnol qui est vainqueur&nbsp;; nous rentrons par le train de 6h. Le soir, nous avons Br\u00e9on \u00e0 d\u00eener&nbsp;; il passe ensuite la soir\u00e9e avec nous au salon jusqu\u2019\u00e0 11 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, jeudi 7 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait mauvais temps aujourd\u2019hui&nbsp;; le matin, je prends ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites&nbsp;: le P. Tapie, l\u2019abb\u00e9 Guilhamet, Mlle Simons (je ne rencontre pas ces derniers), M. T\u00e9tard. Le soir, je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de M. Frog\u00e9 me demandant de lui faire remettre le r\u00e9pertoire des membres des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul dont il a besoin pour des convocations&nbsp;; aussit\u00f4t, j\u2019\u00e9cris \u00e0 Marie de le prendre et d\u2019aller le lui porter, et je lui \u00e9cris pour lui accuser r\u00e9ception de son t\u00e9l\u00e9gramme&nbsp;; \u00e0 peine avais-je jet\u00e9 ces deux lettres \u00e0 la boite de la petite gare qu\u2019une seconde d\u00e9p\u00eache arrive (moins d\u2019une heure apr\u00e8s la 1<sup>\u00e8re<\/sup>) me disant que M. Frog\u00e9 a retrouv\u00e9 le r\u00e9pertoire et de consid\u00e9rer la 1<sup>\u00e8re<\/sup> d\u00e9p\u00eache comme non avenue. Il n\u2019est plus temps, Marie en sera quitte pour une course inutile.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, vendredi 8 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, par un temps splendide, je vais photographier la villa Sainte-C\u00e9cile, puis je prends ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir, avec Maman, le docteur de Lostalot, puis je reste un bon moment sur la grande plage \u00e0 jouir du spectacle de la mer et de la foule r\u00e9pandue sur le sable, qui rappelle l\u2019animation de la grande saison. Je termine la soir\u00e9e en passant deux heures assis sur un banc pr\u00e8s du rocher de la Vierge \u00e0 lire, en contemplant, de temps en temps, le grandiose panorama dont on jouit de cet endroit, les premiers chapitres d\u2019un roman de Lichtenberger, <em>La mort de Corinthe<\/em>, que Br\u00e9on m\u2019a pr\u00eat\u00e9&nbsp;; c\u2019est un int\u00e9ressant roman historique sur l\u2019\u00e9poque de l\u2019asservissement de la Gr\u00e8ce par les Romains. Le soir, je r\u00e9v\u00e8le les photos de la villa, qui sont nettes, mais un peu p\u00e2les.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-64-biarritz-hotels-du-palais-et-de-victoria-1904-rocher-de-la-vierge-anime.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"674\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-64-biarritz-hotels-du-palais-et-de-victoria-1904-rocher-de-la-vierge-anime-1024x674.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-260\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-64-biarritz-hotels-du-palais-et-de-victoria-1904-rocher-de-la-vierge-anime-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-64-biarritz-hotels-du-palais-et-de-victoria-1904-rocher-de-la-vierge-anime-300x197.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-64-biarritz-hotels-du-palais-et-de-victoria-1904-rocher-de-la-vierge-anime-768x505.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-64-biarritz-hotels-du-palais-et-de-victoria-1904-rocher-de-la-vierge-anime-1536x1010.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-64-biarritz-hotels-du-palais-et-de-victoria-1904-rocher-de-la-vierge-anime.jpg 1645w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le Rocher de la Vierge \u00e0 Biarritz \u2013 Carte postale de 1904 (Site fortunapost.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, samedi 9 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, avant la douche, je vais \u00e0 bicyclette voir Didia \u00e0 Anglet. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au rocher de la Vierge passer plusieurs \u00e0 lire et \u00e0 une partie de pelote. Le soir, avec Maman et Br\u00e9on, je vois passer la retraite en musique et aux flambeaux qui inaugure les f\u00eates de Biarritz-printemps&nbsp;; elle est manqu\u00e9e&nbsp;; au contraire, les maisons sont bien d\u00e9cor\u00e9es et illumin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 10 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne prends pas de douche aujourd\u2019hui&nbsp;; je vais avec Maman \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir passer avec Br\u00e9on la cavalcade historique qui repr\u00e9sente l\u2019entr\u00e9e \u00e0 Biarritz de la belle Corisande qui va voir \u00e0 Pau son ami Henri de Navarre&nbsp;; elle est re\u00e7ue par la reine des reines biarrotes, jeune ouvri\u00e8re de Biarritz \u00e9lue reine par ses compagnes&nbsp;; la cavalcade est favoris\u00e9e par le temps, et assez r\u00e9ussie&nbsp;; elle manque cependant un peu de couleur du temps, car j\u2019ai remarqu\u00e9 dans le cort\u00e8ge des uniformes 1<sup>er<\/sup> Empire&nbsp;! Le soir, nous nous amusons \u00e0 regarder les danses populaires.<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 11 au 17 avril 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, lundi 11 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais faire de nouvelles photos de la villa que je r\u00e9v\u00e8le le soir m\u00eame&nbsp;; elles sont bonnes, mais mon r\u00e9v\u00e9lateur, qui ne vaut rien, les g\u00e2che&nbsp;; c\u2019est d\u00e9courageant&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de Didia, qui est dans la mis\u00e8re, et qui nous demande de lui avancer 2000 fr. qui lui serviront \u00e0 d\u00e9sint\u00e9resser les cr\u00e9anciers de la succession dont elle a h\u00e9rit\u00e9&nbsp;; de cette fa\u00e7on, la maison et le champ dont elle a h\u00e9rit\u00e9 et qu\u2019elle habite ne seront pas vendus, et elle pourra vivre tranquille&nbsp;; d\u2019ailleurs, cet emprunt serait gag\u00e9 sur cette maison et ce champ, et elle nous paierait les int\u00e9r\u00eats de la somme&nbsp;; nous lui promettons d\u2019\u00e9crire \u00e0 Papa pour lui demander d\u2019y consentir et, en attendant, Maman lui donne un petit secours. Ensuite, je vais avec Maman et Br\u00e9on \u00e0 la bataille de fleurs qui a lieu au square de la grande plage par un soleil \u00e9clatant et une chaleur g\u00eanante&nbsp;; les voitures et les automobiles sont tr\u00e8s bien d\u00e9cor\u00e9es et, pendant deux heures, on ne voit que bouquets lanc\u00e9s par les voitures les unes sur les autres ou par les spectateurs aux jolies conductrices des voitures, et vice-versa&nbsp;; pour mon compte, j\u2019en ai jet\u00e9 au moins cinquante. Ensuite, je vais lire au rocher de la Vierge. Les f\u00eates de Biarritz-printemps se terminent par un bal masqu\u00e9 au casino&nbsp;; les entr\u00e9es sont de 10 fr., mais j\u2019ai eu la bonne fortune de recevoir une invitation du comit\u00e9&nbsp;; je ne puis pas en profiter, n\u2019ayant ici ni habit, ni smoking, ni rien de ce qu\u2019il faut pour ce bal&nbsp;; je me contente d\u2019aller le soir, avec Br\u00e9on, au casino voir l\u2019aspect du bal et entendre l\u2019orchestre&nbsp;; j\u2019ai bien offert ma carte \u00e0 Br\u00e9on&nbsp;; mais pour la m\u00eame raison que moi, il ne peut pas en profiter. \u00c0 vrai dire, je ne suis nullement d\u00e9sol\u00e9 de ne pouvoir assister \u00e0 ce bal, car il y aura un grand m\u00e9lange, non seulement la petite bourgeoisie et le commerce biarrots s\u2019y portent en foule, mais on est expos\u00e9 \u00e0 danser avec des demi-mondaines, ce qui, m\u00eame \u00e0 Biarritz, est emb\u00eatant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mardi 12 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je lis mon journal, je vais prendre ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais, avec le fils Laugier, qui emporte son appareil, photographier la villa&nbsp;; je prends aussi une vue avec le mien&nbsp;; tout cela par une chaleur accablante (il y a 27\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre&nbsp;!)&nbsp;; les photos, que nous r\u00e9v\u00e9lons tout de suite, sont toutes r\u00e9ussies. Je termine ma journ\u00e9e en lisant pendant deux heures sur un banc pr\u00e8s du rocher de la Vierge. Le soir, avec Br\u00e9on, je vais entendre au casino une charmante op\u00e9rette <em>Miss Helyett<\/em>, qui est assez bien jou\u00e9e et fort bien chant\u00e9e&nbsp;; je rentre \u00e0 minuit et demi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mercredi 13 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un peu moins chaud qu\u2019hier&nbsp;; j\u2019en profite pour aller \u00e0 bicyclette \u00e0 Bayonne voir le notaire de Didia, Me Blaise&nbsp;; quand je suis \u00e0 Bayonne, j\u2019apprends que ce notaire habite Biarritz&nbsp;! Je vais voir mon ancien professeur de philosophie, le chanoine Lurde&nbsp;; je le rencontre au moment o\u00f9 il sortait de chez lui pour aller au Lyc\u00e9e de Marracq&nbsp;; je l\u2019y accompagne et nous pouvons ainsi causer longuement&nbsp;; je rentre \u00e0 Biarritz par la route des Cinq-cantons et du phare, que j\u2019ai si souvent suivie en 1900 quand j\u2019allais \u00e0 Bayonne prendre mes le\u00e7ons de philosophie avant l\u2019examen de novembre, la m\u00eame d\u2019ailleurs, par laquelle j\u2019\u00e9tais parti. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman chez Me Blaise avec qui nous causons des affaires de Didia&nbsp;; mais nous reviendrons afin de causer avec son premier clerc qui est plus au courant de ces affaires&nbsp;; nous allons faire une longue visite \u00e0 M. et \u00e0 Mme T\u00e9tard qui nous invitent \u00e0 d\u00e9jeuner pour samedi&nbsp;; puis je vais prendre ma douche. Nous nous d\u00e9cidons \u00e0 aller demain \u00e0 la fronti\u00e8re voir passer le corps de la reine Isabelle d\u2019Espagne qui est parti aujourd\u2019hui de Paris&nbsp;; un bataillon fran\u00e7ais lui rendra les honneurs \u00e0 Hendaye et un bataillon espagnol \u00e0 Irun&nbsp;; le bruit a m\u00eame couru que le roi serait \u00e0 la fronti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, jeudi 14 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons, Maman et moi, par le train de 9h37 pour Irun&nbsp;; en arrivant \u00e0 Hendaye, nous apprenons par des officiers fran\u00e7ais qui sont encore sur le quai de la gare, que le train royal est pass\u00e9 depuis une heure&nbsp;; c\u2019est bien ennuyeux, et le <em>Courrier de Bayonne<\/em> qui annon\u00e7ait hier soir qu\u2019il passerait \u00e0 Hendaye vers 11 heures \u00e9taient bien mal renseign\u00e9&nbsp;; si j\u2019avais su cela, je serais parti \u00e0 bicyclette ce matin \u00e0 5h comme me l\u2019a conseill\u00e9 le jeune d\u2019Armagnac, fils du g\u00e9n\u00e9ral qui commande \u00e0 Bayonne, que j\u2019ai rencontr\u00e9 hier sur la plage. Quand nous arrivons \u00e0 Irun, nous voyons en gare le train royal avec le fourgon qui contient le corps de la reine Isabelle&nbsp;; on voit tr\u00e8s bien ce cercueil envelopp\u00e9 du drapeau espagnol&nbsp;; la chapelle ardente est tr\u00e8s simple. Il y a dans la gare une foule \u00e9norme venue pour assister \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du fun\u00e8bre convoi&nbsp;; on la laisse circuler tr\u00e8s librement et c\u2019est \u00e0 peine s\u2019il y a quelques carabiniers royaux pour maintenir l\u2019ordre&nbsp;; tant il est vrai qu\u2019en Espagne o\u00f9 on parle moins de d\u00e9mocratie qu\u2019en France, les m\u0153urs sont beaucoup plus d\u00e9mocratiques&nbsp;; ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que je fais cette remarque&nbsp;; se figure-ton de quelle arm\u00e9e d\u2019agents de police et de gendarmes serait entour\u00e9 en France le cercueil d\u2019un simple ministre de la r\u00e9publique&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le train repart d\u2019Irun pour l\u2019Escurial \u00e0 midi&nbsp;; un bataillon espagnol vient se ranger, musique en t\u00eate et drapeau voil\u00e9 de cr\u00eape, sur le quai de la gare devant le train&nbsp;; le prince des Asturies, beau-fr\u00e8re du roi et charg\u00e9 de le repr\u00e9senter, en descend et passe cette troupe en revue entour\u00e9 des officiers de sa suite&nbsp;; c\u2019est un grand et bel homme. Quand le train se met en mouvement, la musique joue une marche fun\u00e8bre&nbsp;; le prince se met \u00e0 la porti\u00e8re de son wagon-salon et salue militairement, les princesses ne se montrant pas&nbsp;; le spectacle est impressionnant, et, en pr\u00e9sence du cercueil de cette reine chass\u00e9e de son pays par la r\u00e9volution et qui revient dans un pays pacifi\u00e9 et rendu \u00e0 sa famille, je ne puis m\u2019emp\u00eacher de penser \u00e0 la d\u00e9pouille mortelle de nos rois que personne ne rappelle d\u2019exil&nbsp;; h\u00e9las, oui, le corps de Charles X, celui du comte de Chambord, celui du comte de Paris, attendent en exil que la France les rappelle, et, moins raisonnable que l\u2019Espagne, la France reste sourde&nbsp;! Nous d\u00e9jeunons au buffet d\u2019Irun, puis nous allons, en nous promenant, \u00e0 Fontarabie, et j\u2019admire une fois de plus la beaut\u00e9 de cette fronti\u00e8re&nbsp;; nous traversons, vers 4 heures, la Bidassoa sur une barque et, en attendant \u00e0 Hendaye, le train de 5h 38, nous entendons un concert donn\u00e9 par la musique du 49<sup>e<\/sup> venue pour rendre, ce matin, les honneurs \u00e0 la reine Isabelle. Nous sommes \u00e0 Biarritz vers 7h.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-espagne-fuenterrabia-vista-general-1907-timbre-taxe-au-verso.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"660\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-espagne-fuenterrabia-vista-general-1907-timbre-taxe-au-verso-1024x660.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-261\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-espagne-fuenterrabia-vista-general-1907-timbre-taxe-au-verso-1024x660.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-espagne-fuenterrabia-vista-general-1907-timbre-taxe-au-verso-300x193.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-espagne-fuenterrabia-vista-general-1907-timbre-taxe-au-verso-768x495.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-espagne-fuenterrabia-vista-general-1907-timbre-taxe-au-verso-1536x991.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/carte-postale-ancienne-espagne-fuenterrabia-vista-general-1907-timbre-taxe-au-verso.jpg 1645w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fontarabie (Espagne) \u2013 Carte postale de 1907 (site fortunapost.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, vendredi 15 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, malgr\u00e9 la pluie, je me prom\u00e8ne, je vais voir Br\u00e9on et prendre ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, Br\u00e9on, qui part demain matin, vient faire ses adieux \u00e0 Maman&nbsp;; je vais, avec Maman, \u00e0 la villa Sainte-C\u00e9cile (avec la permission des locataires) pour voir quels travaux il peut y avoir \u00e0 faire avant la grande saison, soit \u00e0 la villa elle-m\u00eame, soit au mobilier, ce n\u2019est pas grand-chose&nbsp;; je vais chez le notaire Blaise au sujet de Didia. Au rocher de la Vierge, je me fais arroser par une vague et je suis oblig\u00e9 de rentrer me changer. La perte du cuirass\u00e9 russe Petraupawlosk englouti \u00e0 la suite du choc d\u2019une torpille dormante devant Port-Arthur avec 625 hommes et 2 amiraux&nbsp;: l\u2019amiralissime Makharof et l\u2019amiral Molas, cause une \u00e9motion \u00e9norme, d\u2019autant plus qu\u2019il para\u00eet certain aujourd\u2019hui que ce malheur n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 produit par une torpille russe dont on avait perdu la trace comme on le disait hier, mais bien par une torpille japonaise d\u00e9pos\u00e9e par un torpilleur \u00e0 un point o\u00f9 l\u2019escadre japonaise a habilement attir\u00e9 l\u2019escadre russe pendant une bataille navale&nbsp;; l\u2019\u00e9chec de nos alli\u00e9s est s\u00e9rieux, car, en m\u00eame temps que le Petraupawlosk, vaisseau amiral, perdu, ils ont eu un autre cuirass\u00e9 (le Pobedian) tr\u00e8s endommag\u00e9 par une torpille, et un contre-torpilleur coul\u00e9 compl\u00e8tement, et surtout la mort de l\u2019amiral en chef est une perte \u00e9norme&nbsp;; vraiment, la flotte russe n\u2019a pas de chance depuis le d\u00e9but de la guerre&nbsp;; heureusement pour nos amis qu\u2019ils disposent sur terre d\u2019une grande sup\u00e9riorit\u00e9 sur leurs ennemis. Et c\u2019est le moment o\u00f9 se passent des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs d\u2019une telle gravit\u00e9 que notre gouvernement de malfaiteurs publics choisit pour frapper les amiraux Bienaim\u00e9 et Ravel, soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir d\u00e9nonc\u00e9 une partie des turpitudes du ministre Pelletan, et pour obliger le colonel Marchand, le glorieux h\u00e9ros de la mission Congo-Nil, toujours trait\u00e9 de suspect par la r\u00e9publique que tout rayon de gloire offusque, comme le jour aveugle une chouette, \u00e0 donner sa d\u00e9mission, et pour essayer de le rabaisser aux yeux de l\u2019opinion en faisant croire que cette d\u00e9mission est dict\u00e9e par des motifs d\u2019int\u00e9r\u00eat&nbsp;; inf\u00e2me r\u00e9publique, et malheureuse France&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Battleship_Poltava_in_Kronstadt_Russia_-_Autumn_1898.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"318\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Battleship_Poltava_in_Kronstadt_Russia_-_Autumn_1898.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-262\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Battleship_Poltava_in_Kronstadt_Russia_-_Autumn_1898.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Battleship_Poltava_in_Kronstadt_Russia_-_Autumn_1898-300x191.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le cuirass\u00e9 russe <em>Petropavlovsk <em>\u2013<\/em><\/em> Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, samedi 16 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Bayonne retenir ma place pour la repr\u00e9sentation de <em>Cyrano de Bergerac<\/em> lundi soir, et voir, \u00e0 la conservation des Hypoth\u00e8ques, de quelles hypoth\u00e8ques est grev\u00e9e la maison que Didia voudrait nous donner en gage si nous lui pr\u00eatons 2000 fr.&nbsp;; il y en a 3 (pour 3500 fr. environ). L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne au bord de la mer, je vais me confesser, etc. \u00c0 midi, nous d\u00e9jeunons chez M. et Mme T\u00e9tard.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 17 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00bd, puis je me prom\u00e8ne aux environs du phrase jusque vers 11h&nbsp;; ensuite, je vais prendre ma douche. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Mme Rivals et je reste longtemps sur la plage&nbsp;; je vais au salut \u00e0 6h \u00bd.<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 18 au 24 avril 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, lundi 18 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette chez Didia pour lui expliquer que le Tribunal de Bayonne ordonnera, dans un mois environ, la liquidation de la succession \u00ab&nbsp;du vieux&nbsp;\u00bb et qu\u2019il lui reviendra 3000 fr., d\u2019apr\u00e8s ce que nous a dit le notaire&nbsp;; elle n\u2019a donc pas besoin d\u2019emprunter tout de suite, elle verra plus tard. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir avec Maman le docteur de Lostalot, les T\u00e9tard, le P. Tapie, puis je reste sur la plage. Le soir, je vais voir jouer \u00e0 Bayonne <em>Cyrano de Bergerac<\/em> par la troupe Henri Hertz&nbsp;; la belle com\u00e9die h\u00e9ro\u00efque de Rostand est bien interpr\u00e9t\u00e9e par la plupart des acteurs. Je suis tr\u00e8s heureux de conna\u00eetre cette pi\u00e8ce, et je ne m\u2019\u00e9tonne pas du succ\u00e8s \u00e9norme qu\u2019elle a eu&nbsp;; car elle est d\u2019allure \u00ab&nbsp;bien fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb. Ces fameux cadets de Gascogne sont l\u2019incarnation de notre vieille race fran\u00e7aise avec ses qualit\u00e9s et m\u00eame avec ses d\u00e9fauts&nbsp;; \u00e0 certains passages, le public applaudit avec enthousiasme&nbsp;; alors, on sent vibrer l\u2019\u00e2me fran\u00e7aise, la vraie, celle qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 empest\u00e9e par le souffle d\u00e9l\u00e9t\u00e8re qui est venu, il y a un si\u00e8cle et demi, de Jud\u00e9e en passant par l\u2019Angleterre et par Gen\u00e8ve, et on se dit que cette \u00e2me fran\u00e7aise, qui n\u2019est pas mort mais seulement endormir, aura peut-\u00eatre un de ces soudains et terribles r\u00e9veils dont elle est coutumi\u00e8re, et balaiera dans un \u00e9lan d\u2019indignation les parasites qui la croient empoisonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant un entracte, les journaux de Paris \u00e9tant arriv\u00e9, j\u2019ach\u00e8te <em>La Libre parole<\/em> et <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em>&nbsp;; je tombe bien, car je trouve dans <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em> un article, le premier, celui de Cassagnac, qui me cause le plus vif plaisir&nbsp;; c\u2019est le r\u00e9cit d\u2019une audience que le royaliste fran\u00e7ais Paul Dimier, de l\u2019Action fran\u00e7aise, a obtenue de Pie X. Comme M. Dimier entretenait le pape de la politique du ralliement pr\u00each\u00e9e par L\u00e9on XIII et de ses d\u00e9sastreuses cons\u00e9quences, le pape lui a dit que les Catholiques fran\u00e7ais devaient s\u2019unir sur le terrain catholique, mais qu\u2019ils sont absolument libres dans leur action politique. Les propres paroles de Pie X sont les suivantes&nbsp;:<em> \u00ab&nbsp;Mais de savoir si le gouvernement restaurateur de l\u2019ordre, celui que, devenus ma\u00eetres, ils devront \u00e9tablir, doit \u00eatre r\u00e9publique, Orl\u00e9ans, Bonaparte, c\u2019est une chose o\u00f9 Rome n\u2019a rien \u00e0 dire, et qui ne regarde qu\u2019eux seuls, Catholiques et Fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb<\/em>. J\u2019avoue qu\u2019\u00e0 la joie que m\u2019inspire la mani\u00e8re de voir qui pr\u00e9vaut \u00e0 Rome et qui est, je crois, un gage de victoire pour les Catholiques fran\u00e7ais, se m\u00eame pour moi une certaine satisfaction personnelle, car, depuis que je suis capable de r\u00e9fl\u00e9chir sur les choses politiques, j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s hostile \u00e0 l\u2019opinion de ceux qui d\u00e9sertaient l\u2019opposition monarchique pour passer \u00e0 la r\u00e9publique et couvraient leur reculade du pr\u00e9texte des directions pontificales&nbsp;; j\u2019ai eu sur ce point de tr\u00e8s vives discussions avec des pr\u00eatres, avec des J\u00e9suites m\u00eame&nbsp;; je leur ai toujours soutenu que les directions politiques de L\u00e9on XIII n\u2019obligeaient personne, car le pape ne peut rien ordonner en mati\u00e8re politique, et je suis heureux et fier de voir le pape Pie X lui-m\u00eame prononcer des paroles qui sont la confirmation \u00e9clatante de mon opinion. Je rentre apr\u00e8s la repr\u00e9sentation par un train B.A.B sp\u00e9cial et je me douche \u00e0 1h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Bordeaux, mardi 19 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Biarritz, je me prom\u00e8ne et je fais mes adieux \u00e0 la mer&nbsp;; ce n\u2019est pas sans regret que je vais m\u2019\u00e9loigner de cette charmante station de Biarritz, \u00e0 laquelle tant de souvenirs d\u00e9j\u00e0 vieux m\u2019attachent et o\u00f9 je viens de passer de si agr\u00e9ables vacances de P\u00e2ques&nbsp;; mais le moment est venu de reprendre mes occupations ordinaires et mes \u00e9tudes. Nous prenons l\u2019express de 2h07 qui nous am\u00e8ne \u00e0 Bordeaux \u00e0 6h, nous descendons, comme d\u2019habitude, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Toulouse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Bordeaux, mercredi 20 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Maman \u00e0 Saint-Andr\u00e9, puis nous faisons diverses commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous faisons une visite \u00e0 la famille Dourdin qui nous invite \u00e0 d\u00eener pour ce soir, et \u00e0 notre vieille cousine Mme Van den Zande, n\u00e9e d\u2019Appat&nbsp;; je fais sa connaissance ainsi que celle de sa fille Mlle Marthe Van den Zande<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. Ensuite, je me prom\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 6 heures. \u00c0 7h, nous allons d\u00eener chez les Dourdin&nbsp;; en m\u00eame temps que nous, ils ont M. Fabre, le beau-p\u00e8re de leur fille. Je revois avec beaucoup de plaisir mon ami Roger Dourdin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 21 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons de Bordeaux par l\u2019express de l\u2019\u00c9tat de 8h45 et nous arrivons ici \u00e0 4h35 de l\u2019apr\u00e8s-midi. Nous retrouvons Papa et Bonne Maman arriv\u00e9s avant-hier du Roussillon et Philom\u00e8ne qu\u2019ils ont prise au passage \u00e0 Angoul\u00eame o\u00f9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se l\u2019a accompagn\u00e9e. Bonne Maman se porte admirablement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 22 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je reprends mes cours&nbsp;; j\u2019en ai 3 aujourd\u2019hui. Apr\u00e8s le dernier cours, je vais voir M. Frog\u00e9 qui me charge de faire un rapport sur la situation g\u00e9n\u00e9rale des conf\u00e9rences de l\u2019Anjou en 1903 que je devrai lire \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e commune des conf\u00e9rences d\u2019Anjou et de Touraine qui aura lieu apr\u00e8s-demain \u00e0 l\u2019occasion du p\u00e8lerinage \u00e0 Candes (Indre-et-Loire)&nbsp;; quelle tuile, et je n\u2019ai pas de temps \u00e0 perdre&nbsp;! Tante Josepha et N\u00e9nette d\u00eenent avec nous&nbsp;; elles ont re\u00e7u de bonnes nouvelles de l\u2019oncle Paul qui est arriv\u00e9 lundi \u00e0 Alger. Le soir, j\u2019assiste avec Papa au Cirque \u00e0 deux conf\u00e9rences, l\u2019une du docteur Barrault sur le r\u00e9cent trait\u00e9 franco-anglais qui, sans doute, consacre sur certains points de grands avantages pour nous, mais qui nous oblige \u00e0 consentir aussi de durs sacrifices&nbsp;; le docteur Barrault ne semble voir que des avantages \u00e0 ce trait\u00e9 et, surtout, il a le tort de tomber dans la note humanitariste et pacifiste \u00e0 outrance&nbsp;; la seconde, de M. Jamet, commissaire de la Marine en retraite, sur les souvenirs d\u2019une croisi\u00e8re en Extr\u00eame-Orient, ne m\u2019apprend rien du tout.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 23 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe ma journ\u00e9e \u00e0 faire le rapport sur la situation g\u00e9n\u00e9rale des conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul de l\u2019Anjou en 1903&nbsp;; je le termine dans l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 24 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars avec papa, par le train de 6h33, pour Saumur&nbsp;; beaucoup de membres des conf\u00e9rences, ainsi que Mgr Rumeau, partent en m\u00eame temps. Nous nous r\u00e9unissons, \u00e0 Saumur, aux membres de la conf\u00e9rence de cette ville et \u00e0 ceux de la Touraine, et nous partons tous ensemble, dans un train sp\u00e9cial organis\u00e9 par la Compagnie des Tramways de Saumur et extensions, pour Montsoreau&nbsp;; l\u00e0, nous descendons du train, et \u00e0 la limite des communes de Montsoreau et Candes, qui est aussi celle des deux d\u00e9partements de Maine-et-Loire et d\u2019Indre-et-Loire, et, par cons\u00e9quent, des deux dioc\u00e8ses, le clerg\u00e9 de Candes nous attend avec croix et banni\u00e8re, et nous allons processionnellement \u00e0 Candes. Nous y arrivons \u00e0 10 heures, et, dans la magnifique basilique en style transition du roman au gothique, Monseigneur dit la messe \u00e0 laquelle nous communions, puis fait une instruction. Apr\u00e8s la messe, on va se promener sur la terrasse du ch\u00e2teau de Mme Caillaux, qui a mis sa cour \u00e0 notre disposition pour y dresser la tente o\u00f9 a lieu le banquet, et nous admirons le merveilleux point de vue sur la vall\u00e9e de la Loire, le confluent de la Vienne, les \u00eeles vertes qui sortent de la nappe argent\u00e9e du fleuve comme des \u00e9meraudes qu\u2019on aurait pos\u00e9es sur la surface polie d\u2019un miroir, c\u2019est f\u00e9\u00e9rique et, vraiment, j\u2019envie le sort de ceux qui ont une habitation dans une aussi belle situation. Le banquet, m\u00e9diocrement servi, dure jusqu\u2019\u00e0 1 heure \u00e0 peu pr\u00e8s&nbsp;; il a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9 par un accident tragico-comique&nbsp;: un cheval affol\u00e9 est entr\u00e9 sous la tente, a renvers\u00e9 une table et bris\u00e9 une grande quantit\u00e9 de vaisselle&nbsp;; on voit dans la cour un monceau de d\u00e9bris. Monseigneur est oblig\u00e9 de nous quitter au milieu du d\u00e9jeuner parce qu\u2019il veut reprendre \u00e0 Saumur le train de 1h40 afin d\u2019\u00eatre \u00e0 la cath\u00e9drale d\u2019Angers au moment o\u00f9 on chantera le miserere en expiation de la derni\u00e8re canaillerie du gouvernement, l\u2019enl\u00e8vement des crucifix de tous les pr\u00e9toires, ordonn\u00e9 par une circulaire minist\u00e9rielle, le vendredi saint&nbsp;! Il ne pourra donc pas assister \u00e0 la s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re des conf\u00e9rences d\u2019Anjou, de Touraine et m\u00eame du Poitou qui a envoy\u00e9 quelques repr\u00e9sentants. Cette s\u00e9ance a lieu \u00e0 2h moins le quart et dure jusqu\u2019\u00e0 2h \u00bd&nbsp;; j\u2019y lis mon rapport. On part de Montsoreau \u00e0 3h et nous prenons \u00e0 4h03 l\u2019express \u00e0 Saumur pour Angers. Ici, le soir, je vais porter les bons aux pauvres&nbsp;; Tante Josepha et N\u00e9nette viennent passer la soir\u00e9e avec nous. Nous racontons notre int\u00e9ressant p\u00e8lerinage aux lieux o\u00f9 mourut Saint-Martin.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau-montsoreau-france-unesco.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"366\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau-montsoreau-france-unesco.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-263\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau-montsoreau-france-unesco.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau-montsoreau-france-unesco-300x220.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Montsoreau \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 25 au 31 avril 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 25 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est cette semaine que je vais passer pour la seconde fois devant le conseil de r\u00e9vision&nbsp;; Papa et Maman voudraient faire des d\u00e9marches afin d\u2019obtenir que je sois de nouveau ajourn\u00e9e&nbsp;; mais je ne veux pas&nbsp;; j\u2019aime bien mieux \u00eatre pris et avoir fini plus t\u00f4t mon service militaire. Le matin, je vais me faire couper les cheveux. Le matin et une bonne partie de l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 mon \u00e9tude sur \u00ab&nbsp;L\u2019origine et l\u2019\u00e9panouissement de l\u2019organisation corporative du travail&nbsp;\u00bb que j\u2019ai commenc\u00e9e avant les vacances et que je dois lire lundi prochain \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; travail de De Laujardi\u00e8re sur la condition de la classe ouvri\u00e8re en 1789. On s\u2019entretient beaucoup de l\u2019apostasie que le pr\u00e9sident Loubet est en train d\u2019accomplir \u00e0 Rome&nbsp;; ce triste sire, en rendant visite au roi d\u2019Italie dans la ville des papes, accomplit la consigne que lui a trac\u00e9e la franc-ma\u00e7onnerie internationale&nbsp;; il est le premier chef d\u2019un \u00c9tat catholique qui ait consenti \u00e0 offenser gravement le pape en venant rendre visite au prince usurpateur dans le lieu m\u00eame de son usurpation&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 une v\u00e9ritable abdication du r\u00f4le douze fois s\u00e9culaire de la France de protectrice de la Papaut\u00e9. Je ne comprends pas comment les d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs catholiques ont pu, en conscience, voter les cr\u00e9dits n\u00e9cessaires pour ce voyage&nbsp;; qu\u2019on ne me dise pas que cette visite n\u2019est qu\u2019une question de simple politesse sans intention d\u00e9sobligeante pour le pape&nbsp;; non, car, s\u2019il en \u00e9tait ainsi, Loubet n\u2019avait qu\u2019\u00e0 aller voir Victor-Emmanuel dans une ville dont ce dernier est le souverain l\u00e9gitime, \u00e0 Turin par exemple&nbsp;; mais en allant \u00e0 Rome, il est clair que le pr\u00e9sident de notre r\u00e9publique ath\u00e9e fait de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 une grave injure au pape, seul souverain de la Ville \u00c9ternelle. Il n\u2019y a, du reste, rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela&nbsp;; c\u2019est dans le programme franc-ma\u00e7on qui est celui de la R.F.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 26 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels&nbsp;; Tante Josepha et N\u00e9nette viennent d\u00e9jeuner avec nous. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 27 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une bonne partie de la journ\u00e9e \u00e0 mon \u00e9tude pour Saint-Louis. \u00c0 5h \u00bd, cours de religion du P. Barbier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 28 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 8h \u00bd, je vais \u00e0 la Pr\u00e9fecture subir, pour la seconde fois, l\u2019\u00e9preuve du conseil de r\u00e9vision&nbsp;; en m\u2019y rendant, je suis persuad\u00e9 que ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019une formalit\u00e9 et que je vais \u00eatre d\u00e9clar\u00e9 \u00ab&nbsp;bon pour le service&nbsp;\u00bb, ce que, d\u2019ailleurs, je d\u00e9sire&nbsp;; erreur&nbsp;! \u00c0 mon grand \u00e9tonnement, je suis encore ajourn\u00e9 pour palpitations du c\u0153ur, dit le major&nbsp;; c\u2019est, pr\u00e9cis\u00e9ment, une chose dont je ne m\u2019\u00e9tais jamais aper\u00e7u&nbsp;; du reste, la proportion des ajourn\u00e9s est \u00e9norme&nbsp;; question budg\u00e9taire&nbsp;! Cette d\u00e9cision du conseil de r\u00e9vision me contrarie vivement, je voulais faire mon service cette ann\u00e9e afin d\u2019en \u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 le plus t\u00f4t possible, c\u2019est pour cela que je n\u2019ai pas voulu que Papa et Maman fissent de d\u00e9marches afin de me faire ajourner comme ils le d\u00e9siraient&nbsp;; voil\u00e0, une fois de plus, mon plan d\u00e9truit&nbsp;; ce qui me d\u00e9sole c\u2019est que j\u2019aurais pu, si je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 ajourn\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, sortir de la caserne avant 22 ans, que j\u2019aurais fait d\u00e9j\u00e0 plus de la moiti\u00e9 de mon temps de service, et que, par suite de mon second ajournement, je serai encore \u00e0 la caserne \u00e0 pr\u00e8s de 24 ans&nbsp;! J\u2019ai grandi de un centim\u00e8tre depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. \u00c0 quelque chose malheur est bon cependant, car, par suite de mon ajournement, je pourrai, si je n\u2019ai pas d\u2019\u00e9chec, achever mes \u00e9tudes de doctorat avant d\u2019entrer \u00e0 la caserne, je pourrai m\u00eame, en me pressant, soutenir ma th\u00e8se avant. Apr\u00e8s le conseil et l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste aux cours de doctorat qui auront lieu, pendant quelque temps, le jeudi au lieu du vendredi. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, Maman, inqui\u00e8te qu\u2019on m\u2019ait ajourn\u00e9 pour palpitations du c\u0153ur, fait appeler le docteur Sourice pour m\u2019examiner&nbsp;; il m\u2019ausculte avec le plus grand soin et d\u00e9clare que mon c\u0153ur bat d\u2019une fa\u00e7on absolument normale et qu\u2019il ne comprend pas qu\u2019on m\u2019ait ajourn\u00e9 pour ce motif. Il dit que les majors ont re\u00e7u l\u2019ordre de se montrer tr\u00e8s difficile et d\u2019ajourner beaucoup de jeunes gens, et qu\u2019ils prennent pr\u00e9texte des moindres choses pour proposer l\u2019ajournement&nbsp;; peut-\u00eatre, au moment o\u00f9 j\u2019ai \u00e9t\u00e9 examin\u00e9, \u00e9tais-je un peu \u00e9motionn\u00e9, ce qui faisait battre mon c\u0153ur plus fort que de coutume, ou bien ces palpitations, vraies ou fausses, venaient-elles de ce que, dans la tenue plus que sommaire o\u00f9 je me trouvais, je grelottais. Quoi qu\u2019il en soit, il nous rassure pleinement et d\u00e9clare qu\u2019il m\u2019aurait pris s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 charg\u00e9 de m\u2019examiner. Le soir, s\u00e9ance extraordinaire de la Conf\u00e9rence Saint-Louis pour f\u00eater la r\u00e9ception de notre directeur M. Ren\u00e9 Bazin \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise qui a lieu aujourd\u2019hui. Catta lit le discours de r\u00e9ception de Ren\u00e9 Bazin et De Damas lit la r\u00e9ponse de M. Bruneti\u00e8re&nbsp;; avant, pendant et apr\u00e8s, par les soins du P. Barbier, on fait passer des glaces, des sandwiches, des g\u00e2teaux, du Champagne, des rafra\u00eechissements de toutes sortes&nbsp;; l\u2019\u00e9tendard de la conf\u00e9rence avait \u00e9t\u00e9 arbor\u00e9 \u00e0 la place qu\u2019occupe ordinairement M. Ren\u00e9 Bazin&nbsp;; en un mot, nous avons aujourd\u2019hui une s\u00e9ance tr\u00e8s r\u00e9ussie. Papa y \u00e9tait venu afin d\u2019entendre les discours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 29 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une bonne partie de la journ\u00e9e \u00e0 mon \u00e9tude pour la Conf\u00e9rence Saint-Louis. Le soir, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, dans la salle Saint-Louis, j\u2019assiste \u00e0 une s\u00e9ance r\u00e9cr\u00e9ative&nbsp;: deux artistes jouent deux vaudevilles, deux sc\u00e8nes de <em>Ruy Blas<\/em> et r\u00e9citent quelques monologues et chansonnettes sur l\u2019estrade transform\u00e9e en sc\u00e8ne&nbsp;; il y a aussi de la musique et on fait passer des rafraichissements&nbsp;; tout est fini \u00e0 11 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 30 avril 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille toujours \u00e0 mon \u00e9tude pour Saint-Louis. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa et Maman faire une visite au g\u00e9n\u00e9ral Lelong que nous ne rencontrons pas, puis je vais me confesser. Apr\u00e8s d\u00eener, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<br><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mai 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> mai 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 1<sup>er<\/sup> mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais, avec Papa, Maman et Philom\u00e8ne, \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Saint-Serge&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion pour c\u00e9l\u00e9brer l\u2019ouverture du Mois de Marie et prier pour les \u00e9lections municipales qui ont lieu aujourd\u2019hui. \u00c0 11h, je vais voter pour la premi\u00e8re fois de ma vie&nbsp;; dans ma section (la 4<sup>\u00e8me<\/sup> du canton nord-ouest), il y a en pr\u00e9sence deux listes&nbsp;: l\u2019une radicale-socialiste, compos\u00e9e de sectaires francs-ma\u00e7ons, dont le plus bel ornement est Jagot, l\u2019ignoble directeur de l\u2019affreux torchon qui s\u2019intitule <em>Le Patriote de l\u2019Ouest&nbsp;<\/em>; l\u2019autre, r\u00e9publicaine mod\u00e9r\u00e9e, compos\u00e9e de gens qui se r\u00e9clament de la libert\u00e9 et qui promettent de la respecter&nbsp;; dans ces conditions, la discipline antiminist\u00e9rielle oblige les conservateurs \u00e0 soutenir cette derni\u00e8re liste, c\u2019est ce qu\u2019ils font, sans enthousiasme, mais avec la conscience d\u2019accomplir un devoir&nbsp;; voil\u00e0 pourquoi je vote pour la liste r\u00e9publicaine mod\u00e9r\u00e9e bien qu\u2019il me r\u00e9pugne \u00e9norm\u00e9ment de donner ma voix, pour la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois que je vote, \u00e0 des gens qui n\u2019ont pas, \u00e0 beaucoup pr\u00e8s, toutes mes id\u00e9es&nbsp;; c\u2019est un exemple d\u2019union qu\u2019il faut donner. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais visiter le Mus\u00e9e Saint-Jean \u00e0 Maman et \u00e0 Bonne Maman, puis je vais voir Herv\u00e9-Bazin que je ne rencontre pas (je vois un moment sa m\u00e8re), Bonnet et Lucas, que je ne rencontre pas davantage. Tante Josepha et N\u00e9nette d\u00eenent avec nous&nbsp;; puis, tous ensemble, nous assistons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019ouverture du Mois de Marie \u00e0 Saint-Serge. Ensuite, je vais avec Papa aux informations dans les bureaux du <em>Maine-et-Loire<\/em>&nbsp;; nous apprenons que, dans notre section, il y a ballotage presque complet, un seul conseiller municipal sur cinq est \u00e9lu, c\u2019est le socialiste David, et encore ne l\u2019est-il qu\u2019\u00e0 une voix de majorit\u00e9&nbsp;; il faudra donc revoter dimanche. Pour l\u2019ensemble de la ville, sur 36 conseillers \u00e0 \u00e9lire 25 sont \u00e9lus, dont 5 minist\u00e9riels et 20 antiminist\u00e9riels&nbsp;; parmi ces derniers, il y a 9 conservateurs qui sont pass\u00e9s sans concurrents et avec un nombre de voix en progr\u00e8s sur 1900&nbsp;; le maire M. Charles Bouhier, qui s\u2019\u00e9tait s\u00e9par\u00e9 des r\u00e9publicains avanc\u00e9s pour former une liste mod\u00e9r\u00e9e et lib\u00e9rale, est \u00e9lu ainsi qu\u2019un membre de sa liste&nbsp;; mais on remarque que les voix socialistes sont plus nombreuses qu\u2019en 1900 dans les quartiers ouvriers, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le gros point noir. \u00c0 10h, on re\u00e7oit par t\u00e9l\u00e9phone les r\u00e9sultats de Paris&nbsp;; c\u2019est dans un silence complet que M. Philouze enregistre les r\u00e9sultats transmis&nbsp;: environ 25 nationalistes, conservateurs ou royalistes \u00e9lus contre une vingtaine de r\u00e9publicains, radicaux ou socialistes&nbsp;; il y a de nombreux ballotages&nbsp;; mais les nationalistes parisiens ont eu les succ\u00e8s de la journ\u00e9e et je crois qu\u2019ils conservent leur majorit\u00e9 \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville&nbsp;; un si\u00e8ge a \u00e9t\u00e9 gagn\u00e9 par un royaliste. Nous partons vers 10h \u00bd. Demain, nous aurons des r\u00e9sultats plus complets.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 mai 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 2 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui arrivent un grand nombre de r\u00e9sultats, pas tous encore cependant. \u00c0 Paris, les positions sont maintenues&nbsp;; il y a 54 \u00e9lus&nbsp;: 27 antiminist\u00e9riels, dont 7 conservateurs ou royalistes, 1 r\u00e9publicain lib\u00e9ral et 19 nationalistes, et 27 minist\u00e9riels, dont la plupart sont des socialistes&nbsp;; sur les 26 ballotages, environ les deux tiers, s\u2019il y a de l\u2019union, peuvent donner des r\u00e9sultats favorables \u00e0 l\u2019opposition nationaliste. Somme toute, c\u2019est, \u00e0 Paris, une mauvaise journ\u00e9e pour le minist\u00e8re. En province, les r\u00e9sultats sont panach\u00e9s&nbsp;: dans beaucoup de villes, le minist\u00e8re est battu&nbsp;: \u00e0 Nancy o\u00f9 la liste nationaliste est \u00e9lue toute enti\u00e8re, idem \u00e0 Caen, \u00e0 Verdun, \u00e0 Ajaccio&nbsp;; \u00e0 Nantes, il y a beaucoup de ballotages, mais, d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, 7 royalistes sont \u00e9lus ainsi qu\u2019un Catholique ralli\u00e9&nbsp;; \u00e0 Poitiers, ballotage, mais plusieurs nationalistes sont pass\u00e9s&nbsp;; idem \u00e0 Rouen, au Havre. \u00c0 Lille, ballotage, mais les r\u00e9publicains progressistes (c\u2019est-\u00e0-dire antiminist\u00e9riels) arrivent en t\u00eate de beaucoup contre la municipalit\u00e9 socialiste sortante. \u00c0 B\u00e9ziers et \u00e0 Cette, des listes d\u2019opposition sont \u00e9lues. Enfin, nouvelle qui nous fait grand plaisir, nous apprenons qu\u2019\u00e0 Perpignan, la liste dite \u00ab&nbsp;des int\u00e9r\u00eats perpignanais&nbsp;\u00bb, liste progressiste, est \u00e9lue toute enti\u00e8re, contre le conseil radical-socialiste sortant&nbsp;; cette liste \u00e9tait soutenue par les conservateurs&nbsp;; en t\u00eate arrive mon cousin le docteur de Lamer dont je suis loin de partager les opinions r\u00e9publicaines, mais qui \u00e9tait depuis longtemps l\u2019adversaire des radicaux-socialistes de la Mairie&nbsp;; c\u2019est un beau succ\u00e8s. Dans le d\u00e9partement de Maine-et-Loire, les conservateurs, non seulement ont conserv\u00e9 leurs positions mais ont battu plusieurs listes r\u00e9publicaines sortantes&nbsp;; le journal de Maine-et-Loire se d\u00e9clare enchant\u00e9 du r\u00e9sultat des \u00e9lections qui constitue un progr\u00e8s s\u00e9rieux pour les conservateurs. Il y a, il faut l\u2019avouer, le revers de la m\u00e9daille&nbsp;: le minist\u00e8re, qui a partout soutenu les socialistes, est vainqueur \u00e0 Tours, \u00e0 Reims, \u00e0 Remiremont, Sedan, etc.&nbsp;; mais, si on examine bien l\u2019ensemble des r\u00e9sultats, on constate que l\u2019opposition a fait des progr\u00e8s&nbsp;; c\u2019est tr\u00e8s beau, car, en butte \u00e0 une formidable pression gouvernementale, l\u2019opposition pourrait d\u00e9j\u00e0 se f\u00e9liciter d\u2019avoir maintenu ses positions, \u00e0 plus forte raison doit-elle se montrer heureuse d\u2019avoir fait quelques progr\u00e8s. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais prendre ma le\u00e7on de chant. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; Lucas lit un travail sur Mgr Freppel<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a>&nbsp;; c\u2019est une \u00e9tude, fort bien faite, de la vie du grand \u00e9v\u00eaque fondateur de notre universit\u00e9&nbsp;; le conf\u00e9rencier ne peut, naturellement,&nbsp;faire autrement que de parler de Mgr Freppel homme politique, et, par cons\u00e9quent, de ses opinions royalistes et de sa lutte contre les premi\u00e8res tendances de ralliement \u00e0 la r\u00e9publique qui se manifestaient, parmi les Catholiques, les derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie. Aussi, De Saint-Pern, qui est un ralli\u00e9 incorrigible, se h\u00e2te-t-il de demander la parole pour attaquer sur ce point le grand \u00e9v\u00eaque d\u2019Angers&nbsp;; Lucas, Catta et moi, nous lui r\u00e9pondons. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence, les deux Du R\u00e9au, De La Morini\u00e8re et moi, nous allons chez Lucas qui nous offre \u00e0 boire en l\u2019honneur de Mgr Freppel et de la cause royaliste&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Freppel_Monde_Illustre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"641\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Freppel_Monde_Illustre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-264\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Freppel_Monde_Illustre.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Freppel_Monde_Illustre-234x300.jpg 234w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mgr Charles-\u00c9mile Freppel, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Angers (1827-1891) \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 3 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours ordinaire. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s les cours, je vais chez M. Allard, membre du \u00ab&nbsp;comit\u00e9 paroissial de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales&nbsp;\u00bb pour lui signaler un fait qui s\u2019est produit dimanche au bureau de vote de la 4<sup>\u00e8me<\/sup> section et qu\u2019il faudrait t\u00e2cher d\u2019emp\u00eacher dimanche&nbsp;: les vieillards des Petites-s\u0153urs des pauvres n\u2019ont pas pu voter parce qu\u2019on les a malmen\u00e9s et qu\u2019on leur a enlev\u00e9 leur bulletin des mains. Je veux demander \u00e0 M. Allard de les faire accompagner dimanche prochain&nbsp;; il me semble que c\u2019est au comit\u00e9 \u00e0 faire cela&nbsp;; comme ils sont plus de cinquante, cela en vaut la peine. Le soir, congr\u00e9gation. Le <em>Roussillon<\/em> de lundi, qui nous arrive ce soir, nous apporte les r\u00e9sultats de notre d\u00e9partement&nbsp;; ils sont relativement bons&nbsp;: \u00e0 Perpignan, d\u2019abord, le succ\u00e8s que signalaient hier les journaux de Paris&nbsp;; il a \u00e9t\u00e9 remport\u00e9 malgr\u00e9 des essais d\u2019intimidation du parti adverse, qui avait organis\u00e9 samedi soir une manifestation socialiste qui a parcouru les rues drapeau rouge en t\u00eate, au chant de l\u2019Internationale, et qui a lapid\u00e9 une maison&nbsp;; ce succ\u00e8s n\u2019en est que plus significatif&nbsp;; il est d\u00fb aux Catholiques et aux monarchistes qui, discipline antiminist\u00e9rielle, ont vot\u00e9 en bloc pour la liste progressiste. \u00c0 Ille, deux listes \u00e9taient en pr\u00e9sence&nbsp;: une liste r\u00e9publicaine mod\u00e9r\u00e9e, comprenant beaucoup de gens raisonnables, Fran\u00e7ois Bau, \u00c9tienne Batlle, etc. et la plupart des membres de l\u2019ancien conseil, et une liste anticl\u00e9ricale, dite liste du bloc r\u00e9publicain, comprenant les fortes t\u00eates du Parti radical et radical-socialiste&nbsp;: Riboux, Gallia, Domenach, Ausseil, et les membres les plus avanc\u00e9s de l\u2019ancien conseil&nbsp;; eh bien&nbsp;! La 1<sup>\u00e8re<\/sup> liste, gr\u00e2ce aux conservateurs, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue par une moyenne de 500 voix, et l\u2019autre a obtenu une moyenne de 280 voix&nbsp;; c\u2019est un joli r\u00e9sultat, et le nouveau conseil est bien plus mod\u00e9r\u00e9 que l\u2019ancien. \u00c0 Vin\u00e7a malheureusement, on n\u2019avait pas engag\u00e9 la lutte, et l\u2019ancien conseil r\u00e9publicain a \u00e9t\u00e9 r\u00e9\u00e9lu. \u00c0 Trouillas, B\u00e9lesta, Villefranche, le Vernet, des listes lib\u00e9rales sont \u00e9lues&nbsp;; dans plusieurs localit\u00e9s, les lib\u00e9raux font passer un grand nombre de membres de leur liste&nbsp;: \u00e0 Saint-Feliu-d\u2019Availl et C\u00e9ret notamment&nbsp;; enfin, dans les communes de la Salanque, les conservateurs maintiennent hautement leurs positions. Dans un grand nombre de communes du d\u00e9partement, les mod\u00e9r\u00e9s reprennent le dessus sur les radicaux. \u00c9tant donn\u00e9 le manque d\u2019organisation des \u00e9l\u00e9ments lib\u00e9raux et conservateurs en Roussillon, je suis vraiment surpris du r\u00e9sultat assez bon de ces \u00e9lections. Peut-\u00eatre commence-t-on \u00e0 \u00eatre effray\u00e9 des cons\u00e9quences de la politique combiste.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 4 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 la pr\u00e9paration de l\u2019examen. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 5h \u00bd, cours de religion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 5 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille dans ma chambre. \u00c0 10h \u00bd, cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours d\u2019\u00e9conomie politique et de l\u00e9gislation industrielle. Le soir, nous allons tous au mois de Marie \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 6 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une bonne partie de la matin\u00e9e et de l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; je vais la visite des pauvres. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; ce matin, \u00e0 la messe de 8h, j\u2019y ai fait la sainte communion en l\u2019honneur du premier vendredi du mois. Cette c\u00e9r\u00e9monie du Mois de Marie est la derni\u00e8re qui ait lieu dans l\u2019\u00e9glise provisoire de la place des Halles qui servait au culte depuis six ans, car la nouvelle \u00e9glise est termin\u00e9e et on la b\u00e9nit demain. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous recevons une d\u00e9p\u00eache du g\u00e9n\u00e9ral Courbebaisse qui nous annonce la mort de Madame Jaume survenue ce matin<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a>&nbsp;; ses obs\u00e8ques auront lieu dimanche \u00e0 Biarritz suivant ses derni\u00e8res volont\u00e9s&nbsp;; cette mort ne nous surprend pas, car notre cousine \u00e9tait au plus mal quand j\u2019ai quitt\u00e9 Biarritz&nbsp;; elle ne pouvait aller loin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 7 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de Mme et de Mlle Delafosse, de Perpignan, qui sont de passage \u00e0 Angers&nbsp;; je fais quelques commissions, je rencontre M. Allard, du comit\u00e9 paroissial de revendication etc\u2026, qui s\u2019occupe beaucoup des \u00e9lections dans le quartier&nbsp;; il me prie d\u2019\u00eatre assesseur demain au bureau de vote de la rue de Bouillon, cela me sera facile car je serai tr\u00e8s probablement le plus jeune \u00e9lecteur pr\u00e9sent dans la salle&nbsp;; j\u2019accepte, bien que ce soit une rude corv\u00e9e. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; tout le monde y parle du scrutin de ballotage, on bl\u00e2me beaucoup M. Laforge d\u2019avoir mis sur sa liste mod\u00e9r\u00e9e le nom de M. Brillet qui, hier encore, \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme socialiste&nbsp;; il s\u2019est cru tr\u00e8s habile, et il n\u2019a fait qu\u2019une grosse b\u00eatise, car cette man\u0153uvre ne lui fera pas gagner une seule voix socialiste, M. Brillet ayant \u00e9t\u00e9 exclu imm\u00e9diatement du Parti socialiste, tandis qu\u2019elle lui en fera perdre du c\u00f4t\u00e9 conservateur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 8 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve avant 5 heures&nbsp;; j\u2019assiste \u00e0 la messe de 6h dans la nouvelle \u00e9glise Notre-Dame&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion en l\u2019honneur de Notre-Dame du Bon Conseil dont c\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate, et je suis avant 7h \u00e0 la section de vote de la rue de Bouillon&nbsp;; il y a deux bureaux afin d\u2019\u00e9viter l\u2019encombrement de dimanche dernier&nbsp;; je suis nomm\u00e9 sans difficult\u00e9 assesseur au 1<sup>er<\/sup> bureau qui est pr\u00e9sid\u00e9 par M. Mahier, conseiller municipal conservateur (l\u2019autre est pr\u00e9sid\u00e9 par M. Bruas, aussi conseiller municipal conservateur)&nbsp;; je passe l\u00e0 toute la journ\u00e9e, sauf de midi \u00be \u00e0 4h \u00bd o\u00f9 je peux me faire remplacer. \u00c0 6h commence le d\u00e9pouillement du scrutin&nbsp;; il dure jusqu\u2019\u00e0 8h environ. La liste du bloc Jox\u00e9-Jagot-Mesfrey-Lecoq est \u00e9lue tout enti\u00e8re (David, socialiste, avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu dimanche \u00e0 1 voix de majorit\u00e9)&nbsp;; au moment de la proclamation du scrutin, les socialistes qui ont envahi la salle hurlent l\u2019Internationale, \u00ab&nbsp;\u00e0 bas la calotte&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;vive la r\u00e9publique&nbsp;\u00bb et tout leur r\u00e9pertoire qu\u2019il nous faut subir jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019ils aient quitt\u00e9 la salle pour aller hurler dans la rue. Je reste jusqu\u2019\u00e0 huit heures 1\/2, pour signer le proc\u00e8s-verbal. Les r\u00e9sultats de la section du centre et du quai Ligny sont aussi mauvais&nbsp;; les radicaux du bloc sont \u00e9lus gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appui des socialistes. Dans notre section, les blocards ne remportent qu\u2019\u00e0 cent voix en moyenne de majorit\u00e9&nbsp;; voici les chiffres&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Foucher&nbsp;: 1012&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jagot&nbsp;: 1163<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lafarge&nbsp;: 1075&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Lecoq&nbsp;: 1101<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brillet&nbsp;: 812&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Mesfrey&nbsp;: 1123<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Autr\u00e9&nbsp;: 1035&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; Jox\u00e9&nbsp;: 1288<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir vite d\u00een\u00e9, je vais au <em>Maine-et-Loire<\/em> o\u00f9 on communique d\u2019autres r\u00e9sultats plus consolants&nbsp;; \u00e0 Saumur, sur 8 ballotages, 7 antiminist\u00e9riels sont \u00e9lus&nbsp;; \u00e0 Muis, les conservateurs sont \u00e9lus. Entre les deux tours de scrutin, 18 municipalit\u00e9s au moins ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es aux r\u00e9publicains pour devenir conservatrices, dans le d\u00e9partement. \u00c0 10h, le t\u00e9l\u00e9phone nous apporte le r\u00e9sultat de Nantes qui est excellent&nbsp;: 13 antiminist\u00e9riels et un seul minist\u00e9riel sont \u00e9lus, en sorte que, sur 36 conseillers municipaux, il y a actuellement 18 royalistes ou catholiques lib\u00e9raux, 17 r\u00e9publicains antiminist\u00e9riels, et un seul minist\u00e9riel. \u00c0 10h \u00be arrive le r\u00e9sultat de Paris qui est mauvais&nbsp;: 10 nationalistes et 16 minist\u00e9riels sont \u00e9lus&nbsp;;&nbsp;dont il y a 43 minist\u00e9riels et 37 nationalistes seulement au nouveau conseil, le bureau va repasser \u00e0 gauche&nbsp;; comme le gouvernement va chanter victoire&nbsp;!!! Je rentre et je me couche&nbsp;; je m\u2019endors berc\u00e9 par les couplets de l\u2019Internationale que des bandes avin\u00e9es hurlent dans les rues&nbsp;; c\u2019est charmant&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 mai 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 9 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a aujourd\u2019hui des nouvelles plus pr\u00e9cises sur le r\u00e9sultat des \u00e9lections&nbsp;; Paris est perdu pour l\u2019opposition, momentan\u00e9ment du moins, bien que le nombre de voix obtenu par les nationalistes soit \u00e0 peu de chose pr\u00e8s le m\u00eame qu\u2019en 1900&nbsp;; mais, dans plusieurs grandes villes, le minist\u00e8re est battu, \u00e0 Marseille, \u00e0 Lille, au Havre, \u00e0 Nantes, m\u00eame \u00e0 Bordeaux o\u00f9 le nouveau conseil, quoique tr\u00e8s r\u00e9publicain et pas du tout catholique, est moins avanc\u00e9 que l\u2019ancien et a \u00e9t\u00e9 combattu par la Pr\u00e9fecture&nbsp;; dans les campagnes, l\u2019avantage semble bien aussi \u00eatre du c\u00f4t\u00e9 des adversaires du gouvernement&nbsp;; il en est au moins ainsi dans l\u2019Ouest, par exemple en Maine-et-Loire, dans la Loire-Inf\u00e9rieure. Ce qui ressort d\u2019une vue d\u2019ensemble sur ces \u00e9lections municipales, c\u2019est que le gouvernement est absolument l\u2019esclave des socialistes. Partout, les pr\u00e9fets ont soutenu des listes socialistes pour faire \u00e9chec, non seulement \u00e0 des listes conservatrices, mais m\u00eame \u00e0 des listes r\u00e9publicaines avanc\u00e9es mais anticollectivistes&nbsp;; nous avons assist\u00e9 \u00e0 cette attitude ici&nbsp;; \u00e0 Bordeaux, il en a \u00e9t\u00e9 de m\u00eame&nbsp;; idem \u00e0 Perpignan, \u00e0 Lille&nbsp;; \u00e0 Marseille, l\u2019exemple est frappant&nbsp;; il y avait en pr\u00e9sence une liste socialiste r\u00e9volutionnaire (docteur Flaissi\u00e8res), chass\u00e9e depuis deux ans de l\u2019H\u00f4tel de Ville \u00e0 la suite d\u2019un d\u00e9sordre inou\u00ef dans les finances de la ville qui l\u2019avait oblig\u00e9e \u00e0 d\u00e9missionner (14 millions de d\u00e9ficit), et la liste r\u00e9publicaine, radicale m\u00eame de M. Chanot qui l\u2019avait remplac\u00e9e il y a deux ans \u00e0 la Mairie&nbsp;; cette derni\u00e8re avait aux yeux du gouvernement le grave d\u00e9faut de combattre les collectivistes&nbsp;; aussi a-t-elle \u00e9t\u00e9 combattue par toutes les forces gouvernementales, sans succ\u00e8s d\u2019ailleurs. Cette attitude des pr\u00e9fets a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;; partout la cause socialiste a \u00e9t\u00e9 la cause gouvernementale&nbsp;; voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes&nbsp;! Cela n\u2019est pas pour m\u2019\u00e9tonner, car les conservateurs qui ont combattu la r\u00e9publique d\u00e8s le d\u00e9but ont toujours pr\u00e9dit que le moment viendrait o\u00f9 la r\u00e9publique se confondrait avec la r\u00e9volution sociale&nbsp;; ce moment est venu&nbsp;! Quel triste chemin nous avons parcouru depuis cinq ou six ans&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, je&nbsp;lis un travail sur \u00ab&nbsp;L\u2019origine des corporations ouvri\u00e8res en France&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 10 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels. \u00c0 10h25, Maman part pour Paris o\u00f9 elle va passer une huitaine&nbsp;; je l\u2019accompagne \u00e0 la gare. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 11 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille dans ma chambre. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser, je fais quelques commissions et je travaille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 12 mai 1904 (Ascension)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je communie \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites \u2013 toutes par carte \u2013 et je vais regarder un moment la course de bicyclettes. Le soir, nous avons Tante Josepha et N\u00e9nette \u00e0 d\u00eener et nous allons ensemble au Mois de Marie \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 13 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9tais couch\u00e9, hier soir, depuis une heure, lorsque, \u00e0 11h, Louis vient me r\u00e9veiller en me disant qu\u2019on me fait dire que les Capucins seront expuls\u00e9s au point du jour. Je m\u2019attendais depuis quelques jours \u00e0 cette expulsion&nbsp;; hier, M. Louis-Napol\u00e9on Foata (le commissaire sp\u00e9cial qui m\u2019arr\u00eata il y a 3 ans pour l\u2019affaire de l\u2019affiche) \u00e9tait all\u00e9, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, demander chez Tante Josepha \u00e0 parler au colonel du g\u00e9nie, croyant que le nouveau colonel, M. Petitbon, avait pris la maison de son pr\u00e9d\u00e9cesseur&nbsp;; je me m\u00e9fiais que ce devait \u00eatre pour parler au colonel de l\u2019expulsion des Capucins que M. Foata le demandait. Aussi, avant de me coucher, j\u2019avais dit \u00e0 Louis d\u2019aller ouvrir, si, une de ces nuits, il entendait sonner&nbsp;; j\u2019avais \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9&nbsp;! \u00c0 11h, je me l\u00e8ve et je vais avec Papa chez les Capucins, o\u00f9 j\u2019arrive vers 11h50. L\u00e0, je trouve quelques amis, des \u00e9tudiants surtout, et quelques rares messieurs plus \u00e2g\u00e9s. Un escalier est barricad\u00e9 enti\u00e8rement depuis plusieurs mois&nbsp;; et, pour l\u2019autre, les barricades sont pr\u00eates&nbsp;; aussi, nous ne nous mettrons au travail que vers 3 heures ou 3h \u00bd, cela suffit, l\u2019expulsion ne pouvant avoir lieu avant le lever du soleil. En attendant, on cause&nbsp;; on sait que deux compagnies du g\u00e9nie ont re\u00e7u l\u2019ordre de se tenir pr\u00eates \u00e0 4h, c\u2019est donc bien ce matin qu\u2019aura lieu l\u2019expulsion (je me rappelle la d\u00e9marche de Foata). \u00c0 2h, nous entendons la derni\u00e8re messe que les Capucins disent dans le couvent, c\u2019est le P. Gardien qui la c\u00e9l\u00e8bre dans une chambre o\u00f9 on a mis un autel&nbsp;; le P. Gardien dit cette messe \u00e0 nos intentions pour nous remercier, dit-il, de notre d\u00e9vouement&nbsp;; cette messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans cette chambre \u00e0 une pareille heure et dans de telles circonstances a quelque chose \u00e0 la fois de triste et de touchant et j\u2019y ai fait bien des r\u00e9flexions sur l\u2019\u00e9tranget\u00e9 du temps o\u00f9 nous vivons&nbsp;; j\u2019y ai fait aussi de ferventes pri\u00e8res pour que Dieu d\u00e9livre bient\u00f4t notre pauvre France des tyrans qui l\u2019oppriment. Ah&nbsp;! Quel triste temps qu\u2019un temps de r\u00e9volution&nbsp;! Cependant, il nous arrive quelques recrues. \u00c0 3h \u00bd, quand on d\u00e9cide de commencer les barricades, nous devons \u00eatre environ une trentaine de jeunes gens (la plupart, des \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9) et une dizaine d\u2019hommes m\u00fbrs&nbsp;; certes, c\u2019est bien insuffisant, mais force nous est de nous en contenter. Nous mettons une grosse barre de fer en travers de la porte qui donne sur la cour d\u2019entr\u00e9e&nbsp;; nous entassons de lourdes caisses derri\u00e8re la porte qui donne sur le clo\u00eetre, puis nous nous retirons tous au premier \u00e9tage qui communique avec le rez-de-chauss\u00e9e par deux escaliers&nbsp;; l\u2019un de ces escaliers est enti\u00e8rement obstru\u00e9 de haut en bas par un monceau de meubles, de terre, de fagots, d\u2019objets de toute sorte, li\u00e9s entre eux par du fil de fer, qui est l\u00e0 depuis le mois de juillet. Nous allons barricader l\u2019autre&nbsp;; nous commen\u00e7ons par barricader solidement, au moyen d\u2019arcs-boutants, la porte qui fait communiquer cet escalier avec le clo\u00eetre&nbsp;; ces arcs-boutants sont \u00e9normes et nous en clouons solidement les appuis dans le plancher. Ensuite, nous entassons dans l\u2019escalier les tables (il y en a peut-\u00eatre dix ou douze, et elles sont de dimension), les rangs de chaises, les fagots de bois, les meubles et ustensiles de toute sorte, le tout li\u00e9 ensemble par des ronces artificielles&nbsp;; nous mettons environ une heure \u00e0 faire cette barricade&nbsp;; vers la fin de notre travail,&nbsp;nous entendons les coups de la bande d\u2019argousins de Combes qui s\u2019efforce de d\u00e9molir la porte du clo\u00eetre sans y r\u00e9ussir. Vers 4h \u00bd, en effet, deux compagnies du g\u00e9nie sont venues se ranger sur la place devant le couvent, escort\u00e9es d\u2019une bande d\u2019agents de police sous les ordres du commissaire central et de plusieurs commissaires d\u2019arrondissement&nbsp;; les crocheteurs ont avec eux quelques ouvriers qui ne sont vraiment pas d\u00e9go\u00fbt\u00e9s. Quand notre barricade est termin\u00e9e, et elle est formidable, nous nous mettons aux fen\u00eatres pour voir op\u00e9rer les agents de la r\u00e9publique. Ils s\u2019acharnant pendant une heure contre la porte barr\u00e9e par une barre de fer, sans pouvoir r\u00e9ussir \u00e0 l\u2019enfoncer. Alors ils prennent le parti de passer par un autre c\u00f4t\u00e9. Ils enfoncent la porte de la chapelle, qui \u00e9tait pourtant barricad\u00e9e depuis le 16 juillet, enl\u00e8vent les scell\u00e9s qu\u2019ils avaient eux-m\u00eames appos\u00e9s et arrivent dans le jardin apr\u00e8s avoir enfonc\u00e9 une autre porte. L\u00e0, ils se trouvent en pr\u00e9sence de l\u2019escalier qui est barricad\u00e9 depuis le mois de juillet, et ils se mettent \u00e0 d\u00e9molir la barricade. Ils organisent une haie de sapeurs du g\u00e9nie qui enl\u00e8vent, un \u00e0 un, les nombreux objets dont elle se compose. Mais alors, avec les quelques meubles rest\u00e9s dans les cellules, nous renfor\u00e7ons encore la barricade par le haut en sorte que, non seulement, toute la cage d\u2019escalier est enti\u00e8rement obstru\u00e9e, mais la barricade obstrue m\u00eame le couloir sur lequel elle ouvre. Apr\u00e8s une heure d\u2019efforts, les crocheteurs officiels comprenant qu\u2019ils n\u2019en viendront pas \u00e0 bout de cette fa\u00e7on, prennent un 3<sup>\u00e8me<\/sup> parti, c\u2019est celui d\u2019entrer par les fen\u00eatres&nbsp;; on voit qu\u2019ils sont fid\u00e8les jusqu\u2019au bout \u00e0 leur r\u00f4le de cambrioleurs. Vers 6h \u00bd, ils appliquent une \u00e9chelle contre une fen\u00eatre, la brisent et arrivent dans le couloir&nbsp;; mais ils sont encore s\u00e9par\u00e9s de nous par quelques meubles de la barricade. C\u2019est un gros commissaire de police en civil muni de sa sous-ventri\u00e8re qui s\u2019avance le premier. L\u2019avou\u00e9 des P\u00e8res, Me Lelong, lui demande de quel droit il a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 de force dans l\u2019immeuble&nbsp;; il r\u00e9pond, avec un gros accent de Narbonne, \u00e0 moins que ce soit d\u2019Auch, qu\u2019il a des ordres \u00e0 ex\u00e9cuter. Me Lelong lui fait d\u00e9fense de toucher aux meubles avant de lui avoir montr\u00e9 la grosse du jugement en vertu duquel il agit&nbsp;; grand embarras de l\u2019argousin qui d\u00e9clare que la grosse est entre les mains d\u2019un huissier qui ne peut pas passer par la fen\u00eatre \u00e0 cause de sa corpulence, et, malgr\u00e9 la d\u00e9fense de Me Lelong, fait travailler ses agents et des sapeurs du g\u00e9nie \u00e0 la d\u00e9molition de la barricade. Quand les meubles qui s\u00e9paraient la police des P\u00e8res sont enlev\u00e9s, le gros commissaire dit au P. Gadien qu\u2019il le somme de quitter le couvent. Le P. Gardien, s\u2019adressant au commissaire central qui est l\u00e0 aussi, lui demande la permission d\u2019adresser une protestation, permission qui est accord\u00e9e. Il proteste en termes \u00e9mus contre la violation de domicile, la violation de propri\u00e9t\u00e9 et la violation de la libert\u00e9 individuelle dont il est victime avec ses fr\u00e8res en religion, et qu\u2019il n\u2019a en rien m\u00e9rit\u00e9e&nbsp;; il met le commissaire au d\u00e9fi de lui reprocher une seule mauvaise action. Il termine en rappelant l\u2019excommunication dont l\u2019\u00c9glise frappe ceux qui touchent aux biens ou \u00e0 la personne de ses religieux&nbsp;; \u00e0 ce mot d\u2019excommunication, le commissaire fait la grimace et dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Puisque vous nous avez excommuni\u00e9s, inutile de vous laisser continuer&nbsp;\u00bb et il interrompt la noble protestation du P\u00e8re en ordonnant \u00e0 ses agents d\u2019expulser les religieux. Le P. Gardien fait bien constater qu\u2019il ne c\u00e8de qu\u2019\u00e0 la violence, et on l\u2019entra\u00eene, les autres P\u00e8res sont emmen\u00e9s ensuite, puis on nous fait sortir par l\u2019escalier qu\u2019on a \u00e0 peu pr\u00e8s achev\u00e9 de d\u00e9barrasser de sa barricade en s\u2019y prenant \u00e0 la fois par le haut et par le bas. \u00c0 travers la chapelle vide, on nous m\u00e8ne sur la place, pendant qu\u2019on fait passer les P\u00e8res d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9. Mais nous, qui avions d\u00e9cid\u00e9 d\u2019accompagner les P\u00e8res \u00e0 la cath\u00e9drale, nous demandons \u00e0 ce qu\u2019on ne nous s\u00e9pare pas d\u2019eux&nbsp;; le commissaire qui nous am\u00e8ne nous dit que nous les retrouverons de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du barrage de gendarmerie qui ferme l\u2019acc\u00e8s de la cour Saint-Laud&nbsp;; mais il n\u2019en est rien et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de ce barrage, nous ne trouvons qu\u2019une centaine d\u2019amis des P\u00e8res attir\u00e9s l\u00e0 par la cloche du couvent qui, malgr\u00e9 les scell\u00e9s, a sonn\u00e9 \u00e0 toute vol\u00e9e pendant la triste op\u00e9ration. Nous attendons environ trois quarts d\u2019heure, et enfin nous comprenons qu\u2019on nous a bern\u00e9s quand nous apercevons les P\u00e8res que l\u2019on fait partir en voiture dans 3 directions diff\u00e9rentes. Alors, suivis de 200 personnes environ qui s\u2019\u00e9taient peu \u00e0 peu mass\u00e9es l\u00e0, nous nous dirigeons \u00e0 8h vers la cath\u00e9drale o\u00f9 nous esp\u00e9rons que l\u2019on conduit les P\u00e8res. Mais, peine perdue, les P\u00e8res ne sont pas devant la cath\u00e9drale. Alors, nous rentrons, je d\u00e9jeune et je m\u2019endors jusque vers 11h \u00bd. En regardant le <em>Maine-et-Loire<\/em> \u00e0 mon arriv\u00e9e \u00e0 la maison, je vois que les deux pauvres P\u00e8res oblats ont aussi \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s ce matin avant les Capucins. Quelle triste nuit, et combien il est douloureux d\u2019assister \u00e0 de pareils spectacles&nbsp;! La chose qui m\u2019a le plus attrist\u00e9 c\u2019est de voir l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise employ\u00e9e \u00e0 de semblables besognes. Mais en m\u00eame temps, je me f\u00e9licite avec Bonne Maman, Tante Josepha et nous tous, que l\u2019oncle Paul ait quitt\u00e9 le 6<sup>e<\/sup> r\u00e9giment du g\u00e9nie avant de recevoir l\u2019ordre de faire ex\u00e9cuter cette ignoble besogne, car il serait trouv\u00e9 dans l\u2019alternative ou de briser sa carri\u00e8re ou de marcher contre sa conscience. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris \u00e0 Maman, j\u2019\u00e9cris cette longue relation dans mon journal et je sors un peu. J\u2019apprends que les P\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s \u00e0 monter en voiture et que les 3 voitures o\u00f9 ils sont mont\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019une \u00e0 la caserne du g\u00e9nie, l\u2019autre \u00e0 la place Monprofit, l\u2019autre \u00e0 la Madeleine, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 3 points extr\u00eames de la ville, ceci est ill\u00e9gal et arbitraire au premier chef, car la police avait seulement pour mission de faire cesser le d\u00e9lit \u00e0 la loi de 1901 et de mettre le liquidateur en possession de l\u2019immeuble en expulsant les P\u00e8res de chez eux, ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 passablement raide&nbsp;; mais, une fois les P\u00e8res hors du couvent, elle n\u2019avait plus \u00e0 s\u2019occuper d\u2019eux puisqu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas arr\u00eat\u00e9s, et le fait de les obliger, malgr\u00e9 eux, \u00e0 monter en voiture est une violation de plus de la libert\u00e9 individuelle&nbsp;; une de plus ou de moins, la r\u00e9publique n\u2019y regarde pas de si pr\u00e8s&nbsp;! Les P\u00e8res sont tous all\u00e9s \u00e0 la cath\u00e9drale o\u00f9 un grand nombre de Catholiques les attendaient&nbsp;; Mgr Rumeau les a re\u00e7us et a prononc\u00e9 un discours assez \u00e9nergique \u00e0 l\u2019adresse du gouvernement&nbsp;; cela ne vaut pas l\u2019attitude de Mgr Freppel qui, en 1880, se pr\u00e9sentait le 1<sup>er<\/sup> \u00e0 la Trappe de Bellefontaine devant les crocheteurs qu\u2019il excommuniait, mais enfin, \u00e9tant donn\u00e9 l\u2019attitude habituelle de l\u2019\u00e9piscopat actuel, c\u2019est bien quelque chose&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/JEANNERODA.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"300\" height=\"394\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/JEANNERODA.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-265\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/JEANNERODA.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/JEANNERODA-228x300.jpg 228w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">G\u00e9n\u00e9ral Joseph Jeannerot (1839-1920) \u2013 Site militaryphotos.com<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019apprends, au Cr\u00e9dit Lyonnais, que le gouvernement accepte la d\u00e9mission du glorieux colonel Marchand et qu\u2019il met en non-activit\u00e9 par retrait d\u2019emploi le g\u00e9n\u00e9ral Jeannerod, commandant du corps d\u2019arm\u00e9e de Lille&nbsp;; motif de cette mesure&nbsp;: le g\u00e9n\u00e9ral a adress\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9part des s\u0153urs chass\u00e9es par le gouvernement de l\u2019H\u00f4pital militaire de Lille, un ordre du jour \u00e0 la garnison dans lequel il t\u00e9moigne aux s\u0153urs sa reconnaissance pour le d\u00e9vouement avec lequel elles ont soign\u00e9 les soldats pendant 29 ans. Ainsi, en r\u00e9publique, il est permis d\u2019\u00eatre reconnaissant des croix d\u2019honneur achet\u00e9es \u00e0 Wilson ou des bons d\u00eeners faits par des ministres ou des d\u00e9put\u00e9s chez Mme Humbert<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, ou encore du silence d\u2019Arton<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a>, mais il est interdit de t\u00e9moigner la reconnaissance de l\u2019arm\u00e9e \u00e0 de saintes femmes qui ont consacr\u00e9 leur vie au soin des soldats malades&nbsp;! Quant au souci de la d\u00e9fense nationale, qui devrait emp\u00eacher le gouvernement de sacrifier, le m\u00eame jour, deux chefs de l\u2019Arm\u00e9e, fi donc, Combes, Andr\u00e9, Loubet and C<sup>ie <\/sup>s\u2019en f\u00e9licitent bien&nbsp;! Je me rappelle que je lisais, il y a quelques ann\u00e9es, un roman intitul\u00e9 <em>La guerre fatale<\/em> par le capitaine Danrit (Driant)&nbsp;; c\u2019est le r\u00e9cit d\u2019une guerre avec l\u2019Angleterre&nbsp;; le g\u00e9n\u00e9ral Jeannerod est g\u00e9n\u00e9ralissime de l\u2019Arm\u00e9e qui d\u00e9barque en Angleterre, s\u2019empare de Londres et dicte la paix au roi et au Parlement&nbsp;; on lit les ordres du jour vibrants d\u2019enthousiasme patriotique et militaire qu\u2019il adresse \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e apr\u00e8s chaque victoire. \u00c7a, c\u2019est le r\u00eave&nbsp;; la r\u00e9alit\u00e9, c\u2019est le g\u00e9n\u00e9ral Jeannerod chass\u00e9 de l\u2019Arm\u00e9e par la hideuse r\u00e9publique pour avoir t\u00e9moign\u00e9 la reconnaissance de l\u2019Arm\u00e9e \u00e0 des s\u0153urs de charit\u00e9 qui ont soign\u00e9 les soldats pendant 29 ans&nbsp;! Les victoires, nous n\u2019y sommes plus habitu\u00e9s, et, tandis que le t\u00e9l\u00e9graphe nous apporte chaque jour le r\u00e9cit de sanglants combats en Extr\u00eame-Orient, dont la r\u00e9percussion peut amener une guerre europ\u00e9enne, le gouvernement emploie l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise \u00e0 remporter des victoires sur des Capucins&nbsp;! Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; puis je me couche avec une certaine satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 14 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours habituels ; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 14 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je photographie, dans le jardin, N\u00e9nette tenant le \u00ab&nbsp;petit noir&nbsp;\u00bb sur ses genoux, ce n\u2019est pas chose facile. Le soir, Mois de Marie \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113759-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"732\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113759-Copie-732x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-578\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113759-Copie-732x1024.jpg 732w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113759-Copie-214x300.jpg 214w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113759-Copie-768x1074.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113759-Copie-1098x1536.jpg 1098w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113759-Copie.jpg 1391w\" sizes=\"auto, (max-width: 732px) 100vw, 732px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Antoinette dite N\u00e9nette Magu\u00e9, future Mme No\u00ebll (1893-1973) avec le \u00ab\u00a0Petit Noir\u00a0\u00bb sur ses genoux \u2013 Clich\u00e9 Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, Angers, 14 mai 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 mai 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 16 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille dans ma chambre une bonne partie de la matin\u00e9e et de l\u2019apr\u00e8s-midi. \u00c0 4h, le\u00e7on de chant. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; \u00e9tude de Durand sur \u00ab&nbsp;Moli\u00e8re et le Moli\u00e9risme&nbsp;\u00bb. On apprend avec joie aujourd\u2019hui l\u2019\u00e9lection s\u00e9natoriale qui a eu lieu hier en Ille-et-Vilaine&nbsp;; Monsieur Brayer de La Villemoysan, monarchiste, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu contre M. Martin-M\u00e9tairie, r\u00e9publicain du bloc, en remplacement d\u2019un minist\u00e9riel&nbsp;; c\u2019est une victoire non seulement contre les soutiens du bloc, mais m\u00eame contre ces incorrigibles ralli\u00e9s de Bretagne qui, bien que se disant catholiques, ont soutenu, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la R\u00e9publique, le candidat du bloc soutenu par la Pr\u00e9fecture, la franc-ma\u00e7onnerie etc.&nbsp;; quant \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la religion, qui est, tout au moins, aussi respectable que celui de la R\u00e9publique, ces messieurs les Catholiques ralli\u00e9s s\u2019en sont fort peu occup\u00e9s&nbsp;; car leur th\u00e8se est celle-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;plut\u00f4t un r\u00e9publicain non-catholique qu\u2019un Catholique non-r\u00e9publicain&nbsp;\u00bb. C\u2019est cette jolie ligne de conduite qu\u2019ils ont appliqu\u00e9e dimanche&nbsp;; ils l\u2019avaient suivie il y a quelques mois lors de l\u2019\u00e9lection \u00e0 la d\u00e9putation de M. de Rosanbo, royaliste, dans les C\u00f4tes-du-Nord&nbsp;; \u00e9galement en Ille-et-Vilaine il y a 3 ans, quand M. Brayer de La Villemoysan, le nouveau s\u00e9nateur royaliste, se pr\u00e9sentait au Conseil g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;; dans le Gers, quand ils ont fait campagne contre Cassagnac en faveur d\u2019un radical&nbsp;; c\u2019est cette m\u00eame th\u00e8se que l\u2019abb\u00e9 Naudet soutenait encore ces jours-ci dans son journal <em>La Justice sociale<\/em>. Elle est jolie leur th\u00e8se&nbsp;! Et ils sont d\u2019autant plus coupables que les monarchistes ne leur rendent pas la pareille et, avec un noble d\u00e9sint\u00e9ressement, votent en masse pour des r\u00e9publicains lib\u00e9raux ou mod\u00e9r\u00e9s, m\u00eame pour des progressistes, quand ces r\u00e9publicains repr\u00e9sentent la cause de la libert\u00e9 en face du candidat du bloc. Quoi d\u2019\u00e9tonnant si l\u2019opinion catholique, en pr\u00e9sence de cette scandaleuse attitude de trop de ralli\u00e9s, se rapproche de plus en plus de la cause des royalistes, qui, eux, n\u2019ont jamais consenti \u00e0 de honteuses compromissions avec les ennemis de la religion, de la patrie et de la libert\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 17 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin et une bonne partie de l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille dans ma chambre. A 4h \u00bd, je vais attendre \u00e0 la gare Maman qui arrive de Paris. Nous apprenons la mort d\u2019un ami de Papa, M. Xavier de Planet<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 50 ans seulement&nbsp;; il est mort d\u2019une angine de poitrine. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 18 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille toute la matin\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais demander des conseils \u00e0 M. Baugas pour le choix d\u2019un sujet de th\u00e8se, car, si je suis re\u00e7u en juillet (ce qui est fort douteux), je persisterai dans mon doctorat, malgr\u00e9 mon ajournement du conseil de r\u00e9vision, et alors il me faudra retenir mon sujet de th\u00e8se. M. Baugas me conseille beaucoup de persister dans le choix d\u2019un sujet auquel je pense depuis plusieurs mois, et que je lui indique&nbsp;; c\u2019est le suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les retraites ouvri\u00e8res assur\u00e9es par la mutualit\u00e9&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;La question des retraites r\u00e9solue par la mutualit\u00e9&nbsp;\u00bb ou quelque autre titre ayant la m\u00eame signification&nbsp;; j\u2019\u00e9cris \u00e0 la librairie Giard et Bri\u00e8re pour avoir le catalogue des th\u00e8ses. \u00c0 5h \u00bd, cours de religion. Le soir, avec Papa et Maman, je vais voir joue, au Grand th\u00e9\u00e2tre, <em>Le Cid<\/em> et <em>Les Pr\u00e9cieuses ridicules<\/em> par une troupe de passage compos\u00e9e d\u2019artistes de l\u2019Od\u00e9on et de la Porte Saint-Martin&nbsp;; ils rendent bien ces deux chefs-d\u2019\u0153uvre classiques&nbsp;; il n\u2019y a, parmi eux, aucun talent remarquable, mais l\u2019ensemble est bon. Nous rentrons \u00e0 minuit \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 19 mai 1904 (Ascension)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je d\u00e9veloppe quelques photos et je travaille. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille, je sors et je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, Mois de Marie. La protestation que le Saint-Si\u00e8ge a adress\u00e9e \u00e0 tous les gouvernements contre le voyage de Loubet \u00e0 Rome, consid\u00e9r\u00e9 comme une offense grave par le pape, est tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9e dans la forme, mais tr\u00e8s ferme dans le fond. Elle soul\u00e8ve une tr\u00e8s grande \u00e9motion, aussi bien chez les Catholiques, qui la comprennent et s\u2019inclinent, que chez les anticl\u00e9ricaux de toute nuance, jusqu\u2019aux organes les plus mod\u00e9r\u00e9s comme <em>Les D\u00e9bats<\/em> qui s\u2019\u00e9l\u00e8vent contre elle&nbsp;; les feuilles d\u2019extr\u00eame-gauche affectent d\u2019y voir une provocation (comme si la provocation n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 le voyage de Loubet&nbsp;!) et d\u00e9clarent qu\u2019il faut y r\u00e9pondre par la rupture des relations avec le Saint-Si\u00e8ge, pr\u00e9lude de la d\u00e9nonciation du Concordat. Je ne sais si le minist\u00e8re osera aller jusque-l\u00e0. Mais ce qui ressort de tout ceci, c\u2019est que la crise qui devait fatalement se produire, qui a \u00e9t\u00e9 retard\u00e9e par la politique prudente, presque timide, de L\u00e9on XIII, est maintenant \u00e0 l\u2019\u00e9tat aigu. La Papaut\u00e9, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la R\u00e9volution de l\u2019autre sont pr\u00eates \u00e0 entrer en lutte ouverte&nbsp;; le pape ne redoute pas la d\u00e9nonciation du Concordat, qui \u00e9tait le cauchemar de son pr\u00e9d\u00e9cesseur, et, ma foi, tout compte fait, il vaut encore mieux qu\u2019il en soit ainsi&nbsp;! Plus de compromissions entre l\u2019\u00c9glise et la r\u00e9publique, telle para\u00eet \u00eatre la ligne de conduite adopt\u00e9e par Pie X. De cette fa\u00e7on, les choses peuvent aller vite, les \u00e9v\u00e9nements vont peut-\u00eatre se pr\u00e9cipiter&nbsp;; la situation des Catholiques sera plus nette. Quant aux royalistes, ce sont eux qui gagneront \u00e0 cela. Le mouvement d\u2019id\u00e9es en faveur d\u2019une restauration monarchique, cr\u00e9\u00e9, \u00e0 la suite du proc\u00e8s de la Haute-Cour, par l\u2019<em>Enqu\u00eate sur la monarchie<\/em> de Charles Maurras, acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 par l\u2019excellente revue <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> et par la campagne de conf\u00e9rences de l\u2019hiver dernier, ne peut que faire de nouveaux progr\u00e8s. Beaucoup d\u2019esprit \u00e9clair\u00e9s, clairvoyants, patriotes, s\u00e9duits par la nettet\u00e9 et l\u2019opportunit\u00e9 du programme monarchique, se sont ralli\u00e9s \u00e0 la cause royaliste (par exemple Bourget, Vaugeois, Montesquiou, Dimier et bien d\u2019autres)&nbsp;; d\u2019autres, tout en pensant de m\u00eame, n\u2019osent pas encore jeter le masque r\u00e9publicain (Lemaitre, Drumont, etc.) mais laissent voir de plus en plus leurs pr\u00e9f\u00e9rences monarchiques. Il se forme ainsi, en faveur de l\u2019id\u00e9e monarchique, un mouvement d\u2019opinion que la lutte ouverte entre l\u2019\u00c9glise et le gouvernement ne peut manquer de propager parmi les Catholiques. C\u2019est l\u00e0 un grand espoir pour l\u2019avenir&nbsp;; car, le jour o\u00f9 la catastrophe que ne peut manquer d\u2019entrainer la politique r\u00e9publicaine se sera produite, quand rien ne restera debout, comme apr\u00e8s la guerre et la Commune, le peuple, pouss\u00e9 par l\u2019instinct de conservation, aura peut-\u00eatre recours, comme il y a 30 ans, aux hommes d\u2019ordre, et ceux-ci seront amen\u00e9s \u00e0 la monarchie comme \u00e0 la seule solution possible. Comment se produira cette catastrophe&nbsp;? Sera-t-elle amen\u00e9e par une guerre \u00e9trang\u00e8re ou par une guerre civile&nbsp;? Nul ne le sait&nbsp;; peut-\u00eatre par les deux \u00e0 la fois. Mais ce qui para\u00eet certain, c\u2019est qu\u2019elle se produira, et m\u00eame plut\u00f4t qu\u2019on ne pense. Le moment sera terrible&nbsp;; la France paiera les fautes accumul\u00e9es pendant 30 ans par le gouvernement qu\u2019elle a eu la faiblesse de supporter&nbsp;; mais j\u2019ai le ferme espoir que Dieu aura piti\u00e9 de nous et je crois qu\u2019il nous sauvera en nous rendant notre monarchie nationale&nbsp;; le mouvement actuel d\u2019id\u00e9es semble bien le pr\u00e9sager.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"551\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-266\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit-272x300.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Charles Maurras (1868-1952), journaliste, essayiste, po\u00e8te et homme politique royaliste, dirigeant de <em>L&rsquo;Action fran\u00e7aise \u2013<\/em> Vers 1909 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 20 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; puis je travaille et je tire sur \u00e9preuves positives mes clich\u00e9s de l\u2019autre jour. L\u2019apr\u00e8s-midi, le\u00e7on de chant \u00e0 la place de celle de lundi prochain que je ne pourrai prendre. Le soir, Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame. En Extr\u00eame-Orient, la malchance qui poursuivait les Russes depuis le d\u00e9but de la guerre a pris fin ces jours-ci&nbsp;; la flotte japonaise, en attaquant pour la \u00e9ni\u00e8me fois Port-Arthur, a subi de grandes pertes&nbsp;; un des ses meilleurs cuirass\u00e9s, le Hatsuh\u00e9, a saut\u00e9 en heurtant une torpille \u00e0 peu pr\u00e8s comme avait p\u00e9ri le Petropawlosk, et un autre croiseur cuirass\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par l\u2019artillerie russe&nbsp;; chacun son tour&nbsp;! J\u2019esp\u00e8re bien que nos amis les Russes finiront, avec de la patience, par triompher des petits hommes jaunes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 21 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Premier jour du concours hippique qui a lieu, comme tous les ans, sous nos fen\u00eatres&nbsp;; je le regarde un peu. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser. Le soir \u00e0 8h, nous allons attendre \u00e0 la gare Tante Delestrac et Genevi\u00e8ve qui, au cours d\u2019un voyage circulaire, viennent passer 3 jours \u00e0 Angers. En y allant, je lis une d\u00e9p\u00eache annon\u00e7ant que M. Nisard, notre ambassadeur aupr\u00e8s du Saint-Si\u00e8ge, est rappel\u00e9 par le gouvernement et quitte Rome ce soir. Il fallait s\u2019y attendre&nbsp;; il sera int\u00e9ressant de savoir si le gouvernement osera aller jusqu\u2019\u00e0 la rupture officielle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 22 mai 1904 (Pentec\u00f4te)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph, avec Papa, Philo et Genevi\u00e8ve qui est install\u00e9e ici (sa m\u00e8re est chez Tante Josepha)&nbsp;; tous les repas ont lieu ici. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous regardons le concours hippique. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 mai 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 23 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame. Ensuite, Tante Delestrac, Genevi\u00e8ve, Tante Josepha, Maman et moi, nous allons aux Ponts-de-C\u00e9 o\u00f9 nous nous promenons un peu&nbsp;; la Loire est enti\u00e8rement basse, c\u2019est le contraire du mois de f\u00e9vrier. Nous rentrons \u00e0 midi. Le soir, nous regardons le concours, puis nous prenons une voiture et faisons visiter plusieurs monuments \u00e0 Tante Delestrac et \u00e0 Genevi\u00e8ve (l\u2019Universit\u00e9, le ch\u00e2teau, l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 etc.)&nbsp;; le soir, Mois de Marie \u00e0 Saint-Serge. Papa re\u00e7oit une lettre de l\u2019oncle Xavier lui disant qu\u2019une d\u00e9nonciation est partie du comit\u00e9 r\u00e9publicain de Pia (o\u00f9 il a ses principales vignes) contre lui&nbsp;; elle a \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e au ministre de la Guerre et \u00e0 Combes&nbsp;; on l\u2019accuse d\u2019avoir exerc\u00e9, par l\u2019interm\u00e9diaire de son r\u00e9gisseur Bal\u00e8ne, une pression sur ses ouvriers pour les faire voter contre la liste municipale r\u00e9publicaine qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue qu\u2019\u00e0 quelques voix de majorit\u00e9. On l\u2019accuse en m\u00eame temps d\u2019avoir pr\u00eat\u00e9, il y a 3 ans, ses charrettes pour la construction de l\u2019\u00e9cole libre&nbsp;; cette d\u00e9nonciation a paru dans l\u2019ignoble torchon socialiste <em>La R\u00e9publique des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales<\/em>. Cela peut faire beaucoup de tort \u00e0 l\u2019oncle Xavier qui est inscrit, cette ann\u00e9e, au tableau d\u2019avancement pour le grade de colonel&nbsp;; malgr\u00e9 les excellentes notes de ses chefs militaires, il peut \u00eatre \u00e9cart\u00e9 \u00e0 cause de cette d\u00e9nonciation, car, aujourd\u2019hui, le ministre de la Guerre tient plus de compte des avis de je ne sais quel vague comit\u00e9 de d\u00e9fense r\u00e9publicaine d\u2019un trou quelconque que de ceux des chefs militaires quand il s\u2019agit de la nomination d\u2019un officier sup\u00e9rieur. D\u2019ailleurs, la d\u00e9nonciation pour pression \u00e9lectorale est absolument mensong\u00e8re, attendu que l\u2019oncle Xavier n\u2019a pas mis les pieds en Roussillon depuis 6 mois et plus&nbsp;; si son r\u00e9gisseur, qui est un tr\u00e8s brave homme, catholique et royaliste, a fait de la politique, c\u2019est son affaire personnelle et l\u2019oncle Xavier n\u2019avait pas \u00e0 s\u2019en m\u00ealer. Quant \u00e0 l\u2019affaire des charrettes pr\u00eat\u00e9es, elle est vraie&nbsp;; mais n\u2019est-ce pas l\u00e0 le droit de tout citoyen, d\u2019un militaire comme de tout autre&nbsp;? Sans m\u00eame le dire \u00e0 l\u2019oncle Xavier, Maman \u00e9crit \u00e0 notre cousin M. Jules de Lamer<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a> pour le prier d\u2019arranger l\u2019affaire et de veiller \u00e0 ce que cette d\u00e9nonciation n\u2019ait pas de suites f\u00e2cheuses pour l\u2019oncle Xavier&nbsp;; M. de Lamer \u00e9tant un vieux r\u00e9publicain, ancien pr\u00e9fet de Ferry, pourra beaucoup, s\u2019il veut s\u2019en donner la peine, pour enrayer la chose, d\u2019autant plus que c\u2019est lui qui dirige le Parti r\u00e9publicain \u00e0 Pia&nbsp;; car je suis persuad\u00e9 qu\u2019il est absolument \u00e9tranger \u00e0 cette l\u00e2che d\u00e9nonciation.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/111111.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"377\" height=\"485\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/111111.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-267\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/111111.jpg 377w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/111111-233x300.jpg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 377px) 100vw, 377px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jules de Lamer (1828-1906), ancien pr\u00e9fet r\u00e9publicain \u2013 Institutdugrenat.com<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 24 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sors un moment avec Maman, Bone Maman, Tante Josepha, Tante Delestrac et Genevi\u00e8ve, puis je vais au cours&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, 2 cours de l\u00e9gislation industrielle&nbsp;; \u00e0 5 heures, je vais accompagner \u00e0 la gare Tante Delestrac et Genevi\u00e8ve qui partent pour Paris ou elles vont passer quelques jours avant de regagner Saint-\u00c9tienne&nbsp;; c\u2019est avec un bien vif regret que nous les voyons s\u2019\u00e9loigner. Elles nous invitent \u00e0 faire un s\u00e9jour \u00e0 La Burbanche&nbsp;; quand pourrons-nous le faire&nbsp;? Je d\u00e9sire que ce soit bient\u00f4t\u2026 Le soir, Mois de Marie \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 25 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de doctorat matin et soir&nbsp;; nous allons avoir cours maintenant 3 fois par semaine, afin d\u2019en avoir fini plus t\u00f4t. \u00c0 5h \u00bd, cours de religion tr\u00e8s int\u00e9ressant sur la doctrine de l\u2019abb\u00e9 Loisy en mati\u00e8re de r\u00e9v\u00e9lation. Le soir, Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 26 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir dans ma chambre&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, nous allons au Mois de Marie de Notre-Dame. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je choisis chez Girard 3 porte-mines que nous allons porter \u00e0 N\u00e9nette \u00e0 Bellefontaine o\u00f9 elle est pensionnaire depuis mardi, pour qu\u2019elle en choisisse un comme cadeau de 1<sup>\u00e8re<\/sup> communion. Papa et Maman lui ont donn\u00e9 un tr\u00e8s joli missel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 27 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours matin et soir&nbsp;; apr\u00e8s le dernier cours, je vais voir Maurice Lucas. Le soir, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 28 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais avec M. Ren\u00e9 Neveu une tourn\u00e9e sur le territoire de Saint-Serge pour le placement des billets de la loterie de Saint-Vincent-de-Paul. \u00c0 1h, avec Philom\u00e8ne, je vais accompagner \u00e0 la gare Papa qui part pour Paris&nbsp;; il va repr\u00e9senter la Facult\u00e9 d\u2019Angers \u00e0 la r\u00e9union des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des 4 facult\u00e9s catholiques de droit qui se tient demain \u00e0 la Facult\u00e9 de Paris&nbsp;; le soir, il d\u00eenera, avec les autres d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, chez le doyen de Paris, M. Terrat&nbsp;; il rentrera mardi soir. Je travaille l\u2019apr\u00e8s-midi. Le soir, apr\u00e8s la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul qui est tr\u00e8s courte, je me prom\u00e8ne un moment avec Joseph Perrin et Maurice Lucas&nbsp;; nous \u00e9coutons passer la retraite militaire. L\u2019impression qui se d\u00e9gage de la s\u00e9ance d\u2019hier \u00e0 la Chambre et de l\u2019attitude du gouvernement est que, devant l\u2019\u00e9nergie du Saint-Si\u00e8ge qui montre bien qu\u2019il ne recule pas devant la menace de d\u00e9nonciation du Concordat, c\u2019est le minist\u00e8re qui a peur et qui recule&nbsp;; premier effet d\u2019une attitude \u00e9nergique&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 29 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; le soir, nous nous promenons et nous prenons le frais jusque vers 10 heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 au 31 mai 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 30 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir dans ma chambre&nbsp;; le soir, \u00e0 4h, le\u00e7on de chant. Apr\u00e8s d\u00eener, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Guiet sur la libert\u00e9 d\u2019enseignement \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Un violent orage m\u2019oblige \u00e0 attendre pr\u00e8s d\u2019une heure apr\u00e8s la conf\u00e9rence pour m\u2019en retourner.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 31 mai 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours matin et soir. Apr\u00e8s d\u00eener,&nbsp;nous allons tous \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de cl\u00f4ture du Mois de Marie \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 on fait une belle procession. Papa arrive \u00e0 10h de Paris o\u00f9 il a assist\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9ressante r\u00e9union des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des facult\u00e9s catholiques de droit&nbsp;; dimanche soir, M. Terrat, doyen de la Facult\u00e9 de Paris, a offert un grand d\u00eener, dans sa villa de Bellevue, \u00e0 tous les d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s&nbsp;; Papa y a vu M. de Lamarzelle, M. Ren\u00e9 Bazin, Boyer de Bouillane etc. Je lis dans tous les journaux le compte-rendu de la journ\u00e9e de cl\u00f4ture du Congr\u00e8s national de la Jeunesse catholique \u00e0 Arras&nbsp;; elle a \u00e9t\u00e9 fort belle puisqu\u2019\u00e0 la suite de ce congr\u00e8s consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude des mutualit\u00e9s, il y a eu, \u00e0 travers les rues d\u2019Arras, un d\u00e9fil\u00e9 auquel ont pris part 4000 jeunes gens&nbsp;! De plus, des orateurs c\u00e9l\u00e8bres, M. Piou notamment, ont \u00e9t\u00e9 entendus. Mais, ce qui me d\u00e9pla\u00eet beaucoup, c\u2019est qu\u2019on a jou\u00e9 la Marseillaise \u00e0 une des s\u00e9ances&nbsp;; je ne comprends pas qu\u2019on se permette, \u00e0 une r\u00e9union de la Jeunesse catholique qui est une association destin\u00e9e \u00e0 grouper tous les jeunes gens catholiques, sans distinction de parti, et en-dehors de toute pr\u00e9occupation politique, de jouer un hymne r\u00e9publicain&nbsp;; on risque par-l\u00e0, en m\u00e9contentant les monarchistes tr\u00e8s nombreux dans l\u2019association, de compromettre cette union si n\u00e9cessaire et \u00e0 laquelle les discours des s\u00e9ances du congr\u00e8s ont convi\u00e9 les Catholiques. J\u2019envoie \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em> une lettre o\u00f9 je fais des r\u00e9flexions dans ce sens. Beaucoup, d\u2019ailleurs, pensent comme moi dans l\u2019association.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juin 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 juin 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 1<sup>er<\/sup> juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille dans ma chambre le matin et une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; \u00e0 1h \u00bd, r\u00e9union du conseil particulier des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul, on y parle de la procession de dimanche, qui est autoris\u00e9e par le maire&nbsp;; mais on redoute une contre-manifestation importante. \u00c0 5h, je vais attendre \u00e0 la gare Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui arrive pour une quinzaine de jours, afin d\u2019assister \u00e0 la premi\u00e8re communion de N\u00e9nette qui aura lieu mercredi prochain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 2 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019assiste \u00e0 Notre-Dame \u00e0 la messe de 1<sup>\u00e8re<\/sup> communion. Cours ordinaires. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser. <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em> publie ma lettre&nbsp;; la voici&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040602.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"834\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040602-834x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-268\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040602-834x1024.jpg 834w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040602-244x300.jpg 244w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040602-768x943.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19040602.jpg 1231w\" sizes=\"auto, (max-width: 834px) 100vw, 834px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse de <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em> coll\u00e9e par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans son journal au  2 juin 1904<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette lettre, qui trouble certaines combinaisons, me vaut des bl\u00e2mes des ralli\u00e9s (je les attendais) et des f\u00e9licitations des monarchistes qui veulent emp\u00eacher que la Jeunesse catholique devienne la Jeunesse r\u00e9publicaine&nbsp;; je re\u00e7ois notamment une carte de f\u00e9licitation de l\u2019abb\u00e9 Delahaye, secr\u00e9taire-g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019Universit\u00e9, fr\u00e8re de Jules Delahaye, l\u2019ancien d\u00e9put\u00e9 de Chinon, et de Dominique Delahaye, s\u00e9nateur du Maine-et-Loire, j\u2019y suis tr\u00e8s sensible. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s les cours, je vais voir Jacques Herv\u00e9-Bazin qui m\u2019approuve&nbsp;; il me racontera ce qui se dira ce soir \u00e0 la r\u00e9union du comit\u00e9 r\u00e9gional. Cette protestation, qui est en m\u00eame temps un avertissement pour qui sait lire entre les lignes, \u00e9tait n\u00e9cessaire, pour bien montrer que si les royalistes ne demandent qu\u2019\u00e0 s\u2019unir aux autres Catholiques pour la d\u00e9fense de la foi commune, ils n\u2019entendent pas abdiquer leurs convictions et se laisser marcher dessus. De plus, elle vient bien dans son temps&nbsp;: au lendemain du Congr\u00e8s national d\u2019Arras et le jour m\u00eame de l\u2019\u00e9lection du nouveau pr\u00e9sident de l\u2019association, Jean Lerolle, dont les tendances peuvent faire redouter une orientation \u00e0 gauche. N\u2019\u00e9tant qu\u2019un membre isol\u00e9 de l\u2019association, n\u2019appartenant \u00e0 aucun comit\u00e9, j\u2019\u00e9tais tr\u00e8s libre pour la faire&nbsp;; voil\u00e0 pourquoi je l\u2019ai faite, et je l\u2019ai faite seul, sans consulter aucun de mes amis, qui n\u2019ont appris son existence qu\u2019en ouvrant <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;; idem pour ma famille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 3 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Je travaille le reste de la matin\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 4h \u00bd, je vais, avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Bonne Maman,&nbsp;Tante Josepha, attendre \u00e0 la gare l\u2019oncle Paul qui arrive d\u2019Alger, en bonne sant\u00e9&nbsp;; le voyage, de 52 heures cependant, ne l\u2019a pas trop fatigu\u00e9. Je vais savoir chez Herv\u00e9-Bazin ce qui se dit \u00e0 la Facult\u00e9 au sujet de ma lettre \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;; il para\u00eet que les ralli\u00e9s sont persuad\u00e9s que nous nous y sommes mis \u00e0 plusieurs pour l\u2019\u00e9crire. Le soir, nous allons au Salut. Une affiche ignoble, immonde, blasph\u00e9matoire sign\u00e9e d\u2019une dizaine de comit\u00e9s anticl\u00e9ricaux inconnus d\u2019Angers et de Tr\u00e9laz\u00e9 invite la canaille de ces deux villes \u00e0 manifester dimanche contre ce qu\u2019elle appelle la mainmise des naus\u00e9abonds enj\u00e9suit\u00e9s, \u00e9chapp\u00e9s de sacristies sur la voie publique. \u00c7a promet&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 4 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une bonne partie de la matin\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir N\u00e9nette \u00e0 Bellefontaine&nbsp;; les nouvelles concernant la procession de demain se corsent de plus en plus&nbsp;; il para\u00eet que, comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, Laurent Tailhade<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a> est arriv\u00e9 pour chauffer \u00e0 blanc les r\u00e9volutionnaires. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 5 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Vers 9h \u00bd, nous arrivons tous autour de la cath\u00e9drale&nbsp;; il nous semble que les apaches y sont moins nombreux que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. La police est nombreuse. Je me mets avec la Conf\u00e9rence Saint-Louis et, vers 10h, nous sortons de la cath\u00e9drale, nous chantons beaucoup, nous sommes tous arm\u00e9s d\u2019\u00e9normes cannes&nbsp;; aucun incident pendant toute la premi\u00e8re partie de la procession, jusqu\u2019au tertre. Quand nous arrivons au tertre Saint-Laurent et que nous contournons le monument o\u00f9 on a \u00e9lev\u00e9 le reposoir, nous commen\u00e7ons \u00e0 entendre hurler les apaches group\u00e9s, comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, sur les pentes gazonn\u00e9es du tertre&nbsp;; ils sont encadr\u00e9s par de nombreux gendarmes et agents de police command\u00e9s par le commissaire central en personne et par plusieurs commissaires de police. Cependant, nous nous massons tout pr\u00e8s d\u2019eux (entre eux et le monument)&nbsp;; des pierres et des mottes de terre lanc\u00e9es par eux tombent de temps en temps sur nous&nbsp;; MM. Frog\u00e9, de La Morini\u00e8re, font, \u00e0 diverses reprises, observer aux commissaires de police que nous sommes lapid\u00e9s, et que, si cela continue, nous serons oblig\u00e9s de nous d\u00e9fendre nous-m\u00eames. Pendant la b\u00e9n\u00e9diction, toute la canaille crie <em>\u00ab&nbsp;\u00c0 bas la calotte&nbsp;\u00bb<\/em>, on chante l\u2019Internationale&nbsp;; mais nous couvrons ses hurlements par nos chants de <em>Parce Domine<\/em>, du <em>Tantum ergo<\/em> et nos acclamations en l\u2019honneur du Christ&nbsp;; \u00e0 plusieurs reprises, nos chapeaux s\u2019\u00e9l\u00e8vent au sommet de nos cannes en l\u2019honneur du Saint-Sacrement&nbsp;; ce sont des acclamations fr\u00e9n\u00e9tiques. Mais un moment apr\u00e8s la b\u00e9n\u00e9diction, les pierres recommencent \u00e0 pleuvoir sur nous&nbsp;; il en tombe une \u00e9norme \u00e0 quelques centim\u00e8tres de moi&nbsp;; il en pleut de tous c\u00f4t\u00e9s. Alors, voyant que la police est impuissante \u00e0 nous prot\u00e9ger (plusieurs des n\u00f4tres sont bless\u00e9s), nous nous d\u00e9cidons \u00e0 nous prot\u00e9ger nous-m\u00eames&nbsp;; quelques-uns des n\u00f4tres renvoient aux apaches des projectiles qu\u2019ils nous lancent&nbsp;; la plupart (moi par exemple) s\u2019\u00e9lancent en avant les cannes lev\u00e9es&nbsp;; en un instant, le barrage de police est enfonc\u00e9, et les deux camps se trouvent m\u00eal\u00e9s, les coups de cannes pleuvent sur le dos des apaches qui filent comme des li\u00e8vres, prot\u00e9g\u00e9s par la police&nbsp;; j\u2019avais enlev\u00e9 mon lorgnon et j\u2019y voyais assez mal&nbsp;; n\u00e9anmoins, je suis des yeux (et des jambes) les apaches qui fuient&nbsp;; je me tope constamment \u00e0 des agents ou \u00e0 des gendarmes&nbsp;; je vois arr\u00eater, sous mes yeux, Du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 pris en flagrant d\u00e9lit de coups. Cependant, en moins d\u2019une ou deux minutes, le terrain est balay\u00e9&nbsp;; plus un apache&nbsp;! Mais quelques-uns de ceux-ci se trompent de chemin&nbsp;; nos amis les rencontrent et se jettent dessus&nbsp;; plusieurs sont accul\u00e9s contre un mur et litt\u00e9ralement assomm\u00e9s&nbsp;; le nomm\u00e9 Gallard, \u00e9tudiant en pharmacie, est rou\u00e9 de coups de pieds dans le ventre, dans la figure, partout, il ne l\u2019a pas vol\u00e9 l\u2019animal&nbsp;! Le docteur H\u00e9bert, d\u2019un monumental coup de canne, abat un apache \u00e0 ses pieds. Enfin, nous voyant ma\u00eetres du terrain, nous nous arr\u00eatons. Nous nous communiquons les bruits qui courent&nbsp;; j\u2019apprends qu\u2019un pr\u00eatre a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 la figure par une pierre&nbsp;; je vois un vieux monsieur qui a dans le cr\u00e2ne un trou fait aussi par une pierre etc. etc. Je sais qu\u2019un apache au moins a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9. La procession se reforme assez vite&nbsp;; et on commente les \u00e9v\u00e9nements de tout \u00e0 l\u2019heure&nbsp;; l\u2019impression qui s\u2019en d\u00e9gage est surtout la l\u00e2chet\u00e9 des 250 apaches environs qui \u00e9taient tr\u00e8s braves tant qu\u2019il s\u2019agissait de lancer, de loin, des pierres sur les Catholiques, mais qui ont d\u00e9guerpi comme des lapins quand ils ont vu les Catholiques se jeter sur eux&nbsp;; cette r\u00e9solution dont on a fait preuve est un excellent exemple. Au retour, calme complet jusqu\u2019\u00e0 la grille de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9. L\u00e0, dans la rue de l\u2019Oisellerie, sont mass\u00e9s une cinquantaine d\u2019apaches contenus par un cordon de gendarmes&nbsp;; ils vomissent, \u00e0 notre adresse et \u00e0 l\u2019adresse du Saint-Sacrement, les plus abominables injures&nbsp;; nous nous contentons de chanter plus fort qu\u2019eux. Cependant, comme le dais, qui arrive du carrefour Rameau, approche (cette ann\u00e9e, en effet, la procession est pass\u00e9e par la place du Ralliement et la rue Chauss\u00e9e Saint-Pierre), notre aum\u00f4nier, le P. Barbier, nous dit de laisser passer notre banni\u00e8re et de nous arr\u00eater en face de ces apaches afin de grossir la masse d\u2019hommes qui entoure le dais&nbsp;; c\u2019est ce que nous faisons. Mais \u00e0 ce moment, pendant que j\u2019ex\u00e9cutais ce mouvement, j\u2019aper\u00e7ois, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi, au milieu des \u00e9tudiants, et bien loin de la Confr\u00e9rie des M\u00e8res chr\u00e9tiennes avec laquelle elle devait suivre la procession, Maman qui me crie&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Je suis l\u00e0&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; je lui r\u00e9ponds&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Eh bien, allez-vous en&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em> Croyant qu\u2019on se battait, elle appelle Papa qui arrive en robe de c\u00e9r\u00e9monie et me prenant par le bras, me s\u00e9pare de mes camarades, voulant me faire continuer seul, alors que le reste de la Conf\u00e9rence Saint-Louis s\u2019arr\u00eatait l\u00e0&nbsp;; je m\u2019y refuse et, d\u00e8s que Papa e\u00fbt regagn\u00e9 sa place, j\u2019attends sur le trottoir le passage du dais et je me joins \u00e0 mes camarades. Certes, notre appoint n\u2019\u00e9tait pas inutile&nbsp;; car sur la place Sainte-Croix, un nombreux groupe de contre-manifestants, non content de vomir d\u2019ignobles injures et de hurler l\u2019Internationale, fait mine de se jeter sur le Saint-Sacrement&nbsp;; mais il en est emp\u00each\u00e9 par la masse d\u2019hommes que nous formons&nbsp;; nous entourons le dais de tous c\u00f4t\u00e9s, tenant constamment nos gourdins lev\u00e9s et faisant comprendre aux apaches qu\u2019il leur faudra passer sur notre corps avant d\u2019arriver au Saint-Sacrement. Pour r\u00e9pondre aux insultes des apaches, nous crions constamment <em>\u00ab&nbsp;Vive le Christ&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/em>, et ces cris, scand\u00e9s sur l\u2019air des lampions, couvrent leurs hideux blasph\u00e8mes. Enfin, nous rentrons dans la cath\u00e9drale&nbsp;; tous les hommes se groupent pr\u00e8s du ma\u00eetre-autel, et, avant de donner la b\u00e9n\u00e9diction, Monseigneur, en quelques mots vibrants, f\u00e9licite les Catholiques d\u2019Angers de la magnifique manifestation en l\u2019honneur du Saint-Sacrement qu\u2019ils viennent de faire&nbsp;; il remercie aussi la municipalit\u00e9 des mesures d\u2019ordre qu\u2019elle a prises. On lui r\u00e9pond par des acclamations en l\u2019honneur du Saint-Sacrement, puis la foule s\u2019\u00e9coule lentement apr\u00e8s la b\u00e9n\u00e9diction. Je suis extr\u00eamement contrari\u00e9 de la ridicule intervention de Maman \u00e0 la rue de l\u2019Oisellerie&nbsp;; elle est venue me prendre par la main comme si j\u2019avais dix ans&nbsp;; elle est all\u00e9e chercher Papa au milieu de ses coll\u00e8gues, se couvrant elle-m\u00eame et nous couvrant tous de ridicule aux yeux des professeurs et des \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; je suis bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 manifester mon m\u00e9contentement, car je veux qu\u2019elle comprenne enfin que je n\u2019ai plus dix ans mais que j\u2019en ai pr\u00e8s de vingt-deux. Aussi, lorsque je suis rentr\u00e9 \u00e0 la maison, je m\u2019enferme dans ma chambre o\u00f9 je me fais servir \u00e0 d\u00e9jeuner, je ne veux pas descendre \u00e0 la salle \u00e0 manger. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je sors un peu avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; j\u2019ai aussi une explication avec Papa et Maman, et, sans leur manquer de respect, je leur fais comprendre que je ne veux pas me laisser traiter comme un enfant, surtout en pr\u00e9sence de mes camarades&nbsp;; je suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 leur battre froid pendant plusieurs jours. Le soir, l\u2019oncle Paul et Tante Josepha viennent d\u00eener avec nous. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, M. Delahaye, qui remplace au <em>Maine-et-Loire<\/em> le reporteur ordinaire (lequel fait ses 28 jours), vient me demander des renseignements sur la m\u00eal\u00e9e dans laquelle il pense bien que je me trouvais&nbsp;; il y \u00e9tait lui aussi du reste, mais nous ne nous sommes pas vus&nbsp;; je lui indique le nom de plusieurs jeunes gens atteints par les projectiles des apaches.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 juin 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 6 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Le Patriote de l\u2019Ouest<\/em> raconte avec une indigne mauvaise foi les \u00e9v\u00e9nements d\u2019hier&nbsp;; il a l\u2019audace de dire que les cl\u00e9ricaux ont provoqu\u00e9 les \u00ab&nbsp;1500&nbsp;\u00bb socialistes en leur lan\u00e7ant des pierres&nbsp;! Je l\u2019avoue, je ne croyais pas, dans ma na\u00efvet\u00e9, qu\u2019un journal f\u00fbt capable de mentir aussi impudemment&nbsp;! J\u2019apprends que l\u2019\u00e9tudiant en pharmacie que nous avons ross\u00e9 n\u2019est pas Gallard, c\u2019est un nomm\u00e9 P\u2026&nbsp;; il avait jet\u00e9 \u00e0 terre une banni\u00e8re. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail d\u2019Hardouin-Duparc sur \u00ab&nbsp;La politique de L\u00e9on XIII&nbsp;\u00bb&nbsp;; le sujet est scabreux, il est trait\u00e9 par un ralli\u00e9. Hardouin-Duparc parle de la politique du pape d\u00e9funt vis-\u00e0-vis de l\u2019Allemagne, de l\u2019Italie, de l\u2019Autriche, de la Suisse, etc&nbsp;; enfin, il en arrive au gros morceau, \u00e0 la politique pontificale vis-\u00e0-vis de la r\u00e9publique fran\u00e7aise. D\u2019apr\u00e8s lui, cette attitude du pape \u00e9tait n\u00e9cessaire et si les Catholiques, dans leur ensemble, l\u2019avaient suivie, nous aurions aujourd\u2019hui une r\u00e9publique respectueuse de la religion&nbsp;; la responsabilit\u00e9 des malheurs actuels retombe donc sur nous&nbsp;! Sur nous, royalistes, qui cependant avons toujours combattu avec \u00e9nergie pour la cause de l\u2019\u00c9glise. M. Hardouin-Duparc veut bien convenir cependant que certains ralli\u00e9s sont all\u00e9s trop loin et ont eu tort de pr\u00e9senter l\u2019acceptation de la r\u00e9publique comme un devoir de conscience. La discussion est tr\u00e8s courtoise, mais acharn\u00e9e&nbsp;; elle dure une bonne heure. Les conclusions du conf\u00e9rencier sont vivement attaqu\u00e9es par les uns, d\u00e9fendues par les autres. Je fais remarquer que si L\u00e9on XIII a eu pour but de r\u00e9aliser une union \u00e9troite entre les Catholiques, comme l\u2019a dit le conf\u00e9rencier, il est arriv\u00e9 \u00e0 un r\u00e9sultat diam\u00e9tralement oppos\u00e9 \u00e0 ses intentions, puisque l\u2019union \u00e9tait bien mieux r\u00e9alis\u00e9e avant les encycliques sur \u00ab&nbsp;L\u2019Union conservatrice&nbsp;\u00bb qu\u2019aujourd\u2019hui o\u00f9 les Catholiques sont \u00e9miett\u00e9s et o\u00f9 leur opposition, dans les Chambres, est beaucoup moins cat\u00e9gorique et leurs repr\u00e9sentants beaucoup moins nombreux qu\u2019autrefois. Le P. Barbier nous promet de nous parler demain soir de la question du ralliement \u00e0 la r\u00e9union de la congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 7 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours d\u2019histoire des doctrines \u00e9conomiques, et de l\u00e9gislation industrielle. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser. Le matin, je lis une longue lettre de Normand d\u2019Authon qu\u2019on m\u2019a apport\u00e9e hier soir, et dans laquelle le pr\u00e9sident de l\u2019Union r\u00e9gionale de l\u2019Ouest me bl\u00e2me officiellement, apr\u00e8s en avoir r\u00e9f\u00e9r\u00e9 au pr\u00e9sident de l\u2019Association catholique de la Jeunesse fran\u00e7aise, de la lettre que j\u2019ai \u00e9crite le 31 mai \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>&nbsp;; je m\u2019y attendais, mais j\u2019ai voulu l\u2019\u00e9crire tout de m\u00eame parce que je la croyais n\u00e9cessaire. Il me reproche, avec beaucoup de mod\u00e9ration dans le ton, du reste, la forme que j\u2019ai donn\u00e9e \u00e0 ma protestation et le fond m\u00eame de cette protestation&nbsp;; il m\u2019engage \u00e0 exprimer mon regret de cet acte et me dit, que dans le cas o\u00f9 je ne voudrais pas le faire, il se verrait dans la p\u00e9nible n\u00e9cessit\u00e9 de me demander ma d\u00e9mission. J\u2019avoue que ma premi\u00e8re pens\u00e9e est de la lui envoyer en 3 lignes. Puis, \u00e0 la r\u00e9flexion, je me dis que j\u2019aurais tort d\u2019agir ainsi&nbsp;; ce serait laisser croire que je ne puis me justifier&nbsp;; je lis et relis sa lettre, et je m\u2019arr\u00eate \u00e0 la r\u00e9solution suivante&nbsp;: je veux bien reconna\u00eetre que j\u2019aurais mieux fait de donner \u00e0 ma protestation une autre forme, et, au lieu de la publier dans un journal, de la faire parvenir par la voie hi\u00e9rarchique aux chefs de l\u2019A.C.J.F. Mais je resterai inflexible pour le fond m\u00eame de la protestation, car ce sont des id\u00e9es bien arr\u00eat\u00e9es dans mon esprit que j\u2019y ai exprim\u00e9es, et je ne reconnais \u00e0 personne le droit de m\u2019en demander compte. Je vais lire la lettre de Normand d\u2019Authon au P\u00e8re Barbier et lui demander conseil sur ce que je dois faire&nbsp;; il m\u2019engage beaucoup \u00e0 pers\u00e9v\u00e9rer dans la r\u00e9solution que j\u2019ai prise. Aussi, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris une lettre dans ce sens \u00e0 Normand d\u2019Authon. Advienne que pourra&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, \u00e0 la congr\u00e9gation, le P. Barbier nous parle du \u00ab&nbsp;Ralliement&nbsp;\u00bb. \u00c0 son avis, le pape a le droit comme chef de la soci\u00e9t\u00e9 ind\u00e9pendant dans sa sph\u00e8re qu\u2019est l\u2019\u00c9glise de juger au dernier ressort si telle question qui est, de sa nature, du ressort de la puissance civile, elle aussi ind\u00e9pendante dans sa sph\u00e8re, int\u00e9resse la religion indirectement et, par cons\u00e9quent, tombe sous sa juridiction. Le P. Barbier dit que peu de papes ont us\u00e9 autant que L\u00e9on XIII de ce droit. L\u2019attitude que les Catholiques fran\u00e7ais devaient prendre vis-\u00e0-vis de la r\u00e9publique rentrait, d\u2019apr\u00e8s le P. Barbier, dans cette cat\u00e9gorie. Donc, L\u00e9on XIII avait le droit de conseiller aux Catholiques fran\u00e7ais de s\u2019unir sur le terrain constitutionnel, c\u2019est-\u00e0-dire de ne pas faire une opposition syst\u00e9matique \u00e0 la forme du gouvernement, afin de mieux lutter contre les lois injustes de ce m\u00eame gouvernement. C\u2019est ce qu\u2019il a fait en 1892&nbsp;; et il n\u2019a rien fait de plus, car il a laiss\u00e9 aux Catholiques l\u2019enti\u00e8re libert\u00e9 de leurs opinions sur la question de r\u00e9publique ou de monarchie et ne leur a certes pas interdit d\u2019esp\u00e9rer le r\u00e9tablissement de la monarchie. En agissant ainsi, L\u00e9on XIII esp\u00e9rait faire imm\u00e9diatement une union plus \u00e9troite qu\u2019auparavant entre Catholiques et arriver vite \u00e0 changer l\u2019esprit de la r\u00e9publique par de meilleures \u00e9lections&nbsp;; il attendait de sa politique un r\u00e9sultat prochain, cela ressort de ses propos \u00e0 Mgr d\u2019Hulst. D\u2019o\u00f9 vient que la politique de L\u00e9on XIII a \u00e9chou\u00e9&nbsp;? Le P. Barbier attribue cet \u00e9chec \u00e0 3 principales causes&nbsp;: la fourberie du gouvernement fran\u00e7ais, qui a constamment tromp\u00e9 L\u00e9on XIII sur ses sentiments et ses projets vis-\u00e0-vis des Catholiques, et l\u2019a amen\u00e9, par une sorte de chantage, \u00e0 demander, et, au besoin, \u00e0 commander aux Catholiques de ne pas lui cr\u00e9er d\u2019embarras par une opposition trop \u00e9nergique m\u00eame sur le terrain constitutionnel&nbsp;; L\u00e9on XIII, par esprit de conciliation et par une loyaut\u00e9 excessive, s\u2019est laiss\u00e9 prendre \u00e0 ce jeu et a souvent arr\u00eat\u00e9 les Catholiques pr\u00eats \u00e0 lutter \u00e9nergiquement (il y a 3 ans par exemple, quand il a arr\u00eat\u00e9 la campagne de conf\u00e9rences du P. Caub\u00e9 sur la demande de Waldeck-Rousseau). La seconde cause de cet \u00e9chec est l\u2019attitude d\u00e9plorable de beaucoup de ralli\u00e9s et surtout de leurs chefs et de leurs organes attitr\u00e9s, qui ont outrepass\u00e9 les conseils de L\u00e9on XIII, en pr\u00e9sentant ces simples conseils comme une obligation de conscience, en traitant les royalistes les plus religieux comme des ennemis de la religion, en disant que le pape voulait que l\u2019on se f\u00eet r\u00e9publicain (alors que c\u2019est absolument faux), en pr\u00e9f\u00e9rant souvent, dans les \u00e9lections, des candidats antireligieux, francs-ma\u00e7ons m\u00eame, parce qu\u2019ils \u00e9taient r\u00e9publicains, \u00e0 des candidats bons catholiques mais monarchistes (par exemple en 1893, dans le Gers, \u00e9lection de Bascou contre Cassagnac&nbsp;; par exemple, en Ille-et-Vilaine et dans bien d\u2019autres endroits). Le P. Barbier estime que cette attitude des ralli\u00e9s a \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement funeste. Les ralli\u00e9s, du moins la plupart d\u2019entre eux, ne se sont rappel\u00e9 qu\u2019une partie des conseils du pape (ceux qui avait pour but de faire accepter la r\u00e9publique), mais oubliaient les autres (ceux qui avaient pour but de faire lutte \u00e9nergiquement les Catholiques contre la l\u00e9gislation impie et sectaire). En effet, afin que nul ne puisse suspecter leur r\u00e9publicanisme de fra\u00eeche date, les ralli\u00e9s se sont abstenus de faire une trop vive opposition \u00e0 ces lois et, bien souvent, ont abandonn\u00e9, d\u2019une fa\u00e7on d\u00e9plorable, les principes&nbsp;; on l\u2019a vu encore lors du vote des cr\u00e9dits pour le voyage de Loubet \u00e0 Rome. Le P. Barbier insiste beaucoup sur cette tr\u00e8s f\u00e2cheuse attitude des ralli\u00e9s. Il attribue aussi \u00e0 une 3<sup>\u00e8me<\/sup> cause l\u2019\u00e9chec de la politique pontificale&nbsp;; mais il a bien soin de dire que cette 3<sup>\u00e8me<\/sup> cause a eu une bien moindre importance que les deux autres&nbsp;: c\u2019est le m\u00e9contentement par lequel beaucoup de royalistes ont accueilli les directions de L\u00e9on XIII, et le peu d\u2019empressement qu\u2019ils ont mis \u00e0 les appliquer, parfois m\u00eame l\u2019opposition qu\u2019ils leur ont faite. En dehors de ces causes principales, il y a eu des causes secondaires, par exemple le P\u00e8re Barbier a d\u00fb avouer que, dans certaines circonstances, le secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de Sa Saintet\u00e9, le cardinal Rampolla, a adonn\u00e9 des conseils contraires \u00e0 la volont\u00e9 de L\u00e9on XIII, en allant, dans la voie du ralliement, beaucoup plus loin que le pape&nbsp;; il nous cite deux exemples frappants de cette attitude. Une chose qui m\u2019a fait grand plaisir pour des raisons personnelles, c\u2019est que le P. Barbier, \u00e0 propos du toast du cardinal Lavigerie en 1890, et de la Marseillaise qui l\u2019a suivi, a dit que le cardinal avait eu tort de faire jouer cet hymne qui, dit-il, \u00ab&nbsp;\u00e9tait et sera longtemps encore consid\u00e9r\u00e9, quoiqu\u2019on en dise, comme un champ impie et r\u00e9volutionnaire par un tr\u00e8s grand nombre de Catholiques&nbsp;\u00bb. Que n\u2019\u00e9tiez-vous l\u00e0 M. Normand d\u2019Authon&nbsp;? Le P. Barbier termine son int\u00e9ressante conf\u00e9rence en examinant la situation actuelle. Actuellement, dit-il, comme d\u00e9j\u00e0 un peu avant la mort de L\u00e9on XIII, il y a quelque chose de chang\u00e9. La r\u00e9publique, jetant le voile de l\u2019hypocrisie, a d\u00e9masqu\u00e9 son jeu. Le nouveau pape peut, par suite des circonstances nouvelles, donner aux Catholiques fran\u00e7ais des instructions diff\u00e9rentes&nbsp;; car, de l\u2019avis m\u00eame du cardinal Lavigerie, les instructions d\u2019un pape n\u2019obligent plus les Catholiques apr\u00e8s sa mort. Mais tout porte \u00e0 croire que Pie X laissera aux Catholiques fran\u00e7ais une bien plus grande libert\u00e9 d\u2019allure que ne leur en laissa L\u00e9on XIII. Pour le moment donc, tant que Pie X n\u2019a pas parl\u00e9 officiellement, les instructions de L\u00e9on XIII subsistent en th\u00e9orie&nbsp;; mais, en pratique, le pape a fait savoir qu\u2019il d\u00e9sirait voir cesser l\u2019attitude d\u00e9fiante des ralli\u00e9s vis-\u00e0-vis des royalistes, et il convie ces derniers \u00e0 venir, sans abandonner leurs convictions et leurs esp\u00e9rances, combattre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des autres, sur le terrain constitutionnel dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019\u00c9glise. C\u2019est \u00e0 ces conseils de Pie X qu\u2019on doit la nouvelle attitude de certains chefs ralli\u00e9s, de M. Piou, par exemple, qu\u2019on a vu \u00e0 Vannes le 27 mars en sa qualit\u00e9 de pr\u00e9sident de l\u2019Action lib\u00e9rale populaire accepter ouvertement le concours des royalistes repr\u00e9sent\u00e9s par M. de Lamarzelle&nbsp;; les paroles de M. Piou au Congr\u00e8s de la Jeunesse catholique \u00e0 Arras, o\u00f9 il&nbsp;a dit que les jeunes gens catholiques ne devaient pas se d\u00e9sint\u00e9resser des questions politiques&nbsp;; un article de M. F\u00e9ron-Vrau, retour de Rome&nbsp;; tout cela est un effet des conseils du pape. Nul doute que la conf\u00e9rence de ce soir n\u2019en soit un autre effet&nbsp;! Elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s int\u00e9ressante. En tout cas, le clan ralli\u00e9 ne doit pas \u00eatre enchant\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 8 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 6h pr\u00e9cises et, \u00e0 7h \u00bd, nous sommes tous au pensionnat de Bellefontaine pour la c\u00e9r\u00e9monie de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> communion&nbsp;; malheureusement, en me rasant, je me suis fait \u00e0 la l\u00e8vre inf\u00e9rieur une coupure qui saigne tout le temps \u00e0 la messe&nbsp;; c\u2019est insupportable. La c\u00e9r\u00e9monie est tr\u00e8s touchante. N\u00e9nette est chef de file et re\u00e7oit la 1<sup>\u00e8re<\/sup> la sainte communion&nbsp;; beaucoup de parents et d\u2019amis communient apr\u00e8s les enfants&nbsp;; je fais la sainte communion. Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, nous d\u00e9jeunons dans le pensionnat et nous voyons un moment les communiantes. Il y a aussi \u00e0 Bellefontaine Mmes de Soos, de Padirac etc. Nous d\u00e9jeunons fort bien chez Tante Josepha. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous revenons \u00e0 Bellefontaine o\u00f9 a lieu la c\u00e9r\u00e9monie de r\u00e9novation des v\u0153ux du bapt\u00eame et celle de la cons\u00e9cration \u00e0 la Sainte Vierge&nbsp;; malheureusement, la pluie emp\u00eache la procession qui devait avoir lieu dans les vastes jardins. Le soir, nous d\u00eenons chez les Magu\u00e9 avec le lieutenant-colonel, Mme et Mlle Franck&nbsp;; N\u00e9nette, ce soir, d\u00eene avec nous dans son blanc costume de 1<sup>\u00e8re<\/sup> communiante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pense beaucoup \u00e0 la conf\u00e9rence du P. Barbier&nbsp;; j\u2019avoue qu\u2019elle m\u2019a instruit&nbsp;; je savais bien que les instructions de L\u00e9on XIII avaient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s exag\u00e9r\u00e9es par beaucoup de ralli\u00e9s commentateurs sans mandat, mais je ne croyais pas que ce f\u00fbt au point o\u00f9 l\u2019a dit le P. Barbier&nbsp;; je croyais que L\u00e9on XIII avait demand\u00e9 plus aux Catholiques fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 9 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille, le matin, dans ma chambre. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Normand d\u2019Authon&nbsp;; il me re\u00e7oit tr\u00e8s aimablement et exprime le d\u00e9sir que je reste longtemps chez lui afin qu\u2019il puisse s\u2019expliquer longuement avec moi sur la question de la Marseillaise. Il ressort de ses explications, qui durent 1h \u00bd environ, que les chefs de l\u2019A.C.J.F. ne voient pas avec plaisir les groupes jouer la Marseillaise, mais qu\u2019ils n\u2019osent pas s\u2019y opposer, de peur de passer pour des royalistes d\u00e9guis\u00e9s&nbsp;; l\u2019Union r\u00e9gionale de l\u2019Ouest jouit, para\u00eet-il, de cette r\u00e9putation dans les autres unions r\u00e9gionales&nbsp;; c\u2019est pourquoi ma lettre a produit, d\u2019apr\u00e8s Normand d\u2019Authon, une grande \u00e9motion dans les hautes sph\u00e8res de l\u2019association. Normand d\u2019Authon s\u2019\u00e9vertue, en vain, \u00e0 me faire comprendre que le chant de la Marseillaise ne signifie pas grand\u2019chose et que les royalistes de l\u2019association ont tort de s\u2019en offusquer, car, dans l\u2019esprit de ceux qui la chantent, la Marseillaise est bien l\u2019hymne national. Je lui r\u00e9ponds que puisque l\u2019on a coutume, dans certains groupes, de jouer l\u2019hymne national, les chefs de l\u2019association n\u2019ont qu\u2019\u00e0 r\u00e9pandre un chant national catholique, par exemple celui qu\u2019on a chant\u00e9 \u00e0 Angers \u00e0 la r\u00e9union du 21 f\u00e9vrier dernier&nbsp;; il trouve (ou il para\u00eet trouver) l\u2019id\u00e9e bonne. Le soir, nous allons tous \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019adoration nocturne qui a lieu \u00e0 la cath\u00e9drale en l\u2019honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur&nbsp;; j\u2019assiste \u00e0 la procession. En y allant, je rencontre Herv\u00e9-Bazin qui me dit que Normand d\u2019Authon a donn\u00e9 lecture, hier soir \u00e0 la r\u00e9union du comit\u00e9 de l\u2019Union r\u00e9gionale, de ma lettre \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em>, de la lettre qu\u2019il a \u00e9crite et de ma r\u00e9ponse, et qu\u2019il a d\u00e9clar\u00e9 l\u2019incident clos. Je sais cependant qu\u2019il a envoy\u00e9 ma seconde lettre \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 10 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, en l\u2019honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00e0 l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; je passe toute la matin\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 causer avec Herv\u00e9-Bazin et Damas dans la chambre de Br\u00e9on, \u00e0 parcourir les journaux dans la salle de lecture et \u00e0 travailler \u00e0 la biblioth\u00e8que&nbsp;; j\u2019apprends que Du R\u00e9au a \u00e9t\u00e9 interrog\u00e9 hier par un commissaire de police et qu\u2019il passera peut-\u00eatre demain en correctionnelle. \u00c0 10h \u00bd, cours de M. Baugas. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00bd, autre cours de M. Baugas&nbsp;; ensuite, je vais voir Lucas et je vais me faire couper les cheveux&nbsp;; le soir, les Magu\u00e9 viennent d\u00eener avec nous. Ils prendront d\u00e9sormais tous leurs repas \u00e0 la maison car leurs meubles partent demain. L\u2019oncle Paul part dimanche pour Paris&nbsp;; Tante Josepha, N\u00e9nette et Bonne Maman partent mardi pour Vin\u00e7a&nbsp;; ils s\u2019embarquent \u00e0 Port-Vendres la semaine prochaine. Comme ce d\u00e9part va nous attrister&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 11 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, on ne sait encore rien de pr\u00e9cis sur les processions de demain. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, on affiche un arr\u00eat\u00e9 du maire autorisant les processions, mais dans des conditions insens\u00e9es&nbsp;: il n\u2019y en aura que deux (une de chaque c\u00f4t\u00e9 de l\u2019eau)&nbsp;; les corporations ne pourront pas y prendre part&nbsp;; on ne pourra y chanter que des chants liturgiques&nbsp;; enfin, les hommes n\u2019auront pas le droit d\u2019y apporter des cannes. Cela veut dire&nbsp;: faites les processions, mais de fa\u00e7on \u00e0 qu\u2019il vous soit impossible de couvrir la voix de vos adversaires s\u2019ils vous insultent et de rendre des coups si vous en recevez. D\u00e8s que j\u2019ai connaissance de cet arr\u00eat\u00e9, je suis persuad\u00e9 que l\u2019autorit\u00e9 religieuse pr\u00e9f\u00e9rera ne pas faire de processions que d\u2019accepter de telles conditions&nbsp;; c\u2019est ce que d\u00e9cident, en effet, les cur\u00e9s de la ville r\u00e9unis \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 dans l\u2019apr\u00e8s-midi, et, vers 6 heures, une affiche annonce aux Angevins que l\u2019autorit\u00e9 religieuse n\u2019a pas cru pouvoir accepter les conditions de la Municipalit\u00e9, que les processions, par cons\u00e9quent, n\u2019auront pas lieu, et qu\u2019on les convoque pour demain \u00e0 4 heures devant la cath\u00e9drale afin de recevoir la b\u00e9n\u00e9diction du Tr\u00e8s Saint-Sacrement et d\u2019aller ensuite la recevoir \u00e0 Saint-Joseph et \u00e0 Saint-Laud&nbsp;; la m\u00eame manifestation que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re&nbsp;! Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul, je re\u00e7ois les f\u00e9licitations de M. le cur\u00e9 de Saint-Serge pour ma lettre \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>. Mgr Pasquier, recteur de l\u2019Universit\u00e9, M. Gavouy\u00e8re, doyen, l\u2019abb\u00e9 Delahaye, secr\u00e9taire-g\u00e9n\u00e9ral, l\u2019abb\u00e9 Bourd\u00e9 de Villebu\u00e9, cur\u00e9 de Saint-Eutrope de Saintes, m\u2019ont aussi adress\u00e9 leurs f\u00e9licitations&nbsp;; voil\u00e0 de quoi me consoler de la douche officielle de Normand d\u2019Authon et de Lerolle&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 12 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. Ensuite, nous faisons nos adieux \u00e0 l\u2019oncle Paul qui part pour Paris, et, de l\u00e0, pour Vin\u00e7a, Port-Vendres et Alger. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 3h, nous allons aux v\u00eapres de la cath\u00e9drale&nbsp;; apr\u00e8s les v\u00eapres, nous sortons sur la place Saint-Maurice qui est noire de monde&nbsp;; la foule d\u00e9borde sur la place Sainte-Croix&nbsp;; avec les \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9, je vais me placer en t\u00eate de la colonne des manifestants, derri\u00e8re, MM. Joubert, conseiller municipal, de La Morini\u00e8re, Frog\u00e9, de Grainville, qui ouvrent la marche. Monseigneur donne la b\u00e9n\u00e9diction et toute cette foule chante le <em>Tantum<\/em>, acclame le Christ, agite chapeaux et mouchoirs, c\u2019est splendide. Ensuite, on se met en marche en chantant des cantiques, tant\u00f4t \u00ab&nbsp;Nous voulons Dieu&nbsp;!&nbsp;\u00bb, tant\u00f4t \u00ab&nbsp;Je suis chr\u00e9tien&nbsp;\u00bb, etc. L\u2019\u00e9norme foule, en deux colonnes (rue Sain-Aubin et rue d\u2019Alsace) gagne Saint-Joseph&nbsp;: toutes ces voix d\u2019hommes et de femmes chantent cantiques et hymnes religieux, formant une clameur immense qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve vers le ciel&nbsp;; seconde b\u00e9n\u00e9diction devant Saint-Joseph&nbsp;: la rue des Ar\u00e8nes est litt\u00e9ralement bond\u00e9e&nbsp;! L\u2019immense colonne se dirige ensuite vers Saint-Laud par les rues Desjardins et Paul Bert et par le boulevard du Roi Ren\u00e9&nbsp;; sans exag\u00e9ration aucune, peut l\u2019\u00e9valuer \u00e0 15 ou 20.000 personnes. Devant Saint-Laud, une grande foule sympathique attendait les manifestants&nbsp;; l\u00e0, au moment de la b\u00e9n\u00e9diction, il y avait encore plus de monde que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re&nbsp;; depuis les marches de Saint-Laud jusqu\u2019\u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la place Marguerite d\u2019Anjou, une foule \u00e9norme se presse&nbsp;; en supposant qu\u2019il y avait 3 personnes par m\u00e8tre carr\u00e9, que la place ait 250 m\u00e8tres de longueur sur une largeur moyenne de 35 m\u00e8tres, on trouve qu\u2019il y avait l\u00e0 26.000 personnes&nbsp;; et si on ajoute \u00e0 ce nombre les personnes mass\u00e9es sur les marches de l\u2019\u00e9glise, \u00e0 toutes les fen\u00eatres, sur les tours du ch\u00e2teau etc. on peut penser qu\u2019il y en avait environ 30.000&nbsp;; c\u2019est gentil&nbsp;! Et je r\u00e9p\u00e8te qu\u2019il n\u2019y avait l\u00e0, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s, que des manifestants catholiques, ou des curieux sympathiques. L\u2019\u00e9norme foule chante le <em>Tantum<\/em>, le <em>Parce Domine<\/em>, des cantiques, et \u00e9l\u00e8ve vers le ciel les cris mille et mille fois r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de \u00ab&nbsp;Vive Dieu&nbsp;; vive le Christ&nbsp;!&nbsp;\u00bb C\u2019est splendide. Apr\u00e8s cette derni\u00e8re b\u00e9n\u00e9diction, la foule s\u2019\u00e9coule peu \u00e0 peu&nbsp;; je rentre \u00e0 la maison. J\u2019ai appris ensuite qu\u2019il y avait eu, \u00e0 ce moment-l\u00e0, une petite manifestation de jeunes gens qui sont all\u00e9s conspuer Jagot et acclamer Bouhier&nbsp;; mais elle \u00e9tait beaucoup moins consid\u00e9rable que celle qui suivit la manifestation religieuse de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, car on n\u2019avait, cette ann\u00e9e, les m\u00eames raisons d\u2019acclamer M. Bouhier. Bonne Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philom\u00e8ne, qui n\u2019ont pas vu la manifestation de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, sont litt\u00e9ralement enthousiasm\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019affaire de l\u2019oncle Xavier nous pr\u00e9occupe beaucoup.&nbsp;M. de Lamer a \u00e9t\u00e9, il est vrai, fort aimable, et a us\u00e9 de toute son influence sur le pr\u00e9fet des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales pour faire retarder autant que possible le d\u00e9part pour Paris des renseignements que Combes a demand\u00e9s au pr\u00e9fet&nbsp;; mais, n\u00e9anmoins, il faudra bien qu\u2019ils finissent par partir&nbsp;; de plus, la d\u00e9nonciation adress\u00e9e au Minist\u00e8re de la Guerre a fait, elle aussi, son chemin&nbsp;: des renseignements ont \u00e9t\u00e9 demand\u00e9s par le g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 au pr\u00e9fet. Il est certain que Baleine a fait des imprudences&nbsp;; dans le but tr\u00e8s louable d\u2019assurer le succ\u00e8s de la liste royaliste (qui n\u2019a \u00e9t\u00e9 battue que de quelques voix), il ne s\u2019est pas content\u00e9 de faire de la politique pour son propre compte, il a mis en avant le nom de l\u2019oncle Xavier et, \u00e0 l\u2019heure actuelle, cela suffit pour briser la plus belle carri\u00e8re militaire&nbsp;! Papa a pri\u00e9 l\u2019oncle Paul de parler de cela au g\u00e9n\u00e9ral Joffre<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a>, au Minist\u00e8re de la Guerre&nbsp;; il peut beaucoup pour l\u2019enrayer&nbsp;; de son c\u00f4t\u00e9, le g\u00e9n\u00e9ral Lelong va agir. Mais l\u2019oncle Xavier nous t\u00e9l\u00e9graphie du camp de Chalons d\u2019arr\u00eater toutes les d\u00e9marches&nbsp;; c\u2019est sans doute son chef de corps, le g\u00e9n\u00e9ral Dalstein, qui le lui aura conseill\u00e9&nbsp;! \u00c0 Angoul\u00eame, o\u00f9 il sera ces jours-ci, Papa en dira un mot au g\u00e9n\u00e9ral Courbebaisse. Le soir, au moment de d\u00eener, \u00e9change de f\u00e9licitations et de cadeaux s\u2019adressant \u00e0 Bonne Maman, N\u00e9nette et moi, \u00e0 l\u2019occasion de la Saint Antoine. Le soir, je vais avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 juin 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 13 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de la Saint Antoine, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; j\u2019y vais la sainte communion. Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Papa partent par le train de 11 \u00bd pour Angoul\u00eame&nbsp;; Papa va \u00e0 Angoul\u00eame pour le concours des coll\u00e8ges de l\u2019Ouest organis\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9, et Marie-Th\u00e9r\u00e8se rentre \u00e0 Sainte-Croix. \u00c0 11h, M. Baugas nous fait une sorte de r\u00e9capitulation de son cours&nbsp;; il nous explique les parties que nous n\u2019aurions pas comprises. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Ducellier sur l\u2019expansion de la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise. Les \u00e9l\u00e8ves venus pour le concours assistent \u00e0 la s\u00e9ance. Apr\u00e8s la s\u00e9ance, le P. Barbier nous annonce que les finances de la Conf\u00e9rence \u00e9tant en bon \u00e9tat, il a d\u00e9cid\u00e9, d\u2019accord avec le directeur et le bureau, de payer le p\u00e8lerinage de Rome \u00e0 un membre de la Conf\u00e9rence qui sera charg\u00e9 de repr\u00e9senter celle-ci&nbsp;; ce jeune homme privil\u00e9gi\u00e9 sera d\u00e9sign\u00e9 par une commission compos\u00e9e de l\u2019aum\u00f4nier, du directeur et des anciens pr\u00e9sidents sur une liste de 12 ainsi compos\u00e9e&nbsp;: 6 de droit (les membres du bureau), 6 \u00e9lus par la conf\u00e9rence&nbsp;; on proc\u00e8de tout de suite \u00e0 l\u2019\u00e9lection des 6&nbsp;; je vote pour&nbsp;: De Br\u00e9on, Lucas, Paul Lebreton, De Ferry, De La Villebiot, Jean du Re\u00e9au. Les 6 \u00e9lus sont&nbsp;: De Monsabert, de Laujardi\u00e8re, Lucas, De Br\u00e9on, Hardouin-Duparc et moi&nbsp;; j\u2019ai obtenu 11 voix. J\u2019ai donc 1\/12 de chance d\u2019aller gratis \u00e0 Rome. Je songeais pr\u00e9cis\u00e9ment depuis quelques jours \u00e0 prendre part \u00e0 ce p\u00e8lerinage de la Jeunesse catholique \u00e0 Rome&nbsp;; mais, tant qu\u2019il est question de notre voyage en Alg\u00e9rie au mois d\u2019octobre, je ne puis me d\u00e9cide&nbsp;; on verra plus tard. Je suis tr\u00e8s heureux de la marque de confiance de mes camarades. Cette r\u00e9union est la derni\u00e8re de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 14 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous passons avec Tante Josepha, Bonne Maman et N\u00e9nette les derniers instants de leur s\u00e9jour \u00e0 Angers. \u00c0 10h \u00bd, nous partons pour la gare o\u00f9 elles prennent le train de 11h35 pour Bordeaux et Vin\u00e7a. \u00c0 la gare, un grand nombre d\u2019officiers avec leurs femmes sont l\u00e0 pour saluer Tante Josepha&nbsp;; je reconnais le colonel Wairhaye, le commandant de Chappedelaine, la marquise de La Masseli\u00e8re, Mme Gallais, Mme Franck, le capitaine Astier de Villatte, la g\u00e9n\u00e9rale Samary, les dames Blanc, etc. En tout une trentaine de personnes. Tout cela ne diminue pas notre \u00e9motion et les regrets avec lesquels nous voyons partir Tante Josepha et N\u00e9nette dont l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Angers, il y a 2 ans, nous avait tant r\u00e9jouis. Quel vide elles vont laisser ici&nbsp;! Et comme le s\u00e9jour d\u2019Angers va nous para\u00eetre triste&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite d\u2019Herv\u00e9-Bazin et de Lucas. Le soir, je vais au Salut avec Philom\u00e8ne. Maman est tr\u00e8s triste toute la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 15 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je trouve dans <em>Le Maine-et-Loire<\/em> d\u2019avant-hier un calcul de la foule qui se pressait dimanche devant Saint-Laud. La place est plus grande que je ne pensais&nbsp;: elle a 12.870 m\u00e8tres carr\u00e9s de superficie&nbsp;; en comptant 4 personnes par m\u00e8tre carr\u00e9, dit le journal, cela fait plus de 51.000 personnes&nbsp;; je crois, pour mon compte, qu\u2019il est exag\u00e9r\u00e9 de compter 4 personnes par m\u00e8tre carr\u00e9 en moyenne&nbsp;; car, si \u00e0 beaucoup d\u2019endroits il y avait au moins cela, \u00e0 d\u2019autres endroits, il y avait quelques vides&nbsp;; je crois qu\u2019il faut prendre comme moyenne 3 personnes par m\u00e8tre carr\u00e9&nbsp;; cela ferait environ 38.000 personnes sur la place, parmi lesquelles la moiti\u00e9 de curieux sympathiques et la moiti\u00e9 de manifestants. C\u2019est gentil&nbsp;! Et dire que pour r\u00e9unir tout ce monde, il a suffit d\u2019une simple affiche du \u00ab&nbsp;comit\u00e9 de revendication\u2026 etc.&nbsp;\u00bb appos\u00e9e la veille au soir&nbsp;; <em>Le Patriote<\/em> aurait de la peine \u00e0 en faire autant. Je travaille une bonne partie de la journ\u00e9e. Maman, tr\u00e8s fatigu\u00e9e \u00e0 la suite des \u00e9motions d\u2019hier, passe la matin\u00e9e au lit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 16 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa arrive \u00e0 4h du matin&nbsp;; il a pass\u00e9 la journ\u00e9e d\u2019hier \u00e0 Sainte-Croix o\u00f9 les travaux d\u2019agrandissement avancent lentement&nbsp;; je ne sais si on pourra s\u2019installer dans l\u2019aile nouvelle avant l\u2019\u00e9t\u00e9 de l\u2019ann\u00e9e prochaine. Papa a d\u00een\u00e9 mardi soir chez les Courbebaisse \u00e0 Angoul\u00eame et hier soir chez les La Bardonnie \u00e0 Mareuil. L\u2019oncle Xavier et Tata Mimi ont \u00e9crit \u00e0 Papa qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e9raient qu\u2019il cess\u00e2t ses d\u00e9marches au sujet de l\u2019affaire de Baleine&nbsp;; ils disent que l\u2019affaire est sans importance. Mais Papa re\u00e7oit une lettre de M. de Lamer disant que le pr\u00e9fet a r\u00e9pondu \u00e0 la demande de renseignements en att\u00e9nuant les faits autant que possible et en couvrant l\u2019oncle Xavier&nbsp;; en rejetant, par cons\u00e9quent, toute la responsabilit\u00e9 des faits sur son r\u00e9gisseur. L\u2019intervention de Papa n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 inutile. Mais l\u2019oncle Xavier et sa femme, qui n\u2019ont jamais entretenu \u00e0 Pia des relations cordiales avec M. de Lamer, sont un peu contrari\u00e9s que nous ayons fait agir celui-ci&nbsp;; ils craignent que M. de Lamer s\u2019imagine qu\u2019ils ont sollicit\u00e9, par notre interm\u00e9diaire, son intervention, et ils redoutent de passer pour leurs oblig\u00e9s. Cette crainte n\u2019est pas fond\u00e9e car Papa et Maman ont toujours eu soin, en \u00e9crivant \u00e0 leur cousin de Lamer, de lui dire qu\u2019ils lui \u00e9crivaient \u00e0 l\u2019insu de l\u2019oncle Xavier. L\u2019oncle Xavier dit \u00e0 Papa qu\u2019il ne se dissimule pas les suites que peut avoir pour lui cette affaire, mais il ne veut pas qu\u2019on fasse de d\u00e9marches pour les \u00e9viter&nbsp;; il verra, de son c\u00f4t\u00e9, s\u2019il est bon d\u2019avertir ses chefs militaires. Naturellement, Papa et Maman ne continueront pas leurs d\u00e9marches. Quant \u00e0 M. de Lamer, il n\u2019a agi que par complaisance pour nous, et, d\u2019ailleurs, son r\u00f4le est fini puisque le dossier est \u00e0 Paris maintenant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 17 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s toute la matin\u00e9e et une bonne partie de l\u2019apr\u00e8s-midi. Le g\u00e9n\u00e9ral Lelong vient voir Papa pour lui parler de l\u2019affaire de l\u2019oncle Xavier&nbsp;; Papa le prie de ne rien faire pour se conformer au d\u00e9sir du principal int\u00e9ress\u00e9. Le soir, avec Papa et Philo, j\u2019assiste \u00e0 l\u2019inauguration d\u2019un chemin de croix \u00e0 la nouvelle \u00e9glise Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 18 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une grande partie de la journ\u00e9e&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. J\u2019ach\u00e8te, rue Voltaire, un nouvel appareil photographique \u00e0 plaques, 6 \u00bd\/9, Folding&nbsp;; il est tr\u00e8s peu encombrant, c\u2019est ce qui me l\u2019a fait choisir&nbsp;; je l\u2019ai achet\u00e9 en vue de mes voyages de cet \u00e9t\u00e9, soit \u00e0 Rome soit en Alg\u00e9rie. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 19 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019essaye mon nouvel appareil en photographiant Philom\u00e8ne, je r\u00e9ussis assez bien. On c\u00e9l\u00e8bre aujourd\u2019hui la f\u00eate dite de l\u2019Enseignement, cr\u00e9\u00e9e pour faire mousser les \u00e9coles la\u00efques&nbsp;; on avait annonc\u00e9 qu\u2019elle serait ici tr\u00e8s bruyante et que les anticl\u00e9ricaux en profiteraient pour prendre leur revanche de l\u2019avanie que nous leur avons fait essuyer les deux derniers dimanches, on craignait m\u00eame des troubles&nbsp;; en r\u00e9alit\u00e9, elle a lieu dans le plus grand calme. \u00c0 5h, apr\u00e8s le salut \u00e0 l\u2019Adoration, nous prenons une voiture et allons respirer l\u2019air pur dans la campagne, du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Avrill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 juin 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 20 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman et Philo partent, par le train de 11 \u00bd, pour Poitiers&nbsp;; Philo va tenter, pour la 3<sup>e<\/sup> fois, de se faire breveter par l\u2019\u00c9tat&nbsp;; cela vaut-il la peine de se d\u00e9ranger&nbsp;? J\u2019en doute&nbsp;; en tous cas, elle ne reviendra de Poitiers ni plus ni moins savante. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Herv\u00e9-Bazin qui me montre, dans <em>L\u2019Echo r\u00e9gional<\/em> de ce mois-ci, un article \u00e9videmment \u00e9crit dans l\u2019intention de r\u00e9pondre \u00e0 ma lettre \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em> au sujet de la Marseillaise qui, d\u00e9cid\u00e9ment, a rudement emb\u00eat\u00e9 les ralli\u00e9s&nbsp;; c\u2019est un dialogue entre un jeune homme qui veut introduire la jeunesse catholique dans une paroisse et le cur\u00e9&nbsp;; apr\u00e8s diff\u00e9rents sujets, au cours desquels il est trop souvent question du \u00ab&nbsp;flot montant de la d\u00e9mocratie&nbsp;\u00bb que les Catholiques doivent suivre et canaliser afin de ne pas \u00eatre submerg\u00e9 par lui, on en arrive \u00e0 la question de la Marseillaise&nbsp;; et le cur\u00e9 dit au jeune homme que cet hymne jou\u00e9 assez souvent par des groupes de jeunesse catholique donne une couleur politique \u00e0 l\u2019association (c\u2019est le sens de ma lettre)&nbsp;; le jeune homme r\u00e9pond que pas du tout&nbsp;; la Marseillaise n\u2019est consid\u00e9r\u00e9e que comme un chant patriotique et militaire, et non comme un hymne r\u00e9volutionnaire, et ne doit pas plus offusquer le jeune catholique non-r\u00e9publicain qu\u2019elle n\u2019offusque le petit vicomte royaliste qui l\u2019entend jouer par la musique de son r\u00e9giment&nbsp;! Comme si on pouvait comparer une \u00ab&nbsp;association&nbsp;\u00bb o\u00f9 l\u2019on entre librement et sous certaines conditions, \u00e0 un r\u00e9gime o\u00f9 l\u2019on est sous le joug de la discipline militaire et o\u00f9 l\u2019on n\u2019est ma\u00eetre ni de ses mouvements ni de ses paroles&nbsp;!!! Ce qui ressort de cela et de la conversation que j\u2019ai eue avec Normand d\u2019Authon, c\u2019est que l\u2019on est bien d\u00e9cid\u00e9, dans l\u2019A.C.J.F., \u00e0 ne pas attacher d\u2019importance \u00e0 la Marseillaise et \u00e0 ne rien faire pour emp\u00eacher des r\u00e9publicains de la jouer au risque de froisser les sentiments des membres non r\u00e9publicains de l\u2019association&nbsp;; reste \u00e0 savoir si ces derniers consentiront \u00e0 se laisser marcher dessus et s\u2019ils supporteront toujours que l\u2019on soit plein de complaisance pour les r\u00e9publicains de l\u2019association alors que les royalistes, \u00e0 la moindre incartade, et souvent sans sujet, sont trait\u00e9s avec rigueur. Le soir, une lettre d\u2019Ille nous annonce les fian\u00e7ailles de ma cousine Th\u00e9r\u00e8se de Barescut avec un M. Delcros de Ferran<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a>, de C\u00e9ret, attach\u00e9 au Cr\u00e9dit Lyonnais&nbsp;; le mariage aura probablement lieu pendant les vacances, et tout porte \u00e0 croire que nous y assisterons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 21 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h, j\u2019assiste avec papa \u00e0 la messe du p\u00e8lerinage de l\u2019Universit\u00e9 au Sacr\u00e9-C\u0153ur, \u00e0 la Madeleine&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion&nbsp;; \u00e0 la sortie, Jean du R\u00e9au<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a> me dit qu\u2019il est cit\u00e9 pour samedi devant le Tribunal correctionnel. Je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s toute la journ\u00e9e&nbsp;; je pense beaucoup \u00e0 Philom\u00e8ne qui compose aujourd\u2019hui. L\u2019affaire du million des Chartreux<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a> se corse de plus en plus. Edgard Combes a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s convaincu de mensonge par la commission d\u2019enqu\u00eate&nbsp;; \u00e0 chaque s\u00e9ance, l\u2019honneur de Combes s\u2019effondre un peu plus. Tout fait pr\u00e9sager que le minist\u00e8re ne survivra pas \u00e0 cet oc\u00e9an de boue. Pour nous, croyants, les raisons de croire \u00e0 l\u2019effondrement prochain de ces bandits sont doubles&nbsp;: d\u2019abord, Combes a attaqu\u00e9 le pape, il ne peut donc prosp\u00e9rer longtemps&nbsp;; et, en second lieu, cette affaire du million des Chartreux a \u00e9t\u00e9 soulev\u00e9e par Combes lui-m\u00eame dans un moment d\u2019\u00e9garement je pense, le jour de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur le vendredi 10 juin&nbsp;! N\u2019y-a-t-il pas l\u00e0 une preuve que c\u2019est le Sacr\u00e9-C\u0153ur qui m\u00e8ne tout cela&nbsp;? Voil\u00e0 Combes au sommet de sa puissance&nbsp;; tout \u00e0 coup, sans savoir ni pourquoi ni comment, il soul\u00e8ve cette affaire du million des Chartreux, \u00e0 laquelle personne ne pensait plus, pour \u00e9craser un rival politique&nbsp;; elle se retourne contre lui&nbsp;; une commission d\u2019enqu\u00eate est nomm\u00e9e&nbsp;; elle est en majorit\u00e9 antiminist\u00e9rielle, et les r\u00e9v\u00e9lations qui se produisent devant elle sont de plus en plus accablantes pour Combes et pour son fils. N\u2019y a-t-il pas lieu de penser que le Sacr\u00e9-C\u0153ur m\u00e8nera les choses jusqu\u2019au bout, et que Combes le tout-puissant (en apparence) aura la honte de tomber \u00e0 propos d\u2019une affaire dans laquelle les P\u00e8res Chartreux (des congr\u00e9ganistes&nbsp;!) lui ont donn\u00e9 une le\u00e7on d\u2019honn\u00eatet\u00e9&nbsp;? Et n\u2019allons-nous pas assister, une fois de plus, \u00e0 la confirmation de cette parole c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Qui mange du pape en cr\u00e8ve&nbsp;\u00bb&nbsp;? Je l\u2019esp\u00e8re. Qui sait m\u00eame si tout cela n\u2019est pas le commencement de la r\u00e9alisation de la proph\u00e9tie du cur\u00e9 d\u2019Ars d\u2019apr\u00e8s laquelle la pers\u00e9cution religieuse doit prendre fin et la France doit \u00eatre sauv\u00e9e en 1904&nbsp;? Herv\u00e9-Bazin me disait hier que le cur\u00e9 d\u2019Ars, voyant une fois le cardinal Lang\u00e9nieux tout jeune, lui avait pr\u00e9dit qu\u2019il deviendrait \u00e9v\u00eaque, archev\u00eaque de Reims, et qu\u2019il sacrerait un roi de France&nbsp;; comme cette pr\u00e9diction s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e jusqu\u2019ici, pourquoi ne se r\u00e9aliserait-elle pas jusqu\u2019au bout&nbsp;? En tout cas, la chose ne peut tarder, car le cardinal Lang\u00e9nieux a 80 ans. Dieu veuille que la proph\u00e9tie soit vraie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 22 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui \u00e0 11 heures que devait \u00eatre affich\u00e9e \u00e0 Poitiers la liste des candidates au brevet d\u00e9clar\u00e9es admissibles&nbsp;; c\u2019est donc vers 1 heure que nous pensions recevoir une d\u00e9p\u00eache de Philom\u00e8ne. Mais une carte postale de Philo nous fait savoir que la liste sera affich\u00e9e \u00e0 5h du soir&nbsp;; nous ne devons donc pas attendre la d\u00e9p\u00eache avant 6h \u00bd ou 7 heures. Je travaille toute la journ\u00e9e&nbsp;; entre temps, je lis avec int\u00e9r\u00eat tout ce qui s\u2019\u00e9crit au sujet de l\u2019affaire du million des Chartreux, et j\u2019\u00e9prouve une douce jouissance \u00e0 voir le bloc r\u00e9publicain se d\u00e9battre dans les affres de la mort. \u00c0 6h \u00bd, la d\u00e9p\u00eache de Philo n\u2019\u00e9tait pas encore arriv\u00e9e&nbsp;; nous commen\u00e7ons \u00e0 \u00eatre inquiets&nbsp;; \u00e0 7h, pas de d\u00e9p\u00eache, nous n\u2019avons plus d\u2019espoir, et quand nous voyons, \u00e0 8h10, au moment de sortir, que rien n\u2019est arriv\u00e9, nous ne nous faisons plus aucune illusion, et, tout le temps de la promenade, nous ne parlons que de l\u2019\u00e9chec de Philom\u00e8ne et de ses causes probables. Nous allons au salut \u00e0 l\u2019Adoration, puis nous nous promenons sur l\u2019avenue Jeanne d\u2019Arc. En rentrant, Louis nous dit qu\u2019une d\u00e9p\u00eache est arriv\u00e9e vers 8h \u00bc&nbsp;; nous pensons d\u2019abord que c\u2019est Maman qui nous annonce qu\u2019elle va arriver par le train de 1h du matin&nbsp;; Papa l\u2019ouvre, et, \u00f4, surprise&nbsp;! C\u2019est Philom\u00e8ne qui nous fait part de son admissibilit\u00e9&nbsp;; c\u2019est bien ce que l\u2019on peut appeler une bonne surprise, car nous n\u2019y comptions plus. La d\u00e9p\u00eache a \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9e \u00e0 6h55&nbsp;; sans doute, la proclamation a d\u00fb faire attendre. Nous sommes bien heureux que les efforts et le travail pers\u00e9v\u00e9rant de Philo soient enfin couronn\u00e9s de succ\u00e8s. Demain sans doute, seconde et peut-\u00eatre m\u00eame 3<sup>\u00e8me<\/sup> \u00e9preuve.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 23 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue \u00e0 me tenir tout le temps au travail&nbsp;; mais, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je suis oblig\u00e9 de faire plusieurs courses \u00e0 bicyclette pour organiser une r\u00e9union du conseil particulier de Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; apr\u00e8s divers pourparlers, je la fixe \u00e0 demain soir d\u2019accord avec M. Frog\u00e9. Le soir, nous sommes \u00e9tonn\u00e9s et inquiets de ne pas recevoir de nouvelles de&nbsp;l\u2019examen oral de Philom\u00e8ne&nbsp;; nous commen\u00e7ons \u00e0 la croire coll\u00e9e&nbsp;; le seul espoir qui nous reste est qu\u2019elle ne l\u2019ait pas pass\u00e9 aujourd\u2019hui, mais c\u2019est invraisemblable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 24 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame, c\u2019est une grand\u2019messe. Je travaille toute la journ\u00e9e, et ne m\u2019interromps, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, que pour aller un moment chez le dentiste et aller faire une tr\u00e8s courte visite \u00e0 Lucas. Le soir, r\u00e9union du conseil particulier&nbsp;; c\u2019est une r\u00e9union extraordinaire&nbsp;; c\u2019est, d\u2019ailleurs, la derni\u00e8re avant les vacances. Apr\u00e8s la r\u00e9union, je me prom\u00e8ne un bon moment avec M. Baugas et je lui parle une derni\u00e8re fois de mon sujet de th\u00e8se. Je suis maintenant compl\u00e8tement d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 prendre le sujet suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Du probl\u00e8me de l\u2019assurance contre l\u2019invalidit\u00e9 et la vieillesse&nbsp;; l\u2019initiative priv\u00e9e, le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, l\u00e9gislation compar\u00e9e&nbsp;\u00bb. M. Baugas trouve que ce choix est excellent. Je vais retenir ce sujet \u00e0 Caen. Si je suis re\u00e7u \u00e0 mon prochain examen, je compte faire ma th\u00e8se l\u2019hiver prochain jusqu\u2019\u00e0 P\u00e2ques&nbsp;; de P\u00e2ques au mois de juillet, pr\u00e9parer mon second examen de doctorat, et soutenir ma th\u00e8se en octobre ou novembre 1905, avant le service militaire&nbsp;; de cette fa\u00e7on, si tout marche sans anicroche, je serai d\u00e9livr\u00e9 du souci de mon doctorat avant d\u2019entrer \u00e0 la caserne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au sujet de Philom\u00e8ne, nous avons des nouvelles&nbsp;; elle a pass\u00e9 hier avec succ\u00e8s la seconde s\u00e9rie d\u2019\u00e9preuves, et elle a pass\u00e9 une partie de l\u2019oral&nbsp;: chant, histoire, g\u00e9ographie, elle a bien r\u00e9pondu \u00e0 tout, sauf \u00e0 l\u2019histoire&nbsp;; elle doit passer aujourd\u2019hui sans doute les math\u00e9matiques et les sciences, et le r\u00e9sultat d\u00e9finitif ne sera proclam\u00e9 que samedi&nbsp;; que c\u2019est long&nbsp;! Mais nous pouvons consid\u00e9rer Philom\u00e8ne comme assur\u00e9e du succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 25 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille le matin dans ma chambre. \u00c0 midi \u00bd, j\u2019assiste \u00e0 l\u2019audience du Tribunal correctionnel o\u00f9,&nbsp;apr\u00e8s quelques affaires ordinaires, on juge Du R\u00e9au&nbsp;; de suite apr\u00e8s lui, on juge un apache qui a jet\u00e9 2 pierres sur nous le 5 juin au tertre Saint-Laurent&nbsp;; l\u2019apache n\u2019\u00e9tait provoqu\u00e9 ni menac\u00e9 par personne, un agent qui l\u2019a vu vient l\u2019\u00e9tablir, il attrape 6 jours de prison sans sursis, je pensais qu\u2019il serait plus sal\u00e9 car un autre apache qui avait \u00e9t\u00e9 vu jetant des pierres et qui avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, il y a quinze jours, \u00e0 quinze jours de prison. Quant \u00e0 Du R\u00e9au, il a soutenu qu\u2019il \u00e9tait en cas de l\u00e9gitime d\u00e9fense en frappant un apache, car il avait re\u00e7u deux pierres (ses t\u00e9moins l\u2019\u00e9tablissent)&nbsp;; mais le minist\u00e8re public n\u2019admet pas que l\u2019on puisse frapper indistinctement dans un groupe, alors m\u00eame que ce groupe vient de vous lapider, si l\u2019on n\u2019a pas la preuve que l\u2019individu sur lequel on tape est bien celui qui avait lanc\u00e9 la pierre m\u00eame qui vous a atteint&nbsp;! D\u2019apr\u00e8s le procureur, il fallait, avant de frapper, s\u2019enqu\u00e9rir de ce point. En v\u00e9rit\u00e9, il en parle bien \u00e0 son aise, c\u2019\u00e9tait facile&nbsp;! Et si cette th\u00e9orie \u00e9tait suivie, il n\u2019y aurait plus, pratiquement, lorsqu\u2019on est en face d\u2019un groupe un peu nombreux d\u2019agresseurs qui vous lapident, qu\u2019\u00e0 se croiser les bras et \u00e0 dire&nbsp;: continuez&nbsp;!!! Le Tribunal semble bien admettre cette th\u00e9orie saugrenue, puisqu\u2019il condamne Du R\u00e9au \u00e0 un jour d\u2019emprisonnement, avec sursis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au retour du Tribunal, nous trouvons la d\u00e9p\u00eache de Maman qui nous annonce le succ\u00e8s d\u00e9finitif de Philom\u00e8ne et leur retour, \u00e0 toutes deux, pour cette nuit&nbsp;; Dieu soit lou\u00e9&nbsp;! \u00c0 4h \u00bd, je vais me confesser&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 26 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 7h moins le quart, je suis \u00e0 la Madeleine pour le p\u00e8lerinage des conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul. Au retour, je puis causer avec Maman et Philom\u00e8ne arriv\u00e9es dans la nuit&nbsp;; elles me racontent les diverses p\u00e9rip\u00e9ties de l\u2019examen. Je travaille dans ma chambre une partie de la matin\u00e9e&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, M. Maurice Gavouy\u00e8re vient m\u2019annoncer que je ne passerai mon examen,&nbsp;\u00e0 Caen, que le 26 juillet&nbsp;; dans un mois&nbsp;! Je m\u2019attendais \u00e0 le passer vers le 10 juillet et je pensais \u00eatre libre de mes mouvements dans quinze jours, aussi la perspective de n\u2019\u00eatre libre que dans un mois me d\u00e9sole. Je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration, puis Maman et moi nous prenons une voiture et nous allons nous promener \u00e0 Sainte-Gemmes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 30 juin 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 27 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin (j\u2019ai le temps d\u00e9sormais), je vais faire, de 8h \u00bd \u00e0 9h \u00bd, une jolie promenade \u00e0 b\u00e9cane autour de Saint-Barth\u00e9lemy, 10 \u00e0 12 kilom\u00e8tres, puis je travaille un peu. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de M. Jean Bartre, p\u00e9pini\u00e9riste \u00e0 Ille et de sa jeune femme, Mlle Lucie Saly<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a>, d\u2019Ille, qui font leur voyage de noces et qui, passant \u00e0 Angers, ont eu la pens\u00e9e de venir nous voir&nbsp;; nous les invitons \u00e0 d\u00eener. Ils nous apprennent une nouvelle qui nous \u00e9tonne beaucoup&nbsp;; c\u2019est celle des fian\u00e7ailles de Ren\u00e9 de Chefdebien avec Mlle Sire, de Corb\u00e8re&nbsp;; cette demoiselle Sire a beaucoup de fortune par son p\u00e8re (aucune fortune par sa m\u00e8re, Mlle de Vilar)<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a>&nbsp;; mais les Sire sont litt\u00e9ralement bourr\u00e9s de biens d\u2019\u00e9migr\u00e9s&nbsp;; ils ont notamment \u00e0 Corb\u00e8re une importante m\u00e9tairie qui appartenait, avant la R\u00e9volution, \u00e0 mon anc\u00eatre le chevalier de Sabater (elle lui a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e, tant vaut dire vol\u00e9e, parce qu\u2019il \u00e9tait all\u00e9 mettre sa t\u00eate \u00e0 l\u2019abri, en Espagne)&nbsp;; une autre grosse m\u00e9tairie qu\u2019ils ont tout pr\u00e8s de notre m\u00e9tairie de Saint-Martin \u00e0 Ille appartenait aux De Gispert&nbsp;; etc.&nbsp;; dans ces conditions, je m\u2019\u00e9tonne qu\u2019un jeune homme de la bonne soci\u00e9t\u00e9 et dont la famille a toujours \u00e9t\u00e9 dans les meilleures traditions, comme Ren\u00e9 de Chefdebien, consente \u00e0 \u00e9pouser Mlle Sire&nbsp;; pour certaines personnes, il est vrai, l\u2019argent n\u2019a pas d\u2019odeur. Pour Edgar Combes par exemple&nbsp;; \u00e0 propos de l\u2019affaire du million des Chartreux, M. Bartre nous raconte qu\u2019il tient du juge d\u2019instruction de Nice qu\u2019Edgard Combes n\u2019a consenti \u00e0 autoriser le baccarat au casino de Nice que moyennant le versement de \u00ab&nbsp;un million&nbsp;\u00bb par le tenancier&nbsp;; l\u2019entremetteur a \u00e9t\u00e9 un nomm\u00e9 Marquette, le m\u00eame qui s\u2019est pr\u00eat\u00e9 \u00e0 la n\u00e9gociation de l\u2019autorisation, dans les m\u00eames conditions ou \u00e0 peu pr\u00e8s, de la maison de jeux d\u2019Aix-les-Bains&nbsp;; le juge d\u2019instruction de Nice ne parle pas, de peur d\u2019\u00eatre r\u00e9voqu\u00e9&nbsp;; ah oui&nbsp;! Elle a de jolis dessous cette r\u00e9publique qui \u00e9tait si belle sous l\u2019Empire&nbsp;! Elle en arrive, pour cacher ses turpitudes, \u00e0 ressusciter les plus vieilles maximes de la monarchie absolue. C\u2019est ainsi que le procureur g\u00e9n\u00e9ral Bulot, interrog\u00e9 l\u2019autre jour devant la commission du million des Chartreux, sur les raisons qui l\u2019avaient pouss\u00e9 \u00e0 interrompre arbitrairement une proc\u00e9dure engag\u00e9e l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 propos de cette affaire, a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 d\u2019avouer qu\u2019il n\u2019avait aucune raison juridique, et que, s\u2019il a interrompu la proc\u00e9dure, c\u2019est parce qu\u2019une volont\u00e9 sup\u00e9rieure s\u2019est manifest\u00e9e&nbsp;; c\u2019\u00e9tait \u00ab&nbsp;la raison d\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;le fait du prince&nbsp;\u00bb si vous voulez, a dit M. Bulot&nbsp;! Le prince, en l\u2019esp\u00e8ce, c\u2019\u00e9tait M. Combes ou plut\u00f4t son Edgar<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a>&nbsp;; et la raison d\u2019\u00c9tat, ce n\u2019est pas dans l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur du pays qu\u2019on l\u2019invoquait, c\u2019\u00e9tait dans la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas d\u00e9voiler les concussions de Combes et de son fils. Ah les voleurs&nbsp;!!!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour oublier un peu toutes ces salet\u00e9s, j\u2019ai eu la curiosit\u00e9 de relire le premier fascicule de l\u2019<em>Enqu\u00eate sur la monarchie<\/em> par Charles Maurras, d\u00e9j\u00e0 vieux de 4 ans, et qui a \u00e9t\u00e9, on peut le dire, le point de d\u00e9part du mouvement n\u00e9o-royaliste que nous voyons aujourd\u2019hui se d\u00e9velopper de plus en plus. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de la pr\u00e9cision avec laquelle les royalistes de 1900 avaient vu ce que deviendraient les partis d\u2019alors&nbsp;; pour le parti nationaliste, qui \u00e9tait alors dans toute sa vigueur et dans toute l\u2019\u00e9clat que lui promettait sa r\u00e9cente victoire \u00e0 Paris, les royalistes pr\u00e9disaient qu\u2019il s\u2019affaiblirait et finirait par perdre toute l\u2019influence faute d\u2019une doctrine positive&nbsp;; ils ne disaient que trop vrai&nbsp;; nous l\u2019avons vu au mois de mai&nbsp;; les nationalistes, qui ont un moment effray\u00e9 le gouvernement, perdent de plus en plus de terrain, et cela \u00e9videmment, faute d\u2019une doctrine positive qui les unisse d\u2019abord entre eux, et qui les fasse accepter par l\u2019opinion&nbsp;; aussi, un assez grand nombre de nationalistes ont abandonn\u00e9 la cocarde r\u00e9publicaine et sont venus au nationalisme int\u00e9gral, \u00e0 la monarchie&nbsp;; mais beaucoup d\u2019autres n\u2019osent pas se d\u00e9clarer antir\u00e9publicains, ils s\u2019imaginent que le peuple veut \u00e0 tout prix la r\u00e9publique, et ne voient pas qu\u2019ils manquent de logique en invitant les Fran\u00e7ais \u00e0 renverser le gouvernement sans leur proposer un autre gouvernement \u00e0 mettre \u00e0 la place&nbsp;; ils ne savent donc pas que l\u2019on ne d\u00e9truit que ce que l\u2019on remplace&nbsp;! Le m\u00eame reproche pourrait \u00eatre adress\u00e9 \u00e0 trop de Catholiques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 28 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 b\u00e9cane du c\u00f4t\u00e9 de Saint-L\u00e9onard, puis je travaille \u00e0 la pr\u00e9paration de mon examen. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me dis que, si ce qu\u2019a racont\u00e9 hier M. Jean Bartre est vrai, il y a l\u00e0 une piste qu\u2019il ne faut pas n\u00e9gliger&nbsp;; aussi, sans nommer M. Bartre, j\u2019\u00e9cris ce qu\u2019il a racont\u00e9 \u00e0 M. Fabien Cesbron<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\">[45]<\/a>, d\u00e9put\u00e9 de Baug\u00e9, membre de la commission d\u2019enqu\u00eate&nbsp;; il est \u00e0 craindre que le cabinet noir ne lui laisse pas parvenir cette lettre&nbsp;! Le soir, Philom\u00e8ne re\u00e7oit une lettre de Bonne Maman qui lui dit qu\u2019\u00e0 la suite d\u2019un incident sans importance qui s\u2019est produit \u00e0 un enterrement entre le vicaire et un groupe de jeunes gens porteurs d\u2019un drap mortuaire, le conseil municipal de Vin\u00e7a a invit\u00e9 le maire \u00e0 interdire les processions, et le maire l\u2019a fait&nbsp;; cela ne s\u2019\u00e9tait jamais vu \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; quel scandale&nbsp;! Les Magu\u00e9, qui sont arriv\u00e9s \u00e0 Alger hier soir, nous t\u00e9l\u00e9graphient que leur travers\u00e9 a \u00e9t\u00e9 excellente.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-114542.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"348\" height=\"547\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-114542.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-269\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-114542.jpg 348w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-114542-191x300.jpg 191w\" sizes=\"auto, (max-width: 348px) 100vw, 348px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Fabien Cesbron (1862-1931), d\u00e9put\u00e9 du Maine-et-Loire de 1902 \u00e0 1906 et s\u00e9nateur de 1911 \u00e0 1920 \u2013 Base de donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alogique \u00ab\u00a0Pierfit\u00a0\u00bb (http:\/\/gw.geneanet.org\/pierfit)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 29 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mes examens continuent \u00e0 m\u2019occuper beaucoup. Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Le S\u00e9nat est en train de voter la loi, d\u00e9j\u00e0 vot\u00e9e par la Chambre, qui interdit aux congr\u00e9ganistes, m\u00eame autoris\u00e9s, d\u2019enseigner&nbsp;; c\u2019est une formidable restriction \u00e0 la libert\u00e9 d\u2019enseignement, et c\u2019est un acheminement vers le monopole. M. de Lamarzelle et d\u2019autres s\u00e9nateurs de droite, quelques r\u00e9publicains amis de la libert\u00e9 m\u00eame, s\u2019\u00e9l\u00e8vent avec \u00e9nergie contre ce projet&nbsp;; peine perdue&nbsp;! Combes r\u00e9pond \u00e0 peine, et le projet passera comme \u00e0 la Chambre et 300.000 enfants seront violent\u00e9s dans leurs consciences, et la libert\u00e9 des p\u00e8res de famille sera, en fait, supprim\u00e9e dans un tr\u00e8s grand nombre de communes, et les municipalit\u00e9s seront contraintes par les pr\u00e9fets de construire de nouvelles \u00e9coles dont le besoin ne se faisait pas sentir, nouvelle atteinte aux libert\u00e9s municipales&nbsp;; et tout passera, et les \u00e9lecteurs se contenteront de hausser les \u00e9paules, tant ils sont faits \u00e0 la tyrannie jacobine&nbsp;; ah, malheureuse France&nbsp;! Ah malheureux enfants \u00e9lev\u00e9s sans l\u2019id\u00e9e de Dieu&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 30 juin 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 \u00c9couflant \u00e0 bicyclette, puis je me mets au travail&nbsp;; je travaille aussi une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; le soir, nous allons au salut \u00e0 l\u2019Adoration&nbsp;: sermon de l\u2019abb\u00e9 Delahaye.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juillet 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 juillet 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 1<sup>er<\/sup> juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 \u00e0 Notre-Dame. Je travaille matin et soir. Dans le courrier de 5 heures arrive pour Maman une lettre de Lille que j\u2019attendais avec impatience&nbsp;; elle a trait \u00e0 la famille Delebart<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. En effet, au banquet des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des universit\u00e9s catholiques le 29 mai chez le doyen de la Facult\u00e9 de Paris, Papa avait pour voisin de table un professeur de la Facult\u00e9 de Lille&nbsp;; la conversation \u00e9tant venue \u00e0 tomber sur la famille Delebart \u00e0 propos du Roussillon, il a sembl\u00e9 \u00e0 Papa que son coll\u00e8gue de Lille, en disant que cette famille avait acquis une fortune tr\u00e8s consid\u00e9rable dans l\u2019industrie, faisait quelques sous-entendus et avait quelques r\u00e9ticences sur la fa\u00e7on dont cette fortune avait \u00e9t\u00e9 faite&nbsp;; \u00e0 son retour, Papa (qui n\u2019a pas voulu faire parler ce professeur) m\u2019a racont\u00e9 cela&nbsp;; et comme je sais que Mgr de Carsalade parlera de moi aux Delebart, \u00e0 Caladroy, les vacances prochaines (il l\u2019a encore dit \u00e0 Papa, \u00e0 P\u00e2ques), je n\u2019ai pas voulu le laisser parler sans tirer cela au clair&nbsp;; Maman a \u00e9crit \u00e0 un pr\u00eatre de Lille en le priant, confidentiellement, de nous dire si la famille Delebart est bien vue \u00e0 Lille&nbsp;; si elle passe pour une famille chr\u00e9tienne et si la fortune a \u00e9t\u00e9 acquise honorablement&nbsp;; c\u2019est la r\u00e9ponse de ce pr\u00eatre que nous avons re\u00e7ue aujourd\u2019hui&nbsp;; elle nous confirme, ce que nous savions d\u00e9j\u00e0, que la fortune a \u00e9t\u00e9 acquise tout enti\u00e8re dans la filature fond\u00e9e par le p\u00e8re de M. Delebart&nbsp;; que les Delebart ont mari\u00e9 leurs 3 premi\u00e8res filles dans des milieux tr\u00e8s honorables et tr\u00e8s chr\u00e9tiens, et il nous dit que Mlle Ren\u00e9e a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e aux Oiseaux \u00e0 Paris&nbsp;; ces renseignements, quoiqu\u2019un peu incomplets, sont bons, surtout s\u2019ajoutant \u00e0 ceux que nous avions re\u00e7us l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier&nbsp;; cependant, comme je veux une certitude absolue (car, pour une chose aussi grave \u00e0 d\u00e9cider, je ne veux rien laisser dans le doute) je vais faire prendre de nouveaux renseignements aupr\u00e8s de M. F\u00e9ron-Vrau, directeur de <em>La Croix<\/em>, lui-m\u00eame grand filateur dans le Nord. Le moment o\u00f9 Monseigneur s\u2019occupera de ce projet approche&nbsp;; aussi j\u2019y pense de plus en plus&nbsp;; comment tournera-t-il&nbsp;? Je m\u2019en remets pour cela, sans arri\u00e8re-pens\u00e9e, \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 2 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 bicyclette&nbsp;; je vais \u00e0 \u00c9couflant par la Chalou\u00e8re et je reviens par Saint-Sylvain et la route de Paris&nbsp;; puis je me mets au travail. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser, je travaille, je vais voir Maurice Lucas. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;dimanche 3 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons tous \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 nous faisons la sainte communion&nbsp;; ensuite, je lis les journaux et je travaille. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons aux v\u00eapres de Saint-Serge et \u00e0 la procession&nbsp;; ensuite, avec Maman et Philom\u00e8ne, je vais me promener en voiture \u00e0 Saint-Barth\u00e9lemy et Saint-L\u00e9onard. Le soir, je vais avec Maman et Philo \u00e0 la musique au Mail&nbsp;; Papa, qui souffre depuis quelques jours de fortes douleurs n\u00e9vralgiques \u00e0 la t\u00eate, n\u2019y vient pas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 juillet 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 4 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, Maman re\u00e7oit une lettre de notre cousine Pichard de La Caill\u00e8re qui nous invite tous \u00e0 nous arr\u00eater chez elle, soit \u00e0 Fontenay-le-Comte, soit \u00e0 la campagne, en partant pour le Midi&nbsp;; Maman va lui r\u00e9pondre que nous acceptons avec grand plaisir. Je fais une balade \u00e0 b\u00e9cane&nbsp;: Pignerol, Tr\u00e9laz\u00e9, Saint-L\u00e9onard, Angers. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez le dentiste puis je vais voir Herv\u00e9-Bazin. Le soir, je me prom\u00e8ne avec Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 5 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille ferme matin et soir&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, derni\u00e8re s\u00e9ance du dentiste&nbsp;; le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 6 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait une chaleur torride, pas autant qu\u2019\u00e0 Alger cependant&nbsp;; Tante Josepha nous \u00e9crit, en effet, que de 11h \u00e0 5h, on ne peut pas songer \u00e0 mettre le nez dehors&nbsp;; elle nous vante beaucoup sa nouvelle r\u00e9sidence et sa maison qui, para\u00eet-il, est charmante&nbsp;; elle nous engage \u00e0 aller la voir bient\u00f4t, nous irons peut-\u00eatre en octobre prochain. Le S\u00e9nat a vot\u00e9 hier la loi, vot\u00e9e en mars par la Chambre, qui interdit l\u2019enseignement aux congr\u00e9ganistes&nbsp;; par suite de cette loi, 10.000 Fr\u00e8res, 12.000 religieuses vont \u00eatre expuls\u00e9s, 9000 \u00e9coles vont \u00eatre ferm\u00e9es brutalement, 400.000 enfants vont \u00eatre jet\u00e9s dans la rue, un trou d\u2019une foule de millions va \u00eatre fait tous les ans dans le budget&nbsp;; et toutes ces d\u00e9sastreuses cons\u00e9quences pour assouvir la passion sectaire d\u2019une poign\u00e9e de francs-ma\u00e7ons juda\u00efsants dont les hypoth\u00e8ses philosophiques sont en contradiction avec la foi catholique de 37 millions de Fran\u00e7ais&nbsp;! Ah, les coquins&nbsp;! En vain les royalistes de Lamarzelle, de Blois, de Monfort, les mod\u00e9r\u00e9s Wallon, Vidal de Saint-Urbain, Guillier ont-ils adjur\u00e9 les vieux g\u00e2teux du Luxembourg de ne pas commettre cette nouvelle inf\u00e2mie, de respecter au moins les \u00e9coles professionnelles&nbsp;; rien n\u2019y a fait, tous les amendements ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s&nbsp;; tous ces magnifiques discours sont venus se briser devant la r\u00e9solution sectaire de ces ca\u00efmans qui ont jur\u00e9 de d\u00e9truire toutes les institutions chr\u00e9tiennes de la France&nbsp;; ah, qu\u2019une rang\u00e9e de ba\u00efonnettes aurait mieux valu que tous ces beaux discours&nbsp;! Qui viendra avec ces ba\u00efonnettes faire rentrer sous terre l\u2019ignoble bande qui tyrannise la France et r\u00e9tablir le roi&nbsp;? Je ne sais&nbsp;; mais il me semble impossible que Dieu ne nous tire pas bient\u00f4t des griffes de ces bandits qui se jouent de nos droits, de nos libert\u00e9s et qui traitent la France en pays conquis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 7 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par le courrier du matin, Maman re\u00e7oit une lettre de Tata Mimi qui a vu elle-m\u00eame M. F\u00e9ron-Vrau<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\">[47]<\/a> \u00e0 qui elle s\u2019est fait pr\u00e9senter par un P\u00e8re assomptionniste&nbsp;; elle a demand\u00e9 \u00e0 M. F.V. les renseignements que nous voulons avoir, et les renseignements ont \u00e9t\u00e9 excellents. M. F\u00e9ron-Vrau, qui est tr\u00e8s au courant des industries du Nord, a dit \u00e0 Tata Mimi qu\u2019il n\u2019avait jamais rien entendu dire qui p\u00fbt lui faire croire que la famille Delebart ait employ\u00e9 des moyens suspects pour r\u00e9ussir dans son industrie&nbsp;; il a ajout\u00e9 que cette famille est bien pos\u00e9e \u00e0 Lille, que l\u2019une des filles de M. Delebart a \u00e9pous\u00e9 le fils d\u2019un professeur de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Lille etc. Ces renseignements, pris aux meilleures sources, et venant s\u2019ajouter \u00e0 tous les autres, ne me laissent plus aucune incertitude sur le compte de la famille Delebart. Il n\u2019y a plus qu\u2019\u00e0 aller de l\u2019avant en se recommandant \u00e0 Dieu&nbsp;; c\u2019est ce que je ferai pendant les vacances&nbsp;; Dieu conduira les choses conform\u00e9ment \u00e0 ses desseins sur moi. La premi\u00e8re chose \u00e0 faire sera de t\u00e2cher de voir Mlle Ren\u00e9e d\u2019un peu plus pr\u00e8s et un peu mieux que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re pour savoir si elle me pla\u00eet, car c\u2019est l\u00e0 l\u2019essentiel&nbsp;; si elle ne me pla\u00eet pas, ses millions ne me la feront pas \u00e9pouser. Enfin, \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu&nbsp;! La temp\u00e9rature est encore plus torride qu\u2019hier&nbsp;; aussi, je ne sors que tr\u00e8s peu dans la journ\u00e9e. Le soir, nous cherchons en vain la fra\u00eecheur au Mail, \u00e0 la musique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 8 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir malgr\u00e9 la temp\u00e9rature s\u00e9n\u00e9galienne (il y a 34\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre). Le soir, vers 6h \u00bd, nous avons la visite de M. Ernest Renault<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\">[48]<\/a>, le nouveau directeur du <em>Soleil<\/em>. Nous ne le connaissions pas, mais passant \u00e0 Angers, il a eu l\u2019id\u00e9e de voir quelques royalistes d\u2019Angers (ceux, du moins, qui y sont encore dans cette saison), et c\u2019est pourquoi nous avons sa visite&nbsp;; c\u2019est un homme charmant&nbsp;; il m\u2019explique le changement qui a eu lieu, au mois d\u2019avril, dans la direction du <em>Soleil<\/em>. Parmi les anciens r\u00e9dacteurs de ce journal, il y en avait quelques-uns comme Maurras et Vaugeois, de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, qui, tout en rendant dans cette revue de tr\u00e8s grands services \u00e0 la cause royaliste, n\u2019\u00e9taient pas tr\u00e8s \u00e0 leur place dans <em>Le Soleil<\/em>, \u00e0 cause de leurs opinions philosophiques (ce sont des disciples de Comte, des positivistes)&nbsp;; le duc d\u2019Orl\u00e9ans a mieux aim\u00e9 voir son journal officiel dirig\u00e9 par des hommes se pla\u00e7ant davantage au point de vue catholique pour la d\u00e9fense de la cause royaliste, et il a charg\u00e9 M. Renault de la direction de son organe officiel. M. Renault cherche \u00e0 r\u00e9pandre de plus en plus son excellent journal&nbsp;; c\u2019est pourquoi il fait, en ce moment, une tourn\u00e9e en province. Le soir, pour me rafra\u00eechir un peu, je vais prendre un bon bain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;samedi 9 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais quelques commissions, dans la matin\u00e9e, avec Philom\u00e8ne&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 5 heures, je vais voir avec Maman chez un marbrier des chemin\u00e9es pour Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; ensuite, je vais me confesser&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Temp\u00e9rature tropicale toute la journ\u00e9e&nbsp;; c\u2019est tr\u00e8s p\u00e9nible au moment o\u00f9 j\u2019ai beaucoup \u00e0 travailler.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 10 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. \u00c0 10 heures, malgr\u00e9 un soleil br\u00fblant, je vais \u00e0 la salle des Quinconces entendre une conf\u00e9rence du lieutenant-colonel Regnard sur les syndicats agricoles&nbsp;; c\u2019est pour amorcer la fondation d\u2019un syndicat des mara\u00eechers d\u2019Angers. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais la sieste jusque vers 3h \u00bd, puis je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration&nbsp;; le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 juillet 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 11 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin vers 11 heures, je vais prendre un bain \u00e0 l\u2019\u00e9cole de natation sur la Maine o\u00f9 on a la place de nager, j\u2019en profite bien. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques commissions et je vais me faire couper les cheveux&nbsp;; vers 5h, un assez violent orage vient rafra\u00eechir la temp\u00e9rature. Nous avons Ren\u00e9 de La Villebiot \u00e0 d\u00eener&nbsp;; \u00e0 9h \u00bc, je l\u2019accompagne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pour avoir des nouvelles des examens&nbsp;; j\u2019apprends que Fourmond est re\u00e7u, mais Padirac coll\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 12 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais faire une promenade \u00e0 bicyclette sur la route des Ponts-de-C\u00e9, le chemin des Trois Paroisses et la route de Sainte-Gemmes, le temps est bien moins chaud. Les cons\u00e9quences de l\u2019abominable loi qui interdit l\u2019enseignement \u00e0 tout congr\u00e9ganiste ne se sont pas fait attendre&nbsp;; <em>L\u2019Officiel <\/em>d\u2019avant-hier et celui d\u2019hier publient une liste de 2398 \u00e9coles tenues par des congr\u00e9ganistes autoris\u00e9s qui doivent \u00eatre ferm\u00e9es d\u2019ici au 31 juillet. 2398&nbsp;! C\u2019est-\u00e0-dire les 2\/3 environ des \u00e9coles atteintes par la loi du 7 juillet&nbsp;; M. Combes avait 10 ans pour les fermer&nbsp;; il n\u2019a pas pris 15 jours. Par l\u2019ordre de ce mis\u00e9rable dont le nom sera vou\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cration de l\u2019Histoire, 300.000 enfants (enfants du peuple pour la plupart) vont \u00eatre priv\u00e9s des ma\u00eetres que leurs parents avaient choisis !!! Que de ruines mat\u00e9rielles et surtout morales&nbsp;!!! Que vont faire ces pauvres congr\u00e9ganistes&nbsp;? Vont-ils essayer de rouvrir leurs \u00e9coles en se s\u00e9cularisant comme l\u2019ont fait beaucoup de ceux dont les \u00e9coles ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es en 1902 et 1903&nbsp;? Je pense que beaucoup l\u2019essaieront, c\u2019est ce qu\u2019ils auront de mieux \u00e0 faire&nbsp;; ils pourront ainsi, par un nouveau et douloureux sacrifice, continuer \u00e0 soigner les \u00e2mes de ces milliers d\u2019enfants du peuple qu\u2019ils ont adopt\u00e9s, en attendant qu\u2019une nouvelle mesure l\u00e9gislative, en supprimant compl\u00e8tement la libert\u00e9 d\u2019enseignement, vienne les priver de ce dernier droit. Ainsi, comme les Catholiques et les conservateurs l\u2019avaient pr\u00e9dit, le tour des congr\u00e9gations autoris\u00e9es est venu apr\u00e8s celui des congr\u00e9gations non autoris\u00e9es. Si ces bandits continuent \u00e0 occuper le pouvoir, ce sera ensuite le tour des pr\u00eatres s\u00e9culiers, en attendant celui des la\u00efques catholiques. Mais ne se trouvera-t-il personne pour les pr\u00e9cipiter hors du pouvoir&nbsp;? Quelle belle occasion aurait apr\u00e8s-demain un g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 poigne&nbsp;! Pendant que pr\u00e9sident et ministres assisteront \u00e0 la revue \u00e0 Longchamp dans la tribune officielle, faire cerner cette tribune et les coffrer tous&nbsp;; quelle bonne petite op\u00e9ration de police&nbsp;! Ne se trouvera-t-il personne pour la tenter&nbsp;? Je travaille matin et soir, car quinze jours seulement me s\u00e9parent de l\u2019examen. Papa a termin\u00e9 ses cours aujourd\u2019hui. Le soir, je me prom\u00e8ne un peu avec Papa&nbsp;; il \u00e9tait temps que ses cours s\u2019achevassent, car il souffre de n\u00e9vralgies \u00e0 la t\u00eate qui ne veulent pas c\u00e9der.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 13 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une grande partie de la journ\u00e9e&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 voir quelques r\u00e9sultats. Au moment m\u00eame o\u00f9 le gouvernement en finit avec les congr\u00e9gations religieuses, un conflit commence \u00e0 s\u2019\u00e9lever avec le Vatican au sujet des \u00e9v\u00eaques de Laval et de Dijon auxquels le pape aurait demand\u00e9 de donner leur d\u00e9mission et qui s\u2019y refuseraient&nbsp;; le gouvernement les soutiendrait&nbsp;; tout est possible&nbsp;! Et il faut nous attendre \u00e0 voir le clerg\u00e9 suivre le sort des congr\u00e9gations&nbsp;; pour en arriver l\u00e0, le gouvernement saisira avec empressement tous les pr\u00e9textes&nbsp;; bien coupables seront ces deux pr\u00e9lats indignes s\u2019ils s\u2019y pr\u00eatent&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 14 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 8h a lieu sous nos fen\u00eatres la revue militaire de toute la garnison&nbsp;; malgr\u00e9 la chaleur tr\u00e8s vive, elle est r\u00e9ussie&nbsp;; cependant, une dizaine de soldats environ se trouvent indispos\u00e9s. Nous pensons beaucoup \u00e0 l\u2019oncle Paul qui, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 pareil jour, commandait son r\u00e9giment et recevait la rosette d\u2019officier de la L\u00e9gion d\u2019honneur&nbsp;; il est bien loin maintenant&nbsp;! M. Delhaye vient, avec son fils et ses filles, profiter de nos fen\u00eatres. Pauvre Arm\u00e9e&nbsp;! On est heureux et fier de la voir au moment o\u00f9 elle est bafou\u00e9e par tant d\u2019\u00e9nergum\u00e8nes sans-patrie et o\u00f9 celui qui devrait la d\u00e9fendre, le ministre de la Guerre, la traite d\u2019une fa\u00e7on scandaleuse. Cet animal d\u2019Andr\u00e9 ne pouvant pas emp\u00eacher le commandant Guignet de faire devant la Cour de Cassation une d\u00e9position qui sera accablante pour le tra\u00eetre Dreyfus, a imagin\u00e9, pour d\u00e9truire l\u2019effet de cette d\u00e9position, un stratag\u00e8me digne du shah de Perse&nbsp;! Il veut faire passer le commandant pour atteint d\u2019ali\u00e9nation mentale&nbsp;! Et, pour cela, il lui a fait subir deux visites m\u00e9dicales dont il a refus\u00e9, \u00e0 la Chambre, de donner les r\u00e9sultats&nbsp;; c\u2019est d\u2019un despotisme oriental&nbsp;! Il faut bien que les dreyfusards aient une peur bleue de la d\u00e9position du commandant Guignet pour imaginer des man\u0153uvres de ce genre&nbsp;! C\u2019est \u00e9gal, si apr\u00e8s des faits pareils ils r\u00e9ussissent \u00e0 faire innocenter leur triste client, ils seront bien na\u00effs s\u2019ils se figurent qu\u2019ils feront croire \u00e0 son innocence&nbsp;; ce ne sera pas moi qu\u2019ils convaincront. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa voir M. du R\u00e9au que nous ne rencontrons pas. Le soir, pour \u00e9chapper un peu \u00e0 la foule qui c\u00e9l\u00e8bre bruyamment (et inconsciemment) la f\u00eate de la France r\u00e9volutionnaire, r\u00e9publicaine et ath\u00e9e, nous allons nous promener du c\u00f4t\u00e9 de la Ma\u00eetre-\u00e9cole, mais nous y cherchons vainement le frais. Le soir, au moment du d\u00eener, nous souhaitons la f\u00eate \u00e0 Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 15 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de la Saint Henri. Ensuite, je travaille \u00e0 11h, je vais me baigner \u00e0 l\u2019\u00e9cole de natation. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille et je fais quelques commissions&nbsp;; le soir, nous allons chercher un peu de fra\u00eecheur du c\u00f4t\u00e9 de la Ma\u00eetre-\u00e9cole. Maman re\u00e7oit une lettre de Madame de Barescut qui change notre plan de vacances, du moins pour le d\u00e9but. Cette lettre nous annonce, en effet, que le mariage de Th\u00e9r\u00e8se est fix\u00e9 au 23 ao\u00fbt et nous invite tous \u00e0 y assister&nbsp;; or, le 23 ao\u00fbt, c\u2019est en plein p\u00e8lerinage national \u00e0 Lourdes et nous avions \u00e9crit hier \u00e0 Lourdes pour retenir nos chambres pour la dur\u00e9e de ce p\u00e8lerinage. Apr\u00e8s h\u00e9sitation, nous d\u00e9cidons d\u2019aller \u00e0 Lourdes avant le p\u00e8lerinage national, tout de suite apr\u00e8s l\u2019Assomption et d\u2019arriver \u00e0 Ille ou \u00e0 Vin\u00e7a vers le 19 ou le 20 ao\u00fbt. Je regrette beaucoup de manquer le p\u00e8lerinage national, mais, puisque je peux aller \u00e0 Lourdes \u00e0 un autre moment, je pense qu\u2019il ne faut pas refuser l\u2019invitation des Barescut.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;samedi 16 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de la f\u00eate de Notre-Dame du Mont-Carmel&nbsp;; je travaille le reste de la matin\u00e9e et la plus grande partie de l\u2019apr\u00e8s-midi malgr\u00e9 la chaleur torride. Le soir, derni\u00e8re r\u00e9union de la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul de Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 17 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; je travaille une partie de la matin\u00e9e. \u00c0 1h, tout de suite apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je suis oblig\u00e9 de sortir pour aller chercher, place Saint-Martin, le registre des proc\u00e8s-verbaux des r\u00e9unions g\u00e9n\u00e9rales de Saint-Vincent-de-Paul dont j\u2019aurai besoin dimanche prochain&nbsp;; il me faut un vrai courage pour arriver jusque-l\u00e0. Le thermom\u00e8tre de l\u2019opticien Verchaly sur le boulevard de Saumur est \u00e0 40\u00b0&nbsp;; il est vrai que le soleil n\u2019est pas tr\u00e8s loin&nbsp;; mais, \u00e0 la rue d\u2019Alsace, un autre thermom\u00e8tre, qui est bien \u00e0 l\u2019ombre, d\u00e9passe 37\u00b0&nbsp;; en arrivant \u00e0 la maison, j\u2019ai la curiosit\u00e9 de mettre notre thermom\u00e8tre au balcon au grand soleil&nbsp;: en quelques minutes, il monte \u00e0 51\u00b0 et je suis oblig\u00e9 de l\u2019enlever de peur qu\u2019il n\u2019\u00e9clate en montant plus haut&nbsp;; \u00e0 3h \u00bc, avant d\u2019aller \u00e0 v\u00eapres, je passe de nouveau devant le magasin de Verchaly, le thermom\u00e8tre, bien \u00e0 l\u2019ombre cette fois, est au-dessus de 39\u00b0&nbsp;; le maximum a d\u00fb \u00eatre 40\u00b0 aujourd\u2019hui. C\u2019est une temp\u00e9rature saharienne&nbsp;! Je ne me rappelle pas avoir jamais vu une pareille chaleur \u00e0 Angers&nbsp;; en 1891 \u00e0 Salies-de-B\u00e9arn, j\u2019avais vu 40\u00b0 et 41\u00b0 deux jours de suite&nbsp;; mais depuis lors, je n\u2019avais jamais eu aussi chaud. Ce qui est surtout surprenant, cette ann\u00e9e, c\u2019est la continuit\u00e9 de la chaleur&nbsp;; depuis deux semaines, les maxima (\u00e0 part un jour ou deux) ont toujours \u00e9t\u00e9 au-dessus de 30\u00b0 et ont tr\u00e8s souvent atteint 33\u00b0 et 34\u00b0&nbsp;; l\u2019orage du lundi a \u00e0 peine rafra\u00eechi pour un jour la temp\u00e9rature. La nuit, le thermom\u00e8tre descend \u00e0 17\u00b0 d\u2019habitude mais les chambres sont surchauff\u00e9es&nbsp;; je ne peux dormir qu\u2019en laissant ouverte en grand la porte-fen\u00eatre du petit salon et en ouvrant la porte de ma chambre&nbsp;; de plus, je ne conserve qu\u2019un simple drap sur mon lit. Mais comme la chaleur est tr\u00e8s vive sans \u00eatre humide ou orageuse, nous la supportons assez bien&nbsp;; tant il est vrai que la chaleur s\u00e8che est plus facile \u00e0 supporter, malgr\u00e9 l\u2019ardeur du soleil, que la chaleur humide et orageuse. Vers 6h, je vais faire ma derni\u00e8re visite aux pauvres. Le soir, nous allons nous asseoir \u00e0 la musique au Mail, mais nous y cherchons vainement un peu de fra\u00eecheur, nous n\u2019y trouvons qu\u2019une bu\u00e9e chaude et accablante.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 juillet 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 18 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s le matin, il fait une temp\u00e9rature \u00e9touffante&nbsp;; je vais me baigner \u00e0 la Maine \u00e0 11h. En passant, je vois les observations m\u00e9t\u00e9orologiques d\u2019hier \u00e0 l\u2019observatoire du Jardin des plantes&nbsp;; le maximum not\u00e9 \u00e0 l\u2019observatoire a \u00e9t\u00e9 38\u00b02&nbsp;; mais, en ville, il a \u00e9t\u00e9 encore plus \u00e9lev\u00e9&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vois plusieurs thermom\u00e8tres qui marquant, comme hier, 39 degr\u00e9s&nbsp;; vers le soir, cependant, arrive un orage qui n\u2019\u00e9clate pas compl\u00e8tement mais qui fait un peu fl\u00e9chir la temp\u00e9rature. Je travaille \u00e0 peu pr\u00e8s toute la journ\u00e9e&nbsp;; je n\u2019ai plus que huit jours&nbsp;; je vais voir M. Coulbault, qui n\u2019est pas encore parti, pour lui demander quelques petites explications sur le cours&nbsp;; j\u2019apprends qu\u2019Herv\u00e9-Bazin a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u, avant-hier, au 1<sup>er<\/sup> examen du doctorat juridique&nbsp;; le soir, je vais lui porter un mot de f\u00e9licitation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 19 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame \u00e0 cause de la f\u00eate de Saint-Vincent-de-Paul, puis je travaille car c\u2019est aujourd\u2019hui en huit que je para\u00eetrai devant mes examinateurs. Il faut toujours horriblement chaud, le maximum d\u2019hier a \u00e9t\u00e9, \u00e0 l\u2019observatoire, encore plus \u00e9lev\u00e9 que celui du dimanche&nbsp;: 38\u00b04&nbsp;; et le minimum de la nuit de dimanche \u00e0 lundi a \u00e9t\u00e9 20\u00b0 au lieu de 17\u00b0 la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Le semblant d\u2019orage d\u2019hier soir n\u2019a pas rafra\u00eechi la temp\u00e9rature&nbsp;; aujourd\u2019hui, il souffle un vent br\u00fblant du sud-est, une sorte de sirocco, la temp\u00e9rature doit \u00eatre, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, la m\u00eame que ces jours-ci. Les nouvelles les plus graves arrivent de Paris et de Rome au sujet des \u00e9v\u00eaques de Laval et de Dijon&nbsp;; il est d\u00e9sormais certain que le pape a fait demander au premier sa d\u00e9mission et a fait dire au second qu\u2019il l\u2019invitait \u00e0 s\u2019abstenir des actes du minist\u00e8re \u00e9piscopal&nbsp;; ce sont les cardinaux Merry del Val et Vannutelli qui leur ont \u00e9crit. Au lieu d\u2019ob\u00e9ir, ces deux pr\u00e9lats d\u00e9fense r\u00e9publicaine ont fait appel \u00e0 Combes et lui ont communiqu\u00e9 les lettres&nbsp;; Combes a pris fait et cause pour eux contre le pape comme il fallait s\u2019y attendre et a fait des observations au Saint-Si\u00e8ge sur ce qu\u2019il appelle une violation du Concordat, comme si le Concordat avait enlev\u00e9 au pape son droit de juridiction sur les \u00e9v\u00eaques&nbsp;! Le Saint-Si\u00e8ge, avec raison, n\u2019a pas tenu compte de ces observations du d\u00e9froqu\u00e9 et a cit\u00e9 Mgr Geay, \u00e9v\u00eaque de Laval<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\">[49]<\/a>, pour 20 juillet devant le Saint-Office \u00e0 Rome pour y expliquer sa conduite et se justifier des accusations \u00e9mises contre lui. \u00c9videmment, il se gardera bien d\u2019y aller&nbsp;; il sera alors excommuni\u00e9. Mais le gouvernement le soutient, et le conseil des ministres de samedi a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019adresser au pape, par l\u2019interm\u00e9diaire de ce qu\u2019il reste \u00e0 Rome de l\u2019Ambassade de France, un ultimatum le sommant de retirer les lettres aux deux \u00e9v\u00eaques sous peine de la rupture compl\u00e8te avec la France&nbsp;; en cas de refus, le gouvernement remettra ses passeports au nonce Mgr Lorenzelli. Le pape ne c\u00e8dera \u00e9videmment pas&nbsp;; nous sommes donc \u00e0 la veille de la rupture d\u00e9finitive&nbsp;; c\u2019est profond\u00e9ment triste&nbsp;! Quant aux deux \u00e9v\u00eaques qui sont la cause de tout cela, je suis persuad\u00e9 que, m\u00eame apr\u00e8s l\u2019excommunication, ils ne c\u00e8deront pas&nbsp;; et le gouvernement persistera \u00e0 les consid\u00e9rer comme \u00e9v\u00eaques de Laval et de Dijon, les maintenant dans ces deux postes et ordonnant \u00e0 ses fonctionnaires de les traiter comme \u00e9v\u00eaques l\u00e9gitimes&nbsp;! C\u2019est le schisme&nbsp;! Mgr Freppel l\u2019avait pr\u00e9dit&nbsp;; la r\u00e9publique trois fois maudite devait en arriver l\u00e0&nbsp;! Quant aux Catholiques, ils se d\u00e9tourneront avec horreur et m\u00e9pris de ces nouveaux pr\u00e9lats jureurs. Qui sait m\u00eame si une fois la rupture rendue d\u00e9finitive, et tout au moins tant que le Concordat subsistera, le gouvernement n\u2019aura pas l\u2019audace de nommer lui-m\u00eame des \u00e9v\u00eaques aux si\u00e8ges vacants, et sans, bien entendu, l\u2019institution canonique&nbsp;? C\u2019est fort possible&nbsp;; le gouvernement trouvera bien, parmi les abb\u00e9s r\u00e9publicains, quelques ambitieux qui se pr\u00eateront \u00e0 ce triste man\u00e8ge&nbsp;! Pauvre \u00c9glise de France&nbsp;!!! Je suis persuad\u00e9 que l\u2019immense majorit\u00e9 du clerg\u00e9 se rangerait du c\u00f4t\u00e9 du pape contre le gouvernement, comme en 1791&nbsp;; mais combien quelques d\u00e9fections sont pr\u00e9judiciables \u00e0 la cause catholique&nbsp;! Le soir, nous apprenons la mort \u00e0 Perpignan, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 52 ans, de M. de Llamby<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\">[50]<\/a> qui \u00e9tait un peu notre parent, par les Bosch je crois&nbsp;; ce pauvre homme avait le grave d\u00e9faut de trop aimer la bouteille, ce qui d\u00e9solait sa femme et ses filles qui sont charmantes&nbsp;; en dehors de ces moments-l\u00e0, il \u00e9tait fort aimable et tr\u00e8s spirituel&nbsp;; il \u00e9tait, de plus, excellent musicien&nbsp;; nous envoyons un t\u00e9l\u00e9gramme de condol\u00e9ances \u00e0 notre cousine de Llamby d\u2019Oms.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 20 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais faire une promenade \u00e0 b\u00e9cane&nbsp;; je vais \u00e0 La Baumette par la route de Sainte-Gemmes&nbsp;; le temps a chang\u00e9 depuis hier&nbsp;; hier matin, la temp\u00e9rature \u00e9tait encore br\u00fblante, mais elle s\u2019est bien rafra\u00eechie depuis hier gr\u00e2ce \u00e0 un assez fort vent du nord-ouest.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille le reste de la journ\u00e9e. D\u00e9j\u00e0 un an aujourd\u2019hui de la mort de L\u00e9on XIII&nbsp;; il me semble que c\u2019\u00e9tait hier&nbsp;! Et cependant que de choses depuis lors, et combien l\u2019attitude du Saint-Si\u00e8ge vis-\u00e0-vis de notre gouvernement a chang\u00e9. Pie X, instruit par l\u2019exp\u00e9rience de son pr\u00e9d\u00e9cesseur qui avait perdu son latin \u00e0 essayer de d\u00e9sarmer nos jacobins par des concessions, a compris qu\u2019il ne fallait pas persister dans cette voie, et a adopt\u00e9 une attitude intransigeante, je crois qu\u2019il tient le bon bout&nbsp;; en tout cas, cette attitude est plus encourageante pour les Catholiques que celle du dernier pontificat. Le soir nous recevons de M. Pierre Lelong<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\">[51]<\/a>, \u00e0 qui Papa avait fait revoir en particulier le droit administratif et le droit international sur le d\u00e9sir du g\u00e9n\u00e9ral, un t\u00e9l\u00e9gramme de Caen nous annon\u00e7ant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 21 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai souffert toute la nuit d\u2019une douleur dans le dos que j\u2019\u00e9prouvais d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019hier, mais qui devait passer, je le croyais, dans la nuit&nbsp;; au lieu de passer, elle a augment\u00e9, et, ce matin, elle m\u2019a beaucoup g\u00ean\u00e9 dans mes mouvements&nbsp;; j\u2019ai d\u00fb me livrer \u00e0 toute sorte de contorsions pour arriver \u00e0 faire ma toilette. M. Sourice vient me voir et dit que c\u2019est probablement une n\u00e9vralgie intercostale que j\u2019ai d\u00fb prendre, en ces jours de grande chaleur, en me mettant dans un courant d\u2019air&nbsp;; il m\u2019ordonne deux sinapismes et un traitement hom\u00e9opathique&nbsp;; apr\u00e8s le 1<sup>er<\/sup> sinapisme, que je mets vers 11 heures, je suis bien soulag\u00e9 et mes mouvements sont beaucoup plus libres&nbsp;; je mets le second le soir dans mon lit avant de m\u2019endormir. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi arrive tout \u00e0 coup, sans avoir envoy\u00e9 de t\u00e9l\u00e9gramme, M. l\u2019abb\u00e9 Latour qui nous avait annonc\u00e9 depuis plusieurs jours son arriv\u00e9e, mais qui devait nous pr\u00e9venir du jouer et de l\u2019heure par d\u00e9p\u00eache&nbsp;; il arrive de Paris, et passera deux ou trois jours avec nous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 22 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma douleur n\u00e9vralgique va beaucoup mieux. Je travaille encore un peu dans la matin\u00e9e et dans l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; j\u2019ach\u00e8ve aujourd\u2019hui la seconde r\u00e9vision de tout mon programme&nbsp;; avec la 1<sup>\u00e8re<\/sup> id\u00e9e que donne l\u2019assistance aux cours et les notes prises, j\u2019aurai vu chaque point 3 fois&nbsp;; aussi, je sais mon examen, et si j\u2019\u00e9choue, ce sera une sorte de coup de surprise&nbsp;; ce serait assez ennuyeux, car cela me retarderait de quelques mois, mais je ne le crois pas. Le g\u00e9n\u00e9ral Lelong, pour remercier Papa d\u2019avoir \u00ab&nbsp;chauff\u00e9&nbsp;\u00bb son fils, lui envoie un superbe encrier en marbre vert et bronze dor\u00e9 style Empire&nbsp;; c\u2019est une pi\u00e8ce magnifique. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais visiter l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;samedi 23 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 6h \u00bd, j\u2019assiste \u00e0 la chapelle du Bon Conseil \u00e0 une messe pour mon examen&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion. \u00c0 11h \u00bc, je vais accompagner \u00e0 la gare M. l\u2019abb\u00e9 qui repart pour Toulouse. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille encore un peu et je me prom\u00e8ne avec De Linclays, nous allons prendre un bock ensemble&nbsp;; le soir, nous allons tous visiter la m\u00e9nagerie Bostock<a href=\"#_ftn52\" id=\"_ftnref52\">[52]<\/a> qui vient de s\u2019installer sur le Champ de Mars. Pendant les exercices, M. Delahaye, qui \u00e9tait tout pr\u00e8s de nous, nous annonce qu\u2019on a re\u00e7u une d\u00e9p\u00eache du <em>Maine-et-Loire<\/em> annon\u00e7ant que l\u2019\u00e9v\u00eaque de Laval, le trop c\u00e9l\u00e8bre Mgr Geay, vient d\u2019\u00eatre excommuni\u00e9&nbsp;; le pape a donc maintenu fermement les droits de l\u2019\u00c9glise en face de Combes&nbsp;; tant mieux&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 24 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h, j\u2019assiste avec papa \u00e0 la messe pour les Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul, au Patronage Saint-Vincent-de-Paul, en l\u2019honneur de la f\u00eate des conf\u00e9rences, et \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale qui la suit. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 l\u2019Adoration&nbsp;; je travaille encore un peu et je fais quelques pr\u00e9paratifs de d\u00e9part. Il faut une chaleur lourde et orageuse&nbsp;; au fond, la chaleur, quoique moins forte depuis mardi soir, n\u2019a pas cess\u00e9&nbsp;; mais jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, elle \u00e9tait plus mod\u00e9r\u00e9e (27 \u00e0 29\u00b0 depuis mardi)&nbsp;; \u00e0 Montpellier, il y a 3 ou 4 jours, il y a eu 43 degr\u00e9s \u00e0 l\u2019ombre&nbsp;! En Roussillon, il a fait tr\u00e8s chaud aussi, mais un peu moins&nbsp;; ces chaleurs ont h\u00e2t\u00e9 la fin de ce pauvre M. Orpy<a href=\"#_ftn53\" id=\"_ftnref53\">[53]<\/a>, cur\u00e9 honoraire de Vin\u00e7a&nbsp;; Bonne Maman nous a \u00e9crit sa mort survenue vendredi&nbsp;; cet excellent pr\u00eatre \u00e9tait l\u2019ami de notre famille depuis de longues ann\u00e9es&nbsp;; il avait mari\u00e9 Papa et Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; il m\u2019avait baptis\u00e9&nbsp;; c\u2019est un ami que nous perdons en lui&nbsp;; il n\u2019a pas joui longtemps du repos que lui assurait sa retraite. Nous avons trouv\u00e9 le moyen de combiner le p\u00e8lerinage national et l\u2019assistance au mariage Barescut&nbsp;; nous passerons \u00e0 Lourdes les deux premiers jours du p\u00e8lerinage (19 et 29 ao\u00fbt) et nous en repartirons le 21 \u00e0 7h du matin, nous serons \u00e0 Ille le soir&nbsp;; c\u2019est parfait et nos chambres sont retenus \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Heins. Le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 31 juillet 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, lundi 25 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte Angers par le rapide de 10h25&nbsp;; je change au Mans, quelques stations apr\u00e8s Le Mans (\u00e0 Piac\u00e9 Saint-Germain), notre locomotive refuse d\u2019avancer, un tiroir est tomb\u00e9, nous sommes oblig\u00e9s de passer une heure dans cette toute petite station&nbsp;! Et comme la gare n\u2019a ni t\u00e9l\u00e9graphe ni t\u00e9l\u00e9phone, on est oblig\u00e9 d\u2019envoyer un homme \u00e0 pied \u00e0 la station suivante pour prier de demander par t\u00e9l\u00e9graphe une machine de secours&nbsp;; la d\u00e9solation des voyageurs est comique&nbsp;: correspondances manqu\u00e9es, bateaux partis etc., on n\u2019entend parler que de cela&nbsp;; comme toujours, deux ou trois individus crient plus fort que les autres, et, satisfaits de para\u00eetre importants, croyant l\u2019\u00eatre peut-\u00eatre, assi\u00e8gent le malheureux chef de train qui n\u2019en peut mais&nbsp;; la morale de tout cela, c\u2019est que chaque gare devait \u00eatre reli\u00e9e t\u00e9l\u00e9graphiquement ou t\u00e9l\u00e9phoniquement aux t\u00eates de lignes et aux gares voisines. Enfin, avant l\u2019arriv\u00e9e de la machine de secours, le m\u00e9canicien a l\u2019id\u00e9e de d\u00e9monter le fameux tiroir et d\u2019y regarder&nbsp;: il s\u2019aper\u00e7oit qu\u2019il suffit de presque rien pour le remettre en place, et tente l\u2019op\u00e9ration qui ne demande pas 5 minutes, puis nous repartons et croisons en route la machine de secours. Chose curieuse, au moment m\u00eame o\u00f9 notre train est rest\u00e9 en panne, Durand, Gardot et De Guerdavid<a href=\"#_ftn54\" id=\"_ftnref54\">[54]<\/a>, avec qui je voyage, racontaient pareil accident arriv\u00e9e l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je crois, \u00e0 De Linclays et nous plaisantons sur ce que nous pourrions faire pour passer le temps si cela nous arrivait \u00e0 Piac\u00e9&nbsp;!!! Nous arrivons \u00e0 Caen \u00e0 pr\u00e8s de 6h, avec une heure de retard&nbsp;; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Place royale ou o\u00f9 a fait les r\u00e9parations et qui est beaucoup mieux que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Le soir, je me prom\u00e8ne avec Des Lyons<a href=\"#_ftn55\" id=\"_ftnref55\">[55]<\/a> arriv\u00e9 ce matin de Nantes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, mardi 26 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 6h et j\u2019assiste, \u00e0 7 heures, \u00e0 une messe demand\u00e9e par Des Lyons pour notre examen, nous y faisons tous la sainte communion. Ensuite, je revois quelques questions. Nous allons \u00e0 la Facult\u00e9 \u00e0 3h apr\u00e8s une longue station aux \u00e9glises Saint-Pierre et Saint-Sauveur. Je passe dans la m\u00eame salle que Des Lyons&nbsp;; Poisson et Segot passent ensemble. M. Villey, doyen, m\u2019interroge d\u2019abord, en \u00e9conomie politique, sur \u00ab&nbsp;Le Play&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn56\" id=\"_ftnref56\">[56]<\/a>, les diff\u00e9rents types de familles qu\u2019il distingue&nbsp;; les diff\u00e9rents r\u00e9gimes successoraux qu\u2019il distingue, celui qu\u2019il pr\u00e9conise, les rapports entre le r\u00e9gime politique d\u2019un pays et son r\u00e9gime successoral&nbsp;; les \u00e9coles qui se recommandent de Le Play, je r\u00e9ponds bien. M. Cabouat m\u2019interroge ensuite, en l\u00e9gislation industrielle, sur les principes qui inspirent notre l\u00e9gislation en mati\u00e8re de brevets, si la soci\u00e9t\u00e9 a bien le droit de s\u2019emparer, au bout d\u2019un certain temps, des inventions etc. J\u2019h\u00e9site un peu sur quelques points, mais, somme toute, je r\u00e9ponds bien. En 3<sup>\u00e8me<\/sup> lieu, M. Allix m\u2019interroge, en histoire des doctrines \u00e9conomiques d\u2019abord, sur les principaux \u00e9conomistes classiques en France et en Angleterre, puis sur la th\u00e9orie classique des salaires (fonds des salaires et salaire naturel) et sur la th\u00e9orie de la productivit\u00e9&nbsp;; puis sur la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9ducation industrielle de List et enfin sur la th\u00e9orie am\u00e9ricaine de la protection&nbsp;; je lui d\u00e9bit tout cela imperturbablement. Enfin, M. Lebret<a href=\"#_ftn57\" id=\"_ftnref57\">[57]<\/a>, ancien ministre de la Justice, m\u2019interroge, en l\u00e9gislation financi\u00e8re, sur le syst\u00e8me de l\u2019exercice en mati\u00e8re budg\u00e9taire&nbsp;; je sais bien. \u00c0 la proclamation, je suis re\u00e7u avec 3 blanches et une blanche-rouge, alors que 2 blanches, une blanche-rouge et une rouge-noire suffisaient, ce sont les meilleures notes que j\u2019aie jamais eues&nbsp;! Poisson est re\u00e7u avec 2 blanches et 2 blanches-rouges&nbsp;; mais Des Lyons est refus\u00e9 avec 1 blanche et 3 blanches-rouges, et Segot avec des notes que j\u2019ai oubli\u00e9es&nbsp;; ils auraient \u00e9t\u00e9 re\u00e7us en licence. Je vais porter joyeusement mes d\u00e9p\u00eaches. Ensuite, je soumets au doyen mon sujet de th\u00e8se&nbsp;: \u00ab&nbsp;Du probl\u00e8me de l\u2019assurance contre l\u2019invalidit\u00e9 et la vieillesse&nbsp;; l\u2019initiative priv\u00e9e&nbsp;; le r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat&nbsp;; l\u00e9gislation compar\u00e9e&nbsp;\u00bb. \u00c0 mon grand \u00e9tonnement et m\u00e9contentement, il n\u2019est pas agr\u00e9\u00e9. M. Villey, que je demande \u00e0 voir dans son cabinet, me dit que le sujet est trop vaste et trop actuel, que, dans ce moment-ci o\u00f9 la question des retraites ouvri\u00e8res est devant le Parlement,&nbsp;je risquerais de compromettre la Facult\u00e9 de Caen et celle d\u2019Angers en prenant parti d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ou de l\u2019autre&nbsp;; j\u2019avoue que cette objection me surprend&nbsp;: \u00e9tudiant d\u2019une facult\u00e9 libre, j\u2019ai bien le droit de soutenir une th\u00e8se de mon choix. Mais je ne puis pas fl\u00e9chir M. Villey. J\u2019en recauserai avec Monsieur Baugas&nbsp;; c\u2019est bien emb\u00eatant&nbsp;! Le soir, apr\u00e8s d\u00eener, j\u2019\u00e9cris quelques lettres et cartes postales, ce journal et je me couche.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 27 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 7h45 ce matin, j\u2019ai pris le train \u00e0 Caen Saint-Martin pour La D\u00e9livrande o\u00f9 j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 la messe et fait la sainte communion en actions de gr\u00e2ce de mon succ\u00e8s, je commande aussi une plaque ex-voto, comme les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Je rentre \u00e0 Caen \u00e0 10h \u00bd, et j\u2019en repars par le train de 1h25 qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 Angers, par Le Mans, \u00e0 8h24&nbsp;; j\u2019ai fait route avec Guerdavid, Durand et Gardot qui ont \u00e9t\u00e9 coll\u00e9s, les 2 premiers \u00e0 leur seconde partie seulement, le 3<sup>\u00e8me<\/sup> aux 2 parties. Papa, Maman et Philo m\u2019attendaient \u00e0 la gare&nbsp;; \u00e0 la maison, je trouve 6 ou 7 d\u00e9p\u00eaches de f\u00e9licitations&nbsp;; \u00e7a n\u2019en valait pas la peine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 28 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais quelques commissions et quelques visites&nbsp;; je vais voir notamment M. Baugas \u00e0 qui je rends compte de mon examen&nbsp;; il est fort \u00e9tonn\u00e9 que M. Villey ait refus\u00e9 mon sujet de th\u00e8se&nbsp;; j\u2019\u00e9cris quelques lettres et je fais quelques paquets. Je vais voir aussi l\u2019abb\u00e9 Brossard que je ne rencontre pas. J\u2019apprends que les deux \u00e9tudiants qui se pr\u00e9sentaient hier \u00e0 l\u2019oral de l\u2019examen de licence, Couteau et Testard-Vaillant, ont \u00e9chou\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> jour. Demain, d\u00e9part d\u2019Angers pour pr\u00e8s de 4 mois&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Fontenay-le-Comte,&nbsp;samedi 30 juillet 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier \u00e0 cause d\u2019une dr\u00f4le d\u2019aventure qui nous est arriv\u00e9e en voyage. Nous avions quitt\u00e9 Angers par le train de 2h34 et comptions arriver \u00e0 Fontenay le soir, lorsque deux stations apr\u00e8s La Poissonni\u00e8re, aux Fourneaux, on crie tout \u00e0 coup \u00ab&nbsp;Tout le monde en bas&nbsp;\u00bb&nbsp;; en un clin d\u2019\u0153il, le train se vide et on apprend que, de la station voisine, un train est signal\u00e9 sur notre unique voie&nbsp;; on nous fait \u00e9loigner de la voie et on attend&nbsp;; aucun train n\u2019arrive et l\u2019employ\u00e9 porteur d\u2019un drapeau qu\u2019on envoie en avant n\u2019en arr\u00eate aucun&nbsp;; c\u2019est \u00e9videmment une erreur de signaux, mais il faut attendre un quart d\u2019heure aux Fourneaux et gagner au pas la station voisine&nbsp;; chemin faisant, notre train fait \u00e9clater les p\u00e9tards qu\u2019on avait plac\u00e9s sur la voie&nbsp;; nous ne reprenons l\u2019allure normale qu\u2019\u00e0 la station suivante et, quand nous arrivons \u00e0 Cholet, nous apprenons que notre train s\u2019arr\u00eate car on a fait partir un train pour Bressuire&nbsp;; donc, impossible d\u2019arriver ce soir \u00e0 Fontenay&nbsp;; nous nous empressions de t\u00e9l\u00e9graphier aux Pichard de La Caill\u00e8re et nous allons d\u00eener en ville \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de France&nbsp;; je me fais donner la note acquitt\u00e9e de ces d\u00eeners afin de la pr\u00e9senter aux agents des chemins de fer de l\u2019\u00c9tat&nbsp;; du reste, le chef de gare de Cholet, qui est tr\u00e8s complaisant, nous donne un mot pour que son coll\u00e8gue de Fontenay nous rembourse&nbsp;; nous allons coucher \u00e0 Bressuire \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Dauphin et nous prenons le train de 7h3 du matin pour Fontenay&nbsp;; \u00e0 Bressuire, impossible, le soir, d\u2019\u00e9crire mon journal qui \u00e9tait rest\u00e9 dans une malle \u00e0 la gare. Nous arrivons \u00e0 Fontenay ce matin \u00e0 8h54&nbsp;; le chef de gare, \u00e0 qui je pr\u00e9sente les deux notes acquitt\u00e9es, nous rembourse int\u00e9gralement. Notre cousine Pichard de La Caill\u00e8re et sa fille Antoinette<a href=\"#_ftn58\" id=\"_ftnref58\">[58]<\/a>, \u00e2g\u00e9e de 20 ans exactement, nous attendaient \u00e0 la gare&nbsp;; mon cousin Louis Pichard de La Caill\u00e8re est \u00e0 la campagne, o\u00f9 il s\u2019occupe des \u00e9lections de demain au Conseil g\u00e9n\u00e9ral. \u00c0 Angers, dans mon canton, il y avait 4 candidats, dont deux socialistes, puis l\u2019abb\u00e9 Bosseboeuf, et enfin un comte Gautron, conservateur, candidat pour rire et pour permettre aux conservateurs de voter&nbsp;; dans ces conditions, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il y aura certainement ballotage, j\u2019ai cru inutile de rester. Ma cousine Th\u00e9r\u00e8se est \u00e0 La Bourboule avec une de ses tantes, nous ne la verrons donc pas. Antoinette est charmante et, bien que nous la voyions aujourd\u2019hui pour la premi\u00e8re fois, nous sommes tout de suite \u00e0 l\u2019aise avec elle. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en voiture \u00e0 La Touche de S\u00e9rign\u00e9, tr\u00e8s jolie campagne qui appartenait \u00e0 notre tante Par\u00e8s, cousine germaine par alliance de Bon Papa&nbsp;; elle est habit\u00e9e maintenant par sa s\u0153ur Mlle Rivasseau&nbsp;; notre cousine Lucas et ses 3 filles sont \u00e0 La Touche&nbsp;; nous y d\u00eenons en compagnie du colonel Branger, parent des Par\u00e8s. Nous rentrons vers 9 heures \u00e0 Fontenay. Charmante journ\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191521.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"251\" height=\"317\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191521.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-367\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191521.jpg 251w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191521-238x300.jpg 238w\" sizes=\"auto, (max-width: 251px) 100vw, 251px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jeanne Par\u00e8s, \u00e9pouse de M. Pichard de La Caill\u00e8re \u2013 Clich\u00e9 anonyme et non dat\u00e9 (Collection de M. Antoine Blanpain de Saint-Mars)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191641.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"311\" height=\"463\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191641.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-368\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191641.jpg 311w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-191641-202x300.jpg 202w\" sizes=\"auto, (max-width: 311px) 100vw, 311px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Antoinette Pichard de La Caill\u00e8re \u2013 Clich\u00e9 anonyme et non dat\u00e9 (Collection de M. Antoine Blanpain de Saint-Mars)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Fontenay, dimanche 31 juillet 1904<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113732-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"722\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113732-Copie-1024x722.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-271\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113732-Copie-1024x722.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113732-Copie-300x212.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113732-Copie-768x542.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113732-Copie-1536x1083.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113732-Copie.jpg 2026w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;hippodrome de Fontenay-le-Comte (Vend\u00e9e) \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, vers le 31 juillet 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve vers 7 heures et nous allons \u00e0 la messe de 9 heures&nbsp;; apr\u00e8s la messe, je me prom\u00e8ne un peu avec Antoinette qui me pr\u00e9sente \u00e0 plusieurs de ses amies. Au retour, nous faisons la connaissance de notre cousin M. Pichard de La Caill\u00e8re qui vient d\u2019arriver de sa campagne de La Girardi\u00e8re o\u00f9 il a rempli ce matin son devoir \u00e9lectoral&nbsp;; il est extr\u00eamement aimable. On nous pr\u00e9sente \u00e0 Mlle Antoinette de Fontaine, demoiselle d\u00e9j\u00e0 m\u00fbre, dont Maman a beaucoup connu les s\u0153urs&nbsp;; elle nous invite \u00e0 une soir\u00e9e qu\u2019elle donne ce soir \u00e0 l\u2019occasion des courses. Vers 2 heures, nous allons au champ de courses dans la cal\u00e8che des Pichard&nbsp;; l\u00e0, aux tribunes et au pesage, on nous pr\u00e9sente \u00e0 toute la soci\u00e9t\u00e9 du pays. Il y a 5 courses assez int\u00e9ressantes&nbsp;; je prends quelques photos. Nous rentrons vers 5h \u00bd. Le soir, nos cousins ont \u00e0 d\u00eener une foule d\u2019amis&nbsp;: M. de Genne, le lieutenant Lafargue, les demoiselles Favin-L\u00e9v\u00eaque, filles du commandant directeur du d\u00e9p\u00f4t de remonte, les demoiselles de Parsay, du Temps etc. \u00c0 9 heures, nous allons en bande \u00e0 la soir\u00e9e de Mlle de Fontaine qui r\u00e9unit toute la gentry de Fontenay&nbsp;; on fait de la musique, on se prom\u00e8ne et on s\u2019assied dans le jardin, ce qui permet aux 80 personnes environ qui sont l\u00e0 de circuler ais\u00e9ment&nbsp;; on danse un peu&nbsp;; je danse avec une des demoiselles Favin-L\u00e9v\u00eaque, avec Antoinette qui est ravissante, avec une autre jeune fille dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom etc.&nbsp;; le buffet est tr\u00e8s bien servi&nbsp;; nous partons \u00e0 minuit&nbsp;; charmante soir\u00e9e&nbsp;! Et tous ces gens-l\u00e0, qui ne nous connaissaient pas, nous ont fait le plus charmant accueil&nbsp;; je fais la connaissance du fils du d\u00e9put\u00e9 conservateur de Fontenay, M. de Fontaine<a href=\"#_ftn59\" id=\"_ftnref59\">[59]<\/a>, et d\u2019un tr\u00e8s gentil jeune homme, M. de Laroque-Latour&nbsp;; nous rentrons \u00e0 minuit.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113333-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"718\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113333-Copie-1024x718.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-270\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113333-Copie-1024x718.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113333-Copie-300x210.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113333-Copie-768x538.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113333-Copie-1536x1077.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113333-Copie.jpg 1672w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Antoinette Pichard de La Caill\u00e8re, Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et <em>\u00ab\u00a0la petite Lucas\u00a0\u00bb<\/em> \u00e0 Fontenay-le-Comte (Vend\u00e9e) \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, vers le 31 juillet 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ao\u00fbt 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 ao\u00fbt 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Fontenay, lundi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve assez tard et je fais quelques commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous retournons aux courses o\u00f9 je retrouve la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019hier soir. Mlle Rivasseau et notre cousine Lucas viennent nous dire au revoir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 2 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Fontenay par le train de 9h04&nbsp;; notre cousin et notre cousine Pichard et Antoinette viennent nous accompagner \u00e0 la gare. Nous passons par Niort, Poitiers et Angoul\u00eame, tout cela par une atroce chaleur qui a recommenc\u00e9 avec une nouvelle ardeur, apr\u00e8s 3 ou 4 jours de r\u00e9pit au moment de mon voyage \u00e0 Caen. Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max nous attendaient \u00e0 la gare de Larochebeaucourt et nous am\u00e8nent en voiture \u00e0 Sainte-Croix o\u00f9 nous constatons que les travaux avancent. Mais ils ne sont pas assez avanc\u00e9s pour que je puisse coucher chez Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; aussi, j\u2019ai accept\u00e9 une chambre que M. le cur\u00e9 m\u2019offre au presbyt\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 3 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai eu un rat qui m\u2019a emp\u00each\u00e9 de dormir une partie de la nuit. Max fait mettre des sourici\u00e8res dans ma chambre. Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Mareuil. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener en voiture&nbsp;; il fait extr\u00eamement chaud. Le terrible \u00e9v\u00e9nement qui s\u2019est produit cette semaine, la rupture d\u00e9finitive entre le gouvernement et le Saint-Si\u00e8ge, \u00e0 propos des pr\u00e9tentions inadmissibles du gouvernement qui, dans l\u2019affaire des \u00e9v\u00eaques de Dijon et de Laval, pr\u00e9tendait enlever au pape son droit de juridiction sur les \u00e9v\u00eaques&nbsp;; Pie X a prononc\u00e9 ce <em>non possumus<\/em> auquel nous n\u2019\u00e9tions plus habitu\u00e9s. Il est probable que la d\u00e9nonciation du Concordat sortira de cette rupture&nbsp;; et alors, c\u2019est dans une nouvelle et terrible phase de la guerre religieuse que nous allons entrer&nbsp;! Dieu veuille que les Catholiques de France soient assez fermes pour supporter le choc et rendre coup pour coup&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 4 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Mareuil puis je me baigne dans la Belle \u00e0 l\u2019endroit appel\u00e9 le Trou de la Jument. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se (Philom\u00e8ne est fatigu\u00e9e) faire une visite \u00e0 la marquise d\u2019Ambelle<a href=\"#_ftn60\" id=\"_ftnref60\">[60]<\/a> que nous rencontrons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 5 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un orage tr\u00e8s violent qui dure une bonne partie de la nuit m\u2019emp\u00eache de dormir, je ne dors peut-\u00eatre pas 3 heures. Je me l\u00e8ve tout de m\u00eame \u00e0 5h \u00bd, et \u00e0 7h, nous partons Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philo conduites par M. de La Bardonnie<a href=\"#_ftn61\" id=\"_ftnref61\">[61]<\/a> dans sa voiture et moi \u00e0 cheval sur Coquette, la jument de selle de Max, pour Gours o\u00f9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se a des emplettes \u00e0 faire&nbsp;; Max est occup\u00e9 ailleurs&nbsp;; Gour est \u00e0 environ 10 kilom\u00e8tres de Sainte-Croix. Au retour, je vais seul de mon c\u00f4t\u00e9 et je m\u2019\u00e9gare, je vais \u00e0 Fontaines au lieu de revenir \u00e0 Sainte-Croix&nbsp;; je me retrouve en demandant plusieurs fois mon chemin et j\u2019arrive \u00e0 Sainte-Croix peu apr\u00e8s la voiture&nbsp;; cela me fait environ 25 kilom\u00e8tres, dont une bonne partie au trot et un peu au galop afin de n\u2019\u00eatre pas trop en retard&nbsp;; pour une 1<sup>\u00e8re<\/sup> partie apr\u00e8s 10 mois de repos et sur un cheval que je ne connaissais pas, c\u2019est gentil&nbsp;! M. de La Bardonnie reste \u00e0 d\u00e9jeuner. L\u2019apr\u00e8s-midi, je dors un peu et je fais de la photo. Nous avons la visite de M. Arthur d\u2019Ambelle. La marquise d\u2019Ambelle m\u2019envoie une invitation pour demain \u00e0 une chasse au lapin dans les bois d\u2019Ambelle&nbsp;; rendez-vous \u00e0 6h devant le ch\u00e2teau. Je vais avec Max chez un de ses voisins M. Croizier qui me montre plusieurs int\u00e9ressantes machines agricoles&nbsp;: moissoneuse-lieuse, semoir, etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 6 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 4h \u00bd, et, \u00e0 6 heures, Max et moi nous sommes \u00e0 Ambelle&nbsp;; M. d\u2019Ambelle, son fils M. Arthur, son gendre M. Monnier, les deux fils de celui-ci, M. de Lafon, Max et moi, suivis du garde, nous partons et allons nous poster, \u00e9chelonn\u00e9s \u00e0 la lisi\u00e8re d\u2019un bois, les chiens crient beaucoup, mais il ne vient que tr\u00e8s peu de lapins&nbsp;: 5 ou 6 au plus&nbsp;; il en passe 3 \u00e0 port\u00e9e de mon fusil&nbsp;; j\u2019en rate deux et en tue un&nbsp;; un autre est tu\u00e9 par l\u2019a\u00een\u00e9 des deux fils de M. Monnier&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 tout ce que l\u2019on tue aujourd\u2019hui&nbsp;; pour Ambelle o\u00f9 il y a tant de lapins, c\u2019est maigre. La marquise nous retient \u00e0 d\u00e9jeuner&nbsp;; nous sommes seize \u00e0 table&nbsp;; elle me fait placer \u00e0 sa droite. Nous repartons vers 1 heure. M. d\u2019Ambelle nous ayant fait cadeau de deux lapins, Max invite M. Arthur \u00e0 venir les manger demain avec nous. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me baigner avec Max au Trou de la Jument&nbsp;; M. Arthur d\u2019Ambelle s\u2019y baigne en m\u00eame temps. Ensuite, je vais \u00e0 Mareuil en b\u00e9cane pour y faire quelques commissions et m\u2019y confesser.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau_dAmbelle_a_Sainte-Croix-de-Mareuil-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau_dAmbelle_a_Sainte-Croix-de-Mareuil-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-272\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau_dAmbelle_a_Sainte-Croix-de-Mareuil-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau_dAmbelle_a_Sainte-Croix-de-Mareuil-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau_dAmbelle_a_Sainte-Croix-de-Mareuil-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau_dAmbelle_a_Sainte-Croix-de-Mareuil-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Chateau_dAmbelle_a_Sainte-Croix-de-Mareuil-2048x1365.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau d&rsquo;Ambelle \u00e0 Sainte-Croix-de-Mareuil (Dordogne) \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 7 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 7h, puis nous assistons \u00e0 la messe \u00e0 10h 1\/2. M. Arthur d\u2019Ambelle d\u00e9jeune avec nous. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en voiture \u00e0 Aucors o\u00f9 nous voyons Mme Charles du Pin de Saint-Cyr cousine de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, puis \u00e0 La Rousseli\u00e8re o\u00f9 nous sommes re\u00e7us par M., Mme et Mlle de La Chapelle, cousins de Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 ao\u00fbt 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 8 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec Max \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de La C\u00f4te qui appartient \u00e0 M. de La Bardonnie, puis je tire sur positif et je vire les photos prises \u00e0 Fontenay<a href=\"#_ftn62\" id=\"_ftnref62\">[62]<\/a>. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec M. le cur\u00e9 tirer le lapin dans les bois d\u2019Ambelle (j\u2019y suis autoris\u00e9 par le marquis), j\u2019en tue un.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 9 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019\u00e9cris deux ou trois lettres&nbsp;; je vais aussi \u00e0 Mareuil en voiture avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; j\u2019envoie \u00e0 Antoinette Pichard de La Caill\u00e8re les photos de Fontenay. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais exp\u00e9dier le courrier \u00e0 Mareuil&nbsp;; puis je vais fureter avec M. le cur\u00e9&nbsp;; nous faisons sortir deux ou trois lapins&nbsp;; j\u2019en tire un et le rate.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 10 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne un peu avec Max et je vais me baigner. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de M. de La Villatte, je le raccompagne \u00e0 bicyclette jusqu\u2019\u00e0 Mareuil et Ambelle. Le soir, Mme et Mlle de Saint-Cyr arrivent de Bergerac.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 11 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate de Sainte Philom\u00e8ne et de Sainte Suzanne&nbsp;; ensuite Max, Philo, Monsieur le cur\u00e9 et moi allons \u00e0 la p\u00eache aux \u00e9crevisses dans un ruisseau qui traverse une prairie de Max, nous en prenons beaucoup. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 pied en me promenant avec Max \u00e0 la gare de Mareuil Gouts faire des exp\u00e9ditions en petite vitesse. Le soir, nous d\u00eenons tous chez M. le cur\u00e9 qui nous re\u00e7oit fort bien. La grosse nouvelle du jour est la mort de M. Waldeck-Rousseau survenue hier. Ce mis\u00e9rable qui, par d\u00e9pit ou par ambition, a jet\u00e9 la France dans la terrible situation o\u00f9 elle se d\u00e9bat, et qui, reniant tout son pass\u00e9 a, le premier, appel\u00e9 les socialistes au pouvoir, a d\u00e9j\u00e0 trouv\u00e9 sa punition sur cette terre dans l\u2019ingratitude de ceux dont il a fait des d\u00e9put\u00e9s ou des s\u00e9nateurs. Puisse Dieu ne s\u2019\u00eatre pas montr\u00e9 trop s\u00e9v\u00e8re pour lui au moment o\u00f9 il a d\u00fb lui rendre compte de sa vie&nbsp;! C\u2019est l\u00e0 toute la vengeance des Catholiques contre lesquels il a forg\u00e9 les armes de mort que son successeur manie d\u2019une fa\u00e7on si cruelle. Les Juifs peuvent glorifier le ministre qui a tout fait pour sauver Dreyfus et qui, furieux de son \u00e9chec, l\u2019a si cruellement veng\u00e9 sur la France catholique et sur l\u2019Arm\u00e9e&nbsp;; les Francs-ma\u00e7ons, ennemis de la religion, pourront lui tresser des couronnes&nbsp;; les collectivistes, ennemis de la propri\u00e9t\u00e9 et de tout ordre social, \u00e9prouveront sans doute quelque embarras pour parler de cet adversaire implacable devenu tout \u00e0 coup leur meilleur auxiliaire&nbsp;; quant aux bons Fran\u00e7ais, ils n\u2019auront que du m\u00e9pris pour ce tra\u00eetre qui a employ\u00e9 tout son talent \u00e0 d\u00e9truire un jour ce qu\u2019il adorait la veille&nbsp;; ils se rappelleront que des Fran\u00e7ais, des patriotes, victimes de Waldeck, souffrent sur la terre d\u2019exil&nbsp;; ils se diront enfin que si Combes, ce monstre, traque partout comme des b\u00eates fauves des milliers de religieux et de religieuses, c\u2019est parce que Waldeck a fait voter une loi inf\u00e2me qui leur enl\u00e8ve leurs droits les plus sacr\u00e9s de citoyens fran\u00e7ais&nbsp;! Et ce nom de Waldeck-Rousseau, ils le cloueront au pilori de l\u2019histoire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 12 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une balade \u00e0 cheval par les bois de Lasteyrie et Mareuil. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais tirer quelques lapins dans les bois d\u2019Ambelle, mais, au bout d\u2019un petit moment, je rencontre le marquis d\u2019Ambelle, je cause avec lui et je ne tire rien du tout.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 13 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons tous \u00e0 7h du matin pour Brant\u00f4me&nbsp;; nous y arrivons vers 9 heures. Nous jetons un coup-d\u2019\u0153il sur la ville avant le d\u00e9jeuner, pas longtemps car nous mourons de faim, n\u2019ayant pas d\u00e9jeun\u00e9 ce matin \u00e0 cause de la vigile de l\u2019Assomption. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous visitons la c\u00e9l\u00e8bre abbaye fond\u00e9e par Charlemagne et illustr\u00e9e par Pierre de Bourdeilles, abb\u00e9 de Brant\u00f4me&nbsp;; actuellement, elle est d\u00e9figur\u00e9e car c\u2019est la Mairie qui y est install\u00e9e dedans. \u00c0 3h, nous partons pour Bourdeilles o\u00f9 nous visitons en d\u00e9tail le beau ch\u00e2teau construit en partie pour Catherine de M\u00e9dicis&nbsp;; il y a de beaux restes, mais que d\u2019argent \u00e0 d\u00e9penser pour le bien restaurer&nbsp;! Nous rentrons \u00e0 Sainte-Croix vers 7h \u00bc.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-115317.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"875\" height=\"761\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-115317.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-273\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-115317.jpg 875w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-115317-300x261.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-115317-768x668.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 875px) 100vw, 875px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;abbaye de Brant\u00f4me (Dordogne) en 1904 \u2013 Carte postale (site ebay.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 14 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons \u00e0 la messe \u00e0 10h \u00bd. Papa, qui est \u00e0 Cauterets, nous \u00e9crit qu\u2019un orage de gr\u00eale tr\u00e8s violent s\u2019est abattu sur Ille et a d\u00e9vast\u00e9 les r\u00e9coltes&nbsp;; c\u2019est agr\u00e9able&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons voir les D\u2019Ambelle et les La Bardonnie&nbsp;; ceux-ci nous invitent \u00e0 d\u00eener pour demain soir. Le soir, Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se ont la visite de leur oncle M. de Ruffray, de sa fille et de sa belle-fille.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 21 ao\u00fbt 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 15 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h, je me confesse et je fais la sainte communion. \u00c0 8h \u00bd, je vais avec Max en voiture \u00e0 la gare de Mareuil prendre des colis postaux. \u00c0 10h \u00bd, messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, v\u00eapres et procession du v\u0153u de Louis XIII&nbsp;; elle va \u00e0 la Croix de la Chabroulie. Ensuite, nous avons la visite de M. et Mme de La Villatte. Le soir, nous d\u00eenons tous chez Mme de La Bardonnie \u00e0 Mareuil&nbsp;; nous rentrons \u00e0 10h.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, mercredi 17 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pas pu \u00e9crire mon journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Hier matin, je vais \u00e0 Mareuil en voiture avec Max, Marie-Th\u00e9r-se et Mme de Saint-Cyr&nbsp;; je me fais couper les cheveux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part&nbsp;; je vais voir aussi M. le cur\u00e9. Nous avons avec Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se une conversation tr\u00e8s s\u00e9rieuse au sujet d\u2019une affaire qui pourrait \u00eatre tr\u00e8s avantageuse pour eux&nbsp;; il s\u2019agirait d\u2019affermer le domaine de la Chabroulie (38 hectares) que M. Croizier vient de vendre \u00e0 M. Joseph de Ruffray&nbsp;; celui-ci voudrait l\u2019affermer&nbsp;; M. le cur\u00e9 dit qu\u2019il ne demande que 650 fr. par an&nbsp;; or Max calcule que, tous frais pay\u00e9s, et en faisant des \u00e9valuations tr\u00e8s basses, il aurait, en affermant \u00e0 ce prix-l\u00e0, 1800 \u00e0 2000 fr. de b\u00e9n\u00e9fice net par an&nbsp;; seulement, pour commencer, il lui faut un capital de 5000 fr. Nous lui proposons de demander \u00e0 Papa de le lui fournir, moyennant une diminution de la pension de Marie-Th\u00e9r\u00e8se correspondant aux int\u00e9r\u00eats de cette somme, c\u2019est-\u00e0-dire de 150 \u00e0 200 fr. environ&nbsp;; nous en parlerons \u00e0 Papa apr\u00e8s-demain \u00e0 Cauterets. Nous quittons Sainte-Croix vers 7 heures avec l\u2019omnibus apr\u00e8s quinze jours fort agr\u00e9ables, et Larochebeaucourt \u00e0 8h13. \u00c0 Angoul\u00eame, nous \u00e9tions mont\u00e9s dans le train mixte qui part \u00e0 10h35 pour arriver \u00e0 Bordeaux \u00e0 4h15, lorsqu\u2019un contr\u00f4leur nous fait remarquer que cela ne nous avance nullement et qu\u2019il vaut beaucoup mieux attendre l\u2019express de 4h05 qui nous m\u00e8ne \u00e0 la gare Saint-Jean, tandis que l\u2019autre train va \u00e0 Bordeaux-Bastide&nbsp;; nous arriverons \u00e0 Lourdes \u00e0 la m\u00eame heure. Nous sommes de son avis et nous nous endormons jusqu\u2019\u00e0 4h moins le quart dans la salle d\u2019attente. \u00c0 4h, l\u2019express est comble&nbsp;; pas une place libre en seconde&nbsp;; nous sommes oblig\u00e9s de monter en premi\u00e8re&nbsp;; nous arrivons \u00e0 Bordeaux \u00e0 6h23 et nous repartons \u00e0 7h&nbsp;; nous sommes \u00e0 Lourdes \u00e0 midi \u00bd. L\u00e0, un nouvel ennui nous attendait&nbsp;; nos malles ne sont pas arriv\u00e9es&nbsp;; je retourne \u00e0 la gare vers 5h \u00bd, elles n\u2019y sont pas encore&nbsp;; Maman a grand peur qu\u2019elles soient perdues, car elles contiennent tous nos habits pour le mariage. Enfin, elles arrivent \u00e0 8h du matin. Nous sommes \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Heins. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 la grotte, au Rosaire&nbsp;; je vais au panorama des apparitions. Maman, qui est tr\u00e8s fatigu\u00e9e, se couche dans l\u2019apr\u00e8s-midi, en chemise de jour, car nos paquets de nuit sont dans la malle. La perspective de passer la nuit avec nos chemises de jour \u00e9tait plut\u00f4t d\u00e9sagr\u00e9able&nbsp;; enfin, tout est bien qui finit bien. Je rencontre plusieurs personnes de connaissance&nbsp;: M. Moreau des Briosti\u00e8res, dont j\u2019avais vu la belle-m\u00e8re \u00e0 la gare de Bordeaux, le P. de Raymond, etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, jeudi 18 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons un moment \u00e0 la grotte puis nous prenons le train de 10h12 pour Cauterets o\u00f9 nous allons pour la journ\u00e9e avec Papa. Nous d\u00e9jeunons avec lui et nous restons avec lui jusqu\u2019\u00e0 6h40&nbsp;; Papa va tr\u00e8s bien, mais son traitement a commenc\u00e9 trop tard pour qu\u2019il puisse venir au mariage Barescut&nbsp;; aussi, il y renonce. Papa, quand nous lui pr\u00e9sentons la requ\u00eate de Max pour la propri\u00e9t\u00e9 de La Chabroulie, n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 pr\u00eater les 5000 fr. \u00e0 Max afin de l\u2019aider \u00e0 am\u00e9liorer sa situation&nbsp;; il lui t\u00e9l\u00e9graphie aussit\u00f4t apr\u00e8s d\u00e9jeuner qu\u2019il peut conclure l\u2019affaire. Nous rentrons \u00e0 Lourdes par le train de 8h15&nbsp;; nous d\u00eenons et nous nous couchons aussit\u00f4t. Une lettre de Bonne Maman nous disant que le bruit court que le mariage de Th\u00e9r\u00e8se de Barescut est retard\u00e9 jusqu\u2019au jeudi 25, nous d\u00e9cidons de t\u00e9l\u00e9graphier demain aux Barescut pour savoir si c\u2019est vrai&nbsp;; si la nouvelle est exacte, nous pourrons presque attendre la fin du p\u00e8lerinage national avant de quitter Lourdes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, vendredi 19 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 la messe des brancardiers \u00e0 la basilique \u00e0 7h \u00bd&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion dans l\u2019intention de gagner les indulgences du jubil\u00e9 du cinquantenaire du dogme de l\u2019Immacul\u00e9e Conception que l\u2019on peut gagner ici, moyennant certains exercices de pi\u00e9t\u00e9, du 15 juin au 15 novembre. Ensuite, j\u2019obtiens, pour les Sept douleurs, les bretelles n\u00b01&nbsp;; c\u2019est M. le marquis de La Salle qui me patronne&nbsp;; mon chef d\u2019\u00e9quipe est le comte de Beauchamp. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais du service \u00e0 la procession du Saint-Sacrement. Je rencontre M. et Mme Charles de Llobet, de La Villebiot, tous nos cousins et cousines de Lazerme, etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, samedi 20 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis \u00e0 la gare \u00e0 2h30 du matin et je d\u00e9barque des malades jusqu\u2019\u00e0 8h \u00bd&nbsp;; je suis libre de 9h \u00e0 midi&nbsp;; j\u2019en profite pour aller faire mon chemin de crois \u00e0 la basilique, afin d\u2019achever les exercices du jubil\u00e9&nbsp;; je vois un moment les Lazerme&nbsp;; Carlos<a href=\"#_ftn63\" id=\"_ftnref63\">[63]<\/a> est arriv\u00e9 par le train de Poitiers, il \u00e9tait dans l\u2019Indre chez les Du Limbert. Carlos et Jacques obtiennent des bretelles \u00e0 l\u2019H\u00f4pital municipal&nbsp;; mais l\u2019oncle Joseph ne peut pas en obtenir&nbsp;; je lui ferai passer les miennes. Nous apprenons par une lettre de Papa une affreuse nouvelle&nbsp;: Esp\u00e9rance Trull\u00e8s<a href=\"#_ftn64\" id=\"_ftnref64\">[64]<\/a>, fille du notaire d\u2019Ille ami de notre famille, qui \u00e9tait poitrinaire et qu\u2019on avait envoy\u00e9e \u00e0 Cauterets, y est morte, au milieu d\u2019une syncope, dans la nuit de jeudi \u00e0 vendredi&nbsp;; cette mort \u00e9tait depuis longtemps pr\u00e9vue&nbsp;; mais on ne la croyait pas si prochaine. Pour rendre service \u00e0 sa grand-m\u00e8re Mme Batlle, papa s\u2019occupe de tout&nbsp;: acte de d\u00e9c\u00e8s, cercueils, transport du corps \u00e0 Ille etc.&nbsp;; cette pauvre jeune fille avait 21 ans. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 5h \u00e0 la magnifique procession du Saint-Sacrement&nbsp;; je me prom\u00e8ne avec Carlos et Jacques. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais un moment au Rosaire avec Carlos et Jacques. J\u2019ai remis mes bretelles vers 7h&nbsp;; l\u2019oncle Joseph, qui \u00e9tait avec moi, s\u2019est fait inscrire aussit\u00f4t&nbsp;; on les lui donnera demain. L\u2019abb\u00e9 Latour d\u00e9jeune et d\u00eene avec nous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 21 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe au Rosaire \u00e0 6h, et nous partons par le train de 7h54&nbsp;; nous voyageons toute la journ\u00e9e et arrivons \u00e0 Ille \u00e0 8h du soir&nbsp;; Mlle Mathieu et les Vidal nous attendaient \u00e0 la gare&nbsp;; on nous parle beaucoup de la mort de la pauvre Esp\u00e9rance Trull\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 ao\u00fbt 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 22 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques commissions. Je vois quelques personnes. \u00c0 onze heures, je vais avec Maman, accompagn\u00e9e de Mlle Antoinette Mathieu, voir M. Trull\u00e8s&nbsp;; je vois en m\u00eame temps sa belle-m\u00e8re Mme Batlle et sa s\u0153ur Mme de Balanda<a href=\"#_ftn65\" id=\"_ftnref65\">[65]<\/a>. La douleur du pauvre M. Trull\u00e8s fait peine \u00e0 voir. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons avec Bonne Maman (qui est arriv\u00e9e par le train de midi) voir notre nouveau cur\u00e9 l\u2019abb\u00e9 Bonafon<a href=\"#_ftn66\" id=\"_ftnref66\">[66]<\/a> que nous ne rencontrons pas, puis chez Mme Bartre<a href=\"#_ftn67\" id=\"_ftnref67\">[67]<\/a>&nbsp;; enfin, je vais en me promenant \u00e0 La Ferri\u00e8re m\u2019informer de l\u2019heure du mariage&nbsp;; je vois Mme et Th\u00e9r\u00e8se de Barescut et M. Joseph Delcros<a href=\"#_ftn68\" id=\"_ftnref68\">[68]<\/a> le fianc\u00e9 de cette derni\u00e8re&nbsp;; c\u2019est un grand jeune homme brun, au visage agr\u00e9able mais \u00e0 l\u2019air un peu froid. Le soir, je vais aux complies avec Philom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 23 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman arrive de Vin\u00e7a avec l\u2019omnibus de 8h \u00bd. \u00c0 9h \u00bc, nous partons pour La Ferri\u00e8re en omnibus&nbsp;; nous prenons avec nous les deux jeunes gens Roca, la jeune Mme Delmas n\u00e9e Circan et M. Antoine Delmas<a href=\"#_ftn69\" id=\"_ftnref69\">[69]<\/a>. \u00c0 La Ferri\u00e8re, on attend tr\u00e8s longtemps l\u2019arriv\u00e9e des voitures de Perpignan. Enfin, vers 10h \u00bd, le cort\u00e8ge s\u2019organise et les voitures se mettent en marche, par un vent \u00e9pouvantable. J\u2019accompagne Mlle Marguerite Reilhac, parente des Barescut par Mme de Barescut&nbsp;; Maman donne le bras \u00e0 Maurice de Barescut&nbsp;; Philom\u00e8ne \u00e0 M. Antoine Delcros. Nous avons parmi les invit\u00e9s beaucoup de parents&nbsp;; en dehors des Barescut, fort nombreux, ce sont Mme Gout de Bize n\u00e9e de Guardia et ses deux filles mes cousines Jeanne et Marguerite dont je fais la connaissance et qui sont charmantes (nous sommes parents des Gout de Bize par les De Guardia, et de ceux-ci par les De R\u00e8gnes, et enfin, de ces derniers par les D\u2019Argiot de Laferri\u00e8re)<a href=\"#_ftn70\" id=\"_ftnref70\">[70]<\/a>&nbsp;; je fois aussi Louis et Marie Companyo de Bonnefoy<a href=\"#_ftn71\" id=\"_ftnref71\">[71]<\/a>&nbsp;; la cousine de Saint-Jean et deux de ses fils, Hyacinthe et Emmanuel<a href=\"#_ftn72\" id=\"_ftnref72\">[72]<\/a>, qui ont tous deux des t\u00eates impayables, surtout le second. On va d\u2019abord \u00e0 la Mairie pour la formalit\u00e9 du mariage civil et, de l\u00e0, sans remonter en voiture, \u00e0 l\u2019\u00e9glise qui est fort bien d\u00e9cor\u00e9e. C\u2019est notre ancien cur\u00e9, M. Bonet, archipr\u00eatre de C\u00e9ret, qui b\u00e9nit le mariage et prononce une charmante allocution. Beaucoup de personnes d\u00e9filent ensuite \u00e0 la sacristie&nbsp;; il y a cependant moins de monde dans l\u2019\u00e9glise qu\u2019il n\u2019y en avait l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Vin\u00e7a pour le mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. On rentre \u00e0 La Ferri\u00e8re en voiture et on est, dans les rues, oblig\u00e9 de mettre pied \u00e0 terre \u00e0 cause de la difficult\u00e9 qu\u2019on les chevaux \u00e0 passer. On se met \u00e0 table vers 2 heures dans une grande salle qui est au-dessus de la cave et qui est, d\u2019ailleurs, fort bien d\u00e9cor\u00e9e&nbsp;; on est, je crois, 48 ou 49 \u00e0 table&nbsp;; c\u2019est moins que pour Marie-Th\u00e9r\u00e8se o\u00f9 on \u00e9tait 63 en y comprenant les pr\u00eatres&nbsp;; le repas dure jusqu\u2019\u00e0 4h \u00bc&nbsp;; il y a un toast de M. Sabat\u00e9, de C\u00e9ret<a href=\"#_ftn73\" id=\"_ftnref73\">[73]<\/a>, qui donne \u00e0 M. de Barescut l\u2019occasion de r\u00e9pondre, ce dont il est enchant\u00e9 j\u2019en suis persuad\u00e9. Vers 5 heures, on se met \u00e0 danser un peu dans la cour, et vers 6 heures, les invit\u00e9s de Perpignan commencent \u00e0 se retirer&nbsp;; nous partons \u00e0 7 heures. Moi qui suis enrhum\u00e9 depuis 3 jours (depuis samedi \u00e0 Lourdes) j\u2019ai eu la mauvaise chance de me trouver pendant le repas devant une fen\u00eatre grande ouverte&nbsp;; j\u2019ai bien peur d\u2019avoir aggrav\u00e9 mon rhume. Ce serait fort ennuyeux, car j\u2019ai l\u2019intention d\u2019aller passer avec Maman quelques jours dans la montagne \u00e0 Mont-Louis o\u00f9 nous avons en ce moment des amis et des parents&nbsp;; mais il faut laisser passer ce rhume.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 24 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Ille, je vais me promener \u00e0 Saint-Martin o\u00f9 le pauvre Jacques Lavail me fait voir les terribles effets de la gr\u00eale du 11 ao\u00fbt&nbsp;; beaucoup de r\u00e9coltes sont d\u00e9truites&nbsp;; il est \u00e9vident que Papa devra lui faire consentir une forte r\u00e9duction sur son fermage d\u2019octobre. Nous partons pour Vin\u00e7a en omnibus vers 6 heures&nbsp;; il pleut et il fait presque froid, ce qui contrarie la foire d\u2019Ille. Ce mauvais temps est aussi bien malencontreux pour notre s\u00e9jour \u00e0 Mont-Louis&nbsp;; il faut absolument le laisser passer avant de nous remettre en route, sans quoi nous serions expos\u00e9s \u00e0 trouver la neige l\u00e0-haut.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 25 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais tirer quelques oiseaux au jardin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne et nous faisons quelques visites&nbsp;; il fait toujours tr\u00e8s frais. Le soir, Jacques m\u2019apprend que la jument que Bonne Maman avait lou\u00e9e pour moi (la m\u00eame que je montais l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re) vient d\u2019\u00eatre vendue&nbsp;; me voil\u00e0 donc oblig\u00e9 de chercher une monture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 26 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019interroge un peu les uns et les autres&nbsp;; tout le monde me dit qu\u2019il me sera difficile de me procurer quelque chose. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Boule en voiture&nbsp;; le fermier Joseph Jacomy me dit qu\u2019il va parler au propri\u00e9taire d\u2019une jolie jument pour savoir s\u2019il consentirait \u00e0 la louer&nbsp;; j\u2019aurai sa r\u00e9ponse demain matin. Jacomy me pr\u00e9sente sa jeune femme \u00e2g\u00e9e de 17 ans&nbsp;! C\u2019est une enfant et elle vient d\u2019avoir une fille&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 27 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe qui est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pour Bon Papa \u00e0 l\u2019occasion de la Saint Augustin qui est demain. Ensuite, je vais en voiture, accompagn\u00e9 de Jacques, \u00e0 Finestret et \u00e0 Marquixanes \u00e0 la recherche d\u2019un cheval&nbsp;; je n\u2019en trouve pas. Mais j\u2019en ai vu un ici qui fera peut-\u00eatre mon affaire&nbsp;; il a le d\u00e9faut d\u2019\u00eatre un peu jeune (3 ans \u00bd)&nbsp;; mais on prend ce qu\u2019on trouve&nbsp;; il est joli. J\u2019envoie \u00e0 Prades une demande de permis de chasse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 28 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons la sainte communion apr\u00e8s la messe de 8 heures&nbsp;; je vais \u00e0 la grand\u2019messe et, l\u2019apr\u00e8s-midi, aux v\u00eapres. L\u2019apr\u00e8s-midi, avant les v\u00eapres, nous avons plusieurs visites&nbsp;: M. le cur\u00e9, Mme Jocaveil, Mme Roure&nbsp;; apr\u00e8s v\u00eapres, nous allons voir Mlle de Llobet et je vais chez Charles de Guardia. Chaque jour, en lisant <em>L\u2019\u00c9clair<\/em>, je suis pris d\u2019une inqui\u00e9tude croissante en constatant les progr\u00e8s de la r\u00e9volution. Notre malheureuse France tombe tous les jours un peu plus dans l\u2019anarchie. C\u2019est ainsi que le port de Marseille est en train de se ruiner et de perdre sa client\u00e8le fran\u00e7aise et \u00e9trang\u00e8re par les gr\u00e8ves continuelles qui s\u2019abattent sur lui&nbsp;; le gouvernement, par une inaction ou m\u00eame par sa complicit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard des meneurs, est grandement responsable de cette situation. Et, pendant que de pareils faits se produisent, arr\u00eatant toute relation commerciale et m\u00eame postale entre la France, l\u2019Alg\u00e9rie et la Corse, le ministre de la Marine, le pouilleux Pelletan, ne quitte sa vill\u00e9giature de Salon que pour accepter un banquet du syndicat socialiste r\u00e9volutionnaire des ouvriers du port de Toulon, banquet au cours duquel cet incroyable ministre oblige g\u00e9n\u00e9raux et amiraux \u00e0 l\u2019escorter en grand uniforme au milieu de bandes ignobles acclamant le ministre et hurlant aux oreilles des officiers l\u2019Internationale et la Carmagnole&nbsp;! Telle est la situation&nbsp;! Et cela au moment o\u00f9 la guerre russo-japonaise bat son plein et o\u00f9 des incidents diplomatiques touchant les droits des neutres et susceptibles d\u2019amener les plus graves complications se produisent journellement&nbsp;! Nous touchons \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la pente sur laquelle la r\u00e9publique, entra\u00een\u00e9e par son penchant naturel, se laisse glisser depuis sa naissance&nbsp;: \u00e0 l\u2019anarchie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 31 ao\u00fbt 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 29 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais en voiture \u00e0 Ille avec Maman et Marie&nbsp;; Marie prend des rideaux qu\u2019on doit laver \u00e0 Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 30 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je suis sur le point de partir pour Mont-Louis&nbsp;; mais le temps \u00e9tant tr\u00e8s mena\u00e7ant, j\u2019y renonce pour aujourd\u2019hui&nbsp;; puis, r\u00e9flexion faite, j\u2019y renonce compl\u00e8tement, la saison est trop avanc\u00e9e pour aller \u00e0 de pareilles altitudes. Je devais aller inviter Monseigneur, \u00e0 Palau, \u00e0 d\u00e9jeuner le jour o\u00f9 il passera ici en descendant de Cerdagne&nbsp;; on lui \u00e9crira. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s avoir essay\u00e9 le cheval de 3 ans \u00bd qu\u2019on me propose, je vois qu\u2019il ne sait absolument rien faire, et je pars pour Ille t\u00e2cher d\u2019en trouver un&nbsp;; je n\u2019en trouve pas, d\u00e9cid\u00e9ment, je n\u2019ai qu\u2019une chose \u00e0 faire, c\u2019est d\u2019\u00e9crire \u00e0 mon cousin de Rovira<a href=\"#_ftn74\" id=\"_ftnref74\">[74]<\/a> qui, faisant l\u2019\u00e9levage en grand, me trouvera ce qu\u2019il me fait. \u00c0 Ille, j\u2019apprends la mort de Mme Delcros, la m\u00e8re de notre nouveau cousin qui \u00e9tait tr\u00e8s malade d\u00e9j\u00e0 le jour du mariage&nbsp;; quel lendemain de noce&nbsp;pour Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;! En rentrant \u00e0 Vin\u00e7a, Maman me dit que nous devons assister \u00e0 ses obs\u00e8ques ayant tous assist\u00e9 \u00e0 la noce&nbsp;; nous partirons donc demain pour C\u00e9ret.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 31 ao\u00fbt 1904<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2_Couvent_des_Capucins_a_Ceret_vers_1880._Vue_Est.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"704\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2_Couvent_des_Capucins_a_Ceret_vers_1880._Vue_Est-1024x704.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-274\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2_Couvent_des_Capucins_a_Ceret_vers_1880._Vue_Est-1024x704.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2_Couvent_des_Capucins_a_Ceret_vers_1880._Vue_Est-300x206.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2_Couvent_des_Capucins_a_Ceret_vers_1880._Vue_Est-768x528.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2_Couvent_des_Capucins_a_Ceret_vers_1880._Vue_Est.jpg 1371w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le couvent des Capucins de C\u00e9ret vers 1880 \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous levons \u00e0 4 heures et, Maman et moi, nous prenons le train de 5h37&nbsp;; \u00e0 Ille, M., Mme de Barescut, Madeleine, Jeanne et Marie-Louise nous rejoignent et nous arrivons \u00e0 C\u00e9ret \u00e0 8h30 apr\u00e8s deux changements de train&nbsp;; je trouve \u00e0 la gare de C\u00e9ret Jean de Chefdebien venu, lui aussi, pour les obs\u00e8ques de Mme Delcros<a href=\"#_ftn75\" id=\"_ftnref75\">[75]<\/a>. La maison Delcros est tr\u00e8s belle&nbsp;; il y a beaucoup de monde aux obs\u00e8ques&nbsp;; tout C\u00e9ret est l\u00e0 et on est venu de tout le pays. On d\u00e9pose le corps dans le caveau de la famille qui est dans la chapelle du Couvent des Capucins, vide depuis 1881, au grand d\u00e9triment des pauvres de C\u00e9ret. Je trouve une foule de personnes de connaissance&nbsp;: les Sabat\u00e9, de C\u00e9ret&nbsp;; Mme Delmas de Ribas<a href=\"#_ftn76\" id=\"_ftnref76\">[76]<\/a>&nbsp;; M. et Mme Companyo, p\u00e8re et m\u00e8re de Louis Companyo, c\u2019est m\u00eame M. Companyo qui parle devant la tombe ouverte de la pauvre Mme Delcros&nbsp;; M. de Massia, p\u00e8re de Mlle de Massia<a href=\"#_ftn77\" id=\"_ftnref77\">[77]<\/a> qui \u00e9tait ma demoiselle d\u2019honneur au mariage de Mimi Cornet, je fais la connaissance de son fils&nbsp;; M. le cur\u00e9 Bonet, etc. Nous sommes invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9jeuner par les Companyo que Papa et Maman ont beaucoup connu \u00e0 Toulouse chez M. de Bonnefoy, par les Sabat\u00e9, par M. le cur\u00e9&nbsp;; pour ne froisser personne, nous acceptons l\u2019invitation des Delcros. \u00c0 cette table se retrouvent une foule de personnes qui assist\u00e8rent au mariage il y a huit jours&nbsp;! Il est venu des Espagnoles appartenant \u00e0 la famille de Ferran, qui est celle de la d\u00e9funte. Nous repartons \u00e0 2h, passons une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Perpignan et sommes \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bd&nbsp;; nous pensions trouver Papa \u00e0 Vin\u00e7a, mais une d\u00e9p\u00eache de lui annonce qu\u2019il arrivera seulement demain.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/LAncienne_Maison_Delcros_3_rue_des_Evades_de_France_a_Ceret-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/LAncienne_Maison_Delcros_3_rue_des_Evades_de_France_a_Ceret-1024x768.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-275\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/LAncienne_Maison_Delcros_3_rue_des_Evades_de_France_a_Ceret-1024x768.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/LAncienne_Maison_Delcros_3_rue_des_Evades_de_France_a_Ceret-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/LAncienne_Maison_Delcros_3_rue_des_Evades_de_France_a_Ceret-768x576.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/LAncienne_Maison_Delcros_3_rue_des_Evades_de_France_a_Ceret-1536x1152.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/LAncienne_Maison_Delcros_3_rue_des_Evades_de_France_a_Ceret-2048x1536.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La maison Delcros, 3 rue des Evad\u00e9s de Franc\u00e9 \u00e0 C\u00e9ret \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Septembre 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 septembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 1<sup>er<\/sup> septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une lettre de Papa dit qu\u2019il arrivera ce soir \u00e0 2h \u00e0 Perpignan et qu\u2019il ira tout de suite \u00e0 Trouillas o\u00f9 on vendange&nbsp;; il me propose d\u2019aller le rejoindre \u00e0 Perpignan et d\u2019aller avec lui \u00e0 Trouillas&nbsp;; puis arrive une d\u00e9p\u00eache pendant que je faisais mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, qui dit que Papa \u00e9tant un peu fatigu\u00e9, arrivera directement ce soir sans passer par Trouillas&nbsp;; je n\u2019y vais donc pas non plus. L\u2019apr\u00e8s-midi, je chasse avec les Sabat\u00e9 p\u00e8re et fils&nbsp;; nous ne voyons presque rien&nbsp;; Henri Sabat\u00e9<a href=\"#_ftn78\" id=\"_ftnref78\">[78]<\/a> tue cependant un lapin. Le soir, Papa arrive en assez bonne sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 2 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais tirer quelques oiseaux au jardin. Je lis avec anxi\u00e9t\u00e9 dans les journaux les t\u00e9l\u00e9grammes concernant la terrible bataille engag\u00e9e depuis deux ou trois jours \u00e0 Liao Yang&nbsp;; plus de 400.000 hommes arm\u00e9s de 1300 canons s\u2019entrechoquent&nbsp;; c\u2019est une bataille historique&nbsp;; le choc formidable de l\u2019Orient contre l\u2019Occident, une sorte de r\u00e9\u00e9dition de la bataille des Champs Catalauniques&nbsp;! Puisse le Dieu des Chr\u00e9tiens secourir les Russes&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, je re\u00e7ois de Fernand de Rovira, en r\u00e9ponse \u00e0 ma lettre d\u2019hier, une lettre me disant qu\u2019il sera tr\u00e8s heureux de me louver \u00e0 tr\u00e8s bon compte un cheval de selle&nbsp;; il a pens\u00e9 pour moi \u00e0 une jument qui est en ce moment au Vernet et qui a \u00e9t\u00e9 mont\u00e9e, pendant la saison, par beaucoup d\u2019amazones&nbsp;; il me dit que si je veux aller la voir, je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 pr\u00e9venir t\u00e9l\u00e9graphiquement son cousin le baron de Meynard<a href=\"#_ftn79\" id=\"_ftnref79\">[79]<\/a> qui est au Vernet<a href=\"#_ftn80\" id=\"_ftnref80\">[80]<\/a>&nbsp;; je t\u00e9l\u00e9graphie aussit\u00f4t que j\u2019irai demain. Si je pouvais trouver l\u00e0 mon affaire, ce serait joliment agr\u00e9able&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 3 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bruit court que les Russes ont d\u00fb abandonner leurs positions et battre en retraite par suite du mouvement enveloppant d\u2019une des 3 arm\u00e9es japonaises&nbsp;; c\u2019est d\u00e9solant&nbsp;! Je me fais couper les cheveux, le d\u00e9jeune et je pars \u00e0 10h37 pour le Vernet&nbsp;; \u00e0 Villefranche, M. de Meynard m\u2019attendait avec une charrette anglaise de Fernand de Rovira&nbsp;; il m\u2019invite \u00e0 d\u00e9jeuner au Vernet, mais je ne puis accepter ayant d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a. \u00c0 1h \u00bd, il me fait essayer, sur la piste du concours hippique que F. de Rovira a organis\u00e9, la jument \u00ab&nbsp;Hildegarde&nbsp;\u00bb, alezane, 1m58, pur-sang anglais, 8 ans&nbsp;; malheureusement, elle a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9e, mais M. de Meynard m\u2019assure qu\u2019elle est, quand m\u00eame, tr\u00e8s solide de jambes&nbsp;; je le crois, en effet, puisqu\u2019il la faisait monter \u00e0 des dames et \u00e0 des jeunes filles&nbsp;; comme elle est fort jolie, et qu\u2019elle para\u00eet douce, je la prends et je rentre \u00e0 Vin\u00e7a avec elle en 2h \u00bc. Le soir, en arrivant, je m\u2019occupe de l\u2019installer \u00e0 l\u2019\u00e9curie, et de renvoyer \u00e0 M. de Meynard la selle qu\u2019il m\u2019avait pr\u00eat\u00e9e&nbsp;; je suis enchant\u00e9 d\u2019avoir fait la connaissance de ce jeune homme, il est charmant et nous avons une foule de connaissances communes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 4 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Nous faisons quelques visites. Apr\u00e8s v\u00eapres, je vais avec Papa \u00e0 Rod\u00e8s o\u00f9 nous voyons Tante Isabelle et Joseph. Pierre<a href=\"#_ftn81\" id=\"_ftnref81\">[81]<\/a>, qui a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 en juillet d\u2019une insolation, va mieux nous dit-on. Monseigneur a r\u00e9pondu tout de suite \u00e0 la lettre de Bonne Maman&nbsp;; il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s touch\u00e9 de l\u2019invitation \u00e0 d\u00e9jeuner mais ne peut l\u2019accepter \u00e9tant oblig\u00e9 de rentrer tout de suite \u00e0 Perpignan pour des affaires urgentes&nbsp;; ce qui l\u2019appelle si vite \u00e0 Perpignan, c\u2019est sans doute l\u2019affaire d\u2019un cur\u00e9 qui vient de jeter sa soutane aux orties et qui a \u00e9crit dans <em>La R\u00e9publique des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales<\/em> d\u2019ignobles articles contre Monseigneur et contre la religion.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 septembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 5 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 8h en break pour B\u00e9lesta o\u00f9 le cur\u00e9 M. Badrignans m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle&nbsp;; cette invitation m\u2019a fait grand plaisir&nbsp;; elle est venue fort \u00e0 propos me tirer d\u2019embarras au moment o\u00f9 je me demandais comment je ferais pour assister \u00e0 l\u2019Adoration de B\u00e9lesta&nbsp;; je tenais \u00e0 assister aux c\u00e9r\u00e9monies de cette f\u00eate parce que j\u2019y voyais une occasion de rencontrer enfin Mlle Ren\u00e9e Delebart que j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 voir l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et que je veux absolument arriver \u00e0 voir de pr\u00e8s afin que Monseigneur de Carsalade puisse, si cette jeune fille me pla\u00eet, parler de moi \u00e0 la famille Delebart dans les cas o\u00f9, vu les intentions de cette famille, je croirais avoir quelque chance d\u2019\u00eatre agr\u00e9\u00e9. Mais une d\u00e9convenue m\u2019attendait \u00e0 B\u00e9lesta&nbsp;! Par une co\u00efncidence d\u00e9sastreuse, les Delebart, dont l\u2019automobile s\u2019est d\u00e9traqu\u00e9 et qui ont d\u00fb aller \u00e0 Perpignan \u00e0 ce sujet, ne sont pas venus \u00e0 B\u00e9lesta&nbsp;! Quelle d\u00e9veine&nbsp;! Moi qui attendais depuis si longtemps cette circonstance o\u00f9 je me croyais s\u00fbr de voir Mlle Delebart, je suis venu pour rien&nbsp;! Tout est \u00e0 recommencer&nbsp;; comment ferai-je pour voir Mlle Ren\u00e9e&nbsp;? Je n\u2019en sais rien. Je ne peux pourtant pas laisser parler Monseigneur avant de l\u2019avoir vue, c\u2019est inutile&nbsp;! Je profite du moins de ma pr\u00e9sence \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Adoration pour prier le Bon Dieu de tout arranger pour notre plus grand bonheur \u00e0 tous deux en ce monde et dans l\u2019autre, et selon sa sainte volont\u00e9, il sait mieux que moi ce qui me convient&nbsp;! M. Badrignans a un excellent d\u00e9jeuner venu en grande partie de Caladroy. Je suis le seul la\u00efque&nbsp;; les 9 autres convives appartiennent au clerg\u00e9. Le soir \u00e0 6h quand je rentre \u00e0 Vin\u00e7a, je trouve M. Blanquer, le peintre perpignanais, venu pour faire le portrait de Maman. On l\u2019installe dans les anciens appartements de l\u2019oncle Henri au second&nbsp;; il y restera jusqu\u2019\u00e0 la fin de son \u0153uvre&nbsp;; Maman posera tous les matins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 6 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h \u00be, je monte Hildegarde pour la seconde fois&nbsp;; je vais \u00e0 Ille et je rentre par Bouletern\u00e8re. La jument avait \u00e9t\u00e9 sage tout le temps. Mais au moment d\u2019arriver, en passant aux Pountets, je venais de la mettre au trot lorsqu\u2019elle prend tout \u00e0 coup le grand galop et, malgr\u00e9 tous mes efforts, je ne peux pas l\u2019arr\u00eater&nbsp;; j\u2019ai beau tirer de toutes mes forces sur la bride et sur le filet, rien n\u2019y fait, elle est emball\u00e9e&nbsp;; elle arrive ainsi au triple galop sur la route dans Vin\u00e7a&nbsp;; toute ma peur est de renverser quelqu\u2019un&nbsp;; je la dirige cependant et je suis assez heureux pour \u00e9viter tous les obstacles, charrettes, tonneaux ou personnes&nbsp;; au tournant de la route seulement j\u2019effleure avec le pied un petit gar\u00e7on&nbsp;; il s\u2019assoit sur son derri\u00e8re mais n\u2019a aucun mal heureusement&nbsp;; il ne pleure m\u00eame pas. J\u2019avoue que je n\u2019\u00e9tais pas tr\u00e8s rassur\u00e9 pour moi-m\u00eame&nbsp;; j\u2019avais peur qu\u2019en arrivant devant l\u2019\u00e9curie la jument ne s\u2019arr\u00eat\u00e2t net et ne m\u2019envoy\u00e2t balader 10 m\u00e8tres plus loin&nbsp;; gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, elle ne le fait pas, et je finis par l\u2019arr\u00eater pr\u00e8s de l\u2019abreuvoir. C\u2019est \u00e9gal, je l\u2019ai \u00e9chapp\u00e9e belle, tout le monde est en \u00e9moi sur la route&nbsp;; maintenant que je connais ce d\u00e9faut de cette jument, j\u2019y prendrai garde. \u00c0 peine descendu, je prends des nouvelles de l\u2019enfant que j\u2019ai l\u00e9g\u00e8rement touch\u00e9, on me dit qu\u2019il n\u2019a aucun mal&nbsp;; Dieu en soit lou\u00e9&nbsp;! Je pars pour Perpignan par le train de midi&nbsp;; je fais route avec les Joseph de Llobet&nbsp;; \u00e0 Ille, Papa me rejoint et nous prenons une voiture de Margouet pour aller \u00e0 Trouillas&nbsp;; on vendange depuis quatre ou cinq jours, la r\u00e9colte est bonne&nbsp;; nous voyons le nouveau cur\u00e9. Au retour, nous nous arr\u00eatons une vingtaine de minutes \u00e0 Ponteilla o\u00f9 nous voyons Mme de Llamby et Louise. Nous reprenons le train de 7h05 \u00e0 Perpignan et nous sommes \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 7 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je monte \u00e0 cheval de 11h \u00e0 midi autour de Joch. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chasser avec Croco, son fils et Am\u00e9d\u00e9e Jocaveil&nbsp;; nous ne voyons rien&nbsp;; d\u00e9cid\u00e9ment, la chasse n\u2019est pas un sport agr\u00e9able dans ce pays-ci&nbsp;; je n\u2019y retournerai pas souvent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 8 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis malade dans la nuit et le matin&nbsp;; c\u2019est fort contrariant \u00e0 cause de la promenade projet\u00e9e pour aujourd\u2019hui au Vernet o\u00f9 a lieu le bapt\u00eame des cloches de Saint-Martin-du-Canigou jusqu\u2019\u00e0 11h, j\u2019esp\u00e9rais cependant pouvoir y aller&nbsp;; ainsi, j\u2019\u00e9tais sorti un peu, all\u00e9 \u00e0 la grand\u2019messe. Mais \u00e0 11h, nous achevions de d\u00e9jeuner (j\u2019avais mang\u00e9 fort peu de chose), lorsque j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pris de vomissements&nbsp;; alors, apr\u00e8s avoir bien h\u00e9sit\u00e9, je me d\u00e9cide \u00e0 rester&nbsp;; ce serait si ennuyeux d\u2019\u00eatre malade pendant la c\u00e9r\u00e9monie ou en omnibus&nbsp;! Maman, qui est malade elle aussi, reste \u00e0 Vin\u00e7a. Papa, Bonne Maman et Philo partent en omnibus&nbsp;; ils emm\u00e8nent Marie, la femme de chambre. Moi, je me repose presque toute l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; cependant, de 4h \u00bc \u00e0 3h \u00be, je me prom\u00e8ne tout doucement sur la route de Prades avec Monsieur Blanquer. L\u2019omnibus rentre \u00e0 7h \u00bd et les d\u00e9tails que nous donne Papa sur la belle c\u00e9r\u00e9monie pr\u00e9sid\u00e9e par Monseigneur, sur le discours de l\u2019abb\u00e9 Bonet me font encore plus regretter la f\u00e2cheuse co\u00efncidence qui m\u2019a emp\u00each\u00e9 d\u2019y assister&nbsp;; c\u2019est d\u2019autant plus regrettable que j\u2019aurais retrouv\u00e9 l\u00e0 une foule de parents ou de personnes de connaissance&nbsp;: les Rovira<a href=\"#_ftn82\" id=\"_ftnref82\">[82]<\/a>, les Lutrand, les \u00c7agarriga, les Lazerme etc. Enfin, qu\u2019y faire&nbsp;? C\u2019est ainsi&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 9 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais beaucoup mieux&nbsp;; je ne monte cependant pas \u00e0 cheval&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en break \u00e0 Finestret voir les No\u00ebll<a href=\"#_ftn83\" id=\"_ftnref83\">[83]<\/a> et Madame Dumas<a href=\"#_ftn84\" id=\"_ftnref84\">[84]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 10 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Monsieur Blanquer ach\u00e8ve aujourd\u2019hui le portrait de Maman, qui est fort r\u00e9ussi. Il quitte Vin\u00e7a par le train de 3h \u00bd&nbsp;; Papa, Maman et Philom\u00e8ne partent pour Ille par le m\u00eame train&nbsp;; moi, j\u2019y vais \u00e0 cheval. Quand j\u2019arrive, un petit moment apr\u00e8s eux, je trouve Maman aux prises avec un grand malaise et un d\u00e9rangement d\u2019entrailles&nbsp;; elle est oblig\u00e9e de faire di\u00e8te et de se coucher plus t\u00f4t que d\u2019habitude. J\u2019installe la jument dans l\u2019\u00e9curie de la grande maison&nbsp;; elle y est pour plus d\u2019un mois.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"691\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie-691x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-276\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie-691x1024.jpg 691w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie-202x300.jpg 202w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie-768x1139.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie-1036x1536.jpg 1036w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie-1381x2048.jpg 1381w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_9796-Copie.jpg 1718w\" sizes=\"auto, (max-width: 691px) 100vw, 691px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Portrait de Suzanne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme (1860-1935) par le peintre Jacques Blanquer (1854-1932) en 1904 \u2013 Collection Pierre Lemaitre<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 11 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman, fatigu\u00e9e toujours, passe la journ\u00e9e au lit&nbsp;; Papa, Philom\u00e8ne et moi assistons \u00e0 la grand\u2019messe et aux v\u00eapres&nbsp;; de plus, je fais la sainte communion avant la messe de 8h \u00bd. Le soir, je vais avec Philom\u00e8ne chez les demoiselles Mathieu o\u00f9 nous voyons Mme de Dax et Henri. En revenant d\u2019une petite promenade dans la campagne, au moment o\u00f9 nous passions, Papa et moi, devant un nouveau caf\u00e9, nous avons \u00e9t\u00e9 salu\u00e9s par un groupe de quelques jeunes gens du chant de \u00ab&nbsp;l\u2019Internationale&nbsp;\u00bb scand\u00e9 de quelques cris de <em>\u00ab&nbsp;\u00c0 bas les calotins&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 une preuve du progr\u00e8s de l\u2019esprit r\u00e9volutionnaire dans les masses paysannes&nbsp;: il y a deux ans, nul ici ne connaissait l\u2019ignoble chant appel\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019internationale&nbsp;\u00bb&nbsp;; l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, \u00e0 la suite du voyage de Pelletan dans le pays, quelques voyous commen\u00e7aient \u00e0 le chanter&nbsp;; cette ann\u00e9e, tous les gamins le hurlent, la plupart inconsciemment il est vrai, mais beaucoup cependant avec l\u2019intention d\u2019agacer les conservateurs comme ceux qui nous ont ainsi salu\u00e9s aujourd\u2019hui&nbsp;; il para\u00eet que, pendant plusieurs semaines, \u00e0 la suite de l\u2019\u00e9lection au Conseil g\u00e9n\u00e9ral, une bande d\u2019ouvriers ruraux qui s\u2019est syndiqu\u00e9e en vue de la gr\u00e8ve, chantait constamment \u00ab&nbsp;l\u2019Internationale&nbsp;\u00bb et insultait les conservateurs et les gens religieux. Cet \u00e9tat d\u2019esprit, qui ne s\u2019\u00e9tait pas vu depuis la p\u00e9riode r\u00e9volutionnaire de 1870, est tr\u00e8s inqui\u00e9tant, et il est probable qu\u2019en cas de troubles graves, ces voyous, excit\u00e9s par le gouvernement \u00e0 la solde des collectivistes, se livrerait aux d\u00e9sordres les plus graves&nbsp;; on verrait dans le pays une v\u00e9ritable jacquerie&nbsp;; ce sera alors aux honn\u00eates gens \u00e0 se d\u00e9fendre eux-m\u00eames&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 septembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 12 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re en passant par Millas&nbsp;; on commence \u00e0 vendanger \u00e0 la vigne du <em>Cam dal Nougu\u00e9<\/em> qui a \u00e9t\u00e9 atteinte par la gr\u00eale&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 une petite pluie, je vais \u00e0 la vigne du Bouc avec Papa et Philom\u00e8ne&nbsp;; l\u00e0 aussi, la gr\u00eale a fait beaucoup de mal. Maman va beaucoup mieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 13 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval&nbsp;; je vois un moment Bonne Maman. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa \u00e0 Bouletern\u00e8re voir un petit bout de vigne pr\u00e8s de Sainte-Anne o\u00f9 M. Ecoiffier, concessionnaire de l\u2019\u00e9clairage \u00e9lectrique pour plusieurs communes, a demand\u00e9 de placer un pyl\u00f4ne&nbsp;; il n\u2019y a aucun inconv\u00e9nient \u00e0 cela&nbsp;; nous rentrons par le train \u00e0 7h&nbsp;; il fait de l\u2019orage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 14 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une courte promenade \u00e0 cheval dans la r\u00e9gion de Saint-Michel<a href=\"#_ftn85\" id=\"_ftnref85\">[85]<\/a>. Nous allons tous quatre \u00e0 Perpignan par le train de midi&nbsp;; au moment o\u00f9 nous nous dirigions vers la gare, Papa re\u00e7oit une d\u00e9p\u00eache de Biarritz pour une location&nbsp;; il r\u00e9pond de Perpignan. Avec Papa et Maman, je vais voir Monseigneur de Carsalade. Nous lui demandons s\u2019il a pens\u00e9 \u00e0 s\u2019informer des intentions de la famille Delebart&nbsp;; il nous dit qu\u2019il s\u2019est inform\u00e9 et qu\u2019il a cru comprendre qu\u2019il y a un projet de mariage dans le Nord pour Mlle Ren\u00e9e&nbsp;; je suis bien aise d\u2019\u00eatre renseign\u00e9, car, alors, je ne penserai plus \u00e0 ce projet que j\u2019avais form\u00e9 parce que je croyais, d\u2019apr\u00e8s ce que j\u2019avais entendu dire, que M. et Mme Delebart tenaient \u00e0 marier leur fille en Roussillon&nbsp;; n\u00e9anmoins, Monseigneur, qui doit faire prochainement un s\u00e9jour \u00e0 Caladroy t\u00e2chera de se renseigner d\u2019une fa\u00e7on plus pr\u00e9cise. Mais je comprends que j\u2019ai bien peu de chances de r\u00e9ussir de ce c\u00f4t\u00e9, et le mieux est de ne plus y penser. Monseigneur a \u00e9t\u00e9 d\u2019une tr\u00e8s grande amabilit\u00e9. Nous faisons quelques autres visites&nbsp;: M. de Lamer, Mme Vassal, les Lazerme, Mlle de Llobet, les Lutrand, Mlle de Brugu\u00e8re&nbsp;; nous ne rencontrons que ces deux derniers. Nous rentrons \u00e0 Ille par le train de 8 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 15 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re o\u00f9 on ach\u00e8ve la vendange, et je rentre par Millas. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous nous promener du c\u00f4t\u00e9 du Tou\u00efre&nbsp;; je pousse, avec Papa, jusqu\u2019\u00e0 la <em>Coume de l\u2019Infern<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 16 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une petite promenade \u00e0 bicyclette dans la r\u00e9gion de Saint-Michel. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 pied avec Papa \u00e0 Boule o\u00f9 nous assistons aux v\u00eapres de la f\u00eate de l\u2019Adoration et \u00e0 la procession qui les suit. Ensuite, nous allons voir la vigne de la Grande F\u00e8che qui est fort belle cette ann\u00e9e&nbsp;; on a commenc\u00e9 hier \u00e0 la vendanger.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 17 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur du 23<sup>e<\/sup> anniversaire du mariage de Papa et Maman, nous assistons \u00e0 une messe dite par M. le cur\u00e9. \u00c0 7h \u00bc, nous y faisons tous la sainte communion. Ensuite, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 La Ferri\u00e8re voir les Barescut&nbsp;; nous ne rencontrons que M. et Mme de Barescut. Le soir, M. le cur\u00e9, le vicaire et les demoiselles Matthieu viennent prendre le th\u00e9 apr\u00e8s les complies de Saint Ferr\u00e9ol.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 18 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 la grand\u2019messe et aux v\u00eapres&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, avant et apr\u00e8s les v\u00eapres, nous faisons quelques visites&nbsp;: Mme Terrats d\u2019Aguillon, Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za et sa fille la baronne de Roland, la marquise de Dax. Le soir, nous allons chez les demoiselles Matthieu voir les danses&nbsp;; nous y trouvons les Batlle, les Dax, les jeunes gens Roca et Xavier Cristau.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 septembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 19 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 cheval \u00e0 9h \u00bc pour Bouletern\u00e8re o\u00f9 Papa et Maman avec Philom\u00e8ne vont \u00e0 pied pour voir la vendange&nbsp;; nous y retrouvons Bonne Maman venue en voiture de Vin\u00e7a&nbsp;; apr\u00e8s avoir vu cueillir un moment \u00e0 la Grande F\u00e8che, nous repartons pour Ille&nbsp;: Papa, Maman, Bonne Maman et Philom\u00e8ne en voiture, moi \u00e0 cheval&nbsp;; Bonne Maman d\u00e9jeune avec nous. Vers 3h \u00bd, Bonne Maman repart pour Vin\u00e7a&nbsp;; je l\u2019accompagne afin de me faire couper les cheveux \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 le coiffeur Antoine Roig, neveu de la vieille Philom\u00e8ne, me les coupe mieux que celui d\u2019Ille. \u00c0 Vin\u00e7a, je vais avec Bonne Maman \u00e0 la Mirande o\u00f9 on vendange, je me fais couper les cheveux et je repars par le train de 6h51 avec Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 20 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne un peu \u00e0 pied et je lis. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h \u00bd, je pars pour une promenade \u00e0 bicyclette avec Henri de Dax<a href=\"#_ftn86\" id=\"_ftnref86\">[86]<\/a>&nbsp;; nous allons \u00e0 Ponteilla malgr\u00e9 la pluie qui menace et qui tombe un peu par moments&nbsp;; nous ne rencontrons pas Mme de Llamby. Nous allons alors \u00e0 Trouillas o\u00f9 on n\u2019a pas encore fini de vendanger depuis plus de quinze jours qu\u2019on a commenc\u00e9&nbsp;; on en est maintenant aux vignes de Tata Mimi&nbsp;; c\u2019est que la r\u00e9colte est superbe cette ann\u00e9e&nbsp;; il y a pr\u00e8s de 700 comportes \u00e0 nos vignes. Nous repartons \u00e0 4h05 et sommes \u00e0 Ille \u00e0 5h20&nbsp;; nous esquivons \u00e0 peu pr\u00e8s la pluie et avons fait une charmante promenade d\u2019une quarantaine de kilom\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 21 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, promenade \u00e0 cheval&nbsp;; je vais \u00e0 La Ferri\u00e8re faire une commission aux Barescut&nbsp;; puis \u00e0 la vigne du chemin de Boule. L\u2019apr\u00e8s-midi, pour passer le temps, je vais \u00e0 Vin\u00e7a en chemin de fer avec Papa pour conna\u00eetre le r\u00e9sultat de la vendange&nbsp;; comme il pleut, on a d\u00fb l\u2019interrompre, mais nous passons quelques heures avec Bonne Maman&nbsp;; nous rentrons \u00e0 7 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 22 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut fort toute la journ\u00e9e&nbsp;; le matin, je vais \u00e0 un enterrement. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous recevons une trentaine de personnes, toute la soci\u00e9t\u00e9 illoise&nbsp;: les Dax, les Matthieu, les Roca, les Barescut, les Rolland, les Batlle&nbsp;; on fait de la musique, du chant, on jour \u00e0 divers jeux de soci\u00e9t\u00e9 et surtout on mange au buffet qui est tr\u00e8s bien dress\u00e9&nbsp;; c\u2019est absolument comme nos soir\u00e9es d\u2019Angers&nbsp;; seulement, elle a lieu l\u2019apr\u00e8s-midi pour ne pas obliger les Barescut qui ont un assez long trajet \u00e0 faire, \u00e0 venir la nuit&nbsp;; ils pourraient prendre mal \u00e0 leur \u00e2ge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 23 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le temps \u00e9tant mena\u00e7ant, je ne sors pas&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Rod\u00e8s o\u00f9 je vois Tante Isabelle, Mimi Companyo, Joseph et Pierre Cornet&nbsp;; je trouve \u00e0 ce dernier assez bonne mine, mais il a l\u2019air extr\u00eamement abattu, il ne r\u00e9pond rien aux questions qu\u2019on lui pose, ou bien il r\u00e9pond par monosyllabes&nbsp;; il est tr\u00e8s difficile de savoir le fin mot sur son \u00e9tat<a href=\"#_ftn87\" id=\"_ftnref87\">[87]<\/a>. Le soir, nous allons chez les demoiselles Matthieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 24 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval entre Ille et Neffiach en passant par de petits chemins \u00e0 l\u2019aller et par la route nationale au retour&nbsp;; je rencontre notre nouveau cousin Delcros qui est \u00e0 Ille pour un jour. L\u2019apr\u00e8s-midi, il fait chaud, nous allons \u00e0 la gare attendre Papa qui arrive de Vin\u00e7a o\u00f9 il a assist\u00e9 au service fun\u00e8bre pour Mme de Llobet&nbsp;; nous apprenons par Augusti et par une lettre de l\u2019oncle Xavier la prochaine arriv\u00e9e de Maurice<a href=\"#_ftn88\" id=\"_ftnref88\">[88]<\/a>&nbsp;; le soir, nous nous promenons un peu sur la route.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 25 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion avant la messe de 8h \u00bd&nbsp;; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous aux v\u00eapres, \u00e0 la fil desquelles nous trouvons Maurice au fond de l\u2019\u00e9glise&nbsp;; il vient d\u2019arriver pour une dizaine de jours, ainsi que nous l\u2019annon\u00e7ait une lettre de l\u2019oncle Xavier arriv\u00e9e hier soir&nbsp;; quant \u00e0 l\u2019oncle Xavier, il vient d\u2019arriver \u00e0 Pia pour 3 jours seulement afin de prendre des mesures au sujet de sa vendange extraordinairement abondante cette ann\u00e9e, mais comme sa permission n\u2019est que de 5 jours, il s\u2019en retournera tout de suite \u00e0 Verdun sans venir \u00e0 Ille et reviendra ici en octobre. Le soir, nous allons tous, m\u00eame avec Maurice, chez les demoiselles Matthieu o\u00f9 on danse jusqu\u2019\u00e0 10 heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 30 septembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 26 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, promenade \u00e0 cheval \u00e0 Millas et Corb\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, de 3 \u00e0 7 heures, nous sommes tout le temps avec notre cousine Lutrand, Mlle Delafosse et le jeune Henri Fourcade qui sont venus nous voir. Maman part pour Vin\u00e7a par le train de 8 heures&nbsp;; elle doit assister demain matin \u00e0 6 heures \u00e0 Prades au mariage de sa s\u0153ur de lait Mlle P\u00e9jouan&nbsp;; elle partira de Vin\u00e7a en omnibus \u00e0 5 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 27 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chasser avec Maurice aux Escatllas et dans la bosquette de M. Sire, mais la pluie nous oblige \u00e0 rentrer. Vers 4h \u00bd, Maman arrive en voiture amenant Bonne Maman qui vient ici pour quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 28 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Maurice \u00e0 Vin\u00e7a pour en ramener ma carabine, lui \u00e0 bicyclette et moi \u00e0 cheval&nbsp;; apr\u00e8s une copieuse collation \u00e0 Vin\u00e7a, nous rentrons en changeant mutuellement de montures. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous pr\u00e9parions \u00e0 partir tous pour Rod\u00e8s en voiture voir les Cornet lorsqu\u2019arrive Marie Companyo pour nous voir&nbsp;; nous renon\u00e7ons donc \u00e0 notre visite \u00e0 Rod\u00e8s et nous causons assez longtemps avec Marie Companyo, elle ne nous donne pas de tr\u00e8s bonnes nouvelles de Pierre&nbsp;; il va \u00eatre soign\u00e9 par un m\u00e9decin de Toulouse qui s\u2019installe aujourd\u2019hui \u00e0 Rod\u00e8s pour longtemps et avec lequel on va le laisser seul<a href=\"#_ftn89\" id=\"_ftnref89\">[89]<\/a>. Vers 4 heures, j\u2019accompagne Maman et Bonne Maman du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel&nbsp;; le soir, nous allons chez les demoiselles Matthieu. Les journaux catholiques sont remplis des d\u00e9tails concernant le p\u00e8lerinage de la Jeunesse catholique \u00e0 Rome auquel j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sur le point de me d\u00e9cider \u00e0 prendre part&nbsp;; ces d\u00e9tails sur la bont\u00e9 de Pie X et les belles c\u00e9r\u00e9monies auxquelles ont assist\u00e9 les 1100 jeunes gens venus \u00e0 Rome me font beaucoup regretter de ne m\u2019\u00eatre pas joint \u00e0 eux. \u00c0 propos de la Jeunesse catholique, je vais trouver des changements en arrivant \u00e0 Angers&nbsp;: le P. Barbier, \u00e0 a suite de d\u00e9marches absolument insens\u00e9es, a \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9 par ses sup\u00e9rieurs sous pr\u00e9texte <em>\u00ab&nbsp;qu\u2019il y avait d\u00e9saccord absolu entre lui et les jeunes gens de la Jeunesse catholique \u00e0 l\u2019exception d\u2019un petit groupe de royalistes&nbsp;\u00bb<\/em> et <em>\u00ab&nbsp;qu\u2019il rendait dans sa personne la compagnie de J\u00e9sus odieuse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Angers&nbsp;\u00bb<\/em>. Lucas ma \u00e9crit tout cela&nbsp;; aussit\u00f4t, j\u2019ai \u00e9crit \u00e0 Normand d\u2019Authon, pr\u00e9sident de l\u2019U.R.D. que je ne pensais nullement comme les auteurs de ces d\u00e9marches inqualifiables et que je r\u00e9pudiais toute solidarit\u00e9 avec eux&nbsp;; j\u2019ai \u00e9crit aussi au P. Barbier pour lui exprimer ma sympathie et tous mes regrets de le voir s\u2019\u00e9loigner d\u2019Angers. Dans sa r\u00e9ponse, tr\u00e8s affectueuse, il m\u2019a confirm\u00e9 ce que m\u2019avait \u00e9crit Lucas. C\u2019est vraiment incroyable&nbsp;! \u00c9videmment, la conf\u00e9rence qu\u2019il nous a faite un jour contre le ralliement, son attitude tr\u00e8s favorable \u00e0 mon \u00e9gard lors de ma lettre \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em> (pour laquelle j\u2019ai re\u00e7u les f\u00e9licitations du chanoine de Llobet, secr\u00e9taire de Mgr de Cabri\u00e8res<a href=\"#_ftn90\" id=\"_ftnref90\">[90]<\/a>) lui ont mis \u00e0 dos les membres ralli\u00e9s de l\u2019U.R.D. et du comit\u00e9&nbsp;; ceux-ci ont intrigu\u00e9 aupr\u00e8s de ses sup\u00e9rieurs pour le faire partir. Vraiment la Jeunesse catholique s\u2019engage dans une bien mauvaise voie&nbsp;! Puissent les r\u00e9confortants spectacles auxquels ses chefs ont assist\u00e9 \u00e0 Rome les en d\u00e9tourner&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 29 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 B\u00e9lesta&nbsp;; je vois l\u2019abb\u00e9 Badrignans&nbsp;; au retour, tout pr\u00e8s d\u2019Ille \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re descente, la jument bute tout \u00e0 coup si fort que le genou gauche (qui \u00e9tait couronn\u00e9) touche le sol et saigne l\u00e9g\u00e8rement&nbsp;; imm\u00e9diatement, la jument se rel\u00e8ve&nbsp;; je descends, lui lave la petite plaie. \u00c0 la maison, je ne me vante pas de cela, mais Maurice me dit ce qu\u2019il faut faire&nbsp;: tamponner la petite plaie avec de la teinture d\u2019alo\u00e8s et la saupoudrer de poudre de gentiane&nbsp;; dans quelques jours il n\u2019y para\u00eetra plus \u00e9tant donn\u00e9 que le genou a \u00e9t\u00e9 couronn\u00e9 autrefois&nbsp;; j\u2019en serai quitte pour ne pas sortir de 3 jours. L\u2019apr\u00e8s-midi, Papa, Bonne Maman, Philom\u00e8ne et moi allons \u00e0 Saint-Michel dont c\u2019est la f\u00eate aujourd\u2019hui&nbsp;; je photographie le vieux Badie.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115604-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"738\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115604-Copie-738x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-365\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115604-Copie-738x1024.jpg 738w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115604-Copie-216x300.jpg 216w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115604-Copie-768x1065.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115604-Copie-1107x1536.jpg 1107w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115604-Copie.jpg 1165w\" sizes=\"auto, (max-width: 738px) 100vw, 738px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00ab\u00a0Notre fermier le vieux Badi \u00e0 St Michel de Llotes\u00a0\u00bb <\/em>\u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, 29 septembre 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 30 septembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, il fait un vent \u00e9pouvantable&nbsp;; c\u2019est un excellent pr\u00e9texte pour ne pas monter \u00e0 cheval&nbsp;; du reste, la plaie insignifiante de la jument se cicatrise vite&nbsp;; matin et soir, je vais \u00e0 la chasse avec Maurice&nbsp;; nous tuons beaucoup de petits oiseaux. En rentrant, nous dispersons une bande de gamins \u00e9l\u00e8ves de l\u2019\u00e9cole la\u00efque qui jetaient des pierres sur un vieux mendiant qui ne pouvait pas se tra\u00eener&nbsp;; voil\u00e0 le fruit de l\u2019\u00e9cole sans Dieu&nbsp;! Papa va, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 Port-Vendres se renseigner sur le moyen d\u2019aller en Alg\u00e9rie malgr\u00e9 l\u2019interruption de service r\u00e9sultant de la gr\u00e8ve maritime qui continue toujours&nbsp;; on lui r\u00e9pond qu\u2019il faut passer par Barcelone et Palma de Majorque&nbsp;; mais on croit que la gr\u00e8ve touche \u00e0 sa fin. Je ne sais si notre voyage en Alg\u00e9rie se d\u00e9cidera&nbsp;; la gr\u00e8ve le contrarie, mais la gr\u00eale du 11 ao\u00fbt le contrarie encore davantage, car Papa est oblig\u00e9 de diviser les fermages de plusieurs fermiers et les deux petites vignes d\u2019Ille et celles de Corb\u00e8re ont beaucoup souffert&nbsp;; de plus, le vin se vendra tr\u00e8s mal, en sorte que l\u2019ann\u00e9e n\u2019est pas tr\u00e8s bien choisie pour faire cette d\u00e9pense.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Octobre 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 octobre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 1 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je retourne \u00e0 la chasse avec Maurice&nbsp;; nous tuons encore beaucoup d\u2019oiseaux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 2 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00e0 l\u2019H\u00f4pital en l\u2019honneur de la f\u00eate du Rosaire&nbsp;; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s v\u00eapres, je me prom\u00e8ne avec Papa et Maman.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 octobre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 3 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais chasser avec Maurice. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 onze heures \u00e0 cause de Papa qui va \u00e0 Saint-Maurice. Bonne Maman arrive par le train de midi et nous partons en break, \u00e0 deux heures, pour Millas o\u00f9 nous faisons une visite aux Ferriol&nbsp;; au retour, \u00e0 300 m\u00e8tres environ de Neffiach, nous allions au trot tranquillement lorsque je sens une commotion terrible et une chute dans le vide&nbsp;; c\u2019est une des grandes roues de la voiture qui s\u2019est d\u00e9tach\u00e9e tout \u00e0 coup, pr\u00e9cis\u00e9ment celle au-dessus de laquelle j\u2019\u00e9tais assis&nbsp;; nous la r\u00e9parons de notre mieux, c\u2019est une cheville qui s\u2019est cass\u00e9e, et la roue n\u2019\u00e9tant plus retenue, s\u2019est d\u00e9tach\u00e9e&nbsp;; heureusement, aucun de nous n\u2019a de mal. Nous nous arr\u00eatons \u00e0 La Ferri\u00e8re. Le soir, avec Papa et Maurice, j\u2019accompagne \u00e0 la gare Bonne Maman qui repart pour Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 4 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, Maurice, qui est parti d\u00e8s 5h \u00be de la m\u00e9tairie pour la chasse, ne vient \u00e0 la maison qu\u2019\u00e0 10h \u00be&nbsp;; je me prom\u00e8ne un peu apr\u00e8s \u00eatre pass\u00e9 chez lui sans le trouver&nbsp;; il fait un vrai temps d\u2019\u00e9t\u00e9. Je me suis l\u00e9g\u00e8rement enrhum\u00e9 hier&nbsp;; aussi, l\u2019apr\u00e8s-midi, je ne fais pas de grande promenade&nbsp;; je me contente d\u2019aller un moment chez Maurice et ensuite, avec Papa, Maman et Philom\u00e8ne, au champ afferm\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 Margail et que Papa vient d\u2019affermer \u00e0 Batllot pour y reconstituer le jardin d\u00e9truit pour les nouvelles avenues que Papa y a trac\u00e9es. Je re\u00e7ois une invitation \u00e0 d\u00e9jeuner des Rovira pour apr\u00e8s-demain aux Capeillans&nbsp;; je r\u00e9pons que j\u2019accepte. Maurice repart ce soir \u00e0 7h apr\u00e8s un s\u00e9jour bien employ\u00e9&nbsp;; il va passer 3 jours \u00e0 Paris avant la fin de sa permission.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_165135-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"773\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_165135-Copie-773x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-364\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_165135-Copie-773x1024.jpg 773w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_165135-Copie-226x300.jpg 226w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_165135-Copie-768x1017.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_165135-Copie-1159x1536.jpg 1159w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_165135-Copie.jpg 1318w\" sizes=\"auto, (max-width: 773px) 100vw, 773px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00ab\u00a0Papa <\/em>[Henri d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch] <em>dans le jardin de la maison Bourdeville photographi\u00e9 par Maurice<\/em> [d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch] <em>pendant les vacances 1904&Prime;<\/em> (annotation au dos de la main de Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch) \u2013 Clich\u00e9 vers septembre-octobre 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, mercredi 5 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je monte \u00e0 cheval, je vais \u00e0 N\u00e9fiach. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons un peu sur la route de Corb\u00e8re. Je pars pour Perpignan par le train de 7h12&nbsp;; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Malet&nbsp;; je vais passer la soir\u00e9e chez nos cousins de Lazerme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 6 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 Perpignan par le train de 9h35 pour Elne o\u00f9 j\u2019arrive vingt minutes plus tard. M. de Meynard<a href=\"#_ftn91\" id=\"_ftnref91\">[91]<\/a> m\u2019attendait \u00e0 la gare avec une voiture des Rovira. Nous partons tout de suite pour les Capeillans, jolie propri\u00e9t\u00e9 tout pr\u00e8s de la mer o\u00f9 mes cousins de Rovira me re\u00e7oivent tr\u00e8s aimablement. Ils ont \u00e0 d\u00e9jeuner, en m\u00eame temps que moi, M. et Mme Henri Talayrach et leur fille, qui sont un peu nos cousins par Madame (m\u00eame parent\u00e9 qu\u2019avec Mme de Rovira, par les Boluix)<a href=\"#_ftn92\" id=\"_ftnref92\">[92]<\/a>. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, visite des \u00e9curies et des paddocks, tr\u00e8s int\u00e9ressant&nbsp;! Il y a l\u00e0 environ une centaine de chevaux, juments, poulains ou pouliches, tous admirablement install\u00e9s. Je repars \u00e0 3 heures, enchant\u00e9 de l\u2019aimable accueil que j\u2019ai re\u00e7u. M. de Meynard m\u2019accompagne en charrette \u00e0 Boa\u00e7\u00e0, le beau ch\u00e2teau de nos cousins Gout de Bize<a href=\"#_ftn93\" id=\"_ftnref93\">[93]<\/a>&nbsp;; je fais \u00e0 Mme Gout de Bize une visite d\u2019une vingtaine de minutes, visite du parc&nbsp;; son mari et ses filles sont \u00e0 Perpignan. Ensuite, nous repartons pour Corneilla-del-Vercol o\u00f9 je quitte M. de Meynard et o\u00f9 je prends le train de 4h30 qui m\u2019am\u00e8ne en quelques minutes \u00e0 Perpignan&nbsp;; je voyage avec l\u2019oncle Joseph et avec l\u2019homme d\u2019affaires de nos cousins de Campredon<a href=\"#_ftn94\" id=\"_ftnref94\">[94]<\/a>. \u00c0 Perpignan, j\u2019ai deux heures \u00e0 perdre&nbsp;: je vais voir nos cousins Lutrand, je fais quelques commissions pendant lesquelles je rencontre notre cousine de Barescut. Je prends le train de 7h03 pour Vin\u00e7a&nbsp;; jusqu\u2019\u00e0 Ille, je fais route avec la famille Rivi\u00e8re, banquiers \u00e0 Ille&nbsp;; \u00e0 Ille, montent Papa, Maman et Philom\u00e8ne qui viennent \u00e0 Vin\u00e7a assister au service fun\u00e8bre pour Bon Papa. Maman et Philom\u00e8ne ont d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 Ponteilla chez notre cousine de Llamby.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 7 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis \u00e0 l\u2019\u00e9glise avant 7 heures, je me confesse et fais la sainte communion. \u00c0 8h \u00bd, nous revenons tous \u00e0 l\u2019\u00e9glise o\u00f9 on c\u00e9l\u00e8bre le service fun\u00e8bre \u00e0 l\u2019occasion du 9<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de la mort de mon pauvre Bon Papa<a href=\"#_ftn95\" id=\"_ftnref95\">[95]<\/a>&nbsp;; 9 ans d\u00e9j\u00e0&nbsp;! Que c\u2019est long, et dire que ce triste \u00e9v\u00e9nement me semble arriv\u00e9 hier&nbsp;! Maman souffre d\u2019une tr\u00e8s forte migraine qui l\u2019oblige \u00e0 se coucher et nous emp\u00eache de rentrer ce soir \u00e0 Ille. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, il fait un coup de vent furieux accompagn\u00e9 de pluie&nbsp;; impossible de se promener&nbsp;! Le soir, nous assistons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 8 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je pars pour Espira-de-Conflent afin de t\u00e2cher d\u2019acheter le meuble gothique que j\u2019avais marchand\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, la pluie m\u2019oblige bient\u00f4t \u00e0 rebrousser chemin. Nous partons pour Ille \u00e0 3h \u00bd&nbsp;; le soir, \u00e0 Ille, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du mois du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 9 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous n\u2019allons qu\u2019\u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres sans pouvoir nous promener dans la campagne car un vent \u00e9pouvantable souffle depuis trois jours. Apr\u00e8s les v\u00eapres cependant, j\u2019allais \u00e0 la grande maison voir si Jacques avait fait sortir la jument lorsque M. le cur\u00e9, qui montait au salon pour pr\u00e9sider le tirage d\u2019une loterie entre les enfants du Cat\u00e9chisme de pers\u00e9v\u00e9rance pour lequel nous pr\u00eatons le salon, veut absolument que j\u2019y assiste&nbsp;; j\u2019y consens et cela me fait passer une heure. Au retour, je trouve notre ancien domestique Jean Bonet, qui est plac\u00e9 au ch\u00e2teau des Ducup de Saint-Paul<a href=\"#_ftn96\" id=\"_ftnref96\">[96]<\/a>, et qui est venu \u00e0 Ille par bicyclette.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 16 octobre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 10 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, malgr\u00e9 le grand vent qui continue, je monte la jument une petite heure. Au retour, je trouve tout le monde troubl\u00e9 parce que Madame Delafosse, qui nous a invit\u00e9s et chez qui nous avons accept\u00e9 d\u2019aller d\u00e9jeuner demain, t\u00e9l\u00e9graphie qu\u2019elle a eu connaissance d\u2019une lettre de Maman \u00e0 Madame Gout de Bize et qu\u2019elle \u00e9crit&nbsp;; nous ne comprenons rien \u00e0 cette d\u00e9p\u00eache. Heureusement, arrive bient\u00f4t une lettre disant que le jour de mardi ne peut pas convenir \u00e0 cause de Tante Bonafos et que les demoiselles Gout de Bize seront invit\u00e9es aussi&nbsp;; elle nous prie d\u2019accepter pour jeudi. Nous comprenons que cette lettre n\u2019est pas celle annonc\u00e9e dans la d\u00e9p\u00eache et nous en attendons une autre. Charouleau arrive \u00e0 10h \u00bd pour essayer nos costumes et repart \u00e0 4h&nbsp;; Bonne Maman arrive de Vin\u00e7a par ce m\u00eame train de 4h croyant aller demain avec nous \u00e0 Ri\u00e8re. \u00c0 5h arrive une seconde lettre de Mme Delafosse disant qu\u2019elle a vu \u00e0 Perpignan Mme Gout de Bize qui lui a dit que nous ne pouvions pas accepter pour jeudi parce que c\u2019est le jour de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle \u00e0 Ille&nbsp;; voil\u00e0 pourquoi elle a t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9&nbsp;; mais, apr\u00e8s entente avec ses invit\u00e9s, elle nous prie d\u2019accepter pour le jeudi 20&nbsp;; je ne sais si nous pourrons y aller. Une lettre de Tata Mimi nous annonce son arriv\u00e9e pour le mercredi 3 heures&nbsp;; quel bonheur&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 11 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le vent, encore assez fort, m\u2019emp\u00eache de monter \u00e0 cheval&nbsp;; je fais une promenade p\u00e9destrement. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me d\u00e9dommage&nbsp;; je vais \u00e0 cheval \u00e0 Saint-Michel, \u00e0 Corb\u00e8re&nbsp;; de l\u00e0 \u00e0 Millas par la route de Thuir et je rentre \u00e0 Ille \u00e0 4h20, cela fait plus de 20 kilom\u00e8tres en 1h \u00be. En rentrant, je trouve dans la rue nos cousins Bertrand de Balanda et leur neveu le jeune d\u2019Arexy venus de Saint-Feliu pour nous voir&nbsp;; Papa, Maman, Bonne Maman et Philom\u00e8ne sont dehors, je les fais rechercher et ils arrivent bient\u00f4t&nbsp;; nous faisons prendre le th\u00e9 \u00e0 nos cousins. Je suis tr\u00e8s content d\u2019avoir fait la connaissance du jeune homme d\u2019Arexy<a href=\"#_ftn97\" id=\"_ftnref97\">[97]<\/a>, il est charmant&nbsp;; d\u2019ailleurs Papa et Maman ont beaucoup connu ses parents et ses grands-parents \u00e0 Toulouse, nous nous promettons de nos promener \u00e0 cheval ensemble. Le soir, nous allons au mois du Rosaire et chez les demoiselles Matthieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 12 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons Maman, Bonne Maman, Philo et moi \u00e0 B\u00e9lesta en break faire \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Badrignans la visite que nous lui avons promise plusieurs fois&nbsp;; il fait tr\u00e8s beau&nbsp;; nous partons \u00e0 8h \u00bc et sommes rentr\u00e9s \u00e0 11h \u00bd. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 la gare \u00e0 3h accompagner Bonne Maman qui repart pour Vin\u00e7a et attendre Tata Mimi&nbsp;; elle arrive pour plusieurs jours afin de d\u00e9barrasser sa maison qu\u2019elle vient de louer. Ensuite, je fais une dizaine de kilom\u00e8tres de cheval du c\u00f4t\u00e9 de Boule&nbsp;; ensuite, je vais me confesser&nbsp;; le soir, mois du Rosaire et visite aux demoiselles Matthieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 13 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle&nbsp;; je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures, nous retournons \u00e0 la grand\u2019messe. Apr\u00e8s la grand\u2019messe, Jacques vient me dire que Reinette s\u2019est d\u00e9tach\u00e9e et est all\u00e9e donner des coups de pied \u00e0 Hildegarde, celle-ci est un peu bless\u00e9e \u00e0 la jambe&nbsp;; quel ennui&nbsp;! Je vais voir la jument qui boite, je la fais soigner, je crois que ce ne sera pas grave, n\u00e9anmoins, me voil\u00e0 dans l\u2019impossibilit\u00e9 de monter pendant plusieurs jours. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons aux v\u00eapres o\u00f9 l\u2019illumination de l\u2019\u00e9glise est tr\u00e8s r\u00e9ussie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 14 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai 22 ans aujourd\u2019hui, et c\u2019est aussi le quinzi\u00e8me anniversaire de ma gu\u00e9rison miraculeuse en 1889&nbsp;; je fais la sainte communion pour c\u00e9l\u00e9brer ce double anniversaire. Ensuite, je me prom\u00e8ne dans la campagne, mon fusil \u00e0 la main, et je tue quelques oiseaux. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 4 heures, nous allons tous \u00e0 la gare attendre Bonne Maman qui arrive de Vin\u00e7a avec des fleurs et des provisions pour notre d\u00e9jeuner de demain. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire. \u00c0 6 heures, quand la nuit est venue, je fais un petit tout \u00e0 bicyclette pour essayer une lanterne \u00e0 ac\u00e9tyl\u00e8ne qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 Xavier et que Tata Mimi me c\u00e8de&nbsp;; elle va tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 15 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 9 heures au Carmel \u00e0 la grand\u2019messe de Sainte Th\u00e9r\u00e8se. \u00c0 10h20, Papa, Tata Mimi, Philom\u00e8ne et moi allons \u00e0 la gare attendre notre cousins Mme Gout de Bize et ses deux filles Marguerite et Jeanne qui viennent d\u00e9jeuner et passer l\u2019apr\u00e8s-midi avec nous. Mes cousines sont charmantes. Marguerite, qui a 23 ans, est grande et jolie, elle ressemble \u00e0 sa grand\u2019m\u00e8re, notre cousine de Guardia de R\u00e8gnes, qui a \u00e9t\u00e9 une des plus jolies femmes du Roussillon<a href=\"#_ftn98\" id=\"_ftnref98\">[98]<\/a>&nbsp;; mais elle a l\u2019intelligence moins vive et n\u2019a pas le talent musical hors ligne de sa s\u0153ur Jeanne \u00e2g\u00e9e de 22 ans. Cette derni\u00e8re est brune, grande et belle femme&nbsp;; elle n\u2019a pas la finesse de sa s\u0153ur, mais elle a de tr\u00e8s beaux yeux noirs et aussi de beaux cheveux noirs&nbsp;; sans \u00eatre ce qui s\u2019appelle jolie, elle pla\u00eet par sa distinction et a beaucoup de charme. J\u2019\u00e9tudie beaucoup mes cousines, surtout Jeanne, parce que Maman et Tata Mimi se sont mis en t\u00eate ces vacances de m\u2019en faire \u00e9pouser une&nbsp;; Jeanne \u00e9tant la plus jeune, c\u2019est elle \u00e9videmment que je devrais choisir. Les avances, \u00e0 peine d\u00e9guis\u00e9es, de leur m\u00e8re nous font penser que si je faisais une demande j\u2019aurais quelque chance d\u2019\u00eatre agr\u00e9\u00e9. Me voici donc arriv\u00e9 \u00e0 un moment important de ma vie&nbsp;; je r\u00e9fl\u00e9chis et je prie beaucoup. Le parti est, d\u2019ailleurs, tr\u00e8s avantageux. Les Gout de Bize ont une tr\u00e8s belle fortune, et chacune de leurs filles aura, plus tard, au moins 700.000 francs&nbsp;; au moment de leur mariage, on leur fera une pension de 6000 fr. \u00e0 chacune, au minimum, et beaucoup plus \u00e9lev\u00e9e les ann\u00e9es o\u00f9 les vignes rapporteront beaucoup, car M. Gout de Bize a de tr\u00e8s grandes vignes autour de son ch\u00e2teau de Boa\u00e7\u00e0. De plus, la famille est excellente, aussi bien du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re que du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re qui est une demoiselle de Guardia&nbsp;; or, nous sommes doublement parents par les Guardia, par les Est\u00e8ve<a href=\"#_ftn99\" id=\"_ftnref99\">[99]<\/a> et par les Lazerme, parent\u00e9 tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9e il est vrai et qui ne pourrait pas nuire \u00e0 un projet de mariage. Enfin, mes cousines sont d\u2019une \u00e9ducation, d\u2019une distinction parfaites. Le seul inconv\u00e9nient est la question de l\u2019\u00e2ge&nbsp;: Jeanne, la plus jeune, est de mon \u00e2ge, elle a m\u00eame 6 mois de plus que moi&nbsp;; cela me donne beaucoup \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Maman me dit bien qu\u2019il faut toujours passer sur quelque chose, et que c\u2019est l\u00e0 en somme une chose de peu d\u2019importance&nbsp;; je ne veux pas me d\u00e9cider avant d\u2019avoir beaucoup r\u00e9fl\u00e9chi. Nous faisons promener nos cousines dans la campagne et nous les raccompagnons au train de 4 heures \u00e0 la gare, nous rencontrons Joseph Cornet qui ram\u00e8ne Pierre \u00e0 Perpignan. Nous sommes invit\u00e9s \u00e0 passer la journ\u00e9e de mercredi \u00e0 Boa\u00e7\u00e0&nbsp;; je reverrai mes cousines&nbsp;; d\u2019ici l\u00e0, j\u2019aurai r\u00e9fl\u00e9chi. <em>Le Roussillon<\/em> de ce soir annonce que la bataille g\u00e9n\u00e9rale qui durait depuis trois jours en Mandchourie et o\u00f9 pr\u00e8s de 500.000 hommes \u00e9taient engag\u00e9s vient de finir par la d\u00e9faite des Russes&nbsp;; d\u2019apr\u00e8s les d\u00e9p\u00eaches, l\u2019arm\u00e9e russe aurait subi des pertes \u00e9normes, une de ses ailes aurait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e et an\u00e9antie&nbsp;; les pertes des deux c\u00f4t\u00e9s seraient de 80.000 hommes&nbsp;! M\u00eame en admettant qu\u2019il y a dans ces d\u00e9p\u00eaches quelque exag\u00e9ration, c\u2019est un d\u00e9sastre&nbsp;! Pauvre Russie, pauvre tsar&nbsp;! Et quelle menace pour notre civilisation&nbsp;! La peine que me cause cette nouvelle est telle qu\u2019elle me fait oublier par moments ma pr\u00e9occupation au sujet de mon avenir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 16 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Apr\u00e8s les v\u00eapres, je fais une promenade dans la campagne avec Papa, pendant laquelle je cause longuement avec ce dernier du projet qui occupe toutes mes pens\u00e9es. Papa, sans vouloir en rien m\u2019influencer et en me laissant la plus enti\u00e8re libert\u00e9, ne me cache pas que ce projet lui convient, qu\u2019il d\u00e9sire le voir se r\u00e9aliser, et que si je laissais \u00e9chapper cette occasion, j\u2019aurais peu de chance d\u2019en retrouver une pareille&nbsp;; Maman dit la m\u00eame chose&nbsp;; Bonne maman, Tata Mimi aussi. Je r\u00e9fl\u00e9chis beaucoup, je prie le Bon Dieu de m\u2019\u00e9clairer sur sa volont\u00e9. Il para\u00eet probable, d\u2019apr\u00e8s certains indices, que la famille Gout de Bize accepterait de m\u2019avoir pour gendre&nbsp;; Mme Gout de Bize a dit \u00e0 Tata Mimi, \u00e0 Papa, \u00e0 Maman des choses qui semblent l\u2019indiquer. C\u2019est donc \u00e0 moi \u00e0 bien r\u00e9fl\u00e9chir\u2026\u2026\u2026 Quand je pense \u00e0 Jeanne Gout de Bize, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019une jeune fille accomplie, tr\u00e8s bien \u00e9lev\u00e9e, tr\u00e8s s\u00e9rieuse, mais sachant parfaitement tenir son rang dans le monde, d\u2019un excellent caract\u00e8re, en un mot ayant de tr\u00e8s grandes qualit\u00e9s&nbsp;; au point de vue des avantages ext\u00e9rieurs, elle a du charme mais n\u2019est pas jolie. Je sais bien que les qualit\u00e9s valent mieux qu\u2019une grande beaut\u00e9, n\u00e9anmoins j\u2019h\u00e9site. Je la reverrai mercredi, et je verrai si je dois donner quelque suite \u00e0 cette id\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 octobre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 17 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais en me promenant \u00e0 Casenove. J\u2019en profite pour faire de longues r\u00e9flexions&nbsp;; du reste, je r\u00e9fl\u00e9chis toute la journ\u00e9e et j\u2019en arrive \u00e0 la conclusion que les avantages de cette alliance, avantages personnels de Jeanne Gout de Bize et avantages au point de vue de la fortune, sont trop grands pour qu\u2019une question de quelques mois de plus ou de moins me la fasse abandonner. Si donc la bonne impression que m\u2019a faite samedi ma cousine se continue apr\u00e8s-demain, ma d\u00e9cision sera affirmative et je prierai Tata Mimi de sonder le terrain. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je vais un moment \u00e0 la maison de Tata Mimi o\u00f9 celle-ci vend la plupart de ses meubles, qu\u2019elle n\u2019aurait pas la place de loger \u00e0 Paris, pour remettre la maison \u00e0 ses locataires. Le soir, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire, nous recevons quelques personnes que nous avons invit\u00e9es \u00e0 venir entendre la s\u00e9r\u00e9nade que l\u2019Orph\u00e9on Saint-\u00c9tienne nous offre ce soir&nbsp;: les Barescut, Batlle, Matthieu, etc. \u00c0 9 heures, les orph\u00e9onistes arrivent et nous chantent plusieurs morceaux fran\u00e7ais et un morceau catalan, le<em> Pardal<\/em>&nbsp;; ils ont de belles voix, pas toutes tr\u00e8s bien exerc\u00e9es, mais cela passe tout de m\u00eame&nbsp;; ils sont 28. Nous leur offrons du punch, des g\u00e2teaux, de la chartreuse, du vin vieux que Papa, Maman, Philom\u00e8ne et moi leur offrons nous-m\u00eames dans l\u2019entr\u00e9e&nbsp;; Papa leur adresse quelques mots de remerciements pour leur d\u00e9licate attention et nous trinquons avec eux, leur disant un mot aimable \u00e0 chacun. C\u2019est une bonne soir\u00e9e qui me fait grand plaisir. Il faut dire qu\u2019ils sont nos oblig\u00e9s car Papa leur pr\u00eate pour leurs r\u00e9p\u00e9titions le salon de la grande maison. Une foule de voisins et de fermiers \u00e9taient venus aussi dans l\u2019entr\u00e9e&nbsp;; nous leur offrons aussi \u00e0 boire. Ensuite, quand ils sont partis, nous prenons le th\u00e9 au salon et nos invit\u00e9s partent vers 11h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 18 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re et \u00e0 Boule&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec Maman et Bonne Maman dans la direction de la m\u00e9tairie Batlle. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire. Toute la journ\u00e9e, je pense au projet qui doit faire demain un nouveau pas. Je r\u00e9fl\u00e9chis et je prie Dieu&nbsp;; je me confirme dans la d\u00e9cision prise hier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 19 octobre 1904<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105025-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"714\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105025-Copie-1024x714.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-278\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105025-Copie-1024x714.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105025-Copie-300x209.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105025-Copie-768x535.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105025-Copie-1536x1071.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105025-Copie.jpg 1747w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jeanne Gout de Bize, Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et Marguerite Gout de Bize, au ch\u00e2teau de Boa\u00e7\u00e0 \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, vers le 19 octobre 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons tous par le train de 9h (dit train des poules) pour Perpignan o\u00f9 nous arrivons vers 11 heures (quelle charrette ce train&nbsp;!). \u00c0 la gare nous attendaient M. Gout de Bize et Jeanne avec un omnibus et une charrette anglaise&nbsp;; je monte dans la charrette, prennent place aussi M. Gout de Bize et Jeanne et nous arrivons \u00e0 Boa\u00e7\u00e0 vers midi&nbsp;; pendant le trajet, bien que plac\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, j\u2019examine beaucoup Jeanne&nbsp;; je cause avec elle&nbsp;; je la trouve de mieux en mieux, et aussit\u00f4t ma grande r\u00e9solution est prise&nbsp;: je prierai Tata Mimi de parler&nbsp;; je la prends d\u2019autant plus volontiers que je viens d\u2019apprendre une nouvelle qui me fait grand plaisir&nbsp;: Philom\u00e8ne, en causant avec Jeanne, a r\u00e9ussi \u00e0 lui faire dire son \u00e2ge, et a appris ainsi qu\u2019elle n\u2019a pas eu 22 ans au mois d\u2019avril dernier, mais bien 21&nbsp;; elle a donc 6 mois de moins que moi, et comme elle est de 1883, on pourrait dire que nous avons un an de diff\u00e9rence. Philo, avant m\u00eame de quitter la gare, me fait part de cette bonne nouvelle qui m\u2019enl\u00e8ve, je l\u2019avoue, un grand souci. \u00c0 Boa\u00e7\u00e0, Mme Gout de Bize et Marguerite nous re\u00e7oivent avec la plus grande amabilit\u00e9. \u00c0 table, je suis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Jeanne. Mme Gout de Bize la m\u00e8re, \u00e2g\u00e9e de plus 94 ans, ne para\u00eet pas, elle ne quitte plus ses appartements. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous visitons l\u2019ext\u00e9rieur de Boa\u00e7\u00e0, c\u2019est-\u00e0-dire la vacherie mod\u00e8le, la superbe cave (qui renferme plus de 10.000 hectolitres r\u00e9colt\u00e9s sur 160 hectares de vigne), les \u00e9curies, la pompe \u00e0 vapeur etc., puis l\u2019int\u00e9rieur qui est fort int\u00e9ressant, car les Gout de Bize ont une magnifique accumulation de meubles anciens, la plupart meubles de familles, gilets et costumes de cour (comme les n\u00f4tres), gravures, tableaux etc. Nous allons aussi dans le parc si agr\u00e9able o\u00f9 je photographie mes cousines, je prends aussi d\u2019autres vues. L\u2019amabilit\u00e9 extr\u00eame de M. et Mme Gout de Bize nous donne beaucoup \u00e0 penser et nous fait croire de plus en plus que ma candidature sera agr\u00e9\u00e9e si je la pose. A 5 heures, nous partons pour Perpignan, les uns en omnibus, les autres (mes 2 cousines, Philo et moi) en victoria. \u00c0 Perpignan, nous faisons une visite \u00e0 la grand\u2019m\u00e8re maternelle de Jeanne et de Marguerite, notre cousine de Guardia de R\u00e8gnes&nbsp;; elle aussi est tr\u00e8s aimable et prononce m\u00eame \u00e0 mon \u00e9gard des paroles significatives. Nous faisons nos adieux (peut-\u00eatre pas pour longtemps) \u00e0 nos cousines, et nous reprenons le train de 7 heures&nbsp;; en wagon, nous nous faisons part de nos impressions&nbsp;; quant \u00e0 moi, je dis \u00e0 Tata Mimi que ma r\u00e9solution est prise et qu\u2019elle pourra engager les n\u00e9gociations (elles ne tarderont pas \u00e0 s\u2019engager, car Mme de Guardia a invit\u00e9 Tata Mimi \u00e0 d\u00e9jeuner pour mardi afin de causer avec elle et avec Mme Gout de Bize de l\u2019avenir de ses petites filles). Bonne Maman rentre directement \u00e0 Vin\u00e7a. Notre petit voyage a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9 par un temps splendide, une vraie journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9, pas un nuage au ciel, aussi le point de vue \u00e9tait-il merveilleux du haut des tours de Boa\u00e7\u00e0.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105147-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"731\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105147-Copie-1024x731.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-277\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105147-Copie-1024x731.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105147-Copie-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105147-Copie-768x549.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105147-Copie-1536x1097.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_105147-Copie.jpg 1613w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Boa\u00e7\u00e0 (commune d&rsquo;Al\u00e9nya, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales), propri\u00e9t\u00e9 de la famille Gout de Bize \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, vers le 19 octobre 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 20 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une longue promenade \u00e0 cheval&nbsp;: Millas, Corneilla, Saint-Feliu-d\u2019Amont, Millas et Ille, soit environ 24 kilom\u00e8tres en 2 heures exactement. Maintenant que ma r\u00e9solution est prise et que je n\u2019ai plus qu\u2019\u00e0 attendre les \u00e9v\u00e9nements, je pense beaucoup moins au projet de mariage qui nous occupe&nbsp;; je me confie \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu qui me permettra que je fasse un mariage qui ne ferait pas mon bonheur. Cependant, pour t\u00e2cher de h\u00e2ter la solution, Tata Mimi, sur ma demande, \u00e9crit \u00e0 Mme Gout de Bize pour lui demander de la recevoir dimanche ou m\u00eame samedi. Nous allons nous promener du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Martin. Je r\u00e9v\u00e8le les photos prises hier. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire et visite des demoiselles Mathieu. Les nouvelles sont meilleures pour les Russes depuis deux jours. Leur mouvement en arri\u00e8re est arr\u00eat\u00e9 et ils ont m\u00eame repris vigoureusement l\u2019offensive et auraient inflig\u00e9 une s\u00e9rieuse d\u00e9faite aux Japonais. Mais quel spectacle que cette bataille de dix jours, se d\u00e9veloppant sur un front de plus de 50 kilom\u00e8tres et mettant en contact 500.000 combattants&nbsp;! C\u2019est une nouvelle bataille de Chalons, la grande lutte du monde oriental contre l\u2019Occident.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 21 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tata Mimi re\u00e7oit de Mme Gout de Bize un t\u00e9l\u00e9gramme lui annon\u00e7ant qu\u2019on l\u2019attend dimanche&nbsp;; c\u2019est donc ce jour-l\u00e0 que je saurai si je suis agr\u00e9\u00e9, que mon sort sera peut-\u00eatre \u00e0 jamais fix\u00e9&nbsp;! Eh bien, c\u2019est sans trop d\u2019impatience que j\u2019attends le moment d\u2019apprendre ce qui aura \u00e9t\u00e9 dit pendant cette visite. Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Vin\u00e7a. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais de la photo, puis je vais me promener du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel avec Maman, Papa et Philo. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire et visite aux demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 22 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, promenade \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel et \u00e0 Boule. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous devons aller \u00e0 Saint-Feliu voir nos cousins Bertran de Balanda, nous \u00e9tions m\u00eame partis dans une voiture qu\u2019on nous avait pr\u00eat\u00e9e (le break de Bonne Maman \u00e9tant retourn\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a) lorsque le temps qui se g\u00e2tait et le vent marin tr\u00e8s aigre nous ont fait reculer. \u00c0 5h, je vais me confesser. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire. Naturellement, nous parlons beaucoup en famille du projet de mariage que nous formons pour moi. Papa est persuad\u00e9, quand il rappelle l\u2019attitude plus qu\u2019aimable de Mme Gout de Bize et de Mme de Guardia, que je serais agr\u00e9\u00e9&nbsp;; nous partageons son opinion. Quoiqu\u2019il en soit, nous serons bient\u00f4t fix\u00e9s. Quant \u00e0 moi, je prie Dieu (comme je le fais non seulement depuis que je pense \u00e0 ce mariage, mais m\u00eame depuis que je pensais \u00e0 celui avec Mlle Delebart, c\u2019est-\u00e0-dire depuis 2 ans) qu\u2019il arrange toutes choses en vue de notre plus grand bonheur \u00e0 tous deux en ce monde et dans l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 23 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 l\u2019H\u00f4pital o\u00f9 je fais la sainte communion. Ensuite, j\u2019accompagne au train de 9 heures Tata Mimi qui part pour Perpignan et \u00e0 qui j\u2019ai confi\u00e9 mon sort&nbsp;; elle va d\u00e9jeuner chez Mme de Guardia et elle causera avec Mme Gout de Bize, sur la demande de cette derni\u00e8re, de l\u2019avenir de ses filles&nbsp;; c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu\u2019elle parlera de moi&nbsp;; elle pr\u00e9sentera ma candidature comme une id\u00e9e venant d\u2019elle seule. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais de la photo, je vais \u00e0 v\u00eapres, je me prom\u00e8ne avec Philom\u00e8ne etc.&nbsp;; inutile de dire que je suis domin\u00e9, que nous sommes tous domin\u00e9s par la pens\u00e9e de ce qui se dit \u00e0 Perpignan. Aussi \u00e0 8h, je suis \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du train qui ram\u00e8ne Tata Mimi, et mon \u00e9tonnement est grand d\u2019apprendre que son id\u00e9e n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 partag\u00e9e. Mme Gout de Bize, d\u00e8s qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 question de moi, s\u2019est \u00e9cri\u00e9e,&nbsp;para\u00eet-il&nbsp;: \u00ab&nbsp;Quel dommage qu\u2019il n\u2019ait pas 3 ans de plus, c\u2019est moi-m\u00eame qui le demanderais \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;\u00bb. On me trouve donc trop jeune pour permettre que j\u2019engage mon avenir et celui de ma cousine&nbsp;; c\u2019est Bonne Maman qui a eu raison. Mais alors pourquoi ces avances&nbsp;? Pourquoi samedi Mme Gout de Bize a-t-elle dit en parlant de moi \u00e0 Papa et \u00e0 Maman \u00ab&nbsp;C\u2019est un jeune homme comme lui que je veux pour mes filles&nbsp;\u00bb&nbsp;; pourquoi a-t-elle r\u00e9p\u00e9t\u00e9 plusieurs fois \u00e0 Tata Mimi que l\u2019\u00e2ge du candidat et sa position de fortune lui \u00e9taient indiff\u00e9rents pourvu qu\u2019il r\u00e9un\u00eet les qualit\u00e9s qu\u2019elle cherche&nbsp;? Pourquoi mercredi, alors que Maman disait, chez Mme de Guardia, que je prenais des le\u00e7ons de chant, cette derni\u00e8re m\u2019a-t-elle dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Apprenez de jolis morceaux et Jeanne vous accompagnera&nbsp;\u00bb&nbsp;? Tous ces mots, avec l\u2019extr\u00eame amabilit\u00e9 manifest\u00e9e \u00e0 notre \u00e9gard, et l\u2019\u00e9loge que Mme Gout de Bize a fait plusieurs fois de moi \u00e0 mes parents ou \u00e0 Tata Mimi, constituaient des indices tellement s\u00e9rieux que Papa lui-m\u00eame, qui n\u2019est certes pas sujet \u00e0 s\u2019emballer, \u00e9tait persuad\u00e9 que la famille Gout de Bize me voulait pour gendre. Aussi la d\u00e9ception de tous ici est-elle grande. Pour moi, ce qui att\u00e9nue un peu mes regrets, c\u2019est que Mme Gout de Bize a assur\u00e9 \u00e0 Tata Mimi que Jeanne avait eu 22 ans au mois d\u2019avril, elle a donc 6 mois de plus que moi. Quand j\u2019arrive \u00e0 la maison, M. le cur\u00e9 et le vicaire sont au salon o\u00f9 Papa les a invit\u00e9s \u00e0 venir prendre le th\u00e9, aussi nous ne pouvons pas causer, je ne puis que faire signe \u00e0 Papa et \u00e0 Maman que la solution est n\u00e9gative&nbsp;; mais d\u00e8s qu\u2019ils sont partis, nous causons longuement. La v\u00e9rit\u00e9 est que Mme Gout de Bize me trouve trop jeune pour permettre que je m\u2019engage d\u00e9j\u00e0, de plus elle veut absolument marier sa fille a\u00een\u00e9e Marguerite avant Jeanne&nbsp;; c\u2019est pourquoi elle ne s\u2019est pas prononc\u00e9e&nbsp;; elle a dit \u00e0 Tata Mimi que si, lorsque Jeannet et moi nous \u00e9tant vus souvent et nous connaissant bien, elle comprenait que je conviens \u00e0 sa fille, elle d\u00e9f\u00e8rerait certainement \u00e0 son d\u00e9sir. Enfin, que la volont\u00e9 de Dieu soit faite&nbsp;! Notre d\u00e9sir qui \u00e9tait de faire imm\u00e9diatement des fian\u00e7ailles en attendant qu\u2019on puisse faire le mariage dans un an ou deux ne sera pas exauc\u00e9&nbsp;; mais rien n\u2019est d\u00e9finitivement perdu, l\u2019avenir est sauvegard\u00e9. Dieu d\u00e9cidera.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 octobre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 24 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai pass\u00e9 une fort mauvaise nuit, me rem\u00e9morant les p\u00e9rip\u00e9ties de la journ\u00e9e d\u2019hier, l\u2019espoir puis la d\u00e9sillusion&nbsp;; je n\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 dormir que quelques heures et encore tr\u00e8s mal. Papa est navr\u00e9 de cet ajournement de nos esp\u00e9rances&nbsp;; il \u00e9tait tellement persuad\u00e9 que les avances de la famille Gout de Bize avaient pour but mes fian\u00e7ailles avec Jeanne qu\u2019il croyait d\u00e9j\u00e0 la chose faite. Mais il n\u2019a certes pas renonc\u00e9 \u00e0 ce projet. Il reste convaincu que les Gout de Bize ont pens\u00e9 \u00e0 moi mais il croit qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 surpris par la h\u00e2te que nous avons mise \u00e0 saisir la balle au bond&nbsp;; il dit qu\u2019un jalon a \u00e9t\u00e9 pos\u00e9 et que c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Papa dit que pour ne pas avoir l\u2019air de bouder, et aussi pour me permettre de t\u00e2ter habilement le terrain et les dispositions des Gout de Bize par moi-m\u00eame, Philo et moi irons leur faire une visite jeudi dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous prendrons pour pr\u00e9texte les photographies que nous devions leur envoyer, nous les leur porterons&nbsp;; Philom\u00e8ne \u00e9crit dans ce sens \u00e0 Jeanne et \u00e0 Marguerite. Je vais \u00e0 cheval \u00e0 Millas et Corb\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, visite aux Barescut&nbsp;; le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 25 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, promenade \u00e0 cheval \u00e0 Boule. Papa et Maman vont \u00e0 Perpignan par le train de midi. Vers 2h \u00bd, nous recevons une d\u00e9p\u00eache de Mme Gout de Bize nous invitant Philom\u00e8ne et moi \u00e0 d\u00e9jeuner jeudi, et, par cons\u00e9quent, \u00e0 arriver \u00e0 Perpignan \u00e0 10h40 comme mercredi dernier. Vers 4h \u00bd, avec Tata Mimi et Philo, je vais \u00e0 la m\u00e9tairie de Tata Mimi. \u00c0 8h, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire, nous allons attendre Papa et Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 26 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, par une temp\u00e9rature de gros \u00e9t\u00e9 qui dure depuis dix jours, promenade \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel puis de Neffiach par le <em>Cami de l\u2019Oratori<\/em>. Nous r\u00e9pondons aux Gout de Bize que nous acceptons leur invitation. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Boule avec Papa en chemin de fer pour v\u00e9rifier l\u2019emplacement des poteaux plac\u00e9s pour l\u2019\u00e9clairage \u00e9lectrique, nous rentrons \u00e0 pied. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 27 octobre 1904<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_114748-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"740\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_114748-Copie-1024x740.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-279\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_114748-Copie-1024x740.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_114748-Copie-300x217.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_114748-Copie-768x555.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_114748-Copie-1536x1110.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_114748-Copie.jpg 1747w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue du ch\u00e2teau de Boa\u00e7\u00e0 (commune d&rsquo;Al\u00e9nya, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales) \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, vers le 19 octobre 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philo et moi partons d\u2019Ille par \u00ab&nbsp;le train des poules&nbsp;\u00bb \u00e0 9h \u00be, c\u2019est-\u00e0-dire avec un regard de 3\/3 d\u2019heure. \u00c0 Perpignan, nous attend un landeau envoy\u00e9 par les Gout de Bize&nbsp;; nous arrivons \u00e0 Boa\u00e7\u00e0 \u00e0 midi environ, et l\u00e0 nous sommes re\u00e7us avec la plus grande amabilit\u00e9. Je donne \u00e0 mes cousines les photographies, et, apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, j\u2019en prends plusieurs autres. Une fois les photos prises (et pendant ce temps, j\u2019ai toute la facilit\u00e9 pour me promener dans le parc avec Philom\u00e8ne, Jeanne et Marguerite) Mme Gout de Bize nous fait voir diff\u00e9rentes choses anciennes que nous n\u2019avons pas eu le temps de voir mercredi, notamment un coffret ayant appartenu \u00e0 la reine Marie-Antoinette, puis nous attendons l\u2019heure du d\u00e9part en causant dans la biblioth\u00e8que. Nous partons pour Perpignan vers 5 heures et Mme Gout de Bize me confie ses filles qu\u2019elle me charge de ramener \u00e0 Perpignan&nbsp;; je deviens donc, pour une heure, leur mentor&nbsp;! Nous restons un moment chez Mme de Guardia, puis nous faisons quelques commissions et nous nous dirigeons vers la gare&nbsp;; nous rencontrons notre ancien cur\u00e9 M. Bonet et Mme Delmas de Ribas, ainsi que Mimi et Andr\u00e9e Jocaveil. Notre excursion a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e par un temps d\u2019\u00e9t\u00e9 (il y avait environ 27\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre) mais le vent du nord-ouest \u00e9tait un peu fort. Bien entendu, si j\u2019ai pu faire cette visite \u00e0 la famille Gout de Bize apr\u00e8s ce qu\u2019avait dit dimanche Tata Mimi \u00e0 son sujet, c\u2019est que Tata Mimi a eu soin de pr\u00e9senter ce projet de mariage comme une id\u00e9e venant d\u2019elle et de laisser croire que nous ignorions sa d\u00e9marche&nbsp;; aussi n\u2019ai-je pas \u00e9t\u00e9 g\u00ean\u00e9 du tout aujourd\u2019hui. \u00c0 Ille, Maman et Tata Mimi montent dans notre wagon et nous arrivons ensemble \u00e0 8h \u00bc \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 nous nous installons pour la fin des vacances.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123328-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"699\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123328-Copie-1024x699.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-280\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123328-Copie-1024x699.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123328-Copie-300x205.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123328-Copie-768x525.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123328-Copie.jpg 1505w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jeanne Gout de Bize, Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et Marguerite Gout de Bize, au ch\u00e2teau de Boa\u00e7\u00e0 \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, vers le 19 octobre 1904 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 28 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Prades&nbsp;; je reviens par le chemin qui passe sous Eus et rejoint la route nationale au pont de Marquixanes&nbsp;; le temps est beaucoup plus frais, c\u2019est l\u2019automne qui se d\u00e9cide \u00e0 faire valoir ses droits. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons un moment sur la route de Joch. Le soir, je r\u00e9v\u00e8le les photos de Boa\u00e7\u00e0&nbsp;; elles sont toutes r\u00e9ussies sauf une.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 29 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tata Mimi retourne \u00e0 Perpignan o\u00f9 elle est encore invit\u00e9e \u00e0 d\u00e9jeuner chez Mme de Guardia, elle part par le train de 5h37. Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Espira faire prendre le meuble gothique de l\u2019\u00e9glise que nous avons achet\u00e9 pour 70 fr. et un grand banc \u00e0 dossier donn\u00e9 par-dessus le march\u00e9&nbsp;; Jacques le charge sur le charriot. L\u2019apr\u00e8s-midi, je ne sors pas, car le temps est mauvais&nbsp;; je me fais couper les cheveux. Le soir, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, je vais, avec Philom\u00e8ne, attendre Tata Mimi \u00e0 la gare. Tata Mimi a beaucoup caus\u00e9 avec Mme Gout de Bize de sa fille a\u00een\u00e9e Marguerite qu\u2019elle est charg\u00e9e de marier&nbsp;; elle a aussi reparl\u00e9 un peu de son projet pour moi avec Jeanne, et Mme Gout de Bize a redit qu\u2019elle ne voulait pas s\u2019occuper de Jeanne avant d\u2019avoir mari\u00e9 Marguerite, mais elle n\u2019a pas repouss\u00e9 l\u2019id\u00e9e de Tata Mimi et a dit \u00ab&nbsp;Nous en reparlerons plus tard quand le moment sera venu&nbsp;\u00bb&nbsp;; voil\u00e0 donc la chose renvoy\u00e9e aux calendes grecques&nbsp;! Tata Mimi s\u2019est aussi occup\u00e9e de Philom\u00e8ne&nbsp;; elle voudrait (et nous voudrions tous) la marier avec notre cousin Henri d\u2019Albici<a href=\"#_ftn100\" id=\"_ftnref100\">[100]<\/a>, elle a parl\u00e9 de la chose \u00e0 Mme Donnezan, parente des D\u2019Albici, qui croit la chose tr\u00e8s faisable et a promis de s\u2019en occuper. Dieu veuille que cela r\u00e9ussisse et surtout que cela aille plus vite que pour moi&nbsp;! Quant \u00e0 mon projet de mariage (ou de fian\u00e7ailles) avec Jeanne Gout de Bize, il n\u2019y a, pour le moment, qu\u2019\u00e0 ne plus y penser&nbsp;; on verra, au besoin, plus tard, s\u2019il peut \u00eatre repris.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 30 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe avec tout le monde&nbsp;; au retour, nous trouvons \u00e0 la maison Papa qui est arriv\u00e9 par le train de 10h35&nbsp;; il a re\u00e7u de M. Albert une lettre qui lui permet, gr\u00e2ce \u00e0 un arrangement entre professeurs, de prolonger son s\u00e9jour ici jusqu\u2019au 10 ou 12 novembre. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11h pour permettre \u00e0 Tata Mimi de prendre le train de midi&nbsp;; elle va passer l\u2019apr\u00e8s-midi et d\u00eener chez M. et Mme de Balanda \u00e0 Saint-Feliu-d\u2019Amont. Je pars pour Ille en voiture \u00e0 midi&nbsp;\u00bd prendre quelques affaires oubli\u00e9es jeudi, je suis de retour \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 2h \u00be, \u00e0 temps pour les v\u00eapres. Papa repart \u00e0 6h51 et Tata Mimi rentre \u00e0 8 heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 31 octobre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 31 octobre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis occup\u00e9 toute la matin\u00e9e et une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 tirer sur positif les photos de Boa\u00e7\u00e0. Cependant de 2h \u00e0 3h \u00bd \u00e0 peu pr\u00e8s nous allons tous nous promener dans le lit de la rivi\u00e8re&nbsp;; nous rentrons par le chemin de Nossa. \u00c0 5h, je vais me confesser. Les photos partent le soir pour Boa\u00e7\u00e0. Apr\u00e8s d\u00eener, c\u00e9r\u00e9monie de cl\u00f4ture du mois du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Novembre 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 novembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 1er novembre 1904 (Toussaint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons la sainte communion \u00e0 7h \u00bd. Au retour, Tata Mimi re\u00e7oit une lettre de Xavier lui annon\u00e7ant qu\u2019avant-hier vers 9h \u00bd du matin, il allait \u00e0 Rouen en automobile avec Margot, lorsque, arriv\u00e9 \u00e0 2 kilom\u00e8tres apr\u00e8s Mantes, \u00e0 une allure de 80 kilom\u00e8tres \u00e0 l\u2019heure, il s\u2019est vu dans l\u2019obligation de jeter sa voiture contre un arbre de la route pour \u00e9viter d\u2019\u00e9craser un enfant qui venait de tomber d\u2019une autre automobile les pr\u00e9c\u00e9dant&nbsp;! La voiture (de 27.000 fr.) a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9e, mais ni Xavier ni Margot n\u2019ont aucun mal. Xavier s\u2019est cramponn\u00e9 au volant (qui, selon toute pr\u00e9vision humaine, devait lui d\u00e9foncer la poitrine), Margot a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e \u00e0 10 m\u00e8tres de la voiture. Comme le dit Xavier, c\u2019est un vrai miracle s\u2019ils ne se sont ni tu\u00e9s ni m\u00eame bless\u00e9s&nbsp;! Il faut dire qu\u2019ils ne partent jamais sans emporter une image de Saint-Christophe&nbsp;! On comprend facilement l\u2019\u00e9motion de Tata Mimi et notre \u00e9motion \u00e0 tous en lisant cette lettre. Nous allons aussit\u00f4t \u00e0 la chapelle remercier Dieu qui a prot\u00e9g\u00e9 si visiblement Xavier et Margot. Tata Mimi t\u00e9l\u00e9graphie aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19041101.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"541\" height=\"112\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19041101.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-281\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19041101.jpg 541w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19041101-300x62.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 541px) 100vw, 541px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Croquis de l&rsquo;accident de Xavier Civelli par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, dessin\u00e9 dans son journal au 1er novembre 1904<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le reste de la journ\u00e9e, en dehors des offices, nous ne parlons gu\u00e8re que de cela, cherchant \u00e0 reconstituer la circonstance de ce drame. Le soir, une seconde lettre de Xavier nous donne plus de d\u00e9tails&nbsp;: il \u00e9tait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par deux automobiles qui marchaient plus lentement que lui&nbsp;; il cornait pour leur indiquer qu\u2019il voulait les d\u00e9passer&nbsp;; les 2 voitures se rangent \u00e0 droite&nbsp;de Paris vers Rouen&nbsp;; mais, au moment o\u00f9 elles venaient de se ranger laissant la route libre \u00e0 leur gauche, Xavier voit sur la route devant lui un gosse qui venait de tomber de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> voiture \u00e0 laquelle il avait eu l\u2019idiotie de se cramponner, et que la seconde voiture lui avait cach\u00e9&nbsp;; il s\u2019est donc trouv\u00e9 dans cette alternative ou de se jeter \u00e0 droite sur la voiture qui le pr\u00e9c\u00e9dait, ou d\u2019\u00e9craser le gosse ou d\u2019aller s\u2019\u00e9craser lui-m\u00eame contre un arbre \u00e0 gauche, s\u2019exposant \u00e0 se tuer et \u00e0 tuer sa femme&nbsp;; sans h\u00e9siter (il n\u2019en avait pas le temps) il a choisi le 3<sup>\u00e8me<\/sup> parti, et c\u2019est miracle si ni lui ni sa femme n\u2019ont eu aucun mal. Dieu sans doute a voulu le r\u00e9compenser de son d\u00e9vouement et de son abn\u00e9gation que beaucoup d\u2019autres n\u2019auraient pas eus. Margot est tomb\u00e9e sur la t\u00eate sur un tas de pierres et, quand Xavier est sorti de la voiture bris\u00e9e, il l\u2019a trouv\u00e9e debout, ramassant son porte-monnaie et son manchon. Ils ont profit\u00e9 de cette circonstance pour visiter Mantes&nbsp;; ils ont d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 Mantes chez un ami et le soir ils sont all\u00e9s en soir\u00e9e \u00e0 Paris chez la famille de Merlis. C\u2019est \u00e9gal, ils l\u2019ont \u00e9chapp\u00e9 belle, et ils peuvent remercier la Providence&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 2 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous faisons la sainte communion. \u00c0 9h, nous assistons \u00e0 l\u2019office des Morts&nbsp;; \u00e0 10h \u00bd, je pars \u00e0 cheval pour Ille o\u00f9 je trouve Papa l\u00e9g\u00e8rement indispos\u00e9. Par le train de midi arrivent Tata Mimi et Maman. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, \u00e0 2h, nous assistons aux v\u00eapres des morts et \u00e0 la procession au cimeti\u00e8re o\u00f9 M. le cur\u00e9 prononce une touchante allocution. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a vers 4h \u00bd \u00e0 cheval. Toute la journ\u00e9e nous avons beaucoup caus\u00e9 de l\u2019accident de Xavier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 3 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Los Masos&nbsp;; ce sont mes derni\u00e8res promenades \u00e0 cheval, car lundi je ram\u00e8nerai Hildegarde aux Capeillans. L\u2019apr\u00e8s-midi, Tata Mimi, Maman et moi allons en break \u00e0 Boule o\u00f9 Tata Mimi devait voir avec son fermier une vigne que l\u2019on reborne&nbsp;; nous allons \u00e0 cette vigne, o\u00f9 nous rencontrons le cur\u00e9 d\u2019Ille qui revient avec son coll\u00e8gue de Boule d\u2019un enterrement \u00e0 Rod\u00e8s. Nous voyons aussi les Jacomy&nbsp;; au retour, nous nous arr\u00eatons \u00e0 Rod\u00e8s pour voir un objet ancien qu\u2019on nous a signal\u00e9, mais nous ne rencontrons pas la propri\u00e9taire. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie des mots \u00e0 8h \u00bc, arrive Papa&nbsp;; il vient jusqu\u2019\u00e0 demain afin de voir un peu Tata Mimi avant son d\u00e9part qui a lieu demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 4 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous faisons tous la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00e0 l\u2019Hospice. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11 heures et partons, Papa, Maman, Tata Mimi et moi par le train de midi&nbsp;; Papa descend \u00e0 Ille et Perpignan, nous restons pr\u00e8s d\u2019une heure \u00e0 la gare avec Tata Mimi. Nous causons avec les \u00c7agarriga de Millas, M. Charles de Llobet et son fr\u00e8re l\u2019abb\u00e9, M. de Chefdebien et Ren\u00e9, Mme de Toulouse-Lautrec, Mme Delmas de Ribas, Mme de Gironde etc., il y avait un tas de monde \u00e0 la gare. Mme Donnezan vient dire bonjour \u00e0 Tata Mimi avant le d\u00e9part du train, elle la renseigne sur ce qu\u2019elle a fait pour le projet d\u2019Albici&nbsp;; Mme Passama croit la chose tr\u00e8s faisable, d\u2019autant plus qu\u2019Henri d\u2019Albici a remarqu\u00e9 Philom\u00e8ne au mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, il en a parl\u00e9 \u00e0 beaucoup de personnes \u00e0 Perpignan, on l\u2019a m\u00eame blagu\u00e9 l\u00e0-dessus&nbsp;; aujourd\u2019hui m\u00eame, Mme Passama lui parle. Tata Mimi nous tiendra au courant. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 Tata Mimi, nous allons nous entendre avec le sculpteur Rousseau au sujet de la restauration du meuble d\u2019Espira, puis nous allons chez les Lutrand&nbsp;; Maman, avant d\u2019aller \u00e0 la conf\u00e9rence pour laquelle elle est venue, va chez Mme de Llamby. Pendant ce temps, je rencontre Henri d\u2019Albici qui causait pr\u00e9cis\u00e9ment avec Mme Passama&nbsp;; je me prom\u00e8ne un grand moment avec lui, il m\u2019am\u00e8ne chez lui etc.&nbsp;; il me fait faire la connaissance des jeunes gens Passama<a href=\"#_ftn101\" id=\"_ftnref101\">[101]<\/a> dont l\u2019a\u00een\u00e9 est charmant. Ensuite, je vais voir Carlos&nbsp;; je vois en m\u00eame temps Tante H\u00e9l\u00e8ne et Marthe. Jacques<a href=\"#_ftn102\" id=\"_ftnref102\">[102]<\/a>, qui vient d\u2019\u00eatre re\u00e7u \u00e0 son bachot de rh\u00e9to, viendra d\u00e9jeuner un de ces jours avec nous. Quand Maman sort de la conf\u00e9rence de la Croix-Rouge, elle est avec Tante Bonafos et la cousine Lutrand, Mme de \u00c7agarriga, la m\u00e8re de MM. Henri et Albert. Nous allons tous ensemble prendre le th\u00e9 chez Tante Bonafos&nbsp;; Mme de \u00c7agarriga est charmante<a href=\"#_ftn103\" id=\"_ftnref103\">[103]<\/a>. Entretemps, nous allons vite en voiture chez notre cousine de Guardia que nous ne rencontrons pas. Nous rentrons par le dernier train.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121107.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"477\" height=\"678\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121107.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-282\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121107.jpg 477w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121107-211x300.jpg 211w\" sizes=\"auto, (max-width: 477px) 100vw, 477px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mme Raymond de \u00c7agarriga n\u00e9e Gabrielle Guiraud de Saint-Marsal (1827-1917) \u2013 Clich\u00e9 photographique Levitsky \u00e0 Paris (site ebay.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 5 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le temps est mauvais et je ne vais pas me promener. Du reste, je passe une bonne partie de la matin\u00e9e \u00e0 lire tous les d\u00e9tails de la m\u00e9morable s\u00e9ance d\u2019hier \u00e0 la Chambre. Il s\u2019en est fallu de 2 voix que le minist\u00e8re ne f\u00fbt battu et, en d\u00e9falquant les voix de 7 ministres, on constate qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 en minorit\u00e9. N\u00e9anmoins, il reste, et les ignobles proc\u00e9d\u00e9s de d\u00e9lation d\u00e9nonc\u00e9s par M. Guyot de Villeneuve vont continuer&nbsp;; l\u2019avenir des officiers, l\u2019avenir de l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise continuera \u00e0 d\u00e9pendre de la fiche fabriqu\u00e9e dans le cabinet du ministre par deux ou trois francs-ma\u00e7ons d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du Grand-Orient. Ah&nbsp;! Si l\u2019Arm\u00e9e, cette fois, ne se r\u00e9volte pas et ne jette bas, dans son mouvement de col\u00e8re vengeresse, l\u2019ignoble bande qui la pers\u00e9cute, c\u2019est que la vieille \u00e9nergie fran\u00e7aise n\u2019est plus qu\u2019un mot&nbsp;! On comprend, quand on songe aux abominables proc\u00e9d\u00e9s que le g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9, quoiqu\u2019il en dise, connaissait parfaitement, on comprend que, dans un moment d\u2019indignation, M. Syveton ait fait une chose qui serait inexcusable sous un gouvernement r\u00e9gulier, mais qui est bien excusable dans le cas pr\u00e9sent, je veux parler de la ma\u00eetresse paire de gifles qu\u2019il a appliqu\u00e9e sur les sales joues du ministre mouchard&nbsp;! Le vaillant d\u00e9put\u00e9 de Paris peut s\u2019attendre \u00e0 de s\u00e9v\u00e8res repr\u00e9sailles, mais il aura eu, du moins, le m\u00e9rite d\u2019indiquer au pays, par son geste vengeur, que l\u2019heure des beaux discours est pass\u00e9e et que c\u2019est par des actes, par la r\u00e9volte, qu\u2019il faut r\u00e9pondre aux provocations incessantes de l\u2019immonde bande qui nous tyrannise. La lecture du <em>Roussillon<\/em> m\u2019apporte une bien triste nouvelle, celle de la mort de Paul de Cassagnac. Dieu a rappel\u00e9 \u00e0 lui ce vaillant en plein combat, et ne lui a pas donn\u00e9 la consolation de voir la victoire r\u00e9compenser ses efforts. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la chasse avec les Sabat\u00e9, je rate un lapin qui part \u00e0 un moment o\u00f9 je causais de choses et autres, ne pensant plus \u00e0 la chasse. Papa vient de 3h \u00bd \u00e0 7h&nbsp;; nous lui donnons les nouvelles d\u2019hier au sujet de D\u2019Albici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 6 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Vin\u00e7a grand\u2019messe. \u00c0 2h, je pars \u00e0 cheval pour Ille o\u00f9 je coucherai afin que la course de demain soit moins longue. Papa, qui \u00e9tait \u00e0 Millas \u00e0 une r\u00e9union d\u2019\u0153uvres chez les \u00c7agarriga, arrive \u00e0 3h9. Apr\u00e8s les v\u00eapres, nous nous promenons un moment. Papa part demain par le 1<sup>er<\/sup> train pour C\u00e9ret&nbsp;; il ne rentrera \u00e0 Ille que mardi soir&nbsp;; demain soir, il couchera \u00e0 Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 novembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 7 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars d\u2019Ille \u00e0 cheval \u00e0 8h pr\u00e9cises par la route de Corb\u00e8re, je traverse Corb\u00e8re, Thuir, Bages et Montescot&nbsp;; \u00e0 11h pr\u00e9cises, j\u2019arrive devant la gendarmerie d\u2019Elne&nbsp;; ma course de 32 kilom\u00e8tres environ a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e par un temps merveilleux. Je remets Hildegarde \u00e0 un employ\u00e9 de Rovira et je monte dans une voiture qui est venue me chercher. En arrivant aux Capeillans, j\u2019apprends de Fernand de Rovira que s\u2019il m\u2019a pri\u00e9 de venir aujourd\u2019hui au lieu de jeudi ou samedi comme j\u2019en avais l\u2019intention, c\u2019est parce qu\u2019il a aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9jeuner tous les \u00c7agarriga, de Millas, et les De Gironde<a href=\"#_ftn104\" id=\"_ftnref104\">[104]<\/a>. Je r\u00e8gle le prix de la location de la jument. Je me d\u00e9barbouille un peu. Un moment apr\u00e8s moi arrivent en voiture de Perpignan Mme de Rovira la m\u00e8re et tous les \u00c7agarriga et les Gironde. On monte un moment sur la terrasse la plus \u00e9lev\u00e9e d\u2019o\u00f9 le coup-d\u2019\u0153il est magnifique. Le d\u00e9jeuner est excellent&nbsp;; je suis entre la comtesse de Gironde et une des demoiselles de \u00c7agarriga. Apr\u00e8s le caf\u00e9, visite des paddocks, puis, avec Marie de Rovira, les dames de \u00c7agarriga et de Gironde, et M. de \u00c7agarriga, nous allons sur la plage qui n\u2019est qu\u2019\u00e0 quelques centaines de m\u00e8tres de l\u2019habitation. Au retour, on sert le th\u00e9. Vers 5h moins le quart, on part, en deux fourn\u00e9es, pour Perpignan. Dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> voiture il y a Mme de Rovira la m\u00e8re, Mmes de Gironde et de \u00c7agarriga, deux des demoiselles de \u00c7agarriga, M. de \u00c7agarriga et moi&nbsp;; Fernand de Rovira, sa femme, M. de Gironde et une des demoiselles de \u00c7agarriga sont dans l\u2019autre. Je fais mes adieux aux Rovira et aux \u00c7agarriga \u00e0 Perpignan, je fais quelques courses et je vais vite \u00e0 la gare&nbsp;; le temps s\u2019est g\u00e2t\u00e9, il tombe quelques gouttes. Je laisse ma selle et ma bride chez les Bonafos o\u00f9 le commissionnaire de Vin\u00e7a les prendra demain. \u00c0 la gare, je retrouve les \u00c7agarriga et les Gironde qui partent pour Millas. J\u2019arrive \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bc et je d\u00eene. Agr\u00e9able journ\u00e9e favoris\u00e9e par un temps superbe. Je trouve une d\u00e9p\u00eache de Jacques de Lazerme m\u2019annon\u00e7ant sa visite pour demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 8 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais attendre Jacques \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e du train de Perpignan \u00e0 10h35. Avant le d\u00e9jeuner, je le fais promener un peu du c\u00f4t\u00e9 de Joch, je lui fais visiter l\u2019\u00e9glise. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous allons tous ensemble nous promener au grand jardin&nbsp;; puis, malgr\u00e9 un vent furieux, je vais \u00e0 Nossa avec Jacques&nbsp;; celui-ci repart par le train de 1h \u00bd. Le soir, apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, Madame Jocaveil et Mimi viennent passer une heure (ou plut\u00f4t deux) avec nous&nbsp;; elles nous parlent de l\u2019affaire des lettres anonymes envoy\u00e9es \u00e0 un tas de personnes \u00e0 Vin\u00e7a par un certain individu et contenant les imputations les plus calomnieuses sur plusieurs personnes, notamment sur l\u2019honneur de plusieurs femmes. Les personnes qui ont re\u00e7u ces lettres se sont entendues, les ont envoy\u00e9es \u00e0 un expert en \u00e9critures pr\u00e8s la Cour d\u2019Appel de Paris avec des exemplaires de l\u2019\u00e9criture de deux individus que l\u2019on soup\u00e7onnait&nbsp;; le rapport de l\u2019expert est arriv\u00e9 aujourd\u2019hui et confirme les soup\u00e7ons&nbsp;; l\u2019auteur pr\u00e9sum\u00e9 de ces lettres anonymes n\u2019est autre que le nomm\u00e9 Gaston Echernier&nbsp;; les personnes attaqu\u00e9es paraissent d\u00e9cid\u00e9es \u00e0 le poursuivre en justice. On ne parle \u00e0 Vin\u00e7a que de cette affaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 9 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille en break avec Maman et Mlle Chiquette Par\u00e8s que Maman am\u00e8ne pour n\u00e9gocier, \u00e0 Rod\u00e8s, l\u2019achat d\u2019un mortier ancien tr\u00e8s curieux&nbsp;; je rentre \u00e0 bicyclette laissant Maman et Mlle Par\u00e8s aller \u00e0 Rod\u00e8s. \u00c0 Ille, nous voyons un instant Papa qui est enchant\u00e9 de sa journ\u00e9e de lundi \u00e0 C\u00e9ret o\u00f9 il a d\u00e9jeun\u00e9 chez le chanoine Bonet avec M. Companyo, et de celle d\u2019hier \u00e0 Perpignan. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la chasse avec Jules et Henri Sabat\u00e9 et un Monsieur Fr\u00e9zul, greffier de la Justice de paix, du c\u00f4t\u00e9 du Riufag\u00e8s, je tue tout juste un tourt. Le soir, M. Bouch\u00e8de vient nous montrer le rapport de l\u2019expert en \u00e9critures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 10 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Bentefarines essayer de tirer quelques coups de fusil, mais il n\u2019y a rien, le vent est trop fort. L\u2019apr\u00e8s-midi, je lis quelques pages des <em>Origines de la France contemporaine<\/em>. Papa arrive \u00e0 3h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 11 novembre 1904<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111628-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"717\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111628-Copie-717x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-284\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111628-Copie-717x1024.jpg 717w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111628-Copie-210x300.jpg 210w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111628-Copie-768x1097.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111628-Copie-1075x1536.jpg 1075w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111628-Copie.jpg 1334w\" sizes=\"auto, (max-width: 717px) 100vw, 717px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de l&rsquo;abbaye Saint-Martin-du-Canigou le 11 novembre 1904 \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 3h \u00bd et, \u00e0 7h, je pars avec Papa pour Villefranche, nous rencontrons en wagon les Llobet. \u00c0 Villefranche nous attendait la voiture de Bonne Maman&nbsp;; il nous m\u00e8ne au Vernet o\u00f9 nous rencontrons M. Vassal. Nous montons tout doucement dans la direction de Saint-Martin-du-Canigou, par un temps splendide, chaud m\u00eame pour la saison. De longues th\u00e9ories de p\u00e8lerins montent en m\u00eame temps. Arriv\u00e9s \u00e0 l\u2019endroit dit <em>\u00ab&nbsp;Porte Forane&nbsp;\u00bb<\/em>, nous trouvons Monseigneur, entour\u00e9 de deux chanoines et de nombreux pr\u00eatres \u00e0 surplis, venu pour attendre les p\u00e8lerins&nbsp;; nous nous entretenons un moment avec lui&nbsp;; d\u2019autres p\u00e8lerins arrivent bient\u00f4t, notamment les Batlle d\u2019Ille, Mme Pacull, les \u00c7agarriga de Millas ainsi que ceux de Saint-G\u00e9nis<a href=\"#_ftn105\" id=\"_ftnref105\">[105]<\/a> etc. La procession se met bient\u00f4t en marche au chant des <em>\u00ab goigs&nbsp;\u00bb<\/em> de Notre-Dame la Souterraine, accompagn\u00e9s par la fanfare du Petit s\u00e9minaire de Prades. Au bout d\u2019une vingtaine de minutes, cette procession si pittoresque dans ces sentiers de montagne, \u00e0 une pareille altitude, et domin\u00e9e par de si hauts sommets, arrive \u00e0 l\u2019abbaye. Nous entrons dans l\u2019\u00e9glise dont la restauration est compl\u00e8tement termin\u00e9e et la grand\u2019messe avec diacre et sous-diacre commence. Elle dure une heure \u00bd y compris le sermon&nbsp;; cela nous para\u00eet long, car il y a une telle affluence que nous sommes oblig\u00e9s de rester debout. Apr\u00e8s la grand\u2019messe, nous rencontrons Tante Bonafos et nos cousines Lutrand et Victor de Guardia. Nous d\u00e9jeunons sur l\u2019herbe, causons avec les uns et les autres, puis a lieu la r\u00e9citation du chapelet en catalan&nbsp;; les cloches baptis\u00e9es le 8 septembre sonnent \u00e0 toute vol\u00e9e. Je prends quelques photos. Vers 2h 1\/2 a lieu la procession du Saint-Sacrement au cours de laquelle Monseigneur va donner la b\u00e9n\u00e9diction sur un rocher \u00e9lev\u00e9 qui surplombe l\u2019\u00e9glise. La ma\u00eetrise de la cath\u00e9drale, qui a chant\u00e9 ce matin pendant la grand\u2019messe, chante une cantate sur la terrasse de la maison, nouvellement restaur\u00e9e, qui faisait partie de l\u2019abbaye primitive. C\u2019est la fin de la f\u00eate. Nous redescendons \u00e0 regret, car le spectacle de cette foule de 600 personnes environ accourue pour faire escorte \u00e0 son \u00e9v\u00eaque sur ce rocher de 1200 m\u00e8tres d\u2019altitude autour de la vieille abbaye ressuscit\u00e9e, ce spectacle \u00e9clair\u00e9 par un soleil radieux, est inoubliable&nbsp;! Pendant la descente, nous causons avec les uns et les autres&nbsp;: M. Vassal et Charles (qui est arriv\u00e9 vers 1 heure), les Bonafos, Mme de Guardia, les \u00c7agarriga et les De Gironde, de nombreux pr\u00eatres, les Aragon, etc. Nous arrivons \u00e0 la gare de Villefranche 1 heure avant le d\u00e9part du train&nbsp;; nous montons jusqu\u2019\u00e0 Vin\u00e7a dans le m\u00eame wagon que les Bonafos et Mme de Guardia, avec lesquels nous causons beaucoup. Nous arrivons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 7h, enchant\u00e9s de notre bonne journ\u00e9e. Je suis bien d\u00e9cid\u00e9, si la chose est possible, \u00e0 revenir \u00e0 Saint-Martin, l\u2019ann\u00e9e prochaine \u00e0 pareil jour et beaucoup d\u2019autres fois.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113204-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"742\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113204-Copie-742x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-283\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113204-Copie-742x1024.jpg 742w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113204-Copie-217x300.jpg 217w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113204-Copie-768x1060.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113204-Copie-1113x1536.jpg 1113w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113204-Copie.jpg 1368w\" sizes=\"auto, (max-width: 742px) 100vw, 742px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mont\u00e9e ou procession \u00e0 Saint-Martin-du-Canigou le 11 novembre 1904 \u2013 Clich\u00e9 d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 12 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, par un soleil tr\u00e8s chaud extraordinaire pour la saison, je vais avec Papa \u00e0 la Balme donner des instructions \u00e0 Massette pour la plantation de plusieurs pommiers, mais Massette n\u2019y est pas. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la gare faire des exp\u00e9ditions en petite vitesse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 13 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10 heures, nous allons tous \u00e0 la grand\u2019messe. Apr\u00e8s la grand\u2019messe, coup de th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: Papa, Maman et Philom\u00e8ne devaient, en principe, partir aujourd\u2019hui (Maman pour Sainte-Croix, les deux autres pour Angers) si aucune nouvelle n\u2019\u00e9tait arriv\u00e9e au sujet du projet d\u2019Albici. Au retour de la grand\u2019messe, nous trouvons une d\u00e9p\u00eache de Tata Mimi nous disant qu\u2019aucune r\u00e9ponse n\u2019est encore arriv\u00e9e (ce qui n\u2019a rien d\u2019extraordinaire) mais conseillant d\u2019attendre la r\u00e9ponse pour partir. Maman, sur le conseil de Papa, s\u2019y d\u00e9cide&nbsp;; elle va attendre quelques jours. Pour le public, Marie-Th\u00e9r\u00e8se a t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 \u00e0 Maman qu\u2019elle sera absente quelques jours de Sainte-Croix et qu\u2019elle la prie de retarder son arriv\u00e9e. Papa partira donc seul ce soir&nbsp;; au lieu de 3h \u00bd, il attend le train de 7h, ce qui revient au m\u00eame pour lui. \u00c0 7h, je l\u2019accompagne \u00e0 la gare.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 novembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 14 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette faire une commission pour Maman. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener \u00e0 la Balme o\u00f9 je puis enfin donner \u00e0 Massette des instructions pour les trous des pommiers.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 15 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa et Maman ayant jug\u00e9 bon que je fasse une visite aux Gout de Bize avant de quitter le pays (afin de sauvegarder l\u2019avenir) j\u2019y vais aujourd\u2019hui&nbsp;; j\u2019en profiterai pour faire ma visite de digestion aux Rovira. Je pars pour Perpignan par le train de midi en costume de cycliste, avec ma bicyclette aux bagages. \u00c0 la gare de Perpignan, je rencontre les Lazerme (Tante H\u00e9l\u00e8ne, Marthe et Th\u00e9r\u00e8se) qui vont \u00e0 Argel\u00e8s voir les Vilmarest&nbsp;; quand je leur dis que je vais aux Capeillans, Tante H\u00e9l\u00e8ne (avec qui je fais route jusqu\u2019\u00e0 Corneilla) me dit que tr\u00e8s probablement les Rovira seront eux aussi chez les Vilmarest dont c\u2019est aujourd\u2019hui le jour de r\u00e9ception et m\u2019engage \u00e0 y aller moi aussi si je ne rencontre pas Fernand et sa femme aux Capeillans&nbsp;; je me d\u00e9cide \u00e0 suivre con conseil, cela me vaudra d\u2019\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la famille de Vilmarest que je ne connaissais pas. Je descends \u00e0 Corneilla et je vais tout droit aux Capeillans par Elne&nbsp;; les Rovira n\u2019y sont pas&nbsp;; M. de Meynard me dit qu\u2019ils sont \u00e0 Argel\u00e8s&nbsp;; je n\u2019ai donc plus qu\u2019\u00e0 y aller \u00e0 mon tour, c\u2019est ce que je fais en repartant par Elne&nbsp;; j\u2019y arrive vers 3h \u00bc, et j\u2019y trouve les Lazerme et les Rovira. Tante H\u00e9l\u00e8ne me pr\u00e9sente \u00e0 Madame de Vilmarest qui est fort aimable pour moi&nbsp;; M. de Vilmarest est charmant aussi, ainsi que Mademoiselle qui est une grande amie de Marthe<a href=\"#_ftn106\" id=\"_ftnref106\">[106]<\/a>. Je visite le par cet une partie des appartements qui ne sont pas tr\u00e8s grands, mais am\u00e9nag\u00e9s avec beaucoup de luxe. Avant de repartir, nous prenons le th\u00e9. Vers 4 heures, les Rovira repartent en charrette anglaise&nbsp;; moi, pour m\u2019\u00e9pargner une douzaine de kilom\u00e8tres, je reprends le train et, jusqu\u2019\u00e0 Corneilla, je fais route avec les Lazerme. De Corneilla, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Boa\u00e7\u00e0 o\u00f9 je croyais trouver tout le monde et o\u00f9 je ne trouve que M. Gout de Bize, sa femme et ses filles \u00e9tant depuis plusieurs jours \u00e0 Agen chez des parents&nbsp;; je lui fais une visite d\u2019une vingtaine de minutes dans la cour sur un banc. Avant de repartir, je veux allumer la lanterne de la b\u00e9cane, et j\u2019ai toutes les peines du monde \u00e0 y arriver&nbsp;; il nous faut, \u00e0 M. Gout de Bize, au cocher et \u00e0 moi pr\u00e8s d\u2019un quart d\u2019heure d\u2019efforts&nbsp;; le carbure de calcium qui d\u00e9gage le gaz ac\u00e9tyl\u00e8ne s\u2019\u00e9tait mis en p\u00e2te. Enfin, je pars \u00e0 la nuit tombante (5h35) \u00e0 peu pr\u00e8s et, par un superbe clair de lune, je vais de Boa\u00e7\u00e0 \u00e0 Perpignan en passant par Corneilla&nbsp;; j\u2019arrive \u00e0 la gare vers 6h40. L\u00e0, pendant que je faisais enregistrer la b\u00e9cane, je suis abord\u00e9 par Gaston Echernier qui vient me parler comme si rien ne s\u2019\u00e9tait pass\u00e9&nbsp;; d\u00e8s que je reconnais cet aimable auteur des lettres anonymes de Vin\u00e7a, je lui tourne le dos avec affectation, c\u2019est tout ce qu\u2019il m\u00e9rite. Jusqu\u2019\u00e0 Vin\u00e7a, je voyage avec un employ\u00e9 de la Compagnie du Midi, qui est d\u2019Ille et qui a beaucoup connu ma famille&nbsp;; c\u2019est un ancien soldat, il a fait la campagne de 1870, a \u00e9t\u00e9 fait prisonnier deux fois et s\u2019est toujours \u00e9vad\u00e9, sa conversation est tr\u00e8s int\u00e9ressante. En arrivant \u00e0 Vin\u00e7a, un monsieur qui vient de Perpignan lui aussi m\u2019apprend une int\u00e9ressante nouvelle qu\u2019il a vue affich\u00e9e \u00e0 Perpignan&nbsp;; c\u2019est celle de la d\u00e9mission du g\u00e9n\u00e9ral Andr\u00e9 et de son remplacement au Minist\u00e8re de la Guerre par M. Berteaux&nbsp;; sans doute, ce dernier ne vaut pas lourd, n\u00e9anmoins j\u2019\u00e9prouve une grande satisfaction \u00e0 la pens\u00e9e de l\u2019humiliation de ce g\u00e9n\u00e9ral indigne, qui a tant fait de mal \u00e0 notre pauvre arm\u00e9e et qui, alors qu\u2019il s\u2019\u00e9tait flatt\u00e9 de ne quitter le Minist\u00e8re que \u00ab&nbsp;les pieds devant&nbsp;\u00bb, est oblig\u00e9 de s\u2019en aller sous la pression de l\u2019opinion publique r\u00e9volt\u00e9e de ses honteux proc\u00e9d\u00e9s de d\u00e9lation, emportant sur ses jours le stygmate vengeur que M. Syveton y a imprim\u00e9&nbsp;; c\u2019est un rude ch\u00e2timent, mais certes bien m\u00e9rit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 16 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La d\u00e9mission du F&nbsp;:. Andr\u00e9, qui remplit les colonnes des journaux, ne changera rien \u00e0 la situation, l\u2019\u0153uvre inf\u00e2me entreprise contre l\u2019Arm\u00e9e continuera, comme par le pass\u00e9, avec des hommes nouveaux&nbsp;; ce n\u2019est ni un changement de ministre ni m\u00eame un changement de minist\u00e8re qu\u2019il nous faut, c\u2019est un changement de r\u00e9gime, c\u2019est la chute de cette inf\u00e2me r\u00e9publique qui porte en elle un germe de mort pour la France&nbsp;: le souffle antichr\u00e9tien et antinational qu\u2019elle tient de la tradition r\u00e9volutionnaire. Le beau discours, prononc\u00e9 par le pape au dernier consistoire sur les affaires de la France, me console de toutes ces turpitudes&nbsp;; il est d\u2019une \u00e9nergie toute apostolique, c\u2019est vraiment le langage du chef de l\u2019\u00c9glise&nbsp;; il y a longtemps que nous en \u00e9tions d\u00e9shabitu\u00e9s&nbsp;! Cela vaut mieux, en face d\u2019une bande de coquins que toutes les finesses de la diplomatie dont ils se moquent&nbsp;; des discours comme celui de Pie X leur font peur&nbsp;! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons un peu sur la route de Nossa puis au grand jardin. Le temps est splendide&nbsp;; il n\u2019y a pas un nuage au ciel, et le soleil est chaud&nbsp;; le vent, par contre, est un peu fort. Apr\u00e8s un \u00e9t\u00e9 br\u00fblant, nous avons un automne remarquable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 17 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la chasse avec Croco et son fils.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 18 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette faire une commission et dire adieu \u00e0 quelques personnes. Chez Mme Bartre, je trouve M. et Mme de \u00c7agarriga qui me demandent l\u2019autorisation d\u2019organiser pour dimanche une conf\u00e9rence de la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises dans le salon de la grande maison&nbsp;; je ne pouvais refuser&nbsp;; je promets \u00e0 Mme de \u00c7agarriga de faire organiser le salon. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 3h \u00bd, Maman et Philom\u00e8ne partent d\u00e9finitivement&nbsp;; aucune r\u00e9ponse des D\u2019Albici n\u2019\u00e9tait encore arriv\u00e9e, on ne peut pas attendre ind\u00e9finiment, d\u2019autant plus que Maman est press\u00e9e de rentrer \u00e0 Angers pour suivre les cours et travaux pratiques organis\u00e9s par la Croix-Rouge&nbsp;; elles passeront la journ\u00e9e de dimanche \u00e0 Sainte-Croix et arriveront lundi \u00e0 Angers. Moi je ne partirai que mardi matin, mes cours ne reprenant qu\u2019en d\u00e9cembre. Je passerai par la nouvelle ligne Rivesaltes-Quillan, ce qui permettra de visiter Carcassonne. Je passerai environ une semaine \u00e0 Sainte-Croix.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 19 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, vers 10 heures, je suis \u00e9tonn\u00e9 de voir arriver tout \u00e0 coup M. et Mme Raymond et Mme Henri de \u00c7agarriga qui viennent pour jeter des jalons en vue de l\u2019organisation de la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; ils me prient de leur donner une liste d\u2019adresses de personnes chez lesquelles ils pourront aller, je les accompagne chez plusieurs personnes qui les re\u00e7oivent fort bien&nbsp;; la Chiquette Par\u00e8s donne la com\u00e9die, elle est tellement contente de revoir M. de \u00c7agarriga qu\u2019elle a connu enfant \u00e0 Perpignan qu\u2019elle se met \u00e0 raconter de vieilles histoires avec force d\u00e9monstrations de joie etc. L\u2019apr\u00e8s-midi, ces dames vont \u00e0 Rod\u00e8s et \u00e0 Bouletern\u00e8re faire de la propagande&nbsp;; en allant \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette, je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule et je recommande \u00e0 Poupon de se mettre \u00e0 leur disposition. \u00c0 Ille, je mets en mouvement Tr\u00e9sette et Pierre pour faire disposer le salon de la grande maison en vue de la conf\u00e9rence de demain&nbsp;; je prie M. le cur\u00e9 de faire porter les bancs de l\u2019\u00e9glise. Je rentre vers 5h \u00e0 Vin\u00e7a apr\u00e8s m\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Boule o\u00f9 j\u2019ai retrouv\u00e9 les \u00c7agarriga&nbsp;; je vais me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 20 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion apr\u00e8s la messe de 8 heures. Apr\u00e8s la grand\u2019messe, nous d\u00e9jeunons tout de suite, et, \u00e0 midi, nous partons pour Ille en break emmenant avec nous Mme Albert Batlle. Nous arrivons \u00e0 Ille avant une heure et je m\u2019assure que le salon est pr\u00eat&nbsp;; il est bien dispos\u00e9 comme je l\u2019avais dit. On arrive peu \u00e0 peu et, vers deux heures, il y a environ 140 dames, femmes ou jeunes filles. Mme de \u00c7agarriga<a href=\"#_ftn107\" id=\"_ftnref107\">[107]<\/a> fait sa conf\u00e9rence qui dure environ une demi-heure&nbsp;; elle insiste sur ce point que la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises n\u2019est pas une ligue politique mais une association catholique et patriotique destin\u00e9e \u00e0 groupes les Fran\u00e7aises catholiques pour la d\u00e9fense de la religion et en vue de la fondation de diverses \u0153uvres catholiques. Depuis deux ans que la Ligue est fond\u00e9e, elle a r\u00e9uni dans toute la France plus de 150.000 adh\u00e9rentes&nbsp;; et depuis un an qu\u2019on l\u2019a introduite en Roussillon, elle compte dans le d\u00e9partement 3600 adh\u00e9rentes. La conf\u00e9rence a du succ\u00e8s, la preuve c\u2019est que, avant la sortie, plus de 100 personnes se font inscrire par Mme Henri de \u00c7agarriga et sa fille qui recueillaient les adh\u00e9sions \u00e0 la porte&nbsp;; tout le monde paraissait enchant\u00e9 de la conf\u00e9rence. Aussi Bonne Maman et Mme Albert Batlle ayant insist\u00e9 aupr\u00e8s de Mme de \u00c7agarriga pour la d\u00e9cider \u00e0 venir faire une conf\u00e9rence semblable \u00e0 Vin\u00e7a, celle-ci s\u2019est d\u00e9cid\u00e9e pour mardi&nbsp;; elle arrivera \u00e0 10h \u00bd, d\u00e9jeunera avec nous, fera la conf\u00e9rence \u00e0 une heure dans la grande salle \u00e0 la maison et pourra reprendre le train de 3 heures. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence, nous allons, ainsi que les \u00c7agarriga, Batlle, Barescut, Delcros et Roca, prendre le th\u00e9 chez Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za. Nous repartons vers 4h \u00bc et combinons d\u00e9j\u00e0 avec quelques personnes nos plans pour avoir beaucoup de monde mardi.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 28 novembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 21 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vois, dans Vin\u00e7a, quelques personnes que j\u2019invite \u00e0 la conf\u00e9rence. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Rod\u00e8s, Rigarda, Joch et Finestret faire de la propagande&nbsp;; j\u2019esp\u00e8re que tous ces villages nous enverront du monde. Naturellement, je retarde mon d\u00e9part jusqu\u2019\u00e0 mercredi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 22 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019aide Bonne Maman \u00e0 disposer la grande salle. \u00c0 10h \u00bd, je vais attendre les \u00c7agarriga&nbsp;; au trail, je vois une minute Mme de Rovira qui va \u00e0 Nyer. J\u2019am\u00e8ne en break M., Mme et Mlle de \u00c7agarriga (ceux de Millas).&nbsp;Nous d\u00e9jeunons. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, avec M. et Mlle de \u00c7agarriga je vais faire une visite \u00e0 M. le cur\u00e9. \u00c0 1 heure, il arrive beaucoup de monde&nbsp;; nous les faisons placer dans la grande salle (o\u00f9 il y a 70 places assises, sans se serrer) et dans le salon. Quand tout le monde est arriv\u00e9, je compte environ 120 femmes au bas mot&nbsp;; pour un jour de semaine, c\u2019est superbe. Ce qui me fait plaisir, c\u2019est qu\u2019il est venu des femmes de tous les villages o\u00f9 je suis all\u00e9 hier (sauf de Joch) et m\u00eame de quelques autres. La conf\u00e9rence est, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, la r\u00e9p\u00e9tition de celle d\u2019Ille. \u00c0 la fin, avec Mlle de \u00c7agarriga, j\u2019inscris environ 20 dizaini\u00e8res entre Vin\u00e7a et les autres villages. Ainsi, voil\u00e0 la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises fond\u00e9e \u00e0 Vin\u00e7a, Rod\u00e8s, Rigarda, Saorle, Finestret, Espira-de-Conflent et Marquixanes&nbsp;; pour un jour, c\u2019est beau&nbsp;! S\u00e9ance tenante, on d\u00e9cide la fondation \u00e0 Vin\u00e7a d\u2019un patronage de jeunes filles, Mme Tol\u00e9ra met sa maison \u00e0 la disposition de la ligue pour cette \u0153uvre. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence, nous offrons le th\u00e9 aux \u00c7agarriga et \u00e0 quelques personnes que nous gardons. Je raccompagne, \u00e0 3h \u00bd, les \u00c7agarriga \u00e0 la gare&nbsp;; ils sont enchant\u00e9s de leur journ\u00e9e et nous aussi&nbsp;! Que de bien \u00e0 faire&nbsp;en perspective&nbsp;! Ensuite, je fais ma malle et j\u2019\u00e9cris ces lignes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Carcasonne, mercredi 23 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 4 heures, je fais mes adieux \u00e0 Bonne Maman et je pars par le train de 5h37&nbsp;; je prends, \u00e0 Perpignan, le train de 7h pour Rivesaltes o\u00f9 je fais un tour en ville jusqu\u2019au d\u00e9part du train de 7h48 pour Quillan par la nouvelle ligne qui suit la vall\u00e9e de l\u2019Agly et que je ne connaissais pas&nbsp;; au-dessus de Caudi\u00e8s, elle passe par de tr\u00e8s beaux d\u00e9fil\u00e9s \u00e0 une altitude \u00e9lev\u00e9e&nbsp;; on voit la neige tout pr\u00e8s de la voie. \u00c0 midi 6, je suis \u00e0 Carcassonne, je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Commerce&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je visite la Cit\u00e9 si curieuse, et la ville&nbsp;; le soir je vais au Cirque Toscan, il fait froid.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 24 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte Carcassonne par le train de 7h23, je d\u00e9jeune au buffet d\u2019Agen, et en changeant \u00e0 Agen et \u00e0 P\u00e9rigueux, j\u2019arrive \u00e0 8h02 \u00e0 Mareuil-Gouts o\u00f9 m\u2019attendant Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max. Nous arrivons \u00e0 Sainte-Croix vers 9h, il fait froid tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 25 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais un peu la grasse matin\u00e9e ; je vois les travaux de Sainte-Croix qui sont presque achev\u00e9s. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 la chasse, Max, M. le cur\u00e9 et moi, nous suivons longtemps une compagnie de perdreaux, Max en tue un superbe.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 26 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, quand je me l\u00e8ve, il neige abondamment&nbsp;; la neige ne cesse qu\u2019\u00e0 midi&nbsp;; il y en a une couche de quinze centim\u00e8tres&nbsp;; et quand je pense que j\u2019\u00e9tais en costume d\u2019\u00e9t\u00e9 il y a cinq jours avec un soleil magnifique&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais fureter avec M. le cur\u00e9&nbsp;; je ne vois qu\u2019un seul lapin que je rate.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 27 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe \u00e0 10h \u00be, il fait tr\u00e8s froid. L\u2019apr\u00e8s-midi, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Max et moi allons \u00e0 pied, car les chevaux glisseraient, voir les D\u2019Ambelle et les La Bardonnie, cela nous fait onze kilom\u00e8tres dans la neige. Les La Bardonnie nous invitent \u00e0 d\u00e9jeuner mardi. M. le cur\u00e9 vient d\u00eener, il est d\u00e9sol\u00e9 d\u2019avoir perdu un furet qui n\u2019a pas voulu sortir d\u2019un trou, il a bouch\u00e9 le trou et rattrapera peut-\u00eatre le furet demain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 30 novembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 28 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un froid de loup (-11\u00b0 ce matin \u00e0 la fen\u00eatre de Marie-Th\u00e9r\u00e8se). Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, vers 1 heure, M. le cur\u00e9, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et moi allons \u00e0 la recherche du furet dans les bois d\u2019Ambelle&nbsp;; on d\u00e9bouche le trou et il en sort tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 29 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Froid intense (-12\u00b0 \u00e0 8 heures). Vers 10h \u00bc, nous allons \u00e0 pied \u00e0 Mareuil d\u00e9jeuner chez les La Bardonnie qui sont comme toujours fort aimables. Nous rentrons \u00e0 4 heures \u00bc. \u00c0 Mareuil, je dessine des chenets qui sont \u00e0 vendre et qui sont tr\u00e8s jolis&nbsp;; je ferai voir le dessin \u00e0 Maman. Je me d\u00e9lecte, en lisant tous les jours les journaux, en constatant la col\u00e8re, le d\u00e9sarroi des francs-ma\u00e7ons qui sont accabl\u00e9s par la publication des \u00ab&nbsp;fiches&nbsp;\u00bb d\u00e9couvertes par M. Guyot de Villeneuve&nbsp;; ces immondes casseroles re\u00e7oivent journellement des racl\u00e9es de leurs victimes&nbsp;; le gouvernement lui-m\u00eame est oblig\u00e9, \u00e0 contre-c\u0153ur, de les bl\u00e2mer&nbsp;; bref, c\u2019est un d\u00e9sarroi complet dans le Temple sur lequel pleuvent d\u2019ailleurs les d\u00e9missions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 30 novembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le froid est un peu moins vif (-7\u00b0)&nbsp;; le matin, aid\u00e9 de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, je fais mes malles. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais fureter avec M. le cur\u00e9 et Max&nbsp;; nous passons quatre heures dans la neige pour ne rien voir&nbsp;; quelle d\u00e9veine&nbsp;! \u00c0 6h \u00bd, je vais avec Max d\u00eener chez M. le cur\u00e9&nbsp;; Marie-Th\u00e9r\u00e8se est souffrante et ne vient pas.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9cembre 1904<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 d\u00e9cembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 5 heures&nbsp;; je boucle ma valise, je fais mes adieux \u00e0 Max, et, \u00e0 6h \u00be, en pha\u00ebton et avec cheval ferr\u00e9 \u00e0 glace, je pars, accompagn\u00e9 de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, pour la gare de Mareuil-Gouts&nbsp;; \u00e0 cause de la neige, nous sommes oblig\u00e9s d\u2019aller au pas tout le temps. Je prends le train de 8h et, apr\u00e8s arr\u00eats \u00e0 Angoul\u00eame et Saint-Pierre-des-Corps, j\u2019arrive \u00e0 Angers \u00e0 5h du soir&nbsp;; retour apr\u00e8s plus de quatre mois d\u2019absence&nbsp;! Je trouve Papa, Maman et Philom\u00e8ne en excellente sant\u00e9, Maman tr\u00e8s occup\u00e9e par les cours et travaux pratiques pr\u00e9paratoires \u00e0 l\u2019examen \u00e0 la suite duquel elle esp\u00e8re obtenir le dipl\u00f4me d\u2019infirmi\u00e8re de la Croix-Rouge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 2 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe en l\u2019honneur du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites sans rencontrer personne. Me voici donc rentr\u00e9 encore \u00e0 Angers, peut-\u00eatre pour la derni\u00e8re fois, apr\u00e8s de longues vacances. En quittant Angers en juillet, j\u2019avais d\u2019importants projets en t\u00eate&nbsp;: projet de mariage \u00e0 d\u00e9cider avec Mlle Delebart, parce que je croyais, d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019on m\u2019avait dit, que sa famille tenait essentiellement \u00e0 la marier \u00e0 un jeune homme roussillonnais&nbsp;; je l\u2019ai abandonn\u00e9 d\u00e8s que Monseigneur m\u2019e\u00fbt appris le contraire&nbsp;; un autre s\u2019est form\u00e9 spontan\u00e9ment, il n\u2019a pas abouti cette ann\u00e9e, peut-\u00eatre aboutira-t-il l\u2019ann\u00e9e prochaine si c\u2019est la volont\u00e9 de Dieu. Somme toute j\u2019ai pass\u00e9 de fort agr\u00e9ables vacances&nbsp;; sans sortir du Roussillon, je me suis beaucoup promen\u00e9, j\u2019ai vu beaucoup de monde&nbsp;; j\u2019ai fait la connaissance de parents et d\u2019amis fort aimables etc. Maintenant, changement complet de vie&nbsp;; il va falloir se remettre au travail et, pour commencer, j\u2019assiste aujourd\u2019hui \u00e0 quatre heures au premier cours de M. Gavouy\u00e8re sur \u00ab&nbsp;Les rapports de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb, sujet tout d\u2019actualit\u00e9 et qui sera fort int\u00e9ressant&nbsp;; c\u2019est le sujet que traitera M. Gavouy\u00e8re pour le cours d\u2019histoire du droit public.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 3 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint Fran\u00e7ois-Xavier, puis je fais quelques commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir M. Sourice, M. Frog\u00e9, Jacques Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; je fais quelques emplettes&nbsp;; je commande une jaquette \u00e0 La Belle Jardini\u00e8re&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; il y a une foule de nouveaux membres cette ann\u00e9e&nbsp;: les deux Henry, Jean Gavouy\u00e8re qui renonce \u00e0 sa vocation j\u00e9suitique, Pierre de La Morini\u00e8re etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 4 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais a salut \u00e0 Notre-Dame porter mes bons aux pauvres et voir Maurice Lucas. Celui-ci m\u2019entretient longuement des man\u0153uvres qui ont amen\u00e9 le d\u00e9part du P. Barbier, et de l\u2019\u00e9tat de division o\u00f9 se trouve la Conf\u00e9rence Saint-Louis, division qui est imputable aux ralli\u00e9s, lesquels y ont introduit la politique, notamment au moment des \u00e9lections pour le renouvellement du bureau o\u00f9 ils n\u2019ont voulu tol\u00e9rer qu\u2019un royaliste, ce qui a oblig\u00e9 celui-ci (Herv\u00e9-Bazin) \u00e0 ne pas accepter, en sorte que le bureau tout entier appartient aux ralli\u00e9s bien que la Conf\u00e9rence comprenne \u00e0 peu pr\u00e8s autant de royalistes que de ralli\u00e9s&nbsp;; il est bien f\u00e2cheux que la politique soit entr\u00e9e dans cette Conf\u00e9rence o\u00f9 elle n\u2019avait que faire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 d\u00e9cembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 5 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8 heures, j\u2019assiste au premier exercice de la retraite pr\u00e9paratoire \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e-Conception pr\u00each\u00e9e \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 par le P\u00e8re Corbill\u00e9 s.j. qui a remplac\u00e9 le P. Barbier. \u00c0 2 heures, autre sermon&nbsp;; le soir il pleut tellement que je n\u2019y retourne pas. \u00c0 mesure qu\u2019approche la fin de l\u2019ann\u00e9e, les Catholiques qui ont esp\u00e9r\u00e9 que l\u2019ann\u00e9e 1904, cinquantenaire de la promulgation du dogme de l\u2019Immacul\u00e9e-Conception, apporterait \u00e0 la France la fin de ses maux, se demandent chaque jour anxieusement quand sera le Salut&nbsp;; s\u2019il arrivait le 8, dans 3 jours, comme on verrait l\u00e0 le doigt de Dieu et la preuve de l\u2019amour de la Vierge Marie pour la France&nbsp;! Certains y comptent. En attendant, chaque jour nous apporte de nouvelles preuves de l\u2019inf\u00e2mie du gouvernement qui r\u00e9glait l\u2019avancement des officiers sur les ignobles fiches de d\u00e9lation dont les journaux patriotes publient tous les jours une nouvelle liste&nbsp;; voil\u00e0 qui emb\u00eate le gouvernement et la franc-ma\u00e7onnerie&nbsp;! Ce qui les emb\u00eate aussi, c\u2019est le mouvement d\u2019indignation qui s\u2019est empar\u00e9e de la jeunesse des lyc\u00e9es de Paris aux insultes adress\u00e9es \u00e0 Jeanne d\u2019Arc par l\u2019inf\u00e2me professeur F:. Thalamas&nbsp;; les \u00e9l\u00e8ves de Concorcet ont forc\u00e9 le ministre \u00e0 le bl\u00e2mer et \u00e0 l\u2019envoyer \u00e0 leurs camarades de Charlemagne&nbsp;; ceux-ci n\u2019en veulent pas davantage et, hier, ont manifest\u00e9 dans la rue contre Thalamas et en l\u2019honneur de la Vierge lorraine, 200 \u00e0 300 arrestations ont eu lieu&nbsp;; mais les jeunes lyc\u00e9ens auxquels se joignent les \u00e9tudiants ne veulent pas c\u00e9der&nbsp;; tant mieux&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 6 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite de la retraite&nbsp;; j\u2019y vais \u00e0 8 heures et \u00e0 2 heures, pas le soir \u00e0 cause de la temp\u00eate de vent et de pluie&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir MM. Gavouy\u00e8re et Baugas&nbsp;; je ne rencontre ni l\u2019un ni l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 7 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite et fin de la retraite&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00bd, conseil particulier de Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; j\u2019y donne ma d\u00e9mission de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral, mes occupations, \u00e0 cause de ma th\u00e8se, seront trop nombreuses pour que je puisse continuer \u00e0 remplir ces fonctions&nbsp;; je continuerai, du reste, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on ait trouv\u00e9 \u00e0 me remplacer. Ensuite, je vais \u00e0 Saint-Jacques me confesser \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Brossard. Le soir, je vais \u00e0 la cl\u00f4ture de la retraite. Demain, grande f\u00eate dans tout le monde catholique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 8 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8 heures, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, messe solennelle de communion et salut. Ensuite, je vais \u00e0 Bellefontaine voir le P. Barbier qui vient d\u2019y pr\u00eacher une retraite&nbsp;; je lui exprime tous les regrets que me cause son d\u00e9part et nous causons un peu de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; il d\u00e9plore que les ralli\u00e9s introduisent la politique dans la Jeunesse catholique, ce qu\u2019ils nous accusent, nous royalistes, bien \u00e0 tort, de faire&nbsp;; nous ne demandons qu\u2019une chose, c\u2019est que la Jeunesse catholique soit la Jeunesse catholique c\u2019est-\u00e0-dire une association ouverte \u00e0 tous les Catholiques sans distinction d\u2019opinion politique, et, pour cela, il faut qu\u2019elle reste en-dehors des querelles des partis et fasse l\u2019union de tous sur le terrain de la d\u00e9fense de la religion, du patriotisme etc., en un mot de ce qui unit et non de ce qui divise&nbsp;; la m\u00eame observation s\u2019appliquerait \u00e0 l\u2019Action lib\u00e9rale populaire. C\u2019est la tactique pr\u00e9conis\u00e9e le 27 mars \u00e0 Vannes par M. de Lamarzelle. Pour qu\u2019elle r\u00e9ussisse, il faut que chacun soit bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 laisser de c\u00f4t\u00e9, dans l\u2019association, tout question politique, ce qui ne veut pas dire, bien entendu, qu\u2019il renonce \u00e0 faire, en dehors de l\u2019association, de la propagande pour le parti politique auquel il appartient. Malheureusement les ralli\u00e9s de la Jeunesse catholique ne l\u2019entendent pas ainsi. Ils veulent nous emp\u00eacher, nous royalistes, de faire de la politique, non seulement dans l\u2019association, ce qui est juste, mais m\u00eame en-dehors, ce qui est injuste&nbsp;; et eux ne se g\u00eanent pas pour parler, m\u00eame dans l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019association, de d\u00e9mocratie ou de r\u00e9publique lib\u00e9rale. C\u2019est l\u00e0 une mani\u00e8re de faire absolument contraire \u00e0 l\u2019union des catholiques, et que r\u00e9prouve Pie X. Elle ne peut aboutir qu\u2019\u00e0 cr\u00e9er la division dans la Jeunesse catholique. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite de Jean Gavouy\u00e8re qui fait du chic depuis qu\u2019il a renonc\u00e9 \u00e0 entrer chez les J\u00e9suites. Ensuite, je vais voir le docteur Sourice pour deux engelures (une \u00e0 chaque oreille) qui me sont venues \u00e0 Sainte-Croix, et dont l\u2019une (la gauche) refuse de s\u00e9cher&nbsp;; elle saigne toutes les nuits&nbsp;; le docteur m\u2019indique des m\u00e9dicaments et un syst\u00e8me de pansement. Le soir \u00e0 8 heures, grande c\u00e9r\u00e9monie et superbe illumination \u00e0 la cath\u00e9drale pour f\u00eater le cinquantenaire du dogme de l\u2019Immacul\u00e9e-Conception, cette d\u00e9finition qui, en affirmant le principe unique de la Vierge Marie, a, par le fait m\u00eame, proclam\u00e9 que tous les hommes naissent naturellement mauvais, contrairement \u00e0 la doctrine de Rousseau et de la R\u00e9volution&nbsp;; c\u2019est la condamnation du lib\u00e9ralisme et de la doctrine r\u00e9volutionnaire. Les Catholiques dits lib\u00e9raux qui essaient de faire accorder leur religion avec les principes r\u00e9volutionnaires feraient bien de s\u2019en convaincre. La c\u00e9r\u00e9monie, o\u00f9 il y avait une affluence \u00e9norme, est finie vers 9h \u00be.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 9 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, quand j\u2019ouvre le <em>Maine-et-Loire<\/em>, une nouvelle aussi douloureuse qu\u2019inattendue me saute aux yeux&nbsp;: Syveton est mort&nbsp;; mort la veille du proc\u00e8s pendant lequel ce lutteur \u00e9nergique et un grand nombre d\u2019officiers g\u00e9n\u00e9raux et sup\u00e9rieurs ou t\u00e9moins devaient accabler le gouvernement de trahison et amener un acquittement presque certain, mort dans la force de l\u2019\u00e2ge, dans la pl\u00e9nitude du talent, dans l\u2019\u00e9panouissement de toutes les facult\u00e9s. Hier \u00e0 2 heures, Gabriel Syveton, qui avait mis la derni\u00e8re main aux pi\u00e8ces de sa d\u00e9fense, se retirait dans son cabinet de travail en priant sa femme de le pr\u00e9venir \u00e0 3 heures pour le cas o\u00f9 il s\u2019endormirait&nbsp;; \u00e0 3h, sa femme, entrant, le trouve \u00e9tendu par terre et est saisie \u00e0 la gorge par une forte odeur de gaz&nbsp;; d\u00e9j\u00e0, le c\u0153ur de Syveton ne battait que faiblement, quelques minutes apr\u00e8s le vaillant d\u00e9put\u00e9 nationaliste \u00e9tait mort. Ses amis de la Chambre, pr\u00e9venus t\u00e9l\u00e9phoniquement, accourent et, en scrutant dans le cabinet de travail, trouvent le tuyau de la chemin\u00e9e (dans laquelle \u00e9tait l\u2019appareil \u00e0 gaz) par lequel le gaz devait s\u2019\u00e9chapper obstru\u00e9 par des journaux dont l\u2019un, <em>L\u2019Intransigeant<\/em>, \u00e9tait du jour m\u00eame&nbsp;; conclusion&nbsp;: ces journaux ont \u00e9t\u00e9 mis l\u00e0 le matin m\u00eame&nbsp;; par qui&nbsp;? C\u2019est un myst\u00e8re&nbsp;; l\u2019id\u00e9e d\u2019un crime ma\u00e7onnique envahit tous les esprits, car vraiment, cette mort est par trop opportune pour le gouvernement&nbsp;! Et si l\u2019on rapproche cette mort myst\u00e9rieuse de toutes celles, non moins myst\u00e9rieuses qui ont mis fin, depuis quelques ann\u00e9es, \u00e0 l\u2019existence de ceux qui d\u00e9plaisaient ou avait cess\u00e9 de plaire \u00e0 la juiverie et \u00e0 la franc-ma\u00e7onnerie, le pr\u00e9sident Faure, le commandant d\u2019Attel (qui avait re\u00e7u les aveux de Dreyfus), le d\u00e9put\u00e9 Chaulin-Servini\u00e8re, le lieutenant-colonel Henry, on est bien oblig\u00e9 de se dire que la mort est bien complaisante pour les hommes au pouvoir, et de se demander si elle n\u2019est pas quelquefois aid\u00e9e. Nous sommes en pleine R\u00e9publique de Venise s\u2019est \u00e9cri\u00e9 M. Archdeacon&nbsp;; c\u2019est le sentiment qui domine&nbsp;! Vraiment, l\u2019opposition est bien \u00e9prouv\u00e9e&nbsp;; Cassagnac et Syveton, ces deux vaillants, ces deux \u00e9nergiques qui, dans des camps diff\u00e9rents mais alli\u00e9s, combattaient le m\u00eame ennemi, meurent \u00e0 un mois d\u2019intervalle&nbsp;; quel deuil, quels regrets pour les vrais Fran\u00e7ais&nbsp;! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Gavouy\u00e8re, toutes les conversations portent sur le tragique \u00e9v\u00e9nement d\u2019hier qui soul\u00e8ve une \u00e9motion \u00e9norme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 10 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des visites oblig\u00e9es&nbsp;: MM. Courtois et Baugas (qui me donne des conseils pour ma th\u00e8se), les PP. Lionet et Corbill\u00e9. L\u2019\u00e9motion soulev\u00e9e par la mort de Gabriel Syveton et les soup\u00e7ons qu\u2019elle fait na\u00eetre ne font que cro\u00eetre et embellir. Vraiment, comme le gouvernement doit \u00eatre heureux d\u2019avoir \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9crasant r\u00e9quisitoire que accus\u00e9 et t\u00e9moins auraient dress\u00e9 hier contre lui \u00e0 la Cour d\u2019assises de la Seine&nbsp;! Quand je lis l\u2019\u00e9nergique, document\u00e9e et fi\u00e8re d\u00e9claration publi\u00e9e <em>in extenso<\/em> dans <em>La Libre parole<\/em> que Syveton devait faire, mes regrets sont immenses&nbsp;; et quand on sait que les g\u00e9n\u00e9raux Kessler, Jamont, de Taradel et d\u2019autres, le colonel de Quinemont, le commandant Guignet, le d\u00e9put\u00e9 Guyot de Villeneuve etc. devaient venir d\u00e9fendre Syveton \u00e0 la barre, on se dit que l\u2019accus\u00e9, hier, n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 l\u2019agresseur de l\u2019ignoble Andr\u00e9, mais la franc-ma\u00e7onnerie et le gouvernement&nbsp;! Et alors, on s\u2019explique pourquoi ce proc\u00e8s et l\u2019acquittement de Syveton \u00e9taient si redout\u00e9s par les malfaiteurs publics qui nous trahissent. De l\u00e0 \u00e0 supposer un manque de scrupules chez ces gens-l\u00e0, il n\u2019y a qu\u2019un pas&nbsp;; ce pas, la plupart des journaux patriotes et des vrais Fran\u00e7ais l\u2019ont franchi&nbsp;; et d\u2019ailleurs, rien n\u2019est venu encore expliquer la pr\u00e9sence dans la chemin\u00e9e des journaux qui, en bouchant le tuyau, ont fait refluer le gaz dans l\u2019appartement&nbsp;! Un suicide est inadmissible pour qui connaissait Syveton&nbsp;; un soldat ne d\u00e9serte pas son poste \u00e0 la veille d\u2019une bataille&nbsp;; donc, il y a eu imprudence ou crime&nbsp;; l\u2019imprudence est bien difficile \u00e0 admettre&nbsp;; qui aurait pu, en-dehors d\u2019un criminel, avoir l\u2019id\u00e9e de placer l\u00e0 ces journaux, qui devaient forc\u00e9ment amener l\u2019asphyxie de la personne enferm\u00e9e dans le cabinet de travail&nbsp;? L\u2019id\u00e9e d\u2019un crime prend de plus en plus de consistance.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 11 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph avec Papa. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne un peu, assiste \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 la Madeleine, et fais quelques visites&nbsp;: La Villebiot et Des Loges, que je ne rencontre pas, et M. Delahaye que je rencontre. Le soir, assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul place Saint-Martin, j\u2019y remplis encore mes fonctions de secr\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 d\u00e9cembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 12 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je d\u00e9jeune chez M. et Mme Frog\u00e9 en compagnie de plusieurs personnes de sa famille. Ensuite, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 o\u00f9 je bouquine en vue de ma th\u00e8se&nbsp;; je trouve pas mal de tuyaux sur \u00ab&nbsp;l\u2019assurance contre le ch\u00f4mage involontaire&nbsp;\u00bb, sujet que je suis \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 traiter. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;: travail de Couteau sur \u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9glise et le travail&nbsp;\u00bb, bien quoiqu\u2019incomplet. Mes amis et moi nous abstenons de prendre part \u00e0 la discussion pour protester contre l\u2019exclusion syst\u00e9matique des royalistes du bureau&nbsp;; par suite, la discussion est de plus monotones.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 13 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je retourne \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi aussi&nbsp;; je trouve quelques tuyaux sur mon sujet, mais pas tr\u00e8s nombreux. Je fais quelques commissions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 14 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale esp\u00e9rant y trouver des documents&nbsp;; je n\u2019en trouve pas du tout&nbsp;; il faudra que je cherche \u00e0 Paris. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Lucas chez Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; il m\u2019apprend qu\u2019il vient de fonder une conf\u00e9rence ind\u00e9pendante de la Jeunesse catholique, la Conf\u00e9rence Freppel, qui a pour objet l\u2019\u00e9tude des questions religieuses, politiques et sociales&nbsp;; elle se compose de 15 \u00e0 20 \u00e9tudiants&nbsp;; je donne imm\u00e9diatement mon adh\u00e9sion, car cette conf\u00e9rence est royaliste&nbsp;; demain, r\u00e9union chez Herv\u00e9-Bazin pour arr\u00eater un plan de travail. Quelle excellente id\u00e9e&nbsp;! Enfin, les royalistes apprendront \u00e0 se tenir les coudes et \u00e0 se faire respecter. Afin d\u2019\u00e9viter des difficult\u00e9s avec la Jeunesse catholique et de pouvoir soutenir que cette nouvelle conf\u00e9rence n\u2019est pas exclusivement royaliste, on y a fait entrer Sassier, qui est bonapartiste, et on l\u2019a nomm\u00e9 pr\u00e9sident&nbsp;; il servira de fa\u00e7ade, et cela ne nous emp\u00eachera pas d\u2019\u00e9tudier les questions politiques, religieuses et sociales dans leur rapport avec la cause de la monarchie l\u00e9gitime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 15 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Lelong que je ne rencontre pas, puis \u00e0 la Facult\u00e9 o\u00f9 je lis les journaux, enfin \u00e0 la s\u00e9ance de la Conf\u00e9rence Freppel chez Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; nous sommes onze membres pr\u00e9sents&nbsp;; on arr\u00eate un plan de travail.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 16 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 3h \u00be, cours de M. Gavouy\u00e8re&nbsp;; j\u2019apprends, en feuilletant un nouveau catalogue de th\u00e8ses, que le sujet que je voulais traiter, \u00ab&nbsp;L\u2019assurance contre le ch\u00f4mage&nbsp;\u00bb, a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 cette ann\u00e9e&nbsp;; c\u2019est bien f\u00e2cheux et je n\u2019ai vraiment pas de chance pour le choix de mes sujets&nbsp;! Je sais bien que certains sujets ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 10 ou 12 fois, il serait donc possible de reprendre celui-l\u00e0 sous un nouvel aspect, mais c\u2019est moins agr\u00e9able&nbsp;; enfin, j\u2019y r\u00e9fl\u00e9chirai. Le soir, nous assistons \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 au premier cours public du P. de Mayol de Lup\u00e9, b\u00e9n\u00e9dictin, qui commence une s\u00e9rie de cours sur \u00ab&nbsp;L\u2019arch\u00e9ologie chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 17 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, et j\u2019assiste au premier cours de M. Courtois sur le contentieux administratif. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 18 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bd et nous allons tous \u00e0 la messe du Midi \u00e0 la cath\u00e9drale&nbsp;; elle est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par les soins de la Croix-Rouge fran\u00e7aise pour les soldats morts \u00e0 l\u2019ennemi&nbsp;; tr\u00e8s grande affluence, belle d\u00e9coration, belle musique et beau discours de notre cur\u00e9. Monseigneur pr\u00e9sidait&nbsp;; la qu\u00eate, faite pour la Croix-Rouge, a d\u00fb produire beaucoup. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons voir Balmitg\u00e8re que nous rencontrons&nbsp;; je vais aussi faire ma visite de digestion aux Frog\u00e9 que je ne rencontre pas. \u00c0 7h, je d\u00eene chez les Herv\u00e9-Bazin avec les deux Damas, qui se sont engag\u00e9s et qui sont actuellement au peloton des dispens\u00e9s ici. Apr\u00e8s le d\u00eener arrivent Mme des Loges, Jacques et Maurice des Loges. Jacques Herv\u00e9-Bazin lit une lettre ouverte adress\u00e9e par le P. Barbier \u00e0 Normand d\u2019Authon dans laquelle l\u2019ancien aum\u00f4nier dit tous ses griefs contre le comit\u00e9 de l\u2019U.R.D. et, en particulier, les d\u00e9marches qui ont amen\u00e9 son d\u00e9part&nbsp;; il justifie, en passant, les \u00e9tudiants royalistes des accusations dont ils ont \u00e9t\u00e9 l\u2019objet. Quelle tuile pour les ralli\u00e9s&nbsp;!!! On joue \u00e0 divers jeux de soci\u00e9t\u00e9&nbsp;; je pars \u00e0 11h10, apr\u00e8s le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 d\u00e9cembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 19 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais deux commissions pour Maman. L\u2019apr\u00e8s-midi, ne sachant que faire, je vais passer une heure environ \u00e0 la salle de lecture de l\u2019Universit\u00e9. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, tr\u00e8s int\u00e9ressante conf\u00e9rence de Dupr\u00e9 sur la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat&nbsp;; cette conf\u00e9rence est bien dans la note. On s\u2019entretient de la lettre du P. Barbier. Normand d\u2019Authon est l\u00e0, nous affecte de l\u2019indiff\u00e9rence&nbsp;; si on lui en parlait, il serait cependant bien embarrass\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 20 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Courtois&nbsp;; le soir, congr\u00e9gation. Je trouve que Normand d\u2019Authon, comme pr\u00e9sident de l\u2019Union g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Ouest, doit \u00e0 la Jeunesse catholique des explications sur les faits qui lui sont reproch\u00e9s dans la lettre du P. Barbier. Venant de si haut, ces accusations ne sont pas n\u00e9gligeables, est j\u2019estime que nous (comme membres de l\u2019A.C.J.F.) avons le droit de lui demander des explications&nbsp;; s\u2019il les refuse ou s\u2019il les donne incompl\u00e8tes, il n\u2019a plus l\u2019autorit\u00e9 morale n\u00e9cessaire pour rester \u00e0 la t\u00eate de l\u2019U.R.D. Je donne cette id\u00e9e \u00e0 plusieurs de mes camarades, et je leur propose de r\u00e9diger une demande d\u2019explications \u00e0 Normand d\u2019Authon que nous ferons signer par le plus grand nombre possible de membres de la Jeunesse catholique&nbsp;; aucun de ceux \u00e0 qui j\u2019en parle n\u2019est de cet avis&nbsp;; je pense que c\u2019est pour \u00e9viter de froisser Herv\u00e9-Bazin, beau-p\u00e8re de Normand d\u2019Authon&nbsp;; et cependant, je suis persuad\u00e9 qu\u2019Herv\u00e9-Bazin pense comme moi puisque lui-m\u00eame m\u2019a lu la lettre du P. Barbier&nbsp;; mais il est d\u00e9licat d\u2019aller lui proposer la mesure dont j\u2019ai l\u2019id\u00e9e. C\u2019est f\u00e2cheux car, de cette fa\u00e7on, la lettre du P. Barbier, ou plut\u00f4t les accusations qu\u2019elle formule, n\u2019auront pas de sanction.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 21d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Lucas au sujet de l\u2019affaire Barbier-Normand d\u2019Authon&nbsp;; je ne puis le d\u00e9cider \u00e0 me promettre sa signature et cependant, au fond, il reconna\u00eet que j\u2019ai raison. Je fais quelques commissions. Je commence mes lettres de Jour de l\u2019An, car, devant aller \u00e0 Paris, je n\u2019aurai pas le temps de les faire plus tard.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 22 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, Papa a la visite de Normand d\u2019Authon qui va chez chaque professeur de l\u2019Universit\u00e9 pour s\u2019expliquer au sujet de la lettre ouverte du P. Barbier&nbsp;; puisqu\u2019il comprend la n\u00e9cessit\u00e9 de fournir des explications, il ferait bien de nous en donner \u00e0 la Jeunesse catholique&nbsp;! \u00c0 5 heures, chez Maurice Perrin, Conf\u00e9rence Freppel&nbsp;: travail de Bidault sur \u00ab&nbsp;La d\u00e9claration des droits de l\u2019Homme&nbsp;\u00bb&nbsp;; le temps nous manquant, nous ne pouvons discuter que le 1<sup>er<\/sup> point mis en lumi\u00e8re par l\u2019orateur, le pr\u00e9tendu principe de la souverainet\u00e9 du peuple&nbsp;; cela nous am\u00e8ne \u00e0 parler de l\u2019origine du pouvoir, sur laquelle nous discutons pendant plus d\u2019une heure&nbsp;; je soutiens que tout pouvoir vient de Dieu qui en investit tout souverain (prince ou assembl\u00e9e) qui l\u2019a pris ou le d\u00e9tient par suite d\u2019un fait quelconque&nbsp;: force, volont\u00e9 du peuple, ou autre chose, tradition par exemple, et qu\u2019on doit ob\u00e9issance \u00e0 ce gouvernement comme gouvernement de fait (non comme gouvernement de droit), d\u2019autres disent qu\u2019il faut toujours la ratification du peuple et que la volont\u00e9 du peuple est le canal dont Dieu se sert toujours pour transmettre son autorit\u00e9&nbsp;; je ne le pense pas. Une autre fois, nous discuterons jusqu\u2019\u00e0 quel point on doit ob\u00e9ir au gouvernement \u00e9tabli&nbsp;; car, \u00e9videmment, la d\u00e9sob\u00e9issance est permise, n\u00e9cessaire m\u00eame, quand ce gouvernement tra\u00eetre \u00e0 sa mission gouverne contre la religion et contre tous les principes d\u2019ordre&nbsp;; surtout si ce gouvernement est un gouvernement de fait qu\u2019une longue possession du pouvoir, jointe \u00e0 une administration sage et conforme aux int\u00e9r\u00eats du pays, n\u2019a pas transform\u00e9 en gouvernement l\u00e9gitime&nbsp;; c\u2019est le cas de notre r\u00e9publique, gouvernement de fait mais non de droit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 23 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois du P. Barbier une brochure contenant sa conf\u00e9rence du mois de juin sur \u00ab&nbsp;Le ralliement&nbsp;\u00bb et un appendice sur \u00ab&nbsp;La D\u00e9mocratie&nbsp;\u00bb&nbsp;; tout cela est fort int\u00e9ressant, et j\u2019\u00e9cris au P. Barbier pour le remercier&nbsp;; \u00e0 noter que le P. Barbier a re\u00e7u du g\u00e9n\u00e9ral des J\u00e9suites une lettre lui disant que sa conf\u00e9rence est irr\u00e9prochable sur tous les points. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Gavouy\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 24 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sors avec Philom\u00e8ne pour acheter l\u2019objet que nous destinons \u00e0 Papa et \u00e0 Maman pour le Jour de l\u2019An&nbsp;; Marie-Th\u00e9r\u00e8se nous a envoy\u00e9 un mandat afin de nous r\u00e9unir tous les 3 pour ce cadeau&nbsp;; nous choisissons deux statuettes en bronze&nbsp;: la Renomm\u00e9e et la Fortune. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire deux visites&nbsp;: Mme Frog\u00e9 et Mme Herv\u00e9-Bazin, je les rencontre toutes les deux, puis je vais me confesser&nbsp;; \u00e0 5h, cours de M. Courtois&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Apr\u00e8s plus de 15 jours, la mort de Syveton fait l\u2019objet de toutes sortes de commentaires dans la presse&nbsp;; les journaux nationalistes et conservateurs de toute nuance ont men\u00e9 une enqu\u00eate tr\u00e8s serr\u00e9e qui a eu pour r\u00e9sultat de faire \u00e9carter successivement l\u2019id\u00e9e de l\u2019accident, puis l\u2019id\u00e9e du suicide que les journaux minist\u00e9riels eux-m\u00eames renoncent maintenant \u00e0 soutenir&nbsp;; tout le monde maintenant ou \u00e0 peu pr\u00e8s croit \u00e0 l\u2019assassinat&nbsp;; on dit que des arrestations sensationnelles sont imminentes&nbsp;; je ne serais pas \u00e9tonn\u00e9 que Mme Syveton f\u00fbt arr\u00eat\u00e9e&nbsp;; elle s\u2019est si souvent contredite sur les circonstances de la mort de son mari qu\u2019elle est l\u2019objet de tous les soup\u00e7ons. Enfin, cette affaire est int\u00e9ressante&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 25 d\u00e9cembre 1904 (No\u00ebl)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 la messe de minuit, o\u00f9 je fais la sainte communion, \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; \u00e0 v\u00eapres, \u00e0 Saint-Joseph. Apr\u00e8s les v\u00eapres, je vais voir M. Buston et M. Jac que je ne rencontre pas, et Maurice Lucas, que je rencontre&nbsp;; avec Maurice Lucas, je vais chez M. Gavouy\u00e8re \u00e0 qui nous lisons la lettre du P. Barbier \u00e0 Normand d\u2019Authon et que nous mettons au courant, impartialement, des affaires de la Conf\u00e9rence Saint-Louis afin qu\u2019il ne soit pas circonvenu par Normand d\u2019Authon quand ce dernier ira le voir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 31 d\u00e9cembre 1904<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 26 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 9h \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; ensuite, je vais voir \u00e0 <em>L\u2019Officiel<\/em>, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, si l\u2019oncle Xavier est dans les promotions&nbsp;; h\u00e9las non&nbsp;! Il n\u2019est pas encore nomm\u00e9 colonel&nbsp;; il doit avoir une fameuse fiche&nbsp;!!! L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques commissions et je vais voir les pauvres. Le soir, pas de Conf\u00e9rence Saint-Louis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 27 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais au Mikado choisir un second \u00e9cran pour Marie-Th\u00e9r\u00e8se, puis me faire rafra\u00eechir la t\u00eate chez Normandin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais causer avec Lucas, et au cours de M. Courtois. Le soir, s\u00e9ance solennelle de Saint-Louis dans la grande salle de l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; discours assez terne de Coutansais, rapport bien fait de Cesbron lu par Bigeard&nbsp;; discours de M. Ren\u00e9 Bazin et discours de M. Paul Gerbier, du comit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019A.C.J.F., jeune homme de 23 ans&nbsp;; il prononce un discours remarquable pour son \u00e2ge&nbsp;! Au moment o\u00f9 Bigeard est oblig\u00e9, par les convenances, d\u2019exprimer (combien \u00e0 contrec\u0153ur) les regrets de la Conf\u00e9rence pour le d\u00e9part du P. Barbier, nous, qui le regrettons vraiment, interrompons le discours par de fr\u00e9n\u00e9tiques applaudissements&nbsp;; les autres n\u2019applaudissent pas. Apr\u00e8s le punch, je rentre \u00e0 10h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mercredi 28 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte Angers par le rapide de 10h25&nbsp;; je visite Chartres et sa superbe cath\u00e9drale entre deux trains et j\u2019arrive \u00e0 6h \u00e0 la gare de Montparnasse&nbsp;; Xavier m\u2019attendait et me m\u00e8ne \u00e0 l\u2019h\u00f4tel o\u00f9 il a retenu une chambre pour moi&nbsp;; puis nous sortons un peu. \u00c0 8h, nous allons chez Tata Mimi rue Saint-Dominique. Je suis admirablement re\u00e7u. Mon h\u00f4tel, l\u2019H\u00f4tel fran\u00e7ais, avenue Bosquet, est convenable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, jeudi 29 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Xavier \u00e0 Poissy, o\u00f9 Xavier a une affaire. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne, puis je retrouve Xavier vers 6h devant l\u2019Op\u00e9ra. Nous rentrons vers 8h et apr\u00e8s d\u00eener, mon cousin Paul de Guardia, que je ne connaissais pas, vient passer la soir\u00e9e, il reste jusqu\u2019\u00e0 minuit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, vendredi 30 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais au Mus\u00e9e social prendre quelques tuyaux pour le choix de mon sujet de th\u00e8se. MM. Martin Saint-L\u00e9on et M. de Seilhac, qui me re\u00e7oivent dans leur cabinet, sont tous deux des \u00e9conomistes tr\u00e8s connus&nbsp;; ils me donnent, tr\u00e8s aimablement, de pr\u00e9cieux renseignements&nbsp;; le second me fait m\u00eame cadeau de plusieurs brochures int\u00e9ressantes. Ensuite, je fais une commission pour Margot au Palais Royal. L\u2019apr\u00e8s-midi, je sors un moment avec Xavier puis je le quitte pour aller faire deux visites&nbsp;: chez les Fabre que je rencontre (M. Fabre, d\u00e9put\u00e9, m\u2019annonce la chute prochaine du minist\u00e8re), et chez les Lazerme, qui sont tous deux, mari et femme, malades, et que je ne vois donc pas. Je retrouve Xavier devant l\u2019Op\u00e9ra o\u00f9 il m\u2019avait donn\u00e9 rendez-vous, puis nous faisons ensemble des commissions aux Galeries Lafayette. Nous rentrons \u00e0 8h \u00bd, et, \u00e0 9h \u00bd, nous ressortons avec Margot. Nous allons \u00ab&nbsp;\u00e0 La Boucle&nbsp;\u00bb o\u00f9 nous passons agr\u00e9ablement notre soir\u00e9e au milieu de toutes sortes d\u2019attractions&nbsp;; je me d\u00e9cide \u00e0 \u00ab&nbsp;boucler&nbsp;\u00bb&nbsp;; on \u00e9prouve une impression effrayante en se voyant glisser sur une pente aussi rapide et en tournant dans \u00ab&nbsp;la boucle&nbsp;\u00bb la t\u00eate en bas et les pieds en l\u2019air. Ensuite, \u00e0 1 heure, nous allons souper au Caf\u00e9 Mazarin&nbsp;; \u00e0 2h moins le quart, nous allons passer trois quarts d\u2019heure \u00e0 Olympia o\u00f9 Margot se d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 venir parce qu\u2019elle est avec Xavier et avec moi, mais o\u00f9 elle se garderait bien d\u2019aller seule. Je rentre \u00e0 l\u2019h\u00f4tel \u00e0 3h \u00bc, j\u2019\u00e9cris ces lignes et je me couche.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121856.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"527\" height=\"830\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121856.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-285\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121856.jpg 527w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-10-121856-190x300.jpg 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 527px) 100vw, 527px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0La Boucle\u00a0\u00bb attraction \u00e0 Paris \u2013 Carte postale de mars 1904 (site ebay.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, samedi 31 d\u00e9cembre 1904<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me couche \u00e0 3h \u00be du matin&nbsp;; je dors jusqu\u2019\u00e0 9h&nbsp;; je me l\u00e8ve \u00e0 9h20&nbsp;; le matin, je vais chez Xavier et je l\u2019accompagne jusqu\u2019\u00e0 la rue M\u00e9hul o\u00f9 il d\u00e9jeune chez un de ses amis&nbsp;; je rentre d\u00e9jeuner rue Saint-Dominique. \u00c0 2h \u00bd, je suis de nouveau rue M\u00e9hul o\u00f9, au bout d\u2019un moment, nous partons, Xavier et Moi, \u00e0 la recherche de Piccot&nbsp;; nous le rencontrons vite et nous l\u2019amenons au Caf\u00e9 des Princes o\u00f9, en deux heures, nous lui faisons absorber huit grands bocks de \u00bd litre, 1 kirsch et 1 mad\u00e8re&nbsp;; et avec cela, il fume au moins quinze cigarettes. Cela l\u2019excite tellement qu\u2019il ne sait plus ce qu\u2019il fait&nbsp;: il chante l\u2019hymne allemand en levant en l\u2019air son verre, il va parler \u00e0 deux catins, leur demande si elles sont all\u00e9es \u00e0 la messe etc., leur pince les cuisses, tient des propos insens\u00e9s&nbsp;; tout le caf\u00e9 se tord&nbsp;!!! Un moment, il monte se vider aux cabinets&nbsp;; quand il redescend, il empeste. Il nous donne la com\u00e9die pendant deux heures, et tout cela au milieu de la musique de l\u2019orchestre&nbsp;! Ensuite, \u00e0 7h, je vais au Louvre acheter un harmonica pour la petite Mimi Civelli&nbsp;; je n\u2019en trouve pas au Louvre, je l\u2019ach\u00e8te dans un bazar du Faubourg Saint-Honor\u00e9. Le soir, \u00e0 11h \u00bd, Xavier m\u2019accompagne \u00e0 l\u2019h\u00f4tel et veut m\u2019amener souper dans un restaurant de nuit quelconque, je ne veux pas et je rentre \u00e0 l\u2019h\u00f4tel, le laissant aller de son c\u00f4t\u00e9. J\u2019\u00e9cris ces lignes au moment o\u00f9 l\u2019ann\u00e9e 1904 s\u2019ach\u00e8ve pour faire place \u00e0 1905. C\u2019est avec une bien grande tristesse que je vois s\u2019achever cette ann\u00e9e sans que se soient r\u00e9alis\u00e9es les esp\u00e9rances qu\u2019elle avait fait na\u00eetre&nbsp;; jusqu\u2019\u00e0 ce soir, je n\u2019ai pas enti\u00e8rement d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mais \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, il est minuit vingt&nbsp;; nous sommes donc bien en 1905 et aucun tumulte, aucun bruit insolite ne me r\u00e9v\u00e8le le changement que nous avons esp\u00e9r\u00e9 toute l\u2019ann\u00e9e. Serait-ce que le cur\u00e9 d\u2019Ars s\u2019est tromp\u00e9&nbsp;? Non, sans doute ses paroles auront \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9es inexactement. Je suis, je l\u2019avoue, un peu d\u00e9courag\u00e9. Quand viendra-t-il enfin ce 31 d\u00e9cembre au soir duquel je pourrai \u00e9crire dans mon journal&nbsp;: \u00ab&nbsp;B\u00e9nie soit cette ann\u00e9e qui a vu le salut de la France&nbsp;\u00bb&nbsp;? Ah, j\u2019ai beau interroger l\u2019avenir, je ne vois que de sombres pronostics&nbsp;! Mon Dieu, mon Dieu, sauvez la France, sauvez-nous&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Il s\u2019agit peut-\u00eatre d\u2019Arthur Frog\u00e9 (Saint-Brieuc, 3 octobre 1846-Angers, 19 juillet 1919), fils de Louis Frog\u00e9 et de Marie Le Roux, lieutenant de vaisseau qui se retira \u00e0 Angers (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> M\u00e9riadec du Plessis-Quinquis (Nantes, 4 octobre 1880-Saint-Philibert-de-Grand-Lieu, Loire-Atlantique, 13 avril 1969), fils de Bonabes du Plessis-Quinquis et d\u2019Alix de Cornulier-Lucini\u00e8re, issu d\u2019une famille de la noblesse bretonne, fut responsable de la Ligue royaliste de l\u2019Ouest. Il fut ensuite administrateur de la Compagnie agricole de Guin\u00e9e (Bananeraies de Foulaya) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Maurice Gaudin de Saint-R\u00e9my (Caen, 14 juin 1851-juin 1936), colonel, c\u00e9l\u00e8bre pour avoir refus\u00e9 en 1902 d\u2019ex\u00e9cuter l\u2019ordre d\u2019expulsion des religieuses de Loud\u00e9ac, traduit devant le Conseil de guerre puis retir\u00e9e de l\u2019Arm\u00e9e, maire de Chavoy de 1906 \u00e0 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 19 juin 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Charles Antoine \u00ab&nbsp;Tony&nbsp;\u00bb de Charrette de La Contrie (Passy, 3 mars 1880-Nice, 21 octobre 1947), baron de La Contrie puis marquis de Charette, fils d\u2019Athanase de Charrette de la Contrie (1832-1911), zouave pontifical, commandant de la L\u00e9gion des Volontaires de l\u2019Ouest puis g\u00e9n\u00e9ral de brigade en 1871, issu d\u2019une c\u00e9l\u00e8bre famille de militaires au service de la cause l\u00e9gitimiste (lui-m\u00eame fils d\u2019une fille naturelle de Charles X), et d\u2019Antoinette Wayne van Leer Polk (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Il peut s\u2019agir de Joseph Cheguillaume (Nantes, 12 octobre 1870-Le Retail, Soullans, Vend\u00e9e, 14 novembre 1948), fils de l\u2019ancien d\u00e9put\u00e9 de la Loire-Inf\u00e9rieure Joseph Cheguillaume (1825-1897) et de Pauline M\u00e9ry. Docteur en droit, avocat, il faut maire de Soullans. Mari\u00e9e en premi\u00e8res noces \u00e0 Jeanne Polo et en secondes noces \u00e0 Marguerite Marion de Proc\u00e9, il eut cinq enfants (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Denys Cochin (Paris, 1<sup>er<\/sup> septembre 1851, 24 mars 1922), baron, fils d\u2019Augustin Cochin, maire d\u2019arrondissement et figure du catholicisme lib\u00e9ral. Il fut lui-m\u00eame un chimiste \u00e9minent, conseiller municipal puis d\u00e9put\u00e9 de Paris de 1893 \u00e0 1919, repr\u00e9sentant le parti catholique \u00e0 la Chambre et d\u00e9fenseur des libert\u00e9s scolaires et des congr\u00e9gations religieuses. Il sera, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de l\u2019\u00ab&nbsp;Union sacr\u00e9e&nbsp;\u00bb, ministre dans le cabinet Briant en 1915-1917 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Nicolas Delsor (Strasbourg, 5 octobre 1947-20 d\u00e9cembre 1927), pr\u00eatre, professeur au Grand s\u00e9minaire de Strasbourg, lanceur d\u2019une nouvelle s\u00e9rie de la <em>Revue catholique d\u2019Alsace<\/em>, membre du mouvement protestataire qui milite contre la domination allemande, puis dirigeant du Parti catholique alsacien. \u00c9lu au Landtag d&rsquo;Alsace-Lorraine, il entre en 1898 au Reichstag, o\u00f9 il est d\u00e9put\u00e9 protestataire. Il est s\u00e9nateur du Bas-Rhin de 1920 \u00e0 sa mort (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Il s\u2019agit de l\u2019abb\u00e9 Joseph Bonafont (1854-1935), dont il sera davantage question dans la suite du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Pierre Le Bault de La Morini\u00e8re (Angers, 21 f\u00e9vrier 1884-29 d\u00e9cembre 1939), fils de Georges Le Bault de La Morini\u00e8re et de Mathilde Bourbon, neveu de Stanislas Le Bault de La Morini\u00e8re (voir <em>supra<\/em> au 11 juin 1903) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Henry de La Croix de Castries (Paris, 29 d\u00e9cembre 1850-10 mai 1927), fils de Gaspard de La Croix de Castries et de Marie L\u00e9ontine de Saint-Georges de V\u00e9rac, saint-cyrien, militaire en Alg\u00e9rie, charg\u00e9 d\u2019effectuer des relev\u00e9s topographiques et de cartographier, officier des Affaires Indig\u00e8nes en Oranie (1878-1882), il sera fondateur de l\u2019Institut historique du Maroc&nbsp;; conseiller g\u00e9n\u00e9ral du Maine-et-Loire pour le canton de Louroux-B\u00e9connais.&nbsp;Il \u00e9pousa en 1880 Isabelle Juchault de La Morici\u00e8re, fille de Louis Juchault de La Morici\u00e8re, ministre de la Guerre en 1848 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Henry Jagot (1854-1933), typographe, journaliste, r\u00e9dacteur de diff\u00e9rents journaux, dont <em>Le Patriote de l\u2019Ouest<\/em> \u00e0 Angers de 1901 \u00e0 1904, avant de passer \u00e0 Lille puis \u00e0 Paris (r\u00e9dacteur au <em>Petit Parisien<\/em> de 1906 \u00e0 sa mort). Il a \u00e9galement publi\u00e9 des ouvrages et des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre. Voir <a href=\"https:\/\/panckoucke.org\/biographie\/jagot-henry\/\">https:\/\/panckoucke.org\/biographie\/jagot-henry\/<\/a> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Jean du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re (ch\u00e2teau de Ciri\u00e8res, Deux-S\u00e8vres, 12 mars 1885-mort pour la France \u00e0 Vert-la-Gravelle, Marne, le 6 septembre 1914), fils de Maurice du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re et de Marie-Th\u00e9r\u00e8se de La Rochebrochard, sergent au 135<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie. Il \u00e9tait le neveu de Raoul du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re, conf\u00e9rencier, voire <em>supra <\/em>note du 22 f\u00e9vrier 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir aussi <em>supra<\/em> au 21 juin 1903. Il doit d\u2019agir de Fran\u00e7ois de Villoutreys de Brignac (Angers, 24 janvier 1873-4 octobre 1956), fils d\u2019Henri de Villoutreys de Brignac et de Valentine Pissonnet de Bellefonds, qui \u00e9pousera en 1905 Marie-Louise de Renouard de Sainte-Croix, membre du Cercle Agricole (Nouveau Cercle de l\u2019Union) (Base de donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alogiques Roglo) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 7 juin 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Auguste Mas (Prades, 28 mai 1854-Marquixanes, 27 ao\u00fbt 1908), fils d\u2019Auguste Mas et de Denise Colomer. Bien qu\u2019issu d\u2019une famille du Conflent o\u00f9 il revint mourir, il fut professeur de rh\u00e9torique dans divers lyc\u00e9es de province avant de se fixer \u00e0 Montpellier o\u00f9 il \u00e9pousa la fille du chimiste Chancel, ancien recteur de l\u2019Universit\u00e9. Conseiller g\u00e9n\u00e9ral de B\u00e9ziers, pr\u00e9sident du Conseil municipal de Montpellier, adjoint au maire, \u00e9lu en 1902 d\u00e9put\u00e9 de Montpellier, membre du groupe radical-socialiste \u00e0 la Chambre. Il ne fut pas r\u00e9\u00e9lu en 1906. Voir le dictionnaire des parlementaires. La mention au d\u00e9put\u00e9 Mas et \u00e0 une parent\u00e9 avec les Est\u00e8ve est curieuse&nbsp;: elle n\u2019est pas totalement inexacte dans la mesure o\u00f9, comme les Est\u00e8ve, Mas descend lointainement de la famille Viader, d\u2019Ille-sur-Tet, par sa grand-m\u00e8re maternelle, n\u00e9e de Lacour, d\u2019une famille \u00e9galement fix\u00e9e \u00e0 Ille. C\u2019est cette parent\u00e8le \u00e0 Ille qui a sans doute inspir\u00e9 les personnes \u00e9voquant une parent\u00e9 avec les Est\u00e8ve, certes lointaine mais bien existante&nbsp;(Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Fran\u00e7ois d\u2019Aboville (Rennes, 31 janvier 1883-Le Chesnay, Yvelines, 27 avril 1952), fils d\u2019Henri d\u2019Aboville et de Jeanne de Gouvello, saint-cyrien, qui sera chef de bataillon d\u2019infanterie. Il \u00e9pousera en 1913 Anne-Marie Didelot (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Joseph Zamanski (Parthenay, Deux-S\u00e8vres, 18 mai 1874-Paris, 22 mars 1962), petit-fils d\u2019un militaire lituanien install\u00e9 en France. D\u2019abord avocat, il s&rsquo;engage au sein de l\u2019Association catholique de la jeunesse fran\u00e7aise, pr\u00e9sident de la Conf\u00e9rence Olivaint, il pr\u00e9sente d\u00e8s 1903 au congr\u00e8s de l\u2019Association catholique de la jeunesse fran\u00e7aise un rapport sur le contrat collectif de travail. Dirigeant d\u2019une biscuiterie de luxe puis administrateur de mines, il pr\u00e9sida d\u00e8s 1924 les Unions f\u00e9d\u00e9rales professionnelles des catholiques. Wikip\u00e9dia (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Albert Le Nordez (Montebourg, Manche, 19 avril 1844-29 janvier 1922), \u00e9v\u00eaque de Dijon de 1898 \u00e0 1904, conf\u00e9rencier et publiciste. Il afficha comme \u00e9v\u00eaque ses opinions r\u00e9publicaines, soulevant l\u2019hostilit\u00e9 d\u2019une partie du clerg\u00e9 de son dioc\u00e8se. En 1904, \u00e0 la suite de l\u2019affaire \u00e9voqu\u00e9e ici, le pape Pie X le convoqua au Vatican pour qu\u2019il s\u2019explique sur sa conduite. Il d\u00e9missionna ensuite. L\u2019affaire fut exploit\u00e9e par les R\u00e9publicains pour rompre les relations diplomatiques avec le Saint Si\u00e8ge et h\u00e2ter la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Il s\u2019agit du futur g\u00e9n\u00e9ral Joseph Joffre (1852-1931), \u00e9galement originaire du Roussillon, dont il sera \u00e0 nouveau question par la suite (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Il s\u2019agit de Louis Arnaud dit \u00ab&nbsp;Le Meunier vend\u00e9en&nbsp;\u00bb, aussi connu pour avoir fond\u00e9 la troupe de th\u00e9\u00e2tre La Genetouze (<a href=\"https:\/\/www.lagenetouze.fr\/votre-commune-au-quotidien\/loisirs-et-vie-associative\/annuaire-des-associations\/joomlannuaire\/fiche\/51:les-comediens-de-la-genetouze\/5:annuaire-des-associations?jscheck=1\">https:\/\/www.lagenetouze.fr\/votre-commune-au-quotidien\/loisirs-et-vie-associative\/annuaire-des-associations\/joomlannuaire\/fiche\/51:les-comediens-de-la-genetouze\/5:annuaire-des-associations?jscheck=1<\/a>) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 21 d\u00e9cembre 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 28 f\u00e9vrier 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 1<sup>er<\/sup> juillet 1901 et au 18 octobre 1901. Le Milleret cit\u00e9 ici \u00e0 quelques reprises doit \u00eatre Jacques Milleret, n\u00e9 le 4 d\u00e9cembre 1885 \u00e0 La F\u00e8re (Aisne), fils de Ren\u00e9 Louis Constant Milleret (1852-1929), colonel d\u2019artillerie, et de Julie Adrienne Larrieu, cette derni\u00e8re fille de Julie de Prigny de Qu\u00e9rieux, cousine germaine de Marthe Durand de Linois (1830-1920), elle-m\u00eame veuve de Jules d\u2019Apat, cousin \u00e9loign\u00e9 des Est\u00e8ve de Bosch par les Sicart (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Il doit s\u2019agir de Michel Lelong (Pionsat, Puy-de-D\u00f4me, 9 janvier 1843-Montgeron, Essonne, 28 avril 1929), polytechnicien, officier d\u2019artillerie, g\u00e9n\u00e9ral de division (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Voir <em>infra<\/em> note du 28 juin 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 19 d\u00e9cembre 1902.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> James Jaume (1812-1889) et Rosalie de Descallar (1831-1904), mari\u00e9s \u00e0 Perpignan en 1854, avaient eu deux filles&nbsp;: Mathilde (1853-1942) et Val\u00e9rie Jaume (1856-1945). La premi\u00e8re \u00e9pousa en premi\u00e8res noces en 1872 Fran\u00e7ois de Romeu, puis, une fois veuve, en 1889, le g\u00e9n\u00e9ral Pierre Alphonse Henri Courbebaisse (1850-1935)&nbsp;; la seconde \u00e9pousa en premi\u00e8res noces \u00e0 Perpignan en 1876 Maurice Roland, et, une fois veuve, Jean Rivals. Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme descendait des Descallar par sa m\u00e8re, Antoinette de Pontich, dont les arri\u00e8re-grands-parents \u00e9taient Fran\u00e7ois de Pontich et Marie Descallar Pera, mari\u00e9s \u00e0 Ille en 1739. Les Descallar, ancienne famille noble originaire de Puigcerd\u00e0, avait en effet une branche \u00e0 Ille qui \u00e9tait li\u00e9e aux Est\u00e8ve de Bosch, le journal citant assez souvent leur nom (voir <em>supra<\/em> au 5 d\u00e9cembre 1901) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 mars 1904. Albert de Romeu (1875-mort pour la France en 1915), ing\u00e9nieur de l\u2019\u00c9cole Centrale et professeur de min\u00e9ralogie, \u00e9tait le fils du premier mariage de Mathilde Jaume avec Fran\u00e7ois de Romeu (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Voir <em>supra <\/em>note du 1<sup>er<\/sup> juillet 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Charles-\u00c9mile Freppel (Obernai, Bas-Rhin, 1<sup>er<\/sup> juin 1827-Angers, 23 d\u00e9cembre 1891), \u00e9v\u00eaque d\u2019Angers de 1870 \u00e0 sa mort, fondateur de l\u2019Universit\u00e9 catholique de l\u2019Ouest, d\u00e9fenseur du catholicisme social et inspirateur de l\u2019encyclique <em>Rerum Novarum<\/em> de L\u00e9on XIII. De 1880 \u00e0 1891, il fut d\u00e9put\u00e9 du Finist\u00e8re et combattit l\u2019instruction la\u00efque et \u00e9tatique (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 mars 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 20 d\u00e9cembre 1902.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> L\u00e9opold \u00c9mile Arton (Strasbourg, 16 ao\u00fbt 1849-Paris, 17 juillet 1905), homme d\u2019affaires c\u00e9l\u00e8bre pour ses scandales financiers et ses escroqueries, impliqu\u00e9 dans le scandale de Panama, qui fut en cavale puis jug\u00e9 et emprisonn\u00e9. La plupart des parlementaires qu\u2019on accusait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 corrompus avec sa participation furent acquitt\u00e9s (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Xavier de Planet (Toulouse, 23 juin 1853-13 mai 1904), fils de Casimir de Planet et de Marie-Th\u00e9r\u00e8se de Planet, \u00e9tait issu d\u2019une famille noble toulousaine, descendant d\u2019un capitoul. Conseiller g\u00e9n\u00e9ral de la Haute-Garonne et maire de Mervilla, il avait \u00e9pous\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> septembre 1879 \u00e0 Toulouse Christine Touz\u00e9. Il avait certainement connu Henri d\u2019Est\u00e8ve de Bosch lors du passage de ce dernier comme professeur \u00e0 la Facult\u00e9 libre de Toulouse (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Jules de Lamer (Perpignan, 21 juin 1828-16 avril 1906), fils d\u2019Am\u00e9d\u00e9e de Lamer, ancien colonel de la Garde Nationale en 1848, et de Julie Calm\u00e8tes, avait \u00e9pous\u00e9 L\u00e9onie Massot en 1856. Il \u00e9tait par son p\u00e8re le petit-fils de Jeanne Lazerme, s\u0153ur a\u00een\u00e9e de Joseph Lazerme, d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales et grand-p\u00e8re de Mme&nbsp;Suzanne d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 14 juin 1903.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 28 f\u00e9vrier 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Voir <em>infra<\/em> au 22 ao\u00fbt 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 7 f\u00e9vrier 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Edgard Combes est en effet accus\u00e9 d&rsquo;avoir voulu extorquer, par l&rsquo;entremise de tierces personnes, de fortes sommes d&rsquo;argent aux Chartreux en \u00e9change de l&rsquo;autorisation de cette congr\u00e9gation par les autorit\u00e9s. Cette accusation de chantage n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e (d\u2019apr\u00e8s Wikip\u00e9dia) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Lucie Bartre, n\u00e9e Saly (Ille, 1881-1977), \u00e9crivaine et dramaturge roussillonnaise, auteur de 7 volumes de com\u00e9dies et de sayn\u00e8tes d\u2019inspiration populaire. Il en sera question \u00e0 plusieurs reprises dans ce journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Il s\u2019agit tr\u00e8s certainement de Rose Sire, ou Sire de Vilar, fille d\u2019\u00c9tienne Sire (1844-1910) et de Berthe Marie Lucie de Vilar, mari\u00e9s le 8 juin 1872 \u00e0 Corb\u00e8re. Le mariage dont il s\u2019agit ici ne se r\u00e9alisera pas et Rose Sire mourra jeune ou c\u00e9libataire \u00e0 une date inconnue. Ren\u00e9 de Chefdebien \u00e9pousera en 1906 Louise Bas de Cesso. Les Sire sont une famille originaire de Montalba-le-Ch\u00e2teau pr\u00e8s d\u2019Ille. La branche dont il s\u2019agit ici est dite de \u00ab&nbsp;Sire-Poubill&nbsp;\u00bb pour la diff\u00e9rencier d\u2019autres. Riches propri\u00e9taires terriens, les Sire poss\u00e9daient l\u2019ancienne m\u00e9tairie Sabater o\u00f9 mourut \u00c9tienne Sire en 1910. Mlle de Vilar \u00e9tait issue d\u2019une ancienne famille de la noblesse de Roussillon, propri\u00e9taire du ch\u00e2teau de Corb\u00e8re. Il sera souvent question de cette famille dans le journal par la suite (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019Edgard Combes (1864-1907), fils a\u00een\u00e9 d\u2019\u00c9mile Combes, qui fut lui-m\u00eame pr\u00e9fet, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Minist\u00e8re de l\u2019Int\u00e9rieur et conseiller d\u2019\u00c9tat (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Fabien Cesbron (Saint-Lambert-du-Lattay, Maine-et-Loire, 13 janvier 1862-Saint-S\u00e9bastien-sur-Loire, 26 avril 1931), avocat \u00e0 Angers, conseiller municipal de Varrains, \u00e9lu en 1902 dans la circonscription de Baug\u00e9 (voir <em>supra <\/em>au 27 avril 1902) dans le groupe de droite. S\u00e9nateur du Maine-et-Loire en 1911 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 2 octobre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 26 mars 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 12 novembre 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Pierre Geay (Saint-Symphorien-sur-Coise, Rh\u00f4ne, 15 mars 1845-Hy\u00e8res, 14 novembre 1919), \u00e9v\u00eaque de Laval de 1896 \u00e0 1904. R\u00e9publicain, il avait tent\u00e9 d\u2019amenuiser le pouvoir des congr\u00e9gations dans son dioc\u00e8se et avait \u00e9t\u00e9 victime d\u2019une campagne de presse. En 1904, le pape demanda sa d\u00e9mission mais le gouvernement Combes lui interdit de quitter la France. Il finit par pr\u00e9senter tout de m\u00eame sa d\u00e9mission fin ao\u00fbt 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 octobre 1902. La parent\u00e9 exacte de M. de Llamby et des Bosch n\u2019est pas connue. Les seuls anc\u00eatres communs que nous ayons pu trouver sont les Pellisser de Perpignan et Saint-Feliu-d\u2019Amont, anc\u00eatre respectivement des Terrats (grand-m\u00e8re paternelle de M. de Llamby) et des Sabater (Antoine de Bosch, p\u00e8re de Sophie de Bosch, devenue Mme Est\u00e8ve, \u00e9tant fils d\u2019une Sabater), une parent\u00e9 remontant \u00e0 la fin du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> Le g\u00e9n\u00e9ral Michel Lelong (1843-1929) \u2013 voir <em>supra <\/em>note du 20 mars 1904 \u2013 avait certes un fils cadet nomm\u00e9 Pierre Lelong, mais ce dernier est n\u00e9 en 1891, il avait donc 13 ans en 1904 et ne peut donc pas \u00eatre \u00e9tudiant en droit. Il semble s\u2019agir en r\u00e9alit\u00e9 plut\u00f4t de l\u2019un de ses fr\u00e8res a\u00een\u00e9s Paul (1877-1962), Joseph (1879-1950) ou Georges (1885-1973) Lelong (Base g\u00e9n\u00e9alogiques Roglo) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref52\" id=\"_ftn52\">[52]<\/a> Francis Charles Bostock (1866\u20131912) \u00e9tait un entrepreneur et un dresseur d\u2019animaux anglais, qui parcourut l\u2019Europe et l\u2019Am\u00e9rique avec sa m\u00e9nagerie (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref53\" id=\"_ftn53\">[53]<\/a> Orpy Massot (voir <em>supra<\/em> le r\u00e9sum\u00e9 de la vie d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch jusqu\u2019en 1901 au tout d\u00e9but du journal) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref54\" id=\"_ftn54\">[54]<\/a> Gaston Le Rouge de Guerdavid (manoir de Kera\u00ebl, Botsorhel, Finist\u00e8re, 10 novembre 1881-Carantec, Finist\u00e8re, 3 juillet 1962), avocat, fils de Gaston Le Rouge de Guerdavid et de Marguerite de Robien. Il \u00e9pousa en premi\u00e8res noces en 1904 Germaine Cogels et en secondes noces en 1913 Louise Taulaigo (Base de donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alogiques Roglo) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref55\" id=\"_ftn55\">[55]<\/a> Il s\u2019agit certainement de Christian Marie Henry Joseph Just Charles Ignace des Lyons (Rocheservi\u00e8re, Vend\u00e9e, 31 juillet 1879-12 d\u00e9cembre 1938), docteur en droit, propri\u00e9taire \u00e0 Belleroche, fils de Joseph Marie Fran\u00e7ois Just des Lyons et de Marie Jos\u00e9phine Julie Aim\u00e9e Billette de Villeroche. Il \u00e9pousa le 3 juin 1920 \u00e0 Abbeville Henriette Ren\u00e9e Bourguignat de Chabaleyret (G\u00e9n\u00e9alogie de Vanessa Barteau, <a href=\"http:\/\/gw.geneanet.org\/vbarteau\">http:\/\/gw.geneanet.org\/vbarteau<\/a>) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref56\" id=\"_ftn56\">[56]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Le Play (1806-1882), sociologue, homme politique, conseiller d\u2019\u00c9tat et r\u00e9formateur social fran\u00e7ais (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref57\" id=\"_ftn57\">[57]<\/a> Georges Lebret (\u00c9tampes, 7 novembre 1853-Paris, 16 janvier 1927), d\u00e9put\u00e9 de 1893 \u00e0 1902 et ministre de la Justice et des Cultes en 1898-1899 dans les gouvernements Dupuy IV et V (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref58\" id=\"_ftn58\">[58]<\/a> Voir note au sujet de la famille Lucas dans la partie introductive de ce journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9). Marie Par\u00e8s, n\u00e9e le 12 janvier 1862 \u00e0 La Roche-sur-Yon, avait \u00e9pous\u00e9 le 7 mai 1883 \u00e0 Fontenay-le-Comte (Vend\u00e9e) Auguste Pichard de La Caill\u00e8re. Elle \u00e9tait la fille d\u2019Albert Par\u00e8s (1826-1865), juge d\u2019instruction et de Marie Apollonie Rivasseau. Albert Par\u00e8s \u00e9tait issu du mariage de Th\u00e9odore Par\u00e8s, ancien d\u00e9put\u00e9 orl\u00e9aniste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, et d\u2019Antoinette Lazerme (1798-1836), elle-m\u00eame s\u0153ur de Joseph Lazerme, d\u00e9put\u00e9 \u00e9galement, grand-p\u00e8re paternel de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme. Mme Pichard de La Caill\u00e8re \u00e9tait donc la cousine issue de germains de cette derni\u00e8re. Elle eut notamment deux filles&nbsp;: Antoinette et Th\u00e9r\u00e8se. La premi\u00e8re qui est cit\u00e9e ici, est n\u00e9e le 3 ao\u00fbt 1884 \u00e0 Fontenay-le-Comte et morte en cette ville le 4 d\u00e9cembre 1965. Elle avait \u00e9pous\u00e9 le 2 juillet 1907 dans sa ville natale Marie Joseph Louis Blanpain Le B\u0153uf de Saint-Mars (G\u00e9n\u00e9alogie d\u2019Antoine Blanpain, <a href=\"http:\/\/gw.geneanet.org\/boislini\u00e8re\">http:\/\/gw.geneanet.org\/boislini\u00e8re<\/a>) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref59\" id=\"_ftn59\">[59]<\/a> Raymond de Fontaines (Foussais-Payr\u00e9, Vend\u00e9e, 30 mai 1859-Bourneau, Vend\u00e9e,14 novembre 1949), officier de cavalerie, d\u00e9put\u00e9 de Vend\u00e9e de 1902 \u00e0 1910 dans le groupe Action lib\u00e9rale, puis de 1914 \u00e0 1923. Son fils Raymond de Fontaines (1889-mort pour la France en 1916) \u00e9tait alors \u00e2g\u00e9 de 15 ans (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref60\" id=\"_ftn60\">[60]<\/a> Marc, marquis de Pindray d\u2019Ambelle (1836-1924) avait \u00e9pous\u00e9 en 1860 \u00e0 Paris Valentine d\u2019Assailly (1839-1919), fille de Charles d\u2019Assailly et d\u2019Octavie de Lasteyrie du Saillant, et \u00e0 ce titre arri\u00e8re-petite-fille de La Fayette. Ce couple eut sept enfants, parmi lesquels Arthur de Pindray d\u2019Ambelle (1873-1959) cit\u00e9 ici (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref61\" id=\"_ftn61\">[61]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 15 ao\u00fbt 1903.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref62\" id=\"_ftn62\">[62]<\/a> Voir <em>supra <\/em>ces photographies illustrant le journal du 31 juillet 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref63\" id=\"_ftn63\">[63]<\/a> Carlos de Lazerme (Perpignan, 26 janvier 1873-Elne, 26 ao\u00fbt 1936), homme de lettres et po\u00e8te, fils de Joseph de Lazerme (1846-1922) et de Marie-H\u00e9l\u00e8ne Pougeard du Limbert (1853-1920). Voir aussi la note du 10 avril 1901. Jacques de Lazerme (Perpignan, 20 octobre 1887-20 mai 1959), son fr\u00e8re cadet \u00e9galement mentionn\u00e9 ici, resta c\u00e9libataire (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref64\" id=\"_ftn64\">[64]<\/a> Esp\u00e9rance Trull\u00e8s \u2013 parfois improprement orthographi\u00e9 Truill\u00e8s \u2013 (Thuir, 1883-Cauterets, 18 ao\u00fbt 1904), fille de Ferdinand Trull\u00e8s, notaire \u00e0 Ille, et de Marie Madeleine Batlle, \u00e9tait la fille unique de ce couple. \u00c0 la suite de la perte de cette enfant, qui aurait voulu \u00eatre carm\u00e9lite, cette famille se lan\u00e7a dans plusieurs \u0153uvres pieuses qui seront \u00e9voqu\u00e9es dans ce journal, notamment le Carmel de Vin\u00e7a. Sa grand-m\u00e8re maternelle, Ang\u00e9lique Maria ou Marie, morte en 1914, \u00e9pouse de Paul Batlle, pharmacien \u00e0 Ille, se distingua aussi par des legs de bienfaisance (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref65\" id=\"_ftn65\">[65]<\/a> Th\u00e9r\u00e8se Trull\u00e8s, s\u0153ur du notaire Ferdinand Trull\u00e8s, avait \u00e9pous\u00e9 \u00e0 Ille le 3 juillet 1877 Jean Baptiste de Balanda (1828-1917), fils cadet de Jean-Baptiste de Balanda et de Th\u00e9r\u00e8se de Bonnefoy, beau-fr\u00e8re d\u2019une autre Mme de Balanda cit\u00e9e plus haut (voir <em>supra<\/em> note du 28 septembre 1903) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref66\" id=\"_ftn66\">[66]<\/a> Joseph Bonafont, voir <em>supra<\/em> note du 16 janvier 1904, et \u00e0 de nombreuses reprises dans la suite du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref67\" id=\"_ftn67\">[67]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 28 juin 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref68\" id=\"_ftn68\">[68]<\/a> Joseph Delcros (C\u00e9ret, 13 f\u00e9vrier 1874-Moncaut, Lot-et-Garonne, 29 octobre 1939), fils a\u00een\u00e9 de Gaston Delcros (1841-1905), avocat \u00e0 C\u00e9ret, et de Marie de Ferran de Ribas (1849-1904), issue de la noblesse barcelonaise. Il prit post\u00e9rieurement, ainsi que ses fr\u00e8res et s\u0153urs, le nom de \u00ab&nbsp;Delcros de Ferran&nbsp;\u00bb (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref69\" id=\"_ftn69\">[69]<\/a> Antoine Delmas et son fr\u00e8re Joseph Delmas \u2013 semble-t-il absent le jour du mariage \u2013 mari\u00e9 en 1903 \u00e0 Prades avec Jane Circan \u00e9taient les fils de F\u00e9lix Delmas, juge d\u2019instruction \u00e0 C\u00e9ret, et de Pauline Latouche. F\u00e9lix Delmas (ou Delmas de Ribas) \u00e9tait le fils de Jean Delmas et de Victoire de Ribas, tous deux originaires de C\u00e9ret et proches parents des Delcros. Les <em>\u00ab&nbsp;deux jeunes gens Roca&nbsp;\u00bb<\/em> dont il s\u2019agit ici sont certainement des fils de la famille Roca ou Roca d\u2019Huyt\u00e9za \u00e9tablie \u00e0 Ille et cit\u00e9e ici \u00e0 plusieurs reprises, \u00e0 laquelle Mme Delmas n\u00e9e Circan appartenait par sa grand-m\u00e8re paternelle n\u00e9e Roca \u2013 voir <em>supra<\/em> note du 29 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref70\" id=\"_ftn70\">[70]<\/a> Berthe de Guardia (Perpignan, 9 mai 1857-Perpignan, 21 mai 1943) \u00e9pousa le 19 mars 1879 \u00e0 Perpignan Charles Gout de Bize (Al\u00e9nya, ch\u00e2teau de Boa\u00e7\u00e0,&nbsp;26 mai 1850-1914), propri\u00e9taire du ch\u00e2teau et de domaine de Boa\u00e7\u00e0 \u00e0 Al\u00e9nya (aujourd\u2019hui d\u00e9truit) que sa famille avait acquis \u00e0 la famille Asprer de Boa\u00e7\u00e0 en 1834. Comme l\u2019indique ici l\u2019auteur, Mme Gout de Bize \u00e9tait cousine avec Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme, puisque sa m\u00e8re n\u00e9e Louise de R\u00e8gnes (1839-1917), fille de Pauline d\u2019Argiot de La Ferri\u00e8re, \u00e9tait petite-fille de Suzanne Lazerme, l\u2019une des s\u0153urs de son grand-p\u00e8re le d\u00e9put\u00e9 Joseph Lazerme. Il sera souvent question de la famille Gout de Bize dans ce journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref71\" id=\"_ftn71\">[71]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref72\" id=\"_ftn72\">[72]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 novembre 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref73\" id=\"_ftn73\">[73]<\/a> Dieudonn\u00e9 Sabat\u00e9, n\u00e9 en 1848 \u00e0 C\u00e9ret, notaire dans cette ville. Il avait \u00e9pous\u00e9 en 1873 \u00e0 Vin\u00e7a Marie Verges, originaire de cette ville (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref74\" id=\"_ftn74\">[74]<\/a> Fernand de Rovira (Perpignan, 19 juin 1870-29 ao\u00fbt 1951), fils d\u2019Henri de Rovira (1830-1899) et de Gabrielle Delon de Marouls (1829-1910) avait \u00e9pous\u00e9 \u00e0 Perpignan le 5 octobre 1898 Marie-Pauline Colavier d\u2019Albici (1873-1968), dont la grand-m\u00e8re paternelle, Marie-Gr\u00e2ce Boluix, \u00e9tait fille de Marie-Gr\u00e2ce Lazerme, s\u0153ur du d\u00e9put\u00e9 Joseph Lazerme, propre grand-p\u00e8re de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme. Fernand de Rovira \u00e9tait donc le cousin issu de germains par alliance de cette derni\u00e8re. Il poss\u00e9dait l\u2019important domaine des Capeillans sur la commune de Saint-Cyprien, qui sera tr\u00e8s souvent cit\u00e9 au fil de ce journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref75\" id=\"_ftn75\">[75]<\/a> N\u00e9e de Ribas. Voir <em>supra<\/em> note du 22 ao\u00fbt 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref76\" id=\"_ftn76\">[76]<\/a> Voir <em>supra<\/em> diff\u00e9rentes notes du 23 ao\u00fbt 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref77\" id=\"_ftn77\">[77]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref78\" id=\"_ftn78\">[78]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019une famille homonyme avec les Sabat\u00e9 de C\u00e9ret cit\u00e9s non loin ci-dessus. Ceux d\u2019Ille ont \u00e9t\u00e9&nbsp;pr\u00e9sent\u00e9s <em>supra<\/em> \u00e0 la note du 30 ao\u00fbt 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref79\" id=\"_ftn79\">[79]<\/a> Paul de Maynard (n\u00e9 le 17 ao\u00fbt 1873), chef d\u2019escadron de cavalerie, \u00e9tait le fils d\u2019Henri de Maynard (1838-1919) et de Marie de Vilar (1845-1874). Cette derni\u00e8re \u00e9tait la cousine issue de germains d\u2019Henri de Rovira, p\u00e8re de Fernand de Rovira&nbsp;; les deux \u00e9taient respectivement petits-fils de Louise et de Madeleine de Guanter (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref80\" id=\"_ftn80\">[80]<\/a> Il s\u2019agit bien ici de Vernet-les-Bains (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales), appel\u00e9 improprement \u00ab&nbsp;le Vernet&nbsp;\u00bb par l\u2019auteur (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref81\" id=\"_ftn81\">[81]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019Isabelle, Joseph et Pierre Cornet, tr\u00e8s souvent cit\u00e9s ici, proches cousins des Est\u00e8ve de Bosch (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref82\" id=\"_ftn82\">[82]<\/a> Les Rovira avaient particip\u00e9 au financement des nouvelles cloches de l\u2019abbaye de Saint-Martin-du-Canigou (d\u2019apr\u00e8s les souvenirs d\u2019Andr\u00e9 B\u00e9cat). Ces cloches ont \u00e9t\u00e9 fondues en 1904 par la fonderie Farnier-Bulteaux dans la Meuse. On a un aper\u00e7u de leur sonnerie dans la vid\u00e9o suivante&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=luW42ARsMyA\">https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=luW42ARsMyA<\/a> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref83\" id=\"_ftn83\">[83]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 9 septembre 1901.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref84\" id=\"_ftn84\">[84]<\/a> Th\u00e9r\u00e8se de Crozals, n\u00e9e le 24 juillet 1886 \u00e0 B\u00e9ziers, avait \u00e9pous\u00e9 le 24 novembre 1905 dans cette ville le banquier Fernand Dumas (Paris, 10 mai 1877-1927), lui-m\u00eame arri\u00e8re-petit-fils du c\u00e9l\u00e8bre homme politique et homme de lettres Fran\u00e7ois Jaubert de Passa. Ce couple d\u2019amateurs d\u2019art re\u00e7ut de nombreux cr\u00e9ateurs dans sa maison de Finestret (ancienne maison Morer, famille dont descendait l\u2019\u00e9pouse de Jaubert de Passa). Dumas fut un m\u00e9c\u00e8ne du fauvisme et du pointillisme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref85\" id=\"_ftn85\">[85]<\/a> Saint-Michel-de-Llotes, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref86\" id=\"_ftn86\">[86]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 19 ao\u00fbt 1901. Henri de Dax d\u2019Axat (n\u00e9 au ch\u00e2teau d\u2019Axat, Ari\u00e8ge, le 6 avril 1889) fils d\u2019Ernest de Dax d\u2019Axat et de Marie-Antoinette de Fr\u00e9jacques de Bar. Il sera avocat et professeur au Coll\u00e8ge des Oratoriens de Pontoise (Base de donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9alogique Roglo) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref87\" id=\"_ftn87\">[87]<\/a> Pierre Cornet se suicidera le 8 mars 1907, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 30 ans (voir <em>infra<\/em> au 8 mars 1907) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref88\" id=\"_ftn88\">[88]<\/a> Maurice d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, cousin germain de l\u2019auteur du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref89\" id=\"_ftn89\">[89]<\/a> Voir <em>supra <\/em>note du 23 septembre 1904 et <em>infra<\/em> au 8 mars 1907.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref90\" id=\"_ftn90\">[90]<\/a> Gabriel de Llobet, futur archev\u00eaque d\u2019Avignon, dont il sera abondamment question au fil du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref91\" id=\"_ftn91\">[91]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 2 septembre 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref92\" id=\"_ftn92\">[92]<\/a> Henri Talairach (n\u00e9 \u00e0 Trouillas le 29 novembre 1865), avocat, fils de Joseph Talairach et de Marie Delcros, avait \u00e9pous\u00e9 le 27 septembre 1890 \u00e0 Perpignan Marie-Th\u00e9r\u00e8se Boluix (Perpignan, 6 mai 1872-19 juin 1944), fille de Jules Boluix et de Berthe de Lacroix. Elle \u00e9tait l\u2019arri\u00e8re-petite-fille du couple Fran\u00e7ois-Xavier Boluix\/Marie-Gr\u00e2ce Lazerme dont il a souvent \u00e9t\u00e9 parl\u00e9 plus haut, voir notamment notes des 5 novembre 1901 et 6 octobre 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref93\" id=\"_ftn93\">[93]<\/a> Voir <em>infra<\/em> aux 19 et 27 octobre 1904 pour les visites ult\u00e9rieures \u00e0 Boa\u00e7\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref94\" id=\"_ftn94\">[94]<\/a> Joseph de Lazerme (1846-1922), cit\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises ici. Sa s\u0153ur Esp\u00e9rance de Lazerme (1854-1935) avait \u00e9pous\u00e9 en 1876 Gaston de Campredon (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref95\" id=\"_ftn95\">[95]<\/a> Auguste Lazerme (1825-1895), grand-p\u00e8re maternel d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref96\" id=\"_ftn96\">[96]<\/a> Act. Parc Ducup dans la banlieue de Perpignan (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref97\" id=\"_ftn97\">[97]<\/a> Il doit s\u2019agir de Joseph d\u2019Arexy (1885-1938), fils a\u00een\u00e9 de Raymond d\u2019Arexy (1856-1912) et de Th\u00e9r\u00e8se Bertran de Balanda (1856-1943), cette derni\u00e8re s\u0153ur de Jean (1853-1934) et Henri (1854-1936) Bertran de Balanda, tous deux officiers de cavalerie s\u2019\u00e9tant consacr\u00e9s \u00e0 la gestion de leurs terres (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9). La parent\u00e9 de cette famille avec les Est\u00e8ve de Bosch est tr\u00e8s lointaine (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref98\" id=\"_ftn98\">[98]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 23 ao\u00fbt 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref99\" id=\"_ftn99\">[99]<\/a> La parent\u00e9 avec les Lazerme a \u00e9t\u00e9 d\u00e9taill\u00e9e plus haut (23 ao\u00fbt 1904). En ce qui concerne les Est\u00e8ve, cette parent\u00e9 cette faisait par le p\u00e8re de Berthe Gout de Bize n\u00e9e de Guardia. Ce dernier, Auguste de Guardia (1833-1891), \u00e9tait le fils de Rose Calm\u00e8tes, cette derni\u00e8re petite-fille, par sa m\u00e8re n\u00e9e Rose Vall\u00e8s, de Th\u00e9r\u00e8se Est\u00e8ve, propre s\u0153ur de Fran\u00e7ois-Xavier Est\u00e8ve Simon, p\u00e8re du colonel Est\u00e8ve, grand-p\u00e8re de l\u2019auteur du pr\u00e9sent journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref100\" id=\"_ftn100\">[100]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 12 mars 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref101\" id=\"_ftn101\">[101]<\/a> Louise Caroline Alengry (n\u00e9e le 4 juin 1847 \u00e0 Narbonne), mari\u00e9e le 2 f\u00e9vrier 1870 \u00e0 Perpignan avec Jean de la Croix Passama (1841-1906), officer de marine, pr\u00e9sident du Comit\u00e9 royaliste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales. Ils eurent deux fils&nbsp;: Henri (1881-1975) et Jacques (1883-1965) Passama (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref102\" id=\"_ftn102\">[102]<\/a> Carlos de Lazerme, sa m\u00e8re Marie-H\u00e9l\u00e8ne de Lazerme n\u00e9e Pougeard du Limbert, sa s\u0153ur Marthe de Lazerme et son fr\u00e8re Jacques de Lazerme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref103\" id=\"_ftn103\">[103]<\/a> Il s\u2019agit de Gabrielle Guiraud de Saint-Marsal (1827-1917), mari\u00e9e en 1851 \u00e0 Raymond de \u00c7agarriga, m\u00e8re d\u2019Henri (1855-1939) et Albert (1861-1911) de \u00c7agarriga. Cette famille r\u00e9sidait notamment dans une demeure construite par l\u2019architecte Viggo Dorph Petersen, situ\u00e9e \u00e0 Saint-G\u00e9nis-des-Fontaines (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales), aujourd\u2019hui Lyc\u00e9e Agricole, d\u2019o\u00f9 la d\u00e9signation de cette branche cadette comme \u00ab&nbsp;\u00c7agarriga de Saint-G\u00e9nis&nbsp;\u00bb. Raymond de \u00c7agarriga \u00e9tait le fr\u00e8re cadet de Gaspard de \u00c7agarriga, dont la descendance, fix\u00e9e \u00e0 Millas, est cit\u00e9e ci-dessus comme \u00ab&nbsp;les \u00c7agarriga de Millas&nbsp;\u00bb, et dont il sera question plus loin (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref104\" id=\"_ftn104\">[104]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 4 novembre 1904. Raymond de \u00c7agarriga (1845-1927) fils de Gaspard de \u00c7agarriga et de Perp\u00e9tue de Lluci\u00e0 (cette derni\u00e8re s\u0153ur de Louise de Lluci\u00e0, mari\u00e9e \u00e0 Jean-Baptiste de Rovira, propre grand-m\u00e8re de Fernand de Rovira), ing\u00e9nieur des constructions navales, avait \u00e9pous\u00e9 en 1881 une Bretonne, Jeanne de Ploe\u00fcc, d\u2019o\u00f9 trois filles, Madeleine (n\u00e9e en 1882), Marthe (n\u00e9e en 1883) et Jeanne (n\u00e9e en 1889) de \u00c7agarriga. Il avait une s\u0153ur Marie de \u00c7agarriga (1850-1920), mari\u00e9e en 1872 au comte Augustin de Gironde, sans descendance (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref105\" id=\"_ftn105\">[105]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 4 novembre 1904.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref106\" id=\"_ftn106\">[106]<\/a> Raoul Moullart de Vilmarest (Ecuires, Pas-de-Calais, 23 ao\u00fbt 1843-Argel\u00e8s-sur-Mer, 2 janvier 1927) mari\u00e9 le 11 juillet 1871 \u00e0 Saint-Omer (Pas-de-Calais) avec Laure Renard de Saint-Malo (Paris, 12 f\u00e9vrier 1848-Argel\u00e8s-sur-Mer, 15 septembre 1919). Les Renard de Saint-Malo sont une ancienne famille du Roussillon. Le p\u00e8re de Mme de Vilmarest, Philippe Renard de Saint-Malo (1813-1883), avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9put\u00e9 du Pas-de-Calais \u00e0 la suite de son mariage avec une demoiselle Moullart de Torcy. Son grand-p\u00e8re, Jean-Baptiste Renard de Saint-Malo (1780-1854), est l\u2019auteur d\u2019ouvrages historiques sur le Roussillon. Cette famille poss\u00e9dait, entre autres, une villa appel\u00e9e&nbsp;\u00ab&nbsp;Saint-Malo&nbsp;\u00bb \u00e0 Argel\u00e8s-sur-Mer, dont il est sans doute question ici. Raoul et Laure de Vilmarest eurent trois enfants&nbsp;: Marguerite, n\u00e9e en 1873, Jacques, n\u00e9 en 1887, et Germaine, n\u00e9e en 1884 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref107\" id=\"_ftn107\">[107]<\/a> Il n\u2019est pas clairement dit s\u2019il s\u2019agit de Mme de \u00c7agarriga n\u00e9e Gabrielle Guiraud de Saint-Marsal (1827-1917), veuve de Raymond de \u00c7agarriga et m\u00e8re d\u2019Henri (capitaine d\u2019infanterie) et Albert, r\u00e9sidant \u00e0 Saint-G\u00e9nis-des-Fontaines, dont il s\u2019agit d\u2019ici, ou de l\u2019\u00e9pouse d\u2019Henri, n\u00e9e Marie Az\u00e9mar (1865-1917) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Janvier 1904 Semaine du 1er au 3 janvier 1904 Angers, vendredi 1er janvier 1904 Je vais faire la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. \u00c0 midi, les Magu\u00e9 viennent d\u00e9jeuner avec nous&nbsp;; nous nous faisons de mutuels cadeaux. Une lettre de Papa nous annonce que son arriv\u00e9e n\u2019aura lieu que lundi soir. &hellip; <a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/02\/10\/1904\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">1904<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-236","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-intime-dantoine-desteve-de-bosch"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=236"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":580,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/236\/revisions\/580"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=236"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=236"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=236"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}