{"id":295,"date":"2026-02-27T19:50:18","date_gmt":"2026-02-27T19:50:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/?p=295"},"modified":"2026-06-05T10:06:09","modified_gmt":"2026-06-05T10:06:09","slug":"1905","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/02\/27\/1905\/","title":{"rendered":"1905"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janvier 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> janvier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, dimanche 1<sup>er<\/sup> janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 10h \u00bd \u00e0 Saint-Pierre-du-Gros-Caillou par un froid de -5\u00b0&nbsp;; ensuite, je vais voir Roussier 153 bd Saint-Germain, il est \u00e0 Angers&nbsp;; je vais prendre des nouvelles de l\u2019oncle Albert<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, Tante Jeanne, que je vois un instant, me dit qu\u2019il a eu hier une crise et je vais voir Carlos<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> dont Tante Jeanne m\u2019a indiqu\u00e9 l\u2019adresse (H\u00f4tel de Bourgogne), je ne le rencontre pas. L\u2019apr\u00e8s-midi, avec Xavier et Margot<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, je vais attendre Papa \u00e0 Saint-Lazare, je l\u2019accompagne \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Fran\u00e7ais&nbsp;; puis je vais voir les \u00c7agarriga<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, que je rencontre et qui nous invitent \u00e0 d\u00eener mercredi&nbsp;; Tante de Roig qui est \u00e0 Bordeaux chez Mme de Fouquet, sa fille<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>&nbsp;; et enfin son fils M. Charles de Roig dont je fais la connaissance. Les Civelli ont M. Paul de Guardia<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> \u00e0 d\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 janvier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, lundi 2 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne et je fais quelques commissions avec Papa&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec Papa&nbsp;; tout \u00e0 coup, pr\u00e8s de Notre-Dame, je lis en manchette dans <em>La Patrie<\/em>&nbsp;: \u00ab&nbsp;La reddition de Port-Arthur&nbsp;\u00bb&nbsp;; je saute sur le journal et je vois que la triste nouvelle est exacte&nbsp;; le h\u00e9ros Staessel et ses Spartiates, apr\u00e8s 7 mois d\u2019une lutte surhumaine qui a co\u00fbt\u00e9 fort cher aux Japonais, a demand\u00e9 hier soir \u00e0 9 heures \u00e0 capituler, faute de combattants, de vivres et de munitions&nbsp;; c\u2019\u00e9tait in\u00e9vitable puisque Kouropatkine ne pouvait pas d\u00e9bloquer la place, mais c\u2019est bien triste&nbsp;! Je vais voir Carlos, que je ne rencontre pas encore mais \u00e0 qui je fixe un rendez-vous pour demain, et Joseph Cornet qui est ici mais que je ne rencontre pas chez lui. Nous d\u00eenons au Grand Duval et nous allons au Fran\u00e7ais voir jouer <em>Notre jeunesse<\/em>, nouvelle pi\u00e8ce de Maurice Donnay, qui contient quelques id\u00e9es et qui est fort bien jou\u00e9e&nbsp;; Coquelin cadet jouait un des principaux r\u00f4les.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Coquelin_Cadet.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"791\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Coquelin_Cadet.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-299\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Coquelin_Cadet.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Coquelin_Cadet-190x300.jpg 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Alexandre Honor\u00e9 Ernest Coquelin dit Coquelin Cadet (1848-1909), acteur et \u00e9crivain fran\u00e7ais \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mardi 3 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, par un froid tr\u00e8s vif et quelques flocons de neige, je vais chez le P. Barbier (10 rue Amp\u00e8re) qui m\u2019attendait vers 10h \u00bc ou 10h \u00bd, \u00e0 cause du d\u00e9part pour Versailles j\u2019y vais \u00e0 10 heures et je ne le rencontre pas. \u00c0 10h55, je pars pour Versailles \u00e0 la gare Saint-Lazare et, en arrivant, je retrouve Papa chez Mme Salmon chez qui nous d\u00e9jeunons. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous allons un moment au ch\u00e2teau que je revois avec plaisir et fiert\u00e9&nbsp;; l\u00e0 oui on sent revivre la vraie France&nbsp;! Je repars \u00e0 4 \u00bc et, \u00e0 5h \u00bd, je vais trouver Carlos \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Bourgogne&nbsp;; nous causons une heure ensemble&nbsp;; puis je rentre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mercredi 4 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais de nouveau voir Carlos, nous sortons ensemble. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa chez M. Le Marois<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a> que nous ne rencontrons pas et prendre des nouvelles de l\u2019oncle Albert, puis je vais chez le P. Barbier que je vois enfin&nbsp;; il habite un petit pavillon d\u00e9pendant de l\u2019h\u00f4tel de Mme de Cassagnac, il m\u2019explique que <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em>, sous la direction des deux fils Cassagnac (MM. Paul et Guy) est d\u00e9sormais un journal \u00ab&nbsp;d\u2019Union conservatrice&nbsp;\u00bb&nbsp;; le royaliste Delahaye conseille les fils Cassagnac&nbsp;; je crois que le P. Barbier les conseille aussi. Je raconte au P. Barbier ce qui se passait \u00e0 Angers la semaine derni\u00e8re. Je vais me confesser \u00e0 Saint-Augustin. \u00c0 7h, nous allons d\u00eener chez les \u00c7agarriga qui sont magnifiquement install\u00e9s. Ils ont aussi \u00e0 d\u00eener un cousin et une cousine de Mme de \u00c7agarriga<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, le vicomte et la vicomtesse de Boihury (je crois), leurs enfants et le cur\u00e9 de Saint-M\u00e9dard, l\u2019abb\u00e9 Sicart&nbsp;; nous rentrons \u00e0 11 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, jeudi 5 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Montmartre avec Papa, je fais la sainte communion dans la basilique du V\u0153u national&nbsp;; ensuite, nous faisons quelques commissions puis nous allons louer nos places \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra-Comique pour ce soir. Nous rentrons tr\u00e8s tard chez Tata Mimi et nous y trouvons Joseph Cornet qui y d\u00e9jeune. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je fais mes adieux aux Civelli, puis je vais avec Papa revoir les Invalides&nbsp;; ensuite, je vais voir l\u2019oncle Hector quai des C\u00e9lestins, je ne le rencontre pas. Je retrouve Xavier au Louvre et nous allons ensemble chez Piccot&nbsp;; celui-ci n\u2019y est pas, mais sa concierge nous dit que samedi il est rentr\u00e9 tr\u00e8s excit\u00e9, en chantant, et une de ses \u00e9l\u00e8ves, charmante jeune fille, nous raconte qu\u2019il l\u2019a embrass\u00e9e sur le boulevard o\u00f9 il l\u2019a rencontr\u00e9e&nbsp;; pauvre malheureux&nbsp;! Nous d\u00eenons au Duval et nous allons voir jouer \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra Comique <em>Le Vaisseau fant\u00f4me<\/em>, le fameux op\u00e9ra de Wagner, que je suis enchant\u00e9 de conna\u00eetre&nbsp;; la musique est grandiose, c\u2019est grand, presque \u00e9crasant, et admirablement jou\u00e9&nbsp;; l\u2019action est tr\u00e8s simple, mais a aussi un cachet de grandeur qui pla\u00eet&nbsp;; par exemple, c\u2019est un peu nuageux, c\u2019est allemand&nbsp;! Dans les couloirs, nous rencontrons les Brisson. Nous rentrons \u00e0 minuit \u00bd et je fais ma malle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 6 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 la gare Montparnasse \u00e0 9 heures par le rapide, Xavier vient me faire ses adieux \u00e0 la gare&nbsp;; je suis navr\u00e9 de quitter d\u00e9j\u00e0 Paris qui est si agr\u00e9able \u00e0 cette \u00e9poque de l\u2019ann\u00e9e, mais il faut bien rentrer, j\u2019ai un cours dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Je d\u00e9jeune vite au buffet du Mans et j\u2019arrive \u00e0 Angers \u00e0 1h \u00be&nbsp;; \u00e0 4 heures moins le quart, cours de M. Gavouy\u00e8re. Papa, qui est parti \u00e0 4h de la gare du Quai d\u2019Orsay, arrive \u00e0 9h \u00bd par Tours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 7 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve fort tard pour t\u00e2cher de rattraper l\u2019arri\u00e9r\u00e9 de sommeil de ces jours-ci. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Lucas et Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; je rencontre dans la rue Jean Gavouy\u00e8re et je me prom\u00e8ne longtemps avec lui&nbsp;; \u00e0 5 heures, cours de M. Courtois&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 8 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je me prom\u00e8ne un moment avec Philom\u00e8ne, puis nous allons \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 c\u2019est l\u2019Adoration&nbsp;; ensuite, je vais \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 o\u00f9 600 \u00e0 800 hommes d\u2019\u0153uvres offrent leurs v\u0153ux \u00e0 Monseigneur \u00e0 l\u2019occasion du Nouvel An. M. Frog\u00e9 prononce un discours, Sa Grandeur lui r\u00e9pond longuement, insistant sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour les Catholiques de lutter et de s\u2019unir sur le terrain catholique. Ensuite, je vais voir les P\u00e8res Lionnet et Corbill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 janvier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 9 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques courses. L\u2019apr\u00e8s-midi, je commence une s\u00e9rie de visites indispensables, qui durera toute la semaine&nbsp;; j\u2019en fais 10 aujourd\u2019hui&nbsp;: Gavouy\u00e8re, Follenfant, Mongazon, Des Loges, Blanc, De Chappedelaine, Normand d\u2019Authon, Frog\u00e9 etc.&nbsp;; c\u2019est insupportable, mais il faut le faire. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;: travail assez vague de Gaudineau sur le patrimoine familial.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 10 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je continue mes visites, j\u2019en fais cinq. Je vois un moment, \u00e0 l\u2019Internat, Roger de Br\u00e9on qui y est pour 2 jours&nbsp;; il est bien triste de la r\u00e9cente mort de son p\u00e8re&nbsp;; et il est forc\u00e9 de le remplacer sur ses terres, et, par cons\u00e9quent, de quitter l\u2019Universit\u00e9. Le soir, j\u2019apprends qu\u2019\u00e0 la Chambre, M. Doumer, ennemi personnel de Combes, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident de la Chambre contre le pr\u00e9sident sortant le F:. Brisson, soutenu par Combes, \u00e0 25 voix de majorit\u00e9&nbsp;; serait-ce le signal de la prochaine chute du minist\u00e8re, M. L\u00e9opold Fabre aurait-il vu juste&nbsp;? Je serais enchant\u00e9 de voir Combes et sa bande ignoble par terre sans me faire l\u2019illusion que cela changerait quelque chose \u00e0 la situation&nbsp;; il faudrait un changement plus radical pour nous sauver.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Doumer_Pirou_1905.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"451\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Doumer_Pirou_1905.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-300\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Doumer_Pirou_1905.jpg 330w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Doumer_Pirou_1905-220x300.jpg 220w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Paul Doumer (1857-1932), pr\u00e9sident de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s de 1905 \u00e0 1906, futur pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, clich\u00e9 par Eug\u00e8ne Pirou vers 1905 &nbsp;\u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 11 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je continue mes visites&nbsp;; j\u2019en fais 6 dont 2 par carte&nbsp;: Mgr Pasquier, les Regnard, Coulbault, Perrin, De La Villebiot, De Soos.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 12 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Mmes Robiou du Pont, de Padirac, Mailfert et le cur\u00e9 de Saint-Serge&nbsp;; les 2 derni\u00e8res visites par carte. \u00c0 5h, Conf\u00e9rence Freppel chez Pierre de La Morini\u00e8re&nbsp;; on y traite \u00ab&nbsp;De l\u2019\u00e9galit\u00e9&nbsp;\u00bb, toujours \u00e0 propos de la D\u00e9claration des droits de l\u2019Homme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 13 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il \u00e9clate aujourd\u2019hui un scandale \u00e9norme&nbsp;; M. Guyot de Villeneuve ne publie qu\u2019une \u00ab&nbsp;fiche&nbsp;\u00bb de d\u00e9lation&nbsp;; mais elle est de taille&nbsp;; c\u2019est la lettre du g\u00e9n\u00e9ral Peign\u00e9, commandant du 9<sup>e<\/sup> corps \u00e0 Tours et membre du Conseil sup\u00e9rieur de guerre, au F:. Vad\u00e9card, lettre du 29 ao\u00fbt dernier, dans laquelle Peign\u00e9, en rendant compte \u00e0 Vad\u00e9card de certaines mesures qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 prises contre des officiers cl\u00e9ricaux, remercie la Ma\u00e7onnerie de l\u2019assistance qu\u2019elle lui pr\u00eate dans l\u2019\u0153uvre de d\u00e9cl\u00e9ricalisation du 9<sup>e<\/sup> corps qu\u2019il a entreprise. Le g\u00e9n\u00e9ral ne peut pas nier&nbsp;; les journaux de l\u2019opposition publient le fac-simil\u00e9 de sa lettre&nbsp;; c\u2019est un scandale sans pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;; je savais que Peign\u00e9 \u00e9tait un de nos g\u00e9n\u00e9raux les plus dreyfusards, les plus d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 notre gouvernement de trahison, mais je n\u2019aurais pas cru un g\u00e9n\u00e9ral commandant un corps d\u2019Arm\u00e9e capable de s\u2019abaisser au vil m\u00e9tier de mouchard et de d\u00e9lateur. Il me semble que sa situation dans l\u2019Arm\u00e9e n\u2019est plus possible d\u00e9sormais, et il faudra bien, co\u00fbte que co\u00fbte, que le ministre de la Guerre, Berteaux ou celui qui le remplacera, dise clairement s\u2019il entend couvrir une casserole digne de tous les m\u00e9pris et maintenir un mouchard dans une des plus hautes situations de l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise. Peign\u00e9 est tout d\u00e9sign\u00e9 aux justes coups du Conseil de l\u2019Ordre de la L\u00e9gion d\u2019Honneur qui, malgr\u00e9 Combes, et sous la pression de l\u2019importante p\u00e9tition de milliers de l\u00e9gionnaires, commence la s\u00e9rie de ses mesures contre les l\u00e9gionnaires d\u00e9lateurs. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au cours de M. Gavouy\u00e8re&nbsp;; puis visite \u00e0 Mme de Kergos. Maman se sent prise de la grippe qui fait en ce moment de tr\u00e8s nombreuses victimes \u00e0 Angers. Moi, j\u2019attrape un rhume de cerveau.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/CFP-2_General_Peigne_2_cropped.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"339\" height=\"464\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/CFP-2_General_Peigne_2_cropped.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-301\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/CFP-2_General_Peigne_2_cropped.jpg 339w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/CFP-2_General_Peigne_2_cropped-219x300.jpg 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 339px) 100vw, 339px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Paul Peign\u00e9 (1841-1919), g\u00e9n\u00e9ral de division et franc-ma\u00e7on &nbsp;\u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 14 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je lis et travaille dans la maison&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser, faire deux visites (Mmes Lelong et Henry), et au cours de M. Courtois. Maman passe la journ\u00e9e dans son lit. Le minist\u00e8re n\u2019est pas encore \u00e0 bas&nbsp;; la discussion sur la politique g\u00e9n\u00e9rale continue aujourd\u2019hui. Marie-Th\u00e9r\u00e8se arrive \u00e0 5 heures pour longtemps&nbsp;; Max viendra la rejoindre dans quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 15 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 8h \u00e0 Notre-Dame. Le minist\u00e8re a eu 6 voix de majorit\u00e9, c\u2019est-\u00e0-\u00e0-dire en r\u00e9alit\u00e9 2 de minorit\u00e9, car 8 ministres d\u00e9put\u00e9s ont vot\u00e9. Pendant le vote, le vaillant d\u00e9put\u00e9 royaliste de la Vend\u00e9e, M. de Baudry d\u2019Asson, a synth\u00e9tis\u00e9 dans un geste le r\u00e9gime actuel&nbsp;; saisissant une \u00e9norme casserole de cuivre, il en a couvert le chef de Combes, ce qui a fait dire \u00e0 un autre d\u00e9put\u00e9 s\u2019adressant \u00e0 Combes&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;M. de Baudry d\u2019Asson vous a couronn\u00e9 roi des Casseroles&nbsp;\u00bb<\/em>. On ne pouvait dire mieux au lendemain de la lettre du g\u00e9n\u00e9ral Peign\u00e9 et alors que le ministre de la Guerre a d\u00e9clar\u00e9 <em>\u00ab&nbsp;qu\u2019il ne sacrifierait pas le g\u00e9n\u00e9ral Peign\u00e9 \u00e0 la haine des nationalistes&nbsp;\u00bb<\/em>. Tout le monde, Jaur\u00e8s lui-m\u00eame, s\u2019accorde \u00e0 dire que le minist\u00e8re ne peut plus rester au pouvoir, qu\u2019il va s\u2019en aller. C\u2019est parfait, mais qui aura-t-on \u00e0 la place&nbsp;? Si tout le changement consiste \u00e0 renvoyer les hommes et \u00e0 conserver le programme, ce n\u2019est pas la peine&nbsp;! C\u2019est tout juste si on aura un peu d\u00e9crass\u00e9 et peign\u00e9 Marianne&nbsp;! L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais, au Cirque-Th\u00e9\u00e2tre, \u00e0 un tr\u00e8s beau concert tout entier consacr\u00e9 aux \u0153uvres de Wagner&nbsp;: on jour les 3 pr\u00e9ludes de Lohengrin, Tristan et Parsifal&nbsp;; j\u2019ouverture, la bacchanale et la marche de Tannhauser&nbsp;; l\u2019ouverture des Ma\u00eetres-chanteurs etc.&nbsp;; tout cela ex\u00e9cut\u00e9 par un orchestre de plus de 60 ex\u00e9cutants est d\u2019un effet saisissant&nbsp;; de plus, une cantatrice russe tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre, Mme Felia Litvinne, chante accompagn\u00e9e par l\u2019orchestre plusieurs morceaux notamment \u00ab&nbsp;Le r\u00eave d\u2019Elsa&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019est splendide. Apr\u00e8s le concert, je fais quelques visites&nbsp;; le bruit se r\u00e9pand de plus en plus que le minist\u00e8re va d\u00e9missionner. Le soir, j\u2019accompagne Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philom\u00e8ne prendre le th\u00e9 chez Mme Mongazon<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>&nbsp;; il y a, avec nous, les Diard et les Dauge.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Monde_illustre_LNC.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"718\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Monde_illustre_LNC-718x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-302\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Monde_illustre_LNC-718x1024.jpg 718w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Monde_illustre_LNC-210x300.jpg 210w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Monde_illustre_LNC-768x1096.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Le_Monde_illustre_LNC.jpg 806w\" sizes=\"auto, (max-width: 718px) 100vw, 718px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Couverture du <em>Monde illustr\u00e9<\/em> du 21 janvier 1905 sur l&rsquo;\u00e9pisode de la casserole branche \u00e0 la Chambre par le marquis de Baudry d&rsquo;Asson, d\u00e9put\u00e9 de la Vend\u00e9e<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 janvier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 16 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman est toujours gripp\u00e9e et continue \u00e0 garder le lit&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir, sans la rencontre, Mme du Plessis, puis le P. V\u00e9tillart qui me retient 1h \u00bc \u00e0 causer des affaires de la Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; il fait son possible pour m\u2019amener \u00e0 partager son avis qu\u2019on a eu raison de mettre hors la loi tous les royalistes, et que l\u2019A.C.J.F. peut, sans faire de politique, laisser jouer la Marseillaise, par exemple&nbsp;; mais il n\u2019y r\u00e9ussit pas&nbsp;; je discute pied \u00e0 pied, pendant plus d\u2019une heure. Le soir, \u00e0 cause de la maladie de Maman, nous n\u2019allons pas au concert de la Croix-Rouge aux Quinconces.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 17 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman garde toujours le lit&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Courtois. Il est certain, \u00e0 pr\u00e9sent, que le minist\u00e8re d\u00e9missionne&nbsp;; on parle, pour le remplacer, d\u2019une combinaison Rouvier-Millerand&nbsp;; tout cela n\u2019aboutira \u00e0 rien, pas m\u00eame au plus l\u00e9ger recul si les socialistes gardent dans la majorit\u00e9 la place qu\u2019on leur a faite depuis 6 ans&nbsp;; pour qu\u2019il y ait un semblant d\u2019apaisement, il faudrait un minist\u00e8re s\u2019appuyant sur les Centres, et encore&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 18 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman a pass\u00e9 une nuit tr\u00e8s agit\u00e9e&nbsp;; elle ne se l\u00e8vera pas encore. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 ma le\u00e7on de chant \u00e0 laquelle je fais assister Philom\u00e8ne afin qu\u2019elle apprenne \u00e0 bien m\u2019accompagner&nbsp;; ensuite, je vais voir M. Lavall\u00e9e que je ne rencontre pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 19 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman va mieux mais garde encore aujourd\u2019hui le lit. Je vais avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se chez les Padirac&nbsp;; \u00e0 5h, je re\u00e7ois la Conf\u00e9rence Freppel qui se r\u00e9unit aujourd\u2019hui ici&nbsp;; travail critique de Lucas sur l\u2019article de M. Piou dans le <em>Correspondant<\/em> du 10 octobre, article dans lequel le pr\u00e9sident de l\u2019Action lib\u00e9rale somme (de quel droit&nbsp;?) tous les Catholiques d\u2019abandonner toute ambition politique et de se grouper pour l\u2019action uniquement \u00e9lectorale sur le terrain constitutionnel&nbsp;; l\u2019orateur rend d\u2019ailleurs hommage aux services que rendent M. Piou et sa puissante association, en groupant tant de bonnes volont\u00e9s \u00e9parses. M. Combes, avant de s\u2019en aller, a lanc\u00e9 sur les Catholiques la fl\u00e8che du Parthe sous la forme d\u2019un d\u00e9cret qui ferme dans un d\u00e9lai de 8 mois 466 \u00e9tablissement d\u2019enseignement congr\u00e9ganistes en vertu de la loi du 7 juillet dernier. Ainsi, ce sc\u00e9l\u00e9rat se sera montr\u00e9 tyrannique jusqu\u2019au bout&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"472\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-303\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted.jpg 330w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted-210x300.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jacques Piou (1838-1932), d\u00e9put\u00e9 de Haute-Garonne puis de Loz\u00e8re, fondateur avec Albert de Mun de l&rsquo;Action lib\u00e9rale populaire \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 20 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman se l\u00e8ve un peu dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Le matin, je vais chez M. Saint-Maur m\u2019entendre avec lui pour les dates et heures de ses cours de droit constitutionnel compar\u00e9 qui vont commencer. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me fais couper les cheveux, puis je vais au cours de M. Gavouy\u00e8re qui n\u2019a pas lieu, M. Gavouy\u00e8re \u00e9tant malade. Je lis dans <em>La Libre parole<\/em> la fiche de l\u2019oncle Xavier&nbsp;; elle est envoy\u00e9e par un nomm\u00e9 Dupr\u00e9 F:. et directeur du <em>Petit m\u00e9ridional<\/em> de B\u00e9ziers&nbsp;; elle est horriblement mensong\u00e8re&nbsp;; il y est dit que l\u2019oncle Xavier affiche \u00e0 Verdun des tendances r\u00e9publicaines et qu\u2019\u00e0 Pia, o\u00f9 sont ses propri\u00e9t\u00e9s, il se montre r\u00e9actionnaire militant. C\u2019est un double mensonge. \u00c0 Verdun, j\u2019ai vu l\u2019oncle Xavier assister en uniforme au service pour L\u00e9on XIII&nbsp;; venir d\u2019autres fois aux offices religieux en uniforme&nbsp;; je sais qu\u2019il pavoise pour le passage de la procession de la F\u00eate-Dieu, qu\u2019il est en relations avec l\u2019\u00e9v\u00eaque de Verdun etc.&nbsp;; si ce sont l\u00e0 des opinions r\u00e9publicaines, les mots changent de sens&nbsp;! Quant \u00e0 la seconde partie de cette immonde fiche, elle n\u2019est pas moins mensong\u00e8re&nbsp;; l\u2019oncle Xavier, sans rien cacher de ses opinions r\u00e9actionnaires, n\u2019a jamais fait, ni \u00e0 Pia ni ailleurs, de la politique militante, sa situation dans l\u2019Arm\u00e9e lui commandant une grande r\u00e9serve. Peut-\u00eatre son g\u00e9rant de Pia, qui est un ardent royaliste, s\u2019est-il quelquefois avanc\u00e9 un peu imprudemment&nbsp;; mais ce n\u2019est pas de la faute de l\u2019oncle Xavier. Donc, mensonge sur tout la ligne MM. les francs(?)-ma\u00e7ons&nbsp;! Le soir, aux Quinconces, concert de M. et Mme Botrel&nbsp;; j\u2019y accompagne Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"780\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-780x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-309\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-780x1024.jpeg 780w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-229x300.jpeg 229w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-768x1008.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-1171x1536.jpeg 1171w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-1561x2048.jpeg 1561w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/La_Libre_parole___dir_._bpt6k16612379_1-3-scaled.jpeg 1951w\" sizes=\"auto, (max-width: 780px) 100vw, 780px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Premi\u00e8re page de <em>La Libre parole<\/em> du 20 janvier 1905 (en bas de page, la fiche du colonel Est\u00e8ve) &nbsp;\u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 21 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la matin\u00e9e, je vais voir Jacques Herv\u00e9-Bazin qui me montre des prospectus de propagande de la ligue \u00ab&nbsp;La Voie&nbsp;\u00bb qui a pour but de f\u00e9d\u00e9rer toutes les ligues ou associations catholiques, qu\u2019elles fassent ou non de la politique, et en leur laissant la plus extr\u00eame libert\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019entends avec M. Baugas sur le titre du sujet de th\u00e8se que je vais pr\u00e9senter \u00e0 Caen&nbsp;; ce sera \u00ab&nbsp;De la n\u00e9cessit\u00e9 sociale du repos du dimanche&nbsp;\u00bb. Ensuite, je vais voir le P. Lionet que je ne rencontre pas&nbsp;; \u00e0 5h, cours de M. Courtois. Quand je rentre \u00e0 la maison, j\u2019y trouve Max qui est arriv\u00e9 \u00e0 5 heures. Marie-Th\u00e9r\u00e8se et moi allons d\u00eener chez Mme Blanc&nbsp;: superbe d\u00eener, 14 convives&nbsp;; ce sont les 3 dames Blanc, nous deux, M. et Mme Quinchez, M. et Mme Robiou du Pont, la g\u00e9n\u00e9rale Bertrand, la vicomtesse de Kermainguy, Mme Lafourcade, Mlle de Jourdan et une demoiselle anglaise amie de Mme Quinchez&nbsp;; je donne le bras \u00e0 Mme de Kermainguy&nbsp;; nous nous retirons \u00e0 10h \u00bd apr\u00e8s le th\u00e9. On nous parle beaucoup de la fiche de l\u2019oncle Xavier qui a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 22 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; je vais voir ensuite le P. Lionet que je rencontre enfin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez Jacques Herv\u00e9-Bazin (aff. \u00e0 O.T. \u00e9c.)<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>.&nbsp;Je fais ensuite quelques visites, puis je vais \u00e0 Saint-Joseph et je rentre&nbsp;; j\u2019ai la visite de Jacques des Loges. Maman va bien mieux&nbsp;; elle passe l\u2019apr\u00e8s-midi au petit salon.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 janvier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 23 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, on est terrifi\u00e9 par les \u00e9pouvantables nouvelles qui arrivent de Saint-P\u00e9tersbourg&nbsp;; la journ\u00e9e d\u2019hier a \u00e9t\u00e9 une journ\u00e9e de sang, de massacres, de r\u00e9volution&nbsp;; une gr\u00e8ve, chang\u00e9e par quelques meneurs, dont un pope, le nomm\u00e9 Gapony, en mouvement politique, a \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de tout cela&nbsp;; le tsar a peut-\u00eatre eu le tort de ne pas faire de diff\u00e9rence entre les revendications politiques et les revendications \u00e9conomiques, et mal conseill\u00e9, a refus\u00e9 de recevoir une d\u00e9l\u00e9gation de gr\u00e9vistes&nbsp;; les ouvriers, furieux, ont tent\u00e9 de se pr\u00e9cipiter sur le Palais, d\u2019enfoncer les cordons de troupes, et la troupe a charg\u00e9 et tir\u00e9, et le sang a coul\u00e9 \u00e0 flots dans les rues de la capitale, rougissant la neige. On parle de 2000 morts et 5000 bless\u00e9s, il doit y avoir \u00e9videmment de l\u2019exag\u00e9ration dans ces chiffres&nbsp;; mais quel effroyable malheur&nbsp;! Et sait-on o\u00f9 s\u2019arr\u00eatera ce mouvement qu\u2019on pressentait depuis plusieurs mois et que les \u00e9checs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s de l\u2019Arm\u00e9e russe en Extr\u00eame-Orient ont pr\u00e9cipit\u00e9&nbsp;! N\u00e9anmoins Nicolas II ne para\u00eet pas d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se laisser ravir toutes ses pr\u00e9rogatives comme Louis XVI. Le tout est de savoir s\u2019il peut compter sur l\u2019Arm\u00e9e. Mais vraiment, les r\u00e9volutionnaires font preuve d\u2019un bien grand manque de patriotisme&nbsp;! Profiter d\u2019une crise ext\u00e9rieure si grave pour venir \u00e0 bout de laquelle la Russie a besoin de toutes ses ressources, pour faire une r\u00e9volution, ce n\u2019est pas g\u00e9n\u00e9reux&nbsp;! Nous devons tous souhaiter que l\u2019empereur triomphe au-dedans et au dehors et que, une fois le calme r\u00e9tabli, il examine avec attention les besoins de son peuple et lui accorde les r\u00e9formes n\u00e9cessaires. Tout le monde commente les nouvelles de Russie. Je fais deux visites de digestion&nbsp;: \u00e0 Mme Mongazon et \u00e0 Mme Blanc. Le soir, avec Papa et Max, je d\u00eene chez M. Gavouy\u00e8re qui r\u00e9unit un grand nombre de professeurs&nbsp;; tous les invit\u00e9s sont des professeurs sauf Jacques Herv\u00e9, max et moi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bloody_sunday.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"600\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bloody_sunday.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-310\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bloody_sunday.jpg 800w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bloody_sunday-300x225.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bloody_sunday-768x576.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Manifestants allant vers le Palais d&rsquo;Hiver \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg en janvier 1905 \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 24 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais apporter \u00e0 Jacques Herv\u00e9-Bazin mon adh\u00e9sion et celle de Papa au congr\u00e8s de \u00ab&nbsp;La Voie&nbsp;\u00bb qui aura lieu \u00e0 Tours vendredi, samedi et dimanche&nbsp;; j\u2019arriverai samedi \u00e0 2h et Papa dimanche. Les nouvelles de Russie sont toujours tr\u00e8s graves&nbsp;: un r\u00e9giment aurait refus\u00e9 de marcher contre l\u2019\u00e9meute. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Courtois et Saint-Maur&nbsp;; \u00e0 5h, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes pour la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois depuis ma rentr\u00e9e \u00e0 Angers. Le soir, congr\u00e9gation. Les \u00e9v\u00e9nements de Russie pr\u00e9cipitent tant l\u2019opinion qu\u2019on en oublie presque la constitution du nouveau minist\u00e8re qui est, aujourd\u2019hui, chose faite&nbsp;: Rouvier est pr\u00e9sident du Conseil et garde les Finances, \u00c9tienne \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, Delcass\u00e9 l\u2019ind\u00e9racinable garde les Affaires \u00e9trang\u00e8res, Bertrand la guerre, Thompson (juif) est \u00e0 la Marine, Chaumi\u00e9 passe de l\u2019Instruction publique \u00e0 la Justice, etc.&nbsp;; il n\u2019y a pas grande diff\u00e9rence entre ce cabinet et le pr\u00e9c\u00e9dent&nbsp;; le programme sera le m\u00eame, et on n\u2019y aurait gagn\u00e9 que la satisfaction d\u2019\u00eatre d\u00e9barrass\u00e9 de Combes et de Pelletan. Tant il est vrai que tout retour aux id\u00e9es d\u2019ordre est impossible en r\u00e9publique comme le faisait remarquer Drumont hier ou avant-hier&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 25 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille dans ma chambre&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Saint-Maur et Courtois (ce dernier pour remplacer celui de samedi prochain) et cours de religion du P. Corbill\u00e9. Maman est \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tement remise et recommence aujourd\u2019hui \u00e0 suivre les cours de la Croix-Rouge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 26 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 une \u00e9tude sur \u00ab&nbsp;la l\u00e9gislation successorale&nbsp;\u00bb pour la Conf\u00e9rence Freppel. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur&nbsp;; \u00e0 5h, Conf\u00e9rence Freppel chez Perrin&nbsp;; impossible de d\u00e9cider l\u2019ensemble de la Conf\u00e9rence \u00e0 s\u2019affilier encore \u00e0 \u00ab&nbsp;La Voie&nbsp;\u00bb. Travail de Bidault sur la partie des droits de l\u2019Homme qui touche \u00e0 la libert\u00e9&nbsp;; vive discussion au sujet de la libert\u00e9 de conscience&nbsp;; on vote un v\u0153u disant que la libert\u00e9 des cultes n\u2019est pas un droit primordial de l\u2019Homme mais une simple tol\u00e9rance du pouvoir, et qu\u2019il doit y avoir une religion d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 27 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; \u00e0 10 heures, le\u00e7on de chant&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je continue mon travail&nbsp;; je re\u00e7ois la r\u00e9ponse de Caen approuvant mon sujet de th\u00e8se, mais modifiant l\u00e9g\u00e8rement le titre&nbsp;; M. Gavouy\u00e8re oublie \u00e0 3h \u00be de venir faire son cours. \u00c0 5h \u00bd, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max, visite \u00e0 Mme de Rochebou\u00ebt. Le soir, je vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 avec Papa, Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 une conf\u00e9rence sur les origines de la litt\u00e9rature arabe.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Tours, samedi 28 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte Angers par le train de 11h34 apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 au buffet de la gare&nbsp;; j\u2019arrive \u00e0 Tours \u00e0 2h02&nbsp;; aussit\u00f4t, je vais au local o\u00f9 se tient le congr\u00e8s de La Voie pour lequel je viens \u00e0 Tours, 3 rue du Pr\u00e9sident Merville, j\u2019y retrouve plusieurs de nos amis&nbsp;: Lucas, De La Morini\u00e8re, Herv\u00e9-Bazin, Catta, De Br\u00e9on. Apr\u00e8s une s\u00e9ance assez \u00e9teinte, je me prom\u00e8ne un peu avec mes camarades. Br\u00e9on nous offre le th\u00e9 dans un thea-room. \u00c0 5h, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Boule d\u2019Or o\u00f9 je suis descendu, on tient une petite r\u00e9union (O.T.). Je d\u00eene \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Croissant avec la plupart de mes camarades&nbsp;; je fais la connaissance de plusieurs charmants jeunes gens, la plupart royalistes. Le soir, \u00e0 8h \u00bd, s\u00e9ance du congr\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 10h, sur la propagande catholique dans les campagnes, et sur certains travaux des groupes de La Voie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Tours, dimanche 29 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8h \u00bd, messe au tombeau de Saint-Martin dans la basilique par le P. Dom de Mayol de Lup\u00e9, aum\u00f4nier g\u00e9n\u00e9ral de la Voie&nbsp;; j\u2019y assiste ainsi que beaucoup de congressistes. \u00c0 10 heures, s\u00e9ance de travail. \u00c0 midi, banquet \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Croissant pr\u00e9sid\u00e9 par l\u2019archev\u00eaque de Tours Mgr Renou&nbsp;;&nbsp;nombreux toasts. \u00c0 2 heures \u00bc, Papa arrive \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Boule d\u2019Or. \u00c0 3h, j\u2019assiste \u00e0 la derni\u00e8re s\u00e9ance de travail du Congr\u00e8s. \u00c0 5h (O.T.) H\u00f4tel de la Boule d\u2019Or. \u00c0 6h, nous d\u00eenons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Croissant avec MM. Boyer de Bouillane et de Mayol de Lup\u00e9. \u00c0 8 heures \u00bd ou plut\u00f4t \u00e0 9h, au Th\u00e9\u00e2tre national, grande r\u00e9union de cl\u00f4ture sous la pr\u00e9sidence de M. Boyer de Bouillane en l\u2019absence de Fran\u00e7ois Copp\u00e9e malade qui envoie une longue d\u00e9p\u00eache de regrets. On d\u00e9bute par un long discours de M. Laurentie, du Sillon, dans lequel l\u2019orateur vante la d\u00e9mocratie dite chr\u00e9tienne et la r\u00e9publique&nbsp;; ensuite, magistral discours de M. L\u00e9on de Montesquiou, de l\u2019Action fran\u00e7aise, qui au nom des lois de la science sociale condamne les faux principes r\u00e9volutionnaires et conclut \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de la restauration de la monarchie traditionnelle&nbsp;; ce discours, par la clart\u00e9 et la logique, est une vraie d\u00e9monstration par a+b&nbsp;; enfin, M. H\u00e9brard, pr\u00e9sident de l\u2019Union r\u00e9gionale de Paris (Jeunesse catholique) prononce un discours d\u2019une vingtaine de minutes dans lequel il montre la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019union entre catholiques pour la d\u00e9fense de la foi. M. Boyer de Bouillane termine par quelques paroles vibrantes en l\u2019honneur de \u00ab&nbsp;La Patrie chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb dont la restauration est le but de La Voir&nbsp;; 1000 \u00e0 1200 personnes environ assistaient \u00e0 la r\u00e9union&nbsp;; les discours, surtout celui de M. de Montesquiou, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s applaudis&nbsp;; je rentre avec Papa \u00e0 l\u2019h\u00f4tel \u00e0 11h \u00bd et je me couche.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"508\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pierre_Paul_Henri_Dominique_Boyer_de_Bouillane_1848-1908.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-311\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pierre_Paul_Henri_Dominique_Boyer_de_Bouillane_1848-1908.jpg 330w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Pierre_Paul_Henri_Dominique_Boyer_de_Bouillane_1848-1908-195x300.jpg 195w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pierre Paul Henri Dominique Boyer de Bouillane (1848-1908) \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 au 31 janvier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 30 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin avec Papa, j\u2019entends la messe de Mgr Renou \u00e0 Saint-Martin. Nous quittons Tours \u00e0 11h \u00bd apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 au buffet de la gare o\u00f9 nous rencontrons une foule de congressistes qui partent aussi. Nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 1h \u00bd ayant fait route avec Lucas. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais, avec Papa et Max, voir Mme Gavouy\u00e8re. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;: travail de Laujardi\u00e8re sur l\u2019enseignement de l\u2019histoire dans les \u00e9coles primaires.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 31 janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec Max et je travaille un peu. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Saint-Maur et Courtois&nbsp;; ensuite, je vais chez Herv\u00e9-Bazin (t.t.). Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">F\u00e9vrier 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 f\u00e9vrier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 1<sup>er<\/sup> janvier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste aux Quinconces \u00e0 une conf\u00e9rence de M. Marcel Morry pour recommander l\u2019\u0152uvre de la Presse pour tous dont je me suis occup\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. L\u2019\u0153uvre est sous le patronage des \u00ab&nbsp;Comit\u00e9s angevins de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales&nbsp;\u00bb. Monseigneur prend la parole. \u00c0 4h \u00bd, cours de M. Saint-Maur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 2 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de la f\u00eate de la Purification, je fais la sainte communion&nbsp;; je re\u00e7ois un carnet d\u2019adh\u00e9sion et des prospectus de propagande de la nouvelle \u00ab&nbsp;Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb qui vient de se fonder dans le but avou\u00e9 de restaurer la monarchie par tous les moyens&nbsp;; cette ligue r\u00e9pand les id\u00e9es de la revue <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> qui a fait tant de bien. J\u2019ai envoy\u00e9 mon adh\u00e9sion \u00e0 la ligue, et je suis charg\u00e9 maintenant de lui recruter des adh\u00e9rents. Cours de M. Saint-Maur \u00e0 3h \u00bd. \u00c0 midi, je vais, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, prendre une le\u00e7on de danse chez Letournel fils. \u00c0 la Conf\u00e9rence Freppel, qui se r\u00e9unit chez Herv\u00e9-Bazin, j\u2019essaie de faire des adeptes pour l\u2019Action fran\u00e7aise, mais Perrin, qui est arriv\u00e9 avant moi, a d\u00e9j\u00e0 fait inscrire deux membres&nbsp;; je lis un travail sur \u00ab&nbsp;Le r\u00e9gime successoral&nbsp;\u00bb&nbsp;; je conclus \u00e0 la libert\u00e9 testamentaire afin de fortifier l\u2019autorit\u00e9 du p\u00e8re de famille, mais je dis que notre r\u00e9gime de partage \u00e9gal et forc\u00e9 a \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 par les l\u00e9gislateurs du Code pour amener le nivellement des fortunes afin d\u2019appliquer le principe r\u00e9volutionnaire de l\u2019\u00c9galit\u00e9, et que le r\u00e9gime actuel ne consentira jamais \u00e0 le sacrifier. Le v\u0153u que je propose, tendant \u00e0 \u00e9tablir la libert\u00e9 testamentaire, est vot\u00e9 par presque tous. Apr\u00e8s d\u00eener, Papa, Max et moi allons \u00e0 l\u2019Adoration mensuelle \u00e0 Saint-Maurice.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 3 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 10 heures, le\u00e7on de chant. Je rencontre M. Gavouy\u00e8re et je lui parle de la ligue d\u2019Action fran\u00e7aise. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je vais voir M. Fran\u00e7ois de Villoutreys<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, et je lui demande son adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise, il me la donne et s\u2019inscrit. Ensuite, je vais me promener aux Ponts-de-C\u00e9 avec Max. \u00c0 4h \u00bd, cours de M. Gavouy\u00e8re. Ensuite, je vais passer un quart d\u2019heure \u00e0 la salle d\u2019armes et me faire couper les cheveux. Apr\u00e8s d\u00eener, \u00e0 8h, je vais chez Herv\u00e9-Bazin + (t\u2026 O.T. de\u2026 chap\u2026)<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>&nbsp;; plusieurs de mes camarades y sont aussi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 4 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Max visiter l\u2019exposition \u00ab&nbsp;des Amis des Arts&nbsp;\u00bb. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des commissions et visites jusqu\u2019\u00e0 5 heures&nbsp;; \u00e0 5 heures, cours de M. Courtois. Apr\u00e8s d\u00eener, \u00e0 9h \u00bc, je vais avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 la soir\u00e9e de la vicomtesse de Rochebou\u00ebt<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>&nbsp;; il y a toute l\u2019aristocratie d\u2019Angers ou \u00e0 peu pr\u00e8s (120 personnes au moins)&nbsp;; on ne danse pas, en raison sans doute des tristes circonstances pr\u00e9sentes&nbsp;; un acteur et une actrice de Paris, qui doivent jouer demain aux Amis des Arts, jouent une des pi\u00e8ces qu\u2019ils joueront demain \u00ab&nbsp;L\u2019agr\u00e9able surprise&nbsp;\u00bb, charmante fantaisie&nbsp;; ils chantent aussi plusieurs jolies chansonnettes&nbsp;; buffet tr\u00e8s bien servi. On se retire \u00e0 minuit. Max \u00e9tait aussi invit\u00e9, mais, comme il n\u2019aime pas beaucoup le monde, il s\u2019est excus\u00e9 et m\u2019a confi\u00e9 sa femme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 5 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites&nbsp;; je ne rencontre que M. Courtois.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 f\u00e9vrier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 6 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Facult\u00e9 parler \u00e0 plusieurs \u00e9tudiants. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment \u00e0 la biblioth\u00e8que de la Conf\u00e9rence Saint-Louis o\u00f9 je vois Nicolle et La Morini\u00e8re. A 5h, salle d\u2019armes. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail tr\u00e8s int\u00e9ressant et tr\u00e8s bien fait d\u2019Alfred Gazeau sur \u00ab&nbsp;La morale la\u00efque&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 7 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; je porte un mot chez Fourmond pour le prier d\u2019accepter un r\u00f4le dans une com\u00e9die que nous organisons pour la fin du mois. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur (pas de cours de M. Courtois)&nbsp;; je vais, avec Maman, voir Mme de Guibert que nous rencontrons avec Padirac, voir Mme du Rostu que nous ne rencontrons pas. Je recrute un adh\u00e9rent de plus \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise, Poirier&nbsp;; par contre, M. Jamet, autrefois chaud partisan d\u2019Henri V, ne veut pas se laisser convaincre&nbsp;; je ne puis pas lui faire admettre que le duc d\u2019Orl\u00e9ans est le repr\u00e9sentant de la Monarchie traditionnelle et l\u00e9gitime&nbsp;; il pr\u00e9tend que la Monarchie est morte avec le comte de Chambord&nbsp;! C\u2019est non seulement contraire au principe d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 qui a fait la grandeur de notre Monarchie nationale, mais m\u00eame contraire \u00e0 la volont\u00e9 formelle exprim\u00e9e par Henri V comme le rappelait il y a quelques jours dans un banquet royaliste M. de Baudry d\u2019Asson&nbsp;; mais M. Jamet, malheureusement, n\u2019est pas le seul de son esp\u00e8ce. Le soir, congr\u00e9gation, apr\u00e8s la r\u00e9union de laquelle je vais voir le P. Lionnet pour lui parler de diff\u00e9rentes choses.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 8 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 1h \u00bd, conseil particulier de Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; \u00e0 3h, cours de M. Saint-Maur. Ensuite, je me prom\u00e8ne avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 9 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sors avec Max. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 2h \u00bd, cours de M. Saint-Maur. Ensuite, je vais voir Gabriel de Padirac, et j\u2019en profite pour inviter Madeleine \u00e0 danser le cotillon avec moi samedi au bal de Mme du Rostu. \u00c0 5h, r\u00e9union de la Conf\u00e9rence Freppel chez La Morini\u00e8re&nbsp;: travail de Sassier sur le principe des nationalit\u00e9s, j\u2019y fais plusieurs critiques. D\u00e9sormais, c\u2019est chose d\u00e9cid\u00e9e, nous aurons un local \u00e0 nous, salle Vallage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 10 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philo et Max, visite de digestion \u00e0 Mme de Rochebou\u00ebt&nbsp;; le soir, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, conf\u00e9rence de M. Gavouy\u00e8re sur \u00ab&nbsp;Le mariage&nbsp;\u00bb&nbsp;; il parle beaucoup contre le divorce.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 11 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sors avec Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, je vais voir \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 un bouquin qu\u2019on m\u2019a signal\u00e9 et dans lequel il y a quelques tuyaux sur la question du repos dominical. L\u2019apr\u00e8s-midi, visite (par carte) \u00e0 Mlle du R\u00e9au. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; au retour, je m\u2019habille et, vers 10h \u00bc, je vais chez Mme du Rostu<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> qui donne un bal d\u2019environ 150 \u00e0 160 personnes (\u00e0 peu pr\u00e8s toute la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Angers). Je danse avec Mlles de Moulin, de Padirac, de Richeteau, de Jourdan, de Kergos, Doyen, de La Masseli\u00e8re, du Rostu. Pour le cotillon, qui commence vers minuit \u00bd, j\u2019ai Madeleine de Padirac<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>&nbsp;; je ne pouvais choisir une danseuse plus charmante, plus aimable, plus gaie&nbsp;; ces deux heures du cotillon sont un vrai plaisir pour moi&nbsp;; de notre c\u00f4t\u00e9, le cotillon est conduit par Denyse de Kergos et le marquis de Hillerin, lieutenant de dragons&nbsp;; il y a de fort jolis accessoires. Il est fini et on se retire \u00e0 2h 1\/2&nbsp;; le buffet \u00e9tait tr\u00e8s bien servi. Je conserverai un charmant souvenir de ce bal.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 12 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste avec Papa \u00e0 une conf\u00e9rence sur \u00ab&nbsp;La la\u00efcisation des h\u00f4pitaux&nbsp;\u00bb organis\u00e9e par le comit\u00e9 paroissial de Saint-Serge au Patronage Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 f\u00e9vrier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 13 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Gavouy\u00e8re pour remplacer celui de vendredi dernier. Quand je rentre, il y a un tas de gens au salon&nbsp;; les Padirac restent les derniers, et on m\u2019appelle pour me faire chanter \u00ab&nbsp;Au clair de la lune&nbsp;\u00bb de Buissi\u00e8re devant eux&nbsp;; Madeleine de Padirac l\u2019a appris aussi et le chante bien mieux que moi. Le soir, je vais avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 la soir\u00e9e des Geoffroy de La Villebiot&nbsp;: je danse avec Mlles de Kergos, de La Salle, de Chemeiller, de Richeteau, de La Grandi\u00e8re. On se retire vers minuit \u00bd&nbsp;; il y avait une soixantaine d\u2019invit\u00e9s&nbsp;; des Padirac, il n\u2019y avait que Gabriel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 14 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais faire des recherches \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 pour ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Courtois et Saint-Maur. Au retour, \u00e0 5h \u00bc, les Padirac viennent jusqu\u2019\u00e0 7 heures pour exercer les morceaux que Madeleine chantera et les monologues que Gabriel dira \u00e0 notre soir\u00e9e de lundi prochain. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 15 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 lire quelques tuyaux pour ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste chez Mme Maurice Neveu \u00e0 une r\u00e9union des \u00ab&nbsp;Z\u00e9lateurs de paroisses&nbsp;\u00bb pour l\u2019\u0152vre de la Presse pour tous&nbsp;; il y a aussi plusieurs vicaires&nbsp;; on prend plusieurs r\u00e9solutions&nbsp;; ensuite, cours de M. Saint-Maur. Le soir, aux Quinconces, nous assistons tous aux deux repr\u00e9sentations, jou\u00e9es par des messieurs et des dames du monde, au profit des patronages Notre-Dame-des-Champs et Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> com\u00e9die, <em>Mouton<\/em>, Marie-Th\u00e9r\u00e8se joue le r\u00f4le de Mme Boucard&nbsp;; les autres acteurs sont&nbsp;: Mlle A\u00efda de Romain, M. Geoffroy de La Villebiot, vicomte Guy de Chemeiller et le baron Hamelin. Dans la seconde, <em>L\u2019\u00c2ne et le ruisseau<\/em>, de Musset, jouent des personnes de la soci\u00e9t\u00e9 de Poitiers&nbsp;: la comtesse Aubaret, M. de La Boutteti\u00e8re etc. Entre les 2 pi\u00e8ces, buffet&nbsp;; nous \u00e9tions plac\u00e9s \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Padirac. Somme toute, soir\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9ussie&nbsp;; assistance des plus selectes. Demain, on recommence en matin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 16 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je souffre un peu de la gorge et je ne sors pas. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 2h \u00bd, je vais faire une visite \u00e0 la marquise de Villelume qui m\u2019a invit\u00e9 avant-hier \u00e0 un bal qu\u2019elle donnera le 27. \u00c0 3h \u00bd, cours de M. Saint-Maur. \u00c0 5 heures, \u00e0 la salle Vallage, Conf\u00e9rence Freppel. Nous avons comme orateur un socialiste qui fait une conf\u00e9rence \u00e0 laquelle nous ferons des objections. Nous \u00e9tions un peu inquiets parce que M. Baugas, qui devait y assister, nous a fait faux bond. N\u00e9anmoins, tout se passe pour le mieux&nbsp;; nous passons \u00e0 notre socio des objections auxquelles il est impossible de r\u00e9pondre&nbsp;; il reste le bec clou\u00e9&nbsp;; succ\u00e8s complet&nbsp;! Le soir, Max repart pour Sainte-Croix apr\u00e8s un s\u00e9jour de 3 semaines, et sans pouvoir attendre notre soir\u00e9e de lundi&nbsp;; ses affaires le rappellent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 17 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, messe \u00e0 Notre-Dame et le\u00e7on de chant. M. Pinguet m\u2019offre des billets d\u2019entr\u00e9e \u00e0 un concert que la soci\u00e9t\u00e9 chorale dont il fait partie offre mercredi au cirque&nbsp;; j\u2019en offrirai au Padirac. L\u2019apr\u00e8s-midi, La Villebiot et Fourmond viennent r\u00e9p\u00e9ter leurs r\u00f4les pour lundi. \u00c0 3h \u00be, cours de M. Gavouy\u00e8re. Le soir, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, tr\u00e8s int\u00e9ressante conf\u00e9rence de l\u2019abb\u00e9 Crosnier sur le sentiment religieux dans l\u2019art.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 18 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois&nbsp;; Fourmond et La Villebiot viennent r\u00e9p\u00e9ter leurs r\u00f4les. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 19 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion. \u00c0 11 heures, je vais aux obs\u00e8ques de Mme Assier, grand\u2019m\u00e8re de mon ancien camarade Roussier \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, La Villebiot et Fourmond viennent encore s\u2019exercer, Madeleine de Padirac vient aussi s\u2019exercer ses morceaux de chant. Je vais chez La Morini\u00e8re que je ne rencontre pas, il est \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 f\u00e9vrier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 20 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Facult\u00e9 \u00e0 la biblioth\u00e8que. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 2 heures, r\u00e9union \u00e0 la biblioth\u00e8que de Saint-Vincent-de-Paul place Saint-Martin de la commission d\u2019organisation du congr\u00e8s du 2 avril dont je fais partie, j\u2019y vais donc. Ensuite, je fais quelques commissions&nbsp;; La Villebiot et Fourmond viennent encore une fois s\u2019exercer, mais je n\u2019assiste pas \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition. Le soir, \u00e0 9h \u00bd \u00e0 peu pr\u00e8s, arrivent nos invit\u00e9s pour notre soir\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;: vicomte et vicomtesse de Rochebou\u00ebt et leurs filles<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, vicomte et vicomtesse de Padirac, Gabriel et Madeleine de Padirac<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, Mme de Kergos et ses filles<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, Mme et Jean Gavouy\u00e8re<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, M. et Mme Geoffroy de La Villebiot<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, comte et comtesse de Loz\u00e9<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, M. et Mme Robiou du Pont<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, comte de Bernard, comte de Pierrefeu, comte du R\u00e9au de La Gaignonni\u00e8re<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, g\u00e9n\u00e9ral, Mme et Pierre Lelong, M. et Mme du Guerny<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a> et Mlle Th\u00e9r\u00e8se Mongazon<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a>, comte de Chappedelaine, vicomte de Chappedelaine (les deux Mme de Chappedelaine, malades, n\u2019ont pas pu venir)<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>&nbsp;; de plus, une foule d\u2019\u00e9tudiants&nbsp;: Ren\u00e9 de La Villebiot, Fourmond, Le Mari\u00e9, de Ferry, du Boisbaudry, de Maill\u00e9, Milleret, de La Guillonni\u00e8re etc.&nbsp;; nous sommes en tout 45 \u00e0 50&nbsp;; nous aurions \u00e9t\u00e9 50 et m\u00eame plus si les dames de Chappedelaine de Moulins (qui n\u2019ont pu accepter \u00e0 cause d\u2019un mariage) et M. et Mme de Villelume avaient pu venir, ces deux derniers se sont excus\u00e9s au dernier moment \u00e0 cause d\u2019une grippe que la marquise de Villelume a attrap\u00e9e au dernier moment. On fait de la musique, Madeleine de Padirac joue de la mandoline et chante&nbsp;; Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Fourmond et Ren\u00e9 de La Villebiot jouent la gentille sayn\u00e8te <em>Une journ\u00e9e de l\u2019H\u00f4tel de Rambouillet<\/em>&nbsp;; enfin, un artiste, M. Durand, harpiste de th\u00e9\u00e2tre, premier prix du Conservatoire, joue plusieurs morceaux de son instrument qui sont tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s. Mais, au dernier morceau, les demoiselles de Kergos, \u00e0 la suite d\u2019un mot dr\u00f4le de M. du R\u00e9au je crois, ayant \u00e9t\u00e9 prises d\u2019un fou rire, l\u2019artiste croit qu\u2019on se rit de lui et il interrompt son morceau et s\u2019en va&nbsp;; on a beau lui dire qu\u2019on ne rit pas de lui, on n\u2019arrive pas \u00e0 le convaincre. Cet incident jette un peu de froid sur la fin de la soir\u00e9e, Mme de Kergos en \u00e9tait tr\u00e8s ennuy\u00e9e. Nombreuses visites au buffet tr\u00e8s complet, qui \u00e9tait dress\u00e9 dans la salle \u00e0 manger. On se retire vers minuit \u00bd. Les Padirac restent un bon moment de plus, ainsi que nos acteurs Ren\u00e9 Fourmond et Ren\u00e9 de La Villebiot, et nous nous amusons \u00e0 chanter un trio Madeleine de Padirac, Fourmond et moi. Soir\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9ussie somme toute malgr\u00e9 le fou rire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 21 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, 2 cours. Je suis un peu enrhum\u00e9 du cerveau et je ne sors pas le soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 22 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9 heures, je subis \u00e0 la Pr\u00e9fecture pour la 3<sup>\u00e8me<\/sup> fois l\u2019examen du conseil de r\u00e9vision&nbsp;; comme je m\u2019y attendais \u00e0 la suite des d\u00e9marches que le g\u00e9n\u00e9ral Lelong avait faites pour moi, je suis affect\u00e9 aux services auxiliaires de l\u2019Arm\u00e9e&nbsp;; excellente solution, car, sans avoir l\u2019ennui d\u2019\u00eatre r\u00e9form\u00e9, j\u2019\u00e9vite de passer un an \u00e0 la caserne ce qui, \u00e0 23 ans, n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 bien agr\u00e9able. Les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, je n\u2019avais voulu faire aucune d\u00e9marche, pr\u00e9f\u00e9rant \u00eatre pris et faire mon service que de rester dans l\u2019incertitude, mais, puisqu\u2019on n\u2019a pas voulu de moi les autres ann\u00e9es, je me suis dit que le mieux \u00e9tait de t\u00e2cher d\u2019\u00eatre affect\u00e9 aux services auxiliaires (car j\u2019ai fait faire des d\u00e9marches non seulement pour \u00eatre vers\u00e9 dans les services auxiliaires mais aussi, et surtout, pour ne pas \u00eatre exempt\u00e9). Bien entendu, si jamais la guerre \u00e9clate, au lieu de rester dans les bureaux, je m\u2019engagerai dans un corps de combattants&nbsp;; on ne demandera pas mieux \u00e0 ce moment-l\u00e0 que d\u2019avoir le plus possible d\u2019engagements. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur, visite de remerciement au g\u00e9n\u00e9ral Lelong et cours de religion. Je re\u00e7ois aujourd\u2019hui deux invitations&nbsp;: une de Mme Robert Huault-Dupuy \u00e0 un bal qu\u2019elle donne lundi (je suis oblig\u00e9 de la refuser \u00e9tant d\u00e9j\u00e0 invit\u00e9 ce jour-l\u00e0 chez Mme de Villelume) l\u2019autre de Mme Geoffroy de La Villebiot \u00e0 un bal le 6 mars&nbsp;; hier, j\u2019en avais aussi re\u00e7u deux, une \u00e0 d\u00eener du commandant de Chappedelaine pour le 1 mars, et une de Mme de Moulins \u00e0 un bal le 5 mars&nbsp;; cela fait 4 invitations en 24 heures&nbsp;; jamais il n\u2019y en avait eu autant que cette ann\u00e9e&nbsp;! Apr\u00e8s d\u00eener, avec Mme de Padirac et Madeleine, nous allons \u00e0 un concert au Cirque malgr\u00e9 la neige&nbsp;; le concert est assez r\u00e9ussi&nbsp;; il n\u2019est fini qu\u2019\u00e0 minuit. \u00c0 la sortie, la foule est si dense que je perds de vue Papa, Mme de Padirac et Philom\u00e8ne et que je me retrouve seul avec Madeleine de Padirac&nbsp;; apr\u00e8s avoir regard\u00e9 de tous c\u00f4t\u00e9s et cherch\u00e9 dans tous les groupes, nous nous d\u00e9cidons \u00e0 partir, et je la ram\u00e8ne chez elle&nbsp;; \u00e0 minuit, j\u2019\u00e9tais vraiment dans une situation bien fausse&nbsp;! Heureusement que Mme de Padirac nous conna\u00eet bien et qu\u2019elle sait qu\u2019elle peut avoir confiance en moi&nbsp;; Madeleine se tordait, litt\u00e9ralement, de rire&nbsp;! En arrivant rue Saint-Julien devant chez les Padirac, nous retrouvons le groupe de Papa, de Mme de Padirac et de Philo qui se demandaient ce que nous \u00e9tions devenus, mais qui n\u2019\u00e9taient pas cependant bien inquiets.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 23 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques commissions et je vais voir La Morini\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur, et Conf\u00e9rence Freppel&nbsp;; travail de La Rochefordi\u00e8re sur \u00ab&nbsp;Le clerg\u00e9 et la politique&nbsp;\u00bb&nbsp;; dans la discussion, un silloniste invit\u00e9 nous d\u00e9clare sans sourciller qu\u2019en pr\u00e9sence de deux candidats, l\u2019un r\u00e9publicain et franc-ma\u00e7on, l\u2019autre catholique et monarchiste, il voterait pour le premier&nbsp;; donc, pour ces messieurs du Sillon, la grande affaire c\u2019est le salut de la R\u00e9publique, celui de la religion vient apr\u00e8s&nbsp;! Heureusement pour la France et pour la religion que tous les Catholiques ne pensent pas comme eux&nbsp;; et encore quand je dis \u00ab&nbsp;tous&nbsp;\u00bb les Catholiques, je me trompe, je devrais dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les Catholiques&nbsp;\u00bb car lorsqu\u2019on professe des th\u00e9ories dans le genre de celles expos\u00e9es par ce jeune homme, j\u2019estime qu\u2019on n\u2019est plus catholique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 24 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le\u00e7on de chant&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais affilier Ren\u00e9 de La Villebiot \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise&nbsp;; \u00e0 5h, escrime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 25 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Gavouy\u00e8re absent hier, et Courtois&nbsp;; auparavant, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 26 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame, je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste au Patronage Saint-Serge avec Papa et Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 la repr\u00e9sentation de <em>Jeanne d\u2019Arc<\/em>, le nouveau drame compos\u00e9 pour le patronage par Ren\u00e9 Couteau&nbsp;; \u00e0 7h, nous partons sans pouvoir attendre la fin de la s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 28 f\u00e9vrier 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 27 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman passe ce matin la partie \u00e9crite de son examen pour l\u2019obtention du dipl\u00f4me d\u2019infirmi\u00e8re de la Croix-Rouge fran\u00e7aise&nbsp;; je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame \u00e0 son intention&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, elle re\u00e7oit une quantit\u00e9 \u00e9norme de visites, peut-\u00eatre 60 personnes ont d\u00e9fil\u00e9 dans le salon. Le soir, je vais au bal de la marquise de Villelume<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>&nbsp;; j\u2019\u00e9tais aussi invit\u00e9 \u00e0 celui de Mme Robert Huault-Dupuy, mais ayant accept\u00e9 chez Mme de Villelume d\u2019abord, j\u2019ai d\u00fb m\u2019excuser&nbsp;; chez Mme de Villelume, il y a \u00e9norm\u00e9ment de militaires&nbsp;; du civil, ne j\u2019y vois, en-dehors de quelques jeunes gens, que les Kergos et les Chemeiller qui sont ses parents&nbsp;; je danse avec Mme de Villelume, Mlles de Kergos, Breteau, de La Masseli\u00e8re, de Chemeiller etc.&nbsp;; pour le cotillon, on m\u2019attribue la femme d\u2019un officier que je ne connaissais pas et dont je n\u2019ai m\u00eame pas bien compris le nom&nbsp;; le commandant Breteau m\u2019invite \u00e0 son bal d\u2019apr\u00e8s-demain&nbsp;; je rentre \u00e0 2h \u00be.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 28 f\u00e9vrier 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve fort tard, vers 9h \u00bd&nbsp;; je fais quelques courses le matin.&nbsp;L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur et Courtois, visite avec Maman et Philo \u00e0 Mme du Rostu et escrime. Le soir, je vais au cours du P. de Mayol de Lup\u00e9 sur \u00ab&nbsp;Le mat\u00e9riel liturgique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mars 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 mars 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 1<sup>er<\/sup> mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, M. Saint-Maur nous fait son cours \u00e0 8h, car il doit prendre le train de Nantes&nbsp;; je fais ensuite quelques commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais ma visite de digestion chez Mme Huault-Dupuy la jeune qui m\u2019annonce que je serai invit\u00e9 chez sa belle-m\u00e8re pour une soir\u00e9e dansante qui a lieu demain soir et qui s\u2019est d\u00e9cid\u00e9e au dernier moment&nbsp;; que d\u2019invitations&nbsp;! Je commence \u00e0 en \u00eatre assomm\u00e9&nbsp;; mais je ne pouvais cependant pas refuser. \u00c0 7h \u00bd, je vais d\u00eener chez le commandant et la vicomtesse de Chappdelaine&nbsp;; d\u00eener de 10 couverts&nbsp;; les autres convives sont&nbsp;: la comtesse de Tolgou\u00ebth, le comte et la comtesse de Chappedelaine (c\u2019est \u00e0 cette derni\u00e8re que je donne le bras), le lieutenant-colonel et la baronne de Sainte-Marie et la m\u00e8re de cette derni\u00e8re dont j\u2019ai oubli\u00e9 le nom et le lieutenant du Cou\u00ebdic, du 25<sup>e<\/sup> dragons&nbsp;; d\u00eener tr\u00e8s fin. Je me retire apr\u00e8s le th\u00e9 \u00e0 11 heures et je vais au bal du commandant Breteau, les Sainte-Marie y vont aussi. C\u2019est un bal superbe, avec cotillon&nbsp;; on danse jusqu\u2019\u00e0 3 heures. Je danse avec Madeleine de Padirac six ou sept fois, avec Mlles Breteau, de Grainville, Doyen et avec Mme de Villelume&nbsp;; malheureusement, \u00e9tant arriv\u00e9 si tard, je n\u2019ai pas eu de danseuse de cotillon, mais Madeleine de Padirac qui, avant d\u2019accepter un danseur, m\u2019avait attendu jusqu\u2019\u00e0 11 heures, me d\u00e9dommage car je la fais danser aussi souvent que son danseur qui est Jacques des Loges. On s\u2019en va \u00e0 3 heures et je ram\u00e8ne jusque chez eux les Padirac dans ma voiture. Il y a eu aussi une com\u00e9die&nbsp;: <em>Le mariage au t\u00e9l\u00e9phone<\/em>, jou\u00e9e par deux officiers, MM. de Macignac et Perrodon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 2 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me l\u00e8ve \u00e0 9h \u00bd, je re\u00e7ois pour ce soir l\u2019invitation des Huault-Dupuy. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites&nbsp;: Mme de Villelume qui ne re\u00e7oit pas et Mme de La Villebiot que je rencontre&nbsp;; \u00e0 5 heures, Conf\u00e9rence Freppel&nbsp;;&nbsp;on y note les statuts d\u00e9finitifs de la conf\u00e9rence qui s\u2019affilie \u00e0 La Voie. \u00c0 cette r\u00e9union de&nbsp;la Conf\u00e9rence Freppel, le silloniste qui avait profess\u00e9 jeudi dernier de si \u00e9tranges opinions a eu honte, sans doute, et s\u2019est r\u00e9tract\u00e9 tr\u00e8s simplement. Mais il n\u2019en reste pas moins que ses th\u00e9ories sont celles de beaucoup de membres du Sillon et m\u00eame de quelques abb\u00e9s d\u00e9mocrates. Apr\u00e8s d\u00eener \u00e0 9h \u00bc, je vais \u00e0 la soir\u00e9e dansante des Huault-Dupuy&nbsp;; ce n\u2019est pas, \u00e0 beaucoup pr\u00e8s, la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9 que dans les autres soir\u00e9es o\u00f9 je suis all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent et il y a une foule de gens que je ne connais pas. Je danse avec Mlles Mongazon, Fourmont, de Chemeiller, Doyen, et avec Mme du Guerny&nbsp;; pour le cotillon, j\u2019invite Mlle Th\u00e9r\u00e8se Mongazon. Tout est fini \u00e0 1h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 3 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me r\u00e9veille avec un assez fort mal de gorge qui dure toute la journ\u00e9e ; n\u00e9anmoins je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame et, \u00e0 10h, je prends ma le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques commissions, je vais chez le coiffeur Maegerlin me commander une perruque Louis XV pour le bal costum\u00e9 de lundi chez Mme de La Villebiot ; je me prive de la conf\u00e9rence de M. Baugas le soir \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 cause de mon rhume. Je m\u2019aper\u00e7ois que j\u2019ai oubli\u00e9 de mentionner, dans mon journal d\u2019hier, le succ\u00e8s de l\u2019examen oral de Maman qui a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue infirmi\u00e8re de la Croix-Rouge fran\u00e7aise&nbsp;; elle l\u2019a bien m\u00e9rit\u00e9 par son travail pers\u00e9v\u00e9rant depuis le mois de novembre, et il nous fait \u00e0 tous grand plaisir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 4 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sors pas de la maison \u00e0 cause de mon mal de gorge qui n\u2019est pas pass\u00e9 cette nuit ; je suis oblig\u00e9 d\u2019envoyer mes excuses \u00e0 Mme Bordeaux-Montrieux qui m\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 son bal de ce soir. Vers le soir, mon mal de gorge baisse, mais j\u2019ai un rhume de cerveau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 5 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je ne sors que pour aller, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, au salut \u00e0 l\u2019Adoration. Papa, sur une d\u00e9p\u00eache de notre cousin de Guardia de R\u00e8gnes avec qui il montre une affaire dans laquelle il place quelques milliers de francs, se d\u00e9cide \u00e0 partir demain matin pour Paris. Le soir, bal chez Mme de Moulins ; c\u2019\u00e9tait Maman qui devait y accompagner Philom\u00e8ne, car c\u2019est un bal blanc (o\u00f9 ne sont invit\u00e9s que jeunes gens et jeunes filles), mais Maman \u00e9tant tr\u00e8s enrhum\u00e9e s\u2019excuse dans l\u2019apr\u00e8s-midi et Madame de Moulins qui veut avoir Philom\u00e8ne, \u00e9crit un petit mot pour prier Marie-Th\u00e9r\u00e8se de remplacer Maman et d\u2019accompagner Philom\u00e8ne&nbsp;; nous y allons donc tous les trois et Philom\u00e8ne fait \u00ab&nbsp;son entr\u00e9e dans le monde&nbsp;\u00bb&nbsp;; je danse avec Mlles de Moulins, de La Bruni\u00e8re, de Geoffre, de La Masseli\u00e8re, Fourmond, de Beauchamp, de Chemeiller, de Jourdan etc.&nbsp;; pour le cotillon, j\u2019ai Mlle Fran\u00e7oise de Chemeiller&nbsp;; ce soir, c\u2019est la fleur du panier, il n\u2019y a que du select. Tout est fini \u00e0 2 heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 mars 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 6 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais quelques courses et commissions le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais deux visites : Mmes Bordeaux-Montrieux et la vicomtesse de Chappedelaine, la premi\u00e8re par carte. \u00c0 10h du soir, je vais chez le coiffeur Maegerlin me faire mettre une perruque Louis XV avec visages poudr\u00e9s \u00e0 frimas ; je porte aussi un jabot Louis XV et de la dentelle aux manches de mon habit ; je vais, ainsi costum\u00e9, au bal de Mme Geoffroy de La Villebiot. Composition des plus s\u00e9lectes. Presque tout le monde est d\u00e9guis\u00e9 et c\u2019est le Louis XV qui domine, le ma\u00eetre de la maison est mis comme moi, c\u2019est parfait. Je danse avec Mlles de La Selle, de Chemeiller, de Kergors, de La Masseli\u00e8re et avec Mmes de La Villebiot, la princesse de Broglie (qui est ici pour quelques semaines) et de Monne. Pour le cotillon, n\u2019ayant pas pris la pr\u00e9caution de retenir une danseuse les jours pr\u00e9c\u00e9dents, je suis forc\u00e9 de m\u2019en passer ; c\u2019est dommage car les accessoires sont fort beaux&nbsp;; je danse n\u00e9anmoins un peu. Tout est fini \u00e0 3 heures. Des officiers de dragons qui \u00e9taient l\u00e0 re\u00e7oivent tout \u00e0 coup l\u2019ordre de se tenir pr\u00eats \u00e0 partir avec 2 escadrons pour Nantes o\u00f9 une gr\u00e8ve vient d\u2019\u00e9clater et dont une partie de la garnison est aux gr\u00e8ves de Brest ; ces messieurs quittent le bal, vont se mettre en tenue de campagne, et reviennent danser le cotillon, attendant l\u2019ordre de partir ; c\u2019est bien le cas de dire qu\u2019ils dansent sur un volcan ! Du reste, ne peut-on pas le dire de toute la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Angers cette ann\u00e9e en ce moment o\u00f9 le projet de s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat va venir en discussion&nbsp;? Ce carnaval est peut-\u00eatre le dernier que nous passons gaiement, de longtemps du moins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 7 mars 1905 (mardi gras)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, ayant appris que beaucoup de personnes de la soci\u00e9t\u00e9 sont all\u00e9es consulter une cartomancienne et en ont re\u00e7u, disent-elles, des r\u00e9ponses exactes, j\u2019ai eu la curiosit\u00e9 d\u2019en faire autant ; sans grande confiance d\u2019ailleurs, j\u2019y suis all\u00e9 aussi ; seulement, j\u2019ai voulu en consulter deux pour voir si leurs r\u00e9ponses concorderaient. Je suis all\u00e9 hier chez une certaine dame Laur rue Ch\u00e8vre et aujourd\u2019hui chez une certaine dame L\u00e9a rue Toussaint. Leurs r\u00e9ponses et leurs pr\u00e9dictions, chose curieuse, concordent sur beaucoup de points. Je consigne ici leurs pr\u00e9dictions afin de les retrouver dans quelques mois ou dans quelques ann\u00e9es, et de voir si elles se sont r\u00e9alis\u00e9es. Voici les pr\u00e9dictions de Mme Laur : en commen\u00e7ant, elle m\u2019a dit de lui poser, par la pens\u00e9e, une question ; j\u2019ai pens\u00e9 \u00e0 une certaine jeune fille et j\u2019ai pos\u00e9, toujours en pens\u00e9e, cette question : l\u2019\u00e9pouserai-je ? Voici les r\u00e9ponses, du moins le r\u00e9sum\u00e9 : Vous n\u2019\u00e9pouserez pas la jeune fille \u00e0 laquelle vous pensez, un jeune homme brun voudra l\u2019\u00e9pouser mais n\u2019y r\u00e9ussira pas non plus&nbsp;; vous lutterez \u00e0 cause d\u2019elle, avec vos parents&nbsp;; vous quitterez la ville et vous entretiendrez de loin des rapports par \u00e9crit avec elle pendant quelque temps puis elle vous trahira. Plus tard, vous serez content de ne pas l\u2019avoir \u00e9pous\u00e9e. Vous \u00e9pouserez une \u00e9trang\u00e8re, vous serez heureux en m\u00e9nage. Vous recevrez bient\u00f4t une lettre de quelqu\u2019un qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 nous et, \u00e0 la suite de cette lettre, il se produira pour vous un changement de situation qui constituera une \u00e9l\u00e9vation, dans lequel un homme qui d\u00e9pend du gouvernement jouera un r\u00f4le. Vous quitterez Angers. Vous serez pein\u00e9 de ce changement de ville \u00e0 cause de la jeune fille \u00e0 laquelle vous pensez, vous aurez des d\u00e9m\u00eal\u00e9s, des discussions avec quelqu\u2019un qui a autorit\u00e9 sur vous (ce pourrait \u00eatre notre p\u00e8re), votre m\u00e8re en pleurera. Vous triompherez dans un but que vous poursuivez, grande victoire. Vous avez vos deux parents. Votre p\u00e8re est en voyage pour une question d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il laissera derri\u00e8re lui<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, il rentrera bient\u00f4t ; votre m\u00e8re aura des contrari\u00e9t\u00e9s \u00e0 propos de cette affaire. Votre famille aura \u00e0 d\u00e9battre des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e0 propos de la mort d\u2019une femme. Votre famille aura \u00e0 soutenir un proc\u00e8s que lui fera un homme, elle le gagnera. Un homme de robe (magistrat, avocat ou eccl\u00e9siastique) s\u2019occupera de vous pour votre situation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s toutes ces r\u00e9ponses, je lui ai pos\u00e9, toujours en pens\u00e9e, cette question : la r\u00e9publique sera-t-elle renvers\u00e9e et remplac\u00e9e par la Monarchie dans 3 ans ? Elle m\u2019a r\u00e9pondu : la chose \u00e0 laquelle vous pensez se r\u00e9alisera 3 mois apr\u00e8s la date que vous avez pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout ceci est d\u2019hier. Pour contr\u00f4ler, je suis all\u00e9 aujourd\u2019hui chez une autre cartomancienne Mme L\u00e9a, et voici ses r\u00e9ponses ; sur beaucoup de points, elles concordent avec celles de Mme Gouin ; j\u2019ai soulign\u00e9, dans les deux r\u00e9ponses, les points communs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">R\u00e9ponses de Mme L\u00e9a (j\u2019ai pos\u00e9 en commen\u00e7ant, et par la pens\u00e9e, la m\u00eame question qu\u2019hier : \u00e9pouserai-je telle jeune fille, la m\u00eame qu\u2019hier) : Vous r\u00e9ussirez apr\u00e8s d\u2019une femme blonde ou ch\u00e2tain, vous pourrez l\u2019\u00e9pouser, vous serez heureux en m\u00e9nage. Vous changerez bient\u00f4t de situation avantageusement pour vous. Vous aurez beaucoup de fortune. Vous vous marierez bient\u00f4t. Vous ferez un long voyage. Vous recevrez une lettre par \u00e0 la suite de laquelle vous r\u00e9fl\u00e9chirez sur votre avenir, vous \u00e9prouverez des d\u00e9ceptions. Un homme de robe s\u2019int\u00e9resse \u00e0 vous et participera \u00e0 ce changement de situation avantageux pour vous. Un homme de votre famille mourra et cela am\u00e8nera le veuvage d\u2019une jeune femme. Un jeune homme vous en veut et cherchera \u00e0 vous nuire sans y r\u00e9ussir. On vous dira dans une r\u00e9union des m\u00e9disances sur une femme, n\u2019y croyez pas. Votre famille sera engag\u00e9e dans un proc\u00e8s qu\u2019elle gagnera. Vous aurez des d\u00e9m\u00eal\u00e9s, d\u2019assez vives discussions avec votre p\u00e8re au sujet de votre avenir. Vous serez \u00e9tonn\u00e9 d\u2019apprendre la grossesse d\u2019une femme. Un de vos amis sera emprisonn\u00e9 pour raisons politiques. Un de vos amis militaires commettra une faute et s\u2019\u00e9loignera pendant quelques jours ce qui nous ennuiera un peu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme on voit, bien des points communs existent dans les deux pr\u00e9dictions, et m\u00eame d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s pr\u00e9cise ; par exemple le proc\u00e8s, les discussions avec mon p\u00e8re, le changement de situation avantageux, l\u2019homme de robe qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 moi, la lettre que je dois recevoir. Mais Mme L\u00e9a ne s\u2019est pas expliqu\u00e9e clairement sur le point de savoir si j\u2019\u00e9pouserai Mlle de X&#8230;, elle s\u2019est content\u00e9e de me dire que je r\u00e9ussirai en amour, et que j\u2019\u00e9pouserai une jeune fille blonde ou ch\u00e2tain ; Mlle de X.. \u00e0 laquelle j\u2019ai pens\u00e9 les deux jours est brune, donc il semble assez bien que la r\u00e9ponse de Mme L\u00e9a concorde avec celle de Mme Laur et que je ne l\u2019\u00e9pouserai pas, mais elle a \u00e9t\u00e9 moins cat\u00e9gorique que Mme Laur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 donc consign\u00e9es ici les r\u00e9ponses et pr\u00e9dictions de deux jeux de cartes ; il ne convient pas d\u2019y attacher grande importance ; mais je les ai reproduites afin de voir, plus tard, si elles se sont r\u00e9alis\u00e9es, ce n\u2019est qui, d\u2019ailleurs, pourrait fort bien \u00eatre un pur effet du hasard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, visite \u00e0 Mme Breteau, puis je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration. Les rues sont envahies par une foule de masques et de badauds. Le soir, je suis enchant\u00e9 de pouvoir me coucher de bonne heure.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 8 mars 1905 (mercredi des cendres)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais recevoir les Cendres \u00e0 la messe de 9 heures \u00e0 Notre-Dame. Puis je me mets \u00e0 faire les statistiques pour Saint-Vincent-de-Paul. \u00c0 2h, Papa arrive de Paris, sans avoir voulu (pour des raisons tr\u00e8s s\u00e9rieuses) l\u2019affaire pour laquelle il s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 ; ne serait-ce pas ce que Mme Laur avait voulu dire : <em>\u00ab&nbsp;il laissera cette question d\u2019int\u00e9r\u00eat derri\u00e8re lui&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;? Ce qui est certain, c\u2019est que Maman en est assez contrari\u00e9e. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philo faire ma visite de digestion \u00e0 Mme de Moulins, puis seul, celle \u00e0 Mme Huault-Dupuy. \u00c0 5h \u00bd, cours de religion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 9 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je continue les statistiques et je fais plusieurs courses pour les \u0153uvres ; je vais \u00e0 Saint-Jacques etc. ; la statistique des conf\u00e9rences St Vincent de Paul, l\u2019envoi des programmes du congr\u00e8s du 2 avril et le rapport que je dois faire pour dimanche m\u2019occupent beaucoup. L\u2019apr\u00e8s-midi, visites \u00e0 Mmes de Padirac, de La Villebiot et la comtesse de Chappedelaine, je les rencontre toutes trois ; \u00e0 5h, Conf\u00e9rence Freppel sur les id\u00e9es politiques de Renan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 10 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Notre-Dame, puis \u00e0 ma le\u00e7on de chant. Je suis occup\u00e9 une bonne partie de la journ\u00e9e \u00e0 faire des adresses pour l\u2019envoi de 400 programmes. \u00c0 midi, Maman re\u00e7oit une lettre de Tante Delestrac lui annon\u00e7ant les fian\u00e7ailles de Genevi\u00e8ve ; ma charmante cousine est fianc\u00e9e \u00e0 un jeune industriel de 24 ans M. Louis Bergeron, propri\u00e9taire d\u2019une manufacture d\u2019armes \u00e0 Saint-\u00c9tienne ; gar\u00e7on, parait-il, tr\u00e8s s\u00e9rieux et religieux, beaucoup de fortune, et mariage d\u2019inclination.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne fait plus se faire aucune illusion sur l\u2019issue de la colossale rencontre qui a mis aux prises pendant douze jours Russes et Japonais autour de Moukden. Cette bataille formidable, peut-\u00eatre la plus formidable des temps modernes puisqu\u2019elle a mis aux prises 800.000 hommes, 3000 bouches \u00e0 feu sur un front de 120 kilom\u00e8tres pendant douze jours, est une terrible d\u00e9faite pour les Russes qui, malgr\u00e9 une d\u00e9fense h\u00e9ro\u00efque et tenace sur les positions qu\u2019ils fortifiaient depuis quatre mois ont d\u00fb c\u00e9der devant l\u2019offensive japonaise. Moukden, la ville sainte des Mandchous, la capitale de cette Mandchourie \u00e0 la possession de laquelle les Russes ont tout tenu, est prise ou va l\u2019\u00eatre, et l\u2019arm\u00e9e de Kouropatkine, bien affaiblie, se retire sur Ti\u00e9-Ling. Les deux arm\u00e9es ont \u00e9norm\u00e9ment souffert ; une d\u00e9p\u00eache de Tokio dat\u00e9e d\u2019hier avouait 50.000 morts du c\u00f4t\u00e9 japonais ; s\u2019il y en a autant du c\u00f4t\u00e9 russe, la bataille de Moukden est une des plus sanglantes rencontres que l\u2019Histoire ait enregistr\u00e9es. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, aucun \u00e9chec des Russes n\u2019avait pu \u00e9branler ma confiance ; mais j\u2019avoue que je commence \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s inquiet sur l\u2019issue de la guerre. De plus en plus, je crois que le n\u0153ud de la question c\u2019est la possession de la mer ; si les Japonais ont pu se ravitailler \u00e0 volont\u00e9, recevoir autant de renforts qu\u2019ils en ont eu besoin, c\u2019est parce qu\u2019ils sont les ma\u00eetres de la mer depuis qu\u2019ils ont an\u00e9anti l\u2019escadre de Port-Arthur. Si les Russes envoient en Extr\u00eame-Orient une escadre suffisante pour battre la flotte japonaise et les rendre ma\u00eetres de la mer, l\u2019arm\u00e9e japonaise qui ne pourra plus se ravitailler ni recevoir de renforts, sera destin\u00e9e \u00e0 s\u2019affaiblir et \u00e0 \u00eatre battue \u00e0 la longue. Le tout est de savoir si l\u2019escadre que la Russie envoie avec quelle lenteur et quelles h\u00e9sitations ! dans les mers de Chine, sera assez forte pour battre la flotte japonaise ? Ah ! Si nos amis pouvaient disposer de la flotte que le trait\u00e9 de Paris retient prisonni\u00e8re dans la Mer Noire ! Vraiment, je trouve que la France devrait prendre l\u2019initiative de d\u00e9gager la Russie des obligations de ce trait\u00e9, ce serait le cas de mettre \u00e0 profit les bonnes dispositions que l\u2019Angleterre, assure Delcass\u00e9, nourrit pour nous ! Il y a \u00e0 cela un int\u00e9r\u00eat, pas seulement russe, mais europ\u00e9en ; je trouve que l\u2019Europe ne peut pas assister impassible \u00e0 la d\u00e9faite d\u2019une grande nation europ\u00e9enne par des Jaunes ; cette d\u00e9faite d\u00e9finitive serait un coup terrible pour le prestige de la race blanche et de la civilisation chr\u00e9tienne dans toute l\u2019Asie !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce soir, nous allons tous \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 pour la conf\u00e9rence que fait Papa sur : \u00ab&nbsp;Un po\u00e8te catalan, Jacinto Verdaguer \u00bb. Il a choisi ce sujet parce qu\u2019il y a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 par plusieurs de nos amis du Roussillon, M. Vassal notamment, d\u00e9sireux de faire connaitre aux Angevins l\u2019int\u00e9ressante figure de ce pr\u00eatre-po\u00e8te qui, mort il y a moins de 3 ans, est consid\u00e9r\u00e9, dans les pays de langue catalane, comme un po\u00e8te de g\u00e9nie. La conf\u00e9rence de Bazin, tr\u00e8s \u00e9tudi\u00e9e, tr\u00e8s litt\u00e9raire, a je crois, un certain succ\u00e8s aupr\u00e8s du public plus nombreux qu\u2019\u00e0 la plupart des conf\u00e9rences de cette ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacinto_Verdaguer_de_Esplugas.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"411\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacinto_Verdaguer_de_Esplugas.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-312\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacinto_Verdaguer_de_Esplugas.jpg 330w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Jacinto_Verdaguer_de_Esplugas-241x300.jpg 241w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jacint Verdaguer (1845-1902), pr\u00eatre et po\u00e8te catalan \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 11 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis occup\u00e9, une partie de la journ\u00e9e, par les statistiques de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-Vincent-de- Paul. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. \u00c0 5h, escrime. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Les nouvelles que les journaux de ce matin publient sur la guerre d\u00e9passent en horreur tout ce qu\u2019on aurait pu imaginer de pire. Certaines d\u00e9p\u00eaches disent que l\u2019arm\u00e9e russe est cern\u00e9e et qu\u2019une grande partie a capitul\u00e9, qu\u2019elle a fait des pertes \u00e9normes pendant les douze jours de bataille et surtout le dernier jour etc. ; ce qu\u2019il y a de plus inqui\u00e9tant, c\u2019est que ce sont des t\u00e9l\u00e9grammes venant de Saint-P\u00e9tersbourg qui disent cela. Si ces d\u00e9p\u00eaches n\u2019exag\u00e8rent pas ce n\u2019est pas une d\u00e9faite que les Russes ont subie, c\u2019est un d\u00e9sastre tel qu\u2019il leur sera tr\u00e8s difficile de continuer la guerre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 12 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Papa, j\u2019assiste \u00e0 9h \u00bd \u00e0 la messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par le P. Van den Bruhl (pr\u00e9dication du car\u00eame \u00e0 la Cath\u00e9drale) dans la chapelle de Notre-Dame-de-Piti\u00e9 \u00e0 l\u2019intention des membres d\u00e9funts des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul ; le reste de la matin\u00e9e, je suis occup\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer le rapport que je dois lire \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de ce soir au nom du conseil particulier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les d\u00e9p\u00eaches de Mandchourie sont un peu moins pessimistes qu\u2019hier : Moukden a \u00e9t\u00e9 pris et occup\u00e9 par les Japonais, d\u2019\u00e9normes approvisionnements en vivres, munitions et armes ont \u00e9t\u00e9 pris aux Russes par les Japonais, et les Russes ont eu 50.000 morts et 80.000 bless\u00e9s dit-on&nbsp;; mais le reste de l\u2019arm\u00e9e a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9treinte japonaise et se retire sur Ti\u00e9-Ling o\u00f9 elle pourra se retrancher et attendre les renforts ; il est bien difficile de conna\u00eetre la vraie version&nbsp;; ce qui parait malheureusement hors de doute, c\u2019est que les Russes ont essuy\u00e9 une grande d\u00e9faite, ont perdu un nombre \u00e9norme d\u2019hommes, d\u2019immenses approvisionnements et une grande partie de leur artillerie. L\u2019apr\u00e8s-midi, je r\u00e9dige mon rapport, je vais \u00e0 la cath\u00e9drale entendre le premier sermon du P. Van den Bruhl qui est remarquable. Les Padirac (Madeleine et sa m\u00e8re) viennent de 5h \u00bd \u00e0 7h. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais avec Papa \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale o\u00f9 je lis mon rapport sur les statistiques. Apr\u00e8s l\u2019Assembl\u00e9e, M. Frog\u00e9 m\u2019invite \u00e0 d\u00eener pour le 1 avril avec M. Calon, pr\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral de toutes les conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul, qui pr\u00e9sidera le lendemain notre congr\u00e8s r\u00e9gional.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 mars 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 13 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il para\u00eet certain aujourd\u2019hui que, outre les pertes \u00e9normes en hommes, armes, mat\u00e9riel et approvisionnements, les Russes ont perdu 40.000 hommes environ faits prisonniers par les japonais ; quant \u00e0 ce qui reste de l\u2019arm\u00e9e russe, il est poursuivi par les Japonais, et Dieu veuille qu\u2019il r\u00e9ussisse \u00e0 leur \u00e9chapper !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste aux Quinconces \u00e0 une conf\u00e9rence du docteur Quintard sur \u00ab&nbsp;L\u2019influence du moral sur le physique&nbsp;\u00bb. Le matin, je vais voir La Morini\u00e8re vers 11 heures ; je lui propose que nous organisions une conf\u00e9rence de l\u2019Action fran\u00e7aise, l\u2019id\u00e9e lui sourit, il y r\u00e9fl\u00e9chira. Ce soir \u00e0 5h \u00bd, je vais aux Internats chez Damas (O.T.). Apr\u00e8s diner, Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Michel Henry sur \u00ab&nbsp;Talleyrand \u00e9v\u00eaque d\u2019Autun et n\u00e9gociateur du Concordat&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 14 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Saint-Maur et de M. Courtois dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Ensuite, salle d\u2019armes. Le soir, congr\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 15 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie-Th\u00e9r\u00e8se, qui devait partir aujourd\u2019hui, reste jusqu\u2019\u00e0 demain \u00e0 cause du temps qui est d\u00e9testable. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez M. Frog\u00e9 au sujet de l\u2019assembl\u00e9e r\u00e9gionale du 2 avril. Ensuite, je vais chez Lucas. A 5h \u00bd, cours de religion du P. Corbill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 16 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Angers, jeudi 16 mars. \u2013 Ce matin, je vais accompagner \u00e0 la gare Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui repart pour Sainte-Croix apr\u00e8s un s\u00e9jour de deux mois parmi nous ; la s\u00e9paration est p\u00e9nible, mais il fallait bien qu\u2019elle rejoign\u00eet son mari. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de Monsieur Saint-Maur. \u00c0 5h, Conf\u00e9rence Freppel ; on y parle de la d\u00e9centralisation ; je crois (et la plupart des membres de la conf\u00e9rence sont de mon avis) que, sous le r\u00e9gime actuel et sous tout r\u00e9gime issu de l\u2019\u00e9lection, la d\u00e9centralisation est impossible et dangereuse ; et la n\u00e9cessit\u00e9 de la d\u00e9centralisation est une raison de plus, pour moi, de r\u00e9tablir la monarchie traditionnelle et h\u00e9r\u00e9ditaire. Nous apprenons par les journaux la mort \u00e0 Labarthe-de-Neste du p\u00e8re de l\u2019abb\u00e9 Latour d\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 97 ans !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 17 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je suis \u00e0 9h \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame, et \u00e0 10h \u00e0 ma le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Courtois et Gavouy\u00e8re, et salle d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 18 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, je vais voir Dupr\u00e9 que je d\u00e9cide \u00e0 s\u2019affilier \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise, il me donne son adh\u00e9sion. Je vois Perrin et La Morini\u00e8re qui me disent que si M. de Montesquiou accepte de venir faire une conf\u00e9rence le 9 avril, c\u2019est parfait&nbsp;; il s\u2019agit maintenant de trouver un pr\u00e9sident&nbsp;; La Morini\u00e8re dit qu\u2019il proposera la pr\u00e9sidence de la r\u00e9union \u00e0 son oncle De Blois, s\u00e9nateur du Maine-et-Loire. \u00c0 5h, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Apr\u00e8s d\u00eener, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 19 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 Notre-Dame. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais demander un renseignement \u00e0 M. Allard, je vois aussi M. Schleiter. Ensuite, je vais \u00e0 v\u00eapres \u00e0 la cath\u00e9drale o\u00f9 j\u2019entends le sermon du P. Van den Bruhl. Je vais m\u2019informer ensuite du prix de location de la salle des Vari\u00e9t\u00e9s Angevines (Grand H\u00f4tel) pour la conf\u00e9rence de M. de Montesquiou. \u00c0 7 heures, nous avons \u00e0 d\u00eener M. Saint-Maur et Jean Gavouy\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 mars 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 20 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais voir La Morini\u00e8re, j\u2019apprends par lui que M. de Blois accepte de pr\u00e9sider notre r\u00e9union de l\u2019Action fran\u00e7aise, sous r\u00e9serve cependant de l\u2019approbation du comit\u00e9 royaliste et du repr\u00e9sentant du duc d\u2019Orl\u00e9ans dans le d\u00e9partement, M. de La Bourdonnaye ; ceci ne nous inqui\u00e8te pas, car nous sommes s\u00fbrs de l\u2019approbation de M. de La Bourdonnaye. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Lucas et Dupr\u00e9 (O.T.), je rencontre de nouveau La Morini\u00e8re, je vais au Grand H\u00f4tel louer la salle des f\u00eates pour la conf\u00e9rence de M. de Montesquiou. Apr\u00e8s diner \u00e0 8h \u00bd, nous assistons \u00e0 une conf\u00e9rence de M. de Valence au nom du comit\u00e9 des \u0152uvres de mer dans la salle des f\u00eates de l\u2019H\u00f4tel de Ville ; la r\u00e9union est pr\u00e9sid\u00e9e par M. de Blois et par l\u2019amiral de La Jaille, d\u00e9put\u00e9 de la Loire-Inf\u00e9rieure ; nous sommes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des Padirac ; du reste il y a beaucoup de monde. Une lettre de Mme de Llamby nous raconte que l\u2019entrevue qui a eu lieu le 15 mars \u00e0 Perpignan entre sa fille Louise et M. Maurice de La Bardonnie, cousin germain de Max, (entrevue combin\u00e9e par Maman qui a eu l\u2019id\u00e9e de ce mariage et qui, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, a conduit toutes les n\u00e9gociations) a \u00e9t\u00e9 suivie, presque imm\u00e9diatement, de la demande officielle de la main de Louise pour son fils par M. de La Bardonnie p\u00e8re (fr\u00e8re de Mme de Saint-Cyr) qui avait accompagn\u00e9 son fils \u00e0 Perpignan, et des fian\u00e7ailles des deux jeunes gens. Voil\u00e0 un mariage qui est bien l\u2019\u0153uvre de Maman et de Marie-Th\u00e9r\u00e8se et qui est fort bien assorti. Bien entendu, nous nous en sommes tous r\u00e9jouis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais si nous pourrons tous y aller<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 21 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui \u2013 date m\u00e9morable \u2013 que commence, \u00e0 la Chambre, la discussion du projet de loi s\u00e9parant les \u00c9glises de l\u2019\u00c9tat. Cette loi, dont sortira la guerre religieuse, quoiqu\u2019en dise le minist\u00e8re hypocrite que pr\u00e9side M. Rouvier et le rapporteur Briand, est l\u2019aboutissement de 35 ann\u00e9es de r\u00e9publique, c\u2019est l\u2019acte d\u00e9cisif de guerre \u00e0 la religion traditionnelle de la France, r\u00eav\u00e9 par le parti r\u00e9publicain, soigneusement pr\u00e9par\u00e9 par la Ma\u00e7onnerie&nbsp;; Dieu veuille que les malheurs que je pr\u00e9vois ne se r\u00e9alisent pas ! Je n\u2019ai, certes, pas peur pour l\u2019\u00c9glise qui est immortelle, mais je fr\u00e9mis \u00e0 la pens\u00e9e de la crise redoutable, de la pers\u00e9cution terrible dans laquelle va entrer l\u2019\u00c9glise de France et qui ne pourra que porter un coup terrible \u00e0 notre pauvre patrie d\u00e9j\u00e0 si affaiblie par les principes r\u00e9volutionnaires et par 35 ann\u00e9es de r\u00e9publique ! Mon espoir est dans la fermet\u00e9 de Pie X qui saura, l\u2019heure venue, donner aux Catholiques fran\u00e7ais les directions n\u00e9cessaires, et les royalistes seront les premiers \u00e0 les suivre. Qui sait, peut-\u00eatre le bien sortira-t-il de l\u2019exc\u00e8s du mal ? Et l\u2019\u00c9glise de France sortira-t-elle plus forte de cette crise redoutable ? C\u2019est le secret de Dieu. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Dupr\u00e9 chez Lucas (Dupr\u00e9 O.T. rec. ec.). Le soir, je vais au sermon \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 22 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur. Nous nous d\u00e9cidons \u00e0 tenir apr\u00e8s-demain une r\u00e9union pl\u00e9ni\u00e8re de tous les membres de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise d\u2019Angers pour la constituer en section et pour pr\u00e9parer la conf\u00e9rence du 8 avril. A 5 h \u00bd, cours de religion du P. Corbill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 23 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je porte quelques convocations pour la r\u00e9union de demain soir&nbsp;; \u00e0 5h, Conf\u00e9rence Freppel. A 7h \u00bd, je d\u00eene chez le comte et la comtesse de Chappedelaine ; les autres invit\u00e9s sont : commandant et vicomtesse de Chappedelaine, commandant et Madame de Lagrange, commandant et Mme Breteau, comtesse de Tolghou\u00ebt, lieutenant du Cou\u00ebdic et M. de Chappedelaine, neveu du consul et du commandant. On se retire \u00e0 11h apr\u00e8s le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 24 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je souffre un peu de l\u2019estomac une partie de la matin\u00e9e ; j\u2019ai des tourments de t\u00eate ; peut-\u00eatre ai-je mang\u00e9 hier soir quelque chose qui m\u2019a fait mal ? Cela ne m\u2019emp\u00eache, d\u2019ailleurs, pas de prendre ma le\u00e7on de chant et de faire diverses commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Saint-Maur et Gavouy\u00e8re. A 5h \u00bc, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, r\u00e9union \u00e0 la salle Vallage des membres angevins de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise&nbsp;; on \u00e9lit comme pr\u00e9sident de la section M. Fran\u00e7ois de Villoutreys<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a> et comme secr\u00e9taire M. F\u00e9lix Martin, on s\u2019occupe de la pr\u00e9paration de la conf\u00e9rence Montesquiou, nous allons inviter le plus de monde possible parmi les conseillers g\u00e9n\u00e9raux et d\u2019arrondissement, les d\u00e9put\u00e9s et les s\u00e9nateurs, et d\u2019abord toutes les notabilit\u00e9s du monde conservateur et catholique&nbsp;; nous faisons imprimer 5000 cartes d\u2019invitation. Enfin, voil\u00e0 la section angevine de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise fond\u00e9e ; je puis me rendre le t\u00e9moignage d\u2019y avoir particip\u00e9 pour une bonne part, j\u2019ai recrut\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, 8 adh\u00e9rents dont le pr\u00e9sident Villoutreys, et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 le second, en Maine-et-Loire, \u00e0 envoyer mon adh\u00e9sion \u00e0 la Ligue. Il faut bien pr\u00e9parer l\u2019avenir et, puisque tout croule autour de nous, songer \u00e0 reconstruire sur les fondations solides de la tradition nationale la maison de la Patrie que la R\u00e9volution ach\u00e8ve de d\u00e9molir ; l\u2019Action fran\u00e7aise s\u2019y emploie activement, et avec succ\u00e8s ; elle est certainement l\u2019effort le plus consid\u00e9rable qui ait \u00e9t\u00e9 fait depuis longtemps par la cause royaliste. De plus, elle ne reste pas dans un vague voulu comme \u00ab la Patrie fran\u00e7aise \u00bb qu\u2019on oublie de plus en plus et \u00ab l\u2019Action lib\u00e9rale populaire \u00bb qui se confine sur le terrain \u00e9lectoral et qui, par suite, est oblig\u00e9e de soutenir des candidats que les Catholiques auraient combattus autrefois avec \u00e9nergie et qui, une fois \u00e9lus, s\u2019empressent parfois d\u2019oublier leurs promesses. L\u2019Action fran\u00e7aise a un programme des plus nets : \u00ab la restauration de la Monarchie fran\u00e7aise par tous les moyens \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire surtout par les moyens \u00e0 poigne. Elle tend \u00e0 constituer cette minorit\u00e9 \u00e9nergique et consciente, cette \u00ab brigade de fer \u00bb dont parlent sans cesse les orateurs royalistes, et qui, un beau jour (ou une belle nuit) coupera le cou \u00e0 Marianne. Je crois que seul l\u2019emploi des moyens violents nous tirera d\u2019affaire et nous installera au pouvoir ; voil\u00e0 pourquoi j\u2019ai fait tant de propagande pour l\u2019Action fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 25 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 croyant qu\u2019il y a une messe de congr\u00e9gation, mais il n\u2019y en a pas, elle a \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9e d\u2019un jour sans que j\u2019en sache rien ; je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 la chapelle de la rue Rabelais. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais diff\u00e9rentes commissions et je suis le cours de M. Courtois. \u00c0 7 heures, je vais d\u00eener chez Mme de La Villebiot&nbsp;; c\u2019est un d\u00eener de jeunes gens, d\u2019amis de Ren\u00e9 ; les autres invit\u00e9s sont Jean de Jourdan et De La Chevreli\u00e8re ; je me retire de bonne heure (9h \u00bd) et je vais aux bureaux du <em>Maine-et-Loire<\/em> o\u00f9 nous nous r\u00e9unissons, un certain nombre, pour faire les adresses des convocations pour la conf\u00e9rence Montesquiou ; j\u2019y reste jusqu\u2019\u00e0 minuit. J\u2019y apprends que M. de Blois ne pourra pas nous pr\u00e9sider, le comit\u00e9 officiel royaliste ne le lui permettant pas. Pourquoi&nbsp;? Myst\u00e8re. Ces vieux membres du comit\u00e9, qui n\u2019organisent jamais aucune manifestation royaliste, sont-ils jaloux de voir des jeunes gens leur damner le pion, ou bien ont-ils peur, \u00e9tant la plupart d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9nateurs, conseillers g\u00e9n\u00e9raux ou d\u2019arrondissement, de n\u2019\u00eatre pas r\u00e9\u00e9lus s\u2019ils se montrent trop carr\u00e9ment sous leur vrai jour ? Je ne sais, mais je suis tent\u00e9 de croire qu\u2019ils ne sont pas f\u00e2ch\u00e9s de nous laisser aller de l\u2019avant, de nous pousser au besoin, \u00e0 condition de ne pas se compromettre. Enfin nous verrons ce qui adviendra.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 26 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous au concert populaire du Cirque qui est le dernier de la saison ; programme superbe ; on y applaudit notamment avec fr\u00e9n\u00e9sie un pianiste hors ligne M. Cortot. Ensuite, je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Alfred_Cortot_01.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"525\" height=\"624\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Alfred_Cortot_01.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-313\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Alfred_Cortot_01.jpg 525w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Alfred_Cortot_01-252x300.jpg 252w\" sizes=\"auto, (max-width: 525px) 100vw, 525px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Alfred Cortot (1877-1962), pianiste fran\u00e7ais \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 31 mars 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 27 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le grand \u00e9v\u00e9nement d\u2019aujourd\u2019hui c\u2019est l\u2019apparition d\u2019un manifeste de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans ; il est adress\u00e9 au pr\u00e9sident des comit\u00e9s royalistes et a \u00e9t\u00e9 lu hier par M. Paul B\u00e9zine aux pr\u00e9sidents de plusieurs comit\u00e9s royalistes d\u00e9partementaux r\u00e9unis \u00e0 Paris. Mais il s\u2019adresse \u00e0 toute la France, et sera accueilli par les royalistes avec joie et respect, par tous les bons Fran\u00e7ais avec d\u00e9f\u00e9rence. Tous ne peuvent manquer d\u2019\u00eatre frapp\u00e9s de la nettet\u00e9 avec laquelle le descendant des rois qui firent la France indique le vice constitutionnel du r\u00e9gime qui la tue et les rem\u00e8des que la Monarchie apportera aux maux caus\u00e9s par la r\u00e9publique.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19050327.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"616\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19050327-616x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-314\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19050327-616x1024.jpg 616w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19050327-181x300.jpg 181w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19050327-768x1276.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19050327-924x1536.jpg 924w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19050327.jpg 1232w\" sizes=\"auto, (max-width: 616px) 100vw, 616px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse du manifeste du duc d&rsquo;Orl\u00e9ans coll\u00e9e par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans son journal au 27 mars 1905<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce manifeste arrive \u00e0 un moment tr\u00e8s bien choisi : L\u2019opposition nationaliste, qui avait sembl\u00e9 un moment dangereuse pour le r\u00e9gime juif et ma\u00e7onnique, a perdu sa force et la confiance des patriotes par sa reculade devant le minist\u00e8re Rouvier ; ceux des Catholiques qui s\u2019obstinent \u00e0 s\u2019appeler \u00ab lib\u00e9raux \u00bb et \u00e0 marcher au combat le visage masqu\u00e9, ont accueilli, eux aussi, avec une confiance quelque peu na\u00efve le minist\u00e8re Rouvier qui les roule, et se trouvent maintenant dans une posture ridicule. Seuls les hommes de droite, qui pensent que les maux dont souffre la France ne viennent pas de tel ou tel minist\u00e8re mais du r\u00e9gime r\u00e9publicain issu de la R\u00e9volution, ne se sont pas laiss\u00e9s prendre aux pi\u00e8ges de Rouvier, et peuvent dire \u00e0 la Nation, le front haut : \u00ab nous ne sommes pas responsables des trahisons, des pers\u00e9cutions de ce minist\u00e8re, car nous lui avons refus\u00e9 notre confiance sachant qu\u2019il n\u2019est pas ma\u00eetre de ne pas nous combattre \u00bb. La parole royale ne pouvait donc venir plus opportun\u00e9ment ; je crois qu\u2019elle est appel\u00e9e \u00e0 un grand retentissement. Tous les journaux du matin la publient, la plupart (les journaux conservateurs) avec des louanges ; <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em>, en particulier, l\u2019accueille avec joie, et c\u2019est significatif. Voyons quelle va \u00eatre l\u2019attitude des journaux ralli\u00e9s. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 28 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les journaux s\u2019occupent du manifeste du duc d\u2019Orl\u00e9ans. <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>, <em>La Gazette de France<\/em>, <em>Le Soleil<\/em>, <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em>, <em>Le Gaulois<\/em>, pour ne compter que les journaux de Paris, l\u2019accueillent comme la parole lib\u00e9ratrice, celle qui indique \u00e0 l\u2019opposition sa vraie voie si elle veut vaincre ; <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em>, notamment, qui n\u2019est plus bonapartiste comme autrefois, mais solutionniste, s\u2019\u00e9crie que, \u00e0 l\u2019exemple de son fondateur Paul de Cassagnac, elle est pr\u00eate \u00e0 accepter le premier homme qui nous d\u00e9livrera du r\u00e9gime actuel, voil\u00e0 pourquoi la parole royale lui cause tant de joie. Parmi les autres journaux conservateurs ou nationalistes, <em>La Libre Parole<\/em> le publie sans commentaire, mais le sens de l\u2019article de Drumont r\u00e9pond \u00e0 merveille aux id\u00e9es expos\u00e9es dans le manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est l\u2019attitude des deux journaux catholiques ralli\u00e9s, <em>La Croix<\/em> et <em>L\u2019Univers<\/em>, qui est curieuse \u00e0 observer ; <em>La Croix<\/em>, qui n\u2019a pas de mots trop flatteurs pour les r\u00e9publicains progressistes ou m\u00eame dissidents du Bloc quand, par hasard, ces hommes qui ont tant combattu la religion, la d\u00e9fendent pour une fois avec plus ou moins de vigueur uniquement au nom de la libert\u00e9, publie sans aucun commentaire, et seulement en seconde page, le manifeste du chef de la Maison de France, elle ne trouve pas un mot d\u2019approbation aux paroles si chr\u00e9tiennes de ce manifeste sur les rapports de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, voil\u00e0 l\u2019impartialit\u00e9 de ces ralli\u00e9s ! Quant \u00e0 <em>L\u2019Univers<\/em>, les 5 lignes dont il fait suivre la publication, en seconde page aussi, du manifeste sont tellement niaises et grotesques qu\u2019il aurait mieux valu, certes, ne rien mettre du tout. Il constate que, sauf le retour \u00e0 la Monarchie, le programme du duc d\u2019Orl\u00e9ans est celui de tous les lib\u00e9raux (!!!). Oh l\u00e0, nos chers lib\u00e9raux, expliquez-vous et dites-moi, je vous prie, par quels moyens, en dehors de la restauration de la Monarchie, vous pourrez assurer l\u2019ex\u00e9cution de ce programme ? Que vous le vouliez ou non, votre r\u00e9publique, non celle que vous b\u00e2tirez dans les nu\u00e9es, mais celle qui existe, que nous voyons, est la n\u00e9gation m\u00eame de ce programme ; vous feriez mieux de le reconna\u00eetre et de scander avec nous que votre exp\u00e9rience, votre \u00ab&nbsp;essai loyal&nbsp;\u00bb de la r\u00e9publique a abouti \u00e0 un d\u00e9sastre et qu\u2019il est temps d\u2019essayer d\u2019autre chose et de revenir au milieu de vos anciens compagnons de lutte, batailler pour Dieu et pour le Roi, au lieu de continuer \u00e0 pactiser avec l\u2019ennemi et \u00e0 \u00eatre pour lui un objet de m\u00e9pris, et pour nous un sujet de honte. Parmi les journaux r\u00e9publicains, les uns raillent sans discuter, les autres, <em>Le Temps<\/em> par exemple, font des r\u00e9flexions genre <em>Univers<\/em> que <em>Le Gaulois<\/em> n\u2019a pas de peine \u00e0 r\u00e9duire en poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Courtois. Le soir, nous sommes 8 \u00e0 nous r\u00e9unir au <em>Maine-et-Loire<\/em> pour la pr\u00e9paration des invitations \u00e0 la conf\u00e9rence Montesquiou. Nous y restons jusqu\u2019\u00e0 minuit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 29 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne l\u00e8ve assez tard. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur ; ensuite, je vais faire deux visites : Mme Robiou du Pont et Mme de La Villebiot ; \u00e0 5 h \u00bd cours du P. Corbill\u00e9. On publie aujourd\u2019hui une importante lettre adress\u00e9e par les cardinaux fran\u00e7ais \u00e0 M. Loubet pour protester contre le projet de loi de s\u00e9paration ; la lettre est \u00e9nergique et laisse entendre que les Catholiques n\u2019accepteront pas le joug qu\u2019on veut leur imposer ; tr\u00e8s bien. On continue \u00e0 parler beaucoup de la lettre du duc d\u2019Orl\u00e9ans ; elle a produit beaucoup d\u2019effet d\u00e9cid\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 30 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe d\u2019un rapport que je dois lire lundi ou dimanche \u00e0 une des s\u00e9ances de l\u2019Assembl\u00e9e r\u00e9gionale de Saint-Vincent-de-Paul, il sera assez long. Je fais aussi un grand nombre de lettres qu\u2019on doit adresser \u00e0 des personnages marquants : s\u00e9nateurs, d\u00e9put\u00e9s, conseillers g\u00e9n\u00e9raux, pour les inviter \u00e0 la conf\u00e9rence Montesquiou. Je vais faire ma visite de digestion \u00e0 la comtesse de Chappedelaine. Le soir, au <em>Maine-et-Loire<\/em>, nous faisons encore un grand nombre d\u2019adresses jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de onze heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 31 mars 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Notre-Dame, et \u00e0 ma le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Saint-Maur et Gavouy\u00e8re. Le soir, dans les bureaux du <em>Maine-et-Loire<\/em>, r\u00e9union de la section de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise ; pr\u00e9sidence de M. de Villoutreys ; nous lisons un article du <em>Patriote de l\u2019Ouest<\/em> qui nous attaque et nous d\u00e9cidons de ne pas lui r\u00e9pondre, on verra apr\u00e8s la conf\u00e9rence. Plusieurs nouveaux membres se sont fait inscrire. Nous savons pourquoi M. de Blois ne nous pr\u00e9sidera pas ; le comit\u00e9 officiel royaliste, pr\u00e9sid\u00e9 par M. de La Bourdonnaye, ne le lui a pas interdit mais M. de La Bourdonnaye s\u2019est montr\u00e9 un peu froiss\u00e9 de ce que M. de Blois ne l\u2019ait pas consult\u00e9, et, alors, par d\u00e9f\u00e9rence, M. de Blois a renonc\u00e9 \u00e0 pr\u00e9sider la r\u00e9union de samedi prochain ; nous serons pr\u00e9sid\u00e9s par M. Roger Lambelin que M. de Blois lui-m\u00eame nous a trouv\u00e9. Nous sommes, d\u2019ailleurs, en d\u00e9pit de ce petit malentendu, parfaitement d\u2019accord avec le comit\u00e9 royaliste officiel de Maine-et-Loire puisqu\u2019il nous donne 100 francs pour notre conf\u00e9rence. On d\u00e9cide la cr\u00e9ation d\u2019un comit\u00e9 de dames royalistes comme il s\u2019en est fond\u00e9, depuis quelque temps, dans beaucoup de villes.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avril 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 avril 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 1<sup>er<\/sup> avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin vers 8h \u00bc arrive l\u2019oncle Xavier qui profite de ce qu\u2019il vient accompagner Maurice \u00e0 l\u2019\u00e9cole de cavalerie de Saumur o\u00f9 il entre pour un an, pour venir nous voir ; il ne restera malheureusement que jusqu\u2019\u00e0 demain soir. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques&nbsp;; \u00e0 5h, je suis \u00e0 la salle de la place Saint-Martin (biblioth\u00e8que des conf\u00e9rences) o\u00f9 les bureaux des conf\u00e9rences sont convoqu\u00e9s pour \u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 M. Calon, pr\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral des conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul du monde entier, venu \u00e0 Angers pour pr\u00e9sider l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale r\u00e9gionale qui aura lieu demain et o\u00f9 viendront des confr\u00e8res de 8 dioc\u00e8ses y compris Angers. Apr\u00e8s la pr\u00e9sentation, je me prom\u00e8ne un moment, puis je vais d\u00eener chez M. Frog\u00e9 qui a eu l\u2019amabilit\u00e9 de m\u2019inviter, en sa qualit\u00e9 de secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Angers, avec M. Calon, son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral tout pour la France le vicomte d\u2019Hendecourt et quelques membres des conf\u00e9rences d\u2019Angers, M. Jac, M. Sigot etc. Je rentre de bonne heure apr\u00e8s d\u00eener de fa\u00e7on \u00e0 passer la soir\u00e9e avec l\u2019oncle Xavier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 2 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, je suis pris presque toute la journ\u00e9e par l\u2019Assembl\u00e9e r\u00e9gionale. A 7h \u00bc du matin, messe de communion par Mgr Rumeau dans la chapelle de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 ; ensuite petit d\u00e9jeuner pris chez Vullage. Puis premi\u00e8re s\u00e9ance de travail 2 rue Saint-Aignan, de 9h \u00e0 10h \u00bd ; elle ne comporte pas de rapport \u00e9crit ; chaque pr\u00e9sident de conseil central est interrog\u00e9 par M. Calon et parle un moment sur son conseil, \u00e9change de vues tr\u00e8s int\u00e9ressant. A 11h, messe annuelle des hommes d\u2019\u0153uvres \u00e0 la cath\u00e9drale&nbsp;; il y a l\u00e0, comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, plusieurs milliers d\u2019hommes ; je porte la banni\u00e8re de Saint-Vincent-de-Paul dans le ch\u0153ur. \u00c0 midi, banquet de 200 couverts pr\u00e9sid\u00e9 par Monseigneur dans la salle synodale de l\u2019Ev\u00each\u00e9 ; toast de M. Calon \u00e0 Pie X ; un grand nombre de confr\u00e8res d\u2019Angers y assistent ; on m\u2019a mis \u00e0 la table d\u2019honneur, je ne sais trop pourquoi&nbsp;! \u00c0 2h, dans l\u2019ancienne \u00e9glise Saint-Martin, seconde r\u00e9union de travail pr\u00e9sid\u00e9e par Monseigneur ; on y entend plusieurs rapports \u00e9crits et un discours de Monseigneur. Elle se termine par une qu\u00eate que je fais avec Dupr\u00e9&nbsp;; elle produit beaucoup. Apr\u00e8s cette s\u00e9ance, je suis passablement satisfait de pouvoir rentrer \u00e0 la maison ; je ne m\u2019arr\u00eate pas \u00e0 regarder passer la cavalcade ; nous causons jusqu\u2019au soir avec l\u2019oncle Xavier que j\u2019ai d\u00fb n\u00e9gliger beaucoup ce matin. Le soir, les Lelong que l\u2019oncle Xavier a beaucoup connus \u00e0 Verdun, le g\u00e9n\u00e9ral, surtout, viennent prendre le th\u00e9. L\u2019oncle Xavier part \u00e0 10 h \u00bc pour Paris.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 avril 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 3 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur. Je passe une heure de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 distribuer dans une foule de rues des invitations personnelles \u00e0 la conf\u00e9rence Montesquiou ; nous sommes une foule d\u2019\u00e9tudiants ou de jeunes gens, membres de l\u2019Action fran\u00e7aise, qui nous sommes distribu\u00e9s cette besogne peu amusante mais n\u00e9cessaire. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis ; conf\u00e9rence de Labb\u00e9 sur \u00ab&nbsp;Les droits du p\u00e8re de famille en mati\u00e8re d\u2019enseignement&nbsp;\u00bb&nbsp;; Herv\u00e9-Bazin, arriv\u00e9 \u00e0 4 heures d\u2019Arcachon, y assistait ; M. Ren\u00e9 Bazin, rentr\u00e9 de Paris depuis quelques jours, a repris ses fonctions de directeur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 4 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je distribue des invitations et je vais voir Herv\u00e9-Bazin. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Courtois ; avant et apr\u00e8s ce cours, je distribue des invitations.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 5 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8 heures, cours extraordinaire de M. Gavouy\u00e8re ; ensuite, je distribue quelques invitations. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h \u00bd, conseil particulier de Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; ensuite, je porte des invitations, puis je vais au cours du P. Corbill\u00e9. Apr\u00e8s d\u00eener, au <em>Maine-et-Loire<\/em>, r\u00e9union de la section d\u2019Action fran\u00e7aise ; M. M\u00e9diadec de Quinquis, de Nantes, qui est ici pour quelques jours, y assiste ; on prend diff\u00e9rentes d\u00e9cisions.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On parle beaucoup depuis quelques jours, des paroles si hautaines, si d\u00e9daigneuses pour la France de Guillaume II \u00e0 Tanger ; cet empereur affecte de ne pas prendre au s\u00e9rieux l\u2019accord franco-anglo-espagnol au sujet du Maroc, et le gouvernement, si arrogant nagu\u00e8re vis-\u00e0-vis du pape, plie l\u2019\u00e9chine maintenant devant le roi de Prusse ; que pourrait-il faire d\u2019ailleurs, dans l\u2019\u00e9tat de d\u00e9sorganisation o\u00f9 10 ans de dreyfusisme et 4 ans de d\u00e9lation ma\u00e7onnique ont mis l\u2019Arm\u00e9e ? Et au moment o\u00f9 notre alli\u00e9e sur terre la Russie ne nous serait d\u2019aucun secours ? C\u2019est tout de m\u00eame dur pour notre patriotisme !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 6 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je porte encore quelques convocations et je vais voir mon camarade Segot qui est malade depuis 3 semaines ; visite des pauvres. L\u2019apr\u00e8s-midi, on distribue les derni\u00e8res convocations, j\u2019en fais porter par le domestique Joseph dans le quartier Saint-Serge. Je vais faire une visite de digestion \u00e0 Mme Frog\u00e9. \u00c0 5 heures, Conf\u00e9rence Freppel&nbsp;; int\u00e9ressant travail de Lucas sur \u00ab La Tradition et le progr\u00e8s \u00bb&nbsp;; \u00e0 l\u2019encontre de ce qu\u2019avait affirm\u00e9 il y a quinze jours le silloniste Brusset, Lucas dit que le vrai progr\u00e8s en France doit s\u2019appuyer sur cet organe fondamental de notre patrie, la royaut\u00e9&nbsp;; c\u2019est tr\u00e8s vrai ! M. M\u00e9riadec de Quinquis assistait \u00e0 la conf\u00e9rence. Le soir, je vais au sermon du P. Van den Bruhl \u00e0 la cath\u00e9drale&nbsp;; il pr\u00eache contre le divorce. On parle depuis quelques jours d\u2019un complot qu\u2019on aurait d\u00e9couvert contre la r\u00e9publique ; jusqu\u2019ici on n\u2019a pas relev\u00e9 beaucoup de preuves ; on ne peut dire encore s\u2019il s\u2019agit d\u2019un vrai complot ou d\u2019un coup mont\u00e9 par la police sur l\u2019ordre du minist\u00e8re pour consolider la situation de celui-ci en lui permettant de monter au Capitole&nbsp;; dans tous les cas, s\u2019il s\u2019agit d\u2019un vrai complot, ce n\u2019est pas un complot royaliste, c\u2019est, je crois, un complot bonapartiste. Nous voici donc dans l\u2019\u00e8re des complots ; c\u2019est par-l\u00e0, ou je ne m\u2019y connais pas, que la r\u00e9publique p\u00e9rira et que la France sera sauv\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 7 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il n\u2019y a plus rien \u00e0 faire aujourd\u2019hui, toutes les invitations sont port\u00e9es \u00e0 leurs adresses ; La Morini\u00e8re est attaqu\u00e9 dans <em>Le Patriote de l\u2019Ouest<\/em>. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Saint-Maur et Gavouy\u00e8re. Le soir, r\u00e9union, au <em>Maine et Loire<\/em>, de la section angevine de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise, on y prend les derni\u00e8res dispositions pour la conf\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 8 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je fais diverses commissions ; je vais demander \u00e0 M. Courtois de retarder un peu l\u2019heure du cours de l\u2019apr\u00e8s-midi. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez Dupr\u00e9, \u00e0 la Belle Jardini\u00e8re et au cours de M. Courtois. \u00c0 6h., je suis au Grand H\u00f4tel, la boutonni\u00e8re fleurie d\u2019un \u0153illet blanc ; M. de Montesquiou et M. de Roux sont arriv\u00e9s ; M. Roger Lambelin, malheureusement, n\u2019a pas pu venir ; c\u2019est notre pr\u00e9sident M. de Villoutreys qui pr\u00e9sidera la r\u00e9union. \u00c0 6 h. \u00bd, nous sommes dans une des salles \u00e0 manger de l\u2019h\u00f4tel ; nous sommes une quarantaine. Les commissaires (une vingtaine) se distribuent les r\u00f4les dans la salle des f\u00eates ; je fais entrer et placer beaucoup de monde ; d\u2019autres commissaires distribuent le r\u00e9cent manifeste du duc d\u2019Orl\u00e9ans et le <em>Manuel du royaliste<\/em> de M. Bacconier \u00e0 toutes les personnes qui entrent. Il arrive environ 900 \u00e0 1000 personnes, la salle est archicomble, les tribunes aussi, et pas mal de personnes sont oblig\u00e9es de se tenir debout au fond ou dans le vestibule ; c\u2019est un beau succ\u00e8s. A 9h moins un quart, M. de Villoutreys pr\u00e9sente les orateurs ; M. Martin lit une lettre d\u2019excuse de Mgr de Kermaeret qui est une profession de foi royaliste, puis M. de Montesquiou<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a> prononce son discours sur \u00ab Les \u00c9tapes d\u2019une pens\u00e9e de l\u2019Anarchie \u00e0 la Monarchie \u00bb ; il montre avec un grand talent et une merveilleuse nettet\u00e9 le chemin qui a \u00e9t\u00e9 parcouru par sa pens\u00e9e, par celle de la plupart des fondateurs et de beaucoup de lecteurs de la revue <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> et probablement aussi par celle d\u2019un grand nombre de patriotes, de la foi na\u00efve et irraisonn\u00e9e dans la bont\u00e9 des principes r\u00e9volutionnaires et, par cons\u00e9quent, de la r\u00e9publique, \u00e0 la monarchie ; cette \u00e9volution a commenc\u00e9 quand les \u00e9v\u00e9nements politiques, l\u2019affaire Dreyfus, surtout, sont venus montrer aux patriotes intelligents, que l\u2019application int\u00e9grale de ces n\u00e9fastes principes de 89 aboutissaient \u00e0 la n\u00e9gation de la patrie et l\u00e9gitimaient tous les attentats auxquels nous assistons depuis quelques ann\u00e9es et qui, meurtriers des libert\u00e9s, se font pr\u00e9cis\u00e9ment au nom de la libert\u00e9. \u00c0 ce propos, M. de Montesquiou montre que \u00ab&nbsp;la libert\u00e9&nbsp;\u00bb telle que l\u2019entendent les hommes imbus des id\u00e9es de 89 n\u2019est une vaine abstraction, une chim\u00e8re, car l\u2019homme, tout comme tous les \u00eatres, et, par cons\u00e9quent la soci\u00e9t\u00e9 est soumise \u00e0 des lois contre lesquelles il ne peut pas impun\u00e9ment se r\u00e9volter ; l\u2019application des principes de 89 est une r\u00e9volte contre ces lois morales et politiques, voil\u00e0 pourquoi ils aboutissent \u00e0 des d\u00e9sastres. Au lieu de concevoir des id\u00e9es chim\u00e9riques, comme celle de la libert\u00e9 abstraie, et de poser en principe que le gouvernement sera model\u00e9 sur ces id\u00e9es, ce qui est la grande erreur r\u00e9volutionnaire, on doit chercher les lois qui nous r\u00e9gissent et, basant le salut public sur ce principe, s\u2019efforcer de conformer le gouvernement \u00e0 ces lois ; c\u2019est ce qu\u2019on a fait \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise, et cette recherche, a amen\u00e9 les penseurs de l\u2019Action fran\u00e7aise, qui \u00e9taient r\u00e9publicains au d\u00e9but, \u00e0 reconna\u00eetre que la Monarchie est le gouvernement command\u00e9 par les lois qui r\u00e9gissent la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise ; le salut public exige le retour de la Monarchie qui a fait la France : Monarchie h\u00e9r\u00e9ditaire, traditionnelle, antiparlementaire et d\u00e9centralis\u00e9e. Cette monarchie donnera \u00e0 la France, au lieu d\u2019une vaine libert\u00e9 qu\u2019on lui montre mais qu\u2019on ne lui donne pas, de vraies libert\u00e9s provinciales, corporatives, etc. par la d\u00e9centralisation&nbsp;; elle sera l\u2019organe des int\u00e9r\u00eats g\u00e9n\u00e9raux du pays, l\u2019organe du salut public. Apr\u00e8s ce discours, irr\u00e9futable, et tr\u00e8s convaincant pour les hommes un peu instruits, mais, il faut bien le dire, difficile \u00e0 suivre pour les ouvriers et pour les dames, M. de Roux<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, jeune avocat de Poitiers, fait un discours plus accessible \u00e0 la masse dans lequel il parle du comte de Chambord, du comte de Paris et du duc d\u2019Orl\u00e9ans, et, preuves en mains, montre que ces princes, du fond de leur exil, ont toujours suivi avec un patriotique int\u00e9r\u00eat les affaires de France et ont eu \u00e0 un tel point le sens des int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais qu\u2019ils ont trac\u00e9 par avance dans leurs \u00e9crits le plan des r\u00e9formes n\u00e9cessaires comme le droit de gr\u00e8ve, la libert\u00e9 syndicale, la libert\u00e9 d\u2019association ; ils auraient donc fait d\u2019excellents rois \u00e0 la hauteur de leur mission. Il montre aussi que les \u00c9tats r\u00e9publicains d\u2019Europe ont d\u00fb abandonner la r\u00e9publique ou ont p\u00e9ri de la r\u00e9publique, et il cite l\u2019exemple de la Hollande et de la Pologne ; enfin il dit que la r\u00e9publique a \u00e9t\u00e9 voulue en France par Bismarck afin de nous r\u00e9duire \u00e0 l\u2019impuissance, c\u2019est l\u00e0 la meilleure preuve de la n\u00e9cessit\u00e9 de la Monarchie pour nous relever.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/500px-Montesquiou_Fezensac_Leon.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"590\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/500px-Montesquiou_Fezensac_Leon.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-315\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/500px-Montesquiou_Fezensac_Leon.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/500px-Montesquiou_Fezensac_Leon-254x300.jpg 254w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u00e9on de Montesquiou par&nbsp;Maurice Joron \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. de Villoutreys remercie les orateurs et invite les assistants \u00e0 faire de la propagande royaliste. Il a soin de dire que les monarchistes n\u2019ont point l\u2019intention de cr\u00e9er une scission entre Catholiques ; ils seront toujours au premier rang pour la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats religieux ; la Royaut\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 le soutien de la religion en France et, en 93, les royalistes moururent pour Dieu et pour le Roi. Il termine par le cri de \u00ab&nbsp;Vive le Roi&nbsp;\u00bb, r\u00e9p\u00e9t\u00e9 par une bonne partie de l\u2019assistance ; pour mon compte, je le crie de toutes mes forces !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute la salle ne nous \u00e9tait pas favorable&nbsp;; il y avait quelques ralli\u00e9s, et un tout petit nombre de pl\u00e9biscitaires et de socialistes&nbsp;; mais la grande majorit\u00e9 \u00e9tait catholique et royaliste. Apr\u00e8s la r\u00e9union, je monte dans un salon de l\u2019h\u00f4tel avec la plupart des commissaires, MM. de Montesquiou, de Villoutreys, Martin, de Roux, et Fran\u00e7ois Delahaye qui \u00e9tait l\u00e0 comme reporter du <em>Maine-et-Loire<\/em> et du <em>R\u00e9veil de l\u2019Ouest<\/em>. Au nom de la Section angevine de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise, on envoie un t\u00e9l\u00e9gramme de fid\u00e9lit\u00e9 au duc d\u2019Orl\u00e9ans. En somme, excellente soir\u00e9e et qui aura, je l\u2019esp\u00e8re, d\u2019excellents effets \u00e0 Angers ; je me f\u00e9licite vivement, <em>in petto<\/em>, et je suis fier d\u2019avoir lanc\u00e9 l\u2019id\u00e9e de cette conf\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 9 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais attendre Maurice qui arrive de Saumur pour passer la journ\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui avec nous ; nous allons ensemble \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons ensemble nous promener \u00e0 Erign\u00e9 ; nous montons \u00e0 la roche de M\u00fbrs, o\u00f9 on a \u00e9lev\u00e9 un monument, bien m\u00e9diocre, \u00e0 la r\u00e9publique en souvenir de la bataille qui eut lieu \u00e0 cet endroit en 1793 ; je constate avec joie que sur le socle du monument, une main bien inspir\u00e9e, a \u00e9crit \u00e0 la peinture en lettres \u00e9normes : \u00ab \u00c0 bas la r\u00e9publique, vive le Roi ; Loubet est un co&#8230;, Combes est un co&#8230; ; toutes les ministres sont des co&#8230; ; m\u2026 pour la r\u00e9publique&nbsp;\u00bb ; cette inscription et la fleur de lys que la m\u00eame main, sans doute, a peinte sur ce socle sont ce qu\u2019il y a de plus apparent quand on approche du monument. De la roche de M\u00fbrs, le point de vue est merveilleux. Apr\u00e8s d\u00eener, nous accompagnons Maurice \u00e0 la gare pour le train de 7h50 mais l\u00e0 nous apprenons que ce train n\u2019existe que les jours de foire ; Maurice rentre donc \u00e0 la maison jusqu\u2019\u00e0 10h et il quitte Angers par le train de 10h27.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 16 avril 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 10 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je recueille des appr\u00e9ciations sur la conf\u00e9rence de samedi ; en g\u00e9n\u00e9ral, on trouve le discours de M. de Montesquiou tr\u00e8s convaincant, tr\u00e8s bien fait, mais on s\u2019accorde \u00e0 dire que, parfait pour un milieu intellectuel, il \u00e9tait difficile \u00e0 suivre pour les ouvriers ; pour ceux-l\u00e0, le discours de M. de Roux, \u00e0 la port\u00e9e de toutes les intelligences, a \u00e9t\u00e9 excellent. Le <em>Maine-et-Loire<\/em> publie un excellent compte-rendu de la conf\u00e9rence. \u00c0 2h, je transporte un grand nombre de manuels et de manifestes qui sont rest\u00e9s, du Grand H\u00f4tel chez un membre de la Ligue, avec une voiture. A 2h \u00bd cours de M. Saint-Maur. A 10h, je vais accompagner \u00e0 la gare Maman qui part pour Paris ; elle y restera jusqu\u2019\u00e0 vendredi ; c\u2019est le premier acte de ses vacances de P\u00e2ques. Celles-ci seront, d\u2019ailleurs, assez mouvement\u00e9es&nbsp;: nous partirons tous mardi, Papa pour Ille, Philom\u00e8ne pour Sainte-Croix, Maman et moi pour Biarritz ; je resterai \u00e0 Biarritz jusque vers le 10 mai ; de l\u00e0, en m\u2019arr\u00eatant probablement \u00e0 Lourdes, j\u2019irai \u00e0 Ille ou \u00e0 Vin\u00e7a, o\u00f9 je resterai jusqu\u2019apr\u00e8s le mariage de Louise de Llamby qui aura lieu le 24 mai \u00e0 Perpignan ; Maman quittera Biarritz vers le 12 ou le 13 mai&nbsp;; ira prendre Philo \u00e0 Sainte-Croix et elles iront ensemble \u00e0 Saint-\u00c9tienne o\u00f9 elles assisteront le 16 mai au mariage de Genevi\u00e8ve Delestrac&nbsp;; de l\u00e0, Maman viendra me rejoindre en Roussillon, afin d\u2019assister au mariage Llamby ; quant \u00e0 Papa, il assistera le 27 avril au mariage de Marguerite Gout de Bize \u00e0 Perpignan et \u00e0 Boa\u00e7\u00e0, rentrera plus tard \u00e0 Angers (vers le 10 mai) apr\u00e8s avoir pass\u00e9, peut-\u00eatre, deux ou 3 jours \u00e0 Biarritz, et d\u2019Angers, ira \u00e0 Saint-\u00c9tienne pour y rejoindre Philom\u00e8ne qu\u2019il ram\u00e8nera ici. C\u2019est donc une s\u00e9rie de combinaisons peu banale. Moi, je ne serai de retour ici qu\u2019\u00e0 la fin de mai, et je n\u2019aurai gu\u00e8re que 6 semaines avant mon examen. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis, M. Ren\u00e9 Bazin nous lit les premiers chapitres de son nouveau roman <em>L\u2019Isol\u00e9e<\/em> qui est l\u2019histoire d\u2019une religieuse lyonnaise forc\u00e9e par la pers\u00e9cution de se s\u00e9culariser et qui tombe dans le ruisseau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 11 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui commence le triduum pr\u00e9paratoire \u00e0 la Communion pascale que le P. Van den Bruhl pr\u00eache \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 : messe \u00e0 8 h suivie d\u2019une instruction&nbsp;; apr\u00e8s, \u00e0 9 h., cours de M. Gavouy\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Courtois. Le soir, je vais voir jouer avec Papa, au Th\u00e9\u00e2tre municipal : <em>Polyeucte<\/em> et <em>Le Malade imaginaire<\/em>, par une troupe de l\u2019Od\u00e9on ; les deux pi\u00e8ces classiques sont fort bien interpr\u00e9t\u00e9es, surtout la trag\u00e9die.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 12 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La matin seconde journ\u00e9e du triduum&nbsp;; mais je n\u2019arrive \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 que pour entendre l\u2019instruction, car, m\u2019\u00e9tant couch\u00e9 \u00e0 minuit pass\u00e9, je n\u2019ai pas entendu le r\u00e9veil \u00e0 6h \u00bd et je me suis r\u00e9veill\u00e9 apr\u00e8s 7h \u00bd&nbsp;; vite, je me presse de me lever sans avoir le temps de prendre ma douche et j\u2019arrive \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 \u00e0 8h \u00bc \u00e0 peu pr\u00e8s. L\u2019apr\u00e8s-midi cours de M. Saint-Maur. Le soir, r\u00e9union, au <em>Maine-et-Loire<\/em>, de la section d\u2019Action fran\u00e7aise ; on annonce plusieurs adh\u00e9sions nouvelles : MM. de Grainville, de Soland, Mgr de Kermaeret ; nous sommes maintenant une soixantaine. On va s\u2019occuper de former le comit\u00e9 de dames royalistes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 13 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de cours aujourd\u2019hui. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la m\u00e9nagerie internationale \u00e0 la foire Saint-Laud ; je me fais couper les cheveux, je vais me confesser au P. Van den Bruhl parce que je n\u2019ai pu rencontrer l\u2019abb\u00e9 Bossard ; enfin, j\u2019assiste \u00e0 la Conf\u00e9rence Freppel. Apr\u00e8s d\u00eener, nous allons au sermon du P. Van den Bruhl \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 14 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8 heures, messe de communion \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 (chapelle Saint-Martin) j\u2019y gagne mes P\u00e2ques&nbsp;; ensuite, je fais plusieurs commissions, le\u00e7on de chant, je vais voir mes pauvres. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Saint-Maur et Gavouy\u00e8re, salle d\u2019armes. \u00c0 6 heures, je suis tout surpris de voir Maman qui ne s\u2019\u00e9tait annonc\u00e9e que pour 11h48 ; \u00e9tant un peu fatigu\u00e9e, elle a renonc\u00e9 \u00e0 s\u2019arr\u00eater \u00e0 Versailles, ce qui l\u2019a fait arriver bien plus t\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 15 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais diverses commissions ; je vais voir La Morini\u00e8re ; cours de M. Courtois. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 16 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7 heures, je vais avec Papa \u00e0 la chapelle de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 o\u00f9 Monseigneur c\u00e9l\u00e8bre la messe pour les membres des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul et pour les familles visit\u00e9es par ces conf\u00e9rences. Cette messe, \u00e0 cause des convocations et des pr\u00e9paratifs, m\u2019a beaucoup occup\u00e9 ces derniers jours. Monseigneur donne la communion qui peut servir de communion pascale ; ensuite on distribue des brioches b\u00e9nites et des images. Je retourne \u00e0 l\u2019office des Rameaux et \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Serge ; elle dure jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de midi. L\u2019apr\u00e8s-midi, je lis jusqu\u2019\u00e0 4 heures \u00bc, puis je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration et je vais voir Des Loges que je ne rencontre pas.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 avril 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 17 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8h \u00bd cours de M. Saint-Maur, c\u2019est le dernier avant les vacances de P\u00e2ques. \u00c0 9h \u00bd, je suis, place Saint-Martin, \u00e0 la r\u00e9union du conseil central des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul pour remplir mes fonctions de secr\u00e9taire ; il y a l\u00e0 des pr\u00e9sidents de conf\u00e9rence ou des directeurs d\u2019\u0153uvres venus un peu de tous les points de l\u2019Anjou. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir le P. Lionnet. Je sors et fais quelques commissions avec Philom\u00e8ne. Le soir, r\u00e9union de l\u2019Action fran\u00e7aise, au <em>Maine-et-Loire<\/em> ; nous sommes tr\u00e8s peu nombreux car il y a eu un contre-ordre que tout le monde n\u2019a pas re\u00e7u ; ceux qui sont pr\u00e9sents tiennent cependant s\u00e9ance. Papa et Philom\u00e8ne partent \u00e0 8 heures 25 du soir pour Sainte-Croix o\u00f9 Papa va accompagner Philom\u00e8ne&nbsp;; nous retrouverons Papa apr\u00e8s demain matin \u00e0 la gare d\u2019Angoul\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mercredi 19 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais quelques commissions dans la matin\u00e9e d\u2019hier ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vois quelques amis, Lucas, La Morini\u00e8re, et je fais quelques commissions. Nous devions partir \u00e0 8h25 par Poitiers, puis, pour ne pas passer 2 heures \u00e0 la gare de Poitiers, nous nous d\u00e9cidons \u00e0 aller prendre l\u2019express \u00e0 Saint-Pierre-des-Corps, et, par cons\u00e9quent, \u00e0 ne partir d\u2019ici que par le train de 10h27 du soir. \u00c0 Saint-Pierre-des-Corps, notre train ayant eu du retard, l\u2019express \u00e9tait parti ; nous attendons 1h \u00bd le rapide qui passe \u00e0 1h57 ; je t\u00e9l\u00e9graphie la chose \u00e0 Papa en gare d\u2019Angoul\u00eame. \u00c0 Angoul\u00eame, Papa, qui est arriv\u00e9 de Sainte-Croix \u00e0 9 heures du soir, et qui comptait nous rejoindre dans l\u2019express \u00e0 3h56, a attendu le rapide \u00e0 la suite de ma d\u00e9p\u00eache, et monte avec nous jusqu\u2019\u00e0 Bordeaux. \u00c0 Bordeaux, nous n\u2019avons pas le temps mat\u00e9riel de prendre nos billets, de d\u00e9jeuner et de faire enregistrer nos bagages pour le train de 7h25 ; aussi, nous attendons le train de 11h et, apr\u00e8s avoir embarqu\u00e9 Papa pour Ille \u00e0 7h50, nous allons \u00e0 la cath\u00e9drale Saint-Andr\u00e9 o\u00f9 nous entendons une messe. \u00c0 Bayonne, nouvel ennui : dans le tunnel voisin de la gare, un fourgon de notre train d\u00e9raille ; la r\u00e9paration et la man\u0153uvre nous font perdre plus d\u2019une demi-heure et nous n\u2019arrivons \u00e0 Biarritz ce soir qu\u2019\u00e0 6 heures ; si nous \u00e9tions partis d\u2019Angers \u00e0 8h du soir, nous serions arriv\u00e9s \u00e0 midi \u00bd ; mauvaise id\u00e9e ! Nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Europe o\u00f9 j\u2019ai la m\u00eame chambre que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, jeudi 20 avril 1905 (Jeudi Saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Temps \u00e9pouvantable ; pluie battante et vent terrible toute la journ\u00e9e ; de plus il fait froid (\u00e0 peine 10 degr\u00e9s), aussi nous nous contentons d\u2019assister aux offices. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, cependant, je profite d\u2019une l\u00e9g\u00e8re \u00e9claircie pour me promener un peu ; on a beaucoup construit \u00e0 Biarritz m\u00eame depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re&nbsp;; il y a dans notre quartier une foule de nouvelles villas ; de plus, le Palais est reconstruit et est plus grand et plus beau qu\u2019avant l\u2019incendie ; enfin, au c\u0153ur m\u00eame de Biarritz, le Grand H\u00f4tel s\u2019agrandit et construit un cercle. Maman est tr\u00e8s enrhum\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"547\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2922_3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-316\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2922_3.jpg 800w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2922_3-300x205.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/2922_3-768x525.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Affiche pour la r\u00e9ouverture de l&rsquo;H\u00f4tel du Palais \u00e0 Biarritz en 1905 \u2013 Site www.cotebasqueencheres.com<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, vendredi 21 avril 1905 (Vendredi Saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons \u00e0 l\u2019office \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie ; il fait aussi mauvais et encore plus froid qu\u2019hier, ce n\u2019est pas gai. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons au Chemin de la Croix, apr\u00e8s quoi je me prom\u00e8ne un peu avec Maman du c\u00f4t\u00e9 de Sainte-C\u00e9cile malgr\u00e9 le mauvais temps. Le soir, nous allons au sermon de la Passion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, samedi 22 avril 1905 (Samedi Saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019assiste \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction de l\u2019eau et \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie puis je me confesse ; Maman commence un traitement de bains salins. L\u2019apr\u00e8s-midi, le temps se remet un peu et nous pouvons nous asseoir sur la plage ; je re\u00e7ois une invitation pressante au congr\u00e8s de La Voie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 23 avril 1905 (P\u00e2ques)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00bd et je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. Je voudrais bien aller au Congr\u00e8s de La Voie qui se tient le dimanche 30 avril et le lundi 1er mai \u00e0 Paris ; il sera, me dit-on, tr\u00e8s int\u00e9ressant ; certaines s\u00e9ances, ajoute-t-on, m\u2019int\u00e9resseront au plus haut point (O.T.) ; j\u2019avoue que ce sera une grande privation pour moi si je n\u2019y assiste pas. J\u2019en parle \u00e0 Maman qui consent \u00e0 m\u2019y laisser aller si Papa l\u2019autorise \u00e0 mettre \u00e0 ma disposition la somme n\u00e9cessaire pour cela ; comme la d\u00e9pense ne serait pas bien consid\u00e9rable, surtout en tenant compte de ce que, pendant mon absence, la d\u00e9pense \u00e0 Biarritz sera bien diminu\u00e9e, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il permettra, je lui \u00e9crirai demain. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons prendre le th\u00e9 chez les Laugier ; ensuite nous allons \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 avril 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, lundi 24 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9cris \u00e0 Papa pour le congr\u00e8s de La Voie ; le temps est bien meilleur ; il fait beau, mais encore frais. Je lis une partie de la matin\u00e9e au Rocher de la Vierge. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons voir \u00e0 Bayonne une cavalcade qui n\u2019est pas trop mal.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mardi 25 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019on inaugure \u00e0 Bordeaux un monument \u00e0 Gambetta. Loubet, entour\u00e9 de ses ministres, va glorifier comme un grand patriote ce Juif g\u00e9nois issu de Juifs allemands qui a profit\u00e9 de la d\u00e9faite de la France pour s\u2019improviser dictateur et qui, pendant cinq mois, n\u2019a employ\u00e9 son pouvoir usurp\u00e9 qu\u2019\u00e0 dicter aux g\u00e9n\u00e9raux des ordres sans queue ni t\u00eate, les obligeant, pour appliquer ses conceptions strat\u00e9giques en d\u00e9pit du bon sens, \u00e0 renoncer \u00e0 des plans savants et m\u00fbris et organisant la d\u00e9faite et la cur\u00e9e de la France. Loubet et ses ministres sont dans leur r\u00f4le en glorifiant celui qui a fait tout cela, qui, de plus, a mendi\u00e9 l\u2019appui de Bismarck pour \u00e9tablir sa r\u00e9publique et qui a lanc\u00e9 le fameux cri \u00ab&nbsp;Le cl\u00e9ricalisme voil\u00e0 l\u2019ennemi !&nbsp;\u00bb, inaugurant ainsi la pers\u00e9cution religieuse qui a \u00e9t\u00e9 l\u2019unique programme de cette maudite r\u00e9publique. Mais comment expliquer que le groupe nationaliste de la Chambre ait envoy\u00e9 une d\u00e9l\u00e9gation \u00e0 cette inauguration ? Ce n\u2019est [pas] pour cela que les \u00e9lecteurs patriotes et conservateurs les ont envoy\u00e9s \u00e0 la Chambre. Ils sont intelligents, connaissent l\u2019histoire de leur pays et savent tr\u00e8s bien que Gambetta n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 le patriote que l\u2019on nous repr\u00e9sente ; mais il a fond\u00e9 la r\u00e9publique et les d\u00e9put\u00e9s r\u00e9publicains nationalistes consentent \u00e0 venir parader autour des repr\u00e9sentants de l\u2019inf\u00e2me gouvernement qui nous opprime de peur de passer pour des ennemis de cette r\u00e9publique. D\u00e9cid\u00e9ment, cette sale gueuse salit tous ceux qui l\u2019approchent et Drumont a cent fois raison en disant leur fait \u00e0 ces timides nationalistes. Ah ! Quand viendra-t-il le balai lib\u00e9rateur qui nettoiera ces ignobles \u00e9curies d\u2019Augias qu\u2019on appelle la r\u00e9publique, ou plut\u00f4t, qui les d\u00e9molira ? Quelque chose me dit qu\u2019il n\u2019est pas loin.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bordeaux_-_monument_Gametta_24-25_avril_1905_2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"983\" height=\"636\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bordeaux_-_monument_Gametta_24-25_avril_1905_2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-317\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bordeaux_-_monument_Gametta_24-25_avril_1905_2.jpg 983w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bordeaux_-_monument_Gametta_24-25_avril_1905_2-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Bordeaux_-_monument_Gametta_24-25_avril_1905_2-768x497.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 983px) 100vw, 983px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Monument \u00e0 Gambetta \u00e0 Bordeaux (carte postale d&rsquo;\u00e9poque) \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est superbe ; je vais p\u00eacher au lac de la N\u00e9gresse avec M. Henri Laugier, jusque vers 5 heures. Le soir, je vais voir jouer au Casino <em>Les P\u2019tites Micha<\/em>, charmant op\u00e9ra-comique en 3 actes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mercredi 26 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe une partie de la matin\u00e9e au Rocher de la Vierge et la plus grande partie de l\u2019apr\u00e8s-midi sur la plage ; le temps est beau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, jeudi 27 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa assiste aujourd\u2019hui au mariage de notre cousine Marguerite Gout de Bize avec M. de La Robertie, \u00e0 Perpignan et \u00e0 Boa\u00e7\u00e0 ; nous y \u00e9tions invit\u00e9s et je regrette de ne pouvoir y assister (ceci sans aucune arri\u00e8re-pens\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la s\u0153ur de la mari\u00e9e \u00e0 laquelle je ne pense plus du tout)<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>. Je re\u00e7ois la r\u00e9ponse de Papa pour le congr\u00e8s de La Voie ; elle est n\u00e9gative, et cela parce que les journaux socialistes ont annonc\u00e9 des manifestations pour le 1er mai ; crainte bien chim\u00e9rique ! Le congr\u00e8s de La Voie ne s\u2019occupera en rien de ces manifestations. Je vais me promener \u00e0 bicyclette \u00e0 Bayonne. Au retour, je trouve une d\u00e9p\u00eache La Morini\u00e8re qui me dit, en r\u00e9ponse \u00e0 une lettre que je lui ai \u00e9crite dimanche, que La Voie me rembourserait une partie des frais de mon long voyage ; c\u2019est bien naturel&nbsp;; puisque les jeunes gens d\u2019Angers se font payer le voyage, je puis bien, venant de Biarritz, me faire rembourser une partie de la d\u00e9pense ! Mais je suis d\u2019autant plus ennuy\u00e9 du refus de Papa et je lui \u00e9cris pour essayer de le faire changer. Maman aussi (qui ne vit qu\u2019avec la crainte que je re\u00e7oive des horions !!!), emploie toute sa diplomatie, mais en vain, \u00e0 me faire renoncer \u00e0 ce congr\u00e8s ; tout cela est insupportable et il me tarde joliment d\u2019\u00eatre libre ! Le conflit avec l\u2019Allemagne au sujet du Maroc entre dans une phase aigu\u00eb. C\u2019est l\u00e0 une mauvaise querelle, une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;querelle d\u2019Allemand&nbsp;\u00bb, que nous cherche Guillaume II qui est enchant\u00e9 de profiter de l\u2019abaissement de notre alli\u00e9e la Russie pour nous humilier. L\u2019Angleterre, qui a tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir la France et l\u2019Allemagne s\u2019entred\u00e9chirer pour r\u00e9gner, nous pousse aux solutions extr\u00eames. Mais de quel secours nous serait-elle en cas de guerre avec l\u2019Allemagne, guerre essentiellement continentale ? Delcass\u00e9, qui par son impr\u00e9voyance nous a mis dans ce p\u00e9trin, a failli quitter le Quai d\u2019Orsay ; certains regrettent qu\u2019il ne soit pas parti. Moi, malgr\u00e9 mon peu de sympathie pour les gens qui nous gouvernent, je ne le regrette pas, car c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 pour la France une cruelle humiliation que de voir un simple discours de l\u2019empereur d\u2019Allemagne motiver la retraite de celui qui, aux yeux de l\u2019\u00e9tranger, repr\u00e9sente sa politique ext\u00e9rieure. Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019affaire ne s\u2019arrange pas et tout est \u00e0 craindre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, vendredi 28 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais, \u00e0 bicyclette voir Didia. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman au fronton du Brun \u00e0 Anglet assister \u00e0 une partie de pelote \u00e0 chistera dans laquelle joue le c\u00e9l\u00e8bre Chiquito.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, samedi 29 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019attends toute la journ\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 6h du soir, la d\u00e9p\u00eache de Papa m\u2019autorisant \u00e0 aller \u00e0 Paris ; h\u00e9las ! Elle n\u2019arrive pas. Le soir, il faut bien me rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence : Papa me refuse l\u2019autorisation. J\u2019avoue que cela me vexe au plus haut point ; je suis d\u2019abord contrari\u00e9 de manquer le congr\u00e8s et je le suis encore bien davantage de voir qu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de 23 ans, je ne suis pas libre de faire un voyage de 3 jours ! Mais que faire, sinon se soumettre et se r\u00e9signer ; j\u2019\u00e9cris donc au secr\u00e9taire de La Voie et \u00e0 La Morini\u00e8re que je n\u2019irai pas au Congr\u00e8s. C\u2019est \u00e9gal, il me tarde de plus en plus d\u2019avoir ma libert\u00e9 ; aussi, quand j\u2019en aurai fini avec mon droit, si je ne me marie pas vite, je chercherai une position qui me donnera enfin la libert\u00e9 de mes mouvements.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 30 avril 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie. Je vais admirer plusieurs fois au Rocher de la Vierge la mer qui est fort belle aujourd\u2019hui. Nous passons une bonne partie de l\u2019apr\u00e8s-midi sur la plage avec Madame Rivals et nous allons au salut \u00e0 6h \u00bd. Nous allons voir le P. Tapie. La pens\u00e9e du Congr\u00e8s de La Voie, qui commence ce soir, me plonge toute la journ\u00e9e dans une tristesse concentr\u00e9e m\u00eal\u00e9e de col\u00e8re rentr\u00e9e.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mai 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 mai 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, lundi 1<sup>er<\/sup> mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe une partie de la journ\u00e9e \u00e0 admirer la temp\u00eate au phare et au Rocher de la Vierge ; je pense beaucoup, et avec regret, aux s\u00e9ances du Congr\u00e8s qui ont lieu pendant ce temps.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mardi 2 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous assistons \u00e0 Saint-Charles \u00e0 une messe pour le repos de l\u2019\u00e2me de notre cousine Mme Rosalie de Descallar, veuve de M. Jaume, morte ici il y a un an. La journ\u00e9e d\u2019hier a \u00e9t\u00e9 absolument calme \u00e0 Paris comme je l\u2019avais pr\u00e9vu ; pour une vaine crainte de Papa je n\u2019en ai pas moins \u00e9t\u00e9 priv\u00e9 du congr\u00e8s qui m\u2019aurait tant int\u00e9ress\u00e9. La mer est encore tr\u00e8s agit\u00e9e. Un grand banquet royaliste populaire a eu lieu avant-hier \u00e0 Paris en l\u2019honneur de la Saint Philippe (j\u2019y aurais probablement pris part si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 Paris) ; il a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par un v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement : le ralliement public du comte Branicki, ancien pr\u00e9sident des comit\u00e9s imp\u00e9rialistes, \u00e0 la cause royaliste. M. Branicki a port\u00e9 un toast et a d\u00e9clar\u00e9 que lui et ses amis, imp\u00e9rialistes d\u2019origine mais avant tout monarchistes, se ralliaient \u00e0 la cause du Roi puisque le prince Victor-Napol\u00e9on d\u00e9chire le manteau imp\u00e9rial pour rev\u00eatir la carmagnole de Robespierre qui l\u2019\u00e9tranglera fatalement. C\u2019est l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 notre cause d\u2019un des plus autoris\u00e9s repr\u00e9sentants du parti bonapartiste dynastique (genre Cassagnac) ; ce prince Victor qui est plut\u00f4t candidat \u00e0 la pr\u00e9sidence de la r\u00e9publique (quitte \u00e0 \u00e9trangler ensuite cette derni\u00e8re comme son grand\u2019oncle et son oncle) qu\u2019au tr\u00f4ne imp\u00e9rial, ne sera bient\u00f4t plus entour\u00e9 que des pl\u00e9biscitaires genre Lasies et De Dion. C\u2019est tout profit pour nous. Le conflit avec l\u2019Allemagne ne s\u2019aggrave pas mais ne s\u2019arrange pas non plus : les choses sont toujours dans le m\u00eame \u00e9tat. L\u2019Angleterre nous appuie diplomatiquement. Est-elle d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 aller plus loin et \u00e0 tirer l\u2019\u00e9p\u00e9e pour nous soutenir ? Je serais assez dispos\u00e9 \u00e0 le croire \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019un conflit entre l\u2019Allemagne et l\u2019Angleterre est in\u00e9vitable \u00e0 une \u00e9poque assez rapproch\u00e9e, et l\u2019Angleterre, qui nous a jet\u00e9s dans le gu\u00eapier marocain, savait ce qu\u2019elle faisait, elle voulait s\u2019assurer une alli\u00e9e sur le continent. Mais qu\u2019y a-t-il entre la France et l\u2019Angleterre&nbsp;? Y a-t-il simplement entente ou y a-t-il un trait\u00e9 qui oblige les deux nations \u00e0 se battre l\u2019une pour l\u2019autre ? Personne n\u2019en sait rien pas plus qu\u2019on ne conna\u00eet les clauses du trait\u00e9 qui nous lie \u00e0 la Russie, car on n\u2019a \u00e9t\u00e9 jamais \u00e9t\u00e9 plus mal renseign\u00e9 sur notre politique ext\u00e9rieure que sous ce r\u00e9gime parlementaire. Les gouvernements gardent la plus grande r\u00e9serve et les repr\u00e9sentants du peuple se gardent bien de les interroger ; les uns et les autres ont raison \u00e0 mon avis car s\u2019il est des questions qui rel\u00e8vent du pouvoir ex\u00e9cutif et qui doivent \u00eatre soustraites aux discussions de la tribune ce sont bien celles les questions de politique ext\u00e9rieure ; mais ce silence rigoureusement gard\u00e9 et si bien respect\u00e9 prouve l\u2019absurdit\u00e9 de notre soi-disant Constitution qu\u2019on est oblig\u00e9 de violer sur une question aussi importante.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, mercredi 3 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne \u00e0 bicyclette ; je passe un moment chez Didia puis je vais \u00e0 Bayonne o\u00f9 je fais une visite au chanoine Lurde ; je rentre \u00e0 midi par le B.A.B. Je passe l\u2019apr\u00e8s-midi sur la plage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, jeudi 4 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est incertain et presque froid ; je me prom\u00e8ne un peu dans la matin\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman \u00e0 Anglet voir Didia. Au retour, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie apr\u00e8s lequel je me confesse au P. Tapie. Le soir, il \u00e9clate un orage assez fort.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, vendredi 5 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, en l\u2019honneur du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00bd \u00e0 Sainte Eug\u00e9nie. Le temps est d\u00e9plorable presque toute la journ\u00e9e ; il pleut, le vent est tr\u00e8s fort et froid. \u00c0 2 heures, nous allons visiter la villa Sainte-C\u00e9cile, avec la permission des locataires, pour voir ce qui est \u00e0 remplacer ou \u00e0 r\u00e9parer ; \u00e0 un thermom\u00e8tre dans le jardin, il y a \u00e0 peine 9 degr\u00e9s, c\u2019est incroyable&nbsp;! Le soir \u00e0 6h \u00bd, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, samedi 6 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un temps atroce&nbsp;; c\u2019est \u00e0 peine si je peux me promener un peu. Papa arrive \u00e0 10 heures du soir de Vin\u00e7a d\u2019o\u00f9 il est parti ce matin \u00e0 5h37. Il me propose d\u2019aller \u00e0 Saint-\u00c9tienne assister au mariage de Genevi\u00e8ve en d\u00e9dommagement du congr\u00e8s manqu\u00e9 de La Voie&nbsp;; mais j\u2019aime mieux aller tout droit en Roussillon o\u00f9 j\u2019aurai ainsi deux semaines \u00e0 passer. Je m\u2019arr\u00eaterai \u00e0 Lourdes et m\u00eame quelques heures \u00e0 Salies-de-B\u00e9arn que je n\u2019ai pas vu depuis 13 ans (1892) ; je n\u2019ai que Br\u00e9on y est en ce moment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 7 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est tellement mauvais que je renonce \u00e0 partir ce soir ; je ne partirai que demain matin et ne passerai que quelques heures \u00e0 Salies. Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie, puis nous allons d\u00e9jeuner chez les Laugier, ce qui nous retient jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s 4h \u00bd. Nous allons ensuite au Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 mai 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, lundi 8 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 Biarritz \u00e0 8h \u00bd par le B.A.B. et, prenant \u00e0 Bayonne l\u2019express de 9h33, je suis arriv\u00e9 \u00e0 11h \u00bd \u00e0 Salies de B\u00e9arn par un temps lamentable (depuis Bayonne tout le long de la voie l\u2019Adour est d\u00e9bord\u00e9e). \u00c0 Salies, en passant sur l\u2019avenue Jeanne d\u2019Albret devant la villa Marie-Henri o\u00f9 nous avons habit\u00e9 en 1890, 91 et 93, j\u2019ai rencontr\u00e9 le propri\u00e9taire de cette villa M. Lacour-Saint-Guily, que je serais d\u2019ailleurs all\u00e9 voir l\u2019apr\u00e8s-midi. Je l\u2019ai abord\u00e9 et, me faisant entrer, il m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner. M. et Madame Lacour et leur fils Henri, avec qui j\u2019avais jou\u00e9 il y a 15 ans et qui a maintenant 25 ans, ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement aimables pour moi et nous avons beaucoup caus\u00e9 des 3 saisons que nous avons pass\u00e9es autrefois \u00e0 Salies. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je me prom\u00e8ne avec Henri Lacour et j\u2019apprends que Br\u00e9on, qui \u00e9tait \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Belle Vue, a quitt\u00e9 Salies, je ne vais donc pas le voir et, apr\u00e8s avoir jet\u00e9 un coup d\u2019\u0153il sur les nouvelles constructions de Salies, je prends le train de 3h39 et j\u2019arrive \u00e0 Lourdes \u00e0 6h \u00bd. Je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Heins o\u00f9 une chambre m\u2019est r\u00e9serv\u00e9e. J\u2019apprends que la grande procession \u00e0 travers les rues de la ville, qui sera la principale manifestation du p\u00e8lerinage national d\u2019hommes, aura lieu mercredi&nbsp;; aussi, au lieu de partir mercredi matin pour arriver \u00e0 Vin\u00e7a le soir, je me d\u00e9cide \u00e0 passer ici la journ\u00e9e de mercredi ; je partirai mercredi soir \u00e0 6h38 et j\u2019arriverai \u00e0 Vin\u00e7a jeudi matin \u00e0 7 heures. Je vais prier un moment \u00e0 la grotte.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, mardi 9 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 6h \u00bd, et je vais me confesser et communier \u00e0 la crypte. Il continue \u00e0 pleuvoir. Je rencontre Br\u00e9on, Gaudineau, De Monti de Rez\u00e9, et une foule d\u2019Angevins ; je passe une bonne partie de la journ\u00e9e avec Br\u00e9on. \u00c0 10 heures \u00bd, inauguration du p\u00e8lerinage par Mgr Schaepfer (un des \u00e9v\u00eaques les plus r\u00e9publicains) qui prononce \u00e0 cette occasion un discours des plus ternes dans la basilique du Rosaire. Le p\u00e8lerinage du reste, n\u2019est pas r\u00e9ussi ; au lieu de 80.000 hommes qu\u2019on avait en 1901, de 30.000 en 1903, on sera heureux si on d\u00e9passe 10.000 ; cela tient \u00e0 ce que le clerg\u00e9 des dioc\u00e8ses n\u2019est pas, en g\u00e9n\u00e9ral, favorable \u00e0 ce p\u00e8lerinage national et aime mieux r\u00e9server les hommes pour les p\u00e8lerinages dioc\u00e9sains o\u00f9 ils viennent de plus en plus nombreux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je prends part \u00e0 la procession du Tr\u00e8s-Saint-Sacrement. Ensuite je fais quelques commissions, j\u2019\u00e9cris deux lettres. Je rencontre 2 vicaires de Saint-Georges d\u2019Angers : MM. Bourbier et Ballu venus pour accompagner un groupe de jeunes gens du Patronage Saint-Serge, et M. Charles de Llobet (c\u2019est le seul Roussillonnais que j\u2019ai rencontr\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent). Le soir, malgr\u00e9 la pluie, je vais \u00e0 la procession aux flambeaux, puis au Mois de Marie au Rosaire jusque vers 9 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 11 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pu \u00e9crire mon journal hier soir, \u00e9tant en voyage. Hier matin, \u00e0 Lourdes, j\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 la messe en plein air sur le parvis du Rosaire et au sermon de Mgr Enart. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1 heure, au ch\u00e2teau-fort, r\u00e9union de la Jeunesse Catholique ; on y entend et y applaudit 3 orateurs : Gaudineau, Couteau et Gerlier ; environ 1200 auditeurs ! Discours tr\u00e8s bien. \u00c0 2h \u00bd, j\u2019assiste \u00e0 la procession \u00e0 travers la ville ; elle est splendide ; beaucoup de personnes sont arriv\u00e9es par les trains ordinaires ; aussi, on peut \u00e9valuer \u00e0 20.000 ou 25.000 hommes le nombre des hommes qui y prennent part ; apr\u00e8s la b\u00e9n\u00e9diction, donn\u00e9e \u00e0 5 heures, par un reposoir \u00e9lev\u00e9 place du Marcadal, je quitte avec regret la procession et je vais prendre le train de 6h38 ; \u00e0 la gare je rencontre le P. Barbier venu avec les deux jeunes gens De Cassagnac. Je prends l\u2019express pour Toulouse ; l\u00e0, le rapide pour Narbonne&nbsp;; \u00e0 Narbonne, un autre rapide pour Perpignan o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 2h45 du matin ; je m\u2019endors dans la salle d\u2019attente et je prends \u00e0 5h50 le train pour Vin\u00e7a o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 7 heures. Je trouve Bonne Maman assez enrhum\u00e9e ; elle garde le lit toute la journ\u00e9e. On me raconte qu\u2019\u00e0 une r\u00e9union de \u00ab&nbsp;l\u2019Action lib\u00e9rale populaire&nbsp;\u00bb qui avait lieu mardi soir ici et o\u00f9 on a entendu M. M. de Rivals et Pag\u00e8s, les apaches vin\u00e7aquois ont jet\u00e9 les pierres sur le local o\u00f9 avait lieu la conf\u00e9rence ; une pierre, passant \u00e0 travers une fen\u00eatre a bless\u00e9 un assistant. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence ils ont bris\u00e9 la plupart des vitres de la maison de Jules Sabat\u00e9, essayant d\u2019enfoncer la porte et tentant m\u00eame de mettre le feu. Henri Sabat\u00e9<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a> leur a tir\u00e9 de la fen\u00eatre un coup de revolver, mais, dans l\u2019ombre, n\u2019a atteint personne. Quels \u00e9v\u00e9nements ! Je vois ici, dans la maison, quantit\u00e9 d\u2019objets de l\u2019\u00c9glise qu\u2019on a cach\u00e9s pour les soustraire \u00e0 l\u2019inventaire arbitrairement ordonn\u00e9 par la Pr\u00e9fecture ; j\u2019apprends que, sur l\u2019ordre de Monseigneur, on refusera, dans tout le dioc\u00e8se, le double de l\u2019inventaire exig\u00e9 par les maires ; on a cent fois raison ; car cet inventaire est le premier acte de la spoliation. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Prades \u00e0 bicyclette : je vois M. Marie avec qui je cause assez longuement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 12 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve assez tard car j\u2019avais besoin d\u2019une bonne nuit. Je comptais partir par le train de midi pour Corneilla-del-Vercol o\u00f9 j\u2019ai fait annoncer ma visite \u00e0 M. Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a>, un des champions de la cause royaliste dans ce d\u00e9partement, dont je d\u00e9sire faire la connaissance. \u00c0 midi moins quelques minutes, j\u2019arrive \u00e0 la gare, le train venait de partir, et cependant il n\u2019\u00e9tait que 11h56 et l\u2019heure r\u00e9glementaire est 11h58 ; je fais des observations au chef de gare, qui tout penaud, me dit que sa montre l\u2019a tromp\u00e9&nbsp;; il n\u2019avait qu\u2019\u00e0 regarder l\u2019horloge de la gare, et il n\u2019aurait pas fait partir le train 3 minutes avant l\u2019heure ! Ce contretemps me contrarie beaucoup&nbsp;; que va penser M. Jonqu\u00e8res \u00e0 qui j\u2019ai fait annoncer ma visite pour 1h \u00bd, et que je ne connais pas ? \u00c0 2 heures, d\u00e8s que le bureau est ouvert, je demande la communication t\u00e9l\u00e9phonique avec Corneilla et je suis assez heureux pour l\u2019obtenir tout de suite ; je lui fais mes excuses et lui explique comment j\u2019ai manqu\u00e9 le train. Nous convenons que j\u2019irai le voir mardi par le premier train et que je passerai la journ\u00e9e avec lui \u00e0 Villeclare. Ensuite, je vais \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette ; je trouve, l\u00e0 aussi, la maison remplie d\u2019objets de l\u2019\u00e9glise qu\u2019on y a cach\u00e9s ; bonne pr\u00e9caution. Je rentre \u00e0 6 heures. Le soir, Mois de Marie<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 13 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe une bonne partie de la matin\u00e9e au grand jardin. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de M. Marie ; ensuite je vais voir Madame Jocaveil, puis je vais \u00e0 la vigne du Cam dal Roc o\u00f9 je constate que la r\u00e9colte s\u2019annonce bonne gr\u00e2ce aux scories de d\u00e9phosphoration qu\u2019on a mises au mois de mars ; je vais aussi au jardin d\u2019Amont. Tous les gens bien-pensants sont inquiets, ici, des \u00e9v\u00e9nements religieux ou plut\u00f4t anti-religieux, qui se pr\u00e9parent. La s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat et ses cons\u00e9quences, tel est le grand sujet de conversation ; tout le monde m\u2019en parle depuis mon arriv\u00e9e dans le pays. Tous partagent ma conviction que cette mesure, prise par les sectaires et les francs-ma\u00e7ons qui forment le gouvernement de la r\u00e9publique, ne peut qu\u2019\u00eatre dirig\u00e9e contre la religion ; on s\u2019attend \u00e0 la spoliation et \u00e0 la fermeture des \u00e9glises. Si, au moins, cela pouvait r\u00e9volter les populations ! Le succ\u00e8s des p\u00e9titions contre la s\u00e9paration, qui s\u2019est affirm\u00e9 dans un grand nombre de d\u00e9partements, a surpris les sectaires, mais il ne les d\u00e9sarmera pas et je suis convaincu qu\u2019ils feront tout de m\u00eame la s\u00e9paration (quelques-uns, la mort dans l\u2019\u00e2me) parce que la congr\u00e9gation jud\u00e9o-ma\u00e7onnique la veut !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 14 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; je fais aussi quelques visites : M. le cur\u00e9, M. et Mlle de Llobet. Bonne Maman re\u00e7oit plusieurs visites ; elle ne sort pas encore pour aller \u00e0 la messe, car il fait presque froid.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 22 mai 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 15 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais \u00e0 la vigne dite \u00ab&nbsp;La Ruscane&nbsp;\u00bb o\u00f9 Amiel et Massette sont occup\u00e9s \u00e0 \u00e9monder les ceps ; pr\u00e8s de la vigne, je tue un \u00e9norme l\u00e9zard vert qui a absolument l\u2019aspect d\u2019un petit crocodile ; je le mets dans l\u2019eau de vie pour le conserver. Je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de M. Jonqu\u00e8res me disant qu\u2019il est oblig\u00e9 de partir pour Montpellier et ne peut donc pas me recevoir demain, mais qu\u2019il sera chez lui mercredi et jeudi ; il me prie de lui dire quel jour j\u2019irai le voir ; je lui r\u00e9ponds que j\u2019irai mercredi \u00e0 moins qu\u2019il ne pr\u00e9f\u00e8re jeudi ; il me r\u00e9pondra sans doute \u00e0 ce sujet. L\u2019apr\u00e8s-midi j\u2019essaie de partir pour Ille \u00e0 bicyclette, mais le vent de nord-ouest est tellement fort que je recule avant m\u00eame d\u2019\u00eatre \u00e0 Saint-Pierre. \u00c0 partir d\u2019aujourd\u2019hui, <em>Le Roussillon<\/em> adopte le grand format \u00e0 6 colonnes ; j\u2019en suis enchant\u00e9. Il y a quelques mois, des ralli\u00e9s m\u2019avaient dit que <em>Le Roussillon<\/em> se mourait faute d\u2019abonn\u00e9s et ne tarderait pas \u00e0 dispara\u00eetre ; ils escomptaient d\u00e9j\u00e0 cette disparition pour fonder un journal lib\u00e9ral, plus ou moins catholique, et surtout plein de complaisance et d\u2019indulgence pour les r\u00e9publicains dits mod\u00e9r\u00e9s ; ils doivent \u00eatre bien attrap\u00e9s ; <em>Le Roussillon<\/em>, catholique et royaliste, rena\u00eet avec une nouvelle vigueur, bravo !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 16 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019a lieu \u00e0 Saint-\u00c9tienne le mariage de Genevi\u00e8ve Delestrac avec M. Louis Bergeron ; je re\u00e7ois une carte de Philom\u00e8ne, de Saint-\u00c9tienne, dat\u00e9e d\u2019hier, me disant qu\u2019elle part pour la gare attendre Papa. Nous envoyons une d\u00e9p\u00eache de f\u00e9licitations \u00e0 \u00ab&nbsp;M. et Mme Louis Bergeron&nbsp;\u00bb. L\u2019apr\u00e8s-midi, le vent \u00e9tant \u00e0 peu pr\u00e8s tomb\u00e9, je vais \u00e0 Ille ; je vais d\u2019abord \u00e0 La Ferri\u00e8re o\u00f9 je cause pendant pr\u00e8s d\u2019une heure avec les Barescut. \u00c0 Ille, je vois Mme Bartre, M. le cur\u00e9, Mlles Mathieu, M. Trull\u00e8s. Je vais aussi \u00e0 la m\u00e9tairie Saint-Martin ; je vois le pauvre Jacques Lavail qui a perdu sa femme au mois de mars. Une des p\u00e9dales de ma bicyclette tombe, ce qui m\u2019oblige \u00e0 tra\u00eener ma b\u00e9cane jusqu\u2019\u00e0 Ille et \u00e0 la laisser en r\u00e9paration chez un serrurier ; chose plus ennuyeuse, pendant que je tra\u00eenais la bicyclette, l\u2019autre p\u00e9dale est venue frapper mon genou droit si fort que le genou me fait mal et me g\u00eane pour marcher toute la soir\u00e9e. Je repars pour Vin\u00e7a par le train de 8 heures. En arrivant \u00e0 Vin\u00e7a, je trouve une d\u00e9p\u00eache de Mme Jonqu\u00e8res, n\u00e9e d\u2019Oriola, me disant que son fils m\u2019attendra jeudi \u00e0 Corneilla ; d\u00e9cid\u00e9ment, la date de cette visite recule tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 17 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme o\u00f9 on travaille ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je ne sors pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 18 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 4 heures du matin et je prends le train de 5h37 ; \u00e0 Corneilla, M. Henri Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a> monte dans mon wagon et, descendant \u00e0 Palau, nous allons ensemble \u00e0 son ch\u00e2teau de Villeclare (o\u00f9 a eu lieu il y a 2 ans un grand banquet royaliste de 1700 hommes dans le parc). Nous nous promenons ensemble et nous causons beaucoup ; je suis heureux de faire la connaissance de M. Jonqu\u00e8res qui est le plus z\u00e9l\u00e9 champion de l\u2019id\u00e9e royaliste en Roussillon. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous allons chez M. Henry Talayrach son voisin. Nous repartons vers 3 heures et allons prendre le train \u00e0 la gare d\u2019Elne. Il me quitte \u00e0 Corneilla, en me donnant rendez-vous pour dimanche \u00e0 Perpignan afin d\u2019aller ensemble \u00e0 une conf\u00e9rence royaliste \u00e0 Claira ; il insiste m\u00eame pour que je prenne la parole \u00e0 cette r\u00e9union ; sans prendre d\u2019engagement, je lui promets d\u2019y penser. Je reste 2h \u00bd environ \u00e0 Perpignan. Je vais voir Mme de Llamby, notre cousine Lutrand et Carlos (que je ne rencontre pas)&nbsp;; je prends une carte pour la conf\u00e9rence que l\u2019abb\u00e9 Gayraud doit donner Dimanche soir \u00e0 Saint-Jean au profit des \u00e9coles libres ; je n\u2019aime pas beaucoup le conf\u00e9rencier, n\u00e9anmoins je serai curieux de l\u2019entendre, et puis c\u2019est pour une bonne \u0153uvre. Je rentre par le dernier train, faisant route jusqu\u2019\u00e0 Ille avec les Barescut.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Palau_chateau_villeclare.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"821\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Palau_chateau_villeclare-1024x821.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-318\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Palau_chateau_villeclare-1024x821.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Palau_chateau_villeclare-300x240.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Palau_chateau_villeclare-768x616.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Palau_chateau_villeclare.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Villeclare, propri\u00e9t\u00e9 de la famille Jonqu\u00e8res (photo actuelle) \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 19 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois une carte de Papa me donnant quelques d\u00e9tails sur le mariage de Genevi\u00e8ve et m\u2019annon\u00e7ant l\u2019arriv\u00e9e de Maman pour samedi. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez les Lloobet prendre des nouvelles de M. Michel qui a eu une forte crise ce matin ; on l\u2019a administr\u00e9. Je pars pour Ille par le train de 3h \u00bd et je reviens \u00e0 bicyclette en m\u2019arr\u00eatant \u00e0 Boule un moment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 20 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, je ne sors pas beaucoup. Je passe quelques instants dans la matin\u00e9e et deux heures de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 pr\u00e9parer le discours que je dois prononcer demain \u00e0 une r\u00e9union royaliste \u00e0 Claira ; comme il y aura plusieurs autres orateurs, je ne parlerai qu\u2019un quart d\u2019heure environ. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne assez longtemps au grand jardin. \u00c0 8h, je vais attendre \u00e0 la gare Maman qui arrive de Saint-\u00c9tienne ; elle va bien et nous donne beaucoup de d\u00e9tails sur le mariage de Genevi\u00e8ve qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s brillant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche 21 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Vin\u00e7a, et je pars par le train de midi pour Perpignan ; \u00e0 la gare, M. Jonqu\u00e8res m\u2019attendait et m\u2019annonce que la r\u00e9union de Claira est renvoy\u00e9e \u00e0 dimanche prochain ; c\u2019est bien ennuyeux, car je ne serai probablement plus ici dimanche. Je descends pour trois jours au Grand H\u00f4tel ; l\u2019apr\u00e8s-midi est longue \u00e0 passer, je vais voir les Cornet, puis je vais \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Jean. Apr\u00e8s v\u00eapres, je vais voir Carlos et les Vassal pour les rencontrer. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 Saint-Jean \u00e0 la conf\u00e9rence de l\u2019abb\u00e9 Gayraud, d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain et d\u00e9mocrate du Finist\u00e8re (celui qui a fait tant de mal en Bretagne) sur l\u2019\u00e9ducation. Il d\u00e9montre que l\u2019\u00e9ducation doit \u00eatre morale et que, pour \u00eatre morale, elle doit \u00eatre chr\u00e9tienne ; tout cela est tr\u00e8s vrai ; il ajoute qu\u2019elle doit \u00eatre patriotique et il a aussi, sur ce point, grandement raison ; mais il profite de cette 3<sup>\u00e8me<\/sup> partie de son discours pour faire une profession de foi d\u00e9mocratique qui me d\u00e9pla\u00eet souverainement. Il dit aussi que l\u2019\u00e9ducation est une chose particuli\u00e8rement n\u00e9cessaire dans une d\u00e9mocratie parce que les citoyens, ayant beaucoup plus de responsabilit\u00e9s que dans une monarchie, ont besoin d\u2019\u00eatre pr\u00e9par\u00e9s \u00e0 remplir leurs devoirs de citoyens. C\u2019est la condamnation m\u00eame de la d\u00e9mocratie. En effet, l\u2019homme \u00e9tant naturellement port\u00e9 au mal, il lui faut des institutions qui le soutiennent et non des institutions qui aient besoin d\u2019\u00eatre soutenues par lui, par sa vertu, car, dans ce dernier cas, la vertu \u00e9tant trop souvent absente, l\u2019homme fera sentir aux institutions l\u2019influence de ses mauvais penchants plut\u00f4t que de ses bons, et c\u2019est \u00e0 ce spectacle que nous assistons depuis 30 ans. Un gouvernement qui a besoin, pour bien remplir sa mission, de beaucoup de vertus est dangereux ! Vers le milieu de la conf\u00e9rence, des apaches tentent d\u2019envahir la cath\u00e9drale en chantant l\u2019Internationale, on les repousse facilement.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 mai 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, lundi 22 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Villelongue pour prendre des renseignements sur 2 individus qui se sont offerts comme r\u00e9gisseurs \u00e0 l\u2019oncle Delestrac ; je vais chez le cur\u00e9 et chez le maire, tous deux royalistes mais se faisant tout de m\u00eame la guerre ; les renseignements sont bons. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite de M. de Meynard ; puis je passe presque toute l\u2019apr\u00e8s-midi avec Carlos, nous discutons beaucoup, car il est de plus en plus r\u00e9publicain et d\u00e9mocrate. \u00c0 6h, arrivent Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Max et tous les La Bardonnie, au Grand H\u00f4tel, nous d\u00eenons ensemble ; Maman arrive \u00e0 7 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, mardi 23 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut, pourvu que cela ne dure pas jusqu\u2019\u00e0 demain ! Nous faisons quelques commissions ; nous allons notamment chez le peintre Blanquer qui fait devant nous quelques l\u00e9g\u00e8res retouches au portrait de Maman que Marie-Th\u00e9r\u00e8se n\u2019avait pas trouv\u00e9 ressemblant<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a>. Nous allons d\u00e9jeuner tous les quatre chez Mme Delafosse, nos cousins Lutrand y sont aussi. L\u2019apr\u00e8s-midi j\u2019accompagne Marie Th\u00e9r\u00e8se et Max faire une tourn\u00e9e de visites ; nous n\u2019avons pas de chance car nous ne rencontrons ni les Cornet, ni les Guardia, ni Monseigneur ; nous ne sommes re\u00e7us que par les Lazerme. \u00c0 7 heures, grand d\u00eener chez Mme de Llamby ; c\u2019est l\u2019entr\u00e9e en mati\u00e8re pour le mariage de Louise ; on est 24 \u00e0 table ; je suis plac\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Mlle Marie de La Bardonnie, s\u0153ur du mari\u00e9. Parmi les personnes de connaissance, je vois Henri de Dax, M. Henri de \u00c7agarriga etc. On se retire \u00e0 11 heures environ.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 24 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 Perpignan, apr\u00e8s une longue toilette, on va, vers 10h \u00bc, chez Mme de Llamby<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a>. L\u00e0, c\u2019est moi (qui suis gar\u00e7on d\u2019honneur ainsi que MM. Lucien Darru, Marc de La Bardonnie et le baron Henri de Montcheuil) qui suis charg\u00e9 d\u2019organiser le cort\u00e8ge ; je m\u2019en acquitte avec Isabelle de Llamby ; il comprend 60 personnes. Maman donne le bras \u00e0 M. Marc de La Bardonnie l\u2019oncle, Marie Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 M. Albert de \u00c7agarriga, Max \u00e0 Mme Pepratx, moi \u00e0 Mlle Yvonne de La Bardonnie. \u00c0 11 heures, le cort\u00e8ge d\u00e9finitivement form\u00e9 se rend de la maison \u00e0 la cath\u00e9drale Saint-Jean, \u00e0 pied sur un tapis (car le temps est beau), le cort\u00e8ge est superbe. \u00c0 Saint-Jean, l\u2019autel est tr\u00e8s bien garni de lumi\u00e8res et de fleurs, tout le cort\u00e8ge prend place dans le ch\u0153ur. Charmante allocution de M. le cur\u00e9 Yzart qui fait allusion aux 15 si\u00e8cles de noblesse de la famille d\u2019Oms et aussi \u00e0 celle de la famille de La Bardonnie ainsi qu\u2019\u00e0 la vaillance chevaleresque de M. de La Bardonnie, p\u00e8re du mari\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 zouave pontifical et a combattu \u00e0 Mentana pour le Pape et \u00e0 Patay pour la France. Il fait aussi une discr\u00e8te allusion \u00e0 <em>\u00ab&nbsp;la main amie qui a pr\u00e9par\u00e9 cette union&nbsp;\u00bb<\/em> et qui n\u2019est autre que celle de Maman. \u00c0 l\u2019Offertoire, nous faisons la qu\u00eate. Long d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 la sacristie. Ensuite, on va en voiture \u00e0 la salle du banquet. Elle est superbement d\u00e9cor\u00e9e&nbsp;; c\u2019est une table en croissant dont l\u2019int\u00e9rieur est garni d\u2019un parterre de plantes vertes et de fleurs ; c\u2019est Gadel, le m\u00eame restaurateur que pour le mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, qui a fait le banquet. Il est somptueux, et dure 2h \u00bd environ. Au champagne, M. Henri de \u00c7agarriga porte un toast charmant ; M. Fr\u00e9d\u00e9ric Saisset lit une po\u00e9sie assez fade. Apr\u00e8s le banquet, on passe une heure ou une heure et demie \u00e0 causer et \u00e0 fumer dans la salle du cercle d\u2019escrime perpignanais, au-dessus de celle du banquet ; je cause avec Carlos, Marthe, Mlle Marie-Th\u00e9r\u00e8se de Massia (ma demoiselle d\u2019honneur du mariage de Marie Companyo), les Dax, les \u00c7agarriga, M. de Guardia et tous les La Bardonnie qui sont venus tr\u00e8s nombreux etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les t\u00e9moins \u00e9taient, pour la mari\u00e9e : M. Charles de Llamby, son oncle et M. Henri de \u00c7agarriga son cousin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour le mari\u00e9 : M. de La Bardonnie, son oncle, et M. Fernand de La Villatte son cousin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les gar\u00e7ons et demoiselles d\u2019honneur \u00e9taient : M. Marc de La Bardonnie avec Isabelle de Llamby.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. Lucien Darru avec Mlle Marie de La Bardonnie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moi avec Mlle Yvonne de La Bardonnie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le baron Henri de Montcheuil avec Jeanne Gout de Bize.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La mari\u00e9e donnait le bras \u00e0 son oncle le marquis d\u2019Oms. \u00c0 cause du deuil des Llamby, on n\u2019a pas dans\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons, Maman et moi, par le train de 7 heures pour Vin\u00e7a. Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Max et Mme Ren\u00e9e de La Bardonnie viendront passer la journ\u00e9e de demain \u00e0 Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 25 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 10h37, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Max, Mme de La Bardonnie et Mlle Yvonne de La Bardonnie<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a> arrivent de Perpignan. Ils viennent passer, les premiers la journ\u00e9e, les seconds quelques heures ici. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner nous les faisons promener un peu. A 3h \u00bd, nous raccompagnons \u00e0 la gare Mme et Mlle de La Bardonnie. Marie Th\u00e9r\u00e8se et Max restent jusqu\u2019\u00e0 6h 48, c\u2019est bien peu, mais ils ne peuvent pas se s\u00e9parer de leurs parents du P\u00e9rigord avec qui ils ont pris, pour venir \u00e0 Perpignan, un billet de famille ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max vont voir quelques personnes, puis, apr\u00e8s diner, je les accompagne \u00e0 la gare avec regret. <em>Le Roussillon<\/em> raconte le mariage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 26 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, Maman, Bonne Maman et moi allons en voiture \u00e0 Boule et \u00e0 Ille ; nous rentrons \u00e0 6h 1\/4 ; nous allons ensuite au mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 27 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 Notre-Dame de la Garde. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons plusieurs fois prendre des nouvelles du capitaine Michel de Llobet qui est au plus mal, on l\u2019a administr\u00e9 et il vient de faire son testament ; on craint qu\u2019il ne passe pas la nuit. Je vais me confesser ; le soir, Mois de Marie. J\u2019\u00e9cris plusieurs lettres, notamment \u00e0 l\u2019oncle Paul. Il para\u00eet qu\u2019en ne me voyant pas aller au mariage de Genevi\u00e8ve, on a cru que j\u2019en \u00e9tais amoureux et je ne voulais pas m\u2019imposer le supplice d\u2019assister \u00e0 son mariage avec un autre : cela m\u2019est revenu de divers c\u00f4t\u00e9s ! Je laisse dire ; si j\u2019en avais \u00e9t\u00e9 amoureux, je n\u2019aurais pas eu mauvais go\u00fbt, donc tout ce qu\u2019on peut imaginer me laisse indiff\u00e9rent. J\u2019irai \u00e0 la fin de Juillet \u00e0 la Salette en p\u00e8lerinage, ainsi que Bonne Maman l\u2019a promis pour moi d\u00e8s ma naissance para\u00eet-il&nbsp;; j\u2019en profiterai pour voir les Delestrac et m\u00eame pour passer, si c\u2019est possible, quelques poux avec eux \u00e0 La Burbanche ; il n\u2019aurait donc pas d\u2019\u00e9t\u00e9 raisonnable d\u2019y aller maintenant, si peu de temps avant mon voyage de juillet. D\u2019ailleurs, je tenais \u00e0 passer quelque temps en Roussillon, et, tout compte fait, maintenant que ce s\u00e9jour est termin\u00e9, je ne le regrette pas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 31 mai 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 29 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pu \u00e9crire mon journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Le matin, voulant savoir si la r\u00e9union royaliste de Claira a r\u00e9ellement lieu aujourd\u2019hui, je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Jonqu\u00e8res ; il me r\u00e9pond qu\u2019elle n\u2019aura lieu que dimanche prochain, le principal organisateur s\u2019\u00e9tant bless\u00e9 dans une chute de voiture ; d\u00e9cid\u00e9ment, je ne devais pas assister \u00e0 cette r\u00e9union ! Je ne pars donc qu\u2019\u00e0 3h \u00bd au lieu de midi ; je d\u00eene \u00e0 Narbonne. Ce matin, je me suis promen\u00e9 pendant deux heures dans Bordeaux, j\u2019ai vu le monument de Gambetta, beaucoup trop beau pour ce brouillon de demi-juif, je suis all\u00e9 un moment \u00e0 Saint-Andr\u00e9. Je suis reparti de Bordeaux \u00e0 8h40 et je suis arriv\u00e9 \u00e0 Angers \u00e0 4h39 par Montreuil-Bellay. J\u2019ai rencontr\u00e9 en wagon-restaurant M. Henri de Montcheuil qui, de retour de Perpignan, est all\u00e9 passer quelques jours chez lui dans la Dordogne et rentre maintenant \u00e0 Paris. Il a fait tr\u00e8s chaud pendant tout ce voyage. J\u2019ai charm\u00e9 mes loisirs en lisant un nouveau bouquin <em>Le duc d\u2019Orl\u00e9ans intime<\/em> par le comte de Coleville ; sa couverture d\u2019azur sem\u00e9e de fleurs de lys d\u2019or avec la couronne royale m\u2019a frapp\u00e9 hier \u00e0 la biblioth\u00e8que de la gare de Narbonne et je l\u2019ai achet\u00e9 ; il est int\u00e9ressant, et ne se borne pas \u00e0 parler de la personne de notre prince, mais il contient aussi plusieurs chapitres sur l\u2019organisation royaliste et sur les progr\u00e8s de l\u2019id\u00e9e royaliste. Je trouve Papa et Philom\u00e8ne en excellente sant\u00e9. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 la Cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/32369538005.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/32369538005.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-319\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/32369538005.jpg 600w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/32369538005-300x225.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Page de titre du livre <em>Le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans intime<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 30 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais voir nos professeurs pour savoir avec eux quand nous recommencerons les cours ; M. Courtois et M. Saint Maur m\u2019ont attendu. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai un cours de M. Courtois. Je vais voir La Morini\u00e8re. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Saint-Laud. C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019arrive \u00e0 Paris le jeune et sympathique roi d\u2019Espagne Alphonse XIII ; certainement la capitale fran\u00e7aise le recevra aussi bien qu\u2019elle a re\u00e7u tous les souverains qui sont venus la visiter : le roi d\u2019Angleterre, l\u2019empereur de Russie, le roi d\u2019Italie etc. Mais on ne peut \u00eatre tout \u00e0 la joie ces jours-ci \u00e0 cause des affreuses nouvelles qui arrivent d\u2019Extr\u00eame-Orient : la flotte de l\u2019amiral Rodjetvenski aurait \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s an\u00e9antie dans le d\u00e9troit de Cor\u00e9e par la flotte de l\u2019amiral Tago. Cette flotte si h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne (c\u2019\u00e9tait l\u00e0 sa faiblesse) sur laquelle les Russes fondaient n\u00e9anmoins tout d\u2019espoir est r\u00e9duite \u00e0 l\u2019impuissance ; un grand nombre de navires sont coul\u00e9s, d\u2019autres pris ; on dit que Rodjetvenski s\u2019est noy\u00e9 dans la perte de son vaisseau-amiral ; trois mille marins russes et plusieurs amiraux seraient prisonniers des Japonais, ce qui reste de la flotte cherche \u00e0 gagner Vladivostok. Telles sont les nouvelles, toutes d\u2019origine japonaise, anglaise ou am\u00e9ricaine ; les d\u00e9p\u00eaches sont, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, muettes sur les pertes japonaises qui doivent \u00eatre consid\u00e9rables aussi. N\u00e9anmoins, les Japonais continueront \u00e0 \u00eatre les ma\u00eetres de la mer et pourront, comme par le pass\u00e9, renforcer et ravitailler \u00e0 volont\u00e9 leur arm\u00e9e de Mandchourie ; il n\u2019y a donc pas de raison pour que les Russes voient d\u00e9sormais la fortune sourire \u00e0 leurs armes, et je crois qu\u2019ils seront forc\u00e9s de faire la paix. Quoiqu\u2019il en soit, cette bataille de Tsou-Sima est une des plus importantes batailles navales qu\u2019on ait vues jamais.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 31 mai 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les journaux sont pleins des d\u00e9tails de la r\u00e9ception enthousiaste que le peuple de Paris a faite \u00e0 Alphonse XIII ; elle a d\u00e9pass\u00e9 en enthousiasme toutes les autres r\u00e9ceptions de rois ou d\u2019empereurs. Et dire que ce peuple se croit r\u00e9publicain ! S\u2019il l\u2019\u00e9tait, il regarderait un roi comme un homme ordinaire et ne se d\u00e9rangerait m\u00eame pas pour le voir passer. La v\u00e9rit\u00e9 est que ce peuple de Paris, \u00e0 qui une nu\u00e9e de charlatans a cherch\u00e9 \u00e0 persuader depuis plus d\u2019un si\u00e8cle qu\u2019il est r\u00e9publicain et d\u00e9mocrate, se r\u00e9v\u00e8le royaliste d\u00e8s qu\u2019un roi vient le visiter ; on l\u2019a bien vu lors de la visite du tsar, lors de celle du roi d\u2019Angleterre, du shah de Perse m\u00eame, de Victor-Emmanuel etc. et on le voit encore mieux aujourd\u2019hui. Si ce peuple acclame avec tant d\u2019enthousiasme les rois des autres pays, il est bien permis de penser qu\u2019il accueillerait bien son propre roi s\u2019il \u00e9tait libre. Car enfin on ne peut pas soutenir s\u00e9rieusement que le sentiment monarchique est mort en France quand on voit de pareils spectacles ! \u00c0 5 heures, cours de M. Courtois ; le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juin 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 juin 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 1<sup>er<\/sup> juin 1905 (Ascension)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019apprends l\u2019abominable attentat anarchiste qui a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 hier soir, place du Th\u00e9\u00e2tre fran\u00e7ais, contre le roi d\u2019Espagne ; l\u2019ing\u00e9nieur qui a lanc\u00e9 la bombe est encore inconnu d\u2019apr\u00e8s les journaux. Heureusement que le roi n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 atteint ! Voil\u00e0 la cons\u00e9quence des doctrines ath\u00e9es que l\u2019on r\u00e9pand dans le peuple : semer l\u2019irr\u00e9ligion, en r\u00e9alit\u00e9 l\u2019anarchie ! Ce stupide autant que m\u00e9chant attentat redoublera la sympathie que tous les Fran\u00e7ais \u00e9prouvent pour le jeune roi qui est notre h\u00f4te, mais combien il me tarde qu\u2019Alphonse XIII ait quitt\u00e9 la France ! Je serais si triste s\u2019il venait \u00e0 \u00eatre tu\u00e9 en France !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles du d\u00e9sastre de Tsou-Sima sont tellement navrantes que tout le monde en France est unanime \u00e0 conseiller la paix \u00e0 la Russie ; on ne voit pas, en effet, comment l\u2019arm\u00e9e russe qui combat \u00e0 10 ou 12.000 kilom\u00e8tres de la Russie pourrait r\u00e9sister \u00e0 l\u2019arm\u00e9e japonaise qui, ma\u00eetresse des ports japonais, pourra \u00eatre ind\u00e9finiment renforc\u00e9e et ravitaill\u00e9e puisque les Japonais vont continuer \u00e0 \u00eatre les ma\u00eetres incontest\u00e9s de la mer. De plus, la Russie n\u2019aura pas trop de toutes ses ressources pour lutter contre la R\u00e9volution qui devient de jour en jour plus mena\u00e7ante et \u00e0 qui la d\u00e9faite de la marine du tsar une nouvelle audace. Sans doute, il est honteux pour la Russie et pour la race blanche de se reconna\u00eetre vaincue par le Japon, mais puisque les puissances europ\u00e9ennes ne viennent pas en aide aux Russes, ils ne peuvent pas lutter contre l\u2019\u00e9vidence. C\u2019est \u00e9gal, l\u2019Europe fait preuve d\u2019une d\u2019un aveuglement effrayant et m\u00e9conna\u00eet par trop ses int\u00e9r\u00eats ! Notre Indo-Chine sera, certainement, la prochaine victime du Japon. Ce soir, nous allons \u00e0 la cl\u00f4ture du Mois de Marie \u00e0 la Cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 2 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame ; je fais la sainte communion en l\u2019honneur du premier vendredi du mois. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de MM. Gavouy\u00e8re et Courtois. Papa est sur le point de se d\u00e9cider \u00e0 partir avec moi pour Paris afin d\u2019assister \u00e0 la revue de Vincennes demain matin et de voir le roi d\u2019Espagne ; apr\u00e8s de grandes h\u00e9sitations, il y renonce, mais je pense qu\u2019il reprendra la chose demain car, alors, Maman sera arriv\u00e9e. Ce soir, nous allons au mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, samedi 3 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 car il en avait, lui aussi, grande envie. Nous sommes donc all\u00e9s \u00e0 la gare attendre Maman qui est arriv\u00e9e par le train de 4h39 venant de Vin\u00e7a et aussit\u00f4t apr\u00e8s, laissant Maman (qui a fait un excellent voyage) gagner la maison, nous prenons l\u2019express de 4h58 et, par Tours et Orl\u00e9ans, arrivons \u00e0 Paris \u2013 Quai d\u2019Orsay \u00e0 10h \u00bd. Tante Mimi, que nous avions pr\u00e9venue par d\u00e9p\u00eache, nous attendait. \u00c0 l\u2019H\u00f4tel du Prince de Galles o\u00f9 nous allons d\u2019abord, pas une chambre ; mais le propri\u00e9taire nous indique une maison meubl\u00e9e rue Ville-l\u2019Ev\u00eaque o\u00f9 nous trouvons deux bonnes chambres. Nous allons jeter un coup d\u2019\u0153il sur les illuminations du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Op\u00e9ra, mais nous ne r\u00e9ussissons pas \u00e0 voir le cort\u00e8ge du roi. Je me couche vers 1 heure apr\u00e8s avoir \u00e9crit ces lignes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 juin 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 5 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pas \u00e9crit mon journal hier soir \u00e9tant en voyage. Hier matin, nous rencontrons Xavier dans un caf\u00e9 du boulevard de la Madeleine o\u00f9 nous prenions notre petit d\u00e9jeuner. \u00c0 9 heures, nous assistons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 la Madeleine, on chante un <em>Te Deum<\/em> solennel d\u2019action de gr\u00e2ces ordonn\u00e9 par le cardinal pour remercier Dieu d\u2019avoir prot\u00e9g\u00e9 la vie du roi d\u2019Espagne lors de l\u2019attentat anarchiste de mercredi. Ensuite, par un temps orageux tr\u00e8s chaud, nous allons nous poster devant la chapelle espagnole de l\u2019avenue de Friedland o\u00f9 le roi doit venir entendre la messe de onze heures ; nous nous pla\u00e7ons derri\u00e8re le barrage d\u2019agents. Quand le roi arrive escort\u00e9 par des cuirassiers, et qu\u2019il traverse \u00e0 pied le court espace qui le s\u00e9pare de l\u2019entr\u00e9e de la chapelle, je ne r\u00e9ussis pas \u00e0 le voir ; mais nous attendons la fin de la messe et je le vois tr\u00e8s bien \u00e0 la sortie, il est en civil, je le photographie ; la foule l\u2019acclame. Ensuite, nous allons d\u00e9jeuner chez Tata Mimi. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, Xavier, Margot, Tata Mimi, Papa et moi allons attendre devant le Minist\u00e8re des Affaires \u00e9trang\u00e8res (qui sert de Palais royal) le d\u00e9part du roi pour le steeple chasse d\u2019Auteuil. A 2h45, Loubet arrive en daumont et vient prendre Alphonse XIII. Le Roi est en uniforme bleu ; je le vois tr\u00e8s bien pendant que, sur le perron du Minist\u00e8re, il attend Loubet. Il monte avec Loubet en daumont et, quand il passe devant nous, il est vigoureusement acclam\u00e9, on n\u2019entend que des cris de \u00ab&nbsp;Vive le Roi&nbsp;\u00bb, rien pour Loubet&nbsp;; Alphonse XIII remercie gentiment de la main. Il est fort bien en uniforme, bien mieux qu\u2019en civil. Un homme du peuple qui louait des chaises dit : <em>\u00ab&nbsp;Nous ferions bien mieux d\u2019avoir un roi, nous aussi, que de garder cette bande d\u2019arrogants, nos affaires iraient mieux&nbsp;\u00bb<\/em> ; comme j\u2019approuve, cet homme ajoute : <em>\u00ab&nbsp;Je ne suis pas pour la r\u00e9publique moi, j\u2019\u00e9tais employ\u00e9 dans un minist\u00e8re et on m\u2019en a chass\u00e9 parce que j\u2019envoyais ma fille \u00e0 l\u2019\u00e9cole des s\u0153urs ; c\u2019est le roi qu\u2019il nous faut, et pas celui de Bruxelles Victor, mais d\u2019Orl\u00e9ans&nbsp;\u00bb.<\/em> Naturellement, j\u2019approuve chaudement les propos de ce brave homme. Je prends deux instantan\u00e9s du roi Alphonse. \u00c0 peine le cort\u00e8ge royal \u00e9tait-il pass\u00e9 qu\u2019une formidable averse d\u2019orage disperse la foule qui se r\u00e9fugie en grande partie dans la gare des Invalides ; nous y allons nous aussi. Quand le temps s\u2019est un peu arrang\u00e9, nous allons nous promener le long des quais, \u00e0 Saint-Eustache, sur les boulevards etc. Nous allons d\u00eener vers 8 heures chez Tante Mimi. \u00c0 9 heures, nous repartons en voiture ; Xavier nous accompagne et, apr\u00e8s avoir pris nos valises et nous \u00eatre promen\u00e9s un peu avenue de l\u2019Op\u00e9ra pour voir les illuminations, la voiture nous porte \u00e0 la gare Saint-Lazare et, \u00e0 10 heures, nous quittons Paris apr\u00e8s une journ\u00e9e bien remplie. Nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 4h06 du matin. Je me couche jusque vers 10 heures ; Papa ne peut pas se coucher car il a deux cours \u00e0 faire dans la matin\u00e9e pour se reposer. Jacques Herv\u00e9 vient me voir vers 10h \u00bd ; il est de passage \u00e0 Angers ; je le re\u00e7ois en chemise dans ma chambre ; il m\u2019invite \u00e0 aller ce soir \u00e0 la campagne, j\u2019irai, je pense, ce dimanche \u00e0 la Trinit\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Saint-Maur. Le domestique Joseph rentre ivre et Papa est oblig\u00e9 de le mettre \u00e0 la porte.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110210-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"731\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110210-Copie-1024x731.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-320\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110210-Copie-1024x731.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110210-Copie-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110210-Copie-768x548.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110210-Copie-1536x1097.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110210-Copie.jpg 1633w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Entr\u00e9e du roi d&rsquo;Espagne Alphonse III \u00e0 la messe de la chapelle espagnole de l&rsquo;avenue de Friedland \u00e0 Paris \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, 4 juin 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 6 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maintenant que les lampions sont \u00e9teints, la France se retrouve en pr\u00e9sence du redoutable conflit marocain et son gouvernement s\u2019appr\u00eate \u00e0 le r\u00e9soudre par une humiliation nationale. On apprend, en effet, que Delcass\u00e9 vient de donner sa d\u00e9mission de ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res, poste qu\u2019il occupait depuis 7 ans. Ce gaffeur a eu une carri\u00e8re diplomatique bien peu glorieuse pour la France : il d\u00e9bute par la reculade de Fachoda devant l\u2019Angleterre ; il c\u00e8de, depuis, \u00e0 cette puissance nos droits sur l\u2019\u00c9gypte et Terre-Neuve en compensation d\u2019une probl\u00e9matique pr\u00e9pond\u00e9rance sur le Maroc, qu\u2019un froncement de sourcils de l\u2019empereur allemand va forcer la France \u00e0 abandonner, et c\u2019est sur cette cuisante humiliation qu\u2019il se retire ; je passe sur les humiliations secondaires devant le Siam, le Japon etc. Vraiment, M. Delcass\u00e9, qui a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 aux nues par la presse r\u00e9publicaine pour ses trait\u00e9s d\u2019arbitrage et pour les visites de rois et d\u2019empereurs qu\u2019il a n\u00e9goci\u00e9es, offre un joli type de diplomate r\u00e9publicain ! Nous sommes loin du temps o\u00f9 le Grand Fr\u00e9d\u00e9ric disait : <em>\u00ab Si j\u2019\u00e9tais roi de France je ne voudrais pas qu\u2019un coup de canon f\u00fbt tir\u00e9 en Europe sans ma permission \u00bb<\/em>, et de celui, plus rapproch\u00e9 de nous, o\u00f9 le baron d\u2019Haussez r\u00e9pondait \u00e0 l\u2019ambassadeur anglais qui se plaignait de l\u2019exp\u00e9dition d\u2019Alger : <em>\u00ab La France se f&#8230; de l\u2019Angleterre \u00bb<\/em>, et cependant, cette r\u00e9ponse \u00e9tait faite 15 ans apr\u00e8s l\u2019invasion compl\u00e8te de la France par les Alli\u00e9s, il est vrai que pendant ces quinze ann\u00e9es, la France avait \u00e9t\u00e9 gouvern\u00e9e par ses rois l\u00e9gitimes ! Apr\u00e8s 35 ans de r\u00e9publique, nous en sommes r\u00e9duits \u00e0 renvoyer un ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res parce qu\u2019il a cess\u00e9 de plaire \u00e0 l\u2019Allemagne et nous ne choisissons pour le remplacer que celui qui sera <em>persona grata<\/em> \u00e0 Berlin. Apr\u00e8s ce rapprochement, comment, si l\u2019on est patriote, peut-on ne pas \u00eatre royaliste ? Car enfin, il ne suffit pas de crier sur Delcass\u00e9 ou sur Rouvier \u00e0 propos de la reculade devant le roi de Prusse, il faut surtout se demander si ces hommes peuvent agir autrement, et s\u2019il en est ainsi, rechercher les causes de cette situation. Or, je ne m\u2019en prends pas \u00e0 Rouvier et je reconnais qu\u2019\u00e9tant donn\u00e9 la situation de la France, il ne peut pas risquer une guerre avec l\u2019Allemagne. Mais maintenant, je me demande pourquoi il en est ainsi, et je vois que notre arm\u00e9e a \u00e9t\u00e9 affaiblie par 7 ans de dreyfusisme, de d\u00e9lation ma\u00e7onnique, d\u2019esprit antimilitariste etc. ; or tous ces maux sont des produits de la r\u00e9publique ; et alors, je conclus que la grande coupable c\u2019est la r\u00e9publique et non pas tel ou tel homme. D\u00e8s lors, mon patriotisme me commande de chercher \u00e0 d\u00e9truire cette cause de notre situation humili\u00e9e ; je n\u2019y faillirai pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Gavouy\u00e8re. Le soir nous allons au Mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 7 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois le matin \u00e0 8h \u00bd et de M. Saint-Maur \u00e0 3 heures. A 1h \u00bd, conseil particulier de Saint-Vincent-de-Paul. La d\u00e9mission de Delcass\u00e9 impos\u00e9e, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, par l\u2019Allemagne est une nouvelle d\u00e9monstration de cette v\u00e9rit\u00e9 que notre r\u00e9gime politique ne nous permet pas d\u2019avoir une politique ext\u00e9rieure. Ce ministre, en effet, raconte ayant d\u00e9but\u00e9 dans son minist\u00e8re par une cuisante humiliation devant l\u2019Angleterre, a voulu faire oublier Fachoda et a song\u00e9 \u00e0 nous donner le Maroc ; l\u2019id\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas mauvaise et c\u2019est pour la r\u00e9aliser qu\u2019il s\u2019est rapproch\u00e9 de l\u2019Angleterre et de l\u2019Italie et a voulu une convention avec l\u2019Espagne ; mais ce rapprochement avec l\u2019Angleterre, surtout en cherchant \u00e0 attirer \u00e0 soi l\u2019Italie, impliquait forc\u00e9ment un \u00e9loignement de l\u2019Allemagne. Il fallait donc s\u2019attendre \u00e0 voir un jour ou l\u2019autre cette puissance se mettre en travers de notre politique, et il fallait se tenir pr\u00eat \u00e0 lui r\u00e9sister sur le terrain diplomatique et m\u00eame, si c\u2019\u00e9tait n\u00e9cessaire, sur tous les terrains. Or c\u2019est ce que n\u2019a pas su faire le gouvernement. Pendant que le ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res poursuivait \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, \u00e0 travers cinq minist\u00e8res, une politique qui devait nous mettre l\u2019Allemagne \u00e0 dos, les divers minist\u00e8res qui se sont succ\u00e9d\u00e9 depuis 7 ans, esclaves des loges ma\u00e7onniques, de la juiverie, du socialisme et de toutes les forces r\u00e9volutionnaires, poursuivaient \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur une politique qui livrait l\u2019Arm\u00e9e \u00e0 un loufoque comme Andr\u00e9 et l\u2019affaiblissait par l\u2019infiltration du piteux esprit d\u2019indiscipline et de d\u00e9lation. Apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d\u2019un pareil r\u00e9gime on reconnait que l\u2019Arm\u00e9e est devenue impropre \u00e0 servir les desseins que nous avons poursuivis \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, et c\u2019est la faillite et l\u2019humiliation sur toute la ligne. La faute en est au r\u00e9gime. Et si encore cela devait pouvait servir de le\u00e7on au gouvernement ! Je n\u2019y compte gu\u00e8re !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 8 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois le matin \u00e0 8h \u00bd ; j\u2019oublie le cours de M. Saint-Maur, qui est le dernier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 9 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois le matin \u00e0 8h 1\/2. L\u2019apr\u00e8s-midi, cours de M. Gavouy\u00e8re. Ensuite, je vais soumettre \u00e0 M. Burger un plan d\u2019\u00e9tudes que la revue d\u2019\u00e9tudes sociales <em>Le Quand M\u00eame<\/em> m\u2019a charg\u00e9 de dresser pour la section de jurisprudence et de morale sociale dont je fais partie ; M. Burger, directeur du <em>Quand M\u00eame<\/em> l\u2019approuve pleinement et on n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 l\u2019imprimer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 10 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, puis je me fais couper les cheveux ; au retour je suis surpris par un orage et une formidable averse ; je suis oblig\u00e9 de changer de tout en rentrant&nbsp;; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 11 juin 1905 (Pentec\u00f4te)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion. A 9h40, je vais attendre Maurice \u00e0 la gare&nbsp;; il vient passer la journ\u00e9e avec nous et, comme il a deux jours de permission, il restera jusqu\u2019\u00e0 demain soir. Nous allons ensemble \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons des fen\u00eatres du second, \u00e0 la derni\u00e8re journ\u00e9e du concours hippique, il pleut, d\u2019ailleurs, presque tout le temps.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 18 juin 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 12 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je fais diff\u00e9rentes courses et commissions avec Maurice. L\u2019apr\u00e8s-midi, plusieurs personnes \u2014 le g\u00e9n\u00e9ral, Mme et Pierre Lelong, M. de Falgui\u00e8res et les De Soos, M., Mme et Madeleine de Padirac, les demoiselles Regnard, Jean Gavouy\u00e8re \u2013 viennent voir le concours des fen\u00eatres du second ; nous leur pr\u00e9sentons Maurice. Mme de Padirac nous invite \u00e0 aller d\u00e9jeuner lundi prochain \u00e0 sa campagne de La Lasserie. Apr\u00e8s la fin du concours, je vais me promener avec Maurice ; \u00e0 la rue Talot, un cycliste se jette sur nous \u00e0 une allure assez rapide et risque de nous renverser ; il ne nous fait pas mal, mais il tombe ainsi que sa machine, et a d\u00fb se faire plus de mal que nous ; nous, nous le laissons filer sans trop l\u2019engueuler. Maurice repart pour Saumur par le train de 10h27.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 13 juin 1905 (f\u00eate de Saint Antoine)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de Saint Antoine de Padoue, j\u2019assiste et je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 Notre-Dame ; \u00e0 8h, cours de M. Courtois. Je re\u00e7ois une foule de lettres avec souhaits de bonne f\u00eate. L\u2019apr\u00e8s-midi cours de M. Gavouy\u00e8re \u00e0 4 heures. Le soir, nous allons au mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 14 juin<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois \u00e0 8 heures. Papa part \u00e0 11h38 pour le Petit S\u00e9minaire de Richemont (Charentes) o\u00f9 il va surveiller les compositions pour le concours annuel entre les coll\u00e8ges catholiques de l\u2019Ouest organis\u00e9 par l\u2019Universit\u00e9 ; vendredi, il ira \u00e0 Sainte-Croix voir Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max, et rentrera samedi. Le soir, arrive pour Papa une lettre de M. Soucail par laquelle ce dernier, candidat \u00e0 l\u2019\u00e9lection municipale compl\u00e9mentaire qui doit avoir lieu dimanche \u00e0 Saint-Michel, demande \u00e0 Papa d\u2019\u00e9crire \u00e0 nos fermiers de Saint-Michel \u2013 Blanc et son fils, Fabre et Manent \u2013 pour leur recommander sa candidature. Maman ayant ouvert la lettre, nous calculons que nous n\u2019avons pas le temps d\u2019envoyer cette lettre \u00e0 Papa et c\u2019est moi qui \u00e9cris aux fermiers ; je leur recommande de voter pour M. Soucail, catholique et conservateur, et candidat des honn\u00eates gens, contre le candidat de l\u2019ancien maire Faigt, dont l\u2019\u00e9lection a \u00e9t\u00e9 annul\u00e9e par le conseil de Pr\u00e9fecture, et qui avait dilapid\u00e9 les fonds de la commune et m\u00eame escroqu\u00e9 au moyen de mandats fictifs. J\u2019esp\u00e8re que M. Soucail sera \u00e9lu ; il le m\u00e9rite bien, ayant men\u00e9 une \u00e9nergique campagne contre les proc\u00e9d\u00e9s de l\u2019ancienne municipalit\u00e9 ; s\u2019il est \u00e9lu, il deviendra probablement maire. Le soir, nous allons au Mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 15 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe une bonne partie de ma matin\u00e9e et de mon apr\u00e8s-midi au travail ; je r\u00e9sume mes notes de cours ; c\u2019est qu\u2019un mois seulement me s\u00e9pare de mon examen ! Je vais voir mes pauvres \u00e0 onze heures. Le soir, Mois du Sacr\u00e9 C\u0153ur. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez le dentiste.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 16 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8 heures, je vais \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame. Elle est dite par Monseigneur qui doit donner la confirmation. Je travaille le reste de la matin\u00e9e et une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi. La situation ext\u00e9rieure, qui semblait moins inqui\u00e9tante depuis le d\u00e9part de M. Delcass\u00e9, appara\u00eet de nouveau comme tr\u00e8s grave. Il est \u00e9vident que l\u2019Allemagne entend profiter de notre affaiblissement r\u00e9sultant des d\u00e9sastres russes, et aussi h\u00e9las ! du dreyfusisme et de ses suites, pour exercer sur nous une sorte de chantage, et nous acculer en prenant pour pr\u00e9texte la question marocaine, \u00e0 changer de politique et \u00e0 nous rapprocher d\u2019elle. Quelque opinion que l\u2019on ait sur les avantages en soi de la politique de rapprochement avec l\u2019Allemagne, il est certain qu\u2019ainsi pr\u00e9sent\u00e9e, ou plut\u00f4t impos\u00e9e, le sentiment de notre propre dignit\u00e9 nationale nous fait un devoir de nous r\u00e9server. Mais alors, c\u2019est probablement la guerre ? On a lieu de la craindre ; et l\u2019attitude de l\u2019Angleterre qui, plus royaliste que le roi, vient de refuser avec \u00e9clat de prendre part \u00e0 la conf\u00e9rence internationale propos\u00e9e par l\u2019empereur du Maroc (sur l\u2019inspiration de l\u2019Allemagne) n\u2019est pas faite pour arranger les choses. Ainsi, le gouvernement nous a mis dans cette impasse : ou de subir une humiliation nationale qui nous fera perdre notre prestige de grande puissance aux yeux du monde entier, ou de nous exposer \u00e0 une guerre dont l\u2019\u00e9tat de d\u00e9sorganisation morale et m\u00eame mat\u00e9rielle dans lequel il a jet\u00e9 lui-m\u00eame notre arm\u00e9e rend l\u2019issue tr\u00e8s incertaine. Tout cela est souverainement inqui\u00e9tant \u00c0 4 heures, cours de M. Gavouy\u00e8re. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 l\u2019Adoration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 17 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je travaille puis je fais quelques commissions ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques et je retourne chez le dentiste. Le soir Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Les nouvelles sont tr\u00e8s alarmantes aujourd\u2019hui ; une d\u00e9p\u00eache annonce que l\u2019Allemagne aurait propos\u00e9 au Maroc d\u2019ex\u00e9cuter les r\u00e9formes propos\u00e9es par la France, et que celui-ci aurait accept\u00e9&nbsp;; si cette nouvelle est confirm\u00e9e, elle peut mettre le feu aux poudres. D\u2019autre part, de grands pr\u00e9paratifs sont faits \u00e0 la fronti\u00e8re ; envoi de troupes, de munitions et d\u2019approvisionnements ; inspections de g\u00e9n\u00e9raux, du g\u00e9n\u00e9ral Pendezec, chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral en personne ; une d\u00e9p\u00eache annonce que les permissionnaires du 6<sup>e<\/sup> corps ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s d\u2019urgence et rentrent par train sp\u00e9ciaux dans leurs garnisons. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la fronti\u00e8re, m\u00eame activit\u00e9. Il \u00e9tait temps que le gouvernement se d\u00e9cid\u00e2t enfin \u00e0 r\u00e9parer les fautes du mis\u00e9rable fantoche Andr\u00e9 ; mais est-il possible de r\u00e9parer en quelques jours les fautes de 4 ou 5 ans ? Toute la journ\u00e9e l\u2019id\u00e9e de la guerre me poursuit. Le soir, en me promenant du c\u00f4t\u00e9 du Mail, j\u2019entends quelques voyous imb\u00e9ciles crier \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la guerre&nbsp;!&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00c0 bas les tra\u00eeneurs de sabre ! \u00bb sur le passage de quelques dragons ; ces abrutis s\u2019imaginent peut-\u00eatre que Guillaume II, s\u2019il a envie de nous attaquer, leur demandera la permission.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 18 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 6h \u00bd, je suis \u00e0 la Madeleine pour le p\u00e8lerinage des conf\u00e9rences Saint-Vincent-de- Paul au Sacr\u00e9-C\u0153ur ; j\u2019y fais la sainte communion et je prie pour la France. Je travaille une partie de la matin\u00e9e ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au salut \u00e0 4 heures \u00bd ; puis je me prom\u00e8ne un peu ; apr\u00e8s d\u00eener, je me prom\u00e8ne avec Papa.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 juin 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 19 juin 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Lasserie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"732\" height=\"482\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Lasserie.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-321\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Lasserie.jpg 732w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Lasserie-300x198.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 732px) 100vw, 732px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de La Lasserie pr\u00e8s de Brissac-Quinc\u00e9 (vue actuelle)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois \u00e0 8h \u00bd. A 11h38 par le train de Poitiers, nous partons pour Quinc\u00e9-Brissac ; \u00e0 la gare de cette localit\u00e9 nous attend la victoria des Padirac et nous arrivons vers une heure \u00e0 La Lasserie, le ch\u00e2teau des Padirac sur la commune de Vauxchr\u00e9tien ; c\u2019est tr\u00e8s gentil, les pi\u00e8ces sont grandes, et surtout le parc superbe ; l\u2019habitation est entour\u00e9e de 32 hectares dont 14 en vigne. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous nous promenons dans le parc, je prends des photos ; ensuite nous jouons au tennis avec Madeleine, Gabriel et Pierre Lelong qui y est aussi. Avant de partir, on rentre un moment au salon o\u00f9 on joue et chante un peu. Nous faisons nos adieux vers 6 heures, et M. de Padirac nous raccompagne lui-m\u00eame \u00e0 la gare o\u00f9 nous prenons le train de 6h39. Nous sommes \u00e0 Angers vers 7h25. Nous avons eu tr\u00e8s beau temps et avons pass\u00e9 une journ\u00e9e fort agr\u00e9able. Ce soir, je vais faire \u00e0 l\u2019H\u00f4tel d\u2019Anjou, de la part de M. de Padirac, une commission \u00e0 un de ses amis de passage \u00e0 Angers, le colonel d\u2019Artaud, de Toulouse.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115905-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"739\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115905-Copie-1024x739.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-323\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115905-Copie-1024x739.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115905-Copie-300x216.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115905-Copie-768x554.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115905-Copie-1536x1108.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_115905-Copie.jpg 1716w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, Madeleine de Padirac, Pierre Lelong, Robert de Padirac \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, vers le 19 juin 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113004-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"678\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113004-Copie-1024x678.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-322\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113004-Copie-1024x678.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113004-Copie-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113004-Copie-768x508.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113004-Copie-1536x1017.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_113004-Copie.jpg 1931w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de La Lasserie \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, vers le 19 juin 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 20 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois \u00e0 8h \u00bd. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille, puis je vais chez le dentiste et \u00e0 4 heures, au cours de M. Gavouy\u00e8re. Le soir, salut \u00e0 l\u2019Adoration. La situation vis-\u00e0-vis de l\u2019Allemagne semble s\u2019\u00eatre tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement am\u00e9lior\u00e9e depuis deux jours ; il y a, semble-t-il, une certaine d\u00e9tente non dans le fond du conflit, mais dans le ton des n\u00e9gociations. Les pr\u00e9paratifs militaires continuent ; ils \u00e9taient bien n\u00e9cessaires. A 10h, \u00e0 la cath\u00e9drale, je vais aux obs\u00e8ques de M. Paumard, p\u00e8re de Mme Perrin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 21 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur du onzi\u00e8me anniversaire de ma premi\u00e8re communion et de p\u00e8lerinage de l\u2019Universit\u00e9 Catholique au Sacr\u00e9-C\u0153ur, je vais \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 la Madeleine avec l\u2019Universit\u00e9 ; j\u2019y fais la sainte communion. Je d\u00e9jeune \u00e0 l\u2019internat ; d\u00e9jeuner mouvement\u00e9 et bruyant comme chaque fois qu\u2019il y a des externes ; aujourd\u2019hui, le vacarme, pour f\u00eater les externes, va jusqu\u2019au point de se jeter mutuellement des assiettes ! Cours de M. Courtois \u00e0 8h \u00bd. L\u2019apr\u00e8s-midi, travail dans ma chambre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 22 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Courtois \u00e0 8h 1\/2 ; il dure un peu plus longtemps que d\u2019habitude, mais c\u2019est le dernier ; ensuite, s\u00e9ance chez le dentiste. L\u2019apr\u00e8s-midi, comme tous les jours, travail de r\u00e9vision. Le soir, je vais \u00e0 la messe de 7h \u00bd \u00e0 Notre Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 23 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019impression recommence \u00e0 \u00eatre mauvaise relativement au conflit franco-allemand, la note envoy\u00e9e par Rouvier au prince Radolin et envoy\u00e9e \u00e0 Berlin d\u00e9clare accepter la conf\u00e9rence internationale mais \u00e0 condition que le programme de ses d\u00e9lib\u00e9rations soit d\u00e9limit\u00e9 \u00e0 l\u2019avance, et que l\u2019accord franco-anglo-espagnol ainsi que les accords intervenus directement entre la France et le Maroc ne seront pas discut\u00e9s ; cette r\u00e9ponse est tr\u00e8s bien, mais il y a un ab\u00eeme entre elle et le point de vue allemand ; surtout avec les sous-entendus et les pr\u00e9tentions inavou\u00e9es de Guillaume II ! La France ne peut cependant pas admettre qu\u2019une convocation voulue et sign\u00e9e par elle sera remise en question dans une conf\u00e9rence internationale ; nous ne sommes pas une Turquie ! Je vais au cours de M. Gavouy\u00e8re \u00e0 8 heures du matin. Le soir \u00e0 8h \u00bc, nous assistons \u00e0 une int\u00e9ressante conf\u00e9rence sur l\u2019\u00ab Inde m\u00e9ridionale \u00bb avec projections cin\u00e9matographiques, faite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 par un missionnaire au Madur\u00e9. A la sortie, l\u2019abb\u00e9 Delahaye nous apprend que le pr\u00e9fet a pris aujourd\u2019hui un arr\u00eat\u00e9 interdisant les processions de la F\u00eate-Dieu malgr\u00e9 le maire qui les autorisait et avait promis \u00e0 Monseigneur de les faire respecter ; cette inqualifiable intrusion du repr\u00e9sentant du pouvoir central dans les affaires de la ville d\u2019Angers pour pers\u00e9cuter les Catholiques am\u00e8nera certainement une \u00e9clatante protestation ; elle sera bien m\u00e9rit\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 24 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint Jean-Baptiste. Ensuite, je retourne chez le dentiste pour l\u2019arrachage de deux dents de devant de la m\u00e2choire sup\u00e9rieure ; elle dure une heure et demie, mais ne me fait pas beaucoup souffrir ; j\u2019aurai, un de ces jours, deux autres dents \u00e0 faire plomber. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, on affiche deux protestations contre la mesure du pr\u00e9fet : l\u2019une \u00e9mane des \u00ab comit\u00e9s angevins de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales \u00bb ; elle proteste au nom des droits de Notre Seigneur en excellents termes ; l\u2019autre, qui \u00e9mane du \u00ab comit\u00e9 r\u00e9publicain progressiste \u00bb, est faite <em>\u00ab au nom de la libert\u00e9 qui doit \u00eatre \u00e9gale pour tous \u00bb<\/em> ; ces \u00ab progressistes \u00bb, autrefois \u00ab opportunistes \u00bb qui nous ont mis dans le p\u00e9trin o\u00f9 nous sommes trouvent maintenant que les choses vont trop loin et puis ils ne seraient pas f\u00e2ch\u00e9s d\u2019avoir nos voix l\u2019ann\u00e9e prochaine, bien qu\u2019ils ne nous donnent jamais les leurs dans les \u00e9lections&nbsp;; peut-\u00eatre est-ce l\u00e0 le mobile de leur attitude. Quoiqu\u2019il en soit, leur protestation fera de l\u2019effet ; les deux affiches sont tr\u00e8s lues. La 1<sup>\u00e8re<\/sup> convie les Catholiques \u00e0 manifester demain matin \u00e0 9h \u00bd (heure o\u00f9 aurait eu lieu la procession) en l\u2019honneur du Saint-Sacrement par le cort\u00e8ge habituel, de Saint-Maurice \u00e0 Saint-Joseph et \u00e0 Saint-Laud ; ce sera sa 3<sup>e<\/sup> r\u00e9\u00e9dition. Ce soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul \u00e0 Saint-Serge ; ensuite, avec Papa, je vais un moment \u00e0 la salle des Quinconces o\u00f9 M. Gavouy\u00e8re fait une conf\u00e9rence. J\u2019ai appris aujourd\u2019hui une nouvelle d\u00e9sagr\u00e9able, c\u2019est la date de mon examen ; il est fix\u00e9 au 8 juillet, je n\u2019avais demand\u00e9 \u00e0 le passer que du quinze au vingt juillet et je vais \u00eatre oblig\u00e9 de doubler les doses de travail pour arriver \u00e0 tout revoir deux fois. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, on m\u2019avait beaucoup retard\u00e9 ; cette ann\u00e9e on m\u2019avance beaucoup trop ! Si la guerre \u00e9clate, Segot et moi aurons d\u00e9cid\u00e9 d\u2019aller passer notre examen imm\u00e9diatement, avant d\u2019\u00eatre appel\u00e9s ; je pense que la Facult\u00e9 de Caen nous autoriserait.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 25 juin 1905 (F\u00eate-Dieu)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd \u00e0 Notre-Dame et, \u00e0 9h \u00bc, nous sommes tous devant la cath\u00e9drale, lieu de rendez-vous pour la manifestation. Beaucoup de personnes arrivent jusqu\u2019\u00e0 9h \u00be ; la foule, difficile \u00e0 \u00e9valuer, doit \u00eatre, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, aussi nombreuse que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Apr\u00e8s la b\u00e9n\u00e9diction donn\u00e9e d\u2019un reposoir dress\u00e9 dans l\u2019int\u00e9rieur de la grille de la cath\u00e9drale, l\u2019immense colonne, en chantant des cantiques (et surtout \u00ab Nous voulons Dieu \u00bb) va \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 o\u00f9 Monseigneur donne une seconde b\u00e9n\u00e9diction, puis \u00e0 Saint-Laud o\u00f9, pour la 3<sup>e<\/sup> et derni\u00e8re fois, Monseigneur donne la b\u00e9n\u00e9diction ; en passant devant la grille de la Pr\u00e9fecture boulevard du Roi Ren\u00e9, on conspue le pr\u00e9fet \u00e0 Saint-Laud, la foule \u00e9tait immense, et on pousse de fr\u00e9n\u00e9tiques acclamations en l\u2019honneur du Christ. Apr\u00e8s la derni\u00e8re b\u00e9n\u00e9diction, le mot d\u2019ordre circule d\u2019aller \u00e0 la Pr\u00e9fecture ; une colonne de jeunes gens se forme, je m\u2019y mets et on part pour la Pr\u00e9fecture en criant \u00ab D\u00e9mission, conspuez le pr\u00e9fet, d\u00e9mission \u00bb, elle est suivie d\u2019une seconde colonne ; sur le boulevard du Roi Ren\u00e9, nous enfon\u00e7ons un barrage d\u2019agents que l\u2019on tentait de nous opposer et, au pas de course, nous arrivons devant le jardin de la Pr\u00e9fecture ; nous sommes rejoints par un grand nombre d\u2019autres manifestants et nous sifflons et conspuons vigoureusement le pr\u00e9fet ; nous pouvons \u00eatre l\u00e0 800 environ dont beaucoup de pr\u00eatres&nbsp;; la police essaie de nous faire taire, mais c\u2019est peine perdue. Puis nous partons en courant et allons par le boulevard de Saumur et la rue Saint-Aubin devant la principale entr\u00e9e de la Pr\u00e9fecture ; nous nous heurtons \u00e0 un fort barrage d\u2019agents&nbsp;; nous nous contentons de siffler et de huer le pr\u00e9fet et nous repartons au pas de course pour les bureaux du <em>Patriote de l\u2019Ouest<\/em>&nbsp;; cette course au grand soleil par le temps br\u00fblant qu\u2019il fait est \u00e9reintante, aussi beaucoup restent-ils en route&nbsp;; Papa et moi nous suivons jusqu\u2019au bout le groupe d\u2019une cinquantaine environ de manifestants qui arrive au <em>Patriote&nbsp;<\/em>; nous sifflons et huons cet inf\u00e2me torchon, plusieurs des n\u00f4tres \u00e0 coups de cannes et \u00e0 coup de pieds, tentent d\u2019enfoncer la devanture, mais elle r\u00e9siste ; enfin, une vive altercation se produit entre quelques-uns des n\u00f4tres et quelques individus qui sortent des bureaux du journal ; il y a m\u00eame quelques coups \u00e9chang\u00e9s. Enfin, on \u00e9met l\u2019id\u00e9e d\u2019aller \u00e0 la loge ma\u00e7onnique, mais nous ne sommes plus assez nombreux et on se disperse. J\u2019\u00e9touffe et je suis en nage&nbsp;; en rentrant \u00e0 la maison vers 11h \u00be, je change de tout. Maman et Philom\u00e8ne ne rentrent qu\u2019une grosse demi-heure apr\u00e8s nous. Elles ont assist\u00e9 \u00e0 une seconde manifestation devant la Pr\u00e9fecture, plus importante que la n\u00f4tre. Une bonne partie des manifestants de Saint-Laud sont pass\u00e9s par la rue des Lices ou par le boulevard et sont venus, pr\u00e8s de la tour Saint-Aubin et dans la rue Saint-Aubin&nbsp;; l\u00e0, les charges d\u2019agents et de barrages gendarmes \u00e0 cheval ont essay\u00e9 de les bousculer, mais n\u2019y ont pas r\u00e9ussi, nos amis revenant sans cesse \u00e0 la charge ; Maman et Philom\u00e8ne ont d\u00fb franchir plusieurs barrages comme elles ont pu car la plupart des rues avoisinant la pr\u00e9fecture \u00e9taient barr\u00e9es. Il parait que 17 arrestations ont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9es l\u00e0, notamment celles de M. Maisonneuve, de trois \u00e9tudiants Nicol, Monnier, Testart-Vaillant et de deux pr\u00eatres. Je ne sais pas si elles ont \u00e9t\u00e9 maintenues. Je vois qu\u2019en allant au <em>Patriote<\/em> nous avons manqu\u00e9 le plus int\u00e9ressant ; je le regrette. Enfin, les processions ont \u00e9t\u00e9 bien veng\u00e9es, et le Saint-Sacrement bien acclam\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons \u00e0 pr\u00e8s de une heure. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je me repose, je travaille un peu, et je vais aux nouvelles ; je n\u2019apprends rien de nouveau. D\u2019une conversation que j\u2019ai eue ce matin avec Normand d\u2019Authon qui rentre de Paris, il ressort que le danger de la guerre est toujours imminent. Il a vu \u00e0 Paris un secr\u00e9taire de Berteaux qui lui a dit que dans la nuit du 5 au 6 juin, les chefs du grand \u00e9tat-major \u00e9taient r\u00e9unis au Minist\u00e8re de la guerre pr\u00e9parant tout pour la mobilisation qui avait \u00e9t\u00e9 sur le point d\u2019\u00eatre ordonn\u00e9e ; et le m\u00eame secr\u00e9taire croit \u00e0 la guerre parce qu\u2019on la veut en Allemagne, surtout dans les milieux militaires et dans les milieux commer\u00e7ants de Hambourg par hostilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Angleterre ; le gouvernement fera ce qu\u2019il pourra pour l\u2019\u00e9viter, mais il ne le pourra peut-\u00eatre pas ! Dans un pareil moment, le gouvernement ferait mieux de se consacrer tout entier \u00e0 la d\u00e9fense nationale compromise par Andr\u00e9 que de faire interdire des processions par ses pr\u00e9fets. En se promenant le soir, j\u2019apprends que, parmi les deux pr\u00eatres arr\u00eat\u00e9s, il y a un j\u00e9suite, le jeune p\u00e8re Scellier qui habite l\u2019Universit\u00e9 ; il pourra avoir des ennuis s\u00e9rieux !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 30 juin 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 26 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les journaux locaux sont remplis de d\u00e9tails sur les \u00e9v\u00e9nements d\u2019hier : <em>Le Maine-et-Loire<\/em>, royaliste et catholique et <em>Le Petit Courrier<\/em>, r\u00e9publicain progressiste, les racontent impartialement ; ils protestent contre la brutalit\u00e9 de la police autour de la Pr\u00e9fecture ; quant au radical-socialiste <em>Patriote de l\u2019Ouest<\/em>, comme il fallait s\u2019y attendre, notre manifestation contre ses bureaux lui arrache des cris de putois et il nous traite d\u2019apaches, titre qui devrait \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 ses amis, \u00e0 cause d\u2019un malheureux coup de canne donn\u00e9 \u00e0 un nomm\u00e9 Colin (je ne sais si c\u2019est mon agresseur dans l\u2019affaire du Cirque) qui, dit-il, passait tranquillement dans la rue ; je crois, au contraire, qu\u2019il a d\u00fb nous provoquer ; d\u2019ailleurs, je ne me suis pas aper\u00e7u de la chose. Il y a eu 18 arrestations. Cette manifestation a d\u00fb \u00eatre racont\u00e9e et exag\u00e9r\u00e9e m\u00eame par des journaux de province, puisque Bonne Maman nous t\u00e9l\u00e9graphie qu\u2019ayant lu le r\u00e9cit dans <em>L\u2019\u00c9clair <\/em>de Montpellier, elle est inqui\u00e8te et nous demande de la rassurer par d\u00e9p\u00eache, ce que nous faisons tout de suite. Beaucoup de personnes, qui me connaissent comme un des plus hardis manifestants d\u2019Angers, sont \u00e9tonn\u00e9es que je ne sois pas arr\u00eat\u00e9 et nous en expriment, aux uns ou aux autres, leur \u00e9tonnement. Si, au lieu d\u2019aller au <em>Patriote<\/em> o\u00f9 il n\u2019y avait pas de police, j\u2019\u00e9tais rest\u00e9 autour de la Pr\u00e9fecture, je l\u2019aurais \u00e9t\u00e9 probablement. Il va y avoir probablement des poursuites. <em>Le Soleil<\/em> de ce matin raconte ces \u00e9v\u00e9nements. Je travaille beaucoup matin et soir. Le soir, salut \u00e0 Notre Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 27 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille beaucoup matin et soir. Je ne sors dans la journ\u00e9e que pour prendre un peu l\u2019air ; entre la matin\u00e9e et l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai de 6 \u00e0 7 heures de travail par jour ; ce n\u2019est pas trop&nbsp;; heureusement qu\u2019il n\u2019y en a que pour une dizaine de jours !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 28 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais au cours de M. Gavouy\u00e8re le matin \u00e0 8 heures. Je travaille le reste de la matin\u00e9e ainsi que l\u2019apr\u00e8s-midi. Ce soir, je vais prendre le th\u00e9 chez M. Baugas qui m\u2019a invit\u00e9 en m\u00eame temps que plusieurs eccl\u00e9siastiques et la\u00efques de la r\u00e9daction du <em>Quand M\u00eame<\/em>. On cause des \u00e9v\u00e9nements. Il parait que les dames de la garnison de Stenay auraient re\u00e7u un des premiers jours de ce mois l\u2019ordre de se tenir pr\u00eates \u00e0 quitter la ville au premier avis ; Mme Baugas tient cela de la s\u0153ur de Mme Maurice Gavouy\u00e8re dont le mari est en garnison \u00e0 Stenay dans les chasseurs. L\u2019oncle Xavier a \u00e9crit ce matin \u00e0 Papa qu\u2019\u00e0 Verdun les uns croient \u00e0 la guerre imm\u00e9diate, les autres croient qu\u2019elle n\u2019\u00e9clatera que dans quelques mois. C\u2019est aussi l\u2019avis de M. Ren\u00e9 Bazin qui rentre de Paris o\u00f9 il a prononc\u00e9 un discours \u00e0 une r\u00e9union de l\u2019Association des Alsaciens-Lorrains ; de ses conversations avec des personnages haut plac\u00e9s para\u00eet-il, il ressort que l\u2019on esp\u00e8re \u00e9viter la guerre actuellement gr\u00e2ce \u00e0 la diplomatie de M. Rouvier qui n\u2019est pas un imb\u00e9cile, mais on est persuad\u00e9 que d\u2019ici moins d\u2019un an, elle \u00e9clatera. Si le gouvernement ne s\u2019y pr\u00e9pare pas et ne se consacre pas tout entier \u00e0 cette pr\u00e9paration, il sera impardonnable. En attendant, alors que le danger est certes loin d\u2019\u00eatre \u00e9cart\u00e9, la Chambre continue \u00e0 discuter la s\u00e9paration des \u00c9glises et de l\u2019\u00c9tat, et \u00e0 s\u2019occuper de la sonnerie des cloches ou du port de la soutane. Cela fait songer \u00e0 Byzance !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 29 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cours de M. Gavouy\u00e8re \u00e0 8 heures. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Saint-Jacques pour me confesser, mais ne trouvant pas l\u2019abb\u00e9 Brossard, je vais me confesser \u00e0 Notre Dame. Le soir, nous allons tous \u00e0 la grande c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019Adoration nocturne qui pr\u00e9c\u00e8de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur, \u00e0 la cath\u00e9drale. Nous prenons part \u2014 Papa et moi \u2014 \u00e0 la procession du Saint-Sacrement et nous restons jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de 10 heures. Nous avons bien besoin que le Sacr\u00e9-C\u0153ur nous vienne en aide.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 30 juin 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur (qui devrait \u00eatre en France une f\u00eate nationale) je fais la sainte communion pour la France \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 Notre-Dame. Cours de M. Gavouy\u00e8re \u00e0 8h \u00bd. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez le dentiste qui plombe la derni\u00e8re molaire gauche de ma m\u00e2choire inf\u00e9rieure, et un moment chez Lucas ; le reste du temps, je travaille. Ce soir, nous allons au salut \u00e0 l\u2019Adoration.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juillet 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 juillet 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 1<sup>er<\/sup> juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 9h \u00bd, M. Gavouy\u00e8re nous fait son dernier cours ; c\u2019est le dernier de l\u2019ann\u00e9e scolaire et aussi le dernier de ma carri\u00e8re d\u2019\u00e9tudiant en droit&nbsp;; j\u2019avais suivi le 1<sup>er<\/sup> en d\u00e9cembre 1900&nbsp;; cinq ans d\u2019\u00e9tudes de droit, c\u2019est long ! Je travaille le reste de la journ\u00e9e. Ce soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 2 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste \u00e0 Saint-Serge aux v\u00eapres et \u00e0 la procession qui a lieu dans l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9glise au lieu de se d\u00e9rouler dans les rues comme cela devrait \u00eatre. Je travaille \u00e0 la r\u00e9ponse des mati\u00e8res de mon examen.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 juillet 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 3 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une partie de la matin\u00e9e et presque toute l\u2019apr\u00e8s-midi. Je commence \u00e0 m\u2019occuper du plan de mon p\u00e8lerinage \u00e0 La Salette et de mon voyage dans le sud-est ; j\u2019\u00e9cris \u00e0 Xavier de m\u2019envoyer le guide des voyages circulaires sur le r\u00e9seau du P.L.M. qu\u2019on ne trouve pas ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 4 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La loi de s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9e hier \u00e0 la Chambre par 108 voix de majorit\u00e9 (341 contre 233). L\u2019acte de reniement de 14 si\u00e8cles d\u2019histoire de France est donc accompli par la Chambre en attendant de l\u2019\u00eatre par le S\u00e9nat. Voil\u00e0 o\u00f9 la R\u00e9publique voulait en venir, elle y est arriv\u00e9e ! Et maintenant va s\u2019ouvrir une \u00e8re de pers\u00e9cution violente sans doute, qui durera jusqu\u2019\u00e0 la chute de la r\u00e9publique. Car je ne me fais aucune illusion sur la signification de cette loi&nbsp;; si on a r\u00e9ussi \u00e0 faire passer quelques amendements lib\u00e9raux sans que le gouvernement et la commission s\u2019y fassent une opposition bien vive, c\u2019est que le parti r\u00e9publicain voulait la loi, le principe. Les amendements lib\u00e9raux n\u2019\u00e9taient qu\u2019une ruse destin\u00e9e \u00e0 faire passer la marchandise et \u00e0 \u00eatre enlev\u00e9s plus tard&nbsp;; il en sera de la loi actuelle comme de la loi de 1901 sur les associations, elle sera aggrav\u00e9e \u00e0 la pratique et, au besoin, compl\u00e9t\u00e9e par des lois post\u00e9rieures, jusqu\u2019\u00e0 ce que le but, qui est la destruction du catholicisme en France, soit atteint. Je plains ceux qui se font illusion et qui ne voient pas cela. Le but des sectaires ne sera, d\u2019ailleurs, pas atteint ; la r\u00e9publique en France p\u00e9rira avant l\u2019\u00c9glise et le pouvoir qui lui succ\u00e9dera n\u00e9gociera avec le pape un nouveau concordat. Et, une fois de plus, le Christ triomphera pour le plus grand bien de la France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir. Ce soir, vers 6h \u00bd, un v\u00e9ritable cyclone s\u2019abat sur Angers. Le temps avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chaud toute l\u2019apr\u00e8s-midi. Depuis une demi-heure, des nuages d\u2019orage montaient du sud-ouest et le temps s\u2019assombrissait de plus en plus ; enfin, il fit tout \u00e0 fait sombre et, chose rare pour le soir, j\u2019ai d\u00fb allumer ma lampe pour pouvoir travailler, \u00e0 6h \u00bd. Le tonnerre se mit \u00e0 gronder \u00e0 intervalles tr\u00e8s rapproch\u00e9s et d\u2019une fa\u00e7on de plus en plus violente. Enfin tout \u00e0 coup, vers 6h40, il s\u2019\u00e9l\u00e8ve un vent du du sud-ouest d\u2019une violence inou\u00efe et une v\u00e9ritable trombe d\u2019eau s\u2019abat sur la ville. Bien entendu, \u00e0 l\u2019approche de l\u2019orage, nous avions ferm\u00e9 toutes les fen\u00eatres ; malgr\u00e9 cela, dans les appartements sur le Champ de Mars, dans ma chambre notamment, l\u2019eau arrivait jusqu\u2019au milieu&nbsp;; et nous avons d\u00fb pousser en toute h\u00e2te les meubles rapproch\u00e9s des fen\u00eatres. Si on s\u2019approchait des fen\u00eatres, on ne voyait rien qu\u2019une couche d\u2019eau d\u2019un vert glauque qui donnait l\u2019illusion de la mer, on aurait pu se croire en sous-marin&nbsp;; les sifflements de l\u2019ouragan joints aux d\u00e9tonations du tonnerre \u00e9taient tellement effrayants que les chats, affol\u00e9s, couraient dans la maison en poussant des hurlements lamentables. Enfin, apr\u00e8s une dizaine de minutes, la trombe diminue d\u2019intensit\u00e9 et le vent perd un peu de sa violence. Nous nous approchons des fen\u00eatres et nous voyons le cirque qui \u00e9tait sur le Champ de Mars enti\u00e8rement abattu et bris\u00e9 litt\u00e9ralement ; des branches d\u2019arbres arrach\u00e9es du Mail ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9es par le vent jusque pr\u00e8s de notre fa\u00e7ade. La pluie et le vent sont encore tr\u00e8s forts pendant dix autres minutes ; enfin, le cyclone se calme vers 7 heures. Chose bizarre, le barom\u00e8tre que je suis all\u00e9 voir tout de suite a tr\u00e8s peu boug\u00e9. Les domestiques sont occup\u00e9s \u00e0 \u00e9tancher l\u2019eau qui est tomb\u00e9e \u00e0 flots dans les appartements et nous ne pouvons nous mettre \u00e0 table qu\u2019\u00e0 7h \u00bd. \u00c0 8h \u00bd, je sors un moment avec Papa pour me rendre compte des d\u00e9g\u00e2ts&nbsp;; sur le boulevard de la Mairie, une foule de gros arbres sont d\u00e9racin\u00e9s ; il y en a, l\u00e0 seulement, plus de quinze cass\u00e9s ou d\u00e9racin\u00e9s ; le cirque est en lambeaux, un bec de gaz est emport\u00e9, un urinoir coup\u00e9 en deux, un kiosque de journaux tr\u00e8s solide renvers\u00e9 et \u00e0 moiti\u00e9 bris\u00e9&nbsp;; l\u2019aspect du boulevard est lamentable ; j\u2019entends parler d\u2019accidents de personnes. La foule se r\u00e9pand dans les rues, atterr\u00e9e, comme nous par la curiosit\u00e9. Demain, on se rendra mieux compte des d\u00e9g\u00e2ts.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/559471164_10230499409133330_3781666386395549640_n.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"674\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/559471164_10230499409133330_3781666386395549640_n-1024x674.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-324\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/559471164_10230499409133330_3781666386395549640_n-1024x674.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/559471164_10230499409133330_3781666386395549640_n-300x197.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/559471164_10230499409133330_3781666386395549640_n-768x506.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/559471164_10230499409133330_3781666386395549640_n-1536x1011.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/559471164_10230499409133330_3781666386395549640_n.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">D\u00e9g\u00e2ts du cyclone du 4 juillet 1905 \u00e0 Angers (carte postale d&rsquo;\u00e9poque) \u2013 Archives municipales d&rsquo;Angers<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 5 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le <em>Maine-et-Loire<\/em> de ce matin est plein de d\u00e9tails lamentables sur les r\u00e9sultats du cyclone d\u2019hier ; \u00e0 Angers, un homme a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 par la chute d\u2019une branche d\u2019arbre boulevard Daviers, un autre est gri\u00e8vement bless\u00e9 et est \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ; les toits \u00e9ventr\u00e9s ou emport\u00e9s ne se comptent pas ; une maison a \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement d\u00e9molie rue La R\u00e9veill\u00e8re, les ardoises jonchent le sol ; enfin et surtout, sur tous les boulevards de la ville, les arbres sont ou cass\u00e9s ou d\u00e9racin\u00e9s ou tr\u00e8s ab\u00eem\u00e9s ; certains boulevards ont l\u2019aspect d\u2019un bois tellement il y a de branches par terre ou de troncs entiers au travers des trottoirs ou de la chauss\u00e9e ; Angers a l\u2019air d\u2019une ville bombard\u00e9e. Les habitants sont affol\u00e9s et beaucoup disent avec raison que c\u2019est la punition de Dieu pour l\u2019interdiction des processions. Dans le d\u00e9partement, les d\u00e9g\u00e2ts sont \u00e9normes&nbsp;; les r\u00e9coltes sont ou perdues ou tr\u00e8s endommag\u00e9es. Les lignes t\u00e9l\u00e9graphiques et t\u00e9l\u00e9phoniques \u00e9tant d\u00e9truites autour d\u2019Angers, les journaux n\u2019ont pas de d\u00e9p\u00eaches et les agences n\u2019en publient pas de toute la journ\u00e9e. Quel bouleversement&nbsp;! \u00c0 11h \u00bd, je vais au conseil particulier de Saint-Vincent-de-Paul. Le soir, nous allons Papa et moi voir les d\u00e9g\u00e2ts dans la Doutre ils sont tr\u00e8s importants.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 6 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une bonne partie de la journ\u00e9e ; le matin, je vais me faire couper les cheveux ; l\u2019apr\u00e8s-midi, me faire plomber une dent&nbsp;; j\u2019en ai fini avec le dentiste&#8230; jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre. Le cyclone a exerc\u00e9 ses ravages dans une bonne partie de la France ; pour moi, c\u2019est la r\u00e9ponse de Dieu au vote de la s\u00e9paration qui a eu lieu la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Le soir, nous nous promenons un peu. La ville reprend peu \u00e0 peu son aspect habituel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, vendredi 7 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 Angers ce matin par le rapide de 10h25 avec une foule de mes camarades de l\u2019Universit\u00e9 qui viennent passer quelques-uns l\u2019\u00e9crit de la licence, un autre le m\u00eame examen que moi ; apr\u00e8s changement et d\u00e9jeuner au Mans, je suis arriv\u00e9 ici \u00e0 3 heures&nbsp;; je suis descendu \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Place royale. Avec Segot nous allons poser des cartes chez nos examinateurs de demain. Apr\u00e8s d\u00eener, je me prom\u00e8ne avec Segot du c\u00f4t\u00e9 du port.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, samedi 8 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8 heures, j\u2019assiste avec Segot \u00e0 la messe que j\u2019ai demand\u00e9e au cur\u00e9 de l\u2019\u00e9glise Saint-Sauveur de c\u00e9l\u00e9brer pour notre examen ; j\u2019y fais la sainte communion. Ensuite, jusqu\u2019\u00e0 midi, je repasse quelques questions. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je me repose&nbsp;; et, \u00e0 3h \u00bc, apr\u00e8s avoir fait nos pri\u00e8res et mis des cierges \u00e0 Saint Pierre et \u00e0 Saint Sauveur, je vais \u00e0 la Facult\u00e9 avec Segot. Je suis au m\u00eame bureau qu\u2019un certain M. Juel, \u00e9tudiant de Caen. M. Le Fur (fr\u00e8re du pr\u00e9sident de l\u2019association royaliste \u00ab l\u2019Entente Nationale \u00bb) m\u2019interroge, en droit international public, sur diverses cons\u00e9quences des cessions de territoires au point de vue des habitants domicili\u00e9s et originaires, de la dette publique de l\u2019\u00c9tat c\u00e9dant, des jugements et actions en justice, je lui r\u00e9ponds bien. Ensuite, M. Genestal m\u2019interroge en histoire du droit public, sur une question que nous n\u2019avions pas \u00e9tudi\u00e9e au cours, \u00ab La querelle des investitures \u00bb, je lui r\u00e9ponds ce que je sais l\u00e0-dessus, et ensuite sur diverses th\u00e9ories \u00e0 propos des rapports de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat au Moyen \u00c2ge ; je lui r\u00e9ponds bien sur la plupart des points. La 3<sup>\u00e8me<\/sup> interrogation est celle de M. B\u00e9ville, en contentieux administratif ; il me pose des questions tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rales sur la th\u00e9orie du contentieux administratif, sur les principes auxquels il se rattache, etc.&nbsp;; et aussi sur le contentieux des contributions directes&nbsp;; je lui r\u00e9ponds tr\u00e8s bien. Enfin, M. Villey m\u2019interroge en droit constitutionnel compar\u00e9 sur les \u00e9lections en Angleterre, les op\u00e9rations \u00e9lectorales et la v\u00e9rification des pouvoirs ; il me demande aussi de faire la critique des syst\u00e8mes fran\u00e7ais correspondants. Je lui r\u00e9ponds tr\u00e8s bien. \u00c0 la proclamation des r\u00e9sultats, je suis re\u00e7u avec 3 blanches et une blanche-rouge, comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, c\u2019est superbe ! M. Juel est re\u00e7u avec 2 blanches et 2 blanches-rouges ; un 3<sup>\u00e8me<\/sup> candidat, de l\u2019Universit\u00e9 catholique de Lille, est re\u00e7u avec les m\u00eames notes que moi ; enfin Segot seul reste sur le carreau&nbsp;; pauvre gar\u00e7on, je le plains sinc\u00e8rement. Je vais envoyer des t\u00e9l\u00e9grammes puis je vais remercier Dieu et mes saints protecteurs \u00e0 Saint-Sauveur et \u00e0 Saint-Pierre. Apr\u00e8s d\u00eener, je suis un moment la retraite aux flambeaux et la musique du 36<sup>e<\/sup> de ligne, j\u2019\u00e9cris 3 lettres, mon journal et je me couche \u00e0 10 heures. Quelle veine de n\u2019avoir plus d\u2019examens \u00e0 passer et surtout \u00e0 pr\u00e9parer ! Depuis sept ans que j\u2019en passais tous les ans, c\u2019\u00e9tait une v\u00e9ritable habitude organique ou plut\u00f4t c\u00e9r\u00e9brale. Me voil\u00e0 donc presque docteur en droit. Maintenant apr\u00e8s les vacances, je me mettrai \u00e0 ma th\u00e8se que je n\u2019ai pas l\u2019intention de faire tra\u00eener longtemps.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caen_palaisdesfacultes_cpa_cour_rueSaintSauveur.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"989\" height=\"554\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caen_palaisdesfacultes_cpa_cour_rueSaintSauveur.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-325\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caen_palaisdesfacultes_cpa_cour_rueSaintSauveur.jpg 989w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caen_palaisdesfacultes_cpa_cour_rueSaintSauveur-300x168.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Caen_palaisdesfacultes_cpa_cour_rueSaintSauveur-768x430.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 989px) 100vw, 989px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Palais des Facult\u00e9s \u00e0 Caen \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, dimanche 9 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 7h 45 par la gare Saint-Martin pour La D\u00e9livrande o\u00f9 je vais comme tous les ans faire mon p\u00e8lerinage d\u2019actions de gr\u00e2ces et laisser une plaque en reconnaissance. Croyant que le train partait \u00e0 6h52 (j\u2019avais mal lu sur l\u2019horaire), je me l\u00e8ve \u00e0 5h \u00bd et j\u2019arrive \u00e0 la gare une heure \u00e0 l\u2019avance ! Aussi, j\u2019en profite pour aller \u00e0 la messe \u00e0 la chapelle des B\u00e9n\u00e9dictines avant de partir. Je l\u2019entends de nouveau, du reste, \u00e0 La D\u00e9livrande. Je pars \u00e0 10h \u00bd de La D\u00e9livrande pour Luc-sur-Mer o\u00f9 je passe le reste de la journ\u00e9e. Je d\u00e9jeune, \u00e0 Loc, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Soleil levant. Il fait tr\u00e8s chaud ; je me prom\u00e8ne beaucoup sur la digue et sur la plage. Mais le temps est long \u00e0 passer ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, il y a deux ond\u00e9es d\u2019orages puis le temps se remet. \u00c0 4 heures, je vais \u00e0 un concert au casino, qui me m\u00e8ne \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 l\u2019heure de mon d\u00e9part (6h19). Je suis \u00e0 Caen un peu apr\u00e8s 7 heures. Apr\u00e8s d\u00eener, j\u2019allais faire mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, quand je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de Papa me recommandant de ne pas voyager cette nuit et de ne rentrer que demain. J\u2019en profite pour aller voir jouer une petite com\u00e9die <em>Il faut que jeunesse se passe<\/em> qui, malgr\u00e9 son titre est, d\u2019ailleurs, assez inoffensive et pas tr\u00e8s intelligente.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 16 juillet 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 10 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars de Caen \u00e0 9h 48 et, apr\u00e8s changement au Mans, j\u2019arrive vers 5 heures \u00e0 Angers. Je trouve tout le monde en bonne sant\u00e9 bien que Maman ait \u00e9t\u00e9 un peu fatigu\u00e9e samedi. Je trouve une foule de t\u00e9l\u00e9grammes et de lettres me f\u00e9licitant. Le soir, nous nous promenons un peu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 11 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je sors un petit moment. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je fais mon plan de voyage dans dans le sud-est, et j\u2019\u00e9cris \u00e0 Bonne Maman pour cela. Nous avons la visite de M. et Mme Baugas. Apr\u00e8s d\u00eener, nous nous promenons un peu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 12 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons Philom\u00e8ne et moi de la gare Saint-Serge \u00e0 8h45 pour Segr\u00e9&nbsp;; l\u00e0 Jacques Herv\u00e9-Bazin nous attend en voiture et nous m\u00e8ne \u00e0 son ch\u00e2teau du Patys o\u00f9 Mme et Mlles Herv\u00e9-Bazin nous re\u00e7oivent avec la plus grande amabilit\u00e9. Nous nous promenons beaucoup dans le parc, nous faisons des parties de bateau sur la pi\u00e8ce d\u2019eau etc. Jacques me fait esp\u00e9rer qu\u2019il viendra peut-\u00eatre en Roussillon \u00e0 la fin d\u2019ao\u00fbt ou au commencement de septembre ; j\u2019en serais enchant\u00e9. Nous repartons \u00e0 5h \u00bd par la gare de Marans et nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 6h \u00bd. Journ\u00e9e tr\u00e8s agr\u00e9able malgr\u00e9 la chaleur qui \u00e9tait tr\u00e8s forte. Nous nous promenons apr\u00e8s d\u00eener.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/patys.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"613\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/patys-1024x613.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-326\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/patys-1024x613.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/patys-300x180.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/patys-768x460.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/patys.jpg 1400w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau du Patys \u00e0 Segr\u00e9-en-Anjou-Bleu, demeure de la famille Herv\u00e9-Bazin (aujourd&rsquo;hui Maison-mus\u00e9e Herv\u00e9-Bazin) \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 13 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sais trop que faire de mon temps et je me prom\u00e8ne quand je ne lis pas. Une chose qui m\u2019int\u00e9resse beaucoup et qui me fait grand plaisir, c\u2019est la note parue dans le dernier num\u00e9ro de la <em>Semaine religieuse<\/em> de Nancy ; cette note, \u00e9videmment inspir\u00e9e par le vaillant \u00e9v\u00eaque de Nancy Mgr Turinaz, d\u00e9clare que le moment est venu pour les Catholiques de se s\u00e9parer de la r\u00e9publique d\u00e9finitivement puisque malgr\u00e9 toutes les avances, ce r\u00e9gime s\u2019acharne \u00e0 traiter les Catholiques en ennemis politiques ; il prouve ainsi lui-m\u00eame qu\u2019il est incompatible et inconciliable avec la religion catholique ; c\u2019est ce que je n\u2019ai jamais cess\u00e9 de penser. La <em>Croix de Meurthe-et-Moselle<\/em> dans un article intitul\u00e9 \u00ab S\u00e9parons-nous \u00bb commente la note pr\u00e9c\u00e9dente et d\u00e9clare que puisque la r\u00e9publique vient de faire la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, tous les catholiques doivent se s\u00e9parer de la r\u00e9publique ; pendant 20 ans, ils ont \u00e9t\u00e9 trop na\u00effs allant de concession en concession et de reculade en reculade ; maintenant, la le\u00e7on a \u00e9t\u00e9 bonne, et c\u2019est fini ; l\u2019article se termine par le cri de \u00ab Vive le Pape, \u00e0 bas la r\u00e9publique \u00bb. Enfin !!! On peut dire \u00ab \u00c0 bas la r\u00e9publique \u00bb dans une <em>Croix<\/em> ; ces quatre mots sont un \u00e9v\u00e9nement historique, c\u2019est ma conviction profonde. Ils marquent le point de d\u00e9part d\u2019une attitude nouvelle des Catholiques fran\u00e7ais, attitude conforme \u00e0 leurs vraies traditions et \u00e0 leur int\u00e9r\u00eat bien entendu, attitude plus digne d\u2019eux que la politique d\u2019effacement et de reculades men\u00e9e depuis quinze ans. Il y aura des r\u00e9sistances de la part de ralli\u00e9s incorrigibles, des essais de retour en arri\u00e8re, mais je suis convaincu que la majorit\u00e9 des Catholiques, enfin pouss\u00e9s par la force des \u00e9v\u00e9nements, se ralliera \u00e0 la politique royaliste. Il \u00e9tait temps !!! Inutile de dire que ces articles sont tr\u00e8s comment\u00e9s par les journaux monarchistes comme <em>Le Soleil<\/em>, <em>La Gazette<\/em>, <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em> ou \u00e0 tendances monarchistes comme <em>La Libre Parole<\/em>. Les ralli\u00e9s (<em>Croix<\/em> de Paris et <em>Univers<\/em>) observent un silence prudent. La lumi\u00e8re nous vient de Lorraine o\u00f9 la propagande royaliste a fait, depuis quelques mois, de si grands progr\u00e8s comme, d\u2019ailleurs, dans d\u2019autres pays-fronti\u00e8re, du pays de Jeanne d\u2019Arc, c\u2019est de bon augure. Puisse-t-elle se r\u00e9pandre vite dans toute la France !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En attendant le conflit franco-allemand est ajourn\u00e9 par le consentement de la France d\u2019assister \u00e0 la conf\u00e9rence, consentement accord\u00e9, quoiqu\u2019en dise Rouvier, sans garantie s\u00e9rieuse. Cette conf\u00e9rence, et l\u2019attitude qu\u2019y prendra l\u2019Allemagne pourraient bien m\u00e9nager quelque surprise ; je suis convaincu que le conflit rena\u00eetra au moment de la conf\u00e9rence, car il n\u2019est nullement r\u00e9solu. Ce qui ressort de ces douloureux incidents, c\u2019est que notre r\u00e9gime politique ne nous permet pas d\u2019avoir une politique ext\u00e9rieure !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 14 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La revue a lieu, cette ann\u00e9e, sur la place La Rochefoucauld ; nous y assistons \u00e0 9 heures. Le reste de cette odieuse journ\u00e9e se passe, pour nous, sans aucune diff\u00e9rence avec les autres jours. L\u2019amnistie qui pr\u00e9tendait confondre les vaillants proscrits de la Haute Cour avec les inf\u00e2mes d\u00e9lateurs a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e, au grand d\u00e9pit de Marcel Habert, ami et ancien compagnon d\u2019exil de Deroul\u00e8de, \u00e0 cause du \u00ab&nbsp;chambard&nbsp;\u00bb fait au S\u00e9nat par les royalistes de Lamarzelle et de Carn\u00e9&nbsp;; \u00e0 la Chambre par le royaliste De Rosanbo et le nationaliste Lasies&nbsp;; gr\u00e2ce \u00e0 la violence de langage de ces deux derniers, l\u2019amnistie qui \u00e9tait pass\u00e9e au S\u00e9nat malgr\u00e9 le vote hostile de la droite, a \u00e9t\u00e9 retir\u00e9e \u00e0 la Chambre par le Gouvernement. Nos amis ont \u00e9t\u00e9 joliment bien inspir\u00e9s ! Gr\u00e2ce \u00e0 eux, le pays ne risque pas de croire qu\u2019un march\u00e9 honteux a \u00e9t\u00e9 conclu entre eux et le minist\u00e8re, comme celui-ci, sans doute, l\u2019esp\u00e9rait. Ils ont mieux aim\u00e9 risquer d\u2019infliger aux proscrits une prolongation d\u2019exil que de laisser croire cela, et ils ont eu raison ; et Buffet et Lur-Saluces sont les premiers \u00e0 les approuver ! Le gouvernement, qui a retir\u00e9 le projet d\u2019amnistie, fait gracier par Loubet les personnes qu\u2019il visait. Mais Buffet et Saluces, de mieux en mieux inspir\u00e9s, t\u00e9l\u00e9graphient \u00e0 Loubet dans un style des plus lestes et des plus m\u00e9prisants ; ce sont presque deux t\u00e9l\u00e9grammes d\u2019injures. Ils lui disent qu\u2019ils se bornent \u00e0 constater qu\u2019ils ont la possibilit\u00e9 de rentrer en France et qu\u2019ils ne lui en doivent aucune reconnaissance. Ils lui disent aussi que le fait par lui d\u2019avoir sanctionn\u00e9 un projet qui les confondait dans le m\u00eame traitement avec les d\u00e9lateurs est une vil\u00e9nie de plus ajout\u00e9e \u00e0 tant d\u2019autres. Buffet ajoute qu\u2019il sera en France avant la signature du d\u00e9cret de gr\u00e2ce et qu\u2019il fournit ainsi \u00e0 Loubet le moyen l\u00e9gal de l\u2019exclure de sa mesure de cl\u00e9mence. C\u2019est parfait et maintenant, la man\u0153uvre gouvernementale \u00e9tant d\u00e9jou\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 la vigilance de nos amis, les vaillants royalistes peuvent rentrer en France la t\u00eate haute, et profiter pour reprendre le bon combat, d\u2019une mesure qu\u2019ils n\u2019ont pas sollicit\u00e9e, qu\u2019ils ont tout fait pour emp\u00eacher. Nous offrons une fort jolie canne \u00e0 Papa en l\u2019honneur de la Saint Henri.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 15 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa termine aujourd\u2019hui son cours et nous pourrons partir pour Lyon, la Salette et La Burbanche, d\u00e8s que j\u2019aurai re\u00e7u une lettre des Delestrac que j\u2019attends. Papa, qui a grande envie de voir la Salette, se d\u00e9cide \u00e0 m\u2019accompagner une partie du voyage. On \u00e9touffe aujourd\u2019hui, il y a environ 35\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire une visite \u00e0 M. Gavouy\u00e8re. Je vais aussi, avec Philom\u00e8ne, poser chez le photographe Cauville. Je vais me confesser \u00e0 Saint Jacques.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_174602-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"607\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_174602-Copie-607x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-572\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_174602-Copie-607x1024.jpg 607w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_174602-Copie-178x300.jpg 178w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_174602-Copie-768x1296.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_174602-Copie-910x1536.jpg 910w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_174602-Copie.jpg 1144w\" sizes=\"auto, (max-width: 607px) 100vw, 607px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Clich\u00e9 Edmond Cauville, Angers, 15 juillet 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 16 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s les v\u00eapres \u00e0 Notre-Dame, je fais quelques visites. Le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 juillet 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 17 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais me promener \u00e0 bicyclette, \u00e0 Pellouailles et Saint-Sylvain. L\u2019apr\u00e8s-midi, je lis et je fais diverses commissions, notamment pour trouver un pr\u00e9cepteur pour les vacances aux fils du commandant de Chappedelaine. Une d\u00e9p\u00eache annonce le suicide (?) d\u2019Arton<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. Beaucoup de r\u00e9publicains dorment plus tranquilles d\u00e9sormais, le sale Loubet le premier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;Angers, mardi 18 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis occup\u00e9 une partie de la journ\u00e9e aux convocations pour la f\u00eate de Saint Vincent de Paul mardi. Je fais diverses commissions. Superbe r\u00e9union royaliste hier soir \u00e0 Paris en l\u2019honneur de Buffet et de Lur-Saluces ; sur l\u2019estrade, au milieu des principales notabilit\u00e9s royalistes : MM. de Parseval, Vaugeois, de Sabran, Chamillard, Lambelin etc., on pouvait voir, chose remarquable et significative, le sup\u00e9rieur des R\u00e9demptoristes ; victime de la gueuse, il commence \u00e0 comprendre son v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat. Vaugeois a hardiment pr\u00e9conis\u00e9 le coup d\u2019\u00c9tat pour ramener le Roi&nbsp;; bravo pour le vaillant pr\u00e9sident de l\u2019Action fran\u00e7aise&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 19 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais un grand nombre de convocations pour Saint Vincent de Paul ; je fais aussi diverses commissions. Au d\u00e9but des vacances, au lieu d\u2019aller tout d\u2019abord chez les Delestrac et \u00e0 la Salette, je vais commencer par aller \u00e0 Cauterets avec Papa apr\u00e8s un arr\u00eat de deux jours chez Marie-Th\u00e9r\u00e8se ; \u00e0 Cauterets, j\u2019attendrai que les Delestrac soient \u00e0 La Burbanche et, d\u00e8s qu\u2019ils y seront, j\u2019irai \u00e0 La Burbanche. Nous partirons vendredi soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 20 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais plusieurs commissions et visites. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019apprends par La Guillonni\u00e8re que Br\u00e9on est malade \u00e0 la maison de sant\u00e9 Saint-Louis ; je vais l\u2019y voir. Le soir, nous allons \u00e0 la musique au Mail.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 22 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 vendredi soir \u00e0 10h17 avec Papa et, apr\u00e8s changements \u00e0 Saint-Pierre-des-Corps et \u00e0 Angoul\u00eame, je suis arriv\u00e9 ce matin \u00e0 7h \u00bd \u00e0 La Rochebeaucourt o\u00f9 nous attendaient, en omnibus, Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Nous \u00e9tions \u00e0 Sainte-Croix vers 8h \u00bc. Je n\u2019ai donc pas pu \u00e9crire mon journal hier soir. La journ\u00e9e d\u2019hier a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s occup\u00e9e \u00e0 Angers ; j\u2019ai fait des quantit\u00e9s d\u2019achats (notamment un superbe sac de voyage, tr\u00e8s confortable, que j\u2019ai eu presque simplement avec des timbres-prime de <em>L\u2019Anjou<\/em> ; il m\u2019aurait co\u00fbt\u00e9 environ 40 francs, et je l\u2019ai eu pour 2250 timbres recueillis, sauf 200, chez divers fournisseurs pendant toute l\u2019ann\u00e9e). L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis all\u00e9 prendre le th\u00e9 chez Br\u00e9on, j\u2019y ai retrouv\u00e9 Jacques Herv\u00e9 qui arrive de Caen o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u avec 4 blanches.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette apr\u00e8s-midi, je suis all\u00e9 \u00e0 Mareuil avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 pied malgr\u00e9 la chaleur (34\u00b0 environ). Nous sommes all\u00e9s voir les La Bardonnie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 23 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous recevons une lettre de Tante Delestrac, qui nous revient d\u2019Angers, annon\u00e7ant qu\u2019elle partira pour La Burbanche le 10 ou 12 ao\u00fbt. Nous voil\u00e0 enfin fix\u00e9s ; mais quelle guigne que cette lettre ne soit pas arriv\u00e9e avant notre d\u00e9part d\u2019Angers. Le mieux va \u00eatre, je pense, de faire tout de suite (c\u2019est \u00e0 dire dans 3 ou 4 jours) le p\u00e8lerinage et le circuit en Savoie et en Dauphin\u00e9, puis pour moi, d\u2019aller \u00e0 Saint-\u00c9tienne et \u00e0 La Burbanche avec les Delestrac. Papa, apr\u00e8s \u00eatre venu avec moi pendant le p\u00e8lerinage et le voyage dans le sud-est, reviendrait \u00e0 Angers et irait \u00e0 Cauterets. Moi, apr\u00e8s quelques jours pass\u00e9s \u00e0 La Burbanche j\u2019irais \u00e0 Vin\u00e7a, car je n\u2019ai nul besoin de Cauterets et je n\u2019y allais que pour attendre le moment d\u2019aller \u00e0 La Burbanche. Nous entendons la messe ici \u00e0 10h \u00bc\u2026 L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons, en pha\u00e9ton, voir les La Chapelle \u00e0 La Rousseti\u00e8re et, au retour, les La Bardonnie \u00e0 Mareuil. Les v\u00eapres sont \u00e0 8h du soir.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 juillet 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 24 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman et Philom\u00e8ne arrivent \u00e0 8 heures du matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec le cur\u00e9 de Sainte-Croix, celui de Combe (dans la Charente) et quelques p\u00eacheurs \u00e0 une partie de p\u00eache au tramail dans la Lizonne ; nous prenons beaucoup de poissons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 25 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre plan de voyage \u00e9tant arr\u00eat\u00e9 comme je l\u2019indiquais avant-hier, je vais \u00e0 Angouleme par le train de 1h13 demander \u00e0 la gare un billet \u00e0 itin\u00e9raire facultatif pour Papa. Moi, devant aller de La Burbanche \u00e0 Vin\u00e7a sans passer par ici, je ne puis pas en prendre. Je rentre par le train de 4h42 qui arrive \u00e0 La Rochebeaucourt \u00e0 5h \u00be. Il fait tr\u00e8s chaud. \u00c0 Angoul\u00eame, j\u2019en profite pour me faire couper les cheveux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 26 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe qui est \u00e0 7h \u00bd. Dans la matin\u00e9e, je vais avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philo me promener \u00e0 Verdinak. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 4 heures, par une chaleur de 33 \u00e0 34\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre et de 45 au soleil, nous allons en break faire deux visites : l\u2019une au ch\u00e2teau de Jaurias chez la famille de ce nom ; l\u2019autre au ch\u00e2teau de Gaillar chez la famille Dereix de Laplane. Ces visites dans les ch\u00e2teaux des environs sont une grande distraction ici o\u00f9 la \u00ab gentry \u00bb est tr\u00e8s unie et tr\u00e8s aimable.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/jaurias.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"513\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/jaurias-1024x513.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-327\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/jaurias-1024x513.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/jaurias-300x150.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/jaurias-768x385.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/jaurias-1536x770.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/jaurias.jpg 1730w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Jaurias, commune commune de Gout-Rossignol (Dordogne), vue actuelle \u2013 Site <a href=\"https:\/\/www.dordogne-perigord-tourisme.fr&nbsp;\u203a chateau-d...\">www.dordogne-perigord-tourisme.fr<\/a><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 27 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait extr\u00eamement chaud (36 \u00bd \u00e0 l\u2019ombre) ; aussi ne sortons-nous qu\u2019\u00e0 5h \u00bd pour aller \u00e0 Mareuil o\u00f9 nous sommes invit\u00e9s \u00e0 d\u00eener chez les La Bardonnie ; nous y allons \u00e0 pied Papa, Philom\u00e8ne et moi \u2013 pour faire un peu d\u2019exercice. Apr\u00e8s le d\u00eener, le temps \u00e9tant mena\u00e7ant, nous rentrons assez vite&nbsp;; \u00e0 pied encore car l\u2019omnibus est \u00e0 la gare pour amener \u00e0 Sainte-Croix Madame et Mlle de Saint-Cyr qui viennent passer quelque temps ici (de plus en plus elles habitent avec l\u2019abb\u00e9 G\u00e9rard de Saint-Cyr qui est cur\u00e9 de Puy-Guilhem \u00e0 l\u2019autre bout de la Dordogne). En arrivant \u00e0 Sainte-Croix, nous trouvons ces dames qui viennent d\u2019y arriver.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 28 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est notre derni\u00e8re journ\u00e9e compl\u00e8te \u00e0 Sainte-Croix, car Papa et moi nous partons demain pour Vichy, La Salette, Gen\u00e8ve, Lyon etc. \u00c0 la fin de l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u2014 Max, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philo, Mlle de Saint-Cyr et moi \u2014 faire une visite aux De Montcheuil au ch\u00e2teau des Ages \u00e0 8 kilom\u00e8tres de Mareuil sur la route de Bourdeilles ; le pays est tr\u00e8s joli.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vichy, dimanche 30 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier matin, pr\u00e9paratifs de d\u00e9part. Je quitte avec Papa Sainte-Croix par le train qui part de La Rochebeaucourt \u00e0 1h18. Nous sommes \u00e0 Limoges vers 6h \u00bd ; comme nous n\u2019en repartons qu\u2019\u00e0 minuit, nous d\u00eenons en ville et nous en profitons pour revoir un peu la ville o\u00f9 je n\u2019\u00e9tais pas venu depuis 14 ans. Impossible, naturellement d\u2019\u00e9crire mon journal hier soir. Nous repartons de Limoges \u00e0 minuit 1\/2 et arrivons \u00e0 Vichy \u00e0 7h du matin. Nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Amiraut\u00e9 o\u00f9 nous \u00e9tions descendus la derni\u00e8re fois que nous \u00e9tions venus ici en 1891. Avant et apr\u00e8s la messe, nous passons la matin\u00e9e et une bonne partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 visiter cette jolie et \u00e9l\u00e9gante station. L\u2019apr\u00e8s-midi et le soir, concert au parc. J\u2019ai rencontr\u00e9 La Guillonni\u00e8re \u00e0 la gare ; il arrivait d\u2019Angers pour huit jours.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/067-vichy-vichy-hotel-amiraute.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"514\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/067-vichy-vichy-hotel-amiraute.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-329\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/067-vichy-vichy-hotel-amiraute.jpg 514w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/067-vichy-vichy-hotel-amiraute-193x300.jpg 193w\" sizes=\"auto, (max-width: 514px) 100vw, 514px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">H\u00f4tel de l&rsquo;Amiraut\u00e9 \u00e0 Vichy (carte postale d&rsquo;\u00e9poque) \u2013 Site cartorum.fr<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 31 juillet 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Grenoble, lundi 31 juillet 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 Vichy \u00e0 midi 30 et, apr\u00e8s un arr\u00eat de 3\/4 d\u2019heure \u00e0 Lyon, nous arrivons \u00e0 8 heures 5 \u00e0 Grenoble. C\u2019est la premi\u00e8re fois que je viens dans cette ville ; nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Bayard. Le soir, nous nous promenons un peu ; il fait chaud.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ao\u00fbt 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 ao\u00fbt 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Couvent de la Salette (1800 m\u00e8tres d\u2019altitude), mardi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes partis de Grenoble par le train de 8h36 ce matin et, apr\u00e8s changements \u00e0 Saint-Georges de Commiers, La Mure, o\u00f9 l\u2019on monte par une ligne d\u2019une grande hardiesse \u00e0 Corps, nous arrivons \u00e0 plus de 7 heures du soir au p\u00e8lerinage de la Salette but de notre pr\u00e9sence dans ces r\u00e9gions. A partir de Corps, la route n\u2019existe plus et on n\u2019a qu\u2019une sorte de chemin muletier o\u00f9 l\u2019on r\u00e9ussit cependant \u00e0 faire passer une voiture (?) attel\u00e9e de 4 chevaux ; nous sommes tr\u00e8s cahot\u00e9s et devons par moments mettre pied \u00e0 terre ; malheureusement il pleut. Le trajet est merveilleux. A l\u2019h\u00f4tellerie du couvent, on nous donne deux chambres, ou plut\u00f4t deux cellules. Mais nous sommes en p\u00e8lerinage de p\u00e9nitence ! Le soir, apr\u00e8s le d\u00eener, nous assistons \u00e0 une premi\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie dans la basilique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Salette, mercredi 2 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Temps abominable et, par cons\u00e9quent, presque froid toute la journ\u00e9e ; le brouillard et la pluie alternent tout le temps. Impossible de faire la plus petite promenade, pas m\u00eame l\u2019ascension si facile du Gargas (2300m), et on ne voit rien du superbe paysage qui nous environne, c\u2019est de la guigne ! Nous sommes dans un nuage. Par contre, au point de vue du p\u00e8lerinage notre journ\u00e9e est bien remplie \u00e0 cause d\u2019un p\u00e8lerinage de la Maurienne qui est ici en ce moment et pour lequel il y a beaucoup de c\u00e9r\u00e9monies. Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures ; je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10 heures ; aux v\u00eapres \u00e0 2 heures, au r\u00e9cit de l\u2019apparition qui a lieu en plein air sur les lieux m\u00eames foul\u00e9s par la Sainte Vierge et arros\u00e9s de ses larmes il y a cinquante-neuf ans, \u00e0 5 heures&nbsp;; cette c\u00e9r\u00e9monie est tr\u00e8s touchante ; enfin, derni\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie apr\u00e8s d\u00eener \u00e0 8 heures. J\u2019\u00e9cris une foule de cartes postales ; je fais quelques emplettes au petit magasin voisin de la basilique. La journ\u00e9e, si bien remplie par les exercices de pi\u00e9t\u00e9, n\u2019est ni longue ni monotone. Mon seul regret est de n\u2019avoir pas joui du panorama des montagnes.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FI-0607-5612.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"798\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FI-0607-5612-798x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-330\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FI-0607-5612-798x1024.jpg 798w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FI-0607-5612-234x300.jpg 234w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FI-0607-5612-768x986.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FI-0607-5612-1197x1536.jpg 1197w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/FI-0607-5612.jpg 1496w\" sizes=\"auto, (max-width: 798px) 100vw, 798px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Sanctuaire de Notre-Dame-de-la-Salette \u2013 Clich\u00e9 Victor Riston, 1904 (Site image-est.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Grenoble, jeudi 3 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 la Salette, beau temps et nous pouvons enfin jouir, avant de partir, du coup-d\u2019\u0153il des montagnes. D\u00e9part \u00e0 7 heures pour Corps ; \u00e0 Corps, nous grimpons dans une voiture-courrier qui nous m\u00e8ne en 3 heures \u00e0 La Mure o\u00f9 nous d\u00e9jeunons ; l\u00e0, \u00e0 2h 30, nous prenons le chemin de fer \u00e0 voie \u00e9troite jusqu\u2019\u00e0 Saint-Georges, et nous sommes \u00e0 Grenoble \u00e0 cinq heures. Le soir, nous nous promenons et nous asseyons \u00e0 la musique du 4<sup>e<\/sup> g\u00e9nie ; il fait tr\u00e8s chaud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Annecy, vendredi 4 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nouvelle \u00e9tape de notre voyage. Nous quittons Grenoble par 33 degr\u00e9s de chaleur, \u00e0 3h38 apr\u00e8s avoir employ\u00e9 la matin\u00e9e \u00e0 visiter Grenoble et \u00e0 aller \u00e0 Uriage o\u00f9 nous avons rencontr\u00e9 le P. Barbier. De Grenoble \u00e0 Annecy, par Albertville, nous suivons de ravissantes vall\u00e9es, puis les bords du lac d\u2019Annecy ; c\u2019est une ligne id\u00e9ale, je ne crois pas en avoir jamais suivi une plus belle ni m\u00eame aussi belle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Gen\u00e8ve, samedi 5 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous nous promenons dans Annecy qui a le cachet italien encore tr\u00e8s prononc\u00e9. Nous partons \u00e0 2 heures pour Gen\u00e8ve au lieu de partir pour Chamonix \u00e0 cause du mauvais temps qui en rendrait le s\u00e9jour peu agr\u00e9able. Nous arrivons \u00e0 Gen\u00e8ve \u00e0 5 heures (heure fran\u00e7aise) avec la pluie. Nous nous promenons un peu. Gen\u00e8ve est une fort belle ville. Nous sommes \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Paris sur le quai ; nous avons, de nos fen\u00eatres, un superbe point de vue sur le lac. Le temps s\u2019arrange un peu vers le soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Gen\u00e8ve, dimanche 6 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 l\u2019\u00e9glise catholique Saint-Joseph, la seule \u00e9glise catholique que nous ayons rencontr\u00e9e. Nous nous promenons ensuite dans les vieux quartiers notamment pr\u00e8s de la cath\u00e9drale qui est assez belle et que nous visitons. Malheureusement, vol\u00e9e depuis quatre si\u00e8cles aux Catholiques qui l\u2019avaient b\u00e2tie par les Protestants, elle est tr\u00e8s abim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, de 1h30 \u00e0 8 heures, nous faisons une charmante promenade sur le lac. Nous prenons place sur le vapeur \u00ab Gen\u00e8ve \u00bb qui nous m\u00e8ne \u00e0 \u00c9vian en 3 heures ; nous passons une heure et demie dans cette jolie station, puis nous en repartons \u00e0 5h \u00bd et nous sommes \u00e0 Gen\u00e8ve \u00e0 8 heures apr\u00e8s avoir touch\u00e9 \u00e0 Nyon, Copp\u00e9e, Thonon et diff\u00e9rents points de la c\u00f4te suisse ou fran\u00e7aise. Le lac L\u00e9man est bien beau !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/22386355017.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"766\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/22386355017-1024x766.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-331\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/22386355017-1024x766.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/22386355017-300x224.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/22386355017-768x574.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/22386355017.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Gen\u00e8ve, le quai des Eaux-Vives \u2013 Clich\u00e9 anonyme, vers 1905 (SiteAbebooks.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 ao\u00fbt 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Gen\u00e8ve, lundi 7 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Journ\u00e9e occup\u00e9e et remplie s\u2019il en fut jamais. Nous quittons Gen\u00e8ve \u00e0 6h50 du matin avec l\u2019intention de visiter Lausanne et Fribourg, ce qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un joli programme ; \u00e0 8 heures 1\/4, nous sommes \u00e0 Lausanne que nous visitons en 3 heures ; ville ouverte, gaie, mais fatigante parce que tr\u00e8s en pente. Nous en repartons \u00e0 11h \u00bd pour Fribourg&nbsp;; la ligne est id\u00e9ale, elle suit le lac de Gen\u00e8ve qu\u2019elle surplombe en corniche et qui d\u00e9roule au soleil sa nappe bleu constell\u00e9e de voiles et sillonn\u00e9e de petits vapeurs ; comme fond de tableau, les Alpes, le Mont Blanc, c\u2019est divinement beau !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes \u00e0 Fribourg \u00e0 1 heure et nous d\u00e9jeunons au restaurant de l\u2019Aigle noir. Nous visitons ensuite la ville o\u00f9 il y a plusieurs grandes \u00e9glises catholiques ; on commence \u00e0 sentir \u00e0 Fribourg l\u2019influence de la Suisse allemande ; cependant, c\u2019est la langue fran\u00e7aise qui domine encore de beaucoup. Vers 4 heures, nous avons tout vu et il nous reste encore 1 heure et demie ; alors nous nous d\u00e9cidons \u00e0 pousser jusqu\u2019\u00e0 Berne qui n\u2019est qu\u2019\u00e0 31 kilom\u00e8tres. Nous arrivons \u00e0 6h30 dans la capitale de la Suisse et nous n\u2019avons qu\u2019une heure \u00e0 y passer si nous voulons \u00eatre rentr\u00e9s le soir \u00e0 Gen\u00e8ve. Mais nous employons si m\u00e9thodiquement ces soixante minutes que nous voyons l\u2019essentiel et nous emportons de la ville une id\u00e9e pr\u00e9cise et tr\u00e8s suffisante. On est ici en pleine Suisse allemande ; presque toutes les enseignes sont en allemand et l\u2019architecture des villes de l\u2019Allemagne du sud, d\u2019ailleurs tr\u00e8s curieuse et tr\u00e8s originale, domine dans les rues anciennes. Nous avons le temps, comme \u00e0 Lausanne et \u00e0 Fribourg, d\u2019exp\u00e9dier plusieurs cartes postales. Nous prenons un train qui part \u00e0 5h32 ; malheureusement il est omnibus et nous n\u2019arrivons \u00e0 Gen\u00e8ve qu\u2019\u00e0 onze heures ; cinq heures et demie pour 160 kilom\u00e8tres ! Nous d\u00eenons au buffet de Lausanne. C\u2019est \u00e9gal, nous n\u2019avons pas perdu notre temps&nbsp;; en un jour, nous avons vu 3 villes dont une capitale et travers\u00e9 un pays ravissant. Le temps, d\u2019ailleurs, nous a favoris\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Aix-les-Bains, mardi 8 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous passons la matin\u00e9e \u00e0 Gen\u00e8ve \u00e0 visiter le quartier nouveau voisin du lac et \u00e0 faire quelques achats de souvenirs de voyage. Nous passons la plus grande partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 visiter l\u2019\u00e9glise russe, l\u2019H\u00f4tel de ville et un mus\u00e9e d\u2019armes etc. Nous quittons \u00e0 6h45 (heure fran\u00e7aise) la charmante ville de Gen\u00e8ve pour Aix-les-Bains o\u00f9 notre circulaire nous permet de nous arr\u00eater ; nous y sommes \u00e0 9h \u00bd et descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Parc ; nous nous promenons un peu le soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chamb\u00e9ry, mercredi 9 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, \u00e0 Aix, nous prenons au grand port un bateau qui nous m\u00e8ne, \u00e0 travers le joli lac du Bourget, \u00e0 l\u2019abbaye cistercienne de Hautecombe dans l\u2019\u00e9glise de laquelle il y a un grand nombre de mausol\u00e9es, dont quelques-uns tr\u00e8s beaux de princes et de princesses de la Maison de Savoie. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous visitons la ville et la station thermale. Nous partons \u00e0 4h43 pour Chamb\u00e9ry o\u00f9 nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de France ; de 5h \u00e0 7h, nous visitons Chamb\u00e9ry ; nous trouvons plusieurs lettres \u00e0 la poste restante ; le soir, nous nous promenons un peu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Grenoble, jeudi 10 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Chamb\u00e9ry ce matin \u00e0 8h52 et, apr\u00e8s changement \u00e0 Saint-B\u00e9ron, nous arrivons vers 11 heures \u00e0 Saint-Laurent-du-Pont o\u00f9 nous d\u00e9jeunons. Nous en repartons \u00e0 midi sur un grand car alpin pour la Grande Chartreuse ; en route, le cocher, que j\u2019interroge, me montre, au milieu de l\u2019endroit appel\u00e9 \u00ab le D\u00e9sert \u00bb le pr\u00e9cipice o\u00f9 est tomb\u00e9 et s\u2019est tu\u00e9 mon pauvre oncle Antoine Collet-Meygret en chassant le chamois le 1 ou 2 octobre 1894 ; il se trouve que ce cocher est celui-l\u00e0 m\u00eame qui a amen\u00e9 vivant en voiture l\u2019oncle Collet-Meygret jusqu\u2019au point de d\u00e9part de la chasse et qui l\u2019a ramen\u00e9 mort \u00e0 Saint-Laurent-du-Pont.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La route est magnifique, mais il fait un soleil de feu, la temp\u00e9rature est extr\u00eamement \u00e9lev\u00e9e comme, du reste, presque toujours depuis la fin de juin. \u00c0 2 heures 25, nous arrivons \u00e0 la Grande Chartreuse ; nous nous mettons \u00e0 la visiter, en m\u00eame temps qu\u2019une foule d\u2019\u00e9trangers, sous la conduite d\u2019un agent forestier que le gouvernement voleur charge de ce soin ; j\u2019\u00e9prouve un sentiment des plus p\u00e9nibles \u00e0 voir ce grand couvent, fond\u00e9 pour la pri\u00e8re et le travail, envahi par une foule indiff\u00e9rente et tr\u00e8s peu recueillie ; l\u00e0 o\u00f9 il y a deux ans vivaient, dans la p\u00e9nitence et la pri\u00e8re, de saints religieux, des femmes et des jeunes filles en costume clair et l\u00e9ger p\u00e9n\u00e8trent sans respect et sans souci des cl\u00f4tures ; apr\u00e8s quelques minutes, je ne puis continuer \u00e0 assister \u00e0 ce spectacle et je pr\u00e9f\u00e8re renoncer \u00e0 la visite du couvent. Ce spectacle est par trop choquant. Voil\u00e0 o\u00f9 nous a conduits la 3<sup>\u00e8me<\/sup> r\u00e9publique spoliatrice comme la premi\u00e8re ! Nous repartons \u00e0 3h et, apr\u00e8s 4 heures d\u2019un admirable trajet \u00e0 travers des for\u00eats de bouleaux et de sapins, nous arrivons \u00e0 7 heures \u00e0 Grenoble par le col de la Porte. \u00c0 Grenoble, nous sommes au bout du circulaire que nous avions pris il y a huit jours. Nous descendons, pour la nuit, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Bayard.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/imageC-548144_0__15184.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1000\" height=\"642\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/imageC-548144_0__15184.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-332\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/imageC-548144_0__15184.jpg 1000w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/imageC-548144_0__15184-300x193.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/imageC-548144_0__15184-768x493.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1000px) 100vw, 1000px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Expulsion des fr\u00e8res chartreux de la Grande Chartreuse en 1903 \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque (site icharta.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paray-le-Monial, vendredi 11 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Grenoble ce matin, nous allons \u00e0 la messe de 7 heures en l\u2019honneur de la f\u00eate de Sainte Philom\u00e8ne et de Sainte Suzanne. Nous partons par le train de 8h 12 ; nous ne sommes \u00e0 Lyon qu\u2019\u00e0 plus de midi et, comme nous ne pourrons pas en repartir avant 3h8, nous allons un peu en ville ; nous d\u00e9jeunons dans un restaurant de la rue de l\u2019H\u00f4tel de ville. Nous repartons \u00e0 3h 8 et arrivons \u00e0 Paray-le-Monial \u00e0 8h50 seulement, via M\u00e2con. \u00c0 Paray le Monial, comme \u00e0 Lyon, je n\u2019\u00e9tais pas revenu depuis 1891. Nous descendons, comme il y a quatorze ans, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Sacr\u00e9-C\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Saint-\u00c9tienne, samedi 12 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"667\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie-667x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-333\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie-667x1024.jpg 667w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie-195x300.jpg 195w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie-768x1179.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie-1001x1536.jpg 1001w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie-1334x2048.jpg 1334w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111011-Copie.jpg 1538w\" sizes=\"auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Carte postale d&rsquo;\u00e9poque de Paray-le-Monial poss\u00e9d\u00e9e par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, \u00e0 Paray, je me confesse et je fais la sainte communion dans la fameuse Chapelle des Apparitions. Ensuite, je vais chercher mon courrier poste restante ; j\u2019y trouve une lettre de Paul Delestrac et une autre de sa m\u00e8re, toutes deux du 11 ao\u00fbt, me disant que tante Delestrac est oblig\u00e9e, \u00e9tant tr\u00e8s fatigu\u00e9e, d\u2019aller faire imm\u00e9diatement une saison \u00e0 Vichy, elle part aujourd\u2019hui samedi, son m\u00e9decin ne voulant pas qu\u2019elle diff\u00e8re son traitement ; mais Paul et Antoine partent pour La Burbanche ; Genevi\u00e8ve et Louis vont, jusqu\u2019\u00e0 lundi, \u00e0 Saint-\u00c9tienne. Que faire ? Tante Delestrac me dit d\u2019aller les voir \u00e0 un endroit ou \u00e0 un autre ; apr\u00e8s h\u00e9sitations, je me d\u00e9cide \u00e0 partir pour Saint-\u00c9tienne o\u00f9 je verrai ce soir et demain Genevi\u00e8ve et Louis Bergeron&nbsp;; lundi, je partirai pour La Burbanche rejoindre Paul et Antoine. Je pars \u00e0 1h57 ; j\u2019arrive \u00e0 Saint-\u00c9tienne avec 25 minutes de retard, \u00e0 6h moins cinq ; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Poste qui, lorsque j\u2019y arrive, ne me convient gu\u00e8re. Puis je me mets tout de suite \u00e0 la recherche de Genevi\u00e8ve&nbsp;; je la trouve chez sa m\u00e8re, m\u2019attendant. Elle veut absolument que je quitte l\u2019h\u00f4tel et que je m\u2019installe chez ses parents qui le lui ont dit avant leur d\u00e9part pour Vichy aujourd\u2019hui \u00e0 une heure. Pour ne pas leur faire de peine, je m\u2019y d\u00e9cide et je fais mon d\u00e9m\u00e9nagement. On m\u2019installe dans la chambre de Paul. Je d\u00eene chez Genevi\u00e8ve o\u00f9 je fais la connaissance de son mari Louis Bergeron qui est un tr\u00e8s aimable gar\u00e7on. Me voici donc install\u00e9 chez les Delestrac avec deux bonnes pour me servir. Curieux ! Mais, si je n\u2019avais pas accept\u00e9, j\u2019aurais fait de la peine \u00e0 Germaine et \u00e0 Tante Marie. Papa est parti \u00e0 4 heures de Paray pour Angers.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Saint-\u00c9tienne, dimanche 13 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis tr\u00e8s proprement install\u00e9 dans la chambre de Paul et j\u2019ai tr\u00e8s bien dormi. Je me prom\u00e8ne un peu le matin, d\u2019abord seul puis, \u00e0 10h 1\/2, avec Genevi\u00e8ve ; elle me fait visiter le mus\u00e9e o\u00f9 les parties armes et rubans sont tr\u00e8s int\u00e9ressantes. \u00c0 11h \u00bd, je vais \u00e0 la messe avec Genevi\u00e8ve et Louis. Saint-\u00c9tienne est une affreuse ville qui a pouss\u00e9 comme un champignon et o\u00f9 on ne voit que des chemin\u00e9es d\u2019usines ; l\u2019armurerie est l\u2019industrie la plus importante (c\u2019est celle de Louis Bergeron) ; mais la rubanerie et la teinturerie y ont aussi une grande place. Aussi le centre de la ville est-il peu de chose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des immenses quartiers ouvriers. L\u2019apr\u00e8s-midi, mes cousins me font faire une jolie promenade en voiture au barrage de Rochetaill\u00e9e qui capte les eaux pour l\u2019approvisionnement de Saint-\u00c9tienne ; ce barrage est dans le d\u00e9partement de l\u2019ing\u00e9nieur en chef des Ponts-et-chauss\u00e9es ; aussi le garde nous fait-il tout visiter avec empressement ; c\u2019est tr\u00e8s joli comme paysage et tr\u00e8s int\u00e9ressant comme travail. Le soir, nous faisons la causette avec Genevi\u00e8ve et son mari jusque \u00e0 pr\u00e8s de onze heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 ao\u00fbt 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Burbanche (Ain), lundi 14 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte Saint-\u00c9tienne, apr\u00e8s \u00eatre all\u00e9 dire bonjour \u00e0 Genevi\u00e8ve, \u00e0 9h51 ; je d\u00e9jeune au buffet de Lyon (en maigre) et arrive \u00e0 4h3 \u00e0 la gare de La Burbanche o\u00f9 m\u2019attendaient en voiture Paul et Antoine ; nous arrivons vers 4h \u00bd au petit village de La Burbanche \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle est la grande et belle maison de campagne de la famille Collet-Meygret. Mes cousins, qui sont seuls ici, m\u2019installent tr\u00e8s bien, ma chambre est entre celle de Paul et celle d\u2019Antoine.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172137-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"688\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172137-Copie-1024x688.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-334\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172137-Copie-1024x688.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172137-Copie-300x202.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172137-Copie-768x516.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172137-Copie-1536x1032.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172137-Copie.jpg 1599w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maison de la famille Collet-Meygret \u00e0 la Burbanche (Ain) \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, vers le 14 ao\u00fbt 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Burbanche, mardi 15 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je me confesse et je fais la sainte communion pour et en l\u2019honneur de la f\u00eate de l\u2019Assomption ; nous allons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener en voiture \u00e0 Belley ; nous ne rentrons que vers 9 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Burbanche, mercredi 16 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut toute la journ\u00e9e&nbsp;; nous ne pouvons pas sortir&nbsp;; nous ne pouvons m\u00eame pas aller chez le g\u00e9n\u00e9ral Collet-Meygret, grand\u2019oncle de Paul et d\u2019Antoine et fr\u00e8re de mon grand\u2019oncle Alcide Collet-Meygret, que nous avions l\u2019intention d\u2019aller voir. Nous ne sortons que pour aller au cimeti\u00e8re prier sur la tombe de mes oncles, tantes et cousins Collet-Meygret.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Burbanche, jeudi 17 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait encore mauvais mais nous nous d\u00e9cidons \u00e0 excursionner tout de m\u00eame ; nous allons visiter les grottes de la Balme (Is\u00e8re) ; pour cela, nous allons en chemin de fer jusqu\u2019\u00e0 Lagnieu (Ain), puis nous prenons une voiture qui nous m\u00e8ne de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du Rh\u00f4ne \u00e0 la Balme ; un guide exp\u00e9riment\u00e9 nous fait visiter la grotte rendue c\u00e9l\u00e8bre parce qu\u2019elle servit de repaire au fameux brigand et faux-monnayeur Mandrin ; Fran\u00e7ois 1er la visita aussi. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 Lagnieu ; nous rentrons \u00e0 La Burbanche \u00e0 8 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Burbanche, vendredi 18 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons p\u00eacher dans le lac de La Burbanche qui appartient aux Delestrac ; nous rapportons 26 poissons. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en voiture \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de la Balme faire une visite au g\u00e9n\u00e9ral et \u00e0 Madame Collet-Meygret que nous rencontrons. Je me d\u00e9cide \u00e0 partir dimanche soir, \u00e0 m\u2019arr\u00eater lundi \u00e0 Lyon, \u00e0 voir mardi Valence et Orange, \u00e0 coucher \u00e0 Avignon, \u00e0 voir mercredi Avignon et N\u00eemes et \u00e0 arriver le soir \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 les Magu\u00e9 ne sont plus que jusqu\u2019au 3 septembre. \u00c0 Vin\u00e7a, para\u00eet-il, on m\u2019offre la pr\u00e9sidence de la Soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels Saint S\u00e9bastien fond\u00e9e par Bon Papa, en remplacement de M. Michel de Llobet qui vient de mourir ; je ne sais si j\u2019accepterai, la chose demande r\u00e9flexion. Nous allons faire une visite \u00e0 M. le cur\u00e9 de La Burbanche au retour de la Balme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Burbanche, samedi 19 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons de bonne heure en voiture pour une grande excursion ; chemin faisant, nous rencontrons le facteur qui nous donne le courrier, ce qui nous apprend que l\u2019oncle Lucien Delestrac arrivera ce soir pour passer ici la journ\u00e9e de demain. Nous prenons \u00e0 Virieu-le-Grand un chemin de fer d\u00e9partemental jusqu\u2019\u00e0 Ruffieu o\u00f9 nous d\u00e9jeunons. Apr\u00e8s ce d\u00e9jeuner, nous partons p\u00e9destrement pour Hauteville, station climat\u00e9rique avec sanatoria situ\u00e9e \u00e0 plus de 800 m\u00e8tres d\u2019altitude. Nous faisons l\u00e0 une tr\u00e8s jolie promenade en for\u00eat dans les montagnes du Jura en passant par le col de la Rochette (1118 m\u00e8tres d\u2019altitude) ; nous prenons plusieurs photos. \u00c0 Hauteville, nous nous reposons deux heures ; je fais la conversation en catalan avec une bonne femme du Vernet qui est \u00e0 Hauteville avec ses ma\u00eetres ; je l\u2019ai reconnue \u00e0 son bonnet roussillonnais. \u00c0 7h, nous prenons le courrier pour Tenay o\u00f9 nous attend la voiture des Delestrac ; nous en repartons \u00e0 9 heures avec l\u2019oncle Lucien qui arrive par le train de 9 heures \u00e0 Tenay et nous sommes \u00e0 La Burbanche 10 heures \u00bc, apr\u00e8s une journ\u00e9e bien employ\u00e9e et fort agr\u00e9able.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lyon, dimanche 20 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, nous nous sommes lev\u00e9s assez tard ; nous sommes all\u00e9s \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais ma malle, ma valise ; je me prom\u00e8ne et je cause avec Paul. \u00c0 5h, nous partons pour la gare en voiture ; l\u2019oncle Lucien, Paul et Antoine m\u2019accompagnent, je leur fais mes adieux et je les remercie ; je pars par le train de 5h38 ; je d\u00eene au buffet d\u2019Amb\u00e9rieu et j\u2019arrive \u00e0 Lyon vers 8h 1\/2 ; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Globe rue Gasparin au centre de la ville, comme en 1891. Avant de me coucher, je me prom\u00e8ne, puis, d\u2019un caf\u00e9 de la place Bellecour, j\u2019\u00e9cris \u00e0 Maman que j\u2019arriverai mardi soir \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; en effet, ayant appris que l\u2019oncle Paul part mercredi pour Paris, j\u2019avance mon arriv\u00e9e d\u2019un jour afin de le voir avant son d\u00e9part ; pour cela, je suis forc\u00e9 de renoncer \u00e0 voir Orange et Valence.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 27 ao\u00fbt 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 22 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tant en chemin de fer hier soir, je n\u2019ai pas \u00e9crit mon journal. Hier matin, \u00e0 Lyon, je monte \u00e0 Fourvi\u00e8re et je visite longuement la superbe basilique, trop riche \u00e0 mon avis ; je monte \u00e0 l\u2019observatoire plac\u00e9 au sommet de la tour. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au Parc de la T\u00eate d\u2019Or. Je vais aussi, au hasard de l\u2019annuaire, voir un m\u00e9decin pour lui montrer une \u00e9ruption de petits boutons rouges qui viennent de surgir sur ma jambe et qui m\u2019inqui\u00e9taient un peu ; il m\u2019a pleinement rassur\u00e9 et m\u2019a dit que cela provenait seulement de la fatigue du voyage et de la nourriture de l\u2019h\u00f4tel, et que ce n\u2019\u00e9tait rien. Apr\u00e8s m\u2019\u00eatre bien promen\u00e9, je pars de Lyon \u00e0 11h30 du soir ; j\u2019arrive \u00e0 Avignon \u00e0 3h 1\/2 ; je dors dans la salle d\u2019attente jusque vers 6 heures ; puis, ce matin, de 6h \u00e0 7h \u00bd, je visite rapidement l\u2019int\u00e9ressante ville ; j\u2019en repars \u00e0 8h17 et suis \u00e0 N\u00eemes \u00e0 9h15 ; je revois N\u00eemes et je d\u00e9jeune \u00e0 la gare ; j\u2019en repars \u00e0 11h 32, et suis \u00e0 Montpellier \u00e0 1h14 ; de 1h14 \u00e0 2h45 je revois rapidement Montpellier ; enfin, je ne quitte plus le chemin de fer et arrive \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bd. L\u2019oncle Paul, N\u00e9nette, Philom\u00e8ne et, surprise des plus agr\u00e9ables, Marie Th\u00e9r\u00e8se, m\u2019attendaient \u00e0 la gare ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se s\u2019est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 venir passer quelques jours Roussillon ; tant mieux ! Mais l\u2019oncle Paul part d\u00e8s demain matin pour Paris.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me voici enfin \u00e0 Vin\u00e7a apr\u00e8s un long mais tr\u00e8s int\u00e9ressant voyage, cl\u00f4tur\u00e9 par une semaine pass\u00e9e agr\u00e9ablement en famille. Maintenant, c\u2019est une vie plus tranquille. Je suis enchant\u00e9 de revoir les Magu\u00e9 que je n\u2019avais pas revus depuis leur d\u00e9part d\u2019Angers il y a 14 mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 23 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 peine arriv\u00e9, on me harc\u00e8le pour diff\u00e9rentes choses. D\u2019abord, pour la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, on m\u2019offre la pr\u00e9sidence et on insiste beaucoup pour que j\u2019accepte ; j\u2019avoue que c\u2019est une responsabilit\u00e9 qui m\u2019effraie un peu, et puis, \u00e9tant pour le moment si peu dans le pays, j\u2019ai peur de faire un mauvais pr\u00e9sident ; \u00e0 tous, je r\u00e9ponds que je veux prendre le temps de la r\u00e9flexion. Une autre affaire, plus importante encore, va m\u2019occuper : M. de Guardia, du <em>Roussillon<\/em>, attendait avec importance mon arriv\u00e9e pour me demander de la part de M. Passama, repr\u00e9sentant du duc d\u2019Orl\u00e9ans dans le d\u00e9partement et pr\u00e9sident du comit\u00e9 royaliste d\u00e9partemental, d\u2019organiser un comit\u00e9 royaliste pour Ille et les communes environnantes. M. B\u00e9zine, chef du bureau politique, a donn\u00e9 \u00e0 M. Passama l\u2019ordre d\u2019organiser un comit\u00e9 dans chaque canton&nbsp;; le canton de Vin\u00e7a, qui est grand et qui a en quelque sorte deux capitales, est scind\u00e9, et on a d\u00e9cid\u00e9 de fonder un comit\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a et un autre \u00e0 Ille ; et c\u2019est moi que M. Passama charge de fonder ce dernier ; je ne peux pas refuser, c\u2019est un v\u00e9ritable ordre du Roi ; je promets donc de m\u2019en occuper de mon mieux, d\u2019autant plus que je suis enchant\u00e9 de voir se fonder ces comit\u00e9s qui, au point de vue de l\u2019information et de la propagande, ne peuvent que rendre de grands services \u00e0 notre cause ; je ne sais si cette organisation cantonale s\u2019\u00e9tendra \u00e0 la France enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons au tirage de la loterie des dames de la Charit\u00e9, dont Bonne Maman est pr\u00e9sidente, dans la cour du Patronage Sainte-Philom\u00e8ne qui s\u2019est fond\u00e9 l\u2019an dernier, \u00e0 la suite de la conf\u00e9rence de Mlle de Cagarriga.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 24 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 Ille \u2013 Maman et moi \u2013 pour diff\u00e9rentes choses, notamment pour retenir un domestique ; nous y amenons N\u00e9nette qui sera enchant\u00e9e de voir la foire d\u2019Ille. \u00c0 Ille, j\u2019apprends que Fernand de Rovira est l\u00e0 avec beaucoup de chevaux ; je me mets \u00e0 sa recherche, et je le trouve avec sa femme et M. de Meynard chez Mme Philom\u00e8ne Malets. Je lui parle de la location d\u2019une b\u00eate de selle pour les vacances et il me donne rendez-vous pour demain deux heures aux Capeillans&nbsp;; je choisirai la b\u00eate. Nous arr\u00eatons un domestique pour les vacances ; il sort depuis peu des dragons et sait tr\u00e8s bien soigner les chevaux, c\u2019est l\u2019essentiel. Je demande \u00e0 M. Serradell, le pharmacien<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a>, qui est un ardent royaliste, de faire partie du comit\u00e9 dont je lui explique le fonctionnement ; il accepte, c\u2019est un premier pas. Je vois \u00e0 Ille un tas de monde et je suis oblig\u00e9 de dire bonjour peut-\u00eatre \u00e0 100 personnes. Nous rentrons par le train de 8 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 25 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars pour Elne par le train de midi avec ma bicyclette comme bagage ; d\u2019Elne aux Capeillans je vais, \u00e0 bicyclette, en 20 \u00e0 25 minutes. Aux Capeillans, Fernand de Rovira me fait voir une foule de chevaux qu\u2019il pourrait mettre \u00e0 ma disposition ; enfin, nous en essayons deux, deux jolies juments l\u2019une grise, l\u2019autre baie ; nous les essayons \u00e0 toutes les allures, pas, trot, galop, sur l\u2019excellente piste qu\u2019a Fernand sur le bord de la mer ; toutes deux me donnent satisfaction ; enfin, je me d\u00e9cide pour la jument baie \u00ab V\u00e9turie \u00bb qui est tr\u00e8s jolie et tr\u00e8s fine ; c\u2019est une jument de Tarbes, pur-sang anglais, fille d\u2019un gagnant du Grand Prix de Paris ; elle a douze ans ; elle fera tout \u00e0 fait mon affaire. Nous d\u00e9cidons que le nouveau domestique Pierre viendra la prendre demain matin pour l\u2019amener \u00e0 Ille. Avant de repartir, Fernand et sa femme me font rafra\u00eechir et nous causons assez longtemps. Mes cousins m\u2019ayant dit qu\u2019en passant \u00e0 Vin\u00e7a pour aller \u00e0 Nyer ou pour en revenir, ils viendraient nous voir, je les invite \u00e0 y d\u00e9jeuner&nbsp;; ils acceptent. Je vais \u00e0 bicyclette des Capeillans \u00e0 Corneilla o\u00f9 je laisse une carte chez Henri Jonqu\u00e8res qui est absent, puis je prends le train de 4h \u00bd&nbsp;; je suis \u00e0 Perpignan \u00e0 4h \u00be. Je rencontre l\u2019oncle Joseph \u00e0 la gare, je cause assez longtemps avec lui en le raccompagnant chez lui. Je fais quelques commissions, et je repars par le train de 7h3 \u00e0 la gare d\u2019Ille, o\u00f9 je donne nos instructions \u00e0 Pierre pour demain ; je d\u00eene ici en arrivant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 26 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je ne fais pas grand-chose ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Ille faire installer V\u00e9turie dans l\u2019\u00e9curie de la grande maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 27 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10h ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 Ille en break ; Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se vont jusqu\u2019\u00e0 La Ferri\u00e8re prendre des nouvelles de Maurice de Barescut qui est gravement malade dans sa nouvelle garnison de Castres ; moi, je vais \u00e0 v\u00eapres. Vers 5 heures, nous rencontrons chez les demoiselles Mathieu Victor de Lacour et sa s\u0153ur Marie-Louise que je n\u2019avais pas vue depuis longtemps<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a> ; ils sont devenus lui un jeune homme (il a mon \u00e2ge), elle une fort jolie jeune fille (elle a 18 ans \u00bd) ; elle est ravissante, tr\u00e8s bien \u00e9lev\u00e9e et tr\u00e8s distingu\u00e9e ; ma foi, elle ferait fort bien mon affaire ! Les demoiselles Mathieu avaient \u00e9videmment arrang\u00e9 les choses pour que la rencontre se produise&nbsp;; elles ont une arri\u00e8re-pens\u00e9e.&nbsp;Nous partons d\u2019Ille, Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se en voiture, moi \u00e0 cheval sur V\u00e9turie, \u00e0 5h \u00bd&nbsp;; la jument ne va pas aussi bien que vendredi aux Capeillans. <strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 31 ao\u00fbt 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 28 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous entendons la messe dite pour le pauvre Bon Papa \u00e0 l\u2019occasion de sa f\u00eate, nous y faisons la sainte communion. Ensuite, je monte V\u00e9turie ; je vais jusqu\u2019\u00e0 Ille ; au retour, elle marche tr\u00e8s mal, n\u2019ayant aucune allure r\u00e9guli\u00e8re, s\u2019arr\u00eatant souvent et m\u00eame refusant d\u2019avancer sans que ni les caresses ni les coups de cravache y fassent rien ; \u00e0 tel point que je suis oblig\u00e9 de la tenir en bride la moiti\u00e9 du chemin ; je l\u2019essaierai encore une fois, et si elle ne va pas mieux, je prierai Rovira de la changer comme il me l\u2019a offert d\u2019ailleurs&nbsp;; c\u2019est dommage, car elle est tr\u00e8s jolie ! L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais chez Mme Thibaut essayer sur son piano deux morceaux de chant que je dois ex\u00e9cuter \u00e0 une matin\u00e9e qu\u2019elle organise pour mercredi ; c\u2019est Philom\u00e8ne qui m\u2019accompagne. Je vais tirer des moineaux au grand jardin, j\u2019en tue quatre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 29 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, nous allons tous en p\u00e8lerinage \u00e0 Doma Nova o\u00f9 le vicaire de Vin\u00e7a, M. Claverie, nous dit la sainte messe que je lui sers. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris, je lis etc. Jacques essaie V\u00e9turie et me confirme dans mon opinion qu\u2019elle est mal dress\u00e9e ; je la monterai encore une fois et, si elle ne va pas, je la changerai.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 30 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons \u00e0 onze heures et, d\u00e8s midi \u00bd, nous montons \u00e0 la terrasse munis de verres fum\u00e9s pour observer l\u2019\u00e9clipse de soleil presque totale qui affecte la r\u00e9gion ; elle est ici des 94% du soleil. Malgr\u00e9 des nuages, nous l\u2019observons assez bien au moment du maximum, le soleil n\u2019est plus qu\u2019un insignifiant petit croissant, et il r\u00e8gne une demi obscurit\u00e9. Ensuite, chez Mme Thibault dans la tonnelle de sa villa Sainte-Lucie<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a>, des fillettes de Vin\u00e7a jouent une gentille petite pi\u00e8ce <em>Dans les airs sans ballon<\/em> de la composition de Mme Cuillet ; N\u00e9nette a le principal r\u00f4le, celui de la f\u00e9e des voyages, dont elle s\u2019acquitte bien ; pendant les entr\u2019actes, on joue du piano, on chante etc. ; je me d\u00e9cide \u00e0 chanter deux morceaux.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/stelucie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"763\" height=\"608\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/stelucie.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-335\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/stelucie.jpg 763w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/stelucie-300x239.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 763px) 100vw, 763px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Villa Sainte-Lucie \u00e0 Vin\u00e7a (vue actuelle) \u2013 Google Street View<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La grande nouvelle du jour est celle de l\u2019accord complet entre la Russie et le Japon au sujet des conditions de paix ; le Japon ayant rabattu au dernier moment la plus grosse part de ses pr\u00e9tentions, la Russie s\u2019en tire tout \u00e0 son honneur ; elle ne donne pas d\u2019indemnit\u00e9 de guerre et ne c\u00e8de, \u00e0 titre de territoire russe, que la moiti\u00e9 de l\u2019\u00eele Sakhaline ; elle a de la veine&nbsp;; apr\u00e8s nos d\u00e9faites de 70, nous avons \u00e9t\u00e9 autrement saign\u00e9s ! Enfin, l\u2019arm\u00e9e russe va revenir en Europe ; j\u2019en suis fort aise pour notre alli\u00e9e et pour nous ; j\u2019esp\u00e8re que l\u2019attitude de l\u2019empereur prussien s\u2019en ressentira.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 31 ao\u00fbt 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019essaie encore V\u00e9turie ; elle me fait les m\u00eames b\u00eatises ; aussi je me d\u00e9cide \u00e0 la laisser ; j\u2019\u00e9cris dans ce sens \u00e0 Rovira. J\u2019apprends la mort, survenue ce matin, de notre fermier et m\u00e9tayer de Corb\u00e8re Pierre Pull ; je vais \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette m\u2019informer du jour et de l\u2019heure des obs\u00e8ques ; je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Bouletern\u00e8re. L\u2019oncle Paul arrive de Paris \u00e0 10h47.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Septembre 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 septembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 1<sup>er<\/sup> septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars en voiture \u00e0 6h \u00bd du matin pour Corb\u00e8re ; j\u2019y arrive \u00e0 8h. ; les obs\u00e8ques sont \u00e0 9h. Je comptais rentrer pour d\u00e9jeuner, mais la c\u00e9r\u00e9monie finit trop tard et je suis oblig\u00e9 d\u2019accepter l\u2019invitation des fermiers ; cela leur fait d\u2019ailleurs plaisir&nbsp;; mais ils ne servent que du gras, et moi, qui ne me suis plus rappel\u00e9 que c\u2019est aujourd\u2019hui vendredi, j\u2019ai mang\u00e9 six plats de viande&nbsp;; j\u2019en suis tr\u00e8s ennuy\u00e9 quand je m\u2019en aper\u00e7ois. Je passe \u00e0 Ille, o\u00f9 je fais plusieurs commissions, et je rentre \u00e0 Vin\u00e7a vers cinq heures. On n\u2019\u00e9tait pas inquiet de mon retard \u00e0 la maison, car j\u2019avais t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 de Corb\u00e8re que je ne pouvais pas rentrer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 2 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin j\u2019\u00e9cris une lettre \u00e0 Tata Mimi et je fais plusieurs commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi r\u00e9\u00e9dition de la pi\u00e8ce de mercredi chez Mme Thibaut ; je chante deux autres morceaux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 3 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi nous accompagnons \u00e0 la gare les Magu\u00e9 qui partent pour Port-Vendres o\u00f9 ils s\u2019embarqueront ce soir sur la \u00ab Marsa \u00bb ; ils seront \u00e0 Alger lundi vers 10h du soir. N\u00e9nette a le c\u0153ur bien gros. Mais nous avons l\u2019intention, si rien ne met obstacle \u00e0 ce projet, d\u2019aller en Alg\u00e9rie au mois d\u2019octobre ; aussi la s\u00e9paration ne sera pas de longue dur\u00e9e. Ensuite nous allons voir M. le cur\u00e9, que nous ne rencontrons pas, et je fais une assez longue visite \u00e0 Mme Dalverny.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 septembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 4 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars par le train de 10h17 pour Vernet-les-Bains o\u00f9 je vais essayer une jument de Fernand de Rovira&nbsp;; je l\u2019essaye, elle est trop petite (1m45 seulement), c\u2019est dommage car elle est jolie et marche bien. Je rentre par le train de 3h. J\u2019exp\u00e9die V\u00e9turie \u00e0 Ille au neveu de Pierre que j\u2019ai fait venir pour cela. Je m\u2019en servirai demain pour monter \u00e0 B\u00e9lesta o\u00f9 je suis invit\u00e9 par le cur\u00e9 M. Badrignans \u00e0 assister \u00e0 l\u2019Adoration&nbsp;; il m\u2019avait m\u00eame invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, mais je me suis excus\u00e9 et j\u2019ai promis d\u2019y aller l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 5 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Vin\u00e7a je fais paquets et commissions. Je prends le train de midi, et, vers midi \u00be, je monte \u00e0 cheval ici et je pars pour B\u00e9lesta&nbsp;; la jument fait plusieurs fois des b\u00eatises, mais enfin, j\u2019arrive \u00e0 B\u00e9lesta vers 2h20. J\u2019assiste aux v\u00eapres. Somme toute, j\u2019ai fait un voyage inutile car je venais surtout, pouss\u00e9 par Maman, pour voir Mlle Ren\u00e9e Delebart ; or ni Mlle Ren\u00e9e ni sa m\u00e8re, qui sont venues \u00e0 la grand\u2019messe, ne viennent pas \u00e0 v\u00eapres. Je n\u2019en suis pas f\u00e2ch\u00e9 outre mesure ; cependant, comme on se remet \u00e0 parler de mon mariage avec cette jeune fille (on me l\u2019a annonc\u00e9 peut-\u00eatre vingt fois depuis mon arriv\u00e9e dans le pays), je n\u2019aurais pas mieux demand\u00e9 que de la voir enfin et de faire sa connaissance. Je ne sais vraiment qui fait courir ainsi depuis deux ans ces bruits de mariage \u00e0 mon sujet&nbsp;; ce n\u2019est certes pas moi car je ne pense gu\u00e8re \u00e0 ce mariage en ce moment. Je rentre \u00e0 Ille vers 5 \u00bd et j\u2019y trouve Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philom\u00e8ne qui sont arriv\u00e9es de Vin\u00e7a par le train de 3h \u00bd&nbsp;; elles commencent l\u2019installation, car nous sommes \u00e0 Ille pour tout le mois de septembre au moins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 6 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je prends le train de 6h \u00be pour Prades o\u00f9 je sais que Fernand de Rovira est aujourd\u2019hui pour les primes&nbsp;; je veux le voir pour arr\u00eater d\u00e9finitivement le changement de cheval&nbsp;; pr\u00e9cis\u00e9ment, il est dans le train, je monte avec lui et, comme tout a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 entre nous en quelques minutes, je trouve inutile d\u2019aller \u00e0 Prades et je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 je passe la matin\u00e9e&nbsp;; je vais tirer des oiseaux au jardin et, au lieu d\u2019oiseaux, je tue un chat qui se trouvait dans un massif. Je m\u2019en retourne \u00e0 Ille par le train de midi. \u00c0 5h, je vais prendre un bain \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de l\u2019H\u00f4pital. Demain, j\u2019irai prendre ma nouvelle monture, la jument \u00ab&nbsp;Colette&nbsp;\u00bb que j\u2019ai essay\u00e9e aux Capeillans, au Mas de Sault pr\u00e8s Thuir chez les Passama.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 7 septembre 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Aspres-Thuir-Domaine-de-Sau-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"683\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Aspres-Thuir-Domaine-de-Sau-1-1024x683.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-336\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Aspres-Thuir-Domaine-de-Sau-1-1024x683.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Aspres-Thuir-Domaine-de-Sau-1-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Aspres-Thuir-Domaine-de-Sau-1-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Aspres-Thuir-Domaine-de-Sau-1-1536x1024.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Aspres-Thuir-Domaine-de-Sau-1.jpg 1800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Sau \u00e0 Thuir, propri\u00e9t\u00e9 de la famille Passama (vue actuelle) \u2013 Site aspres-thuir.com<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 8h 1\/2 sur V\u00e9turie que j\u2019am\u00e8ne aux Passama et, par Corb\u00e8re et Thuir, j\u2019arrive \u00e0 10h \u00bd \u00e0 Sault, propri\u00e9t\u00e9 fort agr\u00e9able de M. Alengry, p\u00e8re de Mme Passama<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a>. Je remets V\u00e9turie \u00e0 l\u2019a\u00een\u00e9 des jeunes gens M. Henri Cassana \u00e0 qui j\u2019avais \u00e9crit hier (Rovira lui avait \u00e9crit aussi pour le pr\u00e9venir). Je comptais m\u2019en retourner tout de suite, mais ils tiennent absolument \u00e0 me garder \u00e0 d\u00e9jeuner. Ils ont des parents, la baronne de Saint-Vincent, un chanoine etc. Je cause beaucoup avec les deux jeunes gens Passama qui sont tr\u00e8s gentils. Je repars \u00e0 2h \u00be sur \u00ab&nbsp;Colette&nbsp;\u00bb, la jolie jument grise anglo-arabe que j\u2019avais essay\u00e9e aux Capeillans&nbsp;; M. Henri Passama m\u2019accompagne pendant 3 kilom\u00e8tres sur une pouliche de 4 ans qu\u2019il dresse. Je passe par Millas o\u00f9 je rencontre les \u00c7agarriga qui sont arriv\u00e9s hier ; ils m\u2019annoncent le mariage de Denise de Kergos qu\u2019ils ont appris en Bretagne o\u00f9 ils ont vu les Kergos. Denise \u00e9pouse le jeune homme Richou banquier \u00e0 Angers, et tr\u00e8s riche ; tout cet hiver, on avait parl\u00e9 de ce mariage, et cette nouvelle ne m\u2019\u00e9tonne pas du tout ; c\u2019est uniquement un mariage d\u2019argent<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. J\u2019arrive \u00e0 Ille \u00e0 4h \u00be apr\u00e8s avoir rencontr\u00e9 M. de Barescut qui m\u2019a donn\u00e9 de bonnes nouvelles de Maurice. Colette a tr\u00e8s bien march\u00e9 au pas, au trot et au galop ; son pas, tr\u00e8s allong\u00e9, est surtout agr\u00e9able et me change du pas de V\u00e9turie, si mou et si lent. Je vais me confesser. Le soir, nous allons un moment chez les demoiselles Mathieu. On a encore parl\u00e9 \u00e0 Maman de mon mariage avec Mlle Delebart&nbsp;; et dire que je ne connais pas cette jeune fille&nbsp;! Il faudrait cependant t\u00e2cher de la voir ; j\u2019ai envie d\u2019imaginer un truc pour aller \u00e0 Caladroy un de ces jours. Papa, qui devait arriver ce soir, nous \u00e9crit qu\u2019il veut \u00eatre demain \u00e0 Lourdes et qu\u2019il n\u2019arrivera que demain soir ou apr\u00e8s-demain matin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 8 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de 6h \u00bd o\u00f9 nous faisons la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 v\u00eapres&nbsp;; nous voulions aller ensuite voir les Barescut, mais la pluie nous en emp\u00eache&nbsp;; nous allons voir M. le cur\u00e9. Maman \u00e9crit \u00e0 M. Badrignans que nous avons l\u2019intention d\u2019aller mardi \u00e0 Belesta pour faire visiter le ch\u00e2teau \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui ne le conna\u00eet pas ; nous en profiterons pour faire une visite \u00e0 Mme Delebart&nbsp;; bon truc pour voir Mlle Ren\u00e9e ! Maman prie M. Badrignans de demander \u00e0 Mme Delebart si elle sera chez elle mardi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 9 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa arrive enfin par le train de 7h du matin apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la journ\u00e9e d\u2019hier \u00e0 Lourdes. Je vais \u00e0 cheval \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; je vois un moment Bonne Maman et je me fais couper les cheveux. Je vais aussi voir M. Bouch\u00e8de<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a>, vice-pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, pour lui dire qu\u2019apr\u00e8s r\u00e9flexion et apr\u00e8s en avoir caus\u00e9 avec Papa, je n\u2019accepte pas la pr\u00e9sidence de cette soci\u00e9t\u00e9 ; je lui avais fait plusieurs fois pr\u00e9voir cette r\u00e9ponse, mais devant son insistance et celle de plusieurs autres membres de la soci\u00e9t\u00e9, j\u2019avais consenti \u00e0 ajourner ma r\u00e9ponse d\u00e9finitive jusqu\u2019au retour de Papa. Je le remercie toutefois de l\u2019honneur qu\u2019on m\u2019a fait en m\u2019offrant la pr\u00e9sidence \u00e0 23 ans&nbsp;; mais c\u2019est pr\u00e9sident ma jeunesse qui m\u2019emp\u00eache d\u2019accepter ; je crains que si des difficult\u00e9s se pr\u00e9sentent, je manque d\u2019exp\u00e9rience pour les r\u00e9soudre. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener sur la route de Corb\u00e8re. Je vais un moment \u00e0 la grande maison que je trouve encore toute bouscul\u00e9e et tr\u00e8s sale par suite du passage des 300 soldats que nous y avons log\u00e9s dimanche dernier lors du passage de troupes qui a suivi les man\u0153uvres qui ont eu lieu dans la r\u00e9gion d\u2019Estagel, Montalba et Millas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 10 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10h ; apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous allons voir Mme Terrats d\u2019Aguillon ; apr\u00e8s v\u00eapres, nous avons plusieurs visites, puis nous nous promenons, nous nous promenons encore apr\u00e8s d\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 septembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 11 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais, le matin, \u00e0 Neffiach \u00e0 cheval, je reviens en suivant un petit chemin qui longe \u00e0 peu pr\u00e8s le Boul\u00e8s. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11h et nous prenons le train de midi pour Millas o\u00f9 nous allons voir les Ferriol et les \u00c7agarriga ; Bonne Maman y vient aussi, nous la retrouvons en chemin de fer. \u00c0 Millas, nous ne rencontrons que la vieille Madame Ferriol ; par contre, nous voyons tous les \u00c7agarriga, ils nous raccompagnent \u00e0 la gare et nous reprenons le train de 2h 55. Nous sommes \u00e0 Ille \u00e0 3h5 ; il fait tr\u00e8s chaud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 12 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec Papa du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel. Nous partons en break \u00e0 2 heures pour B\u00e9lesta et Caladroy ; en passant \u00e0 B\u00e9lesta, nous causons avec M. le cur\u00e9 Badrignans. \u00c0 Caladroy, o\u00f9 nous arrivons vers 4h \u00bd, nous sommes re\u00e7us par Mme Delebart qui ne tarde pas \u00e0 faire appeler sa fille Ren\u00e9e dont je fais la connaissance ; c\u2019est une blonde, grande et svelte, fine et distingu\u00e9e ; je la trouve bien. Mme Delebart nous fait visiter le ch\u00e2teau, surtout \u00e0 cause de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, les caves, automobile, dynamos, voli\u00e8res, serres, chapelle etc. et nous fait rafra\u00eechir avant de repartir. Nous voyons aussi deux autres des filles de Mme Delebart, Mmes Vanla\u00ebr et Gilotin, la premi\u00e8re femme du fils d\u2019un professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique de Lille (que nous voyons d\u2019ailleurs un moment), la seconde femme d\u2019un grand industriel des Vosges qui n\u2019est pas ici en ce moment ; Mme Delebart a une autre fille Mme Dewavrin femme d\u2019un des plus riches notaires de Lille<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\">[47]<\/a>. Nous repartons de Caladroy \u00e0 8h40 ; nous nous arr\u00eatons un moment \u00e0 B\u00e9lesta, o\u00f9 M. le cur\u00e9 nous fait encore prendre quelque chose, et nous rentrons \u00e0 Ille \u00e0 pr\u00e8s de huit heures ; Papa qui n\u2019\u00e9tait pas avec nous, commen\u00e7ait \u00e0 \u00eatre inquiet de ne pas nous voir rentrer. Mais je suis enchant\u00e9 d\u2019avoir vu enfin Mlle Ren\u00e9e Delebart dont j\u2019ai tant entendu parler !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 13 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut matin et soir et je ne peux pas faire de cheval. Je me vais promener au moment du c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 14 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval de 9h \u00e0 11h \u00bd \u00e0 Corb\u00e8re, la route de Garrigueplane \u00e0 Millas. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous, en break, \u00e0 La Ferri\u00e8re o\u00f9 nous faisons une assez longue visite aux Barescut ; Maurice, qui vient d\u2019\u00eatre tr\u00e8s malade, est ici en cong\u00e9 de convalescence ; nous le voyons un moment ; il a eu le chagrin de ne pouvoir conduire sa batterie qui est pass\u00e9e \u00e0 Ille au cours des r\u00e9centes man\u0153uvres, \u00e0 cause de sa maladie. Pendant que Papa et Maman vont \u00e0 Corb\u00e8re par Millas, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philo et moi nous rentrons \u00e0 pied ; nous nous arr\u00eatons un moment chez les Bartre. Je vais voir M. Joseph Batlle, arriv\u00e9 depuis hier de Saint-Laurent, pour lui parler du comit\u00e9 royaliste que je suis charg\u00e9 de former ; il accepte d\u2019en faire partie. Ce soir, nous allons un moment chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 15 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a accompagn\u00e9 de Xavier Cristan qui monte aussi \u00e0 cheval, pour faire ferrer Colette ; nous rentrons \u00e0 midi 10. Il pleut une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi ; aussi ne nous promenons-nous que fort peu. Papa est \u00e0 Perpignan et rentre \u00e0 8h du soir. Je parle \u00e0 J\u00e9r\u00f4me Nogu\u00e8s, \u00e9picier, du comit\u00e9 royaliste que j\u2019ai mission de fonder&nbsp;; il me donne son adh\u00e9sion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 16 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une assez longue promenade \u00e0 cheval, tout le temps dans de petits chemins ou m\u00eame dans des sentiers ; parti par le Tou\u00efre, je rentre par le <em>Cami de l\u2019Oratori <\/em>et la route de Corb\u00e8re, apr\u00e8s avoir fait un vrai parcours de chasse \u00e0 travers des foss\u00e9s, ruisseaux etc. Bonne Maman arrive tout \u00e0 coup au milieu du d\u00e9jeuner ; nous allons ensemble \u00e0 Bouletern\u00e8re assister \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Adoration et \u00e0 la procession qui la suit ; autre surprise : \u00e0 la fin des v\u00eapres dans l\u2019\u00e9glise de Boule, nous voyons tout \u00e0 coup arriver M. l\u2019abb\u00e9 Latour&nbsp;; arriv\u00e9 \u00e0 Ille par le train de marchandises de 2 heures, il est reparti pour Boule par le train de 3 heures afin de nous surprendre ; avec Maman, Bonne Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, il part pour Vin\u00e7a en voiture pendant que je rentre \u00e0 Ille \u00e0 pied avec Papa. M. l\u2019abb\u00e9, Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se reviennent de Vin\u00e7a vers 7 heures. M. l\u2019abb\u00e9 n\u2019est ici que pour 2 jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 17 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe que chante M. l\u2019abb\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 v\u00eapres ; apr\u00e8s v\u00eapres, nous avons la visite de notre cousin M. Jean Bertran de Balanda qui vient nous inviter \u00e0 aller d\u00e9jeuner chez lui \u00e0 Saint-Feliu un jour de la semaine prochaine ; nous avons aussi plusieurs autres visites : Barescut, Pacull, Batlle-Trainier. Apr\u00e8s d\u00eener, en l\u2019honneur de M. l\u2019abb\u00e9, nous offrons le th\u00e9 au clerg\u00e9 d\u2019Ille : M. le cur\u00e9, le vicaire et l\u2019abb\u00e9 Debazach.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 22 septembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 18 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je sers la messe \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9 \u00e0 7h \u00be. Maman re\u00e7oit une lettre de M. le cur\u00e9 Badrignans lui annon\u00e7ant les fian\u00e7ailles de Mlle Ren\u00e9e Delebart avec M. Talayrach gros n\u00e9gociant en vins de Perpignan<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\">[48]<\/a>, dont on lui a fait part hier \u00e0 Caladroy. Je pense que les bruits qui couraient depuis deux ans \u00e0 mon sujet vont cesser maintenant ! Peut-\u00eatre si j\u2019avais fait quelques d\u00e9marches l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re aurais-je d\u00e9croch\u00e9 la timbale, mais je n\u2019ai pas voulu me mettre carr\u00e9ment en avant \u00e9tant donn\u00e9e la tr\u00e8s grosse fortune des Delebart, et cela par d\u00e9licatesse. Maintenant je ne pense plus du tout \u00e0 ce projet et je n\u2019ai voulu voir Mlle Delebart que parce qu\u2019on ne cessait de m\u2019en parler. Chose curieuse, maintenant qu\u2019on va n\u00e9cessairement cesser de me parler de ce projet (qui n\u2019en \u00e9tait pas un) on se met, \u00e0 Ille, \u00e0 me marier avec Marie-Louise de Lacour ; depuis quelques jours, on m\u2019a annonc\u00e9, une foule de fois, mon mariage avec elle. D\u00e9cid\u00e9ment, les gens s\u2019occupent beaucoup de moi ! Nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner M. et Mme Dalverny, Mme et Albert de Guardia et Bonne Maman ; ils arrivent tous par le train de midi et partent par le train de 3h. sauf Bonne Maman qui ne part qu\u2019\u00e0 8 heures. M. l\u2019abb\u00e9, apr\u00e8s avoir manqu\u00e9 le train de 5 heures, nous quitte par celui de 7 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 19 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 cheval pour Vin\u00e7a \u00e0 9h \u00bd&nbsp;; je m\u2019arr\u00eate quelques minutes \u00e0 Boule. Papa, Maman etc. arrivent en voiture \u00e0 11h 1\/2 \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 nous d\u00e9jeunons avec l\u2019oncle Albert, Tante Jeanne, mes cousines Suzanne et Madeleine leurs filles et leur fils Jean<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\">[49]<\/a> que Bonne Maman re\u00e7oit \u00e0 d\u00e9jeuner \u00e0 leur passage \u00e0 Vin\u00e7a ; apr\u00e8s avoir pass\u00e9 l\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e0 Mont-Louis, ils vont passer quelques jours \u00e0 Saint-Cyprien avant de regagner Paris. Je m\u2019en retourne, toujours \u00e0 cheval, vers 1 h apr\u00e8s avoir accompagn\u00e9 les Lazerme \u00e0 la gare et je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule o\u00f9 je vois notre fermier Fines Athanase et son gendre Pujol \u00c9tienne ; ce sont de tr\u00e8s braves gens, catholiques et royalistes ; je leur demande d\u2019entrer dans le comit\u00e9 royaliste, ils acceptent volontiers et seront les correspondants pour Bouletern\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 20 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Belesta. Je vois un moment l\u2019abb\u00e9 Badrignans. Nous causons naturellement du mariage de Mlle Delebart. M. le cur\u00e9, qui s\u2019\u00e9tait mis en t\u00eate depuis quelque temps, de me la faire \u00e9pouser (mais qui, soit dit entre parenth\u00e8ses, n\u2019avait, je crois, su rien dire aux parents) est navr\u00e9 de ce mariage ; moi, je le suis beaucoup moins car si je trouvais beaucoup de fortune, j\u2019aurais d\u00fb faire de grands sacrifices sur la famille. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Saint-Michel demander \u00e0 M. Llense, ancien maire, d\u2019entrer dans le comit\u00e9 royaliste ; il accepte avec enthousiasme. Mon comit\u00e9 est donc maintenant tout \u00e0 fait form\u00e9 et il ne me reste plus qu\u2019\u00e0 envoyer la liste de ses membres \u00e0 M. Passama. Je dois dire que si j\u2019ai rencontr\u00e9 beaucoup de bonne volont\u00e9, j\u2019ai essuy\u00e9 aussi certains refus motiv\u00e9s non par le manque de conviction, mais par l\u2019\u00e2ge ou par la lassitude ou m\u00eame par la peur de se compromettre ou de compromettre les siens. Mon comit\u00e9 est ainsi constitu\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Ille&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>M. Joseph Batlle-Delcros, propri\u00e9taire \u00e0 Ille<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\">[50]<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>M. Henri Serradell, pharmacien \u00e0 Ille<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\">[51]<\/a><\/li>\n\n\n\n<li>M. J\u00e9r\u00f4me Nogu\u00e8s, \u00e9picier \u00e0 Ille<\/li>\n\n\n\n<li>M. Antoine Est\u00e8ve de Bosch, docteur en droit, Ille<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Saint-Michel<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>M. Llense, propri\u00e9taire \u00e0 Saint-Michel<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour Boule<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>M. Athanase Fines, fermier \u00e0 Bouletern\u00e8re<\/li>\n\n\n\n<li>M. \u00c9tienne Pujol, cultivateur \u00e0 Bouletern\u00e8re<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 21 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je reste \u00e0 la maison afin de jouir des derni\u00e8res heures du s\u00e9jour de Marie Th\u00e9r\u00e8se. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11 heures et Marie-Th\u00e9r\u00e8se et moi nous prenons le train de midi. Je vais \u00e0 Perpignan remettre \u00e0 M. de Guardia, qui la fera passer \u00e0 M. Passama, la liste des membres du comit\u00e9 que je ne veux pas envoyer par la poste. \u00c0 Perpignan, je fais mes adieux \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui part pour Odars o\u00f9 elle s\u2019arr\u00eate quelques jours chez son oncle Marc de La Bardonnie avant de regagner Sainte-Croix. Je vais voir M. de Guardia que je trouve chez lui ; nous allons ensemble au <em>Roussillon<\/em>. Je repars par le train de 2h25 et je suis \u00e0 Ille \u00e0 3h05. Je rentre \u00e0 cheval&nbsp;: je vais \u00e0 Corb\u00e8re et \u00e0 Millas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 22 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Montalba \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de M., Mme et Mlle Madeleine de \u00c7agarriga ; nous nous promenons avec eux et allons voir ensemble Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za que nous ne rencontrons pas&nbsp;: nous ne rencontrons que sa fille la baronne de Rolland. Ils partent pour Millas \u00e0 6h en voiture. Le bruit de mon mariage avec Louloute de Lacour se fait de plus en plus persistant&nbsp;; pour savoir s\u2019il ne part pas de chez les Lacour eux-m\u00eames et, en m\u00eame temps, si cette id\u00e9e conviendrait \u00e0 M. de Lacour, Papa et Maman prient M. Scillie, ami commun des deux familles, par l\u2019interm\u00e9diaire des demoiselles Mathieu, de sonder M. de Lacour qui est actuellement \u00e0 B\u00e9ziers pour ses vendanges.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 23 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une longue promenade \u00e0 cheval avec Xavier Cristau ; nous partons par Millas, passons au col de la Bataille, \u00e0 Caladroy (\u00e0 un kilom\u00e8tre de Caladroy, je croise une victoria o\u00f9 vont Mme et Mlle Delebart), \u00e0 B\u00e9lesta et nous redescendons sur Ille ; cela fait 27 \u00e0 28 kilom\u00e8tres. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser&nbsp;; il pleut. Ce soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 24 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 l\u2019H\u00f4pital ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, avant v\u00eapres, nous avons une foule de visites ; les Roca, Roca d\u2019Huyt\u00e9za, de Rolland, Batlle. Apr\u00e8s v\u00eapres, nous allons nous promener sur la route de Perpignan. Apr\u00e8s d\u00eener, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 31 septembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 25 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons en break \u00e0 10 h10 pour Saint-Feliu-d\u2019Avail o\u00f9 nous allons d\u00e9jeuner chez nos cousins Bertran de Balanda<a href=\"#_ftn52\" id=\"_ftnref52\">[52]<\/a>&nbsp;; ils ont en dehors du village, un ancien petit ch\u00e2teau dont le parc est tr\u00e8s agr\u00e9able. En m\u00eame temps que nous, les Bertran ont \u00e0 d\u00e9jeuner la famille d\u2019Ax, de Corneilla-de-la-Rivi\u00e8re<a href=\"#_ftn53\" id=\"_ftnref53\">[53]<\/a> dont nous faisons la connaissance. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, avec les jeunes gens Bertran et d\u2019Ax et les demoiselles d\u2019Ax, nous jouons au croquet dans le parc. Nous partons, apr\u00e8s le th\u00e9, vers 3h \u00bd. Nous voyons un moment M. et Mme de Balanda et Mme de Vilar qui viennent dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Nous sommes \u00e0 Ille \u00e0 5h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 26 septembre 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-180924.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"400\" height=\"822\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-180924.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-337\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-180924.jpg 400w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-180924-146x300.jpg 146w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ancienne maison Cornell\u00e0, situ\u00e9e Grand Rue \u00e0 Ille-sur-Tet, poss\u00e9d\u00e9e par la famille d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch en 1905  (vue de 2008) \u2013 Google Street View<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, par le train de 6h \u00be, arrive de Perpignan l\u2019architecte Carbasse<a href=\"#_ftn54\" id=\"_ftnref54\">[54]<\/a> que nous avons charg\u00e9 d\u2019examiner nos deux maisons d\u2019Ille pour voir quelles r\u00e9parations et quels agrandissements seraient n\u00e9cessaires pour nous permettre de nous y bien installer avec notre mobilier d\u2019Angers lorsque nous reviendrons dans le pays, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019ann\u00e9e prochaine tr\u00e8s probablement. Il examine d\u2019abord la grande maison Bosch, c\u2019est elle qui a nos pr\u00e9f\u00e9rences, car on n\u2019aurait pas \u00e0 l\u2019agrandir&nbsp;; il suffirait de faire quelques am\u00e9nagements \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la maison, qui est tr\u00e8s grande et tr\u00e8s belle, et de d\u00e9molir des communs, \u00e9curie, vieille tour sans m\u00e9rite architectural, pour cr\u00e9er un jardin. Pour tout cela, il faudrait avant tout s\u2019entendre avec les h\u00e9ritiers de l\u2019oncle Victor \u2014 l\u2019oncle Xavier, Tante Mimi et Joseph Cornet \u2014 mais comme Papa a la moiti\u00e9 environ de cette maison indivise, la chose ne pr\u00e9senterait pas, je crois, grande difficult\u00e9. La maison que nous habitons actuellement, et qui nous vient de la famille de Corneilla, devrait \u00eatre agrandie ; de plus, il faudrait acheter deux petites maisons voisines pour agrandir le jardin ; comme cette maison est situ\u00e9e dans un vilain quartier et qu\u2019elle n\u2019a pas aussi grand air que l\u2019autre, j\u2019opine pour la maison Bosch. Nous gardons M. Carbasse \u00e0 d\u00e9jeuner&nbsp;; nous avons aussi Bonne Maman qui arrive de Vin\u00e7a \u00e0 midi pour manger avec nous un li\u00e8vre tu\u00e9 par Max qui est arriv\u00e9 de Sainte-Croix. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Millas et Corb\u00e8re o\u00f9 l\u2019on ach\u00e8ve de vendanger. Bonne Maman part par le dernier train. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 27 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10 heures et, \u00e0 11h \u00bd, nous partons \u2014 Papa, Maman et Philo \u2014 en voiture, moi \u00e0 cheval pour Trouillas et Pontilla. J\u2019arrive \u00e0 Trouillas, bien avant les autres \u00e0 1h20&nbsp;; quand Papa est arriv\u00e9, nous allons \u00e0 la vigne de la <em>Foun Rouge <\/em>qui est presque tout enti\u00e8re cueillie&nbsp;; apr\u00e8s avoir vu les comptes, nous partons pour Ponteilla o\u00f9 Maman et Philo nous attendent chez Mme de Llamby. Apr\u00e8s avoir pris le th\u00e9, j\u2019en repars \u00e0 4h \u00bd et j\u2019arrive \u00e0 Ille \u00e0 6h \u00bd. Papa, Maman et Philo partis en m\u00eame temps n\u2019arrivent qu\u2019\u00e0 7h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 28 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous apprenons par les journaux la nouvelle de la nomination de l\u2019oncle Xavier au grade de colonel. Il \u00e9tait temps apr\u00e8s six ans de grade ! Il est envoy\u00e9 \u00e0 M\u00e9zi\u00e8res \u00e0 la t\u00eate du 91<sup>e<\/sup> de ligne. Il ne change gu\u00e8re de pays, mais cela n\u2019est pas pour lui d\u00e9plaire car il d\u00e9sirait rester dans l\u2019Est. Nous t\u00e9l\u00e9graphions aussit\u00f4t \u00e0 Verdun. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11 heures et nous partons par le train de midi pour Perpignan o\u00f9, apr\u00e8s quelques commissions, nous prenons chez Margouet un bon landeau pour une tourn\u00e9e de visites que nous devons faire dans les environs de Perpignan. Nous allons d\u2019abord \u00e0 Boa\u00e7\u00e0 o\u00f9 nous voyons nos cousins Gout de Bize&nbsp;; ensuite \u00e0 Saint-Cyprien o\u00f9 nous sommes re\u00e7us par notre cousine Genin, nous y voyons en m\u00eame temps notre cousine de Guardia la m\u00e8re et Tante Jeanne<a href=\"#_ftn55\" id=\"_ftnref55\">[55]<\/a>&nbsp;; je vais aussi voir 5 minutes le cur\u00e9 M. Rajau qui est d\u2019Ille&nbsp;; nous allons ensuite aux Capeillans o\u00f9 nous ne rencontrons pas nos cousins de Rovira qui sont \u00e0 Biarritz, mais nous voyons quelques instants M. de Meynard. Enfin, nous terminons cette tourn\u00e9e par une visite aux D\u2019Arexy et aux Henri Bertran de Balanda \u00e0 Latour-Bas-Elne<a href=\"#_ftn56\" id=\"_ftnref56\">[56]<\/a>&nbsp;; M. d\u2019Arexy me fait visiter sa magnifique cave. Nous rentrons \u00e0 Perpignan \u00e0 temps pour prendre le train de 7h03 et nous sommes \u00e0 Ille \u00e0 8 heures&nbsp;; nous retrouvons Papa qui est all\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a dans l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 29 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e9tant un peu enrhum\u00e9 du cerveau, je ne sors qu\u2019un petit moment. Papa va \u00e0 Port-Vendres retenir cinq premi\u00e8res sur \u00ab&nbsp;la Marsa&nbsp;\u00bb de la Compagnie Touache, courrier d\u2019Alger, pour le 8 octobre. Voil\u00e0 donc un superbe voyage que nous allons faire !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 30 septembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 cause de mon petit rhume de cerveau que je ne veux pas laisser durer, je ne sors pas le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec Philom\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 de la <em>Foun dal Boul\u00e8s<\/em> et de Saint-Michel. Le soir, nous allons aux complies du Rosaire. Je me confesse \u00e0 M. le cur\u00e9.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Octobre 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> octobre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 1<sup>er<\/sup> octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 l\u2019\u00e9glise \u00e0 7 heures&nbsp;; j\u2019y fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate de Notre-Dame du Rosaire ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Avant et apr\u00e8s v\u00eapres, nous nous promenons un peu. Ce soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu o\u00f9 sont aussi les Batlle.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 octobre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 2 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 pied du c\u00f4t\u00e9 de R\u00e9gleille ; il pleut par moments et je rentre vite. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, \u00e0 2h \u00bd, je monte \u00e0 cheval ; je vais \u00e0 Corb\u00e8re et \u00e0 Saint-F\u00e9liu-d\u2019Avail ; je passe 3\/4 d\u2019heure chez les Bertran o\u00f9 les jeunes gens seuls me re\u00e7oivent, les parents \u00e9tant \u00e0 Perpignan. J\u2019arrive \u00e0 Ille vers 5h \u00bd par un vent \u00e9pouvantable. Le soir, nous allons tous \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire puis chez les demoiselles Mathieu o\u00f9 nous rencontrons les Batlle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 3 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait une v\u00e9ritable temp\u00eate de vent, accompagn\u00e9e d\u2019ond\u00e9es, toute la matin\u00e9e ; aussi je reste dans la maison et ne sors que pour assister \u00e0 la grand\u2019messe que Maman fait chanter, \u00e0 8 heures, en l\u2019honneur de Sainte Philom\u00e8ne. L\u2019apr\u00e8s-midi, le temps s\u2019am\u00e9liore un peu et nous allons tous nous promener, de 2h \u00e0 4h, du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel. Le soir, nous allons au Mois du Rosaire puis chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 4 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Montalba&nbsp;; de l\u00e0 \u00e0 B\u00e9lesta par une jolie route que je ne connaissais pas encore, je m\u2019arr\u00eate un quart d\u2019heure chez M. Badrignans et je suis \u00e0 Ille \u00e0 11h \u00be. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons tout \u00e0 coup la visite de M. l\u2019abb\u00e9 Badrignans qui ne me l\u2019avait pas annonc\u00e9e ce matin. Ensuite, nous allons faire notre visite d\u2019adieu \u00e0 M. le cur\u00e9 car c\u2019est aujourd\u2019hui la derni\u00e8re journ\u00e9e de notre s\u00e9jour \u00e0 Ille, puis nous nous promenons un peu sur la route de Corb\u00e8re. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire, puis nous faisons nos adieux aux demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 5 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je suis parti d\u2019Ille \u00e0 8h 20 \u00e0 cheval pour les Capeillans ; je suis pass\u00e9 par Corb\u00e8re, Thuir, Bages, Elne et Latour-Bas-Elne&nbsp;: je suis arriv\u00e9 aux Capeillans \u00e0 11h 3\/4, soit 3 heures 25 minutes pour 37 kilom\u00e8tres, sans me presser et sans mettre pied \u00e0 terre une seule fois. Je remets Colette en excellent \u00e9tat. Je d\u00e9jeune avec Fernand, sa femme, Meynard et M. Joseph Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola<a href=\"#_ftn57\" id=\"_ftnref57\">[57]<\/a>, sportsman assez connu qui vient de gagner plusieurs prix aux concours hippiques de Biarritz et de Saint-S\u00e9bastien sur des chevaux de Fernand. Je repars avec lui vers 3h \u00bd en trainant, derri\u00e8re sa charrette anglaise, une jument de Fernand qu\u2019il emm\u00e8ne \u00e0 Corneilla. Je prends \u00e0 Corneilla le train de 4h20. \u00c0 Perpignan, je monte une minute chez les Bonafos, je fais quelques commissions et je vais passer une heure avec Carlos ; je vois aussi Tante H\u00e9l\u00e8ne et Marthe. Je prends le train de 7h03 ; \u00e0 Ille, montent Maman et Philom\u00e8ne qui viennent \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 nous allons passer deux jours et d\u2019o\u00f9 nous nous repartirons tous ensemble dimanche pour Alger.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 6 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un vent \u00e0 d\u00e9corner les b\u0153ufs. Le matin, je vais \u00e0 la messe \u00e0 7h et je fais la sainte communion en l\u2019honneur du premier vendredi du mois. Je vais, avec Am\u00e9d\u00e9e Jocaveil, me promener jusqu\u2019\u00e0 Bente Farine. L\u2019apr\u00e8s-midi, pour marcher un peu, nous faisons plusieurs tours de jardin. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 7 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dix ans aujourd\u2019hui de la mort de mon pauvre Bon Papa ! Il me semble que ce malheur est arriv\u00e9 hier. Nous faisons la sainte communion et assistons \u00e0 un service fun\u00e8bre \u00e0 son intention. Nous faisons nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part. M. le cur\u00e9 forme une \u00ab&nbsp;association paroissiale&nbsp;\u00bb \u00e0 Vin\u00e7a en vue de la s\u00e9paration. Bonne Maman s\u2019y inscrit comme membre fondateur&nbsp;; nous, \u00e9tant propri\u00e9taires dans dix localit\u00e9s, nous devons donner partout le bon exemple et montrer que nous tenons \u00e0 participer partout \u00e0 l\u2019organisation et aux frais du culte&nbsp;; cependant, c\u2019est surtout \u00e0 Ille que notre action devra s\u2019exercer&nbsp;; l\u00e0, nous serons certainement fondateurs&nbsp;; ici, nous nous faisons inscrire comme membres donateurs. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 bord de la \u00ab&nbsp;Medjerda&nbsp;\u00bb, dimanche 8 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, nous assistons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 la grand\u2019messe pendant laquelle M. le cur\u00e9 annonce la formation de l\u2019association paroissiale et engage ses paroissiens \u00e0 y entrer. Nous faisons nos derniers pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, et nous partons pour Port-Vendres par le train de 3h35 ; Papa nous rejoint \u00e0 Ille. \u00c0 Corneilla, notre train \u00e9crase un homme ; on croit que cet homme a voulu se suicider car, disent les employ\u00e9s, il s\u2019est jet\u00e9 sous la machine. \u00c0 Port-Vendres, nous apprenons qu\u2019au lieu de \u00ab&nbsp;la Marsa&nbsp;\u00bb, qui est en r\u00e9paration, nous allons nous embarquer sur \u00ab&nbsp;la Medjerda&nbsp;\u00bb, paquebot un peu plus petit, mais le plus rapide de la Compagnie Touache ; aussi, nous arriverons \u00e0 Alger \u00e0 8h \u00bd au lieu de 10 heures&nbsp;; je le t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 l\u2019oncle Paul avant de quitter Port-Vendres. Sur le navire, qui n\u2019est pas mal, je partage mon temps entre le pont, le salon et la cabine ; jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, aucun de nous n\u2019a \u00e9t\u00e9 malade, pas m\u00eame Bonne Maman. La mer est assez belle et la nuit est claire&nbsp;; dans un moment, j\u2019irai me coucher.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 octobre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, lundi 9 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve de bonne heure, sur la Medjerda, afin d\u2019assister au lever du soleil ; le matin, jusque vers 8 heures, la mer est tr\u00e8s houleuse, on a peine \u00e0 se tenir sur le pont tant le tangage est accentu\u00e9. Philom\u00e8ne est carr\u00e9ment malade, Bonne Maman a du malaise&nbsp;; Maman en a un peu aussi&nbsp;; Papa et moi n\u2019avons absolument rien. Je mange et bois \u00e0 bord, me tiens sur le pont, dans le salon ou dans la cabine, sans rien ressentir d\u2019anormal. Apr\u00e8s les Bal\u00e9ares, le mistral se calme et la houle diminue. Elle recommence un peu en approchant de la c\u00f4te d\u2019Afrique \u00e0 cause du vent de sud-est qui se met \u00e0 souffler. \u00c0 partir de 5h, on commence \u00e0 voir la terre, et nous arrivons dans le port d\u2019Alger \u00e0 7h45, en avance sur l\u2019heure pr\u00e9vue&nbsp;; nous d\u00e9barquons \u00e0 8h \u00bc&nbsp;; Tante Josepha et l\u2019oncle Paul qui ne nous attendaient pas aussit\u00f4t malgr\u00e9 ma d\u00e9p\u00eache, ne sont pas au d\u00e9barcad\u00e8re et nous nous faisons conduire chez eux par deux pauvres Maures qui prennent nos petits bagages. Nous arrivons rue Philippe, au moment o\u00f9 l\u2019oncle Paul et Tante Josepha allaient partir pour le port en omnibus ; ils sont stup\u00e9faits de nous voir d\u00e9j\u00e0, croyant que nous n\u2019arriverions pas avant 9 h \u00bd car les bateaux ont l\u2019habitude d\u2019arriver en retard ; c\u2019est le mistral de ce matin qui nous a beaucoup pouss\u00e9s et qui nous vaut cette arriv\u00e9e anticip\u00e9e. Nous prenons quelques rafra\u00eechissements puis nous visitons la ravissante maison mauresque qu\u2019habitent les Magu\u00e9 et nous allons prendre dans nos lits un repos bien gagn\u00e9.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172657-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"704\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172657-Copie-1024x704.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-339\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172657-Copie-1024x704.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172657-Copie-300x206.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172657-Copie-768x528.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_172657-Copie.jpg 1522w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maison \u00ab\u00a0mauresque\u00a0\u00bb habit\u00e9e par la famille Magu\u00e9 \u00e0 Alger (Alg\u00e9rie) \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, vers le 9 octobre 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, mardi 10 octobre 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123401-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"655\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123401-Copie-655x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-341\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123401-Copie-655x1024.jpg 655w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123401-Copie-192x300.jpg 192w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123401-Copie-768x1201.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_123401-Copie.jpg 932w\" sizes=\"auto, (max-width: 655px) 100vw, 655px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Alger : plafond du salon de la direction du g\u00e9nie \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, vers le 10 octobre 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, avec l\u2019oncle Paul et Papa, je visite une partie de la ville, la Pr\u00e9fecture o\u00f9 la salle du conseil g\u00e9n\u00e9ral, ancienne cour mauresque, est tr\u00e8s int\u00e9ressante ; la mosqu\u00e9e de la marine o\u00f9 nous sommes oblig\u00e9s de nous d\u00e9chausser, les quartiers \u00e9l\u00e9gants des boulevards et du square Bresson etc. Le coup-d\u2019\u0153il de la rade est f\u00e9\u00e9rique. L\u2019apr\u00e8s-midi, tous ensemble, nous visitons le cimeti\u00e8re arabe de Bab-el-Oued, la Casbah dont les rues si tortueuses et si originales empreintes d\u2019un si vif cachet arabe, produisent une impression inoubliable ; dans la Casbah, des bandes de gamins et de gamines indig\u00e8nes, repoussants de salet\u00e9, nous suivent ind\u00e9finiment en criant : \u00ab Donne-moi un sou \u00bb ; les fillettes me disent : \u00ab Embrasse-moi, je te donne permission \u00bb, inutile de dire que je n\u2019ai pas profit\u00e9 de cette permission car ce baiser m\u2019aurait pu laisser dans ma chevelure des traces blanches et vivantes ! Nous voyons aussi la curieuse rue de la Lyre avec ses magasins juifs.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_120007-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_120007-Copie-1024x684.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-340\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_120007-Copie-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_120007-Copie-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_120007-Copie-768x513.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_120007-Copie-1536x1026.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_120007-Copie.jpg 1786w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Alger : le salon de la direction du g\u00e9nie \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, vers le 10 octobre 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, mercredi 11 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 6 h \u00bd , je monte \u00e0 cheval avec l\u2019oncle Paul suivis de l\u2019ordonnance ; je monte un petit cheval barbe au trot saccad\u00e9 et au galop vif. Nous sortons d\u2019Alger par l\u2019ancien village d\u2019Isly, nous allons \u00e0 El Biar, et nous rentrons par la porte Bab-el-Oued ; charmante promenade. Ensuite, je me prom\u00e8ne en fl\u00e2nant jusqu\u2019vers midi. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons, en tram \u00e9lectrique au Jardin d\u2019Essai de Mustapha inf\u00e9rieur ; nous nous promenons une bonne heure dans ce magnifique parc o\u00f9 on peut admirer une superbe flore semi-tropicale&nbsp;; mais le temps se g\u00e2te et nous rentrons ; \u00e0 cinq heures, nous allons au Mois du Rosaire \u00e0 la cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-181905.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"408\" height=\"645\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-181905.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-342\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-181905.jpg 408w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Capture-decran-2026-02-27-181905-190x300.jpg 190w\" sizes=\"auto, (max-width: 408px) 100vw, 408px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La Jardin d&rsquo;essai \u00e0 Alger \u2013 Carte postale de 1905 (site ebay.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, jeudi 12 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la messe, je fl\u00e2ne etc. A 1 h \u00bd nous prenons le tram \u00e9lectrique pour Mustapha sup\u00e9rieur o\u00f9 nous allons voir N\u00e9nette au parloir du Sacr\u00e9 C\u0153ur ; nous restons avec elle jusqu\u2019\u00e0 3 h \u00bd, puis la sup\u00e9rieure nous fait visiter le parc, la chapelle etc. ; elle a grand peur de voir son \u00e9tablissement ferm\u00e9 prochainement par les bandits gouvernementaux. Nous nous promenons un peu dans Mustapha, puis nous rentrons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, vendredi 13 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous devions monter \u00e0 cheval le matin, mais la pluie nous en emp\u00eache. La pluie \u00e0 Alger, quel ennui ! Elle dure toute la journ\u00e9e. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, elle diminue un peu et nous pouvons faire quelques commissions&nbsp;; nous entrons dans plusieurs magasins de meubles et objets orientaux o\u00f9 nous faisons plusieurs emplettes&nbsp;; mais nous ne nous d\u00e9cidons qu\u2019\u00e0 la fin de notre s\u00e9jour pour le meuble de r\u00e9sistance que nous voulons emporter d\u2019Alger. Je me prom\u00e8ne dans la Casbah ; nous allons nous confesser \u00e0 la cath\u00e9drale. Nous visitons la biblioth\u00e8que install\u00e9e dans une tr\u00e8s belle maison mauresque dans le genre de l\u2019Archev\u00each\u00e9 ou de la maison habit\u00e9e par l\u2019oncle Paul, mais plus belle encore.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, samedi 14 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai aujourd\u2019hui 23 ans et c\u2019est, en m\u00eame temps, le seizi\u00e8me anniversaire de ma gu\u00e9rison miraculeuse en 1889 ; pour f\u00eater ce double anniversaire, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Notre-Dame-des-Victoires. Ensuite, comme il continue \u00e0 pleuvoir, je ne sors qu\u2019une heure environ dans la matin\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, le temps s\u2019\u00e9tant mis au beau, nous visitons une grande fabrique de tapis d\u2019Orient rue Frais-Vallon, puis nous voyons la \u00ab&nbsp;Medersa&nbsp;\u00bb, \u00e9cole indig\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, dimanche 15 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est beau et nous pouvons reprendre nos promenades \u00e0 cheval. L\u2019oncle Paul et moi partons \u00e0 6 h \u00bd suivis de l\u2019ordonnance ; nous allons \u00e0 Mustapha sup\u00e9rieur, traversons le jardin d\u2019essai, la for\u00eat en pente qui le domine et revenons par le chemin du T\u00e9lemly ; nous rentrons \u00e0 9 h \u00bd et allons \u00e0 la messe de 10 h \u00bd. N\u00e9nette, qui a la permission de venir passer chez ses parents la journ\u00e9e du dimanche jusqu\u2019au lundi matin pendant notre s\u00e9jour ici, arrive \u00e0 11 h \u00bd ; on l\u2019accompagne jusqu\u2019\u00e0 la place du Gouvernement o\u00f9 nous allons l\u2019attendre \u00e0 la descente du tram \u00e9lectrique. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 Notre-Dame-d\u2019Afrique o\u00f9 nous assistons \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction et \u00e0 l\u2019absoute donn\u00e9e sur la tombe qui domine la mer ; c\u2019est une c\u00e9r\u00e9monie tr\u00e8s \u00e9mouvante. Nous entrons un moment \u00e0 la chapelle voisine du Carmel et nous rentrons par le joli village de Saint-Eug\u00e8ne, ces dames en tram, Papa, l\u2019oncle Paul et moi \u00e0 pied.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/default.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"661\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/default-1024x661.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-343\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/default-1024x661.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/default-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/default-768x496.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/default.jpg 1500w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Notre-Dame-d&rsquo;Afrique \u00e0 Alger \u2013 Carte postale ancienne sans date (site archnet.org)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 octobre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Constantine, lundi 16 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons d\u2019Alger, Papa et moi, par le train de 6h25 du matin et apr\u00e8s 14 heures de chemin de fer sur \u00ab&nbsp;l\u2019Est alg\u00e9rien&nbsp;\u00bb, nous arrivons \u00e0 8h40 du soir \u00e0 Constantine, ville o\u00f9 nous appellent des souvenirs de famille puisque mon grand-p\u00e8re paternel, alors capitaine du g\u00e9nie, depuis colonel, a pris part aux deux si\u00e8ges de cette ville en 1836 et 1837&nbsp;; il \u00e9tait \u00e0 la prise de Constantine. Nous avons travers\u00e9 d\u2019abord la plaine si fertile de la M\u00e9tidja, puis des montagnes et des d\u00e9fil\u00e9s assez sauvages qui nous ont men\u00e9s sur les hauts plateaux constantinois sur lesquels la locomotive courait au milieu de plaines immenses \u00e9gay\u00e9es \u00e7a et l\u00e0 par un campement d\u2019Arabes ou par un passage de bourricots ou de chameaux ; de loin en loin, une localit\u00e9 moiti\u00e9 fran\u00e7aise moiti\u00e9 indig\u00e8ne et une gare ; pays de c\u00e9r\u00e9ales, mais dont l\u2019aspect est assez triste et monotone \u00e0 cette \u00e9poque-ci de l\u2019ann\u00e9e ; pr\u00e8s de S\u00e9tif, \u00e0 plus de 1000 m\u00e8tres d\u2019altitude, il faisait presque froid. Nous descendons au Grand H\u00f4tel&nbsp;; apr\u00e8s d\u00eener, \u00e0 10 heures, pendant que j\u2019\u00e9cris \u00e0 Maman pour lui donner des nouvelles de notre voyage, Papa \u00e9crit \u00e0 notre cousin Henri de Bla\u00ff, propri\u00e9taire de grands vignobles \u00e0 A\u00efn-Bessem (d\u00e9partement d\u2019Alger) que nous irons le voir samedi \u00e0 notre retour de Biskra et de Constantine s\u2019il peut nous envoyer prendre \u00e0 la station de Bou\u00efra \u00e0 25 kilom\u00e8tres d\u2019A\u00efn-Bessem.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Constantine, mardi 17 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous employons la matin\u00e9e \u00e0 visiter la ville proprement-dite, qui est assez vite vue ; le quartier arabe, tr\u00e8s anim\u00e9 le matin, est tr\u00e8s curieux avec ses maisons bleues aux fen\u00eatres si \u00e9troites pour \u00e9viter les regards indiscrets ; mais les habitants sont presque aussi sales et sentent presque aussi mauvais que dans la Casbah d\u2019Alger. Nous visitons deux mosqu\u00e9es, en ayant soin de nous chausser de babouches \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons voir, aux bureaux de l\u2019\u00c9tat-major de la place, M. Naug\u00e8s lieutenant d\u2019infanterie, d\u2019Ille, et M. Paul Collet-Meygret, fils du g\u00e9n\u00e9ral, lieutenant de cavalerie ; ils nous font visiter diff\u00e9rentes choses, notamment la Casbah enti\u00e8rement transform\u00e9e en casernes et en arsenal d\u2019artillerie ; ils nous donnent une lettre de recommandation d\u2019un capitaine de leurs amis pour le chef du bureau des Affaires indig\u00e8nes de Biskra, en priant ce dernier de faciliter notre excursion \u00e0 Biskra et dans l\u2019oasis ; ce sera pr\u00e9cieux. Ensuite, nous voyons le chemin des Touristes, situ\u00e9 \u00e0 100 m\u00e8tres au-dessous de la ville dans la gorge si \u00e9troite du Rummel qui enserre la ville sur 3 c\u00f4t\u00e9s et la rend presque inaccessible ; nous visitons le quartier juif etc. Le temps s\u2019est mis au beau, mais il fait frais. Naturellement, j\u2019exp\u00e9die un bon nombre de cartes postales.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biskra, mercredi 18 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Constantine par le train de 8h25 ; il fait beau, mais presque froid, il n\u2019y a pas 10 degr\u00e9s le matin. Nous d\u00e9jeunons au buffet de Batna pr\u00e8s des ruines romaines de Timgad que nous n\u2019aurons malheureusement pas le temps d\u2019aller voir ; nous traversons des plaines d\u00e9nud\u00e9es dans cette saison, et tr\u00e8s tristes ; de temps en temps, on voit des tentes de nomades ou des caravanes en marche vers le sud avec force chameaux ; \u00e0 El Kantara, nous entrons dans le Sahara ; il est triste car le temps est gris et, chose tr\u00e8s rare dans ces pays, il tombe quelques gouttes de pluie. Nous arrivons \u00e0 Biskra \u00e0 4 h \u00bd et nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Sahara. Biskra est une jolie petite ville fran\u00e7aise situ\u00e9e \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de l\u2019oasis qui porte son nom ; c\u2019est une station d\u2019hiver assez fr\u00e9quent\u00e9e, il y a de tr\u00e8s grands h\u00f4tels et d\u00e9j\u00e0, plusieurs familles \u2013 fran\u00e7aises et anglaises \u2013 sont install\u00e9es. Le soir, sous la conduite d\u2019un jeune cic\u00e9rone, qui parle assez bien le fran\u00e7ais, nous allons dans un caf\u00e9 maure tr\u00e8s chic o\u00f9 nous assistons un moment \u00e0 de curieuses danses indig\u00e8nes par des femmes Ouled-Na\u00efl et d\u2019autres venues, dit-on, de Tombouctou.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biskra, jeudi 19 octobre 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_112504-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"690\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_112504-Copie-1024x690.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-344\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_112504-Copie-1024x690.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_112504-Copie-300x202.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_112504-Copie-768x518.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_112504-Copie-1536x1035.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_112504-Copie.jpg 1950w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00ab\u00a0Biskra : l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 du village n\u00e8gre\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, 19 octobre 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait beau aujourd\u2019hui&nbsp;; tant mieux ! Nous en profitons pour bien voir la ville et ses environs imm\u00e9diats et l\u2019oasis. Le matin, nous allons voir le capitaine Lafforgue, chef du Bureau arabe, pour qui nous avons une recommandation&nbsp;; il met \u00e0 notre disposition un employ\u00e9 du Bureau arabe qui parle bien le fran\u00e7ais ; ce jeune homme nous pilote matin et soir ; nous visitons, dans la matin\u00e9e, le village n\u00e8gre peupl\u00e9 d\u2019une population noire compos\u00e9e de descendants d\u2019esclaves, et le parc magnifique dit \u00ab Jardin Landon \u00bb, propri\u00e9t\u00e9 du comte Landon de Longeville qui ne l\u2019habite presque pas ; le comte a r\u00e9uni dans ce parc presque toutes les essences tropicales, c\u2019est merveilleux et la villa attenante \u00e0 ce magnifique parc doit \u00eatre bien agr\u00e9able \u00e0 habiter l\u2019hiver. Nous visitons aussi le march\u00e9 indig\u00e8ne o\u00f9 se r\u00e9unissent les Arabes du d\u00e9sert et ceux venus du Tell et des plateaux ; on y vend beaucoup de dattes, des bestiaux, des chameaux. J\u2019y ach\u00e8te pour 25 francs un joli sabre \u00e0 fourreau en cuir cisel\u00e9 et incrust\u00e9 de nacre dont on me demandait d\u2019abord 40 francs ; Papa y ach\u00e8te aussi diverses curiosit\u00e9s du pays. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 2 h \u00bd , nous louons une cal\u00e8che et, accompagn\u00e9s de notre guide, nous faisons le tour de l\u2019oasis ; cette for\u00eat de 150.000 palmiers charg\u00e9s de dattes, de figuiers, d\u2019oliviers, d\u2019orangers etc. est ravissante ; \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9, nous avons une belle vue sur le d\u00e9sert qui s\u2019\u00e9tend \u00e0 perte de vue ; \u00e0 l\u2019horizon, on a l\u2019illusion compl\u00e8te, absolue, de la mer ; notre guide nous dit que c\u2019est un effet de mirage, l\u2019immense nappe n\u2019est coup\u00e9e que par la ligne t\u00e9l\u00e9graphique qui court vers Touggourt et les autres postes militaires d\u2019extr\u00eame-sud. Nous rentrons vers 4 heures \u00bc, exp\u00e9dions des cartes postales et nous nous promenons jusqu\u2019\u00e0 la nuit. A la lisi\u00e8re de l\u2019oasis, le coucher de soleil sur les montagnes de l\u2019Aur\u00e8s dont les derniers contreforts meurent \u00e0 une trentaine de kilom\u00e8tres, irise ces montagnes de teintes roses et violettes ; et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les t\u00eates alti\u00e8res des palmiers se profilant sur le ciel sombre, puis l\u2019immensit\u00e9\u2026 C\u2019est impressionnant. Le temps \u00e9tant beau dans la journ\u00e9e, il a fait r\u00e9ellement chaud (24\u00b0 environ)&nbsp;; on trouve ici qu\u2019il fait frais, car la semaine derni\u00e8re avant les pluies, on avait 30\u00b0 et 32\u00b0, et, en juillet, on a eu 49\u00b0, quelquefois, le thermom\u00e8tre monte \u00e0 50 et au-dessus ! Pays charmant l\u2019hiver, mais l\u2019\u00e9t\u00e9 !!!!! D\u00e8s le matin, on nous remet une d\u00e9p\u00eache d\u2019Henri de Bla\u00ff nous disant qu\u2019il nous attendra samedi matin \u00e0 la gare de Bou\u00efra.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110941-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"677\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110941-Copie-677x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-345\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110941-Copie-677x1024.jpg 677w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110941-Copie-198x300.jpg 198w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110941-Copie-768x1161.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110941-Copie-1016x1536.jpg 1016w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_110941-Copie.jpg 1055w\" sizes=\"auto, (max-width: 677px) 100vw, 677px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00ab\u00a0Biskra : une all\u00e9e du parc du ch\u00e2teau Landon\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, 19 octobre 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_104514-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"656\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_104514-Copie-1024x656.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-347\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_104514-Copie-1024x656.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_104514-Copie-300x192.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_104514-Copie-768x492.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_104514-Copie-1536x983.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_104514-Copie.jpg 1987w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00ab\u00a0Un village indig\u00e8ne dans l&rsquo;oasis de Biskra ; vue prise du haut d&rsquo;un minaret\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, 19 octobre 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111131-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"666\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111131-Copie-1024x666.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-348\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111131-Copie-1024x666.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111131-Copie-300x195.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111131-Copie-768x499.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111131-Copie-1536x998.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20250821_111131-Copie.jpg 1563w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>\u00ab\u00a0Oasis de Biskra ; une oasis d\u00e9tach\u00e9e vue de loin \u00e0 travers l&rsquo;oued. Direction de l&rsquo;oasis de Sidi-Okhar\u00a0\u00bb<\/em> \u2013 Clich\u00e9 d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, 19 octobre 1905 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biskra, samedi 21 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Impossible d\u2019\u00e9crire mon journal hier soir car j\u2019\u00e9tais en chemin de fer. Hier matin, nous quittions Biskra \u00e0 7h50 par un temps superbe qui a d\u00fb devenir tr\u00e8s chaud dans la journ\u00e9e, nous arrivions \u00e0 Constantine \u00e0 4h \u00bd, nous passions 5 heures dans cette ville en attendant le d\u00e9part du train de nuit pour Alger ; nous en profitions pour aller d\u00e9poser une carte chez les lieutenants Collet-Meygret et Naug\u00e8s et remercier le capitaine Pouget de sa recommandation ; nous d\u00eenons au Grand H\u00f4tel et partons par le train de 9h20 du soir ; il pleut un peu dans la soir\u00e9e, d\u00e9cid\u00e9ment, c\u2019est \u00e0 croire que c\u2019est nous qui avons apport\u00e9 la pluie en Alg\u00e9rie. Je dors bien jusqu\u2019\u00e0 cinq heures. \u00c0 6h \u00bd nous arrivons \u00e0 Bou\u00efra ; nous d\u00e9jeunons au buffet, puis nous montons dans le dog-cart que nous a envoy\u00e9 Henri de Bla\u00ff ; il est conduit par un Arabe qui parle fort bien le fran\u00e7ais. Partis avant 7 heures, nous n\u2019arrivons qu\u2019\u00e0 9h \u00bd \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 d\u2019Henri de Bla\u00ff \u00e0 A\u00efn-Bessem ; elle est \u00e0 26 kilom\u00e8tres de la gare de Bou\u00efra et \u00e0 21 kilom\u00e8tres d\u2019Aumale. Le pays est tr\u00e8s habit\u00e9 ; nous traversons une foule de villages fran\u00e7ais ; les principales cultures sont les c\u00e9r\u00e9ales et la vigne. Nous nous promenons et causons avec notre cousin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure du d\u00e9jeuner ; nous voyons aussi les 3 a\u00een\u00e9s : Marcelle, Jeanne et Marie&nbsp;; les deux fillettes les plus jeunes sont \u00e0 Perpignan. Apr\u00e8s un excellent d\u00e9jeuner, nous repartons \u00e0 1h \u00bc et arrivons \u00e0 3h \u00bd \u00e0 Bou\u00efra pour reprendre le train de 3h50 ; nous arrivons \u00e0 Alger \u00e0 7h30 trouvant tout le monde en bonne sant\u00e9. Je suis bien aise d\u2019avoir pu faire une petite visite \u00e0 nos cousins de Bla\u00ff, au retour de cette int\u00e9ressante tourn\u00e9e dans l\u2019est et le sud de l\u2019Alg\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biskra, dimanche 22 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve assez tard pour rattraper le temps perdu et vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame-des-Victoires \u00e0 9 heures. Ensuite, nous allons tous attendre N\u00e9nette qu\u2019on emm\u00e8ne \u00e0 11 h \u00bc par le tram de Mustapha. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons visiter la mosqu\u00e9e de Sidi abd er Rhaman au-dessus du Jardin Marengo, et une synagogue, puis nous allons \u00e0 v\u00eapres \u00e0&nbsp;Notre-Dame-des-Victoires o\u00f9 l\u2019on fait la f\u00eate de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 octobre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, lundi 23 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je me prom\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 du vieux port, sur la jet\u00e9e ; il fait chaud, le soleil surtout est br\u00fblant, c\u2019est enfin le vrai soleil d\u2019Alger ; aussi, je vais prendre un bain. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous nous promener \u00e0 Kouba o\u00f9 nous visitons le grand s\u00e9minaire d\u2019o\u00f9 l\u2019on a une vue superbe. Le sirocco souffle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, mardi 24 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je me prom\u00e8ne et fais quelques commissions avec l\u2019oncle Paul. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en voiture \u00e0 El Biar faire une visite \u00e0 Mmes de Villepili\u00e8re<a href=\"#_ftn58\" id=\"_ftnref58\">[58]<\/a>, m\u00e8re et belle-fille et \u00e0 Mme de Suloze qui habitent deux villas mauresques voisines dans un joli site bois\u00e9 ; Mme de Villepili\u00e8re m\u00e8re et Mme de Suloze sont les s\u0153urs des deux Messieurs de Franclieu qui ont \u00e9pous\u00e9 nos deux cousines de Saint-Martin, de Toulouse, et dont l\u2019a\u00een\u00e9 est colonel \u00e0 Sedan et le second, le vicomte, est ing\u00e9nieur. Le simoun continue et am\u00e8ne sur Alger et sur les environs des nuages gris plomb qui ont des reflets m\u00e9talliques ; la chaleur est lourde et accablante. Nous sortons un peu le soir pour prendre l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, mercredi 25 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous prenons tous, sauf l\u2019oncle Paul et Tante Josepha, le train de 9h45 pour Blida o\u00f9 nous arrivons \u00e0 11h45 apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la Mitidja qui offre tant de rapports avec notre plaine du Roussillon. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel d\u2019Orient puis nous prenons une voiture qui nous fait promener un peu dans la jolie petite ville de Blida, dans le village arabe et nous m\u00e8ne aux gorges de la Chiffa ; malheureusement, la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre le train de 4h37 ne nous permet pas de nous enfoncer beaucoup dans les gorges et nous ne pouvons m\u00eame pas arriver au ruisseau des singes. Nous sommes \u00e0 Alger \u00e0 6h \u00bd. Le temps, tr\u00e8s lourd le matin, s\u2019est temp\u00e9r\u00e9 dans l\u2019apr\u00e8s-midi. La temp\u00e9rature par le sirocco a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e puisque nous avons eu, deux jours de suite, un maximum de 32\u00b0.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, jeudi 26 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, avec l\u2019oncle Paul, nous visitons le port de commerce, tr\u00e8s anim\u00e9 comme toujours, puisqu\u2019Alger est le premier port de France, apr\u00e8s Marseille. L\u2019oncle Paul me montre les travaux que l\u2019on commence \u00e0 ex\u00e9cuter et qui vont doubler le port. Nous prenons une barque qui nous m\u00e8ne \u00e0 la jet\u00e9e nord et nous rentrons en suivant cette jet\u00e9e qui \u00e9tait parfois un peu arros\u00e9e par les lames, et le port militaire qui est dans la vieille darse turque. L\u2019apr\u00e8s-midi, il pleut assez fort \u00e0 plusieurs reprises et nous ne sortons que pour faire des commissions et aller au salut \u00e0 la cath\u00e9drale ; nous visitons aussi le palais d\u2019hiver du gouverneur g\u00e9n\u00e9ral qui est un ancien palais du dey en style mauresque naturellement, pas trop d\u00e9natur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, vendredi 27 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons, en break, raccompagner au Sacr\u00e9-Coeur N\u00e9nette qui avait une sortie hier et qui a couch\u00e9 ici ; ensuite, Papa, l\u2019oncle Paul, Philo moi nous promenons en break toujours, au ravin de la Plaine sauvage, \u00e0 Hussein-Dey et revenons par le jardin d\u2019essai ; le temps est gris. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec l\u2019oncle Paul et Papa ; nous allons \u00e0 la Casbah et rentrons par le quartier indig\u00e8ne qui est en-dessous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, samedi 28 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je me prom\u00e8ne seul&nbsp;; je vais au Sacr\u00e9-C\u0153ur prendre des nouvelles de N\u00e9nette qui avait un peu mal \u00e0 la gorge hier et qui s\u2019est br\u00fbl\u00e9e au cou avec de la teinture d\u2019iode. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de deux gendarmes de Vin\u00e7a et de Rigarda qui sont dans les environs d\u2019Alger&nbsp;; je me prom\u00e8ne seul et vais me confesser \u00e0 un P\u00e8re J\u00e9suite qui continue \u00e0 confesser dans l\u2019ancienne chapelle des J\u00e9suites ; cela durera tant que \u00e7a pourra !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, dimanche 29 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons tous le matin en voiture le p\u00e8lerinage de Notre-Dame-d\u2019Afrique o\u00f9 nous faisons la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste \u00e0 un petit congr\u00e8s, organis\u00e9 par le Sillon alg\u00e9rien sur \u00ab&nbsp;Le repos hebdomadaire&nbsp;\u00bb&nbsp;; je n\u2019aime gu\u00e8re le Sillon et je d\u00e9teste ses tendances en religion, en sociologie, en politique et en patriotisme, mais le sujet m\u2019a attir\u00e9 \u00e0 cause de l\u2019utilit\u00e9 que je pourrai en retirer pour ma th\u00e8se de doctorat ; il est, du reste, bien trait\u00e9 ; ces jeunes gens, fort bien intentionn\u00e9s, m\u2019ont du reste, bien accueilli. J\u2019ai fait la connaissance d\u2019un jeune homme, M. Louis Rupert, \u00e9l\u00e8ve de l\u2019\u00c9cole de commerce d\u2019Alger et originaire du Tarn, qui a toutes mes id\u00e9es patriotiques et religieuses, mais qui va aux r\u00e9unions du Sillon parce qu\u2019il n\u2019y a pas autre chose \u00e0 Alger ; il br\u00fble de former ici un groupe royaliste&nbsp;; il a fait partie en France de l\u2019A.C.J.F.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 au 31 octobre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, lundi 30 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne et je vais me baigner ; Papa et l\u2019oncle Paul sont en excursion au Tombeau de la Chr\u00e9tienne. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais en tram \u00e0 Maison-Carr\u00e9e o\u00f9 je me prom\u00e8ne un peu ; au retour, je vais au Sacr\u00e9-C\u0153ur porter un paquet \u00e0 N\u00e9nette, cela me donne l\u2019occasion de passer de Mustapha inf\u00e9rieur \u00e0 Mustapha sup\u00e9rieur ; je me trompe m\u00eame un peu de chemin ; je vais me faire couper les cheveux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, mardi 31 octobre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons en bande visiter la Casbah, la vieille forteresse turque r\u00e9sidence des deys, sous la conduite d\u2019un officier d\u2019administration ; nous voyons le pavillon du fameux coup d\u2019\u00e9ventail qui nous a valu (?) l\u2019Alg\u00e9rie. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons, dans le break du g\u00e9nie, \u00e0 un village de Boudzar\u00e9a sur la montagne du m\u00eame nom ; nous entrons dans plusieurs maisons du village arabe ; la pluie nous emp\u00eache de pousser jusqu\u2019\u00e0 la for\u00eat de Ba\u00efnem ; nous rentrons par le Frais-Vallon et Saint-Eug\u00e8ne. Je re\u00e7ois une lettre de M. Jac me demandant de faire une conf\u00e8re \u00e0 Saint-Serge le 19 novembre sur le repos dominical.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Novembre 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 novembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, mercredi 1<sup>er<\/sup> novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je r\u00e9ponds \u00e0 M. Jac que je ne serai pas \u00e0 Angers le 19, mais que j\u2019accepte de la faire plus tard. Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame-des-Victoires ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 la cath\u00e9drale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec M. Louis Rupert&nbsp;; je le d\u00e9cide \u00e0 fonder \u00e0 Alger un groupe d\u2019Action fran\u00e7aise ; je resterai en correspondance avec lui \u00e0 ce sujet ; nous allons nous promener au cimeti\u00e8re Saint-Eug\u00e8ne o\u00f9 il y a, ce soir, beaucoup de monde ; ce cimeti\u00e8re est tr\u00e8s bien tenu et tr\u00e8s beau. A 7h, nous allons voir tous ensemble une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 la mosqu\u00e9e de la P\u00eacherie, \u00e0 l\u2019occasion du Ramadan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, jeudi 2 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Notre-Dame-des-Victoires ; j\u2019y fais la sainte communion \u00e0 l\u2019occasion de la F\u00eate des morts. Ensuite, je vais me promener avec l\u2019oncle Paul, puis prendre un bain. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons faire nos adieux \u00e0 N\u00e9nette de 2h \u00e0 3h \u00bd au parloir du Sacr\u00e9 C\u0153ur \u00e0 Mustapha ; puis je vais visiter le Mus\u00e9e et le Palais d\u2019\u00e9t\u00e9 du Gouverneur ; de 5h \u00bd \u00e0 6h \u00bd, je me prom\u00e8ne avec Rupert&nbsp;; je lui donne conseils et instructions pour la fondation de sa section d\u2019Action fran\u00e7aise ; je me tiendrai au courant en restant en correspondance avec lui. Mon s\u00e9jour \u00e0 Alger n\u2019aura pas \u00e9t\u00e9 inutile \u00e0 la cause nationale si, gr\u00e2ce \u00e0 mes instances et \u00e0 ma propagande, M. Rupert r\u00e9ussit&nbsp;; j\u2019aurai \u00e9t\u00e9 l\u2019occasion de cette fondation. Notre s\u00e9jour \u00e0 Alger est termin\u00e9 ; il est temps de regagner le Roussillon, puis l\u2019Anjou. Nous partirons demain soir sur un navire espagnol pour Palma de Majorque o\u00f9 nous passerons 3 jours, puis, de l\u00e0, nous rentrerons \u00e0 Vin\u00e7a par Barcelone. S\u00e9jour des plus agr\u00e9ables gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019extr\u00eame bont\u00e9 de l\u2019oncle Paul et de Tante Josepha&nbsp;; seul, le temps nous a un peu contrari\u00e9s ; il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ce qu\u2019on aurait pu esp\u00e9rer en Alg\u00e9rie. Malgr\u00e9 cela, nous avons tr\u00e8s bien vu Alger, nous avons fait plusieurs excursions aux environs et, avec Papa, j\u2019ai m\u00eame fait un voyage des plus int\u00e9ressants.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Alger, vendredi 3 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 \u00eatre encore \u00e0 Alger ce soir ; mais ce matin, nous avons appris que le vapeur espagnol n\u2019\u00e9tait pas parti de Palma hier \u00e0 cause du mauvais temps et qu\u2019il y avait donc 24 heures de retard. Un jour de plus \u00e0 passer ici ! Nous en profitons pour nous promener ; je vais, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, jusqu\u2019\u00e0 la colonne Voirol ; \u00e0 5 heures, je me prom\u00e8ne avec Rupert.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 bord du \u00ab&nbsp;Balear&nbsp;\u00bb, de la Compagnie Sitges, mardi 4 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais du c\u00f4t\u00e9 du port et je vois arriver \u00ab le Bal\u00e9ar&nbsp;\u00bb qui nous emportera le soir, je regrette que ce ne soit pas le \u00ab Miramar \u00bb qui est beaucoup plus confortable. Je vais prendre un bain \u00e0 10h \u00bd. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous allons au Sacr\u00e9-C\u0153ur embrasser une derni\u00e8re fois N\u00e9nette qui est bien \u00e9tonn\u00e9e de nous voir ; il fait un sirocco tr\u00e8s chaud (28 \u00e0 29 degr\u00e9s). Nous partons \u00e0 cinq heures accompagn\u00e9s par les Magu\u00e9 et par Rupert ; c\u2019est avec un certain regret que je vois s\u2019\u00e9loigner la c\u00f4te africaine o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 un mois bien agr\u00e9able. Le \u00ab Bal\u00e9ar \u00bb est un petit vapeur manquant assez de confort ; de plus, il tangue pas mal et nous sommes tous plus ou moins indispos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Palma de Majorque, dimanche 5 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte ma couchette vers 6h du matin ; \u00e0 peine mont\u00e9 sur le pont, je suis pris de naus\u00e9es ; Philom\u00e8ne est indispos\u00e9e aussi et plus que moi, Maman \u00e9galement ; Papa lui-m\u00eame fait comme les autres ; Bonne-Maman est la seule qui ne&#8230; restitue rien, \u00e0 condition de rester couch\u00e9e dans sa cabine. Vers 7h, la mer devenait de plus en plus houleuse, et le ciel s\u2019assombrissait, lorsque tout \u00e0 coup arrive brusquement une bourrasque de l\u2019ouest qui nous secoue et nous ballotte \u00e9norm\u00e9ment ; nous y assistons Philom\u00e8ne et moi, de la passerelle du commandant qui, ayant un mot de recommandation du chanoine Miralles pour nous, se montre plein d\u2019attention, il parle bien le fran\u00e7ais ; \u00e0 partir de ce moment, jusqu\u2019\u00e0 celui de notre arriv\u00e9e dans le port la nuit et la pluie font rage&nbsp;; c\u2019est une v\u00e9ritable temp\u00eate que nous essuyons l\u00e0, aussi arrivons-nous tr\u00e8s en retard et apr\u00e8s plusieurs rechutes de mal&nbsp;; Philom\u00e8ne fait peine \u00e0 voir. \u00c0 Palma, nous descendons au Grand H\u00f4tel, nouvel \u00e9tablissement tr\u00e8s confortable ; il n\u2019existe que depuis 3 ans ; en 1897 avec Papa, nous \u00e9tions descendus \u00e0 la <em>\u00ab&nbsp;Fonda de Mallorca&nbsp;\u00bb<\/em>, h\u00f4tel espagnol des plus m\u00e9diocres ; ici, au contraire, le personnel parle admirablement le fran\u00e7ais, et nous ne nous apercevons pas du tout que nous sommes en Espagne, tout notre h\u00f4tel a l\u2019aspect fran\u00e7ais. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je vais avec Papa, faire une visite au chanoine Miralles y Sbert qui, sans conna\u00eetre Papa, est en correspondance avec lui depuis qu\u2019il a fait imprimer dans la <em>Revista mallorquina<\/em> la conf\u00e9rence que Papa fut sur Majorque le 4 f\u00e9vrier 1898 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Angers, sous le titre \u00ab&nbsp;Une semaine \u00e0 Majorque&nbsp;\u00bb. Le chanoine est un homme d\u2019une quarantaine d\u2019ann\u00e9es, comprenant le fran\u00e7ais mais ne le parlant pas ; nous parlons, avec lui, catalan et il nous parle majorquin. Ensuite, de 4h \u00e0 6h, nous visitons la ville ; nous revoyons la <em>Lonja<\/em>, la <em>Casa consistorial<\/em>, la superbe cath\u00e9drale o\u00f9 nous entendons les v\u00eapres ; nous avons entendu ce matin la messe \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Nicolas. Le temps reste troubl\u00e9 toute la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 novembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Palma, lundi 6 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est lamentable toute la journ\u00e9e ; il pleut \u00e0 verse, la mer est d\u00e9mont\u00e9e et les paquebots ne partent pas. Pourvu que cela ne dure pas ! \u00catre bloqu\u00e9 dans cette \u00eele par le mauvais temps, cela n\u2019aurait rien de charmant&nbsp;; un jour de retard, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 trop. Le matin, nous allons \u00e0 la cath\u00e9drale que le chanoine Miralles<a href=\"#_ftn59\" id=\"_ftnref59\">[59]<\/a> nous fait visiter dans tous ses d\u00e9tails ; on y a fait l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re de grands travaux qui ne sont pas encore termin\u00e9s ; aussi n\u2019a-t-elle plus, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, le m\u00eame aspect qu\u2019en 97. Nous voyons le tr\u00e9sor qui contient des merveilles ; le cadavre du roi Jaime II qui n\u2019est plus \u00e0 la m\u00eame place qu\u2019il y a huit ans et les archives dont le chanoine, qui est archiviste de la cath\u00e9drale, nous fait les honneurs. L\u2019apr\u00e8s-midi, le mauvais temps nous bloque dans l\u2019h\u00f4tel ; je sors \u00e0 peine une demi-heure ; j\u2019\u00e9cris des cartes postales.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/1927_La_Asamblea_Nacional_Jose_Miralles_y_Sbert.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"653\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/1927_La_Asamblea_Nacional_Jose_Miralles_y_Sbert.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-350\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/1927_La_Asamblea_Nacional_Jose_Miralles_y_Sbert.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/1927_La_Asamblea_Nacional_Jose_Miralles_y_Sbert-230x300.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Josep Miralles (1860-1947), chanoine et futur \u00e9v\u00eaque de Barcelone puis de Majorque \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 bord du \u00ab&nbsp;Miramar&nbsp;\u00bb, mardi 7 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est meilleur dans la matin\u00e9e ; nous en profitons pour visiter l\u2019\u00e9glise Sainte-Eulalie, l\u2019\u00e9glise et le clo\u00eetre Saint-Fran\u00e7ois ; \u00e0 10 h \u00bd , arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4tel M. Carbou fils que le chanoine a pr\u00e9venu de notre arriv\u00e9e \u00e0 Palma&nbsp;; il vient de Felanita expr\u00e8s pour nous voir ; c\u2019est lui qui, en 1897, nous avait fait visiter Palma en d\u00e9tail ; nous l\u2019invitons \u00e0 d\u00e9jeuner ainsi que le chanoine que nous voyons vers 11h \u00bd ; avec M. Carbou, nous visitons la <em>Casa consistorial<\/em> ou H\u00f4tel de ville o\u00f9 nous revoyons une nouvelle salle tr\u00e8s belle, toute tapiss\u00e9e de portraits ; dans une des salles, nous admirons un Van Dick tr\u00e8s expressif. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous raccompagnons chez lui le chanoine et nous visitons le cercle Balear. Le temps se g\u00e2te de nouveau ; nous faisons nos paquets, disons \u00ab au revoir \u00bb \u00e0 M. Carbou et nous nous embarquons \u00e0 6h sur le \u00ab Miramar \u00bb qui part \u00e0 6h \u00bd pour Barcelone. Notre s\u00e9jour \u00e0 Palma a \u00e9t\u00e9 bien contrari\u00e9 par le mauvais temps&nbsp;; s\u2019il avait fait beau, nous aurions pu revoir Valldemosa et Miramar ; avec la pluie, rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 possible. Le \u00ab Miramar \u00bb est beaucoup plus confortable que le \u00ab Balear \u00bb ; aussi, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 d\u00eener \u00e0 bord et jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je ne ressens aucun malaise.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9387838.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"550\" height=\"367\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9387838.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-351\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9387838.jpg 550w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/9387838-300x200.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 550px) 100vw, 550px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Casa consistorial<\/em> \u00e0 Palma de Majorque \u2013 Carte postale ancienne sans date (site todocoleccion.net)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 8 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s une excellente nuit de sommeil dans ma couchette sur le \u00ab Miramar \u00bb, je me r\u00e9veille et me l\u00e8ve en vue de Barcelone o\u00f9 nous arrivons \u00e0 5h \u00bd ; une fois tous les bagages pris, nous d\u00e9barquons et allons \u00e0 la gare o\u00f9 nous prenons nos billets, faisons enregistrer nos bagages et d\u00e9jeunons ; ensuite, \u00e0 7h \u00bd , nous allons nous promener en ville afin de faire rapidement voir \u00e0 Philom\u00e8ne cette jolie et \u00e9l\u00e9gante capitale de la Catalogne ; Bonne Maman, un peu enrhum\u00e9e, reste \u00e0 la gare. Nous utilisons bien notre temps et voyons les <em>Rambles<\/em>, la place de Catalogne, le <em>paseo<\/em> de Gracia, la cath\u00e9drale, l\u2019\u00e9glise de Bel\u00e9n et la <em>calle<\/em> Fernando ; une heure et demie apr\u00e8s, nous sommes de retour \u00e0 la gare et prenons place dans le rapide de 10h qui ne contient que des voitures de luxe ; moi qui connaissais Barcelone, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 content de revoir les plus beaux quartiers de cette belle ville, Philom\u00e8ne, qui n\u2019y \u00e9tait jamais venue en emportera une id\u00e9e suffisante. Nous sommes \u00e0 la fronti\u00e8re \u00e0 1h \u00bd , \u00e0 Perpignan \u00e0 4h \u00bd et \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bc ; \u00e0 Perpignan, je vais un peu en ville ; il fait frais, presque froid et le Canigou est tout blanc. Nous voici donc de retour apr\u00e8s une absence d\u2019un mois exactement. Jamais temps ne fut mieux employ\u00e9 ! Papa descend \u00e0 Ille o\u00f9 il passera 3 ou 4 jours avant de partir pour Angers o\u00f9 il rentre afin d\u2019ouvrir son cours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 9 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait froid, quelle diff\u00e9rence avec Alger ! Je ne sors que tr\u00e8s peu ; je vois un peu les uns et les autres. Tout le monde me demande des d\u00e9tails sur notre voyage. Il a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement bien int\u00e9ressant et je suis bien content de conna\u00eetre cette Alg\u00e9rie o\u00f9 se rencontrent deux civilisations qui vivent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sans se comp\u00e9n\u00e9trer et o\u00f9 l\u2019on peut saisir sur le vif le g\u00e9nie colonisateur de notre race ; il s\u2019affirme l\u00e0 et donne un \u00e9clatant d\u00e9menti \u00e0 ceux qui vont r\u00e9p\u00e9tant que les Fran\u00e7ais ne sont pas colonisateurs ! Comment, la race des Dupleix, des Garnier, des Faidherbe, et plus r\u00e9cemment, des Brazza et des Marchand, ne serait pas une race colonisatrice&nbsp;! Une race qui a colonis\u00e9 le Canada et la Louisiane, qui lutte dans ces r\u00e9gions depuis un si\u00e8cle et demi contre la pouss\u00e9e anglo-saxonne et qui, depuis 30 ans a conquis \u00e0 la civilisation d\u2019immenses territoires, cette race ne serait pas colonisatrice ? J\u2019ai toujours pens\u00e9 le contraire et mon voyage en Alg\u00e9rie me confirme dans mon opinion. J\u2019\u00e9cris \u00e0 M. Rupert et je lui envoie le carnet d\u2019abonnements \u00e0 la revue <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>. J\u2019\u00e9cris aussi \u00e0 M. de Montesquiou, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la Ligue, pour lui signaler M. Rupert et ses projets.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 10 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je lis, je sors un peu et je reste beaucoup dans la maison ; il fait froid&nbsp;; nous adoptons les costumes d\u2019hiver. Le S\u00e9nat a commenc\u00e9 hier l\u2019examen de la loi de s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019Etat vot\u00e9e \u00e0 la Chambre ; il a d\u00e9but\u00e9 en rejetant sans les examiner les questions pr\u00e9judicielles de M.M. de Lamarzelle, de Cuverville, Riou et de Chamaillard. C\u2019est l\u00e0 une indication des tendances d\u00e9testables et du parti-pris des ca\u00efmans. Il ne faut se faire aucune illusion&nbsp;; la loi sera vot\u00e9e sans changements avant le 1<sup>er<\/sup> janvier, et elle sera appliqu\u00e9e apr\u00e8s les \u00e9lections \u00e0 moins d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat ou d\u2019une guerre qui viendraient bouleverser la face des choses&nbsp;; car je n\u2019envisage m\u00eame pas l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un succ\u00e8s \u00e9lectoral, le gouvernement est trop fort et trop peu scrupuleux, le corps \u00e9lectoral trop b\u00eate et l\u2019opposition dans son ensemble trop mal dirig\u00e9e pour qu\u2019il soit raisonnable de compter l\u00e0-dessus ; non, il n\u2019y a rien \u00e0 attendre du suffrage universel, absurde syst\u00e8me imagin\u00e9 pour tromper les gogos et faire r\u00e9gner les coquins ! Papa vient de 3 heures \u00bd \u00e0 7 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 11 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>L\u2019\u00c9clair<\/em> nous apporte ce matin la nouvelle de la d\u00e9mission de Berteaux comme ministre de la Guerre \u00e0 la suite d\u2019un vote d\u2019il y a 3 jours dans lequel le minist\u00e8re a \u00e9t\u00e9 sauv\u00e9 par la droite (vraiment, la droite a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9reuse \u00e0 l\u2019exc\u00e8s). Je suis enchant\u00e9 de voir d\u00e9guerpir de la rue Saint-Dominique ce socialiste millionnaire qui salue le drapeau rouge et r\u00e9int\u00e8gre les casseroles. Mais par qui sera-t-il remplac\u00e9 ? Le bloc r\u00e9publicain semble divis\u00e9 ; je dis \u00ab semble \u00bb car cette association de malfaiteurs trouve toujours le moyen de rebondir surtout en faisant la guerre \u00e0 la religion. L\u2019apr\u00e8s-midi, je pars pour Rod\u00e8s avec Philom\u00e8ne afin de me procurer l\u2019adresse de Joseph Cornet : la pluie nous force \u00e0 reculer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 12 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le minist\u00e8re est repl\u00e2tr\u00e9 ; \u00c9tienne, jug\u00e9 trop mod\u00e9r\u00e9 pour l\u2019Int\u00e9rieur, passe \u00e0 la Guerre&nbsp;; Thomson passe de la Marine \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, Dubief du Commerce \u00e0 la Marine et M. Trouillot, ancien ministre de Combes, est nomm\u00e9 au Commerce ; en somme, le minist\u00e8re est aussi radical qu\u2019auparavant, je dirai m\u00eame plus \u00e0 cause de la pr\u00e9sence de Trouillot ; pour la Guerre, \u00c9tienne vaut mieux que Berteaux, mais quelle id\u00e9e bizarre de donner \u00e0 la Marine le m\u00e9decin ali\u00e9niste Dubief ! Quelle comp\u00e9tence cet homme-l\u00e0 a-t-il dans les fonctions maritimes ? C\u2019est trop b\u00eate, c\u2019est fou, c\u2019est criminel ! Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 novembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 13 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman est malade aujourd\u2019hui&nbsp;; elle passe la journ\u00e9e au lit. Le matin, je vais \u00e0 Rod\u00e8s \u00e0 pied prendre l\u2019adresse de Joseph Cornet&nbsp;; il est \u00e0 Paris. Je rentre avec M. Berjoan qui me ram\u00e8ne en voiture. Papa arriver par le train du soir pour partir mercredi pour Angers avec Philom\u00e8ne. Encore une modification au repl\u00e2trage minist\u00e9riel : M. Thomson, jug\u00e9 par M. Sarrien chef des radicaux trop mod\u00e9r\u00e9 pour l\u2019Int\u00e9rieur, reste \u00e0 la Marine et Rouvier, s\u2019empressant de capituler devant les radicaux, nomme \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur le radical-socialiste Dubief&nbsp;; cc\u2019est donc ce ministre qui fera les \u00e9lections s\u00e9natoriales et l\u00e9gislatives ; elles seront propres ! Quant \u00e0 la droite, qui a sauv\u00e9 Rouvier mardi dernier, elle est une fois de plus roul\u00e9e par lui. Heureusement, mieux inspir\u00e9e vendredi que mardi, elle a vot\u00e9 contre l\u2019ordre du jour Steeg-Dumont qui affirmait sa confiance dans le minist\u00e8re et comptait sur lui pour faire aboutir en temps utile la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, et qui a ralli\u00e9 presque toute la gauche anticl\u00e9ricale. Par exemple, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 trop surpris de voir, parmi les noms des d\u00e9put\u00e9s qui ont vot\u00e9 cet ordre du jour, celui du marquis de Laurens-Castelet, d\u00e9put\u00e9 de Castelnaudary. Ce monsieur est un des chefs des brancardiers de Lourdes pendant le p\u00e8lerinage national. En 1902, s\u2019\u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la d\u00e9putation \u00e0 Castelnaudary, le tr\u00e8s noble marquis, qui est \u00e9videmment royaliste par tradition de famille et qui l\u2019est aussi tr\u00e8s probablement par conviction personnelle, a cru assurer son \u00e9lection en faisant des d\u00e9clarations constitutionnelles&nbsp;; \u00e9lu d\u00e9put\u00e9 \u00e0 cause des divisions de ses adversaires et nullement \u00e0 cause de ses d\u00e9clarations, il si\u00e8ge au groupe r\u00e9publicain progressiste (l\u2019ancien groupe opportuniste, gambettiste et ferryste&nbsp;; pas d\u00e9go\u00fbt\u00e9 le marquis !!!). Mais les \u00e9lections approchant, il importe donc que nul ne puisse suspecter les convictions et le loyalisme r\u00e9publicains du tr\u00e8s noble marquis. D\u00e8s lors il faut \u00ab&nbsp;donner des gages&nbsp;\u00bb suivant l\u2019expression consacr\u00e9e&nbsp;; et comme il est tr\u00e8s difficile d\u2019\u00eatre \u00e0 la fois bon r\u00e9publicain et bon catholique, je dirai m\u00eame et honn\u00eate homme, le marquis de Laurens-Castelet se r\u00e9signe, la mort dans l\u2019\u00e2me je veux bien le croire, \u00e0 \u00eatre inf\u00e2mie tout simplement et tout cr\u00fbment. Et les \u00e9lecteurs catholiques de l\u2019arrondissement de Castelnaudary peuvent lire que leur d\u00e9put\u00e9, le tr\u00e8s d\u00e9vot brancardier de Notre-Dame de Lourdes <em>\u00ab&nbsp;compte sur le Gouvernement pour faire aboutir en temps utile la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb<\/em>. Cette histoire est celle de tous les ralli\u00e9s ; voil\u00e0 pourquoi j\u2019ai tenu \u00e0 la reproduire tout au long&nbsp;; on l\u2019a bien vu, il y a deux ans, quand l\u2019abb\u00e9 Lemire vota les cr\u00e9dits pour le voyage de Loubet \u00e0 Rome qui n\u2019avait pour but que d\u2019offenser le Pape. Non, on ne peut pas \u00eatre \u00e0 la fois catholique et r\u00e9publicain&nbsp;; l\u2019exp\u00e9rience est faite et quiconque met timidement le bout du doigt dans l\u2019engrenage r\u00e9publicain est \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr, s\u2019il ne s\u2019en d\u00e9gage \u00e0 temps, d\u2019y passer tout entier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 14 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme avec Papa et Philom\u00e8ne ; nous voyons ce qu\u2019on devra faire pour enlever la luzerne qui est morte et cr\u00e9er un pr\u00e9. Maman va beaucoup mieux. Nous apprenons par une lettre de Tante Josepha, la 1<sup>\u00e8re<\/sup> depuis notre retour, que le successeur du g\u00e9n\u00e9ral Cauvin \u00e0 Alger est nomm\u00e9 et que c\u2019est le g\u00e9n\u00e9ral Ducrey, qui vient de Toulon ; l\u2019oncle Paul est donc certain de ne plus rester longtemps \u00e0 Alger&nbsp;; quel ennui ! Il ne sera pas non plus nomm\u00e9 \u00e0 Toulon, qui est un poste assez agr\u00e9able, car le successeur du g\u00e9n\u00e9ral Ducrey est nomm\u00e9&nbsp;! On n\u2019a pas toujours ce que l\u2019on veut dans l\u2019Arm\u00e9e, surtout quand on n\u2019est pas du c\u00f4t\u00e9 du manche ! L\u2019oncle Xavier, lui, apr\u00e8s sa nomination a eu la chance de pouvoir se permuter&nbsp;; laissant M\u00e9zi\u00e8res, qui ne lui plaisait pas beaucoup \u00e0 un autre colonel qui ne demandait qu\u2019\u00e0 y aller, il a obtenu le commandement du 150<sup>e<\/sup> \u00e0 Saint-Mihiel o\u00f9 il s\u2019installe ces jours-ci dans un petit ch\u00e2teau entour\u00e9 d\u2019un joli parc. Son d\u00e9m\u00e9nagement sera facile car Saint-Mihiel n\u2019est qu\u2019\u00e0 45 kilom\u00e8tres de Verdun.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 15 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut et il fait froid et Papa qui devait partir \u00e0 midi avec Philom\u00e8ne et qui devait s\u2019arr\u00eater de 8h \u00e0 11h du soir \u00e0 Toulouse pour essayer un costume que lui fait Charouleau, renonce \u00e0 cet arr\u00eat \u00e0 cause de la pluie, et ne part qu\u2019\u00e0 3h \u00bd, je vais les accompagner \u00e0 la gare ; ils arriveront demain \u00e0 4h \u00bd \u00e0 Angers. Je ferai le m\u00eame voyage, pour la derni\u00e8re fois sans doute, dans 15 jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 16 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette faire quelques commissions&nbsp;; je rentre par le train de 3 heures. Pendant ce temps, Maman et Bonne Maman, ainsi que plusieurs autres dames de Vin\u00e7a, passent de maison en maison pour faire signer les adh\u00e9sions \u00e0 l\u2019association paroissiale qui se constitue en vue de la s\u00e9paration ; elles sont, en g\u00e9n\u00e9ral, bien accueillies. Le peuple est, dans son ensemble, hostile \u00e0 la mesure, mais il ne croit pas encore \u00e0 la fermeture des \u00e9glises.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 17 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 Nossa. L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis \u00e0 la Balme avec Maman, Amiel et le marchand de bois Closs. Ce dernier va nous acheter des arbres que l\u2019on va abattre au fond de la propri\u00e9t\u00e9 pour d\u00e9fricher une partie qui est inculte et que l\u2019on va mettre en pr\u00e9, ainsi que des pommiers vieux que je vais faire remplacer. On s\u2019y mettra lundi et je surveillerai. Ensuite, je vais faire une visite \u00e0 M. Berjoan et lui rendre un livre sur l\u2019Alg\u00e9rie qu\u2019il m\u2019avait pr\u00eat\u00e9 : je ne le rencontre pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 18 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je d\u00e9jeune \u00e0 10h \u00be et je prends le train de midi pour Perpignan o\u00f9 je dois aller pour une foule de raisons : d\u2019abord, voir M. de Guardia et M. Passama afin de m\u2019entendre avec ce dernier pour fixer le jour o\u00f9 il pourra venir \u00e0 Ille pr\u00e9sider la premi\u00e8re s\u00e9ance du comit\u00e9 royaliste que j\u2019ai form\u00e9 en septembre ; malheureusement, j\u2019apprends par M. de Guardia que M. Passama a eu une attaque derni\u00e8rement et qu\u2019il lui est impossible de venir maintenant \u00e0 Ille&nbsp;; M. Passama, tr\u00e8s souffrant aujourd\u2019hui, ne peut m\u00eame pas me recevoir ; c\u2019est tr\u00e8s f\u00e2cheux ; je prie M. de Guardia de voir avec Passama si M. Desp\u00e9ramons<a href=\"#_ftn60\" id=\"_ftnref60\">[60]<\/a> ne pourrait pas venir \u00e0 sa place. Je vois aussi Mme de Guardia et Charles, M. et Mme Dalverny, Carlos, Tante Boanafos etc. Je vois \u00e9galement M. Carbasse. En arrivant, j\u2019ai pass\u00e9 une heure \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale o\u00f9 j\u2019ai fait quelques recherches. Il a plu toute la journ\u00e9e. Je rentre par le dernier train qui a une demi-heure de retard.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 19 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais me confesser et je fais la sainte communion apr\u00e8s la messe de 8 heures. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bd et partons \u00e0 11h \u00bd en voiture pour Ille o\u00f9 nous devons aller nous entendre avec M. Philippe Baux, entrepreneur, au sujet des travaux \u00e0 faire \u00e0 la grande maison o\u00f9 nous nous installerons lors de notre retour \u00e0 Ille l\u2019ann\u00e9e prochaine si Papa peut s\u2019entendre avec ses coh\u00e9ritiers dans la succession de l\u2019oncle Victor pour la cession de la maison ; Tata Mimi et l\u2019oncle Xavier ont r\u00e9pondu favorablement ; nous n\u2019attendons plus que la r\u00e9ponse de Joseph Cornet. Nous nous entendons conditionnellement avec M. Philippe Baux. M. Carbasse est d\u00e9j\u00e0 venu lever des plans. Je vais aux v\u00eapres \u00e0 Ille ; Maman assiste \u00e0 une r\u00e9union des Dames de Charit\u00e9, retient une femme de chambre etc. Nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 6h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 novembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 20 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois une lettre de M. Louis Rupert me racontant toute la propagande qu\u2019il fait \u00e0 Alger pour l\u2019Action fran\u00e7aise que je lui ai fait conna\u00eetre. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019il fondera bient\u00f4t une section de la ligue&nbsp;; j\u2019ai fait l\u00e0 de la bonne besogne ; de temps en temps, je lui \u00e9cris pour entretenir son z\u00e8le et je lui envoie des brochures de propagande. Papa nous t\u00e9l\u00e9graphie que Joseph Cornet fait des difficult\u00e9s au sujet de la cession de ses droits sur la maison et qu\u2019il nous faut suspendre les travaux, ou plut\u00f4t les plans. Je t\u00e9l\u00e9graphie et j\u2019\u00e9cris \u00e0 Carbasse dans ce sens ; c\u2019est ennuyeux car tout cela va nous retenir ici plus que nous ne voudrions. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme surveiller les travaux qu\u2019on a commenc\u00e9s ce matin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 21 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je retourne \u00e0 la Balme l\u2019apr\u00e8s-midi. Nous recevons une lettre de Papa nous disant que si Joseph Cornet refuse de nous c\u00e9der ses droits sur la maison Bosch, c\u2019est qu\u2019il veut s\u2019y cr\u00e9er un petit appartement ; il croit la chose facile \u00e0 concilier avec notre propre installation. Papa, Maman et moi jugeons la chose impossible. C\u2019est \u00e9videmment le droit de Joseph de refuser de nous c\u00e9der sa part de maison (qui est de 1\/5 je crois), mais c\u2019est aussi notre droit d\u2019exiger la licitation de cet immeuble indivis depuis 16 ans \u00bd, \u00e0 moins que Joseph ne pr\u00e9f\u00e8re nous acheter la maison \u00e0 raison de 15.000 fr. par exemple ; il en reviendrait environ 7000 \u00e0 Papa. J\u2019explique cela \u00e0 Maman et elle se d\u00e9cide \u00e0 \u00e9crire \u00e0 Joseph dans ce sens, ne doutant pas que Papa soit de notre avis ; peut-\u00eatre en pr\u00e9sence de la menace de licitation c\u00e8dera-t-il&nbsp;; en tout cas, si la licitation a lieu, nous serons toujours libres de racheter la maison ou de la faire racheter par un mandataire. Maman \u00e9crit \u00e0 Tata Mimi et moi \u00e0 l\u2019oncle Xavier pour les mettre au courant de tout cela ; bien entendu Maman et moi \u00e9crivons aussi \u00e0 Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 22 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa nous \u00e9crit ce matin qu\u2019il est d\u2019avis lui aussi d\u2019engager une proc\u00e9dure de licitation si Joseph ne c\u00e8de pas, afin de pouvoir racheter lors de la vente ; il ne sera donc ni surpris ni contrari\u00e9 de ce que Maman a d\u00e9cid\u00e9 et \u00e9crit. Je re\u00e7ois le num\u00e9ro de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> du 15 novembre qui publie, en t\u00eate du courrier de la Ligue, la lettre que j\u2019ai \u00e9crite \u00e0 M. de Montesquiou \u00e0 mon retour d\u2019Alger pour lui dire que j\u2019avais obtenu l\u2019adh\u00e9sion de M. Rupert et pour lui signaler ses projets ; je ne la croyais pas destin\u00e9e \u00e0 la publicit\u00e9. On la publie sous ce titre \u00ab&nbsp;Mod\u00e8le de propagande&nbsp;\u00bb et on qualifie ce que j\u2019ai fait de <em>\u00ab&nbsp;coup de ma\u00eetre&nbsp;\u00bb<\/em> ; on me met \u00e0 l\u2019ordre du jour de la Ligue. Que de fleurs ! Bien entendu, l\u2019Action fran\u00e7aise, toujours discr\u00e8te, ne cite pas de noms propres. Je pars pour Perpignan par le train de midi, afin d\u2019aller \u00e0 Trouillas o\u00f9 Papa m\u2019a charg\u00e9 de r\u00e9gler avec Faliu les comptes d\u00e9finitifs de la r\u00e9colte de 1904. Je prends une voiture qui m\u2019attendait \u00e0 la gare et que j\u2019avais demand\u00e9e par t\u00e9l\u00e9phone ce matin \u00e0 Margouet et je me fais conduire \u00e0 Thuir o\u00f9 je vais voir M. Salsas<a href=\"#_ftn61\" id=\"_ftnref61\">[61]<\/a>, receveur de l\u2019enregistrement, l\u2019un des hommes qui connaissent le mieux l\u2019histoire du pays et surtout des familles nobles du Roussillon. J\u2019ai eu, en effet, entre les mains derni\u00e8rement l\u2019almanach du journal <em>L\u2019Ind\u00e9pendant<\/em> de l\u2019ann\u00e9e 1895, qui publie les blasons de toutes les familles nobles du Roussillon ainsi que ceux des villes et communaut\u00e9s. Or, dans ce v\u00e9ritable recueil ou armorial roussillonnais, j\u2019ai vu le nom d\u2019une famille Est\u00e8ve, de Cerdagne, bourgeois noble de la ville de Perpignan au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ; j\u2019ai voulu savoir si cette famille se rattachait \u00e0 la mienne et, pour cela, le mieux \u00e9tait de consulter M. Salsas qui a fourni cette nomenclature \u00e0 <em>L\u2019Ind\u00e9pendant<\/em>. M. Salsas aupr\u00e8s de qui je m\u2019\u00e9tais fait recommander par l\u2019abb\u00e9 Sarr\u00e8te qui le conna\u00eet beaucoup, m\u2019a tr\u00e8s aimablement re\u00e7u et m\u2019a donn\u00e9 tous les renseignements que je d\u00e9sirais ; il m\u2019a dit que ladite famille Est\u00e8ve, qui s\u2019est retir\u00e9e en Espagne, ne se rattache pas \u00e0 la mienne ; mais il m\u2019a montr\u00e9 sur ma famille des documents tr\u00e8s int\u00e9ressants qui m\u2019ont appris des choses que je ne soup\u00e7onnais pas. Il m\u2019a montr\u00e9 un extrait des registres du Conseil souverain du Roussillon qui pr\u00e9cise que mon trisa\u00efeul<a href=\"#_ftn62\" id=\"_ftnref62\">[62]<\/a> M. Jean d\u2019Est\u00e8ve (car ils avaient alors la particule) \u00e9tait en 1771 pr\u00e9sident de la Chambre des domaines du Roy en Roussillon (une des chambres du Conseil souverain) et conseiller honoraire au m\u00eame conseil ; il \u00e9tait pr\u00e9sident \u00e0 mortier, ce qui n\u2019\u00e9tait pas de la petite bi\u00e8re et ce qui conf\u00e9rait, <em>ipso facto<\/em>, comme la simple charge de conseiller, la noblesse transmissible ; d\u2019ailleurs, dans cet extrait, mon trisa\u00efeul est d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de Jean d\u2019Est\u00e8ve, et dans un autre sous le nom de M. de Est\u00e8ve. De plus, sur le premier extrait, il y a le cachet aux armes de mon trisa\u00efeul, dont il est fait mention&nbsp;; ses armes sont : \u00ab&nbsp;d\u2019azur avec trois pins au naturel plant\u00e9s sur une montagne et surmont\u00e9s de 3 \u00e9toiles d\u2019argent&nbsp;\u00bb, avec la couronne de comte et, comme supports, un lion et une licorne. M. Salsas m\u2019a dit que je trouverais aux Archives d\u00e9partementales, au fonds du Conseil souverain, des quantit\u00e9s de documents sur mon trisa\u00efeul ; je me promets d\u2019y aller. Des documents sur la famille d\u2019Est\u00e8ve que mon grand-p\u00e8re avait pr\u00eat\u00e9s une fois \u00e0 l\u2019oncle Cornet ayant \u00e9t\u00e9 perdus par celui-ci, nous ne poss\u00e9dions que fort peu de renseignements sur cette branche, la plus importante, de ma famille. Je savais cependant que mon bisa\u00efeul, mort en 1823, \u00e9tait, avant la R\u00e9volution, avocat au Conseil souverain, titre qui conf\u00e9rait tous les droits et pr\u00e9rogatives de la noblesse (le Conseil souverain le rappelle dans l\u2019enregistrement des lettres patentes de Louis XVI de f\u00e9vrier 1787&nbsp;; il <em>\u00ab&nbsp;supplie tr\u00e8s humblement le Seigneur Roi de maintenir l\u2019Ordre des avocats dans les pr\u00e9rogatives et privil\u00e8ges qui leur comp\u00e9tent comme jouissans de la noblesse tant par le droit commun que par les lois particuli\u00e8res de cette province&nbsp;\u00bb<\/em> etc.). Je savais que mon bisa\u00efeul, avocat au Conseil souverain, avait \u00e9pous\u00e9 en 1784 Mlle Bonaure, d\u2019une famille de riches armateurs. Je savais aussi que son p\u00e8re \u00e9tait magistrat, mais je ne savais pas qu\u2019il \u00e9tait pr\u00e9sident de chambre. Enfin je ne connaissais pas nos armes que je suis particuli\u00e8rement content d\u2019avoir retrouv\u00e9es. Je ne connaissais, outre celles des Lazerme et des Pontich, que celles des Bosch et des Curzay. Dans mes investigations aux archives, je trouverai probablement des documents int\u00e9ressants sur ma famille en feuilletant les registres du Conseil souverain.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/ALBERT_SALSAS.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"667\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/ALBERT_SALSAS-667x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-352\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/ALBERT_SALSAS-667x1024.jpg 667w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/ALBERT_SALSAS-195x300.jpg 195w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/ALBERT_SALSAS-768x1180.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/ALBERT_SALSAS.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Albert Salsas (1864-1940), historien catalan \u2013 Clich\u00e9 anonyme et non dat\u00e9 (Site publicationsdelolivier.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s une demi-heure ou trois quarts d\u2019heure pass\u00e9s avec M. Salsas, je vais \u00e0 Trouillas o\u00f9 je passe une demi-heure avec Faliu. Je suis \u00e0 Perpignan \u00e0 5h \u00be. Je vais voir M. de Guardia qui me dit qu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re r\u00e9union du comit\u00e9 royaliste d\u00e9partemental, M. Desp\u00e8ramons lui a promis de faire son possible pour venir, avant son d\u00e9part, pr\u00e9sider, au nom du comit\u00e9, la premi\u00e8re r\u00e9union du comit\u00e9 d\u2019Ille. Je vais un moment chez les Bonafos. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a par le dernier train.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 23 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme avec M. l\u2019abb\u00e9 Henri Badrignans qui est ici, chez sa s\u0153ur, pour 4 ou 5 jours. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais un petit tour avec Maman et Bonne Maman, du c\u00f4t\u00e9 de Nossa, puis j\u2019\u00e9cris plusieurs lettres. Le soir \u00e0 6h \u00bd nous avons M. Badrignans \u00e0 d\u00eener ; apr\u00e8s d\u00eener, nous causons longtemps ; il insiste beaucoup pour que j\u2019accepte la pr\u00e9sidence de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien&nbsp;; depuis mon retour d\u2019Alg\u00e9rie, je subis sur cette question de terribles assauts trop souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9s. M. Durand, \u00e0 qui l\u2019on s\u2019\u00e9tait adress\u00e9 sur mon conseil, refuse sous pr\u00e9texte qu\u2019il habite Perpignan ; alors on se retourne de mon c\u00f4t\u00e9. Mes parents, bien entendu, me laissent absolument libre. J\u2019h\u00e9site \u00e0 cause de ma jeunesse ; mais on ne cesse de me r\u00e9p\u00e9ter que je dois accepter pour relever cette soci\u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par mon grand-p\u00e8re, que je dois cela \u00e0 la situation de ma famille et que, par cons\u00e9quent, ma jeunesse n\u2019est pas un obstacle etc. Je crois que je finirai par accepter&nbsp;; je consid\u00e9rerai cela comme un devoir social.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 23 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme o\u00f9 M. Closs doit venir les arbres \u00e0 couper avant d\u2019en donner un prix ; il pleut, et quand j\u2019y arrive, M. Closs en \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 reparti&nbsp;; ce n\u2019\u00e9tait pas la peine de me mouiller. Dans la matin\u00e9e, je vois M. Bouch\u00e8de qui me fait subir encore un terrible assaut sur la pr\u00e9sidence de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien&nbsp;; enfin, je me d\u00e9cide et je lui dis que j\u2019accepte puisqu\u2019il le faut. Sans doute, je n\u2019habiterai jamais Vin\u00e7a et c\u2019est l\u00e0 un inconv\u00e9nient que j\u2019ai fait valoir ; mais on n\u2019a pas voulu en tenir compte et on m\u2019a dit que Ille ou m\u00eame Perpignan sont assez pr\u00e8s de Vin\u00e7a pour que je puisse fort, tout en les habitant, pr\u00e9sider la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien de Vin\u00e7a. Par exemple, je pr\u00e9viens ces messieurs que ma pr\u00e9sidence ne pourra devenir effective que l\u2019ann\u00e9e prochaine lors de mon retour en Roussillon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 25 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la Balme o\u00f9 l\u2019on commence \u00e0 couper le bois. Au retour, j\u2019ai l\u2019agr\u00e9able surprise de trouver une d\u00e9p\u00eache de Papa nous annon\u00e7ant que Joseph Cornet se d\u00e9cide \u00e0 nous c\u00e9der ses droits sur la maison Bosch. Cette nouvelle me d\u00e9livre d\u2019un grand souci ! L\u2019apr\u00e8s-midi, d\u2019ailleurs, nous recevons une lettre de Joseph nous confirmant le t\u00e9l\u00e9gramme de Papa. J\u2019\u00e9cris \u00e0 M. Carbasse pour le prier de nous fixer un jour o\u00f9 nous puissions avoir avec lui une conf\u00e9rence dans la maison. Chaque jour le S\u00e9nat, avec une obstination satanique, vote un ou plusieurs articles de la loi de s\u00e9paration&nbsp;; en vain, ces messieurs de la droite, l\u2019infatigable De Lamarzelle, MM. Ponthier de Chamaillard, Brayer de la Villemoysan, Riva etc. s\u2019\u00e9vertuent-ils \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019hypocrisie du projet de loi et s\u2019efforcent-ils de faire passer quelques amendements qui rendraient la loi un peu [moins] draconienne pour les Catholiques ; rien n\u2019y fait et avec un ensemble, qui est la preuve la plus \u00e9vidente d\u2019un parti-pris scandaleux ou plut\u00f4t d\u2019un mot d\u2019ordre ma\u00e7onnique, la gauche et l\u2019extr\u00eame-gauche votent sans y changer un iota le texte de la Chambre. Si cela continue, et rien n\u2019indique qu\u2019un changement soit probable, la loi sera vot\u00e9e telle quelle, avant le premier de l\u2019an, ce qui la rendra applicable en 1906. En attendant, les Catholiques commencent \u00e0 s\u2019organiser ; un peu partout on fonde des associations paroissiales ; dans ce dioc\u00e8se, le mouvement est bien lanc\u00e9. L\u2019association de Vin\u00e7a, dont Bonne Maman et Maman se sont beaucoup occup\u00e9es, semble devoir se constituer sans difficult\u00e9 ; on a recueilli 600 signatures environ ; \u00e0 Ille, on n\u2019a encore rien fait ; mais \u00e0 Perpignan, \u00e0 Prades et dans beaucoup d\u2019autres communes, on fonde des associations paroissiales. Et maintenant que fera le pape ? Personne n\u2019en sait encore rien. R\u00e9prouvera-t-il en bloc cette loi qui a des tendances schismatiques et qui est tr\u00e8s dangereuse pour la hi\u00e9rarchie catholique en introduisant d\u2019une part l\u2019\u00c9tat, de l\u2019autre l\u2019\u00e9l\u00e9ment la\u00efque dans l\u2019organisation religieuse de la France ? Beaucoup le pensent ;<em> in petto<\/em>, c\u2019est mon avis. Ou bien, jugera-t-il qu\u2019il faut t\u00e2cher de tirer parti de cette loi et autorisera-t-il la fondation d\u2019associations cultuelles ? On ne le saura qu\u2019une fois la loi vot\u00e9e et promulgu\u00e9e. Quel que soit l\u2019avis de chacun en particulier, on devra s\u2019incliner devant les ordres du chef de l\u2019\u00c9glise et je suis convaincu que pas un Catholique digne de ce nom ne refusera d\u2019ob\u00e9ir au Pape. En mati\u00e8re religieuse, ob\u00e9issance absolue au Pape, c\u2019est mon principe. \u00ab&nbsp;Rendez \u00e0 C\u00e9sar ce qui est \u00e0 C\u00e9sar et \u00e0 Dieu ce qui est \u00e0 Dieu&nbsp;\u00bb. Voil\u00e0 o\u00f9 nous m\u00e8ne la r\u00e9publique. Pendant ce temps, les Norv\u00e9giens, qui n\u2019avaient pas de gouvernement, viennent apr\u00e8s plusieurs mois de r\u00e9flexion, d\u2019\u00e9tude et de comparaison entre le gouvernement r\u00e9publicain et le gouvernement monarchique, de se prononcer \u00e0 une \u00e9norme majorit\u00e9 pour la Monarchie et le prince Charles de Danemark va devenir roi de Norv\u00e8ge sous le nom de Haakon VII. Belle le\u00e7on que nous donne ce peuple du Nord ! Puisse-t-elle nous servir. D\u00e9cid\u00e9ment, suivant les pr\u00e9visions de Bismarck, notre r\u00e9publique sert de repoussoir \u00e0 l\u2019Europe, car il para\u00eet que le Storting norv\u00e9gien nous a pris comme sujet d\u2019\u00e9tudes sur la r\u00e9publique, et le r\u00e9sultat de ces \u00e9tudes a \u00e9t\u00e9 concluant. Un notable Norv\u00e9gien d\u00e9clarait r\u00e9cemment \u00e0 un journaliste fran\u00e7ais r\u00e9publicain qui l\u2019interrogeait que si son pays se d\u00e9cidait pour la monarchie, c\u2019est&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1\u00b0 Parce que la Norv\u00e8ge est pauvre et que la monarchie est un gouvernement plus \u00e9conomique que la r\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2\u00b0 Parce que la Norv\u00e8ge a besoin de rester forte \u00e0 cause du voisinage dangereux de la Su\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3\u00b0 Parce que les Norv\u00e9giens tiennent \u00e0 leurs libert\u00e9s et ne veulent pas s\u2019exposer \u00e0 subir avec une r\u00e9publique les gouvernements de partis qui d\u00e9truiraient leurs libert\u00e9s. Ces r\u00e9ponses se passent de commentaires ; leur concision en dit plus en faveur de la monarchie que de longues dissertations.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 26 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 1 heure, avec Amiel, sur la partie de la propri\u00e9t\u00e9 de la Balme qui se trouve sur la rive gauche de la T\u00eat par suite de d\u00e9placements de la rivi\u00e8re vers le sud lors de diff\u00e9rentes inondations ; c\u2019est \u00e0 la limite des territoires de Vin\u00e7a, de Marquixanes et d\u2019Arboussols. Les propri\u00e9taires voisins y sont aussi, et nous d\u00e9cidons ensemble de cr\u00e9er une prairie sur les parties laiss\u00e9es par la rivi\u00e8re et, l\u2019ann\u00e9e prochaine, on appliquera le plan cadastral d\u2019Arboussols pour d\u00e9terminer ce qui revient \u00e0 chacun dans cette prairie. J\u2019arrive \u00e0 temps pour assister \u00e0 la fin des v\u00eapres ; ensuite, je vais voir M. Berjoan que je ne rencontre pas.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 31 novembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 27 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons \u00e0 midi, Maman et moi, en voiture, pour Ille o\u00f9 nous allons commencer \u00e0 faire enlever de la grande maison ce qui y reste encore avant de commencer les travaux. Nous avons \u00e0 la maison une conf\u00e9rence avec l\u2019entrepreneur M. Philippe Baux ; nous voyons ensemble une foule de questions de d\u00e9tail, en attendant de tout revoir avec l\u2019architecte, vendredi. Je fais enlever et porter \u00e0 l\u2019autre maison des livres et de nombreux papiers de famille que je tiens \u00e0 mettre en lieu s\u00fbr, car il y en a de tr\u00e8s pr\u00e9cieux ; il y a notamment des brevets de diff\u00e9rents grades militaires conf\u00e9r\u00e9s soit au colonel de Bourdeville soit \u00e0 son fils, soit \u00e0 mon anc\u00eatre M. de Xaup\u00ff, soit \u00e0 d\u2019autres et qui sont sign\u00e9s de Louis XIV, de Louis XV ou de Louis XVI ; il y a aussi de nombreuses lettres fort curieuses ; il y a de tr\u00e8s anciens parchemins que je suis incapable de d\u00e9chiffrer mais dont certains remontent au XIVe si\u00e8cle ; enfin, il y a des papiers se rapportant \u00e0 la seigneurie de Garrius (pr\u00e8s de Saltes) qui \u00e9tait aux Bosch. Nous repartons \u00e0 5h et arrivons \u00e0 Vin\u00e7a vers 6 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 28 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je ne sors pas ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme o\u00f9 les travaux avancent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 29 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Ille o\u00f9 je vais \u00e0 la grande maison qu\u2019on ach\u00e8ve de d\u00e9barrasser ; je rentre \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 midi ; l\u2019apr\u00e8s-midi, le temps se g\u00e2te et je ne sors pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 30 novembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui la foire principale de Vin\u00e7a, et il fait beau ce qui est heureux pour les Vin\u00e7anais. Je vais voir les chevaux sur le champ de foire ; je n\u2019en vois que 3 ou 4 d\u2019assez bien. Il est venu beaucoup de monde \u00e0 l\u2019occasion de la foire et nous avons une interminable visite de Batllot. Je fais dans l\u2019apr\u00e8s-midi quelques tours de jardin.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9cembre 1905<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 d\u00e9cembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bd et Maman et moi allons \u00e0 Ille par le train de midi. Nous nous rencontrons dans la grande maison avec M. Carbasse et nous faisons ensemble des plans, mais M. Carbasse n\u2019est pas encore bien familiaris\u00e9 avec la maison et une autre entrevue sera n\u00e9cessaire. Il part \u00e0 4h. Nous allons \u00e0 cinq heures \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie en l\u2019honneur du Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 l\u2019occasion du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois (ce matin, ici, je me suis confess\u00e9 et j\u2019ai fait la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00bd) ; ensuite, nous allons passer une heure chez les demoiselles Matthieu ; nous repartons par le dernier train. Nous aurions mieux aim\u00e9 venir et repartir en voiture, mais Amiel a oubli\u00e9 de venir \u00e0 la maison ainsi je le lui avais dit et on n\u2019a pas trouv\u00e9 Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 2 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cent ans aujourd\u2019hui de la victoire d\u2019Austerlitz ! Rayon de gloire lointaine qui r\u00e9jouit le c\u0153ur et lui permet de se d\u00e9tacher un moment des tristes spectacles actuels. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme o\u00f9 les travaux avancent. Au retour, je rencontre 4 automobiles qui rentrent d\u2019une chasse dans la r\u00e9gion de Marquixanes ; les chasseurs sont MM. Ferriol, Maria, Albert de \u00c7agarriga, Jonqu\u00e8res, Batlle etc. Ils n\u2019ont pas tu\u00e9 grand-chose.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 3 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe apr\u00e8s laquelle nous nous promenons un peu sur la grande route. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, \u00e0 2 heures, a lieu la r\u00e9union des chefs de sections de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien provoqu\u00e9e par le bureau ; le bureau porte ma candidature \u00e0 la pr\u00e9sidence, les chefs de section votent et m\u2019\u00e9lisent \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 ; on vient alors me chercher. M. Bouch\u00e8de, vice-pr\u00e9sident, m\u2019annonce le r\u00e9sultat du scrutin et je remercie en quelques mots les chefs de sections ; je leur parle environ six minutes. Mercredi soir aura lieu la s\u00e9ance pl\u00e9ni\u00e8re des soci\u00e9taires ; on leur soumettra le choix des chefs de sections, et ils voteront ; ce n\u2019est que ce jour-l\u00e0 que mon \u00e9lection sera d\u00e9finitive. Je vais \u00e0 v\u00eapres ; apr\u00e8s v\u00eapres, je re\u00e7ois d\u00e9j\u00e0 des visites de f\u00e9licitations, avant l\u2019heure !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 d\u00e9cembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 4 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de midi. Maman m\u2019accompagne jusqu\u2019\u00e0 Ille o\u00f9 elle va chez Pierre Vidal pour t\u00e2cher de raccorder le m\u00e9nage Vidal vieux avec la femme de Pierre le jeune qui est partie il y a quelques jours durant un coup de t\u00eate et qui est chez ses parents \u00e0 Thuir depuis 15 jours&nbsp;; le jeune Pierre a pri\u00e9 Maman de s\u2019entremettre entre sa femme et ses parents. Ce sont de si braves gens et ils nous sont si d\u00e9vou\u00e9s que Maman le fait bien volontiers. \u00c0 Perpignan, je passe environ deux heures aux Archives d\u00e9partementales o\u00f9, sous la direction de l\u2019archiviste, M. Palustre, je compulse un grand nombre de registres d\u2019ordonnances et d\u2019arr\u00eats de la Chambre des domaines du Conseil souverain de Roussillon, dans la seconde moiti\u00e9 du 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ; je prends note de quelques ordonnances et arr\u00eats o\u00f9 je trouve la signature de mon trisa\u00efeul&nbsp;; surtout, il est d\u00e9sign\u00e9 sous le nom de M. d\u2019Est\u00e8ve. Je retrouve le cachet de ses armes dans le fonds de la famille de Sabater (alli\u00e9e aux Bosch), que M. Salsas m\u2019avait signal\u00e9. Je retrouve la provision de procureur du Roy en la Chambre des domaines conf\u00e9r\u00e9e \u00e0 mon trisa\u00efeul en 1760 (il en est dit qu\u2019il exer\u00e7ait alors depuis 18 ans la profession d\u2019avocat au conseil souverain) ; et la provision de pr\u00e9sident de la Chambre des domaines et de conseiller honoraire qui est de 1764. Dans un <em>\u00c9tat de MM. les officiers du Conseil souverain de Roussillon<\/em>, j\u2019ai trouv\u00e9 une notice sur le conseiller d\u2019Est\u00e8ve ; il y est dit qu\u2019il \u00e9tait fils d\u2019un avocat et qu\u2019il \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9 par la maison de Noailles \u00e0 cause de son mariage avec l\u2019unique fille de M. Antoine Roumigu\u00e8res, prot\u00e9g\u00e9 de cette maison ; ce M. Roumigu\u00e8res fut longtemps greffier en chef&nbsp;; il fut aussi procureur du Roy en la Chambre des domaines et avocat g\u00e9n\u00e9ral honoraire. De ce c\u00f4t\u00e9-l\u00e0, tous mes anc\u00eatres \u00e9taient des parlementaires et des gens de robe ; je suis bien aise d\u2019avoir retrouv\u00e9 tous ces documents gr\u00e2ce auxquels je pourrai en trouver d\u2019autres en faisant de nouvelles recherches. En sortant des archives, je vais chez M. Desp\u00e9ramons afin de savoir si, d\u00e9cid\u00e9ment, il viendra \u00e0 Ille inaugurer, au nom du comit\u00e9 royaliste d\u00e9partemental, le comit\u00e9 royaliste que j\u2019y ai fond\u00e9 ; il me promet d\u2019y venir un jour de la semaine prochaine. Je vais ensuite chez M. Passama, qui va mieux et qui me re\u00e7oit dans son cabinet ; il me remercie d\u2019avoir fond\u00e9 le comit\u00e9 d\u2019Ille et me dit que M. Desp\u00e9ramons ira l\u2019inaugurer \u00e0 sa place ; peut-\u00eatre m\u00eame, ce dernier sera-t-il accompagn\u00e9 d\u2019un autre membre du comit\u00e9 d\u00e9partemental. Je vois un moment aussi Mme Passama et son fils Henri avec qui je sors ; nous nous promenons une demi-heure ensemble&nbsp;; nous rencontrons M. de Meynard et Carlos. Au moment o\u00f9 je rentrais \u00e0 la gare, je rencontre notre ancien domestique Jean Bonet, il est toujours chez M. Ducup de Saint-Paul. J\u2019arrive \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 5 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je commence \u00e0 penser au discours que je dois prononcer demain soir \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e de toute la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; je jette quelques id\u00e9es sur le papier ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme, puis j\u2019avance beaucoup la r\u00e9daction de mon discours. \u00c0 5h \u00bc je vais \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie pr\u00e9paratoire \u00e0 la f\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e Conception. Le soir, nous avons la visite de M. Bouch\u00e8de. Je tiens \u00e0 r\u00e9unir tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien dans un punch fraternel avant mon d\u00e9part pour Angers ; nous discutons avec M. Bouch\u00e8de la question de savoir si je le leur offrirai demain soir apr\u00e8s le r\u00e9sultat ou dimanche soir ; je finis par me d\u00e9cider pour dimanche. Je les inviterai demain soir \u00e0 la s\u00e9ance.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 6 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/BOUCHEDE-vers-1899-1900.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1012\" height=\"848\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/BOUCHEDE-vers-1899-1900.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-370\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/BOUCHEDE-vers-1899-1900.jpg 1012w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/BOUCHEDE-vers-1899-1900-300x251.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/BOUCHEDE-vers-1899-1900-768x644.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1012px) 100vw, 1012px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Paul Bouch\u00e8de (1871-1936), notaire \u00e0 Vin\u00e7a, vice-pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels Saint-S\u00e9bastien de Vin\u00e7a, notaire de la famille d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, et son \u00e9pouse Marie No\u00ebll \u2013 Clich\u00e9 Canac \u00e0 Perpignan, vers 1899-1900 (Collection Guy Roger)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019ach\u00e8ve la r\u00e9daction de mon discours. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris quelques lettres et je vais \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de 5h \u00bc. Nous d\u00eenons \u00e0 6h et, \u00e0 7h \u00bc, je vais avec Jules et Henri Sabat\u00e9 attendre au caf\u00e9 Llech, qui est en face de la maison d\u2019\u00e9cole o\u00f9 se tient la r\u00e9union, le r\u00e9sultat du vote ; vers 7h \u00be, on vient me chercher et on m\u2019annonce que je suis \u00e9lu pr\u00e9sident \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. Quand j\u2019entre dans la salle o\u00f9 sont r\u00e9unis environ 200 hommes sur les 255 membres de la Soci\u00e9t\u00e9, M. Bouch\u00e8de, vice-pr\u00e9sident, m\u2019annonce que la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien apr\u00e8s avoir refus\u00e9 d\u2019user du scrutin secret, vient de m\u2019\u00e9lire \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 son pr\u00e9sident ; on a vot\u00e9 en levant le bras ; tous les bras se sont lev\u00e9s pour me nommer et aucun ne s\u2019est lev\u00e9 \u00e0 la contre-\u00e9preuve. Je remercie M. Bouch\u00e8de des sentiments qu\u2019il m\u2019exprime, puis il me c\u00e8de la pr\u00e9sidence, je monte \u00e0 la tribune et je prononce le discours que je transcris ci-dessous ; apr\u00e8s quoi, je l\u00e8ve la s\u00e9ance. Apr\u00e8s avoir lev\u00e9 la s\u00e9ance, je reprends une minute la parole pour inviter tous les membres de la Soci\u00e9t\u00e9 <em>\u00ab&nbsp;\u00e0 venir choquer leurs verres avec moi dimanche soir, dans la maison de mon grand\u2019p\u00e8re leur fondateur et ancien pr\u00e9sident, et pour boire \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de la Soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>. J\u2019ajoute que j\u2019esp\u00e8re que pas un ne manquera au rendez-vous ; leurs applaudissements et leurs acclamations me prouvent que je leur ai fait plaisir. Apr\u00e8s la s\u00e9ance, je serre de nombreuses mains, puis je prie les membres du bureau de la Soci\u00e9t\u00e9 et les chefs de sections qui ne sont pas encore partis, de venir au caf\u00e9 Llech boire \u00e0 mon \u00e9lection ; je fais boire \u00e0 une quinzaine environ. Ensuite, je rentre et je re\u00e7ois les f\u00e9licitations de Maman et de Bonne Maman. Ma joie serait sans nuage, \u00e0 la suite de cette \u00e9lection \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 (bien diff\u00e9rente de celle de M. de Llobet l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, qui avait \u00e9t\u00e9 assez laborieuse), si je n\u2019avais l\u2019affreuse certitude que le S\u00e9nat a vot\u00e9 aujourd\u2019hui la loi de s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat qui va marquer une \u00e9tape d\u00e9cisive dans la voie de cette pers\u00e9cution religieuse qui a \u00e9t\u00e9 la principale raison d\u2019\u00eatre de la r\u00e9publique en France. Cette pens\u00e9e, qui me suit toute la journ\u00e9e, m\u2019emp\u00eache d\u2019\u00eatre r\u00e9ellement heureux de la preuve d\u2019affection et de la marque de confiance que me donnent les habitants de Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Discours que j\u2019ai prononc\u00e9, imm\u00e9diatement apr\u00e8s mon \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Soci\u00e9t\u00e9 de Secours mutuels Saint-S\u00e9bastien de Vin\u00e7a en remplacement de M. Michel de Llobet d\u00e9c\u00e9d\u00e9, devant l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Soci\u00e9t\u00e9, le 6 d\u00e9cembre 1905 \u00e0 Vin\u00e7a :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>\u00ab Mes chers Amis,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Il y a quelques mois \u00e0 peine, j\u2019adressais \u00e0 M. le capitaine de Llobet mes f\u00e9licitations pour son \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de la Soci\u00e9t\u00e9 de Secours mutuels Saint-S\u00e9bastien ; j\u2019\u00e9tais bien loin de penser qu\u2019il serait sit\u00f4t ravi \u00e0 notre affection et surtout que je serais appel\u00e9 \u00e0 lui succ\u00e9der.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Au milieu des crises douloureuses dont l\u2019accablait la longue et terrible maladie qu\u2019il avait contract\u00e9e, sous un climat meurtrier, au service de la France<\/em><a href=\"#_ftn63\" id=\"_ftnref63\">[63]<\/a><em>, une des plus grandes consolations de M. de Llobet a \u00e9t\u00e9, certainement, de pouvoir conserver \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien les derniers mois de sa vie. C\u2019est donc un devoir pour moi d\u2019envoyer aujourd\u2019hui un souvenir \u00e9mu \u00e0 la m\u00e9moire de celui que vous aviez choisi pour votre chef et \u00e0 qui nous aurions \u00e9t\u00e9 si heureux de voir remplir tr\u00e8s longtemps les fonctions que vous lui aviez confi\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Et maintenant, mes chers amis, laissez-moi vous exprimer toute ma reconnaissance pour l\u2019honneur que vous me faites en m\u2019appelant si jeune \u00e0 vous pr\u00e9sider.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je n\u2019essaierai pas de vous le cacher, je suis \u00e9mu au plus haut point de la grande marque de confiance que vous me donnez. C\u2019est ma jeunesse et la crainte de manquer parfois d\u2019exp\u00e9rience qui m\u2019ont fait h\u00e9siter longtemps devant les instances si flatteuses dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 l\u2019objet de la part des membres de votre bureau, et si je me suis enfin laiss\u00e9 fl\u00e9chir, c\u2019est parce que j\u2019ai compris que ces instances s\u2019adressaient bien moins \u00e0 ma modeste personne qu\u2019au souvenir de mon cher grand\u2019p\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 pendant plus de trente ans \u00e0 votre t\u00eate<\/em><a href=\"#_ftn64\" id=\"_ftnref64\">[64]<\/a><em>. Aucun de ceux qui l\u2019ont connu ne me contredira, certainement, si je vous dis qu\u2019il vous avait donn\u00e9 tout son c\u0153ur ; cette Soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019il avait vue \u00e0 son berceau, il la consid\u00e9rait comme sa fille et il aimait, comme ses propres enfants, tous les enfants de Saint-S\u00e9bastien. En me reportant par la pens\u00e9e \u00e0 douze ou quinze ans en arri\u00e8re, je me vois, encore tout petit gar\u00e7on, suivant \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s la belle procession du 20 janvier, et je me rappelle l\u2019\u00e9clair de joie qui illuminait son visage quand il embrassait du regard ce magnifique cort\u00e8ge d\u2019hommes se d\u00e9roulant fi\u00e8rement, \u00e0 travers nos rues et nos places publiques, \u00e0 la suite de la banni\u00e8re bleue de Saint-S\u00e9bastien.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Mes chers Amis, puisque c\u2019est aux souvenirs laiss\u00e9s par mon grand\u2019p\u00e8re que je dois l\u2019honneur de recueillir aujourd\u2019hui vos suffrages, je ne tromperai pas votre confiance et je m\u2019efforcerai de le faire revivre au milieu de vous ; c\u2019est de ses exemples que je m\u2019inspirerai en toute circonstance et mon ambition sera qu\u2019on puisse dire un jour : \u00ab Tel a\u00efeul, tel petit-fils \u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je consacrerai d\u2019autant plus volontiers tous mes efforts \u00e0 assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 de notre ch\u00e8re Soci\u00e9t\u00e9 que celui que vous venez de choisir pour votre pr\u00e9sident est un mutualiste convaincu. Je suis de ceux qui pensent que le d\u00e9veloppement de l\u2019association libre est une des principales garanties de l\u2019ordre public et c\u2019est avec une grande joie que j\u2019ai suivi l\u2019essor pris, depuis quelques ann\u00e9es, en France, par les organisations mutualistes. Cet essor si consid\u00e9rable, qui a fait passer le nombre des mutualistes fran\u00e7ais de quinze cent mille en 1892 \u00e0 deux millions sept cent dix-huit mille en 1904, r\u00e9pond \u00e0 un besoin qui est inn\u00e9, je dirai m\u00eame presque instinctif, chez l\u2019homme, celui de se mettre, autant que possible, \u00e0 l\u2019abri des risques de la vie. Pour atteindre ce but, vous l\u2019avez compris, il faut \u00eatre pr\u00e9voyant et, comme la fourmi du bon La Fontaine, mettre de c\u00f4t\u00e9 aux jours de prosp\u00e9rit\u00e9 pour recueillir aux jours de disette. La mutualit\u00e9, et c\u2019est l\u00e0 son premier m\u00e9rite, est donc fond\u00e9e sur l\u2019esprit de pr\u00e9voyance. Mais elle a un autre avantage, qui est de d\u00e9velopper l\u2019esprit de solidarit\u00e9 ; \u00e0 ce point de vue, elle est incomparable et r\u00e9alise \u00e0 merveille parmi nous cette parole du Christ, d\u2019o\u00f9 est sortie la charit\u00e9 chr\u00e9tienne : \u00ab Aimez-vous les uns les autres \u00bb. Ce qu\u2019un ouvrier ou un cultivateur isol\u00e9 ne pourrait faire, en effet, un grand nombre d\u2019ouvriers, unis dans une m\u00eame pens\u00e9e, peuvent le tenter et leurs petites \u00e9conomies mises en commun permettent de venir en aide \u00e0 ceux que la maladie vient visiter<\/em><a href=\"#_ftn65\" id=\"_ftnref65\">[65]<\/a><em> ; l\u2019argent du mutualiste bien portant sert ainsi \u00e0 secourir le mutualiste malade en attendant que celui-ci, une fois r\u00e9tabli, vienne \u00e0 son tour en aide \u00e0 son camarade dans le malheur. Et cet \u00e9change de services, rendu possible gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9voyance des mutualistes et \u00e0 une organisation commune, fait na\u00eetre en chacun d\u2019eux un sentiment de s\u00e9curit\u00e9, accompagn\u00e9 d\u2019une fiert\u00e9 bien l\u00e9gitime, et fait \u00e9clore entre eux un autre sentiment, encore plus grand et plus noble, qui est en m\u00eame temps le plus doux des liens, un v\u00e9ritable amour fraternel. Et ainsi l\u2019on peut dire que la Mutualit\u00e9, en d\u00e9veloppant les meilleurs penchants de la nature humaine, est un merveilleux instrument de r\u00e9novation et de pacification sociales.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>P\u00e9n\u00e9tr\u00e9 des nombreux avantages que pr\u00e9sente une organisation mutualiste, vous me trouverez toujours dispos\u00e9 \u00e0 favoriser le d\u00e9veloppement de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, dont vous venez de me confier les destin\u00e9es, et \u00e0 \u00e9tudier les moyens d\u2019\u00e9tendre progressivement et prudemment son champ d\u2019action.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Sans doute, pendant quelques mois encore d\u2019imp\u00e9rieuses circonstances me retiendront bien loin de vous ; mais, je suis heureux de vous l\u2019annoncer, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain je viendrai me fixer d\u00e9finitivement dans notre beau Roussillon. Et alors, second\u00e9 par des collaborateurs dont j\u2019appr\u00e9cie \u00e0 sa juste valeur le z\u00e8le intelligent et d\u00e9vou\u00e9, je serai tout \u00e0 vous ; vos malades recevront fr\u00e9quemment ma visite ; aucune des questions qui vous int\u00e9ressent, aucune de vos pr\u00e9occupations ne me laissera indiff\u00e9rent, et je m\u2019efforcerai de r\u00e9pondre \u00e0 la confiance que vous me t\u00e9moignez par un d\u00e9vouement \u00e0 toute \u00e9preuve \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 7 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Loi_de_separation_des_eglises_et_de_lEtat._Page_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-2991.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"653\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Loi_de_separation_des_eglises_et_de_lEtat._Page_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-2991.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-354\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Loi_de_separation_des_eglises_et_de_lEtat._Page_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-2991.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Loi_de_separation_des_eglises_et_de_lEtat._Page_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-2991-230x300.jpg 230w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Loi du 9 d\u00e9cembre 1905 concernant la s\u00e9paration des Eglise et de l&rsquo;Etat, 1\u00e8re page, Archives Nationales &#8211; AE-II-2991 \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est fait ! je ne me trompais pas hier ; le S\u00e9nat, refuge de toutes les turpitudes et de toutes les l\u00e2chet\u00e9s du r\u00e9gime, a vot\u00e9 par 181 voix contre 102 la loi sacril\u00e8ge. Par la volont\u00e9 d\u2019une bande de francs-ma\u00e7ons et de Juifs, le Concordat solennellement contract\u00e9 par le Premier Consul et par Pie VII, et qui avait assur\u00e9 \u00e0 la France un si\u00e8cle de paix religieuse, est d\u00e9chir\u00e9 contre toutes les r\u00e8gles du droit des gens et de la bonne foi. Et maintenant, nous voil\u00e0 lanc\u00e9s dans l\u2019inconnu, ou, plut\u00f4t, dans la r\u00e9\u00e9dition de cette s\u00e9paration sanglante de la Terreur ; car il est impossible de s\u2019arr\u00eater, ne fut-ce qu\u2019une minute, \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le gouvernement de la 3\u00e8me r\u00e9publique va tenter un essai loyal de s\u00e9paration qui, \u00e0 d\u00e9faut des privil\u00e8ges auxquels l\u2019\u00c9glise catholique a droit en France encore plus qu\u2019ailleurs, assurerait au moins la libert\u00e9 aux Fid\u00e8les. Non, jamais les r\u00e9publicains n\u2019auraient consenti \u00e0 d\u00e9nouer les cha\u00eenes concordataires sans en forger de nouvelles \u00e0 l\u2019\u00c9glise. Nous devons donc nous attendre \u00e0 tout, et, pour commencer, \u00e0 la spoliation. Aussi, d\u00e8s 9 heures du matin, je prends ma bicyclette et je vais \u00e0 Ille prier les demoiselles Mathieu de cacher dans notre maison tous les objets de nos 3 chapelles qui n\u2019y seraient pas encore, afin de les soustraire \u00e0 l\u2019inventaire que le gouvernement ne va pas manquer d\u2019ordonner ; chemin faisant, je rencontre notre ancien fermier Poupon le p\u00e8re qui est fabricien \u00e0 Bouletern\u00e8re et je lui recommande d\u2019en faire autant dans son \u00e9glise ; ici, depuis deux jours, Bonne Maman est occup\u00e9e \u00e0 faire enlever de l\u2019\u00e9glise et \u00e0 faire cacher dans la maison tout ce qu\u2019elle peut, d\u2019ailleurs bien des choses ont \u00e9t\u00e9 donn\u00e9es par la famille et, en cas de poursuites, nous soutiendrons, d\u2019accord avec la fabrique, qu\u2019elles nous appartiennent. Voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes ; c\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs \u00e0 pr\u00e9voir et si j\u2019en suis tr\u00e8s triste, je ne m\u2019en \u00e9tonne nullement ; c\u2019est le produit naturel de la r\u00e9publique et de l\u2019application des principes r\u00e9volutionnaires, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 ces illusionn\u00e9s de lib\u00e9raux. Et maintenant, tous les regards se tournent vers Rome ; on attend avec anxi\u00e9t\u00e9 les paroles du Pontife supr\u00eame, pr\u00eats, quoiqu\u2019il ordonne, \u00e0 une ob\u00e9issance sans r\u00e9serve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment \u00e0 la Balme surveiller les travaux, puis je vais me confesser. Je re\u00e7ois une lettre de Rupert me disant qu\u2019il est entr\u00e9 comme administrateur-adjoint \u00e0 <em>L\u2019\u00c9claireur alg\u00e9rien<\/em> dont le r\u00e9dacteur en chef, sur son conseil, vient d\u2019adh\u00e9rer \u00e0 la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise ; ce journal va donc devenir royaliste et sera l\u2019organe de la section alg\u00e9roise de la Ligue que ce brave Rupert s\u2019occupe activement de recruter. Bravo, il prend le bon moyen pour nous d\u00e9livrer des tyrans de nos consciences ; et je suis vraiment fier d\u2019avoir recrut\u00e9 un ligueur si actif et si z\u00e9l\u00e9. Je lui t\u00e9l\u00e9graphie pour le f\u00e9liciter.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 8 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7 heures o\u00f9 je communie en l\u2019honneur de la F\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e Conception. Nous recevons une lettre de Papa qui nous annonce que le bruit de mon mariage avec Madeleine de Padirac court avec persistance dans les salons d\u2019Angers, on lui en a plusieurs fois parl\u00e9 m\u00eame \u00e0 la Facult\u00e9 ; c\u2019est assez bizarre alors que j\u2019ai quitt\u00e9 Angers depuis pr\u00e8s de cinq mois ; peut-\u00eatre ai-je \u00e9t\u00e9 trop aimable avec elle l\u2019hiver dernier&nbsp;; dans tous les salons, j\u2019\u00e9tais son chevalier servant, c\u2019est de l\u00e0 que vient sans doute ce bruit que rien ne pourrait expliquer actuellement. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s m\u2019\u00eatre promen\u00e9 un bon moment au soleil qui est absolument chaud et donne l\u2019illusion de l\u2019\u00e9t\u00e9, je me fais accompagner par M. Bouch\u00e8de chez deux malades de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Je leur fais une bonne visite ; l\u2019un d\u2019eux, nomm\u00e9 Nogu\u00e8s, est bien bas et n\u2019ira sans doute pas tr\u00e8s loin. Apr\u00e8s les v\u00eapres, je vais avec Dalmer, secr\u00e9taire de la Soci\u00e9t\u00e9, chez 3 autres malades. M. le cur\u00e9, ayant re\u00e7u une lettre de Monseigneur lui recommandant d\u2019\u00eatre toujours pr\u00eat \u00e0 transporter le Saint-Sacrement hors de l\u2019\u00e9glise pour \u00e9viter les profanations de ceux qui viendront faire l\u2019inventaire, demande \u00e0 Bonne Maman de laisser disposer un tabernacle dans la chapelle de la maison pour y porter le Saint Ciboire en cas de n\u00e9cessit\u00e9 ; ainsi nous aurons peut-\u00eatre bient\u00f4t l\u2019insigne honneur de donner asile au Bon Dieu !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 9 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait aussi beau qu\u2019hier ; j\u2019ai trop chaud et ne peux m\u00eame pas supporter le pardessus d\u2019\u00e9t\u00e9 en allant l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 la Balme avec Jules Sabat\u00e9. Le soci\u00e9taire Fran\u00e7ois Nogu\u00e8s est mort dans la nuit ; tr\u00e8s bon chr\u00e9tien (et royaliste), il avait demand\u00e9 lui-m\u00eame, il y a quelque temps, les secours de la Religion. Je vais prier d\u00e8s 9h. du matin pr\u00e8s de sa d\u00e9pouille mortelle ; hier quand je le voyais et que je causais avec lui, je ne croyais pas qu\u2019il f\u00fbt aussi pr\u00e8s de sa fin ; je pensais qu\u2019il tra\u00eenerait encore cinq ou six jours. On l\u2019enterre demain matin aux frais de la Soci\u00e9t\u00e9. Le soir, para\u00eet dans <em>Le Roussillon<\/em> une longue correspondance de Vin\u00e7a relative \u00e0 mon \u00e9lection \u00e0 la pr\u00e9sidence de Saint-S\u00e9bastien ; elle est due \u00e0 la plume d\u2019un soci\u00e9taire, tr\u00e8s aimable, trop aimable m\u00eame, mais aurait pu, tout en \u00e9tant plus discr\u00e8te, \u00eatre mieux faite. Je la colle ci-dessous. Vers le soir, je pr\u00e9pare quelques mots que je prononcerai demain sur la tombe de Nogu\u00e8s&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 une des charges de la fonction de pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19051209.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"890\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19051209-1024x890.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-355\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19051209-1024x890.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19051209-300x261.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19051209-768x667.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19051209-1536x1334.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/19051209.jpg 1631w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse du <em>Rousillon <\/em>du 9 d\u00e9cembre 1905 relative \u00e0 l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch comme pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels Saint-S\u00e9bastien de Vin\u00e7a, coll\u00e9e par l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 dans son journal au 9 d\u00e9cembre 1905<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 10 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant huit heures, une d\u00e9l\u00e9gation de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien vient prendre la banni\u00e8re, qui est d\u00e9j\u00e0 ici ; et nous allons \u00e0 la maison mortuaire de Fran\u00e7ois Nogu\u00e8s, puis, avec le cort\u00e8ge fun\u00e8bre, \u00e0 l\u2019\u00e9glise ; au cimeti\u00e8re, je prononce l\u2019allocution d\u2019usage et je remercie au nom de la Soci\u00e9t\u00e9 les personnes venues aux obs\u00e8ques ; il fait froid, et le vent de nord-ouest est fort. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites. M. le cur\u00e9, avec qui je cause beaucoup de la s\u00e9paration, M. No\u00ebll, etc. Plus tard, apr\u00e8s les v\u00eapres, on se met \u00e0 d\u00e9barrasser de ses meubles la grande salle pour la r\u00e9ception des soci\u00e9taires que j\u2019ai tous invit\u00e9s \u00e0 venir ce soir. Ils commencent \u00e0 arriver un peu avant huit heures, vers 8h \u00be&nbsp;; une bonne partie de la Soci\u00e9t\u00e9 est l\u00e0 ; ils sont environ 120 hommes du peuple&nbsp;; je leur offre des cigares, cigarettes ; Maman et moi leur faisons passer \u00e9galement des g\u00e2teaux et du vin chaud que nous avons pr\u00e9par\u00e9 nous-m\u00eame ; quand tous en sont pourvus, j\u2019en prends un \u00e0 mon tour et je leur dis quelques mots de remerciement pour leur empressement \u00e0 se rendre \u00e0 mon invitation etc.&nbsp;; je termine par un &nbsp;vivat en l\u2019honneur de la Soci\u00e9t\u00e9. M. le cur\u00e9, qui est l\u00e0 comme membre honoraire, me porte aussi un toast ainsi que M. No\u00ebll ancien pr\u00e9sident, M. Bouch\u00e8de vice-pr\u00e9sident etc. Je trinque fraternellement avec tous les soci\u00e9taires, je cause autant que possible avec chacun d\u2019eux, et, quand ils se retirent, je me tiens pr\u00e8s de la porte et leur serre la main \u00e0 tous. Les derniers partent \u00e0 9h \u00be. Cette soir\u00e9e leur a, je crois, fait plaisir&nbsp;; j\u2019ai fait mon possible pour cela ; voil\u00e0 bien de l\u2019action populaire chr\u00e9tienne non de la d\u00e9mocratie, moins de ce que j\u2019appellerai de la d\u00e9mophilie car si je repousse de toutes mes forces la qualification de d\u00e9mocrate, je m\u2019honore d\u2019\u00eatre d\u00e9mophile !<br><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 d\u00e9cembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 11 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de midi ; j\u2019en profite pour aller aux Archives communales o\u00f9 je trouve dans les registres paroissiaux de Saint-Jean beaucoup de renseignements sur ma famille paternelle. J\u2019y reconnais, par l\u2019examen des actes de bapt\u00eame, mariages ou d\u00e9c\u00e8s des Est\u00e8ve au 18e si\u00e8cle que Jean Joseph Jacques Bonaventure Est\u00e8ve qui devint pr\u00e9sident de la chambre du domaine (Jean d\u2019Est\u00e8ve) n\u2019est pas mon trisa\u00efeul comme je l\u2019avais cru \u00e0 cause d\u2019une similitude pr\u00e9nom, mais bien le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de mon bisa\u00efeul. Mon trisa\u00efeul Jean Est\u00e8ve, docteur \u00e8s lois, \u00e9pousa en 1718 Mlle Monique Simon dont il eut une foule d\u2019enfants ; il fut longtemps avocat au conseil Souverain (titre qui conf\u00e9rait la noblesse) ; mon bisa\u00efeul, son plus jeune fils, l\u2019\u00e9tait aussi&nbsp;; le conseiller puis pr\u00e9sident Jean d\u2019Est\u00e8ve \u00e9tait son fils a\u00een\u00e9. Pendant tout le 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les Est\u00e8ve occup\u00e8rent des charges judiciaires ou furent avocats ; c\u2019\u00e9taient alors des gens de robe&nbsp;; depuis, ils sont devenus gens d\u2019\u00e9p\u00e9e, du moins dans la branche a\u00een\u00e9e. Je vais faire une visite \u00e0 Monseigneur ; il arrive de Rome o\u00f9 il a vu le Saint P\u00e8re et nous parlons beaucoup de la s\u00e9paration ; Monseigneur me dit qu\u2019il est partisan personnellement de la r\u00e9sistance \u00e0 la loi, mais il n\u2019aura qu\u2019\u00e0 s\u2019incliner devant les directions de Pie X. C\u2019est \u00e9galement ma mani\u00e8re de voir, je suis, comme Monseigneur, partisan de la r\u00e9sistance qui, je le crois, d\u00e9concerterait le gouvernement pers\u00e9cuteur beaucoup plus que \u00ab&nbsp;l\u2019essai loyal de la loi&nbsp;\u00bb que pr\u00e9conisent quelques timides et qui nous mettrait de plus en plus dans les griffes des pers\u00e9cuteurs ; mais en bon catholique, je m\u2019inclinerai avec la plus enti\u00e8re soumission devant les ordres du chef de l\u2019\u00c9glise. A l\u2019heure actuelle, c\u2019est l\u00e0 un beau spectacle, toute la France croyante a les yeux tourn\u00e9s vers Rome attendant la parole du Pape. Je vais voir M. Carhasse qui viendra demain \u00e0 Ille, M. Desp\u00e9ramons qui m\u2019annonce sa venue pour apr\u00e8s-demain, Carlos et les Lazerme chez qui je vois la vieille Mme de \u00c7agarriga, les Bonafos etc. Entre le Soler et Ille, je fais route, au retour, avec M. le cur\u00e9 d\u2019Ille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 12 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons, Maman et moi, \u00e0 midi pour Ille, Maman en voiture, et moi \u00e0 bicyclette ; je passe \u00e0 Boule et \u00e0 Saint-Michel pr\u00e9venir les membres du comit\u00e9 royaliste de l\u2019arriv\u00e9e de M. Desp\u00e9ramons demain \u00e0 Ille. \u00c0 Ille, avec M. Carbasse, nous repassons, pi\u00e8ce par pi\u00e8ce, la maison en revue et nous prenons plusieurs d\u00e9cisions. Nous nous en retournons vers 5h et sommes ici \u00e0 6 h \u00bc seulement car Reinette vieillit de plus en plus et on ne peut pas la presser. Le <em>Roussillon<\/em> publie le compte-rendu de notre r\u00e9ception d\u2019avant-hier soir ; on le lui a envoy\u00e9 malgr\u00e9 ma d\u00e9fense ; j\u2019en suis contrari\u00e9 car on peut croire que nous tenons \u00e0 faire du tam-tam ; mais que faire ? Nous avons des amis plus z\u00e9l\u00e9s que discrets ! Voici ce compte-rendu :<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20251212.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"863\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20251212-1024x863.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-356\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20251212-1024x863.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20251212-300x253.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20251212-768x647.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/20251212.jpg 1168w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse du <em>Roussillon<\/em> du 12 d\u00e9cembre 1905 relatif \u00e0 une r\u00e9union de la Soci\u00e9t\u00e9 de Secours mutuels Saint-S\u00e9bastien de Vin\u00e7a, coll\u00e9e par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans son journal au 12 d\u00e9cembre 1905<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La maison d\u2019Ille \u00e9tait pleine de nouveaux ornements et objets du culte qu\u2019on y a fait porter de l\u2019\u00e9glise afin de les soustraire \u00e0 l\u2019inventaire. Comme c\u2019est triste.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 13 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars pour Ille par le train de midi afin de recevoir les deux d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s du comit\u00e9 royaliste d\u00e9partemental, MM. Desp\u00e9ramons et Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola, qui viennent, au nom de ce comit\u00e9, baptiser le comit\u00e9 d\u2019Ille. Maman y vient aussi pour s\u2019occuper de la grande maison Bosch ; \u00e0 la gare nous rencontrons les dames Batlle qui partaient pour un mariage \u00e0 C\u00e9ret et qui ont re\u00e7u ce matin m\u00eame la nouvelle de la mort de M. Gaston Delcros (le beau-p\u00e8re de Th\u00e9r\u00e8se de Barescut, oncle de la mari\u00e9e ; ce n\u2019est pas de chance : elles partent dans le m\u00eame temps pour un mariage (qui n\u2019aura peut-\u00eatre pas lieu tout de suite) et pour un enterrement. Je fais arranger le petit salon et, \u00e0 3 heures, je vais attendre ces Messieurs \u00e0 la gare ; \u00e0 3 h. \u00bd, les membres du comit\u00e9 sont pr\u00e9sents : MM. Joseph Batlle, Serradell et les deux MM. Llense, l\u2019un pour Bouletern\u00e8re l\u2019autre pour Saint-Michel sont venus ; M. Desp\u00e9ramons et Henri Jonqu\u00e8res leur donnent quelques instructions notamment en ce qui concerne la diffusion de la presse royaliste. Je leur offre du vin vieux et des g\u00e2teaux et on trinque au Roi et au comit\u00e9 d\u2019Ille. Ensuite, je fais promener un peu ces Messieurs puis je les m\u00e8ne au caf\u00e9 Nicolau qui est le caf\u00e9 conservateur d\u2019Ille, et je les raccompagne au train de 7 heures. Je repars avec Maman \u00e0 8 heures.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/andre.0.desperamons.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"460\" height=\"645\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/andre.0.desperamons.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-357\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/andre.0.desperamons.png 460w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/andre.0.desperamons-214x300.png 214w\" sizes=\"auto, (max-width: 460px) 100vw, 460px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Andr\u00e9 Desp\u00e9ramons (1861-1951), avocat, directeur du journal <em>Le Roussillon <\/em>et d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du comit\u00e9 royaliste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales \u2013 Dessin par Edmond N\u00e8gre en 1934 (<em>La Semaine du Roussillon<\/em>, 9 f\u00e9vrier 2025)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 14 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme o\u00f9 les travaux avancent beaucoup. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne un moment, avec Maman et Bonne Maman, sur la route de Joch et du c\u00f4t\u00e9 de Saorle ; il a gel\u00e9 la nuit derni\u00e8re, mais le soleil est \u00e9clatant et absolument je suis oblig\u00e9 de quitter mon pardessus ; pas un nuage au ciel. Voil\u00e0 l\u2019hiver du Roussillon !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 15 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je ne sors que tr\u00e8s peu. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme. Le temps est toujours beau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 16 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je m\u2019occupe du vin vieux que l\u2019on transvase. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u2013 Maman et moi \u2013 \u00e0 Ille ; nous partons par le train de midi et rentrons par celui de 8 heures. Comme on nous a fait remarquer, un peu tard, mercredi dernier qu\u2019une fois la tour de la grande maison d\u00e9molie pour faire le jardin, nous nous trouverions en pr\u00e9sence de deux maisons dont les fen\u00eatres prendraient jour sur notre jardin, nous avons pri\u00e9 M. Trull\u00e8s de demander aux propri\u00e9taires de ces maisons \u00e0 quelles conditions ils consentiraient \u00e0 nous les vendre\u00a0; M. Trull\u00e8s nous donne aujourd\u2019hui leur r\u00e9ponse : les deux maisons \u2013 en fort mauvais \u00e9tat \u2013 nous co\u00fbteraient 7000 fr. en argent ou en lots de terrain pr\u00e8s de la gare ; \u00e9videmment, ces gens-l\u00e0 ont r\u00e9solu de nous tenir la drag\u00e9e haute. Nous calculons qu\u2019avec l\u2019achat de ces maisons (qui est indispensable), les r\u00e9parations et arrangements de la maison Bosch nous co\u00fbtant au moins 15.000 fr., l\u2019achat des parts des autres coh\u00e9ritiers 8000, cela met d\u00e9j\u00e0 \u00e0 30.000 fr. les frais de notre installation dans la maison Bosch\u00a0; si l\u2019on compte 5000 fr. d\u2019impr\u00e9vu, ce qui n\u2019est pas trop, cela fait 35.000. Or tout le monde nous dit qu\u2019avec cette somme nous pourrions faire b\u00e2tir dehors une maison de campagne grande et beaucoup plus agr\u00e9able qu\u2019une maison situ\u00e9e au c\u0153ur d\u2019Ille ; d\u00e8s lors, cela nous donne \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Maman \u00e9crit \u00e0 Papa et lui fait \u00e9crire par M. Trull\u00e8s. Peut-\u00eatre avant de nous lancer dans des r\u00e9parations qui vont co\u00fbter si cher, peut-\u00eatre ferions-nous bien de nous renseigner sur le prix d\u2019une campagne. Tout est donc remis en question apr\u00e8s un mois entier pass\u00e9 \u00e0 faire des plans et \u00e0 tenir des conf\u00e9rences avec architecte, entrepreneur etc ! Heureusement que l\u2019acte avec Joseph Cornet n\u2019est pas encore sign\u00e9 et je crois que en cas de renoncement par nous \u00e0 nos projets d\u2019installation dans la maison Bosch, il consentirait \u00e0 renoncer \u00e0 la vente pour laquelle il s\u2019est tout fait tirer l\u2019oreille. Cette question de l\u2019installation m\u2019int\u00e9resse personnellement d\u2019une fa\u00e7on tr\u00e8s directe. A partir du moment o\u00f9 nous quitterons Angers pour rentrer en Roussillon (et ce moment doit \u00eatre l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain \u00e0 cause de la fin de notre bail d\u2019Angers), je m\u2019occuperai de faire valoir les propri\u00e9t\u00e9s et, par cons\u00e9quent, je viendrai habiter avec mes parents. Depuis quelques mois, j\u2019ai tr\u00e8s s\u00e9rieusement song\u00e9 \u00e0 chercher une position, ce qui me faciliterait, je crois, un \u00ab\u00a0beau mariage\u00a0\u00bb ; les carri\u00e8res gouvernementales me sont toutes ferm\u00e9es, mais j\u2019aurais peut-\u00eatre pu trouver une carri\u00e8re ind\u00e9pendante\u00a0; j\u2019aurais pu, tout au moins, chercher. Mais Maman m\u2019a d\u00e9clar\u00e9, de sa voix la plus solennelle et avec de grands gestes, qu\u2019elle ne me quitterait pas d\u2019une semelle avant mon mariage, et qu\u2019elle me suivrait si je prenais une position. Une pareille perspective \u00e9tait pour me faire renoncer \u00e0 mon projet, car il est tout \u00e0 fait inadmissible de voir toute la smala me suivre, avec armes et bagages, dans la ville de France ou de Navarre o\u00f9 m\u2019appellerait ma position ; au point de vue financier, ce serait d\u00e9sastreux et \u00e0 aucun point de vue ce n\u2019est admissible. J\u2019ai d\u00fb me r\u00e9signer et faire contre mauvaise fortune bon c\u0153ur. Il est donc entendu que, jusqu\u2019\u00e0 mon mariage, je vivrai avec mes parents et m\u2019occuperai des terres. Seulement, dans ces conditions, la question de l\u2019installation est capitale \u00e0 mes yeux et l\u2019incertitude dans laquelle nous nous trouvons me tracasse beaucoup. \u00c0 Ille, nous examinons les baraques en question qui se trouvent derri\u00e8re la grande maison et nous remarquons que nous ne pouvons rien faire sans elles. Nous allons voir le cur\u00e9 et les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 17 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Avant et apr\u00e8s v\u00eapres, je fais une nouvelle tourn\u00e9e de visites aux soci\u00e9taires malades. Le soir, nous offrons un th\u00e9 au cur\u00e9 et au vicaire. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire une visite \u00e0 M. Fran\u00e7ois No\u00ebll.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 d\u00e9cembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 17 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je me fais couper les cheveux. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019emm\u00e8ne Maman et Bonne Maman \u00e0 la Balme pour leur montrer les travaux que j\u2019ai fait ex\u00e9cuter ; le temps est magnifique et le soleil chaud, bien qu\u2019il ait gel\u00e9 assez fort la nuit derni\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 18 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous recevons une longue lettre de Papa. En pr\u00e9sence des difficult\u00e9s qui surgissent au sujet des r\u00e9parations et de l\u2019arrangement de la maison Bosch, du prix qui est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 (au moins 20.000 fr. de travaux nous \u00e9crit l\u2019architecte), il n\u2019est pas \u00e9loign\u00e9 de se d\u00e9cider \u00e0 faire b\u00e2tir dehors. Comme nous partons demain pour Angers, nous allons pouvoir en causer en famille. Je vais voir un nouveau soci\u00e9taire malade de la soci\u00e9t\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme pour la derni\u00e8re fois avant le d\u00e9part, les travaux sont tr\u00e8s avanc\u00e9s. Je vais faire ensuite une visite au commandant No\u00ebll. Depuis que je suis pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, je ne puis dire combien de fois j\u2019ai \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 de rester ici de jusqu\u2019\u00e0 la Saint S\u00e9bastien ou de revenir pour cette f\u00eate qui est un jour de grande liesse pour la Soci\u00e9t\u00e9. Je ferai mon possible pour revenir, car je ne peux rester ici encore un mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, mercredi 20 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons \u00e0 Vin\u00e7a nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, quelques adieux et nous partons par le train de 3 h. \u00bd afin de coucher \u00e0 Perpignan car le voyage de nuit serait trop fatiguant dans cette saison. Nous descendons au Grand H\u00f4tel ; \u00e0 5 h. \u00bd, nous avons une conf\u00e9rence avec M. Carbasse. Nous d\u00eenons chez Tante Bonafos qui a, en ce moment, chez elle une foule de parents.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Bordeaux, jeudi 21 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Perpignan par le train de 8h25 ; \u00e0 la gare, nous rencontrons l\u2019oncle Joseph, Carlos et l\u2019abb\u00e9 Bonet&nbsp;; temps assez froid, mais superbe ; le Canigou est resplendissant. \u00c0 Toulouse, \u00e0 midi 37, je m\u2019arr\u00eate pour aller essayer un costume chez Charouleau. Maman et la femme de chambre Th\u00e9r\u00e8se Planeille, que nous emmenons d\u2019Ille, continuent sur Bordeaux ; l\u2019abb\u00e9 Latour, qui m\u2019attendait \u00e0 la gare, me pilote toute l\u2019apr\u00e8s-midi dans Toulouse apr\u00e8s l\u2019essayage. Je vais au Mus\u00e9e, au Capitole etc. Je rejoins Am\u00e9d\u00e9e Jocaveil qui m\u2019attendait \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9dicine et nous allons ensemble chez M. l\u2019abb\u00e9 dans son petit appartement de la rue des R\u00e9collets ; il nous y offre du th\u00e9 ; je repars \u00e0 5h10 et arrive \u00e0 Bordeaux \u00e0 10h ; Maman m\u2019attendait \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Terminus.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 22 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons de Bordeaux par le train de 8h35 et, apr\u00e8s changements \u00e0 Niort et \u00e0 Montreuil, nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 4h35 ; il fait froid et brumeux. Papa et Philom\u00e8ne vont tr\u00e8s bien et nous causons beaucoup des affaires de la grande maison et de notre future installation. Ici, le propri\u00e9taire ayant fait mettre sur la maison l\u2019affiche \u00ab \u00c0 louer \u00bb, le bruit de notre d\u00e9part d\u00e9finitif d\u2019Angers \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e commence \u00e0 se r\u00e9pandre. On parle aussi beaucoup para\u00eet-il, de mon mariage avec Madeleine de Padirac. Mme de M. a dit, me rapporte-t-on : \u00ab C\u2019est \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9cid\u00e9 et on ne tardera pas \u00e0 l\u2019annoncer \u00bb ; voil\u00e0 qui est un peu fort ! Je retrouve ici Jean Llori que j\u2019avais laiss\u00e9 \u00e0 Alger o\u00f9 il \u00e9tait ordonnance de l\u2019oncle Paul et qui est maintenant valet de chambre civil chez nous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 23 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques courses et je vais voir La Morini\u00e8re afin de reprendre contact avec le monde angevin. Il me met au courant de la situation et des progr\u00e8s de la ligue d\u2019Action fran\u00e7aise et de La Voie \u00e0 Angers ; l\u2019Action fran\u00e7aise va faire apposer ici une affiche appelant l\u2019attention des patriotes sur l\u2019exemple que vient de nous donner la Norv\u00e8ge en adoptant la Monarchie&nbsp;; tr\u00e8s bien. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Lucas. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 24 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9 Brossard \u00e0 Saint-Jacques, puis je fais une assez longue visite au P. Lionnet. Le soir, nous ne nous couchons pas et vers 11h \u00bc, allons aux diverses messes de minuit ; je vais avec Papa \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; Maman, avec Philo, va \u00e0 Notre-Dame qui est plus pr\u00e8s.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 31 d\u00e9cembre 1905<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;lundi 25 d\u00e9cembre 1905 (No\u00ebl)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la messe de minuit o\u00f9 je fais la sainte communion (la communion a \u00e9t\u00e9 des plus \u00e9difiantes ; j\u2019\u00e9value \u00e0 un millier le nombre des personnes qui ont re\u00e7u N.S. dans leur c\u0153ur \u00e0 Saint-Joseph), nous rentrons et nous r\u00e9veillonnons ; ensuite, je me couche&nbsp;; il est 2h \u00be. Je me l\u00e8ve \u00e0 9h \u00bd. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 v\u00eapres \u00e0 la Cath\u00e9drale o\u00f9 elles sont tr\u00e8s solennelles ; \u00e0 5 h, je vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 voir le jeune homme Du Lac, \u00e9l\u00e8ve de l\u2019\u00c9cole d\u2019agriculture, que sa m\u00e8re (Mlle de Llobet) nous a recommand\u00e9<a href=\"#_ftn66\" id=\"_ftnref66\">[66]<\/a> ; je ne le rencontre pas. Il fait un froid de loup ; le brouillard est glac\u00e9, et il parait qu\u2019on n\u2019a pas vu le soleil ici depuis le 13 d\u00e9cembre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;mardi 26 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe de 9h \u00e0 Notre-Dame. Le reste de la matin\u00e9e et l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais diverses commissions. Le soir, je vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, au cours du P. de Mayol sur l\u2019arch\u00e9ologie chr\u00e9tienne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;mercredi 27 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je commence mes lettres de Jour de l\u2019An. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019apprends la mort d\u2019un \u00e9tudiant de Papa, M. Fradin, qui nous avait \u00e9t\u00e9 recommand\u00e9 ; il \u00e9tait tr\u00e8s maladif, nous n\u2019avons su que ce matin qu\u2019il \u00e9tait malade ; pauvre jeune homme ! On se perd en conjectures sur les instructions que donnera le pape aux Catholiques fran\u00e7ais au sujet de la loi de s\u00e9paration ; personne ne sait rien encore et Pie X ne para\u00eet pas dispos\u00e9 \u00e0 parler avant quelque temps. Si le pape ordonne de r\u00e9sister \u00e0 la loi, les Catholiques irr\u00e9fl\u00e9chis qui se sont ralli\u00e9s \u00e0 la constitution r\u00e9publicaine vont se trouver dans une posture quelque peu embarrassante et surtout tr\u00e8s ridicule ; ils vont \u00eatre plac\u00e9s entre leur devoir de catholiques et leur devoir de r\u00e9publicains ; en effet, respectueux de la constitution, ils pourront bien protester contre une loi injuste et s\u2019efforcer de la faire abroger constitutionnellement, mais, tant qu\u2019elle n\u2019est pas abrog\u00e9e, ils ne peuvent pas refuser de s\u2019y soumettre, sinon ils se r\u00e9voltent contre la constitution. Mais si le Pape, comme chef des Catholiques, leur d\u00e9fend de s\u2019y conformer ? Alors, je veux esp\u00e9rer qu\u2019ils pr\u00e9f\u00e8reront ob\u00e9ir au pape qu\u2019\u00e0 la constitution r\u00e9publicaine et qu\u2019ils d\u00e9sob\u00e9iront \u00e0 la loi ; mais ils donneront un d\u00e9menti \u00e0 leurs principes constitutionnels car, d\u2019apr\u00e8s la constitution, toute loi vot\u00e9e et promulgu\u00e9e r\u00e9guli\u00e8rement oblige les citoyens fran\u00e7ais. S\u2019ils veulent \u00eatre de bonne foi, ils seront donc oblig\u00e9s de reconna\u00eetre qu\u2019on ne peut pas \u00eatre \u00e0 la fois bon catholique et bon r\u00e9publicain. C\u2019est ce que nous Catholiques et royalistes, n\u2019avons cess\u00e9 de soutenir&nbsp;; aussi, combien notre attitude est plus simple, plus digne et &#8230; plus logique !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;jeudi 28 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9cris plusieurs cartes et lettres de Jour de l\u2019An. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite du jeune homme Du Lac que je trouve gentil. \u00c0 5 h, petite r\u00e9union de la section de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise au nouveau local 8 rue Corneille ; je raconte mon voyage d\u2019Alger.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;vendredi 29 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Matin et soir, j\u2019\u00e9cris des lettres de Jour de l\u2019An ; le matin, cependant, avant de m\u2019y mettre, je vais \u00e0 la messe \u00e0 Notre-Dame et je fais plusieurs commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5h, je vais prendre mon bain ; le temps est doux et pluvieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;samedi 30 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe le matin, avec La Morini\u00e8re et Lucas, des affiches de l\u2019Action fran\u00e7aise ; nous avons quelques difficult\u00e9s avec l\u2019imprimeur qui a la frousse d\u2019\u00eatre poursuivi. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je revois La Morini\u00e8re au <em>Maine-et-Loire <\/em>puis chez lui ; il m\u2019annonce que la chose est arrang\u00e9e. J\u2019\u00e9cris de nombreuses lettres et cartes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers,&nbsp;dimanche 31 d\u00e9cembre 1905<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. \u00c0 11h \u00bc, je vais, avec Papa, \u00e0 la salle synodale de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 o\u00f9 les hommes d\u2019\u0153uvres de la ville, au nombre d\u2019un millier environ, offrent leurs v\u0153ux de Nouvel An \u00e0 Monseigneur. Celui-ci prononce un discours \u00e9nergique dans lequel il convie les Catholiques \u00e0 d\u00e9fendre et \u00e0 reconqu\u00e9rir leurs libert\u00e9s et \u00e0 s\u2019unir sur le terrain religieux ; mais il ne donne pas d\u2019instructions pr\u00e9cises sur la conduite \u00e0 tenir en pr\u00e9sence de la loi de s\u00e9paration ; il ne le peut pas tant que le pape n\u2019a pas parl\u00e9 ; il se borne \u00e0 recommander l\u2019ob\u00e9issance au pape, aux \u00e9v\u00eaques et au clerg\u00e9. A 4h \u00bd, je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration, puis je vais voir Lucas. Cette ann\u00e9e si triste, qui a vu se consommer l\u2019apostasie de la France officielle, sera marqu\u00e9e en traits noirs dans l\u2019histoire de France. Elle se termine, du moins, sur une bonne nouvelle, celle de la condamnation s\u00e9v\u00e8re par le jury de la Seine des signataires de l\u2019affiche antimilitariste qui excitait les soldats \u00e0 la r\u00e9volte et \u00e0 la d\u00e9sertion ; le gouvernement, sous la pression de l\u2019opinion publique rest\u00e9e patriote, a d\u00fb les poursuivre ; la nouvelle de leur condamnation s\u00e9v\u00e8re me fait grand plaisir. Que nous r\u00e9serve 1906 ? La guerre religieuse et peut-\u00eatre la guerre \u00e9trang\u00e8re ; des \u00e9lections de tout genre aussi, et ce n\u2019est pas l\u00e0-dessus que je compte pour nous sauver. Dieu prendra-t-il enfin la France en piti\u00e9 ? J\u2019ai peur qu\u2019en ch\u00e2tiant le mis\u00e9rable gouvernement qui nous opprime, il ne ch\u00e2tie en m\u00eame temps la France. Quand je songe \u00e0 toutes les menaces d\u2019un avenir prochain, je fr\u00e9mis !!! Pauvre France en 1906 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous offrons un petit souvenir \u00e0 Papa et \u00e0 Maman.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Albert Lazerme, mari\u00e9 \u00e0 Jeanne G\u00e9nin. Voir <em>supra<\/em> note du 12 avril 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Carlos de Lazerme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Xavier Civelli, fils de Marie d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, cousin germain d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, mari\u00e9 \u00e0 Marguerite-Marie des Cordes. Voir <em>supra<\/em> note du 9 avril 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Il s\u2019agit tr\u00e8s certainement de Raymond de \u00c7agarriga (1845-1927), ing\u00e9nieur des constructions navales, mari\u00e9 en 1881 \u00e0 Jeanne de Ploe\u00fcc (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Il s\u2019agit tr\u00e8s certainement de Marie-Clotilde Lcconte des Graviers (1845-1924), mari\u00e9e en 1884 \u00e0 Charles de Roig (1846-1918). D\u2019un premier lit, ce dernier avait eu trois filles, dont l\u2019a\u00een\u00e9e, Pauline de Roig (1877-1915), avait \u00e9pous\u00e9 en 1900 Marie Louis Roger de Fouquet. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 25 juin 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Paul de Guardia (Perpignan, 17 janvier 1872-Carcassonne, 12 d\u00e9cembre 1941), fils d\u2019Auguste de Guardia et de Louise de R\u00e8gnes (cette derni\u00e8re, petite-fille d\u2019une Lazerme par sa m\u00e8re n\u00e9e Pauline d\u2019Argiot de La Ferri\u00e8re, et donc cousine de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme), il fut docteur en droit et resta c\u00e9libataire. Il est le fr\u00e8re de Mme Gout de Bize n\u00e9e Berthe de Guardia, souvent cit\u00e9e dans ce journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 1<sup>er<\/sup> janvier 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 f\u00e9vrier 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Ici, un passage a \u00e9t\u00e9 effac\u00e9 sur le manuscrit original, et cette inscription surajout\u00e9e&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;aff. \u00e0 O.T. \u00e9c.&nbsp;\u00bb<\/em>. Nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi \u00e0 trouver quel \u00e9tait le sens de cette mention \u00e0 ce jour (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 7 f\u00e9vrier 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> M\u00eame commentaire qu\u2019au 22 janvier 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Il pourrait s\u2019agir d\u2019Elisabeth de Quatrebarbes (1853-1936) mari\u00e9e \u00e0 Gaston de Grimaudet de Rochebou\u00ebt (1847-1909), conseiller g\u00e9n\u00e9ral du Maine-et-Loire, ou bien de sa belle-s\u0153ur Henriette Paultre de Lamotte (1863-1907), mari\u00e9e \u00e0 Fernand de Grimaudet de Rochebou\u00ebt (1852-1920) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Il s\u2019agit certainement de Marie Bernard des Champsneufs (1866-1954), mari\u00e9e en 1886 \u00e0 Guillaume Levesque du Rostu (1863-mort pour la France en 1914), militaire, issu d\u2019une famille de la noblesse bretonne mais install\u00e9 \u00e0 Angers (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Madeleine de Foulhiac de Padirac (Limoges, 2 ao\u00fbt 1885-Angers, 3 mars 1945) \u00e9tait la fille de Maurice de Foulhiac de Padirac (1852-1928) et de Thelcide Fargues du Pign\u00e9 (1858-1908). Famille noble originaire de Padirac dans le Lot et fix\u00e9e \u00e0 Angers. Elle avait deux fr\u00e8res, Robert (1881-1944) et Gabriel (1882-1942) de Padirac. Elle semble \u00eatre rest\u00e9e c\u00e9libataire. Voir la g\u00e9n\u00e9alogie d\u2019Herv\u00e9 de Padirac&nbsp;: <a href=\"http:\/\/gw.geneanet.org\/vieuxlogis53\">http:\/\/gw.geneanet.org\/vieuxlogis53<\/a> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 4 f\u00e9vrier 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 f\u00e9vrier 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 f\u00e9vrier 1902. Denyse de Kernafflen de Kergos \u00e9tait n\u00e9e le 28 f\u00e9vrier 1883 \u00e0 Angers et \u00e9pousera dans cette ville le 24 janvier 1906 Raymond Richou. Elle \u00e9tait la fille d\u2019Alain de Kernafflen de Kergos et de Madeleine Charbonnier de La Guesnerie. Elle avait une s\u0153ur Magdeleine (1885-1950) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 6 janvier 1901 (Note de&nbsp;l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 8 mars 1901 (Note de&nbsp;l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Il pourrait s\u2019agir de Gabriel Tripier de Loz\u00e9 et de Marie Tripier de Loz\u00e9, mari\u00e9s en 1891, propri\u00e9taires du ch\u00e2teau de Loz\u00e9 \u00e0 Saint-Fraimbault (Sarthe), m\u00eame si le titre de comte semble de courtoisie (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 janvier 1902 (Note de&nbsp;l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Voir <em>supra<\/em> notes du 22 f\u00e9vrier 1901 et du 7 f\u00e9vrier 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> C\u00e9cile Loir-Mongazon (1881-1922) mari\u00e9e en 1903 \u00e0 Angers avec Ren\u00e9 Chassin du Guerny (1877-1948). Voir <em>supra<\/em> note du 11 f\u00e9vrier 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Il s\u2019agit de Th\u00e9r\u00e8se Loir-Mongazon (1885-1955), s\u0153ur cadette de C\u00e9cile, cit\u00e9e \u00e0 la note pr\u00e9c\u00e9dente. Elle \u00e9pousera en 1906 Ludovic de Sars (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Il doit s\u2019agir de deux des fils d\u2019Olivier, comte de Chappedelaine (1817-1895) et de Barbe Holynska&nbsp;: Stephen (1844-1917), Jean (n\u00e9 en 1854) ou Olivier (n\u00e9 en 1857), le second et le dernier militaires. Ils \u00e9taient mari\u00e9s respectivement avec H\u00e9l\u00e8ne Berthold, Marguerite G\u00e9rard et L\u00e9onide Dupr\u00e9 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Marie de Pelletier de La Garde (1868-1942), originaire du Poitou, mari\u00e9e en 1890 \u00e0 Charles, marquis de Villelume (1855-1922), officier d\u2019infanterie (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Pr\u00e9cis\u00e9ment, Papa est parti hier pour Paris afin de traiter avec M. Paul de Guardia l\u2019affaire que celui-ci lui propose&nbsp;; c\u2019est l\u00e0 une chose remarquable. Mme Laur, que je n\u2019avais jamais vue et \u00e0 qui je n\u2019ai pas dit mon nom, ne pouvait mat\u00e9riellement pas conna\u00eetre ce d\u00e9part que presque personne, d\u2019ailleurs, ne conna\u00eet (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Voir <em>infra<\/em> au 24 mai 1905 pour ce mariage (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 7 f\u00e9vrier 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> L\u00e9on de Montesquiou Fezensac (Briis-sous-Forges, 12 juillet 1873-mort pour la France \u00e0 Souain le 25 septembre 1915), docteur en droit, essayiste et militant de l\u2019Action fran\u00e7aise \u00e0 laquelle il a adh\u00e9r\u00e9 en 1899. Il est pr\u00e9sident du conseil d\u2019administration fin 1902 puis, en 1905, secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral de la ligue. \u00c0 l&rsquo;instar de Charles Maurras, Montesquiou tente de concilier le syst\u00e8me politique d&rsquo;Auguste Comte avec ses id\u00e9aux royalistes et le catholicisme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Marie de Roux (Saint-Florent-les-Niort, 17 f\u00e9vrier 1878-ch\u00e2teau du Fort \u00e0 Aslonnes, 3 d\u00e9cembre 1943), avocat historien et journaliste qui se rapprocha de Maurras d\u00e8s 1900 et consacrera une grande partie de sa carri\u00e8re \u00e0 d\u00e9fendre l\u2019Action fran\u00e7aise (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Marguerite Gout de Bize (1881-1969), fille de Charles Gout de Bize et de Berthe de Guardia (cette derni\u00e8re petite-fille d\u2019une Lazerme et donc cousine de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme), \u00e9pousa le 26 avril 1905 \u00e0 Al\u00e9nya Louis Sarlandie de La Robertie (1873-1948), d\u2019une famille originaire du P\u00e9rigord. Elle \u00e9tait la s\u0153ur de Jeanne Gout de Bize, dont il a \u00e9t\u00e9 abondamment question plus haut en 1904 (voir notamment aux 15, 19, 23, 24, 27 et 29 octobre 1904) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Voir <em>supra <\/em>note du 30 ao\u00fbt 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Voir plus loin au 18 mai 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Henri Jonqu\u00e8res (Corneilla-del-Vercol, 11 juin 1877-Barcelone, 27 mars 1962), fils a\u00een\u00e9 de Joseph Jonqu\u00e8res, issu d\u2019une famille d\u2019agriculteurs de Corneilla, et de Gabrielle d\u2019Oriola, elle-m\u00eame issue de la noblesse roussillonnaise d\u2019Ancien r\u00e9gime. Lui et ses fr\u00e8res Joseph, Christophe, Gabriel et Fran\u00e7ois sont \u00e0 l\u2019origine d\u2019une importante r\u00e9ussite fonci\u00e8re et financi\u00e8re en Roussillon. Cette famille sera souvent cit\u00e9e au fil de ce journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Voir <em>supra<\/em> aux 5 et 10 septembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 11 octobre 1902 pour la g\u00e9n\u00e9alogie de cette famille. Mme de Llamby \u00e9tait n\u00e9e d\u2019Oms. Sa fille a\u00een\u00e9e Isabelle \u00e9pousera en 1907 Lucien Darru (voir <em>infra<\/em> au 27 octobre 1907). C\u2019est de sa fille cadette Louise de Llamby (1880-1910) mari\u00e9e \u00e0 Maurice Faurichon de La Bardonnie, dont il s\u2019agit ici (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> La m\u00e8re de Max Dupin de Saint-Cyr \u00e9tait n\u00e9e Marie-Anne Faurichon de La Bardonnie (1850-1940). Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Gaston (1842-1935), mari\u00e9 \u00e0 Marthe de Bonnegens (1846-1918) \u00e9tait le p\u00e8re de Maurice Faurichon de La Bardonnie mari\u00e9 en 1905 \u00e0 Louise de Llamby, donc cousin germain de Max. Yvonne Faurichon de La Bardonnie (1889-1970) \u00e9tait une autre cousine de Max, fille de Ren\u00e9 Faurichon de La Bardonnie, autre fr\u00e8re de Mme Dupin de Saint-Cyr. Voir aussi <em>supra<\/em> aux 28 janvier et 15 ao\u00fbt 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 13 mai 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Voir <em>infra<\/em> au 20 septembre 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 avril 1902. Marie-Louise de Lacour, dont il sera souvent question dans la suite du journal, \u00e9tait n\u00e9e \u00e0 B\u00e9ziers le 9 janvier 1887, fille de Charles de Lacour, d\u2019Ille, et de Th\u00e9r\u00e8se Lugagne, de B\u00e9ziers. Elle \u00e9pousera en 1913 Lucien Grandsaignes d\u2019Hauterives, et mourra le 4 octobre 1974 \u00e0 Cazouls-l\u00e8s-B\u00e9ziers (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Marie Th\u00e9r\u00e8se Lucie Sauvy, n\u00e9e \u00e0 Perpignan le 8 ao\u00fbt 1869, mari\u00e9e le 18 mai 1893 \u00e0 Perpignan avec Henri Albert Thibault (1858-1932). Leur villa Saint-Lucie \u00e0 Vin\u00e7a existe toujours, \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du village. Leur fille Suzanne Thibault \u00e9pousera en 1914 Henri No\u00ebll, dont il sera question plus loin (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 4 novembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Voir <em>supra<\/em> notes du 5 f\u00e9vrier 1902 et du 20 f\u00e9vrier 1905. Voir aussi <em>infra<\/em> au 23 et 24 janvier 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 septembre 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Au sujet de cette famille, voir <em>supra<\/em> note du 2 octobre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> Elie Talairach, n\u00e9 au Soler le 25 juin 1874, fils de Gaspard Talairach et de Marie Planes, \u00e9pousera le 26 d\u00e9cembre 1905 \u00e0 Lille Ren\u00e9e Delebart, n\u00e9e le 27 mars 1885 \u00e0 Paris (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Albert Lazerme, Jeanne G\u00e9nin et leurs enfants&nbsp;: voir <em>supra<\/em> note du 12 avril 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 23 avril 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> Henri Victor Julien Serradell, n\u00e9 \u00e0 Ille le 15 mars 1858, pharmacien, fils de Jean Baptiste Blaise Serradell, propri\u00e9taire, d\u2019une vieille famille de Vin\u00e7a, et de Fran\u00e7oise Larrive. Il \u00e9pousa le 7 septembre 1887 \u00e0 Thuir Marguerite Trilles (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref52\" id=\"_ftn52\">[52]<\/a> Voir <em>supra<\/em> notes des 28 novembre 1903 et 11 octobre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref53\" id=\"_ftn53\">[53]<\/a> Louis d\u2019Ax de Cessales (n\u00e9 en 1840 \u00e0 Perpignan), fils d\u2019Eug\u00e8ne d\u2019Ax de Cessales \u2013 issu d\u2019une autre branche de la famille de Dax, souvent cit\u00e9e dans ce journal \u2013 et de Marie-Caroline de Coignac, mari\u00e9 en 1875 \u00e0 S\u00e8te avec Marguerite Courtois. Ils eurent deux fils, Pierre (1880-1973) et Marie Fran\u00e7ois Hubert Henri (1889-1916) et deux filles, Mari-Th\u00e9r\u00e8se n\u00e9e en 1876, Marie Louise n\u00e9e en 1882 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref54\" id=\"_ftn54\">[54]<\/a> Joseph Carbasse (1857-1906), dipl\u00f4m\u00e9 de l\u2019\u00c9cole des Beaux-Arts, architecte du d\u00e9partement des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, nomm\u00e9 le 3 avril 1888, inspecteur des travaux dioc\u00e9sains en remplacement de son beau-fr\u00e8re Remorain, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 12 janvier 1888. Il d\u00e9missionne en 1894 par suite de mauvais rapports avec L\u00e9on B\u00e9nouville, l&rsquo;architecte dioc\u00e9sain (d\u2019apr\u00e8s le R\u00e9pertoire des architectes dioc\u00e9sains du XIXe si\u00e8cle) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref55\" id=\"_ftn55\">[55]<\/a> Louise de R\u00e8gnes (1839-1917), veuve d\u2019Auguste de Guardia petite-fille d\u2019une Lazerme et donc cousine de Mme d\u2019Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e Lazerme. Elle \u00e9tait la m\u00e8re de trois personnages cit\u00e9s de fa\u00e7on r\u00e9currente ici&nbsp;: Berthe de Guardia (1857-1943), Mme Gout de Bize, Victor (1863-1899) et Paul de Guardia (1872-1941). Victor avait \u00e9pous\u00e9 en 1891 Jeanne Dexpers (1864-1956), qui est souvent d\u00e9sign\u00e9e ici comme \u00ab&nbsp;tante Jeanne&nbsp;\u00bb (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref56\" id=\"_ftn56\">[56]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 octobre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref57\" id=\"_ftn57\">[57]<\/a> Joseph Jonqu\u00e8res (1882-1945). Il s\u2019agit du fr\u00e8re cadet d\u2019Henri Jonqu\u00e8res, cit\u00e9 ci-dessus (note du 18 mai 1905). Il \u00e9pousera Henriette de Ferluc et sera le p\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre cavalier Pierre Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola (1920-2011) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref58\" id=\"_ftn58\">[58]<\/a> Il s\u2019agit d\u2019une orthographe erron\u00e9e. Constance Pasquier de Franclieu (1849-1916) avait \u00e9pous\u00e9 \u00e0 El Biar en 1873 Xavier de Reydet de Vulpilli\u00e8res (1848-1874). Elle \u00e9tait l\u2019une des 12 enfants de Camille Pasquier de Franclieu et de Victorine Rouher de Juillac. Sa s\u0153ur, Jeanne Pasquier de Franclieu (1859-1933) avait \u00e9pous\u00e9 \u00e0 El Biar en 1884 Eug\u00e8ne de Sulauze (1855-1905). Voir <em>supra<\/em> note du 10 juillet 1901 pour la parent\u00e9 avec les Franclieu (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref59\" id=\"_ftn59\">[59]<\/a> Josep Miralles i Sbert (1860-1947), chanoine de Palma et historien de Majorque, qui en fut \u00e9v\u00eaque de 1930 \u00e0 sa mort (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref60\" id=\"_ftn60\">[60]<\/a> Andr\u00e9 Desperamons (1861-1951), avocat et directeur du journal <em>Le Roussillon<\/em>, grande figure du royalisme dans les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, dont il sera souvent question dans ce journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref61\" id=\"_ftn61\">[61]<\/a> Albert Salsas (Palau-de-Cerdagne, 26 f\u00e9vrier 1864-4 juin 1940), receveur de l\u2019Enregistrement et des Domaines, auteur de nombreuses \u00e9tudes historiques sur le Roussillon et la Cerdagne, dont le fonds d\u2019archives se trouve aux Archives d\u00e9partementales des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref62\" id=\"_ftn62\">[62]<\/a> Comme Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch le corrigera lui-m\u00eame plus loin (voir <em>infra <\/em>au 11 d\u00e9cembre 1905), il s\u2019agit ici d\u2019une erreur&nbsp;: Jean d\u2019Est\u00e8ve Simon (1719-1810) n\u2019\u00e9tait pas le trisa\u00efeul d\u2019Antoine mais le fr\u00e8re de son bisa\u00efeul Fran\u00e7ois-Xavier Est\u00e8ve Simon (1739-1822) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref63\" id=\"_ftn63\">[63]<\/a> M. Michel de Llobet, capitaine d\u2019infanterie coloniale, a pris au Tonkin la fi\u00e8vre coloniale \u00e0 laquelle, apr\u00e8s des hauts et des bas, il a succomb\u00e9 au mois d\u2019ao\u00fbt dernier ; il \u00e9tait pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 depuis d\u00e9cembre 1904 (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref64\" id=\"_ftn64\">[64]<\/a> La Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, fond\u00e9e une premi\u00e8re fois en 1853, a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement r\u00e9organis\u00e9e et, pour ainsi dire, fond\u00e9e de nouveau en 1859 par Bon Papa qui en a \u00e9t\u00e9 le pr\u00e9sident de 1864 (\u00e0 la place de M. de Massia) jusqu\u2019\u00e0 1895 (date de sa mort) (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref65\" id=\"_ftn65\">[65]<\/a> J\u2019ai pris l\u2019exemple \u00ab maladie \u00bb, parce que la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien est une mutuelle contre la maladie (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref66\" id=\"_ftn66\">[66]<\/a> L&rsquo;identification exacte de ce personnage pose probl\u00e8me. Plus loin (9 janvier 1906), l&rsquo;auteur indique qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;Henri du Lac. Il y eut deux alliances entre des MM. du Lac et des demoiselles de Llobet (Dieudonn\u00e9 du Lac mari\u00e9 en 1875 \u00e0 Marguerite-Marie de Llobet, et son fr\u00e8re Joseph du Lac mari\u00e9 \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se de Llobet en 1878, ces derniers parents de Gabrielle du Lac, la future \u00e9pouse d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch). Cependant, aucun de leurs enfants ne porte ce pr\u00e9nom. Il s&rsquo;agit peut-\u00eatre d&rsquo;une confusion. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 25 septembre 1903 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. 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