{"id":383,"date":"2026-03-18T23:59:10","date_gmt":"2026-03-18T23:59:10","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/?p=383"},"modified":"2026-05-01T18:16:24","modified_gmt":"2026-05-01T18:16:24","slug":"1906","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/03\/18\/1906\/","title":{"rendered":"1906"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janvier 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 janvier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 1<sup>er<\/sup> janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici donc commenc\u00e9e cette ann\u00e9e qui verra notre d\u00e9part d\u2019Angers et notre retour en Roussillon ; ann\u00e9e bien importante pour nous ! Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. J\u2019\u00e9cris plusieurs cartes. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des visites et je pose des cartes ; on commence \u00e0 savoir que nous quitterons prochainement Angers et plusieurs personnes me parlent de ce d\u00e9part&nbsp;; c\u2019est fort ennuyeux ; les quelques mois que nous avons encore \u00e0 passer ici seront rendus d\u00e9sagr\u00e9ables par les lamentations que nous allons avoir \u00e0 entendre. On m\u2019annonce aussi, de deux c\u00f4t\u00e9s diff\u00e9rents&#8230; mon mariage. Ce bruit a pris tellement de consistance que je me demande si ce ne sont pas les Padirac qui le font courir ; d\u00e9cid\u00e9ment, les gens s\u2019occupent beaucoup de mon avenir ; en Roussillon, on a annonc\u00e9 pendant deux ans mon mariage avec Mlle Delebart (qui vient de se marier le 27 d\u00e9cembre), on a aussi parl\u00e9 \u00e0 Ille de Marie-Louise de Lacour ; ici, de Madeleine de Padirac ; \u00e0 quand le vrai ? Peut-\u00eatre en 1906 ? Je ne sais&nbsp;; et je n\u2019ai, pour le moment, aucune jeune fille en vue. Mais l\u2019occasion peut venir si Dieu le veut ; qui sait si les gens d\u2019Ille n\u2019auront pas raison ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 2 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9cris encore de nombreuses cartes. L\u2019apr\u00e8s-midi, malgr\u00e9 le mauvais temps, je fais plusieurs visites ; je ne rencontre que Mme Courtois et Mme Albert. Visite des pauvres aussi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 3 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Temps \u00e9pouvantable ; tr\u00e8s doux, mais horriblement humide ; il pleut \u00e0 torrents. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites : Mmes de La Villebiot, Regnard, Perrin ; je ne rencontre que les deux derni\u00e8res. Nous avons la visite de M. l\u2019abb\u00e9 Delahaye qui nous raconte, \u00e0 Papa et \u00e0 moi, des choses fort peu \u00e9difiantes sur la vie priv\u00e9e de l\u2019abb\u00e9 Bosseboeuf<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, cet aventurier qui est venu jeter le trouble en Anjou et qui a l\u2019audace, alors qu\u2019il a avec une femme (ou plusieurs) des rapports adult\u00e8res (qui commencent \u00e0 se conna\u00eetre maintenant), de se poser en champion de la cause catholique, catholique-r\u00e9publicaine \u00e0 la mani\u00e8re des abb\u00e9s d\u00e9mocrates bien entendu. Mme Perrin m\u2019a donn\u00e9 un renseignement int\u00e9ressant&nbsp;; elle a vu hier le P. Lemius<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, ancien sup\u00e9rieur de Montmartre, qui arrive de Rome ; il lui a dit que tous les bruits qui courent dans les journaux sur les instructions que donnera le pape relativement \u00e0 la question de la s\u00e9paration, sont absolument faux ; le pape est muet comme un tombeau et est absolument d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne parler qu\u2019au moment voulu par lui ; pas un cardinal, en dehors du cardinal Merry del Val, ne conna\u00eet l\u2019opinion du pape. Tant que le pape n\u2019a pas parl\u00e9, et tout porte \u00e0 croire qu\u2019il ne parlera pas de sit\u00f4t, on peut donc discuter. Eh bien, mon opinion (partag\u00e9e par un grand nombre de Catholiques) est qu\u2019on ne devrait pas former les associations cultuelles et qu\u2019on devrait ignorer la loi ; ces associations sont pleines de pi\u00e8ges ; le gouvernement, par le Conseil d\u2019\u00c9tat, aura toujours la main sur elles ; de plus, les \u00e9v\u00eaques auront fort peu de pouvoirs dans cette organisation qui est contraire \u00e0 la discipline de l\u2019\u00c9glise ; enfin, en formant ces associations et en acceptant de l\u2019\u00c9tat les \u00e9glises qu\u2019il vient de nous voler pour la seconde fois, nous aurions l\u2019air de sanctionner la spoliation. D\u2019ailleurs, le fait m\u00eame que le gouvernement nous invite \u00e0 former ces associations devrait nous mettre en garde ; nous avons \u00e9t\u00e9 assez souvent roul\u00e9s par lui en faisant \u00ab&nbsp;l\u2019essai loyal&nbsp;\u00bb de ses lois pers\u00e9cutrices ; ne donnons pas une fois de plus dans le panneau ; surtout, d\u00e9fions-nous des Catholiques na\u00effs qui parlent de \u00ab&nbsp;faire l\u2019essai loyal de la loi&nbsp;\u00bb ; ce fameux essai loyal ne serait possible qu\u2019avec un gouvernement loyal, ce qui n\u2019est pas notre cas. Si le pape ordonne donc de former les associations cultuelles, je m\u2019inclinerai et j\u2019ob\u00e9irai mais la mort dans l\u2019\u00e2me et avec la conviction que nous courons \u00e0 de grands d\u00e9sastres ; l\u2019ob\u00e9issance seule me fera agir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 4 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je commence la r\u00e9daction de ma th\u00e8se de doctorat sur \u00ab&nbsp;Le repos hebdomadaire&nbsp;\u00bb ; je m\u2019occupe d\u2019abord de l\u2019historique de la question. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites : Mmes Robiou du Pont, de La Villebiot (Geoffroy), de Chappedelaine (la comtesse car la vicomtesse a quitt\u00e9 Angers, son mari ayant \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 chef du g\u00e9nie \u00e0 Cherbourg), Bordeaux-Montrieux ; les deux derni\u00e8res par carte. Il pleut tr\u00e8s fort depuis trois jours ; l\u2019humidit\u00e9 est p\u00e9n\u00e9trante et m\u2019a donn\u00e9 une petite douleur rhumatismale au tendon droit qui me g\u00eane parfois pour marcher&nbsp;; par contre, la temp\u00e9rature est extraordinairement douce ; nous avons jusqu\u2019\u00e0 14\u00b0&nbsp;; on a trop chaud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 5 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une lettre de Bonne Maman me d\u00e9cide \u00e0 aller \u00e0 Vin\u00e7a pour la f\u00eate de Saint S\u00e9bastien le 20 janvier ; Bonne Maman (et Maman surtout, par son interm\u00e9diaire) se chargent des frais ; je pourrai prendre, ici m\u00eame, un billet d\u2019aller et retour pour Vin\u00e7a ; il sera valable 11 jours et co\u00fbtera, en seconde classe, 92 fr. J\u2019\u00e9cris \u00e0 M. Bouch\u00e8de pour lui annoncer ma pr\u00e9sence \u00e0 la f\u00eate de la Soci\u00e9t\u00e9 et pour saisir le bureau de la question de l\u2019affiliation de la soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien \u00e0 l\u2019Union centrale mutualiste qui, pour une cotisation insignifiante, assure des avantages tr\u00e8s appr\u00e9ciables aux membres participants des soci\u00e9t\u00e9s unies et surtout \u00e0 leurs femmes (indemnit\u00e9s de maternit\u00e9 et de sevrage) ; je ne pense pas que cette question soul\u00e8ve des difficult\u00e9s. L\u2019apr\u00e8s-midi, le temps \u00e9tant un peu meilleur, bien que toujours tr\u00e8s doux, je fais quelques visites : Mmes de Kergos (que je ne rencontre pas), de Villelume (idem), Follenfant et M. Gavouy\u00e8re. Un spectacle amusant pour nous qui le contemplons de la galerie est celui de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle qui met le chichi le plus complet dans le camp r\u00e9publicain ; les uns tiennent pour Doumer, d\u2019autres pour Falli\u00e8res qui para\u00eet \u00eatre le favori du bloc ; certains parlent de Freycinet ; certains voudraient Combes mais n\u2019osent pas le dire et se rallient \u00e0 Falli\u00e8res ; pour moi, cette question, qui ne m\u2019int\u00e9resse nullement, me laisse absolument indiff\u00e9rent. Quel que soit le pr\u00e9sident qui s\u2019installera au Faubourg Saint-Honor\u00e9, il ne repr\u00e9sentera jamais la France et ne sera que l\u2019\u00e9lu d\u2019un parti. Par cons\u00e9quent, Doumer, Falli\u00e8res, Freycinet ou Combes, je mets tout cela dans le m\u00eame sac ; le dernier nomm\u00e9, cependant, Combes en raison des abominations qui se sont commises sous son minist\u00e8re (guerre \u00e0 l\u2019\u00c9glise, au pape, aux congr\u00e9gations, \u00e0 l\u2019enseignement libre, \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e etc.) me serait encore plus antipathique que les autres ; mais je crois qu\u2019il n\u2019a aucune chance de d\u00e9crocher la timbale. Le bloc votera pour Falli\u00e8res ; toute l\u2019opposition, depuis les royalistes jusqu\u2019aux progressistes, pour faire \u00e9chec au bloc, votera pour Doumer ; et celui qui sera \u00e9lu est, d\u2019apr\u00e8s moi\u2026 Panama I<sup>er<\/sup>, le p\u00e8re Loubet, qui, apr\u00e8s avoir d\u00e9clar\u00e9 tout et plus qu\u2019il ne serait pas candidat, finira bien au dernier moment, par accepter (pour se d\u00e9vouer \u00e0 la R\u00e9publique bien entendu) le fauteuil que le bloc, uni aux progressistes peut-\u00eatre, lui laissera afin de barrer le passage \u00e0 Doumer. Quel chichi !!! Et dire que c\u2019est est au milieu de ce d\u00e9sarroi que va s\u2019ouvrir la conf\u00e9rence d\u2019Alg\u00e9siras d\u2019o\u00f9 peut sortir la guerre avec l\u2019Allemagne ! Triste r\u00e9gime ! Les autres peuples auront un chef qui saura pr\u00e9voir ; nous, nous aurons deux soliveaux irresponsables ; nous n\u2019y gagnerons gu\u00e8re ! Ce matin, je me confesse et je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 h \u00e0 Notre-Dame pour f\u00eater le 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois et de l\u2019ann\u00e9e. Le soir, je vais \u00e0 l\u2019Adoration \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 6 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se puis je vais \u00e0 la Mairie v\u00e9rifier si je suis inscrit sur la liste \u00e9lectorale et faire inscrire Jean. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite de Jacques Herv\u00e9-Bazin qui est venu d\u2019Arcachon passer quelques jours ici ; je l\u2019invite \u00e0 venir d\u00eener mardi&nbsp;; je vais aussi \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 inviter le jeune homme Du Lac<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, puis je fais quelques visites : Mme Henry, M. Baugas, etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 7 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate de l\u2019\u00c9piphanie, \u00e0 la messe de 8 h \u00e0 Notre-Dame ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Saint-Serge aux v\u00eapres solennelles qui cl\u00f4turent les f\u00eates de l\u2019Adoration et qui sont pr\u00e9sid\u00e9es par Monseigneur ; nous faisons acte de paroissiens. Ensuite je vais voir Ren\u00e9 de La Villebiot.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 janvier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 8 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une foule de visites dont, heureusement, plusieurs par carte : Mmes Gavouy\u00e8re, Mongazon, Jac, de Chappedelaine, Blanc, des Loges, Normand d\u2019Authon. \u00c0 5 h, r\u00e9union de l\u2019Action fran\u00e7aise ; on y mange le g\u00e2teau des Rois. Les imprimeurs n\u2019ayant pas os\u00e9 tirer les 200 affiches par peur de poursuites, nous leur avons fait faire 6000 tracts \u00e0 la place ; on les distribue ces jours-ci ; esp\u00e9rons qu\u2019ils auront du succ\u00e8s ; ils mettent les points sur les i et ne p\u00e8chent pas par le vague. Les \u00e9lections s\u00e9natoriales d\u2019hier, qui ne pouvaient pas donner grand r\u00e9sultat, ne sont pas trop mauvaises ; les conservateurs monarchistes conservent tous leurs si\u00e8ges avec des majorit\u00e9s accrues comme ici par exemple, et en gagnent cinq nouveaux ; les progressistes en gagnent 3 et en perdent cinq ; donc, en r\u00e9alit\u00e9, ils en perdent 2 ; les radicaux en perdent quelques-uns ; quant aux socialistes, ils r\u00e9ussissent \u00e0 faire entrer deux des leurs au S\u00e9nat. C\u2019est donc la droite et les socialistes \u2013 les partis extr\u00eames \u2013 qui ont les succ\u00e8s de la journ\u00e9e aux d\u00e9pens des partis moyens ; c\u2019est dans la logique. Le Maine et Loire a des r\u00e9sultats merveilleux puisque les 6 s\u00e9nateurs sortants \u2013 MM. Merlet, Bodinier, de Blois et Delahaye \u2013 conservateurs royalistes, sont r\u00e9\u00e9lus par 690 \u00e0 700 voix contre entre 250 environ \u00e0 la liste r\u00e9publicaine qui perd environ 50 voix depuis les derni\u00e8res \u00e9lections s\u00e9natoriales&nbsp;; c\u2019est un beau succ\u00e8s pour les sympathiques s\u00e9nateurs et pour le grand comit\u00e9 royaliste qui les pr\u00e9sentait. Mais \u00e0 quoi m\u00e8nera-t-il ? \u00c0 rien je pense ! Car les assembl\u00e9es parlementaires, m\u00eame les meilleures, ont bien peu de chances de faire quelque chose de bon&nbsp;; \u00e0 plus forte raison au S\u00e9nat !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 9 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je m\u2019occupe de renseignements qu\u2019on m\u2019a demand\u00e9s pour un patronage catholique. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une foule de visites toutes par carte, sauf une&nbsp;; beaucoup de dames n\u2019ont pas encore repris leur jour de r\u00e9ception. Nous avons \u00e0 d\u00eener Jacques Herv\u00e9-Bazin et le jeune Henri du Lac<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 10 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une petite douleur rhumatismale que je ressentais dans le tendon droit et qui \u00e9tait pass\u00e9e, \u00e9tant revenue et s\u2019\u00e9tendant aussi au tendon gauche, j\u2019ai beaucoup de peine \u00e0 marcher ; aussi, je prends le parti de ne pas sortir de la journ\u00e9e. Je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, Maman re\u00e7oit plusieurs visites ; j\u2019ai, personnellement, la visite de Ren\u00e9 de La Villebiot.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 11 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma douleur est \u00e0 peu pr\u00e8s pass\u00e9e gr\u00e2ce au repos d\u2019hier et \u00e0 l\u2019hom\u00e9opathie&nbsp;; le matin, je pioche ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites par carte, puis je vais \u00e0 la Conf\u00e9rence Freppel rue Saint-Aignan&nbsp;; travail sur \u00ab&nbsp;Le droit divin&nbsp;\u00bb. Le chanoine Chaplain, que je rencontre, me charge de faire circuler une p\u00e9tition contre le r\u00e9cent d\u00e9cret du ministre de la Guerre \u00c9tienne qui d\u00e9cide de faire des obs\u00e8ques purement civiles aux soldats morts \u00e0 l\u2019H\u00f4pital quand le soldat ou sa famille n\u2019a pas demand\u00e9 formellement des obs\u00e8ques religieuses. Je m\u2019en charge volontiers, car cette mesure est vraiment abominable&nbsp;; il est vrai qu\u2019elle vient apr\u00e8s tant d\u2019autres qui m\u00e9ritent le m\u00eame qualificatif ! Le soir, Jacques des Loges vient passer la soir\u00e9e et prendre le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 12 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 ma th\u00e8se matin et soir. Le soir, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, conf\u00e9rence de M. l\u2019abb\u00e9 Leroy, professeur de langues orientales \u00e0 la Facult\u00e9 des sciences, sur \u00ab&nbsp;L\u2019Exode&nbsp;\u00bb des Juifs. Je fais deux visites, toutes deux par carte.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 13 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je pioche ma th\u00e8se ; l\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9, toujours pour ma th\u00e8se ; ensuite, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, puis prendre la le\u00e7on de chant que je n\u2019ai pas pu prendre mercredi. Ce soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 14 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 h \u00e0 Saint-Serge qui est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e expr\u00e8s pour les membres de la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse. Je reviens \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. Nous avons Maurice<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> qui a obtenu un cong\u00e9 et qui vient le passer avec nous ; il arrive par le train de 9h39 du matin et repart par celui de 10h27 du soir ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne beaucoup avec lui, mais nous ne pouvons pas aller au concert des Amis des Arts, comme nous en avions le projet, parce que Maurice a oubli\u00e9 de mettre ses pattes d\u2019\u00e9paulette ce qui est antir\u00e9glementaire et qu\u2019il ne veut pas \u00eatre vu par des officiers. Il n\u2019a plus que 6 semaines \u00e0 passer \u00e0 Saumur, apr\u00e8s quoi il sera nomm\u00e9 sous-lieutenant ; il a demand\u00e9 la cavalerie l\u00e9g\u00e8re et esp\u00e8re aller aux chasseurs \u00e0 Saint-Mihiel o\u00f9 il serait avec ses parents qui sont admirablement install\u00e9s au ch\u00e2teau de Bugnevaux<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a> entour\u00e9 d\u2019un tr\u00e8s grand parc, aux portes de la ville ; il para\u00eet que c\u2019est charmant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 22 janvier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 15 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques commissions de d\u00e9part, je vois La Morini\u00e8re etc. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais deux visites : Mmes Bonnet et de Moulins que je rencontre. Ce soir, je vais, rue Kellerman, au cercle du chanoine Chaplain, entendre une int\u00e9ressante conf\u00e9rence, avec projections et cin\u00e9matographe, sur le Madur\u00e9 ; elle est faite par le P. Cazelle missionnaire fran\u00e7ais ; il y a beaucoup de monde&nbsp;; Monseigneur pr\u00e9side&nbsp;; tout est fini \u00e0 10h \u00be.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 17 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Hier matin, je fais quelques commissions et pr\u00e9paratifs de d\u00e9part et je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Bonne Maman que j\u2019arriverai le lendemain \u00e0 Vin\u00e7a. Un billet de Marie-Th\u00e9r\u00e8se annon\u00e7ant qu\u2019elle arrivera le soir m\u00eame \u00e0 Angers ; je ne la verrai donc qu\u2019\u00e0 mon retour. Je quitte Angers, par un temps superbe et tr\u00e8s doux, par le train de 11h29 et, par Montreuil-Bellay et Niort, j\u2019arrive \u00e0 Bordeaux \u00e0 8h15 ; ne devant repartir de Bordeaux qu\u2019\u00e0 10h45, j\u2019en profite pour me promener en ville ; je vois les grandes et voyantes affiches annon\u00e7ant la grande r\u00e9union royaliste qui aura lieu le 20 janvier sous la pr\u00e9sidence du comte Eug\u00e8ne de Lur-Saluces, ex-proscrit de la Haute-Cour, sur la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat ; on y entendra une conf\u00e9rence de M. de Lamarzelle, s\u00e9nateur, sur ce sujet qu\u2019il conna\u00eet si bien puisqu\u2019il a d\u00e9fendu au S\u00e9nat pied \u00e0 pied les droits de l\u2019\u00c9glise pendant la discussion de la loi. Si elle avait \u00e9t\u00e9 deux jours plus t\u00f4t ou deux jours plus tard, j\u2019aurais pu m\u2019arranger pour assister \u00e0 cette r\u00e9union ; mais puisqu\u2019elle est le jour m\u00eame de la f\u00eate de Saint-S\u00e9bastien, c\u2019est impossible. Je repars de Bordeaux \u00e0 10 h45, et je suis seul dans mon compartiment jusqu\u2019\u00e0 Narbonne o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 7h20 ; j\u2019en repars \u00e0 7h45, je suis \u00e0 Perpignan \u00e0 9h22 ; je rencontre \u00e0 Perpignan M. Bouch\u00e8de et nous faisons route ensemble jusqu\u2019\u00e0 Vin\u00e7a. Bonne Maman m\u2019attendait \u00e0 la gare ; elle se porte \u00e0 merveille. Je pourrais passer 9 jours ici car mon billet d\u2019aller et retour, 2<sup>\u00e8me<\/sup> classe qui ne co\u00fbte que 92 fr. 75, me donne droit \u00e0 11 jours d\u2019absence d\u2019Angers. Mais tenant \u00eatre \u00e0 Angers mercredi matin pour assister au mariage de Mlle Denyse de Kergos, \u00e0 la messe et au lunch duquel nous sommes tous invit\u00e9s, je repartirai lundi. Ici, on se pr\u00e9pare \u00e0 la f\u00eate de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; je vois plusieurs personnes dans l\u2019apr\u00e8s-midi. M. le cur\u00e9 a \u00e9t\u00e9 avis\u00e9 officiellement que le receveur de l\u2019enregistrement, M. Fr\u00e8re<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, proc\u00e9dera mardi \u00e0 l\u2019inventaire des biens de la Fabrique, ordonn\u00e9 par l\u2019inf\u00e2me loi du 9 d\u00e9cembre. M. Fr\u00e8re, qui est catholique et m\u00eame pratiquant, fera cette op\u00e9ration la mort dans l\u2019\u00e2me, mais il n\u2019a pas le courage de briser sa carri\u00e8re en se refusant \u00e0 cette sale besogne&nbsp;; entre nous soit-dit, \u00e0 sa place j\u2019agirais diff\u00e9remment ; mais je ne suis pas dans sa conscience et je m\u2019abstiens de le juger. Quoi qu\u2019il en soit, M. Fr\u00e8re vient, \u00e0 11 h \u00bd trouver Bonne Maman pour s\u2019entretenir avec elle au sujet de cet inventaire ; il le fait en grand secret car si on venait \u00e0 conna\u00eetre sa d\u00e9marche en haut lieu, cela pourrait lui faire le plus grand tort. Il vient s\u2019excuser d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 de proc\u00e9der \u00e0 cette besogne et dit \u00e0 Bonne Maman qu\u2019il n\u2019aura \u00e0 faire figurer sur l\u2019inventaire que ce qui se trouvera mardi prochain dans l\u2019\u00e9glise et qu\u2019officiellement, il ignorera ce qu\u2019on aura pu faire du reste&nbsp;; et il dit \u00e0 Bonne Maman qu\u2019elle peut faire dispara\u00eetre de l\u2019\u00e9glise tout ce qu\u2019elle voudra. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 fait depuis longtemps. Sans avoir le courage de briser sa carri\u00e8re, M. Fr\u00e8re apporte cependant le plus de m\u00e9nagements possibles \u00e0 l\u2019accomplissement de sa triste mission. Je regrette que les \u00e9v\u00eaques ne donnent pas \u00e0 leurs cur\u00e9s l\u2019ordre de fermer toutes les \u00e9glises au moment de l\u2019inventaire pour obliger les employ\u00e9s du gouvernement \u00e0 les crocheter partout, le gouvernement ne l\u2019oserait certainement pas et nous aurions finalement gain de cause ; mais nous n\u2019avons pas d\u2019\u00e9v\u00eaques, \u00e0 deux ou trois exceptions pr\u00e8s ! C\u2019est affligeant ! Le soir, vers 8h \u00bd, nous apprenons que M. Falli\u00e8res candidat du bloc a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident de la r\u00e9publique, au premier tour de scrutin, donc \u00e0 la majorit\u00e9 absolue ; cela n\u2019a pas grande importance&nbsp;; une nullit\u00e9, qui sera la chose d\u2019un parti de coquins, en remplace une autre qui \u00e9tait l\u2019instrument d\u2019une bande de canailles, et tout est dit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 18 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je suis occup\u00e9 \u00e0 une foule de d\u00e9tails concernant la f\u00eate de samedi, n\u00e9gociations avec la municipalit\u00e9 pour l\u2019\u00e9clairage pendant le bal sur la place publique, commande de lampes \u00e0 ac\u00e9tyl\u00e8ne etc. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Prades entre le train de 3h \u00bd et celui de 7h. Je vais voir mes cousins de Saint Jean et Marie ; avec M. Marie, je cause beaucoup de l\u2019Union centrale mutualiste. Le soir, je vais \u00e9couter les musiciens s\u2019exercer \u00e0 la Mairie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 19 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je m\u2019occupe encore de diverses choses concernant la f\u00eate ; je prends les noms des nouveaux adh\u00e9rents. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais, avec Amiel, \u00e0 la Balme voir o\u00f9 en sont les travaux commenc\u00e9s en novembre&nbsp;; on a d\u00fb les interrompre il y a quinze jours pour tailler les vignes, mais ils sont tr\u00e8s avanc\u00e9s. Une section de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, d\u00e9sign\u00e9e par le sort, s\u2019occupe des pr\u00e9paratifs de la f\u00eate ; je vais voir, plusieurs fois, ce que l\u2019on fait&nbsp;; vers le soir, le temps se g\u00e2te. \u00c0 7h a lieu, \u00e0 l\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale annuelle. Je prononce une petite allocution, puis je propose les nouveaux membres \u2013 12 participants et 6 honoraires \u2013 et je passe en revue les diverses questions inscrites \u00e0 l\u2019ordre du jour ; je fais voter sur chaque question, toutes sont adopt\u00e9es ; la principale est l\u2019adh\u00e9sion de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019Union centrale mutualiste, elle est adopt\u00e9e sans protestation et cela para\u00eet faire beaucoup de plaisir. Le temps est tout \u00e0 fait mauvais, il pleut \u00e0 verse et les danses qui devient avoir lieu ce soir sont \u00e0 peu pr\u00e8s manqu\u00e9es, ainsi que les s\u00e9r\u00e9nades ; on vient, cependant, m\u2019en faire une que je reconnais en donnant quelques pi\u00e8ces aux musiciens pour aller boire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 20 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104417-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"788\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104417-Copie-1024x788.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-385\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104417-Copie-1024x788.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104417-Copie-300x231.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104417-Copie-768x591.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104417-Copie-1536x1181.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104417-Copie.jpg 1936w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">F\u00eate de Saint-S\u00e9bastien \u00e0 Vin\u00e7a \u2013 Clich\u00e9 anonyme, non dat\u00e9 [peut-\u00eatre 1906] (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"719\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-1024x719.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-386\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-1024x719.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-300x211.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-768x539.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-1536x1079.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-2048x1438.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">F\u00eate de Saint-S\u00e9bastien \u00e0 Vin\u00e7a \u2013 Clich\u00e9 anonyme, non dat\u00e9 [peut-\u00eatre 1906] (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui le grand jour qui a motiv\u00e9 mon voyage. \u00c0 8h \u00be, les membres honoraires et le bureau ainsi que les chefs de section viennent me prendre avec la musique ; et, ainsi escort\u00e9, je vais rejoindre le reste de la Soci\u00e9t\u00e9 ; les deux banni\u00e8res et la musique se placent en t\u00eate et commence le d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 travers les rues de la ville qui remplace la procession qui se faisait autrefois avant l\u2019interdiction ; apr\u00e8s le d\u00e9fil\u00e9, qui a lieu par un vent de nord-ouest glac\u00e9, on rentre \u00e0 l\u2019\u00e9glise pour la grand\u2019messe qui est tr\u00e8s solennelle. Apr\u00e8s la grand\u2019messe, on revient sur la place du Puig o\u00f9 j\u2019adresse quelques paroles de remerciement et d\u2019encouragement aux soci\u00e9taires, puis on me raccompagne en grande pompe \u00e0 la maison avec les banni\u00e8res. Un peu plus tard, je vais avec le bureau remercier M. le cur\u00e9 de la c\u00e9r\u00e9monie religieuse ; puis, au bras de Mme Bouch\u00e8de, femme du vice-pr\u00e9sident, j\u2019ouvre sur la place du Puig le bal des soci\u00e9taires appel\u00e9 <em>\u00ab&nbsp;Ball de l\u2019Ouffice&nbsp;\u00bb<\/em> ; je danse avec plusieurs jeunes filles, membres honoraires ou filles de soci\u00e9taires. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s les v\u00eapres, nouveau bal ; il devait y en avoir un dernier le soir sur la place, mais le vent est tellement fort et tellement froid que, \u00e0 la demande g\u00e9n\u00e9rale, nous d\u00e9cidons de le donner dans la salle Llech ; j\u2019y vais vers 8h \u00bd et j\u2019y reste jusqu\u2019\u00e0 minuit&nbsp;; j\u2019y fais danser un tr\u00e8s grand nombre de filles du peuple car, le jour de la Saint-S\u00e9bastien, toutes les classes sociales, ici, se confondent ; c\u2019est de la vraie \u00ab&nbsp;d\u00e9mocratie chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb au sens o\u00f9 l\u2019entend le pape ou plut\u00f4t de \u00ab&nbsp;l\u2019action populaire chr\u00e9tienne&nbsp;\u00bb, c\u2019est parfait. Entre temps, j\u2019ai d\u00fb, plusieurs fois, accepter \u00e0 boire des musiciens, des membres de la section charg\u00e9e de l\u2019organisation de la f\u00eate etc. Avec tous, je m\u2019efforce d\u2019\u00eatre aussi aimable que possible. Aussi, je suis tr\u00e8s content quand plusieurs soci\u00e9taires me disent qu\u2019on a remarqu\u00e9 que <em>\u00ab&nbsp;je ne suis pas fier&nbsp;\u00bb<\/em> avec les gens du peuple et que <em>\u00ab&nbsp;je n\u2019ai pas peur d\u2019attraper la gale en leur serrant la main&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; c\u2019est le t\u00e9moignage des gens du peuple et c\u2019est celui qui me fait le plus de plaisir. Je me couche \u00e0 minuit \u00bd avec une r\u00e9elle satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 21 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 8h ; il para\u00eet que le bal a continu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 3 heures. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10h, apr\u00e8s quoi je d\u00e9jeune et je pars \u00e0 Ille de midi \u00e0 3h \u00bd ; \u00e0 Ille, je vois une foule de personnes, les Pierre Vidal, les demoiselles Mathieu, Jacques le fermier de la m\u00e9tairie, M. le cur\u00e9, M. Trull\u00e8s etc. De retour \u00e0 Vin\u00e7a, je r\u00e9dige le proc\u00e8s-verbal de de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale d\u2019avant-hier&nbsp;; puis je vais le lire et le faire signer \u00e0 plusieurs membres du bureau. Demain, d\u00e9part.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 28 janvier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 23 janvier 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-203335.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"427\" height=\"528\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-203335.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-387\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-203335.jpg 427w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-203335-243x300.jpg 243w\" sizes=\"auto, (max-width: 427px) 100vw, 427px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maison de Pontich \u00e0 Vin\u00e7a, rue Presa \u2013 Photo de 2008 (Google StreetView)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier ; c\u2019\u00e9tait impossible puisque j\u2019\u00e9tais en chemin de fer \u00e0 l\u2019heure de le faire. Le matin, je fais mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, je vais voir un malade de la Soci\u00e9t\u00e9 et je r\u00e9unis, \u00e0 11h \u00bd, le bureau pour trancher, avant mon d\u00e9part, un cas d\u00e9licat. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner avant l\u2019heure du d\u00e9part, je vais dire adieu \u00e0 quelques personnes ; nous avons la visite de M. le cur\u00e9 qui vient annoncer \u00e0 Bonne Maman qu\u2019il portera ce soir ou demain matin le Saint-Sacrement dans la chapelle de la maison o\u00f9 un tabernacle a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9, afin qu\u2019il ne soit pas \u00e0 l\u2019\u00e9glise pendant l\u2019inventaire ; Bonne Maman accepte avec joie l\u2019insigne honneur que lui fait Notre Seigneur en venant lui demander l\u2019hospitalit\u00e9 ; vraiment, cette maison ne peut pas, apr\u00e8s cela, ne pas \u00eatre b\u00e9nite de Dieu et comme c\u2019est la maison d\u2019une partie de nos anc\u00eatres et celle o\u00f9 je suis n\u00e9, j\u2019en \u00e9prouve, moi aussi, une grande fiert\u00e9 et une grande joie. Avoir l\u2019honneur de donner asile \u00e0 Notre Seigneur chass\u00e9 de son temple saint par les pers\u00e9cuteurs est certainement un signe de b\u00e9n\u00e9diction pour cette maison et pour ses habitants. Bonne Maman prend aussi toutes ses dispositions pour bien cacher les objets de l\u2019\u00e9glise qu\u2019on veut soustraire \u00e0 l\u2019inventaire et qu\u2019on lui a confi\u00e9s, notamment des reliques ; pr\u00e9voyant une perquisition possible, elle r\u00e9unit tous ces objets dans le petit cabinet voisin de l\u2019ancienne chambre de Bon Papa, qu\u2019elle fait murer et tapisser. Nous voil\u00e0 revenus au temps de la R\u00e9volution ! Je quitte Vin\u00e7a par le train de 3h \u00bd et par Narbonne, Bordeaux, Niort et Montreuil-Bellay, je rentre \u00e0 Angers o\u00f9 j\u2019arrive aujourd\u2019hui \u00e0 4h \u00bd&nbsp;; \u00e0 la gare de Toulouse, M. l\u2019abb\u00e9 Latour que j\u2019avais pr\u00e9venu de mon passage, vient me voir ; \u00e0 Bordeaux, o\u00f9 j\u2019ai pr\u00e8s de 4 heures \u00e0 perdre, j\u2019entre en ville&nbsp;; je vais \u00e0 Saint-Andr\u00e9. J\u2019arrive \u00e0 Angers par un temps froid mais calme et superbe, bien diff\u00e9rent de la temp\u00eate de nord-ouest qui s\u00e9vissait hier en Roussillon. Je trouve \u00e0 la gare Papa, Maman, Philo et Marie Th\u00e9r\u00e8se qui est arriv\u00e9e le soir de mon d\u00e9part et qui est ici pour plusieurs semaines. Mon voyage m\u2019a fait manquer la soir\u00e9e de contrat donn\u00e9e hier soir par le marquis et la marquise de Kergos \u00e0 l\u2019occasion du mariage de leur fille Denyse \u00e0 laquelle j\u2019\u00e9tais invit\u00e9 ; Papa, Maman et Philo y sont all\u00e9s hier soir ; c\u2019\u00e9tait, para\u00eet-il, tr\u00e8s brillant et tr\u00e8s select&nbsp;; il n\u2019y avait presque pas d\u2019invit\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 Richou<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Mais je ne regrette pas mon voyage, car je devais le faire, je le devais \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien et, maintenant, j\u2019ai conscience d\u2019avoir rempli tout mon devoir de pr\u00e9sident.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 24 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve assez tard pour rattraper le temps perdu hier ; il fait froid et beau, cela vaut mieux, pour le mariage, que la pluie et la boue. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h afin d\u2019arriver d\u2019assez bonne heure \u00e0 la cath\u00e9drale ; nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner Mme de Padirac et Madeleine qui sont venues de la campagne aussi pour le mariage. \u00c0 ce propos, il para\u00eet que le bruit de mon mariage avec Madeleine de Padirac prend de plus en plus de consistance malgr\u00e9 mes d\u00e9mentis ; on en parle de tous c\u00f4t\u00e9s ; on d\u00e9signe m\u00eame l\u2019appartement dans lequel nous devons nous installer ; voil\u00e0 qui est un peu fort ! La respectable comtesse de Tolghou\u00ebt, qui a des relations dans le Midi, a dit que ce mariage serait tr\u00e8s assorti \u00e0 cause de la parit\u00e9 des deux familles etc. etc. Ces bruits si persistants font que nous sommes oblig\u00e9s de voir les Padirac bien plus rarement qu\u2019autrefois ; aujourd\u2019hui notamment, pendant que ces dames vont ensemble \u00e0 la cath\u00e9drale, j\u2019invente un pr\u00e9texte quelconque pour y aller de mon c\u00f4t\u00e9 afin qu\u2019on ne nous rencontre pas ensemble, ce qui ferait marcher les langues encore davantage.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le mariage a lieu \u00e0 11h50 environ dans la cath\u00e9drale comble et magnifiquement par\u00e9e et illumin\u00e9e ; chant et musique des plus r\u00e9ussis, toilettes magnifiques etc. C\u2019est Monseigneur qui donne la b\u00e9n\u00e9diction nuptiale apr\u00e8s un long discours. Ensuite, d\u00e9fil\u00e9 interminable \u00e0 la sacristie. Un peu plus tard, nous allons au lunch servi chez les Kergos et j\u2019admire l\u2019exposition des cadeaux. Tout est fini vers 2h \u00bd. Mariage tr\u00e8s brillant, mais assez mal assorti sous le rapport des familles. Quand Monseigneur a rappel\u00e9 les cinq si\u00e8cles de noblesse des De Kergofen de Kergos qui comptent dans leurs ascendants des militaires nombreux, des conseillers au parlement de Bretagne, etc. etc., on n\u2019a pu s\u2019emp\u00eacher de penser que leur descendante, si sa famille avait une meilleure position de fortune, n\u2019aurait pas \u00e9pous\u00e9 le banquier Richou !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, Maman a des quantit\u00e9s de visites. J\u2019en fais deux : Mme Huault-Dupuy la jeune et la g\u00e9n\u00e9rale Lelong.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 25 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais quelques commissions avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se ; l\u2019apr\u00e8s-midi je vais un moment \u00e0 la permanence de la section angevine de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise, rue Corneille, puis, plus tard, \u00e0 la Conf\u00e9rence Freppel o\u00f9 l\u2019on a fait une int\u00e9ressante conf\u00e9rence sur \u00ab&nbsp;Le mouvement de 1789&nbsp;\u00bb. Bonne Maman nous \u00e9crit que le Saint-Sacrement est dans la chapelle de la maison depuis lundi&nbsp;; M. le cur\u00e9 et le vicaire l\u2019y ont port\u00e9 ostensiblement et plusieurs personnes viennent l\u2019y adorer. Ici, on n\u2019oppose pas une r\u00e9sistance s\u00e9rieuse aux fonctionnaires qui viennent faire l\u2019inventaire du mobilier des \u00e9glises ; on proteste \u00e0 peine, et c\u2019est ainsi dans la plupart des dioc\u00e8ses, o\u00f9 \u00e9v\u00eaques et cur\u00e9s rivalisent de platitude vis-\u00e0-vis des agents de la r\u00e9publique ma\u00e7onnique, laissent faire et sont m\u00eame fort ennuy\u00e9s si des Catholiques plus z\u00e9l\u00e9s et moins moules qu\u2019eux font mine de protester. Seul Mgr Turinaz, le vaillant \u00e9v\u00eaque de Nancy, para\u00eet vouloir r\u00e9sister jusqu\u2019au bout ; quatre ou cinq autres ont protest\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on plus ou moins \u00e9nergique par des lettres ou des discours, pas par des actes bien s\u00fbr ; ailleurs, cela passe inaper\u00e7u. C\u2019est navrant !!! Les sectaires ont beau jeu ; quelques preuves qu\u2019ils aient eu de l\u2019avachie des Catholiques fran\u00e7ais depuis trente ans, ils ne pouvaient pas s\u2019attendre \u00e0 les voir leur faciliter \u00e0 ce point leur ignoble besogne. Si, d\u00e8s la premi\u00e8re escarmouche on c\u00e8de ainsi, que sera-ce plus tard quand l\u2019application de la loi de S\u00e9paration sera compl\u00e8te ? Vraiment, c\u2019est \u00e0 d\u00e9sesp\u00e9rer de l\u2019avenir de l\u2019\u00c9glise de France, et c\u2019est \u00e0 croire que nous sommes m\u00fbrs pour l\u2019asservissement le plus complet. Et dire que les choses se passent ainsi en Anjou, dans la r\u00e9gion la plus catholique de la France ! Que diraient de leurs descendants les h\u00e9ros des guerres de Vend\u00e9e ? Que dirait Mgr Freppel s\u2019il pouvait voir cela ? Ah, les francs-ma\u00e7ons et les Juifs doivent se frotter les mains et rire \u00e0 nos d\u00e9pens !!!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 26 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais, comme tous les vendredis \u00e0 la messe de 9h, puis \u00e0 ma le\u00e7on de chant que je n\u2019ai pu prendre avant-hier. L\u2019apr\u00e8s-midi, vers 5h, nous allons tous \u00e0 la r\u00e9ception de Mme Robert Huault-Dupuy organis\u00e9e en l\u2019honneur de sa s\u0153ur Mme de P\u00e9tigny de Saint-Romain qui est ici en ce moment ; de 5 \u00e0 6h \u00bd, toute la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Angers \u2013 aristocratie et haute bourgeoisie \u2013 d\u00e9file dans les salons de Mme R. Huault-Dupuy&nbsp;; un moment, on est certainement 200. Je crois que ces r\u00e9ceptions vont prendre cette ann\u00e9e ; on ne voudra pas s\u2019amuser \u00e0 cause des tristesses de l\u2019heure pr\u00e9sente, et comme il faut bien se voir, on assistera \u00e0 des r\u00e9ceptions en matin\u00e9e comme celle d\u2019aujourd\u2019hui. Le soir, je vais avec Papa \u00e0 une conf\u00e9rence de M. Saint-Maur qui avait pour titre \u00ab&nbsp;Une r\u00e9publique mod\u00e8le&nbsp;\u00bb et qui a trait \u00e0 l\u2019Andorre ; pour nous Roussillonnais cette conf\u00e9rence avait un attrait tout particulier ; le titre avait attir\u00e9 pas mal de monde ; il est rare, en effet, d\u2019entendre parler d\u2019une r\u00e9publique mod\u00e8le et tout le monde veut conna\u00eetre ce merle blanc&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 27 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir M. du Plessis<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a> pour lui demander un renseignement d\u2019ordre historique au sujet de ma th\u00e8se ; ensuite, salle d\u2019armes. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de- Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 28 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. Nous avons Maurice qui n\u2019a plus qu\u2019un mois \u00e0 passer \u00e0 Saumur avant d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 sous-lieutenant ; il voudrait \u00eatre nomm\u00e9 aux chasseurs \u00e0 Saint-Mihiel o\u00f9 son p\u00e8re est en garnison, mais n\u2019est pas s\u00fbr d\u2019obtenir ce r\u00e9giment ; tout au moins d\u00e9sire-t-il la cavalerie l\u00e9g\u00e8re (chasseurs ou hussards). L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne un peu avec Maurice ; je vais au salut \u00e0 Saint-Joseph. \u00c0 5h, nous allons tous (sauf Philom\u00e8ne) au concert qui se donne tous les dimanches aux Amis des Arts ; une artiste, des Vari\u00e9t\u00e9s chante plusieurs chansonnettes plus que grivoises ; on pourrait les qualifier de \u00ab&nbsp;chansons rosses&nbsp;\u00bb et elles ne d\u00e9pareraient pas le r\u00e9pertoire d\u2019un beuglant&nbsp;; aussi, la plupart des spectateurs, qui appartiennent en grande majorit\u00e9 au meilleur monde, font-ils une t\u00eate&nbsp;!!! Surtout les m\u00e8res de famille qui ont amen\u00e9 leur file&nbsp;; aussi Papa et Maman se f\u00e9licitent-ils de ne pas avoir amen\u00e9 Philom\u00e8ne. La pi\u00e8ce qui suit est insipide car les acteurs sont d\u00e9testables ; on les siffle, les interrompt et presque tout le monde part avant la fin. Four complet pour la direction. Le soir, je vais avec Papa \u00e0 la conf\u00e9rence sur la s\u00e9paration faite au \u00ab&nbsp;comit\u00e9 de revendication etc\u2026&nbsp;\u00bb de Saint-Serge, par le sympathique catholique et royaliste Dominique Delahaye<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Tenant \u00e0 retrouver Maurice avant son d\u00e9part pour Saumur, nous ne restons pas au vaudeville qui suit la conf\u00e9rence.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 31 janvier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 29 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 o\u00f9 je consulte plusieurs ouvrages pour ma th\u00e8se. Ensuite, je vais faire une visite \u00e0 M. Lavall\u00e9e et lui demander conseil pour la Balme \u00e0 Vin\u00e7a ; il me conseille de ne pas semer la prairie sur une terre o\u00f9 il y a eu, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, de la luzerne sans y cultiver pendant un an, au moins, une plante sarcl\u00e9e&nbsp;; il faudra donc attendre jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ann\u00e9e prochaine pour la prairie et faire des pommes de terre, en attendant, dans l\u2019intervalle, des pommiers. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; lecture par Poisson d\u2019un chapitre de sa th\u00e8se qui est sur \u00ab&nbsp;Le salaire des femmes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 30 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de la ville pour ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous faisons deux visites : Mme Buston et Mme du Rostu. \u00c0 5h \u00bd, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 31 janvier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi je fais une visite de digestion \u00e0 Mme Robert Huault-Dupuy. J\u2019y rencontre M. Fran\u00e7ois de Villoutreys qui revenait de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 o\u00f9, avec une vingtaine de messieurs, de notabilit\u00e9s catholiques d\u2019Angers, entre autres MM. de Rochebou\u00ebt, Gavouy\u00e8re, de la Boulaye etc., il \u00e9tait all\u00e9 attirer, respectueusement, l\u2019attention de Monseigneur sur le f\u00e2cheux exemple que donnait le dioc\u00e8se d\u2019Angers en ne r\u00e9sistant pas du tout aux agents du gouvernement dans la question des inventaires. Dans la plupart des autres dioc\u00e8ses, \u00e0 Moulins, \u00e0 Vannes, \u00e0 Alen\u00e7on, \u00e0 Arras, \u00e0 Dijon, \u00e0 Lille etc. pour ne citer que ceux-l\u00e0, on r\u00e9siste un peu (pas suffisamment, mais, enfin, c\u2019est quelque chose)&nbsp;; ici, dans le pays le plus catholique de France, on ne fait rien&nbsp;; bien plus, souvent, on facilite la besogne de l\u2019agent des Domaines. Ces messieurs supplient respectueusement Monseigneur de donner des instructions pour que cet \u00e9tat de choses cesse. Peine perdue&nbsp;! Mgr Rumeau les envoie promener et d\u00e9clare qu\u2019il a donn\u00e9 des instructions pour emp\u00eacher toute r\u00e9sistance ; il ne veut pas, dit-il, en r\u00e9sistant aux agents du pouvoir dans la question des inventaires, compromettre les pensions que le gouvernement doit servir, d\u2019apr\u00e8s la loi, aux pr\u00eatres \u00e2g\u00e9s. Quelle colossale na\u00efvet\u00e9 !!! Comme le lui fait remarquer M. Gavouy\u00e8re, il y a 3 ou 4 ans les congr\u00e9gations religieuses ne devaient pas, non plus, r\u00e9sister afin de sauver \u00ab&nbsp;la maison m\u00e8re&nbsp;\u00bb, ce fameux bateau qu\u2019on nous a tant servi&nbsp;; ont-elles rien sauv\u00e9 en s\u2019inclinant ? Maintenant, c\u2019est la m\u00eame chose et je m\u2019\u00e9tonne que Monseigneur tombe si facilement dans le pi\u00e8ge grossier que lui tend le gouvernement. Tout en disant qu\u2019il ne veut pas prendre parti pour ou contre la loi tant que le pape n\u2019a pas parl\u00e9, Monseigneur, en laissant ex\u00e9cuter presque sans protestations l\u2019inventaire prescrit par cette loi, prend, en r\u00e9alit\u00e9, parti dans le sens de l\u2019acceptation. Rien n\u2019y fait et ces messieurs sont oblig\u00e9s de se retirer navr\u00e9s de l\u2019insucc\u00e8s de leur d\u00e9marche. Parmi les Catholiques angevins, on se montre de plus en plus froiss\u00e9 de la mani\u00e8re de faire de Mgr Rumeau. Et il y a vraiment de quoi, car son attitude d\u2019\u00e0 plat-ventriste vis-\u00e0-vis du gouvernement est une honte pour l\u2019Anjou. Vraiment que peut esp\u00e9rer Monseigneur&nbsp;? L\u2019exemple des Catholiques fran\u00e7ais depuis 30 ans ne lui a-t-il pas suffisamment montr\u00e9 que les reculades, loin de rien sauver, ont toujours \u00e9t\u00e9 le signal de nouvelles pers\u00e9cutions&nbsp;? Mais il est \u00e9crit que les chefs (?) des Catholiques fran\u00e7ais seront toujours d\u2019une incorrigible na\u00efvet\u00e9&nbsp;!!! \u00c0 5h \u00bd, je vais au cours de religion du P. Corbill\u00e9. L soir, nous assistons tous, aux Quinconces, \u00e0 une \u00ab&nbsp;premi\u00e8re&nbsp;\u00bb, c\u2019est la premi\u00e8re repr\u00e9sentation d\u2019un charmant \u00ab&nbsp;marivaudage&nbsp;\u00bb en deux actes <em>Le Jeu des ans et de l\u2019amour<\/em>, interpr\u00e9t\u00e9 par des artistes du monde au profit du Patronage de Notre-Dame-des-Champs.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">F\u00e9vrier 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 f\u00e9vrier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je lis avec une grande satisfaction les nouvelles de Paris ; hier, l\u2019inventaire devait \u00eatre fait dans 28 \u00e9glises. Les Catholiques, qui s\u2019\u00e9taient port\u00e9s en masse dans les \u00e9glises, l\u2019ont emp\u00each\u00e9 presque partout, mettant \u00e9nergiquement \u00e0 la porte les inventorieurs ; \u00e0 Saint-Roch, il y a eu de violentes bagarres ; la police a envahi l\u2019\u00e9glise dans laquelle on s\u2019est battu entre fid\u00e8les et policiers. Bravo pour les Catholiques parisiens ! Le matin, je vais travailler \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques, puis je fais deux visites : la marquise de Villelume et Mme Bodinier. Ensuite, Conf\u00e9rence Freppel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 2 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les bagarres d\u2019avant-hier n\u2019\u00e9taient rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celles qui ont rompu hier la tentative d\u2019inventaire \u00e0 Sainte-Clotilde. Les Catholiques, conduits par leurs chefs en t\u00eate desquels il faut nommer S.A.R. Mgr le duc de Chartres, puis MM. de Ramel, de Lamarzelle, du Roscoat, de Rosanbo, de Largentaye, Lerolle, Piou etc. se sont oppos\u00e9s \u00e0 \u2018entr\u00e9e de l\u2019inventorieur dans la basilique&nbsp;; la police a charg\u00e9 avec une brutalit\u00e9 inou\u00efe sur cette masse humaine qui d\u00e9fendait ses autels ; les agents ont d\u00e9gain\u00e9, les grilles ont \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9es&nbsp;; les Catholiques, barricad\u00e9s dans l\u2019\u00e9glise et sonnant le tocsin, leur ont oppos\u00e9 une r\u00e9sistance d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e&nbsp;; il y a eu 62 bless\u00e9s et des quantit\u00e9s d\u2019arrestations. \u00c0 la Chambre, les d\u00e9put\u00e9s catholiques qui revenaient de \u00ab&nbsp;la bataille&nbsp;\u00bb ont vivement pris \u00e0 partie le gouvernement, et M. de Ramel, pr\u00e9sident de la droite royaliste, a trait\u00e9 M. Rouvier et son gouvernement d\u2019assassins aux applaudissements de ses coll\u00e8gues ; pendant ce temps, les d\u00e9put\u00e9s entendaient le tocsin que l\u2019on sonnait \u00e0 Sainte-Clotilde. Dans les autres \u00e9glises de Paris, o\u00f9 l\u2019inventaire devait avoir lieu, les Catholiques l\u2019ont emp\u00each\u00e9. Les Catholiques fran\u00e7ais se r\u00e9veilleraient-ils enfin de leur longue torpeur ? Puiss\u00e9-je dire vrai ! Dans beaucoup de villes de province, les Catholiques ont emp\u00each\u00e9 l\u2019inventaire de se faire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui est remarquable, c\u2019est que partout o\u00f9 les Catholiques se soul\u00e8vent, c\u2019est ou malgr\u00e9 les \u00e9v\u00eaques ou tout au moins en dehors d\u2019eux ; les cur\u00e9s, la plupart du temps, n\u2019osent pas r\u00e9sister \u00e0 cause des ordres de l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9, ils se contentent d\u2019une protestation inoffensive&nbsp;; il y a cependant des exceptions. Quant aux fid\u00e8les, ce sont eux les plus d\u00e9vou\u00e9s ; ils marchent d\u2019eux-m\u00eames et avec \u00e9nergie. Que ne feraient-ils pas s\u2019ils avaient un mot d\u2019ordre&nbsp;? Ici, par exemple, on ne demande qu\u2019\u00e0 marcher. Mais l\u2019\u00e9v\u00eaque, du fond de son palais, ne juge pas cela prudent. Que n\u2019a-t-on pas march\u00e9 sans lui demander la permission, comme \u00e0 Paris&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais travailler \u00e0 ma th\u00e8se \u00e0 la biblioth\u00e8que municipale&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9. je vais aussi faire deux visites : la marquise de Kergos et la vicomtesse de Rochebou\u00ebt. Le soir, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, tr\u00e8s int\u00e9ressante conf\u00e9rence de M. Joseph Jo\u00fbbert sur l\u2019explorateur De Brazza qui vient de mourir. J\u2019apprends le soir m\u00eame que la r\u00e9sistance a \u00e9t\u00e9 des plus opini\u00e2tres, cette apr\u00e8s-midi, \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Pierre-du-Gros-Caillou qui est la paroisse de Tata Mimi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 3 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9sistance \u00e0 Saint-Pierre-du-Gros-Caillou a encore d\u00e9pass\u00e9 en opini\u00e2tret\u00e9 celle de la veille \u00e0 Sainte-Clotilde. Les Catholiques se sont barricad\u00e9s dans l\u2019\u00e9glise ; un tr\u00e8s grand nombre d\u2019hommes politiques catholiques \u00e9taient avec eux. Drumont, paroissien du Gros-Caillou, en t\u00eate, la marquise de Mac-Mahon, la baronne Reille, Spronch, Maurras, le colonel Rousset, Roger Lambelin, Gaston M\u00e9ry etc. Au-dehors, une foule \u00e9norme huait les voleurs officiels. Apr\u00e8s 3 heures de si\u00e8ge, pendant lesquelles les Catholiques d\u00e9fendaient pied \u00e0 pied leurs barricades, les pompiers requis par le pr\u00e9fet de police ont fait une br\u00e8che dans la toiture et ont inond\u00e9 les assi\u00e9g\u00e9s avec des pompes \u00e0 incendie qu\u2019on a r\u00e9ussi, un moment, \u00e0 retourner contre eux. Enfin, apr\u00e8s une d\u00e9fense d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, la police a enfonc\u00e9 une barricade et a p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l\u2019\u00e9glise sous les hu\u00e9es des assi\u00e9g\u00e9s ; des batailles ont eu lieu dans l\u2019\u00e9glise ; 150 arrestations ont \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9es, il y a plus de 100 bless\u00e9s dont plusieurs gri\u00e8vement&nbsp;; comme hier, la police a \u00e9t\u00e9 d\u2019une brutalit\u00e9 inou\u00efe ; beaucoup d\u2019agents sont bless\u00e9s d\u2019ailleurs, et c\u2019est bien fait. Voil\u00e0 comment les Catholiques parisiens savent d\u00e9fendre leurs sanctuaires, souvent en d\u00e9pit des conseils de prudence des cur\u00e9s. La v\u00e9rit\u00e9, quoiqu\u2019en dise le gouvernement, c\u2019est que les Catholiques, exasp\u00e9r\u00e9s, se soul\u00e8vent enfin et les donneurs de conseils de prudence (?) sont d\u00e9bord\u00e9s. Le matin, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 pour ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 5h, salle d\u2019armes. Le soir, \u00e0 6h \u00bd, nous allons tous d\u00eener chez M. et Mme Buston ; il y a quelques autres invit\u00e9s : M. Gavouy\u00e8re et Jean, Mme et Mlle Th\u00e9r\u00e8se Mongazon.&nbsp;Apr\u00e8s le d\u00eener, Mme et Mlle Marie Gavouy\u00e8re viennent pour le reste de la soir\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous t\u00e9l\u00e9graphions \u00e0 Tata Mimi pour savoir ce qui lui est arriv\u00e9, car elle devait \u00eatre \u00e0 Saint-Pierre sa paroisse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 4 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/St_Pierre_du_Gros_Caillou_manifestation_liee_aux_inventaires_des_biens_deglise_le_2_fevrier_1906_-_btv1b53210083q.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"751\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/St_Pierre_du_Gros_Caillou_manifestation_liee_aux_inventaires_des_biens_deglise_le_2_fevrier_1906_-_btv1b53210083q-1024x751.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-388\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/St_Pierre_du_Gros_Caillou_manifestation_liee_aux_inventaires_des_biens_deglise_le_2_fevrier_1906_-_btv1b53210083q-1024x751.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/St_Pierre_du_Gros_Caillou_manifestation_liee_aux_inventaires_des_biens_deglise_le_2_fevrier_1906_-_btv1b53210083q-300x220.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/St_Pierre_du_Gros_Caillou_manifestation_liee_aux_inventaires_des_biens_deglise_le_2_fevrier_1906_-_btv1b53210083q-768x563.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/St_Pierre_du_Gros_Caillou_manifestation_liee_aux_inventaires_des_biens_deglise_le_2_fevrier_1906_-_btv1b53210083q.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Manifestation \u00e0 Saint-Pierre-du-Gros-Caillou, le 2 f\u00e9vrier 1906, o\u00f9 \u00e9tait pr\u00e9sente Marie Civelli n\u00e9e d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dite \u00ab\u00a0Tata Mimi\u00a0\u00bb \u2013 Clich\u00e9 anonyme, 2 f\u00e9vrier 1906 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous recevons une lettre de Tata Mimi ; elle a \u00e9t\u00e9, chaque jour, \u00e0 l\u2019\u0153uvre : mercredi \u00e0 la Madeleine, jeudi \u00e0 Sainte-Clotilde, vendredi \u00e0 Saint-Pierre-du-Gros-Caillou o\u00f9 elle \u00e9tait dans l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019\u00e9glise ; elle y a subi le si\u00e8ge et les douches ; elle y a caus\u00e9 avec Drumont. Marguerite-Marie<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a> \u00e9tait, partout, avec elle. C\u2019est tr\u00e8s bien&nbsp;! Elle a, d\u2019ailleurs, l\u2019intention de continuer. Elle nous \u00e9crit que les jeunes gens ont \u00e9t\u00e9 sublimes \u00e0 Saint-Pierre-du-Gros-Caillou. Le mouvement grogne, de plus en plus, en province m\u00eame dans les campagnes. Les timides sont d\u00e9bord\u00e9s. Notre \u00e9v\u00eaque lui-m\u00eame, si j\u2019en crois certains bruits partis de bouches autoris\u00e9es, est pr\u00e8s d\u2019\u00eatre d\u00e9bord\u00e9 ; on marchera malgr\u00e9 lui. Il le faut bien ! Le r\u00f4le des fid\u00e8les est de d\u00e9fendre les \u00e9glises en d\u00e9pit de tout&nbsp;! Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph, et l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 v\u00eapres \u00e0 la cath\u00e9drale&nbsp;; ensuite, je vais voir Des Loges et Du Lac que je ne rencontre pas, et Lucas que je rencontre.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 11 f\u00e9vrier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 5 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je rencontre M. Frog\u00e9 qui me dit qu\u2019on se d\u00e9cide enfin \u00e0 manifester contre les prochains inventaires ; manifestation calme et digne (!!!) dit-il ; on verra bien quand on y sera&nbsp;; j\u2019en cause aussi avec Nicol que je rencontre presqu\u2019en m\u00eame temps. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir le P. Lionnet avec qui je cause longuement de ces questions-l\u00e0 ; il d\u00e9plore, comme \u00e0 peu pr\u00e8s tous les Catholiques, la faiblesse incroyable de Mgr Rumeau qui est en train de se mettre tout son dioc\u00e8se \u00e0 dos ; il s\u2019est fait dire de dures v\u00e9rit\u00e9s samedi dernier, et il est probable que ce n\u2019est pas fini. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail de Maxence de Damas sur une de ses grandes-tantes qui vivait \u00e0 la cour de Louis XIII et de Louis XIV Mme d\u2019Hautefort \u00e9pouse du mar\u00e9chal de Schomberg.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 6 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais travailler \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale ; l\u2019apr\u00e8s-midi, visite de digestion \u00e0 Mme Buston puis visite \u00e0 M. du Plessis qui me donne des tuyaux pour ma th\u00e8se. Le soir, cours de Dom de Mayol de Lup\u00e9&nbsp;; il \u00e9tait enferm\u00e9 \u00e0 Saint-Pierre-du-Gros-Caillou vendredi. Le mouvement de protestation gagne de plus en plus en province o\u00f9 des sc\u00e8nes violentes se sont produites dans certaines villes&nbsp;; tant mieux&nbsp;! Mais tant pis pour Angers et surtout pour son \u00e9v\u00eaque&nbsp;! Aujourd\u2019hui, d\u00e9sarroi complet&nbsp;; les uns disent qu\u2019on manifestera malgr\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00eaque, qui ne pourra pas nous d\u00e9savouer&nbsp;; les autres disent que rien ne s\u2019organise&nbsp;; c\u2019est d\u2019une incoh\u00e9rence effroyable, par la faute de Monseigneur&nbsp;! Aussi est-on de plus en plus m\u00e9content.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 7 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 une conf\u00e9rence de M. Saint-Maur, aux Quinconces, sur \u00ab&nbsp;L\u2019\u0152uvre de la presse pour tous&nbsp;\u00bb, sous les auspices des \u00ab&nbsp;comit\u00e9s angevins de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales&nbsp;\u00bb&nbsp;; Monseigneur pr\u00e9side la r\u00e9union, et, dans son discours, parle en termes fort \u00e9logieux de la r\u00e9sistance contre les inventaires, de ce \u00ab&nbsp;r\u00e9veil de la conscience catholique qui\u2026 que\u2026 dont\u2026 etc.&nbsp;\u00bb. Il le vante, puis il n\u2019en veut pas \u00e0 Angers ; c\u2019est incompr\u00e9hensible, v\u00e9rit\u00e9 en de\u00e7\u00e0 des Pyr\u00e9n\u00e9es erreur au-del\u00e0&nbsp;! Ce n\u2019est pas le cas. \u00c0 5h \u00bd, salle d\u2019armes. Le soir, r\u00e9union extraordinaire de la Conf\u00e9rence Saint-Louis pour organiser la r\u00e9sistance aux inventaires, tant pis pour les timides et les faux prudents ! On \u00e9tablit une permanence de jeunes gens cyclistes qui, en cas d\u2019alerte, iront pr\u00e9venir en ville les personnes charg\u00e9es d\u2019en amener d\u2019autres. Pour demain o\u00f9 doit avoir lieu, dit-on, l\u2019inventaire de Saint-Laud, on prend les dispositions n\u00e9cessaires.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 8 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00be et, avant midi, je suis devant Saint-Laud&nbsp;; quelques groupes d\u2019\u00e9tudiants y sont d\u00e9j\u00e0 ; peu \u00e0 peu, il arrive beaucoup de monde. \u00c0 2 heures, quand l\u2019inspecteur de l\u2019Enregistrement, assist\u00e9 du commissaire central et de deux commissaires de police, se pr\u00e9sente devant l\u2019\u00e9glise, il y a environ 500 personnes, des dames surtout, dans l\u2019int\u00e9rieur et environ 300 hommes sur les marches devant la porte ; c\u2019est l\u00e0 que je suis ainsi que Papa. Nous d\u00e9clarons \u00e0 l\u2019inventorieur qu\u2019il n\u2019entrera pas ; il d\u00e9clare que nous l\u2019emp\u00eachons d\u2019accomplir son devoir, qu\u2019il va en requ\u00e9rir \u00e0 qui de droit et qu\u2019il reviendra&nbsp;; alors, nous entrons tous dans l\u2019\u00e9glise au chant du cantique \u00ab&nbsp;Nous voulons Dieu&nbsp;\u00bb, et nous en fermons toutes les portes sauf une ; nous \u00e9levons contre les portes ferm\u00e9es des barricades avec des chaises et des bancs, au grand d\u00e9sespoir des fabriciens qui ont peur pour leur mobilier&nbsp;; mais nous les laissons se plaindre et nous continuons. Nous savons qu\u2019une compagnie du g\u00e9nie est consign\u00e9e ainsi que la gendarmerie et des dragons et nous nous attendons \u00e0 tout moment \u00e0 les voir arriver, pr\u00eats \u00e0 barricader la derni\u00e8re porte. Pendant ce temps, un \u00e9tudiant, qui s\u2019est introduit en cachette du cur\u00e9 dans le clocher, sonne le tocsin, ce qui fait arriver de nombreuses femmes du quartier. Le cur\u00e9 dit le chapelet \u00e0 la chaire&nbsp;; on chante des cantiques, et \u00e0 3h \u00bd il donne la b\u00e9n\u00e9diction. Apr\u00e8s la b\u00e9n\u00e9diction, nous sortons sur la place Saint-Laud, pr\u00eats \u00e0 rentrer dans l\u2019\u00e9glise \u00e0 la moindre alerte. Enfin \u00e0 4h \u00bd, le cur\u00e9 fait fermer les portes avec promesse de ne pas les rouvrir ; nous nous d\u00e9cidons alors \u00e0 partir, enchant\u00e9s d\u2019avoir emp\u00each\u00e9 cette injuste mesure de l\u2019inventaire. Les fameux comit\u00e9s angevins de revendication etc\u2026 n\u2019avaient convoqu\u00e9 personne&nbsp;; plusieurs de leurs membres \u00e9taient l\u00e0 cependant, mais individuellement. Somme toute, ce sont les jeunes gens, au premier rang desquels \u00e9taient les royalistes toujours les plus ardents \u00e0 d\u00e9fendre l\u2019\u00c9glise, qui ont organis\u00e9 la r\u00e9sistance, malgr\u00e9 l\u2019\u00e9v\u00eaque trop timor\u00e9, et un peu aussi malgr\u00e9 le cur\u00e9, bien que celui-ci ne nous ait pas trop contrari\u00e9s. Cette note est, du reste, celle qui caract\u00e9rise les \u00e9v\u00e9nements actuels dans toute la France&nbsp;; partout, le peuple se soul\u00e8ve et emp\u00eache les inventaires souvent avec violence, mais ceux qui devraient \u00eatre \u00e0 la t\u00eate de la r\u00e9sistance, les \u00e9v\u00eaques, sauf deux ou trois exceptions, ne bougent pas. C\u2019est un mouvement des fid\u00e8les qui marchent malgr\u00e9 leurs pasteurs ou, tout au moins, en-dehors d\u2019eux. Les autres, entra\u00een\u00e9s par le mouvement, seront bien oblig\u00e9s de r\u00e9sister aussi. Pourvu que le pape n\u2019aille pas accepter la loi et donner l\u2019ordre de fonder les associations cultuelles&nbsp;! Les 3\/3 des \u00e9v\u00eaques, au moins, doivent l\u2019y pousser. Depuis quelques jours, <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>, <em>Le Soleil <\/em>et d\u2019autres journaux catholiques r\u00e9actionnaires ont lanc\u00e9 une adresse au pape lui demandant de repousser la loi et d\u2019ordonner la r\u00e9sistance, tout en lui promettant, bien entendu, l\u2019ob\u00e9issance compl\u00e8te dans le cas o\u00f9 il ordonnerait la soumission. J\u2019ai sign\u00e9 et fait signer cette adresse qui doit \u00eatre remise au pape le 1 mars.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 9 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame. Ensuite, je vais voir du c\u00f4t\u00e9 de la Madeleine et de Saint-Laud s\u2019il n\u2019y a rien de nouveau ; rien, mais des \u00e9tudiants, qui se relayent d\u2019heure en heure, montent la garde pr\u00eats \u00e0 donner l\u2019\u00e9veil. Il para\u00eet qu\u2019hier soir, vers 5 heures, les voleurs se sont pr\u00e9sent\u00e9s de nouveau \u00e0 Saint-Laud, une fois les Catholiques partis bien entendu. Apr\u00e8s avoir frapp\u00e9 trois fois et somm\u00e9 d\u2019ouvrir au nom de la loi, ils se sont retir\u00e9s. Je vais me faire couper les cheveux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Le soir, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, conf\u00e9rence de M. Ren\u00e9 Bazin sur \u00ab&nbsp;Les Catholiques&nbsp;\u00bb&nbsp;; ce beau sujet a \u00e9t\u00e9 trait\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on assez ordinaire et assez vague. Affluence des grands jours. \u00c0 Versailles, \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Symphorien, on s\u2019est barricad\u00e9 de telle fa\u00e7on que le voleur a d\u00fb faire enfoncer les portes par le g\u00e9nie. P\u00e9n\u00e9trant ensuite avec le pr\u00e9fet de Seine-et-Oise comme un cambrioleur dans l\u2019\u00e9glise, il a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u comme on re\u00e7oit un cambrioleur, \u00e0 coups de chaises et de bancs. Des Catholiques traqu\u00e9s par la police se sont r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 la tribune de l\u2019orgue d\u2019o\u00f9 ils ont lanc\u00e9 des chaises et des bancs sur le groupe pr\u00e9fectoral, le pr\u00e9fet a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate, l\u2019agent du fisc, renvers\u00e9, s\u2019est \u00e9vanoui&nbsp;; plusieurs policiers et gendarmes ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement bless\u00e9s. Les Catholiques r\u00e9solus qui ont re\u00e7u si vertement mais si justement les cambrioleurs officiels ont pay\u00e9 leur coup d\u2019audace les uns de 2 ans de prison \u00e0 l\u2019audience des flagrants d\u00e9lits correctionnels, les autres de un an, six mois et un mois, le tout sans sursis. M. de V\u00e9zins, pr\u00e9sident de la section marseillaise de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise, a eu 2 ans de prison et 500 fr. d\u2019amende&nbsp;; honneur \u00e0 lui&nbsp;! Un vicaire de l\u2019\u00e9glise a eu 1 mois de prison. Les condamnations dont la magistrature enjuiv\u00e9e et servile frappe les Catholiques coupables de d\u00e9fendre leurs temples contre les voleurs officiels sont des plus rigoureuses. Mais cela n\u2019arr\u00eata pas l\u2019\u00e9lan des Catholiques, loin de l\u00e0&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 10 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Laud ; il y a toujours devant l\u2019\u00e9glise un poste d\u2019\u00e9tudiants&nbsp;; ensuite, je vais travailler \u00e0 la biblioth\u00e8que. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, Maman a, tout \u00e0 coup, une syncope qui l\u2019oblige bient\u00f4t \u00e0 se mettre au lit&nbsp;; le docteur Sourice lui prescrit un traitement. \u00c0 5h, salle d\u2019armes. Le soir, il fait si mauvais temps que nous n\u2019allons pas \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 11 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171216-Copie-2-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"746\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171216-Copie-2-1-1024x746.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-389\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171216-Copie-2-1-1024x746.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171216-Copie-2-1-300x219.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171216-Copie-2-1-768x560.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171216-Copie-2-1.jpg 1519w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maurice d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (1878-1921), alors \u00e9l\u00e8ve \u00e0 l&rsquo;Ecole de cavalerie de Saumur \u2013 Clich\u00e9 anonyme, vers 1906 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. Je prends le rapide de 1h50 pour Saumur o\u00f9 Maurice, qui n\u2019a plus de cong\u00e9s et ne peut plus venir \u00e0 Angers, m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 aller passer l\u2019apr\u00e8s-midi. Il me fait visiter en d\u00e9tail l\u2019\u00e9cole de cavalerie et ses magnifiques \u00e9curies. Nous d\u00eenons \u00e0 6h \u00bd avec un de ses camarades, un dragon, qu\u2019il a invit\u00e9 et je repars par l\u2019express de 8h46&nbsp;; j\u2019arrive \u00e0 Angers \u00e0 9h \u00bd. Maman s\u2019est lev\u00e9e et va mieux.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 f\u00e9vrier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 12 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_de_Segur_1914.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"642\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_de_Segur_1914.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-390\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_de_Segur_1914.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_de_Segur_1914-234x300.jpg 234w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pierre, marquis de S\u00e9gur (1853-1916)  \u2013 Clich\u00e9 anonyme, 1914 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin et l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais travailler \u00e0 ma th\u00e8se \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9. On a, un instant, une alerte pour Saint-Laud&nbsp;; mais ce n\u2019est qu\u2019une fausse alerte. Le soir, je vais, avec Papa, \u00e0 la s\u00e9ance solennelle de rentr\u00e9e (qui a lieu, cette ann\u00e9e, un peu tard) de la Conf\u00e9rence Saint-Louis&nbsp;; elle est pr\u00e9sid\u00e9e par le marquis de S\u00e9gur<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a> qui prononce un tr\u00e8s beau et tr\u00e8s substantiel discours dans lequel il nous montre de quoi \u00e9tait fait le patriotisme dans l\u2019ancienne France, amour du clocher, de la province et de la grande patrie personnifi\u00e9e et concr\u00e9tis\u00e9e dans un homme etc. M. Ren\u00e9 Bazin, directeur de la Conf\u00e9rence, prononce quelques mots tr\u00e8s d\u00e9licats de bienvenue \u00e0 M. de S\u00e9gur. Il y a aussi un discours de Catta, pr\u00e9sident, et un rapport d\u2019Henry de La Selle, secr\u00e9taire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 13 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe une partie de la matin\u00e9e \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 la maison&nbsp;; il neige.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 14 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10h, je vais \u00e0 ma le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se \u00e0 la maison. \u00c0 5h \u00bd, cours du P. Corbill\u00e9 \u00e0 la salle Saint-Louis. L\u2019adresse au Saint P\u00e8re, dans laquelle on lui promet l\u2019ob\u00e9issance compl\u00e8te \u00e0 ce qu\u2019il ordonnera aux Catholiques fran\u00e7ais \u00e0 la suite de la loi de S\u00e9paration, mais on lui dit qu\u2019il comblerait les v\u0153ux des Catholiques s\u2019il ordonnait la r\u00e9sistance \u00e0 la loi, prend des proportions grandioses. En 10 jours environ, il est arriv\u00e9 \u00e0 Paris au si\u00e8ge d\u2019o\u00f9 est parti le mouvement 115.000 feuilles couvertes de signatures, c\u2019est-\u00e0-\u00e0dire, en comptant 15 signatures par feuille, ce qui est bien peu, environ 1.700.000. Un premier stock sera remis au pape le 15 f\u00e9vrier et un second stock le 1mars&nbsp;; ici, on r\u00e9pand activement la p\u00e9tition&nbsp;; je l\u2019ai sign\u00e9e et faite signer&nbsp;; j\u2019en ai envoy\u00e9 \u00e0 Bonne Maman pour Vin\u00e7a, \u00e0 Rupert pour Alger. \u00c0 propos de Rupert, il a fait un coup de ma\u00eetre pour l\u2019Action fran\u00e7aise \u00e0 Alger ; \u00e0 la suite d\u2019une conf\u00e9rence contradictoire qui a eu lieu mardi dernier au Sillon alg\u00e9rien, lui et ses camarades ont si bien parl\u00e9 que cinq sillonnistes, au cours de la s\u00e9ance, ont donn\u00e9 bruyamment leur d\u00e9mission ! Et il esp\u00e8re leur en enlever vingt qui s\u2019enr\u00f4leront certainement sous la banni\u00e8re de l\u2019Action fran\u00e7aise. Rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 cela, car le Sillon devient de plus en plus mauvais ; cette association se sert de la religion pour couvrir une v\u00e9ritable propagande r\u00e9publicaine, d\u00e9mocratique, presque socialiste et \u00e0 tendances internationalistes ! Ces jours-ci, les Sillonnistes n\u2019ont eu garde de prendre part \u00e0 la lutte pour la d\u00e9fense des \u00e9glises ; bien plus, Marc Sangnier leur chef, a eu l\u2019audace, dans une r\u00e9union contradictoire avec des royalistes, de traiter d\u2019agents provocateurs les d\u00e9fenseurs des \u00e9glises ; c\u2019en \u00e9tait trop, une bagarre s\u2019en est suivie, au cours de laquelle plusieurs membres de \u00ab&nbsp;la Jeune garde&nbsp;\u00bb du Sillon ont \u00e9t\u00e9 fortement houspill\u00e9s par les Catholiques royalistes que leur chef venait d\u2019insulter. Maman re\u00e7oit une lettre de Th\u00e9r\u00e8se Esp\u00e9riquette qui lui dit qu\u2019\u00e0 Ille, le bruit court avec persistance de mon mariage avec Marie-Louise de Lacour&nbsp;; elle dit qu\u2019elle a elle-m\u00eame parl\u00e9 \u00e0 M. de Lacour de ce bruit et que M. de Lacour lui a r\u00e9pondu que je lui conviendrais fort bien si je convenais \u00e0 sa fille&nbsp;; puisse-t-elle dire vrai car Marie-Louise est une charmante et ravissante jeune fille&nbsp;; je l\u2019ai trouv\u00e9 tout \u00e0 fait \u00e0 mon go\u00fbt quand je l\u2019ai vue au mois d\u2019ao\u00fbt dernier, \u00e0 Ille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 15 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 pour ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais visiter mes pauvres de Saint-Vincent-de-Paul, la famille Fardeau, et j\u2019apprends par les voisins que Fardeau atteint d\u2019une pneumonie a \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital o\u00f9 il est mort en deux jours&nbsp;; son fils, \u00e2g\u00e9 de 15 ans et maladif ne peut pas compter sur sa m\u00e8re qui avait quitt\u00e9 depuis longtemps le domicile conjugal, et je ne sais pas trop ce qu\u2019il va devenir. C\u2019est bien triste, et je vais signaler ce cas \u00e0 la prochaine r\u00e9union de la conf\u00e9rence. Je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; \u00e0 5h je vais \u00e0 la Conf\u00e9rence Freppel, travail de Du R\u00e9au sur \u00ab&nbsp;Gobineau et le gobinisme&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. Le soir, j\u2019ai \u00e0 d\u00eener 3 de nos amis : Jacques des Loges qui va quitter Angers pour Mayenne o\u00f9 il est envoy\u00e9 comme \u00ab&nbsp;second&nbsp;\u00bb dans une succursale que la Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale fonde dans cette petite ville, Jean Gavouy\u00e8re et Henri du Lac ; apr\u00e8s le d\u00eener, nous jouons \u00e0 des jeux de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 16 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame&nbsp;; je fais partir des feuilles de l\u2019adresse au Saint P\u00e8re que Philom\u00e8ne envoie \u00e0 Mlle Madeleine Batlle en la priant de les faire signer \u00e0 Ille. \u00c0 1h, a lieu \u00e0 la salle Saint-Louis \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 une r\u00e9union g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9tudiants ; bien que je ne sois plus \u00e9tudiant, j\u2019y assiste. On y nomme une commission ex\u00e9cutive de 3 membres : Damas, Nicol et Galichon, charg\u00e9e de r\u00e9partir les \u00e9tudiants entre les diff\u00e9rentes \u00e9glises o\u00f9 l\u2019inventaire se fera lundi matin : Saint-Serge, la Trinit\u00e9, Saint-Jacques, Saint-L\u00e9onard, la Madeleine et Saint-Laud, c\u2019est-\u00e0-dire toutes les \u00e9glises o\u00f9 il n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 fait. \u00c0 5h. je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 une tr\u00e8s captivante conf\u00e9rence de M. Raoul du R\u00e9au, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, sur \u00ab&nbsp;Les brigades&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire les Vend\u00e9ennes qui se sont distingu\u00e9es pendant les guerres d\u2019il y a 112 ans ; cette conf\u00e9rence, fertile en traits de bravoures et en actes de fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la religion et au roi, est fr\u00e9quemment coup\u00e9e par les applaudissements de l\u2019auditoire dans lequel il y avait bien des descendants des h\u00e9ros vend\u00e9ens. Apr\u00e8s cette conf\u00e9rence, je vais prendre le th\u00e9 chez un \u00e9tudiant, Bidault<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, qui r\u00e9unit quelques amis. Nous sommes une douzaine. La Morini\u00e8re d\u00e9veloppe un plan pour lundi matin \u00e0 Saint-Serge ; avec 7 camarades r\u00e9solus, dont plusieurs sont l\u00e0, il grimpera dans les tribunes et de l\u00e0, bombardera la police d\u2019objets divers : bancs, chaises, pierres etc. apr\u00e8s avoir eu soin d\u2019obstruer l\u2019\u00e9troit escalier qui conduit aux tribunes ; apr\u00e8s quoi, le coup fait, ils s\u2019\u00e9chapperont au moyen de cordes. C\u2019est un coup \u00e9patant ; devant me trouver dans l\u2019\u00e9glise avec mes parents, je ne serais pas assez libre pour pouvoir y prendre part. Nous nous promettons tous de garder le plus grand silence sur ce \u00ab&nbsp;complot&nbsp;\u00bb d\u2019autant plus que le cur\u00e9 de Saint-Serge ne para\u00eet pas favorable aux moyens violents ; il pr\u00e9tend se contenter de laisser enfoncer les portes sans faire de barricades. J\u2019esp\u00e8re bien qu\u2019il sera d\u00e9bord\u00e9 par les jeunes gens toujours batailleurs.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 17 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais travailler un moment \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir le chanoine Chaplain&nbsp;; je retourne \u00e0 la biblioth\u00e8que, enfin je vais me confesser \u00e0 Sant-Jacques ; je vais ensuite aux nouvelles \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 et j\u2019apprends que les plans pour lundi matin sont de nouveau chang\u00e9s ; on ne va pas \u00e0 Saint-Serge \u00e0 cause du cur\u00e9 qui ne veut pas de barricades ; j\u2019en suis d\u00e9sol\u00e9 ; peut-\u00eatre d\u2019ici \u00e0 demain soir changera-t-il encore d\u2019id\u00e9e&nbsp;; je le souhaite. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul, il est naturellement question de l\u2019inventaire \u00e0 Saint-Serge ; le cur\u00e9 r\u00e9p\u00e8te qu\u2019il ne veut pas de barricades, plusieurs trembleurs l\u2019appuient. Mon opinion est que le cur\u00e9, qui est d\u2019un temp\u00e9rament \u00e9nergique, parle ainsi parce qu\u2019il a re\u00e7u la consigne de l\u2019Ev\u00each\u00e9 ; au fond, il ne serait pas f\u00e2ch\u00e9 que l\u2019on n\u2019\u00e9cout\u00e2t pas ses instructions. Mais, dans ces conditions, je crois que les \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9 n\u2019iront pas \u00e0 Saint-Serge et c\u2019est f\u00e2cheux. Moi-m\u00eame, j\u2019h\u00e9site beaucoup \u00e0 y aller. Les portes de l\u2019\u00e9glise seront ouvertes \u00e0 partir de 9 h du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 18 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9cris mon journal apr\u00e8s d\u00eener en attendant l\u2019heure d\u2019aller \u00e0 Saint-Serge. Ce matin, j\u2019ai fait la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Ensuite, j\u2019ai lu dans tous les journaux la magnifique encyclique de Pie X aux cardinaux, aux \u00e9v\u00eaques, au clerg\u00e9 et au peuple de France, dans laquelle le Saint P\u00e8re, apr\u00e8s avoir d\u00e9montr\u00e9 le plus nettement du monde que la d\u00e9nonciation du Concordat a \u00e9t\u00e9 faite par le gouvernement fran\u00e7ais en violation du droit des gens comme suite \u00e0 tous les attentats contre la religion perp\u00e9tr\u00e9s depuis vingt-cinq ans, montre la fausset\u00e9 du principe de la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat, les dangers et les pi\u00e8ges des associations cultuelles que la loi nous convie \u00e0 former, et invite les Catholiques fran\u00e7ais \u00e0 se pr\u00e9parer \u00e0 la lutte. Il condamne formellement la loi du 9 d\u00e9cembre dernier. Le Saint P\u00e8re annonce qu\u2019il tracera prochainement une ligne de conduite pratique. La parole pontificale, arrivant au moment o\u00f9 la guerre religieuse bat son plein, ne peut qu\u2019encourager les Catholiques fran\u00e7ais. Cet \u00e9v\u00e8nement va \u00eatre tr\u00e8s comment\u00e9. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. Ensuite, je vais, de la part de M. le cur\u00e9 de Saint-Serge, pr\u00e9venir Mme du Rostu<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> de l\u2019heure \u00e0 laquelle l\u2019\u00e9glise sera ouverte&nbsp;; M. du Rostu, afin de ne pas s\u2019exposer \u00e0 \u00eatre r\u00e9quisitionn\u00e9 par le pr\u00e9fet pour pr\u00eater main-forte \u00e0 la police charg\u00e9e de crocheter les \u00e9glises, vient de donner sa d\u00e9mission de capitaine ; j\u2019en f\u00e9licite Mme du Rostu. J\u2019h\u00e9site toute la journ\u00e9e sur le choix de l\u2019\u00e9glise o\u00f9 j\u2019irai la nuit prochaine. Par go\u00fbt, j\u2019irais avec les \u00e9tudiants de l\u2019Universit\u00e9. Mais Papa et Maman paraissent tenir beaucoup \u00e0 ce que j\u2019aille \u00e0 Saint-Serge qui est notre paroisse ; aussi, c\u2019est l\u00e0 que je finis par me d\u00e9cider \u00e0 aller. Dans son encyclique, le pape dit que les associations cultuelles sont contraires \u00e0 la constitution divine de l\u2019\u00c9glise ; il semble bien que ces mots sont leur condamnation d\u00e9finitive et que le pape nous ordonnera donc de ne pas les constituer et de r\u00e9sister \u00e0 la loi, ce que je souhaite de tout c\u0153ur pour le bien de l\u2019\u00c9glise et de la France ; cependant, nous ne serons d\u00e9finitivement fix\u00e9s l\u00e0-dessus que lorsque les instructions sur la ligne de conduite \u00e0 adopter auront paru.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 f\u00e9vrier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 19 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 aller \u00e0 Saint-Serge. Nous y sommes tous arriv\u00e9s \u00e0 10h hier soir ; il y a d\u00e9j\u00e0 une centaine de personnes, hommes et femmes, qui vont y passer la nuit. M. le cur\u00e9 donne lecture de l\u2019encyclique du pape ; on chante, on dit des chapelets etc. ; mais on est trop peu nombreux. \u00c0 3h, des cyclistes qui vont d\u2019\u00e9glise en \u00e9glise et qui surveillent les casernes pour avertir du d\u00e9part des troupes viennent nous dire que l\u2019on fait \u00e0 la Madeleine des barricades formidables. Je me d\u00e9cide \u00e0 y aller voir, je me fais accompagner de Jean qui nous a demand\u00e9 la permission de passer la nuit avec nous \u00e0 Saint-Serge. \u00c0 la Madeleine, o\u00f9 je passe une vingtaine de minutes de 3h \u00bd \u00e0 4h moins le quart environ, on a joliment travaill\u00e9 ; j\u2019essaie d\u2019emmener quelques jeunes gens de la Madeleine \u00e0 Saint-Serge, mais ils pr\u00e9f\u00e8rent rester l\u00e0 o\u00f9 l\u2019on travaille r\u00e9ellement. \u00c0 partir de 4h, heure \u00e0 laquelle je rentre \u00e0 Saint-Serge, il arrive quelques personnes de plus ; le clerg\u00e9 dit des messes. Enfin \u00e0 7h, trois coups sont frapp\u00e9s \u00e0 la porte principale, c\u2019est l\u2019inventorieur. M. Follenfant, pr\u00e9sident du conseil de fabrique, lui d\u00e9clare qu\u2019il <em>\u00ab&nbsp;refuse cat\u00e9goriquement&nbsp;\u00bb<\/em> de le laisser entrer et d\u2019ouvrir la porte&nbsp;; le voleur se retire alors&nbsp;; les 150 personnes enferm\u00e9es dans l\u2019\u00e9glise chantent le cantique \u00ab&nbsp;Nous voulons Dieu&nbsp;\u00bb. On attend encore une heure et demie et nous partons car il est probable que l\u2019ex\u00e9cuteur ne reviendra pas aujourd\u2019hui. Je rentre un moment \u00e0 la maison, je d\u00e9jeune puis je vais \u00e0 la Madeleine ; les portes sont formidablement barricad\u00e9es. 25 gendarmes sont venus assi\u00e9ger l\u2019\u00e9glise puis sont repartis. Nulle part, ni \u00e0 la Trinit\u00e9 o\u00f9 il y avait beaucoup d\u2019\u00e9tudiants, ni \u00e0 Saint-Jacques o\u00f9 beaucoup d\u2019\u00e9tudiants ont construit de formidables barricades, ni \u00e0 Sainte-Th\u00e9r\u00e8se, ni \u00e0 Saint-Laud, ni \u00e0 Saint-L\u00e9onard, l\u2019inventaire n\u2019a pu \u00eatre fait. Partout, les Catholiques enferm\u00e9s ou barricad\u00e9s dans leurs \u00e9glises ont oblig\u00e9 l\u2019agent des Domaines \u00e0 se retirer. De 10h \u00bd \u00e0 midi, je fais un somme bien m\u00e9rit\u00e9 ; je dors de nouveau de 1h \u00bd \u00e0 3h \u00bd. Ensuite, je sors un peu ; je vais aux nouvelles. L\u2019encyclique pontificale qui condamne formellement la loi produit en g\u00e9n\u00e9ral une excellente impression et la plupart des personnes s\u2019accordent \u00e0 dire que le pape ne permettra pas, apr\u00e8s cette encyclique si formelle, l\u2019essai de la loi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 20 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui para\u00eet une liste \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8te des \u00e9v\u00eaques que le pape seul nomme aux 19 \u00e9v\u00each\u00e9s vacants ; depuis quelques jours, on d\u00e9signait certains noms, mais il n\u2019y avait rien de certain. M le chanoine Grellier, vicaire g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Angers, est nomm\u00e9 \u00e0 Laval. Le pape sacrera lui-m\u00eame tous ces \u00e9v\u00eaques dimanche prochain \u00e0 Saint-Pierre. L\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale au sujet de l\u2019encyclique est que le pape, apr\u00e8s avoir condamn\u00e9 si formellement la loi, ne pourrait dire aux Catholiques fran\u00e7ais de former les associations cultuelles que si le gouvernement dans son prochain r\u00e8glement d\u2019administration publique donnait de tr\u00e8s grandes garanties \u00e0 leur sujet, par exemple s\u2019il disait formellement qu\u2019il ne consid\u00e9rera comme devant succ\u00e9der aux fabriques que celles reconnues par les \u00e9v\u00eaques ; mais il ne faut pas s\u2019y attendre. Il d\u00e9sire peut-\u00eatre le faire, mais ne l\u2019osera pas. \u00c0 propos de l\u2019encyclique, l\u2019article que publiait <em>Le Maine et Loire<\/em> d\u2019hier \u00e9tait r\u00e9ellement tr\u00e8s bien ; il disait que le pape en montrant la France livr\u00e9e \u00e0 des sectes qui n\u2019ont pour but que de la d\u00e9catholiciser, confirme le mot de Mgr Freppel que la r\u00e9publique s\u2019\u00e9tait toujours identifi\u00e9e avec les sectes dont le but avou\u00e9 est la destruction en France du Christianisme. Saura-t-on enfin comprendre que le seul moyen d\u2019arr\u00eater la pers\u00e9cution religieuse et de rendre \u00e0 l\u2019\u00c9glise en France la libert\u00e9 dont elle a besoin pour remplir son divin minist\u00e8re est de renverser ce r\u00e9gime de mort et de r\u00e9tablir la monarchie nationale et chr\u00e9tienne. Le r\u00f4le des royalistes est de le dire, de le crier de plus en plus, tout en tendant une main largement ouverte \u00e0 ceux des Catholiques qui ne pensent pas comme eux sur ce point, pour d\u00e9fendre ensemble l\u2019\u00c9glise catholique, leur m\u00e8re \u00e0 tous ; tout en restant fid\u00e8les \u00e0 leur roi qui seul peut assurer \u00e0 la France un rel\u00e8vement durable, ils suivront ainsi les conseils d\u2019union que Pie X donne aux Catholiques. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qu\u2019ils ont toujours fait jusqu\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 21 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 6 h \u00bd, je vais \u00e0 la Madeleine parce que le bruit a couru hier soir que cette \u00e9glise serait inventori\u00e9e ce matin ; quelques jeunes gens y sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00eats \u00e0 donner l\u2019alarme ; mais le voleur ne se pr\u00e9sente pas. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste dans la salle des f\u00eates du Grand H\u00f4tel \u00e0 une magnifique conf\u00e9rence du P. Couh\u00e9 sur \u00ab&nbsp;Le patriotisme&nbsp;\u00bb ; cette conf\u00e9rence dure une heure trois quarts ; mais on ne s\u2019y ennuie pas, car le P. Couh\u00e9 est un orateur de premier ordre. Dans un langage d\u2019une tr\u00e8s grande \u00e9l\u00e9vation, le tribun (c\u2019est le mot qui convient au c\u00e9l\u00e8bre j\u00e9suite) traite \u00e0 fond ce magnifique sujet. Il fl\u00e9trit avec des accents indign\u00e9s cet abominable chancre de l\u2019antipatriotisme qui s\u2019est manifest\u00e9 \u00e0 la suite de l\u2019affaire Dreyfus et qui a trouv\u00e9 en France des docteurs et des avocats ; il le stigmatise, sous quelque forme qu\u2019il se manifeste, pacifisme, humanitarisme ou internationalisme. Il montre que les loges ma\u00e7onniques, unies \u00e0 la juiverie, sont les principales instigatrices de cet abominable mouvement. Quand il parle du r\u00f4le historique de la France, et qu\u2019il fait revivre les principaux h\u00e9ros de notre Patrie Clovis, Charlemagne, Saint-Louis, Jeanne d\u2019Arc, Bayard etc., l\u2019\u00e9l\u00e9vation de son langage atteint au sublime. Cette magnifique conf\u00e9rence est hach\u00e9e, \u00e0 chaque instant, de fr\u00e9n\u00e9tiques applaudissements. Ce soir je vais \u00e0 un concert donn\u00e9 par la Chorale angevine au Cirque-th\u00e9\u00e2tre ; c\u2019est mon professeur de chant, M. Pinguet, directeur de la Chorale, qui m\u2019y a invit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 22 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 travailler \u00e0 ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment \u00e0 la permanence de l\u2019Action fran\u00e7aise&nbsp;; puis \u00e0 la vente de charit\u00e9 au profit des s\u00e9cularis\u00e9es qui se tient dans l\u2019h\u00f4tel de Ruill\u00e9 rue Bressigny&nbsp;; Philom\u00e8ne vend au comptoir de la parfumerie. \u00c0 5h, Conf\u00e9rence Freppel. Je re\u00e7ois un mot de Rupert, il me raconte les progr\u00e8s de l\u2019Action fran\u00e7aise \u00e0 Alger, ses pol\u00e9miques avec le Sillon, il m\u2019envoie un article qu\u2019un royaliste a fait para\u00eetre \u00e0 l\u2019adresse du Sillon dans <em>L\u2019\u00c9claireur alg\u00e9rien<\/em>. L\u2019Action fran\u00e7aise est en progr\u00e8s partout. L\u2019Institut d\u2019Action fran\u00e7aise qu\u2019elle vient de fonder et qui, de pair avec les sections de la Ligue et la revue, est destin\u00e9 \u00e0 faire p\u00e9n\u00e9trer les id\u00e9es de la contre-r\u00e9volution, est appel\u00e9 \u00e0 un grand d\u00e9veloppement. Ces jours-ci, les ligueurs de l\u2019Action fran\u00e7aise, comme le leur recommandait la revue du 1 f\u00e9vrier, ont \u00e9t\u00e9 partout au premier rang pour la d\u00e9fense des \u00e9glises, car les royalistes sont toujours les plus d\u00e9vou\u00e9s et les plus ardents des Catholiques. Aujourd\u2019hui \u00e0 Nantes la foule des Catholiques a emp\u00each\u00e9 l\u2019inventaire dans toutes les \u00e9glises ; il y a eu une manifestation contre le pr\u00e9fet ; il y a des arrestations et des bless\u00e9s. Je refuse une invitation \u00e0 une soir\u00e9e dansante chez Mme de La Villebiot, comme j\u2019avais refus\u00e9 deux autres invitations \u00e0 des matin\u00e9es dansantes chez Mme Mongazon et chez Mme Follenfant ; j\u2019estime qu\u2019on ne doit pas danser au moment o\u00f9 le gouvernement fait enfoncer partout les portes des \u00e9glises. Du reste, il n\u2019y a, pour ainsi dire, pas de r\u00e9unions mondaines cette ann\u00e9e \u00e0 Angers. Le moment n\u2019est pas \u00e0 s\u2019amuser, on le comprend.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 23 f\u00e9vrier<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais un moment \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9. J\u2019apprends que Jacques Herv\u00e9-Bazin a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9, \u00e0 Arcachon, au cours de la manifestation catholique qui a eu lieu au moment de l\u2019inventaire de l\u2019\u00e9glise, pour avoir cri\u00e9 \u00ab&nbsp;\u00c0 bas les voleurs&nbsp;\u00bb ; son beau-fr\u00e8re M. Barth\u00e9lemy a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 aussi. Le mouvement de protestation a gagn\u00e9 maintenant la France enti\u00e8re ; dans les campagnes, on y va avec plus d\u2019ardeur encore que dans les villes. Elles sont bien rares les \u00e9glises dans lesquelles l\u2019inventaire peut se faire du premier coup ; et l\u00e0 o\u00f9 on peut r\u00e9ussir \u00e0 le faire, par surprise, ce n\u2019est qu\u2019un semblant d\u2019inventaire, car l\u2019agent des Domaines, hant\u00e9 par la peur de voir arriver les Catholiques, op\u00e8re \u00e0 la h\u00e2te ; tant mieux car on pourra facilement emporter des \u00e9glises tout ce que l\u2019on voudra quand le gouvernement les fera fermer, ce qui arrivera dans un an si l\u2019on ne forme pas les associations cultuelles et un peu plus tard si on les forme, \u00e0 moins que, d\u2019ici l\u00e0, la guerre ne soit \u00e9trangl\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 l\u2019h\u00f4pital pour savoir ce qu\u2019est devenu le fils de Fardeau ; il y est toujours, depuis la mort de son p\u00e8re, en attendant d\u2019\u00eatre admis aux Enfants assist\u00e9s de Maine-et-Loire. La nouvelle famille que je visite est alsacienne ; ce sont de tr\u00e8s braves gens, le p\u00e8re, \u00e2g\u00e9 de 38 ans, a quitt\u00e9 l\u2019Alsace plut\u00f4t que de servir dans l\u2019arm\u00e9e allemande, comme des milliers de ses compatriotes le font chaque ann\u00e9e ; les braves gens ! Le soir, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, conf\u00e9rence de M. l\u2019abb\u00e9 Marchand sur \u00ab L\u2019or et les pays aurif\u00e8res \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 24 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir \u00e0 la th\u00e8se&nbsp;; j\u2019ach\u00e8ve aujourd\u2019hui compl\u00e8tement mon chapitre historique qui m\u2019a oblig\u00e9 \u00e0 tant de recherches ! Trois officiers, hier, \u00e0 Saint-Servan, ont refus\u00e9 d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 la r\u00e9quisition du commissaire de police et de donner l\u2019ordre d\u2019enfoncer la porte d\u2019une \u00e9glise qu\u2019on devait inventorier et dans laquelle le cur\u00e9 et ses paroissiens s\u2019\u00e9taient barricad\u00e9s. Ce sont des h\u00e9ros ; l\u2019un d\u2019eux a 10 enfants et est sans fortune. \u00c0 Loches, ces jours-ci, une jeune fille de 17 ans, Mlle de Colmar, a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9e \u00e0 6 jours de prison, qu\u2019elle a faits, \u00e0 la suite d\u2019une manifestation contre l\u2019inventaire d\u2019une \u00e9glise ; la brave petite fille ! \u00c0 Toulouse, une jeune fille du peuple fait un mois de prison pour avoir gifl\u00e9 l\u2019inventorieur. Ils ne sont pas galants les Juifs et les francs-ma\u00e7ons que la r\u00e9publique a rev\u00eatus des insignes de la magistrature !!! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je rencontre Fontenailles que je n\u2019avais pas vu depuis fort longtemps ; il est s\u00e9par\u00e9 de sa femme, ruin\u00e9 et il habite Saumur o\u00f9 il s\u2019occupe d\u2019assurances. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 25 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et, l\u2019apr\u00e8s-midi, au salut \u00e0 l\u2019Adoration ; il pleut presque toute la journ\u00e9e. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite de Jacques des Loges qui part demain d\u00e9finitivement pour Mayenne.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 28 f\u00e9vrier 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 26 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pluie et le vent font rage presque toute aujourd\u2019hui ; aussi je sors tr\u00e8s peu. \u00c0 5h, je vais \u00e0 l\u2019escrime. J\u2019envoie \u00e0 Paris les 148 signatures que nous avons recueillies ou fait recueillir ici par des amis pour l\u2019adresse au pape ; dans la seule ville d\u2019Angers, on en a recueilli pr\u00e8s de 9000 en moins de trois semaines et sans que les divers comit\u00e9s organis\u00e9s s\u2019en soient m\u00eal\u00e9s. Pendant le d\u00eener, Roger Follenfant vient me dire que, par suite de l\u2019indiscr\u00e9tion d\u2019un agent de la s\u00fbret\u00e9, on croit que l\u2019inventaire de Saint-Serge se fera demain matin \u00e0 6h ; je crains bien que ce soit l\u00e0 une man\u0153uvre du pr\u00e9fet pour lasser la patience des Catholiques, j\u2019irai cependant. Je suis all\u00e9 voir dans l\u2019apr\u00e8s-midi un nain v\u00e9ritablement prodigieux, le petit prince Colibri haut de 0m62 et qui p\u00e8se moins de 4 kilos ; il a un peu plus de 22 ans ; il est n\u00e9 en Russie. Ce qui est le plus curieux, c\u2019est que cet homme inou\u00ef est fort bien proportionn\u00e9. Je me souviens que je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vu \u00e0 Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 27 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 4h \u00bd et suis \u00e0 Saint-Serge \u00e0 5h \u00be ; Papa y vient aussi. Nous y restons jusqu\u2019\u00e0 7h \u00bd environ, inutilement ; un certain nombre de personnes y sont aussi. Ce ne sera pas encore pour aujourd\u2019hui. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons, au Patronage Saint-Serge, \u00e0 une repr\u00e9sentation de <em>L\u2019\u00c9pop\u00e9e de la France<\/em>, s\u00e9rie de tableaux vivants dans lesquels figurent les plus grands personnages de notre histoire : Clovis, Charlemagne, Saint Louis, Louis XIV, Napol\u00e9on 1er et, pour faire saisir le contraste de ces temps de prosp\u00e9rit\u00e9 et de gloire avec les tristesses de l\u2019heure pr\u00e9sente, un franc-ma\u00e7on qui encha\u00eene la France chr\u00e9tienne, mais que celle-ci, dans un moment de r\u00e9veil, chasse \u00e0 jamais. Ces repr\u00e9sentations, qui sont \u00e0 la port\u00e9e des gens du peuple, doivent faire beaucoup de bien dans des auditoires populaires comme ceux des patronages.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 28 f\u00e9vrier 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais recevoir les cendres \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Saint-Joseph. Les inventaires donnent lieu \u00e0 des incidents de la plus haute gravit\u00e9 dans les d\u00e9partements de l\u2019Ard\u00e8che, de la Haute-Loire et de la Loz\u00e8re ; dans beaucoup de villages de cette r\u00e9gion, toute la population entoure l\u2019\u00e9glise et fait pleuvoir sur le receveur et sur les gendarmes une gr\u00eale de pierres ; d\u2019autres fois, on les bastonne d\u2019importance. Dans une commune de la Haute-Loire, hier, les gendarmes ont tir\u00e9 ; 15 personnes ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9es, deux seraient mortes dit-on. Ce sont des sc\u00e8nes de guerre civile. Le gouvernement en porte toute la responsabilit\u00e9. Bravo pour les Catholiques qui d\u00e9fendent leurs \u00e9glises au prix de leur sang ! Le gouvernement ferait mieux de pr\u00e9parer \u00e0 repousser une agression de l\u2019Allemagne ; la situation, \u00e0 la conf\u00e9rence d\u2019Alg\u00e9siras, est loin de s\u2019am\u00e9liorer par suite des exigences de plus en plus grandes de l\u2019Allemagne qui a le parti-pris de nous exclure et de nous humilier. Si nous \u00e9tions pr\u00eats \u00e0 la guerre, une attitude intransigeante serait certes bien pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 ces n\u00e9gociations sans fin, suivies de concessions toujours plus consid\u00e9rables qui sont le propre de la diplomatie de Rouvier. Mais sommes-nous pr\u00eats ? C\u2019est douteux avec la r\u00e9publique.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mars 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 mars 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 1<sup>er<\/sup> mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une bonne partie de la matin\u00e9e \u00e0 une \u00e9tude pour la conf\u00e9rence Freppel. L\u2019apr\u00e8s-midi je vais faire deux visites : Mmes de La Villebiot, qui m\u2019avait invit\u00e9, et Saint-Maur. Maman a la visite de la vieille comtesse de Rouault, de Poitiers, qui est de passage ici, et qu\u2019elle a beaucoup connue autrefois. Le soir, on vient me dire que l\u2019inventaire aura lieu \u00e0 Saint-Serge probablement demain matin&nbsp;; je dis \u00e0 Jean d\u2019aller voir \u00e0 6 h et de venir me pr\u00e9venir imm\u00e9diatement s\u2019il y a quelque chose. Vers 10 h, j\u2019entends passer plusieurs d\u00e9tachements de troupes sous les fen\u00eatres ; c\u2019est sans doute pour l\u2019inventaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 2 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 6h \u00bd, Jean vient me r\u00e9veiller et me dire que l\u2019\u00e9glise Saint-Serge est entour\u00e9e par des cordons de troupes et qu\u2019il est impossible d\u2019en approcher. Je saute de mon lit et, puisqu\u2019il est impossible d\u2019aller \u00e0 Saint-Serge, je vais \u00e0 la Madeleine o\u00f9, certainement, la r\u00e9sistance sera vive. La Madeleine est \u00e9galement entour\u00e9e par des cordons d\u2019infanterie qui sont l\u00e0, les malheureux ! sous la pluie depuis 10 h du soir ; une foule consid\u00e9rable est mass\u00e9e derri\u00e8re les cordons conspue vigoureusement les ex\u00e9cuteurs de la loi odieuse condamn\u00e9e par le pape&nbsp;; un drapeau en berne et cr\u00eap\u00e9 est au clocher et le tocsin sonne lugubrement. La foule grossit peu \u00e0 peu&nbsp;; on chante des cantiques, surtout \u00ab Nous voulons Dieu&nbsp;\u00bb, le credo etc.&nbsp;; de temps en temps, on crie en ch\u0153ur : voleurs, cambrioleurs, l\u00e2ches, vendus, casseroles etc. ; mais jamais un mot contre l\u2019Arm\u00e9e, la pauvre Arm\u00e9e fran\u00e7aise que les bandits install\u00e9s au pouvoir par l\u2019\u00e9meute et qui s\u2019y maintiennent par la pression, la fraude et le mensonge, emploient \u00e0 une aussi honteuse besogne ! Tout le monde plaint cette pauvre Arm\u00e9e, ces pauvres officiers, ces malheureux soldats ! Cependant, des sapeurs du g\u00e9nie s\u2019acharnent pendant plus d\u2019une heure, sous la direction d\u2019un commissaire de police, contre une porte ; les coups r\u00e9sonnent lugubrement, scand\u00e9s par les cris d\u2019indignation de la foule des Catholiques. Apr\u00e8s plus d\u2019une heure d\u2019efforts, la porte, derri\u00e8re laquelle est une formidable barricade, r\u00e9siste aux pics du g\u00e9nie et les sapeurs attaquent une autre porte qui tient aussi une bonne heure. Pendant que s\u2019accomplit cet affreux sacril\u00e8ge, derri\u00e8re les cordons de troupes, la foule moque de plus en plus les ex\u00e9cuteurs des basses-\u0153uvres r\u00e9publicaines ; une femme du quartier nous porte des casseroles que nous \u00e9levons sur nos cannes et nos parapluies et que nous montrons aux policiers et aux gendarmes en criant \u00ab Voil\u00e0 l\u2019embl\u00e8me de la r\u00e9publique \u00bb. J\u2019en tiens une dont je me sers comme il convient. Nous accablons de sarcasmes contre le journal qui l\u2019emploie et contre le gouvernement qu\u2019il soutient, un reporter du <em>Patriote de l\u2019Ouest<\/em> ; comme la foule grossit, il arrive des renforts de troupes ; il y a, pour prot\u00e9ger les crocheteurs, des dragons, de l\u2019infanterie, des gendarmes et de la police municipale ; le g\u00e9nie ex\u00e9cute l\u2019odieuse besogne. Enfin, la porte c\u00e8de ; on se met alors \u00e0 d\u00e9molir la barricade que les catholiques qui ont r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019enfermer \u00e0 temps hier soir dans l\u2019\u00e9glise ont \u00e9lev\u00e9e derri\u00e8re ; au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on la d\u00e9molit, ses d\u00e9fenseurs la renforcent ; bancs, chaises, sont peu \u00e0 peu arrach\u00e9s ; enfin \u00e0 9 heures environ, la police entre dans l\u2019\u00e9glise ; il y avait deux heures et demie que le crochetage \u00e9tait commenc\u00e9 ! Ils expulsent de l\u2019\u00e9glise les 30 \u00e0 40 Catholiques qui l\u2019ont si courageusement d\u00e9fendue ; plusieurs de ceux-ci se laissent tra\u00eener par les policiers ; parmi eux, je reconnais d\u2019abord M. Dominique Delahaye, le vaillant s\u00e9nateur catholique et royaliste ; il est rev\u00eatu de ses insignes de s\u00e9nateur, \u00e9charpe tricolore et plaque ; Mme et Mlle Henry, Mlle Lucie Gavouy\u00e8re, Jean Gavouy\u00e8re, Lucas, plusieurs \u00e9tudiants&nbsp;: De Guerdavid, De Castelan etc. M. Delahaye, de l\u2019int\u00e9rieur des grilles, prononce un discours des plus violents, qui est scand\u00e9 par les applaudissements et les acclamations des Catholiques qui se pressent derri\u00e8re le cordon de soldats. L\u2019inventaire, cause de cet abominable attentat contre les droits de Dieu, de l\u2019\u00c9glise, et de tous les Catholiques fran\u00e7ais, dure de 30 \u00e0 40 minutes \u00e0 peine&nbsp;; c\u2019est dire que c\u2019est un simulacre&nbsp;; l\u2019inventorieur, avant de commencer, a d\u00fb entendre la rigoureuse protestation du cur\u00e9, puis celle de M. Delahaye. Quand il sort de l\u2019\u00e9glise et que la police en sort aussi, la foule des Catholiques pousse \u00e0 son adresse de formidables cris de : voleur, cambrioleur etc. ; pendant quelques instants, c\u2019est une clameur immense. Enfin les cordons de troupes sont lev\u00e9s et la foule veut passer ; elle se pr\u00e9cipite vers l\u2019\u00e9glise, dans laquelle elle entre par la porte fractur\u00e9e, et la remplit en quelques minutes ; cette pauvre \u00e9glise fait peine \u00e0 voir ! La porte est pulv\u00e9ris\u00e9e ; derri\u00e8re, dans un d\u00e9sordre inexprimable gisent chaises, bancs bris\u00e9s, fils de fer etc. jusqu\u2019au milieu de l\u2019\u00e9glise, il y a des montagnes de bancs et de chaises ; contre les autres portes, les barricades pr\u00e9c\u00e9demment construites et des amoncellements pour les consolider. Le P. Lemius, des P\u00e8res de Montmartre, qui est de passage \u00e0 Angers pr\u00e9cis\u00e9ment pour un sermon qu\u2019il devait donner \u00e0 l\u2019\u00e9glise Sainte-Madeleine du Sacr\u00e9-C\u0153ur en l\u2019honneur de la f\u00eate du premier vendredi du mois (aujourd\u2019hui), f\u00e9licite les d\u00e9fenseurs ; le cur\u00e9 monte en chaire, lit sa protestation puis donne le salut ; la foule acclame J\u00e9sus-Christ, le pape etc. Quand je sors de l\u2019\u00e9glise, il est pr\u00e8s de onze heures ; je vais aux abords de l\u2019\u00e9glise depuis 7 heures, et comme j\u2019avais l\u2019intention de me confesser et de faire la sainte communion, chose qui a \u00e9t\u00e9 impossible, je suis parti de la maison sans rien prendre et je n\u2019ai pu me procurer un petit pain que tr\u00e8s tard ; cela ne m\u2019a pas emp\u00each\u00e9 de m\u2019\u00e9gosiller \u00e0 crier au voleur ! et \u00e0 chanter les cantiques. Plusieurs arrestations ont eu lieu. D\u2019abord, deux des jeunes gens enferm\u00e9s dans l\u2019\u00e9glise ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s parce qu\u2019ils ne sortaient pas assez vite au gr\u00e9 de la police&nbsp;; d\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s en voulant d\u00e9livrer ceux-l\u00e0 et en se colletant avec la police ; apr\u00e8s l\u2019inventaire, \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9glise, d\u2019autres arrestations ont lieu devant le commissariat de la Madeleine o\u00f9 une foule consid\u00e9rable conduite par M. Delahaye manifestait sa r\u00e9probation contre les pr\u00e9c\u00e9dentes arrestations ; l\u00e0, le commissaire rappelle par t\u00e9l\u00e9phone les dragons qui \u00e9taient repartis, et fait charger cette foule apr\u00e8s les sommations sans r\u00e9sultat ; il y a plusieurs autres arrestations pour refus de circuler ; une troisi\u00e8me bagarre se produit devant l\u2019Universit\u00e9, o\u00f9 Du Lac et un autre \u00e9tudiant sont arr\u00eat\u00e9s ; il y a, en tout, 18 arrestations. Parmi ces 18 arr\u00eat\u00e9s, quelques-uns sont rel\u00e2ch\u00e9s, et une douzaine sont jug\u00e9s le soir m\u00eame \u00e0 l\u2019audience correctionnelle des flagrants d\u00e9lits ; j\u2019y assiste et j\u2019entends les condamnations qui, en g\u00e9n\u00e9ral sont l\u00e9g\u00e8res ; le tribunal se montre beaucoup plus mod\u00e9r\u00e9 que dans d\u2019autres villes. Maurice Perrin attrape 200 fr. d\u2019amende, Du Lac 48 heures de prison avec sursis et 100 fr. d\u2019amende sans sursis, De Guerdavid idem etc. De Damas, De Laujardi\u00e8re, De La Guillonni\u00e8re qui avait \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, ont \u00e9t\u00e9 remis en libert\u00e9 ; ils seront peut-\u00eatre poursuivis plus tard. J\u2019apprends que Jacques Herv\u00e9-Bazin a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, hier \u00e0 Bordeaux, \u00e0 8 jours de prison sans sursis ; son beau-fr\u00e8re M. Barth\u00e9lemy \u00e0 la m\u00e8re pleine, on dit qu\u2019ils font appel. Voil\u00e0 le bilan de cette journ\u00e9e, extr\u00eamement fatigante et \u00e9motionnante. Je suis tellement rendu que je n\u2019ai pas le courage d\u2019aller le soir \u00e0 la conf\u00e9rence que le P. Lemius donne ce soir \u00e0 la Madeleine pour les hommes et qui, en raison des circonstances, sera certainement int\u00e9ressante. Je n\u2019ai eu le temps, dans la journ\u00e9e, que d\u2019arriver \u00e0 Saint-Jacques demander \u00e0 M. le cur\u00e9 Brossard la dispense du je\u00fbne&nbsp;; \u00e0 Saint-Jacques, ils ont enfonc\u00e9 la porte pour entrer&nbsp;; idem \u00e0 Saint-Serge, Sainte-Th\u00e9r\u00e8se, la Trinit\u00e9 et Saint-L\u00e9onard&nbsp;; \u00e0 Saint-Laud, le cur\u00e9 les a laiss\u00e9s entrer tout tranquillement, c\u2019est inconcevable&nbsp;! \u00c0 la Madeleine, au moins, la r\u00e9sistance a \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieuse ! Je me souviens qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 on chassait les religieux des couvents, il y a 2, 3 et 4 ans, on disait aux r\u00e9publicains : maintenant c\u2019est le tour des couvents, plus tard ce sera celui des \u00e9glises ; les hypocrites protestaient, ceux qui \u00e9taient plus francs ne le niaient pas ; maintenant, on voit que la pr\u00e9diction des Catholiques clairvoyants s\u2019est r\u00e9alis\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 3 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars, avec Philom\u00e8ne, par le train de 9h57 pour Nantes o\u00f9 nos cousins Pichard de la Caill\u00e8re, qui sont venus \u00e0 Nantes \u00e0 l\u2019occasion du concours hippique, nous ont donn\u00e9 rendez-vous. Nous nous retrouvons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des voyageurs place du Th\u00e9\u00e2tre ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons ensemble au concours hippique ; Mme Pichard de la Caill\u00e8re, enrhum\u00e9e, n\u2019est pas venue \u00e0 Nantes, et nous ne voyons que notre cousin Louis et ses deux filles Antoinette et Th\u00e9r\u00e8se ; je ne connaissais pas cette derni\u00e8re, elle est moins jolie que sa s\u0153ur mais tr\u00e8s gentille cependant. Avec Philo, je vais poser une carte chez la comtesse de Becdeli\u00e8vre que nous ne trouvons pas. Je retrouve, au concours, beaucoup de personnes de connaissance beaucoup d\u2019Angevins qui y sont venus attir\u00e9s par le beau temps, car, apr\u00e8s une longue s\u00e9rie de pluies qui ont amen\u00e9 une inondation de la Loire et de la Maine, il fait aujourd\u2019hui un temps superbe, un vrai temps de printemps. Nous ne sommes pas \u00e0 temps \u00e0 prendre le train de 5h40 et nous ne partons qu\u2019\u00e0 8h50 apr\u00e8s avoir d\u00een\u00e9 avec nos cousins \u00e0 qui nous faisons nos adieux. Nous sommes de retour \u00e0 Angers \u00e0 10h27. \u00c0 Nantes, au concours, on entendait constamment parler d\u2019inventaires et d\u2019inventorieurs, de gendarmes, de prison etc., beaucoup plus que de chevaux et m\u00eame que de toilette ! Il y avait cependant, \u00e0 la tribune o\u00f9 nous \u00e9tions, beaucoup d\u2019\u00e9l\u00e9gants et d\u2019\u00e9l\u00e9gantes et de fort jolies toilettes ; les inventaires se feront, \u00e0 Nantes, apr\u00e8s le concours ; on compte r\u00e9sister. Dans le groupe form\u00e9 par les d\u00e9partements de la Loz\u00e8re, de l\u2019Ard\u00e8che et de la Haute-Loire, dans ce dernier surtout, la r\u00e9sistance est des plus vives ; on transforme les \u00e9glises en v\u00e9ritables forts, entour\u00e9s de foss\u00e9s, et d\u00e9fendues par des enchev\u00eatrements de fils de fer, par des pi\u00e8ges etc. et on se propose de recevoir \u00e0 coups de fusils les cambrioleurs de la r\u00e9publique ; dans certains villages, on a d\u00e9j\u00e0 tir\u00e9 sur eux. Honneur \u00e0 ces montagnards, nouveaux Vend\u00e9ens, ils commencent la guerre civile n\u00e9cessaire !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 4 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 je qu\u00eate pour la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons tous aux v\u00eapres de la cath\u00e9drale \u00e0 l\u2019issue desquelles Mgr Rumeau, qui arrive de Rome o\u00f9 il a accompagn\u00e9 Mgr Grellier pour son sacre, lit et promulgue solennellement du haut de la chaire l\u2019encyclique de Pie X qui condamne la loi de S\u00e9paration. Une foule \u00e9norme, qu\u2019on peut sans aucune exag\u00e9ration \u00e9valuer \u00e0 5000 \u00e0 6000 personnes remplit totalement la vaste cath\u00e9drale, les tribunes et d\u00e9borde m\u00eame sur la place. Dans son discours, Monseigneur parle en termes \u00e9logieux, du mouvement de r\u00e9sistance aux inventaires, <em>\u00ab dans lequel<\/em>, dit-il, <em>la ville et le dioc\u00e8se d\u2019Angers ont tenu un rang honorable \u00bb<\/em> ! Tant il est vrai que les violents finissent toujours par avoir raison des pusillanimes et les entra\u00eener&nbsp;! Ces r\u00e9flexions me viennent \u00e0 l\u2019esprit quand je compare le langage actuel de Monseigneur avec celui qu\u2019il tenait il y a un mois ; il est vrai que, dans l\u2019intervalle, Monseigneur a vu le pape qui l\u2019a, probablement, encourag\u00e9 \u00e0 la r\u00e9sistance. Apr\u00e8s le salut, r\u00e9ception des hommes, par NN. SS. Rumeau et Grellier \u00e0 la salle synodale de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9&nbsp;; il y a l\u00e0 de 1200 \u00e0 1500 hommes autant que je puis en juger ; nouveaux discours, nouvelles paroles de r\u00e9sistance ! Monseigneur, en louant le mouvement de r\u00e9sistance, ne dit pas qu\u2019il a tout fait pour l\u2019emp\u00eacher dans son dioc\u00e8se et que c\u2019est malgr\u00e9 lui qu\u2019on a r\u00e9sist\u00e9 ; il en est, du reste, ainsi dans la plupart des dioc\u00e8ses&nbsp;; maintenant que le mouvement est g\u00e9n\u00e9ral et qu\u2019ils sont impuissants \u00e0 l\u2019arr\u00eater, les \u00e9v\u00eaques le louent, le portent aux nues. Enfin tout est bien qui finit bien ! Apr\u00e8s d\u00eener, je vais avec Papa \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Conf\u00e9rences de Saint-Vincent-de-Paul place Saint-Martin ; elle est pr\u00e9sid\u00e9e par Monseigneur qui dit encore quelques mots tr\u00e8s bien sous forme de causerie. Ensuite, je vais chez Ren\u00e9 de La Villebiot qui m\u2019a invit\u00e9 \u00e0 un th\u00e9 o\u00f9 il r\u00e9unit quelques amis ; il y a outre Ren\u00e9 et moi, Jean de Jourdan, Bidault, Du R\u00e9au et De Saint-Valmont&nbsp;; je rentre \u00e0 11 heures.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 mars 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 5 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ach\u00e8ve, pour la conf\u00e9rence Freppel un travail sur la politique de ralliement (je la critique) et sur les conditions de l\u2019union des Catholiques (j\u2019indique comme le seul terrain d\u2019union le terrain catholique, l\u2019union pour la d\u00e9fense de la religion avec la libert\u00e9 de l\u2019action politique en dehors des questions religieuses). L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais deux visites : la comtesse de Plessis de Gren\u00e9dan que je ne rencontre pas, et Mme Mongazon que je rencontre. La situation est de plus en plus grave dans plusieurs r\u00e9gions de la France. Dans la Haute Loire et la Loz\u00e8re, beaucoup d\u2019\u00e9glises sont devenues de v\u00e9ritables forts avec foss\u00e9 d\u2019enceinte, d\u00e9fenses, mines, meurtri\u00e8res etc. ; et les paysans sont absolument d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 les d\u00e9fendre, contre la gendarmerie et contre la troupe m\u00eame, \u00e0 coups de fourches et de fusils ; ces jours-ci, il y a d\u00e9j\u00e0 eu plusieurs \u00e9chauffour\u00e9es&nbsp;; des gendarmes ont \u00e9t\u00e9 aux trois quarts assomm\u00e9s, des paysans ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s, un ou deux m\u00eame ont \u00e9t\u00e9 tu\u00e9s ; dans la Haute-Savoie, le Jura, la Vend\u00e9e, la Loire Inf\u00e9rieure, l\u2019Ard\u00e8che, la situation est presque aussi grave ; les paysans sont tr\u00e8s mont\u00e9s ; nous sommes \u00e0 deux doigts d\u2019une guerre de religion&nbsp;; si le gouvernement ne capitule pas, elle va \u00e9clater presque infailliblement. Voil\u00e0 o\u00f9 nous a men\u00e9s la politique de haine de cette r\u00e9publique qui semble n\u2019avoir eu, depuis qu\u2019elle existe, qu\u2019un seul but : la d\u00e9catholicisation de la France ! Ces sectaires, qui ont toujours vu jusqu\u2019ici les Catholiques capituler, ont cru qu\u2019ils pourraient tout se permettre contre eux ; ils voient enfin le peuple catholique de France se dresser devant eux, mena\u00e7ant, malgr\u00e9 la pusillanimit\u00e9 de ses chefs ; puisse cette le\u00e7on \u00eatre salutaire aux sectaires, au pouvoir et aussi aux chefs des Catholiques ! Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, int\u00e9ressante conf\u00e9rence de M. de La Morini\u00e8re sur Mor\u00e8s \u00e0 propos du livre de M. Jules Delahaye sur \u00ab Les assassins et les vengeurs de Mor\u00e8s \u00bb ; quelle passionnante et attachante figure que celle de ce marquis de Mor\u00e8s<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, descendant de paladins, paladin lui-m\u00eame, ennemi acharn\u00e9 du gouvernement d\u2019exploiteurs qui traite la France en pays conquis et de ses complices conscients ou inconscients, et qui tombe dans le d\u00e9sert au moment o\u00f9 il allait r\u00e9aliser le grand r\u00eave africain que lui inspirait son patriotisme, victime de ce gouvernement d\u2019assassins !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 6 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin et une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; \u00e0 5h, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. On dit que le gouvernement recule pour les inventaires. Il se contenterait de le faire tenter une premi\u00e8re fois et si l\u2019agent des Domaines trouve une r\u00e9sistance, il dresserait un proc\u00e8s-verbal de carence et se retirerait d\u00e9finitivement ; si la nouvelle est exacte, c\u2019est une grande victoire pour les Catholiques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 7 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 ma th\u00e8se la plus grande partie de l\u2019apr\u00e8s-midi ; le matin je vais \u00e0 la le\u00e7on de chant. \u00c0 5 h \u00bd, cours de religion du P. Corbill\u00e9 ; le soir, je vais au sermon de car\u00eame \u00e0 Saint-Joseph. La nouvelle d\u2019apr\u00e8s laquelle le gouvernement renoncerait \u00e0 employer la force pour les inventaires para\u00eet exacte ; pour la premi\u00e8re fois que les Catholiques se sont soulev\u00e9s depuis 30 ans qu\u2019on les pers\u00e9cute, cette tactique leur r\u00e9ussit ! Avis aux timides ! Hier, \u00e0 Bosch\u00e8pe (Nord) dans une violente bagarre occasionn\u00e9e par l\u2019inventaire de l\u2019\u00e9glise, un homme du peuple, un boucher p\u00e8re de 4 enfants, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 ; le percepteur a \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 ; la balle qui a tu\u00e9 le boucher a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9e d\u2019apr\u00e8s les uns par un gendarme, d\u2019apr\u00e8s les autres par le fils de percepteur. On ne compte pas les \u00e9glises barricad\u00e9es, les gendarmes et m\u00eame les soldats lapid\u00e9s, il y en a trop. Dans la Haute Loire, les villages entiers sont transform\u00e9s en forts, les chemins sont min\u00e9s autour, certains ponts coup\u00e9s&nbsp;; on re\u00e7oit la troupe et la gendarmerie \u00e0 coups de fusils ; plusieurs colonnes d\u2019infanterie battent tout le pays, comme les colonnes infernales en Vend\u00e9e ; mais elles se retirent aux premiers coups de feu afin de ne pas donner le signal de l\u2019insurrection g\u00e9n\u00e9rale qui \u00e9claterait dans une foule de d\u00e9partements. Voil\u00e0 o\u00f9 nous en sommes ! Cette magnifique r\u00e9sistance prouve qu\u2019il y a en France plus de foi et plus d\u2019\u00e9nergie que ne le croyait la secte ma\u00e7onnique. Le gouvernement doit \u00eatre bien ennuy\u00e9, \u00e0 cause des \u00e9lections si prochaines surtout. En vue de ces \u00e9lections, et sans doute pour faire oublier l\u2019odieuse loi qui soul\u00e8ve la France, nos parlementaires donnent le spectacle le plus \u00e9c\u0153urant qui se puisse voir ; ils votent \u00e0 tort et \u00e0 travers les mesures les plus on\u00e9reuses et les plus contraires \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays, sans m\u00eame se demander si elles sont possibles, d\u00e8s qu\u2019ils supposent qu\u2019elles flatteront le corps \u00e9lectoral ; c\u2019est ainsi qu\u2019ils viennent de r\u00e9tablir le privil\u00e8ge des bouilleurs de cru, de voter l\u2019abaissement du prix des timbres-poste, la suppression des 13 jours et l\u2019abaissement de la p\u00e9riode d\u2019instruction des r\u00e9servistes de 28 \u00e0 15 jours ; ils esp\u00e8rent certainement que le S\u00e9nat ne ratifiera pas leur vote, mais ils votent tout de m\u00eame afin de s\u2019en faire un m\u00e9rite devant leurs \u00e9lecteurs. C\u2019est le r\u00e9gime le plus funeste, le plus abject, de la surench\u00e8re \u00e9lectorale. Et voil\u00e0 par quels tristes sires la France est gouvern\u00e9e. Le mal, ici, on le touche du doigt, c\u2019est la constitution qui livre tout \u00e0 des assembl\u00e9es \u00e9lues par un suffrage incomp\u00e9tent. Quand le comprendra-t-on et fera-t-on le n\u00e9cessaire ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 8 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019apprends la chute du minist\u00e8re tomb\u00e9 hier \u00e0 la Chambre sous le coup d\u2019un vote de d\u00e9fiance de la droite, du centre, d\u2019une partie des progressistes et de l\u2019extr\u00eame gauche ; interpell\u00e9 sur les troubles de Bosch\u00e8pe et la mort de Ghyzel, il n\u2019a pas voulu promettre de cesser les inventaires comme le voulait la droite ; alors, la droite par principe, et une partie de la gauche par peur, par peur des Catholiques qui se sont enfin r\u00e9veill\u00e9s et par peur des cons\u00e9quences que le crochetage des \u00e9glises dans toute la France op\u00e9r\u00e9 malgr\u00e9 les populations pourraient avoir sur les \u00e9lections, l\u2019ont renvers\u00e9 ; quant \u00e0 l\u2019extr\u00eame gauche, elle a trouv\u00e9 l\u2019occasion bonne pour se d\u00e9barrasser d\u2019un minist\u00e8re dont elle s\u2019est toujours d\u00e9fi\u00e9e, bien \u00e0 tort certes ! Ainsi finit ce minist\u00e8re Rouvier ; pour rappeler un mot historique, le pied lui a gliss\u00e9 dans le sang. \u00c0 son av\u00e9nement, les Catholiques ralli\u00e9s, et m\u00eame une partie de la droite monarchique l\u2019accueillirent comme un gouvernement d\u2019apaisement, presque de r\u00e9paration ; \u00e9trange illusion que les esprits clairvoyants n\u2019ont pas partag\u00e9e ! L\u2019opposition d\u00e9sarma presque devant lui. Et voil\u00e0 que ce minist\u00e8re mod\u00e9r\u00e9 a fait voter la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat qui nous a men\u00e9s \u00e0 la guerre civile, n\u2019a jamais pris aucune mesure contre les d\u00e9lateurs, en a, au contraire, r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 plusieurs dans l\u2019Arm\u00e9e, a eu devant l\u2019Allemagne une attitude humili\u00e9e, et il meurt au milieu du crochetage des \u00e9glises op\u00e9r\u00e9 par la violence gr\u00e2ce et malgr\u00e9 les populations qui se soul\u00e8vent et se laissent emprisonner, blesser et m\u00eame tuer pour l\u2019emp\u00eacher. Si c\u2019est \u00e7a un minist\u00e8re mod\u00e9r\u00e9, un minist\u00e8re d\u2019apaisement et de r\u00e9paration, grand merci ! J\u2019esp\u00e8re que les bons lib\u00e9raux qui ont salu\u00e9 son av\u00e8nement comme une victoire auront la pudeur de ne pas triompher aussi de sa chute. Apr\u00e8s \u00e7a, tout se voit. N\u2019a-t-on pas vu hier \u00e0 la Chambre un pr\u00eatre (un pr\u00eatre \u00e9trange), l\u2019abb\u00e9 Lemire, faire retomber sur les Catholiques la faute du sang vers\u00e9 ? Il faut donc se laisser voler sans se d\u00e9fendre ! Je comprends qu\u2019apr\u00e8s cela, la majorit\u00e9 blocarde et franc-ma\u00e7onne de cette Chambre qui a vot\u00e9 la s\u00e9paration, ait vot\u00e9 l\u2019affichage du discours de l\u2019abb\u00e9 Lemire. Ce vote devrait \u00eatre la plus grande honte de sa vie pour ce pr\u00eatre r\u00e9publicain et catholique (?). Mais ces ralli\u00e9s sont tellement extraordinaires que le bon abb\u00e9 en est peut-\u00eatre enchant\u00e9. Par exemple, ses \u00e9lecteurs doivent la trouver mauvaise et ils feraient bien de choisir un successeur \u00e0 cet aum\u00f4nier du bloc. Je travaille \u00e0 ma th\u00e8se matin et soir. Il n\u2019y a pas de Conf\u00e9rence Freppel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 9 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame ; au retour, je suis tout surpris de trouver \u00e0 la maison Max de Saint-Cyr&nbsp;; il devait arriver \u00e0 une heure, mais, ayant termin\u00e9 hier \u00e0 Angoul\u00eame ses affaires assez t\u00f4t pour prendre un train de nuit, il en a profit\u00e9. Il va passer 3 jours ici apr\u00e8s quoi il partira avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui aura pass\u00e9, \u00e0 notre grande joie, pr\u00e8s de deux mois avec nous. Je travaille matin et soir. \u00c0 5h, salle d\u2019armes. La crise minist\u00e9rielle n\u2019a pas fait un pas ; il est probable que les radicaux vont \u00eatre appel\u00e9s au pouvoir ; \u00e0 la veille des \u00e9lections et au milieu de la lutte violente qui est engag\u00e9e dans toute la France, cela vaudrait mieux que l\u2019\u00e9quivoque du minist\u00e8re soi-disant mod\u00e9r\u00e9 qui vient de tomber.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 10 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; l\u2019apr\u00e8s-midi je vais me confesser \u00e0 St Jacques ; j\u2019apprends l\u2019effroyable catastrophe qui s\u2019est produite ce matin aux mines de Courri\u00e8res (Pas-de-Calais) ; \u00e0 la suite d\u2019un terrible coup de grisou, un violent incendie s\u2019est d\u00e9clar\u00e9 dans 3 fosses, et sur 1800 ouvriers descendus dans la mine, on croit qu\u2019on ne pourra en sauver que tr\u00e8s peu ; on s\u2019attend \u00e0 ce qu\u2019il y ait plus de 1000 victimes ; l\u2019horreur inspir\u00e9e par cette catastrophe fait presque oublier les \u00e9v\u00e9nements de ces jours-ci. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul ; on r\u00e9cite un <em>De Profundis<\/em> pour les malheureux ouvriers de Courri\u00e8res ; Papa, l\u00e9g\u00e8rement gripp\u00e9, ne sort pas de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/10-Mars-1906-1-200-mineurs-trouvent-communes-francaises-Billy-Montigny-Sallaumines-Mericourt-Noyelles-Lens-mines-appartenant-Compagnie-mines-Courrieres_0.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"505\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/10-Mars-1906-1-200-mineurs-trouvent-communes-francaises-Billy-Montigny-Sallaumines-Mericourt-Noyelles-Lens-mines-appartenant-Compagnie-mines-Courrieres_0.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-391\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/10-Mars-1906-1-200-mineurs-trouvent-communes-francaises-Billy-Montigny-Sallaumines-Mericourt-Noyelles-Lens-mines-appartenant-Compagnie-mines-Courrieres_0.webp 800w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/10-Mars-1906-1-200-mineurs-trouvent-communes-francaises-Billy-Montigny-Sallaumines-Mericourt-Noyelles-Lens-mines-appartenant-Compagnie-mines-Courrieres_0-300x189.webp 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/10-Mars-1906-1-200-mineurs-trouvent-communes-francaises-Billy-Montigny-Sallaumines-Mericourt-Noyelles-Lens-mines-appartenant-Compagnie-mines-Courrieres_0-768x485.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La catastrophe de Courri\u00e8res vue par une carte postale d&rsquo;\u00e9poque \u2013 Site du journal <em>La Croix<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 11 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd \u00e0 Saint-Serge ; elle est dite pour le repos de l\u2019\u00e2me de ce pauvre Fardeau, que je visitais comme membre de la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul ; j\u2019y fais la sainte communion ; ensuite, je vais me promener avec Max ; nous allons aux Amis des Arts. On n\u2019a pas beaucoup de d\u00e9tails sur la catastrophe d\u2019hier&nbsp;; tr\u00e8s peu de sauvetages ont pu avoir lieu, on persiste \u00e0 croire que le nombre des morts d\u00e9passera mille. Le soir \u00e0 5h, \u00e0 la Madeleine, c\u00e9r\u00e9monie de r\u00e9paration des sacril\u00e8ges commis le 2 mars par les inventorieurs ; tous les catholiques d\u2019Angers y \u00e9taient invit\u00e9s ; l\u2019\u00e9glise, dont on avait enlev\u00e9 toutes les chaises, \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux hommes ; elle \u00e9tait comble bien avant cinq heures ; une foule \u00e9norme d\u00e9bordait dans l\u2019int\u00e9rieur des grilles et dans la rue. Monseigneur arrive \u00e0 5 h et monte en chaire o\u00f9 il prononce un discours \u00e9mu. Ensuite, on r\u00e9cite la pri\u00e8re de r\u00e9paration qui avait \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9e, on acclame plusieurs fois le Sacr\u00e9-C\u0153ur ; puis on chante un <em>De Profundis<\/em> pour les personnes tu\u00e9es en d\u00e9fendant les \u00e9glises et pour les ouvriers de Courri\u00e8res. Monseigneur donne une premi\u00e8re b\u00e9n\u00e9diction dans l\u2019\u00e9glise, puis une seconde hors de l\u2019\u00e9glise pour la foule rest\u00e9e dehors. La foule se masse dans la rue devant l\u2019\u00e9glise ; on chante des cantiques et on fait circuler le mot d\u2019ordre : raccompagner Monseigneur \u00e0 l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9. D\u00e8s que Monseigneur sort de l\u2019\u00e9glise, quelques jeunes gens prennent les r\u00eanes du cheval et en avant&nbsp;! Un millier d\u2019hommes entoure la voiture, on crie \u00ab Vive Monseigneur \u00bb, et on prend le chemin de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 ; on s\u2019engage par les rues Volney, Paul Bert, le boulevard de Saumur, la rue Saint-Aubin (o\u00f9 un fort barrage d\u2019agents s\u2019\u00e9tait plac\u00e9 devant la Pr\u00e9fecture, ce qui nous a emp\u00each\u00e9s de huer au passage le repr\u00e9sentant de la R\u00e9publique), la place Sainte-Croix et la place Saint-Maurice. Une foule \u00e9norme, celle qui \u00e9tait \u00e0 la Madeleine ou au dehors, suit la voiture en chantant des cantiques, surtout le cantique \u00ab&nbsp;Nous voulons Dieu&nbsp;\u00bb qui est devenu le chant de ralliement des Catholiques fran\u00e7ais, en criant \u00ab libert\u00e9 \u00bb, \u00ab r\u00e9sistance \u00bb, des cris vari\u00e9s. Des fen\u00eatres, les gens saluent, agitent leurs mouchoirs et applaudissent. Arriv\u00e9 devant la cath\u00e9drale, l\u2019immense cort\u00e8ge s\u2019arr\u00eate, Monseigneur descend de voiture et on entre dans la cath\u00e9drale. La foule peut \u00eatre \u00e9valu\u00e9e \u00e0 5000 \u00e0 6000 personnes. \u00c9tant invit\u00e9 \u00e0 d\u00eener \u00e0 7h \u00bd chez la comtesse de Chappedelaine rue Mirabeau, je suis oblig\u00e9 \u00e0 mon grand regret de quitter la manifestation devant la cath\u00e9drale, car il fait d\u00e9j\u00e0 nuit, il est 7 heures et je n\u2019ai que le temps de rentrer et d\u2019enfiler \u00e0 la h\u00e2te mon frac. Cependant, je n\u2019arrive pas en retard chez Mme de Chappedelaine. Les autres convives sont : la comtesse de Tolghou\u00ebt, le g\u00e9n\u00e9ral et Mme Joly, Mlle de Posson, M. et Mme Bove, un intendant militaire dont je n\u2019ai pas compris le nom et sa femme. D\u00eener tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant. Aussit\u00f4t apr\u00e8s le th\u00e9 \u00e0 10h \u00be, je prends cong\u00e9 de M. et Mme de Chappedelaine et je prends une voiture qui m\u2019attendait et qui me m\u00e8ne chez M. et Mme Gavouy\u00e8re qui donnent ce soir un petit th\u00e9 intime ; ayant promis, malgr\u00e9 le d\u00eener de Mme de Chappedelaine, d\u2019aller y faire une apparition, je dois tenir ma promesse&nbsp;; les autres invit\u00e9s, en dehors de Papa, Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Max et Philo, sont M. et Mme Baugas et la famille Grifat. J\u2019y passe une vingtaine de minutes. On y parle beaucoup de la manifestation de ce soir. Parmi les personnes qui acclamaient ce soir Mgr Rumeau, il y en avait beaucoup qui le critiquaient vivement il y a quelques semaines ; il faut dire que depuis lors, comme je l\u2019avais pr\u00e9vu, Monseigneur, sous l\u2019influence des \u00e9v\u00e9nements, a \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de \u00ab&nbsp;marcher&nbsp;\u00bb dans le sens de la r\u00e9sistance ; du haut de la chaire, il n\u2019a pas, maintenant, de mots trop flatteurs pour les Catholiques qui r\u00e9sistent aux inventaires. Et puis, on a voulu surtout faire une manifestation catholique ; par-dessus la personne de Monseigneur, on acclamait la religion dont il est ici le plus haut repr\u00e9sentant. Ces manifestations ont du bon, elles habituent les Catholiques \u00e0 se compter et \u00e0 prendre possession de la rue.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 mars 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 12 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, visite \u00e0 Mme de Chappedelaine&nbsp;; si j\u2019y vais d\u00e8s aujourd\u2019hui, c\u2019est qu\u2019elle-m\u00eame m\u2019a demand\u00e9 hier soir de venir la voir bient\u00f4t parce qu\u2019elle a un renseignement \u00e0 me demander. Le nombre des victimes de l\u2019affreuse catastrophe de Courri\u00e8res s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 1280 dit-on&nbsp;; je ne crois pas qu\u2019on trouve dans les annales des catastrophes mini\u00e8res un pareil nombre de victimes. De tous c\u00f4t\u00e9s, des souscriptions s\u2019ouvrent ; un service solennel de requiem va \u00eatre c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 Notre-Dame de Paris. Comme minist\u00e8re, nous allons avoir Clemenceau, \u00e0 l\u2019Int\u00e9rieur, qui gouvernera sous le nom de Sarrien, pr\u00e9sident du conseil ; les personnalit\u00e9s les plus marquantes seront Bourgeois, Clemenceau, Briand et Poincar\u00e9. Ce sera \u00e9videmment un minist\u00e8re \u00e0 poigne, tout fait pr\u00e9voir qu\u2019il appliquera rigoureusement la loi de S\u00e9paration ; je pr\u00e9f\u00e8re cela \u00e0 un minist\u00e8re mod\u00e9r\u00e9 qui aurait cherch\u00e9 \u00e0 endormir les Catholiques ; les pontifes du ralliement, du lib\u00e9ralisme et de la conciliation auraient \u00e9t\u00e9 assez na\u00effs pour se laisser prendre une fois de plus \u00e0 ses boniments int\u00e9ress\u00e9s. Dieu merci, gr\u00e2ce au minist\u00e8re presque extr\u00eame-gauche qui va nous tomber du ciel, ou plut\u00f4t de l\u2019enfer, \u00e0 moins que ce ne soit du Grand Orient, ce danger semble conjur\u00e9. Marie-Th\u00e9r\u00e8se, apr\u00e8s un s\u00e9jour de pr\u00e8s de deux mois, repart le soir \u00e0 10h pour Sainte-Croix avec Max qui \u00e9tait venu la chercher. Maman aurait \u00e9t\u00e9 bien aise de la garder le plus longtemps possible afin de la faire profiter de son exp\u00e9rience car, s\u2019il pla\u00eet \u00e0 Dieu, j\u2019aurai un neveu ou une ni\u00e8ce vers le mois de septembre. Mais Marie-Th\u00e9r\u00e8se, pour d\u2019autres raisons, tenait r\u00e9int\u00e9grer son domicile.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 13 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; je vais \u00e0 la salle d\u2019armes \u00e0 5h. Nous avons Henri du Lac \u00e0 d\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 14 mars 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"702\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Petit_Journal_-_18_mars_1906_-_Les_inventaires_dans_les_departements-1-702x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-398\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Petit_Journal_-_18_mars_1906_-_Les_inventaires_dans_les_departements-1-702x1024.jpg 702w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Petit_Journal_-_18_mars_1906_-_Les_inventaires_dans_les_departements-1-206x300.jpg 206w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Petit_Journal_-_18_mars_1906_-_Les_inventaires_dans_les_departements-1-768x1120.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Petit_Journal_-_18_mars_1906_-_Les_inventaires_dans_les_departements-1-1053x1536.jpg 1053w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Petit_Journal_-_18_mars_1906_-_Les_inventaires_dans_les_departements-1-1404x2048.jpg 1404w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Petit_Journal_-_18_mars_1906_-_Les_inventaires_dans_les_departements-1-scaled.jpg 1755w\" sizes=\"auto, (max-width: 702px) 100vw, 702px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Couverture du <em>Petit Journal<\/em> du 18 mars 1906 au sujet des inventaires \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le nouveau minist\u00e8re, qu\u2019on n\u2019appelle d\u00e9j\u00e0 plus que \u00ab le minist\u00e8re Clemenceau \u00bb, a d\u00e9cid\u00e9 de poursuivre les inventaires et de rechercher les organisateurs de la r\u00e9sistance ; c\u2019est Haute-Cour en perspective. En attendant, sur tous les points de la France, les inventorieurs rencontrent une r\u00e9sistance des plus opini\u00e2tres ; dans beaucoup de localit\u00e9s, les paysans sont arm\u00e9s de fourches et m\u00eame de fusils et sont d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 d\u00e9fendre jusqu\u2019\u00e0 la mort leurs \u00e9glises barricad\u00e9es ; la plupart du temps, l\u2019agent des Domaines se retire sous les hu\u00e9es de la foule quand il constate ces dispositions ; la r\u00e9sistance est particuli\u00e8rement opini\u00e2tre dans le Cantal, la Loz\u00e8re, l\u2019Ard\u00e8che, la Haute Loire, le Nord, dans toute la Bretagne, dans l\u2019Aveyron, la Manche, Meurthe et Moselle etc. \u00c0 Sainte-Anne-d\u2019Auray ce matin, 20.000 personnes ayant \u00e0 leur t\u00eate le nouvel \u00e9v\u00eaque de Vannes Mgr Gouraud, les d\u00e9put\u00e9s et s\u00e9nateurs du Morbihan, le g\u00e9n\u00e9ral de Charette, attendaient de pied ferme devant la basilique formidablement d\u00e9fendue l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019envoy\u00e9 de la r\u00e9publique qui ne s\u2019est m\u00eame pas pr\u00e9sent\u00e9. Cette foule de chouans \u00e9tait bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 mourir plut\u00f4t que de c\u00e9der. Ce r\u00e9veil des Catholiques fran\u00e7ais est magnifique apr\u00e8s tant de d\u00e9faillances, de capitulations honteuses de ceux qui auraient d\u00fb le conduire&nbsp;; le peuple de France, rest\u00e9 malgr\u00e9 tout attach\u00e9 \u00e0 la religion de ses anc\u00eatres, se l\u00e8ve partout, spontan\u00e9ment presque toujours, pour d\u00e9fendre ses autels. La secte maudite, incarn\u00e9e dans la r\u00e9publique, s\u2019y brisera, la religion catholique triomphera une fois de plus ! Si ce n\u2019est pas aujourd\u2019hui, ce sera demain, si ce n\u2019est pas demain ce sera apr\u00e8s-demain, mais l\u2019\u00c9glise triomphera en France ! Les Catholiques de Nancy, hier matin apr\u00e8s l\u2019inventaire de leur cath\u00e9drale, se sont ru\u00e9s sur la loge ma\u00e7onnique dont ils ont enfonc\u00e9 toutes les portes, et ont tout cass\u00e9, tout pulv\u00e9ris\u00e9 dans cet antre maudit ; voil\u00e0 une excellente mesure digne d\u2019\u00eatre suivie partout.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 10h, le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Maman re\u00e7oit une lettre de Bonne Maman lui annon\u00e7ant qu\u2019une dame de Perpignan, dont elle ne nous dit pas le nom, me propose de s\u2019occuper de mon mariage avec Mlle de Pallar\u00e8s, fille de M. Charles de Pallar\u00e8s, d\u00e9c\u00e9d\u00e9, et de Mlle Beilhoc<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>. La jeune fille a 18 \u00e0 19 ans, et 500.000 fr. de dot. La dame en question se chargerait de toutes les d\u00e9marches ; on ne me donne pas d\u2019autres renseignements. C\u2019est la premi\u00e8re fois que j\u2019entends parler de Mlle de Pallar\u00e8s bien que nous soyons en bons termes avec sa famille ; je crois m\u00eame qu\u2019il y a entre nous une lointaine parent\u00e9 par les Pontich ; la famille de Pallar\u00e8s est une des anciennes familles du Roussillon ; la fortune para\u00eet belle ; sur ces deux rapports, ce projet me sourirait donc. Mais, avant tout, il faut que la jeune fille me plaise. La question de convenance personnelle est, \u00e0 mon avis, la principale ; la famille a beau \u00eatre bonne, la fortune consid\u00e9rable, si on ne se convient pas il me semble qu\u2019on ne peut pas \u00eatre heureux&nbsp;; donc d\u2019abord la jeune fille&nbsp;; si, avec cela, il y a la dot et la famille tant mieux ; mais la famille f\u00fbt-elle princi\u00e8re, et la dot f\u00fbt-elle colossale, ne me feront jamais \u00e9pouser une jeune fille qui ne me plairait pas. Je vais r\u00e9pondre que l\u2019id\u00e9e de ce mariage ne me d\u00e9pla\u00eet pas ; mais qu\u2019avant de laisser tenter la moindre d\u00e9marche, je veux avoir des renseignements plus complets ; si ces renseignements me conviennent, alors je me pr\u00e9occuperai de voir Mlle de Pallar\u00e8s. Pendant que cette bonne dame s\u2019occupe, \u00e0 Perpignan, de ce mariage, on parle beaucoup \u00e0 Ille, de mon mariage avec Marie-Louise de Lacour et, ici, avec Madeleine de Padirac. J\u2019ai donc 3 cordes \u00e0 mon arc en ce moment-ci ! Il est possible que j\u2019aille en Roussillon dans quelque temps pour voir les choses de plus pr\u00e8s. Le soir, nous allons au sermon \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 15 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, Maman r\u00e9pond, sous ma dict\u00e9e, \u00e0 Bonne Maman. Avant de laisser engager la moindre n\u00e9gociation, je demande des renseignements sur les points suivants : sant\u00e9, \u00e9ducation, caract\u00e8re, pi\u00e9t\u00e9, physique, parent\u00e9, fortune pr\u00e9sente et \u00e0 venir. Si ces renseignements sont favorables, je verrai ce que j\u2019aurai \u00e0 faire. Je vais \u00e0 la permanence de la section d\u2019Action fran\u00e7aise. \u00c0 5h, \u00e0 la Conf\u00e9rence Freppel, je donne lecture d\u2019un travail intitul\u00e9 \u00ab \u00c0 propos d\u2019un ouvrage r\u00e9cent sur le ralliement, conditions de l\u2019union des Catholiques, du r\u00f4le des minorit\u00e9s \u00bb. Cet ouvrage est le livre du P. Barbier. Je fais d\u2019abord la critique de la politique de ralliement et je montre ses r\u00e9sultats funestes, mort de l\u2019union conservatrice, divisions de plus en plus profondes entre Catholiques, directions de L\u00e9on XIII outrepass\u00e9es, opposition \u00e0 la l\u00e9gislation antichr\u00e9tienne et aux hommes de la r\u00e9publique presque nulle de la part des ralli\u00e9s comme l\u2019avaient pr\u00e9dit les monarchistes. Union entre Catholiques impossible sur le terrain constitutionnel, possible et d\u00e9sirable sur le terrain catholique pour la d\u00e9fense de la religion et en laissant toute libert\u00e9 d\u2019action, en dehors de cette d\u00e9fense, aux groupes alli\u00e9s. Les royalistes ont toujours pr\u00e9conis\u00e9 cette union (citation de M. de Lamarzelle)&nbsp;; c\u2019est \u00e0 cette union, honorable pour tous, que Pie X nous convie (citations des paroles de Pie X \u00e0 M. Dimier et \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Odelin et d\u2019un passage de l\u2019encyclique <em>Vehementer nos<\/em>). La minorit\u00e9 doit \u00eatre consciente, \u00e9nergique, organis\u00e9e ; elle ne doit pas reculer devant les moyens ill\u00e9gaux et violents s\u2019ils sont n\u00e9cessaires et si l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays l\u2019exige ; son opposition ne doit pas \u00eatre syst\u00e9matique dans les Chambres ; elle doit se pr\u00eater aux alliances, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 vu, mais sans rien abandonner de ses principes, et elle doit profiter de toutes les occasions pour affirmer ses principes ; exemple de l\u2019opposition r\u00e9publicaine sous le Second Empire. Dans le pays, elle doit \u00eatre opini\u00e2tre et pers\u00e9v\u00e9rante.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon travail est suivi d\u2019une longue discussion mais o\u00f9 presque tous sont d\u2019accord avec moi. Un v\u0153u dans le sens de mes conclusions est vot\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 16 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame. Je travaille ensuite \u00e0 ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se puis je vais \u00e0 une r\u00e9union convoqu\u00e9e par M. Frog\u00e9 2 rue Saint-Aignan pour l\u2019organisation de la messe des hommes le 25 mars \u00e0 la cath\u00e9drale. Au retour, je trouve la maison toute troubl\u00e9e, Papa ayant fait observer \u00e0 Jean et \u00e0 Marie que le vin des carafons baissait d\u2019une fa\u00e7on anormale, Jean a fait une sc\u00e8ne, disant qu\u2019on l\u2019accusait de voler du vin, ce qui n\u2019\u00e9tait pas vrai, il est parti illico sans m\u00eame donner ses huit jours&nbsp;; bon voyage&nbsp;! Le soir, je vais avec Papa au sermon \u00e0 Saint-Serge. La r\u00e9union, une premi\u00e8re fois retard\u00e9e \u00e0 la suite de certaines intrigues, et qui a eu lieu hier soir sous la pr\u00e9sidence des jeunes gens De Cassagnac au man\u00e8ge Saint-Paul a \u00e9t\u00e9 splendide ; il y avait de 7 \u00e0 8000 personnes&nbsp;: lettre enthousiaste d\u2019encouragement de Drumont, discours de Fran\u00e7ois Copp\u00e9e, de Jules Delahaye, de Paul et Guy de Cassagnac. La r\u00e9union, d\u2019un caract\u00e8re exclusivement catholique, avait pour but de fonder une ligue purement catholique pour f\u00e9d\u00e9rer toutes les ligues et associations \u00e9galement catholiques mais poursuivant aussi un but politique. L\u2019id\u00e9e est excellente et r\u00e9pond \u00e0 la pens\u00e9e d\u2019union de Pie X. Tous les Catholiques, qu\u2019ils soient monarchistes ou r\u00e9publicains, peuvent se r\u00e9unir dans la nouvelle \u00ab Ligue de r\u00e9sistance des Catholiques fran\u00e7ais \u00bb, sans rien abdiquer de leurs opinions politiques et sans rien abandonner du but poursuivi par eux ; toutes les associations ou ligues, royalistes, bonapartistes ou r\u00e9publicaines, mais avant tout catholiques, pourront adh\u00e9rer \u00e0 la nouvelle Ligue qui sera pour elles un champ commun, un point de r\u00e9union ; c\u2019est ainsi que \u00ab l\u2019Action lib\u00e9rale populaire \u00bb qui combat sur le terrain constitutionnel pourra, si elle adh\u00e8re \u00e0 la Ligue de r\u00e9sistance, se rencontrer avec \u00ab l\u2019Avant-garde royaliste \u00bb de Bacconier<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, ou avec la \u00ab Jeunesse pl\u00e9biscitaire \u00bb<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> ; ces deux groupes, de m\u00eame que la royaliste \u00ab&nbsp;Entente nationale&nbsp;\u00bb du docteur Le Fur<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a> et \u00ab&nbsp;la Jeunesse royaliste&nbsp;\u00bb de M. de Lar\u00e8gle<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, ont d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 leur adh\u00e9sion. La nouvelle \u00ab Ligue de r\u00e9sistance des Catholiques fran\u00e7ais \u00bb peut devenir le centre de la r\u00e9sistance catholique, le noyau de l\u2019opposition, le tronc o\u00f9 se rattacheront les branches d\u2019importance diverse de l\u2019activit\u00e9 catholique. C\u2019est une admirable pens\u00e9e d\u2019union qui l\u2019a fait na\u00eetre&nbsp;; esp\u00e9rons que tous les Catholiques, quelles que soient par ailleurs leurs opinions politiques dont on ne leur demande nullement le sacrifice et pour lesquelles ils pourront continuer \u00e0 lutter, seront empress\u00e9s \u00e0 venir se ranger sous sa banni\u00e8re. L\u2019Association catholique de la Jeunesse fran\u00e7aise r\u00e9alise d\u00e9j\u00e0 cette union pour les jeunes, bien qu\u2019on puisse lui reprocher de ne pas toujours se tenir sur le terrain exclusivement catholique. La \u00ab Ligue de r\u00e9sistance \u00bb a le m\u00e9rite d\u2019aspirer \u00e0 imprimer une direction commune \u00e0 l\u2019opposition catholique, chose qui manquait absolument jusqu\u2019ici ; elle a su choisir pour l\u2019union le terrain le plus large, le plus honorable, le seul acceptable pour tous. Je souhaite longue vie et croissance rapide \u00e0 la \u00ab&nbsp;Ligue de r\u00e9sistance des Catholiques fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 17 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 ma th\u00e8se le matin et l\u2019apr\u00e8s-midi ; \u00e0 5h, salle d\u2019armes ; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Il fait un temps splendide et absolument chaud : 21\u00b0 \u00e0 l\u2019ombre, temps de juin. La r\u00e9sistance aux inventaires a gagn\u00e9 m\u00eame le Roussillon et, depuis quinze jours, on a ferm\u00e9 les portes au nez des agents des Domaines dans quantit\u00e9s de paroisses de notre pays, avec manifestation de la population. Quant au gouvernement, d\u00e9cid\u00e9ment, il recule devant la r\u00e9sistance des Catholiques ; Clemenceau a donn\u00e9 des instructions tendant \u00e0 faire surseoir aux inventaires l\u00e0 o\u00f9 il y aurait danger de conflit violent, et de se contenter, pour le moment, d\u2019un proc\u00e8s-verbal de constat. Ce sont les Catholiques, enfin r\u00e9veill\u00e9s, qui l\u2019emportent sur le gouvernement le plus avanc\u00e9 que la France ait eu depuis 70 ; belle victoire pour la premi\u00e8re bataille ; elle devrait \u00eatre un encouragement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 18 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste \u00e0 un concert extraordinaire au cirque&nbsp;: ouverture de <em>Tannhauser<\/em>, symphonie de Vincent d\u2019Indy pour piano et orchestre, piano tenu par Cortot, morceaux chant\u00e9s par Mme Auguez de Montalant, bref programme tr\u00e8s r\u00e9ussi&nbsp;; ensuite, je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration, puis un moment \u00e0 l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle \u00e0 Saint-Laud. Cette semaine, vers la fin probablement, je compte partir pour Paris o\u00f9 je dois faire quelques recherches indispensables pour ma th\u00e8se ; j\u2019y passerai le nombre de jours strictement n\u00e9cessaire afin de pouvoir travailler un peu, au retour, sur les mat\u00e9riaux rapport\u00e9s, avant les vacances de P\u00e2ques ; je devrai probablement aller en Roussillon \u00e0 P\u00e2ques si le projet Pallar\u00e8s se pr\u00e9cise.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 mars 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 19 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me confesse et je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur de Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au salut \u00e0 l\u2019Adoration, puis faire ma visite de digestion \u00e0 Mme Gavouy\u00e8re. Le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, travail d\u2019un \u00e9tudiant qui a habit\u00e9 2 ans la Russie, sur ce pays et sur la r\u00e9volution actuelle ; ce travail, qui d\u00e9note une certaine connaissance du pays, de son \u00e9tat de civilisation, de ses id\u00e9es ou plut\u00f4t de l\u2019absence presque compl\u00e8te d\u2019id\u00e9es, et de ses m\u0153urs, est int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 20 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Saint-Nicolas-du-Port (Dioc\u00e8se de Nancy) deux vicaires assaillis par une bande d\u2019apaches, puis assi\u00e9g\u00e9s et m\u00eame menac\u00e9s dans leur maison par cette m\u00eame bande, ont tir\u00e9 sur eux ; un individu est tr\u00e8s s\u00e9rieusement bless\u00e9 et mourra probablement ; les deux pr\u00eatres pourront prouver, je l\u2019esp\u00e8re, qu\u2019ils \u00e9taient en cas de l\u00e9gitime d\u00e9fense ; n\u00e9anmoins ce fait [est] extr\u00eamement malheureux en lui-m\u00eame d\u2019abord, et surtout en raison de la qualit\u00e9 du meurtrier ; il est fort \u00e0 craindre que la presse blocarde ne profite de la circonstance pour mentir effront\u00e9ment et, en d\u00e9naturant les faits, organiser un gros scandale. Le soir, je vais \u00e0 une conf\u00e9rence organis\u00e9e par la Croix-Rouge \u00e0 la salle des Quinconces ; elle est faite par le Dr Brin ; sujet : les blessures de guerre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 21 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 10 h, le\u00e7on de chant ; ensuite, je vais un moment \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se, \u00e0 5 h cours de religion du P. Corbill\u00e9 ; au contraire de la semaine derni\u00e8re, il fait absolument froid, ma douche du matin me para\u00eet glac\u00e9e. L\u2019individu bless\u00e9 par le vicaire de Saint-Nicolas-du-Port, l\u2019abb\u00e9 Claude, s\u2019appelle Schumacker ; il est mort \u00e0 l\u2019h\u00f4pital apr\u00e8s avoir demand\u00e9 et re\u00e7u les derniers sacrements ; bonne le\u00e7on pour les incr\u00e9dules et les pr\u00e9tendus esprits forts ; le dimanche, cet individu poursuivait des pr\u00eatres une fourche \u00e0 la main, les mena\u00e7ait de les \u00e9triper, faisait le si\u00e8ge de leur maison, lan\u00e7ait sur eux des pierres qui auraient pu les tuer ; le lendemain, se sentant pr\u00e8s de mourir et se voyant sur le seuil de l\u2019autre vie, il laisse de c\u00f4t\u00e9 ses id\u00e9es de la veille et ses passions anticl\u00e9ricales et se dit qu\u2019il est bon d\u2019avoir des pr\u00eatres pour vous aider \u00e0 franchir ce seuil. Que les journaux antireligieux qui parleront de Schumacker pour exciter l\u2019opinion contre le clerg\u00e9 et contre la religion racontent cela \u00e0 leurs lecteurs, il n\u2019y a pas de danger !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 22 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je re\u00e7ois <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> du 21 mars et j\u2019ai la satisfaction de voir, dans la chronique de la Ligue, une longue correspondance d\u2019Angers ; on y raconte les controverses avec le Sillon, la d\u00e9mission d\u2019un grand nombre de sillonistes qui sont venus \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise etc. La section alg\u00e9rienne de la ligue d\u2019Action Fran\u00e7aise est virtuellement fond\u00e9e gr\u00e2ce aux efforts de mon ami Rupert activement second\u00e9 d\u2019ailleurs par le commandant Vaissi\u00e8re et par plusieurs personnes qu\u2019il a gagn\u00e9es \u00e0 ses vues ; je suis enchant\u00e9 d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 si bien compris, en octobre dernier, par ce bon gar\u00e7on de Rupert qui, avant de me voir, ne connaissait m\u00eame pas de nom l\u2019Action fran\u00e7aise. La nouvelle section va cr\u00e9er un courant royaliste \u00e0 Alger. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Cour d\u2019appel o\u00f9 l\u2019on juge Du Lac sur appel a minima du parquet qui estime que la peine de 2 jours d\u2019emprisonnement avec sursis et de 100 fr. d\u2019amende n\u2019\u00e9tait pas suffisante ; il attrape en appel 8 jours de prison avec sursis et 200 fr. d\u2019amende. \u00c0 5h, salle d\u2019armes. \u00c0 propos de l\u2019Action fran\u00e7aise, elle est en progr\u00e8s partout ; il y a quelque temps dans les C\u00f4tes-du-Nord, des royalistes qui s\u2019\u00e9taient laiss\u00e9 prendre aux avances de l\u2019Action lib\u00e9rale et qui avaient fond\u00e9 cette association dans leur pays, ont enfin reconnu qu\u2019ils ne pouvaient pas continuer leur propagande pour cette association, qui est en fait le ralliement organis\u00e9, et rester fid\u00e8les \u00e0 leurs convictions politiques, et, plantant l\u00e0 l\u2019Action lib\u00e9rale, ils ont fond\u00e9 une nombreuse section d\u2019Action fran\u00e7aise ; quant \u00e0 l\u2019Action lib\u00e9rale, elle est rest\u00e9e presque sans adh\u00e9rents dans les C\u00f4tes-du-Nord. Bien loin de l\u00e0, \u00e0 Saint-Gaudens, il y avait un Sillon ; eh bien, les jeunes Catholiques qui formaient ce groupe, d\u00e9go\u00fbt\u00e9s par les directions insens\u00e9es de Sangnier, viennent de passer tous \u00e0 la cause royaliste et ont fond\u00e9 une section d\u2019Action fran\u00e7aise dans leur ville ; trois des membres de cette nouvelle section, anciens sillonnistes, ont m\u00eame \u00e9t\u00e9 admis dans le sein du comit\u00e9 royaliste de la r\u00e9gion de Saint-Gaudens. Tout cela est bon signe ; le ralliement est, de plus en plus, en baisse. Le livre du P. Barbier, qui vient de recevoir une chaude approbation de Mgr Turinaz, le prouve bien. Depuis quelque temps, je remarque qu\u2019on ne chante plus le <em>Domine Salvum fac rempublicam<\/em> \u00e0 la fin de la grand\u2019messe. Cela m\u2019\u00e9vite d\u2019ajouter tout bas : <em>\u00ab a republica libera nos Domine \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 23 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la chapelle des s\u0153urs de l\u2019Esp\u00e9rance, \u00e0 une messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Monseigneur et suivie d\u2019une allocution du chanoine Crosnier et d\u2019un salut au profit des \u0153uvres d\u2019Orient ; une qu\u00eate est faite par quatre jeunes filles dont Philom\u00e8ne. Ces \u0153uvres qui rendent tant de services au point de vue catholique et au point de vue fran\u00e7ais ont de plus en plus besoin de recourir \u00e0 la charit\u00e9 des Catholiques depuis que le gouvernement, par une criminelle n\u00e9gligence, diminue les subventions qu\u2019il leur accordait. Ces gens-l\u00e0 sacrifient \u00e0 leur stupide anticl\u00e9ricalisme les int\u00e9r\u00eats de la France&nbsp;; ils le savent mais n\u2019en continuent pas moins&nbsp;; quelles brutes ! Avant de partir pour Paris j\u2019attends une brochure sur le repos hebdomadaire que j\u2019ai demand\u00e9e et qui ne se presse pas d\u2019arriver ; peut-\u00eatre pourrai-je attendre apr\u00e8s P\u00e2ques \u00e0 aller \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 24 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques ; le soir Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. <em>Le Soleil<\/em> publie une d\u00e9p\u00eache de Rome disant que l\u2019<em>Osservatore Romano<\/em> bl\u00e2me les Catholiques qui ont \u00e9crit une lettre collective aux \u00e9v\u00eaques pour les engager \u00e0 ne pas repousser les associations cultuelles ; ces Catholiques, qui sont tous lib\u00e9raux et presque tous ralli\u00e9s, sont Bruneti\u00e8re, prince d\u2019Arenberg, Denys Cochin, de Castelnau, de Caraman, Goyau, d\u2019Haussonville, marquis de Vog\u00fc\u00e9 etc. Si la nouvelle est confirm\u00e9e, c\u2019est une indication tr\u00e8s nette dans le sens de la r\u00e9sistance \u00e0 la loi de S\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 25 mars 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-D._Carlos_de_Borbon_y_de_Austria-Este_smoking.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"719\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-D._Carlos_de_Borbon_y_de_Austria-Este_smoking-719x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-394\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-D._Carlos_de_Borbon_y_de_Austria-Este_smoking-719x1024.jpg 719w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-D._Carlos_de_Borbon_y_de_Austria-Este_smoking-211x300.jpg 211w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-D._Carlos_de_Borbon_y_de_Austria-Este_smoking-768x1094.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-D._Carlos_de_Borbon_y_de_Austria-Este_smoking.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 719px) 100vw, 719px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Don Carlos de Borb\u00f3n y Austria-Este (1848-1909), \u00ab\u00a0duc de Madrid\u00a0\u00bb, pr\u00e9tendant carliste au tr\u00f4ne d&rsquo;Espagne et chef de la maison de Bourbon de 1887 \u00e0 sa mort \u2013 Clich\u00e9 anonyme, vers 1880 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion. \u00c0 10h \u00bd, je vais \u00e0 la cath\u00e9drale servir de commissaire pour la messe de 11 heures o\u00f9 tous les hommes catholiques d\u2019Angers sont convoqu\u00e9s ; il y en a environ 2000 ; Monseigneur parle et donne la b\u00e9n\u00e9diction pontificale. Pr\u00e8s de la cath\u00e9drale, mon attention est attir\u00e9e par une affiche autour de laquelle je vois beaucoup de monde : c\u2019est un manifeste de Don Carlos, duc de Madrid et d\u2019Anjou, chef des Maisons de France (!) et d\u2019Espagne, aux Catholiques fran\u00e7ais, dans lequel le chef de la maison de Bourbon bl\u00e2me en excellents termes la s\u00e9paration de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat. Je dis aux personnes qui sont l\u00e0 que Don Carlos n\u2019est pas le chef de la maison de France et qu\u2019il commet une usurpation quand il se donne pour l\u2019h\u00e9ritier d\u2019Henri V. Don Carlos prend donc au s\u00e9rieux le titre de pr\u00e9tendant au tr\u00f4ne de France que des royalistes bien peu ferr\u00e9s sur les r\u00e8gles de succession au tr\u00f4ne de la dynastie cap\u00e9tienne lui ont fait endosser \u00e0 la mort du regrett\u00e9 comte de Chambord. Les royalistes ont oubli\u00e9 tout simplement la renonciation de Philippe V. En donnant, en haine des D\u2019Orl\u00e9ans, cet accroc aux lois de succession au tr\u00f4ne, ils vont contre la volont\u00e9 formelle d\u2019Henri V qui a d\u00e9sign\u00e9 le comte de Paris comme son h\u00e9ritier, et ils enl\u00e8vent \u00e0 la Monarchie sa principale raison d\u2019\u00eatre, car c\u2019est le principe d\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 qui fait la grande force de l\u2019institution monarchique. Heureusement que ces \u00ab blancs d\u2019Espagne \u00bb sont bien peu nombreux. J\u2019en connais, cependant, qui m\u2019ont trait\u00e9 d\u2019\u00ab orl\u00e9aniste \u00bb parce que je suis, depuis la mort d\u2019Henri V, partisan des D\u2019Orl\u00e9ans ; c\u2019est insens\u00e9. Il est \u00e9vident que, si j\u2019avais v\u00e9cu sous Louis-Philippe, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 hostile, comme l\u2019ont \u00e9t\u00e9 mes grands-parents, \u00e0 ce roi usurpateur et que j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 un chaud partisan d\u2019Henri V. Mais Henri V est mort et l\u2019application de la loi salique appelle au tr\u00f4ne les D\u2019Orl\u00e9ans ; en fid\u00e8le l\u00e9gitimiste, je ne fais que les soutenir. Mon bisa\u00efeul De Lazerme, d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales en 1827, a d\u00e9missionn\u00e9 en 1830 plut\u00f4t que de pr\u00eater serment \u00e0 Louis-Philippe ; j\u2019aurais agi comme lui en pareil cas ; je ne suis donc pas orl\u00e9aniste. Le duc d\u2019Orl\u00e9ans, non plus, n\u2019est pas orl\u00e9aniste&nbsp;; il se consid\u00e8re comme l\u2019h\u00e9ritier d\u2019Henri V et nullement comme celui de Louis-Philippe et tous ses actes de pr\u00e9tendant, ses tendances politiques et sociales, sont la condamnation des principes lib\u00e9raux des orl\u00e9anistes ; jusqu\u2019au nom de \u00ab Philippe VIII \u00bb sous lequel il r\u00e8gnerait qui prouve qu\u2019il a rompu, comme son p\u00e8re en 1873, avec la tradition de l\u2019usurpateur de 1830. M. Dominique Delahaye, s\u00e9nateur, avec qui j\u2019ai eu l\u2019occasion de causer dans la matin\u00e9e me dit que la lettre collective de Bruneti\u00e8re etc. aux \u00e9v\u00eaques a, tr\u00e8s probablement, \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par les \u00e9v\u00eaques, partisans honteux de l\u2019essai de la loi ; ils n\u2019ont pas os\u00e9 exprimer leur opinion et l\u2019ont fait exprimer par d\u2019autres. Mais dans l\u2019apr\u00e8s-midi, <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> d\u00e9ment la note de <em>l\u2019Osservatore Romano<\/em> qui a fait beaucoup de bruit et dans laquelle les journaux de ce matin, <em>La Croix<\/em> elle-m\u00eame, voyaient une indication tr\u00e8s nette dans le sens de la r\u00e9sistance ; on ne sait qu\u2019en croire. L\u2019apr\u00e8s-midi, je regarde passer la cavalcade de la Mi-car\u00eame ; le char le plus r\u00e9ussi est celui de la conf\u00e9rence d\u2019Alg\u00e9siras, dans lequel un monumental Kaiser, bott\u00e9, casqu\u00e9, \u00e9peronn\u00e9 emb\u00eate tout le monde tout en retroussant ses moustaches d\u2019un air qui veut para\u00eetre terrible. Il y a beaucoup de masques dans les rues et l\u2019on se bat avec des confettis ; je m\u2019amuse \u00e0 les regarder un peu dans la rue d\u2019Alsace.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 31 mars 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 26 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les journaux du matin, arrivant ici l\u2019apr\u00e8s-midi, portent les promotions et mutations militaires ; l\u2019oncle Paul n\u2019est pas encore nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral, on lui fait joliment attendre les \u00e9toiles ! Mais il est nomm\u00e9, comme colonel, gouverneur de Dijon ; c\u2019est l\u00e0 un poste de g\u00e9n\u00e9ral ; il est donc \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 dans quelques mois. Il s\u2019attendait \u00e0 \u00eatre nomm\u00e9 \u00e0 Dijon, mais quelle diff\u00e9rence de climat avec Alger et comme il regrettera sa derni\u00e8re garnison ! \u00c0 5h, escrime. Il fait d\u00e9mesur\u00e9ment froid ; c\u2019est certainement pire qu\u2019en janvier&nbsp;; il neige et il g\u00e8le dans presque toute la France, m\u00eame en Roussillon o\u00f9 les arbres \u00e0 fruits et la vigne, dont la v\u00e9g\u00e9tation \u00e9tait tr\u00e8s avanc\u00e9e \u00e0 cause de la douceur de l\u2019hiver et de la chaleur de la premi\u00e8re quinzaine de mars, souffrent beaucoup dit-on.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 27 mars 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/de_blois_georges1060r3_carre.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"340\" height=\"340\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/de_blois_georges1060r3_carre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-395\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/de_blois_georges1060r3_carre.jpg 340w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/de_blois_georges1060r3_carre-300x300.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/de_blois_georges1060r3_carre-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 340px) 100vw, 340px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Georges de Blois (1849-1906) \u2013 Clich\u00e9 anonyme, sans date (Site du S\u00e9nat)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 11 h, je vais au service fun\u00e8bre c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 la cath\u00e9drale \u00e0 la m\u00e9moire du regrett\u00e9 comte de Blois, s\u00e9nateur, qui vient de mourir ; il y a eu, pour lui, un service \u00e0 Saint-Fran\u00e7ois-Xavier sa paroisse de Paris ; le duc d\u2019Orl\u00e9ans s\u2019y \u00e9tait fait repr\u00e9senter&nbsp;; ses obs\u00e8ques ont eu lieu ces jours-ci \u00e0 Huill\u00e9. Monseigneur prononce lui-m\u00eame son oraison fun\u00e8bre et donne l\u2019absoute ; il rappelle sa grande affabilit\u00e9, la fermet\u00e9 de sa foi religieuse et de ses convictions politiques, les luttes qu\u2019il a soutenues au S\u00e9nat pour conserver \u00e0 la France la libert\u00e9 d\u2019enseignement que son oncle M. de Falloux avait fait voter en 1850, \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e nationale, pour l\u2019enseignement secondaire, sa belle conduite en 1870 comme officier des mobiles de Maine-et-Loire. Le comte de Blois venait d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 par Pie X commandeur de l\u2019Ordre de Saint-Gr\u00e9goire-le-Grand. C\u2019\u00e9tait un agriculteur distingu\u00e9. Le parti royaliste fait en lui une grande perte ; il n\u2019avait que 57 ans. Par son mariage, il \u00e9tait devenu l\u2019oncle de mon ami Pierre de La Morini\u00e8re<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Sa veuve a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9e d\u2019un t\u00e9l\u00e9gramme de condol\u00e9ances du duc d\u2019Orl\u00e9ans. M. de Blois \u00e9tait si affable, si bienveillant qu\u2019il r\u00e9ussissait \u00e0 se faire \u00e9couter, au S\u00e9nat, m\u00eame par ses adversaires les plus acharn\u00e9s. Si on peut lui reprocher une chose, c\u2019est peut-\u00eatre une teinte de lib\u00e9ralisme ; neveu, h\u00e9ritier et ex\u00e9cuteur testamentaire de M. de Falloux, il ne pouvait gu\u00e8re se soustraire \u00e0 ce l\u00e9ger d\u00e9faut. Il est probable que M. de Falloux aurait sign\u00e9 la supplique aux \u00e9v\u00eaques en faveur de la formation des associations cultuelles, cette supplique dont les journaux publient ce matin le texte et qui a produit \u00e0 Rome une tr\u00e8s mauvaise impression ; la <em>Difesa<\/em> de Venise, journal officieux de Pie X, la d\u00e9clare na\u00efve parce qu\u2019il est na\u00eff de parler d\u2019\u00ab essai loyal \u00bb alors que l\u2019on sait qu\u2019il n\u2019y aura pas loyaut\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 du gouvernement, et inopportune parce que ses auteurs ont l\u2019air d\u2019avoir oubli\u00e9 que les associations cultuelles viennent d\u2019\u00eatre formellement condamn\u00e9es par le pape. Il est donc, maintenant, infiniment probable que le pape d\u00e9fendra aux Catholiques fran\u00e7ais de subir la loi et de former les associations cultuelles ; le bl\u00e2me de l\u2019<em>Osservatore Romano <\/em>que l\u2019on a d\u00e9menti dimanche, apr\u00e8s l\u2019avoir t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 samedi, a bel et bien paru, mais dans des termes un peu diff\u00e9rents. <em>La Croix<\/em>, qui ne se pronon\u00e7ait pas jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, est maintenant en plein pour la r\u00e9sistance ; M. de Mun lui-m\u00eame est partisan de la r\u00e9sistance. La supplique des 23 cardinaux la\u00efques, comme on commence \u00e0 appeler les signataires de la fameuse lettre, produit donc un effet diam\u00e9tralement oppos\u00e9 \u00e0 celui qu\u2019en attendaient ses auteurs. M. de Blois, pour en revenir \u00e0 lui, avait beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 rapprocher, en Anjou, les royalistes l\u00e9gitimistes et ultramontains, qui avaient pour organe <em>L\u2019Anjou<\/em> et pour chef Mgr Freppel, des royalistes plus ou moins orl\u00e9anistes \u00e0 tendances lib\u00e9rales en religion dont le chef \u00e9tait M. de Falloux et l\u2019organe <em>L\u2019Union de l\u2019Ouest<\/em> ; il avait r\u00e9ussi \u00e0 fondre en un seul parti puissant et compact ces deux groupes qui, fusionn\u00e9s, n\u2019ont plus aujourd\u2019hui qu\u2019un organe, <em>Le Maine-et-Loire<\/em> et sont si puissants en Anjou qu\u2019ils font \u00e0 peu pr\u00e8s toutes les \u00e9lections. Leur comit\u00e9, qu\u2019on appelle ici \u00ab le grand comit\u00e9 \u00bb dirige avec autorit\u00e9 toutes les forces monarchistes et conservatrices du pays, sous la direction du bureau politique de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans. Il laisse la direction des affaires religieuses au bureau dioc\u00e9sain des \u0153uvres, dont beaucoup de ses membres font d\u2019ailleurs partie, et aux \u00ab&nbsp;comit\u00e9s angevins de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales&nbsp;\u00bb. Le parti catholique, conservateur et monarchique est ainsi admirablement organis\u00e9 en Anjou. D\u2019autres organisations de propagande, l\u2019Action fran\u00e7aise en politique, la Jeunesse catholique au point de vue religieux, ont aussi une grande influence. Malheureusement, l\u2019Action lib\u00e9rale, dont le besoin ne se faisait nullement sentir dans ce d\u00e9partement, s\u2019est implant\u00e9e dans l\u2019arrondissement de Cholet et a r\u00e9ussi \u00e0 enr\u00f4ler un grand nombre de Catholiques et m\u00eame de royalistes en se pr\u00e9sentant \u00e0 eux comme un organe d\u2019union ouvert \u00e0 tous les Catholiques et ne faisant pas de politique ; ce dernier point est faux ; l\u2019A.L.P. tourne les masses qu\u2019elle ensorcelle vers la r\u00e9publique, elle fait de la politique de ralliement et, partout, contrecarre les monarchistes. Au d\u00e9but, on pouvait se tromper sur son but&nbsp;; moi-m\u00eame, je m\u2019y suis tromp\u00e9 longtemps, mais maintenant, il n\u2019est plus permis de se laisser abuser. De vrais royalistes peuvent donc consid\u00e9rer l\u2019Action lib\u00e9rale populaire comme une troupe alli\u00e9e avec laquelle on peut conclure des ententes, surtout des ententes \u00e9lectorales comme le recommande le duc d\u2019Orl\u00e9ans dans ses instructions \u00e9lectorales, mais ils ne peuvent pas entrer dans ses cadres, lui donner leur argent ; ils joueraient un r\u00f4le de dupes. Trop de royalistes, h\u00e9las ! se laissent encore prendre aux boniments de l\u2019A.L.P.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 28 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Du Lac et je le d\u00e9cide \u00e0 entrer dans l\u2019Action fran\u00e7aise ; \u00e0 5h \u00bd, cours de religion du P. Corbill\u00e9 ; le soir nous allons au sermon \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 29 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 l\u2019audience de la Cour d\u2019appel o\u00f9 l\u2019on rejuge De Guerdavid sur appel a minima du minist\u00e8re public&nbsp;; il est confirm\u00e9. Ensuite, je vais \u00e0 la permanence de l\u2019Action fran\u00e7aise o\u00f9 je pr\u00e9sente Du Lac ; il y a eu, ces jours-ci, plusieurs adh\u00e9sions nouvelles notamment celle d\u2019un conseiller g\u00e9n\u00e9ral le marquis de la Bretesche, et celle du pr\u00e9sident d\u2019une section de l\u2019Action lib\u00e9rale de l\u2019arrondissement de Cholet, tant il est vrai que l\u2019A.L.P. compte dans ses rangs d\u2019innombrables royalistes ; ils sont bien na\u00effs ! \u00c0 5h, Conf\u00e9rence Freppel. Le soir, je vais avec Papa \u00e0 un sermon pour les hommes seuls \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 30 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 9 heures \u00e0 Notre-Dame. Les journaux publient un grand nombre d\u2019adh\u00e9sions \u00e0 un article de M. de Mun en faveur de la r\u00e9sistance \u00e0 la loi de S\u00e9paration publi\u00e9 hier dans <em>La Croix<\/em> ; entre autres adh\u00e9sions, citons celles de M. Ren\u00e9 Bazin, Dominique Delahaye, de La Ferronnays, Piou, Jean Lerolle pr\u00e9sident de la Jeunesse catholique, etc.&nbsp;; le courant vers la r\u00e9sistance est de plus en plus fort et il para\u00eet certain qu\u2019il est inspir\u00e9 par le pape ; j\u2019en suis bien content. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 voir le P. Lionnet et l\u2019entretenir d\u2019une extension que projette l\u2019\u0152uvre de la presse pour tous et dont on m\u2019a pri\u00e9 de m\u2019occuper. Le soir, nous assistons tous \u00e0 une s\u00e9ance organis\u00e9e, salle des Quinconces, par la Croix-Rouge fran\u00e7aise ; elle consiste en une conf\u00e9rence du marquis de Dampierre sur le sujet \u00ab France et Allemagne \u00bb et en une partie musicale. La nouvelle la plus int\u00e9ressante d\u2019aujourd\u2019hui nous vient de Courri\u00e8res o\u00f9, continuant les recherches dans les galeries de la mine d\u2019o\u00f9 l\u2019on enl\u00e8ve tous les jours des cadavres, on a trouv\u00e9 ce matin quatorze mineurs vivants ; les malheureux \u00e9taient l\u00e0 depuis vingt jours, se nourrissant de la viande pourrie d\u2019un cheval mort, d\u2019avoine et de bois et buvant un peu d\u2019eau m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 leur urine (!!!) ; ils n\u2019avaient pas perdu confiance ; l\u2019un d\u2019eux surtout dirigeait ses camarades et leur remontait le moral ; quelle odyss\u00e9e ! On croit entendre des appels et on esp\u00e8re trouver d\u2019autres survivants de l\u2019\u00e9pouvantable catastrophe. Le gouvernement a eu, ces jours-ci, plusieurs camouflets de la part de l\u2019Arm\u00e9e : trois des officiers poursuivis pour avoir refus\u00e9 d\u2019enfoncer les portes des \u00e9glises ont \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9s, deux \u00e0 Nantes et un \u00e0 Bordeaux ; aussi, fureur du bloc o\u00f9 l\u2019on parle de supprimer les conseils de guerre. Quand l\u2019Arm\u00e9e comprendra-t-elle qu\u2019il faut viser au c\u0153ur : \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, au Grand-Orient, aux minist\u00e8res, aux Chambres, en un mot renverser la r\u00e9publique ? Le jour o\u00f9 elle le comprendra et agira en cons\u00e9quence, elle sera sauv\u00e9e et nous aussi. Une autre victime des inventaires, Andr\u00e9 R\u00e9gis qui avait re\u00e7u deux balles d\u2019un gendarme \u00e0 Montregard (Haute-Loire) vient de mourir ; c\u2019est un martyr. Par contre, Schumacker, de Lun\u00e9ville, dont on avait annonc\u00e9 la mort, va de mieux en mieux, et, revenu \u00e0 de bons sentiments, il raconte qu\u2019on lui avait donn\u00e9 de l\u2019argent pour poursuivre et insulter les pr\u00eatres, cela n\u2019emp\u00eache pas l\u2019instruction de continuer contre les deux pr\u00eatres qui sont en prison. Quant au juge de paix de Baccarat qui a tir\u00e9 sur les Catholiques qui le conspuaient sans le menacer et a atteint une jeune fille, il continue \u00e0 vivre tranquillement chez lui \u00e0 Baccarat ; voil\u00e0 \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9galit\u00e9&nbsp;\u00bb et la justice r\u00e9publicaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 31 mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Jacques Herv\u00e9 qui est ici de retour d\u2019Arcachon, pour deux mois environ ; en appel, \u00e0 Bordeaux, ses 8 jours de prison sans sursis ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s en 8 jours de prison avec sursis. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. On me raconte que M. Ren\u00e9 Bazin avait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 de signer la fameuse lettre des \u00ab soumissionnistes \u00bb, mais il a refus\u00e9 et a adh\u00e9r\u00e9, depuis, \u00e0 l\u2019article de M. de Mun. Le comit\u00e9 royaliste de Maine-et-Loire a choisi comme candidat au S\u00e9nat, pour remplacer M. de Blois, son pr\u00e9sident le comte de La Bourdonnaye, d\u00e9put\u00e9 de Cholet et repr\u00e9sentant du Roi en Maine-et-Loire ; le duc de Blacas sera candidat aux \u00e9lections l\u00e9gislatives du 6 mai prochain au si\u00e8ge laiss\u00e9 vacant par M. de La Bourdonnaye.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avril 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> avril 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dimanche 1<sup>er<\/sup> mars 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s \u00eatre all\u00e9 voir le P. Lionnet au sujet de l\u2019\u0152uvre de la presse pour tous, je prends part \u00e0 la procession de la Vraie Croix qui va de Saint-Laud \u00e0 la cath\u00e9drale et retour ; elle se passe dans le plus grand calme. Le soir, nous avons Henri du Lac \u00e0 d\u00eener. Un article qui a paru vendredi dans <em>L\u2019Osservatore Romano<\/em> produit une certaine \u00e9motion ; cet article, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que le mouvement de r\u00e9sistance aux inventaires en France, mouvement purement religieux, a surpris nos ennemis et m\u00eame beaucoup de Catholiques, conseille aux Catholiques de profiter des prochaines \u00e9lections l\u00e9gislatives pour am\u00e9liorer leur situation ; \u00e0 ce propos, l\u2019auteur de l\u2019article dit que l\u2019Action lib\u00e9rale populaire qui s\u2019est pr\u00e9par\u00e9e de longue main \u00e0 la lutte sur le terrain \u00e9lectoral, doit \u00eatre appuy\u00e9e et second\u00e9e, et qu\u2019il ne faut pas, actuellement \u00e0 la veille du scrutin, remanier tumultueusement les cadres de l\u2019arm\u00e9e catholique&nbsp;; mais il ajoute qu\u2019il y a parfaitement place, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019A.L.P., pour d\u2019autres organisations et qu\u2019apr\u00e8s le danger, on pourra am\u00e9liorer l\u2019organisation des Catholiques. En troisi\u00e8me lieu, l\u2019article bl\u00e2me \u00ab&nbsp;l\u2019initiative de M. l\u2019abb\u00e9 Barbier&nbsp;\u00bb capable seulement de jeter le trouble et la confusion dans les esprits et, par suite, de nuire \u00e0 l\u2019union des Catholiques ; il fait aussi allusion \u00e0 certains discours retentissants qui ont donn\u00e9 lieu \u00e0 des condamnations excessivement s\u00e9v\u00e8res. Que veut-il dire par l\u00e0 ? Je n\u2019en sais rien ; quant au bl\u00e2me adress\u00e9 au P. Barbier, est-ce \u00e0 propos de son livre ou de la \u00ab ligue de r\u00e9sistance catholique \u00bb ? Peut-\u00eatre estime-t-on \u00e0 Rome qu\u2019il aurait mieux valu attendre apr\u00e8s les \u00e9lections pour fonder cette ligue ? Je crois que le bl\u00e2me s\u2019adresse plut\u00f4t au livre. Quant \u00e0 la ligue, elle fera bien de ne pas agir avant les \u00e9lections. L\u2019article du journal romain n\u2019a rien d\u2019officiel&nbsp;; cependant, tout ce qui para\u00eet dans <em>L\u2019Osservatore Romano<\/em> passe pour refl\u00e9ter la pens\u00e9e du Vatican. Il est certain que l\u2019A.L.P. exercera une grande influence sur l\u2019opposition lors des prochaines \u00e9lections ; faute de mieux, il faut l\u2019appuyer ; d\u2019ailleurs, les instructions de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, transmises par M. B\u00e9zine, en font un devoir pour les royalistes partout o\u00f9 ils n\u2019engagent pas eux-m\u00eames la lutte. Les royalistes doivent faire alliance avec les autres groupes d\u2019opposition ; mais alliance ou coalition ne signifient pas confusion ; les royalistes feront donc alliance, mais en conservant leur individualit\u00e9 ; c\u2019est ce que l\u2019on va faire ici dans la premi\u00e8re circonscription d\u2019Angers en appuyant M. Gauvin, candidat progressiste pr\u00e9sent\u00e9 par <em>Le Petit Courrier<\/em> ; le comit\u00e9 royaliste et <em>Le Maine-et-Loire<\/em> appuieront sa candidature et engageront leurs amis \u00e0 voter pour lui afin de faire \u00e9chec au bloc. Quant \u00e0 l\u2019Action Lib\u00e9rale, elle ne peut pas avoir la pr\u00e9tention d\u2019englober tous les Catholiques ; si elle voulait arriver \u00e0 ce but, elle devrait se placer sur le terrain catholique, et non sur le terrain institutionnel et lib\u00e9ral ; tant qu\u2019elle persistera dans cette attitude, aucun vrai royaliste ne pourra y entrer ; on pourra bien faire alliance avec elle, mais non faire de la propagande pour elle. On pr\u00e9tend, du reste, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, qu\u2019elle va \u00e9voluer dans le sens que je d\u00e9sire. Toutefois, une fois les \u00e9lections pass\u00e9es, la \u00ab&nbsp;ligue de r\u00e9sistance catholique&nbsp;\u00bb, faite pour unir tous les groupements catholiques, pourrait rendre de grands services.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 7 avril 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 2 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais visiter le nouveau magasin des Dames de France qui s\u2019ouvre aujourd\u2019hui, ensuite je vais me faire couper les cheveux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. La conf\u00e9rence d\u2019Alg\u00e9siras est enfin termin\u00e9e ; son protocole final va \u00eatre sign\u00e9. Eh bien ! Le r\u00e9sultat de cette conf\u00e9rence internationale est moins mauvais qu\u2019on ne pouvait le craindre. Sans doute, nous avons fait de grandes concessions notamment en partageant la police avec l\u2019Espagne et en acceptant l\u2019inspection de la police. Mais il est certain que l\u2019Allemagne, venue \u00e0 Alg\u00e9siras dans l\u2019intention bien \u00e9vidente de nous humilier, en a fait plus que nous ; le kaiser voulait faire constater \u00e0 l\u2019Europe la faiblesse et l\u2019isolement de la France ; c\u2019est l\u2019Allemagne dont la mauvaise foi et l\u2019isolement ont \u00e9clat\u00e9. La France s\u2019en tire, je ne dirai pas avec les honneurs de la guerre puisque nous avons d\u00fb rabattre beaucoup de nos pr\u00e9tentions primitives, mais s\u00fbrement en meilleure posture que l\u2019Allemagne. Celle-ci avait pos\u00e9 le principe de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des puissances au Maroc et elle a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de reconna\u00eetre la situation privil\u00e9gi\u00e9e de la France. La France a \u00e9t\u00e9 soutenue par son alli\u00e9e la Russie (et l\u2019alliance franco-russe s\u2019est affirm\u00e9e pleine de vitalit\u00e9), par l\u2019Angleterre, l\u2019Espagne et m\u00eame l\u2019Italie dont l\u2019alliance avec l\u2019Allemagne et l\u2019Autriche para\u00eet devoir se briser bient\u00f4t ; l\u2019Allemagne, en fait de grande puissance, n\u2019a eu que l\u2019Autriche avec elle, et encore !! Il ne faut donc pas se montrer trop m\u00e9content du r\u00e9sultat de la conf\u00e9rence. Sans doute, en ce qui concerne le protectorat fran\u00e7ais au Maroc qui \u00e9tait la pens\u00e9e de derri\u00e8re la t\u00eate de Delcass\u00e9 et de beaucoup d\u2019autres, la partie est perdue pour longtemps, mais nous avons r\u00e9ussi, ce qui est beaucoup, \u00e0 faire reconna\u00eetre notre situation privil\u00e9gi\u00e9e au Maroc par toutes les puissances, par l\u2019Allemagne elle-m\u00eame. Avec un gouvernement plus s\u00fbr de lui-m\u00eame et par cons\u00e9quent mieux arm\u00e9 et plus ferme, l\u2019Allemagne n\u2019aurait pas os\u00e9 nous chercher la mis\u00e9rable querelle du Maroc et il y aurait encore de beaux jours pour l\u2019action ext\u00e9rieure de la France. Mais enfin, notre gouvernement, soutenu en cela, il faut le dire, par la quasi-unanimit\u00e9 de la nation qui a donn\u00e9 un bel exemple d\u2019union en face de l\u2019\u00e9tranger, notre gouvernement, pour une fois, n\u2019a pas tout c\u00e9d\u00e9 ; c\u2019est \u00e9norme pour lui quand on se rappelle Fachoda !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 3 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais visiter une de nos familles de Saint-Vincent-de-Paul. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Belle Jardini\u00e8re faire mes commandes pour l\u2019\u00e9t\u00e9. Il y a eu ce soir une grande r\u00e9union r\u00e9publicaine lib\u00e9rale et progressiste pr\u00e9sid\u00e9e par le s\u00e9nateur Vital de Saint-Urbain, pour \u00ab&nbsp;lancer&nbsp;\u00bb la candidature Gauvin ; j\u2019ai re\u00e7u, comme \u00e9lecteur, une carte d\u2019invitation, mais je n\u2019y vais pas ; je voterai pour Gauvin faute de mieux, mais je n\u2019entends pas avoir l\u2019air de sanctionner par ma pr\u00e9sence les sottises qu\u2019il ne manquera pas de dire sur \u00ab&nbsp;la r\u00e9publique gouvernement de libert\u00e9 et d\u2019ordre&nbsp;\u00bb, etc. etc. et autres choses <em>ejusdem farinae<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 4 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au cours de religion de l\u2019abb\u00e9 Corbill\u00e9, le dernier de l\u2019ann\u00e9e. Ce soir, nous allons au sermon \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 5 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Papa \u00e0 la retraite pr\u00each\u00e9e par l\u2019abb\u00e9 Delahaye dans la chapelle Saint-Martin \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 ; aucun \u00e9tudiant n\u2019\u00e9tant arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019heure dans la chapelle, c\u2019est moi qui dois servir la messe ; bient\u00f4t apr\u00e8s, Catta arrive et nous la servons tous les deux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la permanence de l\u2019Action fran\u00e7aise ; nous y d\u00e9cidons, en principe, la cr\u00e9ation d\u2019un journal hebdomadaire qui s\u2019appellerait <em>L\u2019Int\u00e9r\u00eat national<\/em>, il aurait pour but de r\u00e9pandre les id\u00e9es et les m\u00e9thodes de l\u2019Action fran\u00e7aise, la question est mise \u00e0 l\u2019\u00e9tude ; <em>Le Maine-et-Loire<\/em>, organe quotidien du parti royaliste, se chargerait, croit-on, de l\u2019impression. \u00c0 5 h, je vais me confesser \u00e0 Notre-Dame. Nous recevons la r\u00e9ponse aux renseignements demand\u00e9s sur Mlle de Pallar\u00e8s ; c\u2019est Bonne Maman, qui \u00e9tant all\u00e9e mardi \u00e0 Perpignan, les a recueillis de Tante Bonafos, et nous les transmet&nbsp;: pour la famille, c\u2019est tr\u00e8s bien du c\u00f4t\u00e9 du p\u00e8re, c\u2019est assez ordinaire quoique tr\u00e8s honorable du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re ; pour la fortune, tr\u00e8s consid\u00e9rable ; la jeune fille, tr\u00e8s jeune, est jolie et tr\u00e8s bien \u00e9lev\u00e9e aux Sacr\u00e9s-C\u0153urs de Perpignan puis de Montpellier apr\u00e8s la fermeture de celui de Perpignan ; elle para\u00eet avoir bonne sant\u00e9 ; par exemple, on croit que son p\u00e8re, qui est mort tr\u00e8s jeune, a succomb\u00e9 \u00e0 une maladie de poitrine. C\u2019est l\u00e0 une circonstance f\u00e2cheuse sur laquelle, avant de pousser plus loin, il faudra se renseigner minutieusement. Comme Mlle de Pallar\u00e8s est tr\u00e8s jeune, 18 ans \u00e0 peine, il n\u2019y a pas p\u00e9ril en la demeure et je crois que je n\u2019aurai pas besoin d\u2019aller en Roussillon \u00e0 P\u00e2ques. Pendant les grandes vacances, je vais me trouver pris entre deux courants : Mlle de Pallar\u00e8s ou Marie-Louise de Lacour, vers laquelle des deux diriger mes efforts, dresser mes batteries&nbsp;? Il y a longtemps que je n\u2019ai longuement vu Marie-Louise de Lacour&nbsp;; je ne connais pas Mlle de Pallar\u00e8s, il faudra d\u2019abord que je t\u00e2che de les voir toutes les deux ; puis je t\u00e2cherai d\u2019obtenir celle qui me plaira le plus. Marie-Louise de Lacour est fort jolie, elle m\u2019a plu beaucoup l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re pendant les quelques instants o\u00f9 je l\u2019ai revue \u00e0 Ille, mais il est \u00e9vident qu\u2019avant de rien entreprendre il faudrait se conna\u00eetre davantage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 6 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Saint-Serge o\u00f9 je fais ma communion pascale. \u00c0 5 h, salle d\u2019armes ; le soir nous allons au sermon \u00e0 Notre-Dame. Les troubles sociaux, qui n\u2019ont cess\u00e9 de cro\u00eetre depuis l\u2019av\u00e8nement du parti r\u00e9publicain et, en particulier, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, prennent une intensit\u00e9 croissante depuis quelques jours. Dans les gr\u00e8ves mini\u00e8res du Nord et Pas-de-Calais, venues \u00e0 la suite de la catastrophe de Courri\u00e8res, une faible minorit\u00e9 impose, par la violence comme toujours, \u00e0 la majorit\u00e9 de mineurs qui n\u2019en veut pas ; l\u2019autre jour, comme un mineur non-gr\u00e9viste allait courageusement \u00e0 son travail, des gr\u00e9vistes l\u2019ont assailli et allaient lui faire un mauvais parti, il s\u2019est retourn\u00e9 et, d\u2019un coup de revolver, a \u00e9tendu \u00e0 terre son principal agresseur qui est mort peu apr\u00e8s ; \u00e0 Toulon, o\u00f9 les gar\u00e7ons de caf\u00e9s sont en gr\u00e8ve, un gar\u00e7on non-gr\u00e9viste a tu\u00e9 d\u2019un coup de stylet un gr\u00e9viste qui le malmenait pour l\u2019obliger \u00e0 cesser son travail ; de tels faits sont tr\u00e8s regrettables mais les victimes n\u2019ont que ce qu\u2019elles m\u00e9ritaient ; le gouvernement, compos\u00e9 en partie de socialistes et esclave des r\u00e9volutionnaires, ne prend que des mesures d\u00e9risoires pour faire respecter la libert\u00e9 du travail&nbsp;; certes, le r\u00e9gime de la libert\u00e9 absolue du travail peut \u00eatre, \u00e0 juste titre, critiqu\u00e9, mais tant qu\u2019il n\u2019y en a pas une autre, le gouvernement a le devoir de faire respecter cette libert\u00e9 ; en ne le faisant pas, il se rend complice des violences qui se commettent. Dans la Somme, des gr\u00e9vistes de je ne sais quelle industrie ont fait le sac complet de la villa de leur patron, du fr\u00e8re de celui-ci et d\u2019une \u00e9picerie, apr\u00e8s quoi ils ont mis le feu \u00e0 la villa de leur patron et ont emp\u00each\u00e9 les pompiers d\u2019approcher. La Conf\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale du Travail, plus connue sous le nom de \u00ab syndicats rouges \u00bb, est aujourd\u2019hui plus puissante que le gouvernement&nbsp;; c\u2019est une organisation qui n\u2019a rien de professionnel et qui ne s\u2019occupe que de politique collectiviste et antimilitariste&nbsp;; elle organise ouvertement pour le 1<sup>er<\/sup> mai une \u00ab journ\u00e9e \u00bb qui comptera un essai de gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale et violente. Le gouvernement, impuissant ou complice, n\u2019a pas le courage de d\u00e9savouer ces r\u00e9volutionnaires qui sont ses meilleurs soutiens, au contraire, il est plein de complaisance pour eux et tient rigueur \u00e0 cette admirable \u00ab F\u00e9d\u00e9ration des Jaunes de France \u00bb qui, en moins de cinq ans et malgr\u00e9 l\u2019hostilit\u00e9 des pouvoirs publics et l\u2019indiff\u00e9rence de trop de patrons aveugles, a d\u00e9j\u00e0 group\u00e9 450.000 ouvriers honn\u00eates et s\u00e9rieux autour de 9 bourses du travail ind\u00e9pendantes. Cet admirable groupement, qui se place en dehors de toute question politique ou religieuse, est un grand instrument de pacification sociale. Il est digne de tous les encouragements. Le gouvernement pr\u00e9f\u00e8re soutenir les rouges. Il lui en cuira. Rappelons-nous le mot de Thiers : la r\u00e9publique finira dans l\u2019imb\u00e9cilit\u00e9 ou dans le sang. Moi je dis : dans les deux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 7 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la retraite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. Je m\u2019occupe, \u00e0 plusieurs reprises dans la journ\u00e9e, du bureau de distribution gratuite de journaux et brochures aux Justices&nbsp;; je vois pour cela Mlle Clarinval et M. Frog\u00e9 ; ce bureau commencera \u00e0 fonctionner demain. Le soir, nous allons tous d\u00eener chez M. et Mme Robiou du Pont qui nous ont invit\u00e9s en l\u2019honneur d\u2019une Roussillonnaise de passage \u00e0 Angers Mme Delpech<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, fille de M. de Brugu\u00e8re, de Perpignan, mort il y a 2 ou trois ans. Les autres invit\u00e9s sont M. et Mme de Labroise, la comtesse de Tolghou\u00ebt, le lieutenant Fleuriau et le lieutenant de Langallerie. Mme Delpech a habit\u00e9 Angers il y a quelques ann\u00e9es quand son mari \u00e9tait pr\u00e9fet de Maine-et-Loire, avant M. de Joly. \u00c0 cette \u00e9poque-l\u00e0 \u2013 1896 \u00e0 1900 \u2013 on pouvait, \u00e0 la grande rigueur, cumuler cette fonction avec la qualit\u00e9 de patriote et d\u2019honn\u00eate homme&nbsp;; depuis lors, M. Delpech, \u00e9c\u0153ur\u00e9, a quitt\u00e9 l\u2019administration&nbsp;; il aurait certainement mieux fait de n\u2019y entrer jamais. Quoiqu\u2019il en soit, Mme Delpech, que nous connaissons du reste depuis longtemps, est fort aimable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 8 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais, le matin \u00e0 7h \u00bd, \u00e0 la messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Monseigneur dans la chapelle de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 pour les Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul&nbsp;; visiteurs et visit\u00e9s y assistent ; j\u2019y fais la sainte communion. Je passe, avec Jean Gavouy\u00e8re. l\u2019apr\u00e8s-midi (de 1h \u00e0 4h) au bureau de distribution gratuite de journaux et brochures pour l\u2019\u0152uvre de la presse pour tous, sous le patronage des \u00ab comit\u00e9s angevins de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales \u00bb a install\u00e9 en plein quartier populaire, aux Justices&nbsp;; nous distribuons des quantit\u00e9s de bons journaux et de bonnes brochures \u00e0 plus de cent enfants, jeunes gens et jeunes filles ; l\u2019initiative a beaucoup de succ\u00e8s ; plus tard il viendra des hommes, nous l\u2019esp\u00e9rons bien&nbsp;; des affiches antigouvernementales d\u00e9corent la salle, ce qui nous fournit l\u2019occasion de causer avec les gens qui viennent et de faire de la propagande <s><u>ma\u00e7onnique<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><s><u>[24]<\/u><\/s><\/a><\/u><\/s> (!) quelle distraction&nbsp;!!! je veux dire catholique. La note de <em>L\u2019Osservatore romano<\/em> au sujet de l\u2019Action Lib\u00e9rale n\u2019a pas fait grand bruit. L\u2019ensemble de la presse catholique, conservatrice ou monarchique, n\u2019en a, pour ainsi dire, pas parl\u00e9. D\u2019ailleurs elle ne concerne que les prochaines \u00e9lections et n\u2019engage nullement l\u2019avenir ; si m\u00eame elle pouvait avoir pour effet d\u2019emp\u00eacher l\u2019A.C.J.F. de patronner des candidats soi-disant lib\u00e9raux et tol\u00e9rants au point de vue religieux et, en m\u00eame temps, r\u00e9publicains tr\u00e8s avanc\u00e9s, elle aurait rendu service, car l\u2019Action Lib\u00e9rale, dans sa rage de patronner quelqu\u2019un partout, l\u00e0 m\u00eame o\u00f9 elle n\u2019a gu\u00e8re d\u2019influence, soutient des candidats qui ne valent pas la corde pour les pendre et qui, une fois \u00e9lus, s\u2019empresseront de lui tourner le dos et d\u2019oublier leurs promesses. Papa et Maman ont \u00e9t\u00e9 tous les deux d\u2019avis que je ferais bien d\u2019aller en Roussillon et ont insist\u00e9 pour que j\u2019y aille ; moi, j\u2019aurais mieux aim\u00e9 rester ici maintenant et continuer ma th\u00e8se de doctorat. Mais, en y r\u00e9fl\u00e9chissant, je crois qu\u2019ils ont raison&nbsp;; je pourrai ainsi obtenir vite et d\u2019une fa\u00e7on pr\u00e9cise les renseignements sur Mlle de Pallar\u00e8s ; peut-\u00eatre aussi verrai-je \u00e0 Ille Marie-Louise de Lacour si elle y est en ce moment.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 avril 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 9 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais chez M. Jac chercher les bons de Saint-Vincent-de-Paul que je n\u2019ai pas pu prendre mardi&nbsp;; je vais voir Jacques Herv\u00e9 que je ne rencontre pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 10 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier, \u00e0 Angers, Papa a h\u00e9sit\u00e9 toute la journ\u00e9e \u00e0 partir ou \u00e0 rester. Le d\u00e9part devait avoir lieu \u00e0 8h \u00bd, et, \u00e0 6h, il n\u2019\u00e9tait pas encore d\u00e9cid\u00e9 ; enfin, \u00e9tant un peu fatigu\u00e9, il finit par d\u00e9cider de ne pas partir. Moi, je pars \u00e0 10h27 du soir par Saint-Pierre-des-Corps, Bordeaux, Narbonne, Perpignan et j\u2019arrive ici ce soir \u00e0 8h15 apr\u00e8s 22 heures de voyage. J\u2019ai assez bien dormi entre Saint-Pierre-des-Corps et Bordeaux. Papa partira, sans doute, vendredi pour arriver \u00e0 Ille samedi d\u2019apr\u00e8s une d\u00e9p\u00eache envoy\u00e9e \u00e0 Bonne Maman et que je trouve ici en arrivant ; il avait eu un moment l\u2019id\u00e9e de partir mercredi \u00e0 11h du matin. Je trouve Bonne Maman en excellente sant\u00e9. Maman et Philom\u00e8ne vont aller \u00e0 Sainte-Croix tenir compagnie \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 12 avril 1906 (Jeudi saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve de bonne heure malgr\u00e9 ma fatigue d\u2019hier et je vais me confesser \u00e0 M. le cur\u00e9 avant sept heures ; je fais la sainte communion \u00e0 7h. Je vais avec Bonne Maman \u00e0 l\u2019office \u00e0 9 heures ; je vois M. Bouch\u00e8de, M. Jules Sabat\u00e9 etc. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019h\u00e9site \u00e0 aller \u00e0 Ille, mais comme il pleut, je reste \u00e0 Vin\u00e7a, je vais \u00e0 l\u2019office de l\u2019apr\u00e8s-midi, puis, le soir, au sermon de la Passion. Il y a eu tr\u00e8s peu de malades cet hiver dans la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Les journaux sont pleins d\u2019affreux d\u00e9tails sur l\u2019\u00e9ruption du V\u00e9suve qui s\u00e8me l\u2019effroi et la d\u00e9solation sur la r\u00e9gion de Naples&nbsp;; des villes enti\u00e8res sont d\u00e9truites, des milliers de personnes sans abri ; des centaines sont tu\u00e9es&nbsp;; la ville de Naples elle-m\u00eame est sous la cendre. Cela doit \u00eatre bien beau \u00e0 voir, mais combien effrayant !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 13 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 l\u2019office \u00e0 9h \u00bd. Nous recevons, le matin, une lettre de Papa annon\u00e7ant qu\u2019il arrivera ici demain \u00e0 10h \u00be et qu\u2019il repartira pour Ille \u00e0 3h \u00bd ; j\u2019avais l\u2019intention d\u2019aller demain \u00e0 Perpignan par le train de midi, mais je me d\u00e9cide \u00e0 y aller aujourd\u2019hui. Je pars \u00e0 3h \u00bd et suis de retour \u00e0 8h \u00bc. \u00c0 Perpignan, je ne vois que Tante Bonafos et Carlos ; \u00e0 tante Bonafos, je parle de Mlle de Pallar\u00e8s, elle n\u2019a pas de nouveaux renseignements importants&nbsp;; je t\u00e2cherai de m\u2019en procurer d\u2019autres \u00e0 Prades, d\u2019o\u00f9 les Pallar\u00e8s sont originaires, par les Saint-Jean ou les Marie. \u00c0 mon retour \u00e0 Vin\u00e7a je trouve une d\u00e9p\u00eache de Papa ; il a chang\u00e9 d\u2019id\u00e9e une fois de plus, et arrivera directement \u00e0 Ille demain soir \u00e0 8h. J\u2019irai \u00e0 Ille demain par le train de 3h \u00bd pour y passer trois jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 14 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 Vin\u00e7a, je m\u2019occupe de diff\u00e9rentes choses concernant la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Je vais \u00e0 Ille par le train de 3h \u00bd. Ici, je vois, \u00e0 l\u2019\u00e9glise, les demoiselles Mathieu ; elles m\u2019apprennent que les De Lacour ne sont pas \u00e0 Ille en ce moment ; rien \u00e0 faire, par cons\u00e9quent, de ce c\u00f4t\u00e9 pour le moment. Papa arrive \u00e0 8h, je vais l\u2019attendre \u00e0 la gare. Au retour de la gare, trois groupes diff\u00e9rents de chanteurs et musiciens viennent nous chanter les traditionnels <em>\u00ab Goigs dels ous \u00bb<\/em>, attention qu\u2019il nous faut reconna\u00eetre en leur donnant de quoi \u00ab&nbsp;s\u2019arroser&nbsp;\u00bb le gosier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 15 avril (jour de P\u00e2ques)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve avant quatre heures et je vais \u00e0 la messe de communion de 5 heures ; je rentre d\u00e9jeuner, puis je vais \u00e0 la procession qui sort vers 6h \u00bc, comme il n\u2019y a plus de flambeaux \u00e0 la sacristie, nous suivons le Ressuscit\u00e9, avec MM. de Barescut, Trainier, Domenach etc. sans flambeau \u00e0 la main comme les autres fois que j\u2019avais assist\u00e9 \u00e0 cette procession ; elle est tr\u00e8s belle et suit les rues d\u2019Ille au milieu d\u2019un grand enthousiasme de la population ; on ex\u00e9cute 3 fois le <em>Regina Caeli<\/em> en musique sur son passage. Je reviens \u00e0 la grande messe \u00e0 10h et \u00e0 v\u00eapres \u00e0 3h. Je fais deux visites : M. le cur\u00e9 et Mme Terrats d\u2019Aguillon ; je vois aussi un moment Mme Bartre. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu, nous y voyons M. Silie et sa belle-fille dont le mari, le capitaine, est en ce moment au S\u00e9n\u00e9gal. Nous y apprenons qu\u2019il est arriv\u00e9 ce soir \u00e0 Mlle Marie-Th\u00e9r\u00e8se Roca<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a> un accident qui aurait pu \u00eatre grave, ses fr\u00e8res faisaient des exp\u00e9riences de chimie, tout \u00e0 coup une bouteille remplie d\u2019un gaz ou d\u2019un liquide (je n\u2019ai pas su de quoi) a explos\u00e9 et lui a saut\u00e9 au visage, elle a \u00e9t\u00e9 atteinte au front, mais l\u2019\u0153il est intact.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_121033-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"761\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_121033-Copie-1024x761.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-708\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_121033-Copie-1024x761.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_121033-Copie-300x223.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_121033-Copie-768x571.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_121033-Copie-1536x1141.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_121033-Copie-2048x1522.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Procession des R\u00e9gines \u00e0 Ille-sur-Tet, m\u00e2tin de P\u00e2ques, avec le reliquaire de la Vraie Croix \u2013 Clich\u00e9 anonyme, s.d. [certainement 1906] (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 avril 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 16 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais le matin \u00e0 la grand\u2019messe, puis \u00e0 la m\u00e9tairie Saint-Martin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s v\u00eapres, je vais avec Papa \u00e0 La Ferri\u00e8re faire une visite \u00e0 nos voisins de Barescut. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 17 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a, avec Papa, par le train de 10h \u00bd. Bonne-Maman a \u00e0 d\u00e9jeuner Mme de Guardia<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a> qui est ici pour d\u00e9barrasser sa maison qu\u2019elle vient de vendre. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme avec Papa, nous voyons la nouvelle plantation de pommiers ; les travaux de la terrasse qui fait suite \u00e0 la Balme sont termin\u00e9s, on l\u2019a plant\u00e9e de pruniers ; prochainement, on l\u2019ensemencera en luzerne. Au retour de la Balme, nous apprenons la mort de notre cousin M. Jules de Lamer<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a> survenue \u00e0 Perpignan ; les obs\u00e8ques sont demain matin&nbsp;; je d\u00e9cide d\u2019y aller s\u2019il ne fait pas trop mauvais car le temps est tr\u00e8s mena\u00e7ant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 18 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut une bonne partie de la nuit ; aussi, le matin \u00e0 4h quand il aurait fallu me lever pour prendre le premier train, je reste dans mon lit ne tenant pas \u00e0 patauger dans la boue et sous la pluie \u00e0 Perpignan ; quand je me l\u00e8ve, le temps s\u2019est arrang\u00e9 et je regrette alors de n\u2019\u00eatre pas parti, mais comme les Lamer ne savent pas que nous sommes en ce moment dans le pays, il n\u2019y a pas grand mal. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Prades ; je vois notre cousin De Saint-Jean et notre cousin Marie<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a> ; \u00e0 ce dernier, je demande quelques renseignements sur la famille de Pallar\u00e8s, j\u2019apprends que M. Charles de Pallar\u00e8s, p\u00e8re de Mlle H\u00e9l\u00e8ne, est bien mort de la poitrine, mais que ce fut de sa faute et que cette maladie n\u2019est nullement h\u00e9r\u00e9ditaire dans la famille. Nous parlons \u00e9galement des \u00e9lections&nbsp;; M. Marie s\u2019en occupe comme pr\u00e9sident de l\u2019Action lib\u00e9rale populaire de Prades. Ni les royalistes ni l\u2019Action lib\u00e9rale ne pr\u00e9sentent de candidats ; les uns et les autres appuient, dans l\u2019arrondissement de Prades, le moins mauvais des candidats r\u00e9publicains, c\u2019est un nomm\u00e9 Brousse ; il para\u00eet qu\u2019il a pris des engagements sur les points essentiels et qu\u2019on peut avoir confiance en lui ; Dieu veuille qu\u2019il ne trahisse pas cette confiance ; les autres candidats sont le vieux d\u00e9put\u00e9 blocard sortant Escany\u00e9, qui persiste \u00e0 se repr\u00e9senter et le docteur Arrous, socialiste&nbsp;; on dit cependant que ce dernier se d\u00e9siste en faveur d\u2019Escany\u00e9 ; quant au docteur \u00c9tienne Batlle, d\u2019Ille, je ne crois pas qu\u2019il se pr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Emmanuel_Brousse-1914.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"452\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Emmanuel_Brousse-1914.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-396\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Emmanuel_Brousse-1914.jpg 452w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Emmanuel_Brousse-1914-235x300.jpg 235w\" sizes=\"auto, (max-width: 452px) 100vw, 452px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Emmanuel Brousse (1866-1926), d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales de 1906 \u00e0 1924 \u2013 Clich\u00e9 anonyme, 1914 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 19 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 bicyclette ; je vais voir les vignes qui ont un peu souffert de la gel\u00e9e de mars. J\u2019apprends qu\u2019\u00e0 la suite d\u2019une conf\u00e9rence que Carlos est venu donner \u00e0 Boule le dimanche des Rameaux, il s\u2019est form\u00e9 un groupe d\u2019Action Lib\u00e9rale. Le pr\u00e9sident de ce groupe est M. Llense&nbsp;; ce M. Llense est entr\u00e9, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, dans le comit\u00e9 royaliste que j\u2019ai form\u00e9 \u00e0 Ille&nbsp;; comment, diable, accepte-t-il d\u2019\u00eatre maintenant pr\u00e9sident de l\u2019A.L.P. ? C\u2019est absurde ! Tous les membres du nouveau groupe sont des l\u00e9gitimistes purs sang, comme d\u2019ailleurs \u00e0 Rod\u00e8s o\u00f9 Carlos a aussi fond\u00e9 un groupe. L\u2019explication, elle est bien simple : le pavillon a couvert la marchandise ; ces braves gens de Boule et de Rod\u00e8s entendant M. Carlos de Lazerme leur vanter l\u2019Action Lib\u00e9rale, n\u2019ont m\u00eame pas eu l\u2019id\u00e9e que ce qu\u2019un Lazerme leur vantait p\u00fbt ne pas \u00eatre royaliste&nbsp;; si on leur disait que ce M. de Lazerme n\u2019est pas royaliste, ils ne le croiraient pas&nbsp;; et voil\u00e0 comment le tour a \u00e9t\u00e9 jou\u00e9. C\u2019est ainsi que l\u2019A.L.P., au lieu d\u2019agir sur les r\u00e9publicains et de les amener \u00e0 ne plus soutenir des sectaires, nous prend, hypocritement, nos troupes ; mais, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9poque de mon retour dans le pays, j\u2019y mettrai bon ordre dans le canton. Pour commencer, je vais fonder un comit\u00e9 royaliste \u00e0 Vin\u00e7a pour Vin\u00e7a et les communes voisines&nbsp;; pour le composer, je vais prendre les d\u00e9bris du comit\u00e9 que l\u2019Action Lib\u00e9rale populaire y avait fond\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et qui est tomb\u00e9 en d\u00e9su\u00e9tude. \u0152il pour \u0153il, dent pour dent&nbsp;; ils viennent nous prendre nos troupes&nbsp;; je vais leur confisquer un comit\u00e9 en attendant de faire mieux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais la tourn\u00e9e des membres malades de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, je vais jusqu\u2019\u00e0 Saorle en voir un ; je fais ensuite une visite \u00e0 Mme Dalverny. C\u2019est Mme Dalverny<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a> qui, le mois dernier, a propos\u00e9 \u00e0 Bonne Maman, de la part de la jeune Mme No\u00ebll de Girv\u00e8s, de s\u2019occuper de mon mariage avec Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s ; Mme Dalverny, qui est \u00e0 Vin\u00e7a pour quelques jours, ira voir demain Bonne Maman qui lui parlera de cela ; maintenant que j\u2019ai sur Mlle de Pallar\u00e8s et sa famille tous les renseignements d\u00e9sirables, je voudrais t\u00e2cher de voir la jeune fille&nbsp;; impossible de laisser faire la moindre d\u00e9marche sans l\u2019avoir vue&nbsp;; j\u2019esp\u00e8re que Mme Dalverny pourra me procurer une occasion de la voir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 20 avril 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"655\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-655x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-576\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-655x1024.jpg 655w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-192x300.jpg 192w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-768x1200.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-983x1536.jpg 983w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-1311x2048.jpg 1311w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_114108-Copie-scaled.jpg 1638w\" sizes=\"auto, (max-width: 655px) 100vw, 655px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Xavier d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (1851-1938), alors colonel  du 150e r\u00e9giment d&rsquo;infanterie \u00e0 Saint-Mihiel \u2013 Clich\u00e9 Walery, Paris, s.d. [1906 ou 1907] (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte Vin\u00e7a par le nouveau train de 7h56 du matin et j\u2019arrive \u00e0 Ille un moment apr\u00e8s ; je viens ici pour voir l\u2019oncle Xavier qui a quinze jours de cong\u00e9 apr\u00e8s 17 mois pendant lesquels, \u00e0 cause des affaires marocaines, il n\u2019avait pas pu obtenir de cong\u00e9 s\u00e9rieux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Corb\u00e8re avec Papa. Pendant le d\u00eener, l\u2019oncle Xavier re\u00e7oit une d\u00e9p\u00eache du colonel de Valory, commandant d\u2019armes \u00e0 Saint-Mihiel, lui demandant s\u2019il a re\u00e7u l\u2019ordre de rappel lui enjoignant de se rendre imm\u00e9diatement aux gr\u00e8ves. Il s\u2019agit des gr\u00e8ves terribles ou plut\u00f4t du mouvement r\u00e9volutionnaire qui s\u00e9vit depuis un mois dans le bassin minier du Pas-de-Calais et du Nord. Ces jours-ci, ce mouvement prend une tournure des plus inqui\u00e9tantes ; les meneurs gr\u00e9vistes ont r\u00e9ussi, par des intimidations et par des coups, \u00e0 d\u00e9baucher \u00e0 peu pr\u00e8s tous les mineurs ; le gouvernement, pour avoir l\u2019air de maintenir l\u2019ordre, y envoie des troupes \u00e0 qu\u2019il est express\u00e9ment recommand\u00e9 de ne pas faire usage de leurs armes ; les \u00e9meutiers, qui savent cela, en profitent ; un lieutenant, bless\u00e9 ces jours-ci par un pav\u00e9 lanc\u00e9 \u00e0 bout portant, est mort hier, deux autres sont gri\u00e8vement bless\u00e9s, un gendarme est mort, un grand nombre de gendarmes et de soldats sont bless\u00e9s, les \u00e9meutiers pillent et d\u00e9molissent les maisons des patrons, des directeurs, des contre-ma\u00eetres et m\u00eame des ouvriers oppos\u00e9s \u00e0 la gr\u00e8ve ; bref, toute cette r\u00e9gion est en pleine r\u00e9volution. L\u2019oncle Xavier pense qu\u2019il a d\u00fb recevoir \u00e0 Pia un ordre t\u00e9l\u00e9graphique ou une lettre de service que son r\u00e9gisseur ne lui a pas transmis et il prend ses dispositions pour partir d\u00e8s demain, le dernier train dans la direction de Perpignan \u00e9tant parti&nbsp;; le t\u00e9l\u00e9graphe est ferm\u00e9 et il ne peut pas t\u00e9l\u00e9graphier ce soir. En attendant, il examine l\u2019indicateur et cherche quel sera pour lui l\u2019itin\u00e9raire le plus rapide ; il est toujours oblig\u00e9 de passer par Sannt-Mihiel prendre son uniforme et ses armes, car il n\u2019a rien de tout cela ici. Voil\u00e0 son cong\u00e9 brusquement interrompu de la fa\u00e7on la plus ennuyeuse. J\u2019avais bien vu, ce matin dans <em>L\u2019\u00c9clair<\/em>, qu\u2019une partie du 150<sup>e<\/sup> de ligne \u00e9tait aux gr\u00e8ves, mais l\u2019oncle Xavier n\u2019ayant rien re\u00e7u, nous pensions que c\u2019\u00e9tait le lieutenant-colonel qui y commandait ; j\u2019ai lu aussi que deux escadrons du 12<sup>e<\/sup> chasseurs sont partis aussi ; Maurice doit donc y \u00eatre. Comme tout cela est p\u00e9nible ! Et dire que si le gouvernement avait eu, au d\u00e9but, tant soit peu d\u2019\u00e9nergie, la gr\u00e8ve serait termin\u00e9e depuis longtemps&nbsp;; mais peut-on dire que l\u2019on a un gouvernement quand un Cl\u00e9menceau et un Briand sont ministres !!!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 21 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Ille, d\u00e8s sept heures, l\u2019oncle Xavier t\u00e9l\u00e9graphie au colonel de Valory pour avoir confirmation de l\u2019ordre de rappel&nbsp;; bient\u00f4t il en re\u00e7oit un t\u00e9l\u00e9gramme lui disant qu\u2019il doit aller \u00e0 Lens, c\u2019est-\u00e0-dire au centre m\u00eame de l\u2019agitation ouvri\u00e8re. Il exp\u00e9die plusieurs d\u00e9p\u00eaches, fait ses pr\u00e9paratifs et \u00e0 midi nous l\u2019accompagnons \u00e0 la gare, il sera demain soir \u00e0 Saint-Mihiel et apr\u00e8s-demain \u00e0 Lens. Les nouvelles du th\u00e9\u00e2tre de la gr\u00e8ve, ou plut\u00f4t de l\u2019insurrection r\u00e9volutionnaire, sont de plus en plus graves, de nouveaux officiers et un grand nombre de soldats ont \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s ; les r\u00e9volutionnaires coupent toutes les lignes t\u00e9l\u00e9graphiques et t\u00e9l\u00e9phoniques, arr\u00eatent les trains et molestent les voyageurs, pillent, d\u00e9molissent, incendient etc. ; la situation est de plus en plus grave. L\u2019oncle Xavier \u00e9tant parti, je n\u2019ai pas de raison de rester \u00e0 Ille et, m\u2019excusant aupr\u00e8s de M. Trull\u00e9s qui m\u2019avait invit\u00e9 \u00e0 d\u00eener pour ce soir avec Papa et l\u2019oncle Xavier et qui n\u2019aura que Papa, je repars pour Vin\u00e7a par le train de 3h \u00bd. Bonne Maman connaissait d\u00e9j\u00e0 la nouvelle du rappel et du d\u00e9part de l\u2019oncle Xavier, qui s\u2019\u00e9tait r\u00e9pandue d\u2019Ille \u00e0 Vin\u00e7a. Bonne Maman a vu Mme Dalverny qui s\u2019est charg\u00e9e de ne faire voir, un jour de la semaine prochaine, Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, \u00e0 Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 22 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; apr\u00e8s v\u00eapres, je vais faire une visite \u00e0 M. le cur\u00e9. Le soir, Mme Dalverny vient nous voir ; elle combine tout pour arriver \u00e0 me faire voir Mlle de Pallar\u00e8s.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 avril 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 23 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de midi&nbsp;; je vois les Bonafos et Lutrand ; Tante Bonafos n\u2019a rien appris de nouveau sur Mlle de Pallar\u00e8s, je lui raconte ce que j\u2019ai fait pour avoir des renseignements. Je vais voir M. Desp\u00e9ramons et je m\u2019entretiens avec lui de la situation \u00e9lectorale&nbsp;; dans les quatre circonscriptions du d\u00e9partement, le comit\u00e9 royaliste, d\u2019accord avec l\u2019Action lib\u00e9rale populaire, soutient les candidats progressistes qui se pr\u00e9sentent contre les blocards&nbsp;; dans l\u2019arrondissement de Prades, c\u2019est Brousse qui luttera contre le lib\u00e9ral Escany\u00e9, d\u00e9put\u00e9 depuis trente ans et qui a toujours \u00e9t\u00e9 avec \u00ab&nbsp;le minist\u00e8re&nbsp;\u00bb, quel qu\u2019il soit. Dimanche, une r\u00e9union ayant pour but d\u2019examiner la situation \u00e9lectorale aura lieu \u00e0 Perpignan&nbsp;; le comit\u00e9 royaliste, le comit\u00e9 bonapartiste et l\u2019Action lib\u00e9rale y convoquent leurs adh\u00e9rents et leurs amis&nbsp;; je ferai mon possible pour y assister. J\u2019annonce \u00e0 M. Desp\u00e9ramons que j\u2019ai trouv\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a plusieurs royalistes dispos\u00e9s \u00e0 former un comit\u00e9 ; il en est enchant\u00e9. Je ne rencontre aucune des autres personnes que je vais voir, je rencontre seulement dans la rue Mme de Llamby et Isabelle. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 24 avril 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La_maison_du_peuple_les_grevistes_forcent_le_barrage_de_police_le_20_mars_1906.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"824\" height=\"528\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La_maison_du_peuple_les_grevistes_forcent_le_barrage_de_police_le_20_mars_1906.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-399\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La_maison_du_peuple_les_grevistes_forcent_le_barrage_de_police_le_20_mars_1906.jpg 824w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La_maison_du_peuple_les_grevistes_forcent_le_barrage_de_police_le_20_mars_1906-300x192.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/La_maison_du_peuple_les_grevistes_forcent_le_barrage_de_police_le_20_mars_1906-768x492.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 824px) 100vw, 824px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Les gr\u00e8ves de Lens en mars 1906 \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa arrive par le train de 10h \u00bd ; il a re\u00e7u une d\u00e9p\u00eache de l\u2019oncle Xavier, dat\u00e9e de Lens, lui disant que lui et Maurice vont bien, et une lettre de Tata Mimi qui lui donne des nouvelles de Maurice ; ce dernier avait d\u00e9j\u00e0, au moment o\u00f9 elle \u00e9crivait, charg\u00e9 deux fois les gr\u00e9vistes et avait re\u00e7u des pierres sur la t\u00eate, mais sans \u00eatre bless\u00e9. Des mesures \u00e9nergiques ayant \u00e9t\u00e9 prises, il semble qu\u2019il y ait un temps d\u2019arr\u00eat dans le Nord et le Pas-de-Calais ; mais on a les plus grandes appr\u00e9hensions pour le 1<sup>er<\/sup> mai ; que se passera-t-il ce jour-l\u00e0 \u00e0 Paris et dans toute la France ? Les socialistes annoncent un formidable mouvement r\u00e9volutionnaire ; bluffent-ils ou disent-ils vrai ? C\u2019est souverainement inqui\u00e9tant. C\u2019est foire aujourd\u2019hui \u00e0 Vin\u00e7a ; je fais un tour au champ de foire o\u00f9 il n\u2019y a rien en fait de chevaux ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa au<em> Cam del Roc<\/em>. Papa repart \u00e0 6h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 25 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Bonne-Maman \u00e0 la Mirande ; ensuite nous faisons plusieurs tours de jardin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 26 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais, le matin \u00e0 la Balme o\u00f9 on recommence \u00e0 labourer et \u00e0 nettoyer le sol avant de semer le ma\u00efs qui doit pr\u00e9c\u00e9der la prairie. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette, \u00e0 Ille et \u00e0 Boule, faire un peu de propagande pour la r\u00e9union de dimanche \u00e0 Perpignan et, par ricochet, pour la candidature Brousse qui ne m\u2019enthousiasme, cependant, pas. Mais que faire ? Puisque nous n\u2019avons ni un candidat monarchiste, ni un candidat catholique, il faut bien t\u00e2cher de faire \u00e9chec au lib\u00e9ral Escany\u00e9 et, par cons\u00e9quent, soutenir Brousse, comme, \u00e0 Angers, on soutient Gauvin ; Papa n\u2019est pas \u00e0 Ille, on me dit qu\u2019il est parti \u00e0 midi pour Perpignan et Trouillas. Au retour, je trouve \u00e0 mon adresse un stock d\u2019invitations \u00e0 la r\u00e9union de dimanche au nom du comit\u00e9 royaliste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales ; je vais m\u2019occuper de les r\u00e9pandre. Le soir, Dalmer vient me montrer des affiches de propagande qu\u2019il va placarder d\u2019ici aux \u00e9lections, la plupart bien faites d\u2019ailleurs, roulent sur la s\u00e9paration, la d\u00e9lation ma\u00e7onnique ou l\u2019augmentation des d\u00e9penses publiques et des imp\u00f4ts.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 27 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, Bonne-Maman re\u00e7oit un mot de Mme Dalverny, lui disant que l\u2019entrevue que je dois avoir avec Mlle de Pallar\u00e8s ne peut pas s\u2019organiser pour demain samedi. Je vais \u00e0 la Balme, je distribue, et envoie \u00e0 Ille, pour qu\u2019on les distribue, des invitations \u00e0 la r\u00e9union de dimanche. Pour causer avec Mme Dalverny et voir ensemble s\u2019il sera possible d\u2019organiser l\u2019entrevue avant mon d\u00e9part, je vais \u00e0 Perpignan par le train de 3h \u00bd ; \u00e0 la gare je rencontre Mgr de Carsalade qui rentrait de Saint-Martin-du-Canigou ; Mme Dalverny verra demain Mme No\u00ebll et fera son possible pour que l\u2019entrevue ait lieu dimanche, lundi ou mercredi. Je vais aussi chez Carlos ; les jeunes gens Passama y sont en m\u00eame temps ; j\u2019apprends qu\u2019on a perquisitionn\u00e9 ce matin aux bureaux de <em>La Croix<\/em>&nbsp;; serait-ce le \u00ab grand complot \u00bb que le gouvernement veut de nouveau d\u2019\u00e9chafauder ? Je rentre par le dernier train.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 28 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> apporte la nouvelle du \u00ab grand complot \u00bb contre la r\u00e9publique. Le gouvernement veut faire croire que ce sont les royalistes, les bonapartistes, les Catholiques, l\u2019Action lib\u00e9rale, et m\u00eame des r\u00e9publicains genre Doumer qui, unis par je ne sais quel miracle, auraient foment\u00e9, d\u2019accord avec les socialistes de la Conf\u00e9d\u00e9ration du Travail, les troubles du Nord et du Pas-de-Calais afin d\u2019influencer les \u00e9lections. C\u2019est tellement absurde que j\u2019ai peine \u00e0 comprendre que Cl\u00e9menceau, qui n\u2019est pas un imb\u00e9cile, puisse avoir la pr\u00e9tention de faire avaler cela ; comment veut-on que les anarchistes et les cl\u00e9ricaux puissent faire marcher la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail ? Quelle influence peuvent-ils avoir sur elle ? Ce coup du&nbsp;\u00ab&nbsp;grand complot&nbsp;\u00bb n\u2019est qu\u2019une vulgaire man\u0153uvre \u00e9lectorale. On a op\u00e9r\u00e9 hier \u00e0 Paris 65 perquisitions : \u00e0 l\u2019Avant-garde royaliste, \u00e0 <em>La Croix<\/em>, \u00e0 la Ligue antima\u00e7onnique, chez M. de Lar\u00e8gle, \u00e0 l\u2019Action lib\u00e9rale, chez diff\u00e9rentes notabilit\u00e9s bonapartistes etc. On va certainement se mettre \u00e0 op\u00e9rer en province. Un gouvernement qui ne vit qu\u2019\u00e0 coup de \u00ab complots \u00bb imaginaires pour se donner pr\u00e9texte \u00e0 s\u00e9vir contre ses adversaires n\u2019est pas un gouvernement s\u00e9rieux, c\u2019est un gouvernement qui penche vers sa chute. Tout cela me confirme dans l\u2019opinion que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 que le gouvernement, si les \u00e9lections tournent contre lui, dissoudra la Chambre&nbsp;; il fera un seize-mai \u00e0 son profit et comme il n\u2019aura pas les scrupules des conservateurs de 1877, il \u00ab fera \u00bb de nouvelles \u00e9lections avec tous les raffinements de l\u2019art jacobin ; Cl\u00e9menceau n\u2019est pas l\u00e0 pour rien !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de M. Marie. Ensuite, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Boule et \u00e0 Ille o\u00f9 je porte des invitations \u00e0 la conf\u00e9rence de demain \u00e0 Perpignan&nbsp;; \u00e0 Ille je vois quelques minutes Papa. Du reste, il arrive ici par le train du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 29 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h apr\u00e8s laquelle je fais la sainte communion. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bd et je pars avec Papa, par le train de midi pour Perpignan&nbsp;; quatre autres personnes partent en m\u00eame temps pour assister \u00e0 la r\u00e9union. En arrivant je vais voir Mme Dalverny qui me dit que les dames de Pallar\u00e8s \u00e9tant \u00e0 Prades chez le vieux M. Gustave de Pallar\u00e8s et devant rentrer demain \u00e0 Perpignan, je pourrai les voir en chemin de fer&nbsp;; c\u2019est ce que je t\u00e2cherai de faire. Un peu avant deux heures, je vais \u00e0 la \u00ab salle des \u0153uvres \u00bb, tr\u00e8s vaste, o\u00f9 il y a d\u00e9j\u00e0 beaucoup de monde, rien que des hommes ; il en arrive encore bien d\u2019autres et bient\u00f4t la grande salle est comble&nbsp;; j\u2019estime qu\u2019il y a l\u00e0 1800 hommes, beaucoup d\u2019hommes du peuple, de royalistes des villages de la Salanque. Sur l\u2019estrade, plusieurs notabilit\u00e9s du mode catholique et conservateur, l\u2019oncle Joseph<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, Jonqu\u00e8res<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a>, M. Companyo<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, les jeunes gens Passama<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, Fernand de Rovira, Sabat\u00e9<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a> (de C\u00e9ret) etc.&nbsp;; on y fait monter Papa. M. Henri de \u00c7agarriga, pr\u00e9sident de l\u2019Action lib\u00e9rale, pr\u00e9side la r\u00e9union en l\u2019absence de M. Passama, pr\u00e9sident du comit\u00e9 royaliste, qui est gravement malade. Il donne la parole \u00e0 M. Desp\u00e9ramons qui parle au nom du comit\u00e9 royaliste ; sa conf\u00e9rence dure plus d\u2019une heure ; dans un tr\u00e8s beau langage, il dit qu\u2019aucune des trois organisations qui ont pris l\u2019initiative de cette r\u00e9union commune : le comit\u00e9 royaliste, le comit\u00e9 bonapartiste et l\u2019Action lib\u00e9rale populaire, ne pr\u00e9sente de candidats dans le d\u00e9partement le 6 mai prochain ; il fait ensuite le proc\u00e8s du bloc et de la politique suivie par les ministres qui se sont succ\u00e9d\u00e9 au cours de la l\u00e9gislature qui vient de finir&nbsp;; il examine chacune des 3 cat\u00e9gories de candidats qui se pr\u00e9sentent dans les 4 circonscriptions, les socialistes, les blocards et les progressistes, et conclut en disant que, pour faire \u00e9chec au bloc, les Catholiques de toutes nuances, royalistes, bonapartistes et lib\u00e9raux, doivent porter leurs voix aux progressistes Sauvy, Bartissol, Brousse et N\u00e9rel. Il a bien soin de dire que cette alliance, toute momentan\u00e9e et de circonstance, n\u2019engage en rien l\u2019avenir et que chacun des 3 groupes repr\u00e9sent\u00e9s dans la r\u00e9union conserve sa compl\u00e8te ind\u00e9pendance ; c\u2019est bien ainsi que tout le monde l\u2019entend. De cette fa\u00e7on, nous pouvons, suivant les instructions de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, nous allier aux autres partis d\u2019opposition quand il ne nous est pas possible de pr\u00e9senter de candidats bien \u00e0 nous. M. de \u00c7agarriga parle environ un quart d\u2019heure dans le m\u00eame sens que M. Desp\u00e9ramons. Au nom du comit\u00e9 bonapartiste, qui n\u2019existe que sur le papier, personne ne prend la parole. Les discours, surtout celui de M. Desp\u00e9ramons, sont fr\u00e9quemment applaudis. La grande majorit\u00e9 des assistants se compose de royalistes ; \u00e0 lui seul, Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola en a amen\u00e9 quatre cents de la r\u00e9gion de Corneilla et de Th\u00e9za. Maintenant, nous allons donc faire campagne pour les progressistes ; ce n\u2019est pas tr\u00e8s agr\u00e9able, mais enfin puisqu\u2019il faut faire bloc contre le bloc, faisons bloc ; d\u2019ailleurs, pour nous royalistes, les \u00e9lections n\u2019\u00e9tant pas l\u2019unique moyen, ni m\u00eame le principal moyen d\u2019arriver au pouvoir, nous pouvons le faire sans abdication&nbsp;; enfin la discipline l\u2019exige. Apr\u00e8s la r\u00e9union, nous allons \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Jean o\u00f9 on fait la f\u00eate de l\u2019Adoration, puis je vais voir Mme No\u00ebll et je retrouve Papa chez Tante Bonafos&nbsp;; nous rentrons par le dernier train.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 avril 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 23 avril 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, Papa fait ses pr\u00e9paratifs de d\u00e9part pour Angers en passant par Biarritz&nbsp;; moi, je me pr\u00e9pare \u00e0 aller \u00e0 Prades afin de t\u00e2cher de faire route, au retour, avec les dames de Pallar\u00e8s. Je pars par le train de 10h37 et je suis \u00e0 Prades \u00e0 11 heures ; je suis convaincu que ces dames ne partiront que par le train de 3h16 ; cependant, apr\u00e8s m\u2019\u00eatre promen\u00e9 un moment dans la campagne, je reviens \u00e0 la gare pour le d\u00e9part du train de 11h41 et j\u2019ai l\u2019agr\u00e9able surprise de voir un monsieur \u00e2g\u00e9, accompagn\u00e9 d\u2019une dame et d\u2019une jeune fille, ce ne peut \u00eatre que M. de Pallar\u00e8s avec sa belle-fille et sa petite-fille ; je m\u2019en informe toutefois aupr\u00e8s de la distributrice de billets qui me le confirme et je monte dans le m\u00eame compartiment que MM. et Mlle de Pallar\u00e8s. Comme ceux-ci ne me connaissent pas et ne se doutent de rien, je peux les observer \u00e0 loisir. Mademoiselle H\u00e9l\u00e8ne est une belle jeune fille d\u2019une vingtaine d\u2019ann\u00e9es (elle en a, para\u00eet-il, exactement 19) ; elle a de beaux yeux noirs, une physionomie agr\u00e9able, de la distinction et de l\u2019aisance dans les mani\u00e8res et beaucoup de chic&nbsp;; elle est, du reste, fort bien mise. Jusqu\u2019\u00e0 Vin\u00e7a, je l\u2019observe attentivement ; elle me rappelle une jeune fille d\u2019Angers, Mademoiselle Fran\u00e7oise de Chemeiller. \u00c0 la gare de Vin\u00e7a, je descends et Papa monte dans le compartiment&nbsp;; il pourra ainsi observer ces dames jusqu\u2019\u00e0 Perpignan et se faire, lui aussi, une opinion. Je suis enchant\u00e9 d\u2019avoir r\u00e9ussi \u00e0 voir aussi bien Mlle de Pallar\u00e8s ; en rentrant \u00e0 Angers, j\u2019aurai une opinion faite, un \u00ab&nbsp;dossier&nbsp;\u00bb complet sur elle. Maintenant, il nous reste encore \u00e0 prendre quelques renseignements sur son caract\u00e8re aupr\u00e8s de ses anciennes ma\u00eetresses du Sacr\u00e9-C\u0153ur de Montpellier, Bonne Maman s\u2019en charge. Apr\u00e8s cela, je verrai ce que j\u2019aurai \u00e0 faire. L\u2019apr\u00e8s-midi, il pleut \u00e0 verse et je me f\u00e9licite doublement de n\u2019avoir pas eu \u00e0 rester \u00e0 Prades jusqu\u2019\u00e0 3h \u00bc. Le soir, nous allons \u00e0 l\u2019ouverture du mois de Marie.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mai 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 mai 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 1<sup>er<\/sup> mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le grand jour pr\u00e9par\u00e9 par quelques-uns, subi par beaucoup, redout\u00e9 par tous les autres, est arriv\u00e9. Que se passe-t-il \u00e0 Paris \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ? J\u2019ai id\u00e9e qu\u2019il ne se passe rien de bien grave&nbsp;; il y a de tr\u00e8s grandes pr\u00e9cautions prises&nbsp;; les jacobins ministres sont bien oblig\u00e9s, bon gr\u00e9 mal gr\u00e9, de faire marcher l\u2019Arm\u00e9e. En attendant, le coup de l\u2019absurde complot suit son cours ; un de mes cousins, le comte Durand de Beauregard, des Durand de Beauregard de Montpellier, qui habite Paris et qui \u00e9tait depuis quelques temps \u00e0 Nice, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 hier \u00e0 la suite de la perquisition op\u00e9r\u00e9e chez lui il y a quelques jours ; il est bonapartiste ; voyons jusqu\u2019o\u00f9 ira cette com\u00e9die ! L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la Balme avec Bonne Maman&nbsp;; le soir nous allons au Mois de Marie. J\u2019ai la visite de M. le cur\u00e9 qui vient, au nom du conseil de fabrique, me demander d\u2019accepter d\u2019\u00eatre conseiller de fabrique. Apr\u00e8s h\u00e9sitations, je m\u2019excuse&nbsp;; n\u2019\u00e9tant pas destin\u00e9 \u00e0 habiter Vin\u00e7a, j\u2019estime qu\u2019il vaut mieux offrir ce poste \u00e0 quelqu\u2019un de Vin\u00e7a. Vers le soir quatre individus parcourent la ville derri\u00e8re un drapeau et escort\u00e9s par un clairon&nbsp;; ils s\u2019amusent&nbsp;; c\u2019est \u00e0 cela que se r\u00e9duit le 1<sup>er<\/sup> mai \u00e0 Vin\u00e7a ; d\u2019ailleurs, le drapeau est tricolore et le clairon ne joue que des airs militaires ; c\u2019est parfait. Mon s\u00e9jour de 3 semaines en Roussillon est termin\u00e9, je pars demain. Il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 inutile puisque je venais ici pour me procurer des renseignements sur Mlle de Pallar\u00e8s et pour t\u00e2cher de la voir et que j\u2019ai r\u00e9ussi dans ces deux buts que j\u2019avais assign\u00e9s \u00e0 mon voyage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 3 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 Vin\u00e7a hier matin par le train de midi ; Bonne Maman m\u2019a accompagn\u00e9 \u00e0 Perpignan o\u00f9 je suis rest\u00e9 de 1h \u00e0 5h ; j\u2019ai vu Mme Dalverny \u00e0 qui j\u2019ai racont\u00e9 comment s\u2019est pass\u00e9e l\u2019entrevue (non fortuite) de l\u2019avant-veille ; pendant ce temps, Bonne Maman est all\u00e9e au Sacr\u00e9-C\u0153ur prendre l\u2019adresse de l\u2019ancienne sup\u00e9rieure du Sacr\u00e9-Coeur de Montpellier o\u00f9 Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s a pass\u00e9 plusieurs ann\u00e9es, afin d\u2019avoir, par-l\u00e0, des tuyaux sur son caract\u00e8re ; on lui donne, ce qui vaut encore mieux, l\u2019adresse de la ma\u00eetresse g\u00e9n\u00e9rale qui habite Avignon. J\u2019assiste, place Arago, \u00e0 une r\u00e9union \u00e9lectorale en plein air donn\u00e9e par le citoyen Vidal Angl\u00e8s dont le comit\u00e9 (ambulant) se compose d\u2019une tartane surmont\u00e9e de quelques drapeaux. Ce \u00ab&nbsp;citoyen&nbsp;\u00bb clame contre l\u2019inf\u00e2me capital, s\u2019exalte contre l\u2019oppression du prol\u00e9tariat par le capitalisme et le patronat etc. etc. On l\u2019applaudit pour rire, c\u2019est ce qu\u2019il y a de mieux \u00e0 faire ; je rencontre Ren\u00e9 de Chefdebien que je f\u00e9licite de son mariage avec Mlle de Cesso (c\u2019est Papa, il ne s\u2019en doute pas, qui a fourni \u00e0 M. de Cesso les renseignements sur les Chefdebien)<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. Je dis adieu \u00e0 Bonne Maman et je pars \u00e0 4h55 ; \u00e0 la gare, je rencontre Henri Jonqu\u00e8res qui m\u2019annonce que l\u2019on va fonder \u00e0 Perpignan une section de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise ; tant mieux ! Je passe par Narbonne et Bordeaux ; \u00e0 la gare de Bordeaux, je retrouve Papa qui arrive de Biarritz ; nous allons ensemble \u00e0 la messe \u00e0 l\u2019\u00e9glise du Sacr\u00e9-C\u0153ur voisine de la gare, puis nous nous s\u00e9parons de nouveau ; Papa part par la ligne de l\u2019\u00c9tat, tandis que je passe par la ligne d\u2019Orl\u00e9ans. Je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Poitiers de midi 16 \u00e0 4h46 afin de voir un jeune homme de la Jeunesse catholique, M. Robert L\u00e9vrier&nbsp;; je le prie de t\u00e2cher de me faire pr\u00eater par le comit\u00e9 dioc\u00e9sain de l\u2019A.C.J.F. du Poitou une enqu\u00eate sur le repos du dimanche faite par les groupes de Jeunesse catholique de la Vienne et des Deux-S\u00e8vres ; il me le promet. Ce jeune homme, secr\u00e9taire du d\u00e9put\u00e9 \u00ab&nbsp;lib\u00e9ral&nbsp;\u00bb sortant de Poitiers, M. de Montjou<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a>, qui s\u2019intitule r\u00e9publicain progressiste (et qui est, sans doute, aussi r\u00e9publicain que moi), est extr\u00eamement occup\u00e9 ces jours-ci ; il m\u2019emm\u00e8ne au comit\u00e9 \u00e9lectoral de M. de Montjou ; j\u2019y passe environ six quarts d\u2019heure pendant lesquels je vois de pr\u00e8s comment \u00ab se cuisine \u00bb une \u00e9lection. Comme M. L\u00e9vrier me l\u2019annonce du reste, les pi\u00e8ces de cent sous volent dru des poches de M. de Montjou et celles de ceux de ses \u00e9lecteurs dont la conscience a besoin d\u2019\u00eatre \u00e9clair\u00e9e par cet \u00e9clat m\u00e9tallique&nbsp;; M. L\u00e9vrier ne me cache pas que son d\u00e9put\u00e9 est oblig\u00e9 \u00ab&nbsp;d\u2019acheter \u00bb une bonne partie de ses \u00e9lecteurs. Voil\u00e0 la moralit\u00e9 du suffrage universel ! Je passe ensuite environ deux heures \u00e0 visiter Poitiers&nbsp;; je vois plusieurs \u00e9glises, le mus\u00e9e etc. J\u2019arrive \u00e0 Angers \u00e0 9h22 du soir&nbsp;; j\u2019y retrouve Papa, Maman, Philom\u00e8ne en excellente sant\u00e9. On se fait raconter mes vacances et surtout mes d\u00e9marches et ma rencontre de lundi.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/5390.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"688\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/5390.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-400\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/5390.jpg 600w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/5390-262x300.jpg 262w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Edgard de Montjou (1856-1942), d\u00e9put\u00e9 de la Vienne de 1902 \u00e0 1906 et de 1910 \u00e0 1932) \u2013 Clich\u00e9 anonyme, sans date (Site de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 6 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me l\u00e8ve tard et ne sors qu\u2019un petit moment ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir le Dr Sourice puis l\u2019abb\u00e9 Delahaye \u00e0 qui je demande de me recommander \u00e0 son fr\u00e8re M. Dominique Delahaye, s\u00e9nateur, qui a pris au S\u00e9nat une part active \u00e0 la discussion du projet sur le repos hebdomadaire ; je veux aller le voir et lui demander son opinion sur certains points ; en sa qualit\u00e9 d\u2019industriel et d\u2019ancien pr\u00e9sident de Chambre de commerce d\u2019Angers, M. Dominique Delahaye est tr\u00e8s comp\u00e9tent sur la question. Maman \u00e9crit \u00e0 l\u2019ancienne ma\u00eetresse g\u00e9n\u00e9rale de Mlle de Pallar\u00e8s au Sacr\u00e9-C\u0153ur de Montpellier, Mme de Bony \u00e0 Avignon. Le soir, nous allons au mois de Marie \u00e0 Notre-Dame. Des affiches multicolores couvrent les murs de la ville&nbsp;; c\u2019est le fl\u00e9au \u00e9lectoral qui s\u00e9vit ici comme partout ; on s\u2019injurie, les candidats mentent \u00e0 qui mieux mieux etc., quelle p\u00e9taudi\u00e8re !!! Nous, Fran\u00e7ais, nous ne sommes pas plus faits pour le r\u00e9gime parlementaire que des singes pour \u00eatre habill\u00e9s. Ce qui me console, c\u2019est que ce sont des r\u00e9publicains qui se gourment entre eux ; dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> circonscription d\u2019Angers, c\u2019est, en effet, la m\u00eame situation que dans les 4 circonscriptions des Pyr\u00e9n\u00e9es Orientales, le comit\u00e9 royaliste ne pr\u00e9sente pas de candidat et engage ses amis \u00e0 voter pour M. Gauvin, candidat r\u00e9publicain progressiste \u00e0 qui on fait prendre des engagements&nbsp;; par discipline et pour suivre les conseils d\u2019union donn\u00e9s par Pie X et les instructions de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, c\u2019est pour ce Gauvin que je voterai, mais sans enthousiasme. J\u2019ai envoy\u00e9 au \u00ab comit\u00e9 \u00e9lectoral royaliste \u00bb pr\u00e9sid\u00e9 par le duc de Doudeauville ma souscription pour les frais des \u00e9lections actuelles. Le parti royaliste ne pr\u00e9sente pas des candidats partout tant s\u2019en faut ; il en pr\u00e9sente un grand nombre dans l\u2019Ouest, 4 \u00e0 Paris, quelques-uns dans le Midi : Delahaye, De Ramel, Vincent, De Solages etc. ; partout ailleurs, il a conclu, comme en Roussillon et comme dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> circonscription d\u2019Angers, des alliances avec les autres partis d\u2019opposition ; on forme ainsi une \u00ab&nbsp;coalition&nbsp;\u00bb dont les divers \u00e9l\u00e9ments gardent, par ailleurs, leur compl\u00e8te ind\u00e9pendance et leur libert\u00e9 d\u2019allure. Il faut reconna\u00eetre qu\u2019il y a, aux \u00e9lections actuelles, plus d\u2019entente, plus d\u2019union qu\u2019aux \u00e9lections pr\u00e9c\u00e9dentes. Puisse le succ\u00e8s r\u00e9compenser ces efforts ; je le souhaite sans trop oser l\u2019esp\u00e9rer ; je crois que l\u2019opposition gagnera plus de si\u00e8ges qu\u2019elle n\u2019en perdra, surtout la droite ; la majorit\u00e9, \u00e0 mon avis, perdra des si\u00e8ges et sera diminu\u00e9e, mais je crains que cette diminution soit insuffisante pour la faire changer de c\u00f4t\u00e9, car les socialistes gagneront aussi des si\u00e8ges, c\u2019est fort \u00e0 craindre&nbsp;: droite et extr\u00eame gauche, ce sont les partis extr\u00eames qui me paraissent devoir le plus gagner au scrutin de dimanche ; c\u2019est toujours ainsi, du reste, aux \u00e9poques troubl\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le premier 1<sup>er<\/sup> mai, qu\u2019on redoutait tant, s\u2019est pass\u00e9 somme toute assez tranquillement sauf \u00e0 Paris o\u00f9 il y a eu quelques bagarres s\u00e9rieuses et dans un petit nombre de grandes villes ; l\u2019Arm\u00e9e, comme toujours, a contenu les r\u00e9volutionnaires et a march\u00e9 avec entrain et discipline, sauf un lieutenant qui a d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il ne marcherait pas (il a \u00e9t\u00e9 mis en disponibilit\u00e9) et un soldat du 90e de ligne. La gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale a compl\u00e8tement \u00e9chou\u00e9&nbsp;; les \u00e9meutiers de Paris ont eu le dessus, gr\u00e2ce \u00e0 la police et \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e. Mais gare \u00e0 la seconde \u00e9dition si ce gouvernement de r\u00e9volution garde le pouvoir !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 5 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se, puis je vais me confesser ; le soir, conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 6 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame, je fais la sainte communion \u00e0 l\u2019intention des \u00e9lections&nbsp;; je prie le Saint-Esprit d\u2019\u00e9clairer les \u00e9lecteurs fran\u00e7ais (chose bien difficile !) sur leur devoir et leur v\u00e9ritable int\u00e9r\u00eat. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voter pour Gauvin, par n\u00e9cessit\u00e9 et par discipline mais sans aucun enthousiasme, au bureau de vote de la rue Bardou. Je vais ensuite aux Justices passer plusieurs heures dans la salle de distribution gratuite des journaux et brochures que j\u2019ai contribu\u00e9 \u00e0 organiser avant mon d\u00e9part. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais aux bureaux du <em>Maine-et-Loire<\/em> afin de conna\u00eetre quelques r\u00e9sultats d\u2019\u00e9lections ; \u00e0 Angers, Gauvin<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a> est \u00e9lu quoiqu\u2019une urne ait \u00e9t\u00e9 jet\u00e9e et bris\u00e9e par les socialistes avant la fin du d\u00e9pouillement ; M. Bruas, conseiller municipal de la droite, qui pr\u00e9sidait ce bureau de vote, m\u2019annonce, tout \u00e9mu, cet incident ; je vais, \u00e0 mon tour, l\u2019annoncer au <em>Maine et Loire<\/em> o\u00f9 il produit une grosse \u00e9motion ; on craint que cela ne fasse annuler l\u2019\u00e9lection ; cependant M. Gauvin ayant tout de m\u00eame la majorit\u00e9 absolue des \u00e9lecteurs de la circonscription, on esp\u00e8re que l\u2019\u00e9lection ne sera pas annul\u00e9e. Je reste au <em>Maine et Loire<\/em> jusque vers 11 heures ; les bureaux sont envahis par une foule compacte de \u00ab&nbsp;conservateurs&nbsp;\u00bb ; le t\u00e9l\u00e9phone apporte les nouvelles au fur et \u00e0 mesure ; dans l\u2019arrondissement de Beaug\u00e9, mauvais r\u00e9sultat, M. Cesbron est battu par le blocard Gioux&nbsp;; dans les cinq autres circonscriptions du d\u00e9partement, les conservateurs et monarchistes Bourg\u00e8re, duc de Plaisance etc. sont r\u00e9\u00e9lus \u00e0 d\u2019\u00e9crasantes majorit\u00e9s encore accrues depuis 1902. Les r\u00e9sultats de Paris qui nous arrivent ce soir ne changent \u00e0 peu pr\u00e8s rien ; mais \u00e0 Roubaix, le socialiste Guesde bat le progressiste Motte ; dans la Mayenne, M. Leblanc, royaliste, est \u00e9lu contre un r\u00e9publicain sortant ; les quelques autres r\u00e9sultats connus ce soir ne changeraient pas beaucoup la situation, cependant l\u2019impression n\u2019est pas bonne : la majorit\u00e9 n\u2019a pas gagn\u00e9 de terrain, elle en a plut\u00f4t perdu. Voyons demain. C\u2019est aujourd\u2019hui que s\u2019ouvre l\u2019exposition d\u2019Angers ; on l\u2019inaugure par le lancement du ballon \u00ab&nbsp;La Ville d\u2019Angers&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 mai 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 7 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En ouvrant, le matin, le <em>Journal de Maine-et-Loire<\/em>, j\u2019ai l\u2019impression d\u2019un d\u00e9sastre, d\u2019un d\u00e9sastre \u00e9lectoral s\u2019entend. Non seulement, l\u2019opposition ne gagne pas de terrain, mais elle en a perdu ; une foule de d\u00e9put\u00e9s sortants des groupes d\u2019opposition sont battus par les blocards ; le contraire ne se voit presque pas. Dans la journ\u00e9e, on a des statistiques \u00e0 peu pr\u00e8s compl\u00e8tes ; elles permettent de constater que sur les cinq groupes dont se compose l\u2019opposition, quatre sont cruellement frapp\u00e9s ; un seul, le groupe royaliste, est indemne et m\u00eame en progr\u00e8s. Dieu merci ! Les progressistes perdent au moins dix si\u00e8ges, notamment deux de leurs principaux chefs MM. Renault-Morli\u00e8re (remplac\u00e9 par un royaliste) et Motte (par un socialiste) ; les nationalistes r\u00e9publicains perdent plusieurs si\u00e8ges importants ; MM. de Benoist, le colonel Rousset, Flourens et bien d\u2019autres sont remplac\u00e9s par des blocards ; les bonapartistes (qui avaient fort peu de si\u00e8ges) en perdent deux, ceux de MM. de Maussabr\u00e9 et Pain. Pour l\u2019Action lib\u00e9rale, comme elle avait des candidats \u00e0 peu pr\u00e8s partout, il est difficile de se faire une opinion pr\u00e9cise ; elle a perdu des si\u00e8ges c\u2019est certain, en a-t-elle gagn\u00e9 assez pour compenser ces pertes ? Il est difficile de le dire encore ; ce qui est \u00e9vident, c\u2019est qu\u2019elle subit un gros \u00e9chec ; elle affichait hautement la pr\u00e9tention de diriger l\u2019opposition et de faire tourner les \u00e9lections \u00e0 son profit ; avec son organisation g\u00e9n\u00e9rale ou quasi-g\u00e9n\u00e9rale, les ressources dont elle disposait et les concours qu\u2019on lui a pr\u00eat\u00e9s, elle devait enlever au bloc un tr\u00e8s grand nombre de si\u00e8ges&nbsp;; non seulement elle ne l\u2019a pas fait, mais elle a perdu plusieurs si\u00e8ges ; une foule de d\u00e9put\u00e9s \u00ab lib\u00e9raux \u00bb sortants, MM. Leret d\u2019Aubigny, Joseph Brisson, du Roscoat et bien d\u2019autres sont battus. L\u2019Action lib\u00e9rale a donc \u00e9chou\u00e9 dans son \u0153uvre ; pas plus que La Patrie fran\u00e7aise, pas plus que la coalition boulangiste, elle n\u2019a r\u00e9ussi \u00e0 arracher le pouvoir aux sectaires. Seul des groupes d\u2019opposition, le groupe royaliste a fait des progr\u00e8s ; quand je dis le groupe royaliste, je n\u2019entends pas les d\u00e9put\u00e9s ch\u00e8vre et chou, tant\u00f4t \u00ab conservateurs \u00bb, tant\u00f4t \u00ab lib\u00e9raux \u00bb ou m\u00eame \u00ab r\u00e9publicains lib\u00e9raux \u00bb&nbsp;; ceux-l\u00e0, qui ont tous des attaches avec l\u2019Action lib\u00e9rale populaire, ont re\u00e7u de rudes coups ; par d\u00e9put\u00e9s royalistes, j\u2019entends ceux qui se posent nettement comme hostiles \u00e0 la r\u00e9publique, tr\u00e8s conservateurs et monarchistes, tels que quatre des d\u00e9put\u00e9s de Maine-et-Loire tels que les Baudry d\u2019Asson, les De Lavrignais (qui remplace Bourgeois, De Rosanbo, Lanjuinais etc. Eh bien, je le constate avec joie, aucun de ceux-l\u00e0 n\u2019est battu ; d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, ils reviennent tous \u00e0 la Chambre avec des majorit\u00e9s accrues ; bien mieux, ils gagnent cinq si\u00e8ges sur des progressistes battus par eux, ou sur des r\u00e9publicains lib\u00e9raux ne se repr\u00e9sentant pas (3 dans la Mayenne, un dans l\u2019Orne, un dans la Loire-Inf\u00e9rieure). Enfin, dans les circonscriptions blocardes o\u00f9 les royalistes pr\u00e9sentaient des candidats \u2013 comme Vincent \u00e0 Arles, Magne \u00e0 N\u00eemes, Castillon de Saint-Victor dans le XX<sup>e<\/sup> \u00e0 Paris, etc. \u2013 ils n\u2019ont pas triomph\u00e9 (ils n\u2019y comptaient, d\u2019ailleurs, pas le moins du monde), mais ils ont recueilli de tr\u00e8s fortes minorit\u00e9s presque toujours ; Vincent a presque 7000 voix, Magne bien pr\u00e8s de 6000, Castillon de St Victor, pr\u00e8s de 4000 ; De Villemandy, \u00e9galement dans le XX<sup>e<\/sup> plus de 2000&nbsp;; pr\u00e8s de 6000 \u00e9lecteurs royalistes \u00e0 M\u00e9nilmontant !!! N\u2019est-ce pas superbe ? Du c\u00f4t\u00e9 du bloc, les socialistes et les radicaux-socialistes gagnent beaucoup de si\u00e8ges sans qu\u2019il soit encore possible de donner des chiffres exacts. Mes pr\u00e9visions se sont donc r\u00e9alis\u00e9es : les partis extr\u00eames augmentent d\u2019importance au pr\u00e9judice des partis interm\u00e9diaires. Cependant, je ne m\u2019attendais pas, je l\u2019avoue, \u00e0 une pareille d\u00e9faite de l\u2019opposition (22 ou 25 si\u00e8ges au moins de perdus) ; je n\u2019avais jamais compt\u00e9 sur un grand succ\u00e8s, mais je croyais \u00e0 un gain d\u2019une trentaine de si\u00e8ges ; je n\u2019aurais certainement pas pr\u00e9vu que l\u2019opposition reculerait. Mince consolation, Brousse est \u00e9lu \u00e0 Prades, gr\u00e2ce aux conservateurs naturellement, comme M. Gauvin. En Maine-et-Loire, \u00e0 part l\u2019\u00e9chec du nationaliste r\u00e9publicain Fabien Cesbron, tr\u00e8s bonnes \u00e9lections ; les royalistes F. et L. Burg\u00e8re, De Blacas, De Plaisance et le nationaliste De Grandmaison sont \u00e9lus avec de tr\u00e8s fortes majorit\u00e9s et, \u00e0 Angers m\u00eame, le progressiste Gauvin, autour duquel s\u2019\u00e9taient group\u00e9e toute l\u2019opposition, l\u2019emporte \u00e0 plus de 2000 voix de majorit\u00e9. Si tous les d\u00e9partements \u00e9taient comme celui-ci, la gueuse n\u2019aurait plus longtemps \u00e0 vivre ! D\u00e9cid\u00e9ment, il n\u2019y a rien \u00e0 faire avec les \u00e9lections ; le suffrage universel, dont le principe est absurde, est incapable de conna\u00eetre et de poursuivre l\u2019int\u00e9r\u00eat du pays ; il ne peut pas s\u2019\u00e9lever au-dessus des petits int\u00e9r\u00eats personnels ou locaux et le gouvernement \u00e9tabli est s\u00fbr de le tenir en laisse par-l\u00e0 ; ajoutez \u00e0 cela la pression et la fraude et vous reconna\u00eetrez qu\u2019il n\u2019y a plus aucune illusion \u00e0 se faire. Beaucoup d\u2019esprits clairvoyants ne s\u2019en faisaient d\u00e9j\u00e0 plus ; les \u00e9lections d\u2019hier viennent fournir une nouvelle d\u00e9monstration de l\u2019absurdit\u00e9 de ce syst\u00e8me de gouvernement ; jamais scrutin ne s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 dans de meilleures conditions pour l\u2019opposition. Toute l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, des menaces de guerre, cette ann\u00e9e l\u2019agitation des inventaires, les gr\u00e8ves du nord, les craintes du 1<sup>er<\/sup> mai, les imp\u00f4ts toujours plus lourds, les fiches ma\u00e7onniques etc. Quelle plateforme pour l\u2019opposition ! On esp\u00e9rait cr\u00e9er un courant d\u2019opinion hostile aux hommes du r\u00e9gime sinon au r\u00e9gime lui-m\u00eame. Rien n\u2019y fait, c\u2019est \u00e0 y renoncer. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, \u00e0 une conf\u00e9rence du P. Corbill\u00e9 sur un roman italien r\u00e9cemment mis \u00e0 l\u2019index, <em>Il Santo<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\"><strong>[38]<\/strong><\/a><\/em>, qui soutient de nombreuses doctrines nouvelles et tr\u00e8s hasard\u00e9es en mati\u00e8re de dogme et de discipline religieuse. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais, avec Michel Henry, une tourn\u00e9e de placement de billets de la loterie de Saint-Vincent-de-Paul, dans le quartier de la gare Saint-Serge. Maman et Philom\u00e8ne vont aux obs\u00e8ques de Mme du Pign\u00e9, m\u00e8re de Mme de Padirac, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e samedi \u00e0 la Lasserie ; elles d\u00e9jeunent \u00e0 la Lasserie et rentrent par le train de 5 h. Le matin, je vais faire une visite \u00e0 M. Dominique Delahaye, s\u00e9nateur, \u00e0 son usine ; nous parlons beaucoup du repos hebdomadaire dont M. Delahaye s\u2019est beaucoup occup\u00e9 au S\u00e9nat, lors de la r\u00e9cente discussion du projet de loi ; il me dit de revenir le voir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 8 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner la famille de Padirac, Jeanne de Soos, M. et Mme du Pign\u00e9 ; ils sont venus passer la journ\u00e9e \u00e0 Angers&nbsp;; naturellement, \u00e0 raison de leur deuil, nous les recevons dans la plus stricte simplicit\u00e9 en famille. Le piteux r\u00e9sultat des \u00e9lections d\u00e9fraye toutes les conversations. Un jeune homme, Gardot, que j\u2019avais tent\u00e9 na\u00efvement autrefois de convertir aux m\u00e9thodes d\u2019opposition de l\u2019Action fran\u00e7aise, me dit que l\u2019\u00e9chec des ligues d\u2019opposition l\u00e9gale et constitutionnelle, \u00e9chec que les circonstances rendent aussi grand que possible, le rapproche beaucoup de nos doctrines ; il me dit que le r\u00e9sultat des \u00e9lections fait <em>\u00ab&nbsp;franchir une \u00e9tape&nbsp;\u00bb<\/em> \u00e0 sa pens\u00e9e. C\u2019est logique ; j\u2019esp\u00e8re bien que beaucoup d\u2019autres feront le m\u00eame raisonnement, et tandis que l\u2019Action lib\u00e9rale perdra peu \u00e0 peu toute son influence, l\u2019Action fran\u00e7aise s\u2019\u00e9tendra de plus en plus ; les \u00e9v\u00e9nements actuels, qui sont une \u00e9clatante confirmation de toutes ses pr\u00e9visions, doivent n\u00e9cessairement lui amener de nombreux partisans ; le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 9 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, le\u00e7on de chant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vois longuement, \u00e0 son usine, M. Dominique Delahaye ; il me donne son opinion sur plusieurs questions concernant ma th\u00e8se et, d\u2019autre part, comme j\u2019ai port\u00e9 toutes mes notes, il prend note de plusieurs points, surtout dans la partie historique de ma th\u00e8se, pour un discours qu\u2019il doit prononcer au S\u00e9nat lorsque le projet de loi reviendra en discussion. Il ressort de statistiques publi\u00e9es par plusieurs journaux que les progressistes ont perdu, depuis 1902, environ 300.000 voix dans toute la France, tandis que les partis de droite en ont gagn\u00e9 400.000 ; bien entendu, les radicaux-socialistes et les socialistes en ont gagn\u00e9 beaucoup aussi, toujours les extr\u00eames&#8230; je l\u2019avais pr\u00e9vu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 10 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais un moment aux Internats pour voir le P. Lionnet qui m\u2019a fait appeler, mais je ne le rencontre pas. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire \u00e0 Mme Robiou du Pont la visite de digestion pour son d\u00eener du commencement d\u2019avril que je n\u2019avais pu, naturellement, lui faire encore ; je vais aussi voir le P. Lionnet avec qui je cause longuement du r\u00e9sultat des \u00e9lections et de ses cons\u00e9quences ; il croit \u00e0 la formation d\u2019un parti catholique ; l\u2019id\u00e9e est dans l\u2019air ; j\u2019aimerais mieux \u00e7a que l\u2019Action lib\u00e9rale ; je vois aussi Jacques Herv\u00e9-Bazin qui part demain pour la campagne. Vers 7 heures, nous recevons tout \u00e0 coup de Dijon une d\u00e9p\u00eache de Tante Josepha nous annon\u00e7ant que l\u2019oncle Paul est nomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9ral. Cette nouvelle, tr\u00e8s inattendue car nous ne pensions pas que la nomination p\u00fbt avoir lieu avant la fin de juin, nous cause la plus grande joie ; on avait fait attendre assez longtemps les \u00e9toiles \u00e0 l\u2019oncle Paul ; il est enfin nomm\u00e9, Dieu en soit b\u00e9ni. Comme Tante Josepha doit \u00eatre heureuse ! Nous allons au Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 11 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je commence une enqu\u00eate personnelle, aupr\u00e8s de repr\u00e9sentants de divers m\u00e9tiers, sur l\u2019observation du repos du dimanche \u00e0 Angers&nbsp;; elle me servira pour ma th\u00e8se&nbsp;; j\u2019\u00e9cris \u00e0 l\u2019oncle Paul pour le f\u00e9liciter. On signale, tous les jours les fraudes dont un grand nombre de candidats de l\u2019opposition ont \u00e9t\u00e9 victimes ; elles r\u00e9v\u00e8lent une canaillerie raffin\u00e9e ; je ne perds pas mon temps \u00e0 m\u2019en indigner car elles \u00e9taient dans le programme. Seulement, elles me renforcent de plus en plus dans mon opinion que nous n\u2019arriverons pas par les \u00e9lections, car le gouvernement, d\u00e9nu\u00e9 de tout scrupule, emploiera la fraude pour garder de pouvoir chaque fois qu\u2019il se croira en danger, et comme, de cette fa\u00e7on, il aura toujours la majorit\u00e9, nous tournons dans un cercle vicieux ; le seul moyen d\u2019en sortir, c\u2019est de ne pas trop compter sur les \u00e9lections et de pr\u00e9parer le salut par d\u2019autres moyens.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 12 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue mon enqu\u00eate sur le repos du dimanche. \u00c0 5h, avec Michel Henry, je continue la tourn\u00e9e de placement des billets de la loterie de Saint-Vincent-de-Paul ; un violent orage nous oblige \u00e0 l\u2019interrompre. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 13 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph ; \u00e0 1h \u00bd, j\u2019assiste, au patronage Notre-Dame-des-Champs, \u00e0 la repr\u00e9sentation, la 1<sup>\u00e8re<\/sup> \u00e0 Angers, des <em>Oberl\u00e9<\/em>, le drame \u00e9mouvant et si patriotique d\u2019Haraucourt d\u2019apr\u00e8s le roman de M. Ren\u00e9 Bazin sur l\u2019Alsace ; Mgr Rumeau et M. Ren\u00e9 Bazin assistent \u00e0 la s\u00e9ance. Le soir, je vais avec Maman au Mois de Marie \u00e0 la cath\u00e9drale ; Papa et Philom\u00e8ne vont \u00e0 une s\u00e9ance au patronage de jeunes filles de Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 21 mai 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 14 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue mon enqu\u00eate sur le repos du dimanche \u00e0 Angers ; je vois pour cela une foule de petits patrons et d\u2019ouvriers de tous les m\u00e9tiers ; je prends note sur un carnet de ce qu\u2019ils me disent puis je mets ces notes au clair. Le soir, je re\u00e7ois une lettre bien triste de mon ami d\u2019Alger Louis Rupert ; il me dit que sa m\u00e8re a fait de tr\u00e8s grosses pertes dans la faillite d\u2019une banque et qu\u2019elle est \u00e0 peu pr\u00e8s ruin\u00e9e ; quant \u00e0 lui, il cherche une situation quelconque ; il me demande de chercher pour lui ; je lui r\u00e9ponds que je ferai mon possible pour cela. Pauvre gar\u00e7on ! Je chercherai certainement \u00e0 le caser<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On est tr\u00e8s ennuy\u00e9 ici, dans le monde monarchiste et conservateur, de ce qui se produit pour l\u2019\u00e9lection s\u00e9natoriale qui doit avoir lieu prochainement. C\u2019est le comte de La Bourdonnaye, pr\u00e9sident du comit\u00e9 royaliste et repr\u00e9sentant de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, qui a \u00e9t\u00e9 choisi par le comit\u00e9 comme candidat pour remplacer M. de Blois ; et voil\u00e0 que le d\u00e9put\u00e9 r\u00e9publicain lib\u00e9ral de Beaug\u00e9, M. Fabre Cesbron, blackboul\u00e9 le 6 mai, pose sa candidature. C\u2019est extr\u00eamement f\u00e2cheux, car il est \u00e0 craindre que M. Cesbron n\u2019entra\u00eene la d\u00e9fection de certains d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s s\u00e9natoriaux conservateurs du Baugeois. Les blocards ne profiteront-ils pas de cette division pour faire passer un des leurs ? M. Cesbron est bien ingrat envers le comit\u00e9 royaliste ; c\u2019est lui qui l\u2019a fait passer en 1902 ; c\u2019est encore lui qui vient de le patronner et de payer les frais de sa campagne \u00e0 Beaug\u00e9, et maintenant, il se pr\u00e9sente malgr\u00e9 le comit\u00e9, malgr\u00e9 <em>Le journal de Maine-et-Loire<\/em> et contre leur candidat. Je pense qu\u2019on arrivera \u00e0 lui barrer la route ; mais c\u2019est un domaine tr\u00e8s f\u00e2cheux pour l\u2019exemple.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 15 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment \u00e0 la biblioth\u00e8que faire quelques recherches. Je vais voir aussi le P. Caron pour Rupert ; il prend son nom.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 16 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais voir M. Dominique Delahaye qui m\u2019avait donn\u00e9 rendez-vous ; l\u2019apr\u00e8s-midi, ayant un peu mal \u00e0 la gorge, je ne sors pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 17 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon mal de gorge ayant un peu augment\u00e9 dans la nuit, je ne sors pas de la journ\u00e9e ; le Dr Sourice vient me voir ; le mal de gorge va passer tr\u00e8s vite ; mais le Docteur me dit que, pour \u00e9viter le retour de la petite \u00e9ruption que j\u2019ai eue l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier \u00e0 la cuisse, je devrai aller faire une saison \u00e0 la Bourboule ; j\u2019irai donc \u00e0 la Bourboule en juin avec Maman. Je profite de ma s\u00e9questration pour faire avancer ma th\u00e8se. Papa est sur le point de se d\u00e9cider \u00e0 retarder d\u2019un an notre retour \u00e0 Roussillon ; il dit que certaines petites r\u00e9parations \u00e0 la maison d\u2019Ille sont n\u00e9cessaires puisque nous ne pourrons pas nous installer \u00e0 la grande maison, et qu\u2019il vaut mieux les faire l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain et l\u2019hiver qui suivra plut\u00f4t qu\u2019au moment o\u00f9 tous nos meubles arriveront \u00e0 Ille. Cette id\u00e9e ne me sourit pas beaucoup ; puisque nous devons quitter Angers, mieux vaudrait le faire tout de suite que de tra\u00eener encore un an.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 18 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps \u00e9tant tr\u00e8s mauvais (pluie, vent, orage), je ne sors pas encore. Je travaille ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 19 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, comme le temps est beau, je sors ; je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que. Papa s\u2019est d\u00e9cid\u00e9, comme je le craignais, \u00e0 retarder d\u2019un an notre retour \u00e0 Roussillon. J\u2019\u00e9tais oppos\u00e9 \u00e0 ce retard, mais je n\u2019ai pas voulu trop insister afin de ne pas peser sur la volont\u00e9 de mes parents. Quant \u00e0 moi personnellement, d\u2019ailleurs, je ne reviendrai gu\u00e8re \u00e0 Angers ; l\u2019hiver prochain, je resterai presque tout temps en Roussillon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 20 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame. Je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de Rupert me disant qu\u2019il arrivera demain soir ; que diable vient-il faire ici ; les situations ne courent pas les rues ; jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je ne lui ai rien trouv\u00e9. J\u2019ai la visite de M. Delahaye, s\u00e9nateur ; il vient me communiquer une lettre qu\u2019il a re\u00e7ue d\u2019un raffineur belge, et prendre quelques renseignements que je dois lui donne pour son discours au S\u00e9nat. Nous causons pr\u00e8s d\u2019une heure. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir l\u2019abb\u00e9 Leroy qui me donne un renseignement historique, toujours pour ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 27 mai 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 21 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la gare \u00e0 5h avec Maman pour attendre Rupert, il n\u2019arrive pas ; je trouve \u00e0 la maison une d\u00e9p\u00eache de Blois me disant qu\u2019il arrivera \u00e0 9 h&nbsp;; il a d\u00fb manquer le train. Je retourne \u00e0 la gare \u00e0 9 h. ; il arrive, en effet ; je l\u2019accompagne \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de France.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 22 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je trotte toute la journ\u00e9e avec Rupert ; je l\u2019accompagne chez le P. Caron, chez M. Laperri\u00e8re, chez La Marini\u00e8re, chez M. Frog\u00e9, Normand d\u2019Authon, le chanoine Crosnier, Mgr Pasquier&nbsp;; tout le monde lui dit qu\u2019il trouvera tr\u00e8s difficilement une position ici o\u00f9 il n\u2019y a gu\u00e8re de commerce ni d\u2019industrie ; La Morini\u00e8re lui donne l\u2019id\u00e9e de demander au duc de Blacas, nouveau d\u00e9put\u00e9 de Cholet, de le prendre \u00e0 titre de secr\u00e9taire ; il lui \u00e9crit, et je le fais recommander par Mgr Pasquier, M. Frog\u00e9 et Normand d\u2019Authon. J\u2019ai eu toute ma journ\u00e9e prise ! Le scrutins de ballottage d\u2019avant-hier donne des r\u00e9sultats navrants ; l\u2019opposition qui avait perdu une vingtaine de si\u00e8ges le 6 mai, en perd environ 30 autres ; c\u2019est une perte nette de 50 si\u00e8ges ; les r\u00e9publicains nationalistes et les progressistes sont surtout \u00e9prouv\u00e9s ; le colonel Marchand, M. Guyot de Villeneuve, M. Auffray sont battus ; le parti nationaliste n\u2019existe plus et cela faute d\u2019avoir eu un programme, une doctrine positive ; en r\u00e9sum\u00e9, veste sur toute la ligne pour tous les partis ralli\u00e9s ou r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s ; c\u2019est la France et la religion qui en subiront les cons\u00e9quences. M. Piou, et les grands manitous qui suivaient b\u00e9atement ses grands airs r\u00e9publicains lib\u00e9raux peuvent se flatter d\u2019avoir r\u00e9ussi ; oh oui&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 23 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais voir M. Baugas et lui montrer ce qui est fait de ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis pris pendant plusieurs heures par Rupert ; je vais me confesser, me faire couper les cheveux, prendre ma le\u00e7on de chant etc.&nbsp;; le soir, je me prom\u00e8ne un peu avec Rupert. Madame Dalverny ayant \u00e9crit \u00e0 Maman que nous ferions sagement de laisser tenter une premi\u00e8re d\u00e9marche aupr\u00e8s de Mme de Pallar\u00e8s avant le d\u00e9part de ces dames pour Vichy qui doit avoir lieu tr\u00e8s prochainement, nous nous d\u00e9cidons \u00e0 laisser tenter cette d\u00e9marche, \u00e0 une condition cependant, c\u2019est que Mme No\u00ebll aura recueilli sur le caract\u00e8re de Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s de bons renseignements ; la religieuse du Sacr\u00e9-C\u0153ur dont on avait donn\u00e9 l\u2019adresse \u00e0 Bonne Maman ne veut \u00e9videmment pas r\u00e9pondre, Maman lui a \u00e9crit deux fois inutilement ; \u00e9videmment, elle est de ces religieuses qui refusent de donner des renseignements sur leurs anciennes \u00e9l\u00e8ves&nbsp;; comme la premi\u00e8re lettre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite le 4 mai et la seconde le 14, il est certain maintenant qu\u2019elle ne r\u00e9pondra pas ; force nous est donc de nous passer de ces renseignements ; pour y suppl\u00e9er, Maman a pri\u00e9 Mme No\u00ebll de se renseigner \u00e0 Perpignan m\u00eame sur le caract\u00e8re de Mlle de Pallar\u00e8s et de lui dire, en toute sinc\u00e9rit\u00e9, ce qu\u2019elle aura appris ; j\u2019estime, en effet, que cette question de caract\u00e8re a la plus grande importance. Pour gagner du temps, comme Mme Dalverny nous presse d\u2019agir, Maman lui \u00e9crit aujourd\u2019hui que Mme No\u00ebll pourra faire la premi\u00e8re d\u00e9marche et pr\u00e9senter \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s l\u2019id\u00e9e de ce mariage comme venant d\u2019elle (ce qui est la stricte v\u00e9rit\u00e9), si les renseignements recueillis sont bons, sans m\u00eame nous \u00e9crire, ce qui ferait perdre 3 ou 4 jours. Et maintenant \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu ! J\u2019ai appris par <em>Le Roussillon <\/em>d\u2019hier une bien triste nouvelle, celle de la mort de M. Passama<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a>. \u00c0 vrai dire, on s\u2019y attendait depuis plusieurs mois. C\u2019est une bien grande perte pour notre pays et surtout pour le parti royaliste dont M. Passama \u00e9tait le chef autoris\u00e9 en Roussillon ; il \u00e9tait, depuis tr\u00e8s longtemps, pr\u00e9sident du comit\u00e9 royaliste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales et repr\u00e9sentant de Monseigneur dans notre d\u00e9partement. Qui va le remplacer ? Sans doute M. Desp\u00e9ramons. J\u2019envoie un mot de condol\u00e9ances \u00e0 ses fils.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 24 mai 1906 (Ascension)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 h. \u00e0 Notre-Dame ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec Rupert ; le soir, je vais avec Papa au Mois de Marie \u00e0 la Cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 25 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me matin, je vais travailler \u00e0 la biblioth\u00e8que. L\u2019apr\u00e8s-midi je travaille un peu \u00e0 la maison, puis je fais diverses courses et commissions. Le soir, je vais voir jouer <em>Ruy Blas<\/em>, au Th\u00e9\u00e2tre municipal, par une troupe de passage&nbsp;; bonne ex\u00e9cution. Rupert re\u00e7oit du duc de Blacas un mot tr\u00e8s courtois disant qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019intention de prendre un secr\u00e9taire ; il faudra lui chercher autre chose. Maintenant que l\u2019on a sous les yeux les r\u00e9sultats complets des \u00e9lections, on peut se rendre compte de l\u2019\u00e9tendue de l\u2019\u00e9chec de l\u2019opposition sur le terrain \u00e9lectoral ; elle perd au moins soixante si\u00e8ges ; la coalition des royalistes, bonapartistes, lib\u00e9raux, nationalistes et progressistes, qui formait un total de 230 voix environ dans l\u2019ancienne chambre, n\u2019en aura plus que 180 environ ; les progressistes perdent un tiers de leurs si\u00e8ges, c\u2019est le parti le plus \u00e9prouv\u00e9 ; les nationalistes en perdent 23 sur 55 ; l\u2019Action lib\u00e9rale, quoiqu\u2019elle dise et fasse dire, a certainement perdu des si\u00e8ges ; les bonapartistes en ont perdu plusieurs aussi ; seuls les royalistes, les vrais royalistes, n\u2019en ont pas perdu et en ont m\u00eame gagn\u00e9 quelques-uns sur des progressistes ou des lib\u00e9raux qui ne se repr\u00e9sentaient pas ou qu\u2019il fallait combattre \u00e0 cause de leurs trahisons dans la question religieuse, comme Renault-Morli\u00e8re dans la Mayenne. Autrement dit, tous les partis r\u00e9publicains mod\u00e9r\u00e9s ou ralli\u00e9s \u00e0 la r\u00e9publique, ceux qui voudraient (quel r\u00eave chim\u00e9rique !) une r\u00e9publique raisonnable en France, sont absolument battus, battus \u00e0 plate couture et la r\u00e9publique, fid\u00e8le \u00e0 son principe, continue \u00e0 pas de g\u00e9ants sa course vertigineuse vers la R\u00e9volution ; c\u2019est logique et il n\u2019y a qu\u2019un Piou qui puisse s\u2019en \u00e9tonner. Ce n\u2019est pas nous, ligueurs de l\u2019Action fran\u00e7aise, que cela \u00e9tonne !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 26 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne un peu avec Rupert ; je travaille ma th\u00e8se etc. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 27 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. Je passe une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi (jusqu\u2019\u00e0 4 heures) \u00e0 distribuer journaux et brochures dans le bureau \u00e9tabli aux Justices ; ensuite, avec Rupert, je visite l\u2019exposition qui est tr\u00e8s restreinte et ne vaut pas celle qui \u00e9tait \u00e9tablie au m\u00eame endroit en 1895, et le village noir ; le soir, nous avons Rupert \u00e0 d\u00eener et nous allons ensemble au Mois de Marie \u00e0 la Cath\u00e9drale.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 31 mai 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 28 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais porter \u00e0 M. Delahaye un petit travail sur les constitutions des empereurs romains chr\u00e9tiens concernant le repos du dimanche, qu\u2019il m\u2019avait demand\u00e9 parce qu\u2019il en aura peut-\u00eatre besoin pour son discours au S\u00e9nat. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne un moment avec Rupert, je vais chez le dentiste Sicart, puis je travaille ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 29 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne un moment avec Rupert qui aura probablement trouv\u00e9 une place de secr\u00e9taire et plus tard de voyageur dans la corderie voisine. Je pars \u00e0 1h37 pour Chantenay (pr\u00e8s Nantes) o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 3h30 ; je vais voir imm\u00e9diatement M. Lizeray, directeur d\u2019une importante raffinerie de sucre, qui m\u2019attendait&nbsp;; je l\u2019interroge sur la possibilit\u00e9 d\u2019accorder le repos hebdomadaire dans les raffineries de sucre ; il consid\u00e8re cette r\u00e9forme comme tr\u00e8s difficile ; elle a pourtant \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par un raffineur belge, M. Graffe, qui s\u2019en trouve tr\u00e8s bien. M. Lizeray a une conversation tr\u00e8s int\u00e9ressante ; je repars de Chantenay par le tramway de 5h3 ; je prends \u00e0 la gare de Nantes le train de 5h40 et je suis \u00e0 Angers \u00e0 8h05. D\u2019une statistique publi\u00e9e par l\u2019Action catholique fran\u00e7aise, il r\u00e9sulte que non seulement l\u2019Action lib\u00e9rale, malgr\u00e9 sa propagande acharn\u00e9e, n\u2019a rien gagn\u00e9 depuis 1902 comme elle le r\u00e9p\u00e8te mensong\u00e8rement sur tous les tons et le fait r\u00e9p\u00e9ter par <em>L\u2019Osservatore romano<\/em>, mais qu\u2019elle a perdu (d\u2019apr\u00e8s le calcul des voix au 1<sup>er<\/sup> tour de scrutin) 248.000 voix, les nationalistes en ont perdu 245.000, les progressistes 233.000, tandis que les candidats conservateurs, monarchistes ou catholiques ind\u00e9pendants de l\u2019A.L.P., qui se pr\u00e9sentaient en dehors d\u2019elle ou m\u00eame malgr\u00e9 elle, en ont gagn\u00e9 332.000. Donc, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les partis d\u2019opposition r\u00e9publicaine mod\u00e9r\u00e9e ou ralli\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique ont perdu 726.000 voix, tandis que les partis d\u2019opposition au r\u00e9gime en ont gagn\u00e9 332.000 ; il n\u2019y a pas de quoi chanter victoire pour la bande \u00e0 Piou ! Ma pr\u00e9vision du succ\u00e8s des partis extr\u00eames s\u2019est donc pleinement r\u00e9alis\u00e9e. Attrape, Action lib\u00e9rale, et f\u2026 nous la paix&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 30 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rupert a sa place ; il en est ravi&nbsp;; j\u2019en suis enchant\u00e9 aussi ; pauvre gar\u00e7on, le voil\u00e0 hors d\u2019affaire pour quelque temps au moins. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec lui chez La Morini\u00e8re. Aujourd\u2019hui, il se produit un \u00e9v\u00e9nement m\u00e9morable ; c\u2019est l\u2019ouverture de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9v\u00eaques de France, la premi\u00e8re depuis la R\u00e9volution, r\u00e9unie par le pape pour lui donner son avis au sujet de la r\u00e9organisation de l\u2019\u00c9glise de France rendue n\u00e9cessaire par la S\u00e9paration. Cette \u00ab&nbsp;Assembl\u00e9e de l\u2019\u00c9piscopat&nbsp;\u00bb va avoir \u00e0 se prononcer sur la question si \u00e9pineuse et si discut\u00e9e des associations cultuelles. Ces fameuses associations ont \u00e9t\u00e9 formellement condamn\u00e9es par l\u2019Encyclique <em>Vehementer nos<\/em> ; malgr\u00e9 cela, des gens \u00e0 courte vue pr\u00e9tendent qu\u2019on peut les former dans la pratique et que l\u2019article 4 de la loi permet d\u2019assurer le respect de la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique par ces associations ; je ne le pense pas, car l\u2019article 8 d\u00e9truit l\u2019article 4. Je pense, et je suis de l\u2019avis d\u2019un grand nombre d\u2019\u00e9v\u00eaques, de pr\u00eatres, de Catholiques et de presque tous les journaux catholiques, que ces associations sont d\u2019essence d\u00e9mocratique et contraires au principe d\u2019autorit\u00e9 sur lequel repose l\u2019\u00c9glise ; que les former, c\u2019est se mettre sans profit sous la coupe de l\u2019\u00c9tat, c\u2019est renoncer \u00e0 toute ind\u00e9pendance&nbsp;; que l\u2019acceptation, dans la pratique, de la loi ne sauvera m\u00eame pas les \u00e9glises car il sera facile au gouvernement de faire na\u00eetre des incidents \u00e0 la suite desquels il fermera les \u00e9glises. Si on forme ces associations, on s\u2019en repentira avant deux ans ! Le pape, seul comp\u00e9tent, d\u00e9cidera souverainement, apr\u00e8s avoir consult\u00e9 l\u2019\u00e9piscopat fran\u00e7ais pour s\u2019entourer de conseils ; et tout le monde devra s\u2019incliner devant sa d\u00e9cision supr\u00eame. Pour moi, malgr\u00e9 mon aversion pour les associations cultuelles, je me suis pr\u00eat \u00e0 m\u2019incliner et m\u00eame \u00e0 entrer dans une de ces associations si le pape ordonne de les former. En mati\u00e8re religieuse, j\u2019ob\u00e9is sans h\u00e9siter au chef de l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 31 mai 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je rapporte \u00e0 M. Delahaye des livres qu\u2019il m\u2019avait pr\u00eat\u00e9s et je lui raconte ma visite \u00e0 la raffinerie de Chantenay. Nous causons de l\u2019affaire Cesbron ; elle se corse. Avant-hier, avait lieu la r\u00e9union pr\u00e9paratoire \u00e0 l\u2019\u00e9lection des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s s\u00e9natoriaux conservateurs et lib\u00e9raux&nbsp;; MM. de La Bourdonnaye et Cesbron avaient fait leurs invitations ; la r\u00e9union \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par les 3 s\u00e9nateurs de Maine-et-Loire. M. de La Bourdonnaye, pr\u00e9sent\u00e9 par le comit\u00e9 royaliste dont il est le pr\u00e9sident, d\u00e9clara qu\u2019il s\u2019inclinerait devant la d\u00e9cision de l\u2019assembl\u00e9e et qu\u2019il retirerait sa candidature si la majorit\u00e9 de l\u2019assembl\u00e9e se pronon\u00e7ait pour Cesbron ; M. Cesbron refusa obstin\u00e9ment de prendre le m\u00eame engagement ; un moment, comme les choses ne plaisaient pas \u00e0 M. Cesbron, il quitta la salle suivi de quelques-uns de ses amis et aussi de quelques amis de M. de La Bourdonnaye qui crurent la r\u00e9union termin\u00e9e ; altercation avec M. d\u2019Andign\u00e9, gifle de Cesbron \u00e0 M. d\u2019Andign\u00e9 (aujourd\u2019hui excuses de Cesbron) etc. Au vote, 294 voix se prononcent pour M. de La Bourdonnaye et 81 seulement pour M. Cesbron. Si d\u00e9sormais Castiron ne retire pas sa candidature, il fait \u0153uvre de division et fait le jeu des blocards. Je crains, en effet, que ceux-ci ne profitent de la division de leurs adversaires pour t\u00e2cher de prendre ce si\u00e8ge s\u00e9natorial ; si m\u00eame ils \u00e9taient habiles, ils voteraient pour Cesbron afin de faire \u00e9chec au candidat royaliste. Au fond de cette affaire, M. Delahaye voit la main de l\u2019Action lib\u00e9rale ; il est certain que c\u2019est un coup mont\u00e9 par les ralli\u00e9s et les lib\u00e9raux contre les monarchistes. Les s\u00e9nateurs monarchistes de Maine-et-Loire ne veulent pas d\u2019un coll\u00e8gue r\u00e9publicain lib\u00e9ral, le congr\u00e8s des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s s\u00e9natoriaux d\u2019opposition leur a donn\u00e9 raison et M. Cesbron n\u2019a qu\u2019\u00e0 se retirer. Certains cur\u00e9s agissent odieusement pour Cesbron. C\u2019est ainsi que 3 cur\u00e9s sont venus trouver dimanche M. Delahaye et lui ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il p\u00e9cherait mortellement s\u2019il faisait campagne pour M. de La Bourdonnaye ; inutile de dire que M. Delahaye a conserv\u00e9 toute sa s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 devant les menaces de ces \u00e9tranges commentateurs de la loi divine qui feraient bien de r\u00e9apprendre leur cat\u00e9chisme ; je ne sache pas que J\u00e9sus-Christ ait ordonn\u00e9 sous peine de p\u00e9ch\u00e9 mortel de faire \u00e9lire un s\u00e9nateur r\u00e9publicain de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un royaliste, surtout quand les deux candidats sont tous deux d\u2019excellents catholiques ! Voil\u00e0 les proc\u00e9d\u00e9s des ralli\u00e9s ; quand on me disait, autrefois, que des pr\u00eatres de Bretagne avaient us\u00e9 d\u2019arguments de ce genre pour assurer le succ\u00e8s de la politique de ralliement, allant jusqu\u2019\u00e0 refuser l\u2019absolution \u00e0 ceux de leurs p\u00e9nitents qui s\u2019obstinaient \u00e0 voter pour des royalistes, je ne voulais pas le croire ; maintenant que je sais de source certaine que 3 cur\u00e9s n\u2019ont pas craint de venir d\u00e9clarer \u00e0 un s\u00e9nateur catholique et royaliste qu\u2019il p\u00e9cherait mortellement en ne soutenant pas un candidat ralli\u00e9 contre un catholique royaliste, je n\u2019h\u00e9site plus \u00e0 croire le reste ! Le soir, nous recevons une lettre de Mme No\u00ebll de Perpignan, nous donnant d\u2019excellents renseignements sur le caract\u00e8re et la pi\u00e9t\u00e9 de Mlle de Pallar\u00e8s et nous disant qu\u2019elle a parl\u00e9 \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s de son id\u00e9e de faire le mariage de sa fille avec moi ; Mme de Pallar\u00e8s a accueilli tr\u00e8s favorablement cette id\u00e9e ; il ne reste donc plus \u00e0 s\u2019entendre que sur la question de dot ; le projet para\u00eet en tr\u00e8s bonne voie ; s\u2019il est conforme \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, qu\u2019il se r\u00e9alise ! Je vais me confesser \u00e0 Notre-Dame. Le soir, nous allons tous au Mois de Marie \u00e0 la cath\u00e9drale ; on y f\u00eate la cl\u00f4ture du Mois de Marie. Beaucoup de rumeurs courent sur ce qui se dit \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e de l\u2019\u00c9piscopat ; comme les \u00e9v\u00eaques sont li\u00e9s par le secret pontifical, on ne peut rien savoir de certain ; on remarque que leur adresse au pape est un peu froide.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juin 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 juin 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 1<sup>er<\/sup> juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion pour f\u00eater le 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois et l\u2019ouverture du Mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur. Les journaux apportent de Madrid la nouvelle d\u2019un attentat particuli\u00e8rement odieux : hier, on c\u00e9l\u00e9brait dans cette capitale le mariage du sympathique roi d\u2019Espagne Alphonse XIII avec la princesse Ena de Battenberg ni\u00e8ce du Roi d\u2019Angleterre ; l\u2019Europe et le monde entier avaient suivi avec sympathie les fian\u00e7ailles de ce gentil petit roi avec une charmante princesse ; et bien, c\u2019est le jour du mariage de ce gentil couple royal qu\u2019un affreux anarchiste, une brute humaine, choisit pour tenter de tuer les jeunes mari\u00e9s en lan\u00e7ant une bombe sur le cort\u00e8ge royal peu apr\u00e8s sa sortie de l\u2019\u00e9glise ! La bombe, fort heureusement, n\u2019a pas atteint ni le roi ni la reine, mais elle a tu\u00e9 une foule de personnes, des soldats qui faisaient la haie, des personnages de la suite etc., de plus il y a un grand nombre de bless\u00e9s. Cet affreux attentat, qui emprunte au jour choisi pour le perp\u00e9trer un caract\u00e8re particuli\u00e8rement odieux, redoublera les sympathies que tout le monde \u00e9prouve pour leurs Majest\u00e9s catholiques. Nous r\u00e9pondons \u00e0 Madame No\u00ebll ; Maman lui dit qu\u2019elle est tr\u00e8s contente des bons renseignements sur le caract\u00e8re et la pi\u00e9t\u00e9 de Mlle H\u00e9l\u00e8ne ; elle dit que j\u2019aurai une dot en valeur de cent mille francs en terres (probablement Bouletern\u00e8re et Trouillas), cela me rapportera de 4000 \u00e0 6000 suivant les ann\u00e9es. Mlle de Pallar\u00e8s a la fortune de son p\u00e8re c\u2019est-\u00e0-dire un peu plus de cent mille francs ; pour que nous ayons un revenu de 12.000 fr. environ en commen\u00e7ant, il faudrait que sa grand-m\u00e8re et sa m\u00e8re lui donnassent, en outre, un capital d\u2019environ 100.000 fr. ou, tout au moins, lui fissent une pension de 3000 fr., c\u2019est ce que nous demandons ; j\u2019esp\u00e8re que cette question d\u2019int\u00e9r\u00eat, qu\u2019il faut bien traiter, ne viendra pas mettre des b\u00e2tons dans les roues. On avait \u00e9t\u00e9 mal renseign\u00e9 tout d\u2019abord quand on avait dit \u00e0 Bonne Maman que Mlle de Pallar\u00e8s avait 500.000 fr. de dot ; la dot r\u00e9elle est bien loin de ce gros chiffre ; je ne veux cependant pas reculer car Mlle H\u00e9l\u00e8ne m\u2019a plu, mais encore faut-il avoir de quoi vivre. Le soir, nous allons tous \u00e0 une conf\u00e9rence, au Cirque-th\u00e9\u00e2tre sur la Croix-rouge russe pendant la guerre russo-japonaise ; elle est faite par le m\u00e9decin militaire Follenfant qui faisait partie de la mission fran\u00e7aise attach\u00e9e \u00e0 l\u2019arm\u00e9e russe ; cette conf\u00e9rence est pleine d\u2019int\u00e9ressants renseignements. Avant la conf\u00e9rence, je vais rattraper \u00e0 la poste la lettre \u00e0 Mme No\u00ebll dans laquelle il y avait une petite inexactitude sur le revenu des propri\u00e9t\u00e9s que Papa et Maman me donneraient ; je trouvais le chiffre indiqu\u00e9 un peu \u00e9lev\u00e9 ; je corrige cette inexactitude et la lettre repart le soir m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 2 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On connait aujourd\u2019hui le chiffre exact des victimes de l\u2019attentat de Madrid : 25 tu\u00e9s et 50 \u00e0 60 bless\u00e9s ; c\u2019est effrayant ! Le Roi et la gracieuse jeune reine n\u2019ont \u00e9chapp\u00e9 que par miracle \u00e0 une mort affreuse ; l\u2019assassin n\u2019est pas encore arr\u00eat\u00e9. Je travaille le matin et l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 la biblioth\u00e8que. L\u2019apr\u00e8s-midi, visite de M. Sourice \u00e0 Maman et \u00e0 moi ; il m\u2019engage \u00e0 aller avec Maman \u00e0 La Bourboule&nbsp;; les eaux me pr\u00e9muniront contre le retour de la petite \u00e9ruption que j\u2019ai eue l\u2019\u00e9t\u00e9 dernier \u00e0 la cuisse ; je ne demande pas mieux que d\u2019y aller&nbsp;; nous partirons donc mardi. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 3 juin 1906 (Pentec\u00f4te)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Joseph. Le soir, nous avons Rupert \u00e0 d\u00eener ; je me prom\u00e8ne ensuite avec lui. Il para\u00eet que Madame de Pallar\u00e8s (j\u2019avais oubli\u00e9 de le mentionner ces jours-ci dans mon journal) m\u2019avait reconnu, le 30 avril pendant le court trajet que j\u2019ai fait avec elle, sa fille et son beau-p\u00e8re de Prades \u00e0 Vin\u00e7a, \u00e0 ma ressemblance avec Maman qu\u2019elle a connue autrefois dans les r\u00e9unions d\u2019Enfants de Marie au Sacr\u00e9-C\u0153ur de Perpignan ; c\u2019est curieux ! D\u00e8s qu\u2019on lui a parl\u00e9 de moi, elle a dit aux dames qui lui en ont parl\u00e9 qu\u2019elle m\u2019avait reconnu&nbsp;; elle a dit que j\u2019\u00e9tais <em>\u00ab le vivant portrait de Maman \u00bb<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 juin 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 4 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 9h \u00e0 Notre-Dame. Je fais quelques commissions le reste de la matin\u00e9e. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des pr\u00e9paratifs de d\u00e9part. Le soir, nous avons \u00e0 d\u00eener Lelong et Rupert ; j\u2019avais aussi invit\u00e9 Du Lac, mais il ne vient pas ; comme l\u2019invitation avait \u00e9t\u00e9 faite par \u00e9crit sur une carte que j\u2019avais laiss\u00e9e dans sa chambre, je me m\u00e9fie qu\u2019un de ses voisins de chambre, \u00e0 l\u2019externat aura supprim\u00e9 la carte pour lui jouer une farce ; \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, on est coutumier du fait !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mercredi 6 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que je roulais en chemin de fer. Hier matin, \u00e0 Angers, nous recevons une lettre de Mme No\u00ebll tr\u00e8s encourageante pour mon projet de mariage avec Mlle de Pallar\u00e8s ; la chose est en tr\u00e8s bonne voie. M. de Pallar\u00e8s, grand-p\u00e8re de la jeune fille (ancien pr\u00e9sident du Tribunal de Prades) a d\u2019abord accueilli avec surprise la nouvelle du projet de mariage de sa petite-fille qui est tr\u00e8s jeune (il para\u00eet, d\u00e9cid\u00e9ment qu\u2019elle a eu 18 ans en mars) ; mais ensuite, le projet lui a plu ; il a dit qu\u2019\u00e0 sa mort, il laisserait 200.000 fr. \u00e0 sa petite fille, or il a 81 ans ; Mlle de Pallar\u00e8s a d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, de son p\u00e8re, 140.000 fr. ; pour peu que sa grand\u2019m\u00e8re Beilhoc veuille lui faire une petite pension, tout au moins jusqu\u2019\u00e0 la mort de M. de Pallar\u00e8s, tout sera r\u00e9gl\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 \u00ab int\u00e9r\u00eats \u00bb. Par ailleurs, tout va bien, puisque Mlle H\u00e9l\u00e8ne m\u2019a remarqu\u00e9 elle aussi, le 30 avril, en wagon ; quand sa m\u00e8re lui a parl\u00e9 de ce qui se trame, elle lui a r\u00e9pondu : <em>\u00ab J\u2019ai bien vu que ce jeune homme me regardait ; et vous savez, Maman, lui aussi est bien gentil \u00bb<\/em> ; puisqu\u2019elle me trouve <em>\u00ab <u>bien gentil<\/u> \u00bb<\/em>, et que je la juge de retour, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Il y a, cependant, une question qui se pose&nbsp;; ces dames craignent que la surveillance des propri\u00e9t\u00e9s ne m\u2019occupe pas assez et voudraient me voir prendre une position \u00e0 Perpignan, me voir plaider par exemple ; cela ne me sourit gu\u00e8re, les propri\u00e9t\u00e9s m\u2019occuperont certainement bien plus que ne le pensent ces dames, et d\u2019ailleurs, je n\u2019aime pas l\u2019oisivet\u00e9 et si j\u2019ai du temps libre, je l\u2019emploierai \u00e0 compl\u00e9ter mes \u00e9tudes et \u00e0 m\u2019occuper d\u2019\u0153uvres religieuses, politiques ou sociales comme je le fais d\u00e9j\u00e0 \u00e0 Angers. Si ces dames y tiennent, cependant, je leur donnerai satisfaction en me faisant inscrire au barreau de Perpignan ; mais je crois que la surveillance et l\u2019exploitation de propri\u00e9t\u00e9s fort \u00e9loign\u00e9es les unes des autres (car je m\u2019occuperai non seulement des miennes, et de celles de ma femme si elle en a, mais aussi de celles de mes parents) ne me laisseront gu\u00e8re le temps de m\u2019occuper de chicane ; cela, du reste, n\u2019est gu\u00e8re dans mes go\u00fbts. Dans la matin\u00e9e et le commencement de l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs commissions et mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part. Nous partons, Maman et moi, par l\u2019express de 4h40, et, par Tours, Vierzon, Eygurande et Laqueuille, nous arrivons \u00e0 La Bourboule ce matin \u00e0 8 heures 08. Nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Londres, ou plut\u00f4t \u00e0 la Villa Pasteur qui est une annexe toute neuve et tr\u00e8s propre de l\u2019H\u00f4tel de Londres, en face du parc ; c\u2019est ce que nous avons trouv\u00e9 de mieux \u00e0 La Bourboule. Ici, la saison commence \u00e0 peine, il n\u2019y a presque pas d\u2019\u00e9trangers. Nous allons voir le Dr Lamarle que nous a indiqu\u00e9 M. Sourice ; il ordonne \u00e0 Maman de boire et \u00e0 moi de boire et de me baigner. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je dors un peu, je m\u2019installe dans ma chambre, j\u2019\u00e9cris et je me prom\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les dames de Pallar\u00e8s partent pour Vichy, les pourparlers vont \u00eatre forc\u00e9ment plus compliqu\u00e9s \u00e0 poursuivre et, par cons\u00e9quent, plus longs ; par contre, Vichy n\u2019\u00e9tant pas tr\u00e8s loin de La Bourboule, y aura-t-il peut-\u00eatre moyen de se voir si toutes les questions sont r\u00e9solues favorablement. Je prie le Sacr\u00e9-C\u0153ur, la Sainte-Vierge et mes saints patrons de tout arranger en vue de notre plus grand bonheur \u00e0 tous deux, en ce monde et dans l\u2019autre. Il en sera de ce projet ce que Dieu voudra. Une bonne amie l\u2019a fait na\u00eetre ; s\u2019il est conforme \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu, il se r\u00e9alisera certainement ; s\u2019il \u00e9choue, il faudra se dire qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas conforme \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu et, par cons\u00e9quent, ne pas trop le regretter.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, jeudi 7 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je prends mon premier bain le matin \u00e0 8h et je me fais inscrire pour cette heure-l\u00e0 ; je prends aussi une dose de boisson le matin et une dose le soir \u00e0 cinq heures et demie. Je fl\u00e2ne dans le parc. Maman r\u00e9pond \u00e0 Mme No\u00ebll dans le sens que j\u2019indiquais dans mon journal d\u2019hier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, vendredi 8 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon programme de journ\u00e9e ressemble fort \u00e0 celui d\u2019hier ; l\u2019existence est assez monotone ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se que j\u2019ai apport\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, samedi 9 juin 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/876-bourboule-bourboule-roche-vendeix-ruisseau-france-1024x661.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"661\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/876-bourboule-bourboule-roche-vendeix-ruisseau-france-1024x661.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-402\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/876-bourboule-bourboule-roche-vendeix-ruisseau-france-1024x661.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/876-bourboule-bourboule-roche-vendeix-ruisseau-france-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/876-bourboule-bourboule-roche-vendeix-ruisseau-france-768x496.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/876-bourboule-bourboule-roche-vendeix-ruisseau-france.jpg 1084w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La Bourboule, Roche Vendeix \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque (site cartorum.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une assez jolie promenade, je fais l\u2019ascension d\u2019un rocher qui domine toute la vall\u00e9e de La Bourboule (le rocher de Vandeix), il est situ\u00e9 \u00e0 une heure de marche environ. Nous recevons une lettre de Papa ; il me dit qu\u2019il a lu dans <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em>, un article que j\u2019avais \u00e9crit pour ce journal, \u00e0 la fin de mai, et qui a pour titre \u00ab Les le\u00e7ons de la d\u00e9faite \u00bb ; inutile, apr\u00e8s ce titre, de dire qu\u2019il s\u2019agit des le\u00e7ons \u00e0 tirer du triste r\u00e9sultat des \u00e9lections ; comme l\u2019article (de 12 grandes pages) \u00e9tait assez cors\u00e9 et ne m\u00e9nageait pas l\u2019Action Lib\u00e9rale et les ralli\u00e9s, je craignais que <em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em>, tout en l\u2019approuvant, n\u2019os\u00e2t pas l\u2019ins\u00e9rer et je n\u2019en avais pas parl\u00e9 \u00e0 la maison ; j\u2019\u00e9cris \u00e0 Papa de m\u2019envoyer les num\u00e9ros dans lesquels il a paru afin de les garder. Ce soir, \u00e0 7h \u00bd, je vais me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, dimanche 10 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures ; je vais prendre mon bain \u00e0 8 heures ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10 heures et \u00e0 v\u00eapres \u00e0 3h&nbsp;; entre temps, je me prom\u00e8ne dans le parc et je lis.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 juin 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, lundi 11 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, en parcourant un journal, je vois avec plaisir que l\u2019\u00e9lection s\u00e9natoriale d\u2019hier \u00e0 Angers a tourn\u00e9 contre Cesbron et les ralli\u00e9s ; M. de La Bourdonnaye a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par 481 voix contre 411 \u00e0 Cesbron, 29 \u00e0 un socialiste Rompion et 36 \u00e9gar\u00e9es sur le nom de Bichon ; M. de La Bourdonnaye a eu 210 voix de moins que ses coll\u00e8gues \u00e9lus en janvier, ce sont 210 dissidents qui sont all\u00e9s \u00e0 Cesbron, mais celui-ci a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, en plus, de 200 voix qui n\u2019ont pu venir que du bloc&nbsp;; elles ne lui font pas honneur. Le comit\u00e9 royaliste de Maine-et-Loire vient de remporter un nouveau succ\u00e8s dans la personne de son pr\u00e9sident&nbsp;; tant mieux ! L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une longue promenade dans la jolie vall\u00e9e de la Dordogne vers Saint-Sauves ; je suis sous bois assez longtemps, c\u2019est tr\u00e8s joli. Je re\u00e7ois d\u00e9j\u00e0 plusieurs lettres de bonne f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mardi 12 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne fais pas aujourd\u2019hui de grande promenade ; je me prom\u00e8ne un peu autour du parc&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mercredi 13 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint Antoine, ma f\u00eate, je vais \u00e0 la messe de 7h \u00bd o\u00f9 je fais la sainte communion ; je re\u00e7ois une foule de lettres et cartes contenant des v\u0153ux de bonne f\u00eate. Maman re\u00e7oit une lettre de Mme Dalverny lui donnant de l\u2019espoir pour mon projet de mariage ; elle dit que Mme Beilhoc et le vieux M. de Pallar\u00e8s sont enchant\u00e9s de cette id\u00e9e&nbsp;; quant \u00e0 Mlle H\u00e9l\u00e8ne, elle m\u2019a si bien remarqu\u00e9 qu\u2019elle a dit \u00e0 sa grand\u2019m\u00e8re, para\u00eet-il : <em>\u00ab Si tu savais, grand\u2019m\u00e8re, <u>comme il est mignon<\/u><\/em> (sic !)&nbsp;; <em>je voudrais bien l\u2019entendre me parler&nbsp;\u00bb<\/em> ; il ne tient qu\u2019\u00e0 elle\u2026 ou plut\u00f4t \u00e0 sa m\u00e8re. C\u2019est \u00e9gal, je crois que j\u2019ai un bon atout dans mon jeu ; mais la question \u00ab chicane \u00bb reste toujours sur le tapis puisque nous n\u2019avons pas encore re\u00e7u de r\u00e9ponse \u00e0 la lettre de jeudi dernier ; puisse-t-elle ne pas embrouiller les choses ! Ce qui me donne de l\u2019espoir, c\u2019est que ces dames ont depuis plus de huit jours ma photographie entre les mains et qu\u2019elles la gardent ; si elles n\u2019avaient pas l\u2019intention de donner suite \u00e0 ce projet, elles ne garderaient pas mon effigie. La lettre de Madame Dalverny me donne de l\u2019espoir ; mais il me tarde joliment d\u2019\u00eatre fix\u00e9 ! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je monte avec Maman par le funiculaire sur une montagne \u00e9lev\u00e9e qui domine toute la vall\u00e9e ; au sommet, il y a un plateau qui forme un v\u00e9ritable parc naturel tr\u00e8s agr\u00e9able, nous y restons assez longtemps. Mais Maman \u00e9prouvant dans le funiculaire une impression d\u00e9sagr\u00e9able, nous redescendons \u00e0 pied \u00e0 travers bois par de mauvais chemins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, jeudi 14 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne dans le parc, je lis et je fais avancer ma th\u00e8se. Il continue \u00e0 faire beau temps.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, vendredi 15 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, importante lettre de Mme No\u00ebll \u00e0 Maman. Elle lui dit que c\u2019est entre les mains du vieux M. de Pallar\u00e8s grand\u2019p\u00e8re de la jeune fille qu\u2019est maintenant mon sort. Les dames \u2013 Mlle H\u00e9l\u00e8ne, sa m\u00e8re et sa grand\u2019m\u00e8re \u2013 me sont acquises&nbsp;; Mme No\u00ebll nous dit qu\u2019elles \u00e9taient d\u00e9cid\u00e9es ; Mme de Pallar\u00e8s qui a achet\u00e9 il y a deux ans une propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 Elne venant de la succession de ma pauvre cousine Charlotte de Nogaret<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a> \u2013 propri\u00e9t\u00e9 qui vient de son bisa\u00efeul \u2013 disait : <em>\u00ab Quel bonheur, cette propri\u00e9t\u00e9 va rentrer dans la famille ! \u00bb<\/em>. Mais M. de Pallar\u00e8s a un peu arr\u00eat\u00e9 leur \u00e9lan ; apr\u00e8s avoir lev\u00e9 un premier li\u00e8vre, celui de mes occupations auquel j\u2019ai r\u00e9pondu, voil\u00e0 qu\u2019il s\u2019avise de soulever maintenant la question de mon service militaire ; je leur ai fait dire d\u00e9j\u00e0 par Mme No\u00ebll qu\u2019ayant \u00e9t\u00e9 ajourn\u00e9 parce que j\u2019avais subi mon premier conseil de r\u00e9vision au moment o\u00f9 je relevais de l\u2019influenza, mes parents avaient obtenu ensuite par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral ami (le g\u00e9n\u00e9ral Lelong) que je sois class\u00e9 dans les services auxiliaires, ce qui m\u2019a dispens\u00e9 de faire mon ann\u00e9e de service effectif et, par cons\u00e9quent, de couper mes \u00e9tudes de doctorat. Mais nous apprenons maintenant que Mme de Pallar\u00e8s, sur les instances de son beau-p\u00e8re \u00e9videmment, a charg\u00e9 son beau-fr\u00e8re le g\u00e9n\u00e9ral Fabre de faire des recherches l\u00e0-dessus ; j\u2019\u00e9cris donc \u00e0 l\u2019oncle Paul, qui conna\u00eet beaucoup le g\u00e9n\u00e9ral Fabre, pour le prier de lui donner des renseignements sur mon compte, sur ma sant\u00e9 etc. De plus, Mme No\u00ebll disant \u00e0 Maman que si elle pouvait rencontrer Mme de Pallar\u00e8s, cela ferait avancer les choses, Maman se d\u00e9cide \u00e0 aller \u00e0 Vichy&nbsp;; elle verra Mme de Pallar\u00e8s qu\u2019elle conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 et causera franchement avec elle ; en une heure de conversation que de sujets elles pourront traiter ! Cependant Maman \u00e9crit \u00e0 Papa pour lui demander son avis sur l\u2019opportunit\u00e9 de ce voyage. Enfin comme c\u2019est surtout sur le vieux M. de Pallar\u00e8s qu\u2019il faut agir, nous prions Bonne Maman de lui \u00e9crire ; comme Bon Papa l\u2019a beaucoup connu autrefois et qu\u2019il y a m\u00eame eu une alliance entre les Pallar\u00e8s et les Pontich, la lettre n\u2019est pas difficile \u00e0 faire. Puisse tout cela r\u00e9ussir et ce mariage est selon la volont\u00e9 de Dieu !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, samedi 16 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne fais pas de grande promenade ; je me prom\u00e8ne autour du parc, je lis et je travaille plusieurs heures \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, dimanche 17 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois une lettre de Papa me disant que le pr\u00e9fet de Maine-et-Loire n\u2019a pas interdit, cette ann\u00e9e, la procession du Sacre autoris\u00e9e par le maire d\u2019Angers ; c\u2019est heureux, il est instruit, sans doute, de la manifestation qu\u2019a value \u00e0 son pr\u00e9d\u00e9cesseur l\u2019interdiction de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re&nbsp;; il n\u2019a pas envie de la voir se renouveler&nbsp;; elle n\u2019a donc pas \u00e9t\u00e9 inutile. Mais les apaches ne troubleront-ils pas la procession ? Ici, apr\u00e8s la grand\u2019messe, il y a une procession, nous y assistons&nbsp;; elle est suivie par beaucoup de femmes et par un assez grand nombre d\u2019hommes. J\u2019ai r\u00e9fl\u00e9chi que la lettre de Bonne-Maman \u00e0 M. de Pallar\u00e8s pourrait para\u00eetre un peu pressante ; c\u2019est peut-\u00eatre ainsi que la jugerait son destinataire et, comme je ne veux pas m\u2019imposer, Dieu m\u2019en garde !, je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Bonne-Maman (\u00e0 mots couverts) ne pas \u00e9crire cette lettre jusqu\u2019\u00e0 nouvel avis. Au retour de Maman de Vichy, nous pourrons y repenser.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 juin 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, lundi 18 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir beaucoup h\u00e9sit\u00e9, Maman se d\u00e9cide \u00e0 partir aujourd\u2019hui pour Vichy ; je l\u2019accompagne au train de 9h44 ; elle passera par Clermont et sera \u00e0 Vichy \u00e0 3h15. Elle cherchera aussit\u00f4t, dans la liste des \u00e9trangers, l\u2019adresse de Mme de Pallar\u00e8s et lui \u00e9crira un petit mot pour lui demander de lui fixer un rendez-vous mardi. L\u2019oncle Paul, qui ne r\u00e9pond ce matin, croit que sa lettre au g\u00e9n\u00e9ral Fabre me ferait plus de mal que de bien car le g\u00e9n\u00e9ral ne croirait pas \u00e0 la sinc\u00e9rit\u00e9 de son oncle et cette lettre intempestive pourrait lui monter l\u2019imagination ; cependant l\u2019oncle Paul me dit qu\u2019il l\u2019\u00e9crira si j\u2019y tiens ; pour cette lettre, comme pour celle \u00e0 M. de Pallar\u00e8s, il faut attendre le retour de Maman. Papa \u00e9crit que la procession du Sacre s\u2019est pass\u00e9e \u00e0 Angers sans aucun trouble ; les apaches n\u2019avaient pas oubli\u00e9 sans doute, la salutaire racl\u00e9e d\u2019il y a deux ans. Mais Monseigneur a accept\u00e9 des conditions bien humiliantes de la part du maire d\u2019Angers : pas d\u2019\u00e9tendards de corporations, pas de chants fran\u00e7ais, pas de religieux \u00e0 la procession, interdiction de porter des cannes&nbsp;; ce n\u2019est pas fier&nbsp;! Le soir, je vais \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction et je me repose. Le docteur Nicolas, d\u2019Angers, me fait lire dans <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> de Paris des documents accablants contre Dreyfus que la cour pourrie de Cassation va, sans doute, r\u00e9habiliter ces jours-ci ; personne ne croira \u00e0 l\u2019innocence de ce tra\u00eetre ; n\u2019importe, les Juifs auront triomph\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mardi 19 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Journ\u00e9e bien importante pour moi puisque c\u2019est aujourd\u2019hui que Maman verra Mme de Pallar\u00e8s&nbsp;; aussi je veux la placer sous la protection de Dieu et j\u2019assiste \u00e0 la messe de 6h \u00bd o\u00f9 je fais la sainte communion. Je passe une partie de la matin\u00e9e \u00e0 lire le rapport sur l\u2019affaire Dreyfus du conseiller rapporteur Moras qui conclut \u00e0 la cassation avec renvoi du jugement de Rennes ; le procureur g\u00e9n\u00e9ral Baudouin, quand une pi\u00e8ce g\u00eane sa th\u00e8se et accuse \u00ab&nbsp;le Kapitaine&nbsp;\u00bb, la falsifie, c\u2019est tr\u00e8s simple ; c\u2019est ainsi que dans une lettre de 1897 \u00e9crite par l\u2019attach\u00e9 militaire autrichien \u00e0 son gouvernement, et dans laquelle cet attach\u00e9, le colonel Schneider (bien plac\u00e9 pour savoir) dit : <em>\u00ab Je maintiens encore et toujours l\u2019exactitude des informations <u>fournies autrefois<\/u> au sujet de l\u2019affaire Dreyfus, les consid\u00e9rant comme justes, et estimant que Dreyfus a \u00e9t\u00e9 en relations avec les bureaux confidentiels de Bruxelles et de Strasbourg que le grand \u00c9tat-major allemand cache avec soin jaloux, m\u00eame \u00e0 ses nationaux&nbsp;\u00bb<\/em>, le procureur Baudouin traduit le mot \u00ab&nbsp;<em>gelieferten<\/em>&nbsp;\u00bb (fournies) par \u00ab&nbsp;publi\u00e9es&nbsp;\u00bb, et le mot allemand <em>\u00ab&nbsp;damals&nbsp;\u00bb <\/em>(autrefois) par ces mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;dans le journal <em>Le Temps&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; n\u2019est-ce pas le comble des combles&nbsp;! Naturellement, la phrase <em>\u00ab&nbsp;fournies autrefois&nbsp;\u00bb<\/em> et la phrase <em>\u00ab&nbsp;publi\u00e9es dans le journal <\/em>Le Temps<em>&nbsp;\u00bb <\/em>ont un sens tout diff\u00e9rent. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de ce faux, cette canaille au service de la Juiverie en a commis une foule d\u2019autres qu\u2019il serait trop long de signaler ici. Tels sont les proc\u00e9d\u00e9s employ\u00e9s par les crapules pour innocenter le plus av\u00e9r\u00e9 des tra\u00eetres. Le conseiller rapporteur Moras, pour en revenir \u00e0 lui, consid\u00e8re comme quantit\u00e9 n\u00e9gligeable tout ce qui le g\u00eane&nbsp;; pour les aveux de Dreyfus, aveux faits le matin de la d\u00e9gradation (5 janvier 1895) au capitaine Lebrun-Renault et au commandant d\u2019Attel (qu\u2019on a fait dispara\u00eetre depuis), ce conseiller extraordinaire dit que la Cour de cassation n\u2019a pas \u00e0 s\u2019en occuper, que, d\u2019ailleurs, ils n\u2019ont pas d\u2019importance, qu\u2019on a d\u00fb prendre pour des aveux des mots incoh\u00e9rents \u00e9chapp\u00e9s \u00e0 Dreyfus dans un moment d\u2019exaltation etc. Est-il permis de se moquer du monde d\u2019une fa\u00e7on pareille !!! Dreyfus a dit au capitaine Lebrun-Renault, qui l\u2019a souvent r\u00e9p\u00e9t\u00e9 depuis&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;<u>Si j\u2019ai livr\u00e9 quelques documents sans importance<\/u>, c\u2019\u00e9tait pour en obtenir de plus importants etc.&nbsp;\u00bb.<\/em> Voil\u00e0 ce que le conseiller Moras consid\u00e8re comme n\u00e9gligeable ! Si ces gens-l\u00e0 s\u2019imaginent arriver jamais \u00e0 faire consid\u00e9rer comme innocent un condamn\u00e9 pour lequel il a fallu employer de pareils moyens, ils se trompent \u00e9trangement. Quant \u00e0 la Cour de cassation, qui est devenue une chambre d\u2019enregistrement des ordres de la rue Laffitte et de la rue Cadet, elle est bien capable de se contenter de ces arguments-l\u00e0, mais fistre ! L\u2019opinion publique ne s\u2019en contentera pas, et on ne s\u2019emp\u00eachera jamais de consid\u00e9rer Dreyfus comme le plus vil des tra\u00eetres.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille longtemps \u00e0 ma th\u00e8se, je me prom\u00e8ne sur la montagne etc. \u00c0 six heures, je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de Maman qui n\u2019est pas tr\u00e8s encourageante ; elle est ainsi con\u00e7ue : <em>\u00ab&nbsp;M\u00e8re bien dispos\u00e9e mais pas press\u00e9e, grand-p\u00e8re pense cousin Cholet, verrai ce soir personne en question, arriverai demain soir&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; ce cousin Cholet, c\u2019est Pierre Saisset, sous-lieutenant au 77<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie \u00e0 Cholet, c\u2019est le cousin germain de Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s&nbsp;; il est venu nous voir l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Angers et nous l\u2019avons m\u00eame invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner \u00e0 Angers, mais il n\u2019a pas pu venir&nbsp;; comment diable M. de Pallar\u00e8s pense-t-il \u00e0 lui pour Mlle H\u00e9l\u00e8ne&nbsp;; un mariage entre cousins germains, c\u2019est bien malheureux ! Enfin, j\u2019ai la m\u00e8re pour moi. Bonne Maman \u00e9crit qu\u2019elle n\u2019a rien compris \u00e0 la d\u00e9p\u00eache que je lui ai adress\u00e9e dimanche et qu\u2019elle s\u2019est empress\u00e9e d\u2019\u00e9crire \u00e0 M. de Pallar\u00e8s ; cette nouvelle me contrarie, quel effet cette lettre aura-t-elle produit sur M. de Pallar\u00e8s ? Ma d\u00e9p\u00eache \u00e9tait pourtant claire, je ne pouvais cependant pas mettre de noms propres. Je vais \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 7h \u00bd ; au retour, je trouve une seconde d\u00e9p\u00eache de Maman ainsi con\u00e7ue : <em>\u00ab Ai revu dame, te conseille fortement esp\u00e9rer \u00bb<\/em>. Je me couche et je m\u2019endors sur cette bonne nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mercredi 20 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je re\u00e7ois une nouvelle d\u00e9p\u00eache qui dit : <em>\u00ab Derni\u00e8re entrevue tr\u00e8s satisfaisante \u00bb<\/em>, cette derni\u00e8re entrevue, c\u2019\u00e9tait, hier soir o\u00f9 Maman a vu Mlle H\u00e9l\u00e8ne ; tant mieux. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je fais une tr\u00e8s belle promenade dans la montagne ; je vais de La Bourboule au Mont Dore par la montagne ; c\u2019est une course de 12 \u00e0 13 kilom\u00e8tres sur une belle route qui est longtemps sous bois et qui passe, \u00e0 certains endroits, sur des plateaux \u00e9lev\u00e9s de 1200 \u00e0 1300 m\u00e8tres ; parti \u00e0 midi \u00bd, j\u2019arrive \u00e0 2h \u00be ; j\u2019\u00e9coute le concert dans le parc du Mont Dore et je repars par le train de 5h. \u00c0 la Bourboule, je vais attendre Maman au train de 6h.29. Elle me rapporte ses impressions de Vichy. Mme de Pallar\u00e8s a \u00e9t\u00e9 enchant\u00e9e de sa visite et l\u2019a tr\u00e8s bien re\u00e7ue ; personnellement, elle d\u00e9sire ce mariage, la jeune fille aussi ; la grand\u2019m\u00e8re Beilhoc est indiff\u00e9rente ; le grand\u2019p\u00e8re de Pallar\u00e8s voudrait, croit-on, marier Mlle H\u00e9l\u00e8ne \u00e0 son cousin Pierre Saisset, quoiqu\u2019il dise le contraire ; c\u2019est \u00e0 cause des h\u00e9sitations du grand\u2019p\u00e8re que tout est en suspens maintenant. Maman a vu la jeune fille qu\u2019elle a trouv\u00e9e gentille, et qui lui a dit qu\u2019elle ne voulait pas de son cousin Saisset et qu\u2019elle l\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 son grand\u2019p\u00e8re ; \u00e0 la fin, elle a dit \u00e0 Maman de me donner de l\u2019espoir. La m\u00e8re d\u00e9sire le mariage, mais n\u2019a pas de volont\u00e9 et se laisse dominer par son beau-p\u00e8re ; la fille para\u00eet plus d\u00e9cid\u00e9e ; c\u2019est sur elle surtout que je dois compter. Tout se dessinera au plus tard dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 de juillet \u00e0 Vernet-les-Bains o\u00f9 ces dames doivent aller aupr\u00e8s de M. de Pallar\u00e8s. Maman a bien dit \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s qu\u2019elle ne venait pas pour peser sur sa volont\u00e9, mais pour pr\u00e9ciser les situations, et elle a bien fait ! Car les renseignements, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, avaient \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s mal donn\u00e9s&nbsp;; ces dames ignoraient l\u2019existence de nos propri\u00e9t\u00e9s de Corb\u00e8re, de Bouletern\u00e8re, de la maison lou\u00e9e \u00e0 Margou\u00ebt \u00e0 Perpignan, de la villa Sainte-C\u00e9cile \u00e0 Biarritz ; Maman leur a fait conna\u00eetre tout cela. De plus, elle a donn\u00e9 les explications n\u00e9cessaires au sujet de mon service militaire, de ma sant\u00e9 ; le docteur Sourice, d\u00e9li\u00e9 par nous du secret professionnel, est pr\u00eat \u00e0 r\u00e9pondre aux questions de Mme de Pallar\u00e8s sur ma sant\u00e9, et il a dit \u00e0 Papa qu\u2019il r\u00e9pondrait, en conscience, et parce qu\u2019il le pense, que j\u2019avais un excellent temp\u00e9rament ; en m\u00eame temps, Mme de Pallar\u00e8s fait examiner sa fille par un m\u00e9decin de Vichy, qui la conna\u00eet depuis longtemps, pour savoir si elle peut se marier sans inconv\u00e9nient pour sa sant\u00e9 ; les deux m\u00e9decins correspondront et verront ensemble si nous sommes un couple physiologiquement assorti. Il parait que le m\u00e9decin de Vichy a dit \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s&nbsp;: <em>\u00ab si toutes les m\u00e8res agissaient avec autant de franchise que vous deux, il na\u00eetrait moins d\u2019enfants mal constitu\u00e9s \u00bb<\/em>. Tout cela ne nous engage pas ; je me suis d\u2019ailleurs formellement r\u00e9serv\u00e9 le droit de revoir Mlle H\u00e9l\u00e8ne avant de prendre un engagement ; mais il est certain que c\u2019est un acheminement vers une solution affirmative. Somme toute, la chose est en bonne voie. Le soir, nous allons au Salut et nous nous promenons un moment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, jeudi 21 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 6h \u00bd \u00e0 l\u2019occasion du 12e anniversaire de ma 1<sup>\u00e8re<\/sup> communion. J\u2019ai une bonne surprise dans la matin\u00e9e ; c\u2019est un mot de Bonne-Maman qui nous envoie la r\u00e9ponse que lui a \u00e9crite M. de Pallar\u00e8s ; cette r\u00e9ponse est encourageante et prouve que ce monsieur n\u2019est pas aussi \u00e9loign\u00e9 de nos vues que semble le croire sa belle-fille. Je rel\u00e8ve notamment les deux phrases suivantes de sa r\u00e9ponse : <em>\u00ab \u00c0 tous les points de vue cette alliance ne pourrait que nous satisfaire et je crois comme vous que notre petit-fils poss\u00e8de toutes les qualit\u00e9s qu\u2019on peut rechercher d\u2019un \u00e9poux&#8230; Mon sinc\u00e8re d\u00e9sir serait donc de donner un acquiescement imm\u00e9diat&#8230; \u00bb <\/em>Puis, apr\u00e8s avoir expliqu\u00e9 les raisons qui lui imposent, dit-il, <em>\u00ab&nbsp;une certaine r\u00e9serve&nbsp;\u00bb<\/em>, la jeunesse de sa petite-fille, etc., il termine en disant <em>\u00ab laissez-nous donc, Madame, r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 ces questions avant de vous rendre une r\u00e9ponse qui, j\u2019aime \u00e0 l\u2019esp\u00e9rer, pourra \u00eatre conforme \u00e0 vos souhaits. C\u2019est dans cette esp\u00e9rance que&#8230; etc. \u00bb<\/em> Le ton de cette r\u00e9ponse me donne \u00e0 penser que les renseignements recueillis par lui sur mon compte, renseignements qui ont \u00e9t\u00e9 favorables de tous c\u00f4t\u00e9s (Mme de Pallar\u00e8s l\u2019a dit \u00e0 Maman), modifient peu \u00e0 peu la mani\u00e8re de voir du vieux M. de Pallar\u00e8s. Je sais qu\u2019il a demand\u00e9 des renseignements \u00e0 notre cousin de Barescut. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne dans le parc, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; le soir nous allons au Salut. La lecture de l\u2019interminable rapport Moras \u00e0 la Cour de Cassation, que je m\u2019impose tous les jours, m\u2019indigne de plus en plus&nbsp;; ce conseiller ineffable trouve toujours le moyen, chaque fois qu\u2019il se trouve en pr\u00e9sence d\u2019un fait ou d\u2019un t\u00e9moignage \u00e0 la charge de Dreyfus, de d\u00e9clarer que cela n\u2019a gu\u00e8re de valeur, que le t\u00e9moin a \u00e9t\u00e9 mal servi par sa m\u00e9moire etc. ; c\u2019est d\u2019un parti-pris r\u00e9voltant ! De plus, il accepte comme argent comptant les pr\u00e9tendus faits nouveaux du procureur Baudouin dont l\u2019un \u2013 celui qui est bas\u00e9 sur le pi\u00e8ce dite des chemins de fer \u2013 est bas\u00e9 sur un faux fait par Baudouin pour les besoins de la cause ; tout cela est profond\u00e9ment \u00e9c\u0153urant ! Ces magistrats partiaux, procureur g\u00e9n\u00e9ral faussaire, cette cour domestiqu\u00e9e, voil\u00e0 les instruments des pr\u00e9tendus amis de la Justice et de la V\u00e9rit\u00e9 ; quelle ironie !!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, vendredi 22 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 6h o\u00f9 je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur. L\u2019apr\u00e8s-midi, je retourne au Mont Dore avec Maman, aller et retour en chemin de fer ; il fait tr\u00e8s chaud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, samedi 23 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait tr\u00e8s chaud, je ne bouge gu\u00e8re, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, dimanche 24 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman ayant envoy\u00e9 \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s, qui l\u2019en avait pri\u00e9e, la r\u00e9ponse de M. de Pallar\u00e8s \u00e0 Bonne Maman, Mme de Pallar\u00e8s la lui renvoie aujourd\u2019hui et dit qu\u2019elle va quitter Vichy, qu\u2019elle arrivera le 9 juillet \u00e0 Vernet-les-Bains aupr\u00e8s de son beau-p\u00e8re et nous communiquera avant le 15 juillet le r\u00e9sultat de leurs r\u00e9flexions communes. Dieu veuille, si je dois \u00eatre heureux dans le mariage, que ce soit une d\u00e9cision affirmative&nbsp;: mais je ne me d\u00e9ciderai pas, de mon c\u00f4t\u00e9, avant d\u2019avoir revu Mlle H\u00e9l\u00e8ne. Que c\u2019est long d\u2019attendre le 15 juillet ; encore 3 semaines de cette incertitude qui me p\u00e8se tant, c\u2019est terrible ! Je trouve que Mme No\u00ebll, qui a pris l\u2019initiative de ce mariage, n\u2019aurait pas d\u00fb en lancer l\u2019id\u00e9e en avant de s\u2019\u00eatre assur\u00e9e des intentions de Mme de Pallar\u00e8s ; si elle avait agi ainsi, elle m\u2019aurait \u00e9pargn\u00e9 cette attente si ennuyeuse pendant que les Pallar\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chissent. Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; le temps s\u2019est rafra\u00eechi. Le soir, nous allons au concert au casino ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, visite au docteur et \u00e0 Mme Nicolas (qui sont d\u2019Angers).<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"656\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-656x1024.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-403\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-656x1024.webp 656w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-192x300.webp 192w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-768x1199.webp 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-984x1536.webp 984w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600.webp 1025w\" sizes=\"auto, (max-width: 656px) 100vw, 656px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Casino de La Bourboule \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque, 1906 (site ebay.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 30 juin 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, lundi 25 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je remonte, par le funiculaire, au plateau de Charlanne ; l\u00e0-haut, je me prom\u00e8ne beaucoup, malgr\u00e9 la grande chaleur, je vais jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit appel\u00e9 Bastide. Je viens d\u2019organiser mon temps jusqu\u2019au 15 juillet : jeudi, d\u00e9part de la Bourboule, et, au lieu de rentrer directement \u00e0 Angers, visite \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se et \u00e0 Max que je n\u2019ai pas vus depuis longtemps, j\u2019y passerai quatre ou cinq jours ; ensuite, cinq ou six jours \u00e0 Angers, puis quatre jours \u00e0 Paris o\u00f9 je resterai jusqu\u2019au 14 juillet afin de voir la revue de Longchamp ; retour \u00e0 Angers le 14 juillet au soir. La r\u00e9ponse de Mme de Pallar\u00e8s sera alors arriv\u00e9e ou bien pr\u00e8s d\u2019arriver ; si elle est favorable, je partirai aussit\u00f4t comme une fl\u00e8che jusqu\u2019au Vernet ; s\u2019il faut encore n\u00e9gocier \u00e0 ce moment-l\u00e0, je verrai, suivant les circonstances, ce que j\u2019aurai \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mardi 26 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait une chaleur torride ; je lis dans le parc, je me prom\u00e8ne peu, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; le soir, je vais au concert au casino.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mercredi 27 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait aussi chaud qu\u2019hier : 32\u00b0 ou 33\u00b0. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Maman, voir le Dr Lamarle pour r\u00e9gler ses honoraires et prendre cong\u00e9 de lui, car mon traitement, assez b\u00e9nin, est termin\u00e9 ; je l\u2019ai, du reste, admirablement support\u00e9 et je suis s\u00fbr maintenant que la petite \u00e9ruption de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, qui aux dires de M. Sourice, n\u2019avait aucune importance, ne reviendra pas de longtemps ; Mama n\u2019a pas aussi bien support\u00e9 le sien, elle a d\u00fb l\u2019interrompre plusieurs fois. Nous allons aussi voir M. le cur\u00e9. Puis nous faisons une promenade en voiture \u00e0 l\u2019\u00eele aux mouches.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 28 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons voyag\u00e9 toute la journ\u00e9e, par une tr\u00e8s forte chaleur ; partis de la Bourboule \u00e0 6h56 du matin, nous ne sommes arriv\u00e9s en gare de Mareuil-Gouts qu\u2019\u00e0 8h du soir, ces lignes du centre de la France sont tr\u00e8s mal desservies surtout en allant transversalement. \u00c0 Limoges, o\u00f9 nous avions pr\u00e8s de 3 heures \u00e0 perdre, nous avons eu le temps, apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9, d\u2019aller voir le P. Eyraud que nous n\u2019avons pas rencontr\u00e9 d\u2019ailleurs, il \u00e9tait en voyage. En approchant de P\u00e9rigueux, nous avons travers\u00e9 un orage tr\u00e8s violent ; \u00e0 P\u00e9rigueux m\u00eame, la marquise de la gare venait d\u2019\u00eatre r\u00e9duite en miettes par la gr\u00eale quand nous y sommes arriv\u00e9s, il tombait encore, de temps en temps, de grosses plaques de verre sur les voies ; les gr\u00ealons \u00e9taient aussi gros que de petits \u0153ufs, la contr\u00e9e est ravag\u00e9e. Max nous attendait, avec son omnibus, \u00e0 la gare de Mareuil. \u00c0 Sainte-Croix, j\u2019ai trouv\u00e9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se en excellente sant\u00e9 malgr\u00e9 sa grossesse de pr\u00e8s de sept mois qui ne se remarque que tr\u00e8s peu d\u2019ailleurs ; jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, elle a eu une excellente grossesse, et tout fait pr\u00e9sager qu\u2019il n\u2019y aura aucune complication et que tout sera pour le mieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 29 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe \u00e0 7 h en l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint-Pierre et de Saint-Paul. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne longtemps avec Max dans sa propri\u00e9t\u00e9. Le temps est moins chaud qu\u2019il y a quelques jours, mais il r\u00e8gne partout une s\u00e9cheresse terrible.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 30 juin 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman, qui avait demand\u00e9 deux fois \u00e0 Mme de Bony, ancienne ma\u00eetresse g\u00e9n\u00e9rale de Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s \u00e0 Montpellier, des renseignements sur le caract\u00e8re, l\u2019intelligence, la pi\u00e9t\u00e9 de cette derni\u00e8re et qui n\u2019en avait pas re\u00e7u de r\u00e9ponse, s\u2019est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 lui \u00e9crire une 3<sup>\u00e8me<\/sup> fois car ce silence nous inqui\u00e9tait et nous nous demandions ce qu\u2019il cachait&nbsp;; Mme de Bony r\u00e9pond \u00e0 Maman qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait fait une r\u00e8gle de ne jamais donner de renseignements sur ses anciennes \u00e9l\u00e8ves et que c\u2019\u00e9tait l\u00e0 l\u2019unique raison qui l\u2019avait emp\u00each\u00e9e de r\u00e9pondre \u00e0 Maman ; mais qu\u2019elle aime tant Mlle H\u00e9l\u00e8ne qu\u2019elle ne veut pas l\u2019exposer \u00e0 lui faire tort par son silence, et qu\u2019elle fait en sa faveur une exception \u00e0 cette r\u00e8gle, et elle donne sur son compte les meilleurs renseignements. Ces renseignements me font d\u00e9sirer encore plus d\u2019obtenir la main de cette jeune fille. Et dire que je ne saurai rien avant quinze jours, que c\u2019est long ! L\u2019apr\u00e8s-midi nous allons en voiture \u00e0 Mareuil o\u00f9 nous faisons une visite \u00e0 M. et \u00e0 Mme Ren\u00e9 de La Bardonnie.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juillet 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> juillet 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 1<sup>er<\/sup> juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 enfin entam\u00e9 ce mois de juillet qui m\u2019apportera, j\u2019esp\u00e8re, la solution du projet n\u00e9 depuis le mois de mars et entr\u00e9 dans sa phase active depuis plus d\u2019un mois ; dans deux semaines, je compte \u00eatre fix\u00e9 sur mon sort ; jamais, je crois sauf peut-\u00eatre l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 j\u2019\u00e9tais au coll\u00e8ge pensionnaire, je n\u2019avais autant d\u00e9sir\u00e9 de voir le temps s\u2019\u00e9couler vite. Nous assistons \u00e0 la messe \u00e0 10 h ; premier effet de la loi de S\u00e9paration : le cur\u00e9 dit, en chaire, que la qu\u00eate pour l\u2019entretien du clerg\u00e9 n\u2019ayant produit dans l\u2019annexe des Granges qu\u2019une somme tout \u00e0 fait insuffisante, il se voit oblig\u00e9, suivant les instructions formelles de l\u2019\u00e9v\u00eaque de P\u00e9rigueux, de cesser le culte \u00e0 partir de dimanche prochain dans cette annexe ; on verra bien d\u2019autres cas semblables ; comme c\u2019est triste ! Nous allons, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, faire une visite \u00e0 Mme de Saint-Cyr, d\u2019Aucors, \u00e0 Aucors. Le soir, Marie-Th\u00e9r\u00e8se a le cur\u00e9 \u00e0 d\u00eener. <strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 juillet 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 2 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Max dans sa plus petite et plus ordinaire voiture (dite de tape-cu), \u00e0 la gare de Mareuil puis \u00e0 Mareuil m\u00eame, faire quelques commissions. L\u2019apr\u00e8s-midi, je lis ; nous avons la visite de Mmes de La Bardonnie et de Guer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 3 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Dominique_Delahaye-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"725\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Dominique_Delahaye-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-404\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Dominique_Delahaye-2.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Dominique_Delahaye-2-207x300.jpg 207w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Dominique Delahaye (1848-1932), s\u00e9nateur de Maine-et-Loire de 1903 \u00e0 1932 \u2013 Clich\u00e9 anonyme, ann\u00e9es 1900 (Site du S\u00e9nat)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"690\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-690x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-405\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-690x1024.jpeg 690w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-202x300.jpeg 202w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-768x1140.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-1034x1536.jpeg 1034w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-1379x2048.jpeg 1379w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Journal_officiel_de_la_Republique_._bpt6k64467936_3-scaled.jpeg 1724w\" sizes=\"auto, (max-width: 690px) 100vw, 690px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Page du <em>Journal officiel<\/em> donnant le texte de l&rsquo;intervention du s\u00e9nateur Dominique Delahaye au S\u00e9nat le 29 juin 1906 au cours de laquelle il cita le travail de th\u00e8se en cours d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Gallica<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonnes nouvelles aujourd\u2019hui. Papa \u00e9crit que le Dr Sourice a re\u00e7u du m\u00e9decin de Mme de Pallar\u00e8s \u00e0 Vichy, qui a examin\u00e9 l\u2019autre jour Mlle H\u00e9l\u00e8ne qu\u2019il conna\u00eet d\u2019ailleurs depuis l\u2019\u00e2ge de 12 ans, une lettre dans laquelle il dit que Mlle H\u00e9l\u00e8ne a une sant\u00e9 excellente ; le Dr Sourice, interrog\u00e9 par le Dr Lagrange, va r\u00e9pondre qu\u2019il la conna\u00eet aussi depuis l\u2019\u00e2ge de 12 ans, qu\u2019il n\u2019a eu \u00e0 me soigner que pour quelques petites choses insignifiantes et que j\u2019ai un excellent temp\u00e9rament ; Mlle H\u00e9l\u00e8ne et moi ferions donc un couple physiologiquement assorti, et ce n\u2019est pas la question de sant\u00e9 qui viendra mettre obstacle au mariage, soit pour l\u2019un soit pour l\u2019autre. Papa m\u2019envoie le num\u00e9ro du <em>Maine-et-Loire<\/em> d\u2019hier dans lequel est <em>in extenso<\/em> le discours prononc\u00e9 au S\u00e9nat par M. Delahaye<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a> le 29 juin sur le repos hebdomadaire ; je retrouve, dans ce beau et long discours, une foule de renseignements que j\u2019ai fournis \u00e0 M. Delahaye ; aussi celui-ci me fait-il l\u2019amabilit\u00e9 et la surprise de parler nomm\u00e9ment de ma modeste collaboration et du travail que je ferai para\u00eetre bient\u00f4t sur ce sujet ; c\u2019est bien aimable de sa part et peut-\u00eatre cela fera-t-il valoir ma th\u00e8se quand elle para\u00eetra. Il parle aussi du mandement de Mgr de Carsalade que je lui ai indiqu\u00e9, de Mgr Turinaz, etc. etc., d\u2019une foule de choses que je lui ai signal\u00e9es. J\u2019irai le voir \u00e0 mon retour \u00e0 Angers. L\u2019apr\u00e8s-midi, Max fauche ses avoines, j\u2019y vais un moment et je vois de pr\u00e8s fonctionner une moissonneuse-lieuse ; j\u2019avais appris autrefois, \u00e0 l\u2019\u00c9cole d\u2019agriculture d\u2019Angers, le fonctionnement de cette machine ; mais, en pratique, on comprend bien mieux. De 5 \u00e0 6h, je vais avec Max \u00e0 Mareuil faire quelques commissions ; j\u2019y \u00e9tais d\u00e9j\u00e0 all\u00e9, le matin, \u00e0 bicyclette porter une d\u00e9p\u00eache. \u00c0 la Cour de Cassation, l\u2019affaire Dreyfus continue&nbsp;; le procureur g\u00e9n\u00e9ral Baudouin continue la lecture de son singulier r\u00e9quisitoire, ou plut\u00f4t, de sa plaidoirie en faveur du tra\u00eetre, bas\u00e9e sur des faux manifestes ; ce r\u00e9pugnant personnage a profit\u00e9 de la circonstance pour attaquer violemment plusieurs officiers des plus respect\u00e9s de notre Arm\u00e9e : le g\u00e9n\u00e9ral Mercier, le g\u00e9n\u00e9ral Zurlinden, le colonel du Paty de Clam, le commandant Cuignet ; lui, le faussaire audacieux, a le toupet d\u2019accuser ces officiers d\u2019avoir fait des faux pour accabler Dreyfus. Le g\u00e9n\u00e9ral Zurlinden a \u00e9crit hier au premier pr\u00e9sident de la Cour de Cassation une lettre ouverte, qu\u2019il le prie de lire aux chambres r\u00e9unies, et dans laquelle il remet au point les faits d\u00e9natur\u00e9s sciemment par le sieur Baudouin ; il y a quelques jours, le colonel du Paty de Clam a annonc\u00e9 qu\u2019il le poursuivait ; je ne crois pas que cette poursuite soit l\u00e9galement possible et j\u2019estime que M. du Paty fait trop d\u2019honneur \u00e0 ce magistrat indigne en le poursuivant, il ferait mieux de l\u2019attendre \u00e0 la sortie de l\u2019audience ; un personnage de cet acabit ne rel\u00e8ve que d\u2019une juridiction, celle de la cravache !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 4 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Max faire quelques courses en voiture. Nous partons de Sainte-Croix \u00e0 midi \u00bc et prenons \u00e0 La Rochebeaucourt le train de 1h18 ; par Angoul\u00eame et Saint-Pierre-des- Corps, nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 9h16 du soir apr\u00e8s une absence d\u2019un mois. Papa et Philom\u00e8ne sont en excellente sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 5 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais diverses commissions, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que municipale v\u00e9rifier plusieurs citations de ma th\u00e8se&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais, pour la m\u00eame raison, \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9 ; je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 6 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame, \u00e0 l\u2019occasion du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Rupert et Lucas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 7 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"810\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-810x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-406\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-810x1024.jpeg 810w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-237x300.jpeg 237w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-768x971.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-1216x1536.jpeg 1216w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-1621x2048.jpeg 1621w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53766846j_1-scaled.jpeg 2026w\" sizes=\"auto, (max-width: 810px) 100vw, 810px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Premi\u00e8re page du <em>Roussillon <\/em>du 6 juillet 1906 contenant un extrait du discours fait au S\u00e9nat par Dominique Delahaye rendant hommage \u00e0 Mgr de Carsalade et \u00e0 Antoine Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Gallica<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la matin\u00e9e, je fais plusieurs commissions et achats ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir M. Delahaye et le remercier du petit mot si aimable qu\u2019il a eu pour moi dans son discours au S\u00e9nat (et que <em>Le Roussillon<\/em> reproduit dans son num\u00e9ro d\u2019hier), M. Delahaye \u00e9crit au pr\u00e9sident de la Chambre, au F:. Brisson pour lui demander une carte pour moi pour mardi ; c\u2019est ce jour-l\u00e0 qu\u2019on discute \u00e0 la Chambre la loi sur le repos hebdomadaire, retour du S\u00e9nat, et je tiens \u00e0 assister \u00e0 cette s\u00e9ance. M. Delahaye me donne aussi deux cartes de tribune pour la revue du 14 juillet \u00e0 Longchamps. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 8 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et au salut \u00e0 l\u2019Adoration ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je porte les bons \u00e0 mes pauvres de Saint-Vincent-de-Paul ; nous avons Rupert \u00e0 d\u00eener. Nous recevons de Mme No\u00ebll une lettre disant qu\u2019elle a vu, \u00e0 son passage \u00e0 Perpignan, Mme de Pallar\u00e8s qui se pr\u00e9occupe, para\u00eet-il, beaucoup de la question de ma situation mat\u00e9rielle ; pour la rassurer, Mama lui \u00e9crit et pr\u00e9cise les \u00e9l\u00e9ments de mon revenu qui sera de 5000 fr. garantis&nbsp;; Maman ajoute que je pourrai me faire inscrire au barreau de Perpignan et plaider un peu&nbsp;; mais c\u2019est \u00e9videmment secondaire. Quoiqu\u2019il en soit, la d\u00e9cision sera prise cette semaine ; qu\u2019elle soit conforme \u00e0 la volont\u00e9 de Dieu et de nature \u00e0 assurer notre bonheur \u00e0 tous deux dans ce monde et notre salut \u00e9ternel ; c\u2019est ce que je demande tous les jours \u00e0 Dieu !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 juillet 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, lundi 9 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philom\u00e8ne ayant demand\u00e9 hier soir \u00e0 la derni\u00e8re heure la permission de venir avec moi \u00e0 Paris et cette permission lui ayant \u00e9t\u00e9 accord\u00e9e, nous partons tous les deux par le rapide de 10h27. En arrivant ici, je m\u2019installe \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Prince de Galles rue d\u2019Anjou, puis je me prom\u00e8ne avec Philom\u00e8ne jusque vers 6 h, apr\u00e8s quoi je l\u2019accompagne chez Tata Mimi o\u00f9 elle s\u2019installe&nbsp;; nous y d\u00eenons, Xavier est un peu souffrant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">&nbsp;Paris, mardi 10 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Vaugeois_Henri.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"530\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Vaugeois_Henri.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-407\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Vaugeois_Henri.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Vaugeois_Henri-283x300.jpg 283w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Henri Vaugeois (1864-1916), pr\u00e9sident de la Ligue d&rsquo;Action fran\u00e7aise \u2013 Dessin par Maurice Joron, 1928, publi\u00e9 dans l&rsquo;<em>Almanach de l&rsquo;action fran\u00e7aise<\/em> de 1928 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais au Mus\u00e9e Social rue Las Cases&nbsp;; j\u2019y vois M. Martin Saint-L\u00e9on et De Seilhac et j\u2019y prends des notes sur les chemins de fer. L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis re\u00e7u par Vaugeois<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a> au si\u00e8ge de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise ; ensuite, je vais \u00e0 la s\u00e9ance de la chambre, la question du repos hebdomadaire est \u00e9puis\u00e9e quand j\u2019y arrive, mais on discute l\u2019amnistie propos\u00e9e par le gouvernement&nbsp;; tr\u00e8s chaude discussion, les socialistes hurlent comme des \u00e2nes parce que le gouvernement refuse d\u2019y comprendre les facteurs r\u00e9voqu\u00e9s lors de leur gr\u00e8ve d\u2019avril qu\u2019il consid\u00e8re comme des fonctionnaires ; les radicaux, les progressistes, le centre applaudissent le ministre Barthou ; la droite, par la voix de M. Binder, demande, comme l\u2019extr\u00eame gauche, l\u2019amnistie des facteurs ; cette s\u00e9ance ne manque pas d\u2019int\u00e9r\u00eat. Je vais d\u00eener chez Tata Mimi&nbsp;; le soir, nous nous promenons tous ensemble aux Champs-\u00c9lys\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mercredi 11 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais des recherches \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Action lib\u00e9rale populaire. L\u2019apr\u00e8s-midi, promenade en automobile ; Xavier nous fait aller, Philom\u00e8ne et moi, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019usine Gr\u00e9goire \u00e0 Poissy dans une voiture de course Gr\u00e9goire mod\u00e8le 1905, nous marchons jusqu\u2019\u00e0 une allure de 80 km \u00e0 l\u2019heure ; les voitures de course de cette ann\u00e9e d\u00e9passent beaucoup cette vitesse&nbsp;; nous avons la pluie en route ; au retour, nous trouvons Papa chez Tata Mimi, il est arriv\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 samedi. Apr\u00e8s d\u00eener, nous retrouvons au caf\u00e9 de Rohan Piccot \u00e0 qui nous avions donn\u00e9 rendez-vous ; il est toujours aussi grotesque.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, jeudi 12 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"551\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-408\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit-1.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Charles_Maurras_-_photo_Pierre_Petit-1-272x300.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Charles Maurras (1868-1952), journaliste, essayiste, homme politique et po\u00e8te fran\u00e7ais, directeur du journal <em>L&rsquo;Action fran\u00e7aise <\/em>\u2013 Clich\u00e9 Pierre Petit, avant 1909 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 Notre-Dame des Victoires comme cl\u00f4ture \u00e0 la neuvaine que je fais en l\u2019honneur de Saint Joseph pour le succ\u00e8s de mon projet de mariage ; je fais quelques courses sur la rive gauche, je revois le tr\u00e9sor de Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis re\u00e7u par M. Charles Maurras \u00e0 qui je fais une tr\u00e8s int\u00e9ressante visite ; il me montre dans <em>L\u2019Esp\u00e9rance du peuple <\/em>de Nantes un article sign\u00e9 de mon nom ; cela me surprend au premier abord, puis je vois que ce sont mes articles de <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em> que l\u2019organe royaliste nantais a reproduits. Ensuite, je vais chercher quelques documents au si\u00e8ge de la Ligue populaire pour le repos du dimanche. Je vais aussi voir l\u2019oncle Hector de Pontich<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a> \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 Br\u00e9guet (\u00e0 Vaugirard) dont il est directeur depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; je tombe justement sur le moment de la distribution des prix, ce qui me procure l\u2019occasion de voir ma cousine Jeanne de Pontich, fille de l\u2019oncle Henri de Pontich, mari\u00e9e au docteur Paul Mathieu et son fr\u00e8re Adrien de Pontich, ainsi que leur grand\u2019m\u00e8re maternelle Mme Martin ; je ne les connaissais pas encore ; la jeune femme est gentille. Je vais ensuite chez le P. Barbier que je ne rencontre pas. J\u2019apprends vers 7h du soir l\u2019affreuse nouvelle qui \u00e9tait imminente depuis plusieurs jours : l\u2019ignoble valetaille dont se compose ce qu\u2019on appelle la Cour de Cassation a cass\u00e9 sans renvoi, sur le coup de midi \u00bd, le jugement du conseil de guerre de Rennes qui condamnait Dreyfus&nbsp;; par cet arr\u00eat de complaisance, probablement pay\u00e9 \u00e0 chers deniers par les Juifs, les magistrats indignes de la Cour de Cassation viennent de d\u00e9shonorer leur corporation, personne ne peut croire \u00e0 l\u2019innocence du Juif f\u00e9lon deux fois condamn\u00e9, les preuves de sa culpabilit\u00e9 abondent et on a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de commettre des faux grossiers et manifestes pour cr\u00e9er des faits nouveaux, tout cela est profond\u00e9ment \u00e9c\u0153urant. Aucun mouvement d\u2019indignation ne se manifeste sur les boulevards qui conservent leur physionomie habituelle&nbsp;; les Juifs ont bien le pied sur le c\u0153ur de la France&nbsp;; pauvre France, o\u00f9 la r\u00e9publique t\u2019a-t-elle men\u00e9e ? \u00c0 l\u2019apoth\u00e9ose de la trahison !!! Pauvre France !!!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, vendredi 13 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Papa, en p\u00e8lerinage \u00e0 la basilique du Sacr\u00e9-C\u0153ur, \u00e0 Montmartre, o\u00f9 je fais la sainte communion ; ensuite, je vais au Mus\u00e9e Social. L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis re\u00e7u par M. de Nordling<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a>, pr\u00e9sident de la Ligue populaire pour le repos du dimanche. \u00c0 4h 1\/2, je retrouve au Bon March\u00e9 Paul Delestrac<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\">[45]<\/a> \u00e0 qui j\u2019avais donn\u00e9 rendez-vous ; il est admissible \u00e0 Saint-Cyr ; nous nous promenons ensemble jusqu\u2019au soir. \u00c0 la pens\u00e9e que Dreyfus est l\u00e9galement r\u00e9habilit\u00e9 mais seulement innocent\u00e9, on \u00e9prouve un sentiment de honte, d\u2019\u00e9croulement, et aussi de col\u00e8re ; le gouvernement, aujourd\u2019hui m\u00eame, a fait voter par les deux Chambres, la loi n\u00e9cessaire pour le r\u00e9int\u00e9grer dans l\u2019Arm\u00e9e avec le grade de chef d\u2019escadron ; on s\u2019est battu, \u00e0 la Chambre, \u00e0 cette occasion, il y a eu une m\u00eal\u00e9e en r\u00e8gle entre dreyfusards et patriotes. Dreyfus, tra\u00eetre av\u00e9r\u00e9, officier f\u00e9lon, r\u00e9habilit\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 un v\u00e9ritable coup d\u2019\u00c9tat judiciaire qui l\u2019a soustrait \u00e0 ses juges naturels, c\u2019est le triomphe de la conspiration contre la France men\u00e9e patiemment depuis douze ans par les juifs, les francs-ma\u00e7ons, beaucoup de protestants, et subventionn\u00e9e par l\u2019\u00e9tranger ; c\u2019est l\u2019\u00e9tranger qui triomphe en France, jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 14 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-213532.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"724\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-213532-1024x724.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-409\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-213532-1024x724.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-213532-300x212.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-213532-768x543.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-18-213532.jpg 1068w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Revue du 14 juillet \u00e0 l&rsquo;hippodrome de Longchamp, Paris \u2013 Clich\u00e9 Maurice Louis Branger, 14 juillet 1906 (Roger-Viollet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 Paris, je me l\u00e8ve \u00e0 5h 1\/4 et, avec Papa, je passe par la gare Saint-Lazare pour Sur\u00e9ne-Longchamp ; j\u2019arrive \u00e0 Longchamp vers 7h \u00bd ; il y a une foule \u00e9norme et, en entrant dans la tribune, je perds Papa de vue ; la revue a lieu \u00e0 8h ; le gros Falli\u00e8res fait tra\u00eener sa bedaine sur le front des troupes pendant une demi-heure, ensuite il d\u00e9core quelques officiers g\u00e9n\u00e9raux ou sup\u00e9rieurs qui sont oblig\u00e9s de subir ensuite son accolade peu rago\u00fbtante. Le d\u00e9fil\u00e9 des troupes est la partie la plus int\u00e9ressante de la revue&nbsp;; il dure une heure ; y prennent part 12 r\u00e9giments d\u2019infanterie de ligne, 2 d\u2019infanterie coloniale, 2 du g\u00e9nie, 4 d\u2019artillerie, 6 de cavalerie, 1 bataillon de chasseurs \u00e0 pied, 1 bataillon de zouaves, la garde r\u00e9publicaine, les sapeurs-pompiers de Paris, les \u00e9coles de Saint-Cyr et Polytechnique, Centrale, d\u2019artillerie,&nbsp;du g\u00e9nie, un bataillon d\u2019artillerie \u00e0 pied, l\u2019artillerie de la 1<sup>\u00e8re<\/sup> division de cavalerie, un bataillon de t\u00e9l\u00e9graphistes, le train des \u00e9quipages ; cela doit faire de 25 \u00e0 30.000 hommes, mais comme cette masse de troupes est perdue dans l\u2019immense pelouse, on ne se rend pas compte qu\u2019il y en ait autant. Au passage du g\u00e9n\u00e9ral Percin, un des organisateurs (avec Andr\u00e9) de la d\u00e9lation dans l\u2019Arm\u00e9e, \u00e9clatent dans les tribunes des hou ! hou !, des sifflets, des cris divers contre les casseroles ; pour mon compte, je m\u2019\u00e9gosille pendant plusieurs minutes ; quelques idiots crient, pour nous r\u00e9pondre, vive Percin ; ils seraient plus francs en criant : vive la d\u00e9lation, le mouchardage, vivent les casseroles ! Tout est termin\u00e9 \u00e0 9h \u00be ; le roi du Cambodge, notre prot\u00e9g\u00e9 Sisowath, para\u00eet enchant\u00e9 de la revue \u00e0 laquelle il a assist\u00e9 de la tribune pr\u00e9sidentielle. Je d\u00e9jeune chez Tata Mimi et nous quittons Paris par le train de 4h17 \u00e0 la gare du quai d\u2019Orsay ; Tata Mimi, Margot et Paul Delestrac viennent nous dire adieu \u00e0 la gare. Par Orl\u00e9ans et Tours, nous arrivons \u00e0 Angers \u00e0 9h16 du soir. Maman a \u00e9t\u00e9 un peu fatigu\u00e9e ces jours-ci. Le \u00ab&nbsp;chef d\u2019escadron Dreyfus&nbsp;\u00bb, r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 par la volont\u00e9 des Juifs de tous les pays, a eu le bon go\u00fbt de ne pas assister \u00e0 la revue ; peut-\u00eatre a-t-il craint les pommes cuites.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 15 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph ; et, l\u2019apr\u00e8s-midi, au salut \u00e0 l\u2019Adoration ; je vais voir Rupert. C\u2019est aujourd\u2019hui 15 juillet qu\u2019expire le d\u00e9lai fix\u00e9 par Mme de Pallar\u00e8s elle-m\u00eame pour sa r\u00e9ponse ; elle avait, en effet, promis \u00e0 Maman dans une lettre \u00e9crite de Vichy de lui r\u00e9pondre avant le 15 juillet ; cependant, le facteur n\u2019a rien apport\u00e9 aujourd\u2019hui du Vernet. Cette date du 15 juillet, si \u00e9loign\u00e9e quand Mme de Pallar\u00e8s l\u2019a fix\u00e9e, ne devrait pas \u00eatre d\u00e9pass\u00e9e ; j\u2019esp\u00e8re bien que Mme de Pallar\u00e8s s\u2019y sera tenue et que nous recevrons une lettre demain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 juillet 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 16 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien encore de Mme de Pallar\u00e8s ; je commence \u00e0 trouver le retard extraordinaire pour ne rien dire de plus. Dreyfus, acquitt\u00e9 par la Cour de Cassation qui n\u2019avait pas qualit\u00e9 pour le juger en fait, se fait r\u00e9int\u00e9grer dans l\u2019Arm\u00e9e \u00e0 qui il impose la honte de sa pr\u00e9sence ; le gouvernement l\u2019affecte \u00e0 Vincennes. Et voil\u00e0 comment la raison d\u2019\u00c9tat juive, l\u2019emportant, en plein \u00c9tat fran\u00e7ais, sur la raison d\u2019\u00c9tat fran\u00e7aise, un tra\u00eetre av\u00e9r\u00e9 est soustrait \u00e0 ses juges naturels, acquitt\u00e9 par une juridiction incomp\u00e9tente et r\u00e9int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019Arm\u00e9e pour cette seule raison qu\u2019il est juif. La Cour de Cassation, en se pr\u00eatant \u00e0 cette inf\u00e2me besogne, s\u2019est d\u00e9shonor\u00e9e \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 17 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien encore de Mme de Pallar\u00e8s ; son revirement de proc\u00e9d\u00e9 est par trop incorrect et, quand j\u2019y pense, j\u2019ai peine \u00e0 garder mon sang-froid. Je d\u00e9cide de partir apr\u00e8s-demain pour Vin\u00e7a, y pr\u00e9c\u00e9dant Maman de quelques jours, car Philom\u00e8ne restera \u00e0 Sainte-Croix et Papa ira \u00e0 Cauterets. Je vais faire une visite \u00e0 Mme Robiou du Pont qui quitte Angers.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 18 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien encore du Vernet ; je lis un int\u00e9ressant roman de L\u00e9on Daudet, <em>Les Primaires<\/em>, peinture transparente du monde socialiste fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 19 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme de Pallar\u00e8s n\u2019a pas encore \u00e9crit ; vraiment, c\u2019est un comble ; quand on a soi-m\u00eame fix\u00e9 une date, surtout une date aussi \u00e9loign\u00e9e, c\u2019est bien le moins que l\u2019on s\u2019y tienne, surtout si la r\u00e9ponse doit \u00eatre n\u00e9gative ; s\u2019il en est ainsi, j\u2019aurai le droit de penser que ces dames agissent comme des personnes sans \u00e9ducation. Maman lui \u00e9crit pour lui dire que nous allons quitter Angers et la prier de r\u00e9pondre \u00e0 Vin\u00e7a ; en m\u00eame temps, elle lui fait comprendre, mod\u00e9r\u00e9ment mais nettement, qu\u2019il est grand temps de donner sa r\u00e9ponse. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, visite \u00e0 Mme Ren\u00e9 Bazin aux Ranjeardi\u00e8res puis \u00e0 la famille de Soos.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 20 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais passer la journ\u00e9e chez Herv\u00e9-Bazin au Patys, c\u2019est m\u00eame ce qui m\u2019a port\u00e9 \u00e0 retarder mon d\u00e9part qui est fix\u00e9, maintenant, \u00e0 dimanche soir. M. et Mme Normand d\u2019Authon sont au Patys ; Jacques qui fait une assez longue tourn\u00e9e pendant les vacances, viendra passer quelques jours en Roussillon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 21 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/gustave.0.de_pallares.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"453\" height=\"764\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/gustave.0.de_pallares.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-410\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/gustave.0.de_pallares.jpg 453w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/gustave.0.de_pallares-178x300.jpg 178w\" sizes=\"auto, (max-width: 453px) 100vw, 453px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Gustave de Pallar\u00e8s (1825-1915), pr\u00e9sident du Tribunal Civil de Prades, maire de Prades de 1861 \u00e0 1870 \u2013 Clich\u00e9 anonyme, sans date (Album de famille B\u00e9cat-Rotg\u00e9)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/charles.0.de_pallares.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"695\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/charles.0.de_pallares.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-411\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/charles.0.de_pallares.jpg 695w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/charles.0.de_pallares-204x300.jpg 204w\" sizes=\"auto, (max-width: 695px) 100vw, 695px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Charles de Pallar\u00e8s (1859-1895), fils de Gustave et p\u00e8re de Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, objet d&rsquo;un projet de mariage avec Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Photographie S. Grand et Cie, Aux Tanneries, Perpignan, 1886 (Institut du Grenat)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fatale journ\u00e9e ! Ce matin, la r\u00e9ponse de Mme de Pallar\u00e8s est arriv\u00e9e enfin ; mais elle n\u2019est pas conforme \u00e0 nos souhaits. Mme de Pallar\u00e8s, dans quatre longues pages, explique que sa fille est trop jeune pour qu\u2019elle consente \u00e0 s\u2019en s\u00e9parer encore etc. etc. C\u2019est la seule raison qu\u2019elle donne ; c\u2019est un pr\u00e9texte ; sa fille \u00e9tait aussi jeune et m\u00eame plus jeune il y a deux mois quand Mme No\u00ebll lui a demand\u00e9 si elle voulait la marier, et, si l\u2019\u00e2ge de Mlle de Pallar\u00e8s avait arr\u00eat\u00e9 sa m\u00e8re, celle-ci aurait r\u00e9pondu tout de suite \u00e0 Mme No\u00ebll qu\u2019elle ne voulait pas la marier encore ; elle n\u2019aurait pas r\u00e9fl\u00e9chi pendant pr\u00e8s de deux mois, elle n\u2019aurait pas parl\u00e9 du projet \u00e0 sa fille, n\u2019aurait pas accept\u00e9 ma photographie, n\u2019aurait pas d\u00e9rang\u00e9 deux m\u00e9decins, n\u2019aurait pas trait\u00e9 \u00e0 fond les questions d\u2019int\u00e9r\u00eat, enfin ne nous aurait pas laiss\u00e9s dans l\u2019incertitude pendant deux mois. Il ne peut y avoir \u00e0 cette d\u00e9cision si tardive que deux raisons : ou bien Mme de Pallar\u00e8s a une autre id\u00e9e pour sa fille, ou bien elle ne me trouve pas assez fortun\u00e9. Mais l\u00e0 encore, elle est inexcusable de nous avoir fait attendre si longtemps sa r\u00e9ponse, elle devait r\u00e9pondre dans les 15 jours. Il est \u00e9vident que ces dames, qui se laissent beaucoup plus toucher par les questions d\u2019int\u00e9r\u00eat que par les qualit\u00e9s morales, ne me trouvent pas assez riche bien que mes parents me donnent une propri\u00e9t\u00e9 de cent mille francs int\u00e9r\u00eat garanti de 5000 fr. ; elles auraient voulu qu\u2019en plus de cela, j\u2019ach\u00e8te une \u00e9tude de notaire ou d\u2019avou\u00e9 ; grand merci cela n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 dans mes go\u00fbts ; j\u2019ai offert de me faire inscrire au barreau de Perpignan, mais cela ne leur a pas suffi. Toutefois, je crois que les dames se seraient d\u00e9cid\u00e9es ; le grand obstacle a \u00e9t\u00e9 le grand\u2019p\u00e8re, le vieux M. de Pallar\u00e8s qui, d\u00e8s le d\u00e9but, a manifest\u00e9 de la r\u00e9pugnance \u00e0 laisser marier sa petite-fille, et qui \u00e0 la fin, a d\u00fb imposer sa volont\u00e9. Ils le regretteront probablement un jour, ainsi que nous l\u2019\u00e9crit Mme No\u00ebll ; quand on a, dans sa famille, un noceur comme M. Charles de Pallar\u00e8s, qui s\u2019est tu\u00e9 par ses exc\u00e8s apr\u00e8s avoir rendu sa femme malheureuse comme les pierres<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a>, la le\u00e7on devrait servir ; on devrait tenir un peu moins \u00e0 la fortune et un peu plus aux qualit\u00e9s morales. Pour moi, je pensais bien que tout cela finirait par s\u2019arranger et cette solution me surprend et me fait de la peine ; c\u2019est une grosse d\u00e9ception apr\u00e8s une si longue attente et tant d\u2019espoir. Les personnes qui ont eu l\u2019id\u00e9e de ce mariage auraient mieux fait de ne m\u2019en jamais parler ; je ne connaissais m\u00eame pas l\u2019existence de Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s et je n\u2019aurais jamais, de moi-m\u00eame, pens\u00e9 \u00e0 elle. Enfin, que la volont\u00e9 de Dieu s\u2019accomplisse ! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais rendre compte \u00e0 M. l\u2019abb\u00e9 Brossard, que j\u2019avais mis au courant, de l\u2019insucc\u00e8s de ce projet de mariage. J\u2019ai la visite de Rupert. Mon arriv\u00e9e en Roussillon n\u2019\u00e9tant plus aussi press\u00e9, je ne partirai que demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 22 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et au salut \u00e0 la chapelle de l\u2019Adoration ; ensuite, visite \u00e0 M. et Mme Buston. Nous avons Rupert \u00e0 d\u00eener et je sors un moment avec lui apr\u00e8s d\u00eener. Je lis avec horreur les d\u00e9tails de la c\u00e9r\u00e9monie qu\u2019Isra\u00ebl triomphant a impos\u00e9e \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise en l\u2019honneur de Dreyfus. Non content de r\u00e9int\u00e9grer le tra\u00eetre dans l\u2019Arm\u00e9e, le gouvernement l\u2019a d\u00e9cor\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019honneur (!!!) et l\u2019a fait en grande pompe ; dans la cour de l\u2019\u00c9cole militaire, o\u00f9 il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9grad\u00e9 il y a douze ans, le g\u00e9n\u00e9ral Gillain, en pr\u00e9sence de d\u00e9tachements de cavalerie et d\u2019artillerie, \u00e0 qui on a impos\u00e9 cet odieux spectacle, l\u2019a d\u00e9cor\u00e9 au nom de Falli\u00e8res apr\u00e8s l\u2019avoir embrass\u00e9 deux fois ; quelques-unes des gloires (!) du dreyfusisme, le capitaine juif Cassel, le juif Hadamard, Percin, Picquart, Baudouin, et quelques dizaines de youtres assistaient \u00e0 la honteuse c\u00e9r\u00e9monie et jouissaient de l\u2019humiliation de l\u2019Arm\u00e9e ; je crois que si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e0 la place des soldats d\u00e9sign\u00e9s pour assister \u00e0 cette chose ignoble, il m\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 impossible de contenir mes sentiments ; Henri Vaugeoiss s\u2019est pris de querelle, \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019\u00c9cole militaire, avec des Juifs \u00e0 propos d\u2019un article de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> et a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 pendant un moment, peut-\u00eatre cette affaire aura-t-elle d\u2019autres suites. Comment, quand la r\u00e9publique donne un pareil spectacle d\u2019ignominie, peut-il y avoir encore des patriotes et des catholiques r\u00e9publicains ? La foule qui avait r\u00e9ussi \u00e0 se masser peu \u00e0 peu contre la grille de l\u2019\u00c9cole militaire, a conspu\u00e9 Dreyfus \u00e0 sa sortie. Mon Dieu, mon Dieu ! Quand serons-nous d\u00e9livr\u00e9s d\u2019un gouvernement qui fait des choses aussi ignobles ? Je pense beaucoup au projet de mariage manqu\u00e9 et je m\u2019efforce d\u2019en prendre mon parti. Combien je regrette que Mme No\u00ebll, avant de lancer l\u2019id\u00e9e de ce mariage, n\u2019ait pas demand\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on certaine \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s si elle tenait \u00e0 beaucoup de fortune ; elle m\u2019aurait \u00e9vit\u00e9 bien des angoisses et la d\u00e9ception d\u2019hier.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 juillet 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 23 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me d\u00e9cide, puisque rien ne m\u2019appelle imm\u00e9diatement en Roussillon, \u00e0 accepter l\u2019invitation que me fait depuis quelque temps l\u2019oncle Paul d\u2019aller \u00e0 Dijon ; j\u2019\u00e9cris donc \u00e0 Tante Josepha que j\u2019arriverai jeudi matin&nbsp;; mon s\u00e9jour \u00e0 Dijon co\u00efncidera avec la \u00ab&nbsp;Semaine sociale&nbsp;\u00bb qui se tient cette ann\u00e9e dans cette ville sous la pr\u00e9sidence de son nouvel \u00e9v\u00eaque Mgr Dadolle ; j\u2019esp\u00e8re bien pouvoir assister \u00e0 plusieurs des s\u00e9ances de ce congr\u00e8s social catholique d\u2019une semaine o\u00f9 des questions si int\u00e9ressantes et si actuelles seront trait\u00e9es. Papa va partir pour Cauterets pour son traitement ; Philom\u00e8ne va aller \u00e0 Sainte-Croix o\u00f9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se la r\u00e9clame ; Maman h\u00e9site entre Cauterets et Dijon, elle para\u00eet d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 venir passer peu de jours \u00e0 Dijon et \u00e0 y prendre N\u00e9nette, si on la lui confie, pour l\u2019accompagner \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 ses parents ne viendront qu\u2019en septembre. La grosse nouvelle du jour, c\u2019est la dissolution de la Douma par le tsar ; cette assembl\u00e9e avait pris imm\u00e9diatement une attitude des plus r\u00e9volutionnaires et il \u00e9tait \u00e9vident que l\u2019un des deux pouvoirs, le sien ou le pouvoir imp\u00e9rial, devait prendre le dessus ; le tsar l\u2019a enfin compris et, pour ne pas \u00eatre d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de ses pr\u00e9rogatives et peut-\u00eatre de son tr\u00f4ne, dissout la Douma actuelle et annonce la r\u00e9union d\u2019une nouvelle Douma pour le mois de mars ; mais le pouvoir imp\u00e9rial est-il assez s\u00fbr de lui-m\u00eame pour triompher du mouvement que la dissolution de la Douma produira probablement ? C\u2019est douteux, et l\u00e0 est le danger pour la Russie. Le tsar fera bien aussi de t\u00e2cher de r\u00e9aliser quelques r\u00e9formes indispensables surtout dans l\u2019administration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 24 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part. Le soir, je d\u00eene chez la famille Gavouy\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, jeudi 26 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9tais en chemin de fer hier soir et je n\u2019ai pu \u00e9crire mon journal. Dans la matin\u00e9e et l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019hier, nous avons \u00e9t\u00e9 occup\u00e9s \u00e0 nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part ; nous sommes tous partis hier soir \u00e0 10h27 ; Papa, Philom\u00e8ne et la femme de chambre Th\u00e9r\u00e8se nous ont laiss\u00e9s \u00e0 Saint-Pierre-des-Corps ; Philom\u00e8ne va \u00e0 Sainte-Croix o\u00f9 Papa l\u2019accompagne et passe deux jours avant d\u2019aller \u00e0 Cauterets, la femme de chambre va \u00e0 Ille avec Maman, je continue sur Saincaize, Nevers que je visite en deux heures, Chagny et Dijon. \u00c0 Dijon Tante Josepha et Mariette nous attendaient \u00e0 la gare&nbsp;; N\u00e9nette a encore \u00e9norm\u00e9ment grandi depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; je vois l\u2019oncle Paul pour la premi\u00e8re fois depuis qu\u2019il est g\u00e9n\u00e9ral. Ils sont install\u00e9s dans un vieil h\u00f4tel tr\u00e8s curieux appartenant au marquis de Vog\u00fc\u00e9 (il y a eu une alliance entre la branche a\u00een\u00e9e des Bosch et les Vog\u00fc\u00e9, Mlle de Vinezac, petite-fille d\u2019une demoiselle de Bosch, avait \u00e9pous\u00e9 un marquis de Vog\u00fc\u00e9 au commencement du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle)<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\">[47]<\/a>. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons et nous causons beaucoup.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1024x672.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"672\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1024x672.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-412\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1024x672.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-300x197.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-768x504.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1536x1008.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">H\u00f4tel de Vog\u00fc\u00e9 \u00e0 Dijon \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque, sans date (Site G\u00e9n\u00e9anet cartes postales)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, vendredi 27 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne un moment avec l\u2019oncle Paul qui me fait visiter une partie de la ville ; je vais prendre ma carte de congressiste pour la \u00ab&nbsp;Semaine sociale \u00bb, on m\u2019inscrit sous le n\u00b0 936, il y aura donc au moins un millier de congressistes venus de toute la France. L\u2019apr\u00e8s-midi, je re\u00e7ois de M. Henri Bertran<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\">[48]<\/a>, qui est le pr\u00e9sident de la section de la ligue d\u2019Action Fran\u00e7aise nouvellement fond\u00e9e \u00e0 Perpignan, une lettre dans laquelle il me demande d\u2019\u00eatre le chef des groupements qui pourraient \u00eatre fond\u00e9s dans le canton de Vin\u00e7a, car on s\u2019est mis \u00e0 fonder des groupes dans les campagnes ; il me dit, de plus, qu\u2019il a l\u2019intention d\u2019aller \u00e0 Ille prochainement et me prie de lui fixer un jour ; je vais lui r\u00e9pondre. Nous allons en promenade au magnifique parc cr\u00e9\u00e9 par le Grand Cond\u00e9 aux portes de Dijon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, samedi 28 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je r\u00e9ponds \u00e0 M. Bertran que je me consens tr\u00e8s volontiers \u00e0 mettre au service de la cause royaliste repr\u00e9sent\u00e9e par la ligue d\u2019Action Fran\u00e7aise toute l\u2019influence dont je puis disposer dans le canton de Vin\u00e7a, et j\u2019ajoute que je serai \u00e0 Ille dans quelques jours et que je lui pr\u00e9parerai les voies afin qu\u2019il puisse jeter facilement \u00e0 Ille et \u00e0 Vin\u00e7a les bases de sections locales de la ligue. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons au jardin de l\u2019Arquebuse, Dijon est une ville tr\u00e8s favoris\u00e9e sous le rapport des promenades et jardins publics ; je visite la cath\u00e9drale assez ordinaire ; je commence \u00e0 me bien reconna\u00eetre dans la ville. Il fait tr\u00e8s chaud, je prends un bain un peu frais.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, dimanche 29 juillet 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je visite, avec l\u2019oncle Paul, le mus\u00e9e tr\u00e8s int\u00e9ressant install\u00e9 dans l\u2019ancien ch\u00e2teau des ducs de Bourgogne, puis je vais \u00e0 la Chartreuse de Champmolle o\u00f9 se trouve le remarquable puits de Mo\u00efse.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 au 31 juillet 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, lundi 30 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/College_des_GODRANS.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"818\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/College_des_GODRANS-818x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-413\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/College_des_GODRANS-818x1024.jpg 818w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/College_des_GODRANS-240x300.jpg 240w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/College_des_GODRANS-768x962.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/College_des_GODRANS.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 818px) 100vw, 818px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coll\u00e8ge des Godrans (ancien coll\u00e8ge des J\u00e9suites) \u00e0 Dijon \u2013 Vue actuelle (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui que s\u2019ouvre la \u00ab&nbsp;Semaine sociale \u00bb consacr\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019un grand nombre de questions sociales des plus int\u00e9ressantes mais des plus \u00e9pineuses ; les organisateurs de la semaine sociale appartiennent \u00e0 l\u2019\u00e9cole sociale catholique, nuance de Mun et de La Tour du Pin qui r\u00e9pudie, d\u2019une part, l\u2019abstentionnisme syst\u00e9matique et l\u2019individualisme de l\u2019\u00e9cole lib\u00e9rale, et d\u2019autre part, l\u2019\u00e9tatisme et la tyrannie socialiste et collectiviste. La \u00ab&nbsp;Semaine&nbsp;\u00bb s\u2019ouvre par une messe \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-Michel ; \u00e0 8h \u00bd, cours du chanoine Garriguet sur \u00ab La n\u00e9cessit\u00e9 et la dignit\u00e9 du travail \u00bb ; \u00e0 10h \u00bc, cours tr\u00e8s document\u00e9 de M. Eug\u00e8ne Duthoit sur \u00ab Le travail de la femme dans la grande industrie \u00bb ; \u00e0 5h \u00bd, conf\u00e9rence de g\u00e9ographie commerciale de M. Jean Brunhes sur \u00ab Les cons\u00e9quences industrielles et sociales de l\u2019exploitation de la houille \u00bb, pas tr\u00e8s \u00e9tudi\u00e9e, exag\u00e9rations. Le soir, au Cirque, r\u00e9union d\u2019inauguration par le nouvel \u00e9v\u00eaque de Dijon ; 3000 personnes environ y assistent. L\u2019\u00e9v\u00eaque, qui a succ\u00e9d\u00e9 au triste Le Nordez, commente les enseignements sociaux de L\u00e9on XIII et de Pie X dont s\u2019inspire l\u2019\u00e9cole sociale catholique. Les cours, qui ont lieu dans le th\u00e9\u00e2tre de l\u2019ancien coll\u00e8ge des J\u00e9suites, sont suivis par un millier de congressistes, parmi lesquels les jeunes pr\u00eatres ou s\u00e9minaristes dominent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, mardi 31 juillet 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_Xardel_en_tenue_davocat_en_1932_-_Agence_Meurisse_cropped.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"702\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_Xardel_en_tenue_davocat_en_1932_-_Agence_Meurisse_cropped.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-414\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_Xardel_en_tenue_davocat_en_1932_-_Agence_Meurisse_cropped.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Pierre_Xardel_en_tenue_davocat_en_1932_-_Agence_Meurisse_cropped-214x300.jpg 214w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pierre Xardel (1887-1961), avocat, po\u00e8te et membre de l&rsquo;Action fran\u00e7aise \u2013 Photographie Agence Meurice, 1932 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue \u00e0 suivre tous les cours et conf\u00e9rences de la \u00ab&nbsp;Semaine sociale&nbsp;\u00bb ; ceux du matin sont la suite de ceux d\u2019hier matin ; le soir, au Cirque, conf\u00e9rence de M. Martin Saint-L\u00e9on, que j\u2019ai vu plusieurs fois au \u00ab Mus\u00e9e Social \u00bb \u00e0 Paris, sur l\u2019utilit\u00e9 des \u00ab&nbsp;classes moyennes&nbsp;\u00bb. Dans l\u2019intervalle des cours, je fais la connaissance d\u2019un jeune homme royaliste, M. Pierre Xardel<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\">[49]<\/a>, de Nancy ; il est r\u00e9dacteur \u00e0 <em>La Brigade de fer<\/em> de Nancy o\u00f9 il signe \u00ab Rodrigue \u00bb ; comme les ralli\u00e9s et les sillonnistes sont l\u00e0 en masses compactes, je suis enchant\u00e9 de faire la connaissance d\u2019un royaliste ; il me dit qu\u2019il est l\u2019un des cinq catholiques d\u00e9termin\u00e9s qui ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l\u2019int\u00e9rieur de la loge de Nancy et qui en ont fait le sac le jour de l\u2019inventaire de la cath\u00e9drale de Nancy ; toujours les royalistes au premier rang !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ao\u00fbt 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 ao\u00fbt 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, mercredi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours de l\u2019abb\u00e9 de Pascal, ancien dominicain et professeur \u00e0 l\u2019Institut d\u2019Action Fran\u00e7aise, sur \u00ab Les justes et \u00e9quitables rapports des hommes entre eux relativement \u00e0 l\u2019usage des biens temporels et aux \u00e9changes qu\u2019ils comportent \u00bb ; il donne sa th\u00e9orie de la propri\u00e9t\u00e9 qui n\u2019est pas la th\u00e9orie romaine reprise par les l\u00e9gistes et par la R\u00e9volution, mais la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9cole sociale catholique ; ensuite, conf\u00e9rence peu int\u00e9ressante sur le f\u00e9minisme. Le soir \u00e0 5h \u00bc, conf\u00e9rence de l\u2019abb\u00e9 Lemire sur \u00ab Les mesures de protection l\u00e9gale du foyer familial \u00bb&nbsp;; la conf\u00e9rence est bien faite et les conclusions sont justes, mais cet abb\u00e9 d\u00e9mocrate et r\u00e9publicain ne peut s\u2019emp\u00eacher de laisser percer parfois ses opinions&nbsp;; les jeunes pr\u00eatres ralli\u00e9s et d\u00e9mocrates qui sont l\u00e0 lui font, \u00e0 son entr\u00e9e, une ovation \u00e0 laquelle, d\u2019ailleurs, l\u2019ensemble de la salle ne s\u2019associe pas ; au cours de la conf\u00e9rence, j\u2019ai souvent l\u2019occasion d\u2019applaudir l\u2019abb\u00e9 Lemire ; \u00e0 la sortie cependant, j\u2019ai, au sujet de l\u2019attitude politique de ce pr\u00eatre-d\u00e9put\u00e9 qui a d\u00e9savou\u00e9 \u00e0 la Chambre la r\u00e9sistance aux inventaires, une discussion avec un jeune pr\u00eatre qui avait remarqu\u00e9 que l\u2019abb\u00e9 Lemire ne me plaisait pas et qui me demandait ce que j\u2019avais \u00e0 lui reprocher ; je le lui dis carr\u00e9ment et il a peine \u00e0 me r\u00e9pondre. Mon Dieu, comme les Catholiques de France sont divis\u00e9s ! On le sent, on le constate, on le touche du doigt, d\u00e8s qu\u2019un grand nombre de Catholiques sont r\u00e9unis. Ayant remarqu\u00e9 qu\u2019\u00e0 la biblioth\u00e8que du congr\u00e8s, il y a un grand nombre de revues sillonnistes et ralli\u00e9es, j\u2019ai \u00e9crit avant-hier \u00e0 Gonnet de m\u2019envoyer des num\u00e9ros de l\u2019<em>Action fran\u00e7aise<\/em> \u00e0 y mettre ; il m\u2019en envoie aujourd\u2019hui un colis postal ; j\u2019en porterai tous les jours un certain nombre au bureau de la distribution gratuite. Le soir, nous allons \u00e0 la cath\u00e9drale \u00e0 une audition de musique palestrinienne et de chants gr\u00e9goriens ; nous y restons un petit moment.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jules_lemire.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"387\" height=\"525\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jules_lemire.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-415\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jules_lemire.jpeg 387w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jules_lemire-221x300.jpeg 221w\" sizes=\"auto, (max-width: 387px) 100vw, 387px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Abb\u00e9 Jules Lemire (1853-1928), d\u00e9put\u00e9 de 1893 \u00e0 1928, maire d&rsquo;Hazebrouck de 1914 \u00e0 1928  \u2013 Clich\u00e9 anonyme, sans date (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, jeudi 2 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite du cours du P. de Pascal, puis conf\u00e9rence int\u00e9ressante de M. Marcel Lecoq sur la dur\u00e9e du travail des adultes et les revendications du 1er mai ; il croit que la journ\u00e9e de 8 heures n\u2019est pas une utopie et qu\u2019on y arrivera dans un temps pas trop \u00e9loign\u00e9, pour le plus grand bien de la classe ouvri\u00e8re ; c\u2019est aussi depuis longtemps mon avis ; je mets sur les tables de la distribution gratuite plusieurs num\u00e9ros de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, ils sont remarqu\u00e9s et pris pour \u00eatre lus par plusieurs jeunes pr\u00eatres. L\u2019oncle Paul donnant un d\u00eener ce soir, il m\u2019est impossible d\u2019aller \u00e0 la conf\u00e9rence de 5h \u00bd et \u00e0 la conf\u00e9rence de M. Imbart de la Tour au Cirque \u00e0 8h. \u00c0 ce d\u00eener prennent part le lieutenant et Mme Chanay, une charmante jeune femme, le lieutenant-colonel Brochin et le capitaine de Marcilly, officier d\u2019ordonnance de l\u2019oncle Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, vendredi 3 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, cours du P. Antoine sur \u00ab Les trois soci\u00e9t\u00e9s n\u00e9cessaires&nbsp;\u00bb : la famille, la profession et la Cit\u00e9 ; ce matin, il traite de la famille ; ensuite conf\u00e9rence de M. Savot sur la crise de la famille agricole et ses sympt\u00f4mes en Bourgogne. Je vais \u00e0 la messe \u00e0 Saint-Ignace en l\u2019honneur du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois ; je distribue, par le m\u00eame moyen qu\u2019hier, un bon nombre de num\u00e9ros de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>. Le soir \u00e0 5h \u00bd, conf\u00e9rence de M. Milcent sur la mutualit\u00e9 agricole ; il fait un orage \u00e9pouvantable. Il para\u00eet que la conf\u00e9rence de M. Imbart de la Tour hier soir a \u00e9t\u00e9 d\u00e9plorable ; il a exalt\u00e9 la d\u00e9mocratie, tap\u00e9 sur la royaut\u00e9 etc ; voil\u00e0 comment les ralli\u00e9s respectent la neutralit\u00e9 politique ; si nous en faisions autant que ne dirait-on pas ? L\u2019effet de ce discours a \u00e9t\u00e9 mauvais.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, samedi 4 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, apr\u00e8s le dernier cours du P. Antoine sur \u00ab La profession&nbsp;\u00bb et sur \u00ab&nbsp;La Cit\u00e9 \u00bb, un vif incident se produit \u00e0 propos des <em>Actions fran\u00e7aises<\/em> que je porte aux tables de la distribution gratuite. Un monsieur, nomm\u00e9 M. Beudet, membre du Comit\u00e9 des Semaines sociales, pr\u00e9tend m\u2019emp\u00eacher de les mettre&nbsp;; je r\u00e9clame \u00e0 MM. Salvot et Boissard, ce dernier pr\u00e9sident du Comit\u00e9, ceux-ci reconnaissent que j\u2019ai le droit de les mettre&nbsp;; je les reporte donc, mais le m\u00eame M. Beudet les enl\u00e8ve encore&nbsp;; nous avons ensemble une vive discussion qui occasionne un attroupement&nbsp;; M. Xardel et un M. Joliet, aussi ligueur de l\u2019Action fran\u00e7aise, me soutiennent&nbsp;; ce M. Beudet enl\u00e8ve les revues, mais heureusement elles sont recueillies au passage et seront lues&nbsp;; je d\u00e9clare \u00e0 ce M. Beudet que l\u2019incident n\u2019en restera pas l\u00e0 et que je le relaterai dans les journaux&nbsp;; il n\u2019est pas admissible que l\u2019Action fran\u00e7aise soit exclue puisque le Sillon est admis partout. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en voiture \u00e0 la fontaine dite de Jouvence.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, dimanche 5 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec M. Xardel, je fais pour les journaux le compte-rendu de l\u2019incident d\u2019hier, il faut que l\u2019on sache que les monarchistes ne se laisseront pas marcher sur les pieds. Je fais un compte-rendu plus d\u00e9taill\u00e9 pour <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>. Je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame. Maman part pour Vin\u00e7a par le train de 7 heures. Nous envoyons le compte-rendu de l\u2019incident d\u2019hier \u00e0 <em>La V\u00e9rit\u00e9<\/em>, \u00e0 <em>La Gazette de France<\/em>, au <em>Soleil<\/em>, au <em>Gaulois<\/em>, \u00e0 <em>L\u2019Autorit\u00e9<\/em>, au <em>Jaune<\/em>, au <em>Nouvelliste de Lyon<\/em>, et \u00e0 <em>La Libre Parole<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 ao\u00fbt 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lyon, lundi 6 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon s\u00e9jour \u00e0 Dijon s\u2019est termin\u00e9 aujourd\u2019hui, il est grand temps d\u2019arriver en Roussillon. Le matin, j\u2019accompagne l\u2019oncle Paul \u00e0 Auxonne o\u00f9 il va, accompagn\u00e9 d\u2019un capitaine de gendarmerie, pr\u00e9sider le conseil de r\u00e9forme. Auxonne a \u00e9t\u00e9 une des premi\u00e8res \u00e9tapes de la vie militaire de Napol\u00e9on (il y a \u00e9t\u00e9 en garnison en 1788 et 89, quand il \u00e9tait lieutenant d\u2019artillerie dans le r\u00e9giment du Roy) ; il a sa statue ; l\u2019\u00e9glise et la mairie sont curieuses (XIV<sup>e<\/sup> et XV<sup>e<\/sup> si\u00e8cles) ; il y a aussi un vieux ch\u00e2teau transform\u00e9 en caserne, nous le visitons ; nous d\u00e9jeunons \u00e0 Auxonne et nous sommes de retour \u00e0 Dijon \u00e0 1h. Je suis occup\u00e9 toute l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 recopier et \u00e0 exp\u00e9dier mon long rapport \u00e0 <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em>, \u00e0 me faire couper les cheveux, \u00e0 faire ma malle. Je fais mes adieux \u00e0 l\u2019oncle Paul, Tante Josepha et N\u00e9nette ; je pars par l\u2019express de 7h37 ; j\u2019arrive \u00e0 Lyon, o\u00f9 je m\u2019arr\u00eate jusqu\u2019\u00e0 demain 10h, vers 10h \u00bd&nbsp;; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Globe.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 8 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ayant \u00e9t\u00e9 en voyage presque toute la journ\u00e9e d\u2019hier et toute la nuit derni\u00e8re, je n\u2019ai pas pu \u00e9crire mon journal hier. Hier matin \u00e0 Lyon, je suis all\u00e9 entendre la messe de 8 heures \u00e0 Fourvi\u00e8re ; ensuite, voyant qu\u2019il ferait tr\u00e8s chaud, j\u2019ai pris une bonne douche avant de me mettre en route. Je suis parti par le train de 10h45 ; arr\u00eat \u00e0 Valence et visite rapide de la ville peu int\u00e9ressante ; d\u00e9part de Valence \u00e0 2h41, nouvel arr\u00eat \u00e0 Orange o\u00f9 je vais voir les fameuses antiquit\u00e9s romaines et notamment le th\u00e9\u00e2tre ; je profite de mon passage dans cette r\u00e9gion pour voir cette ann\u00e9e les villes que je n\u2019avais pas vues l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Je repars d\u2019Orange \u00e0 9h \u00be du soir et, par Tarascon, Cette et Narbonne, j\u2019arrive \u00e0 Perpignan vers 7h \u00bd ce matin, et \u00e0 Vin\u00e7a gr\u00e2ce \u00e0 un nouveau train, \u00e0 9h \u00bd&nbsp;; j\u2019ai fait ce voyage par une chaleur torride. Ici, je trouve Maman et Bonne Maman en bonne sant\u00e9. Avec Bonne Maman, que je n\u2019avais pas vue depuis le commencement de mai, je parle beaucoup du projet de mariage manqu\u00e9 avec Mlle de Pallar\u00e8s ; Bonne-Maman me dit que les dames de Pallar\u00e8s sont tellement serr\u00e9es sous le rapport de l\u2019argent que j\u2019aurais souffert&nbsp;; quoiqu\u2019il en soit, j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne jamais entendre parler de ce projet puisqu\u2019il ne devait pas aboutir ; pr\u00e9cis\u00e9ment, Mme Louis No\u00ebll est ici ; nous allons la voir dans l\u2019apr\u00e8s-midi, mais ne la rencontrons pas. Il fait une chaleur \u00e9touffante.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 9 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme voir le r\u00e9sultat des travaux de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et de l\u2019hiver dernier ; les pommiers ont bien pris, le ma\u00efs a bien pouss\u00e9, mais la luzerne sera \u00e0 recommencer, elle n\u2019a pas r\u00e9ussi. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons en m\u00eame temps la visite de Mme No\u00ebll et celle de Mme Dalverny ; naturellement, nous ne parlons que du projet de mariage Pallar\u00e8s auquel ces dames ont \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9es de si pr\u00e8s. Mme No\u00ebll, qui a eu la premi\u00e8re l\u2019id\u00e9e de ce mariage et qui, connaissant beaucoup Mme de Pallar\u00e8s, a conduit toutes les n\u00e9gociations, nous dit qu\u2019au d\u00e9but l\u2019id\u00e9e de ce mariage a beaucoup convenu \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s qui en \u00e9tait enchant\u00e9e ; Mlle H\u00e9l\u00e8ne, para\u00eet-il, le voulait aussi beaucoup ; l\u2019obstacle est venu du grand\u2019p\u00e8re&nbsp;; toutefois Mme No\u00ebll croit qu\u2019on aurait fini par se d\u00e9cider. Elle est convaincu qu\u2019il a d\u00fb y avoir, vers la fin, quelque faux rapport, quelque calomnie&nbsp;; que diable peut-on avoir dit ? Je ne crois pas avoir jamais fait de m\u00e9chancet\u00e9 \u00e0 personne ; qui a pu me calomnier ? Ces dames me disent que Mme de Pallar\u00e8s et sa m\u00e8re sont tr\u00e8s serr\u00e9es pour les questions d\u2019argent ; quoique fort riches, elles sont d\u2019une \u00e9conomie qui frise l\u2019avarice et, sous ce rapport, j\u2019aurais eu des difficult\u00e9s. N\u00e9anmoins, je le regrette ; apr\u00e8s avoir cru pendant trois mois que ce projet allait se r\u00e9aliser, je ne peux pas me faire \u00e0 l\u2019id\u00e9e que tout est fini.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 10 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais aux Capeillans choisir un cheval que Fernand de Rovira m\u2019a r\u00e9serv\u00e9 ; c\u2019est une jument grise, 9 ans, 1m55 ; je l\u2019essaye au pas, au trot et au galop ; elle allonge et a le pied s\u00fbr, elle para\u00eet tr\u00e8s docile ; elle a le d\u00e9faut d\u2019avoir trop de ventre car c\u2019est une poulini\u00e8re&nbsp;; mais on pourra le lui faire baisser ; j\u2019ai le choix entre celle-l\u00e0 qui r\u00e9pond au nom de \u00ab Valentine \u00bb et une autre alezane \u00ab&nbsp;Zibeline&nbsp;\u00bb, mais comme on me dit que cette derni\u00e8re, qui est \u00e0 Elne, a encore plus de ventre, je me d\u00e9cide pour \u00ab&nbsp;Valentine&nbsp;\u00bb ; j\u2019enverrai Jacques la prendre demain matin et le conduire \u00e0 Ille. A Perpignan, je ne rencontre personne ; ni les Bonafos, ni Carlos ; tout le monde est \u00e0 la campagne ou \u00e0 la montagne ; je vais voir un jeune homme de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, malade \u00e0 l\u2019H\u00f4pital de Perpignan, un nomm\u00e9 Brial.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 11 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Vin\u00e7a, je me confesse et je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate de Sainte Philom\u00e8ne ; dans la matin\u00e9e, je fais la tourn\u00e9e des malades de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris, je vais voir Mme Dalverny. Je pars pour Ille avec Maman, par le train de 6h48 du soir ; nous nous installons \u00e0 Ille jusqu\u2019\u00e0 la fin d\u2019ao\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 12 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; je vois quelques personnes ; on m\u2019annonce mon mariage avec Marie-Louise de Lacour ; ce bruit, qui courait d\u00e9j\u00e0 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, n\u2019a donc pas encore pris fin ; si les gens savaient combien les mariages sont difficiles dans mon monde, ils seraient plus circonspects dans leurs paroles ; les Lacour sont ici en ce moment et j\u2019aper\u00e7ois, de loin, Marie-Louise qui est une superbe jeune fille, mais Victor n\u2019est pas ici. Les gens auront beau parler, ce n\u2019est pas cela qui fera de moi le mari de Mlle de Lacour&nbsp;; h\u00e9las, il faut autre chose pour r\u00e9ussir un mariage ! <em>\u00ab Vox populi \u00bb<\/em> n\u2019est pas toujours <em>\u00ab Vox Dei \u00bb<\/em>.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 ao\u00fbt 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 13 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je monte Valentine, je vais \u00e0 Boule o\u00f9 Joseph Jacomy m\u2019annonce qu\u2019il abandonnera les vignes \u00e0 l\u2019expiration du bail en d\u00e9cembre ; cela va tr\u00e8s bien pour nous. Valentine marche bien, mais elle a trop de ventre et est bless\u00e9e sous la sangle&nbsp;; j\u2019ai grande envie de la changer. Je fais de vains efforts pour d\u00e9cider le fermier Gachet, qui s\u2019est disput\u00e9 l\u2019autre jour avec Batllot au sujet d\u2019un bout de champ sous-afferm\u00e9 par Batllot \u00e0 Gachet, \u00e0 retarder \u00e0 quinzaine l\u2019assignation en justice de paix qu\u2019il a lanc\u00e9e contre lui&nbsp;; moins heureux qu\u2019avec Batllot, que j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 emp\u00eacher de porter plainte contre Gachet devant le procureur de la r\u00e9publique, je ne r\u00e9ussis pas \u00e0 convaincre Gachet ; ce proc\u00e8s entre deux de nos fermiers limitrophes est bien ennuyeux. Papa en sera furieux. Maman, \u00e0 mon insu et malgr\u00e9 moi, avait \u00e9crit avant notre d\u00e9part d\u2019Angers une derni\u00e8re lettre \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s&nbsp;; elle lui d\u00e9clarait qu\u2019elle ne venait pas essayer de changer sa d\u00e9cision, mais qu\u2019elle lui demandait la vraie raison de sa d\u00e9cision car, disait-elle, elle comprenait que la raison d\u2019\u00e2ge n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9texte ; Maman m\u2019a avou\u00e9 il y a 3 jours seulement qu\u2019elle a \u00e9crit cette lettre ; elle re\u00e7oit aujourd\u2019hui la r\u00e9ponse de Mme de Pallar\u00e8s qui lui assure que la raison d\u2019\u00e2ge est la seule raison car elle n\u2019a re\u00e7u sur mon compte que <em>\u00ab des <u>renseignements parfaits sur tous les points<\/u> \u00bb<\/em>. Je persiste \u00e0 croire que la raison de l\u2019\u00e2ge de la jeune fille n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un pr\u00e9texte&nbsp;; la vraie raison, c\u2019est que on ne m\u2019a pas trouv\u00e9 assez riche ; je suis bien aise, toutefois, de savoir qu\u2019on n\u2019a donn\u00e9 sur mon compte que de bons renseignements. Mais \u00e0 quoi cela a-t-il servi ? Il arrive, dans notre rue, chez des voisins, un accident qui aurait pu avoir des suites graves ; un plancher s\u2019est effondr\u00e9 et quatre enfants sont tomb\u00e9s ; une fillette de 8 ou 9 ans s\u2019est bless\u00e9e \u00e0 la t\u00eate ; Maman, entendant le bruit, y va et, appliquant les principes qu\u2019elle a appris aux cours de la Croix-Rouge \u00e0 Angers, fait \u00e0 cette petite un pansement antiseptique&nbsp;; elle lui recommande de revenir tous les jours se faire panser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 14 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Vin\u00e7a. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne, je vais me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 15 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais faire la sainte communion \u00e0 l\u2019\u00e9glise \u00e0 7 heures. Au retour, <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> de Montpellier apporte enfin le texte si impatiemment attendu des instructions pratiques du pape sur la conduite \u00e0 tenir en face de la Loi de S\u00e9paration&nbsp;; c\u2019est une encyclique aux \u00e9v\u00eaques de France. \u00c0 ma grande satisfaction, Pie X d\u00e9clare que non seulement il interdit de former les associations cultuelles telles que les pr\u00e9voit la loi, mais m\u00eame qu\u2019il ne permet pas de former ces associations dites canoniques sur lesquelles s\u2019\u00e9taient rabattus les partisans de l\u2019accommodement avec la loi&nbsp;; donc ni essai loyal, ni essai m\u00eame mitig\u00e9 ; ignorance compl\u00e8te, absolue de la loi de S\u00e9paration, tant qu\u2019une disposition certaine et l\u00e9gale ne reconna\u00eetra pas la hi\u00e9rarchie et la discipline catholiques et la propri\u00e9t\u00e9 eccl\u00e9siastique. Voil\u00e0 enfin tranch\u00e9e cette question qui passionnait les Catholiques fran\u00e7ais depuis 8 mois. Rome a prononc\u00e9 le <em>\u00ab Non possumus \u00bb<\/em> supr\u00eame, et la d\u00e9cision du pape est celle que je souhaitais pour le bien de l\u2019\u00c9glise et de la France. Si le Pape avait ordonn\u00e9 l\u2019essai de la loi, je me serais inclin\u00e9 par ob\u00e9issance ; mais en pr\u00e9sence des instructions actuelles, c\u2019est avec enthousiasme que je lis les belles, les calmes, les fi\u00e8res paroles de Pie X. Le gouvernement n\u2019a pas r\u00e9ussi, malgr\u00e9 toutes ses intrigues, h\u00e9las second\u00e9es par trop de Catholiques faibles, \u00e0 faire fl\u00e9chir le pape. Les instructions pratiques sont enti\u00e8rement conformes \u00e0 l\u2019esprit de l\u2019encyclique <em>Vehementer nos&nbsp;<\/em>; Dieu en soit lou\u00e9 ! C\u2019est la guerre religieuse en perspective ; nous ne l\u2019avons pas cherch\u00e9e, mais puisque la r\u00e9publique nous l\u2019a d\u00e9clar\u00e9e, nous l\u2019acceptons et nous verrons bien qui finira par triompher en France, du parti de Dieu ou du parti de Satan ; pour moi, l\u2019issue n\u2019est pas douteuse ; l\u2019\u00c9glise est \u00e9ternelle et la France doit rester chr\u00e9tienne. Donc, apr\u00e8s bien des luttes, bien des sacrifices, c\u2019est nous qui l\u2019emporterons, Dieu est avec nous !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous recevons les Barescut \u00e0 qui nous offrons le petit d\u00e9jeuner du matin apr\u00e8s la communion. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres dans cette belle \u00e9glise d\u2019Ille qui, dans un an, sera peut-\u00eatre ferm\u00e9e. Je vois la procession du v\u0153u de Louis XIII. Apr\u00e8s d\u00eener, je me prom\u00e8ne dehors avec Maman, je prends le frais. Tout le monde est heureux de la d\u00e9cision du pape ; l\u2019immense majorit\u00e9 des catholiques fran\u00e7ais d\u00e9sirait le refus absolu de conna\u00eetre la loi de S\u00e9paration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 16 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 9 heures. \u00c0 12h, je vais \u00e0 la gare attendre Bonne Maman qui vient passer trois jours ici avec nous. J\u2019irai demain au Vernet changer Valentine contre une autre jument de Rovira ; Maman et Bonne Maman voulant profiter de cette occasion pour aller se promener au Vernet, c\u2019est en voiture que nous irons, quittes \u00e0 revenir en chemin de fer si l\u2019autre jument ne s\u2019attelle pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 17 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la gare \u00e0 9h20 voir passer les Rovira qui descend de Nyer ; Fernand me dit qu\u2019il viendra ici le jour de la foire pour affaires et qu\u2019il viendra nous demander \u00e0 d\u00e9jeuner. Je re\u00e7ois un mot de M. Bertran me disant que ce sera d\u00e9cid\u00e9ment dimanche qu\u2019il viendra faire sa conf\u00e9rence ici et \u00e0 Vin\u00e7a. Nous allons au Vernet en voiture ; j\u2019essaye \u00ab V\u00e9turie \u00bb et \u00ab Fantaisie \u00bb ; je me d\u00e9cide pour cette derni\u00e8re qui est une jolie jument baie, tr\u00e8s fine de bouche et ayant beaucoup de sang ; comme elle ne s\u2019attelle pas \u00e0 quatre roues, nous rentrons en chemin de fer&nbsp;; Jacques la ram\u00e8ne en selle. Au Vernet, j\u2019aper\u00e7ois M. de Pallar\u00e8s dans le chalet du Lac qu\u2019il a lou\u00e9 pour la saison ; sa fille la g\u00e9n\u00e9rale Fabre y est tr\u00e8s malade.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 18 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais aux obs\u00e8ques de M. Selva, pr\u00e9sident du tribunal de C\u00e9ret, parent des Serradell<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\">[50]<\/a>. L\u2019apr\u00e8s-midi, tout mon temps est occup\u00e9 \u00e0 pr\u00e9parer la conf\u00e9rence de M. Bertran ; je m\u2019assure certains concours, je fais imprimer et distribuer des invitations etc. \u00c0 4 heures, je pars pour Vin\u00e7a \u00e0 cheval ; j\u2019y porte les invitations imprim\u00e9es pour la conf\u00e9rence de Vin\u00e7a ; je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Bouletern\u00e8re o\u00f9 je remets quelques invitations pour la conf\u00e9rence d\u2019Ille&nbsp;; je suis de retour \u00e0 7 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 19 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd ; je vais attendre M. et Mme Bertran de Balanda au train de 11 heures. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 11h \u00bd. M. Henri Bertran fait sa conf\u00e9rence \u00e0 2 heures, dans le salon de la grande maison devant une soixantaine d\u2019hommes ; \u00e7a n\u2019est pas \u00e9norme, mais pour une r\u00e9union improvis\u00e9e, c\u2019est passable. Je le pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019auditoire. Ensuite, il fait l\u2019historique du mouvement d\u2019id\u00e9es de l\u2019Action Fran\u00e7aise, parle de la monarchie de demain, de son programme politique, administratif, religieux, social, de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, fait la critique de la conception r\u00e9volutionnaire de la soci\u00e9t\u00e9, parle du pape et de la r\u00e9sistance \u00e0 la loi de S\u00e9paration. Aussit\u00f4t apr\u00e8s, nous partons pour Vin\u00e7a par le train de 4 heures, esp\u00e9rant qu\u2019on aura r\u00e9uni des hommes, mais l\u00e0 on n\u2019a rien fait ; M. Bertran se voit forc\u00e9 de renvoyer sa conf\u00e9rence \u00e0 plus tard, probablement au dimanche 2 septembre. Maintenant, il va falloir t\u00e2cher de trouver quelques adh\u00e9sions \u00e0 de petits groupes d\u2019Action fran\u00e7aise ; il faut convaincre des gens comme l\u2019Action fran\u00e7aise en a converti beaucoup d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 ao\u00fbt 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 20 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Millas et je rentre par Corb\u00e8re ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 de Tou\u00efre, de R\u00e9gleilles et de la briqueterie ; je vois les demoiselles Mathieu dans leur propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 21 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 cheval \u00e0 Neffiach par de petits chemins, je rentre par la grande route, je m\u2019arr\u00eate chez les Barescut. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019occupe du groupe d\u2019Action fran\u00e7aise \u00e0 fonder ici ; ce n\u2019est pas chose facile, les mieux intentionn\u00e9s ont peur, \u00e0 cause d\u2019un fils ou d\u2019un neveu fonctionnaire etc. Les demoiselles Mathieu nous racontent qu\u2019on parle de plus en plus de mon mariage avec Marie-Louise de Lacour, et cependant notre attitude vis-\u00e0-vis des Lacour est des plus r\u00e9serv\u00e9es ; \u00e0 cause de ces bruits, je ne suis pas encore all\u00e9 voir Victor ; il faudra cependant que je m\u2019y d\u00e9cide.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 22 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa et Philom\u00e8ne arrivent par le train de 7h du matin ; Papa arrive de Cauterets et Philo de Sainte-Croix ; ils se sont retrouv\u00e9s \u00e0 Agen o\u00f9 on a conduit Philom\u00e8ne ; Papa est enrhum\u00e9 et tr\u00e8s fatigu\u00e9 ; le matin, je vais \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Neffiach, puis de Saint-Michel ; Rovira, qui viendra vendredi \u00e0 l\u2019occasion de la foire et que nous aurons \u00e0 d\u00e9jeuner avec sa femme, m\u2019ayant charg\u00e9 de trouver une \u00e9curie pour les chevaux qu\u2019il emm\u00e8ne en foire, je retiens celle de la m\u00e9tairie de l\u2019oncle Xavier. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir Victor de Lacour, sans le rencontrer ; il avait demand\u00e9 aux demoiselles Mathieu si j\u2019\u00e9tais ici ; elles lui avaient r\u00e9pondu que je serais enchant\u00e9 de le voir, mais que j\u2019h\u00e9sitais \u00e0 aller chez lui de peur de donner quelque cr\u00e9ance aux bruits qui courent sur un mariage entre sa s\u0153ur et moi ; il leur avait dit que puisqu\u2019il en \u00e9tait ainsi il viendrait me voir le premier ; alors, j\u2019ai cru bien faire de le devancer. Ensuite, je vais me promener \u00e0 Casenove ; je traverse la Tet \u00e0 pieds secs.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 23 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval. Papa, tr\u00e8s souffrant, ne quitte pas le lit de la journ\u00e9e&nbsp;; il pr\u00e9f\u00e8re soigner tout de suite sa courbature et son rhume.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 24 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais \u00e0 cheval au-devant des Rovira qui arrivent de Nyer en voiture ; j\u2019installe leur voiture chez l\u2019oncle Xavier o\u00f9 les chevaux que Fernand a envoy\u00e9s \u00e0 la foire ont pass\u00e9 la nuit. La foire n\u2019est pas tr\u00e8s brillante. Nous avons Fernand et sa femme \u00e0 d\u00e9jeuner, Papa ne peut pas para\u00eetre bien qu\u2019il se soit lev\u00e9, mais Bonne Maman est venue de Vin\u00e7a. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous faisons promener nos cousins dans la campagne d\u2019Ille. Fernand m\u2019invite \u00e0 aller un de ces jours \u00e0 Nyer o\u00f9 il passe l\u2019\u00e9t\u00e9 avec sa femme et sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 25 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 B\u00e9lesta o\u00f9 je vois le cur\u00e9 M. Badrignans ; il me parle beaucoup de l\u2019encyclique de Pie X ; il est enchant\u00e9 du sens des instructions pontificales et, depuis qu\u2019elles sont parues, ne manque pas une occasion d\u2019exciter en chaire ses paroissiens \u00e0 la r\u00e9sistance. Depuis 8 jours, l\u2019union de l\u2019\u00c9glise de France avec le Si\u00e8ge Apostolique s\u2019affirme plus vivante que jamais ; tous les \u00e9v\u00eaques, en promulguant l\u2019encyclique <em>Gravissimo officii<\/em> condamnent, avec le pape, la loi et les associations cultuelles, convient les pr\u00eatres et les fid\u00e8les \u00e0 la r\u00e9sistance ; c\u2019est un mouvement magnifique qui met les blocards dans la stup\u00e9faction plus encore qu\u2019il ne les enrage. Pie X a rendu \u00e0 l\u2019\u00c9glise de France et \u00e0 la France elle-m\u00eame le plus signal\u00e9 des services en ordonnant la r\u00e9sistance \u00e0 la loi inique, tous les Catholiques le suivront, l\u2019immense majorit\u00e9 avec enthousiasme, les autres par ob\u00e9issance ; il fallait en arriver l\u00e0, peut-\u00eatre si l\u2019on avait r\u00e9sist\u00e9 plus t\u00f4t n\u2019en serions-nous pas o\u00f9 nous en sommes ; il \u00e9tait grand temps de r\u00e9sister, Pie X l\u2019a compris, vive Pie X ! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 sa th\u00e8se, je me prom\u00e8ne avec Philom\u00e8ne ; nous rencontrons M. de Lacour qui nous arr\u00eate et est tr\u00e8s aimable avec nous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 26 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe&nbsp;; M. le cur\u00e9 y donne lecture de l\u2019encyclique du pape et de la lettre pastorale de Monseigneur qui l\u2019accompagne. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s v\u00eapres, nous avons un petit th\u00e9 de jeunes gens et jeunes filles&nbsp;; y viennent Stanislas, Jean et Mlle Marie-Th\u00e9r\u00e8se Roca, Xavier Cristau et Rose-Marie Despr\u00e8s. Victor et Marie-Louise de Lacour avaient accept\u00e9 aussi, mais Victor \u00e9tant indispos\u00e9 et gardant la chambre depuis quelques jours, ils n\u2019y viennent pas. Maman est r\u00e9ellement souffrante depuis quelques jours, elle \u00e9prouve beaucoup de fatigue dans les jambes, \u00e0 l\u2019estomac, etc. Elle en est inqui\u00e8te \u00e0 cause des couches de Marie-Th\u00e9r\u00e8se dont le moment approche de plus en plus&nbsp;; elle tient absolument \u00e0 \u00eatre \u00e0 Sainte-Croix \u00e0 ce moment-l\u00e0&nbsp;; le pourra-t-elle&nbsp;?<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 31 ao\u00fbt 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 27 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais passer la journ\u00e9e \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval ; j\u2019y arrive \u00e0 10h et je n\u2019en repars qu\u2019\u00e0 pr\u00e8s de 6h du soir ; il fait une chaleur torride, le soleil est br\u00fblant ; je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule \u00e0 l\u2019aller et je vais voir les vignes. De Vin\u00e7a, je vais \u00e0 la Balme avec un n\u00e9gociant en fruits M. L\u00e9vy dit Quatorze, il nous ach\u00e8te les pommes pour 125 fr. ; dans quelques ann\u00e9es, il y en aura bien davantage. \u00c0 Vin\u00e7a, je m\u2019occupe beaucoup de la conf\u00e9rence de dimanche qui s\u2019annonce bien.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 28 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Neffiach. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec Papa du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9tairie Saint-Martin et de Saint-Michel ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; Maman, qui va mieux, d\u00e9cide de partir vendredi pour Sainte-Croix ; en m\u00eame temps, nous nous installerons \u00e0 Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ch\u00e2teau de Nyer, mercredi 29 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-1.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"669\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-1-669x1024.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-416\" style=\"width:669px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-1-669x1024.webp 669w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-1-196x300.webp 196w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-1-768x1176.webp 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-1-1003x1536.webp 1003w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-1.webp 1044w\" sizes=\"auto, (max-width: 669px) 100vw, 669px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Nyer, propri\u00e9t\u00e9 des Rovira \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque, sans date (site ebay.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je comptais venir demain \u00e0 Nyer mais je re\u00e7ois le matin \u00e0 8h une d\u00e9p\u00eache de Fernand m\u2019engageant \u00e0 y aller aujourd\u2019hui parce que nos cousins de Lazerme y seront. J\u2019exp\u00e9die Jacques \u00e0 cheval \u00e0 Villefranche et je pars par le train de 9h22 ; j\u2019arrive \u00e0 Villefranche \u00e0 10h \u00bc, Jacques y arrive un petit moment apr\u00e8s sur Fantaisie ; je monte alors \u00e0 cheval et j\u2019arrive \u00e0 11h35 environ au superbe ch\u00e2teau de Nyer qui est situ\u00e9 au fond d\u2019une vall\u00e9e sauvage et qui domine le village et la vall\u00e9e de Nyer. J\u2019y suis re\u00e7u par Mme de Rovira la m\u00e8re<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\">[51]<\/a>, sa fille Mme de Rovira de Roquevaire et sa belle-fille Mme Fernand&nbsp;; un moment apr\u00e8s, Fernand<a href=\"#_ftn52\" id=\"_ftnref52\">[52]<\/a> arrive en voiture emmenant tous nos cousins de Lazerme, l\u2019oncle Joseph, Tante H\u00e9l\u00e8ne, Carlos, Marthe etc.&nbsp;; ils ont pass\u00e9 le mois d\u2019ao\u00fbt \u00e0 Puigcerd\u00e0 et rentrent ce soir \u00e0 Perpignan&nbsp;; je fais la connaissance de M. Ren\u00e9 de Rovira de Roquevaire \u2013 neveu et en m\u00eame temps cousin germain de Fernand, par suite du mariage de la demi-s\u0153ur de Fernand, Mlle Sylvie de Roquevaire, avec M. Charles de Rovira, fr\u00e8re du p\u00e8re de Fernand, M. Henri de Rovira&nbsp;; la m\u00e8re et la fille, la baronne de Roquevaire et sa fille Mlle Sylvie de Roquevaire, ont \u00e9pous\u00e9 les deux fr\u00e8res MM. Henri et Charles de Rovira&nbsp;; la m\u00e8re, qui est veuve en 1\u00e8res noces du baron de Roquevaire et en secondes noces de M. Henri de Rovira est une demoiselle de Lon, s\u0153ur de ma grand\u2019tante Charlotte de Lazerme m\u00e8re de l\u2019oncle Joseph&nbsp;; c\u2019est la m\u00e8re de Fernand. Mme de Rovira de Roquevaire (on ajoute \u00e0 son nom de femme son nom de jeune fille pour la distinguer de sa m\u00e8re et de sa belle-s\u0153ur) habite les environs de Montpellier avec son fils&nbsp;; ils sont en vill\u00e9giature \u00e0 Nyer et repartent demain. Je vois aussi Paul de Maynard<a href=\"#_ftn53\" id=\"_ftnref53\">[53]<\/a> qui a \u00e9t\u00e9 bien malade cet hiver. \u00c0 table, au d\u00e9jeuner, nous sommes quatorze. Le ch\u00e2teau de Nyer, qui appartenait avant la R\u00e9volution aux marquis de Montferr\u00e9 anc\u00eatres des Rovira, a \u00e9t\u00e9 ensuite vendu comme bien national. M. Henri de Rovira l\u2019a rachet\u00e9 il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es et l\u2019a restaur\u00e9 avec beaucoup de go\u00fbt. Le mobilier est merveilleux, il ne se compose que de meubles anciens et de curiosit\u00e9s dont beaucoup ont une grande valeur. Mes cousins sont si aimables qu\u2019ils ne veulent absolument pas me laisser repartir le soir en m\u00eame temps que les Lazerme et je suis forc\u00e9 de coucher \u00e0 Nyer. Dans la soir\u00e9e, je me prom\u00e8ne avec Maynard dans la vall\u00e9e, je vois la cascade, je fais une visite au cur\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 vicaire \u00e0 Ille il y a 10 ans etc. Ce ch\u00e2teau de Nyer est un vrai mus\u00e9e, quelle accumulation de merveilles !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 30 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars de Nyer \u00e0 7h 1\/4 du matin apr\u00e8s avoir pris cong\u00e9 de Fernand qui viendra d\u00e9jeuner apr\u00e8s-demain \u00e0 Vin\u00e7a avec sa femme&nbsp;; la temp\u00e9rature est d\u00e9licieuse le matin \u00e0 cette altitude (800 m\u00e8tres environ) ; je mets 3 heures environ \u00e0 descendre de Nyer \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval, ce qui fait 28 kilom\u00e8tres. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je m\u2019occupe de la conf\u00e9rence Action fran\u00e7aise de dimanche. \u00c0 8h du soir, arrivent Papa, Maman et Philom\u00e8ne. Maman sortira demain soir pour Sainte-Croix, Papa l\u2019accompagnera jusqu\u2019\u00e0 Narbonne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 31 ao\u00fbt 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous accompagnons Papa et Maman au d\u00e9part du train de 3h35 ; le matin, au train de 9h38, je vais voir passer mes cousins Lutrand qui vont passer la journ\u00e9e \u00e0 Prades ; avec Bonne Maman et Philom\u00e8ne nous venons les voir repasser au train de 6h48.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Septembre 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 septembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 1<sup>er<\/sup> septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je m\u2019occupe de la conf\u00e9rence ; je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Mme de Llobet. Je vais au-devant des Rovira qui arrivent de Nyer en voiture vers 11 heures ; ils d\u00e9jeunent avec nous ; apr\u00e8s d\u00e9jeuner nous les faisons promener au grand jardin, puis nous les menons \u00e0 la petite pi\u00e8ce <em>Les petites Robinson<\/em> que la famille Thibault-Sauvy fait jouer dans la tonnelle du chalet Sauvy par les petites fillettes du cat\u00e9chisme ; nous y retrouvons notre cousin M. Marie, de Prades, parent des D\u2019Albici et de nous par les Boluix \u00e0 qui sa femme est apparent\u00e9e<a href=\"#_ftn54\" id=\"_ftnref54\">[54]<\/a>. Fernand et Marie de Rovira nous quittent vers 3h en nous faisant promettre, \u00e0 Philom\u00e8ne et \u00e0 moi, d\u2019aller les voir et passer quelques jours aux Capellans. La pi\u00e8ce, coup\u00e9e de musique, de monologues et de chants, finit vers 5 heures. Je m\u2019occupe encore de la conf\u00e9rence de demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 2 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais attendre au train de 9h34 M. Desp\u00e9ramons qui arrive de Molitg, il est maintenant pr\u00e9sident du comit\u00e9 royaliste des Pyr\u00e9n\u00e9es Orientales, par cons\u00e9quent repr\u00e9sentant du Roi dans notre d\u00e9partement. Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans l\u2019a nomm\u00e9 le 18 juillet \u00e0 ce poste d\u2019honneur et de combat o\u00f9 il succ\u00e8de \u00e0 M. Passama. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe avec M. Desp\u00e9ramons. \u00c0 11h14, nous allons ensemble attendre \u00e0 la gare M. Henri Bertran, pr\u00e9sident de la \u00ab&nbsp;Ligue du Panache&nbsp;\u00bb ; il arrive de Latour-Bas-Elne. Ces messieurs d\u00e9jeunent \u00e0 la maison. La conf\u00e9rence a lieu \u00e0 2 heures dans le tr\u00e8s vaste salon de la maison de Llobet inhabit\u00e9e depuis la mort de M. Michel de Llobet. J\u2019y avais fait disposer, avec la permission de M. Charles de Llobet, environ 80 \u00e0 90 places assises. La conf\u00e9rence est \u00e9cout\u00e9e par 60 \u00e0 70 auditeurs, tous des hommes&nbsp;; il y a parmi eux quelques r\u00e9publicains ; tous les autres sont royalistes. C\u2019est M. de Guardia<a href=\"#_ftn55\" id=\"_ftnref55\">[55]<\/a> qui pr\u00e9side et pr\u00e9sente les orateurs ; apr\u00e8s lui, je dis quelques mots sur le programme de l\u2019Action Fran\u00e7aise&nbsp;; puis M. Bertran expose, comme \u00e0 Ille, la gen\u00e8se et le d\u00e9veloppement du mouvement d\u2019id\u00e9es de l\u2019Action fran\u00e7aise, et le programme monarchique. Enfin, M. Desp\u00e9ramons, dans un discours d\u2019une \u00e9loquence magnifique qui enl\u00e8ve l\u2019auditoire, fl\u00e9trit les ignominies sans nombre de la r\u00e9publique, s\u2019\u00e9tend en particulier sur la pers\u00e9cution religieuse, parle de la S\u00e9paration, de la r\u00e9sistance des Catholiques etc ; enfin montre l\u2019inanit\u00e9 de toutes les solutions autres que le retour \u00e0 la monarchie. Aussit\u00f4t apr\u00e8s la fin de la r\u00e9union, on d\u00e9cide la cr\u00e9ation \u00e0 Vin\u00e7a d\u2019un groupe du \u00ab&nbsp;Panache&nbsp;\u00bb, une quinzaine d\u2019hommes donnent imm\u00e9diatement leur adh\u00e9sion et choisissent un bureau : M. Verg\u00e8s-Llad\u00e8res, de Saorles, pr\u00e9sident, Dalmer, secr\u00e9taire, \u00c9tienne Verg\u00e8s, tr\u00e9sorier. Bonne journ\u00e9e pour la cause royaliste \u00e0 Vin\u00e7a ! Avec la ligue locale du Panache, qui a son centre \u00e0 Perpignan et qui essaime dans le reste du d\u00e9partement, les royalistes regagnent rapidement le terrain perdu, les id\u00e9es de l\u2019Action Fran\u00e7aise se r\u00e9pandent. Le comit\u00e9 royaliste seconde bien ce mouvement. Le Panache, ligue locale, \u00e9tant affili\u00e9e \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise, c\u2019est l\u2019esprit de l\u2019Action Fran\u00e7aise qui se r\u00e9pand par le Panache. Le mouvement royaliste, c\u2019est l\u2019avenir, c\u2019est le salut ! M. Bertran, avant de repartir, insiste beaucoup pour que j\u2019aille d\u00e9jeuner chez lui \u00e0 Latour-Bas-Elne avec Philom\u00e8ne ; nous pourrons combiner cette visite avec celle aux Capeillans.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 septembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 3 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 pied tous les trois \u00e0 Saorle voir Mme Joseph de Guardia qui y est install\u00e9e pour l\u2019\u00e9t\u00e9. On s\u2019\u00e9meut beaucoup d\u2019une lettre adress\u00e9e par un groupe anonyme de Catholiques au pape au sujet de ses r\u00e9centes instructions ordonnant la r\u00e9sistance \u00e0 la loi de S\u00e9paration ; cette lettre, non sign\u00e9e, a paru dans <em>Le Temps<\/em> ; elle discute les instructions pontificales, et est souverainement irrespectueuse&nbsp;; elle \u00e9mane \u00e9videmment des soumissionnistes. Avant l\u2019encyclique, on avait le droit de discuter et j\u2019estime que les 23 intellectuels qui ont \u00e9crit la fameuse lettre aux \u00e9v\u00eaques en f\u00e9vrier dernier n\u2019ont pas outrepass\u00e9 leur droit ; mais maintenant, apr\u00e8s les deux encycliques condamnant doctrinalement et pratiquement la loi de S\u00e9paration, discuter encore les instructions religieuses du pape, c\u2019est lui manquer de respect. Les auteurs de la lettre invoquent les principes de la r\u00e9volution fran\u00e7aise, disent, \u00e0 propos de l\u2019encyclique <em>Gravissimo<\/em> qu\u2019elle a r\u00e9joui les adversaires de la r\u00e9publique&nbsp;; ce sont donc des lib\u00e9raux et des ralli\u00e9s. Voil\u00e0, ce que j\u2019avais pr\u00e9vu arrive : ces gens-l\u00e0, forc\u00e9s comme catholiques de ne pas ob\u00e9ir \u00e0 une loi de la r\u00e9publique, se trouvent pris entre leurs devoirs de catholiques et leur devoir de r\u00e9publicains ; comme il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 plus simple et plus habile \u00e0 la fois de ne pas s\u2019exposer \u00e0 se trouver dans cette situation et de ne pas d\u00e9poser les armes contre ce r\u00e9gime qui a jur\u00e9 de d\u00e9truire la religion en France !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 4 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais, avec Philom\u00e8ne, me promener \u00e0 la vigne dite de Rusca ; la r\u00e9colte n\u2019est pas fameuse ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Maman \u00e9crit que \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9v\u00e9nement&nbsp;\u00bb pourra se faire attendre encore quelques jours ; le voyage l\u2019a un peu fatigu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 5 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval de Vin\u00e7a \u00e0 Marquixanes, puis \u00e0 Rod\u00e8s ; j\u2019accompagne Fernand et Marie de Rovira qui descendent de Nyer. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 6 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval, j\u2019y d\u00e9jeune&nbsp;; je suis de retour \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 4h \u00bd. Pour la seconde fois depuis six mois, l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des \u00e9v\u00eaques de France est r\u00e9unie \u00e0 Paris ; nos \u00e9v\u00eaques, que la pers\u00e9cution et surtout que la ferme attitude du pape a unis, d\u00e9cident quelle sera l\u2019organisation de l\u2019\u00c9glise de France conform\u00e9ment aux instructions pontificales et en dehors de la loi de S\u00e9paration. Puisse le Saint-Esprit les inspirer !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 7 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7h et je fais la sainte communion en l\u2019honneur du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 10h \u00bc et je vais, avec Philom\u00e8ne, passer l\u2019apr\u00e8s-midi au Vernet dans l\u2019espoir de voir Mme et Mlle de Pallar\u00e8s qui, m\u2019a-t-on dit, y sont en ce moment ; non pas certes que je veuille reprendre ce projet d\u00e9finitivement abandonn\u00e9 mais je voudrais les voir (de loin) cela m\u2019amuserait ; je ne les vois pas du reste, et on me dit qu\u2019elles n\u2019y sont pas&nbsp;; le grand-p\u00e8re seul y est avec Mme et le g\u00e9n\u00e9ral Fabre. L\u2019oncle Paul, tante Josepha et N\u00e9nette arrivent par le dernier train \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 ils s\u00e9journeront jusqu\u2019\u00e0 la fin de septembre.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104620-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"743\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104620-Copie-1024x743.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-582\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104620-Copie-1024x743.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104620-Copie-300x218.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104620-Copie-768x557.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_104620-Copie.jpg 1379w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Antoinette dite \u00ab\u00a0N\u00e9nette\u00a0\u00bb Magu\u00e9 (future Mme No\u00ebll), un inconnu, Paul Magu\u00e9, Mme Paul Magu\u00e9 n\u00e9e Josepha Lazerme et Mme Lazerme n\u00e9e Antoinette de Pontich en promenade du c\u00f4t\u00e9 de Vin\u00e7a \u2013 Clich\u00e9 anonyme, sans date [ann\u00e9es 1900] (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 8 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 6h \u00bd en l\u2019honneur de la f\u00eate de la Nativit\u00e9 de la Ste Vierge, j\u2019y fais la sainte communion. Ensuite, je vais me promener \u00e0 cheval dans la vall\u00e9e de Velmanya&nbsp;; j\u2019arrive sans encombre jusqu\u2019\u00e0 Ballestavy&nbsp;; mais en redescendant sur Vin\u00e7a, \u00e0 600 ou 800 m\u00e8tres \u00e0 peine de Ballestavy, \u00e0 la suite d\u2019un \u00e9cart, Fantaisie, dont le mors avait saut\u00e9 hors de la bouche, fait quelques m\u00e8tres, puis tombe sur ses genoux et je tombe avec elle ; le mors ayant saut\u00e9, je n\u2019avais plus d\u2019action sur elle. J\u2019aurais pu me tuer car la route, tr\u00e8s \u00e9troite, surplombe un pr\u00e9cipice et il n\u2019y a pas de garde-fou. Gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, je ne me suis fait aucun mal, mais la jument est bien ab\u00eem\u00e9e ; son genou gauche est couronn\u00e9 \u00e0 fond ; le genou droit est \u00e0 peine \u00e9rafl\u00e9. Quel ennui ! Une si jolie b\u00eate ! Et qui ne m\u2019appartient pas&nbsp;; que va dire Fernand de Rovira ! Je me console en songeant que j\u2019aurais pu me tuer et que je n\u2019ai m\u00eame pas une \u00e9gratignure. Je ram\u00e8ne la jument \u00e0 Ballestavy o\u00f9 je la soigne comme je peux dans l\u2019auberge ; je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Vin\u00e7a qu\u2019on vienne me chercher en voiture. Un moment apr\u00e8s, l\u2019oncle Paul m\u2019appelle au t\u00e9l\u00e9phone et me demande des explications sur l\u2019accident ; je le rassure sur mon compte. Enfin, vers midi, Jacques arrive avec une voiture de louage. Il ram\u00e8ne la b\u00eate \u00e0 la main \u00e0 Vin\u00e7a pendant que je descends en voiture. Je d\u00e9jeune en arrivant, puis je fais examiner et soigner la jument d\u00e8s qu\u2019elle est arriv\u00e9e. Elle est tr\u00e8s couronn\u00e9e du genou gauche. J\u2019en suis navr\u00e9 ; c\u2019est le premier accident qui m\u2019arrive depuis que je monte \u00e0 cheval. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Fernand et je lui raconte la chose ; il est \u00e9vident que nous devrons l\u2019indemniser. Papa, qui est arriv\u00e9 par le train de 11h pour passer l\u2019apr\u00e8s-midi ici, repart \u00e0 6h48. Quelle guigne j\u2019ai eue aujourd\u2019hui !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 9 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, violent orage et pluie abondante, elle est accueillie avec joie car il r\u00e9gnait depuis 3 mois ou m\u00eame plus une terrible s\u00e9cheresse ; l\u2019\u00e9t\u00e9 ayant \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chaud et tr\u00e8s soutenu, et la pluie tr\u00e8s rare, il n\u2019y a presque plus d\u2019eau \u00e0 la rivi\u00e8re et l\u2019arrosage devient tr\u00e8s difficile.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 16 septembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 10 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La jambe de Fantaisie se cicatrise r\u00e9guli\u00e8rement ; Fernand, \u00e0 qui j\u2019avais \u00e9crit d\u00e8s samedi, me r\u00e9pond de ne pas me tracasser de ce qui est arriv\u00e9, que seuls ceux qui ne montent pas \u00e0 cheval peuvent se vanter de n\u2019avoir pas \u00e9prouv\u00e9 d\u2019accidents de ce genre etc. etc. ; en un mot, sa lettre, apr\u00e8s un ennui pareil, est d\u2019une extr\u00eame amabilit\u00e9. Il ne veut pas entendre parler de l\u2019indemnit\u00e9 que Papa et moi lui avons offerte, il dit que la jument, \u00e9tant destin\u00e9e \u00e0 la reproduction, n\u2019a \u00e9prouv\u00e9 aucune d\u00e9pr\u00e9ciation du fait de l\u2019accident. Cependant, nous insisterons, et s\u2019il n\u2019y a pas moyen de lui faire accepter une indemnit\u00e9, nous lui ferons un cadeau, \u00e0 lui, \u00e0 sa femme ou \u00e0 la petite-fille, au moment du 1<sup>er<\/sup> de l\u2019An. Je vais au Vernet (en chemin de fer jusqu\u2019\u00e0 Villefranche, au-del\u00e0 et tout le retour \u00e0 bicyclette) ; je regarde encore du c\u00f4t\u00e9 du chalet du Lac, mais je ne vois rien ; d\u00e9cid\u00e9ment, ces femmes ne doivent pas y \u00eatre\u2026<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 11 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dieu soit lou\u00e9 ! Marie-Th\u00e9r\u00e8se est heureusement accouch\u00e9e d\u2019une fille, la m\u00e8re et l\u2019enfant se portent bien ; nous avons appris cette heureuse nouvelle \u00e0 Ille au moment o\u00f9 Philom\u00e8ne et moi attendions le train de 8 heures du soir pour rentrer \u00e0 Vin\u00e7a apr\u00e8s une course en voiture qui a dur\u00e9 toute la journ\u00e9e ! \u00c9tant invit\u00e9s \u00e0 d\u00e9jeuner chez M. et Mme Henri Bertran de Balanda \u00e0 Latour-Bas-Elne, nous y sommes all\u00e9s en voiture, avec le break de Bonne Maman. Nous sommes partis d\u2019ici \u00e0 6h40 du matin, avons attel\u00e9 \u00e0 Ille le cheval de Batllot, avons pris Papa et sommes arriv\u00e9s \u00e0 Latour \u00e0 11h \u00bd&nbsp;; distance de Vin\u00e7a 44 kilom\u00e8tres et d\u2019Ille 35&nbsp;; nous sommes pass\u00e9s par Corb\u00e8re, Thuir, Bages et Elne. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous avons pris le caf\u00e9 chez les D\u2019Arexy. Repartis \u00e0 3h \u00bc, nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Ille \u00e0 7h \u00be, apr\u00e8s avoir fait, comme \u00e0 l\u2019aller, une halte d\u2019un quart d\u2019heure \u00e0 Trouillas pour laisser souffler la jument. \u00c0 Bages, nous avons vu une chose horrible : au-dessous d\u2019une croix de mission, un mis\u00e9rable, probablement aussi b\u00eate que m\u00e9chant, a \u00e9crit \u00e0 la craie cet horrible blasph\u00e8me que j\u2019ose \u00e0 peine reproduire en en demandant pardon \u00e0 Notre Seigneur : <em>\u00ab&nbsp;\u00e2ne \u00e0 vendre&nbsp;\u00bb<\/em> ; nous cherchons \u00e0 l\u2019effacer, mais nous ne pouvons pas l\u2019atteindre ; Papa \u00e9crira au cur\u00e9 de Bages pour lui signaler cette \u00e9pouvantable inscription et lui dire de la faire effacer. Nous avons fait aujourd\u2019hui 80 kilom\u00e8tres de voiture par un vent de nord-ouest furieux. Ici, on a re\u00e7u aussi des d\u00e9p\u00eaches de Sainte-Croix et tout le monde est content ; voil\u00e0 Bonne Maman bisa\u00efeule !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 12 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sors pas beaucoup aujourd\u2019hui&nbsp;; la jument va mieux, la chair repousse r\u00e9guli\u00e8rement. Nous annon\u00e7ons aux uns et aux autres la naissance de sa ni\u00e8ce&nbsp;; on vient nous en f\u00e9liciter.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 13 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener, avec l\u2019oncle Paul, M. de Guardia et son fils Albert, \u00e0 Marquixanes ; nous voyons le cur\u00e9 M. Vidal. Au retour nous trouvons Papa qui vient d\u2019arriver d\u2019Ille ; Maman lui a t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 que tout est chang\u00e9 relativement au bapt\u00eame de la fille de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, il ne devait avoir lieu qu\u2019au commencement d\u2019octobre, et les Magu\u00e9 devaient y assister ; or l\u2019abb\u00e9 G\u00e9rard de Saint-Cyr, qui doit baptiser l\u2019enfant, ne pouvant pas venir \u00e0 Sainte-Croix en octobre, le bapt\u00eame va avoir lieu tout de suite, et Papa, qui est parrain, va partir demain ou apr\u00e8s-demain. Le soir, j\u2019avais convoqu\u00e9 les membres du bureau de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, mais plusieurs ayant \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9s de venir, j\u2019ajourne la r\u00e9union.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 14 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa nous t\u00e9l\u00e9graphie que le bapt\u00eame \u00e9tant fix\u00e9 \u00e0 lundi, il ne partira que demain pour Ste Croix ; il se ressent encore de son indisposition du mois dernier. Le soir, je tiens la r\u00e9union du bureau de la soci\u00e9t\u00e9 Ste S\u00e9bastien, on y d\u00e9cide plusieurs choses assez importantes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 15 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec l\u2019oncle Paul du c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re. Papa devait venir par le train de 9h \u00bd et partir cette apr\u00e8s-midi pour Sainte-Croix, mais il nous t\u00e9l\u00e9graphie qu\u2019\u00e9tant fatigu\u00e9, il ne viendra pas \u00e0 Vin\u00e7a et partira directement d\u2019Ille. Nous avons la cousine Th\u00e9r\u00e8se Lutrand \u00e0 d\u00e9jeuner. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, lettre de Papa annon\u00e7ant qu\u2019il est tout \u00e0 fait souffrant et qu\u2019il lui est impossible de partir aujourd\u2019hui pour Sainte-Croix ; il partira demain \u00e0 4h du soir, s\u2019il est mieux, et arrivera ainsi juste au moment du bapt\u00eame. En pr\u00e9sence de ces nouvelles, je me d\u00e9cide \u00e0 aller \u00e0 Ille voir ce qui en est ; j\u2019y vais par le train de 7h du soir avec la cousine Lutrand qui rentre \u00e0 Perpignan et j\u2019en reviens une heure apr\u00e8s par le train de 8 heures. Papa a un d\u00e9rangement d\u2019entrailles et de l\u2019estomac, et il n\u2019est pas probable qu\u2019il puisse partir demain. Nous d\u00e9cidons ensemble que demain \u00e0 la 1<sup>\u00e8re<\/sup> heure, je t\u00e9l\u00e9graphierai \u00e0 Maman pour la mettre au courant de la situation et lui demander de faire ondoyer l\u2019enfant et de renvoyer le bapt\u00eame au mois d\u2019octobre suivant le 1<sup>er<\/sup> plan ; si cela n\u2019est pas possible, je partirai \u00e0 la place de Papa et c\u2019est moi qui tiendrai lundi ma ni\u00e8ce sur les fonts baptismaux comme repr\u00e9sentant de son parrain qui sera Papa. Si Papa pouvait \u00eatre assez bien pour partir demain, comme cela vaudrait mieux ! Ce voyage en perspective m\u2019ennuie beaucoup ; nous \u00e9tions invit\u00e9s \u00e0 aller cette semaine aux Capeillans. Jacques Herv\u00e9 arrive samedi ; que de co\u00efncidences !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 16 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e8s l\u2019ouverture du bureau t\u00e9l\u00e9graphique \u00e0 7h, j\u2019exp\u00e9die ma d\u00e9p\u00eache \u00e0 Maman en lui demandant une r\u00e9ponse imm\u00e9diate, le bureau devant fermer \u00e0 midi aujourd\u2019hui dimanche. Mais \u00e0 midi, je n\u2019ai re\u00e7u aucune r\u00e9ponse. Que faire ? Partir ou rester ? Je consulte Papa en lui envoyant Jacques \u00e0 midi 1\/2 en voiture ; il rentre \u00e0 3h, porteur d\u2019un billet de Papa me disant qu\u2019il est aussi embarrass\u00e9 que moi, n\u2019ayant rien re\u00e7u, et qu\u2019il me laisse libre. Dans ces conditions je ne pars pas. Nous avons plusieurs visites. Demain matin, sans doute, tout s\u2019\u00e9claircira, car je recevrai, je pense, la r\u00e9ponse t\u00e9l\u00e9graphique qu\u2019on a d\u00fb m\u2019envoyer ce matin et qui n\u2019a pas eu le temps d\u2019arriver avant midi ; mais il sera trop tard pour faire, avec moi ou avec Papa, le bapt\u00eame lundi ; peut-\u00eatre, si l\u2019on me r\u00e9clame, partirai-je demain et le bapt\u00eame se fera-t-il mardi ; peut-\u00eatre se d\u00e9cidera-t-on \u00e0 ondoyer l\u2019enfant et \u00e0 renvoyer le bapt\u00eame au mois d\u2019octobre ; c\u2019est ce qu\u2019il y aurait de mieux, Papa pourrait y assister. Je suis toute la journ\u00e9e dans l\u2019incertitude.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 septembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 17 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous assistons tous \u00e0 une messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par M. le cur\u00e9 pour Papa et Maman en l\u2019honneur du 25<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de leur mariage, noces d\u2019argent que les circonstances emp\u00eachent de c\u00e9l\u00e9brer solennellement comme nous en avions l\u2019intention. Toute la matin\u00e9e, j\u2019attends une d\u00e9p\u00eache ; \u00e0 11h \u00bd seulement, Papa me t\u00e9l\u00e9graphie que le bapt\u00eame est renvoy\u00e9 en octobre ; \u00e0 midi \u00bd, d\u00e9p\u00eache de Maman annon\u00e7ant que la petite a \u00e9t\u00e9 ondoy\u00e9e, a re\u00e7u les noms de Ghislaine Marie et que le bapt\u00eame n\u2019aura lieu qu\u2019en octobre ; comme j\u2019ai bien fait de ne pas partir hier ! Philom\u00e8ne et moi allons voir Papa \u00e0 Ille en voiture ; il va mieux mais est encore bien souffrant. L\u2019oncle Paul va \u00e0 Molitg avec M. de Guardia. Philom\u00e8ne r\u00e9pond aux Rovira que nous arriverons mercredi aux Capeillans.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 18 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, l\u2019oncle Paul, N\u00e9nette, M. de Guardia, son fils Albert et moi allons nous promener \u00e0 Joch. Bonne Maman est \u00e0 Perpignan aux obs\u00e8ques de Mme Costenadal. Elle re\u00e7oit une lettre de la fille de l\u2019oncle Hector de Pontich, Mme Trollet, lui disant que son p\u00e8re est atteint d\u2019un cancer au foie et que sa mort n\u2019est qu\u2019une question de temps ! Cette nouvelle ne m\u2019\u00e9tonne pas trop ; j\u2019avais trouv\u00e9 l\u2019oncle Hector tr\u00e8s jaune \u00e0 Paris il y a deux mois. Nous sommes tous attrist\u00e9s de ces nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Les Capeillans, mercredi 19 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 Vin\u00e7a par le nouveau train de 9h ; Tante Josepha, N\u00e9nette, Philom\u00e8ne et moi, apr\u00e8s avoir fait quelques commissions dans Perpignan, avons d\u00e9jeun\u00e9 chez Tante Bonafos. Par le train de 2h \u00bc, nous sommes partis Philom\u00e8ne et moi pour Elne o\u00f9 Fernand de Rovira nous attendait \u00e0 la gare ; \u00e0 3h environ, nous \u00e9tions aux Capeillans pour 2 jours ; bien entendu, accueil des plus aimables. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi Fernand, Philom\u00e8ne et moi montons \u00e0 cheval.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Les Capeillans, jeudi 20 septembre 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/crbst_rovira1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"554\" height=\"347\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/crbst_rovira1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-417\" style=\"width:554px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/crbst_rovira1.jpg 554w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/crbst_rovira1-300x188.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 554px) 100vw, 554px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La villa du domaine des Capeillans \u00e0 Saint-Cyprien, propri\u00e9t\u00e9 des Rovira \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque, sans date (site <a href=\"https:\/\/www.ganierdewisches.fr\/\">www.ganierdewisches.fr<\/a>)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je monte \u00e0 cheval avec Fernand ; \u00e0 10h, nous allons, dans un grand break, prendre \u00e0 la gare d\u2019Elne Carlos, Jacques, Marthe et Th\u00e9r\u00e8se de Lazerme qui arrivent de Perpignan et Mlle de Vilmarest<a href=\"#_ftn56\" id=\"_ftnref56\">[56]<\/a> qui arrive d\u2019Argel\u00e8s ; ils viennent d\u00e9jeuner et passer la journ\u00e9e ; je monte un peu \u00e0 cheval avec Jacques pendant que ces demoiselles jouent au tennis. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous assistons tous \u00e0 des sauts d\u2019obstacles de concours hippique par M. Joseph Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola. Ensuite nous allons tous en break raccompagner Mlle de Vilmarest chez elle \u00e0 Argel\u00e8s ; les Lazerme repartent d\u2019Elne par le train de 6h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 21 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, aux Capellans, apr\u00e8s avoir regard\u00e9 sauter au man\u00e8ge les chevaux de concours, nous nous promenons, Philom\u00e8ne, Fernand et moi du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Cyprien. L\u2019apr\u00e8s-midi, Ren\u00e9 de Chefdebien vient en automobile faire une visite avec sa jeune femme aux Rovira&nbsp;; Carlos, Marthe, Jacques et Th\u00e9r\u00e8se<a href=\"#_ftn57\" id=\"_ftnref57\">[57]<\/a> sont avec eux ; ils repartent tous vers 3h \u00bd pour aller chez les Henri de \u00c7agarriga<a href=\"#_ftn58\" id=\"_ftnref58\">[58]<\/a> \u00e0 La Grange. Nous quittons Les Capeillans \u00e0 4h dans le grand break ; Fernand, sa femme et la petite Loulou<a href=\"#_ftn59\" id=\"_ftnref59\">[59]<\/a> nous accompagnent \u00e0 Perpignan ; nous nous arr\u00eatons chez nos cousines Genin et De Guardia<a href=\"#_ftn60\" id=\"_ftnref60\">[60]<\/a> \u00e0 Saint-Cyprien mais nous ne les rencontrons pas ; puis chez nos cousins Gout de Bize<a href=\"#_ftn61\" id=\"_ftnref61\">[61]<\/a> \u00e0 Boa\u00e7\u00e0 \u00e0 qui nous faisons une visite d\u2019une vingtaine de minutes. Nous prenons \u00e0 Perpignan cong\u00e9 de nos cousins de Rovira qui nous ont fait passer deux jours bien agr\u00e9ables, et nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 8h22 du soir. Jacques Herv\u00e9, qui devait arriver demain soir, a envoy\u00e9 lettres et d\u00e9p\u00eaches contradictoires ; il annonce que son arriv\u00e9e est pour samedi, puis pour lundi, puis de nouveau pour samedi ; ce soir, en arrivant \u00e0 Vin\u00e7a, je trouve une nouvelle d\u00e9p\u00eache l\u2019annon\u00e7ant pour dimanche soir ; c\u2019est \u00e0 ne savoir \u00e0 quel saint se vouer et cela rend tr\u00e8s difficile l\u2019organisation de promenades et d\u2019excursions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 22 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous avons la visite, entre deux trains, de M. l\u2019abb\u00e9 Sarr\u00e8te<a href=\"#_ftn62\" id=\"_ftnref62\">[62]<\/a> qui arrive de la retraite eccl\u00e9siastique ; on a donn\u00e9 \u00e0 ces messieurs des instructions orales et pratiques en vue de la r\u00e9sistance \u00e0 la loi de S\u00e9paration ; il repart \u00e0 11h \u00bc pour Palau-de-Cerdagne. Je vais l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Perpignan o\u00f9 M. Bertran m\u2019a convoqu\u00e9, au Panache, avec quelques autres ligueurs pour arr\u00eater une ligne de conduite dans la nouvelle campagne que l\u2019Action fran\u00e7aise entreprend contre Dreyfus et l\u2019arr\u00eat inf\u00e2me du 12 juillet dernier ; affichage de protestations raisonn\u00e9es et motiv\u00e9es contre cet arr\u00eat, distribution de tracts reproduisant l\u2019affiche, souscription pour offrir une m\u00e9daille d\u2019or au g\u00e9n\u00e9ral Mercier (cette derni\u00e8re id\u00e9e n\u2019est peut-\u00eatre pas tr\u00e8s heureuse car le g\u00e9n\u00e9ral Mercier n\u2019a pas \u00e9t\u00e9, \u00e0 la fin, \u00e0 la hauteur de sa t\u00e2che), etc. etc. Le Panache d\u00e9cide de s\u2019associer \u00e0 cette campagne bien fran\u00e7aise contre l\u2019omnipotence juive. \u00c0 Perpignan, je vais voir Tante Bonafos et tante Cornet de Bosch (que je ne rencontre pas) ; je me prom\u00e8ne longtemps avec Henri d\u2019Albici. Nouvelle d\u00e9p\u00eache de Jacques Herv\u00e9-Bazin qui n\u2019arrive que lundi !!!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 23 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand-messe o\u00f9 l\u2019on donne lecture de l\u2019importante lettre collective des cardinaux, archev\u00eaques et \u00e9v\u00eaques fran\u00e7ais relative \u00e0 la loi de S\u00e9paration. Cette lettre collective de l\u2019\u00e9piscopat fran\u00e7ais condamne, apr\u00e8s le pape, la loi de 1905 et les associations cultuelles et d\u00e9clare qu\u2019aucun Catholique ne peut se pr\u00eater \u00e0 la formation de ces associations ; elle montre l\u2019unanimit\u00e9 de l\u2019\u00e9piscopat&nbsp;; c\u2019est un beau et consolant spectacle&nbsp;; cette lettre, tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9e dans la forme, mais tr\u00e8s ferme dans le fond, est lue aujourd\u2019hui dans toutes les \u00e9glises de France. Le gouvernement, qui, en vertu de l\u2019article 35 de la loi de S\u00e9paration, pourrait poursuivre les cur\u00e9s qui donnent lecture de cette lettre comme ceux qui ont donn\u00e9 lecture des deux encycliques du Saint-P\u00e8re, n\u2019osera certainement rien faire encore ; il ne poursuivra pas plus ces cur\u00e9s qu\u2019il n\u2019a os\u00e9 poursuivre ceux qui ont lu et comment\u00e9 les encycliques pontificales. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je vais, avec Philom\u00e8ne, voir Papa \u00e0 Ille en voiture ; il va beaucoup mieux. Nous arr\u00eatons le programme du s\u00e9jour de Jacques Herv\u00e9. Ici, \u00e0 midi, nous avons M. et Mme Joseph de Guardia et leur fils Albert \u00e0 d\u00e9jeuner.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 31 septembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 24 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme avec l\u2019oncle Paul, N\u00e9nette et Philom\u00e8ne. L\u2019apr\u00e8s-midi visite aux malades de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Le soir, \u00e0 8h22, Jacques Herv\u00e9<a href=\"#_ftn63\" id=\"_ftnref63\">[63]<\/a> arrive enfin, mais pour quatre jours seulement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 25 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour commencer \u00e0 faire visiter le pays \u00e0 Jacques Herv\u00e9, je le m\u00e8ne le matin \u00e0 Bouletern\u00e8re en voiture apr\u00e8s avoir jet\u00e9 un coup-d\u2019\u0153il sur la campagne de Vin\u00e7a ; \u00e0 Boule, nous assistons \u00e0 la vendange. Papa vient d\u00e9jeuner ici. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous faisons une tourn\u00e9e en voiture dans les environs imm\u00e9diats de Vin\u00e7a : Espira, Finestret.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 26 septembre 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carsalada.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"661\" height=\"870\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carsalada.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-418\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carsalada.jpg 661w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carsalada-228x300.jpg 228w\" sizes=\"auto, (max-width: 661px) 100vw, 661px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mgr Jules de Carsalade du Pont (1847-1932), \u00e9v\u00eaque de Perpignan-Elne \u2013 Clich\u00e9 anonyme, <em>L&rsquo;Album du Centenaire<\/em>, 1910 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, excursion \u00e0 Vernet-les-Bains et \u00e0 Saint-Martin-du-Canigou. Je pars avec Jacques Herv\u00e9 par le train de 7 heures ; nous sommes au Vernet vers 8h \u00be. Nous grimpons tout de suite \u00e0 Saint-Martin o\u00f9 nous arrivons \u00e0 10 heures ; l\u00e0, nous voyons les nouveaux travaux de restauration, puis nous faisons une visite \u00e0 Monseigneur qui est en vill\u00e9giature \u00e0 Saint-Martin avec sa s\u0153ur Mlle de Carsalade du Pont. Monseigneur, tr\u00e8s aimable, nous fait tout visiter ; il arrive de la deuxi\u00e8me assembl\u00e9e de l\u2019\u00e9piscopat et nous causons avec lui de la S\u00e9paration et de la r\u00e9sistance \u00e0 la loi ; il est plein d\u2019\u00e9nergie et nous encourage vivement \u00e0 la r\u00e9sistance et \u00e0 une r\u00e9sistance \u00e9nergique&nbsp;; bravo ! Nous sommes de retour au Vernet \u00e0 midi 1\/4 ; nous d\u00e9jeunons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Parc ; puis nous rentrons \u00e0 pied jusqu\u2019\u00e0 la gare de Prades ; nous visitons en passant la curieuse \u00e9glise de Corneilla-de-Conflent puis Prades. Le temps a \u00e9t\u00e9 frais et favorable \u00e0 la marche.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 27 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, visite d\u2019Ille et de ses environs. Je pars de Vin\u00e7a avec Jacques et l\u2019oncle Paul par le train de 9 heures ; Papa nous attendait \u00e0 Ille et nous nous promenons, le matin, dans Ille et dans les environs imm\u00e9diats du c\u00f4t\u00e9 de la Tet. Bonne Maman, Tante Josepha, N\u00e9nette et Philom\u00e8ne arrivent en voiture vers 11 heures ; apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous allons nous promener \u00e0 Saint-Martin, \u00e0 Saint-Maurice et au ch\u00e2teau de Corb\u00e8re, les uns en voiture, les autres \u00e0 pied. Ces dames et l\u2019oncle Paul, apr\u00e8s avoir d\u00een\u00e9 \u00e0 Ille, repartent pour Vin\u00e7a \u00e0 8h du soir et je reste ici avec Jacques Herv\u00e9 et Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 28 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Derni\u00e8re journ\u00e9e de Jacques Herv\u00e9 en Roussillon. Nous la commen\u00e7ons de bonne heure ; nous partons pour Perpignan par le train de 5h50 du matin ; nous passons \u00e0 peu pr\u00e8s 3h \u00be dans Perpignan o\u00f9 nous voyons tout ce qu\u2019il y a \u00e0 voir ; nous rentrons \u00e0 Ille par le train qui y arrive \u00e0 10h55. Nous visitons les p\u00e9pini\u00e8res Bartre, la vieille maison de Bosch. \u00c0 2 heures, nous partons en voiture pour Millas o\u00f9 nous faisons une visite \u00e0 la famille de \u00c7agarriga avec laquelle Jacques a beaucoup de relations communes ; nous nous arr\u00eatons aussi, en passant, chez nos cousins de Barescut ; nous rentrons par Corb\u00e8re apr\u00e8s avoir vu, \u00e0 Millas, accompagn\u00e9s de M. de \u00c7agarriga, un reliquaire et un ostensoir pr\u00e9cieux gard\u00e9s chez le cur\u00e9. En arrivant ici, Jacques d\u00eene rapidement, fait ses paquets et nous l\u2019accompagnons au train de 7h12 du soir, regrettant qu\u2019il ne puisse pas passer plus longtemps dans le pays. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 29 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Ille, je vais me promener avec Papa \u00e0 la petite vigne du chemin de Boule. L\u2019apr\u00e8s-midi, Bonne Maman, Tante Josepha, N\u00e9nette et Philom\u00e8ne arrivent de Vin\u00e7a par le train d\u2019une heure. \u00c0 2h, je pars en voiture avec elles pour Millas et Saint-Feliu-d\u2019Avail ; nous faisons une visite \u00e0 notre cousine Ferriol puis \u00e0 notre cousine Bertran de Balanda ; nous revenons par la route de Corb\u00e8re ; mais quand nous arrivons \u00e0 Ille, Bonne Maman trouvant qu\u2019il est trop tard pour rentrer \u00e0 Vin\u00e7a en voiture, nous attendons le train de huit heures pour rentrer tous \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 je me retrouve apr\u00e8s deux jours d\u2019absence. J\u2019y trouve les affiches de l\u2019Action fran\u00e7aise contre Dreyfus que l\u2019on m\u2019envoie du Panache avec mission de les faire apposer, ici et \u00e0 Ille ; elles sont \u00e9normes et bien faites pour \u00eatre remarqu\u00e9es ; elles font, du reste, beaucoup de bruit. Les dreyfusards avaient annonc\u00e9 que leur triste client poursuivrait l\u2019Action fran\u00e7aise ; mais il ne l\u2019a pas encore fait et ne para\u00eet pas dispos\u00e9 \u00e0 le faire car l\u2019Action fran\u00e7aise fournirait ses preuves et ferait entendre ses t\u00e9moins en Cour d\u2019assises o\u00f9 l\u2019on ne peut pas, comme \u00e0 la Cour de Cassation, faire l\u2019instruction \u00e0 huis-clos et refuser d\u2019entendre les t\u00e9moins en audience publique !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 30 septembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je souscris et fais souscrire pour la m\u00e9daille d\u2019or du g\u00e9n\u00e9ral Mercier c\u2019est-\u00e0-dire contre Dreyfus et les dreyfusards ; la souscription a du succ\u00e8s ici. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. La liste des nouveaux saint-cyriens para\u00eet et j\u2019ai la joie d\u2019y lire le nom de Paul Delestrac ; cette nouvelle me fait grand plaisir et je f\u00e9licite ce brave Paul par d\u00e9p\u00eache.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Octobre 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 octobre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 1er octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re \u00e0 cheval sur Hildegarde. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 2 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, derni\u00e8re journ\u00e9e du s\u00e9jour de l\u2019oncle Paul, Tante Josepha et N\u00e9nette \u00e0 Vin\u00e7a, on c\u00e9l\u00e8bre le service fun\u00e8bre que l\u2019on a l\u2019habitude de c\u00e9l\u00e9brer tous les ans le 7 octobre pour Bon Papa ; de cette fa\u00e7on, les Magu\u00e9 pourront y assister. Le bapt\u00eame de Ghislaine est d\u00e9cid\u00e9ment fix\u00e9 \u00e0 samedi. Les Magu\u00e9 partent \u00e0 3h \u00bd, passeront 4 jours \u00e0 Sainte-Croix et assisteront au bapt\u00eame avant de rentrer \u00e0 Dijon. Papa, qui sera parrain, partira demain d\u2019Ille. Nous accompagnons les Magu\u00e9 \u00e0 la gare. On vendange ici et \u00e0 Ille. Les m\u00e9tayers de Corb\u00e8re et de Boule ne continuant pas (celui de Corbi\u00e8res est mort l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, et Joseph Jacomy \u00e0 Boule laisse les vignes) nous reprenons ces vignes et c\u2019est moi qui suis charg\u00e9 de les faire valoir d\u00e9sormais directement&nbsp;; l\u2019oncle Paul par la m\u00eame occasion, me prie de m\u2019occuper de ses vignes de Boule et de Vin\u00e7a ; je le ferai tr\u00e8s volontiers. J\u2019aurai donc \u00e0 m\u2019occuper d\u00e9sormais : de nos vignes de Corb\u00e8re, de nos vignes de Boule et de celles de l\u2019oncle Paul \u00e0 Boule, de nos vignes de Vin\u00e7a et de celles de l\u2019oncle Paul \u00e0 Vin\u00e7a ; les deux petites vignes d\u2019Ille continueront \u00e0 marcher comme par le pass\u00e9 et les vignes de Trouillas ne sont pas encore lib\u00e9r\u00e9es. Ma vie d\u2019agriculteur va donc commencer ; aussi, je passerai fort peu de temps \u00e0 Angers cette ann\u00e9e ; le soir, Mois du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 3 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Ille o\u00f9 je vois Papa qui part \u00e0 4 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi pour Sainte-Croix. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se, puis je vais surveiller les vendanges du Cam dal Roc. Le soir, nous allons au Mois du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 4 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin et le soir, je vais surveiller les vendanges \u00e0 la vigne dite la Ruscane ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se, je vais me confesser. Le soir, Mois du Rosaire, nous nous promenons un peu apr\u00e8s ; il a fait aujourd\u2019hui une vraie journ\u00e9e de gros \u00e9t\u00e9, mais toujours pas de pluie ; c\u2019est terrible pour les agriculteurs.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 5 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h en l\u2019honneur du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois ; je vais \u00e0 cheval \u00e0 Espira, je reviens en passant par la Ruscane ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se&nbsp;; le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois \u00e0 l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 6 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval ; je porte \u00e0 M. Llense, membre du comit\u00e9 royaliste d\u2019Ille pour la commune de Boule, l\u2019affiche de l\u2019Action fran\u00e7aise contre Dreyfus et l\u2019arr\u00eat de cassation du 12 juillet dernier ; je lui charge de la faire afficher ; l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019en envoie aussi une \u00e0 Rod\u00e8s ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 7 octobre 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-2-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-419\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-2-768x1023.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-2-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-2-1153x1536.jpg 1153w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-2.jpg 1200w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Affiche \u00ab\u00a0Appel au pays\u00a0\u00bb de l&rsquo;Action fran\u00e7aise \u2013 Site ebay.fr<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate du Saintt Rosaire et \u00e0 l\u2019occasion du 11<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de la mort de mon pauvre grand-p\u00e8re. \u00ab L\u2019Appel au pays \u00bb de l\u2019Action fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 affich\u00e9 cette nuit, comme il a d\u00fb l\u2019\u00eatre aussi \u00e0 Boule et \u00e0 Rod\u00e8s ; il est remarqu\u00e9, lu et comment\u00e9, des groupes d\u2019hommes s\u2019y arr\u00eatent et stationnent devant. Le parti r\u00e9publicain de Vin\u00e7a est furieux, l\u2019affiche de l\u2019Action fran\u00e7aise et les dures v\u00e9rit\u00e9s qu\u2019elle contient l\u2019ont touch\u00e9 au vif. Une des affiches est sur le mur de la justice de paix&nbsp;; sur la r\u00e9quisition du juge de paix, le maire la fait arracher. J\u2019apprends avec joie que l\u2019organe radical-socialiste du d\u00e9partement, <em>Le Petit Catalan<\/em>, fond\u00e9 il y a six mois pour remplacer <em>La R\u00e9publique des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales<\/em> cesse de para\u00eetre \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;; un reptile venimeux de moins ! Hier, c\u2019\u00e9tait <em>L\u2019Humanit\u00e9<\/em> de Jaur\u00e8s dont on annon\u00e7ait la disparition&nbsp;; tant mieux, continuez ! Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. De 1 \u00e0 2h, j\u2019assiste au recouvrement des cotisations des soci\u00e9taires de la Saint-S\u00e9bastien. La soir, je r\u00e9unis, avec l\u2019aide des membres du bureau du Panache fond\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a le jour de la conf\u00e9rence de MM. Bertran et Desp\u00e9ramons, les 1<sup>ers<\/sup> membres de cette section, au caf\u00e9 Morer ; il n\u2019en vient que six&nbsp;; nous serons plus nombreux une autre fois, ne nous d\u00e9courageons pas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 octobre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 8 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re \u00e0 cheval ; je vois l\u2019affiche de l\u2019Action fran\u00e7aise qui a \u00e9t\u00e9 appos\u00e9e hier et qui a \u00e9t\u00e9 respect\u00e9e ici&nbsp;; il para\u00eet qu\u2019on s\u2019y est arr\u00eat\u00e9 beaucoup. \u00c0 Rod\u00e8s, elle a \u00e9t\u00e9 affich\u00e9e aussi ; j\u2019en ai re\u00e7u de nouvelles pour Ille. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 la Balme en voiture, on y cueille des figues que la vieille Philom\u00e8ne rapporte \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 9 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir \u00e0 ma th\u00e8se. \u00c9tant un peu fatigu\u00e9, je ne monte pas \u00e0 cheval.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 10 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Espira et de Finestret. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en voiture \u00e0 Prades o\u00f9 je fais diverses commissions, je vais porter au greffe du Tribunal l\u2019extrait du casier judiciaire de deux individus de la soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien que je propose pour la m\u00e9daille mutualiste. Nous voyons nos cousins de Saint-Jean (Th\u00e9r\u00e8se, Emmanuel et Joseph)<a href=\"#_ftn64\" id=\"_ftnref64\">[64]<\/a> et notre cousin Marie ; la pluie menace toute la journ\u00e9e. Une lettre de Papa nous annonce que Marie-Th\u00e9r\u00e8se souffre d\u2019un engorgement du sein gauche o\u00f9 il se forme un abc\u00e8s ; ce n\u2019est pas grave mais c\u2019est tr\u00e8s souffrant, cela va retarder le d\u00e9part de Maman de Sainte-Croix qui devait avoir lieu aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 11 octobre 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rodes._El_Riufages_5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"500\" height=\"667\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rodes._El_Riufages_5.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-420\" style=\"width:500px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rodes._El_Riufages_5.jpg 500w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rodes._El_Riufages_5-225x300.jpg 225w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pont ferroviaire sur le Riufag\u00e8s, commune de Rod\u00e8s \u2013 Vue actuelle (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, un accident de chemin de fer qui aurait pu avoir des suites tr\u00e8s graves se produit sur le viaduc du Riufag\u00e8s ; \u00e0 la suite d\u2019un violent orage cette nuit, un tassement s\u2019est produit dans le sol de la falaise sur laquelle le pont s\u2019appuie en amont ; le 1<sup>er<\/sup> train descendant a d\u00e9raill\u00e9 un peu avant le pont, cassant les rails et les traverses ; il a patin\u00e9, emport\u00e9 par la vitesse acquise jusque sur le pont o\u00f9 il s\u2019est arr\u00eat\u00e9 en penchant fortement sur sa gauche ; la voie est fortement d\u00e9grad\u00e9e, plusieurs wagons sont endommag\u00e9s et la circulation est interrompue, il n\u2019y a pas d\u2019accidents de personnes. Dans la matin\u00e9e, j\u2019y vais voir avec Philom\u00e8ne ; on cherche \u00e0 remettre le train sur les rails au moyen de crics ; \u00e7a ne sera pas facile \u00e0 cause du peu d\u2019espace dont on dispose sur le pont. La manifestation de l\u2019Action fran\u00e7aise prend de plus en plus de d\u00e9veloppement ; son \u00ab Appel au pays \u00bb est affich\u00e9 partout, et ni Dreyfus ni le minist\u00e8re public n\u2019ont os\u00e9 poursuivre jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ; les listes de souscriptions, publi\u00e9es dans les journaux, se couvrent de signatures. Cela prouve que la victoire dreyfusarde n\u2019est pas compl\u00e8te ! Le gouvernement ne se sent pas de taille \u00e0 faire respecter l\u2019arr\u00eat inf\u00e2me de la Cour de Cassation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 12 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval&nbsp;; j\u2019y porte des affiches de l\u2019\u00ab Appel au pays \u00bb et je donne des instructions pour qu\u2019elles soient affich\u00e9es dimanche matin&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; vers le soir, je vais me promener, avec Philom\u00e8ne, \u00e0 Bentefarine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 13 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Boule o\u00f9 l\u2019on pressure, puis \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette. \u00c0 Ille, j\u2019apprends la mort de M. Jeger, gendre du Dr Trainier<a href=\"#_ftn65\" id=\"_ftnref65\">[65]<\/a>, et celle de notre ancienne cuisini\u00e8re la vieille Marguerite ou Guidette qui vient de mourir \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 86 ans ; on enterre le 1<sup>er<\/sup> demain et la seconde apr\u00e8s-demain ; j\u2019irai \u00e0 ces deux enterrements&nbsp;; je me confesse avant de repartir d\u2019Ille. Ce soir \u00e0 Vin\u00e7a, r\u00e9union des adh\u00e9rents au Panache, au caf\u00e9 Morer ; d\u00e9sormais, le Panache, qui progresse lentement mais s\u00fbrement, se r\u00e9unira dans un autre local ; nous avons de nouvelles adh\u00e9sions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 14 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 7h \u00bc, je fais la sainte communion en action de gr\u00e2ce du 24<sup>e<\/sup> anniversaire de ma naissance et du 17<sup>e<\/sup> anniversaire de ma gu\u00e9rison miraculeuse en 1889. Ensuite, je pars en voiture pour d\u2019Ille avec Am\u00e9d\u00e9e Jocaveil \u00e0 qui j\u2019offre une place ; il a neig\u00e9 sur les montagnes et il fait un vent glacial. \u00c0 Ille, nous assistons aux obs\u00e8ques de M. Jeger. L\u2019\u00ab Appel au pays \u00bb de l\u2019Action fran\u00e7aise vient d\u2019\u00eatre affich\u00e9 sur les murs d\u2019Ille bien en vue ; on le lit. Je paie un homme pour distribuer dans l\u2019apr\u00e8s-midi dans les caf\u00e9s environ 150 tracts reproduisant les termes de l\u2019affiche ; quelle campagne antidreyfusarde dans le canton ! Gr\u00e2ce \u00e0 moi, Ille, Vin\u00e7a, Bouletern\u00e8re, Rod\u00e8s, Rigarda et Marquixanes auront eu l\u2019affiche et re\u00e7u des tracts ; j\u2019ai aussi le projet d\u2019envoyer des affiches \u00e0 Prades ; enfin, ici, la souscription pour le g\u00e9n\u00e9ral Mercier a r\u00e9uni quelques noms et quelques pi\u00e8ces. Je suis de retour \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 une heure \u00e0 peu pr\u00e8s. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 v\u00eapres ; on grelotte ; ce temps est encore trop froid pour durer longtemps dans cette saison.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 22 octobre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 15 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je pars pour Ille avant 7 heures par un temps aussi froid qu\u2019hier pour assister \u00e0 un autre enterrement, celui d\u2019une ancienne cuisini\u00e8re de mes oncles et tantes de Bosch qui a \u00e9t\u00e9 longtemps aussi \u00e0 notre service, la vieille Guidette ; cette vieille servante, qui nous \u00e9tait tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9e, m\u00e9rite bien que je me d\u00e9range pour elle m\u00eame avec le froid qu\u2019il se fait. Aussit\u00f4t apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, je repars pour Vin\u00e7a en passant par Bouletern\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. \u00c0 Ille, on n\u2019a pas touch\u00e9 aux affiches.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 16 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous recevons \u00e0 8 heures, une d\u00e9p\u00eache de Maman nous disant qu\u2019elle arrivera ce soir ; la d\u00e9p\u00eache est partie de Toulouse ce matin 7 h. Je monte \u00e0 cheval le matin, je vais \u00e0 Marquixanes et \u00e0 la Balme. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 4 h, nous allons attendre Maman \u00e0 la gare, elle arrive en bonne sant\u00e9 apr\u00e8s 1 mois \u00bd d\u2019absence. Marie-Th\u00e9r\u00e8se va mieux, son abc\u00e8s a avort\u00e9, mais comme la petite Ghislaine-Marie ne se d\u00e9veloppait pas assez vite, on lui a donn\u00e9 une nourrice.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 17 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille le matin \u00e0 ma th\u00e8se&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 Ille en voiture, nous voyons Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 18 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par l\u2019express d\u2019une heure, nous allons, Maman et moi, \u00e0 Perpignan ; nous voyons les Lutrand et les Bonafos ; je fais plusieurs courses et commissions&nbsp;; je vais dans un bureau de la Pr\u00e9fecture pour une question concernant la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien et pour une affaire d\u2019assistance, je vais au Panache, je rencontre les Passama, Jonqu\u00e8res, M. Desp\u00e9ramons. J\u2019apprends que Fernand de Rovira a eu \u00e9norm\u00e9ment de succ\u00e8s au concours hippique de Biarritz ; je vais le f\u00e9liciter d\u00e8s demain ; sa jument Miss Fire, mont\u00e9e par Joseph Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola, a gagn\u00e9 la coupe, l\u2019Omnium battant le c\u00e9l\u00e8bre cheval \u00ab Conspirateur \u00bb ; c\u2019est merveilleux. \u00c0 l\u2019aller, nous faisons route avec notre cousine Mme de Massia, et au retour avec M. Jules Sabat\u00e9. On annonce la d\u00e9mission de M. Sarrien pr\u00e9sident du conseil ; M. Clemenceau, qui exer\u00e7ait en fait ces fonctions puisqu\u2019il \u00e9tait le v\u00e9ritable chef du cabinet, le remplacera \u00e9videmment ; on dit que les membres les moins avanc\u00e9s seront remplac\u00e9s. Il n\u2019y aura rien de chang\u00e9, on ira seulement un peu plus \u00e0 gauche, c\u2019est dans la logique de la r\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 19 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Bonne Maman \u00e0 Prades en voiture pour une affaire. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se, j\u2019\u00e9cris plusieurs lettres.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 20 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me fais couper les cheveux, ensuite je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval afin d\u2019y conduire la jument Hildegarde. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille. Maman et Philom\u00e8ne partent pour Ille, moi je n\u2019irai m\u2019y installer que demain \u00e0 cause de la r\u00e9union du Panache fix\u00e9e \u00e0 Vin\u00e7a et \u00e0 laquelle il faut que j\u2019assiste. En vue de cette r\u00e9union, je vais \u00e0 Saorles dans l\u2019apr\u00e8s-midi voir le pr\u00e9sident de la section Verg\u00e8s-Llad\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 21 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui que je reviens \u00e0 Ille pour assez longtemps ; mes parents y sont install\u00e9s depuis hier soir. \u00c0 Vin\u00e7a ce matin, je suis all\u00e9 \u00e0 la grand\u2019messe ; l\u2019apr\u00e8s-midi, r\u00e9union du&nbsp; Panache qui donne neuf nouvelles inscriptions. Je pars \u00e0 quatre heures \u00bc en voiture.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 octobre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 22 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Maman et Philom\u00e8ne, je pars pour Perpignan par le train de 9h22. Nous rencontrons l\u2019oncle Joseph de Lazerme qui nous annonce le mariage de Carlos avec Mlle Th\u00e9r\u00e8se de Mauvaisin<a href=\"#_ftn66\" id=\"_ftnref66\">[66]<\/a>, une Toulousaine&nbsp;; sa m\u00e8re est une demoiselle de Lestapis, sa famille est alli\u00e9e aux D\u2019Adh\u00e9mar ; la jeune fille a 22 ans, elle est, dit-on, jolie ; ils se sont connus \u00e0 Lourdes pendant le p\u00e8lerinage national. C\u2019est aujourd\u2019hui la grande nouvelle dans Perpignan ; pour mon compte, je suis enchant\u00e9 pour Carlos ; sans \u00eatre extr\u00eamement riches, les Mauvaisin ont, para\u00eet-il, de la fortune ; la fianc\u00e9e de Carlos est pieuse. Papa a connu autrefois \u00e0 Toulouse un M. de Mauvaisin&nbsp;; je ne sais si c\u2019\u00e9tait le p\u00e8re de ma future cousine. Nous d\u00e9jeunons chez Tante Bonafos et nous partons \u00e0 1h \u00bc, en voiture, avec ma cousine Lutrand pour visiter l\u2019\u00e9glise de Saint-Andr\u00e9 ; nous visitons aussi le ch\u00e2teau de Taxo au colonel David ; et Th\u00e9r\u00e8se Lutrand nous fait entrer chez M. et Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za&nbsp;; il y a l\u00e0 une jeune fille, fille unique<a href=\"#_ftn67\" id=\"_ftnref67\">[67]<\/a>, \u00e0 qui Tante Bonafos a un peu pens\u00e9 pour moi ; apr\u00e8s l\u2019avoir vue, je pr\u00e9f\u00e8re que ma tante et ma cousine abandonnent cette id\u00e9e et ne fassent aucune d\u00e9marche ; il y a plusieurs personnes chez Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za, notamment Mlle de Globet ; nous visitons la curieuse \u00e9glise romane de Saint-Andr\u00e9 et nous sommes de retour \u00e0 Perpignan \u00e0 6h \u00bd ; tout le monde parle du mariage de Carlos. Quant \u00e0 Mlle Roca, je n\u2019en veux pas pour moi !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 23 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval. Bonne Maman vient de recevoir une lettre de l\u2019oncle Joseph lui faisant part officiellement des fian\u00e7ailles de Carlos. On pressure \u00e0 Vin\u00e7a ; je rentre \u00e0 Ille \u00e0 11 heures. Nous d\u00e9jeunons tout de suite et je pars \u00e0 midi \u00bd avec Papa et Philom\u00e8ne pour Trouillas o\u00f9 nous allons aux vignes et voyons des comptes ; nous passons au retour par Corneilla pour porter \u00e0 Mme de Llamby des bonbons de bapt\u00eame de Ghislaine-Marie mais nous ne la rencontrons pas. Nous rentrons \u00e0 Ille \u00e0 6h \u00be.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 24 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne monte pas le matin, l\u2019apr\u00e8s-midi je vais me promener \u00e0 pied avec Papa et Philom\u00e8ne \u00e0 la m\u00e9tairie de Tata Mimi et au-del\u00e0. Le minist\u00e8re Clemenceau est constitu\u00e9, Picquart est ministre de la Guerre, Picquart l\u2019officier mis en r\u00e9forme pour fautes graves dans le service, Picquart g\u00e9n\u00e9ral de division alors qu\u2019il y a 4 mois il avait le grade de lieutenant-colonel, voil\u00e0 le chef impos\u00e9 \u00e0 l\u2019Arm\u00e9e ! Quel ministre et quel minist\u00e8re ! Les dreyfusards ont le triomphe insolent ! Heureusement que la campagne de l\u2019Action fran\u00e7aise, \u00e0 laquelle ils n\u2019osent pas r\u00e9pondre, leur rabat le caquet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 25 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re et \u00e0 Millas. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 26 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 Bonne Maman est un peu souffrante ; elle a re\u00e7u de tr\u00e8s mauvaises nouvelles du pauvre oncle Hector&nbsp;; sa mort n\u2019est qu\u2019une question de semaines, peut-\u00eatre de jours. Tata Mimi est all\u00e9e le voir et l\u2019a trouv\u00e9 tr\u00e8s chang\u00e9. Bonne Maman lui t\u00e9l\u00e9graphie pour la prier d\u2019aller le revoir. \u00c0 Vin\u00e7a, je m\u2019occupe de questions concernant la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. L\u2019apr\u00e8s-midi, ici, j\u2019examine avec l\u2019entrepreneur Philipe Baux la grande maison&nbsp;; des agrandissements sont n\u00e9cessaires ici si nous voulons nous y installer avec notre mobilier d\u2019Angers ; dans ces conditions, je pr\u00e9f\u00e9rerais de beaucoup que nous nous installions dans la grande maison Bosch ; l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, nous avons d\u00fb y renoncer \u00e0 cause du plan beaucoup trop consid\u00e9rable que M. Carbasse avait fait ; il entra\u00eenait \u00e0 acheter des maisons voisines, et la d\u00e9pense e\u00fbt \u00e9t\u00e9 \u00e9norme. M. Carbasse est mort et je crois qu\u2019on pourrait tr\u00e8s bien se contenter d\u2019un plan plus restreint&nbsp;; j\u2019examine tout minutieusement avec M. Baux et il entre dans mes vues. Je crois que si la somme \u00e0 d\u00e9penser dans la grande maison pour la mettre en \u00e9tat ne doit pas d\u00e9passer sensiblement celle qui e\u00fbt n\u00e9cessaire ici, mes parents opteront pour la grande maison ; avec mon plan, il y a un jardin ; mais la tour est conserv\u00e9e et sert d\u2019\u00e9curie. Nous allons tous nous promener \u00e0 la m\u00e9tairie Saint-Martin ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 27 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi je travaille&nbsp;; le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire puis chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 28 octobre 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-Genevieve_Soult_de_Dalmatie_1844-1910_baronne_Rene_Reille.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"706\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-Genevieve_Soult_de_Dalmatie_1844-1910_baronne_Rene_Reille-706x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-421\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-Genevieve_Soult_de_Dalmatie_1844-1910_baronne_Rene_Reille-706x1024.jpg 706w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-Genevieve_Soult_de_Dalmatie_1844-1910_baronne_Rene_Reille-207x300.jpg 207w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-Genevieve_Soult_de_Dalmatie_1844-1910_baronne_Rene_Reille-768x1114.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/960px-Genevieve_Soult_de_Dalmatie_1844-1910_baronne_Rene_Reille.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 100vw, 706px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Baronne Reille n\u00e9e Genevi\u00e8ve Soult de Dalmatie (1844-1910)  \u2013 Clich\u00e9 anonyme, sans date (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd afin de pouvoir prendre le train de 11h pour aller \u00e0 Vin\u00e7a et \u00e0 Prades. Nous partons, Maman, Philom\u00e8ne et moi \u00e0 11h pour Vin\u00e7a ; nous retrouvons dans le train M., Mme et Mesdemoiselles de \u00c7agarriga, de Millas, Tante H\u00e9l\u00e8ne et Marthe, les demoiselles d\u2019Ax qui vont, comme nous, \u00e0 Prades entendre la conf\u00e9rence de la baronne Reille. Nous d\u00e9jeunons \u00e0 Vin\u00e7a ; Bonne Maman a re\u00e7u de Tata Mimi de tr\u00e8s tr\u00e8s mauvaises nouvelles de l\u2019oncle Hector&nbsp;; il est mourant. Notre tr\u00e8s grand d\u00e9sir \u00e0 tous serait qu\u2019il se convert\u00eet avant de para\u00eetre devant Dieu ; mais, \u00e0 moins d\u2019un miracle, je ne crois pas la chose possible. Un Catholique, qui n\u2019a pas pratiqu\u00e9 sa religion sa vie durant, mais qui n\u2019a pas tout \u00e0 fait oubli\u00e9 les le\u00e7ons de cat\u00e9chisme de son enfance, se confesse presque toujours \u00e0 l\u2019heure de la mort ; mais comment esp\u00e9rer convertir un protestant surtout quand c\u2019est un homme aux id\u00e9es aussi arr\u00eat\u00e9es que mon pauvre oncle ? Il faudrait un miracle ! Tata Mimi, d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e par Bonne Maman, fait ce qu\u2019elle peut, mais h\u00e9las sans grand succ\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. \u00c0 2h, nous partons en voiture de Vin\u00e7a pour Prades ; Bonne Maman, encore enrhum\u00e9e, ne vient pas. Nous voyons \u00e0 Prades les Saint-Jean, les Marie etc.&nbsp;; nous retrouvons les \u00c7agarriga, Lazerme, d\u2019Ax. La conf\u00e9rence a lieu dans la salle des \u0152uvres&nbsp;; elle est pr\u00e9sid\u00e9e par M. Marie<a href=\"#_ftn68\" id=\"_ftnref68\">[68]<\/a>. Elle est faite en faveur de la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises dont la baronne Reille<a href=\"#_ftn69\" id=\"_ftnref69\">[69]<\/a> est, je crois, pr\u00e9sidente ou vice-pr\u00e9sidente&nbsp;; on a profit\u00e9 du s\u00e9jour de la baronne \u00e0 Molitg pour lui demander cette conf\u00e9rence ; apr\u00e8s elle, qui n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loquente, parle M. le Edmond de Rivals de Boussac, pr\u00e9sidant de la Jeunesse catholique dans le d\u00e9partement, il parle tr\u00e8s bien et rien n\u2019est \u00e0 reprendre dans son discours. M. de \u00c7agarriga me fait faire sa connaissance. La r\u00e9union \u00e9tait plac\u00e9e plus ou moins sous le patronage de l\u2019Action lib\u00e9rale&nbsp;; aussi y suis-je venu en simple curieux, pour accompagner Maman et Philom\u00e8ne qui d\u00e9siraient entendre la baronne Reille et me suis-je tenu \u00e0 l\u2019\u00e9cart. Au retour, notre train part de Prades avec une heure de retard \u00e0 cause du d\u00e9raillement d\u2019un train de marchandises qui a encombr\u00e9 la voie. Nous attendons dans la gare de Prades et nous faisons route ensuite avec les \u00c7agarriga, Lazerme, d\u2019Ax, de Lacroix etc. Nous parlons beaucoup du mariage de Carlos qui m\u2019a invit\u00e9&nbsp;; il aura lieu aux environs du Premier de l\u2019An.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 31 octobre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 29 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel et de Bouletern\u00e8re ; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons tout de suite de la rivi\u00e8re ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 30 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je retourne \u00e0 Boule \u00e0 cheval pour voir de pr\u00e8s comment pourrait se faire une plantation d\u2019arbres \u00e0 fruits dans une propri\u00e9t\u00e9. Papa, qui est all\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a, nous rapporte \u00e0 son retour, la triste nouvelle, imminente depuis plusieurs jours, de la mort de l\u2019oncle Hector de Pontich, Bonne Maman a re\u00e7u ce matin une d\u00e9p\u00eache lui annon\u00e7ant qu\u2019il s\u2019\u00e9tait \u00e9teint cette nuit sans trop de souffrances. De la question religieuse qui nous pr\u00e9occupe tant, la d\u00e9p\u00eache ne parle pas. Mais nous serons renseign\u00e9s par Tata Mimi. \u00c9videmment, il \u00e9tait chim\u00e9rique de compter sur une conversion in extremis, mais l\u2019oncle Hector, bien que protestant, \u00e9tait un homme tr\u00e8s droit, il avait au plus haut point le sens du devoir, de la justice, il croyait en Dieu ; Dieu, si mis\u00e9ricordieux, l\u2019aura sauv\u00e9, je l\u2019esp\u00e8re, car tout porte \u00e0 croire qu\u2019il \u00e9tait de bonne foi ; d\u2019autre part, il a fait ce qu\u2019il croyait \u00eatre son devoir, Dieu a d\u00fb lui en tenir compte. Son malheur, c\u2019est d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 dans la religion protestante par sa m\u00e8re, protestante elle-m\u00eame (Mlle de Nolles), que son p\u00e8re (fr\u00e8re de mon bisa\u00efeul de Pontich), qui appartenait \u00e0 une famille si catholique !, avait eu le grand tort d\u2019\u00e9pouser malgr\u00e9 la diff\u00e9rence de religion ; quelles malheureuses cons\u00e9quences pour la famille de Pontich a eu ce triste mariage<a href=\"#_ftn70\" id=\"_ftnref70\">[70]<\/a> ! Quoi qu\u2019il en soit, le seul espoir qui nous reste de retrouver un jour notre pauvre oncle Hector dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 r\u00e9side dans la mis\u00e9ricorde divine. Il n\u2019avait que 61 ans et, \u00e0 le voir si fort, si vert il y a quelques mois encore, on n\u2019aurait jamais suppos\u00e9 qu\u2019il f\u00fbt si pr\u00e8s de sa fin. J\u2019aurai \u00e9t\u00e9 le dernier \u00e0 le voir. L\u2019oncle Paul a t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 qu\u2019il assisterait aux obs\u00e8ques. Il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es, tr\u00e8s jeune lieutenant-colonel, on pouvait croire qu\u2019il arriverait aux grades les plus \u00e9lev\u00e9s&nbsp;; mais la haine d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral lui a beaucoup nui et il a d\u00fb prendre sa retraite comme lieutenant-colonel. En 1870, il avait \u00e9t\u00e9 bless\u00e9 \u00e0 Sedan d\u2019un \u00e9clat d\u2019obus \u00e0 la cuisse ; mais avait r\u00e9ussi \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la capitulation&nbsp;; il \u00e9tait venu se r\u00e9fugier \u00e0 Vin\u00e7a chez Bon Papa et Bonne Maman qui le recevaient toujours, lui et ses fr\u00e8res, comme leurs propres enfants&nbsp;; il \u00e9tait reparti apr\u00e8s la chute de Metz et avait pris part aux op\u00e9rations de la fin de la guerre. Ensuite, presque toute sa carri\u00e8re militaire s\u2019\u00e9tait pass\u00e9e dans le sud-est (Valence, Vienne etc.). Depuis sa retraite, il avait habit\u00e9 Vincennes, puis le quartier du Jardin des plantes \u00e0 Paris et enfin il \u00e9tait devenu l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re directeur de l\u2019\u00c9cole d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 Br\u00e9guet o\u00f9 je l\u2019ai vu le 12 juillet pr\u00e9sidant la distribution des prix ; je ne me doutais pas alors qu\u2019il n\u2019avait plus que 3 mois \u00e0 vivre. L\u2019oncle Hector nous aimait beaucoup&nbsp;; il tenait beaucoup \u00e0 la famille et venait toujours avec grand plaisir \u00e0 Vin\u00e7a. Sa mort, surtout dans les conditions o\u00f9 elle s\u2019est produite, nous cause \u00e0 tous un grand chagrin. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je reviens avec Maman \u00e0 la grande maison ; les demoiselles Mathieu y sont aussi ainsi que l\u2019entrepreneur M. Philipe Baux&nbsp;; nous examinons tout avec le plus grand soin. M. Baux va faire un devis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 31 octobre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un temps affreux, pluie, vent violent et froid ; je ne sors quelques instants que pour aller me confesser vers 4h \u00bc ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se qui avance beaucoup.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Novembre 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 novembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 1<sup>er<\/sup> novembre 1906 (Toussaint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 h \u00bc \u00e0 l\u2019H\u00f4pital ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, visite \u00e0 Mme Terrats d\u2019Aguillon ; ensuite je vais \u00e0 v\u00eapres et je me prom\u00e8ne un peu avec Philom\u00e8ne apr\u00e8s v\u00eapres, le temps, bien que tr\u00e8s frais et humide, est moins mauvais qu\u2019hier. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 2 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion puis je vais \u00e0 l\u2019office des morts, l\u2019apr\u00e8s-midi, procession au cimeti\u00e8re&nbsp;; ensuite, nous allons attendre l\u2019oncle Xavier qui arrive pour 3 jours ; Faliu, le fermier de Trouillas, et sa femme sont ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 3 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons tous avec l\u2019oncle Xavier dans la campagne pour examiner une question d\u2019arrosage ; le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des morts, puis chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 4 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd avec l\u2019oncle Xavier. Je pars pour Vin\u00e7a sur le train de11h ; j\u2019y vais pour assister au recouvrement de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien et au sujet du Panache. Maman y est aussi pour accompagner Bonne Maman au cimeti\u00e8re o\u00f9 l\u2019on va prier aujourd\u2019hui. Le Panache fait des progr\u00e8s sensibles ; il y a plus de 30 hommes inscrits et qui ont sign\u00e9 leur carte ; la prochaine s\u00e9ance, celle de d\u00e9cembre, sera une s\u00e9ance solennelle d\u2019inauguration. Nous rentrons par le train de 7 heures.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 5 au 11 novembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 5 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec l\u2019oncle Xavier \u00e0 Saint-Michel o\u00f9 il est appel\u00e9 pour r\u00e9gler une question de limite de champ entre un de ses fermiers et un voisin. \u00c0 midi, nous avons M. Trull\u00e8s \u00e0 d\u00e9jeuner&nbsp;; Bonne Maman y vient. \u00c0 4 heures, Bonne Maman repart pour Vin\u00e7a et l\u2019oncle Xavier pour Perpignan et Pia ; il reviendra probablement \u00e0 Ille avant la fin de sa permission ; d\u2019ailleurs, nous irons le voir jeudi \u00e0 Pia. Nous les accompagnons \u00e0 la gare et nous nous promenons ensuite. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des morts.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 6 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, il pleut et je ne peux pas monter \u00e0 cheval. Je monte l\u2019apr\u00e8s-midi ; je vais \u00e0 Rod\u00e8s. Maman et Philom\u00e8ne vont \u00e0 Perpignan d\u00e9jeuner chez Mme de Llamby ; celle-ci leur apprend qu\u2019on annonce mon mariage avec\u2026 trois jeunes filles en m\u00eame temps&nbsp;; les uns avec Mlle de Pallar\u00e8s (comment le projet du printemps dernier a-t-il transpir\u00e9&nbsp;? Je ne sais, mais j\u2019en suis contrari\u00e9)&nbsp;; les autres, comme ici, avec Mlle de Lacour (je voudrais bien que ce f\u00fbt vrai&nbsp;!)&nbsp;; les autres enfin avec Mlle Roca d\u2019Huyt\u00e9za (pour cette derni\u00e8re, on ajoute que c\u2019est Mlle de Llobet qui fait le mariage)&nbsp;; ce dernier bruit est \u00e9videmment le r\u00e9sultat de notre visite \u00e0 Taxo il y a 15 jours&nbsp;; il est vrai que Tante Bonafos et Tante Lutrand ont eu cette id\u00e9e et que l\u2019excursion \u00e0 Saint-Andr\u00e9 et \u00e0 Taxo avait pour but de me faire voir cette jeune fille que je ne connaissais pas ; mais moi, apr\u00e8s la visite \u00e0 Taxo, j\u2019ai imm\u00e9diatement coup\u00e9 les ailes \u00e0 ce projet. Au lieu de 3 jeunes filles \u00e0 qui l\u2019on me marie&#8230; en imagination, je pr\u00e9f\u00e9rerais que l\u2019on me mari\u00e2t \u00e0 une seule, mais que ce f\u00fbt vrai&#8230; \u00e0 condition qu\u2019elle soit \u00e0 mon go\u00fbt. Le soir nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des morts puis nous passons la soir\u00e9e chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 7 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Millas et je reviens par Corb\u00e8re en passant par le petit chemin de Millas \u00e0 Corb\u00e8re&nbsp;; la pluie me prend en route. Nous avons Charouleau qui vient m\u2019essayer mes costumes d\u2019hiver. Maman ayant pri\u00e9 hier \u00e0 Perpignan Mme No\u00ebll de demander \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s les lettres qu\u2019elle lui a \u00e9crites au printemps dernier au sujet de son projet de mariage avec Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, Mme No\u00ebll r\u00e9pond aujourd\u2019hui \u00e0 Maman ; Mme de Pallar\u00e8s consent \u00e0 rendre les lettres de Maman, mais veut que Maman lui rende aussi les siennes&nbsp;; or Maman a br\u00fbl\u00e9 ces derni\u00e8res avant de quitter Angers&nbsp;; le mieux sera donc de le faire savoir \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s et de la prier d\u2019en faire autant de son c\u00f4t\u00e9. Dans sa lettre, Mme No\u00ebll ajoute qu\u2019elle a caus\u00e9 longuement avec Mme de Pallar\u00e8s qui lui a dit que tous les renseignements sur mon compte avaient \u00e9t\u00e9 excellents, qu\u2019elle savait bien qu\u2019elle ne retrouverait pas pour sa fille un mari aussi s\u00e9rieux que moi, mais qu\u2019elle a recul\u00e9 parce qu\u2019elle ne me trouvait pas assez riche. Je l\u2019avais devin\u00e9, mais si Mme de Pallar\u00e8s \u00e9tait un peu intelligente, elle ne le dirait pas. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des morts puis chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 8 novembre 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/231-pia-pia-entree-village.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"678\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/231-pia-pia-entree-village-1024x678.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-422\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/231-pia-pia-entree-village-1024x678.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/231-pia-pia-entree-village-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/231-pia-pia-entree-village-768x509.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/231-pia-pia-entree-village-1536x1018.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/231-pia-pia-entree-village.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Village de Pia, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales \u2013 Carte postale d&rsquo;\u00e9poque, sans date (site cartorum.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, nous sommes les invit\u00e9s de l\u2019oncle Xavier. Nous partons d\u2019Ille par le train de 9 heures, d\u00e9jeunons au Grand H\u00f4tel \u00e0 Perpignan avec l\u2019oncle Xavier, partons \u00e0 1h \u00bd en voiture pour Pia. L\u00e0, nous visitons la superbe cave de l\u2019oncle Xavier&nbsp;; elle peut contenir de 9000 \u00e0 10000 hectolitres ; il y en a 7500 cette ann\u00e9e ; nous visitons le village et l\u2019\u00e9glise de Pia ; Pia est une bonne commune de 2000 habitants ; la moiti\u00e9 de la population est nettement royaliste, et, entre royalistes et r\u00e9publicains, c\u2019est une s\u00e9paration compl\u00e8te ; la municipalit\u00e9 malheureusement est r\u00e9publicaine depuis les \u00e9lections de 1904 gr\u00e2ce \u00e0 des fraudes. \u00c0 Perpignan avant le d\u00e9jeuner et au retour de Pia, je fais plusieurs courses et commissions, je vais au <em>Roussillon<\/em>, au Panache ; pr\u00e9cis\u00e9ment, il y a eu cette apr\u00e8s-midi une r\u00e9union du comit\u00e9 royaliste d\u00e9partemental, des questions int\u00e9ressantes y ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9es ; M. Bertran, qui vient d\u2019\u00eatre re\u00e7u \u00e0 Londres par Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, a rendu compte son audience etc. ; le mois prochain, il y aura probablement une grande r\u00e9union royaliste \u00e0 Perpignan. Nous assistons, \u00e0 5h \u00bd, \u00e0 Saint-Jean, \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019octave des morts ; l\u00e0, pr\u00e9cis\u00e9ment nous nous trouvons plac\u00e9s, tout \u00e0 fait par hasard, tr\u00e8s pr\u00e8s des Pallar\u00e8s ; je vois tr\u00e8s bien \u00e0 plusieurs reprises Mlle H\u00e9l\u00e8ne, elle me regarde aussi ; ces dames ont eu tout le temps l\u2019air embarrass\u00e9 ; quand je suis pass\u00e9 devant Mlle H\u00e9l\u00e8ne en la regardant, elle a \u00ab piqu\u00e9 un soleil \u00bb ; Maman, qui \u00e9tait plac\u00e9e derri\u00e8re elle, m\u2019a dit qu\u2019elle ne n\u2019a pas quitt\u00e9 des yeux pendant toute la c\u00e9r\u00e9monie. Mlle H\u00e9l\u00e8ne est toujours la m\u00eame, je la trouve aussi bien qu\u2019au mois d\u2019avril. Quand je pense \u00e0 ce projet, j\u2019en \u00e9prouve une grande tristesse ; tout ce qui me le rappelle est extr\u00eamement p\u00e9nible ; aujourd\u2019hui, surtout, je suis tr\u00e8s triste, je n\u2019avais pas revu Mlle H\u00e9l\u00e8ne depuis le mois d\u2019avril et quand je pense \u00e0 cette jeune fille que, pendant trois mois, j\u2019ai cru devoir \u00eatre ma femme, quand je pense que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 ce soir si pr\u00e8s d\u2019elle, que je l\u2019ai vue et l\u2019ai trouv\u00e9e encore si bien, son souvenir m\u2019est tr\u00e8s p\u00e9nible comme l\u2019a \u00e9t\u00e9 sa vue \u00e0 Saint-Jean&nbsp;; et cependant, je ne regrette pas de l\u2019avoir revue, je suis content que l\u2019occasion s\u2019en soit pr\u00e9sent\u00e9e. Enfin, ce pass\u00e9 si r\u00e9cent est de l\u2019histoire ancienne et je n\u2019ai certes pas le d\u00e9sir de voir ce projet se renouer, c\u2019est fini et bien fini ! Mais comme le souvenir en est p\u00e9nible ! \u00c0 Perpignan, nous allons faire notre visite de f\u00e9licitations aux Lazerme pour le mariage de Carlos ; celui-ci n\u2019est pas encore rentr\u00e9 de Toulouse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 9 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Vin\u00e7a, je visite un malade de la Soci\u00e9t\u00e9 ; cinq adh\u00e9sions de plus au Panache depuis dimanche, total 35 et ce n\u2019est pas fini&nbsp;; j\u2019assiste, \u00e0 la justice de paix, \u00e0 une affaire entre le cur\u00e9 de Ballestavy, qui dessert Velmanya, et cette commune \u00e0 propos du presbyt\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous montons au syndicat de l\u2019\u00e9glise pour voir quelques vieilleries&nbsp;; nous nous promenons du c\u00f4t\u00e9 des Escallas sans y arriver&nbsp;; le soir, nous allons \u00e0 la cl\u00f4ture de la neuvaine des morts puis chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 10 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 Ille, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, l\u2019oncle Xavier rentre de Pia par le train de 4 heures. Le soir, nous venons tous \u2013 y compris l\u2019oncle Xavier \u2013, coucher \u00e0 Vin\u00e7a d\u2019o\u00f9 il sera plus facile de partir demain matin pour Vernet et St Martin-du-Canigou.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 11 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons de Vin\u00e7a \u2013 l\u2019oncle Xavier, Papa, Philom\u00e8ne et moi \u2013 par le train de 7 heures du matin ; le temps est superbe. La petite voiture nous attend \u00e0 la gare de Villefranche ; la vieille Philom\u00e8ne vient avec nous et porte les provisions. Nous arrivons \u00e0 Saint-Martin vers 10 heures \u00bc, comme nous aidons Philom\u00e8ne \u00e0 porter le panier aux provisions, la mont\u00e9e est assez rude. L\u00e0-haut, nous retrouvons l\u2019oncle Joseph de Lazerme, Marthe et Th\u00e9r\u00e8se, tous les \u00c7agarriga, ceux de Millas et ceux de la Grange, les d\u2019Ax que nous avions d\u00e9j\u00e0 vus d\u2019ailleurs \u00e0 Villefranche etc. C\u2019est Monseigneur lui-m\u00eame qui chante la grand\u2019messe pontificale dans la vieille \u00e9glise abbatiale restaur\u00e9e ; il y a beaucoup de monde, environ 500 personnes ; nous y retrouvons Tante Bonafos et la cousine Lutrand, M. et Mme Am\u00e9d\u00e9e Aragon<a href=\"#_ftn71\" id=\"_ftnref71\">[71]<\/a> ; Tante Bonafos et la vieille Mme de \u00c7agarriga<a href=\"#_ftn72\" id=\"_ftnref72\">[72]<\/a> ont couch\u00e9 au Vernet et sont venues en voiture jusqu\u2019\u00e0 Casteil ; \u00e0 leur \u00e2ge, c\u2019\u00e9tait prudent&nbsp;; le soir, leur voiture est venue aussi les reprendre \u00e0 Casteil. Nous d\u00e9jeunons sur l\u2019herbe. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, \u00e0 1h \u00bc, petites v\u00eapres, puis procession du Saint-Sacrement sur la montagne jusqu\u2019au Calvaire o\u00f9 un reposoir a \u00e9t\u00e9 dress\u00e9&nbsp;; Papa est invit\u00e9 \u00e0 porter le dais avec l\u2019oncle Joseph, M. Henri de \u00c7agarriga et M. Jammet ; comme le chemin est tr\u00e8s mauvais, il craint de ne pas pouvoir le tenir au retour et me prie de le remplacer pour redescendre. Ensuite, nous prenons cong\u00e9 de Monseigneur, qui est comme toujours tr\u00e8s aimable et pour qui cette f\u00eate est un vrai bonheur, et nous redescendons en bande avec les Lazerme, \u00c7agarriga et d\u2019Ax par la traverse du Cadi, M. Pierre d\u2019Ax photographie tout le groupe contre un rocher de la montagne. Nous revenons \u00e0 Villefranche [par] le train de 6h10&nbsp;; \u00e0 Vin\u00e7a, Maman, qui a pass\u00e9 la journ\u00e9e avec Bonne Maman, monte dans notre wagon et nous rentrons tous \u00e0 Ille \u00e0 7h. Nous avons fait route au retour avec les d\u2019Ax, \u00c7agarriga et Lazerme&nbsp;; les jeunes filles remplissaient \u00e0 elles seules tout un compartiment. Notre p\u00e8lerinage a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9 par un temps merveilleux. L\u2019oncle Xavier, qui ne connaissait pas encore Saint-Martin, est enchant\u00e9 de sa journ\u00e9e.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 12 au 18 novembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 12 novembre 1906<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/16649071063.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"462\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/16649071063.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-423\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/16649071063.jpg 462w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/16649071063-173x300.jpg 173w\" sizes=\"auto, (max-width: 462px) 100vw, 462px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Couverture de la brochure <em>V\u00e9rit\u00e9 &#8211; Justice &#8211; Patrie<\/em> publi\u00e9e en 1906 par l&rsquo;Action fran\u00e7aise \u2013 Site abebooks.fr<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/a602424f9b244d0670a541e9a8be0a3c2ea371a2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"603\" height=\"800\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/a602424f9b244d0670a541e9a8be0a3c2ea371a2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-424\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/a602424f9b244d0670a541e9a8be0a3c2ea371a2.jpg 603w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/a602424f9b244d0670a541e9a8be0a3c2ea371a2-226x300.jpg 226w\" sizes=\"auto, (max-width: 603px) 100vw, 603px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Deuxi\u00e8me appel au pays<\/em>, affiche de l&rsquo;Action fran\u00e7aise, 1906 \u2013 Site leboncoin.fr<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me suis un peu enrhum\u00e9 du cerveau hier \u00e0 Saint-Martin ; aussi, je ne sors pas de la matin\u00e9e. Je sors dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener sur la route de Corb\u00e8re. Je re\u00e7ois la brochure <em>V\u00e9rit\u00e9 &#8211; Justice &#8211; Patrie<\/em> dite le livre rouge ; c\u2019est l\u2019Action Fran\u00e7aise qui l\u2019\u00e9dite et la r\u00e9pand \u00e0 profusion gratuitement&nbsp;; elle contient le texte du premier <em>Appel au pays<\/em>&nbsp;et une foule de documents sur l\u2019affaire Dreyfus. La campagne de l\u2019Action Fran\u00e7aise continue, \u00e9nergique et toujours impunie ; au premier <em>Appel au pays<\/em> a succ\u00e9d\u00e9 un <em>Deuxi\u00e8me appel au pays<\/em> dans lequel on proteste solennellement et avec la derni\u00e8re \u00e9nergie contre la nomination de Picquart au minist\u00e8re de la Guerre ; cette nomination est qualifi\u00e9e ainsi : <em>\u00ab Picquart au minist\u00e8re, l\u2019indiscipline, le faux-t\u00e9moignage et le faux \u00e0 l\u2019ordre du jour de l\u2019Arm\u00e9e \u00bb<\/em>&nbsp;; apr\u00e8s ces mots qui sont le titre de l\u2019affiche, l\u2019Action Fran\u00e7aise montre que combien a \u00e9t\u00e9 scandaleuse la nomination de Picquart lieutenant-colonel en r\u00e9forme le 12 juillet dernier, g\u00e9n\u00e9ral de brigade pendant 3 mois sans passer par le grade de colonel, puis g\u00e9n\u00e9ral de division et enfin ministre de la Guerre, chef de l\u2019Arm\u00e9e, lui que ses chefs en avaient chass\u00e9 pour avoir fabriqu\u00e9 des faux pour avoir communiqu\u00e9 \u00e0 une personne non qualifi\u00e9e des secrets int\u00e9ressant la d\u00e9fense nationale etc.&nbsp;! L\u2019affiche rappelle que Picquart a menti dans diff\u00e9rentes circonstances&nbsp;; elle met les points sur les i&nbsp;; elle appelle au patriotisme et \u00e0 l\u2019honneur des Fran\u00e7ais de cette nomination monstrueuse ! Paris a \u00e9t\u00e9 couvert de cette affiche qui se r\u00e9pand de plus en plus en province comme la pr\u00e9c\u00e9dente. Eh bien, l\u2019Action Fran\u00e7aise fait tout cela impun\u00e9ment. Personne, ni Dreyfus, ni Picquart, ni le gouvernement, n\u2019a poursuivi ; c\u2019est bien le cas de dire <em>\u00ab Audaces Fortuna juvat&nbsp;\u00bb<\/em>. Si les Catholiques l\u2019avaient compris et avaient pris l\u2019offensive au lieu de se confiner depuis trente ans dans une prudente d\u00e9fensive, nous n\u2019en serions pas o\u00f9 nous en sommes. D\u00e9j\u00e0, la fermet\u00e9 du pape a produit son effet. Le gouvernement n\u2019ose pas appliquer tout de suite la loi de S\u00e9paration ; il a fait rendre par le Conseil d\u2019\u00c9tat un arr\u00eat, absolument ill\u00e9gal, qui lui permet de ne faire la d\u00e9volution des biens (lisez la confiscation, le vol des \u00e9glises, menses, etc.) que dans un an alors que, d\u2019apr\u00e8s la loi, cette d\u00e9volution devrait se faire le 11 d\u00e9cembre prochain. Ils ne s\u2019attendaient pas \u00e0 un rejet de la loi par le pape, et en sont d\u00e9sempar\u00e9s. Une partie de la gauche grogne contre cette concession, cette reculade d\u00e9guis\u00e9e ; mais le gouvernement pr\u00e9f\u00e8re la laisser grogner que de s\u2019exposer \u00e0 la guerre religieuse. D\u00e9cid\u00e9ment, la fermet\u00e9 a du bon. Notre saint et bon pape Pie X l\u2019a compris, Dieu en soit lou\u00e9 ! L\u2019oncle Xavier part pour Paris et Saint-Mihiel par le train de 9h22. Son cong\u00e9 est presque termin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 13 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis toujours enrhum\u00e9, je souffre de la gorge. Je ne sors pas pour aller \u00e0 la m\u00e9tairie Saint-Martin ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 14 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis trop enrhum\u00e9 pour sortir aujourd\u2019hui ; aussi je ne me l\u00e8ve que vers 10 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, je lis, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Apr\u00e8s d\u00eener nous avons, comme il y a deux ans, une s\u00e9r\u00e9nade que nous offre l\u2019Orph\u00e9on Saint-\u00c9tienne ; le pr\u00e9sident M. Salie est venu l\u2019annoncer il y a trois jours \u00e0 Papa et lui faire choisir le jour. Nous leur offrons un punch, avec de la liqueur, des g\u00e2teaux etc. Papa leur dit quelques mots de remerciement et nous trinquons avec tous. Nous avons invit\u00e9 en m\u00eame temps quelques personnes de la soci\u00e9t\u00e9 illoise \u00e0 venir entendre cette s\u00e9r\u00e9nade : nos cousins de Barescut, Mme et Mlles Batlle, Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za, Melle Julie Roca ; plusieurs se sont excus\u00e9s&nbsp;: les demoiselles Mathieu, les Lacour, Mme Terrats d\u2019Aguillon&nbsp;; on prend le th\u00e9 apr\u00e8s le d\u00e9part de l\u2019orph\u00e9on, puis on fait de la musique et on cause jusqu\u2019\u00e0 onze heures. L\u2019orph\u00e9on, apr\u00e8s plusieurs morceaux fran\u00e7ais, a eu la bonne id\u00e9e de chanter <em>\u00ab Mountagnes regalades \u00bb<\/em>, cette vieille chanson catalane si douce et si jolie qui, dit-on, a \u00e9t\u00e9 compos\u00e9e pendant les Croisades. Je crois que les orph\u00e9onistes sont contents de l\u2019accueil que nous leur avons fait.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 15 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon rhume va beaucoup mieux, mais j\u2019ai une douleur rhumatismale au tendon du pied gauche qui me g\u00eane beaucoup pour marcher ; aussi, je reste dedans, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se qu\u2019il me tarde de voir achev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 16 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour faire passer ma douleur du tendon, j\u2019ai mis de l\u2019iode qui a tellement agi que j\u2019ai une v\u00e9ritable br\u00fblure qui me fait plus de mal que ne m\u2019en faisait le rhumatisme ; vers le soir, je ne peux plus marcher ; je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Je crois que je devrai passer la journ\u00e9e de demain au lit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 18 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis rest\u00e9 au lit hier ; j\u2019ai crev\u00e9 l\u2019ampoule occasionn\u00e9e par la br\u00fblure et je l\u2019ai pans\u00e9e. Mais le repos \u00e9tait n\u00e9cessaire. Aujourd\u2019hui \u00e7a va mieux ; j\u2019ai fait un grand effort pour aller \u00e0 la messe&nbsp;; mais je ne ressors pas de la journ\u00e9e. Le soir, nous offrons le th\u00e9 au clerg\u00e9 ; M. le cur\u00e9, M. le premier vicaire et M. l\u2019abb\u00e9 Vaills restent jusqu\u2019\u00e0 10h environ ; M. l\u2019abb\u00e9 Debazach souffrant et ne vient pas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 19 au 25 novembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 19 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma br\u00fblure va beaucoup mieux, je marche \u00e0 peu pr\u00e8s sans aucune g\u00eane. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons une derni\u00e8re fois \u00e0 la grande maison avec l\u2019entrepreneur Baux&nbsp;; nous revoyons sur place tout ce qu\u2019il y a \u00e0 faire&nbsp;; les devis sont faits avec une grande pr\u00e9cision, la d\u00e9pense sera de 10.300 fr. environ pour la ma\u00e7onnerie seule (il est vrai qu\u2019il y aura tr\u00e8s peu de menuiserie). Nous avons d\u00e9cid\u00e9 maintenant et il ne reste plus qu\u2019\u00e0 d\u00e9cider Joseph Cornet \u00e0 nous c\u00e9der ses droits sur la maison ; comme il y avait consenti l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, je pense qu\u2019il ne fera pas de difficult\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 20 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille beaucoup \u00e0 ma th\u00e8se, matin et soir. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener sur la route de Corb\u00e8re. Papa, qui part demain, \u00e9tant all\u00e9 voir M. de Lacour qui lui avait exprim\u00e9 par lettre le d\u00e9sir de le voir, ils ont parl\u00e9 tr\u00e8s librement et tr\u00e8s amicalement des bruits de mariage entre Marie-Louise et moi qui ne cessent de courir. Papa lui a dit qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pour rien dans ces bruits pas plus que dans la visite stupide que Th\u00e9r\u00e8se Esp\u00e9riquette a faite \u00e0 M. de Lacour l\u2019hiver dernier pour lui parler de cela. Il a ajout\u00e9 que, certes, cette alliance nous conviendrait beaucoup mais que la disproportion de fortune nous emp\u00eachait d\u2019y penser. Alors M. de Lacour a dit tr\u00e8s aimablement \u00e0 Papa que la diff\u00e9rence de fortune n\u2019\u00e9tait pas un obstacle, que maintenant il allait partir avec sa famille pour B\u00e9ziers mais que nous nous retrouverions ici l\u2019ann\u00e9e prochaine, qu\u2019il esp\u00e9rait qu\u2019alors Marie-Louise et moi nous pourrions nous voir et que si nous nous convenions, il passerait de grand c\u0153ur sur la diff\u00e9rence de fortune. Il a ajout\u00e9 : <em>\u00ab Et je peux t\u2019assurer que, jusqu\u2019\u00e0 ce moment-l\u00e0, jusqu\u2019\u00e0 ce que les jeunes gens puissent se revoir et se bien conna\u00eetre, je ne marierai pas ma fille <\/em>\u00bb. Papa a rapport\u00e9 une tr\u00e8s bonne impression de cette conversation et de ces d\u00e9clarations de M. de Lacour auxquelles il ne s\u2019attendait pas ; Mme de Lacour a aussi rappel\u00e9 \u00e0 Papa la parent\u00e9 qui nous unissait etc. Il ne faut rien exag\u00e9rer, ce n\u2019est pas un engagement, mais c\u2019est un acheminement vers ce mariage qui serait si bien et si naturel ; les paroles de M. de Lacour sont de nature \u00e0 me faire esp\u00e9rer que je pourrai aboutir l\u2019ann\u00e9e prochaine. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 21 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gouvernement a d\u00e9cid\u00e9 de faire proc\u00e9der aux 3600 inventaires d\u2019\u00e9glises qu\u2019il a d\u00fb ajourner au mois de mars en pr\u00e9sence de la r\u00e9sistance des Catholiques. \u00c0 peine ces op\u00e9rations sacril\u00e8ges ont-elles repris que la r\u00e9sistance a repris aussi ; partout, on s\u2019oppose \u00e0 la besogne des agents du fisc, on barricade les portes des \u00e9glises que la troupe est oblig\u00e9e d\u2019enfoncer ; c\u2019est \u00e9c\u0153urant ! L\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise est employ\u00e9e \u00e0 une besogne de malfaiteurs. Papa part pour Angers \u00e0 4 heures, il va reprendre son cours et reviendra \u00e0 No\u00ebl et au Premier de l\u2019An. Bonne Maman, qui \u00e9tait venue d\u00e9jeuner, repart pour Vin\u00e7a \u00e0 4 heures aussi. \u00c0 la gare, nous rencontrons pr\u00e9cis\u00e9ment Marie-Louise de Lacour avec les demoiselles Batlle ; je l\u2019admire une fois de plus ; elle a beaucoup grandi depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; elle est superbe. M. de Lacour ayant dit \u00e0 Papa qu\u2019il ne la marierait pas jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ann\u00e9e prochaine, je suis moralement oblig\u00e9 de lui rendre la pareille ; c\u2019est ennuyeux d\u2019attendre un an, mais Marie-Louise en vaut bien la peine\u2026&nbsp;! Mme d\u2019Albici nous fait annoncer le mariage d\u2019Henri avec Mlle Th\u00e9r\u00e8se Ducup de Saint-Paul<a href=\"#_ftn73\" id=\"_ftnref73\">[73]<\/a>&nbsp;; elle l\u2019a \u00e9crit \u00e0 Bonne Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 22 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 9h ; \u00e0 Vin\u00e7a, je m\u2019occupe d\u2019une plantation de pommiers, du Panache, de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; je rentre \u00e0 4 heures. Je vais chercher, chez Mme Batlle, Philom\u00e8ne qui y a pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi ; j\u2019y vois Marie-Louise de Lacour.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 23 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Rod\u00e8s o\u00f9 j\u2019ai appris que Joseph Cornet venait d\u2019arriver ; nous nous entretenons de la question de la grande maison et il ne fait pas la moindre difficult\u00e9 pour la cession de ses droits&nbsp;; c\u2019est donc une chose d\u00e9sormais r\u00e9gl\u00e9e, nous allons signer l\u2019acte et les ouvriers se mettront prochainement \u00e0 la besogne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 24 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 bicyclette faire mesurer combien d\u2019arbres \u00e0 fruits peuvent tenir dans la pi\u00e8ce de terre dite <em>\u00ab Derr\u00e8re les cases \u00bb<\/em> o\u00f9 nous allons faire une plantation de p\u00eachers, abricotiers, pommiers et pruniers ; il en tiendra dans les 700 ; cette ann\u00e9e, nous allons commencer par planter 300 p\u00eachers environ. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019\u00e9cris un article pour <em>Le Roussillon<\/em>, je vais me confesser, je me fais couper les cheveux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 25 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion ; je vais \u00e0 la grand\u2019messe qui est une messe d\u2019enterrement, pour le soir \u00e0 v\u00eapres. Le temps est merveilleux et absolument chaud ; on se croirait en septembre. Apr\u00e8s v\u00eapres, il y a une petite r\u00e9union chez Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za, un petit th\u00e9, j\u2019y vais un moment et j\u2019y vois Marie-Louise de Lacour. Nous allons passer la soir\u00e9e chez les demoiselles Mathieu.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 26 au 31 novembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 26 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On commence aujourd\u2019hui les travaux de restauration de la grande maison de Bosch, bien que l\u2019acte ne soit pas encore pr\u00eat \u00e0 \u00eatre sign\u00e9 (je le signerai demain). L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en voiture \u00e0 Corneilla-la-Rivi\u00e8re voir la famille d\u2019Ax de Cessales ; le temps est splendide, mais il fait beaucoup de vent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 27 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais en voiture \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule en passant. \u00c0 Vin\u00e7a je signe, comme mandataire de Papa, l\u2019acte de cession \u00e0 Papa des droits de Joseph Cornet sur la grande maison ; M. Georges Pacull est le mandataire de Joseph qui est d\u00e9j\u00e0 reparti pour Paris ; l\u2019acte pr\u00e9par\u00e9 par MM. B\u00e8s et Bouch\u00e8de est sign\u00e9 chez Me B\u00e8s. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019occupe du Panache&nbsp;: le local est enfin trouv\u00e9&nbsp;; M. Verg\u00e8s-Llad\u00e8res, pr\u00e9sident, va le louer en son nom&nbsp;; le loyer est de 100 frs. par an, c\u2019est une lourde charge pour la section. Je rentre par le train de 4h ; le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 28 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne m\u2019attendais pas \u00e0 coucher ce soir \u00e0 Vin\u00e7a. Voici comment les choses se sont pass\u00e9es. Je suis all\u00e9 par le train de 1h25 \u00e0 Latour-Bas-Elne o\u00f9 j\u2019ai vu M Henri Bertran ; j\u2019ai eu avec lui, au sujet du Panache et de ses progr\u00e8s et surtout au sujet de l\u2019action royaliste en g\u00e9n\u00e9ral une conversation des plus int\u00e9ressantes. Il n\u2019y a certes pas lieu pour nous de d\u00e9sesp\u00e9rer en ce moment !!! M. Bertran arrive de Paris o\u00f9 il a vu B\u00e9zine, Lur-Saluces, Maurras, Vaugeois etc. Il est all\u00e9 \u00e0 Londres aussi pour voir le duc d\u2019Orl\u00e9ans, mais, contrairement \u00e0 ce que je croyais, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par lui, mais il a vu des personnes de son entourage et le Prince, en r\u00e9ponse \u00e0 une de ses lettres, lui fait r\u00e9pondre qu\u2019il f\u00e9licitait les jeunes gens du Panache de leur fid\u00e9lit\u00e9 et de leur d\u00e9vouement. \u00c0 Perpignan, je vois M. Desp\u00e9ramons, les Bonafos. Croyant rentrer \u00e0 Ille, je suis rentr\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a ayant trouv\u00e9 \u00e0 la gare d\u2019Ille Maman qui m\u2019a dit qu\u2019on enterrait demain matin ici un membre de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, M. Joseph Paret, membre fondateur (l\u2019avant-dernier) et le doyen d\u2019\u00e2ge. J\u2019ai donc pouss\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Vin\u00e7a ainsi que Maman et Philom\u00e8ne qui devaient d\u2019ailleurs y venir demain pour y passer deux jours. Je suis ennuy\u00e9 de n\u2019avoir pu voir \u00e0 la gare de Perpignan Victor de Lacour qui a pris le m\u00eame train que moi ; je ne l\u2019ai pas vu monter ; je ne me suis aper\u00e7u qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0 qu\u2019\u00e0 la gare d\u2019Ille ; il arrive de Carcassonne ; je regrette de n\u2019avoir pas fait route avec lui.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 29 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019assiste \u00e0 Vin\u00e7a aux obs\u00e8ques de M. Paret \u00e0 la t\u00eate de la d\u00e9l\u00e9gation de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien qui accompagne \u00e0 sa derni\u00e8re demeure son doyen d\u2019\u00e2ge. Je dis quelques mots sur la tombe, au nom de la Soci\u00e9t\u00e9 ; je rappelle notamment que <em>\u00ab&nbsp;de r\u00e9cents et douloureux \u00e9v\u00e9nements, qui avaient profond\u00e9ment bless\u00e9 ses sentiments chr\u00e9tiens, ont port\u00e9 un coup fatal \u00e0 sa sant\u00e9<\/em>&nbsp;<em>\u00bb<\/em>. Ces \u00e9v\u00e9nements ne sont autres que l\u2019inventaire de l\u2019\u00e9glise de Rigarda fait il y a huit jours par la violence. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille de 1 h \u00bd \u00e0 8 heures ; j\u2019y rencontre Victor de Lacour qui est, comme toujours, tr\u00e8s gentil ; comme il aime beaucoup l\u2019\u00e9quitation, il me demande de lui faire faire la connaissance de Fernand de Rovira et nous convenons d\u2019y aller ensemble un de ces jours ; j\u2019\u00e9cris \u00e0 Fernand et lui demande quel jour il pourra nous recevoir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 30 novembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe toute la journ\u00e9e ici ; c\u2019est la foire et il y a beaucoup de monde, temps superbe. La pauvre vieille jument de Bonne Maman, Reinette, se meurt ; nous y tenons parce qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 la derni\u00e8re b\u00eate mont\u00e9e par Bon Papa ; elle a pr\u00e8s de trente ans, elle marchait encore tr\u00e8s bien il y deux mois, mais on l\u2019a laiss\u00e9e tomber deux fois et, de plus, un cheval de louage qui \u00e9tait mardi dans l\u2019\u00e9curie et qui s\u2019est d\u00e9tach\u00e9 lui a donn\u00e9 des coups de pied, la pauvre b\u00eate n\u2019a plus la force de se relever, elle g\u00eet par terre sur un lit de foin et de paille, mais comme elle a bon estomac elle peut vivre encore longtemps ainsi. C\u2019est un souvenir qui s\u2019en va !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9cembre 1906<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 d\u00e9cembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je rentre de Vin\u00e7a, avec Maman, par le train de 1 h \u00bd ; nous avons la visite de Victor de Lacour, il est tr\u00e8s aimable, nous nous promenons ensemble.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche 2 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Apr\u00e8s v\u00eapres, nous recevons pour le th\u00e9 la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Ille, c\u2019est-\u00e0-dire nos cousins de Barescut, Victor et Marie-Louise de Lacour, les dames Batlle, Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za, Mlle Julie Roca ; on fait de la musique et on chante. Je pars \u00e0 7h12 pour Perpignan o\u00f9 j\u2019assiste \u00e0 la premi\u00e8re r\u00e9union d\u2019Action Fran\u00e7aise ; elle a lieu au Panache sous la pr\u00e9sidence de M. Henri Bertran&nbsp;; tous les 15 jours, durant tout l\u2019hiver, il y aura une r\u00e9union d\u2019\u00e9tude&nbsp;: le sujet trait\u00e9 aujourd\u2019hui \u00e9tait : la m\u00e9thode positiviste en mati\u00e8re politique et sociale. Je couche chez Tante Bonafos. Au Panache, je vois M. Bertran, M. Desp\u00e9ramons, M. Maratuech qui me remercie de l\u2019article envoy\u00e9 au <em>Roussillon<\/em> (et qui a \u00e9t\u00e9 reproduit par <em>Le Courrier de l\u2019Aude<\/em>) et qui me demande d\u2019en envoyer d\u2019autres, etc.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 d\u00e9cembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 3 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je repars de Perpignan par le train de 10h20, j\u2019arrive \u00e0 Ille \u00e0 onze heures&nbsp;; je vais voir les travaux de la grande maison qui avancent. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu. Fernand m\u2019a r\u00e9pondu qu\u2019il m\u2019attend jeudi \u00e0 d\u00e9jeuner avec Victor.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 4 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais plusieurs commissions&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 pied \u00e0 Boule avec Philom\u00e8ne demander \u00e0 Joseph Jacomy certains renseignements n\u00e9cessaires pour le trust<a href=\"#_ftn74\" id=\"_ftnref74\">[74]<\/a>&nbsp;; au retour, je travaille un peu \u00e0 ma th\u00e8se. Le soir, M. le cur\u00e9, les deux vicaires, l\u2019abb\u00e9 Vaills et les demoiselles Mathieu viennent prendre le th\u00e9 avec nous. M. le cur\u00e9 arrive de Perpignan, il a vu Monseigneur et a re\u00e7u ses derni\u00e8res instructions avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance du 11 d\u00e9cembre date o\u00f9 entrera en vigueur la loi de S\u00e9paration. Que fera le gouvernement \u00e0 cette date ? Il d\u00e9saffectera s\u00e9minaires, \u00e9v\u00each\u00e9s, presbyt\u00e8res, nommera des s\u00e9questres qui mettront la main sur les \u00e9glises et sur tous les biens cultuels etc. Cuelles profanations, quels vols !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 5 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe de plusieurs affaires, notamment de la nomination du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 que les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels du canton doivent nommer pour les repr\u00e9senter dans la commission cantonale qui doit surveiller l\u2019ex\u00e9cution de la loi d\u2019assistance aux vieillards ; je parle de cela aux pr\u00e9sidents des deux soci\u00e9t\u00e9s d\u2019Ille, l\u2019un d\u2019eux m\u2019avait \u00e9crit pour me demander mon candidat disant qu\u2019il ferait voter pour lui. C\u2019est foire ici. Bonne Maman vient d\u00e9jeuner. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vois Victor de Lacour ; on se r\u00e9unit chez les demoiselles Mathieu pour voir les danses. Je danse beaucoup avec les demoiselles Batlle et surtout avec Marie-Louise de Lacour qui est plus charmante que jamais !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 6 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je prends avec Victor de Lacour le train de 5h50 et, apr\u00e8s 3 heures pass\u00e9es \u00e0 nous promener dans Perpignan \u00e0 attendre le d\u00e9part du train pour Elne, nous arrivons \u00e0 Elne vers 10 heures et aux Capeillans en voiture vers 11 heures moins le quart parce que nous avons visit\u00e9 le clo\u00eetre et la cath\u00e9drale d\u2019Elne. Fernand et Marie nous re\u00e7oivent, comme toujours, avec la plus grande amabilit\u00e9 ; nous visitons toutes les \u00e9curies, les paddocks etc. ; cela int\u00e9resse beaucoup Victor qui est grand amateur de chevaux. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous repartons \u00e0 2h \u00bd ; Fernand, Marie et Loulou nous accompagnent en break \u00e0 la gare d\u2019Elne. Nous sommes de retour \u00e0 Ille \u00e0 4 heures. Je vais me confesser. J\u2019apprends que l\u2019on fait courir, \u00e0 Ille m\u00eame, le bruit de mon mariage avec Mlle Roca d\u2019Huyt\u00e9za&nbsp;; comme c\u2019est ennuyeux \u00e0 cause des Lacour ! Les gens qui s\u2019amusent ainsi \u00e0 r\u00e9pandre de faux bruits sont bien coupables. Je saisirai la premi\u00e8re occasion de d\u00e9mentir la nouvelle \u00e0 Victor.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 7 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 9 heures ; je fais route avec Ren\u00e9 de Chefdebien. \u00c0 Vin\u00e7a, je vais voir M. Jules Allart<a href=\"#_ftn75\" id=\"_ftnref75\">[75]<\/a>, pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;La Fraternelle&nbsp;\u00bb ; nous nous entendons pour pr\u00e9senter \u00e0 nos bureaux respectifs ces 3 noms : M. Albert Batlle<a href=\"#_ftn76\" id=\"_ftnref76\">[76]<\/a>, M. Dufau, M. Est\u00e8ve-S\u00e9gui ; je ne sais si le bureau de \u00ab&nbsp;La Fraternelle&nbsp;\u00bb les acceptera ; le bureau de Saint-S\u00e9bastien, que je r\u00e9unis \u00e0 11 heures, les accepte \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, mais en d\u00e9cidant que le premier \u00e0 qui on doit offrir la candidature de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 cantonal est M. Batlle, c\u2019est aussi mon avis. L\u2019apr\u00e8s-midi ici, je vois M. Batlle, il accepte, les deux autres noms sont donc caducs. La Soci\u00e9t\u00e9 Saint-\u00c9tienne d\u2019Ille votera pour le m\u00eame&nbsp;; je verrai demain le pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 des Travailleurs ; l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de Saint-S\u00e9bastien sera lundi soir. Je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 Dalmer. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu. Le bruit de mon mariage avec Mlle Roca a couru, para\u00eet-il, tout Ille et je ne le savais pas ; quel ennui !!! J\u2019en suis d\u00e9sol\u00e9. D\u00e8s demain, je veux parler \u00e0 Victor. En attendant, je d\u00e9mens \u00e0 tous les \u00e9chos !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 8 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7h o\u00f9 je fais la sainte communion ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire une visite aux De Lacour ; Monsieur n\u2019y est pas, il est \u00e0 B\u00e9ziers, Madame est souffrante, je ne vois que Victor ; enfin, la visite est faite, c\u2019est l\u2019essentiel. Je vais \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019\u00e9glise \u00e0 5 heures. Nous sommes aux derniers jours du r\u00e9gime concordataire le 11, dans trois jours, la s\u00e9paration aura son plein effet. Dans une circulaire du 1 d\u00e9cembre, M. Briand, ministre des Cultes, disait que le culte public pourrait continuer dans les \u00e9glises moyennant une d\u00e9claration aux maires, m\u00eame sans association cultuelle, il arrivait \u00e0 ce r\u00e9sultat en combinant d\u2019une fa\u00e7on arbitraire la loi de 1881 sur les r\u00e9unions publiques et sur la presse et la loi du 9 d\u00e9cembre 1905 ; c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre habile, mais c\u2019\u00e9tait ill\u00e9gal. De plus, l\u2019assimilation des c\u00e9r\u00e9monies religieuses aux r\u00e9unions publiques avait quelque chose de r\u00e9pugnant et cela cachait un pi\u00e8ge, le maire et la police municipale avaient toujours le pouvoir de mettre le nez dans les affaires de l\u2019\u00c9glise. Le pape, si clairvoyant et si ferme, repousse du pied ce cadeau (?) humiliant et perfide et d\u00e9fend aux \u00e9v\u00eaques et aux cur\u00e9s la d\u00e9claration (une seule par an) prescrite par la circulaire Briand. Plusieurs \u00e9v\u00eaques avaient d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 des instructions \u00e0 leurs cur\u00e9s en vue de la d\u00e9claration ; ils sont oblig\u00e9s de changer \u00e0 la h\u00e2te leurs instructions. Pour moi, j\u2019admire Pie X et je suis enthousiasm\u00e9 de sa fermet\u00e9, de son \u00e9nergie. Il donne l\u2019ordre de continuer le culte public apr\u00e8s le 11 d\u00e9cembre comme avant sans se tracasser de la loi ou des circulaires ; les Catholiques ne doivent pas plus en tenir compte que si elles n\u2019existaient pas ; le gouvernement se m\u00eale de ce qui ne le regarde pas, nous lui ferons bien voir que nous ne le supporterons pas. Vive Pie X !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 9 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons pour Vin\u00e7a \u00e0 9 heures et nous assistons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Vin\u00e7a. \u00c0 11 heures, avec M. Henri Bertran et M. Desp\u00e9ramons pour l\u2019inauguration du Panache qui prend possession de sa nouvelle salle. Ces messieurs d\u00e9jeunent avec nous. Malheureusement, les membres du Panache ne mettent pas assez d\u2019empressement \u00e0 venir prendre part \u00e0 cette s\u00e9ance ; ils sont plus de 40 qui ont adh\u00e9r\u00e9, il n\u2019en vient \u00e0 peine une quinzaine. Je suis tr\u00e8s ennuy\u00e9 de ce pi\u00e8tre r\u00e9sultat et le pr\u00e9sident M. Verg\u00e8s-Llad\u00e8res ne l\u2019est pas moins. Nous rentrons \u00e0 Ille par le train de 3h \u00bd et nous allons prendre le th\u00e9 chez Mlle Julie Roca o\u00f9 nous retrouvons les Barescut, les Batlle et Marie-Louise de Lacour. Pour l\u2019affaire des soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels, comme le bureau de la soci\u00e9t\u00e9 La Fraternelle ne s\u2019est pas tenu \u00e0 ce qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 entre son pr\u00e9sident et moi et a choisi un candidat en dehors de la liste de 3 noms arr\u00eat\u00e9e entre nous deux, il y aura mardi matin \u00e0 la mairie de Vin\u00e7a une r\u00e9union des pr\u00e9sidents du canton, les 8 seront convoqu\u00e9s&nbsp;; y viendra qui voudra ; nous n\u2019arriverons \u00e9videmment pas \u00e0 une entente ; mais M. Albert Batlle passera certainement parce qu\u2019il aura, outre la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, la plupart des mutualistes d\u2019Ille et quelques autres ailleurs. O\u00f9 la politique va-t-elle se nicher ? Et c\u2019est elle pourtant qui a emp\u00each\u00e9 le bureau de La Fraternelle de s\u2019en tenir \u00e0 ce qui avait \u00e9t\u00e9 convenu entre son pr\u00e9sident et moi ; et cependant, il y avait dans la liste le beau-p\u00e8re de M. Albert<a href=\"#_ftn77\" id=\"_ftnref77\">[77]<\/a> ; ils pouvaient bien le prendre !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 17 d\u00e9cembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 10 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait tr\u00e8s froid, il neige un peu. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de la famille d\u2019Ax de Cessales.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 11 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui que la loi de S\u00e9paration entre en vigueur ; le gouvernement annonce des projets tr\u00e8s rigoureux contre les Catholiques. Nous verrons bien ! En attendant, par ordre du pape, tous les \u00e9v\u00eaques et tous les pr\u00eatres de France entrent en r\u00e9bellion contre une loi de la r\u00e9publique. C\u2019est la condamnation tacite, comme me le disait derni\u00e8rement un p\u00e8re j\u00e9suite, de la politique de ralliement. Nous allons passer 4 jours \u00e0 Vin\u00e7a. Papa a \u00e9crit \u00e0 M. de Lacour pour l\u2019informer que les bruits de mariage qui courent sur mon compte n\u2019ont aucun fondement ; il lui dit qu\u2019\u00e0 la suite de la conversation qu\u2019ils ont eue ensemble le mois dernier, j\u2019ai pris la ferme d\u00e9termination de repousser, sans m\u00eame les examiner, toutes les propositions de mariage qui pourraient m\u2019\u00eatre faites jusqu\u2019\u00e0 ce que Marie-Louise et moi, ayant eu souvent des occasions de nous rencontrer, je puisse enfin savoir si je serai agr\u00e9\u00e9. L\u2019attitude des Lacour est tr\u00e8s encourageante ; Victor est encore venu voir Maman cet apr\u00e8s-midi et lui a dit que sa m\u00e8re d\u00e9sirait beaucoup la voir ; or ils avaient d\u00e9j\u00e0 re\u00e7u la lettre de Papa. Peut-\u00eatre, arriverai-je l\u00e0 ; je le souhaite de tout mon c\u0153ur car Marie-Louise me pla\u00eet beaucoup. J\u2019arrive \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 9 heures ; j\u2019assiste, \u00e0 la Mairie, \u00e0 la r\u00e9union des pr\u00e9sidents des soci\u00e9t\u00e9s mutuelles du canton ; nous ne sommes que 3 sur 8 et, naturellement, nous ne d\u00e9cidons rien, les deux candidats restent en pr\u00e9sence. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Rod\u00e8s faire de la propagande pour M. Batlle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 12 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le gouvernement, affol\u00e9 par l\u2019attitude si ferme du pape, frappe \u00e0 tort et \u00e0 travers comme un forcen\u00e9 ; contrairement \u00e0 tous les usages diplomatiques il a fait perquisitionner \u00e0 l\u2019ancienne nonciature et a expuls\u00e9 de France, comme un malfaiteur, l\u2019ancien secr\u00e9taire Mgr Montagnini. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille et \u00e0 Boule o\u00f9 je fais de la propagande pour la candidature de M. Batlle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 13 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Je re\u00e7ois la nouvelle qu\u2019\u00e0 Rod\u00e8s, o\u00f9 la soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels s\u2019est r\u00e9unie hier soir, M. Batlle a eu la majorit\u00e9 : 16 voix sur 29 votants, Roca en a 13 voix ; la soci\u00e9t\u00e9 est de 31 membres ; \u00e7a commence bien ! J\u2019envoie l\u2019adh\u00e9sion de Papa pour les vignes de Trouillas, de Corb\u00e8re et de Bouletern\u00e8re (soit plus de 14 hectares) et celle de Tante Josepha pour ses vignes de Bouletern\u00e8re et de Vin\u00e7a \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 civile de producteurs de vins naturels du Midi et de l\u2019Alg\u00e9rie ; nous n\u2019avons laiss\u00e9 en dehors de cette soci\u00e9t\u00e9, plus connue sous le nom de \u00ab trust Palazy \u00bb, que les deux petites vignes d\u2019Ille et les deux petites vignes d\u2019ici, soit en tout environ 3 hectares&nbsp;; il est vrai que nous nous sommes r\u00e9serv\u00e9 60 hectolitres tous les ans \u00e0 Trouillas pour la vente directe. Cette soci\u00e9t\u00e9 civile colossale qui embrasse les sept d\u00e9partements du Midi les plus gros producteurs (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, Aude, H\u00e9rault, Bouches-du-Rh\u00f4ne, Gard, Vaucluse, Var) et les 3 d\u00e9partements alg\u00e9riens commencera ses op\u00e9rations d\u00e8s qu\u2019elle aura r\u00e9uni 15 millions d\u2019hectolitres ; c\u2019est un groupement destin\u00e9 \u00e0 soustraire les viticulteurs \u00e0 la tyrannie des n\u00e9gociants qui ne veulent donner que des prix de famine ; c\u2019est la derni\u00e8re planche de salut de la viticulture m\u00e9ridionale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 14 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Reinette, la pauvre Reinette est morte aujourd\u2019hui de sa belle mort au moment o\u00f9, pour mettre fin \u00e0 ses souffrances, nous nous disposions \u00e0 lui faire avaler une forte dose de strychnine ; on emporte son cadavre \u00e0 Perpignan, c\u2019est une entreprise d\u2019engrais organiques qui nous en a d\u00e9barrass\u00e9s. On commence \u00e0 dresser des proc\u00e8s-verbaux \u00e0 des pr\u00eatres pour d\u00e9lit de messe sans d\u00e9claration. Partout, le pape est fid\u00e8lement ob\u00e9i par les Catholiques dont ses directions si fermes comblent les v\u0153ux. Je travaille \u00e0 ma th\u00e8se ; il pleut toute la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 15 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman fait installer, dans la chapelle de la maison, sur la demande du cur\u00e9 de Vin\u00e7a, un autel ; on pourra ainsi venir y dire la messe si l\u2019on est oblig\u00e9 d\u2019abandonner l\u2019\u00e9glise. Je rentre \u00e0 Ille \u00e0 11h \u00bd. Il fait tr\u00e8s froid, les travaux de la maison ont fait des progr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 16 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me rends complice de la contravention accomplie sciemment, et avec pr\u00e9m\u00e9ditation, par le vicaire qui chante la grand\u2019messe comme d\u2019habitude ; il y aura aujourd\u2019hui en France 100.000 contraventions de ce genre, n\u2019en d\u00e9plaise \u00e0 la gueuse, et on est pr\u00eat \u00e0 r\u00e9cidiver ind\u00e9finiment&nbsp;; M. le cur\u00e9, du haut de la chaire, prononce une allocution bien sentie. L\u2019apr\u00e8s-midi, Maman va faire une visite \u00e0 Mme de Lacour qui le lui avait fait demander par Victor ; Mme de Lacour, qui a \u00e9t\u00e9 longtemps malade, ne sort presque pas de chez elle. Apr\u00e8s v\u00eapres, nous allons prendre le th\u00e9 chez les Batlle. Th\u00e9r\u00e8se de Barescut (Delcros), qui arrive de Perpignan, nous raconte la grand\u2019messe c\u00e9l\u00e9br\u00e9e ce matin \u00e0 Saint-Jean, le discours vibrant de Monseigneur ; tous les Catholiques de la ville \u00e9taient l\u00e0, la basilique \u00e9tait comble ; on a ensuite raccompagn\u00e9 Monseigneur en triomphe chez M. Adamoli<a href=\"#_ftn78\" id=\"_ftnref78\">[78]<\/a> qui lui donne l\u2019hospitalit\u00e9 ; il y a eu aussi une contre-manifestation, mais les Catholiques \u00e9tant au moins 4000, l\u2019ont fait avorter. Les soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuels d\u2019Ille se r\u00e9unissent aujourd\u2019hui pour l\u2019\u00e9lection du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 \u00e0 la commission cantonale d\u2019assistance ; la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien a vot\u00e9 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 pour M. Albert Batlle, celle des Travailleurs s\u2019abstient.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 d\u00e9cembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 17 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais plusieurs courses ou commissions ; le soir, nous allons tous les trois \u00e0 Perpignan par le train de 12h \u00bd ; nous en rentrons \u00e0 8 heures. Tout le monde nous parle de la manifestation d\u2019hier qui a \u00e9t\u00e9, para\u00eet-il, r\u00e9ellement tr\u00e8s belle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 18 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a par le train de onze heures pr\u00e9parer l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien pour ce soir ; le soir, \u00e0 7h \u00bd, cette Assembl\u00e9e donne l\u2019unanimit\u00e9 \u00e0 M. Batlle son vice-pr\u00e9sident. La soci\u00e9t\u00e9 d\u2019Estoher lui a donn\u00e9 aussi l\u2019unanimit\u00e9 (35 voix) ; seule La Fraternelle d\u2019ici a vot\u00e9 pour Roca son tr\u00e9sorier ; la soci\u00e9t\u00e9 La Pr\u00e9voyance de Bouletern\u00e8re ne s\u2019est pas encore r\u00e9unie ; il y a l\u00e0 quelque man\u0153uvre que j\u2019irai d\u00e9jouer demain \u00e0 Boule.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 19 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je pars de Vin\u00e7a par le train de 9h4, je descends \u00e0 Boule o\u00f9 je fais, de la part de M. Albert Batlle, une enqu\u00eate sur la mani\u00e8re dont les choses se sont pass\u00e9es pour l\u2019\u00e9lection du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 cantonal ; j\u2019apprends qu\u2019on n\u2019a pas convoqu\u00e9 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la soci\u00e9t\u00e9 ; plusieurs soci\u00e9taires en sont tr\u00e8s m\u00e9contents ; je vais trouver le pr\u00e9sident et lui dis qu\u2019il est oblig\u00e9 de convoquer l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, s\u2019il ne le fait pas, une partie des soci\u00e9taires enverra une protestation \u00e0 la Pr\u00e9fecture. Je vais de Boule \u00e0 Ille \u00e0 pied ; je retourne \u00e0 Boule l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 bicyclette. Je pars d\u2019Ille par le train de 8 heures afin d\u2019assister demain matin aux obs\u00e8ques d\u2019un membre de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, Thomas Rey, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 ce matin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 20 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Vin\u00e7a, j\u2019assiste aux obs\u00e8ques de Thomas Rey, je dis quelques mots. Je rentre \u00e0 Ille par le train d\u2019une heure \u00bd. Ici, je vais reprendre Philom\u00e8ne chez Mme de Lacour ; elle y a pass\u00e9 l\u2019apr\u00e8s-midi avec Marie-Louise et les demoiselles Batlle ; je vois Mme de Lacour qui est fort aimable pour moi. Pr\u00e9cis\u00e9ment, Tante Josepha \u00e9crit aujourd\u2019hui \u00e0 Maman qu\u2019un p\u00e8re j\u00e9suite de Dijon lui a parl\u00e9 d\u2019une jeune fille \u00e0 marier, 150.000 frs. de dot, fort bien para\u00eet-il ; Tante Josepha nous \u00e9crit tout de suite pour nous demander si nous voulons qu\u2019elle s\u2019en occupe pour moi. Je lui r\u00e9ponds moi-m\u00eame, d\u00e8s aujourd\u2019hui, que je la remercie beaucoup d\u2019avoir eu cette id\u00e9e, mais que pensant \u00e0 Marie-Louise de Lacour, je ne veux pr\u00eater attention \u00e0 aucun autre projet. C\u2019est d\u2019ailleurs ce que Papa a promis de ma part \u00e0 M. de Lacour&nbsp;; l\u2019honneur et les sentiments que j\u2019\u00e9prouve pour Marie-Louise me font un devoir d\u2019agir ainsi. Nous devions aller coucher ce soir \u00e0 Vin\u00e7a pour monter demain matin en p\u00e8lerinage \u00e0 Domanova ; mais un d\u00e9raillement s\u2019\u00e9tant produit \u00e0 Saint-F\u00e9liu, le dernier train a plus de deux heures de retard et ne passera au plus t\u00f4t que vers 10h \u00bd ; quand nous apprenons cela, nous rentrons \u00e0 la maison&nbsp;; nous partirons demain matin si le temps le permet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 21 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous levons \u00e0 5h \u00bd afin de prendre le train de 6h45 et d\u2019aller \u00e0 Vin\u00e7a et Domanova ; mais nous nous apercevons qu\u2019il neige ; avec ce temps, impossible de songer \u00e0 monter \u00e0 Domanova ; aussi nous nous recouchons. Il neige une bonne partie de la matin\u00e9e ; ensuite, il pleut. Je travaille beaucoup \u00e0 ma th\u00e8se ne pouvant pas mettre le nez dehors. Le d\u00e9raillement de Saint-F\u00e9liu a d\u00e9traqu\u00e9 le service sur toute la ligne ; ce matin encore, les trains ne circulent pas r\u00e9guli\u00e8rement ; quant au train d\u2019hier soir, il n\u2019est pass\u00e9 ici qu\u2019\u00e0 11h \u00bd, nous avons \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9s de ne pas l\u2019attendre !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 22 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a beaucoup neig\u00e9 cette nuit et \u00e7a continue une partie de la matin\u00e9e&nbsp;; il pleut tout le reste de la journ\u00e9e ; tous les trains circulent avec de gros retards. Je ne sors pas et je travaille beaucoup \u00e0 ma th\u00e8se. Hier soir, en une seule s\u00e9ance, la Chambre a vot\u00e9 une nouvelle loi contre l\u2019\u00c9glise, une loi qui pr\u00e9tend organiser le culte sur le terrain de la loi de 1901 combin\u00e9e avec celle de 1905, d\u00e9pouille imm\u00e9diatement les fabriques de tous leurs biens et ne dit pas un mot de la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique. Les d\u00e9put\u00e9s catholiques, mieux inspir\u00e9s qu\u2019ils ne l\u2019avaient \u00e9t\u00e9 depuis bien longtemps, ont d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019ils refuseraient m\u00eame de discuter une loi qui pr\u00e9tendait organiser le culte en dehors du pape. M. de Lanjuinais a lu cette d\u00e9claration au nom de la droite royaliste, M. Lasies au nom de ses amis pl\u00e9biscitaires et bonapartistes, M. Plichon au nom du groupe de l\u2019Action lib\u00e9rale. C\u2019est ainsi qu\u2019ils auraient d\u00fb faire lors de la loi de S\u00e9paration !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 23 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa nous annonce son arriv\u00e9e pour demain matin. Il pleut encore presque toute la journ\u00e9e. Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres et, apr\u00e8s v\u00eapres, au th\u00e9 de Mme Victor Roca d\u2019Huyt\u00e9za. Marie Louise y est, je cause beaucoup avec elle. Victor est reparti depuis mardi pour Carcassonne ; il est venu me voir avant son d\u00e9part, mais j\u2019\u00e9tais \u00e0 Vin\u00e7a quand il est venu.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 d\u00e9cembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 24 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa arrive par le train de 11 heures ; nous allons l\u2019attendre \u00e0 la gare ; le temps s\u2019arrange. M. de Lacour a r\u00e9pondu \u00e0 Papa ; il m\u2019est tout acquis. Sans dire \u00e0 Marie-Louise que je la recherchais, sans m\u00eame lui dire qu\u2019elle \u00e9tait l\u2019objet d\u2019une d\u00e9marche quelconque, il a commenc\u00e9 \u00e0 lui parler mariage : mais elle a r\u00e9pondu \u00e0 son p\u00e8re qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas press\u00e9e de se marier. Mon Dieu ! Si je pouvais trouver un moyen de lui faire savoir combien elle me pla\u00eet ! Il n\u2019y a pas de messe de minuit, Monseigneur ayant supprim\u00e9 cette c\u00e9r\u00e9monie en raison de la tristesse des temps. Je vais me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 25 d\u00e9cembre 1906, f\u00eate de No\u00ebl<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">No\u00ebl sans messe de minuit, il ne semble pas que ce soit No\u00ebl ; du reste, l\u2019\u00e9glise est presque sans orn\u00e9e, en signe de deuil. J\u2019assiste \u00e0 la messe de 7h \u00bd o\u00f9 je fais la sainte communion, puis \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. A v\u00eapres, la qu\u00eate des Dames de Charit\u00e9 est faite par Maman et Marie-Louise de Lacour. Apr\u00e8s v\u00eapres, on vient prendre le th\u00e9 \u00e0 la maison ; on fait de la musique, du chant etc. Il y a les Barescut, Batlle, Pacull, et Marie-Louise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 26 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a ici grand\u2019messe et v\u00eapres en l\u2019honneur de la f\u00eate de Saint \u00c9tienne ; nous allons \u00e0 ces offices. Ensuite, de 4 \u00e0 6h, nous allons chez les demoiselles Mathieu d\u2019o\u00f9 l\u2019on regarde les danses&nbsp;; il y a en m\u00eame temps que nous les dames Batlle et Marie-Louise de Lacour.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 27 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman est \u00e0 Perpignan. Papa va \u00e0 Vin\u00e7a voir Bonne Maman ; avant son d\u00e9part, il a la visite de M. de Lacour qui lui confirme de vive-voix ce qu\u2019il lui avait d\u00e9j\u00e0 dit dans sa lettre ; il n\u2019a attach\u00e9 aucune importance aux bruits relatifs \u00e0 mon mariage avec Mlle Roca d\u2019Huyt\u00e9za, il les traite de perfidie. Il nous est tout acquis. Mais sa fille, qui ignore d\u2019ailleurs la d\u00e9marche dont elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet, ne songe pas \u00e0 se marier encore. C\u2019est malheureux pour moi ; mais, en ce moment, je ne crois pas devoir ni pouvoir faire davantage ; il ne me para\u00eet pas possible de faire une d\u00e9marche plus pressante et de faire savoir \u00e0 Marie-Louise que je la d\u00e9sire. Maman, qui arrive de Perpignan par le train du soir, m\u2019apporte une dr\u00f4le de nouvelle ; elle la tient de Mme de Llamby : il para\u00eet qu\u2019une jeune fille que j\u2019ai vue chez Mme de Llamby, dont elle est d\u2019ailleurs parente, Mlle B., est amoureuse de moi !!! Elle est d\u2019ailleurs fort gentille physiquement et a une certaine fortune. Cela ne m\u2019influence en rien et ne m\u2019\u00e9branle nullement dans ma r\u00e9solution de repousser toute id\u00e9e de mariage jusqu\u2019\u00e0 ce que je sache si je suis agr\u00e9\u00e9 par Marie-Louise ou si, au contraire, je dois renoncer \u00e0 l\u2019espoir de l\u2019obtenir. C\u2019est Marie-Louise qui me pla\u00eet et je ne veux pas penser \u00e0 d\u2019autres ; combien je serais heureux si l\u2019on me disait d\u2019elle ce que je viens d\u2019apprendre de Mlle B. ! Cette jeune fille habite depuis peu Perpignan ; elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e \u00e0 Paris et y a habit\u00e9 avec sa m\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 ces derniers temps.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 28 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 recopier ma th\u00e8se toute la matin\u00e9e&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa \u00e0 Boule o\u00f9 Joseph Jacomy nous fait part, en termes assez peu respectueux, de son intention de quitter la propri\u00e9t\u00e9 dans deux ans. Qu\u2019est-ce qui lui prend ? Je commence mes lettres du Jour de l\u2019An. L\u2019oncle Lucien Delestrac vient d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des Ponts et Chauss\u00e9es avec r\u00e9sidence \u00e0 Paris et traitement superbe&nbsp;; c\u2019est un beau couronnement de carri\u00e8re, d\u2019autant plus qu\u2019il ne s\u2019est jamais g\u00ean\u00e9 pour remplir ses devoirs religieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 29 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille, le matin et l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 recopier ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais aussi, comme je fais \u00e0 peu pr\u00e8s tous les jours, inspecter les travaux de la grande maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 30 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Apr\u00e8s v\u00eapres, th\u00e9 chez Mme Roca ; j\u2019y vois Marie-Louise car les De Lacour ont retard\u00e9 leur d\u00e9part, Dieu merci ! Il para\u00eet certain qu\u2019on a fait ici une d\u00e9claration pour l\u2019exercice du culte ; ce sont deux inconnus qui ont fait cela, malgr\u00e9 la d\u00e9fense du pape&nbsp;; le gouvernement, pour le quart d\u2019heure, s\u2019en contente ; c\u2019est m\u00eame lui qui fait faire par ses amis ces d\u00e9clarations fictives, malgr\u00e9 le clerg\u00e9 et \u00e0 son insu. Quant aux pr\u00eatres, qu\u2019on leur ait dress\u00e9 ou non proc\u00e8s-verbal, ils continuent \u00e0 officier comme par le pass\u00e9 ; c\u2019est un bel exemple de fermet\u00e9 et de m\u00e9pris des lois injustes qu\u2019ils donnent l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 31 d\u00e9cembre 1906<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 31 d\u00e9cembre 1906<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais avec Philom\u00e8ne \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 9 heures ; nous offrons nos v\u0153ux de Nouvel An \u00e0 Bonne Maman ; je vais visiter les malades de la Soci\u00e9t\u00e9 et nous repartons \u00e0 1h10. L\u2019apr\u00e8s-midi, ici, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se et je vais me confesser. Le soir, je vais attendre \u00e0 la gare Papa qui arrive de Perpignan ; j\u2019y vois en m\u00eame temps Victor de Lacour&nbsp;; il arrive pour huit jours. L\u2019ann\u00e9e s\u2019ach\u00e8ve ; ann\u00e9e triste&nbsp;; douloureuse \u00e0 tous les points de vue ; ann\u00e9e qui laissera dans mon esprit de plus mauvais souvenirs : hontes, trahison, pers\u00e9cution etc. dans les affaires publiques ; tristesse, d\u00e9ceptions, incertitude, doutes dans mes affaires particuli\u00e8res. Ah, je ne regretterai pas 1906 !!!<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 14 novembre 1901, 27 avril, 5 et 11 mai 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le P\u00e8re Joseph Lemius (1860-1923), Oblat de Marie Immacul\u00e9e (OMI) fran\u00e7ais, th\u00e9ologien \u00e9minent et procureur de son ordre \u00e0 Rome pendant trente ans. Il est surtout connu pour avoir \u00e9t\u00e9 un r\u00e9dacteur cl\u00e9 de l&rsquo;encyclique <em>Pascendi<\/em> (1907) contre le modernisme et un promoteur actif du culte du Sacr\u00e9-C\u0153ur, notamment via des publications doctrinal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 25 d\u00e9cembre 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 25 septembre 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Maurice d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, fils de l\u2019oncle Xavier et cousin germain d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Il s\u2019agit de Bulgnevaux (commune de Saint-Mihiel, Meuse).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Charles Fr\u00e8re (1870-1940), mari\u00e9 \u00e0 Marie-Louise Batlle, d\u2019Olette (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Voir supra notes du 5 f\u00e9vrier 1902, du 20 f\u00e9vrier 1905, et au 7 septembre 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Il s\u2019agit de Joachim du Plessis de Gr\u00e9n\u00e9dan. Voir <em>supra<\/em> au 29 avril 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 2 juin 1904 et <em>infra<\/em> au 2, 25, 30 mars 1906, 6, 7, 9, 16, 20, 28 et 31 mai 1906, 3 et 7 juillet 1906. Voir sa biographie au 3 juillet 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Marguerite-Marie des Cordes, \u00e9pouse de Xavier Civelli, cousin germain d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch et fils de Marie d\u2019Est\u00e8ve de Bosch dite Tata Mimi (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Pierre-Marie de S\u00e9gur (1853-1916), homme de lettres, \u00e9lu \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise en 1907, petit-fils de la c\u00e9l\u00e8bre comtesse de S\u00e9gur (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Arthur de Gobineau (1816-1882), diplomate, homme politique l\u00e9gitimiste et \u00e9crivain, connu pour son <em>Essai sur l\u2019in\u00e9galit\u00e9 des races humaines<\/em> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Il pourrait s\u2019agir de l\u2019un des deux fr\u00e8res du c\u00e9l\u00e8bre homme politique Georges Bidault, Fran\u00e7ois Bidault (1881-1956), futur directeur d\u2019assurances, ou Paul Bidault (1882-1957), futur directeur de <em>La Voix du Centre<\/em> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 f\u00e9vrier 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Antoine Manca-Amat de Vallombrosa, marquis de Mor\u00e8s (1858-1896), fondateur de la Ligue antis\u00e9mitique de France avec \u00c9douard Drumont, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en Tunisie alors qu\u2019il t\u00e2chait de r\u00e9unir des tribus nomades pour combattre l\u2019h\u00e9g\u00e9monie anglaise en Afrique (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> La famille de Pallar\u00e8s est originaire de Rigarda pr\u00e8s de Vin\u00e7a. Elle descend d\u2019Aleix Pallar\u00e8s, repr\u00e9sentant du seigneur local, le vicomte de Joch, qui fut anobli en 1719 par Lettres patentes de Louis XV comme <em>burg\u00e8s honrat<\/em> de Perpignan. Il est l\u2019anc\u00eatre de plusieurs branches des Pallar\u00e8s. Son fils cadet Joseph se fixa \u00e0 Prades. C\u2019est de la branche de Prades qu\u2019est issue H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s (n\u00e9e le 26 janvier 1888 \u00e0 Perpignan). Gaud\u00e9rique de Pallar\u00e8s, procureur aux si\u00e8ges royaux de Conflent et de Capcir, mari\u00e9 \u00e0 P\u00e9tronille Satg\u00e9, mourut en \u00e9migration. Son fils Jean de Pallar\u00e8s (1792-1857), mari\u00e9 \u00e0 Marie-Antoinette Girv\u00e8s, avait \u00e9t\u00e9 maire de Prades de 1846 \u00e0 1848. Le fils de ce dernier, Gustave de Pallar\u00e8s (1825-1915), mari\u00e9 \u00e0 Emilie Par\u00e8s, fut avou\u00e9, juge puis pr\u00e9sident du Tribunal civil de Prades, dont il fut \u00e0 son tour maire de 1861 \u00e0 1870. C\u2019est ce Gustave de Pallar\u00e8s qui est le grand-p\u00e8re d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, et souvent cit\u00e9 au cours du journal pour son opposition au mariage de cette derni\u00e8re avec sa petite-fille. Cette derni\u00e8re \u00e9tait la fille unique de son second fils mort avant lui, Charles de Pallar\u00e8s (1859-1895), banquier, et de Julie Anne Rose Beilloch (1862-1920) mari\u00e9s \u00e0 Perpignan en 1887. Une autre branche des Pallar\u00e8s a effectivement eu des alliances avec les Pontich, mais il n\u2019existe pas de parent\u00e9 directe proche entre la branche de Prades et les Est\u00e8ve de Bosch. Les plus proches remontent au d\u00e9but du XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Firmin Bacconnier (1874-1965), journaliste monarchiste et th\u00e9oricien du corporatisme fran\u00e7ais, fondateur de <em>L\u2019Avant-garde royaliste<\/em> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Mouvement politique de jeunes bonapartistes. Ce groupe soutenait le r\u00e9visionnisme constitutionnel, le c\u00e9sarisme d\u00e9mocratique et s&rsquo;opposait \u00e0 la Troisi\u00e8me R\u00e9publique (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Ren\u00e9 Le Fur (1872-1933), chirurgien urologue et militant royaliste, fondateur en 1904 de l\u2019Entente nationale pour la reconstruction int\u00e9grale des libert\u00e9s de France, ligue catholique d\u2019orientations orl\u00e9aniste et antima\u00e7onnique (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> La \u00ab Jeunesse royaliste \u00bb (JR) est un mouvement politique fond\u00e9 en 1888, notamment par Roger Lambelin et Eug\u00e8ne Godefroy, pour promouvoir la restauration orl\u00e9aniste sous Philippe d&rsquo;Orl\u00e9ans (comte de Paris puis \u00ab Philippe VIII \u00bb). Ce groupe militant s&rsquo;opposait au ralliement r\u00e9publicain, pr\u00f4nait un nationalisme actif et a servi de pr\u00e9figuration \u00e0 l&rsquo;Action fran\u00e7aise (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Georges de Blois (ch\u00e2teau du Plessis-Greffier \u00e0 Huill\u00e9, Maine-et-Loire, 1<sup>er<\/sup> janvier 1849-Paris, 12 mars 1906), comte de Blois, fils d\u2019Albert de Blois et de C\u00e9cile Bonnin de La Bonnini\u00e8re de Beaumont, fut s\u00e9nateur du Maine-et-Loire et membre titulaire de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019agriculture, sciences et arts d\u2019Angers, Fils d\u2019un cousin issu de germains d\u2019Alfred de Falloux. Il avait \u00e9t\u00e9 s\u00e9nateur du Maine-et-Loire de 1895 \u00e0 1906. Sa seconde \u00e9pouse \u00e9tait Marie-Anne Le Bault de La Morini\u00e8re, tante de Pierre Le Bault de La Morini\u00e8re dont il est souvent question ici, voir <em>supra<\/em> note du 25 janvier 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Marthe de Brugu\u00e8re (Perpignan, 19 novembre 1868-L\u00e8ves, Eure-et-Loir, 8 mars 1957), fille d\u2019Ernest de Brugu\u00e8re, avocat \u00e0 Perpignan, et de Berthe Pascot. La famille de Brugu\u00e8re (\u00e0 l\u2019origine Bruguera) est une ancienne famille de Perpignan qui re\u00e7ut au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle la noblesse en tant que <em>burgesos honrats<\/em>. Marthe de Brugu\u00e8re avait \u00e9pous\u00e9 le 19 octobre 1889 \u00e0 Perpignan Albert Delpech (Amiens, 21 septembre 1852-25 avril 1930), qui fut pr\u00e9fet de la Haute-Marne, des Ardennes puis du Maine-et-Loire de 1895 \u00e0 1900 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Barr\u00e9 par l\u2019auteur (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Marie-Th\u00e9r\u00e8se Roca (1886-1963), fille de Joseph Roca et de Jos\u00e9phine Muxart, \u00e9tait issu d\u2019une famille originaire de Prades ayant une branche \u00e0 Ille, de la m\u00eame souche que les Roca d\u2019Huyt\u00e9za. Elle \u00e9pousera Ren\u00e9 Puech. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 29 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Voir <em>supra<\/em> notes du 1<sup>er<\/sup> septembre 1901 et du 1<sup>er<\/sup> avril 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 23 mai 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> \u00c9mile Marie. Voir <em>supra<\/em> note du 5 novembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 6 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Joseph de Lazerme (1846-1922). Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Henri Jonqu\u00e8res ou Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola (1877-1962). Voir <em>supra<\/em> note du 18 mai 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Paul Companyo (1840-1908), avocat \u00e0 C\u00e9ret. Son fils Louis Companyo avait \u00e9pous\u00e9 en 1902 Marie Cornet, cousine issue de germains d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch. Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Henri Passama (Perpignan, 4 octobre 1881-9 juillet 1975) et Jacques Passama (Perpignan, 5 mai 1883-19 ao\u00fbt 1965), fils d\u2019Albert Passama (1841-1906) et de Caroline Alengry. Voir <em>supra<\/em> note du 4 novembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Dieudonn\u00e9 Sabat\u00e9, notaire \u00e0 C\u00e9ret. Voir <em>supra<\/em> note du 23 ao\u00fbt 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 18 octobre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Edgard Gaborit de Montjou (Bioussac, Charentes, 17 d\u00e9cembre 1856-Bonnevaux, Mar\u00e7ay, Vienne, 9 f\u00e9vrier 1942), lieutenant de cavalerie, conseiller g\u00e9n\u00e9ral puis d\u00e9put\u00e9 de la Vienne de 1902 \u00e0 1906 et de 1910 \u00e0 1932 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Ren\u00e9 Gauin (Angers, 8 juin 1859-17 octobre 135), n\u00e9gociant et briquetier, conseiller municipal et conseiller g\u00e9n\u00e9ral, vice-pr\u00e9sident du comit\u00e9 r\u00e9publicain, d\u00e9put\u00e9 de 1906 \u00e0 1910, il ne se repr\u00e9sentera pas en 1910 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> <em>Il Santo<\/em> (\u00ab&nbsp;Le Saint&nbsp;\u00bb) est un roman de l\u2019\u00e9crivain italien Antonio Fogazzaro publi\u00e9 en 1905, traduit en fran\u00e7ais en 1906 aux \u00e9ditions Hachette, qui raconte la fondation d\u2019un cercle de r\u00e9formateurs catholiques, et est consid\u00e9r\u00e9 comme le livre ayant fait conna\u00eetre le courant religieux moderniste au public (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 4 novembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Charlotte Mano\u00ebl de Nogaret (1878-1898), mort \u00e0 20 ans sans enfants, \u00e9tait la fille de Philippe Mano\u00ebl de Nogaret et de Th\u00e9r\u00e8se de Lazerme, elle-m\u00eame fille de Charles de Lazerme et de Charlotte Delon de Marouls, et par cons\u00e9quent cousine germaine de Suzanne Lazerme, m\u00e8re d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch. Lazerme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Dominique Delahaye (Angers, 5 d\u00e9cembre 1848-9 janvier 1932), cit\u00e9 \u00e0 de nombreuses reprises au cours de ce journal&nbsp;: voir <em>supra<\/em> au 2 juin 1904, au 2, 25, 30 mars 1906, 6, 7, 9, 16, 20, 28 et 31 mai 1906, 3 et 7 juillet 1906. Manufacturier de voiles et de cordes \u00e0 Angers, pr\u00e9sident de la Chambre de Commerce, s\u00e9nateur de Maine-et-Loire de 1903 \u00e0 1932. Royaliste, il est tr\u00e8s assidu au s\u00e9ances du S\u00e9nat o\u00f9 il intervient sur tous les sujets (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Henri Vaugeois (L\u2019Aigle, Orne, 25 avril 1864-Paris, 11 avril 1916), co-fondateur de la <em>Revue d\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> en 1899 avec Maurice Pujo, pr\u00e9sident de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise de 1905 \u00e0 1916 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Wilhelm de Nordling (1821-1905), ing\u00e9nieur d&rsquo;origine allemande naturalis\u00e9 fran\u00e7ais, fut une figure cl\u00e9 de la Ligue populaire pour le repos du dimanche en France, fond\u00e9e en 1889. En tant que vice-pr\u00e9sident, il a promu un repos hebdomadaire, particuli\u00e8rement pour les travailleurs des chemins de fer, avec une approche non confessionnelle (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 4 septembre 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Voir <em>supra <\/em>note du 14 mars 1906. Charles de Pallar\u00e8s est mort le 30 ao\u00fbt 1895 \u00e0 Prades \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 36 ans (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Il s\u2019agit du c\u00e9l\u00e8bre h\u00f4tel de Vog\u00fc\u00e9, situ\u00e9 8 rue de la Chouette \u00e0 Dijon, pr\u00e8s de l\u2019\u00e9glise Notre-Dame. Construit par la famille Bouhier, une lign\u00e9e de parlementaires dijonnais, il passa par h\u00e9ritage chez les Vog\u00fc\u00e9 en 1766. Post\u00e9rieurement rachet\u00e9 par la Municipalit\u00e9, il abrite aujourd\u2019hui la direction des Ressources humaines. Il s\u2019agit de la branche a\u00een\u00e9e de Vog\u00fc\u00e9, une famille originaire du Vivarais, dont une branche cadette, descendant d\u2019un fr\u00e8re cadet du marquis de Vog\u00fc\u00e9 ayant \u00e9pous\u00e9 l\u2019h\u00e9riti\u00e8re des Bouhier, eut une alliance en Roussillon par le mariage en 1804 de Louis Fran\u00e7ois de Vog\u00fc\u00e9 et de Gabrielle de Julien de Vinezac, fille d\u2019une Du Vivier de Lansac et petite-fille d\u2019une Bosch. Il sera question plus pr\u00e9cis\u00e9ment de cette alliance <em>infra<\/em> au sujet de la grande maison de Bosch, voire note du 22 d\u00e9cembre 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> Henri Bertran ou Bertran de Balanda (Perpignan, 19 d\u00e9cembre 1854-Latour-Bas-Elne, 4 juillet 1936), capitaine de cavalerie, fils de Bonaventure Bertran et de Jos\u00e9phine Muxart, avait \u00e9pous\u00e9 en 1885 Magdeleine de Falgui\u00e8re. Voir <em>supra<\/em> notes des 28 novembre 1903 et 11 octobre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Pierre Xardel (Nancy, 3 juillet 1887-Saint-Martin-de-Caralp, Ari\u00e8ge, 16 d\u00e9cembre 1960), avocat, po\u00e8te lorrain, militant de l\u2019Action fran\u00e7aise et fondateur \u00e0 Paris du Cercle de S\u00e8ze. Il \u00e9pousera en 1924 l\u2019\u00e9crivaine Isabelle Sandy (1884-1975). Voir aussi&nbsp;: <a href=\"https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/2017\/04\/05\/pierre-xardel\/\">https:\/\/pierrebecat.fr\/index.php\/2017\/04\/05\/pierre-xardel\/<\/a> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> Joseph Selva (1850-1906), fils de Jean Selva et de Th\u00e9r\u00e8se Bigorre, n\u00e9 \u00e0 Ille-sur-Tet, \u00e9tait issu de la branche illoise de cette ancienne famille originaire de Los Masos. Sa s\u0153ur Fran\u00e7oise Selva avait \u00e9pous\u00e9 en 1871 \u00e0 Ille Jean Serradell, employ\u00e9 des t\u00e9l\u00e9graphes, fr\u00e8re d\u2019Henri Serradell, pharmacien \u00e0 Ille dont il a \u00e9t\u00e9 question plus haut&nbsp;: voir <em>supra<\/em> note du 20 septembre 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 novembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref52\" id=\"_ftn52\">[52]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 ao\u00fbt 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref53\" id=\"_ftn53\">[53]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 2 septembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref54\" id=\"_ftn54\">[54]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 novembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref55\" id=\"_ftn55\">[55]<\/a> Joseph de Guardia (1849-1931), r\u00e9dacteur du <em>Roussillon. <\/em>Voir <em>supra<\/em> note du 1<sup>er<\/sup> septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref56\" id=\"_ftn56\">[56]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 15 novembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref57\" id=\"_ftn57\">[57]<\/a> Carlos, Marthe, Jacques et Th\u00e9r\u00e8se de Lazerme (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref58\" id=\"_ftn58\">[58]<\/a> Henri de \u00c7agarriga (1855-1939) poss\u00e9dait le ch\u00e2teau de La Grange \u00e0 Villelongue-dels-Monts (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales). Voir <em>supra<\/em> note du 4 novembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref59\" id=\"_ftn59\">[59]<\/a> Louise de Rovira (1899-1985), fille de Fernand de Rovira et de Marie-Pauline Colavier d\u2019Albici. Elle \u00e9pousera en 1921 Hubert de Montal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref60\" id=\"_ftn60\">[60]<\/a> Suzanne (1843-1942) et Louise (1830-1917) de R\u00e8gnes, s\u0153urs, respectivement \u00e9pouses de Jules Genin et d\u2019Auguste de Guardia. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 23 ao\u00fbt 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref61\" id=\"_ftn61\">[61]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 23 ao\u00fbt 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref62\" id=\"_ftn62\">[62]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref63\" id=\"_ftn63\">[63]<\/a> Il s\u2019agit de Jacques Herv\u00e9-Bazin (1882-1944), neveu de Ren\u00e9 Bazin et p\u00e8re du futur \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre Jean dit \u00ab&nbsp;Herv\u00e9 Bazin&nbsp;\u00bb. Voir <em>supra <\/em>note du 27 janvier 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref64\" id=\"_ftn64\">[64]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 novembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref65\" id=\"_ftn65\">[65]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 29 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref66\" id=\"_ftn66\">[66]<\/a> Voir <em>infra<\/em> ce mariage au 11 janvier 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref67\" id=\"_ftn67\">[67]<\/a> Constance Roca d\u2019Huyt\u00e9za (Perpignan, 10 juin 1883-Saint-Andr\u00e9, 23 d\u00e9cembre 1963), fille unique de Gustave Roca (1845-1884) et de Lucie d\u2019Andr\u00e9 de Saint-Victor d\u2019Albaret (1856-1908), descendait par ses parents de deux anciennes familles roussillonnaises \u2013 voir <em>infra<\/em> note du 29 septembre 1901 pour l\u2019origine des Roca \u2013, h\u00e9riti\u00e8re par sa grand-m\u00e8re paternelle n\u00e9e Auriol du ch\u00e2teau de Taxo (commune de Saint-Andr\u00e9, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales). Elle \u00e9pousera le 22 septembre 1909 Louis Heurtault de Lammerville, dont les descendants poss\u00e8dent encore Taxo (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref68\" id=\"_ftn68\">[68]<\/a> \u00c9mile Marie. Voir <em>supra<\/em> note du 5 novembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref69\" id=\"_ftn69\">[69]<\/a> Genevi\u00e8ve Soult de Dalmatie (1844-1910), fils du duc de Dalmatie, noble d\u2019Empire, mari\u00e9e au baron Ren\u00e9 Reille, cofondatrice en 1902 puis pr\u00e9sidente en 1906 de la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises. Sous sa pr\u00e9sidence, la Ligue conserve son but de d\u00e9fense de la religion catholique, mais r\u00e9oriente ses actions en faveur de l&rsquo;\u00e9ducation sociale, des interventions de bienfaisance et de l&rsquo;action sociale, avec l&rsquo;abandon de la pr\u00e9\u00e9minence pour la politique (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref70\" id=\"_ftn70\">[70]<\/a> Fran\u00e7ois de Pontich, fr\u00e8re du p\u00e8re de Mme Lazerme n\u00e9e de Pontich, grand-m\u00e8re maternelle d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, avait \u00e9pous\u00e9 aux Batignolles le 22 juin 1848 \u00c9lisabeth Volle, n\u00e9e vers 1819, dont il avait d\u00e9j\u00e0 deux enfants qu\u2019il reconnut \u00e0 cette occasion, dont Hector de Pontich. En 1881, celle-ci \u00e9tait intern\u00e9e \u00e0 l\u2019asile des ali\u00e9n\u00e9s de Turin. Au sujet d\u2019Hector de Pontich, voir <em>supra <\/em>note du 10 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref71\" id=\"_ftn71\">[71]<\/a> Am\u00e9d\u00e9e Aragon (1858-1919) et son \u00e9pouse Louise Eug\u00e9nie Faure de Fondclair (1867-1956) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref72\" id=\"_ftn72\">[72]<\/a> Mme de \u00c7agarriga n\u00e9e Gabrielle Guiraud de Saint-Marsal (1827-1917), voir <em>supra<\/em> note du 4 novembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref73\" id=\"_ftn73\">[73]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 12 mars 1903. Des projets de mariage entre Henri d\u2019Albici et Philom\u00e8ne d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, s\u0153ur d\u2019Antoine, avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9s au cours de l\u2019ann\u00e9e 1904&nbsp;: voir notamment <em>supra<\/em> aux 29 octobre, 4 et 18 novembre 1904. Henri Colavier d\u2019Albici \u00e9pousera le 5 f\u00e9vrier 1908 \u00e0 Paris XVI Marie-Th\u00e9r\u00e8se Ducup de Saint-Paul, mariage qui sera de courte dur\u00e9e puisque trois mois plus tard, le 25 mai de la m\u00eame ann\u00e9e le couple divorcera (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref74\" id=\"_ftn74\">[74]<\/a> Il s\u2019agit du \u00ab&nbsp;trust Palazy&nbsp;\u00bb, voir <em>infra<\/em> au 14 d\u00e9cembre 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref75\" id=\"_ftn75\">[75]<\/a> Jules Alart (Vin\u00e7a, 1876-1965), fils de Fran\u00e7ois Alart et de Marie Escany\u00e9, mari\u00e9 en 1905 \u00e0 Baptistine Duffaux, \u00e9tait le petit-neveu de l\u2019historien Julien Bernard Alart (1824-1880) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref76\" id=\"_ftn76\">[76]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 29 septembre 1901, au 26 octobre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref77\" id=\"_ftn77\">[77]<\/a> Le docteur Jacques Trainier. Voir <em>supra<\/em> note \u00e0 son sujet dans la partie introductive du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref78\" id=\"_ftn78\">[78]<\/a> Alexis Adamoli (Sall\u00e8les-d\u2019Aude, 11 mai 1836-Vernet-les-Bains, 11 juillet 1913), propri\u00e9taire, mari\u00e9 depuis 1875 \u00e0 Berthe Jaume, veuve d\u2019\u00c9douard Aragon, m\u00e8re d\u2019Am\u00e9d\u00e9e et Henri Aragon. En 1882, Adamoli avait achet\u00e9 la demeure perpignanaise d\u2019Henri Jaubert de Passa, 4 rue Saint-Dominique (aujourd\u2019hui rue de la R\u00e9volution fran\u00e7aise) qu\u2019il avait remodel\u00e9e dans le go\u00fbt de l\u2019\u00e9poque, avec notamment une chapelle d\u2019inspiration n\u00e9ogothique (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Janvier 1906 Semaine du 1er au 7 janvier 1906 Angers, lundi 1er janvier 1906 Voici donc commenc\u00e9e cette ann\u00e9e qui verra notre d\u00e9part d\u2019Angers et notre retour en Roussillon ; ann\u00e9e bien importante pour nous ! Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. J\u2019\u00e9cris plusieurs cartes. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des visites et je pose des &hellip; <a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/03\/18\/1906\/\" class=\"more-link\">Continuer la lecture de <span class=\"screen-reader-text\">1906<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-383","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-journal-intime-dantoine-desteve-de-bosch"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/383","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=383"}],"version-history":[{"count":12,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/383\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":712,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/383\/revisions\/712"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=383"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=383"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=383"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}