{"id":430,"date":"2026-03-23T18:08:04","date_gmt":"2026-03-23T18:08:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/?p=430"},"modified":"2026-06-01T19:48:01","modified_gmt":"2026-06-01T19:48:01","slug":"1907","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/03\/23\/1907\/","title":{"rendered":"1907"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janvier 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 janvier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 1<sup>er<\/sup> janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a bien longtemps, depuis 1894 je crois, que je ne m\u2019\u00e9tais trouv\u00e9 ici le premier jour de l\u2019an. Je fais la sainte communion \u00e0 7 h. \u00e0 l\u2019\u00e9glise et je prie Dieu de b\u00e9nir cette ann\u00e9e, de prot\u00e9ger l\u2019\u00c9glise et la France qui en ont tant besoin et de faire que 1907 m\u2019apporte plus de joie que 1906. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des visites : M. le cur\u00e9, M. et Mme de Lacour qui me re\u00e7oivent avec beaucoup de sympathie&nbsp;; Madame, tr\u00e8s aimable, fait m\u00eame une petite allusion \u00e0 mes sentiments pour sa fille, peut-\u00eatre voulait-elle par-l\u00e0 engager la conversation et me confesser ? Je n\u2019ai pas os\u00e9&nbsp;; mais je crois que j\u2019ai partie gagn\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 de la famille. Restera \u00e0 gagner la jeune fille ; jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, on ne lui a pas dit que je la recherchais, mais elle a bien d\u00fb s\u2019en apercevoir. Oh si le bon Dieu voulait ! Je vais voir aussi Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za, Roca, Terrats d\u2019Aguillon, Batlle. Je vais un moment au Carmel au tirage de la loterie des Dames de Charit\u00e9 ; j\u2019y vois Marie-Louise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 2 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019\u00e9cris des lettres de Jour de l\u2019An. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons plusieurs visites : M. le cur\u00e9, le vicaire, M. de Lacour, Victor ; Philom\u00e8ne offre le th\u00e9 \u00e0 ses amies Marie-Louise de Lacour et les demoiselles Batlle ; comme Victor est ici \u00e0 ce moment-l\u00e0, nous prenons aussi le th\u00e9. Ensuite, je sors avec Victor et je me d\u00e9cide \u00e0 faire une chose que j\u2019avais en t\u00eate depuis longtemps mais qu\u2019une r\u00e9serve excessive m\u2019avait emp\u00each\u00e9 de faire jusqu\u2019ici : je lui fais mes confidences et je lui dis combien sa s\u0153ur me pla\u00eet, j\u2019ai parl\u00e9 avec lui pendant plus d\u2019un quart d\u2019heure ; du reste, il est tr\u00e8s gentil pour moi et me facilite beaucoup la chose ; il \u00e9tait au courant de tout et me reproche de ne pas lui avoir parl\u00e9 plus t\u00f4t. Il me dit qu\u2019il serait tr\u00e8s heureux de ce mariage qui resserrerait tant nos liens de parent\u00e9. La situation actuellement est celle-ci : j\u2019ai pour moi la famille enti\u00e8re M., Mme et Victor ; mais je ne sais pas ce que pense la jeune fille qui, d\u2019ailleurs, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mise au courant de nos d\u00e9marches. Il y a cette grande diff\u00e9rence avec d\u2019autres projets de mariage qui pourraient se pr\u00e9senter ou qui se sont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sent\u00e9s, avec le projet Pallar\u00e8s par exemple, qu\u2019ici je connais et je connais beaucoup la jeune fille avec qui j\u2019ai jou\u00e9 \u00e9tant enfant, tandis que pour Mlle de Pallar\u00e8s, c\u2019\u00e9tait uniquement un mariage de proposition que deux dames mettaient en avant. Maintenant apr\u00e8s avoir retrouv\u00e9 Marie-Louise jeune fille et apr\u00e8s l\u2019avoir vue comme je l\u2019ai vue depuis un mois, je serais extr\u00eamement malheureux si j\u2019\u00e9tais repouss\u00e9 par elle&nbsp;; elle m\u2019a tellement plu que je suis pr\u00eat \u00e0 l\u2019attendre ; mais ce qui me p\u00e8se le plus, c\u2019est l\u2019incertitude dans laquelle je me trouve. Je le dis \u00e0 Victor et il le comprend tr\u00e8s bien&nbsp;; il essayera de se renseigner sur les sentiments de sa s\u0153ur, mais pourra-t-il lui-m\u00eame les conna\u00eetre actuellement ? Je ne puis dire \u00e0 quel point tout cela me tracasse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 3 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille presque toute la journ\u00e9e \u00e0 recopier ma th\u00e8se, travail fastidieux. Papa \u00e9tant all\u00e9 rendre \u00e0 M. de Lacour sa visite et offrir ses v\u0153ux \u00e0 Mme de Lacour, ceux-ci, d\u2019eux-m\u00eames, lui ont parl\u00e9 du projet de mariage qu\u2019ils d\u00e9sirent autant que nous. La jeune fille ignore nos d\u00e9marches et ne veut pas actuellement se marier ; moi, elle me pla\u00eet tellement que je suis pr\u00eat \u00e0 attendre et \u00e0 refuser, comme je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait, tout parti qui se pr\u00e9senterait ; mais ne sera-ce pas en pure perte ? Nous le verrons l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain. Elle est charmante pour nous tous, pour Maman, pour Philom\u00e8ne avec qui elle sympathise beaucoup ; mais elle ne dit rien de ses projets, m\u00eame \u00e0 ses parents. Pourvu qu\u2019elle n\u2019ait pas une autre id\u00e9e qu\u2019elle ne veut pas dire&#8230;&nbsp;! Enfin, la famille est on ne peut plus favorable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 4 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 l\u2019occasion du premier vendredi du mois et de l\u2019ann\u00e9e. Victor, qui repart aujourd\u2019hui, vient me voir ; sans rien dire \u00e0 sa s\u0153ur, il a essay\u00e9 de la faire parler sur moi ; elle lui a dit qu\u2019elle me trouve tr\u00e8s \u00e0 son go\u00fbt ; lui ayant ensuite parl\u00e9 de mariage (en g\u00e9n\u00e9ral), il s\u2019est rendu compte qu\u2019elle ne veut pas en entendre actuellement parler ; il revient me dire cela ; il est, comme ses parents, tr\u00e8s favorable. Mme de Lacour (qui ne sort jamais de chez elle) ayant fait dire \u00e0 Maman qu\u2019elle d\u00e9sirait la voir, Maman y va dans l\u2019apr\u00e8s-midi, et Mme de Lacour et son mari, tous deux spontan\u00e9ment, lui parlent de nos projets dans les termes les plus encourageants&nbsp;; pour eux, c\u2019est une chose d\u00e9cid\u00e9e ; mais, pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils d\u00e9sirent ce mariage autant que nous, ils ne veulent pas en parler encore \u00e0 Marie-Louise que l\u2019id\u00e9e du mariage effraye ; elle n\u2019a pas encore 20 ans. Quand Maman les quitte, ils lui disent de me donner de l\u2019espoir et du courage. Mais les cinq mois qui nous s\u00e9parent du moment de leur retour ici vont \u00eatre longs !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 5 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Joseph Jacomy ayant \u00e9crit \u00e0 Papa une lettre d\u2019excuses, je vais le matin \u00e0 Boule m\u2019occuper de la plantation. Les De Lacour partent aujourd\u2019hui&nbsp;; comme c\u2019est triste pour moi ! Je regarde partir leur train de la route de Corb\u00e8re puis je viens m\u2019enfermer dans la chambre o\u00f9 je travaille et je me mets \u00e0 pleurer ; j\u2019\u00e9cris ces lignes tout en pleurant. Si j\u2019avais la certitude d\u2019\u00e9pouser Marie-Louise, si nous \u00e9tions fianc\u00e9s, la s\u00e9paration serait certes bien p\u00e9nible, mais enfin j\u2019aurais la certitude ; mais je ne suis s\u00fbr que des parents, je ne suis pas s\u00fbr d\u2019elle ; quelle inqui\u00e9tude jusqu\u2019au mois de mai ! Et encore le saurai-je alors ? Oh mon Dieu, mon Dieu, quand trouverai-je le bonheur complet ? J\u2019avais esp\u00e9r\u00e9 un moment que la famille de Lacour resterait jusqu\u2019\u00e0 lundi et que je reverrais Marie-Louise dimanche&nbsp;; c\u2019est m\u00eame en grande partie pour cela et pour ne pas manquer cette derni\u00e8re occasion de la voir, que j\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 assister au mariage de Carlos. Ce mariage est mardi, il y a une soir\u00e9e lundi et j\u2019aurais d\u00fb partir pour Toulouse, pour ne pas trop me fatiguer, dimanche \u00e0 1h25&nbsp;; j\u2019aurais donc manqu\u00e9 le th\u00e9 de dimanche apr\u00e8s v\u00eapres auquel Marie-Louise aurait assist\u00e9 si elle avait \u00e9t\u00e9 ici. Aussi ai-je \u00e9crit mercredi \u00e0 Carlos de m\u2019excuser. Mais je suis vol\u00e9 puisque les De Lacour sont partis aujourd\u2019hui ! Je ne regrette pas le mariage&nbsp;; je suis trop triste et je n\u2019y aurais pas trouv\u00e9 de plaisir. J\u2019ai vu Marie-Louise pour la derni\u00e8re fois, ou plut\u00f4t je lui ai parl\u00e9 pour la derni\u00e8re fois hier soir chez les dames Batlle o\u00f9 je suis all\u00e9 chercher Philom\u00e8ne qui y \u00e9tait avec elle. Et maintenant, il y en a pour pr\u00e8s de cinq mois&nbsp;!!!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 6 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous devions tous venir \u00e0 Vin\u00e7a ce soir pour y passer la journ\u00e9e de demain avec Bonne Maman&nbsp;; mais maman ayant \u00e9t\u00e9 souffrante ce matin, le programme est chang\u00e9&nbsp;; Maman n\u2019y vient pas ; j\u2019y vais seul avec Philom\u00e8ne et Papa n\u2019y vient que de quatre heures \u00e0 7h faire ses adieux \u00e0 Bonne-Maman. Je suis toujours bien attrist\u00e9 du d\u00e9part de Marie-Louise ! Cependant, en envisageant froidement la situation, je suis forc\u00e9 de reconna\u00eetre que le projet a march\u00e9 \u00e0 pas de g\u00e9ant pendant ces six derni\u00e8res semaines ; s\u2019il continue \u00e0 aller de ce train quand nous nous retrouverons, il n\u2019y aura plus qu\u2019\u00e0 prendre la d\u00e9cision d\u00e9finitive. Pour le moment, ma situation est bizarre : M. et Mme de Lacour m\u2019ont promis le mariage de leur fille \u00e0 qui ils n\u2019ont pas encore parl\u00e9 de ce projet ; naturellement, la promesse est conditionnelle et subordonn\u00e9e au consentement de Marie-Louise. Je suis, pour le moment, une sorte de fianc\u00e9 officieux et conditionnel !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 janvier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 7 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019\u00e9tait aujourd\u2019hui la f\u00eate patronale de Vin\u00e7a ; nous avons assist\u00e9 ce matin \u00e0 la grand\u2019messe et je me suis occup\u00e9 de diff\u00e9rentes questions concernant la Soci\u00e9t\u00e9 de Saint-S\u00e9bastien. Je suis reparti avec Philom\u00e8ne par le train de 1h10. Papa et Philom\u00e8ne partent pour Angers par le train de 4h6. Moi, je suis encore dans le pays avec Maman, jusqu\u2019\u00e0 la fin du mois ; mais je serai d\u00e9sormais plus souvent \u00e0 Vin\u00e7a qu\u2019ici ; d\u2019abord, c\u2019est n\u00e9cessaire \u00e0 cause de la proximit\u00e9 de la f\u00eate de Saint S\u00e9bastien et puis Ille me para\u00eet horriblement triste depuis le d\u00e9part de Marie-Louise ; j\u2019\u00e9tais habitu\u00e9, depuis un mois et demi, \u00e0 la voir, sinon tous les jours, du moins plusieurs fois par semaine ; maintenant, je sens un vide immense ; elle seule pourrait le combler. Mais, il y en a pour cinq longs mois !!! Papa emporte 161 pages \u00e9crites et copi\u00e9es de ma th\u00e8se ; j\u2019aurais voulu pouvoir la lui donner tout enti\u00e8re, mais il me reste encore 40 \u00e0 50 pages \u00e0 copier que je lui enverrai dans quelques jours ; j\u2019aime mieux les savoir dans son sac que de les confier \u00e0 la poste ; si ces 161 pages venaient \u00e0 se perdre, quel malheur !, car je n\u2019ai pas conserv\u00e9 le brouillon au complet. D\u00e8s que papa aura re\u00e7u la suite, il portera le tout \u00e0 M. Baugas qui aura la complaisance de l\u2019examiner et de me donner son avis, apr\u00e8s quoi je l\u2019enverrai \u00e0 Caen ; mais je serai alors rentr\u00e9 \u00e0 Angers.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 8 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 1h25 pour faire quelques visites ; je vais chez Monseigneur, chez Mme Louis No\u00ebll que je ne rencontre pas, chez Mme Dalverny, chez les Bonafos ; je vois aussi voir M. de Guardia au <em>Roussillon<\/em>. On me r\u00e9p\u00e8te que le bruit de mon mariage avec Mlle Roca d\u2019Huyt\u00e9za<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> a couru tout Perpignan le mois dernier, c\u2019est aga\u00e7ant, j\u2019en suis tr\u00e8s ennuy\u00e9 ; comme les gens qui inventent et colportent ces fausses nouvelles sont insupportables ! Heureusement que les De Lacour savent \u00e0 quoi s\u2019en tenir ! C\u2019est aujourd\u2019hui le mariage de Carlos ; tout le monde se demande pourquoi je n\u2019y suis pas ; ne pouvant pas donner la vraie raison qui m\u2019a retenu, je donne une seconde raison qui a pes\u00e9 aussi dans la balance ; je r\u00e9ponds que, les Lazerme n\u2019ayant pas invit\u00e9 Bonne Maman, j\u2019ai voulu leur faire comprendre, en m\u2019abstenant, que l\u2019incorrection de leur proc\u00e9d\u00e9 ne m\u2019a pas \u00e9chapp\u00e9. On le r\u00e9p\u00e9tera \u00e0 Carlos ou \u00e0 ses parents, mais cela m\u2019est \u00e9gal ; au contraire, je d\u00e9sire qu\u2019ils le sachent ! Ce qui me contrarie beaucoup, ce sont ces bruits de mariage avec Mlle Roca d\u2019Huyt\u00e9za ; on peut croire que j\u2019ai frapp\u00e9 \u00e0 cette porte et que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 \u00e9conduit ! C\u2019est vraiment incroyable ! Alors qu\u2019il n\u2019y a rien eu qu\u2019une simple id\u00e9e ayant germ\u00e9 dans le cerveau de Tante Bonafos que j\u2019ai imm\u00e9diatement repouss\u00e9e ; Mlle Roca d\u2019Huyt\u00e9za ne me pla\u00eet pas du tout et, d\u2019ailleurs, au moment o\u00f9 tante Bonafos m\u2019en a parl\u00e9, j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 l\u2019id\u00e9e de Marie-Louise. Pourvu que Tante Bonafos n\u2019ait pas, sans me le dire, laiss\u00e9 \u00e9chapper quelques mots sur son id\u00e9e ! Il n\u2019en faudrait pas davantage ! Moi, quand on m\u2019en parle, je d\u00e9mens \u00e9nergiquement et je d\u00e9clare sur mon honneur que non seulement la nouvelle est fausse, mais m\u00eame qu\u2019il n\u2019y a pas eu de notre part la plus petite d\u00e9marche. Mais les gens pensent ce qu\u2019ils veulent ; comme c\u2019est aga\u00e7ant !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 9 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Boule faire creuser les trous pour la plantation de p\u00eachers ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne car le temps est superbe et je travaille \u00e0 recopier la fin de ma th\u00e8se, ce qui est insipide.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 10 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je retourne \u00e0 Boule ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une longue station au chantier de la grande maison, puis je travaille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 11 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je reviens encore \u00e0 Boule \u00e0 bicyclette ; on ach\u00e8ve aujourd\u2019hui de creuser les trous dans la partie de la propri\u00e9t\u00e9 de <em>\u00ab Derr\u00e8re las cases \u00bb<\/em> que nous plantons cette ann\u00e9e en arbres \u00e0 fruits ; il en tient 250 \u00e0 7 m\u00e8tres de distance : 215 p\u00eachers, 20 pommiers et 15 abricotiers ; l\u2019ann\u00e9e prochaine et les ann\u00e9es suivantes, nous planterons d\u2019autres pi\u00e8ces. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Je re\u00e7ois le num\u00e9ro de <em>L\u2019Express du Midi<\/em> qui donne le compte-rendu du mariage du Vicomte Carlos de Lazerme de Lon avec Mlle Th\u00e9r\u00e8se de Mauvaisin<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Les t\u00e9moins \u00e9taient&nbsp;: &nbsp;pour Carlos, le baron du Limbert son oncle et M. Henri de \u00c7agarriga ; pour Mlle de Mauvaisin, M. de Lestapis et le colonel de Ferluc. Les gar\u00e7ons et demoiselles d\u2019honneur \u00e9taient Jacques de Lazerme, le vicomte de Mauvaisin, le comte Odon de Chefdebien-\u00c7agarriga et M. Pierre de Sarrieu&nbsp;; les demoiselles d\u2019honneur&nbsp;: Marthe, Mlle de Mauvaisin, Mlle de Felzins et Mlle de Ferluc. MM. Henri de \u00c7agarriga et Edmond de Rivals de Boussac ont port\u00e9 des toasts. Le pape avait envoy\u00e9 sa b\u00e9n\u00e9diction. L\u2019abb\u00e9 Latour, qui m\u2019envoie <em>L\u2019Express<\/em>, me dit que l\u2019\u00e9lite de la soci\u00e9t\u00e9 toulousaine se pressait dans la chapelle Sainte-Anne o\u00f9 se c\u00e9l\u00e9brait le mariage et qu\u2019il regrettait de ne pas m\u2019y voir. Moi aussi, j\u2019avoue que je ne pense pas sans regret \u00e0 cette belle f\u00eate, mais j\u2019avais deux bonnes raisons pour m\u2019en abstenir&nbsp;; et encore, pour la principale, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 vol\u00e9&nbsp;; c\u2019est de la d\u00e9veine ! Plus je r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 l\u2019attitude des De Lacour, plus je crois que M. de Lacour ne voulant pas marier encore Marie-Louise, lui aura parl\u00e9 mariage \u00e0 peine du bout des l\u00e8vres ; M. de Lacour m\u2019est tr\u00e8s favorable, mais pour l\u2019avenir ; il veut garder le plus longtemps possible sa fille&nbsp;; elle a 20 ans ce mois-ci ; si le mariage se d\u00e9cidait l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain, peut-\u00eatre pourrait-on le c\u00e9l\u00e9brer quelques mois apr\u00e8s. Comme c\u2019est malheureux de ne pas savoir, d\u2019\u00eatre l\u00e0 dans l\u2019incertitude ! D\u00e9j\u00e0 huit jours ce soir que j\u2019ai parl\u00e9 pour la derni\u00e8re fois \u00e0 Marie-Louise ; 20 fois autant de temps et je la retrouverai !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 12 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je viens m\u2019installer \u00e0 Vin\u00e7a afin de pr\u00e9parer la f\u00eate de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint S\u00e9bastien, de r\u00e9gler les comptes, de m\u2019occuper des nouvelles adh\u00e9sions etc ; d\u2019Ille ce matin, je suis all\u00e9 \u00e0 Corb\u00e8re et \u00e0 Boule \u00e0 bicyclette ; l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai surveill\u00e9 les travaux de la grande maison et j\u2019ai fait avancer ma th\u00e8se. Les journaux publient une nouvelle et magnifique encyclique de Pie X qui s\u2019adresse \u00e0 l\u2019\u00e9piscopat et au peuple fran\u00e7ais, qui condamne la nouvelle loi vot\u00e9e par les Chambres et d\u00e9fend aux Catholiques de s\u2019y conformer ; le pape r\u00e9fute toutes les calomnies d\u00e9bit\u00e9es sur son compte et sur le compte de l\u2019\u00c9glise \u00e0 propos de la s\u00e9paration. Quelle indomptable fermet\u00e9 ; quel grand pape ! c\u2019est un second Pie IX ! Une semaine s\u2019est \u00e9coul\u00e9e depuis le d\u00e9part de Marie-Louise ; jusqu\u2019\u00e0 la fin de mai, il y en a encore 19 ; 1\/20 du temps est donc seulement pass\u00e9 ; c\u2019est peu !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 13 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 1h, recouvrement des cotisations de la Soci\u00e9t\u00e9 ; de 2h. \u00e0 3h \u00be, r\u00e9union des chefs de sections ; nous y d\u00e9cidons, en principe, la cr\u00e9ation d\u2019une ou de plusieurs sections \u00e0 Rigarda.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 janvier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 14 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme surveiller la plantation suppl\u00e9mentaire de pommiers et de pruniers ; il fait un temps merveilleux, le soleil est si chaud que je ne peux pas m\u00eame supporter un pardessus d\u2019\u00e9t\u00e9 ; c\u2019est inou\u00ef et on ne voit cela, dans cette saison, que dans ce pays-ci ou sur la C\u00f4te d\u2019Azur. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. Papa \u00e9crit que Louloute (petit nom que l\u2019on donne \u00e0 Marie-Louise) a d\u00e9j\u00e0 envoy\u00e9 une carte postale \u00e0 Philom\u00e8ne qui va lui r\u00e9pondre naturellement : c\u2019est de bon augure ! Le Petit s\u00e9minaire de Prades, ferm\u00e9 par suite de la loi de S\u00e9paration, va tr\u00e8s probablement se rouvrir ici, sous la forme d\u2019un \u00e9tablissement d\u2019enseignement secondaire, dans l\u2019ancien couvent des Carm\u00e9lites. Maman, qui est all\u00e9e \u00e0 Perpignan, en rapporte la nouvelle par Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za, quand on lui parle des bruits idiots qui courent, ils d\u00e9mentent cat\u00e9goriquement, comme nous ; c\u2019est heureux !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 15 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais surveiller la plantation des pommiers au petit champ du Biniou et \u00e0 la nouvelle vigne de Tante Josepha. L\u2019apr\u00e8s-midi, je travaille \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 16 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Rigarda m\u2019occuper de la cr\u00e9ation des nouvelles sections de la soci\u00e9t\u00e9 ; la soci\u00e9t\u00e9 Saint-Gaud\u00e9rique avait d\u00e9j\u00e0 travaill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 17 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille. Le soir, j\u2019ach\u00e8ve de copier ma th\u00e8se ; enfin, elle est finie ! Il y a avait deux ans que j\u2019avais choisi le sujet et un an que j\u2019y travaillais. Elle est sensiblement plus longue que je ne l\u2019avais pr\u00e9vu en commen\u00e7ant puisque je m\u2019\u00e9tais assign\u00e9, comme minimum, 160 pages \u00e9crites (ces pages sont du m\u00eame format que celle-ci) et elle en a 206, sans compter les documents annexes. Cela fera je pense, de 220 \u00e0 230 pages imprim\u00e9es ; c\u2019est plus long que la plupart des th\u00e8ses de doctorat en droit. Elle a dix chapitres : chap. I : historique ; chap. II : n\u00e9cessit\u00e9 du repos hebdomadaire au point de vue physique et au point de vue moral, pour l\u2019individu, pour la famille et pour la soci\u00e9t\u00e9 ; chap. III : objections contre le repos hebdomadaire ; chap. IV : examen de quelques difficult\u00e9s sp\u00e9ciales \u00e0 certaines industries ; chap. V : choix du jour de repos ; chap. VI : repos facultatif ou repos obligatoire ; chap. VII : loi du 13 juillet 1906, projets ant\u00e9rieurs, \u00e9tude critique ; chap. VIII : le repos hebdomadaire dans les chemins de fer ; chap. IX : le repos hebdomadaire dans l\u2019agriculture, une enqu\u00eate en Poitou ; chap. X : le repos hebdomadaire \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, l\u00e9gislation compar\u00e9e ; Annexes : Texte de la loi du 13 juillet 1906, son r\u00e8glement d\u2019administration publique, propositions tendant \u00e0 modifier la loi. Papa avait emport\u00e9 les 7 premiers chapitres, soit 151 pages ; je vais lui envoyer les 3 autres. J\u2019avoue que j\u2019\u00e9prouve un r\u00e9el soulagement \u00e0 la pens\u00e9e que ce travail est termin\u00e9. Il ne me restera plus, dans quelques mois, qu\u2019\u00e0 soutenir ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 18 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la Balme dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Le soir \u00e0 7 heures, \u00e0 la salle Llech, Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale annuelle de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; je l\u2019ai avanc\u00e9e d\u2019un jour afin de pouvoir m\u2019occuper demain de l\u2019organisation des sections de Rigarda ; ces sections, organis\u00e9es demain, prendront part dimanche \u00e0 la f\u00eate de la Soci\u00e9t\u00e9. La cr\u00e9ation de ces sections est d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 ; nous coupons l\u2019herbe sous les pieds \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-Gaud\u00e9rique !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 19 janvier 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/24ee6a77814e0f1583ca3839f49b0103.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"736\" height=\"483\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/24ee6a77814e0f1583ca3839f49b0103.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-433\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/24ee6a77814e0f1583ca3839f49b0103.jpg 736w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/24ee6a77814e0f1583ca3839f49b0103-300x197.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 736px) 100vw, 736px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Rigarda (carte postale ancienne sans date) \u2013 Site Pinterest<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quinze jours aujourd\u2019hui du d\u00e9part d\u2019Ille des Lacour ; deux semaines sur 20, 1\/10 du temps de s\u00e9paration ! Quand je pense qu\u2019il ne s\u2019est encore \u00e9coul\u00e9 que si peu de temps depuis ce moment-l\u00e0, j\u2019ai froid au c\u0153ur ; il me tarde tant de retrouver Marie-Louise ! Le soir, avec 3 autres membres du bureau de la Soci\u00e9t\u00e9, je vais \u00e0 Rigarda ; nous donnons une r\u00e9union dans la salle de l\u2019\u00e9cole mise \u00e0 notre disposition par le maire ; j\u2019explique ce que c\u2019est que la mutualit\u00e9, ses avantages, je fais conna\u00eetre la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, les charges des soci\u00e9taires et les avantages de la Soci\u00e9t\u00e9 ; 20 hommes se font inscrire sur le champ ; avec 10 autres qui s\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 inscrits, cela fait 30 ; je leur remets leur livret et leur insigne de soci\u00e9taire, nous les r\u00e9partissons en deux sections, et ils nomment eux-m\u00eames leurs chefs de section ; l\u2019un est r\u00e9publicain et l\u2019autre royaliste&nbsp;; nous avons, parmi nos nouveaux adh\u00e9rents, des gens des deux camps&nbsp;; c\u2019est ce qu\u2019il faut puisque la soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, qui est, en fait, la soci\u00e9t\u00e9 conservatrice et catholique, ne fait pas de politique. Au retour, la f\u00eate de Saint S\u00e9bastien commence par des danses, par un passeville en musique et par des s\u00e9r\u00e9nades ; on m\u2019en a fait une et je le reconnais en me fendant de deux pi\u00e8ces de cent sous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 20 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Journ\u00e9e occup\u00e9e pour moi ! Le matin, d\u00e9fil\u00e9 en musique de la Soci\u00e9t\u00e9 dans les rues, puis grand\u2019messe tr\u00e8s solennelle, ensuite bal que j\u2019ouvre apr\u00e8s avoir adress\u00e9 quelques mots aux soci\u00e9taires r\u00e9unis sur la place du Puig ; l\u2019apr\u00e8s-midi, danses&nbsp;; le soir, encore danses jusqu\u2019\u00e0 onze heures ; je fais danser des filles de soci\u00e9taires&nbsp;; c\u2019est de la vraie \u00ab fraternit\u00e9 \u00bb&nbsp;; le temps \u00e9tant tr\u00e8s beau, on danse dehors sur la place du Puig d\u00e9cor\u00e9e et am\u00e9nag\u00e9e \u00e0 cet effet. Il y a eu six entr\u00e9es nouvelles de Vin\u00e7a dans la Soci\u00e9t\u00e9 mais il y avait eu six d\u00e9c\u00e8s dans l\u2019ann\u00e9e, comme nous avons d\u00fb rayer cinq membres pour d\u00e9faut de paiement, cela ferait une l\u00e9g\u00e8re diminution du nombre des membres ; mais les 30 inscriptions de Rigarda, qui seront 50 dans quelques jours nous assurent-t-on, r\u00e9tablissent, et au-del\u00e0, l\u2019\u00e9quilibre ! Il y a maintenant 205 membres participants et cent membres honoraires (car il y a eu cette ann\u00e9e 5 inscriptions de membres honoraires) ; notre soci\u00e9t\u00e9 est bien plus nombreuse que l\u2019autre et que la plupart des soci\u00e9t\u00e9s du d\u00e9partement. Je donne ces chiffres dans mon petit speech du matin et cela fait bon effet. Je suis heureux de regagner mon lit \u00e0 plus de minuit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_112620-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"725\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_112620-Copie-1024x725.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-435\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_112620-Copie-1024x725.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_112620-Copie-300x212.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_112620-Copie-768x544.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_112620-Copie-1536x1088.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_112620-Copie.jpg 1882w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">F\u00eate de Saint-S\u00e9bastien \u00e0 Vin\u00e7a \u2013 Clich\u00e9 anonyme, non dat\u00e9 [ann\u00e9es 1900] (Collection Pierre Lemaitre)<br><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-scaled.jpg\"><\/a><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 27 janvier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 21 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 8 h. seulement. Je m\u2019occupe de diff\u00e9rentes choses, des d\u00e9penses de la f\u00eate qu\u2019il faut mandater.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 22 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je commence \u00e0 pr\u00e9parer une conf\u00e9rence que je dois faire samedi \u00e0 la r\u00e9union d\u2019Action fran\u00e7aise qui aura lieu au local du Panache \u00e0 Perpignan ; le sujet est : \u00ab L\u2019organisation du pays sous la monarchie \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 23 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jacques Herv\u00e9 m\u2019\u00e9crit et m\u2019annonce le prochain mariage de Jacques de Loges avec Mlle de Champsavin<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, de Laval. Je voudrais bien pouvoir lui annoncer le mien avec Louloute !!! Je vais \u00e9crire \u00e0 Jacques des Loges pour le f\u00e9liciter&nbsp;; c\u2019est le second de mes amis dont j\u2019apprends le mariage en peu de temps&nbsp;: le mois dernier, c\u2019\u00e9tait celui de Fran\u00e7ois de La Touche avec Mlle de Vasson<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>. Je m\u2019occupe du proc\u00e8s-verbal de l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de la Soci\u00e9t\u00e9 que j\u2019envoie \u00e0 la Pr\u00e9fecture pour faire approuver la petite modification aux statuts n\u00e9cessit\u00e9e par la fondation des sections de Rigarda. Le Petit s\u00e9minaire dioc\u00e9sain, chass\u00e9 de Prades par la loi de S\u00e9paration, va s\u2019installer ici dans l\u2019ancien couvent des Carm\u00e9lites rachet\u00e9 par M. Trull\u00e8s pour le sauver des mains du liquidateur ; mais il y a des travaux \u00e0 faire ; or le directeur vient de confier ces travaux \u00e0 un entrepreneur de ma\u00e7onnerie qui est le plus enrag\u00e9 blocard de Vin\u00e7a ! C\u2019est un comble, ces cur\u00e9s et ces religieuses n\u2019en font jamais d\u2019autres ! On leur \u00e9crit pour les avertir, moi-m\u00eame j\u2019\u00e9cris \u00e0 M. Marie d\u2019user de son influence sur eux pour qu\u2019ils emploient des ouvriers bien-pensants ; ceux-ci, et il y en a plusieurs \u00e0 Vin\u00e7a, sont indign\u00e9s ; il y a vraiment de quoi ! Il para\u00eet que ce sont les Carm\u00e9lites elles-m\u00eames qui ont recommand\u00e9 cet entrepreneur&nbsp;; on n\u2019est pas plus na\u00eff ou plus b\u00eate&nbsp;! Cela fait du mal, beaucoup de mal !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"674\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-674x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-438\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-674x1024.jpg 674w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-198x300.jpg 198w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-768x1167.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-1011x1536.jpg 1011w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-1348x2048.jpg 1348w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_4456-Copie-2-scaled.jpg 1685w\" sizes=\"auto, (max-width: 674px) 100vw, 674px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ferdinand Trull\u00e8s (1858-1918), notaire \u00e0 Ille-sur-Tet, qui racheta l&rsquo;ancien couvent des Carm\u00e9lites de Vin\u00e7a \u2013 Clich\u00e9 anonyme, non dat\u00e9 (Collection famille B\u00e9cat-Rotg\u00e9)<br><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_113523-Copie-scaled.jpg\"><\/a><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 24 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 ma conf\u00e9rence d\u2019Action fran\u00e7aise. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Victor de Lacour. Il pleut assez fort presque toute la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 25 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ach\u00e8ve mon travail pour le Panache. Il pleut toujours, mais avec des interruptions. Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h 1\/2. J\u2019apprends le mariage de Pierre Saisset de Pallar\u00e8s, cousin germain d\u2019H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, avec la fille d\u2019un g\u00e9n\u00e9ral en garnison \u00e0 Lyon, Mlle Yvonne de Ferron<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, notre ancienne voisine d\u2019Angers&nbsp;; il n\u2019a donc pas r\u00e9ussi aupr\u00e8s de sa cousine&nbsp;! Il est plus jeune que moi et c\u2019est le troisi\u00e8me de nos amis ou de nos camarades dont j\u2019apprends le mariage depuis un mois ; cela me donne envie d\u2019en faire autant, mais h\u00e9las&nbsp;! je ne suis pas \u00e0 la veille de les imiter. Et dire qu\u2019il y a encore 4 mois au moins d\u2019ici au moment o\u00f9 je retrouverai les Lacour ! Comme c\u2019est long !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, samedi 26 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis venu \u00e0 Perpignan par le train de 1h10 pour ma conf\u00e9rence d\u2019Action fran\u00e7aise au Panache ; je d\u00eene et je couche chez Tante Bonafos. Je fais une foule de commissions et de visites dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Malgr\u00e9 le mauvais temps froid, il y a pas mal de monde le soir au Panache : MM. Desp\u00e9ramons et Bertran, Talayrach<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, baron Despr\u00e8s<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>, plusieurs pr\u00eatres etc. Je fais ma conf\u00e9rence sur \u00ab L\u2019organisation du pays sous la monarchie \u00bb ; on d\u00e9cide, \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, de la publier <em>in extenso<\/em> dans <em>Le Roussillon<\/em> ; j\u2019ai beau protester contre cette d\u00e9cision, rien n\u2019y fait, on m\u2019arrache mon manuscrit des mains.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"805\" height=\"1024\" data-id=\"450\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-805x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-450\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-805x1024.jpg 805w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-236x300.jpg 236w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-768x977.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-1207x1536.jpg 1207w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-1609x2048.jpg 1609w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0097p001d3001-2-scaled.jpg 2012w\" sizes=\"auto, (max-width: 805px) 100vw, 805px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0L&rsquo;organisation du pays sous la monarchie\u00a0\u00bb, texte de la conf\u00e9rence d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans <em>Le Roussillon<\/em> (1\u00e8re partie, 30 janvier 1907) \u2013 M\u00e9diath\u00e8que de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0101p001d3101-2-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"805\" height=\"1024\" data-id=\"449\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0101p001d3101-2-805x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-449\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0101p001d3101-2-805x1024.jpg 805w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0101p001d3101-2-236x300.jpg 236w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0101p001d3101-2-768x977.jpg 768w, 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monarchie\u00a0\u00bb, texte de la conf\u00e9rence d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans <em>Le Roussillon<\/em> (3\u00e8me partie, 1er f\u00e9vrier 1907) \u2013 M\u00e9diath\u00e8que de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 27 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Saint-Jean, et je me pr\u00e9pare \u00e0 repartir par le train de 10h20, mais le vent glac\u00e9 de nord-ouest qui a souffl\u00e9 en temp\u00eate toute la nuit ayant renvers\u00e9 beaucoup de poteaux de t\u00e9l\u00e9graphe sur la voie, tous les trains ont un retard \u00e9norme ; le train qui devait arriver \u00e0 Perpignan \u00e0 10 h n\u2019arrive qu\u2019\u00e0 11h38 et celui qui devait partir \u00e0 10h20 ne part qu\u2019\u00e0 11h \u00be et va tr\u00e8s lentement ; je n\u2019arrive \u00e0 Vin\u00e7a qu\u2019\u00e0 1h25 ; j\u2019ai fait route avec notre cousin le&nbsp;docteur de Massia<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a> qui rentrait \u00e0 Molitg. Je n\u2019ai pas pu, naturellement, aller \u00e0 Rigarda pour le premier recouvrement de la Soci\u00e9t\u00e9, comme je devais le faire. Je vais \u00e0 v\u00eapres.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 31 janvier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 28 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le vent est moins fort et moins froid, cependant il a encore gel\u00e9 dans la nuit. Je vais \u00e0 Boule et \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette ; je vois les travaux de la maison et je rentre par le train de 4 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 29 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 1h10 me faire arranger une dent ; je rapporte au <em>Roussillon <\/em>la moiti\u00e9 des \u00e9preuves corrig\u00e9es de ma conf\u00e9rence. Je vais une minute chez les Bonafos ; j\u2019y rencontre notre cousine Mme Paul de Lamer et sa fille H\u00e9l\u00e8ne, ainsi que Mlle Delafosse. Je vais ensuite \u00e0 Rivesaltes par le train de 4h55 afin d\u2019aller demander une r\u00e9ponse \u00e0 un n\u00e9gociant en vins M. Tr\u00e9villac qui a des \u00e9chantillons du vin de Boule depuis 3 semaines ; il ne se fait aucune affaire et ce n\u00e9gociant ne peut me prendre ce vin \u00e0 n\u2019importe quel prix ; un autre n\u00e9gociant que je vois me fait la m\u00eame r\u00e9ponse ; c\u2019est le marasme complet, c\u2019est navrant ; et dire que lorsque les malheureux propri\u00e9taires ne peuvent pas arriver \u00e0 se d\u00e9barrasser de leur vin, de gros fraudeurs, comme ceux que d\u00e9non\u00e7ait ces jours-ci \u00e0 la Chambre notre d\u00e9put\u00e9 M. Brousse, font impun\u00e9ment, gr\u00e2ce \u00e0 leur coupable trafic, des fortunes scandaleuses ! Voil\u00e0 la moralit\u00e9 du r\u00e9gime ! Ce M. Tr\u00e9villac est un fervent catholique et un fid\u00e8le royaliste ; \u00e0 Rivesaltes, il s\u2019occupe de toutes les \u0153uvres religieuses et il fait, dans tout l\u2019arrondissement de Perpignan, une active propagande pour l\u2019Action fran\u00e7aise. Nous causons beaucoup politique avec lui chez M. Joseph Roca o\u00f9 je vais attendre le d\u00e9part du train. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a le soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 30 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Obs\u00e8ques, par un affreux temps (pluie, vent, neige) du soci\u00e9taire Andr\u00e9 Serradell dit Leon, sonneur de cloches ; ancien soldat d\u2019Italie et de 1870, m\u00e9daill\u00e9 d\u2019Italie. Je fais un speech de circonstance. Le reste de la journ\u00e9e, je mets en ordre les affaires de la Soci\u00e9t\u00e9 avant mon d\u00e9part pour Angers. Le pape autorise les \u00e9v\u00eaques \u00e0 faire proposer par les cur\u00e9s aux pr\u00e9fets et aux maires, suivant les cas, de traiter avec eux pour la remise gratuite, pour une dur\u00e9e de 18 ans, des \u00e9glises aux cur\u00e9s ; mais sous condition que ce contrat reconna\u00eetra la hi\u00e9rarchie catholique suivant un mod\u00e8le arr\u00eat\u00e9 dans la derni\u00e8re Assembl\u00e9e de l\u2019\u00e9piscopat et qui devra \u00eatre accept\u00e9 dans toute la France ou nulle part. Je ne crois pas que le gouvernement autorise les maires ou les pr\u00e9fets \u00e0 accepter ces projets de contrat ; du moins, le gouvernement sera oblig\u00e9 d\u2019avouer qu\u2019il ne veut pas reconna\u00eetre la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siastique. <em>Le Roussillon<\/em> publie, en premi\u00e8re page, la 1<sup>\u00e8re<\/sup> partie de ma conf\u00e9rence de samedi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 31 janvier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il neige assez abondamment presque toute la journ\u00e9e ; je ne peux pas aller \u00e0 Ille comme j\u2019aurais voulu. <em>Le Roussillon<\/em> publie la seconde partie de ma conf\u00e9rence. Voil\u00e0 donc enfin termin\u00e9 ce mois de janvier qui m\u2019a paru si long depuis que je suis s\u00e9par\u00e9 de Marie-Louise. Demain, le mois suivant commence ; c\u2019est un acheminement vers le retour !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">F\u00e9vrier 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 f\u00e9vrier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe et fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois. L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Ille par le train d\u2019une heure ; d\u2019Ille, je vais \u00e0 Corb\u00e8re en voiture d\u00e9couverte, malgr\u00e9 le vent glacial et la neige qui me surprend au retour, pour m\u2019occuper de trouver un fermier pour le <em>Cam del Nougu\u00e9<\/em> que nous allons remettre en champ. \u00c0 Ille, au retour, je vois M. le cur\u00e9 ; il vient de recevoir une demande de renseignements sur Louloute de Lacour ; c\u2019est \u00e9videmment en vue d\u2019une demande en mariage ; M. le cur\u00e9, qui s\u2019est aper\u00e7u de quelque chose, me dit qu\u2019il ne veut pas r\u00e9pondre sans me consulter ; je lui dis alors franchement ce qui en est pour moi, je lui expose la situation et il me dit que, d\u00e8s lors, il va r\u00e9pondre qu\u2019on s\u2019y est pris trop tard, qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 faire pour un mariage. Dieu a permis que ce danger soit \u00e9cart\u00e9 ; je remercie beaucoup M. le cur\u00e9 de la d\u00e9licatesse de sa d\u00e9marche ; d\u2019autant plus que je ne lui avais jamais parl\u00e9 de mes projets. Je vois aussi M. Trull\u00e8s et les demoiselles Mathieu. Il y a \u00e0 Ille un passage de troupes ; cantonnement de 3 compagnies du 24<sup>e<\/sup> colonial ; la tenue de ces coloniaux est mauvaise ; l\u2019un d\u2019eux pousse l\u2019oubli des convenances jusqu\u2019\u00e0 me demander l\u2019aum\u00f4ne ! Je l\u2019engueule comme il le m\u00e9rite ; la discipline s\u2019en va, mais quoi d\u2019\u00e9tonnant avec Picquart pour ministre de la guerre&nbsp;? Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a par le train du soir. <em>Le Roussillon<\/em> publie la fin de ma conf\u00e9rence.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 2 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 9 heures ; \u00e0 1h \u00bd, je retourne \u00e0 Ille, je revois M. le cur\u00e9. D\u2019Ille, je vais \u00e0 Boule \u00e0 pied dans la neige ; je donne mes instructions \u00e0 Joseph pour la plantation des arbres qui ne pourra pas se faire tant que le sol ne sera pas un peu sec ; je rentre \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 4h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 3 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait toujours tr\u00e8s froid ; il neige une partie de la journ\u00e9e. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. \u00c0 1 heure, recouvrement de la Soci\u00e9t\u00e9 ; je mets en ordre les derni\u00e8res affaires de la Soci\u00e9t\u00e9, car je compte partir demain pour Angers, apr\u00e8s un s\u00e9jour de six mois en Roussillon ; je ne retarderais que si le temps \u00e9tait par trop abominable. Je m\u2019arr\u00eaterai \u00e0 la Bastide d\u2019Anjou et \u00e0 Lourdes, aussi mon voyage durera-t-il trois ou quatre jours.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 f\u00e9vrier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Narbonne, lundi 4 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s une tr\u00e8s forte gel\u00e9e la nuit derni\u00e8re, le temps s\u2019est un peu radouci et je suis parti de Vin\u00e7a \u00e0 3h \u00bd ; je couche \u00e0 Narbonne (H\u00f4tel de la Dorade) afin de pouvoir aller demain \u00e0 la Bastide et coucher le soir \u00e0 Toulouse. J\u2019ai laiss\u00e9 Maman \u00e0 Vin\u00e7a pour quelques jours encore.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Toulouse, mardi 5 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis parti de Narbonne par le train de 7h34 du matin ; froid tr\u00e8s vif. J\u2019\u00e9tais \u00e0 27 ou 28 kilom\u00e8tres du Pignas et j\u2019avais une envie terrible de me tromper de train ! D\u00e9j\u00e0 un mois aujourd\u2019hui que je n\u2019ai pas vu Louloute ! Il me tarde qu\u2019il y en ait cinq ou six ; alors, je la retrouverai. Je me suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 S\u00e9gala et je suis all\u00e9 \u00e0 la Bastide d\u2019Anjou demander au cur\u00e9, que l\u2019on m\u2019avait conseill\u00e9 de partout, un traitement pr\u00e9ventif contre le retour des petites affections cutan\u00e9es qui m\u2019ont tracass\u00e9 il y a deux ans ; je n\u2019en ai pas du tout, mais il faut prendre ses pr\u00e9cautions \u00e0 l\u2019avance. J\u2019arrive \u00e0 Toulouse \u00e0 cinq heures pour coucher car, par ce temps glacial, je ne me soucie pas de voyager la nuit, je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Poste. Le soir, pour passer le temps, je vais voir ou plut\u00f4t entendre jouer <em>Manon<\/em> au Th\u00e9\u00e2tre du Capitole.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, mercredi 6 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 Toulouse, je suis all\u00e9 chez M. l\u2019abb\u00e9 Latour, mais l\u00e0 on m\u2019a dit qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas \u00e0 Toulouse. Je suis parti par l\u2019express de 1h10 pour Lourdes o\u00f9 je tenais beaucoup \u00e0 venir pour recommander mon avenir et mon projet de mariage \u00e0 la Sainte Vierge. Il fait un peu moins froid&nbsp;; cependant on patinait \u00e0 Toulouse ce matin ; il y a de la neige presque partout. En passant \u00e0 Tarbes, j\u2019ai demand\u00e9 \u00e0 M. d\u2019Arexy, chef de gare, des nouvelles de sa m\u00e8re ; elle est toujours au plus mal. J\u2019arrive \u00e0 Lourdes \u00e0 5h ; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Heins. Je vais me confesser et prier \u00e0 la grotte.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 8 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me voici de retour \u00e0 Angers apr\u00e8s 6 mois \u00bd d\u2019absence ; j\u2019y rentre pour 3 mois \u00bd \u00e0 peine&nbsp;: le temps d\u2019envoyer ma th\u00e8se \u00e0 Caen, de la soutenir et de la faire imprimer. Je n\u2019ai pas \u00e9crit mon journal hier vendredi car j\u2019\u00e9tais en voyage. Apr\u00e8s avoir entendu la messe hier matin et fait la sainte communion, et apr\u00e8s m\u2019\u00eatre promen\u00e9, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai quitt\u00e9 Lourdes par l\u2019express de 5h7 du soir comptant \u00eatre \u00e0 Bordeaux \u00e0 10h du soir et \u00e0 Angers ce matin \u00e0 8 heures. Mais n\u2019ayant pas chang\u00e9 de train \u00e0 Pau comme j\u2019aurais d\u00fb le faire, j\u2019ai manqu\u00e9 ce rapide et j\u2019ai d\u00fb me contenter de prendre un rapide qui passe \u00e0 1h55 du matin \u00e0 Dax (j\u2019ai d\u00fb passer 4 heures en gare de Dax o\u00f9 j\u2019ai assez bien dormi) ; je suis arriv\u00e9 \u00e0 Bordeaux \u00e0 4h12 ; j\u2019ai pris aussit\u00f4t un rapide de l\u2019Orl\u00e9ans qui partait pour Paris \u00e0 4h25 et je suis arriv\u00e9 \u00e0 Saint-Pierre-des-Corps avant 9 heures ; j\u2019ai pass\u00e9 deux heures en gare de Tours et, par l\u2019express de 11h55, je suis arriv\u00e9 \u00e0 Angers \u00e0 1h31 au lieu de 8 h1. Il faisait froid mais pas excessivement. Maman est arriv\u00e9e \u00e0 5 h du soir par l\u2019\u00c9tat emmenant la femme de chambre Ang\u00e8le.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 9 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut la plus grande partie de la journ\u00e9e ; je reprends contact avec le monde angevin, pour 3 mois \u00bd, en allant voir Lucas. Cinq semaines aujourd\u2019hui que je n\u2019ai pas vu Marie-Louise ! Quand il y en aura 4 fois autant, je serai bien pr\u00e8s de la revoir, si m\u00eame je ne l\u2019ai pas d\u00e9j\u00e0 revue ! On me raconte ici l\u2019accueil que l\u2019on a fait \u00e0 Picquart ; il est venu dimanche dernier inaugurer je ne sais quoi et nos amis, en son honneur, ont, le matin m\u00eame, rempli la ville du deuxi\u00e8me \u00ab&nbsp;Appel du pays&nbsp;\u00bb de l\u2019Action fran\u00e7aise dans lequel sont \u00e9tal\u00e9es les turpitudes du \u00ab g\u00e9n\u00e9ral \u00bb (!!!) Picquart ; on en a mis des centaines, partout, jusque sur le mur de l\u2019\u00e9cole qu\u2019il inaugurait ; il para\u00eet qu\u2019elles ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement lues ; des groupes de 30 et 40 personnes \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s devant : Marie-Georges ne devait pas \u00eatre satisfait ! Mais il n\u2019a pas os\u00e9 les faire enlever le jour.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 10 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et au salut \u00e0 l\u2019Adoration, je fais quelques visites&nbsp;; il pleut. J\u2019apprends avec peine la mort \u00e0 Toulouse d\u2019un saint religieux capucin le P. Marie-Antoine<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a> ; c\u2019\u00e9tait v\u00e9ritablement un saint et je suis convaincu qu\u2019il sera canonis\u00e9 un jour ; si je deviens mieux, je ne d\u00e9sesp\u00e8re pas de le voir v\u00e9n\u00e9rable ou m\u00eame bienheureux&nbsp;; pauvre P\u00e8re ! Il m\u2019avait donn\u00e9 sa b\u00e9n\u00e9diction quand j\u2019\u00e9tais tout enfant et plusieurs fois depuis \u00e0 Lourdes o\u00f9 je l\u2019avais rencontr\u00e9 ; des foules pieuses le suivaient et sollicitaient une b\u00e9n\u00e9diction ; il y a 3 ou 4 ans, au p\u00e8lerinage national, je le vis dans les passages souterrains de la gare au moment o\u00f9 il venait de descendre du train de Toulouse&nbsp;; on le pressait, on l\u2019entourait de toute part, je m\u2019agenouillai devant lui et il me donna son crucifix \u00e0 baiser. Tout Toulouse sera derri\u00e8re son pauvre cercueil ; le P. Marie-Antoine savait, au besoin, morig\u00e9ner comme ils le m\u00e9ritent les supp\u00f4ts de Satan qui d\u00e9shonorent la France ; je me rappelle quelques lettres bien senties qu\u2019il a \u00e9crites \u00e0 Combes ! Il \u00e9tait, d\u2019ailleurs, royaliste ; j\u2019ai lu, il y a quelque temps, un mot de lui sur le d\u00e9vouement au Roi qu\u2019il ne comprend pas qu\u2019on s\u00e9pare du d\u00e9vouement \u00e0 Dieu.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/25700-201218150615116-0.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"893\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/25700-201218150615116-0-893x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-439\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/25700-201218150615116-0-893x1024.jpg 893w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/25700-201218150615116-0-262x300.jpg 262w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/25700-201218150615116-0-768x881.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/25700-201218150615116-0.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 893px) 100vw, 893px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">P\u00e8re Marie-Antoine (1825-1907), pr\u00eatre capucin et pionnier des p\u00e8lerinages de Lourdes &nbsp;\u2013 Clich\u00e9 anonyme, non dat\u00e9 (Site Actu.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 f\u00e9vrier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 11 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures et je fais la sainte communion ; le matin et l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais diverses commissions en ville. Il y aura, sans doute prochainement, une grande conf\u00e9rence ici par Jules Delahaye, les deux fr\u00e8res de Cassagnac et un ou deux autres orateurs. Cette conf\u00e9rence, dont la pareille a lieu \u00e0 Nantes dimanche prochain et qui sera suivie de beaucoup d\u2019autres, pourrait bien \u00eatre le point de d\u00e9part d\u2019un mouvement nouveau, encourag\u00e9 par Rome, et dont les ralli\u00e9s n\u2019auront pas \u00e0 se f\u00e9liciter ! Je ne puis en \u00e9crire plus long pour le moment&#8230; car je suis dans le secret des dieux et il ne faut pas le trahir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 12 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vois M. Baugas ; il a lu la plus grande partie de ma th\u00e8se et il m\u2019en fait compliment ; il n\u2019y a rien trouv\u00e9 \u00e0 reprendre. Nous passons l\u2019apr\u00e8s-midi au Patronage Saint-Serge o\u00f9 les enfants jouent une f\u00e9erie&nbsp;: <em>Le chat bott\u00e9<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 13 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais recevoir les cendres \u00e0 Saint-Joseph \u00e0 9 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites et commissions. <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> de Paris publie un ordre du jour extr\u00eamement violent que notre cousin le comte de Franclieu<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, colonel du 147<sup>\u00e8me<\/sup> de ligne \u00e0 Sedan, adresse \u00e0 son r\u00e9giment en prenant sa retraite pour limite d\u2019\u00e2ge ; dans cet ordre du jour, il dit que n\u2019\u00e9tant pas homme \u00e0 tout faire, n\u2019\u00e9tant ni juif, ni franc-ma\u00e7on, ni casserole, ni tra\u00eetre ni tar\u00e9, il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 digne de rester dans l\u2019Arm\u00e9e etc. Il aurait certainement d\u00fb passer g\u00e9n\u00e9ral si l\u2019on n\u2019avait tenu compte que de ses notes militaires ; mais il devait avoir sa fiche, voil\u00e0, et Picquart ne l\u2019a pas nomm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 14 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, le\u00e7on de chant chez M. Pinguet, ensuite, salle d\u2019armes. Philom\u00e8ne re\u00e7oit plusieurs cartes de Louloute.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 15 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais plusieurs commissions ; le soir des visites&nbsp;; je prends un bain \u00e0 5h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 16 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, M. Baugas ne m\u2019ayant pas encore rendu le manuscrit de ma th\u00e8se, j\u2019\u00e9cris l\u2019introduction, ensuite je vais voir M. Courtois, puis je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul \u00e0 Saint-Serge. Je reprends ainsi peu \u00e0 peu mes habitudes d\u2019Angers, mais pour si peu de temps\u2026 ! Je dis \u00e0 tout le monde que je ne suis ici que de passage, de passage pour 3 mois ; c\u2019est aujourd\u2019hui que se termine la sixi\u00e8me semaine depuis le d\u00e9part d\u2019Ille des Lacour&nbsp;; sur 20 ou 21, c\u2019est quelque chose d\u00e9j\u00e0 ; samedi prochain, ce sera le tiers !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 17 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Joseph ; aujourd\u2019hui commencent les pr\u00e9dications du car\u00eame. Le soir, je vais \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des Conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul place Saint-Martin.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 f\u00e9vrier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 18 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites ; je vais notamment chez Mme des Loges faire ma visite de f\u00e9licitations pour le mariage de Jacques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 19 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais quelques visites ; M. Baugas me rend ma th\u00e8se ; il n\u2019y a fait que tr\u00e8s peu d\u2019observations et des observations insignifiantes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 20 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je remets une partie de ma th\u00e8se pour laquelle j\u2019ai \u00e9crit une 1introduction de 3 pages. \u00c0 4 heures, dans la salle de la Conf\u00e9rence Saint-Louis, M. Ren\u00e9 Bazin, de passage \u00e0 Angers, lit le 1<sup>er<\/sup> chapitre d\u2019un nouveau roman qu\u2019il va faire para\u00eetre <em>Le bl\u00e9 qui l\u00e8ve<\/em> ; il para\u00eet devoir \u00eatre int\u00e9ressant, genre roman social, t\u00e9moigne de beaucoup d\u2019observation. Le soir, \u00e0 la salle de la rue des Quinconces, conf\u00e9rence du marquis Costa de Beauregard<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>, de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, pr\u00e9sent\u00e9 par M. Ren\u00e9 Bazin : deux habits verts ! La conf\u00e9rence est faite au profit de 2 \u0153uvres angevines, elle est lue, a pour titre : \u00ab&nbsp;Hier et aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb, tr\u00e8s bien \u00e9crite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 21 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe une bonne partie de la journ\u00e9e \u00e0 revoir ma th\u00e8se. L\u2019apr\u00e8s-midi, le\u00e7on de chant et salle d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 22 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ach\u00e8ve la r\u00e9vision de ma th\u00e8se et je l\u2019exp\u00e9die au secr\u00e9taire de la Facult\u00e9 de Caen ; j\u2019aurai pour pr\u00e9sident de th\u00e8se le doyen de Caen, M. Villey.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 23 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Septi\u00e8me semaine pass\u00e9e ! En comptant jusqu\u2019au 1<sup>er<\/sup> juin, cela fait 1\/3 de pass\u00e9 depuis le 5 janvier ; \u00e7a commence \u00e0 se tirer comme disent les soldats, mais bien lentement. Je fais quelques visites. Le matin, je vais prendre des renseignements \u00e0 l\u2019imprimerie Burdin sur les tarifs et conditions pour ma th\u00e8se. Je vais me confesser. Le soir, conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 24 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph ; je vais \u00e0 v\u00eapres et au sermon \u00e0 la cath\u00e9drale. Le soir, je vais avec Papa \u00e0 une r\u00e9union de comit\u00e9 paroissial de Saint-Serge ; M. Persin y fait une conf\u00e9rence sur \u00ab&nbsp;L\u2019action sociale de l\u2019\u00c9glise&nbsp;\u00bb.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 28 f\u00e9vrier 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 25 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais quelques visites : Mmes de Chappedelaine et Blanc. Comme je m\u2019y attendais depuis le 1<sup>er<\/sup> jour de la \u00ab&nbsp;d\u00e9claration des \u00e9v\u00eaques&nbsp;\u00bb, les n\u00e9gociations engag\u00e9es pour les contrats de jouissance des \u00e9glises ont compl\u00e8tement \u00e9chou\u00e9 ; Briand, l\u2019auteur de la loi de S\u00e9paration, a fait semblant, pendant quelques jours, de n\u00e9gocier avec une certaine bienveillance ; d\u00e9j\u00e0 de na\u00effs conservateurs plus ou moins lib\u00e9raux (cette engeance est incorrigible !) parlaient du lib\u00e9ralisme du ministre des Cultes ; dans la s\u00e9ance de mardi dernier, cet animal a r\u00e9ussi \u00e0 se faire applaudir par une partie de la droite \u00e0 la Chambre (ce qui, il est vrai, ne constitue pas un tour de force). Maintenant tout est rompu, les conditions pos\u00e9es par le gouvernement \u00e9tant jug\u00e9es, \u00e0 bon droit, inacceptables par l\u2019archev\u00each\u00e9 de Paris et par le pape ; une fois de plus, les pr\u00e9visions des royalistes se r\u00e9alisent et les savantes combinaisons des soumissionnistes lib\u00e9raux restent en panne&nbsp;; mais \u00e7a ne les instruira pas ! Beaucoup de cur\u00e9s, qui redoutaient beaucoup les charges que le contrat leur aurait impos\u00e9es, sont enchant\u00e9s de l\u2019\u00e9chec de ces n\u00e9gociations que la souplesse des \u00e9v\u00eaques avait impos\u00e9es au pape ; Pie X avait avait laiss\u00e9 faire, mais \u00e7a ne lui plaisait gu\u00e8re. Le geste pouvait \u00eatre plein de mansu\u00e9tude de la part des \u00e9v\u00eaques, mais il manquait de fiert\u00e9. Le seul avantage que je trouve \u00e0 la chose c\u2019est que le gouvernement a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de se d\u00e9masquer un peu plus dans sa lutte contre l\u2019\u00c9glise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 26 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je re\u00e7ois une nouvelle ennuyeuse sous la forme d\u2019une lettre de M. Villey, doyen de la Facult\u00e9 de droit de Caen, qui m\u2019annonce qu\u2019il ne pourra pas \u00eatre mon pr\u00e9sident de th\u00e8se parce qu\u2019il venait de recevoir, quand mon manuscrit est arriv\u00e9, une autre th\u00e8se, fort longue, \u00e0 examiner. Il a donc charg\u00e9 M. Cabouat, professeur de l\u00e9gislation industrielle, de prendre ma th\u00e8se ; \u00e7a m\u2019ennuie, j\u2019aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 avoir M. Villey, mais il n\u2019y a rien \u00e0 faire ! Je vais \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 27 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je retourne \u00e0 l\u2019imprimerie Burdin prendre des renseignements plus complets. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des visites.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 28 f\u00e9vrier 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, le\u00e7on de chant ; je fais quelques commissions. Temps superbe, soleil radieux ; c\u2019est d\u00e9j\u00e0 un avant-go\u00fbt du printemps.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mars 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 mars 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 1<sup>er<\/sup> mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un mois de plus, tant mieux ; je sens que je me rapproche de ce moment tant d\u00e9sir\u00e9 de fin mai ! Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame en l\u2019honneur du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, \u00e0 une conf\u00e9rence fort int\u00e9ressante, faite par un Nantais, sur les prisonniers nantais sous la Terreur ; le conf\u00e9rencier retrace les souffrances \u00e9pouvantables de ces malheureux nobles, bourgeois, commer\u00e7ants, gens du peuple, jeunes gens, jeunes filles et enfants de tout \u00e2ge entass\u00e9s dans les prisons insalubres, et mourant comme des mouches dans leur prison ; ceux qui ne mouraient pas de maladie passaient sous le couperet de la guillotine ou noy\u00e9s en masse par ordre de l\u2019inf\u00e2me Carrier ; et vive la libert\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 2 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fin de la 8\u00e8me semaine ; je commence \u00e0 approcher de la moiti\u00e9 ! Je vais \u00e0 la salle d\u2019armes ; le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 3 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. \u00c0 1h \u00bd, au concert populaire extraordinaire ; j\u2019y entends un violoniste roumain nomm\u00e9 Enesco<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a> absolument remarquable. \u00c0 5h, et jusqu\u2019\u00e0 6 h \u00bc, je vais \u00e0 un th\u00e9 tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant chez la comtesse de Chappedelaine ; j\u2019y rejoins Maman et Philom\u00e8ne. Le soir, nous avons Georges de Violet, qui est ici pour cinq semaines, il fait son stage au 6<sup>\u00e8me<\/sup> g\u00e9nie.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152325.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"697\" height=\"552\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152325.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-440\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152325.jpg 697w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152325-300x238.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 697px) 100vw, 697px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Georges Enesco (1881-1955), violoniste et compositeur roumain &nbsp;\u2013 Clich\u00e9 anonyme, non dat\u00e9 (Site lepetitjournal.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 mars 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 4 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais au \u00ab&nbsp;Palais des marchands&nbsp;\u00bb voir une exposition de meubles parce que nous devons acheter une chambre pour Ille ; \u00e7a ne fait pas notre affaire. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 une r\u00e9union de l\u2019\u00ab&nbsp;Association franciscaine&nbsp;\u00bb dirig\u00e9e par les P\u00e8res Capucins habill\u00e9s en pr\u00eatres ! Int\u00e9ressante conf\u00e9rence de Ren\u00e9 Couteau sur un beau sujet \u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9glise et le travail&nbsp;\u00bb, devant plus de 200 hommes du peuple ; la r\u00e9union \u00e9tait pr\u00e9sid\u00e9e par M. Jo\u00fbbert, conseiller municipal de la droite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 5 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Deux mois aujourd\u2019hui du d\u00e9part d\u2019Ille des Lacour&nbsp;; j\u2019y pense toute la journ\u00e9e, il est vrai que \u00e7a ne me change gu\u00e8re des autres jours ; dans 3 mois, le 5 juin, j\u2019esp\u00e8re bien que j\u2019aurai revu Marie-Louise ; qui sait si M. de Lacour se d\u00e9cidera ! Je prie ardemment pour cela. Marie-Th\u00e9r\u00e8se nous arrive pour 2 mois environ avec sa fillette que je ne connaissais pas encore et la nourrice ; Ghislaine-Marie est une belle fille de 6 mois qui ouvre de grands yeux bleus \u00e9tonn\u00e9s ; elle est tr\u00e8s mignonne et je suis enchant\u00e9 de l\u2019embrasser. Ce matin, je fais avec M. Neveu la qu\u00eate annuelle pour la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul dans le quartier du faubourg Saint-Michel et du boulevard Carnot. Nous recevons une lettre de Vin\u00e7a nous disant que Bonne Maman est gripp\u00e9e ; cela nous inqui\u00e8te un peu, car la grippe est mauvaise cet hiver.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 6 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous t\u00e9l\u00e9graphions \u00e0 Vin\u00e7a pour avoir des nouvelles de Bonne Maman ; on nous r\u00e9pond qu\u2019elle va r\u00e9ellement mieux et qu\u2019elle est lev\u00e9e. La petite est tr\u00e8s mignonne et crie tr\u00e8s peu pour son \u00e2ge. Comme il me tarde d\u2019avoir, moi aussi, un petit b\u00e9b\u00e9 \u00e0 moi ; h\u00e9las \u00e7a ne sera pas de sit\u00f4t. Ah, si M. de Lacour voulait abr\u00e9ger ! Le soir, je vais au sermon de car\u00eame \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 7 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman va bien mieux. Le soir, nous avons le jeune m\u00e9nage de Violet \u00e0 d\u00eener ; Mme de Violet est assez gentille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 8 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Triste nouvelle et bien inattendue. Une d\u00e9p\u00eache de Joseph Cornet nous annonce la mort subite \u00e0 Paris de son fr\u00e8re Pierre<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a> survenue aujourd\u2019hui. Pierre, qui avait la t\u00eate trouble depuis pr\u00e8s de 3 ans, \u00e9tait presque constamment \u00e0 Paris avec sa m\u00e8re et son fr\u00e8re ; il avait de 39 \u00e0 40 ans ; il avait g\u00e2ch\u00e9 sa vie. Pauvre malheureux cousin ! Je ne l\u2019avais pas vu depuis 2 ans \u00bd. Le soir, je vais au sermon de car\u00eame \u00e0 Saint-Serge. Ces pauvres Cornet sont r\u00e9ellement malheureux depuis quelques ann\u00e9es. Je vais \u00e0 la salle d\u2019armes \u00e0 5h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 9 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je choisis, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, un souvenir que j\u2019offrirai \u00e0 Jacques des Loges \u00e0 l\u2019occasion de son mariage&nbsp;; c\u2019est un joli encrier en cristal et bronze dor\u00e9 style empire. <em>Le Roussillon<\/em> d\u2019hier publie un article que je lui ai envoy\u00e9 avec ce titre : \u00ab&nbsp;Antagonisme de principes&nbsp;\u00bb, dans lequel je montre l\u2019opposition de principes qui existe entre l\u2019\u00c9glise et les gouvernements issus de la R\u00e9volution. Une nouvelle d\u00e9p\u00eache de Joseph nous apprend que les obs\u00e8ques de Pierre auront lieu mardi \u00e0 Rod\u00e8s. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. La 9\u00e8me semaine s\u2019ach\u00e8ve aujourd\u2019hui ; le temps marche \u00e0 pas de fourmis \u00e0 mon gr\u00e9. La pens\u00e9e de Marie-Louise ne me quitte pas.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-805x1024.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"805\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-805x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-456\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-805x1024.jpg 805w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-236x300.jpg 236w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-768x977.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-1207x1536.jpg 1207w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-1609x2048.jpg 1609w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0225p001d0803-scaled.jpg 2012w\" sizes=\"auto, (max-width: 805px) 100vw, 805px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Antagonisme de principes\u00a0\u00bb, article d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans <em>Le Roussillon<\/em> du 8 f\u00e9vrier 1907 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 10 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Jean Gavouy\u00e8re au bureau de distribution gratuite de journaux et brochures que j\u2019ai contribu\u00e9 \u00e0 fonder l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re sous le patronage des \u00ab&nbsp;Comit\u00e9s angevins de revendication et de d\u00e9fense des libert\u00e9s religieuses et sociales&nbsp;\u00bb ; il fonctionne tr\u00e8s bien et r\u00e9pand un grand nombre de bons journaux, des almanachs, des brochures de propagande religieuse, sociale et politique dans le populeux quartier des \u00ab&nbsp;Justices&nbsp;\u00bb. Au retour, je vois la cavalcade de la Mi-Car\u00eame qui n\u2019est pas aussi r\u00e9ussie que celle de l\u2019an dernier. Je vais au salut \u00e0 la chapelle de l\u2019Adoration.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 mars 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 11 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Saint-Jacques me confesser&nbsp;; je vais voir Mme Lucas que je ne rencontre pas. Le soir, je vais, pour la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois cette ann\u00e9e, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis o\u00f9 Bidault parle de \u00ab&nbsp;L\u2019ob\u00e9issance militaire&nbsp;\u00bb et de ses limites ; il s\u2019inspire d\u2019un article d\u2019\u00c9tienne Lamy paru dans <em>Le Correspondant<\/em> ; d\u2019un article du g\u00e9n\u00e9ral Donop paru dans <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> et du livre du commandant H\u00e9ry. Cette question est de plus en plus \u00e0 l\u2019ordre du jour en pr\u00e9sence des honteuses besognes auxquelles des politiciens sans scrupules emploient l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise qui n\u2019\u00e9tait pas faite pour cela.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 12 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019on enterre \u00e0 Rod\u00e8s ce pauvre Pierre ; c\u2019est bien malheureux que personne de nous puisse y assister ; mais c\u2019est si loin et il y a si peu de temps que nous sommes rentr\u00e9s ! Si les obs\u00e8ques avaient eu lieu \u00e0 Paris, Papa y serait certainement all\u00e9. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, une d\u00e9p\u00eache de Toulon annonce une terrible catastrophe : le cuirass\u00e9 \u00ab&nbsp;I\u00e9na&nbsp;\u00bb a fait explosion \u00e0 rade&nbsp;; 200 \u00e0 300 marins ont p\u00e9ri, on n\u2019a pas d\u2019autres d\u00e9tails ; vers le soir, on annonce que ce sont les poudres du navire qui ont explos\u00e9 ; c\u2019est atroce ! On venait de supprimer les aum\u00f4niers de la Marine, c\u2019est la r\u00e9ponse du ciel ; mais la r\u00e9publique ma\u00e7onnique ne comprendra pas ! On annonce la mort de Casimir-P\u00e9rier, l\u2019ancien pr\u00e9sident de la r\u00e9publique. Le soir, je vais \u00e0 la salle d\u2019armes ; apr\u00e8s d\u00eener, au sermon \u00e0 la cath\u00e9drale. Le matin, \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre Dame, je fais la sainte communion pour cl\u00f4turer la neuvaine dite \u00ab&nbsp;de la gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb que j\u2019ai faite afin d\u2019obtenir mon prochain mariage avec Marie-Louise de Lacour. Puiss\u00e9-je \u00eatre exauc\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"665\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152849-1-1024x665.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-442\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152849-1-1024x665.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152849-1-300x195.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152849-1-768x499.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-23-152849-1.jpg 1256w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Le cuirass\u00e9 I\u00e9na apr\u00e8s la catastrophe &nbsp;\u2013 Clich\u00e9 Giraud, 1907 (Site reddit.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 13 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 5h \u00bd, je vais au cours de religion du P. Corbill\u00e9 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. On donne d\u2019horribles d\u00e9tails sur la catastrophe du \u00ab I\u00e9na&nbsp;\u00bb ; il y a plus de cent officiers ou matelots tu\u00e9s ; le commandant, capitaine de vaisseau Adigard, a une partie de sa famille \u00e0 Angers ; je connais un de ses neveux membre de l\u2019Action fran\u00e7aise ; il est parmi les morts. Le cuirass\u00e9 est perdu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 14 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais voir, par carte, Mme Robiou du Pont, qui, n\u2019habitant plus Angers, est venue passer quelques jours chez la marquise de Becdeli\u00e8vre. Il y a un an aujourd\u2019hui qu\u2019est arriv\u00e9e la 1<sup>\u00e8re<\/sup> lettre m\u2019annon\u00e7ant que deux dames de Perpignan voulaient me marier \u00e0 Mlle de Pallar\u00e8s ; quelle navrante histoire, et qu\u2019il aurait mieux valu que ces dames, puisqu\u2019elles ne connaissaient pas les id\u00e9es de la famille de Pallar\u00e8s, restassent tranquilles !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 15 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire des armes chez Bickel&nbsp;; le soir, je vais au sermon \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 16 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est la 10<sup>\u00e8me<\/sup> semaine qui s\u2019ach\u00e8ve aujourd\u2019hui&nbsp;; dans 3 jours, la 1<sup>\u00e8re<\/sup> moiti\u00e9 du d\u00e9lai compris entre le d\u00e9part d\u2019Ille des Lacour le 5 janvier et leur retour probable, vers le 1 juin, sera pass\u00e9e ; le d\u00e9lai passe, mais l\u2019incertitude dure et c\u2019est \u00e7a surtout qui est p\u00e9nible ! Quand saurai-je \u00e0 quoi m\u2019en tenir&nbsp;? Nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner tous les Padirac sauf M. de Padirac qui est en voyage. J\u2019apprends une nouvelle qui me fait grand plaisir, c\u2019est la nomination de M. Albert Batlle<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s de secours mutuel du canton de Vin\u00e7a \u00e0 la Commission cantonale d\u2019assistance aux vieillards institu\u00e9e par la loi du 14 juillet 1905 qui organise l\u2019assistance obligatoire. Je m\u2019\u00e9tais beaucoup occup\u00e9 de cela au mois de d\u00e9cembre. M. Albert Batlle \u00e9tant le vice-pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, \u00e9tant, de plus, connu comme r\u00e9actionnaire ardent puisqu\u2019il est le repr\u00e9sentant officiel du comit\u00e9 royaliste d\u00e9partemental dans le canton de Vin\u00e7a, on avait voulu m\u00ealer stupidement la politique \u00e0 cette \u00e9lection et la Soci\u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;La Fraternelle&nbsp;\u00bb de Vin\u00e7a lui avait oppos\u00e9 son secr\u00e9taire, M. Jean Roca, un radical-socialiste bon teint. Alors s\u2019\u00e9tait engag\u00e9e une v\u00e9ritable lutte&nbsp;; j\u2019avais fait une active propagande pour M. Batlle dont la candidature \u00e9tait mon \u0153uvre, et il avait eu, sur 8 soci\u00e9t\u00e9s existant dans le canton, les voix de 4 (3 \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9, 1 \u00e0 la majorit\u00e9) ; Roca n\u2019avait eu que 2 soci\u00e9t\u00e9s, dont une irr\u00e9guli\u00e8rement ; enfin deux soci\u00e9t\u00e9s s\u2019\u00e9taient abstenues. Si on additionne le nombre des voix, M. Batlle l\u2019emportait sur son concurrent. Mais comme on avait fait de cette \u00e9lection une question politique, il \u00e9tait \u00e0 craindre qu\u2019on ne comm\u00eet une injustice et qu\u2019on ne proclam\u00e2t l\u2019autre \u00e9lu. Mais j\u2019avais fait para\u00eetre une note dans <em>Le Roussillon<\/em> annon\u00e7ant qu\u2019il y aurait une action contentieuse devant le conseil de Pr\u00e9fecture en cas de passe-droit ; M. Batlle l\u2019avait aussi d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 un conseiller g\u00e9n\u00e9ral r\u00e9publicain. Aussi, en pr\u00e9sence de cette attitude \u00e9nergique, n\u2019a-t-on pas os\u00e9 faire ce passe-droit que certains d\u00e9siraient. Ils doivent \u00eatre bien attrap\u00e9s ! C\u2019est un succ\u00e8s pour la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien et pour les soci\u00e9t\u00e9s conservatrices du canton et un grave \u00e9chec pour les autres, surtout pour \u00ab&nbsp;La Fraternelle&nbsp;\u00bb&nbsp;; je peux ajouter que c\u2019est pour moi, qui avais mis tout en train, un succ\u00e8s personnel. Je t\u00e9l\u00e9graphie mes f\u00e9licitations \u00e0 M. Albert Batlle. Le soir, nous allons \u00e0 la conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 17 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. De 1h \u00bd \u00e0 3 heures, je vais, comme dimanche dernier, au bureau de distribution gratuite des bons journaux, au quartier des Justices ; ensuite je vais au sermon et au salut \u00e0 Saint-Joseph. De 5h \u00e0 7h, nous donnons notre premi\u00e8re r\u00e9union d\u2019adieu aux Angevins, sous la forme d\u2019un th\u00e9 qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant et tr\u00e8s r\u00e9ussi. Il y avait de 25 \u00e0 30 personnes : M. et Mme Robiou du Pont, marquis et marquise de Becdeli\u00e8vre, comtesse de Toulgo\u00ebt, Mme et Mlle Blanc, Mme et Mlle Follenfant, Mme de La Villebiot, M. et Mme du Guerny et Mme Mongazon, Mlle de Lavigerie, commandant et marquise de Villelume, M. et Mme Bourjeon du Lac, comte du R\u00e9au, M. de Saint-Valmont, lieutenant et Mme de Violet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 mars 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 18 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On a enterr\u00e9 hier les victimes de la catastrophe du \u00ab&nbsp;I\u00e9na&nbsp;\u00bb ; sur la sommation de plusieurs journaux, m\u00eame r\u00e9publicains avanc\u00e9s, M. Falli\u00e8res s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 y assister ; mais il s\u2019y est conduit comme un goujat qu\u2019il est ; il a refus\u00e9 d\u2019assister \u00e0 la partie religieuse de la c\u00e9r\u00e9monie, \u00e0 l\u2019allocution donn\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00eaque de Fr\u00e9jus ; il ne s\u2019est m\u00eame pas d\u00e9couvert devant les cercueils \u00ab&nbsp;\u00e0 cause du soleil&nbsp;\u00bb&nbsp;; a prononc\u00e9 son fade discours tr\u00e8s loin des cercueils, toujours pour \u00e9viter de prendre un rhume de cerveau. Cette goujaterie a \u00e9c\u0153ur\u00e9 tout le monde, m\u00eame <em>Le Matin<\/em>, c\u2019est tout dire. On avait refus\u00e9 \u00e0 des pr\u00eatres accourus tout de suite aupr\u00e8s des bless\u00e9s l\u2019entr\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital militaire. Ces faits r\u00e9voltants montrent \u00e0 quel degr\u00e9 d\u2019abaissement moral nous conduit la r\u00e9publique ; on ne ferait pas pire en Turquie ou en Chine ! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser, je fais quelques commissions&nbsp;; le soir, \u00e0 cause de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de variole noire qui a \u00e9clat\u00e9 simultan\u00e9ment dans plusieurs villes, le docteur Sourice vient tous nous revacciner ; c\u2019est prudent.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 19 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures en l\u2019honneur de Saint Joseph ; j\u2019ai bien des intentions \u00e0 recommander \u00e0 ce grand saint. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment aujourd\u2019hui 19 mars le milieu entre le 5 janvier et le 1 juin, date \u00e0 laquelle j\u2019esp\u00e8re que les Lacour seront de retour \u00e0 Ille d\u2019apr\u00e8s ce que m\u2019a dit Victor ; 73 jours sont pass\u00e9s depuis ce triste jour du 5 janvier, quand il en sera pass\u00e9 autant, je puis esp\u00e9rer revoir Marie-Louise ; j\u2019y pense sans cesse ! Quelle terrible d\u00e9ception ce serait pour moi si j\u2019allais \u00e9chouer ! Je ne veux pas y penser\u2026&nbsp;! Je vois Jacques Herv\u00e9-Bazin qui est de passage \u00e0 Angers ; il va retourner \u00e0 Arcachon jusqu\u2019au mois de mai.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 20 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, je vais au sermon de car\u00eame \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 21 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 8 heures, je vais au commencement de la retraite de 3 jours qui est pr\u00each\u00e9e par le P. Larousse dans la chapelle Saint-Martin \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. Nous avons la visite de M. Henri Bertran qui est de passage \u00e0 Angers chez son beau-fr\u00e8re M. de Soos ; nous l\u2019invitons \u00e0 d\u00e9jeuner pour demain. Je re\u00e7ois une lettre de Victor de Lacour ; il me dit qu\u2019il sera \u00e0 Ille \u00e0 la fin de mai et il m\u2019y donne rendez-vous&nbsp;; il me tarde joliment d\u2019y \u00eatre ; peut-\u00eatre alors, au bout de quelques jours, la solution que je d\u00e9sire tant interviendra-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 22 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Philom\u00e8ne re\u00e7oit 3 cartes postales tr\u00e8s affectueuses de Marie-Louise ; d\u00e9cid\u00e9ment, cette onzi\u00e8me semaine aura \u00e9t\u00e9 fructueuse ! Maman re\u00e7oit par le m\u00eame courrier une lettre qui fait revivre une p\u00e9riode bien p\u00e9nible et des souvenirs r\u00e9cents mais tristes&nbsp;: Madame Louis No\u00ebll lui \u00e9crit que, causant avec Mme de Pallar\u00e8s du projet \u00e9voqu\u00e9 de l\u2019an dernier, Mme de Pallar\u00e8s lui a dit que les renseignements sur mon compte \u00e9taient excellents et qu\u2019elle avait beaucoup h\u00e9sit\u00e9, mais que ce qui avait bien motiv\u00e9 sa d\u00e9cision, c\u2019est qu\u2019on lui avait dit que notre fortune ne d\u00e9passait pas \u00e0 400.000 fr.&nbsp;; c\u2019est M. de Barescut qui a donn\u00e9 ce renseignement. D\u00e8s lors, elle a craint que Papa ne s\u2019engage\u00e2t trop. Mais je ne comprends pas comment M. de Barescut a pu donner un renseignement aussi inexact ! Il a diminu\u00e9 de pr\u00e8s de moiti\u00e9 le chiffre de notre fortune ; s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas renseign\u00e9, il devait se renseigner ou se r\u00e9cuser ; mais en donnant ce chiffre, il a fait manquer mon mariage. Je ne peux pas croire qu\u2019il ait agi par m\u00e9chancet\u00e9 ; ce serait si mal de la part d\u2019un homme de son \u00e2ge et d\u2019un parent ! Et, cependant, comment admettre qu\u2019il n\u2019ait \u00e9valu\u00e9, de bonne foi, notre fortune qu\u2019\u00e0 quatre cent mille francs&nbsp;? J\u2019avais tr\u00e8s bien compris que l\u2019\u00e2ge de la jeune fille n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pr\u00e9texte et que la vraie raison du refus de ces dames \u00e9tait qu\u2019elles ne me trouvaient pas assez riche&nbsp;; mais je n\u2019aurais pas cru qu\u2019on les avait si mal renseign\u00e9es, ni surtout que notre cousin de Barescut f\u00fbt l\u2019auteur des renseignements erron\u00e9s. Il nous serait tr\u00e8s facile de rectifier et de faire reconna\u00eetre aux dames de Pallar\u00e8s leur erreur ; je suis convaincu que leurs dispositions \u00e0 mon \u00e9gard changeraient alors, car Mme No\u00ebll dit qu\u2019elles regrettent ce mariage. Mais \u00e0 quoi bon&nbsp;? Je n\u2019ai, certes, nulle intention de le reprendre. J\u2019ai donn\u00e9, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, suite \u00e0 cette id\u00e9e de Mme No\u00ebll et de Mme Dalverny parce que je croyais n\u2019avoir alors aucun espoir d\u2019obtenir Marie-Louise de Lacour ; mais maintenant que je peux esp\u00e9rer obtenir Marie-Louise, je n\u2019h\u00e9site pas ; j\u2019ai dit, d\u2019ailleurs, que je ne pr\u00eaterais, jusqu\u2019au moment o\u00f9 je retrouverai Marie-Louise, aucune attention aux projets de mariage qui pourraient na\u00eetre pour moi et je tiendrai ma promesse, ce qui, d\u2019ailleurs, ne me co\u00fbte nullement car, maintenant que j\u2019ai bien vu Marie-Louise qui me pla\u00eet plus qu\u2019aucune autre jeune fille, je ferai tout ce que je pourrai pour l\u2019obtenir. Je vais, le matin, \u00e0 la retraite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 et, le soir, \u00e0 Saint-Serge. Un mauvais plaisant, un farceur de peu d\u2019esprit s\u2019est servi d\u2019une de mes cartes de visite pour \u00e9crire au P. Larousse et lui demander un rendez-vous ; sur cette carte, on avait mis une adresse imaginaire (Durtal) ; le P. Larousse m\u2019a r\u00e9pondu \u00e0 cette adresse et on lui a renvoy\u00e9 la lettre en mettant : inconnu \u00e0 Durtal. Alors le P. m\u2019a envoy\u00e9 le tout ici ; je me suis rendu compte de la farce, mais je n\u2019ai pas reconnu l\u2019\u00e9criture du farceur ; c\u2019est idiot ; j\u2019irai voir demain le P. Larousse pour lui bien expliquer que je ne suis pour rien dans cette stupide mystification. M. Henri Bertran d\u00e9jeune avec nous ; il arrive de Paris et me donne d\u2019int\u00e9ressants renseignements sur la situation actuelle du parti royaliste et particuli\u00e8rement de l\u2019Action fran\u00e7aise qui a fait, depuis quelques mois, des progr\u00e8s \u00e9normes ; il se forme partout, spontan\u00e9ment, des sections de la ligue ; de plus, les orateurs de la ligue font dans toute la France une magnifique tourn\u00e9e de conf\u00e9rences, dont je lis l\u2019\u00e9cho dans les journaux, conf\u00e9rences antidreyfusardes et dans lesquelles, devant n\u2019importe quel auditoire, ils ne craignent pas de montrer que la monarchie est la seule solution possible \u00e0 la crise religieuse, nationale etc. Les id\u00e9es saines et fortes de l\u2019Action fran\u00e7aise font de grands progr\u00e8s dans la partie du pays qui pense.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 23 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais me confesser \u00e0 Saint-Jacques. Le soir, je vais \u00e0 la retraite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9. Le P. Larousse, \u00e0 qui j\u2019explique la mystification dont nous avons \u00e9t\u00e9, l\u2019un et l\u2019autre, victimes, en rit avec moi. Fin de la onzi\u00e8me semaine d\u2019attente.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 24 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 7 heures, dans la chapelle de Notre-Dame de Piti\u00e9 \u00e0 la cath\u00e9drale, \u00e0 la messe dite par Mgr Rumeau pour les membres et les pauvres des conf\u00e9rences Saint-Vincent-de-Paul ; j\u2019y fais la sainte communion, ma communion pascale, de la main de Monseigneur. Les autres ann\u00e9es, cette messe \u00e9tait c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans la chapelle de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9 que la r\u00e9publique a vol\u00e9e au mois de d\u00e9cembre. Je vais aux autres offices de la journ\u00e9e \u00e0 Saint-Joseph. Le soir, il y a, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, une s\u00e9ance en l\u2019honneur de Normand d\u2019Authon dans la salle Saint-Louis ; c\u2019est un punch d\u2019honneur, organis\u00e9 par le Comit\u00e9 r\u00e9gional de la Jeunesse catholique, pour remettre solennellement \u00e0 Normand d\u2019Authon, son pr\u00e9sident, la d\u00e9coration de Saintt-Sylvestre que le pape vient de lui donner \u00e0 la suite du congr\u00e8s national de l\u2019A.C.J.F. \u00e0 Bordeaux. C\u2019\u00e9tait une occasion de se r\u00e9unir fraternellement sans arri\u00e8re-pens\u00e9e ni rivalit\u00e9s ; ayant re\u00e7u une invitation, j\u2019\u00e9tais d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 m\u2019y rendre, lorsque j\u2019ai appris que l\u2019on n\u2019avait pas invit\u00e9 le pr\u00e9sident (Lucas) ni deux autres membres du bureau de la Conf\u00e9rence Saint-Louis qui est le seul groupe de jeunesse catholique existant \u00e0 l\u2019Universit\u00e9&nbsp;; parmi les membres du bureau de la Conf\u00e9rence, on n\u2019en a invit\u00e9 que deux et on a laiss\u00e9 3 de c\u00f4t\u00e9 dont le pr\u00e9sident. Cette exclusion est \u00e9videmment politique puisque les deux invit\u00e9s sont des ralli\u00e9s et les 3 exclus sont royalistes. Dans ces conditions, je ne me rendrai pas \u00e0 l\u2019invitation que l\u2019on m\u2019a faite probablement comme fils de professeur. Le proc\u00e9d\u00e9 est d\u2019autant plus inconvenant que la r\u00e9union avait lieu dans la salle de la Conf\u00e9rence Saint-Louis. Le doyen, M. Gavouy\u00e8re, le directeur (P. Lionnet) et le sous-directeur (P. H\u00e9ry) des internats feront comme moi ; je les ai vus dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Voil\u00e0 donc la bonne foi des membres de ce comit\u00e9 r\u00e9gional. Ils jurent leurs grands dieux qu\u2019ils restent en dehors de tout point de vue politique, et ils usent de proc\u00e9d\u00e9s aussi impolis vis-\u00e0-vis des royalistes ; au contraire, les ralli\u00e9s membres de leur association sont combl\u00e9s de pr\u00e9venances. Si le pape \u00e9tait au courant de toutes ces man\u0153uvres, il serait moins prodigue de d\u00e9corations. Mais la \u00ab&nbsp;Jeunesse Catholique&nbsp;\u00bb est tr\u00e8s habile : elle a un programme et une mani\u00e8re d\u2019agir absolument diff\u00e9rents. Le programme, qui est de r\u00e9unir tous les jeunes catholiques sans distinction de parti, est excellent ; mais la mani\u00e8re de faire est d\u00e9plorable. Nous avons les Violet pour le th\u00e9.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 31 mars 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 25 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 9 h \u00e0 Notre-Dame. Maman re\u00e7oit une lettre de la comtesse de Mollans<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> qui lui propose pour moi une jeune fille des environs de Montauban, fille unique, tr\u00e8s riche, tr\u00e8s bien sous tous les rapports. Je vais faire r\u00e9pondre \u00e0 Mme de Mollans que j\u2019ai d\u2019autres id\u00e9es, qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 faire. J\u2019ai promis, de mon propre mouvement, \u00e0 M. de Lacour, de rejeter, sans m\u00eame l\u2019examiner, toute proposition de mariage qui pourrait m\u2019\u00eatre faite jusqu\u2019au moment o\u00f9 je retrouverai Marie-Louise et o\u00f9 je pourrai avoir une r\u00e9ponse des Lacour ; je vais, pour la 3<sup>\u00e8me<\/sup> fois de l\u2019hiver, tenir ma promesse&#8230;. Puisse Dieu m\u2019en r\u00e9compenser en me donnant Marie-Louise&nbsp;; je crois pouvoir dire que je l\u2019aurai bien m\u00e9rit\u00e9e. Le soir, je vais \u00e0 la retraite pour les hommes \u00e0 Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 26 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa part \u00e0 11h \u00bd pour Ille o\u00f9 il va passer les 3 semaines des vacances de P\u00e2ques ; il pourra voir o\u00f9 en sont les travaux de la grande maison et d\u00e9cider quelques petites choses rest\u00e9es en suspens. Il y retrouvera l\u2019oncle Xavier. C\u2019est le dernier de ces d\u00e9parts ; le prochain sera le d\u00e9part d\u00e9finitif d\u2019Angers. Le soir, je vais \u00e0 Saint-Serge. On est g\u00e9n\u00e9ralement indign\u00e9 du d\u00e9placement que l\u2019inf\u00e2me Picquart vient d\u2019infliger au g\u00e9n\u00e9ral Bailloud, commandant le 20<sup>e<\/sup> corps \u00e0 Nancy pour avoir parl\u00e9 de la revanche, de la reprise des provinces perdues dans une r\u00e9union priv\u00e9e d\u2019officiers ; un d\u00e9put\u00e9 socialiste a eu l\u2019audace de menacer le ministre d\u2019une interpellation et ce supp\u00f4t de Dreyfus s\u2019est imm\u00e9diatement inclin\u00e9 et a d\u00e9plac\u00e9 ce vaillant g\u00e9n\u00e9ral, bless\u00e9 en 1870, et qui dirigeait admirablement le 20<sup>e<\/sup> corps ! Avec cela que l\u2019Allemagne se g\u00eane vis-\u00e0-vis de nous ! Quand le Kaiser parle de \u00ab&nbsp;la poudre s\u00e8che&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9p\u00e9e aiguis\u00e9e&nbsp;\u00bb, un g\u00e9n\u00e9ral fran\u00e7ais peu bien parler de la revanche ! Au Maroc, un m\u00e9decin fran\u00e7ais, le docteur Mauchamp, vient d\u2019\u00eatre assassin\u00e9 \u00e0 Marrakech, ce sont les agissements de l\u2019Allemagne qui sont causes de ce malheur ; pour venger ce meurtre, on s\u2019empare de la ville marocaine d\u2019Oudja et on envoie deux croiseurs \u00e0 Tanger ; mais qu\u2019y fera-t-on&nbsp;? \u00c9tonn\u00e9 de ne pas voir encore ma th\u00e8se revenir de Caen, j\u2019\u00e9cris au secr\u00e9taire que je d\u00e9sire pouvoir la soutenir au plus tard au commencement de mai.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 27 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 l\u2019office des T\u00e9n\u00e8bres et le soir, \u00e0 la cl\u00f4ture de la retraite des hommes \u00e0 Saint-Serge. Philom\u00e8ne est majeure \u00e0 partir d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;; 21 ans ! Et dire que j\u2019ai un tr\u00e8s vague souvenir de sa naissance ; que \u00e7a remonte loin !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 28 mars 1907 (jeudi saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 Notre-Dame et je vais \u00e0 l\u2019office \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, le\u00e7on de chant. Ensuite, je fais mes visites aux reposoirs ; je les fais en compagnie de Paul Roussier, qui est de passage \u00e0 Angers et que je rencontre. Le soir, nous allons \u00e9couter le sermon de la Passion \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 29 mars 1907 (vendredi saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 l\u2019office \u00e0 Saint-Joseph et, le soir, au chemin de la croix \u00e0 Notre-Dame. On me renvoie enfin ma th\u00e8se ; le permis d\u2019imprimer a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 le jour m\u00eame o\u00f9 j\u2019\u00e9crivais mardi ; ma lettre aura \u00e9t\u00e9 inutile. Il n\u2019y a aucune retouche&nbsp;; pas plus que M. Baugas ici, M. Cabouat \u00e0 Caen n\u2019y a rien repris&nbsp;; il me recommande seulement d\u2019ajouter une petite \u00e9tude critique des d\u00e9bats qui viennent d\u2019avoir lieu ce mois-ci \u00e0 la Chambre sur l\u2019application de la loi du 13 juillet dernier ; c\u2019\u00e9tait mon intention.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 30 mars 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 l\u2019office de matin \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9. La 12<sup>\u00e8me<\/sup> semaine de \u00ab&nbsp;s\u00e9paration&nbsp;\u00bb s\u2019ach\u00e8ve aujourd\u2019hui ; encore 8 ou 9 semaines et j\u2019esp\u00e8re que j\u2019aurai revu Louloute ; et alors quel sera le r\u00e9sultat ??? quel terrible point d\u2019interrogation !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 31 mars 1907 (P\u00e2ques)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve \u00e0 5 heures et je vais \u00e0 Saint-Serge \u00e0 6 heures \u00e0 la messe de communion g\u00e9n\u00e9rale des hommes. C\u2019est un spectacle vraiment r\u00e9confortant et qui prouve que la foi n\u2019est pas morte ; il y a l\u00e0 des centaines et des centaines d\u2019hommes, bourgeois, commer\u00e7ants, employ\u00e9s et ouvriers, qui s\u2019approchent, en rangs serr\u00e9s, de la Sainte Table ; c\u2019est beau et consolant. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Serge. Il fait absolument chaud comme, du reste, depuis une dizaine de jours.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avril 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 avril 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 1<sup>er<\/sup> avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est encore \u00e0 moiti\u00e9 f\u00eate aujourd\u2019hui ; je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je rencontre un socialiste nomm\u00e9 Binault que j\u2019avais vu \u00e0 la Conf\u00e9rence Freppel o\u00f9 il venait discuter ; je me prom\u00e8ne longtemps avec lui et nous discutons ferme, en religion, en politique, en morale. Il a des id\u00e9es impossibles ; il est, aujourd\u2019hui, plus anarchiste que socialiste et ne jure que par Nietzsche. Ces discussions-l\u00e0 sont int\u00e9ressantes ; on met peut-\u00eatre un germe de v\u00e9rit\u00e9 dans ces pauvres cerveaux d\u00e9traqu\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 2 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les \u00ab&nbsp;papiers Montagnini&nbsp;\u00bb que le gouvernement a saisis et voulait faire publier \u00e0 son heure, sont publi\u00e9s malgr\u00e9 lui par <em>Le Figaro<\/em>. Certes, on n\u2019y trouve rien contre le pape dont la correction a \u00e9t\u00e9 parfaite ; mais bien des hommes politiques lib\u00e9raux, ralli\u00e9s, n\u00e9gociateurs, y sont \u00e0 mauvaise posture. Mgr Montagnini<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a> se m\u00ealait de bien des choses qui ne le regardaient pas ; par exemple lorsqu\u2019il se pr\u00eatait au jeu de M. Piou<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a> qui voulait faire peser par Rome sur la Ligue des Femmes fran\u00e7aises pour l\u2019amener \u00e0 remettre tout l\u2019argent qu\u2019elle avait recueilli pour les derni\u00e8res \u00e9lections entre les mains de l\u2019Action lib\u00e9rale, \u00e0 l\u2019exclusion de toute autre organisation catholique. C\u2019est toujours l\u2019\u00e9ternelle lutte des ralli\u00e9s qui ne peuvent pas souffrir de voir d\u2019autres Catholiques \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s ; eux et rien qu\u2019eux ! Heureusement que leur derni\u00e8re et monumentale veste \u00e9lectorale les a un peu discr\u00e9dit\u00e9s au Vatican ! Ces gens-l\u00e0 ont des illusions extraordinaires ! M. Piou assurait au pape que le gouvernement perdrait au moins 40 si\u00e8ges. Et dire que ce sont ces hommes si peu clairvoyants qui \u00e9mettent la pr\u00e9tention de monopoliser la d\u00e9fense de l\u2019\u00c9glise de France ! Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de cl\u00f4ture de l\u2019Adoration \u00e0 Saint-Joseph.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 3 avril 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"330\" height=\"472\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-457\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted-1.jpg 330w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jacques_Piou_Agence_Meurisse_1913_cropped_and_adjusted-1-210x300.jpg 210w\" sizes=\"auto, (max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jacques Piou (1838-1932), d\u00e9put\u00e9 de la Haute-Garonne (1885-1893 et 1898-1902) et de la Loz\u00e8re (1906-1919), co-fondateur en 1901 de l&rsquo;Action lib\u00e9rale populaire \u2013 Wikip\u00e9dia<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le d\u00e9ballage \u00ab&nbsp;Montagnini&nbsp;\u00bb est peu \u00e9difiant. Ces papiers, et notamment le carnet du <em>Monsignor<\/em> contiennent sur certains \u00e9v\u00eaques (Mgr Amette, Mgr Fulbert-Petit) des appr\u00e9ciations assez s\u00e9v\u00e8res ; imm\u00e9diatement, d\u00e9mentis de ces derniers ; donc qui dit vrai ??? D\u2019autre part, M. Piou, qui ne cessait d\u2019intriguer \u00e0 l\u2019ancienne Nonciature, appara\u00eet rudement na\u00eff pour ne pas dire plus ; en 1905, en pleine discussion de la loi de S\u00e9paration, cet imb\u00e9cile&#8230;. n\u00e9gociait avec des gens comme Leygues ou Clemenceau et il se vantait de les avoir gagn\u00e9s \u00e0 la cause de l\u2019\u00c9glise ou, tout au moins, il assurait Rome \u00ab&nbsp;qu\u2019ils ne seraient pas trop m\u00e9chants&nbsp;\u00bb ; faut-il \u00eatre sot pour compter sur des gens comme ceux-l\u00e0 et pr\u00e9f\u00e9rer les n\u00e9gociations perp\u00e9tuelles o\u00f9 l\u2019on se fait toujours rouler \u00e0 la lutte ; quel triste chef trop de Catholiques se sont donn\u00e9 l\u00e0 ! Le m\u00eame Piou, dont le nom revient \u00e0 chaque page du carnet Montagnini, insinuait qu\u2019avec la forte somme on pourrait acheter Clemenceau qu\u2019il avait rencontr\u00e9 dans un d\u00e9jeuner ; aujourd\u2019hui, Piou d\u00e9ment cette insinuation ; mais alors Mgr Montagnini, en qui le Vatican avait toute confiance, est un menteur&nbsp;; il n\u2019y a pas de milieu ; c\u2019est ce qu\u2019\u00e9tablit Clemenceau dans une longue lettre qu\u2019il adresse au <em>Figaro<\/em> et dans laquelle M. Piou est rudement malmen\u00e9 ; ma foi, il y a du vrai dans cette lettre. L\u2019attitude des journaux ralli\u00e9s trahit un embarras extr\u00eame ; entre leur Piou et leur Action Lib\u00e9rale qui personnifient leur triste politique et Mgr Montagnini, ils n\u2019h\u00e9sitent pas&nbsp;; ils jettent \u00e0 l\u2019eau ce pauvre <em>Monsignor<\/em>, dont cependant ils se sont assez servi grand Dieu !, en insinuant que ce qu\u2019il a \u00e9crit est faux ; ils pr\u00e9f\u00e8rent jeter la suspicion sur celui en qui le Pape avait toute confiance, pour sauver leur politique ; <em>La Croix<\/em>, <em>L\u2019Univers<\/em>, <em>Le Peuple fran\u00e7ais <\/em>etc. et toutes autres feuilles de la m\u00eame esp\u00e8ce \u00ab&nbsp;marchent&nbsp;\u00bb dans ce sens. Les organes monarchistes <em>Gazette de France<\/em>,<em> Soleil<\/em>, <em>Autorit\u00e9<\/em> etc. sont, au contraire, tr\u00e8s \u00e0 l\u2019aise et ne se g\u00eanent pas pour fouailler les ralli\u00e9s ; ces imb\u00e9ciles se trouvent ainsi pris entre deux selles ; c\u2019est ce qui, fatalement, devait leur arriver avec leur stupide politique \u00ab&nbsp;constitutionnelle&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille \u00e0 la biblioth\u00e8que municipale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 4 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je travaille \u00e0 la Biblioth\u00e8que municipale ; l\u2019apr\u00e8s-midi, le\u00e7on de chant. Il ressort des papiers Montagnini publi\u00e9s aujourd\u2019hui que M. Piou a intrigu\u00e9 tant qu\u2019il a pu \u00e0 Rome pour que le Saint-Si\u00e8ge lui procur\u00e2t un mandat de d\u00e9put\u00e9 ; il n\u2019a pas craint pour cela de faire agir le cardinal Merry del Val et tout le monde peut lire ce matin des lettres du secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat de Sa Saintet\u00e9 dans lesquelles il est dit que le cardinal de Rennes a re\u00e7u pour instructions de Rome d\u2019agir aupr\u00e8s de M. un tel ou de M. un tel autre pour que celui-ci renonce \u00e0 sa candidature \u00e0 la Chambre ou passe de la Chambre au S\u00e9nat afin de laisser la place \u00e0 M. Piou ; la combinaison n\u2019a pas r\u00e9ussi Dieu merci ! et M. Piou a d\u00fb se contenter de se faire \u00e9lire en Loz\u00e8re o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00eaque, Mgr de Ligon\u00e8s, a aussi re\u00e7u pour instruction d\u2019agir en sa faveur. Mais franchement, que penser d\u2019un homme qui, pour se procurer un mandat de d\u00e9put\u00e9, ne craint pas de compromettre \u00e0 ce point le Saint-Si\u00e8ge en faveur d\u2019un parti politique&nbsp;? Nous, Catholiques royalistes, nous n\u2019aurions m\u00eame pas la pens\u00e9e de faire intervenir Rome dans des questions pareilles de cuisine \u00e9lectorale. Vraiment, la papaut\u00e9 a une autre mission \u00e0 remplir ; la faire intervenir en pareille mati\u00e8re, c\u2019est rabaisser singuli\u00e8rement son r\u00f4le, c\u2019est vouloir lui attirer des ennemis. En mati\u00e8re politique, le r\u00f4le de l\u2019\u00c9glise consiste \u00e0 rappeler aux Catholiques leur devoir de s\u2019opposer au succ\u00e8s des ennemis de Dieu, \u00e0 leur faire comprendre qu\u2019ils p\u00e9cheraient gravement en n\u00e9gligeant ce devoir ; mais il n\u2019appartient pas \u00e0 l\u2019\u00c9glise de venir choisir tel candidat de pr\u00e9f\u00e9rence \u00e0 tel autre. Sa mission est infiniment plus \u00e9lev\u00e9e. Quelle haute opinion M. Piou a-t-il de lui-m\u00eame pour oser solliciter en sa faveur de pareilles interventions ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 5 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9. Le matin, je vais \u00e0 la messe de 8 heures. La suite des papiers Montagnini continue ; ceux qu\u2019on publie aujourd\u2019hui sont de moindre importance ; ils montrent cependant que le parti Piou intriguait \u00e0 Rome contre les royalistes. Quant au pauvre <em>Monsignor<\/em>, dont M. Piou s\u2019est servi tant qu\u2019il en a eu besoin, son parti l\u2019abandonne l\u00e2chement maintenant qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 assez sot pour se faire prendre ! Je vais passer la semaine prochaine, cinq ou six jours \u00e0 Paris ; j\u2019irai \u00e0 de bonnes sources&nbsp;; que de choses int\u00e9ressantes je vais apprendre ! Il y a aujourd\u2019hui 3 mois que je n\u2019ai pas revu Louloute de Lacour ; comme ces douze ou treize semaines sont pass\u00e9es lentement ! Toujours la pens\u00e9e de Marie-Louise et de mes chers projets est pr\u00e9sente \u00e0 mon esprit ; dans moins de deux mois, j\u2019esp\u00e8re, je l\u2019aurai retrouv\u00e9e ; mon mariage alors se d\u00e9cidera-t-il ? Ou faudra-t-il y renoncer ; ah, quelle terrible incertitude ! <em>Le Roussillon<\/em> publie, dans son num\u00e9ro du 3, un long article que je lui ai envoy\u00e9 sur le r\u00e9cent trait\u00e9 entre la France et le Siam, qui est assez avantageux pour nous ; malheureusement, par une d\u00e9plorable erreur de composition, on a embrouill\u00e9 deux parties de l\u2019article, ce qui en rend deux phrases incompr\u00e9hensibles ; c\u2019est assommant et je n\u2019enverrai plus rien au <em>Roussillon <\/em>tant que je ne serai pas dans le Midi et que je ne pourrai pas voir les \u00e9preuves moi-m\u00eame. D\u00e8s le lendemain (n\u00b0 du 4, que Papa m\u2019envoie) ils ont rectifi\u00e9, mais c\u2019est bien ennuyeux tout de m\u00eame.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"805\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-805x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-458\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-805x1024.jpg 805w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-236x300.jpg 236w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-768x977.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-1207x1536.jpg 1207w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-1609x2048.jpg 1609w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1907_0309p001d0304-scaled.jpg 2012w\" sizes=\"auto, (max-width: 805px) 100vw, 805px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Le trait\u00e9 franco-siamois\u00a0\u00bb, article d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch paru dans <em>Le Roussillon<\/em> du 3 avril 1907 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 6 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille matin et soir \u00e0 la biblioth\u00e8que de l\u2019Universit\u00e9. On publie aujourd\u2019hui des lettres absolument secr\u00e8tes de Mgr Montagnini sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 aux assembl\u00e9es des \u00e9v\u00eaques ; il para\u00eet qu\u2019\u00e0 la 1<sup>\u00e8re<\/sup> assembl\u00e9e, il y a eu des divergences tr\u00e8s vives et presque des disputes ; l\u2019\u00e9v\u00eaque de Tarentaise, Mgr Lacroix, tr\u00e8s gouvernemental, et Mgr Bouquet ont parl\u00e9 sur un tel ton au cardinal Richard que notre \u00e9v\u00eaque Mgr de Carsalade les a rappel\u00e9s au respect des convenances&nbsp;; combien il est regrettable que de pareils faits soient divulgu\u00e9s ! La majorit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques \u00e9tait favorable \u00e0 la formation des associations cultuelles&nbsp;; je m\u2019en \u00e9tais toujours dout\u00e9 ! Je partirai demain soir \u00e0 cinq heures pour Paris&nbsp;; j\u2019y passerai \u00e0 peu pr\u00e8s la semaine. Ce soir, fin de la treizi\u00e8me semaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, dimanche 7 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame. Apr\u00e8s v\u00eapres, \u00e0 5 heures, je pars pour Paris par le rapide de Tours et Orl\u00e9ans ; j\u2019arrive \u00e0 10h \u00bd au quai d\u2019Orsay ; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Prince de Galles, rue d\u2019Anjou, et je me couche.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 avril 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, lundi 8 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai couru toute la journ\u00e9e. Le matin, je suis all\u00e9 \u00e0 Notre-Dame-des-Victoires, puis chez Tata Mimi. Apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 au Grand Duval, je suis all\u00e9 voir \u00e0 l\u2019H\u00f4tel M\u00e9tropolitain, rue Cambon, ma tante Est\u00e8ve et Madeleine qui sont ici pour quelques jours. Je suis all\u00e9 voir M. de Nordling<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, puis \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise, puis chez le P. Barbier que je n\u2019ai pas trouv\u00e9. Maman arrive par le rapide de 3h \u00bd \u00e0 la gare St Lazare ; je la retrouve le soir pour le d\u00eener chez Tata Mimi. Rencontr\u00e9&nbsp;: le matin rue de Rivoli, le g\u00e9n\u00e9ral Courbebaisse&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi dans une p\u00e2tisserie de l\u2019avenue de Villiers, Henri de la Selle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mardi 9 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais plusieurs commissions soit seul soit avec Maman ; je vais \u00e0 la Ligue Populaire pour le repos du dimanche. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, nous allons voir Tata Mimi Est\u00e8ve et Magdeleine<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> ; je vais chez M. Cheysson<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a> que je ne rencontre pas. \u00c0 5h, j\u2019assiste au cours de M. Bainville \u00e0 l\u2019Institut d\u2019Action fran\u00e7aise (H\u00f4tel des Soci\u00e9t\u00e9s savantes)&nbsp;; cours sur les libert\u00e9s germaniques dans l\u2019ancienne Allemagne et sur la politique des rois de France \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019Allemagne dans la p\u00e9riode qui va des trait\u00e9s de Westphalie \u00e0 la R\u00e9volution. Nous d\u00eenons chez Tata Mimi. On annonce la gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019alimentation pour apr\u00e8s-demain ; \u00e7a sera emb\u00eatant mais pittoresque aussi peut-\u00eatre !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mercredi 10 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la matin\u00e9e, je fais plusieurs courses et commissions. \u00c0 midi, je vais, avec Maman, au mariage de Mlle Madeleine de \u00c7agarriga avec le marquis de Canchy<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, capitaine de cuirassiers ; nous sommes tous invit\u00e9s \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie religieuse et au lunch ; nous y retrouvons Tata Mimi et Margot qui sont invit\u00e9es aussi. Le mariage, qui a lieu \u00e0 Saint-Fran\u00e7ois-de-Sales, est b\u00e9ni par Mgr de Carsalade qui prononce une charmante allocution. Il y a pas mal de Roussillonnais que nous retrouvons l\u00e0 : d\u2019abord tous les \u00c7agarriga, les Raymond et les Henri&nbsp;; les Vilmarest&nbsp;; Lacroix etc.&nbsp;; il y a aussi des Angevins, Mme et Mlle de La Grandi\u00e8re&nbsp;; le lunch est extr\u00eamement \u00e9l\u00e9gant. Apr\u00e8s ce lunch, je fais plusieurs courses. Nous d\u00eenons chez les Delestrac qui sont, depuis peu, install\u00e9s dans un tr\u00e8s bel appartement, rue Madame ; Genevi\u00e8ve est ici, elle repart demain&nbsp;; je vois Yvonne que je n\u2019avais pas revue depuis pr\u00e8s de cinq ans ; c\u2019est maintenant tout \u00e0 fait une jeune fille, et une jolie jeune fille. Antoine a aussi beaucoup grandi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, jeudi 11 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui que se marie Jacques des Loges&nbsp;; \u00e0 quand mon tour ? Les distractions de Paris ne me font certes pas oublier mes chers projets ; j\u2019y pense bien souvent. Le matin, je fais diverses courses et je vais \u00e0 la basilique du Sacr\u00e9-C\u0153ur \u00e0 Montmartre. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise o\u00f9 je vois Charles Maurras ; je l\u2019accompagne \u00e0 <em>La Gazette de France<\/em> o\u00f9 je cause beaucoup avec lui. Pr\u00e9cis\u00e9ment, il y a aujourd\u2019hui, \u00e0 propos de la publication des papiers Montagnini, un important document ; ce sont des instructions officielles du bureau politique de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans aux royalistes dans <em>La Correspondance nationale<\/em>. Ces instructions rappellent aux royalistes que s\u2019ils doivent \u00eatre, sur le terrain religieux, les fils les plus soumis du Saint-Si\u00e8ge, sur le terrain politique, ils n\u2019ont \u00e0 recevoir d\u2019instructions et de directions que de leur roi ; et le communiqu\u00e9 rappelle la longue s\u00e9rie d\u2019\u00e9checs que la politique contraire a valus aux Catholiques oublieux de ce principe&nbsp;; il rappelle une d\u00e9claration du comte de Chambord dans le m\u00eame sens. C\u2019est parfait, cela remet les choses au point ; j\u2019ai toujours, pour mon compte, profess\u00e9 cette opinion qui est, je crois, la vraie \u00e0 tous les points de vue ; elle est, d\u2019ailleurs, la cons\u00e9quence de la distinction du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel et c\u2019est J\u00e9sus-Christ qui l\u2019a enseign\u00e9 le premier quand il a dit <em>: \u00ab&nbsp;Rendez \u00e0 C\u00e9sar ce qui est \u00e0 C\u00e9sar et \u00e0 Dieu ce qui est \u00e0 Dieu&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>; les instructions royales dont je vois de larges extraits dans la <em>Libre parole <\/em>sont certainement appel\u00e9es \u00e0 un grand retentissement. Catholiques, nous sommes en religion les fils les plus soumis du pape, et, certes, nous l\u2019avons prouv\u00e9 et sommes pr\u00eats \u00e0 le montrer en toute occasion ; Fran\u00e7ais, nous ne suivons, en ce qui concerne la politique de notre pays, que les instructions de notre chef temporel, le roi de France ; voil\u00e0 ma ligne de conduite, elle est nette, claire et franche ! Je vais voir Fran\u00e7ois de La Touche boulevard Diderot en face la gare de Lyon, mais malheureusement je ne le rencontre pas ; je suis re\u00e7u par sa jeune femme que je ne connaissais pas car mon ami de La Touche n\u2019est mari\u00e9 que depuis le mois de d\u00e9cembre. Le soir, nous d\u00eenons au Grand H\u00f4tel avec Tata Mimi Est\u00e8ve et Magdeleine ; nous restons au concert apr\u00e8s le d\u00eener. J\u2019ai appris le mariage d\u2019un autre de mes contemporains, Xavier de Planet<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a> avec qui j\u2019ai jou\u00e9 autrefois, quand j\u2019\u00e9tais bien petit, \u00e0 Toulouse ; il est un peu plus jeune que moi&nbsp;; il a \u00e9pous\u00e9 une jeune fille tr\u00e8s riche, dont le p\u00e8re a une situation en Belgique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, vendredi 12 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme je n\u2019ai pas fini ce que j\u2019avais \u00e0 faire \u00e0 Paris, je me d\u00e9cide \u00e0 retarder mon d\u00e9part de samedi \u00e0 lundi. Le matin, je vais faire une recherche \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale. Je d\u00e9jeune chez les Delestrac. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au concours hippique au Grand Palais ; c\u2019est aujourd\u2019hui la cl\u00f4ture : saut d\u2019obstacles&nbsp;; chevaux superbes : Conspirateur, Jubil\u00e9e etc. affluence \u00e9norme. Ce soir, je vais \u00e0 l\u2019Op\u00e9ra o\u00f9 l\u2019on joue <em>Faust<\/em> ; excellente ex\u00e9cution : Alvarez est un Faust bon, mais rien d\u2019extraordinaire ; mais Gresse est un M\u00e9phisto sup\u00e9rieur et Mme Dubel une d\u00e9licieuse Marguerite ; jeux de lumi\u00e8re merveilleux ; ballet tr\u00e8s r\u00e9ussi. Maman re\u00e7oit une lettre de notre cousine Pichard de la Caill\u00e8re lui faisant part des fian\u00e7ailles de notre jolie cousine Antoinette avec un riche propri\u00e9taire de la Vend\u00e9e, appartenant \u00e0 une excellente famille, M. Blanpain de Saint-Mars<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a> ; c\u2019est un jeune homme artiste et joli gar\u00e7on. Pr\u00e9cis\u00e9ment, il avait \u00e9t\u00e9 question de lui pour Magdeleine, mais l\u2019oncle Xavier avait trouv\u00e9 la Vend\u00e9e trop \u00e9loign\u00e9e du Roussillon ; les Pichard de la Caill\u00e8re n\u2019ont pas cette raison, au contraire ! D\u00e9cid\u00e9ment, ce jeune homme \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 devenir notre cousin ! Nous sommes tous invit\u00e9s \u00e0 la noce, mais il est probable que je serai d\u00e9j\u00e0 en Roussillon au moment o\u00f9 elle se fera. La gr\u00e8ve de l\u2019alimentation a rat\u00e9&nbsp;; \u00e0 peine quelques ouvriers boulangers en gr\u00e8ve ; la C.G.T. bluffe quand elle se dit si puissante ; les ouvriers commencent \u00e0 en revenir ! C\u2019est une pr\u00e9cieuse confirmation des doctrines des Jaunes qui tiennent ces jours-ci leur grand congr\u00e8s annuel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, samedi 13 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fin de la 14<sup>e<\/sup> semaine ; entre le 5 janvier et le 1 juin, les 2\/3 de l\u2019intervalle sont pass\u00e9s ; qu\u2019est-ce que l\u2019avenir me r\u00e9serve ? L\u2019apr\u00e8s-midi je vais au congr\u00e8s des Jaunes<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a> rue d\u2019Ath\u00e8nes ; j\u2019y entends Bi\u00e9try et Japy ; plus tard, je vais au cours de M. Louis Dimier \u00e0 l\u2019Institut d\u2019Action fran\u00e7aise : salle comble. Entre temps, je vois Piccot au bureau de Xavier. Le matin, je vais voir M. Ded\u00e9 que je rencontre chez lui avenue Marigny. Le soir, je vais prendre un renseignement concernant ma th\u00e8se au <em>Radical<\/em>. Ensuite, je vais passer un quart d\u2019heure aux Folies-Berg\u00e8re (une fois n\u2019est pas coutume !)&nbsp;; puis je rentre sagement \u00e0 l\u2019H\u00f4tel, non sans avoir \u00e9t\u00e9 accost\u00e9 par trois ou quatre cocottes par trop entreprenantes que j\u2019ai d\u00fb envoyer&#8230; promener presque en me f\u00e2chant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, dimanche 14 avril 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/cheysson00.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"631\" height=\"765\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/cheysson00.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-460\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/cheysson00.jpg 631w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/cheysson00-247x300.jpg 247w\" sizes=\"auto, (max-width: 631px) 100vw, 631px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Emile Cheysson (1836-1910), ing\u00e9nieur et r\u00e9formateur social fran\u00e7ais, auteur de la pr\u00e9face de l&rsquo;\u00e9dition imprim\u00e9e de la th\u00e8se d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, <em>Le repos hebdomadaire : \u00e9tude sociale<\/em> (Angers, L. Larose et L. Tenin, 1908) \u2013 Site Chiroubles-plaforet.fr<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais voir M. Cheysson<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a> qui m\u2019avait donn\u00e9 rendez-vous ; je cause pr\u00e8s d\u2019une heure avec lui ; il est tr\u00e8s aimable et accepte d\u2019\u00e9crire une pr\u00e9face pour l\u2019\u00e9dition d\u00e9finitive de ma th\u00e8se&nbsp;; par exemple, je devrai l\u2019attendre quelque temps ; mais \u00e7a ne fait rien, car \u00e7a ne m\u2019emp\u00eachera ni de soutenir ma th\u00e8se ni de rentrer en Roussillon en temps voulu. Je suis enchant\u00e9 d\u2019avoir pour pr\u00e9facier M. Cheysson qui fait autorit\u00e9 parmi les hommes s\u2019occupant des questions sociales. Il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9conomie sociale, il est actuellement vice-pr\u00e9sident de la Ligue populaire pour le repos du dimanche et pr\u00e9sident d\u2019une ligue pour le d\u00e9veloppement des habitations \u00e0 bon march\u00e9 ; enfin, il \u00e9crit beaucoup et j\u2019avais lu souvent de ses \u00e9tudes dans la<em> R\u00e9forme sociale<\/em> ; il est membre de l\u2019Institut. Je vais \u00e0 la grand-messe de 11 heures \u00e0 la Madeleine ; j\u2019y rencontre Tata Mimi Est\u00e8ve, Magdeleine, Mme et Jeanne Courbebaisse. Nous d\u00e9jeunons chez les Delestrac. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites : De la Touche et le P. Barbier ; je ne rencontre ni l\u2019un ni l\u2019autre ; pas de chance avec eux ! Nous d\u00eenons chez les Civelli. Je vais faire nos adieux \u00e0 Madeleine et \u00e0 sa m\u00e8re, car je pars irr\u00e9vocablement apr\u00e8s-demain. Je ne pars que mardi au lieu de lundi parce que je dois revenir \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale et que celle-ci est certainement ferm\u00e9e le lundi.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 21 avril 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, lundi 15 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aujourd\u2019hui 100 jours exactement que je n\u2019ai vu Louloute de Lacour ; l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je la reverrai approche bien, Dieu merci ! Mais mon anxi\u00e9t\u00e9 est grande ! Le matin, je fais plusieurs commissions. \u00c0 midi, a lieu la traditionnelle s\u00e9ance Piccot ; Xavier, ses camarades et moi l\u2019emmenons d\u00e9jeuner dans un petit restaurant de l\u2019avenue des Ternes o\u00f9 nous nous amusons de lui pendant deux heures ; il boit sec, et, \u00e0 la fin, s\u2019est f\u00e2ch\u00e9 contre Xavier et ses amis, surtout au retour rue Villaret-Joyeuse. Le soir, nous d\u00eenons chez les Civelli.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 16 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, \u00e0 Paris, j\u2019accompagne \u00e0 la gare Saint-Lazare Maman qui s\u2019arr\u00eate \u00e0 Versailles et rentrera \u00e0 Angers par Le Mans. Ensuite, je vais faire quelques recherches \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale, salle des manuscrits&nbsp;; j\u2019y rencontre M. et Mme du Guerny<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Je vais d\u00e9jeuner chez Tata Mimi, et je quitte Paris par l\u2019Orl\u00e9ans (quai d\u2019Orsay) \u00e0 4h17 ; je suis \u00e0 Angers \u00e0 9h16 sans avoir eu \u00e0 changer de train. Je retrouve Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philom\u00e8ne et la petite Ghislaine en excellente sant\u00e9. Papa arrive \u00e0 11h40 du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 17 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais porter ma th\u00e8se \u00e0 l\u2019imprimeur&nbsp;; elle sera pr\u00eate vers le 7 ou 8 mai et je pourrai la soutenir entre le 15 et le 20. Nous recevons une bonne lettre de Papa qui me fait le plus grand plaisir. Ayant appris par un hasard vraiment providentiel que M. de Lacour allait arriver \u00e0 Lille, il a retard\u00e9 d\u2019un jour son d\u00e9part et il se disposait \u00e0 aller voir M. de Lacour lorsque celui-ci l\u2019a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et est venu lui-m\u00eame. Naturellement, il a \u00e9t\u00e9 tout de suite question de mes chers projets et Papa nous dit que M. de Lacour a \u00e9t\u00e9 plus affirmatif encore qu\u2019il y a quatre mois ; il arrivera avec sa famille dans quelques semaines \u00e0 Ille ; nous nous verrons&nbsp;; M. de Lacour a, lui-m\u00eame, trac\u00e9 le plan des nombreuses occasions que nous aurons de nous voir, et j\u2019esp\u00e8re que mon mariage avec Marie-Louise ne tardera pas \u00e0 se d\u00e9cider. Voil\u00e0 une bonne nouvelle ! Comme il me tarde d\u2019\u00eatre dans deux ou trois mois !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 18 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je travaille une grande partie de la journ\u00e9e \u00e0 mettre en ordre et \u00e0 r\u00e9diger des notes que j\u2019avais prises avant mon d\u00e9part et des documents que j\u2019ai rapport\u00e9s de Paris afin de les ajouter au chapitre septi\u00e8me de ma th\u00e8se. Je pense beaucoup \u00e0 ce que nous a \u00e9crit Papa ; il n\u2019y a pas \u00e0 dire le contraire, c\u2019est de bon augure !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 19 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je termine la r\u00e9daction de mes notes et je les porte \u00e0 l\u2019imprimeur ; on me remet d\u00e9j\u00e0 la premi\u00e8re feuille \u00e0 corriger ; pendant plus de 15 jours, je vais avoir \u00e0 faire ce minutieux travail de la correction des \u00e9preuves. J\u2019aime mieux \u00e7a que le d\u00e9but de ma th\u00e8se ! C\u2019est le dernier coup de collier de ce long travail. Depuis mon retour de Paris, ma th\u00e8se a encore grossi ; j\u2019y ai ajout\u00e9 11 pages compl\u00e8tes \u00e9crites de ma main, plus plusieurs notes et 2 pages de documents annexes ; il y a donc 217 longues pages \u00e9crites de ma main et 7 pages de documents annexes ; avec 3 pages d\u2019introduction, \u00e7a fait donc 220 pages manuscrites ; comme ces pages sont serr\u00e9es, cela donnera au moins 250 pages imprim\u00e9es \u00e0 29 lignes \u00e0 la page. Je fais imprimer en m\u00eame temps la th\u00e8se proprement dite et le volume ; le volume sera dans un format plus petit que la th\u00e8se ; de plus, avant de le brocher, on devra attendre la pr\u00e9face que m\u2019a promise M. Cheysson.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 20 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 l\u2019imprimerie ; l\u2019apr\u00e8s-midi, les Padirac viennent prendre le th\u00e9 ; le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. La quinzi\u00e8me semaine depuis la triste date du 5 janvier s\u2019ach\u00e8ve ce soir ; encore six semaines et j\u2019aurai revu Marie-Louise ou je serai bien pr\u00e8s de la revoir ; que se passera-t-il alors ? La solution tant d\u00e9sir\u00e9e se d\u00e9cidera-t-elle ? Comme cette incertitude est terrible ! De Caen, on m\u2019avise que la soutenance de ma th\u00e8se est fix\u00e9e au 16 mai \u00e0 3h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 21 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 Notre-Dame ; j\u2019y fais la sainte communion ; je vais \u00e0 la grand-messe et \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Joseph. Papa rentre \u00e0 Angers \u00e0 5 heures apr\u00e8s une absence de bien pr\u00e8s d\u2019un mois ; au retour, il est pass\u00e9 par Biarritz o\u00f9 il avait \u00e0 s\u2019occuper de diff\u00e9rentes affaires concernant la Villa Sainte-C\u00e9cile. Il nous donne des nouvelles des r\u00e9parations de la maison Bosch qui ont progress\u00e9 mais qui sont loin d\u2019\u00eatre finies. Il me raconte ce que lui a dit M. de Lacour ; c\u2019est r\u00e9ellement encourageant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 avril 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 22 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis occup\u00e9 par la correction des \u00e9preuves de ma th\u00e8se ; je vais tous les jours \u00e0 l\u2019imprimerie pour rapporter les \u00e9preuves corrig\u00e9es et donner les explications n\u00e9cessaires. On parle beaucoup d\u2019un discours que le pape a prononc\u00e9 ces jours-ci au Consistoire et dans lequel il a parl\u00e9 des dangers que font courir \u00e0 la foi les nouvelles m\u00e9thodes de critique que certains Catholiques, m\u00eame des pr\u00eatres, voudraient adopter, pour l\u2019ex\u00e9g\u00e8se, l\u2019explication des dogmes etc. ; le pape appelle tout sp\u00e9cialement l\u2019attention des nouveaux cardinaux sur ce point, voil\u00e0 une des cons\u00e9quences de ce lib\u00e9ralisme catholique qui est un des effets de la politique de L\u00e9on XIII, effet non cherch\u00e9 assur\u00e9ment, mais qui n\u2019en est pas moins r\u00e9el&nbsp;; en m\u00eame temps Pie X prononce la <em>suspense a divinis<\/em> contre un des chefs des d\u00e9mocrates chr\u00e9tiens l\u2019Italie, l\u2019abb\u00e9 Murri.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 23 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe de l\u2019impression de ma th\u00e8se ; on en est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la page 96, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la page 79 du manuscrit. Des socialistes r\u00e9volutionnaires, furieux des mesures que Clemenceau est oblig\u00e9 de prendre contre la Conf\u00e9d\u00e9ration G\u00e9n\u00e9rale du Travail et contre les fonctionnaires de l\u2019\u00c9tat qui voudraient former des syndicats affili\u00e9s \u00e0 cette organisation r\u00e9volutionnaire, poussent le cri de \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la r\u00e9publique&nbsp;\u00bb&nbsp;; ils le mettent en manchette sur leurs journaux&nbsp;; ils disent que si les monarchistes avaient du c\u0153ur au ventre ils renverseraient d\u2019une chiquenaude cette r\u00e9publique qui a d\u00e9j\u00e0 toutes les esp\u00e9rances du peuple. Grand \u00e9moi dans le camp du vieux parti r\u00e9publicain ! <em>Le Temps<\/em> doctrinaire lib\u00e9ral en pleure ! Ces r\u00e9volutionnaires ont pourtant raison. Comme le disait ces jours-ci dans son affiche \u00e9lectorale Jules Delahaye, qui se pr\u00e9sente \u00e0 Cholet comme <em>\u00ab&nbsp;catholique avant tout, contre-r\u00e9volutionnaire, royaliste&nbsp;\u00bb<\/em>, les socialistes, s\u2019ils ne voulaient que le bien du peuple, le trouveraient dans le pouvoir d\u2019un seul, dans la monarchie traditionnelle. Mais le d\u00e9saccord sur l\u2019institution de la propri\u00e9t\u00e9 emp\u00eachera, sans doute, toute entente entre l\u2019extr\u00eame-droite et l\u2019extr\u00eame-gauche. Il n\u2019en reste pas moins que le parti le plus avanc\u00e9 jette la r\u00e9publique par-dessus bord. C\u2019est un \u00e9v\u00e8nement consid\u00e9rable que les commentaires auxquels il donne lieu rend plus consid\u00e9rable encore.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 24 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tous les jours, je corrige les \u00e9preuves de ma th\u00e8se dont l\u2019impression commence \u00e0 avancer. Hier, je parlais de r\u00e9volutionnaires qui criaient \u00ab&nbsp;\u00c0 bas la r\u00e9publique !&nbsp;\u00bb Aujourd\u2019hui, c\u2019est avec joie que je note l\u2019aveu \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 un ralli\u00e9 de la premi\u00e8re heure, \u00e0 un des hommes qui en raison m\u00eame de sa grande valeur, avait fait le plus de mal \u00e0 notre parti royaliste en l\u2019abandonnant, \u00e0 M. Albert de Mun pour l\u2019appeler par son nom. M. de Mun, vice-pr\u00e9sident de l\u2019Action lib\u00e9rale populaire, avoue dans <em>Le Gaulois<\/em>, \u00e0 propos de certaines paroles de M. Pichon \u00e0 la Chambre et de la condamnation de l\u2019abb\u00e9 Jouin, que puisque la Constitution est contraire \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019\u00c9glise, il est bien difficile, sinon impossible \u00e0 des Catholiques de se dire constitutionnels. M. de Mun a mis quinze ans \u00e0 s\u2019apercevoir de cette v\u00e9rit\u00e9 ; combien il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 mieux inspir\u00e9, dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019Eglise et dans celui de la France, en n\u2019essayant pas de cette politique constitutionnelle \u00e0 laquelle il avait \u00e9t\u00e9 oppos\u00e9 pendant si longtemps et qu\u2019il est oblig\u00e9 de d\u00e9savouer aujourd\u2019hui ! Esp\u00e9rons qu\u2019il ne s\u2019arr\u00eatera pas en si bon chemin et que son \u00e9volution vers la v\u00e9rit\u00e9 politique, vers cette v\u00e9rit\u00e9 dont il a \u00e9t\u00e9 autrefois un des plus brillants d\u00e9fenseurs, sera bient\u00f4t compl\u00e8te ! Nous, royalistes d\u2019hier, d\u2019aujourd\u2019hui et de demain, nous ne lui garderons pas rancune du mal qu\u2019il nous a fait et nous ne nous souviendrons que de ses anciens services. Je vais \u00e0 la salle d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 25 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je corrige toujours des \u00e9preuves ; \u00e7a commence \u00e0 avancer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 26 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais un moment \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 o\u00f9 je vois Bidault qui pr\u00e9pare pour mercredi une r\u00e9union de la section d\u2019Action fran\u00e7aise o\u00f9 l\u2019on doit r\u00e9organiser la section et nommer le bureau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 27 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe de l\u2019impression de ma th\u00e8se&nbsp;; je vais me confesser ; le soir, conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Fin de la 16\u00e8me semaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 28 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame o\u00f9 je fais la sainte communion ; je reviens \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et le soir \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Serge&nbsp;; apr\u00e8s v\u00eapres, j\u2019assiste avec Papa \u00e0 un concert et \u00e0 une com\u00e9die au Patronage Saint-Serge. Le soir, je vais au <em>Maine-et-Loire<\/em> pour avoir des nouvelles de l\u2019\u00e9lection de Cholet ; on n\u2019a que peu de r\u00e9sultats&nbsp;; mais il est certain que M. Jules Delahaye est \u00e9lu, le gouvernement n\u2019ayant m\u00eame pas os\u00e9 lui opposer un concurrent. Mais on dit que l\u2019Action lib\u00e9rale, qui a un groupe \u00e0 Cholet, a fait sournoisement campagne contre lui.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 30 avril 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 29 avril 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2254.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"686\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2254.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-461\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2254.jpg 600w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2254-262x300.jpg 262w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jules Delahaye (1851-1925), d\u00e9put\u00e9 d&rsquo;Indre-et-Loire (1890-1893), de Maine-et-Loire (1907-1919) \u2013 Site de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jules Delahaye est \u00e9lu par plus de 9500 voix&nbsp;; tout l\u2019effort de l\u2019Action lib\u00e9rale n\u2019a r\u00e9ussi qu\u2019\u00e0 lui en enlever \u00e0 Cholet m\u00eame 800 voix environ, 800 abstentions. C\u2019est mince, les Chouans de la Vend\u00e9e angevine ont acclam\u00e9 le \u00ab&nbsp;Catholique avant tout, le contre-r\u00e9volutionnaire et le royaliste&nbsp;\u00bb qui d\u00e9clarait dans son manifeste \u00e9lectoral que le retour de la monarchie traditionnelle \u00e9tait n\u00e9cessaire au salut de la France et \u00e0 la libert\u00e9 de l\u2019\u00c9glise. Le comit\u00e9 r\u00e9publicain de Cholet a fait afficher que voter pour M. Delahaye, c\u2019\u00e9tait voter pour le retour de Philippe VIII et le r\u00e9tablissement du Tr\u00f4ne ; certainement, ont r\u00e9pondu par leur vote les descendants des h\u00e9ros des guerres de Vend\u00e9e, des soldats de l\u2019Arm\u00e9e catholique et royale ! Et ce r\u00e9sultat est acquis bien que M. Delahaye soit \u00e9tranger \u00e0 la circonscription, ce qui m\u00e9contentait certaines personnalit\u00e9s&nbsp;; mais le duc d\u2019Orl\u00e9ans avait donn\u00e9 \u00e0 son bureau politique l\u2019ordre de faire \u00e9lire M. Delahaye et le bureau politique avait donn\u00e9 au grand comit\u00e9 de Maine-et-Loire des instructions dans ce sens ; aussi le comit\u00e9 a-t-il agi et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 ses instructions que le congr\u00e8s des maires et adjoints de la circonscription, r\u00e9uni en mars, a choisi Jules Delahaye de pr\u00e9f\u00e9rence au docteur Coignard, pr\u00e9sident de l\u2019Action lib\u00e9rale de Cholet (bien que celui-ci ne fasse pas myst\u00e8re de ses pr\u00e9f\u00e9rences royalistes). C\u2019est donc une victoire royaliste et je crois que Jules Delahaye reprendra \u00e0 la Chambre la place pr\u00e9pond\u00e9rante qu\u2019il y occupait autrefois, et fera entendre, du haut de la tribune, les v\u00e9rit\u00e9s n\u00e9cessaires au pays ; c\u2019est l\u00e0, \u00e0 l\u2019heure actuelle, le seul r\u00f4le utile d\u2019un d\u00e9put\u00e9. Je vais le soir \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, c\u2019est peut-\u00eatre pour la derni\u00e8re fois ! Marie-Th\u00e9r\u00e8se nous quitte aujourd\u2019hui apr\u00e8s un s\u00e9jour de pr\u00e8s de 2 mois ; elle va bien nous manquer et la charmante petite Ghislaine, qui mettait tant de gaiet\u00e9 dans la maison, laissera un grand vide ; cette fillette de 7 mois est un vrai bijou&nbsp;; elle pleure tr\u00e8s peu, ne crie presque pas et est d\u2019une propret\u00e9 surprenante pour son \u00e2ge. Elle nous connaissait tous tr\u00e8s bien. Nous accompagnons Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 la gare \u00e0 11h \u00bd ; c\u2019est la derni\u00e8re fois qu\u2019elle vient \u00e0 Angers, du moins chez nous. Je vois Jacques Herv\u00e9, ainsi que Madame Herv\u00e9-Bazin&nbsp;; ils sont de passage ici ; ils sont d\u00e9finitivement rentr\u00e9s d\u2019Arcachon et sont au Patys o\u00f9 ils m\u2019invitent \u00e0 aller les voir ; je compte y aller avant mon d\u00e9part, si possible.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 30 avril 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe de la correction des \u00e9preuves de ma th\u00e8se ; je vais \u00e0 la salle d\u2019armes. Le soir, nous allons tous \u00e0 l\u2019ouverture du Mois de Marie \u00e0 Saint-Joseph ; c\u2019est dans cette \u00e9glise qu\u2019on le c\u00e9l\u00e8bre cette ann\u00e9e avec solennit\u00e9.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mai 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 mai 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 1<sup>er<\/sup> mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici un nouveau mois qui commence ; c\u2019est vraisemblablement le dernier pendant lequel je ne verrai pas Marie-Louise ; c\u2019est aussi le dernier de mon s\u00e9jour \u00e0 Angers&nbsp;; avant la fin de ce mois j\u2019aurai d\u00e9finitivement quitt\u00e9 cette ville o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 treize ann\u00e9es de ma vie. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi j\u2019assiste, salle Bourigault rue Proust, \u00e0 une r\u00e9union de la section angevine de la Ligue d\u2019Action Fran\u00e7aise ; c\u2019est une r\u00e9union ferm\u00e9e, on est entre ligueurs, elle a pour but de r\u00e9organiser la section, en raison de son extension. M. le comte de la Bourdonnaye, repr\u00e9sentant du Roi en Maine-et-Loire, et s\u00e9nateur, M. Dominique Delahaye, s\u00e9nateur, le duc de Blacas, d\u00e9put\u00e9, ont accept\u00e9 le titre de pr\u00e9sidents d\u2019honneur de la section ; le nouveau d\u00e9put\u00e9 de Cholet, M. Jules Delahaye, fr\u00e8re du s\u00e9nateur, l\u2019acceptera certainement aussi. M. Dominique Delahaye assiste \u00e0 la r\u00e9union. M. de Bruc est nomm\u00e9 pr\u00e9sident de la section, puis il nomme (on n\u2019\u00e9lit pas, c\u2019est tr\u00e8s diff\u00e9rent) un vice-pr\u00e9sident par arrondissement ; M. Cesbron-Lavau, lieutenant de dragons d\u00e9missionnaire, est nomm\u00e9 pour l\u2019arrondissement d\u2019Angers, le docteur Turpault, pr\u00e9sident de la section d\u2019Action fran\u00e7aise de Cholet, pour celui de Cholet, M. Brard, maire de je ne sais quelle commune, pour celui de Segr\u00e9. On s\u2019occupe aussi de la question du local. Bien entendu, je n\u2019ai assist\u00e9 \u00e0 cette r\u00e9union qu\u2019en simple spectateur et comme membre de la grande famille de l\u2019Action Fran\u00e7aise, car ce n\u2019est plus ici que s\u2019exercera d\u00e9sormais mon action. Je corrige les avant-derni\u00e8res \u00e9preuves de ma th\u00e8se. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Notre-Dame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 2 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait tr\u00e8s mauvais temps ; pluie une bonne partie de la journ\u00e9e. Je vais chez l\u2019imprimeur o\u00f9 l\u2019on ach\u00e8ve l\u2019impression de ma th\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 3 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame ; j\u2019y fais la sainte communion \u00e0 l\u2019occasion du premier vendredi du mois. L\u2019apr\u00e8s-midi, je corrige les derni\u00e8res \u00e9preuves de ma th\u00e8se dont on ach\u00e8ve ce soir l\u2019impression&nbsp;; je vais \u00e0 la salle d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 4 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois cinquante exemplaires de ma th\u00e8se qui a 271 pages ; en la commen\u00e7ant, je ne pensais pas d\u00e9passer 200 pages ! On enverra lundi les 100 exemplaires r\u00e9glementaires \u00e0 la Facult\u00e9 de Caen. Les bonnes feuilles du volume ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9es en m\u00eame temps que celles de la th\u00e8se, mais le format sera diff\u00e9rent ; on l\u2019\u00e9ditera d\u00e8s que j\u2019aurai re\u00e7u la pr\u00e9face de M. Cheysson. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais porter un exemplaire \u00e0 M. Dominique Delahaye qui me re\u00e7oit tr\u00e8s aimablement ; je vois Jacques Herv\u00e9 qui est de passage ici. Il y a aujourd\u2019hui exactement dix ans de l\u2019incendie du Bazar de la Charit\u00e9. Quand je pense \u00e0 cette \u00e9pouvantable catastrophe, qui nous a tout \u00e9mus, j\u2019en fr\u00e9mis encore. Ma tante Est\u00e8ve et Magdeleine ont bien failli y p\u00e9rir ainsi que la pauvre Jeanne de Terrats&nbsp;; leur m\u00e8re, du reste, a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement br\u00fbl\u00e9e. Quel affreux drame ! Fin de la 17e semaine ; le temps passe !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 5 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aujourd\u2019hui 4 mois que j\u2019ai vu avec d\u00e9sespoir le maudit train qui a emport\u00e9 Marie-Louise ; quatre mois sont pass\u00e9s tr\u00e8s lentement&nbsp;; mais enfin, c\u2019est autant de gagn\u00e9 ; il est probable que j\u2019aurai revu Marie-Louise dans un mois ; que se passera-t-il alors ? Quelle angoissante question ! Mon sort se d\u00e9cidera ; \u00e0 mesure que ce moment approche, mon inqui\u00e9tude grandit. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph et, l\u2019apr\u00e8s-midi, au salut \u00e0 l\u2019Adoration ; je vais aussi avec Jean Gavouy\u00e8re au bureau de distribution gratuite de journaux, aux Justices. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 une conf\u00e9rence du capitaine Magniez, qui a refus\u00e9 d\u2019enfoncer une porte d\u2019\u00e9glise au mois de novembre ; il n\u2019est pas tr\u00e8s \u00e9loquent, mais a beaucoup de c\u0153ur. On joue une com\u00e9die : <em>Les Boulinards<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 mai 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 6 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la salle d\u2019armes&nbsp;; le soir, \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Louis, conf\u00e9rence du P. de la Taille sur \u00ab Le parti catholique \u00bb ; discussion assez vive. Sur cette question de la constitution d\u2019un parti catholique en France, j\u2019avoue ne pas avoir d\u2019id\u00e9e bien arr\u00eat\u00e9e. Je souhaite vivement une \u00ab&nbsp;Union&nbsp;\u00bb des diff\u00e9rents partis compos\u00e9s de Catholiques pour faire bloc contre les ennemis de l\u2019\u00c9glise ; c\u2019est cette id\u00e9e que j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9e dans le 3<sup>\u00e8me<\/sup> des articles que j\u2019ai \u00e9crits en juin dernier dans <em>La V\u00e9rit\u00e9 fran\u00e7aise<\/em> ; cette union catholique, comme l\u2019ancienne union conservatrice, ne demanderait, bien entendu, aucun renoncement aux partis coalis\u00e9s&nbsp;; leur union, d\u2019ailleurs, ne se manifesterait que pour les questions religieuses. Le P. de la Taille, lui, demande la constitution d\u2019un parti catholique complet ; n\u2019est-ce pas un peu chim\u00e9rique ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 7 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais les visites de mes pauvres de Saint-Vincent-de-Paul. Le soir, th\u00e9 chez la famille R\u00e9gnard&nbsp;; il y a aussi Mme et Mlle Buston, Mme de Guibert, M. de Saint-Valmont.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 8 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate de Jeanne d\u2019Arc qui se c\u00e9l\u00e9brait, les autres ann\u00e9es \u00e0 Orl\u00e9ans, par une magnifique procession \u00e0 laquelle prenaient part l\u2019Arm\u00e9e et les autorit\u00e9s civiles ; c\u2019\u00e9tait un jour de r\u00e9conciliation nationale. Cette ann\u00e9e, le gouvernement a d\u00e9clar\u00e9 que si la loge ma\u00e7onnique d\u2019Orl\u00e9ans (les F:. sont cependant les insulteurs de Jeanne d\u2019Arc), l\u2019Arm\u00e9e et les fonctionnaires n\u2019y prendraient pas part<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a> ; le maire, un imb\u00e9cile, aurait bien voulu tout arranger mais a \u00e9t\u00e9 d\u2019une insigne faiblesse. L\u2019\u00e9v\u00eaque a d\u00e9clar\u00e9, avec raison, que le clerg\u00e9 ne pourrait pas assister \u00e0 un cort\u00e8ge o\u00f9 la franc-ma\u00e7onnerie \u00e9tait admise officiellement. D\u00e9sorganisation compl\u00e8te de la f\u00eate, \u00e0 cause des F:. Il y a une tr\u00e8s grande indignation \u00e0 Orl\u00e9ans et si quelques vingtaines d\u2019hommes r\u00e9solus savaient se concerter, ils profiteraient certainement de l\u2019occasion pour donner \u00e0 ces ignobles F:. une \u00ab&nbsp;le\u00e7on de choses&nbsp;\u00bb dont leurs \u00e9chines garderaient longtemps le souvenir. L\u2019Action fran\u00e7aise d\u2019Orl\u00e9ans a coll\u00e9 sur les murs de la ville une affiche tr\u00e8s \u00e9nergique dans laquelle il est dit que les Juifs et les F:. qui, gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9publique, se sont empar\u00e9s de la France, doivent en \u00eatre chass\u00e9s comme autrefois les Anglais et que, pour cela, il faut, comme le fit Jeanne d\u2019Arc, faire couronner le roi l\u00e9gitime de France. L\u2019affiche invite donc tous les bons Fran\u00e7ais \u00e0 se rallier autour du duc d\u2019Orl\u00e9ans, protecteur des traditions des cit\u00e9s et des r\u00e9gions. Elle se termine par \u00ab&nbsp;Vive le roi, \u00e0 bas la r\u00e9publique&nbsp;!&nbsp;\u00bb Cette affiche a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s remarqu\u00e9e par la presse r\u00e9publicaine et conservatrice ; les journaux ralli\u00e9s font le silence autour. Les ligueurs d\u2019Orl\u00e9ans ont tr\u00e8s bien fait de tirer la conclusion logique des tristes \u00e9v\u00e8nements d\u2019Orl\u00e9ans et de montrer l\u2019unique solution politique de la crise actuelle. Nous saurons demain si les Catholiques orl\u00e9anais ont eu du courage. Le soir, nous allons au Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 9 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">F\u00eate de l\u2019Ascension ; je vais \u00e0 la messe de 8 heures o\u00f9 je fais la sainte communion ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe et au salut \u00e0 la rue Cordelle ; je me prom\u00e8ne avec Jean Gavouy\u00e8re. Les Catholiques d\u2019Orl\u00e9ans ont \u00e9t\u00e9 d\u2019une faiblesse absurde, gr\u00e2ce \u00e0 leurs chefs&nbsp;; ils ont laiss\u00e9 l\u2019odieux cort\u00e8ge se d\u00e9rouler se d\u00e9rouler sans houspiller les inf\u00e2mes francs-mouchards qui ont d\u00e9sorganis\u00e9 la f\u00eate. Il para\u00eet que l\u2019\u00e9v\u00eaque avait recommand\u00e9 le calme&#8230; !!! C\u2019est enrageant ! Comble des combles : les cur\u00e9s ont fait la f\u00eate comme les ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. On les avait, para\u00eet-il, menac\u00e9s de fermer toutes les \u00e9glises s\u2019ils s\u2019opposaient aux sonneries, le maire avait pris un arr\u00eat\u00e9 pour les ordonner&nbsp;; on se serait bien gard\u00e9 d\u2019ex\u00e9cuter la menace, d\u2019ailleurs, l\u2019e\u00fbt-on fait, on aurait vu la population catholique de la ville se lever pour les rouvrir. Mais non, les bons cur\u00e9s ont fait sonner leurs cloches en l\u2019honneur de ce cort\u00e8ge ma\u00e7onnique&#8230; il est vrai qu\u2019ils ont protest\u00e9 \u2013 pacifiquement \u2013 contre la violence morale qu\u2019on leur faisait. Les F:. se fichent bien de leur protestation et doivent bien rire dans leurs loges de la na\u00efvet\u00e9 et de l\u2019insigne faiblesse de ces bons cur\u00e9s d\u2019Orl\u00e9ans ! Quand nous serons-nous gu\u00e9ris de cette maladie de la peur si peu fran\u00e7aise&nbsp;? Comme les Catholiques fran\u00e7ais sont tristement dirig\u00e9s ! Quand on pense \u00e0 l\u2019audace des m\u00e9chants et \u00e0 la faiblesse des bons, c\u2019est \u00e0 pleurer de rage ; ce n\u2019est pas ainsi que l\u2019on sauve un pays ; \u00e9v\u00eaques et pr\u00eatres devraient le m\u00e9diter ! \u00c0 noter que la municipalit\u00e9 qui a vot\u00e9 la participation de la loge ma\u00e7onnique au cort\u00e8ge sachant tr\u00e8s bien que c\u2019\u00e9tait en exclure le clerg\u00e9, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue avec l\u2019appui de l\u2019Action lib\u00e9rale ; \u00e7a aussi, c\u2019est dans l\u2019ordre&#8230; Prions Jeanne d\u2019Arc de rendre aux Catholiques fran\u00e7ais un peu du courage de leurs anc\u00eatres !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, je vais \u00e0 un th\u00e9 de jeunes gens chez Jean Gavouy\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 10 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous lisons dans <em>La Libre Parole<\/em> qu\u2019un violent orage de gr\u00eale a fait beaucoup de mal \u00e0 Roussillon ; le soir, une lettre de Trouillas nous apprend que nos vignes de cette localit\u00e9, qui avaient fort belle apparence, ont \u00e9t\u00e9 hach\u00e9es ; c\u2019est d\u00e9solant ! Et pourvu qu\u2019Ille, Corb\u00e8re etc. n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 atteints&nbsp;! M. Riverain, directeur de la compagnie de d\u00e9m\u00e9nagements de ce nom, vient examiner notre mobilier en vue de notre prochain d\u00e9part ; il nous donnera demain son devis. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Saint-Joseph.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 11 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La gr\u00eale a touch\u00e9 Ille, c\u2019est dans <em>Le Roussillon<\/em> d\u2019hier ; pour Corb\u00e8re, nous ne savons rien. Il nous faudra, pour le d\u00e9m\u00e9nagement, 1 grande voiture de 32 m\u00e8tres cubes, 1 de 30, un cadre de 24 et un wagon entier ; co\u00fbt : 3.300 fr. ; \u00e7a tombe mal cette ann\u00e9e mais il n\u2019y a pas \u00e0 reculer. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite des Padirac. Dernier jour de la 18<sup>e<\/sup> semaine depuis le 5 janvier ; \u00e7a approche !&#8230; Le soir, Saint-Vincent-de-Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 12 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph, et au Mois de Marie, le soir, \u00e0 la cath\u00e9drale. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite de M. Dominique Delahaye qui me remercie de lui avoir offert ma th\u00e8se ; il a prononc\u00e9, lundi, au S\u00e9nat, un discours dont je le f\u00e9licite. \u00c0 4h \u00bd, nous donnons un petit th\u00e9, le second de nos th\u00e9s d\u2019adieu&nbsp;; le dernier sera pour les coll\u00e8gues de Papa ; aujourd\u2019hui, nous avons les Regnard, les Lelong, Ren\u00e9 de La Villebiot, Jean Gavouy\u00e8re&nbsp;: les De Soos et Mme de Guibert, invit\u00e9s, n\u2019ont pu venir. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019aujourd\u2019hui, les Perpignanais entendent, dans la grande salle de la Maison des \u0153uvres, une conf\u00e9rence d\u2019Action fran\u00e7aise du commandant Cuignet, d\u2019Henri Vaugeois et de Bernard de Vezins ; je regrette bien de la manquer ; <em>Le Roussillon<\/em> a fait pour elle beaucoup de r\u00e9clame et elle promet d\u2019\u00eatre tr\u00e8s nombreuse.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 mai 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 13 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je prends aujourd\u2019hui une grande d\u00e9cision, \u00e0 laquelle je pensais, du reste, depuis quelques jours. Comme je dois retourner cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 la Bourboule, je vais y aller tout de suite ; l\u2019\u00e9tablissement ouvre le 25 mai ; j\u2019y arriverai le lundi 27 ; j\u2019en repartirai apr\u00e8s 18 bains et j\u2019arriverai \u00e0 Ille le 15 ou le 16 juin. Si les Lacour avaient d\u00fb arriver \u00e0 Ille \u00e0 la fin de mai, comme ils l\u2019avaient dit tout d\u2019abord, je serais parti pour Ille ces jours-ci, tout de suite apr\u00e8s la soutenance de ma th\u00e8se et je ne serais all\u00e9 \u00e0 la Bourboule que beaucoup plus tard ; mais M. de Lacour a dit \u00e0 Papa qu\u2019il arriverait seulement au commencement de juin ; or, Mme de Lacour ayant \u00e9t\u00e9 malade, il se peut que leur arriv\u00e9e n\u2019ait lieu que le 10 ou le 15 ; dans ces conditions, il vaut mieux que j\u2019aille de suite \u00e0 la Bourboule ; j\u2019en serai d\u00e9barrass\u00e9 et je n\u2019y penserai plus. Somme toute, mon arriv\u00e9e \u00e0 Ille co\u00efncidera \u00e0 tr\u00e8s peu pr\u00e8s avec celle des Lacour&nbsp;; je pourrai y rester tout le temps qu\u2019ils seront et je ne serai pas oblig\u00e9 de quitter le Roussillon tout \u00e0 coup pour la Bourboule ; donc, cela vaut mieux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Hier, \u00e0 B\u00e9ziers, meeting monstre des viticulteurs du Midi ruin\u00e9s par la m\u00e9vente des vins ; ils \u00e9taient plus de 100.000 disent les journaux ; des villages entiers, hommes, femmes, enfants s\u2019\u00e9taient transport\u00e9s \u00e0 B\u00e9ziers, maire, cur\u00e9 et m\u00e9decin en t\u00eate ; il y a huit jours, c\u2019\u00e9tait \u00e0 Narbonne ; il y a 15 jours \u00e0 L\u00e9zignan, dimanche prochain \u00e0 Perpignan ; ces meetings monstres sont absolument pacifiques, la politique, par un accord unanime, en est bannie ; elle en est si bien bannie qu\u2019hier des \u00e9lections municipales devaient avoir lieu \u00e0 Narbonne et pas un seul \u00e9lecteur ne s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9&nbsp;; les bureaux de vote n\u2019ont m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 constitu\u00e9s, faute d\u2019\u00e9lecteurs pr\u00e9sents. Tous les partis s\u2019unissent, en chassant la politique et en d\u00e9clarant que les viticulteurs m\u00e9ridionaux ruin\u00e9s ne paieront plus l\u2019imp\u00f4t si le gouvernement ne prend pas des mesures imm\u00e9diates pour faire cesser la fraude et faire remonter le cours des vins ; toutes les classes sont confondues, propri\u00e9taires et ouvriers, dont les int\u00e9r\u00eats sont solidaires, font entendre les m\u00eames revendications. Ce mouvement est vraiment beau et doit bien inqui\u00e9ter le gouvernement. Il faut bien en finir avec cette terrible crise qui dure depuis 7 ans et qui ruine toute une vaste r\u00e9gion ! Je regrette bien de ne pas \u00eatre \u00e0 ce moment dans le Midi. Le soir, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 14 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La r\u00e9union d\u2019Action fran\u00e7aise de Perpignan a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s nombreuse et tr\u00e8s enthousiaste, nous \u00e9crit Mme de Llamby qui y assistait (cela lui a m\u00eame fait manquer la naissance de sa petite-fille de La Bardonnie). Le compte-rendu du <em>Roussillon<\/em> est tr\u00e8s complet et tr\u00e8s enthousiaste&nbsp;; je mets le num\u00e9ro de c\u00f4t\u00e9 ; \u00e0 la suite de la conf\u00e9rence, banquet et toasts ; quel dommage d\u2019avoir manqu\u00e9 tout cela ! \u00c0 B\u00e9ziers, o\u00f9 il y avait vraiment plus de 100.000 manifestants, on a vot\u00e9 les r\u00e9solutions les plus \u00e9nergiques&nbsp;; des comit\u00e9s de d\u00e9fense viticole se cr\u00e9ent dans toutes les communes de la r\u00e9gion qui se f\u00e9d\u00e8rent entre elles. Ce mouvement est des plus s\u00e9rieux. Il occupe toute la presse parisienne et d\u00e9partementale. Nous allons, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 un th\u00e9 chez la g\u00e9n\u00e9rale Lelong. Il fait un violent orage de pluie et de gr\u00eale. Nous apprenons la mort du pauvre \u00ab&nbsp;Jaume&nbsp;\u00bb&nbsp;; c\u2019est un vieux serviteur de la famille qui dispara\u00eet&nbsp;; il y a plus de 60 ans qu\u2019il travaillait pour nos oncles de Bosch, puis pour nous&nbsp;; il nous \u00e9tait bien d\u00e9vou\u00e9. Depuis deux ou trois ans, il \u00e9tait \u00e0 bout de forces.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, mercredi 15 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour la derni\u00e8re fois (au moins pour cause d\u2019examen), je me retrouve dans cette bonne ville de Caen ; j\u2019ai quitt\u00e9 Angers par le rapide de 10h27 et je suis arriv\u00e9 ici \u00e0 5h par une pluie battante. Je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Place Royale, et je vais aussit\u00f4t faire une visite \u00e0 chacun des membres de mon jury de th\u00e8se&nbsp;: MM. Cabouat, que je ne rencontre pas, Villey et Allix, qui me re\u00e7oivent ; tous deux me font compliment de mon travail, me disent qu\u2019il est creus\u00e9 et int\u00e9ressant. Apr\u00e8s d\u00eener, je vais au Mois de Marie \u00e0 Saint-Pierre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Caen, jeudi 16 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, par le train de 8h, je vais \u00e0 la D\u00e9livrande ; j\u2019y entends la messe, j\u2019y fais la sainte communion et j\u2019y laisse mon dernier ex-voto, le sixi\u00e8me ; ces six plaques de marbre rappellent chacun de mes six examens de droit, portent toutes la m\u00eame formule suivie de la date de chaque examen et de mes 3 initiales : A.E.B. Je suis convoqu\u00e9, \u00e0 la Facult\u00e9, pour 3h \u00bd. MM. Cabouat, Villey et Allix me f\u00e9licitent, tous trois, de ma th\u00e8se et me posent des objections un peu sur toutes les parties de mon travail. M. Villey, qui est un \u00e9conomiste \u00e0 tendances tr\u00e8s lib\u00e9rales, m\u2019attaque sur le chapitre VI relatif \u00e0 l\u2019obligation du repos hebdomadaire ; je r\u00e9ponds \u00e0 toutes les objections en donnant mes raisons ; M. Villey me f\u00e9licite de la fa\u00e7on dont je soutiens mon opinion. M. Cabouat<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, qui est tr\u00e8s anticl\u00e9rical, dit qu\u2019il trouve \u00e0 ma th\u00e8se une couleur trop confessionnelle, \u00e7a m\u2019est \u00e9gal ! La soutenance dure 1h \u00bd. Apr\u00e8s d\u00e9lib\u00e9ration, M. Cabouat proclame le r\u00e9sultat et m\u2019annonce que la Facult\u00e9 me re\u00e7oit docteur en droit avec la mention&nbsp;\u00ab&nbsp;bien&nbsp;\u00bb. Me voici donc arriv\u00e9 au couronnement de mes \u00e9tudes ! J\u2019en remerci\u00e9 Dieu et je le prie de me prot\u00e9ger pour le reste de ma vie et particuli\u00e8rement pour mon mariage, comme Il m\u2019a prot\u00e9g\u00e9 pour mes \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s d\u00eener, je vais au Mois de Marie \u00e0 Saint-Pierre. Je fais mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part, car je vais partir ce soir m\u00eame \u00e0 10h20.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 17 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019arrive \u00e0 Angers \u00e0 4h du matin ; je me couche alors et dors jusqu\u2019\u00e0 neuf heures. Papa et Maman sont enchant\u00e9s de la mention que j\u2019ai obtenue ; plusieurs personnes, notamment M. Gavouy\u00e8re, m\u2019en f\u00e9licitent. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Saint-Joseph.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 18 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019occasion du concours hippique, nous avons du monde toute l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 nos fen\u00eatres sur le Champ de Mars : les Padirac, Blanc, De Villelume etc. Le soir, Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul. Fin de la 19<sup>e<\/sup> semaine d\u2019attente. Dans moins d\u2019un mois, le dimanche 16 juin, j\u2019arriverai \u00e0 Ille et j\u2019esp\u00e8re bien que les Lacour y seront arriv\u00e9s et que je verrai Marie-Louise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 19 mai 1907 (Pentec\u00f4te)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons des invit\u00e9s pour le concours hippique. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Saint-Joseph. C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019a lieu le grand meeting viticole de Perpignan. Celui de B\u00e9ziers, qui a \u00e9t\u00e9 suivi quelques jours apr\u00e8s par des sc\u00e8nes de violence (incendie de l\u2019H\u00f4tel de Ville), et par la d\u00e9mission de la municipalit\u00e9, a r\u00e9uni 141.000 manifestants&nbsp;; ce chiffre a \u00e9t\u00e9 contr\u00f4l\u00e9 par les comit\u00e9s locaux de d\u00e9fense viticole. On compte aussi sur une tr\u00e8s grande affluence \u00e0 Perpignan.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 mai 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 20 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons encore beaucoup de monde \u00e0 l\u2019occasion du concours. Comme mon d\u00e9part est fix\u00e9 \u00e0 mardi prochain (je l\u2019ai retard\u00e9 de deux jours \u00e0 cause de la soir\u00e9e que Papa et Maman veulent donner lundi, pour l\u2019Universit\u00e9) je commence aujourd\u2019hui la s\u00e9rie de mes visites de d\u00e9part ; j\u2019en fais neuf aujourd\u2019hui, toutes celles du lundi, toutes par carte. Ensuite, je viens avec les personnes que nous avons invit\u00e9es pour la derni\u00e8re journ\u00e9e du concours hippique. Tout le monde parle de la colossale manifestation viticole d\u2019hier \u00e0 Perpignan ; elle a d\u00e9pass\u00e9 tout ce qu\u2019on aurait pu imaginer ; il y avait de 160.000 \u00e0 180.000 personnes venues, la plupart des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, mais aussi de l\u2019Aude et de l\u2019H\u00e9rault. Le meeting s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans le plus grand ordre et le plus grand calme ; mais, comme \u00e0 L\u00e9zignan, Narbonne et B\u00e9ziers, on a pris les r\u00e9solutions les plus viriles : refus de l\u2019imp\u00f4t partout organis\u00e9 sans pr\u00e9judice d\u2019autres mesures, si le gouvernement n\u2019accorde pas les revendications de la viticulture. Ce mouvement sans pr\u00e9c\u00e9dent est des plus int\u00e9ressants ; jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, l\u2019union la plus compl\u00e8te a r\u00e9gn\u00e9 entre les viticulteurs de toute classe sociale, de tout parti politique. Je souhaite bien vivement qu\u2019il r\u00e9ussisse et que la fraude \u00e9tant enray\u00e9e, le vin retrouve ses anciens prix. Mais combien je regrette de n\u2019avoir pas assist\u00e9 \u00e0 cette manifestation vraiment unique qui a concentr\u00e9 sur Perpignan toute l\u2019attention de la France !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mardi 21 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue mes visites qui dureront toute la semaine ; aujourd\u2019hui, je rencontre presque tout mon monde. Le soir, nous allons au Mois de Marie \u00e0 Saint-Joseph. Les personnes que je vois ces jours-ci me f\u00e9licitent de mon titre de docteur en droit. C\u2019est un joli titre \u00e9videmment, mais actuellement \u00e0 peu pr\u00e8s inutilisable. Il est, en effet, impossible \u00e0 un jeune homme ayant des id\u00e9es saines et des sentiments religieux d\u2019entrer dans la magistrature&nbsp;; le barreau est horriblement encombr\u00e9&nbsp;; restent les contentieux de certaines compagnies ou soci\u00e9t\u00e9s de commerce, c\u2019est \u00e0 peine pay\u00e9 surtout au d\u00e9but et je ne couvrirais certainement pas, si j\u2019entrais dans un contentieux, les frais que cela entra\u00eenerait pour moi. Actuellement, mon titre de docteur en droit est donc \u00e0 peu pr\u00e8s inutilisable ! Si le gouvernement venait \u00e0 changer, il pourrait alors me servir ; Philippe VIII me nommera peut-\u00eatre sous-pr\u00e9fet&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, mercredi 22 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais des visites de d\u00e9part toute l\u2019apr\u00e8s-midi. M. \u00c9mile Marie publie, dans <em>Le Roussillon<\/em>, deux articles intitul\u00e9s \u00ab R\u00e9publique ou Monarchie&nbsp;? \u00bb dans lesquels, apr\u00e8s avoir fait le proc\u00e8s de la r\u00e9publique et de tous les partis r\u00e9publicains, m\u00eame les plus mod\u00e9r\u00e9s, il d\u00e9clare reconna\u00eetre que la Monarchie est pr\u00e9f\u00e9rable, en France, \u00e0 toute r\u00e9publique. C\u2019est une conversion car M. Marie, quoique tr\u00e8s bon catholique, avait toujours \u00e9t\u00e9 r\u00e9publicain, m\u00eame avant le ralliement&nbsp;; fondateur et pr\u00e9sident de l\u2019important groupe d\u2019Action lib\u00e9rale de Prades, il a de l\u2019influence. Je suis enchant\u00e9 de son \u00e9volution. Beaucoup d\u2019autres, d\u00e9sabus\u00e9s comme lui, \u00e9voluent aussi ; ces jours-ci, ici, deux jeunes gens qui, autrefois, n\u2019\u00e9taient pas royalistes, m\u2019ont d\u00e9clar\u00e9 que le ralliement \u00e9tait absurde et que l\u2019affirmation franche du programme monarchique pouvait seule nous relever ; l\u2019Action fran\u00e7aise est pour beaucoup dans ce mouvement d\u2019id\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plusieurs personnes amies ont eu l\u2019id\u00e9e de marier Philom\u00e8ne \u00e0 un jeune homme d\u2019Angers, M. Henri de Lavergne ou de la Vergne&nbsp;; je ne le connais que tr\u00e8s peu ; mais les renseignements sur son compte sont tr\u00e8s bons ; de plus, sa famille a beaucoup de fortune&nbsp;; aussi Papa et Maman laissent-ils faire ; il pla\u00eet \u00e0 Philom\u00e8ne. Nous ne saurons certainement pas avant quelques jours \u00e0 quoi nous en tenir. Ce projet me pla\u00eet aussi ; sans doute, nous pr\u00e9f\u00e9rerions tous marier Philom\u00e8ne en Roussillon&nbsp;; mais il y a, dans notre pays, bien peu de partis pouvant lui convenir ; et, \u00e0 la marier en dehors du pays, il vaut cent fois mieux que ce soit \u00e0 Angers, o\u00f9 nous sommes si connus et o\u00f9 elle se pla\u00eet beaucoup, qu\u2019ailleurs. \u00c0 la gr\u00e2ce de Dieu ! Mais il est \u00e0 souhaiter que les choses ne tra\u00eenent pas, car le moment du d\u00e9m\u00e9nagement approche \u00e0 pas de g\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, jeudi 23 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue mes visites ; j\u2019en fais 7 ou 8 tous les jours. Le soir, Mois de Marie \u00e0 Saint-Joseph. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je prends une le\u00e7on de chant, la derni\u00e8re \u00e0 Angers, chez M. Pinguet ; pendant la le\u00e7on, un violent orage \u00e9clate et la foudre tombe sur la maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, vendredi 24 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue mes visites de d\u00e9part ; l\u2019apr\u00e8s-midi, vers 5 heures, Jacques Herv\u00e9-Bazin, de passage \u00e0 Angers, vient me voir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, samedi 25 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les vingt semaines sont pass\u00e9es ! 20 semaines, \u00e7a me paraissait si long le soir du 5 janvier ! Seulement, ce n\u2019est plus 20, c\u2019est 23 qu\u2019il faut compter maintenant ; j\u2019arriverai \u00e0 Vin\u00e7a le 16 juin et \u00e0 Ille le 17 et c\u2019est ce jour-l\u00e0 que j\u2019esp\u00e8re revoir Marie-Louise, car il est tr\u00e8s probable que les Lacour seront alors \u00e0 Ille ; ce sera dans 3 semaines. Alors, je reverrai Marie-Louise le plus possible et je ferai dire par Papa ou Maman \u00e0 ses parents que le moment est venu d\u2019en arriver \u00e0 la conclusion&#8230; On lui demandera de se prononcer et alors, elle d\u00e9cidera&#8230; ; ce que je ne veux pas absolument, c\u2019est laisser se prolonger l\u2019incertitude dans laquelle je me trouve depuis six mois que ce projet de mariage est revenu sur l\u2019eau ; si M. et Mme de Lacour ne veulent pas la marier tout de suite, bien entendu je n\u2019insisterai pas et je consentirai \u00e0 attendre encore quelque temps, mais \u00e0 condition que le mariage soit d\u00e9cid\u00e9. C\u2019est donc cet \u00e9t\u00e9 que se d\u00e9cidera mon avenir. Pr\u00e9cis\u00e9ment, je re\u00e7ois une carte tr\u00e8s aimable de M. et Mme de Lacour me remerciant de l\u2019envoi de ma th\u00e8se. Philom\u00e8ne a re\u00e7u, ces jours-ci, des cartes postales de Marie-Louise. J\u2019ach\u00e8ve mes visites de d\u00e9part. Le soir, j\u2019assiste pour la derni\u00e8re fois \u00e0 la Conf\u00e9rence Saint-Vincent-de-Paul de Saint-Serge.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, dimanche 26 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Notre-Dame, en l\u2019honneur de la f\u00eate de la Tr\u00e8s Sainte Trinit\u00e9 ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Joseph. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 4h \u00bc, nous allons prendre le th\u00e9 (ou plut\u00f4t le chocolat) chez Mme Perrin. Je n\u2019ai plus qu\u2019un jour complet \u00e0 passer \u00e0 Angers.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 31 mai 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angers, lundi 27 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est la derni\u00e8re fois que je date mon journal d\u2019Angers, au moins en habitant Angers. Apr\u00e8s treize ann\u00e9es pass\u00e9es dans cette ville, je vais revenir habiter mon pays d\u2019origine. Ce retour en Roussillon, n\u00e9cessaire \u00e0 tant de points de vue, je le d\u00e9sirais depuis longtemps ; j\u2019aime beaucoup mon pays et la raison s\u2019allie chez moi \u00e0 l\u2019inclination pour m\u2019y faire rentrer ; cette ann\u00e9e-ci particuli\u00e8rement, \u00e0 cause de mes projets d\u2019avenir, dont la conclusion est toute proche, il me tardait de voir arriver le moment du d\u00e9part. N\u00e9anmoins, en disant adieu \u00e0 mes amis, dont quelques-uns sont des amis tr\u00e8s chers, tr\u00e8s sympathiques, et en quittant cette maison o\u00f9 j\u2019ai pass\u00e9 dix ans, ma petite chambre sur le Champ de Mars o\u00f9 j\u2019ai tant travaill\u00e9, o\u00f9 j\u2019ai \u00ab&nbsp;m\u00fbri&nbsp;\u00bb d\u2019esprit comme de corps, je ne peux retenir un certain sentiment de m\u00e9lancolie ; c\u2019est une p\u00e9riode nouvelle de ma vie qui commence pour moi, p\u00e9riode que je dois inaugurer par mon mariage lequel, en toute hypoth\u00e8se, est \u00e9videmment tr\u00e8s prochain. Le soir, Papa donne un th\u00e9 d\u2019adieu \u00e0 ses coll\u00e8gues de l\u2019Universit\u00e9 et \u00e0 leurs familles ; nous sommes une cinquantaine ; c\u2019est plut\u00f4t triste.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mercredi 29 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon d\u00e9part d\u00e9finitif d\u2019Angers s\u2019est effectu\u00e9 hier soir \u00e0 cinq heures. Le matin, j\u2019avais assist\u00e9 \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Notre-Dame pour remercier Dieu de la protection et des gr\u00e2ces qu\u2019Il m\u2019a accord\u00e9es pendant les treize ann\u00e9es de mon s\u00e9jour dans cette ville. L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis all\u00e9 faire mes adieux \u00e0 M. le cur\u00e9 que j\u2019ai fini par rencontrer ; puis j\u2019ai jet\u00e9 un dernier coup d\u2019\u0153il sur ma chambre, sur ces appartements que je ne reverrai plus et \u00e0 cinq heures, je prenais le train pour la Bourboule par Tours et Vierzon. Mon voyage a \u00e9t\u00e9 attrist\u00e9 par un affreux accident survenu en gare de Vierzon quelques minutes avant mon arriv\u00e9e et dont j\u2019ai vu, de tr\u00e8s pr\u00e8s, les atroces cons\u00e9quences. C\u2019est un employ\u00e9 \u2013 contr\u00f4leur ou chef de train \u2013 qui venait de se faire \u00e9craser par un train entrant en gare \u00e0 une allure pourtant tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9e m\u2019a-t-on dit. Voici comment je me suis aper\u00e7u de la chose : je venais de descendre du train venant de Tours et j\u2019attendais l\u2019express arrivant de Paris \u00e0 11h25 lorsque j\u2019ai aper\u00e7u, sur la voie, une lumi\u00e8re \u00e9clair\u00e9e par un employ\u00e9 qui portait un falot ; pensant qu\u2019on allait descendre un malade, je me suis approch\u00e9, et, tout \u00e0 coup, spectacle horrible, je vois par terre, sur la voie, un corps \u00e9tendu et, quelques m\u00e8tres plus loin, une t\u00eate toute sanglante ; je m\u2019attendais si peu \u00e0 cela, que, dans la demi obscurit\u00e9, j\u2019ai failli heurter du pied ces d\u00e9bris humains. Je me suis alors inform\u00e9 et on m\u2019a racont\u00e9 que ce malheureux avait, par distraction probablement, mis le pied sur la voie au moment m\u00eame o\u00f9 le train passait pr\u00e8s de lui ; l\u2019accident venait d\u2019arriver et, \u00e0 cause des constatations l\u00e9gales, tout \u00e9tait en l\u2019\u00e9tat. Je n\u2019oublierai jamais l\u2019impression que j\u2019ai ressentie \u00e0 la vue de ce corps d\u00e9capit\u00e9 et de cette t\u00eate que j\u2019ai eue quelques minutes \u00e0 mes pieds ; quelques m\u00e8tres plus loin se trouvait un bras du malheureux. Ma premi\u00e8re pens\u00e9e a \u00e9t\u00e9 pour l\u2019\u00e2me de cet infortun\u00e9, et j\u2019ai aussit\u00f4t pri\u00e9 pour lui ; quelle affreuse mort, sans m\u00eame une minute pour se pr\u00e9parer ! Comme c\u2019est inqui\u00e9tant ! Mais Dieu est si bon ! Au bout d\u2019un moment, on a mis ces d\u00e9bris humains sur la civi\u00e8re et on les a emport\u00e9s \u00e0 la lueur de deux lanternes ; c\u2019\u00e9tait lugubre et je ne l\u2019oublierai jamais. Quelques d\u00e9bris, voil\u00e0 tout ce qui restait de cet homme quelques minutes avant plein de vie et d\u2019entrain ! Comme la vie de ce monde est peu de chose ; on n\u2019en comprend bien le n\u00e9ant qu\u2019\u00e0 la vue de spectacles pareils. Mais aussi, rien ne fait mieux comprendre qu\u2019il y a autre chose que le corps, qu\u2019il y a une \u00e2me immortelle ; si tout finissait \u00e0 la mort du corps, ce serait vraiment trop triste et trop humiliant ! Inutile de dire que tout le reste du voyage, j\u2019ai eu devant les yeux le spectacle de ce corps d\u00e9capit\u00e9 et de cette t\u00eate sanglante !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis arriv\u00e9 \u00e0 la Bourboule \u00e0 8 heures du matin et je suis descendu \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Londres ; on m\u2019avait pr\u00e9par\u00e9 une chambre, \u00e0 la Villa Pasteur, exactement au-dessous de celle que j\u2019occupais l\u2019an dernier. Je vais tout de suite me baigner afin de ne pas perdre un seul jour ; ensuite, je m\u2019installe dans ma chambre. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir le Dr Lamarle qui me trouve en excellente sant\u00e9 ; il me fera prendre des douches ; tout cela \u00e0 titre purement pr\u00e9ventif. Il pleut et il fait froid ; pas un chat \u00e0 la Bourboule, c\u2019est d\u00e9sert et je vais bien m\u2019y ennuyer ! Je suis servi par les m\u00eames domestiques que l\u2019an dernier : une vieille femme de chambre alsacienne nomm\u00e9e Catherine et un domestique nomm\u00e9 Eug\u00e8ne ce qui ne me change pas puisque notre domestique \u00e0 Angers s\u2019appelait Eug\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, jeudi 30 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de la F\u00eate-Dieu, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h ; j\u2019applique l\u2019indulgence pl\u00e9ni\u00e8re que je gagne apr\u00e8s la communion au pauvre chef de train \u00e9cras\u00e9 \u00e0 Vierzon ; au moins, il aura eu des pri\u00e8res ! Le matin, apr\u00e8s mon bain, je lis. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener sur les flancs du mont Banne d\u2019Ordenche et aux cascades de la Verni\u00e8re et du Plat \u00e0 Barbe ; ensuite je vais voir le Dr Nicolas et M. le cur\u00e9 ; le soir, Mois de Marie ; je me couche \u00e0 9 heures. Mon programme de journ\u00e9e sera, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, le m\u00eame tous les jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, vendredi 31 mai 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, bain. L\u2019apr\u00e8s-midi, qui commence pour moi m\u00eame avant midi puisque le d\u00e9jeuner est \u00e0 onze heures, je fais une longue promenade dans la montagne ; je vais au point appel\u00e9 \u00ab Les 4 d\u00e9partements \u00bb parce que c\u2019est la limite du Puy-de-D\u00f4me, de la Corr\u00e8ze et du Cantal et qu\u2019on y aper\u00e7oit, de loin, les montagnes de la Creuse ; ce point, situ\u00e9 entre 1100 et 1200 m\u00e8tres d\u2019altitude, est \u00e0 7 kilom\u00e8tres de la Bourboule ; je rentre en suivant un chemin sous bois ; je suis surpris par la pluie ; chemin faisant, le long de la route, j\u2019ai trouv\u00e9 des tas de neige qui ach\u00e8vent de fondre. Le soir, je vais \u00e0 la cl\u00f4ture du Mois de Marie. Voici donc encore un mois de pass\u00e9 ! Celui qui commence demain, j\u2019en ai le tr\u00e8s ferme espoir, sera celui de la r\u00e9union avec les Lacour \u00e0 Ille et je reverrai Louloute apr\u00e8s plus de cinq mois de s\u00e9paration ; alors, alors&#8230; mon sort se d\u00e9cidera peu apr\u00e8s. Je re\u00e7ois une lettre de Maman me disant que les n\u00e9gociations entreprises pour un mariage entre Philom\u00e8ne et M. Henri de Lavergne continuent et paraissent en bonne voie&nbsp;; mais il ne faut se r\u00e9jouir trop t\u00f4t ; j\u2019ai appris \u00e0 mes d\u00e9pens \u00e0 me m\u00e9fier en mati\u00e8re de mariage. L\u2019accident de Vierzon est relat\u00e9 dans <em>Le Petit Journal<\/em> de ce matin ; la victime est un nomm\u00e9 Jovy, chef de train attach\u00e9 \u00e0 la gare de Limoges.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juin 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 juin 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, samedi 1<sup>er<\/sup> juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La voil\u00e0 donc arriv\u00e9e cette date du1 juin que j\u2019attendais avec tant d\u2019impatience depuis cinq mois ; malheureusement, il me faut attendre encore 16 jours ; mais enfin, 146 jours sont pass\u00e9s depuis le 5 janvier, 16 jours passeront vite ; c\u2019est la fin de la 21<sup>e<\/sup> semaine. Il pleut une bonne partie de la journ\u00e9e et je ne peux gu\u00e8re me promener. Le matin, je vais voir le docteur. L\u2019apr\u00e8s-midi, je lis tant\u00f4t une \u00e9tude fort int\u00e9ressante de M. Auburtin, de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019\u00c9conomie sociale, sur Le Play ; tant\u00f4t, pour me d\u00e9lasser, un roman de Bourget que j\u2019ai pris en location, <em>Un c\u0153ur de femme&nbsp;<\/em>; c\u2019est une fine \u00e9tude psychologique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, dimanche 2 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut encore toute la journ\u00e9e et on ne peut pas faire la procession de la F\u00eate-Dieu qui devait avoir lieu apr\u00e8s la grand\u2019messe ; c\u2019est \u00e0 peine si je peux faire quelques pas en dehors des sorties pour le traitement, la grand\u2019messe et les v\u00eapres. Il a \u00e9t\u00e9 question de l\u2019Action fran\u00e7aise avant-hier \u00e0 la Chambre \u00e0 propos de l\u2019interpellation de M. de Rosanbo \u00e0 Picquart au sujet de la suspension de L\u00e9on de Montesquiou de ses fonctions de lieutenant de r\u00e9serve. N\u2019osant pas poursuivre en cour d\u2019assises, o\u00f9 la preuve est permise, Montesquiou et les autres membres de l\u2019Action fran\u00e7aise responsables avec lui de l\u2019affichage des trois \u00ab&nbsp;appels au pays&nbsp;\u00bb, le gouvernement a trouv\u00e9 le truc de suspendre Montesquiou de ses fonctions d\u2019officier de r\u00e9serve, comme s\u2019il avait sign\u00e9 ces affiches en cette qualit\u00e9 ! M. de Rosanbo, d\u00e9put\u00e9 royaliste des C\u00f4tes-du-Nord, a interpell\u00e9 Picquart et a soutenu vigoureusement l\u2019Action fran\u00e7aise, aux applaudissements de la droite ; il a commenc\u00e9 la lecture du second appel, celui qui vise sp\u00e9cialement Picquart, dont cet indigne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 n\u2019a lu, \u00e0 la tribune, que de courts extraits ; mais Brisson a mis toute sa rouerie et toute son ignoble partialit\u00e9 de vieux pr\u00e9sident franc-ma\u00e7on \u00e0 l\u2019emp\u00eacher de continuer sa lecture qui aurait fort embarrass\u00e9 le g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. En vain Jules Delahaye et Maurice Barr\u00e8s, apr\u00e8s l\u2019orateur, ont-ils cri\u00e9 au gouvernement que le plus simple \u00e9tait de poursuivre l\u2019Action fran\u00e7aise en cour d\u2019assises ! Il ne l\u2019osera pas car les membres de l\u2019Action fran\u00e7aise sont de taille \u00e0 se d\u00e9fendre et \u00e0 attaquer. La campagne d\u2019affiches, de brochures, de conf\u00e9rences, \u00e0 laquelle j\u2019ai eu l\u2019honneur de participer, va continuer plus opini\u00e2tre que jamais.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 juin 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, lundi 3 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps \u00e9tant meilleur, je fais, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, une longue promenade. Je monte d\u2019abord au rocher de Vendeix et je m\u2019assieds sur le banc du Touring-Club qui est au sommet du rocher. L\u00e0, j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 une bien vive \u00e9motion ; ce lieu, en effet, qui le croirait ? me rappelle bien des souvenirs. L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, j\u2019y \u00e9tais d\u00e9j\u00e0 venu, et devant le magnifique paysage que l\u2019on a devant les yeux, j\u2019avais fait des r\u00eaves d\u2019avenir ; c\u2019\u00e9tait le moment d\u00e9cisif des n\u00e9gociations en vue de mon mariage avec H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s et je me souviens que j\u2019avais beaucoup pens\u00e9, assis sur ce banc&#8230; Je me disais qu\u2019une fois mari\u00e9, j\u2019aimerais \u00e0 y venir avec ma femme et j\u2019avais \u00e9crit le nom d\u2019H\u00e9l\u00e8ne sur le dossier du banc ; cette inscription grav\u00e9e au canif : <em>\u00ab&nbsp;H\u00e9l\u00e8ne juin 06 AEB&nbsp;\u00bb<\/em>,je l\u2019ai revue aujourd\u2019hui un peu effac\u00e9e par les neiges de l\u2019hiver, et sa vue a ranim\u00e9 en moi tous ces souvenirs endormis, je les ai rev\u00e9cus avec une extr\u00eame intensit\u00e9 ! En me retrouvant seul \u00e0 cette place o\u00f9 j\u2019avais r\u00eav\u00e9 de ne revenir qu\u2019avec la compagne de mavie, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 saisi d\u2019une grande tristesse, les larmes me sont venues aux yeux et encore, en ce moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes, je sens que pour un peu je pleurerais ; je me suis mis \u00e0 genoux au sommet de ce rocher gigantesque et j\u2019ai suppli\u00e9 le Bon Dieu de ne pas permettre que je fasse encore seul, l\u2019ann\u00e9e prochaine, cette ascension si \u00e9mouvante. Avec le m\u00eame canif, j\u2019ai \u00e9crit sur le m\u00eame dossier&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Louloute juin 07 AEB&nbsp;\u00bb<\/em> et j\u2019esp\u00e8re que si je fais, l\u2019\u00e9t\u00e9 prochain, une saison \u00e0 la Bourboule, je reviendrai m\u2019asseoir avec Louloute sur ce banc du Vendeix et je remercierai Dieu de m\u2019avoir enfin exauc\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette inscription au sommet de ce rocher perdu au c\u0153ur de l\u2019Auvergne, j\u2019y avais pens\u00e9 souvent depuis un an ; c\u2019est que j\u2019avais mis toute mon \u00e2me dans ces quelques lettres. En les gravant, j\u2019avais r\u00eav\u00e9 \u00e0 une \u00e9pouse ch\u00e9rie. Je ne connaissais pas, ou si peu&nbsp;! H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s ; mais pendant ces n\u00e9gociations que je trouvais si longues, je la parais, dans mon esprit, de toutes les qualit\u00e9s physiques et morales que je veux trouver dans la jeune fille dont je ferai ma fianc\u00e9e et ma femme ; je m\u2019\u00e9tais cr\u00e9\u00e9 le type id\u00e9al de l\u2019\u00e9pouse aim\u00e9e et aimante. Peut-\u00eatre ne r\u00e9pondait-elle pas \u00e0 cet id\u00e9al et Dieu a-t-il voulu m\u2019\u00e9pargner une d\u00e9sillusion. Maintenant cet id\u00e9al c\u2019est Marie-Louise qui l\u2019incarne \u00e0 mes yeux ; je pensais \u00e0 elle d\u2019ailleurs, bien avant de conna\u00eetre l\u2019existence d\u2019H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, mais une premi\u00e8re ouverture aupr\u00e8s de son p\u00e8re ayant donn\u00e9 un r\u00e9sultat n\u00e9gatif, je ne croyais pas alors possible de l\u2019\u00e9pouser. J\u2019ai plus d\u2019espoir \u00e0 pr\u00e9sent&nbsp;; mais comme cet espoir est m\u00eal\u00e9 de crainte ! Le Bon Dieu me la donnera-t-il ou devrai-je encore pleurer sur une nouvelle d\u00e9ception ? Sera-ce elle, sera-ce une autre \u00e0 qui je ferai gravir, \u00e0 mon c\u00f4t\u00e9, les flancs du Vendeix ? Je supplie le Bon Dieu de ne pas me laisser dans cette terrible incertitude et de me la donner bient\u00f4t si c\u2019est elle qui doit faire mon bonheur et si je dois la rendre heureuse !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/carte-postale-ancienne-63-la-roche-vendeix.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"657\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/carte-postale-ancienne-63-la-roche-vendeix-1024x657.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-462\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/carte-postale-ancienne-63-la-roche-vendeix-1024x657.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/carte-postale-ancienne-63-la-roche-vendeix-300x192.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/carte-postale-ancienne-63-la-roche-vendeix-768x493.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/carte-postale-ancienne-63-la-roche-vendeix-1536x985.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/carte-postale-ancienne-63-la-roche-vendeix.jpg 1645w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Roche Vendeix \u00e0 La Bourboule, o\u00f9 Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch grava \u00e0 deux reprises au canif des inscriptions relatives \u00e0 ses potentielles fianc\u00e9es sur le dossier d&rsquo;un banc \u2013 Carte postale ancienne, sans date (Site fortunapost.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aux \u00ab&nbsp;4 d\u00e9partements&nbsp;\u00bb o\u00f9 je suis revenu apr\u00e8s cette \u00e9mouvante station au Vendeix, j\u2019ai retrouv\u00e9 un jeune berger de 14 ans \u00e0 qui j\u2019avais parl\u00e9 vendredi et \u00e0 qui j\u2019avais fait une petite aum\u00f4ne ; je cause encore avec lui et je lui t\u00e9moigne de l\u2019int\u00e9r\u00eat ; alors, avant mon d\u00e9part, il me fait cadeau d\u2019un petit bouquet de pens\u00e9es sauvages cueillies l\u00e0, dans la prairie o\u00f9 paissaient ses b\u0153ufs ; ce modeste cadeau qui, en toute autre circonstance, m\u2019aurait laiss\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s indiff\u00e9rent, m\u2019a fait un plaisir extr\u00eame dans l\u2019\u00e9tat d\u2019esprit o\u00f9 je me trouvais ; des pens\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment ! La fleur du souvenir ! En redescendant vers la vall\u00e9e de la Bourboule, \u00e0 travers la for\u00eat de sapins, j\u2019ai form\u00e9 le projet de conserver ce bouquet pour un jour plus heureux. Je vais le confier au Vendeix. Je l\u2019enfermerai dans une petite bo\u00eete avec quelques lignes sur un morceau de papier, et, un de ces jours, j\u2019irai l\u2019enterrer sur le Vendeix au pied du banc sur lequel j\u2019ai grav\u00e9 le cher nom de Louloute. Et quand je reviendrai m\u2019asseoir et r\u00eaver sur ce banc, avec ma femme, j\u2019esp\u00e8re que je retrouverai ce bouquet fan\u00e9 et que je le lui offrirai. Ce sera une relique et le Vendeix sera devenu pour moi un vrai p\u00e8lerinage !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois des nouvelles Papa et Maman ; ils vont bien et me racontent la procession du Sacre qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 troubl\u00e9e. Le soir, je vais \u00e0 l\u2019\u00e9glise, \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019octave du Saint-Sacrement et je prie Dieu d\u2019exaucer mes d\u00e9sirs. J\u2019envoie une carte de respectueuse sympathie \u00e0 M. L\u00e9on de Montesquiou.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mardi 4 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, traitement ; je reviens voir le docteur qui m\u2019ordonne les douches \u00e0 partir de demain. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais visiter la fontaine p\u00e9trifiante situ\u00e9e au bord de la Dordogne entre la Bourboule et le Mont-Dore ; les objets s\u2019y p\u00e9trifient gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action des eaux tr\u00e8s calcaires ; j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 visit\u00e9 il y a 16 ans, en 91, la fontaine de Saint-Alix pr\u00e8s Clermont-Ferrand qui produit les m\u00eames effets. Le dernier grand meeting viticole tenu jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent est celui qui a eu lieu dimanche \u00e0 N\u00eemes ; comme celui de Carcassonne tenu le 26 mai, il a r\u00e9uni de 200 \u00e0 250.000 manifestants ; c\u2019est un r\u00e9sultat merveilleux ! Le dernier avant l\u2019\u00e9ch\u00e9ance du 10 juin fix\u00e9e au gouvernement aura lieu dimanche prochain \u00e0 Montpellier ; on croit que le chiffre de 500.000 personnes sera d\u00e9pass\u00e9 ; apr\u00e8s cela, si l\u2019on n\u2019a pas satisfaction, refus de l\u2019imp\u00f4t, d\u00e9mission collective des municipalit\u00e9s etc. Voil\u00e0 qui s\u2019appelle de l\u2019action \u00e9nergique !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mercredi 5 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cinq mois aujourd\u2019hui de la maudite date du 5 janvier ; j\u2019esp\u00e9rais bien, au d\u00e9but, que j\u2019aurais revu Marie-Louise avant l\u2019expiration de ces cinq mois et il a fallu encore retarder ce moment ! Enfin, j\u2019arriverai \u00e0 Ille dans douze jours et j\u2019esp\u00e8re bien y trouver le bonheur et revoir Louloute. Maman arrivera peu apr\u00e8s et verra Mme de Lacour. Alors commencera la phase d\u00e9cisive pour moi ; il s\u2019agira d\u2019arriver \u00e0 nos fian\u00e7ailles ou&#8230; je n\u2019ose pas y penser, \u00e0 la rupture ! Je prie Dieu d\u2019\u00e9carter de moi cette solution qui me serait si p\u00e9nible et de b\u00e9nir mes projets. Il y a si longtemps que je prie \u00e0 cette intention que j\u2019esp\u00e8re bien \u00eatre exauc\u00e9. Maman m\u2019\u00e9crit et me dit que le projet de mariage entre M. Henri de Lavergne et Philom\u00e8ne est en assez bonne voie ; mais les projets sont lents, moins lents tout de m\u00eame que pour moi ! Le matin, je prends la premi\u00e8re douche de ma saison thermale. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une longue promenade ; je suis la nouvelle route de Latour jusqu\u2019au-del\u00e0 du hameau de Liournat et je grimpe sur le puy de Lachaud (1189m) ; sur les flancs de ce puy, on remarque des lev\u00e9es de terre gazonn\u00e9es que l\u2019on prend pour une ancienne cit\u00e9 arverne ; je rentre par le plateau de Charlanne sur un point duquel je trouve encore de la neige.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, jeudi 6 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois des nouvelles d\u2019Angers ; il para\u00eet que les n\u00e9gociations avec les Lavergne ne vont pas toutes seules ; il y a conflit sur la question de la dot ; les Lavergne voudraient une pension de 3000 fr.&nbsp;; Papa pr\u00e9f\u00e9rerait donner une propri\u00e9t\u00e9 d\u2019une valeur de 100.000 fr. ; esp\u00e9rons que l\u2019on s\u2019entendra et que Philom\u00e8ne n\u2019aura pas le chagrin d\u2019une d\u00e9ception ; je sais par exp\u00e9rience combien c\u2019est p\u00e9nible et je ne le lui souhaite pas. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Murat-le-Quaire en passant par la route de Saint-Sauves ; je reviens par Pessy et la route du Mont-Dore ; le soir, je me confesse apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie de 7h \u00bd. M. Marie, apr\u00e8s ses deux premiers articles dans lesquels il reconna\u00eet la sup\u00e9riorit\u00e9 de la monarchie, en \u00e9crit un 3<sup>\u00e8me<\/sup> dans lequel il \u00e9num\u00e8re toutes les objections contre la possibilit\u00e9 de faire la monarchie et il tire de ces objections la conclusion que la monarchie est impossible quoique tr\u00e8s sup\u00e9rieure \u00e0 la r\u00e9publique ; il a dit, dans un de ses pr\u00e9c\u00e9dents articles, que la r\u00e9publique n\u2019\u00e9tait pas am\u00e9liorable, il n\u2019y a donc, d\u2019apr\u00e8s lui, rien \u00e0 faire. Je pr\u00e9pare \u00e0 ce dernier article une r\u00e9ponse que j\u2019enverrai au <em>Roussillon<\/em> avec recommandation de ne le publier que si on n\u2019a pas d\u00e9j\u00e0 r\u00e9pondu \u00e0 M. Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, vendredi 7 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures en l\u2019honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur. L\u2019apr\u00e8s-midi, je monte au Vendeix et j\u2019enterre peu profond\u00e9ment contre le rocher \u00e0 droite du banc le petit bouquet de pens\u00e9es qu\u2019un berger m\u2019a donn\u00e9 lundi. J\u2019ai enferm\u00e9 le bouquet, entour\u00e9 de papier de plomb, dans une toute petite bo\u00eete ronde en fer-blanc dans laquelle j\u2019ai mis aussi un billet relatant le petit \u00e9v\u00e9nement&nbsp;; j\u2019ai enferm\u00e9 cette bo\u00eete dans une autre plus grande \u00e9galement en fer-blanc, et j\u2019ai confi\u00e9 le tout \u00e0 la garde du rocher de Vendeix. Le point o\u00f9 je l\u2019ai enterr\u00e9 se trouve contre le rocher \u00e0 80 centim\u00e8tres environ en avant du point o\u00f9 le prolongement du c\u00f4t\u00e9 droit du banc rencontrerait le rocher ; quand je dis \u00ab&nbsp;en avant&nbsp;\u00bb, je veux dire que c\u2019est dans la direction de la Bourboule, le banc lui-m\u00eame \u00e9tant tourn\u00e9 vers cette direction. Apr\u00e8s avoir fait cette petite op\u00e9ration, j\u2019ai arrang\u00e9 le sol tout autour afin qu\u2019on ne puisse pas comprendre qu\u2019un objet a \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 l\u00e0 ; j\u2019ai m\u00eame plant\u00e9, au-dessus de la bo\u00eete, un plant de pens\u00e9e sauvage que j\u2019ai trouv\u00e9 tout pr\u00e8s ; prendra-t-il ? Je le voudrais. Et maintenant, \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu ! Je ne rechercherai cette petite bo\u00eete que quand je serai mari\u00e9. Du reste, assis sur le banc, j\u2019ai longuement regard\u00e9 la photographie de Marie-Louise ; avec quel plaisir je reviendrais m\u2019asseoir l\u00e0 avec elle ! J\u2019ai pri\u00e9 le Sacr\u00e9-C\u0153ur, la Sainte Vierge et tous mes saints protecteurs de b\u00e9nir nos projets ; je reviendrai au Vendeix le jour de Saint Antoine. Quittant le Vendeix, j\u2019ai pris la route du Mont-Dore et je suis revenu \u00e0 la Bourboule par la Grande scierie et par la corniche du Plat \u00e0 Barbe ; cela fait une promenade de 13 \u00e0 14 kilom\u00e8tres. Le soir, je vais \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, samedi 8 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois des nouvelles d\u2019Angers ; les affaires de Philom\u00e8ne s\u2019arrangent, Papa ayant c\u00e9d\u00e9 sur la question de pension, comme je le pr\u00e9voyais et comme je le lui conseillais dans ma lettre d\u2019avant-hier, on est presque d\u2019accord avec les Lavergne et Papa croit que la d\u00e9cision ferme ne tardera pas \u00e0 \u00eatre prise. Tant mieux ! Et maintenant il ne reste \u00e0 souhaiter que mes affaires personnelles, qui tra\u00eenent depuis si longtemps, arrivent \u00e0 un d\u00e9nouement prochain et favorable. C\u2019est aujourd\u2019hui la fin de la 22<sup>\u00e8me<\/sup> semaine, l\u2019avant-derni\u00e8re j\u2019esp\u00e8re ; quand j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 compter les semaines, je ne pensais m\u00eame pas arriver \u00e0 ce chiffre. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec le Dr Nicolas. Le soir, je vois un salut. Ce matin, je vais chez le docteur Lamarle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, dimanche 9 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais, apr\u00e8s bain et douche, \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 la procession ; je suis le dais t\u00eate nue ce qui est vraiment m\u00e9ritoire par ce soleil de feu, car le temps a \u00e9t\u00e9 toute la journ\u00e9e tr\u00e8s chaud et orageux ; une quarantaine d\u2019hommes suivaient le dais mais se tiennent fort mal ; sur le parcours, beaucoup se d\u00e9couvrent, mais il y a quelques imb\u00e9ciles qui se croient des esprits sup\u00e9rieurs parce qu\u2019ils ont gard\u00e9 les mains dans leurs poches ou fait d\u2019autres exploits semblables, sur le passage du Saint Sacrement ; c\u2019est encore plus b\u00eate que m\u00e9chant ! C\u2019est aujourd\u2019hui qu\u2019a lieu le formidable meeting de Montpellier, le dernier de la s\u00e9rie avant de passer des menaces aux actes ; voyons ce qui va arriver ! C\u2019est s\u00e9rieux !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 16 juin 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, lundi 10 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a fait de l\u2019orage pendant la nuit et le temps s\u2019est un peu rafra\u00eechi. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au Mont-Dore ; aller et retour<em>&nbsp;\u00ab&nbsp;pedibus cum jambis&nbsp;\u00bb<\/em>. \u00c0 Montpellier hier, les manifestants \u00e9taient plus de 600.000 !!! Depuis trois jours, des quantit\u00e9s de trains sp\u00e9ciaux d\u00e9versaient sur la ville des flots de voyageurs ; on a couch\u00e9 o\u00f9 on a pu, dans les th\u00e9\u00e2tres, dans les \u00e9glises mises par Mgr de Cabri\u00e8res \u00e0 la disposition du comit\u00e9 d\u2019organisation et \u00e0 la belle \u00e9toile ; calme parfait, comme toujours ; mais on a pris des r\u00e9solutions tr\u00e8s \u00e9nergiques : refus imm\u00e9diat de l\u2019imp\u00f4t et d\u00e9mission de toutes les municipalit\u00e9s ; on forcera \u00e0 d\u00e9missionner celles qui n\u2019ob\u00e9iraient pas ; c\u2019est la vie administrative suspendue dans tout le Midi. Voil\u00e0 ce qu\u2019a fait le gouvernement en prot\u00e9geant les fraudeurs et en ne prenant aucune mesure pour enrayer un fl\u00e9au qui a ruin\u00e9 une vaste r\u00e9gion de la France ! Le m\u00eame jour, il y avait un meeting dans le Var et un autre \u00e0 Alger ; ce dernier a r\u00e9uni 50.000 vignerons ; tous les agriculteurs se solidarisent ; c\u2019est un bel exemple d\u2019union sur le terrain \u00e9conomique en dehors de la politique que l\u2019on \u00e9carte avec soin ; on pratique enfin le <em>\u00ab&nbsp;primo vivere, deinde philosophare&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>; la R\u00e9volution, en faisant de chacun de nous \u00ab&nbsp;un souverain&nbsp;\u00bb a m\u00e9connu ce principe ; la force des choses y ram\u00e8ne ! \u00c0 Angers, les affaires de Philom\u00e8ne sont toujours au m\u00eame point : stationnaires. Le bruit court depuis quelques jours (on me l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 dit \u00e0 Angers) que Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans va lancer un manifeste tr\u00e8s important sur les questions sociales ; j\u2019attends avec impatience la parole royale. Le congr\u00e8s annuel \u00ab&nbsp;de presse et de propagande monarchiques&nbsp;\u00bb s\u2019ouvrant jeudi, c\u2019est peut-\u00eatre lui qui en aura la primeur. Mon article en r\u00e9ponse \u00e0 celui de M. Marie \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s termin\u00e9, mais Papa m\u2019ayant envoy\u00e9 un num\u00e9ro du <em>Roussillon<\/em> qui publie le chapitre des <em>Consid\u00e9rations<\/em> de Joseph de Maistre relatif \u00e0 la fa\u00e7on dont se fera la restauration de la monarchie, chapitre qui est toujours d\u2019actualit\u00e9, je remise ma r\u00e9ponse ; apr\u00e8s Joseph de Maistre, je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 me taire. Ce chapitre est une v\u00e9ritable proph\u00e9tie qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9e en 1814 et 1815 et qui se r\u00e9alisera encore. Je pense que M. Marie est bien servi !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mardi 11 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais l\u2019ascension d\u2019un pic qui se trouve entre la vall\u00e9e de Vendeix et celle de la Verni\u00e8re. Dans le Midi, l\u2019effervescence est tr\u00e8s grande : les municipalit\u00e9s de Montpellier, Perpignan, Carcassonne, Narbonne et plusieurs autres ont d\u00e9missionn\u00e9 ; collisions entre la troupe et des manifestants samedi \u00e0 Perpignan et hier \u00e0 Montpellier ; mutinerie dimanche au 100<sup>e<\/sup> de ligne \u00e0 Narbonne. Nous sommes certainement \u00e0 la veille de graves \u00e9v\u00e9nements ; en tout cas, c\u2019est une situation nouvelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, mercredi 12 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Temps pluvieux et plut\u00f4t froid, je sors tr\u00e8s peu. Une lettre de Papa m\u2019annonce la mort du beau-fr\u00e8re de l\u2019oncle Xavier, M. Armand de Terrats ; il pouvait avoir au plus 55 ou 56 ans ; voil\u00e0 encore le dernier repr\u00e9sentant d\u2019une vieille famille roussillonnaise qui dispara\u00eet ; peut-\u00eatre Maurice rel\u00e8vera-t-il le nom ; j\u2019\u00e9cris \u00e0 ma tante une lettre de condol\u00e9ances. Chose curieuse, moi qui connaissais \u00e0 peine M. de Terrats (qui, depuis fort longtemps, ne quittait plus Paris) et qui ne pensais presque jamais \u00e0 lui, j\u2019y avais pens\u00e9 ce matin, \u00e0 plusieurs reprises, \u00e0 tel point que le sachant malade depuis tr\u00e8s longtemps, je me disais qu\u2019il allait peut-\u00eatre mourir ; je ne croyais pas si exactement penser. Il y a certainement des cas o\u00f9 les morts se manifestent aux vivants d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre. Je me rappelle que pareille chose \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se en 1898 au moment de la mort de Charlotte de Nogaret<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a> ; elle y pensait sans cesse toute une matin\u00e9e sans la savoir m\u00eame malade ; le lendemain, je crois, nous apprenions sa mort. Je n\u2019ai gu\u00e8re plus que deux jours \u00e0 passer ici. Apr\u00e8s mon dix-huiti\u00e8me bain et ma onzi\u00e8me douche, samedi, je partirai \u00e0 9h44 et, en passant par Clermont et N\u00eemes, j\u2019arriverai \u00e0 Vin\u00e7a dimanche \u00e0 11h14, soit 26h \u00bd de trajet ; il est vrai qu\u2019on perd beaucoup de temps en route ; plus de 4 heures \u00e0 Clermont, j\u2019en profiterai pour revoir la ville ; j\u2019entendrai la messe \u00e0 Narbonne. J\u2019irai d\u00e8s lundi \u00e0 Ille et j\u2019esp\u00e8re bien voir Fouloute apr\u00e8s 163 jours depuis le 5 janvier !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, jeudi 13 juin 1907 (Saint Antoine)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7h dite pour moi et je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la Saint Antoine. Je prie ce grand saint \u00e0 toutes nos intentions, et je lui en recommande une tout particuli\u00e8rement. C\u2019est cette m\u00eame intention qui me m\u00e8ne l\u2019apr\u00e8s-midi au rocher de Vendeix ; je constate avec plaisir que la place o\u00f9 j\u2019ai mis la bo\u00eete est intacte, mais le plant de pens\u00e9e n\u2019a pas pris, il est mort ; si j\u2019\u00e9tais superstitieux je pourrais y voir un f\u00e2cheux pr\u00e9sage. Je prie Saint Antoine qui m\u2019a toujours prot\u00e9g\u00e9 de me prot\u00e9ger encore et tout particuli\u00e8rement pour mon mariage ; c\u2019est maintenant pour moi la grande pr\u00e9occupation ! Dire que j\u2019esp\u00e8re revoir Louloute dans quatre jours ! Je vais au Mont-Dore par la montagne&nbsp;; le temps est frais et engage \u00e0 la marche ; \u00e0 2 kilom\u00e8tres du Mont-Dore et \u00e0 1200 m\u00e8tres d\u2019altitude, je bois un bol de lait d\u00e9licieux dans un petit restaurant qui ne doit \u00eatre ouvert qu\u2019en \u00e9t\u00e9 ! Pas plus au Mont-Dore qu\u2019\u00e0 la Bourboule, je ne peux trouver \u00e0 faire remplacer le verre de ma montre que l\u2019on a cass\u00e9 ce matin \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement ; c\u2019est vexant. Je re\u00e7ois plusieurs lettres contenant des v\u0153ux de bonne f\u00eate ! Papa, pour me souhaiter la f\u00eate et me r\u00e9compenser de mon doctorat, me fait cadeau d\u2019un cheval ; je vais le choisir chez Fernand de Rovira la semaine prochaine. Dans le Midi, sur l\u2019ordre du comit\u00e9 d\u2019Argelliers, les municipalit\u00e9s d\u00e9missionnent en masse ; dans le seul d\u00e9partement des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, il y avait hier 29 conseils d\u00e9missionnaires, entr\u2019autres Perpignan, Ille, Trouillas, C\u00e9ret, Rivesaltes, Saint-Laurent-de-la-Salanque etc. etc. Tr\u00e8s nombreuses d\u00e9missions dans l\u2019Aude, l\u2019H\u00e9rault etc. Ils veulent rompre toute relation avec le pouvoir central ; il y a aussi des d\u00e9missions de conseillers g\u00e9n\u00e9raux et d\u2019arrondissement ; \u00e7a va certainement s\u2019accentuer. Nouvelle mutinerie militaire, \u00e0 Montpellier. Le g\u00e9n\u00e9ral Bailloud a fait savoir au gouvernement qu\u2019il ne r\u00e9pondait pas des troupes du 16<sup>e<\/sup> corps. C\u2019est une situation v\u00e9ritablement r\u00e9volutionnaire ; tant pis pour la r\u00e9publique !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Bourboule, vendredi 14 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part&nbsp;; je vais voir le Dr Lamarle et lui r\u00e9gler ses honoraires, je fais aussi une visite au Dr Nicolas que je rencontre et \u00e0 M. le cur\u00e9 que je ne rencontre pas. Papa me dit que les demoiselles Mathieu ont \u00e9crit que les Lacour ne sont pas encore arriv\u00e9s \u00e0 Ille, M. de Lacour \u00e9tant souffrant, et il m\u2019engage \u00e0 aller passer quelques jours \u00e0 Sainte-Croix o\u00f9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max me r\u00e9clament ; je pr\u00e9f\u00e8re ne rien changer \u00e0 mon programme ; d\u2019abord, il me faudrait faire un d\u00e9tour \u00e9norme pour passer par Sainte-Croix, et, d\u2019ailleurs, les Lacour peuvent arriver \u00e0 Ille d\u2019un jour \u00e0 l\u2019autre ; ils y sont peut-\u00eatre d\u00e9j\u00e0. Mais comme j\u2019ai eu raison de venir \u00e0 la Bourboule maintenant ! Ce qui m\u2019ennuyait c\u2019\u00e9tait la crainte de manquer une partie du s\u00e9jour des De Lacour ; or ils ne sont pas encore \u00e0 Ille ; je ne me f\u00e9licite bien d\u2019\u00eatre venu ici ; au moins, c\u2019est une chose faite et je n\u2019ai plus \u00e0 y penser ! Somme toute, je ne me suis pas trop ennuy\u00e9 pendant ces dix-sept jours. Je re\u00e7ois encore plusieurs lettres de f\u00eate ; Tata Mimi me dit qu\u2019on emporte \u00e0 Perpignan le corps de M. Armand de Terrats et que ses obs\u00e8ques auront lieu probablement lundi. Je vais donc \u00eatre oblig\u00e9, apr\u00e8s une premi\u00e8re nuit de wagon, de me lever encore \u00e0 4 heures lundi matin pour aller de Vin\u00e7a \u00e0 Perpignan ; \u00e7a va \u00eatre terriblement fatigant ; mais il n\u2019y a pas \u00e0 h\u00e9siter, il faut que je le fasse pour l\u2019oncle Xavier et Tata Mimi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche 16 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parti de la Bourboule samedi matin \u00e0 9h44, je suis arriv\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a, apr\u00e8s avoir visit\u00e9 Clermont et Royat et entendu la messe \u00e0 Narbonne, ce matin \u00e0 11h14. En passant \u00e0 Perpignan, j\u2019ai vu l\u2019oncle Xavier qui attendait le corps de M. de Terrats ; on l\u2019enterre demain matin. C\u2019est pourquoi je suis revenu ce soir \u00e0 Perpignan et je couche au Grand H\u00f4tel o\u00f9 sont aussi Tata Mimi Est\u00e8ve, l\u2019oncle Xavier et Maurice. On est tr\u00e8s surexcit\u00e9 par ici \u00e0 propos de la crise viticole ; on a fond\u00e9, en dehors de toute opinion politique, des comit\u00e9s viticoles dans tous les cantons. Les principaux chefs du mouvement, bien que n\u2019ayant rien fait d\u2019ill\u00e9gal, s\u2019attendent \u00e0 \u00eatre arr\u00eat\u00e9s.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 juin 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 17 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les obs\u00e8ques de M. de Terrats ont \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9es \u00e0 9h \u00be \u00e0 Saint-Jean&nbsp;; l\u2019oncle Xavier et Maurice, puis MM. Adamoli, Henri de \u00c7agarriga et Aragon conduisaient le deuil du c\u00f4t\u00e9 des messieurs. Tata Mimi, Mme Adamoli et Mlle Louise de Lamer du c\u00f4t\u00e9 des dames. Au cimeti\u00e8re Saintt-Martin o\u00f9 est le caveau des Terrats, l\u2019oncle Xavier a dit quelques mots de remerciement au nom de la famille. Le cercueil, trop grand, qui venait de Paris, a eu la plus grande peine \u00e0 entrer dans le caveau. Je rentre par le train de 3h22, mais je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Ille et je n\u2019arrive ici que par le dernier train du soir ; nos r\u00e9parations d\u2019Ille ont bien progress\u00e9. Tata Mimi et Maurice sont repartis \u00e0 3h pour Paris et Saint-Mihiel ; l\u2019oncle Xavier viendra \u00e0 Ille demain matin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 18 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman re\u00e7oit une lettre de Maman lui annon\u00e7ant que l\u2019accord est complet avec les De Lavergne, que M. et Mme de Lavergne sont venus faire la demande officielle et qu\u2019on attend le jeune homme. Voil\u00e0 donc Philom\u00e8ne fianc\u00e9e ; quel bonheur elle a ! Quand aurai-je ce bonheur ? Voil\u00e0 si longtemps que je l\u2019attends ! Voil\u00e0 21 mois qu\u2019on a fait la premi\u00e8re d\u00e9marche aupr\u00e8s de la famille de Lacour et je suis encore \u00e0 me demander si on a seulement parl\u00e9 \u00e0 Marie-Louise&nbsp;; pour Philom\u00e8ne, tout a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 en six semaines. On peut bien dire que les jeunes gens se marient facilement ! Quelle erreur ! Certes, je me r\u00e9jouis du bonheur de Philom\u00e8ne et je n\u2019en suis pas jaloux mais combien il me tarde de pouvoir go\u00fbter moi aussi ce bonheur ! Je supplie, depuis des mois et des ann\u00e9es, tous les saints du Paradis de h\u00e2ter ce moment. Quand donc serai-je exauc\u00e9 ? Je vais \u00e0 Ille le matin de 9 h \u00e0 11 heures ; je vois un moment l\u2019oncle Xavier et je cause avec lui du mariage de Philom\u00e8ne ; Papa l\u2019avait tenu au courant. Il repart \u00e0 11h \u00bd pour Paris et Saint-Mihiel. Le soir, je vais \u00e0 la Balme. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Philom\u00e8ne pour la f\u00e9liciter.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 19 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais aux Capellans o\u00f9 Fernand me fait essayer plusieurs chevaux ; deux me plaisent surtout : la jument alezane Myrrhia (\u00be de sang) et la jument baie cerise Cl\u00e9lie (pur-sang anglo-arabe). Toutes deux sont dans des prix tr\u00e8s abordables (550 et 650). On va les monter quelques jours \u00e0 Perpignan au milieu des trams et des autos, puis je me d\u00e9ciderai pour l\u2019une ou pour l\u2019autre. Je rentre par le train de 4 heures. Je ne sais encore rien pour les Lacour ; sont-ils arriv\u00e9s \u00e0 Ille depuis lundi ou sont-ils encore au Pignas ? J\u2019irai demain \u00e0 Ille pour le savoir. Le gouvernement a fait arr\u00eater ce matin M. Ferroul, maire d\u00e9missionnaire de Narbonne, tous les membres du comit\u00e9 d\u2019Argelliers et plusieurs maires d\u00e9missionnaires. \u00c7a n\u2019est pas all\u00e9 tout seul ; une foule \u00e9norme les d\u00e9fendait et \u00e9levait des barricades ; mais ils n\u2019ont pas voulu laisser verser du sang et se sont laiss\u00e9s arr\u00eater. L\u2019\u00e9motion est tr\u00e8s vive. Le comit\u00e9 d\u2019Argelliers va \u00eatre imm\u00e9diatement reconstitu\u00e9 avec de nouveaux \u00e9l\u00e9ments. Le gouvernement ne viendra pas \u00e0 bout de ce mouvement aussi facilement qu\u2019il le croit. La r\u00e9gion est bond\u00e9e de troupes venues de partout ; il y a eu plusieurs mutineries dans des r\u00e9giments. Je ne sais pas ce qui va se passer !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 20 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les journaux donnent beaucoup de d\u00e9tails sur l\u2019arrestation des membres du comit\u00e9 d\u2019Argelliers et sur celle de M. Ferroul ; pour d\u00e9fendre celui-ci, la population de Narbonne avait \u00e9lev\u00e9 des barricades ; mais pour \u00e9viter l\u2019effusion du sang, il les a fait imm\u00e9diatement d\u00e9molir ; voil\u00e0 les hommes que le gouvernement fait arr\u00eater ; leur emprisonnement constitue une inutile provocation. Dans la matin\u00e9e, le bruit a r\u00e9pandu qu\u2019on se bat \u00e0 Narbonne ; on parle de plusieurs morts. Les journaux du soir racontent qu\u2019hier soir, il y a eu des troubles s\u00e9rieux \u00e0 Narbonne et \u00e0 Montpellier ; \u00e0 Narbonne, on a tent\u00e9 d\u2019incendier la Sous-pr\u00e9fecture, la troupe a tir\u00e9, il y a plusieurs morts et de nombreux bless\u00e9s ; des policiers ont \u00e9t\u00e9 assomm\u00e9s par la foule. Je vais \u00e0 Ille de 1h \u00bd \u00e0 4h avec Bonne Maman. Nous annon\u00e7ons aux demoiselles Mathieu le mariage de Philom\u00e8ne. Celle-ci m\u2019\u00e9crit aujourd\u2019hui ; elle me parle de son fianc\u00e9 ; qu\u2019elle est heureuse de pouvoir \u00e9crire ce mot ; quand donc pourrai-je parler de ma fianc\u00e9e ? H\u00e9las, les jours succ\u00e8dent aux jours, les semaines aux semaines et mes affaires ne font pas un pas ; les Lacour ne sont pas encore arriv\u00e9s. Les personnes qui arrivent le soir de Perpignan racontent que la surexcitation est extr\u00eame ; on conspue le gouvernement et on parle de faire un mauvais parti au pr\u00e9fet. L\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge vient d\u2019\u00eatre proclam\u00e9 \u00e0 Narbonne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 21 juin 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Manifestation-crise-viticole.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"519\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Manifestation-crise-viticole.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-464\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Manifestation-crise-viticole.jpg 800w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Manifestation-crise-viticole-300x195.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Manifestation-crise-viticole-768x498.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de la manifestation \u00e0 Perpignan le 19 juin 1907 \u2013 Carte postale ancienne, 1907 (Site les-pyrenees-orientales.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Treizi\u00e8me anniversaire de ma 1<sup>\u00e8re<\/sup> communion ; \u00e0 cette occasion je voulais aller \u00e0 la messe de 7h \u00bd et faire mes d\u00e9votions ; mais, comme par un fait expr\u00e8s, il n\u2019y a pas de messe de 7h \u00bd. Les journaux racontent qu\u2019hier soir \u00e0 Narbonne entre 4 et 5h, sans provocation aucune et sans sommations, le 139<sup>e<\/sup> de ligne a tir\u00e9 sur la foule ; il y a encore plusieurs morts dont une jeune fille de 20 ans ; cela porte \u00e0 7 ou 8 le nombre des morts ; c\u2019est Clemenceau qui les a sur la conscience ; que leur sang retombe sur la r\u00e9publique ! Dans la matin\u00e9e, le bruit se r\u00e9pand ici que la foule, exasp\u00e9r\u00e9e par les nouvelles de Narbonne, a mis le feu hier soir \u00e0 la Pr\u00e9fecture de Perpignan ; on l\u2019a envahie, on en a fait le sac et on y a mis le feu ; il y a pour 70.000 fr. de d\u00e9g\u00e2ts ; on a emp\u00each\u00e9 les pompiers d\u2019approcher pour \u00e9teindre l\u2019incendie. Tout cela c\u2019est la r\u00e9ponse du Midi \u00e0 l\u2019arrestation des chefs du mouvement viticole jusqu\u2019ici si pacifique. Les journaux du soir racontent qu\u2019\u00e0 Agde, un r\u00e9giment tout entier, le 17<sup>e<\/sup> d\u2019infanterie, a d\u00e9sert\u00e9 et est parti en corps pour B\u00e9ziers se joindre aux manifestants ; ce fait est extr\u00eamement grave ! Partout, les manifestants crient \u00ab Vive l\u2019Arm\u00e9e ! \u00bb, \u00ab \u00c0 bas Picquart ! \u00bb, \u00ab \u00c0 bas Clemenceau ! \u00bb. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille et \u00e0 Boule \u00e0 bicyclette. Ici les esprits sont tr\u00e8s mont\u00e9s ; il y a des disputes dans les rues ; certains r\u00e9publicains accusent les royalistes, <em>\u00ab las rastaill\u00e9s \u00bb,<\/em> d\u2019avoir d\u00e9cha\u00een\u00e9 ce mouvement pour renverser la r\u00e9publique ; ils r\u00e9\u00e9ditent leurs vieilles rengaines sur le drapeau blanc. Cette accusation est stupide car ce mouvement a \u00e9t\u00e9 soigneusement tenu en dehors de la politique jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Par la force des choses, le gouvernement s\u2019y opposant, provoquant les viticulteurs par des arrestations arbitraires, il se tourne contre lui ; mais c\u2019est faire trop d\u2019honneur aux royalistes que de le leur imputer. La r\u00e9publique n\u2019a qu\u2019\u00e0 s\u2019en prendre \u00e0 elle-m\u00eame si elle exasp\u00e8re tout le monde ! Voyons quels nouveaux \u00e9v\u00e9nements demain nous apprendra ; depuis deux jours, \u00e7a chauffe !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-3.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"646\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-3-1024x646.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-463\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-3-1024x646.webp 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-3-300x189.webp 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-3-768x485.webp 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-3-1536x970.webp 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-3.webp 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Grand salon de la Pr\u00e9fecture de Perpignan apr\u00e8s l&rsquo;incendie du 20 juin 1907 \u2013 Carte postale ancienne, 1907 (Site Ebay.de)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa m\u2019\u00e9crit qu\u2019il a lou\u00e9 un petit appartement rue Donadieu de Puycharic pour attendre le mariage de Philom\u00e8ne. Maman arrivera la semaine prochaine et les meubles peu apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 22 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il a fallu longtemps parlementer avec le r\u00e9giment mutin pour le faire rentrer dans le devoir car on n\u2019a pas os\u00e9 employer la force pour le r\u00e9duire : il \u00e9tait arm\u00e9 et c\u2019eut \u00e9t\u00e9 une bataille \u00e9pouvantable. Hier, \u00e0 la Chambre, d\u00e9bat tr\u00e8s vif dont Cl\u00e9menceau s\u2019est tir\u00e9 avec 104 voix de majorit\u00e9 ; c\u2019est triste pour les vignerons du Midi ! Je voulais aller \u00e0 Ille l\u2019apr\u00e8s-midi, mais un assez fort orage m\u2019en emp\u00eache&nbsp;; je vais visiter les malades de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Aujourd\u2019hui, fin de la 24<sup>e<\/sup> semaine depuis le 5 janvier ; et dire qu\u2019au d\u00e9but, je ne pensais pas que la p\u00e9riode de s\u00e9paration d\u00fbt durer 20 semaines ! Je commence \u00e0 me demander si, en raison des graves \u00e9v\u00e8nements qui se d\u00e9roulent, les Lacour ne renonceront pas \u00e0 venir \u00e0 Ille cet \u00e9t\u00e9, pour ne pas abandonner le Pignas ? S\u2019il en est ainsi, il faudra que Papa \u00e9crive \u00e0 M. de Lacour et lui demande une r\u00e9ponse ferme en ce qui me concerne ; je ne peux pas rester plus longtemps dans cette fausse et p\u00e9nible situation ! Esp\u00e9rons que cette \u00e9ventualit\u00e9 ne se produira pas et que les choses se passeront comme il a \u00e9t\u00e9 convenu de part et d\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 23 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h o\u00f9 je fais la sainte communion ; je reviens \u00e0 la grand\u2019messe. Avec Bonne Maman, je vais passer l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Perpignan ; nous assistons \u00e0 l\u2019installation, comme archipr\u00eatre de la basilique Saint-Jean, de notre ami le chanoine Gabriel de Llobet<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a> ; il a \u00e9t\u00e9, pendant 10 ans, secr\u00e9taire de Mgr de Cabri\u00e8res \u00e0 Montpellier ; aussi est-ce le vaillant \u00e9v\u00eaque de Montpellier qui l\u2019installe avec Mgr de Carsalade. Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, je rencontre plusieurs amis, notamment Carlos qui me pr\u00e9sente \u00e0 sa femme ; elle est fort jolie et fort distingu\u00e9e ; ayant rencontr\u00e9 Bonne Maman, ils lui demandent quand ils pourront venir lui voir \u00e0 Vin\u00e7a&nbsp;; ils me demandent aussi quand nos parents seront \u00e0 Ille pour la m\u00eame raison. Nous convenons qu\u2019ils viendront d\u00e9jeuner \u00e0 Vin\u00e7a d\u00e8s que Maman sera arriv\u00e9e ; les deux pr\u00e9sentations auront lieu, ainsi, en m\u00eame temps. Ils sont plus aimables maintenant qu\u2019au moment du mariage ; aussi, pour ne pas avoir l\u2019air de leur tenir rigueur, j\u2019accepte d\u2019aller d\u00e9jeuner chez eux \u00e0 mon prochain voyage \u00e0 Perpignan, apr\u00e8s demain. Je vois aussi les Bonafos. La Pr\u00e9fecture est entour\u00e9e d\u2019un fort cordon de troupes, et on ne peut pas en approcher ; mais on peut voir de loin les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par l\u2019incendie. \u00c0 Perpignan, l\u2019on croit g\u00e9n\u00e9ralement que le feu a \u00e9t\u00e9 mis par des agents provocateurs \u00e0 la solde de la Pr\u00e9fecture ; le pr\u00e9fet et le gouvernement avaient besoin d\u2019un acte de violence pour justifier les envois de troupes et aussi pour pouvoir frapper la r\u00e9action car le bruit court que des royalistes vont \u00eatre arr\u00eat\u00e9s ; c\u2019est toujours le coup du complot ; Cl\u00e9menceau ne varie pas ses tours. Il y a des indices tr\u00e8s s\u00e9rieux que le coupable, c\u2019est le pr\u00e9fet.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 juin 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 24 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On apprend que Marcelin Albert, que le gouvernement cherchait \u00e0 faire arr\u00eater depuis cinq jours, \u00e9tait tranquillement \u00e0 Paris ; il a assist\u00e9 vendredi \u00e0 la s\u00e9ance de la Chambre et est all\u00e9, hier, faire visite \u00e0 Cl\u00e9menceau qui l\u2019a re\u00e7u ; il y a de quoi rire ; il est reparti le soir m\u00eame pour Argelliers et se constituera probablement prisonnier. Je vais \u00e0 Ille ; rien encore pour les Lacour.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 25 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais chercher Myrrhia \u00e0 Perpignan, je pars \u00e0 9 heures en chemin de fer, d\u00e9jeune chez les Lazerme et repars \u00e0 2h20 \u00e0 cheval ; je vais tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9ment et n\u2019arrive \u00e0 Vin\u00e7a qu\u2019\u00e0 plus de 7 heures ; Myrrhia est tr\u00e8s jolie, tr\u00e8s fine, mais je doute qu\u2019elle puisse faire mon affaire ; elle n\u2019est pas dress\u00e9e, elle est tr\u00e8s jeune et, je crains, pas tr\u00e8s r\u00e9sistante ; je vais l\u2019essayer quelques jours ; si elle ne me convient pas, je la changerai comme Fernand me l\u2019a offert. J\u2019arrive, un peu moulu de ma course de 52 kilom\u00e8tres car il y avait 7 mois que je n\u2019avais pas fait de cheval. On a arr\u00eat\u00e9 hier soir \u00e0 Perpignan un \u00e9picier royaliste, membre de l\u2019Action Fran\u00e7aise et du Panache nomm\u00e9 Faget, sous pr\u00e9texte qu\u2019il avait vendu du p\u00e9trole le jour de l\u2019incendie ; il faut avouer que c\u2019est raide, s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autres pr\u00e9somptions&nbsp;; le bruit court que d\u2019autres arrestations suivront ; pauvre Justice ! Que de crimes on commet en ton nom sous la R\u00e9publique.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 26 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je monte Myrrhia ; elle est tr\u00e8s vive, un peu ombrageuse, et pas dress\u00e9e ; je doute fort de pouvoir la garder. Papa t\u00e9l\u00e9graphie que Maman est partie \u00e0 midi d\u2019Angers, qu\u2019elle couchera \u00e0 Bordeaux et arrivera ici demain soir \u00e0 8h15. J\u2019\u00e9cris pour la premi\u00e8re fois \u00e0 mon futur beau-fr\u00e8re Henri de Lavergne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 27 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 bicyclette \u00e0 Boule, o\u00f9 je vais voir les vignes, et \u00e0 Ille ; rien encore pour les Lacour, c\u2019est navrant ! Maman arrive par le train de 8h du soir&nbsp;; elle est un peu fatigu\u00e9e du d\u00e9rangement. Les voitures sont parties lundi et arriveront la semaine prochaine. Maman me donne des d\u00e9tails sur Henri de Lavergne ; il est, parait-il, tr\u00e8s distingu\u00e9, tr\u00e8s en train, tr\u00e8s bon musicien (\u00e7a va bien avec Philom\u00e8ne qui est aussi tr\u00e8s forte en piano). Philom\u00e8ne est enchant\u00e9e de son sort&nbsp;; on le serait \u00e0 moins, car elle trouve tout r\u00e9uni ; un jeune homme tr\u00e8s bien \u00e0 tous points de vue, une tr\u00e8s bonne famille et, pour plus tard, beaucoup de fortune. Ils habiteront la plus grande partie de l\u2019ann\u00e9e la propri\u00e9t\u00e9 de la Motte \u00e0 1 kilom\u00e8tre de Segr\u00e9, et viendront l\u2019hiver passer 3 mois \u00e0 Angers. Ils viendront aussi nous voir, c\u2019est d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9. Qu\u2019elle soit heureuse ! Je suis content pour elle qu\u2019elle n\u2019ait pas connu l\u2019amertume des d\u00e9ceptions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 28 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais sortir la jument ; elle me fait les cent coups ; elle a une d\u00e9fense terrible, r\u00e9tive, \u00e0 peur etc. ; je ne peux pas la garder. Henri Sabat\u00e9, qui a servi 4 ans dans les chasseurs \u00e0 cheval, la monte aussi ; elle lui fait les m\u00eames b\u00eatises ; le soir, pour ne pas la laisser \u00e0 l\u2019\u00e9curie, nous la jetons un moment \u00e0 la longe. D\u00e8s que Fernand sera rentr\u00e9 de Barcelone, je le prierai de me l\u2019\u00e9changer contre une b\u00eate mieux dress\u00e9e et plus sage. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille \u00e0 bicyclette&nbsp;: toujours aucune nouvelle des Lacour. \u00c9tant all\u00e9 \u00e0 la gare pour avertir le chef de gare de la prochaine arriv\u00e9e des voitures de d\u00e9m\u00e9nagement, je suis tout \u00e9tonn\u00e9 d\u2019apprendre qu\u2019elles sont arriv\u00e9es depuis ce matin ; elles ont donc mis \u00e0 peine 4 jours pour venir d\u2019Angers. Le d\u00e9chargement commencera probablement lundi, d\u00e8s qu\u2019un employ\u00e9 de la maison Riverain sera arriv\u00e9 ; il va donc falloir nous installer, Maman et moi, \u00e0 Ille. Pour les Lacour, je commence \u00e0 \u00eatre s\u00e9rieusement inquiet ; apr\u00e8s avoir tant annonc\u00e9 qu\u2019ils arriveraient \u00e0 la fin de mai ou d\u00e8s les premiers jours de juin, vont-ils me faire le coup de ne pas venir ? Il a \u00e9t\u00e9 entendu avec eux, de toutes les fa\u00e7ons, que lorsque j\u2019aurais retrouv\u00e9 Marie-Louise cet \u00e9t\u00e9, on la mettrait au courant de mes intentions et on lui demanderait enfin de se prononcer. S\u2019ils arrivent, les choses se passeront ainsi et j\u2019aurai bient\u00f4t la r\u00e9ponse si impatiemment attendue. Que sera-t-elle ? Dieu seul le sait. Mais s\u2019ils ne viennent pas ? Je ne peux cependant pas attendre encore peut-\u00eatre six mois cette r\u00e9ponse. Papa et Maman, qui s\u2019en ont caus\u00e9, ont d\u00e9cid\u00e9, et je suis absolument de leur avis, que dans quelque temps si les Lacour ne sont pas venus \u00e0 Ille, ils leur \u00e9criront, soit \u00e0 Monsieur, soit \u00e0 Madame, et demanderont une r\u00e9ponse ferme ; au besoin, si c\u2019est n\u00e9cessaire, ils iront les voir au Pignas. Il faut absolument aboutir cet \u00e9t\u00e9 ; je ne puis pas rester ind\u00e9finiment dans cette fausse et p\u00e9nible situation. La date du mariage de Philom\u00e8ne n\u2019est pas encore fix\u00e9e ; mais il doit se faire soit fin juillet soit en septembre ; il ne peut pas se faire en ao\u00fbt, car les Lacour quittent Ille tous les ans vers le 25 ao\u00fbt ; il faut donc, s\u2019ils viennent, que nous soyons aupr\u00e8s d\u2019eux au moins pendant le dernier mois de leur s\u00e9jour ; c\u2019est le moment o\u00f9 nous pourrons agir et, au besoin, insister. Si le mariage avait lieu en ao\u00fbt, nous ne serions tous \u00e0 Ille ni en juillet ni en ao\u00fbt ; \u00e7a n\u2019est pas admissible.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 29 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la grand\u2019messe de la Saint-Pierre. Nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner Carlos et sa femme ; ils arrivent par le train de 11h14 et repartent \u00e0 3h35 ; notre nouvelle cousine est absolument charmante&nbsp;: jolie, gaie, spirituelle, elle ne me plait tout \u00e0 fait ; Carlos a bien choisi. Maman va \u00e0 Ille par le dernier train et rentre \u00e0 8h20 ; elle va s\u2019entendre avec Pierre et le chef de gare au sujet de la livraison des voitures de d\u00e9m\u00e9nagement qui ne doit pas avoir lieu demain dimanche. Fin de la 25<sup>e<\/sup> semaine depuis le 5 janvier ; qui m\u2019aurait dit que \u00e7a serait si long !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 30 juin 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Vin\u00e7a, je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; apr\u00e8s v\u00eapres, M. le cur\u00e9 me fait visiter le Petit s\u00e9minaire install\u00e9 depuis mars dans l\u2019ancien couvent des Carm\u00e9lites rachet\u00e9 par M. Trull\u00e8s pour le conserver \u00e0 sa destination. Par le dernier train, je viens avec Maman m\u2019installer ici pour surveiller l\u2019arriv\u00e9e des meubles. En attendant que les travaux de la grande maison soient termin\u00e9s, nous habiterons, naturellement, l\u2019autre maison.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juillet 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 juillet 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 1<sup>er<\/sup> juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore un nouveau mois qui commence, le sixi\u00e8me depuis le d\u00e9part de Marie-Louise ; sera-ce celui qui la ram\u00e8nera ? Tout l\u2019indique ; mais j\u2019ai eu tant de d\u00e9ceptions que je n\u2019ose pas y compter. Je surveille \u00e0 la gare le d\u00e9chargement de deux de nos voitures de d\u00e9m\u00e9nagement ; parties mardi d\u2019Angers, elles n\u2019ont mis que 3 jours, c\u2019est inou\u00ef. L\u2019op\u00e9ration me rappelle l\u2019embarquement de nos meubles auquel j\u2019avais assist\u00e9 \u00e0 la m\u00eame place en 1894. Apr\u00e8s treize ann\u00e9es pass\u00e9es au loin, nous rentrons dans notre pays, nous nous \u00ab&nbsp;enracinons&nbsp;\u00bb plus profond\u00e9ment au sol o\u00f9 dorment nos anc\u00eatres ; c\u2019est une bonne chose et puissent toutes les familles fran\u00e7aises imiter notre exemple ! On d\u00e9charge compl\u00e8tement la voiture capitonn\u00e9e de 30 m\u00e8tres cubes et \u00e0 moiti\u00e9 celle de 32 m\u00e8tres. On entasse les meubles dans les pi\u00e8ces disponibles de la grande maison. Nous annon\u00e7ons \u00e0 beaucoup de personnes le mariage de Philom\u00e8ne. Mme Dalverny a dit hier \u00e0 Maman que Mme de Pallar\u00e8s regrettait maintenant sa d\u00e9cision de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 mon \u00e9gard ; trop tard ; je n\u2019ai maintenant qu\u2019un d\u00e9sir : \u00eatre agr\u00e9\u00e9 de Marie-Louise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 2 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019am\u00e9nagement continue ; on d\u00e9barrasse la seconde voiture et tout le contenu du wagon ; je suis dans la poussi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 3 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Suite de l\u2019am\u00e9nagement, on rentre les meubles du cadre et ce qui restait du wagon, c\u2019est la fin. L\u2019apr\u00e8s-midi, on d\u00e9balle des caisses dans la maison ; je suis occup\u00e9 toute la journ\u00e9e \u00e0 surveiller tout cela. Nous envoyons de nombreuses lettres et cartes pour annoncer les fian\u00e7ailles de Philom\u00e8ne. C\u2019est aujourd\u2019hui que l\u2019on c\u00e9l\u00e8bre \u00e0 Fontenay-le-Comte le mariage de N\u00e9nette Pichard de la Caill\u00e8re avec M. Blanpain de Saint-Mars ; Papa y assiste et nous y repr\u00e9sente.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 4 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On continue \u00e0 d\u00e9baller des caisses toute la journ\u00e9e ; pas un bibelot n\u2019est cass\u00e9, pas un verre, pas une queue de tasse. Parmi les meubles, le seul ayant s\u00e9rieusement souffert est le lit de Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 5 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aujourd\u2019hui six mois que j\u2019ai vu avec d\u00e9sespoir Marie-Louise quitter Ille ; je croyais la revoir au plus au bout de cinq mois&nbsp;; je me trompais cruellement ! Rien ne permet de pr\u00e9voir quand la famille de Lacour arrivera si tant est qu\u2019elle vienne ! Je suis de plus en plus d\u00e9cid\u00e9, si M. de Lacour n\u2019est pas arriv\u00e9 dans quelques semaines, \u00e0 lui faire demander si oui ou non je peux compter \u00e9pouser Marie-Louise ; il ne s\u2019agira plus alors de promesses plus ou moins vagues, il faudra qu\u2019il me r\u00e9ponde cat\u00e9goriquement ; la situation fausse dans laquelle je me trouve depuis bient\u00f4t huit mois est trop p\u00e9nible pour que je consente \u00e0 la laisser se prolonger. Toutes les personnes qui sont au courant de nos projets \u2013 Bonne-Maman, Tata Mimi, M. le cur\u00e9, les demoiselles Mathieu, sont unanimes \u00e0 dire que l\u2019on doit en arriver maintenant \u00e0 une solution. Le matin, je me confesse et fais la sainte communion \u00e0 l\u2019occasion du premier vendredi du mois ; ensuite je vais \u00e0 Vin\u00e7a et \u00e0 Boule \u00e0 bicyclette. Bonne-Maman vient nous voir de 1 heure \u00e0 4 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 6 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 11 heures ; je fais route avec l\u2019abb\u00e9 Parmentier qui me parle de la Jeunesse catholique dont il s\u2019occupe dans le dioc\u00e8se. L\u00e0, je re\u00e7ois \u00e0 3h \u00bd une jument \u00ab Fleur de lys \u00bb que m\u2019envoie Fernand pour remplacer Myrrhia ; je vais l\u2019\u00e9tudier quelques jours, je verrai ensuite si je peux la garder ; je la monte tout de suite. Maman arrive \u00e0 4h \u00bd. Fin de la 26<sup>e<\/sup> semaine ; quand cela finira-t-il ? J\u2019ose \u00e0 peine me le demander.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 7 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres&nbsp;; les offices sont magnifiques \u00e0 Vin\u00e7a depuis l\u2019installation du Petit s\u00e9minaire, les \u00e9l\u00e8ves les chantent d\u2019une fa\u00e7on admirable ; ils forment une excellente ma\u00eetrise. \u00c0 1h, recouvrement des cotisations de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Apr\u00e8s v\u00eapres, je monte Fleur de lys&nbsp;; je vais jusqu\u2019\u00e0 Sainte-Anne ; au retour, je suis sauc\u00e9 par un orage&nbsp;; la jument va bien, bon caract\u00e8re, bon dressage ; elle a bien quelques caprices, mais avec les jambes et, au besoin, avec un peu de cravache on la fait ob\u00e9ir ; mais je la crois tr\u00e8s jeune, trop jeune. <strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 juillet 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 8 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais visiter les vignes de la Mirande et du <em>Cam dal Roc<\/em> ; il y a de la r\u00e9colte, mais comment le vin se vendra-t-il ? La Chambre a repouss\u00e9 les deux principaux articles du projet de loi contre le mouillage ; aussi les municipalit\u00e9s d\u00e9missionnaires vont-elles confirmer leurs d\u00e9missions. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval ; la villa des Lacour est toujours herm\u00e9tiquement close ; rien ne fait pr\u00e9voir leur prochaine arriv\u00e9e ; c\u2019est d\u00e9solant ! Marie-Louise, \u00e0 qui Philom\u00e8ne avait \u00e9crit pour lui annoncer son mariage, lui r\u00e9pond par une lettre tr\u00e8s aimable, tr\u00e8s affectueuse que Philo m\u2019envoie. Elle fait bien allusion \u00e0 un s\u00e9jour \u00e0 Ille cet \u00e9t\u00e9 mais en termes tr\u00e8s vagues et sans parler du tout du moment de son arriv\u00e9e. Et dire qu\u2019ils avaient annonc\u00e9 qu\u2019ils arriveraient d\u00e8s la fin de mai ou les premiers jours de juin ! C\u2019est sur cette \u00e9poque que j\u2019avais compt\u00e9 toute l\u2019ann\u00e9e. Ce nouvel ajournement de mes esp\u00e9rances m\u2019est extr\u00eamement p\u00e9nible. Mais je suis absolument d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 mettre bient\u00f4t fin \u00e0 cette situation en demandant \u00e0 M. de Lacour une r\u00e9ponse cat\u00e9gorique. Alors \u00e7a sera pour moi ou la joie du succ\u00e8s et des fian\u00e7ailles attendues depuis si longtemps ou la tristesse d\u2019une rupture qui me fera beaucoup de peine, tant de peine que je ne veux pas m\u2019arr\u00eater \u00e0 cette pens\u00e9e. Fernand me propose, si je ne veux pas garder Fleur de lys, de me c\u00e9der le cheval \u00ab B\u00e9tis \u00bb au prix de 750 fr., \u00e0 condition que nous partagions les b\u00e9n\u00e9fices au cas (bien invraisemblable) o\u00f9 je le vendrais \u00e0 la remonte en septembre ou janvier et o\u00f9 j\u2019en tirerais 1100 fr. environ. J\u2019ai envie d\u2019accepter cette proposition mais d\u2019essayer d\u2019abord ce cheval quelques jours&nbsp;; la jument que je monte depuis 3 jours est tr\u00e8s bien mais je la trouve jeune (je ne crois pas qu\u2019elle ait plus de 3 ans) et je crains de la fatiguer ; si, apr\u00e8s essai, B\u00e9tis me convient, j\u2019accepterai la proposition de Fernand.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 9 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je monte deux heures le matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Perpignan faire quelques commissions, notamment choisir une plaque de foyer pour la chemin\u00e9e de la salle \u00e0 manger. Je vois Carlos et sa femme qui partent demain pour Nyer o\u00f9 ils vont passer 8 jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 10 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous faisons le p\u00e8lerinage \u00e0 Doma Nova que le mauvais temps nous avait emp\u00each\u00e9s de faire en d\u00e9cembre et janvier ; je fais la mont\u00e9e pieds nus ; c\u2019est affreusement p\u00e9nible, j\u2019ai n\u00e9anmoins promis de recommencer quand je serai fianc\u00e9. L\u2019abb\u00e9 Salvadou dit la messe que je lui sers et nous faisons tous la sainte communion. Nous sommes de retour \u00e0 midi. Le soir, je monte \u00e0 cheval de 6h \u00e0 7h. Nous recevons un num\u00e9ro du journal <em>La Vend\u00e9e<\/em> qui contient le compte-rendu du mariage de N\u00e9nette Pichard de la Caill\u00e8re ; comme nous l\u2019avait \u00e9crit Papa, il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s chic ; la meilleure soci\u00e9t\u00e9 du pays \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9e dans le cort\u00e8ge de 80 personnes. Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, lunch de 200 personnes par petites tables s\u00e9par\u00e9es&nbsp;; Papa donnait le bras \u00e0 la comtesse de Rochebrune. La veille, il y avait eu un d\u00eener de 30 couverts chez nos cousins dans une tente dress\u00e9e dans le jardin et, parait-il, admirablement d\u00e9cor\u00e9e de fleurs. Mgr Robert du Botneau, pr\u00e9lat tr\u00e8s connu dans ce pays-l\u00e0, a b\u00e9ni le mariage. Si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 encore \u00e0 Angers, j\u2019y aurais certainement assist\u00e9&nbsp;; mais c\u2019\u00e9tait trop loin d\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 11 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval ; on a plac\u00e9 la chemin\u00e9e de la salle \u00e0 manger ; au retour je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 12 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Triste date aujourd\u2019hui ; c\u2019est le premier anniversaire d\u2019une honte nationale, d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9ch\u00e9ance pour notre pauvre patrie, d\u2019une lamentable abdication des Fran\u00e7ais de France devant l\u2019invasion juive, ma\u00e7onne et huguenote, je veux parler de l\u2019arr\u00eat ignoble par lequel la Cour de cassation s\u2019est \u00e0 jamais d\u00e9shonor\u00e9e en r\u00e9habilitant Dreyfus ill\u00e9galement et injustement. Depuis que le plus haut tribunal de France, celui dont la mission sp\u00e9ciale est de garder la loi, a rendu cet ignoble arr\u00eat de complaisance pour lequel il a d\u00fb fausser le texte et l\u2019esprit de la loi, je n\u2019\u00e9prouve plus que le plus profond m\u00e9pris pour cette cour domestiqu\u00e9e et avilie. Honneur \u00e0 l\u2019Action Fran\u00e7aise qui, seule, a jet\u00e9 au gouvernement, \u00e0 Dreyfus et \u00e0 la Cour de cassation le retentissant d\u00e9fi qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 relev\u00e9 ; le gouvernement se reconna\u00eet incapable de faire respecter cet arr\u00eat ; rien ne prouve mieux la forfaiture de la cour supr\u00eame et la culpabilit\u00e9 du tra\u00eetre Dreyfus. Je vais \u00e0 cheval \u00e0 Estoher faire une visite au cur\u00e9 qui est un ardent royaliste ; il veut absolument me garder \u00e0 d\u00e9jeuner ; je vois aussi le maire, un tr\u00e8s brave homme appartenant \u00e0 une famille de paysans royalistes. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, le cur\u00e9 me fait visiter le petit ermitage de Saint-Jean-de-San\u00e8s au pied du Canigou ; je rentre \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 5h \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 13 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Papa pour lui souhaiter la f\u00eate et pour lui demander d\u2019aller voir M. de Lacour \u00e0 B\u00e9ziers ou au Pignas au moment o\u00f9 il viendra en Roussillon, dans 10 ou 15 jours, si les Lacour ne sont pas arriv\u00e9s \u00e0 Ille \u00e0 ce moment-l\u00e0. Je demande \u00e0 Papa de faire cette visite afin que M. de Lacour comprenne bien que je ne pense pas rester plus longtemps dans l\u2019incertitude et qu\u2019il me faut absolument une r\u00e9ponse cat\u00e9gorique ; M. de Lacour ne peut pas avoir la pr\u00e9tention de me faire attendre plus longtemps sa r\u00e9ponse. S\u2019il ne veut pas marier encore Marie-Louise, j\u2019accepterai, pour montrer combien je tiens \u00e0 elle, de retarder le mariage encore quelques mois, jusque dans le courant de l\u2019hiver ou, \u00e0 la rigueur, jusqu\u2019au printemps, bien que cela me co\u00fbte beaucoup ; mais je me refuse \u00e0 rester plus longtemps dans cette incertitude ; et si M. de Lacour ne vient pas \u00e0 Ille cet \u00e9t\u00e9, comme je le crains de plus en plus, il faudra qu\u2019il me r\u00e9ponde quand m\u00eame de loin. Fin de la 27<sup>e<\/sup> semaine !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 14 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fois de plus, on c\u00e9l\u00e8bre l\u2019anniversaire de la prise d\u2019une prison d\u2019\u00c9tat o\u00f9 \u00e9taient enferm\u00e9s quelques fous et quelques faussaires, et d\u2019une r\u00e9volte militaire ; des messieurs au ventre officiel, chamarr\u00e9s de crachats, prononceront des discours en l\u2019honneur de ces \u00ab h\u00e9ros \u00bb, au moment m\u00eame o\u00f9 l\u2019on tient emprisonn\u00e9 18 jours sans l\u2019interroger un brave \u00e9picier soup\u00e7onn\u00e9 (sur la d\u00e9position plus que suspecte d\u2019un apache) d\u2019avoir incendi\u00e9 la Pr\u00e9fecture de Perpignan et o\u00f9 l\u2019on envoie le 17<sup>e<\/sup> de ligne crever de suif et de fi\u00e8vre \u00e0 Gafsa pour avoir refus\u00e9 de tirer sur le peuple du Midi. Gageons que l\u2019on passera aujourd\u2019hui en revue \u00e0 Gafsa ce r\u00e9giment puni, en l\u2019honneur des gardes fran\u00e7ais r\u00e9volt\u00e9s de 1789 ! La r\u00e9publique, il faut l\u2019avouer, ne se pique gu\u00e8re de logique ! Si le peuple parisien de 1789 a fait une action glorieuse en s\u2019emparant d\u2019un monument public et en en tuant le gouverneur, qu\u2019a-t-on \u00e0 reprocher au peuple perpignanais de 1907 ? Si les gardes fran\u00e7aises r\u00e9volt\u00e9s sont des h\u00e9ros, pourquoi punir les soldats du 17<sup>e<\/sup> qui les ont imit\u00e9s ? \u00d4 r\u00e9publique, ton origine et tes principes t\u2019interdisent de punir la r\u00e9volte et l\u2019\u00e9meute ! Beaucoup de communes, \u00e0 cause de la crise viticole, ne c\u00e9l\u00e8brent pas le 14 juillet. Je re\u00e7ois un joli cheval alezan de 6 ans, \u00ab B\u00e9tis \u00bb, que Fernand m\u2019envoie \u00e0 l\u2019essai, et son domestique ram\u00e8ne \u00ab Fleur de lys \u00bb. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; B\u00e9tis est de 750 fr. <strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 21 juillet 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 15 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je monte B\u00e9tis ; il est vif, beaucoup de sang, ne demande qu\u2019\u00e0 marcher ; mais bien dress\u00e9, bon caract\u00e8re, peur de rien et bien membr\u00e9 ; en somme, c\u2019est tout \u00e0 fait ce qui me convient ; apr\u00e8s 3 ou 4 jours d\u2019essai, je compte \u00e9crire \u00e0 Fernand que je le garde. Je vais \u00e0 Ille et en reviens avec lui. Le soir, je vais \u00e0 Nossa ; j\u2019y prends un bain ; je vais \u00e0 Ille du train de 7h \u00e0 celui de 8h prendre un colis arriv\u00e9 pour Philom\u00e8ne ; \u00e7a doit \u00eatre un cadeau ; il n\u2019est pas encore en gare, mais on l\u2019enverra demain ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 16 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe \u00e0 l\u2019honneur de Notre-Dame du Mont Carmel ; ensuite, je vais avec B\u00e9tis \u00e0 Ille et \u00e0 Corb\u00e8re ; je visite les vignes ; je suis enchant\u00e9 de mon cheval ; c\u2019est tout \u00e0 fait ce qui me convient. Il y a quelques jours, sur une d\u00e9nonciation mensong\u00e8re, la Pr\u00e9fecture a fait faire par un commissaire sp\u00e9cial une enqu\u00eate \u00e0 Espira du Conflent au sujet du meuble gothique que nous avons achet\u00e9 il y a 3 ans \u00e0 l\u2019\u00e9glise de cette commune ; l\u2019auteur de la d\u00e9nonciation pr\u00e9tend que ce meuble \u00e9tait class\u00e9 comme monument historique ; je fais, \u00e0 mon tour, une enqu\u00eate sur ce point et je reconnais que c\u2019est absolument faux ; si ce meuble avait \u00e9t\u00e9 class\u00e9, on l\u2019aurait recherch\u00e9 au moment de l\u2019inventaire, or \u00e7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 fait ; aucun d\u00e9cret n\u2019a jamais class\u00e9 ce meuble qui \u00e9tait rel\u00e9gu\u00e9 au fond de l\u2019\u00e9glise ; par cons\u00e9quent la vente qui nous a \u00e9t\u00e9 faite par le conseil de fabrique d\u2019alors, avec l\u2019autorisation de Monseigneur, est absolument r\u00e9guli\u00e8re et personne n\u2019a rien \u00e0 y voir ; l\u2019auteur de la d\u00e9nonciation a \u00e9videmment voulu emb\u00eater le cur\u00e9 d\u2019Espira qui vient de donner sa d\u00e9mission ; d\u00e9j\u00e0, un filet dans ce sens avait paru au mois de mars dans le journal <em>L\u2019Ind\u00e9pendant<\/em>. Je soup\u00e7onne le maire actuel d\u2019Espira, M. Paill\u00e8s<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a>, ancien royaliste devenu blocard, d\u2019\u00eatre l\u2019auteur de l\u2019article et du rapport \u00e0 la Pr\u00e9fecture. Je l\u2019ai rencontr\u00e9 l\u2019autre jour \u00e0 cheval et je lui ai dit que j\u2019irais le voir pour lui parler d\u2019une affaire. Il me pr\u00e9c\u00e8de et vient aujourd\u2019hui. Je lui expose l\u2019affaire, sans lui dire que je le soup\u00e7onne et je lui d\u00e9clare que l\u2019auteur du rapport, qui est un menteur, doit se r\u00e9tracter sans quoi il s\u2019expose \u00e0 ce que le cur\u00e9 et nous le poursuivions ; tr\u00e8s embarrass\u00e9, il joue d\u2019audace et abonde dans mon sens ; il d\u00e9clare qu\u2019il fera son possible pour d\u00e9couvrir l\u2019auteur ; il dit que l\u2019ancien maire et lui ont r\u00e9pondu au commissaire enqu\u00eateur que la vente \u00e9tait absolument r\u00e9guli\u00e8re et que le meuble avait \u00e9t\u00e9 bien pay\u00e9. Je le soup\u00e7onne de mentir ; mais il est bien forc\u00e9 de reconna\u00eetre que nous avons raison. Je rouvre mon journal et j\u2019ajoute ces lignes sous le coup de la plus vive \u00e9motion ; Maman vient de recevoir une lettre de Madame de Lacour la f\u00e9licitant du mariage de Philom\u00e8ne et lui disant qu\u2019elle s\u2019est enfin d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 dire \u00e0 Marie-Louise la demande dont elle \u00e9tait l\u2019objet de ma part ; h\u00e9las ! la r\u00e9ponse de Marie-Louise a \u00e9t\u00e9 contraire \u00e0 mes esp\u00e9rances ! Apr\u00e8s huit mois d\u2019attente, d\u2019espoir, d\u2019angoisse, voil\u00e0 mes esp\u00e9rances qui croulent, comme il y a un an pour H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s. Comme j\u2019ai peu de chance sous ce rapport ! L\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, j\u2019avais pour moi la jeune fille et contre moi la famille ; cette ann\u00e9e, c\u2019est le contraire. J\u2019accepte la volont\u00e9 de Dieu&nbsp;; il me frappe \u00e0 coups redoubl\u00e9s, je me soumets \u00e0 sa volont\u00e9 ; Il sait mieux pour moi ce qui me convient ! J\u2019ai refus\u00e9, pour Marie-Louise, \u00e0 ma tante Magu\u00e9 et \u00e0 Mme de Mollans de les laisser s\u2019occuper de me marier ; voil\u00e0 la r\u00e9compense ! Je n\u2019en veux pas \u00e0 Marie-Louise, mais combien je regrette que ses parents ne l\u2019aient pas interrog\u00e9e plus t\u00f4t et m\u2019aient laiss\u00e9 si longtemps dans cette incertitude ! Huit mois que je viens de perdre. Oh mon Dieu, mon Dieu, que je suis donc malheureux ! Pourquoi a-t-il fallu que Papa aille faire, le 20 novembre dernier, cette visite \u00e0 M. de Lacour, visite \u00e0 la suite de laquelle ce projet s\u2019est renou\u00e9 ? Je le croyais alors impossible, c\u2019est \u00e0 partir de ce jour-l\u00e0 qu\u2019il s\u2019est raccroch\u00e9. Oh maudite visite ! Mais les desseins de Dieu sont imp\u00e9n\u00e9trables. Je relis ce que j\u2019\u00e9crivais, il y a six semaines \u00e0 la Bourboule apr\u00e8s avoir gravi, le 3 juin, le rocher du Vendeix ; je redoutais une nouvelle d\u00e9ception ; la voici ! Oh mon Dieu, ayez enfin piti\u00e9 de moi !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 17 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai pass\u00e9 une nuit atroce ; apr\u00e8s une pareille attente, apr\u00e8s tant d\u2019espoir, un pareil \u00e9croulement de mes projets est bien p\u00e9nible ! J\u2019avais plus d\u2019espoir cette ann\u00e9e pour Marie-Louise que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re pour H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, ses parents avaient \u00e9t\u00e9 si affirmatifs ! Et cependant, au fond, si j\u2019y r\u00e9fl\u00e9chis, j\u2019\u00e9tais plus \u00e0 plaindre alors qu\u2019aujourd\u2019hui ; alors, je savais que je plaisais \u00e0 la jeune fille et elle me plaisait aussi beaucoup, et c\u2019est une mis\u00e9rable question d\u2019argent qui a fait rejeter le projet par ses parents ; cette ann\u00e9e, j\u2019avais les parents pour moi et c\u2019est la jeune fille qui ne me veut pas ; elle doit avoir une autre id\u00e9e ; il vaut \u00e9videmment mieux l\u2019avoir su et voir le projet crouler que si, en aimant un autre jeune homme, elle avait consenti \u00e0 m\u2019\u00e9pouser pour ob\u00e9ir \u00e0 ses parents ; j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 malheureux ainsi. Mais la surprise est si p\u00e9nible, la pens\u00e9e de la longue attente, de l\u2019hiver que j\u2019ai pass\u00e9, des 192 jours \u00e9coul\u00e9s depuis le 5 janvier et compt\u00e9s un \u00e0 un pour aboutir \u00e0 ce triste r\u00e9sultat ! Et puis, que faire ? Il n\u2019y a plus \u00e0 penser \u00e0 Marie-Louise, c\u2019est fini et bien fini&nbsp;; pour essayer de me consoler, Maman me parle d\u2019une foule d\u2019autres partis ; mais la pens\u00e9e des deux \u00e9checs que j\u2019ai subis me remplit de d\u00e9couragement. Quand je compare ma triste situation au bonheur de Philom\u00e9ne, combien ce rapprochement est p\u00e9nible ! On m\u2019a bien dit que Madame de Pallar\u00e8s regrettait sa d\u00e9cision brutale de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; mais est-ce s\u00fbr ? Puis-je vraiment essayer de renouer sans m\u2019exposer \u00e0 une nouvelle d\u00e9ception ? Quoiqu\u2019il en soit, je prends une importante d\u00e9cision : je me d\u00e9cide \u00e0 chercher \u00e0 Perpignan une situation dans les assurances ; peut-\u00eatre pourrai-je obtenir d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 agent de quelque soci\u00e9t\u00e9 d\u2019assurance ; ce serait une petite occupation qui me ferait gagner quelques sous et qui, ajout\u00e9e aux 100.000 fr. que me donnent mes parents, me faciliterait peut-\u00eatre un mariage. Aujourd\u2019hui m\u00eame, car je ne veux pas perdre de temps, je surmonte ma tristesse et je vais \u00e0 Perpignan en parler \u00e0 M. Vassal qui, gr\u00e2ce \u00e0 ses nombreuses relations dans le monde des affaires, pourra m\u2019aider pour cela ; il me promet de me signaler la premi\u00e8re occasion qui se pr\u00e9sentera et croit qu\u2019il s\u2019en pr\u00e9sentera bient\u00f4t. Si je fais cela, c\u2019est \u00e9videmment en vue d\u2019un mariage ; si ensuite, j\u2019\u00e9tais assez riche et assez occup\u00e9 avec les propri\u00e9t\u00e9s, rien ne m\u2019obligerait \u00e0 conserver cette petite situation. Je verrai plus tard. Il n\u2019y a pas \u00e0 perdre la t\u00eate ; puisque je ne peux plus penser \u00e0 Marie-Louise de Lascour, il faut que je fasse tout ce qui est en mon pouvoir pour trouver bient\u00f4t un autre parti. Le matin, je me l\u00e8ve de bonne heure&nbsp;; je ne peux pas me tenir au lit ; pour abattre mes nerfs, je monte B\u00e9tis et, par l\u2019air frais du matin, je le m\u00e8ne \u00e0 fond de train \u00e0 Prades ; au retour, le train le fait emballer et pendant plus d\u2019un kilom\u00e8tre, il le suit au galop de charge ; je r\u00e9ussis \u00e0 l\u2019arr\u00eater \u00e0 plus d\u2019un kilom\u00e8tre de son point de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 18 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval ; l\u00e0, on s\u2019empresse de me dire que les Lacour sont arriv\u00e9s depuis mardi ; je m\u2019en soucie bien maintenant ! Cette arriv\u00e9e que j\u2019attendais avec tant d\u2019impatience, que je souffrais tant de voir se retarder il y a seulement deux jours, je l\u2019apprends maintenant avec ennui, avec peine. Pendant leur s\u00e9jour, je resterai le plus souvent \u00e0 Vin\u00e7a. Et dire qu\u2019ils ont attendu la veille de leur d\u00e9part de l\u2019H\u00e9rault pour nous mettre au courant des sentiments de leur fille ! Ne pouvaient-ils pas l\u2019observer, se rendre compte de ses id\u00e9es et m\u2019avertir plus t\u00f4t ? Depuis 8 mois, ils avaient certainement perc\u00e9 \u00e0 jour ses sentiments ; pourquoi m\u2019ont-ils laiss\u00e9 si longtemps dans cette cruelle incertitude ? Ils se sont jou\u00e9s de mon c\u0153ur ; certes, ils ne pouvaient rien changer aux sentiments de leur fille, mais ils devaient chercher \u00e0 les conna\u00eetre et m\u2019avertir&nbsp;; ils l\u2019avaient formellement promis, en janvier, \u00e0 Papa et \u00e0 Maman&nbsp;; on ne traite pas un jeune homme comme ils m\u2019ont trait\u00e9 ! Combien j\u2019ai peu de chance ! En novembre lorsque le projet s\u2019est renou\u00e9, et que Papa m\u2019a engag\u00e9 \u00e0 prendre l\u2019engagement de rejeter tout autre parti, je l\u2019ai pris bien volontiers cet engagement car Marie-Louise me plaisait beaucoup ; mais j\u2019avais comme un pressentiment que cela ne me servirait de rien ! Tout l\u2019hiver, et depuis ce moment-l\u00e0 je n\u2019ai cess\u00e9 d\u2019\u00eatre rong\u00e9 par l\u2019inqui\u00e9tude ; je peux dire que la pens\u00e9e de ce projet ne m\u2019a pas quitt\u00e9 une minute, et tout cela pour en arriver l\u00e0 ! Quand le Bon Dieu me prendra-t-il en piti\u00e9 ? L\u2019apr\u00e8s-midi, Vin\u00e7a est mis en \u00e9moi par un bien triste accident : un petit gar\u00e7on d\u2019une dizaine d\u2019ann\u00e9es, de Finestret, est renvers\u00e9 par un automobile et tr\u00e8s gri\u00e8vement bless\u00e9 \u00e0 la t\u00eate ; on se rend compte imm\u00e9diatement qu\u2019il va mourir ; comme c\u2019est un enfant d\u00e9j\u00e0 grand, je fais avertir le vicaire qui vient lui administrer l\u2019extr\u00eame-onction et lui donner une derni\u00e8re absolution ; personne n\u2019y pensait ; pauvre enfant, il est mort au bout d\u2019une heure sans avoir repris connaissance&nbsp;; peut-\u00eatre ai-je contribu\u00e9 \u00e0 lui ouvrir le ciel ; puisse-t-il y prier pour moi !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 19 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00eatre oblig\u00e9 de me priver de mes promenades \u00e0 cheval pendant 15 jours au moins ; ayant remarqu\u00e9 que B\u00e9tis boitait, je l\u2019ai fait examiner par Asp\u00e8s ; il s\u2019\u00e9tait fait une d\u00e9chirure interne \u00e0 l\u2019\u00e9paule, il a fallu lui mettre un seton et lui faire une forte friction d\u2019essence de t\u00e9r\u00e9benthine ; puis le mettre au repos ; c\u2019est bien ennuyeux car c\u2019\u00e9tait ma seule distraction, mais on m\u2019assure que cela n\u2019aura aucune suite. Je re\u00e7ois une lettre de Papa qui veut me consoler, mais \u00e7a n\u2019est gu\u00e8re facile ! Pr\u00e9cis\u00e9ment aujourd\u2019hui, le P. Eyraud \u00e9crit \u00e0 Maman et lui parle pour moi d\u2019une jeune fille de Limoges&nbsp;; il dit qu\u2019il en a d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9 \u00e0 la famille \u00e0 qui cela plairait (?) et il demande certains renseignements. Nous lui r\u00e9pondons, si elle pouvait \u00eatre la r\u00e9ponse du Ciel ! Il y a aussi la jeune fille dont Mme de Mollans nous avait parl\u00e9, et enfin H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s si, comme le voudraient Mmes Dalverny et No\u00ebll, on pouvait reprendre le projet. Mais comme tout cela est incertain, je n\u2019ose rien esp\u00e9rer. Je prie beaucoup, j\u2019en ai bien besoin !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 20 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je dirais aujourd\u2019hui : fin de la 28<sup>e<\/sup> semaine si cette semaine n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 fatale ; j\u2019ai d\u00e9chir\u00e9, d\u00e8s mardi, la photographie de Marie-Louise que je regardais tous les jours depuis 7 mois, ainsi que la carte sur laquelle j\u2019effa\u00e7ais les jours et les semaines. C\u2019est fini et bien fini ; c\u2019est une page de ma vie que je dois m\u2019efforcer d\u2019oublier ; le refus venant non de la famille, mais de la jeune fille, c\u2019est un projet qui, en aucun cas ne pourrait se reprendre ; pour H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, au contraire, comme elle me voulait, si j\u2019avais l\u2019assurance d\u2019\u00eatre accept\u00e9 par la famille, je n\u2019h\u00e9siterais pas \u00e0 reprendre le projet ; elle m\u2019a toujours beaucoup plu&nbsp;; mais on a beau dire, que pense la famille ? Je vais \u00e0 Ille du train de 9h \u00bd \u00e0 celui de 11 heures ; je prends des livres \u00e0 la grande maison et je vais voir M. le cur\u00e9 \u00e0 qui j\u2019annonce qu\u2019il faut, d\u00e9sormais, donner sur Marie-Louise de Lacour tous les renseignements qu\u2019on lui demandera ; il trouve vraiment incroyable qu\u2019on m\u2019ait tenu si longtemps le bec dans l\u2019eau. La Congr\u00e9gation de l\u2019Index a condamn\u00e9 certaines propositions (65) que le pape a condamn\u00e9es aussi par un d\u00e9cret ; c\u2019est un v\u00e9ritable <em>\u00ab&nbsp;Syllabus&nbsp;\u00bb<\/em> qui a pour but de mettre fin aux audacieuses nouveaut\u00e9s de trop d\u2019ex\u00e9g\u00e8tes dits catholiques ; c\u2019est tr\u00e8s bien ! La presse lib\u00e9rale va hurler de rage !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 21 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; toute l\u2019apr\u00e8s-midi il fait de l\u2019orage, je vais un moment \u00e0 la salle du Panache ; je m\u2019occupe aussi de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Triste anniversaire aujourd\u2019hui pour moi ; il y a juste un an que nous est arriv\u00e9e la r\u00e9ponse des Pallar\u00e8s ; on nous assure aujourd\u2019hui (les personnes au courant) que Mme de Pallar\u00e8s regrette sa d\u00e9cision et qu\u2019elle l\u2019a dit&nbsp;; \u00e9videmment, si c\u2019est vrai, rien n\u2019emp\u00eacherait maintenant de reprendre, la jeune fille me plait beaucoup ; mais est-ce vrai ? D\u00e9cid\u00e9ment le mois de juillet ne m\u2019apporte que des sujets de tristesse ! Le g\u00e9n\u00e9ral Hagron, g\u00e9n\u00e9ralissime de l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise, d\u00e9missionne, ne voulant pas assumer plus longtemps la charge de conduire \u00e9ventuellement notre Arm\u00e9e \u00e0 l\u2019ennemi, tant notre pauvre Arm\u00e9e est d\u00e9sorganis\u00e9e depuis que les Andr\u00e9 et les Picquart y s\u00e9vissent ! Comme c\u2019est triste&nbsp;; si, au moins, cela pouvait dessiller l\u2019aveuglement de la majorit\u00e9 ; mais c\u2019est un r\u00eave ! Rien n\u2019y fait. Le g\u00e9n\u00e9ralissime e\u00fbt \u00e9t\u00e9 encore mieux inspir\u00e9 en supprimant la cause du mal, la r\u00e9publique, par un bon petit coup d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 juillet 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 22 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme o\u00f9 l\u2019on fauche. L\u2019apr\u00e8s-midi, Bonne Mama part pour sa saison de bains \u00e0 Thu\u00e8s, nous irons l\u2019y rejoindre jeudi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 23 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui nous arrivent de N\u00eemes deux domestiques, le mari et la femme (l\u2019un cocher et valet de chambre, l\u2019autre cuisini\u00e8re) que nous avons arr\u00eat\u00e9s par l\u2019interm\u00e9diaire du journal <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> de Montpellier ; nous avons pris nos renseignements sur eux&nbsp;; ce sont de fervents catholiques et de non moins fervents royalistes comme il y en a tant dans le Gard. Nous sommes r\u00e9confort\u00e9s de n\u2019avoir pas voulu prendre \u00e0 notre service, tout derni\u00e8rement, un m\u00e9nage qui nous aurait convenu beaucoup, mais o\u00f9 le mari \u00e9tait protestant ; nous n\u2019avons pas voulu prendre la responsabilit\u00e9 d\u2019introduire dans Ille, o\u00f9 il n\u2019y en a jamais eu, un protestant ; ceux que nous avons maintenant s\u2019appellent Albert et Elise. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille avec Albert prendre quelques paquets ; je lui fais voir la maison o\u00f9 il servira.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 24 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la vigne la Ruscane. Asp\u00e8s fait une nouvelle friction \u00e0 B\u00e9tis, il boite moins mais je me demande si c\u2019est bien un \u00e9cart ou si ce n\u2019est pas un rhumatisme ce qui serait bien plus grave ; quoi qu\u2019il en soit, je suis d\u00e9sol\u00e9 de cette suspension de nos promenades \u00e0 cheval, c\u2019\u00e9tait ma seule distraction au milieu de mes chagrins ; je n\u2019ai m\u00eame plus \u00e7a, vraiment, c\u2019est navrant ! L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de Mme Dalverny ; elle nous parle beaucoup des n\u00e9gociations de l\u2019an dernier avec Mme de Pallar\u00e8s auxquelles elle a \u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9e (elle ignore le projet de Lacour) ; elle nous assure que tout le mal est venu des faux renseignements, des mensonges de notre m\u00e9chant cousin de Barescut, sur la fortune ; elle nous presse de reprendre les n\u00e9gociations, disant que ces dames (la m\u00e8re et la jeune fille) regrettent beaucoup ce projet. C\u2019est plus facile \u00e0 dire qu\u2019\u00e0 faire ! \u00c9videmment si j\u2019\u00e9tais s\u00fbr du succ\u00e8s et si un interm\u00e9diaire se chargeait de la chose, je n\u2019h\u00e9siterais \u00e0 reprendre ce projet ; mais notre dignit\u00e9 nous interdit absolument de faire le premier pas ; c\u2019est \u00e0 ces dames ou \u00e0 un interm\u00e9diaire \u00e0 le faire. D\u2019ailleurs est-on bien s\u00fbr que ces dames et surtout le vieux M. de Pallar\u00e8s regrettent tant que \u00e7a la d\u00e9cision d\u2019il y a un an ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 25 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7h o\u00f9 je fais la sainte communion ; le petit d\u2019Arx<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a>, \u00e2g\u00e9 de 4 ans environ, fils de l\u2019ing\u00e9nieur de l\u2019usine \u00e9lectrique, qui avait \u00e9t\u00e9 mordu au visage par un chien enrag\u00e9 il y a 44 jours et soign\u00e9 \u00e0 Paris \u00e0 l\u2019Institut Pasteur, est pris de la rage aujourd\u2019hui malgr\u00e9 le traitement ; la rage, il est vrai, a une forme relativement b\u00e9nigne, mais le pauvre enfant y succombera probablement. Maman ayant \u00e9t\u00e9 un peu fatigu\u00e9e cette nuit, nous ne partirons que demain pour Thu\u00e8s. Le matin, j\u2019assiste \u00e0 la distribution des prix du Petit s\u00e9minaire, elle est pr\u00e9sid\u00e9e par Monseigneur ; 20 ou 25 pr\u00eatres sont pr\u00e9sents ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vois un moment Monseigneur qui est, comme toujours, tr\u00e8s aimable ; on parle de lui pour l\u2019archev\u00each\u00e9 d\u2019Avignon ; personnellement, je le regretterais beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thu\u00e8s-les-Bains, vendredi 26 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, de Vin\u00e7a, je vais \u00e0 Ille entre les trains de 9h et de 11 heures ; je rencontre Victor de Lacour qui m\u2019aborde et me parle comme si de rien n\u2019\u00e9tait ; il me dit qu\u2019il est venu me voir sans me rencontrer et qu\u2019il viendra \u00e0 Vin\u00e7a ; je suis aimable avec lui, mais sans affectation ; s\u2019il vient, je le recevrai bien, mais il est \u00e9vident que je ne pourrai pas lui rendre sa visite, je serais expos\u00e9 \u00e0 rencontrer sa s\u0153ur ; quelle t\u00eate faire&nbsp;! Voil\u00e0 une visite que je ne pourrai faire que lorsque je serais mari\u00e9. Le petit d\u2019Arx meurt \u00e0 midi ; comme il a un peu \u00e9gratign\u00e9 sa m\u00e8re et sa grand\u2019m\u00e8re, ces dames sont envoy\u00e9es \u00e0 l\u2019Institut Pasteur de Montpellier. Je pars \u00e0 4h \u00bd pour Thu\u00e8s rejoindre Bonne Maman. J\u2019y arrive \u00e0 6h \u00bd ou 7h ; c\u2019est un simple \u00e9tablissement dans une gorge resserr\u00e9e&nbsp;; Maman, qui a voulu absolument que je parte pour me distraire, n\u2019a pas pu partir aujourd\u2019hui, elle n\u2019est m\u00eame pas bien d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thu\u00e8s, samedi 27 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 pied \u00e0 Fontp\u00e9drouse, je vois les travaux du futur chemin de fer \u00e9lectrique et notamment un magnifique viaduc, tr\u00e8s hardi, en construction ; l\u2019apr\u00e8s-midi, avec deux messieurs qui ne demandent qu\u2019\u00e0 se promener, je vais visiter les gorges si pittoresques de Caran\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Thu\u00e8s, dimanche 28 juillet 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1-1-646x1024.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"646\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1-1-646x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-467\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1-1-646x1024.jpg 646w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1-1-189x300.jpg 189w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1-1-768x1218.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1-1-969x1536.jpg 969w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-1-1.jpg 1009w\" sizes=\"auto, (max-width: 646px) 100vw, 646px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de l&rsquo;entr\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tablissement thermel de Thu\u00e8s-les-Bains \u2013 Carte postale, sans date [ann\u00e9es 1900] (Site Cartes Postales G\u00e9n\u00e9anet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe \u00e0 8h \u00bd dans la chapelle de l\u2019\u00e9tablissement ; ensuite, je pars avec Bonne Maman pour Mont-Louis par le tracteur ; nous d\u00e9jeunons \u00e0 Mont-Louis \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Blanc, nous y retrouvons les Ferriol. Nous redescendons par le tracteur et sommes de retour \u00e0 4h. ; ensuite je vais jusqu\u2019\u00e0 Olette, au-devant de Maman qui nous a annonc\u00e9 son arriv\u00e9e pour ce soir. Maman nous apporte une nouvelle inattendue : Tante Delestrac est au Vernet ; aussi nous d\u00e9cidons-nous \u00e0 aller nous y installer avec elle ; les Pallar\u00e8s sont au Vernet ; s\u2019il pouvait y avoir quelque occasion de renouer les relations et les pourparlers ! Le P. Eyraud, \u00e0 qui nous avions envoy\u00e9 les renseignements qu\u2019il demandait, nous r\u00e9pond que la fortune a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e insuffisante ; voil\u00e0 donc encore un projet mort-n\u00e9 ; heureusement qu\u2019il ne nous avait pas nomm\u00e9s, comme nous ne connaissions pas au plus le nom de cette famille ; c\u2019\u00e9tait une id\u00e9e \u00e0 lui, purement personnelle. Mais quand donc un projet de mariage aboutira-t-il pour moi ?<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet-les-Bains, lundi 29 juillet 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/hotel_ibrahim_pacha_site.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"454\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/hotel_ibrahim_pacha_site.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-470\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/hotel_ibrahim_pacha_site.jpg 700w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/hotel_ibrahim_pacha_site-300x195.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de l&rsquo;H\u00f4tel Ibrahim Pacha \u2013  Carte postale, sans date [ann\u00e9es 1900] (Site de l&rsquo;Association des Lecteurs de Claude Simon)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons \u00e0 10h \u00bd pour Vernet ; nous y arrivons vers 2h apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 Villefranche ; apr\u00e8s diverses recherches, nous descendons \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Ibrahim ; nous y sommes bien ; on prend les repas en face, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Parc. Nous voyons Tante Delestrac et sortons le soir avec elle, il y a concert le soir dans le parc ; \u00e0 diverses reprises, je vois de tr\u00e8s pr\u00e8s H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, elle a grandi et s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; elle est avec son grand\u2019p\u00e8re ; elle m\u2019a parfaitement reconnu et a baiss\u00e9 la t\u00eate et a rougi chaque fois qu\u2019elle est pass\u00e9e devant moi ou devant Maman. Dire que je suis si pr\u00e8s d\u2019elle et cependant si loin ! Dire que les dames de Pallar\u00e8s, comme moi, regrettent ce mariage ; dire que la jeune fille le regrette aussi et dire qu\u2019il ne se fera pas parce qu\u2019il a plu \u00e0 M. de Barescut de donner de faux renseignements sur notre position ! Un simple malentendu nous s\u00e9pare ; mais comment le dissiper ? Je ne vois pas l\u2019interm\u00e9diaire qui pourrait le faire avec succ\u00e8s !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, mardi 30 juillet 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/005VernetLesBains.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"780\" height=\"494\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/005VernetLesBains.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-469\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/005VernetLesBains.jpg 780w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/005VernetLesBains-300x190.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/005VernetLesBains-768x486.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 780px) 100vw, 780px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue du parc de Vernet-les-Bains \u2013 Carte postale, sans date [ann\u00e9es 1900] (Site les-pyrenees-orientales.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe sa matin\u00e9e \u00e0 fl\u00e2ner dans le parc ; \u00e0 11h, je prends un bain ; je rencontre les Rovira et les d\u2019Albici qui sont ici pour quelques jours chez Mme d\u2019Albici. Nous voyons Tante Delestrac. Le soir, avec nos cousins de Rovira et d\u2019Albici, nous assistons, au casino, \u00e0 une petite op\u00e9rette assez gentille mais de ton un peu trop libre, <em>Le jour et de la nuit<\/em>. Je vois plusieurs fois H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s toujours accompagn\u00e9e de son terrible bon Papa ; ah cet homme, si on pouvait le faire fl\u00e9chir ! C\u2019est lui le seul obstacle !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, mercredi 31 juillet 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fl\u00e2ne dans le parc ; l\u2019apr\u00e8s-midi, avec Tante Delestrac, nous allons voir notre cousine d\u2019Albici dans sa villa (qui lui appartient) ; ensuite, avec Fernand, sa femme et le jeune m\u00e9nage d\u2019Albici, nous allons faire une partie de tennis.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ao\u00fbt 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 ao\u00fbt 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, jeudi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 bicyclette pour Vin\u00e7a \u00e0 6h \u00bd ; je vois B\u00e9tis qui est beaucoup mieux ; par le train de 9h, je vais de Vin\u00e7a \u00e0 Ille o\u00f9 je prends quelques paquets et o\u00f9 je me confesse au cur\u00e9 ; je lui demande aussi la permission d\u2019assister demain soir (apr\u00e8s avoir communi\u00e9 le matin) au bal du casino (parce que j\u2019esp\u00e8re y rencontrer H\u00e9l\u00e8ne de Pallari\u00e8s ; si ce n\u2019\u00e9tait cela, je me moquerais de ce bal) ; il me l\u2019accorde. Je rentre par le train de 11h et suis \u00e0 Vernet \u00e0 1 heure. L\u2019apr\u00e8s-midi, partie de tennis avec les Rovira et les d\u2019Albici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, vendredi 2 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/213-vernet-les-bains-pyrenees-or-vernet-les-bains-casino-hotel-portugal.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"661\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/213-vernet-les-bains-pyrenees-or-vernet-les-bains-casino-hotel-portugal-1024x661.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-471\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/213-vernet-les-bains-pyrenees-or-vernet-les-bains-casino-hotel-portugal-1024x661.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/213-vernet-les-bains-pyrenees-or-vernet-les-bains-casino-hotel-portugal-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/213-vernet-les-bains-pyrenees-or-vernet-les-bains-casino-hotel-portugal-768x496.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/213-vernet-les-bains-pyrenees-or-vernet-les-bains-casino-hotel-portugal.jpg 1394w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de l&rsquo;H\u00f4tel du Parc et du casino de Vernet-les-Bains \u2013 Carte postale, 1907 [NB : cette carte postale trouv\u00e9e sur internet, sans aucun rapport avec la famille d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e le 2 ao\u00fbt 1907, le jour m\u00eame o\u00f9 Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch se trouvait sur les lieux] (Site Cartorum.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00e0 la chapelle des \u00e9trangers. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au tennis avec les Rovira et les d\u2019Albici. Il m\u2019arrive une bien dr\u00f4le de chose ; quelle co\u00efncidence ! Le directeur de la station, un allemand, M. Kiehl, m\u2019invite \u00e0 conduire le cotillon ce soir au bal du casino, avec, comme conductrice &#8230; H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s ! J\u2019avoue que j\u2019ai grande envie d\u2019accepter ; mais, \u00e0 la r\u00e9flexion, je refuse ; M. de Pallar\u00e8s croirait que c\u2019\u00e9tait un coup mont\u00e9. M. Kiehl, qui tient \u00e0 ce que le cotillon soit conduit par un jeune homme de la soci\u00e9t\u00e9, insiste \u00e9norm\u00e9ment, mais je suis inflexible. Nous allons au bal avec les Rovira. On me pr\u00e9sente \u00e0 Mlle H\u00e9l\u00e8ne ; je peux enfin lui parle&nbsp;; apr\u00e8s 15 mois, son souhait se r\u00e9alise ; elle m\u2019entend lui parler ; je danse avec elle ; elle est timide et troubl\u00e9e, cela se comprend. Pour ne pas qu\u2019elle croie que je n\u2019ai pas voulu danser le cotillon avec elle, je lui dis ce qui s\u2019est pass\u00e9 ; je lui dis textuellement que si j\u2019ai refus\u00e9 l\u2019invitation du directeur, malgr\u00e9 mon vif d\u00e9sir et le plaisir que j\u2019y aurais eu, c\u2019est uniquement par d\u00e9licatesse, pour ne pas la g\u00eaner ; j\u2019ajoute que je tenais \u00e0 lui dire cela pour ne pas lui laisser croire que je n\u2019ai pas voulu danser avec elle. Le cotillon est joli, je le danse avec la cousine d\u2019Albici ; dans le courant de ce cotillon, je fais plusieurs politesses \u00e0 Mlle H\u00e9l\u00e8ne, elle y r\u00e9pond toujours avec amabilit\u00e9. C\u2019est la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois que je la vois de pr\u00e8s, que je lui parle etc. Mais qui sait ce que pense son grand\u2019p\u00e8re ? Serait-il peut-\u00eatre revenu \u00e0 de meilleurs sentiments \u00e0 mon \u00e9gard, depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re&nbsp;? Le bal est fini \u00e0 2 heures ; les Rovira nous offrent \u00e0 souper ensuite. On me met tout \u00e0 fait dans les honneurs ici ; le vicomte de Ma\u00ffros, gendre du comte de Burnay<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>, m\u2019invite \u00e0 jouer un r\u00f4le dimanche dans la pseudo-course de taureaux que l\u2019on donne ce jour-l\u00e0&nbsp;; je ne peux pas refuser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, samedi 3 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne autour du parc ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au Tennis ; je trouve l\u2019occasion de me faire pr\u00e9senter \u00e0 M. de Pallar\u00e8s et de dire quelques mots \u00e0 H\u00e9l\u00e8ne. Le soir, nous allons voir pour <em>Le petit duc<\/em> avec les Rovira.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, dimanche 4 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019exerce, le matin, \u00e0 mon r\u00f4le dans la course de taureaux ; nous serons deux \u00e0 le remplir, un jeune officier espagnol de Barcelone, et moi ; ensuite, je vais \u00e0 la messe de 11 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 4h \u00bd, a lieu la pseudo-course de taureaux. L\u2019officier espagnol et moi, costum\u00e9s en alguazils, faisons notre entr\u00e9e dans l\u2019ar\u00e8ne pour ouvrir la course ; je monte \u00ab Abricot \u00bb, un des plus beaux chevaux de Bernard. Mon r\u00f4le consiste \u00e0 saluer le pr\u00e9sident, \u00e0 faire quelques \u00e9volutions, au galop, dans la piste, \u00e0 saisir au vol la clef du tauril que me lan\u00e7ait le pr\u00e9sident etc.&nbsp;; c\u2019est la chose la plus difficile et je m\u2019en tire avec honneur, on m\u2019applaudit ; la course, absolument ridicule, est interrompue par la pluie ; \u00e0 la sortie, H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s s\u2019arr\u00eate devant moi et me f\u00e9licite de mon modeste r\u00f4le. Ensuite, le comit\u00e9, dont M. de Pallar\u00e8s est pr\u00e9sident, nous offre \u00e0 tous le champagne et je trinque avec \u00ab&nbsp;le Bon Papa \u00bb. Tout est fini vers 6 heures.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 ao\u00fbt 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, lundi 5 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne assez longtemps avec M. Andr\u00e9 Leclercq, neveu de Mme Aragon. L\u2019apr\u00e8s-midi, je prends un long bain de piscine avec lui, nous nageons beaucoup. Je vois l\u2019oncle Lucien Delestrac, arriv\u00e9 hier soir pour rejoindre Tante Marie ; Yvonne et Antoine vont venir aussi ; nous les verrons \u00e0 Vin\u00e7a. Le soir, nous allons \u00e0 un concert au casino, nous y retrouvons les Rovira ; il devait y avoir une sauterie apr\u00e8s le concert mais l\u2019heure \u00e9tant trop tardive, on la supprime.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 6 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Vernet l\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s y avoir pass\u00e9 8 jours pendant lesquels je ne me suis pas ennuy\u00e9 ; Antoine et Yvonne arrivent \u00e0 Villefranche \u00e0 5h, nous les voyons un moment \u00e0 la gare, ils viennent s\u2019installer \u00e0 Vernet. Comme je compte y revenir de temps en temps, je les verrai. A Vin\u00e7a, je trouve l\u2019oncle Paul, tante Josepha et N\u00e9nette arriv\u00e9s hier pour un mois ; Ninette a \u00e9norm\u00e9ment grandi, c\u2019est presque une jeune fille, et elle n\u2019a que 13 ans \u00bd ; on lui en donnerait 16.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 7 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme No\u00ebll, qui est ici, demande \u00e0 voir Maman et lui parle de Mlle de Pallar\u00e8s ; elle veut absolument reprendre les n\u00e9gociations et aboutir&nbsp;; je ne demande pas mieux, surtout apr\u00e8s avoir revu Mlle H\u00e9l\u00e8ne comme je l\u2019ai vue au Vernet, mais ne courrons-nous pas \u00e0 un nouvel \u00e9chec ? Je r\u00e9fl\u00e9chis ; elle m\u2019assure que les dames de Pallar\u00e8s regrettent leur d\u00e9cision ; quant \u00e0 la jeune fille, son attitude ces jours-ci m\u2019a assez montr\u00e9 qu\u2019elle regrettait la d\u00e9cision de ses parents ; mais que pense le grand-p\u00e8re ? L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille avec l\u2019oncle Paul ; nous voyons les travaux de la grande maison ; ils sont presque termin\u00e9s. Pour une fois, le gouvernement a agi avec vigueur en bombardant Casablanca (au Maroc) o\u00f9 on avait assassin\u00e9 plusieurs Fran\u00e7ais ; il aurait d\u00fb le faire plus t\u00f4t !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 8 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan avec Tante Josepha ; nous faisons plusieurs commissions ensemble&nbsp;; je vois M. Vassal qui me donne beaucoup d\u2019espoir pour la position dans les assurances, dont je lui avais parl\u00e9. Au retour, nous voyageons, jusqu\u2019\u00e0 Ille, avec Victor de Lacour, nous parlons comme si de rien n\u2019\u00e9tait.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet-les-Bains, vendredi 9 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s m\u2019\u00eatre occup\u00e9 le matin, \u00e0 Vin\u00e7a, d\u2019une affaire d\u2019arrosage, je viens au Vernet par le train de 4h22. Je vois les Delestrac ; le soir j\u2019assiste \u00e0 un bal au casino, j\u2019y danse avec Mlle H\u00e9l\u00e8ne qui est toujours aussi gracieuse pour moi ; elle semble me dire qu\u2019elle regrette la d\u00e9cision prise par ses parents ; mais ceux-ci que pensent-ils ? Comment accueilleraient-ils une nouvelle d\u00e9marche ? On me conseille beaucoup de la tenter&nbsp;; mais j\u2019avoue que j\u2019h\u00e9site ; j\u2019ai \u00e9t\u00e9 si \u00e9prouv\u00e9 que je n\u2019ose plus rien faire. Apr\u00e8s le bal, je soupe avec les Rovira et les d\u2019Albici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 10 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me l\u00e8ve vers 8h \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Ibrahim o\u00f9 l\u2019on m\u2019a redonn\u00e9 la chambre que j\u2019occupais la semaine derni\u00e8re. Dans la matin\u00e9e, nous nous r\u00e9unissons, Paul et Yvonne, les Rovira et les d\u2019Albici du c\u00f4t\u00e9 de la laiterie et du tennis ; H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s y vient aussi ; je cause et fais une partie de tennis avec elle ; nous nous donnons rendez-vous pour le bal et le cotillon de lundi prochain. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 1h10. Pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00e0 Vin\u00e7a, nous avons la visite de Mme No\u00ebll, qui vient nous proposer de tenter une d\u00e9marche aupr\u00e8s des Pallar\u00e8s ; elle est \u00e0 Vin\u00e7a pour l\u2019\u00e9t\u00e9 et nous assure que Mme de Pallar\u00e8s regrette sa d\u00e9cision ; elle voudrait tenter une nouvelle d\u00e9marche ; que faire ? Je vois la jeune fille au Vernet et je la trouve charmante&nbsp;; il est manifeste que je ne lui d\u00e9plais pas ; on nous assure que la m\u00e8re regrette ; que faire ? C\u2019est bien d\u00e9licat. On pourrait tenter une d\u00e9marche indirecte ; Mme No\u00ebll, qui d\u00e9sire voir aboutir ce projet dont la 1<sup>\u00e8re<\/sup> elle a eu l\u2019id\u00e9e, pourrait agir en son nom personnel ; si j\u2019\u00e9tais s\u00fbr du r\u00e9ussir, je n\u2019h\u00e9siterais pas \u00e0 faire tout ce qu\u2019on voudrait ; mais, apr\u00e8s tant de d\u00e9boires, je redoute terriblement un nouvel \u00e9chec. Nous souhaitons la f\u00eate \u00e0 Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 11 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En raison de la double f\u00eate de Sainte Philom\u00e8ne et de Sainte Suzanne, je vais \u00e0 la messe de 8h et j\u2019y fais la sainte communion ; je vais aussi \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Il fait tr\u00e8s chaud.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 ao\u00fbt 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, lundi 12 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je reviens au Vernet avec l\u2019oncle Paul, Tante Josepha et Ninette. Nous voyons les Delestrac, les Rovira et les d\u2019Albici. Il y a un bal le soir ; je comptais y retrouver Mlle H\u00e9l\u00e8ne ; malheureusement, son grand\u2019p\u00e8re est malade et ne peut l\u2019y accompagner ; je la vois dans l\u2019apr\u00e8s-midi se promener avec la famille Adamoli et elle me le dit ; j\u2019en suis navr\u00e9. Le bal, auquel je vais parce que je ne peux faire autrement, n\u2019a aucun agr\u00e9ment pour moi. Heureusement que je reverrai Mlle H\u00e9l\u00e8ne demain matin au tennis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 13 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai revu Mlle H\u00e9l\u00e8ne ce matin au tennis o\u00f9 nous avions convenu de venir ensemble ; elle est, vis-\u00e0-vis de moi, aussi gracieuse que possible ; apr\u00e8s ce qui s\u2019est pass\u00e9 l\u2019an dernier, cette attitude me fait comprendre qu\u2019elle n\u2019a \u00e9t\u00e9 pour rien dans la d\u00e9cision de ses parents et qu\u2019elle ne demanderait qu\u2019\u00e0 renouer les n\u00e9gociations ; je suis donc tranquille pour elle ; mais restent sa m\u00e8re et son grand\u2019p\u00e8re ; lui, c\u2019est l\u2019inconnu et je suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 proc\u00e9der avec beaucoup de prudence ; sa m\u00e8re va, d\u2019ailleurs, venir \u00e0 Vernet. Nous rentrons par le dernier train. Le mariage de Philom\u00e8ne est d\u00e9finitivement fix\u00e9 au mercredi 25 septembre \u00e0 Angers ; si j\u2019y assiste, au milieu de toutes mes pr\u00e9occupations, je n\u2019y prendrai aucun plaisir et ce sera pour moi une corv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 14 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je remonte B\u00e9tis apr\u00e8s une interruption de pr\u00e8s de 4 semaines ; il ne boite plus au pas, mais encore un peu au trot. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me confesser. Le g\u00e9n\u00e9ral Bailloud, commandant du 16<sup>e<\/sup> corps, vient demain faire l\u2019ouverture de la chasse \u00e0 Vin\u00e7a avec un officier et 2 civils ; avec l\u2019oncle Paul, je le vois un \u00e0 son arriv\u00e9e ; nous l\u2019aurons demain \u00e0 d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 15 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Bailloud-1-1056x1536-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"704\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Bailloud-1-1056x1536-1-704x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-473\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Bailloud-1-1056x1536-1-704x1024.jpg 704w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Bailloud-1-1056x1536-1-206x300.jpg 206w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Bailloud-1-1056x1536-1-768x1117.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Bailloud-1-1056x1536-1.jpg 1056w\" sizes=\"auto, (max-width: 704px) 100vw, 704px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Maurice Bailloud (1847-1921), g\u00e9n\u00e9ral de brigade \u2013 Clich\u00e9 Disd\u00e9ri, Paris [ann\u00e9es 1900] (site dicoaffairedreyfus.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En l\u2019honneur de la f\u00eate de l\u2019Assomption, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Aussit\u00f4t apr\u00e8s la grand\u2019messe, \u00e0 laquelle il assiste fort d\u00e9votement avec l\u2019officier qui l\u2019accompagne, le g\u00e9n\u00e9ral Bailloud<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a> vient d\u00e9jeuner avec cet officier et deux civils ; ils ont fait, ce matin, une chasse moyenne. Le commandant du 16<sup>e<\/sup> corps, chass\u00e9 de Nancy par l\u2019ignoble g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 Picquart, pour avoir, dans une r\u00e9union priv\u00e9e o\u00f9 il faisait ses adieux \u00e0 un colonel alsacien, parl\u00e9 de notre espoir toujours vivant dans le retour \u00e0 la m\u00e8re-patrie des provinces perdues (incident qui a fait beaucoup de bruit dans les journaux et \u00e0 la Chambre, il y a 3 mois environ), le commandant du 16<sup>e<\/sup> corps est plein d\u2019esprit, p\u00e9tillant, gai, vigoureux, actif ; c\u2019est un homme charmant et (cela se voyait, bien que nous n\u2019ayons pas parl\u00e9 de politique) mal dispos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9gard du gouvernement ; pourquoi ne le chambarde-t-il pas ? C\u2019est ce que devraient faire les g\u00e9n\u00e9raux qui le peuvent. Maman va \u00e0 Ille dans l\u2019apr\u00e8s-midi, pour avoir avec M. de Barescut une explication au sujet des faux renseignements que celui-ci aurait donn\u00e9s l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 M. de Pallar\u00e8s sur notre fortune ; M. de Barescut ayant \u00e9t\u00e9 averti (par une lettre anonyme) que nous nous \u00e9tions plaints de sa mani\u00e8re d\u2019agir dans cette circonstance, a \u00e9crit \u00e0 Maman pour lui demander si elle avait r\u00e9ellement tenu les propos r\u00e9p\u00e9t\u00e9s dans cette lettre. Maman lui a r\u00e9pondu imm\u00e9diatement qu\u2019en effet, elle avait dit cela \u00e0 quelques personnes et qu\u2019elle d\u00e9sirait profiter de l\u2019occasion pour s\u2019en expliquer de vive voix avec lui. Elle le voit \u00e0 Ille, chez nous ; M. de Barescut nie avoir donn\u00e9 de faux renseignements sur notre fortune ; mais dit-il vrai ? Quelqu\u2019un ment dans cette affaire, qui est-ce ? Je me m\u00e9fie de notre cousin ; il \u00e9tait, para\u00eet-il, d\u2019assez mauvaise humeur aujourd\u2019hui. Maman rentre \u00e0 8 heures \u00bd.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 16 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval ; B\u00e9tis est gu\u00e9ri, c\u2019est \u00e0 peine si, par moments, il boite encore un tant petit peu au trot ; \u00e0 Ille, \u00e9tant all\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9glise, j\u2019aper\u00e7ois Marie-Louise, pour la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois depuis le 5 janvier. Je redoutais beaucoup cette rencontre in\u00e9vitable ; je craignais de ressentir une impression fort p\u00e9nible ; eh bien, \u00e0 ma grande surprise, elle me laisse absolument froid et indiff\u00e9rent. Je ne pense plus \u00e0 elle puisqu\u2019elle ne veut pas de moi ; c\u2019est fini et sa vue ou son souvenir n\u2019\u00e9meuvent plus en moi aucune corde. La seule chose qui me fasse de la peine, c\u2019est la pens\u00e9e du temps que j\u2019ai perdu \u00e0 l\u2019attendre inutilement et aussi la comparaison entre l\u2019\u00e9t\u00e9 sur lequel j\u2019avais compt\u00e9 et celui que je passe ! Je vais retourner au Vernet pour y retrouver H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s ; si je dois r\u00e9ussir, c\u2019est par la jeune fille que j\u2019arriverai ; j\u2019y passerai encore 3 jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, samedi 17 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis arriv\u00e9 \u00e0 11 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi je joue au Tennis avec Yvonne et Antoine Delestrac ; Mlle H\u00e9l\u00e8ne y vient aussi et je joue longtemps avec elle ; elle est toujours aussi gracieuse pour moi ; en ne me fuyant pas, en venant partout o\u00f9 je suis apr\u00e8s ce qui s\u2019est pass\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, elle veut \u00e9videmment me faire comprendre qu\u2019elle n\u2019a \u00e9t\u00e9 pour rien dans la d\u00e9cision de ses parents et qu\u2019elle ne demanderait pas mieux que de les voir changer d\u2019id\u00e9e ; mais que pensent ses parents ? Mme No\u00ebll assure que la m\u00e8re regrette ; tout d\u00e9pendrait donc encore du grand\u2019p\u00e8re, comme l\u2019an dernier. Comment le toucher, le faire fl\u00e9chir ? Ce soir, je vais voir pour <em>La P\u00e9richole<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, dimanche 18 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je joue au tennis puis je vais \u00e0 la messe de 11 heures&nbsp;; je d\u00e9jeune chez les Delestrac. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne assez longtemps avec Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s et avec son grand-p\u00e8re. Je vais \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction. Le soir, avec les Delestrac, je vais voir jouer <em>La Poup\u00e9e<\/em>.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 25 ao\u00fbt 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vernet, lundi 19 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous jouons au tennis ; l\u2019apr\u00e8s-midi aussi un peu. Le soir, il y a bal et cotillon au casino ; j\u2019y retrouve Mlle H\u00e9l\u00e8ne qui, d\u2019elle-m\u00eame et sans que je le lui redemande, m\u2019a r\u00e9serv\u00e9 le cotillon ; elle est pour moi, comme toujours, d\u2019une tr\u00e8s grande amabilit\u00e9. Cette amabilit\u00e9 me d\u00e9cide \u00e0 lui glisser quelques mots de mes projets ; je comprends, \u00e0 sa r\u00e9ponse, que les dispositions de sa famille \u00e0 mon \u00e9gard n\u2019ont pas chang\u00e9 depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Quoiqu\u2019en dise Mme No\u00ebll, je ferai sagement de ne pas tenter une nouvelle d\u00e9marche qui aboutirait probablement \u00e0 un nouvel \u00e9chec ; mieux vaut m\u2019\u00e9pargner cet \u00e9chec. Mais il m\u2019est bien dur, maintenant que j\u2019ai vu si souvent Mlle H\u00e9l\u00e8ne pendant ces 3 derni\u00e8res semaines, de me faire \u00e0 la pens\u00e9e qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 tenter ; sans me l\u2019avouer et insensiblement, je m\u2019\u00e9tais attach\u00e9 \u00e0 elle en la voyant si aimable pour moi. \u00c9videmment, son grand\u2019p\u00e8re doit \u00eatre irr\u00e9ductible, il doit tenir avant tout \u00e0 la fortune ; H\u00e9l\u00e8ne doit le savoir et me l\u2019a fait comprendre. Cela vaut mieux ainsi que si j\u2019avais essuy\u00e9 un nouvel \u00e9chec. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, quel dommage&nbsp;; elle est si gentille, si douce et para\u00eet si bonne ! Je serais s\u00fbrement heureux avec elle. Mon Dieu, mon Dieu, que d\u2019amertumes dans la vie ! Le bal finit \u00e0 3h \u00bc et je me couche \u00e0 3h \u00bd. Apr\u00e8s une pareille nuit, l\u2019excursion au Canigou va \u00eatre fatigante. Sans l\u2019espoir de retrouver H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s, je ne serais certainement pas all\u00e9 au bal. Le cotillon \u00e9tait conduit par le marquis de Forton, cousin germain et neveu de Fernand de Rovira.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet du Canigou (2200m d\u2019altitude), mardi 20 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1371805901-Vernet-chalet-canigou.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1371805901-Vernet-chalet-canigou.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-475\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1371805901-Vernet-chalet-canigou.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1371805901-Vernet-chalet-canigou-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1371805901-Vernet-chalet-canigou-768x513.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue du chalet du Canigou \u2013 Carte postale, sans date [ann\u00e9es 1900] (Site cprama.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Impossible de fermer l\u2019\u0153il la nuit derni\u00e8re ; couch\u00e9 \u00e0 3h \u00bd, je me l\u00e8ve \u00e0 6h sans avoir dormi une minute. Le temps n\u2019\u00e9tant pas s\u00fbr, nous h\u00e9sitons \u00e0 partir pour le Canigou ; mais vers 10h, le temps s\u2019arrange et nous partons \u00e0 10h \u00bd en voiture les 4 Delestrac et moi ; je suis incommod\u00e9 en route et je\u2026 d\u00e9gobille mon d\u00e9jeuner de ce matin ; aussi, je ne peux rien manger pendant toute l\u2019ascension ; nous avons la pluie un moment. Nous arrivons au chalet \u00e0 4 heures \u00bd environ, apr\u00e8s avoir mis souvent pied \u00e0 terre pour soulager les chevaux car la route (?) est mauvaise ; c\u2019est la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois de ma vie que je me trouve \u00e0 pareille altitude ; demain, l\u2019ascension du pic.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 21 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous levons \u00e0 4h \u00bd ; nous voyons le lever du soleil sur la plaine du Roussillon et sur la mer que l\u2019on voit tr\u00e8s bien du chalet ; puis vers 5h \u00be, nous partons tous pour le pic du Canigou o\u00f9 nous arrivons vers 7h ou 7h \u00bd ; l\u2019ascension est des plus faciles&nbsp;; \u00e0 l\u2019altitude du pic (2785 m\u00e8tres), il souffle un petit vent de nord-ouest qui est tr\u00e8s frais. De l\u00e0-haut, la vue est splendide&nbsp;; on domine les montagnes, la plaine de la mer ; on voit \u00e0 merveille chaque village : Prades, Vin\u00e7a, Ille etc. ; le temps est clair malgr\u00e9 une l\u00e9g\u00e8re brume. Apr\u00e8s avoir admir\u00e9 un instant ce splendide panorama, Antoine, moi et M. Vidal, cur\u00e9 de Marquixanes (que nous avons retrouv\u00e9 au chalet) redescendons vers le chalet par la chemin\u00e9e et la br\u00e8che Duri\u00e9 ; c\u2019est tr\u00e8s difficile ; vers le milieu de la br\u00e8che, il y a un passage si terrible que M. l\u2019abb\u00e9 Vidal nous donne \u00e0 tous deux l\u2019absolution ; nous faisons des prodiges d\u2019\u00e9quilibre pour ne pas faire un faux pas et rouler das le glacier ; circonstance aggravante : je n\u2019ai aux pieds que des souliers de ville ; enfin, nous arrivons au petit glacier, nous le traversons et rentrons facilement au chalet ; si je reviens au Canigou, je ne passerai plus par la br\u00e8che Duri\u00e9, c\u2019est trop difficile et trop dangereux. Le chalet est envahi par de nouveaux arrivants parmi lesquels l\u2019illustre Bourrat<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a> (!) ; nous sommes 27 \u00e0 table. Nous repartons du chalet vers 2 heures et arrivons au Vernet avant 5 heures ; je suis \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 6h48. Je suis enchant\u00e9 d\u2019avoir pu faire enfin cette ascension du Canigou \u00e0 laquelle je pensais depuis si longtemps.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1368101427-Vernet-Canigou-Durier.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"656\" height=\"994\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1368101427-Vernet-Canigou-Durier.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-474\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1368101427-Vernet-Canigou-Durier.jpg 656w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/1368101427-Vernet-Canigou-Durier-198x300.jpg 198w\" sizes=\"auto, (max-width: 656px) 100vw, 656px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de la br\u00e8che Durier au Canigou \u2013 Carte postale, sans date [ann\u00e9es 1900] (Site cprama.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 22 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais, avec B\u00e9tis, \u00e0 Boule o\u00f9 je fais la tourn\u00e9e des vignes et donne quelques instructions \u00e0 Joseph Jacomy. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 Ille entre les trains de 1h et de 4h ; nous faisons visiter la maison \u00e0 Tante Josepha.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 23 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles qui arrivent du Maroc sont graves ; le corps exp\u00e9ditionnaire fran\u00e7ais d\u00e9barqu\u00e9 apr\u00e8s le bombardement de Casablanca est attaqu\u00e9 tous les jours par les tribus arabes ; il livre sans cesse des combats meurtriers ; il est toujours victorieux, cela va sans dire, mais il ne pourra bient\u00f4t plus suffire, il faudra des renforts. Et puis que veut le gouvernement ? Il fallait ou ne pas d\u00e9barquer apr\u00e8s le bombardement, ou d\u00e9barquer en force et aller attaquer chez elles les tribus rebelles \u00e0 la France. Le fait de d\u00e9barquer et de se tenir sur la d\u00e9fensive n\u2019est pas une solution ; on fait tuer inutilement d\u2019h\u00e9ro\u00efques soldats ; c\u2019est le fait d\u2019un gouvernement impr\u00e9voyant. Si la guerre sainte est d\u00e9clar\u00e9e aux fran\u00e7ais, comme nous y sommes expos\u00e9s, il faudra bien aller plus loin que la banlieue de Casablanca. Je me prom\u00e8ne avec l\u2019oncle Paul ; l\u2019apr\u00e8s-midi, visite \u00e0 Mme No\u00ebll, que je mets au courant de ce que j\u2019ai fait au Vernet (elle croit au succ\u00e8s et m\u2019encourage \u00e0 ne pas abandonner la partie ; elle a plus de confiance que moi), et \u00e0 Mme de Guardia \u00e0 Saorle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 24 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 9 heures ; j\u2019y envoie Albert sur B\u00e9tis afin de faire arranger ma selle qui blesse le cheval au garrot ; le sellier le prend mesure sur le cheval m\u00eame. Je vois aussi M. Vassal qui fait son possible pour me procurer une situation dans les assurances ; il me tarde de l\u2019avoir, \u00e7a sera un atout dans mon jeu. Je rentre \u00e0 3h20 ; je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Ille o\u00f9 c\u2019est jour de foire ; et je rentre d\u2019Ille \u00e0 Vin\u00e7a en voiture, ayant trouv\u00e9 une occasion. Albert rentre \u00e0 9h \u00bd ; il est revenu au frais comme je le lui avais recommand\u00e9 ; cela fait, pour le cheval, une course de 65 kilom\u00e8tres ; il s\u2019est repos\u00e9 8 heures \u00e0 Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 25 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; nous nous promenons au grand jardin.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 31 ao\u00fbt 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 26 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais \u00e0 cheval une promenade d\u2019une dizaine de kilom\u00e8tres (Marquixanes, Finestret, chemin de Joch). Nous avons la visite des Delestrac ; ils arrivent \u00e0 9h, passent toute la journ\u00e9e avec nous et repartent pour Vernet par le dernier train du soir apr\u00e8s avoir d\u00een\u00e9. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec N\u00e9nette, Yvonne et Antoine. Papa devait arriver demain matin ; mais son arriv\u00e9e, d\u00e9j\u00e0 trop retard\u00e9e, ne pourra pas encore avoir lieu avant quelques jours par suite de circonstances dont je n\u2019ai voulu rien mettre, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, dans mon journal mais qu\u2019il faut bien cependant que j\u2019y consigne : dans le courant de juillet, un mois environ apr\u00e8s les fian\u00e7ailles de Philom\u00e8ne, celle-ci re\u00e7ut un billet anonyme sign\u00e9 \u00ab Mary \u00bb, accusant Henri de Lavergne d\u2019avoir eu et d\u2019avoir encore des ma\u00eetresses. Grand \u00e9moi de Papa qui fit une enqu\u00eate \u00e0 Angers aid\u00e9 en cela par le P. V\u00e9tillart ; interrogatoire du jeune homme, aveux de celui-ci, enfin confirmation compl\u00e8te des accusations contenues dans la lettre ; Henri de Lavergne avait eu 2 ma\u00eetresses et n\u2019avait quitt\u00e9 la derni\u00e8re qu\u2019au moment de ses fian\u00e7ailles. \u00c0 la suite de cette d\u00e9couverte, Papa lui interdit jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre l\u2019entr\u00e9e de sa maison ; il en informe ses parents qui ne le savaient pas, car il s\u2019\u00e9tait bien cach\u00e9 (c\u2019est ce qui explique que tout le monde nous ait donn\u00e9 les meilleurs renseignements sur sa conduite). Enfin, le jeune homme montrant un grand repentir, jurant que ces anciennes relations \u00e9taient rompues \u00e0 jamais, d\u2019autre part Philom\u00e8ne tenant beaucoup \u00e0 lui, Papa et Maman, apr\u00e8s avoir beaucoup h\u00e9sit\u00e9, n\u2019ont pas cru devoir rompre son mariage et lui ont permis, apr\u00e8s 20 jours d\u2019interruption, de revenir voir sa fianc\u00e9e. \u00c0 partir de ce moment, Papa s\u2019est occup\u00e9 \u00e0 Angers de r\u00e9gler diff\u00e9rentes questions relatives au mariage et \u00e0 ses pr\u00e9paratifs, puis, vers le 18 ao\u00fbt, il a quitt\u00e9 Angers avec Philom\u00e8ne pour aller \u00e0 Sainte-Croix ; il devait laisser cette derni\u00e8re \u00e0 Sainte-Croix et venir ici apr\u00e8s avoir pass\u00e9 4 ou 5 jours aupr\u00e8s de Marie Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; nous l\u2019attendions, d\u2019abord samedi, puis demain matin. Mais l\u2019homme propose et Dieu dispose&#8230; Jeudi dernier, Maman recevait une autre lettre sign\u00e9e \u00ab Marie Moy \u00bb ; cette femme se vantait d\u2019\u00eatre toujours la ma\u00eetresse d\u2019Henri de Lavergne, elle disait que celui-ci ne l\u2019avait jamais quitt\u00e9e, qu\u2019il ne voulait se marier que pour \u00eatre plus libre et la fr\u00e9quenter encore ou fr\u00e9quenter d\u2019autres femmes de son esp\u00e8ce etc. etc. Cette lettre ajoutait des d\u00e9tails tellement pr\u00e9cis sur le caract\u00e8re de Philom\u00e8ne, sur les toilettes qu\u2019on lui pr\u00e9pare etc. qu\u2019elle parait tr\u00e8s v\u00e9ridique ; or elle formule contre le fianc\u00e9 de Philo les plus graves accusations, elle dit, par exemple, que les rendez-vous continuent, qu\u2019elle avait avec lui un rendez-vous le soir m\u00eame d\u2019un d\u00eener offert le vendredi 16 ao\u00fbt par la famille de Lavergne \u00e0 Papa et \u00e0 Philom\u00e8ne, le dimanche au sortir de la messe etc. En pr\u00e9sence de ces accusations qui seraient monstrueuses si elles sont exactes, Marie a envoy\u00e9 cette lettre, apr\u00e8s l\u2019avoir recopi\u00e9e, au P. V\u00e9tillart qui avait fait la premi\u00e8re enqu\u00eate ; de plus, elle a imm\u00e9diatement t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 \u00e0 Papa de retarder son d\u00e9part de Sainte-Croix et lui a envoy\u00e9 la copie de cette lettre en lui conseillant de repartir pour Angers et de faire l\u2019enqu\u00eate. C\u2019est ce \u00e0 quoi Papa s\u2019est d\u00e9cid\u00e9, car le P. V\u00e9tillart est en Angleterre pour plusieurs semaines. Au lieu de venir nous rejoindre, il repart donc pour Angers. Je veux esp\u00e9rer que cette vilaine femme a tout invent\u00e9 ; mais si par malheur, elle a dit vrai, M. Henri de Lavergne est le dernier des mis\u00e9rables ; en effet, il nous trompait ignoblement et revoyait son ancienne ma\u00eetresse au moment m\u00eame o\u00f9 il venait de nous promettre qu\u2019il ne la reverrait plus jamais, il lui donnait des rendez-vous en sortant de chez sa fianc\u00e9e, il se moquait de celle-ci et de nous tous. Il est certain que si ces faits sont reconnus vrais, la rupture s\u2019impose&nbsp;: j\u2019ai \u00e9t\u00e9 le premier, lorsqu\u2019on a connu ses anciennes faiblesses, \u00e0 conseiller le pardon \u00e0 Papa et \u00e0 Marie ; mais il n\u2019en est plus ainsi maintenant et s\u2019il est prouv\u00e9 que ces relations ont continu\u00e9, j\u2019estime qu\u2019il est indigne d\u2019entrer dans notre famille ; il rendrait s\u00fbrement malheureuse la pauvre Philom\u00e8ne \u00e0 qui il n\u2019aurait m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 capable de rester fid\u00e8le durant ses fian\u00e7ailles ; il aurait agi en hypocrite et en jeune homme vicieux. Philom\u00e8ne, qui ne comprend pas la gravit\u00e9 de ces faits et qui ne se rend pas compte des malheurs auxquels elle s\u2019exposerait en se mariant dans de pareilles conditions, redoute \u00e9norm\u00e9ment la rupture de son mariage et elle a \u00e9crit en cachette \u00e0 son fianc\u00e9 pour l\u2019avertir que nous avions re\u00e7u une lettre l\u2019accusant&nbsp;; c\u2019est malheureux, car cela rendra l\u2019enqu\u00eate de Papa plus difficile. Enfin, \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu&nbsp;; esp\u00e9rons pour Philom\u00e8ne, pour Henri de Lavergne et pour nous tous que Marie Moy a menti ; mais s\u2019il en \u00e9tait autrement j\u2019estime que Papa et Maman ne devraient pas h\u00e9siter, quelque peine que Philom\u00e8ne d\u00fbt en ressentir, \u00e0 rompre un mariage qui risquerait de faire le malheur de leur fille ; c\u2019est aussi l\u2019avis de l\u2019oncle Paul, de Tante Josepha, de Maman et je pense que c\u2019est aussi celui de Papa. Mon Dieu, que d\u2019ennuis, de pr\u00e9occupations et de complications dans la vie !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 27 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval ; je rencontre Victor de Lacour ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je lis et je me prom\u00e8ne un peu ; je m\u2019occupe de la nomination des 2 d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s que la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien doit d\u00e9signer pour l\u2019\u00e9lection d\u2019un membre du Conseil sup\u00e9rieur de la Mutualit\u00e9&nbsp;; le bureau d\u00e9signe Dalmer et \u00c9tienne Verg\u00e8s fils&nbsp;; je donne ces noms au maire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 28 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais au Vernet \u00e0 cheval ; je pars \u00e0 6h \u00bd et j\u2019y arrive \u00e0 9h&nbsp;; je d\u00e9jeune chez les Delestrac dont le s\u00e9jour touche \u00e0 sa fin ; leur cousine Mme Barrera \u00e9tait toujours dans le m\u00eame \u00e9tat, ils ne peuvent pas rester ind\u00e9finiment et ils repartent samedi. Je joue au tennis avec Antoine. Je vois, une minute seulement, Mlle H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s ; elle me dit que sa m\u00e8re ne viendra pas au Vernet ; c\u2019est bien ennuyeux car Tante Josepha, qui l\u2019a beaucoup connue autrefois \u00e0 Perpignan, serait venue au Vernet et aurait essay\u00e9 de la pressentir sur la possibilit\u00e9 d\u2019une reprise du projet&nbsp;; qui sait, maintenant, quand cette conversation pr\u00e9liminaire pourra avoir lieu ; peut-\u00eatre, probablement m\u00eame, il faudra attendre que Mme No\u00ebll puisse voir Mme de Pallar\u00e8s \u00e0 Perpignan ; or ces dames ne se retrouveront pas avant le milieu d\u2019octobre ; si un autre projet venait \u00e0 surgir d\u2019ici l\u00e0, je serais oblig\u00e9 de faire pressentir Mme de Pallar\u00e8s par lettre ce qui ne serait pas favorable ; et cependant, avant de me lancer dans une autre voie, je tiens absolument \u00e0 savoir si celle-l\u00e0 est d\u00e9finitivement ferm\u00e9e car plus je vois Mlle H\u00e9l\u00e8ne, plus je regrette la r\u00e9ponse de sa famille l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; elle est jolie, douce, gentille et bien \u00e9lev\u00e9e&nbsp;; elle me pla\u00eet beaucoup&nbsp;; et dire que j\u2019ai failli l\u2019\u00e9pouser ; dire que \u00e7a a tenu \u00e0 si peu ! Mme de Pallar\u00e8s a dit \u00e0 Mme No\u00ebll que pendant les 3 derniers jours, ses h\u00e9sitations avaient \u00e9t\u00e9 telles qu\u2019elle avait pleur\u00e9 tout le temps. Et tout cela, \u00e0 cause d\u2019un faux renseignement sur notre fortune ; il faudra le rectifier mais voudront-ils revenir sur leur refus ? J\u2019en doute, surtout pour le grand\u2019p\u00e8re. Comme c\u2019est terrible ! J\u2019enrage quand j\u2019y pense ! Je rentre \u00e0 8h \u00bd \u00e0 Vin\u00e7a ; il fait nuit noire sur la route. Je reviendrai vendredi au Vernet, Maman y reviendra aussi&nbsp;; ce sera le dernier jour du s\u00e9jour des Delestrac.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 29 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste au tirage de la loterie des dames de Charit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00c9cole Sainte-Marie ; chose curieuse : je ne gagne qu\u2019une chose, c\u2019est une lampe que j\u2019avais offerte comme pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; bien entendu, je l\u2019ai imm\u00e9diatement remise en loterie ; quelle dr\u00f4le de co\u00efncidence, sur 80 lots et au moins 1500 billets ! En m\u00eame temps que la loterie, il y a une petite sayn\u00e8te et un ballet. Je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de M. Vassal m\u2019informant que l\u2019inspecteur de la compagnie d\u2019assurances \u00ab La Paternelle \u00bb sera demain \u00e0 Perpignan ; me voil\u00e0 forc\u00e9 de renoncer \u00e0 mon voyage au Vernet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 30 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 9 heures et je rentre par celui de 4h. ; je vois chez M. Vassal M. Vaqui\u00e9, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral de \u00ab La Paternelle \u00bb ; son concours m\u2019est tout acquis car M. Vassal et son associ\u00e9 M. Verg\u00e8s de Ricaudy m\u2019ont chaudement recommand\u00e9 \u00e0 lui ; il me dit qu\u2019il me proposera et m\u2019appuiera pour un poste d\u2019inspecteur dans sa compagnie d\u2019assurances ; mais d\u2019abord, je devrai faire un stage de quelques mois pour me former aux affaires. Ce genre d\u2019occupations me conviendra car je ne serai pas esclave ; je pourrai choisir mon moment pour les tourn\u00e9es n\u00e9cessaires et je pourrai ainsi continuer \u00e0 m\u2019occuper de nos affaires. Si je suis nomm\u00e9 inspecteur, la situation sera lucrative. Je d\u00e9sire que cela m\u2019aide \u00e0 me marier ; c\u2019est la seule raison pour laquelle je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 me lancer dans cette carri\u00e8re car je pr\u00e9f\u00e9rerais, par go\u00fbt, vivre tout \u00e0 fait de la vie de propri\u00e9taire terrien ; au moins les Pallar\u00e8s ne pourront pas d\u00e9sormais invoquer ce pr\u00e9texte ! Il est vrai qu\u2019ils en trouveront probablement un autre ! Papa a confi\u00e9 \u00e0 un agent de police, mis \u00e0 sa disposition, l\u2019enqu\u00eate sur les faits \u00e9crits par la ma\u00eetresse d\u2019Henri de Lavergne&nbsp;; ce soir, il nous t\u00e9l\u00e9graphie que les premiers r\u00e9sultats sont favorables mais qu\u2019il attend des renseignements compl\u00e9mentaires ; nous d\u00e9sirons tous que cette femme ait menti.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 31 ao\u00fbt 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule et \u00e0 Ille \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais voir passer \u00e0 la gare les Delestrac qui quittent le Vernet ; l\u2019\u00e9tat de Madame Barrera \u00e9tant stationnaire et pouvant se prolonger longtemps ainsi, ils vont aller finir leurs vacances \u00e0 la Burbanche ; mais auparavant, ils vont faire un p\u00e8lerinage \u00e0 Lourdes. Je me prom\u00e8ne avec l\u2019oncle Paul du c\u00f4t\u00e9 du barrage Bartissol ; nous voyons M. Dalverny p\u00eacher des goujons.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Septembre 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> septembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 1<sup>er<\/sup> septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe. \u00c0 1h nous accompagnons \u00e0 la gare l\u2019oncle Paul, dont le cong\u00e9 est fini et qui retourne \u00e0 Dijon, en s\u2019arr\u00eatant \u00e0 N\u00eemes au passage. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 v\u00eapres ; ensuite, je vais \u00e0 Saorles voir le pr\u00e9sident du Panache, M. Verg\u00e8s-Llad\u00e8res ; nous d\u00e9cidons, pour remonter cette ligue, ou plut\u00f4t le groupe de Vin\u00e7a qui n\u2019est pas tr\u00e8s assidu, de donner une r\u00e9union jeudi. Je vais au recouvrement des cotisations de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 septembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 2 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de Joch, Finestret et Marquixanes. L\u2019enqu\u00eate de Papa a abouti \u00e0 la d\u00e9monstration absolue de l\u2019innocence d\u2019Henri de Lavergne ; il y a eu, en r\u00e9alit\u00e9, 3 enqu\u00eates : la principale, men\u00e9e par deux agents de la s\u00fbret\u00e9 et au cours de laquelle le commissaire central d\u2019Angers a entendu la fille Moy et lui a prouv\u00e9 qu\u2019elle se contredisait et qu\u2019elle mentait ; la seconde par Mme Blanc&nbsp;; la troisi\u00e8me par l\u2019abb\u00e9 Chollet. Toutes les trois sont arriv\u00e9es \u00e0 la m\u00eame conclusion, \u00e0 savoir que la fille Moy est une fille absolument d\u00e9prav\u00e9e et vicieuse qui ne m\u00e9rite aucune confiance, et qu\u2019Henri de Lavergne ne l\u2019a plus vue depuis la fin de mai. Les accusations contenues dans la lettre arriv\u00e9e il y a dix jours \u00e9taient donc absolument fausses ; restent seules les faiblesses commises par Henri de Graverne avant ses fian\u00e7ailles&nbsp;; connues avant la d\u00e9cision, elles auraient s\u00fbrement emp\u00each\u00e9 le mariage, mais connues 1 mois apr\u00e8s les fian\u00e7ailles, Papa et Maman n\u2019ont pas cru devoir rompre et les ont pardonn\u00e9es ; donc, le mariage se fera. Mais il ne se fera malheureusement pas \u00e0 l\u2019\u00e9poque fix\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire les derniers jours de ce mois, par suite d\u2019un malheureux accident arriv\u00e9 \u00e0 la m\u00e8re d\u2019Henri ; la pauvre Madame de Lavergne circulait en voiture, lorsque sa voiture a \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e par un tramway \u00e9lectrique ; elle a \u00e9t\u00e9 projet\u00e9e sur le sol, presque sous les roues du tram et a failli \u00eatre \u00e9cras\u00e9e ; Dieu merci, elle ne l\u2019a pas \u00e9t\u00e9 et a \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 une mort affreuse ; mais elle a \u00e9t\u00e9 si fortement contusionn\u00e9e au genou qu\u2019elle en a pour de longues semaines avant d\u2019\u00eatre remise&nbsp;; quand pourra-t-on c\u00e9l\u00e9brer le mariage ? Nul ne le sait et tout d\u00e9pendra du r\u00e9tablissement de Mme de Lavergne. Mais comme il va \u00eatre forc\u00e9ment retard\u00e9, le mieux \u00e0 mon avis est que Papa arrive sans retard \u00e0 Roussillon avec Philom\u00e8ne. L\u2019apr\u00e8s-midi, Bonne Maman, Maman, Tante Josepha et N\u00e9nette vont \u00e0 Millas faire une visite aux Ferriol ; je ne vais que jusqu\u2019\u00e0 Ille o\u00f9 je reste de 1h \u00bd \u00e0 4 heures. Dans le m\u00eame train que nous est Mlle de Pallar\u00e8s et sa petite cousine Fabre avec son institutrice&nbsp;; Mlle H\u00e9l\u00e8ne rentre \u00e0 Perpignan et \u00e0 la campagne \u00e0 Montescot ; nous n\u2019avons pas pu monter dans le m\u00eame compartiment, comme je l\u2019aurais d\u00e9sir\u00e9, parce que ces dames \u00e9taient en 1<sup>\u00e8re<\/sup> et que nous n\u2019avions que des billets de seconde. Mais il para\u00eet qu\u2019\u00e0 Millas, Tante Josepha a salu\u00e9 Mlle H\u00e9l\u00e8ne \u00e0 la porti\u00e8re de son wagon et celle-ci lui ayant demand\u00e9 si elle allait \u00e0 Perpignan, Tante Josepha lui a r\u00e9pondu qu\u2019elle n\u2019y allait pas aujourd\u2019hui mais qu\u2019elle irait demain et qu\u2019elle serait tr\u00e8s heureuse de revoir sa m\u00e8re ; la voil\u00e0 donc oblig\u00e9e de faire une visite \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s qu\u2019elle a beaucoup connue autrefois ; immanquablement, on parlera des n\u00e9gociations de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re et Tante Josepha pourra voir quelles sont les dispositions actuelles de Mme de Pallar\u00e8s. J\u2019avoue que je ne croyais pas que les choses se passeraient ainsi aujourd\u2019hui ; je pensais que Mlle H\u00e9l\u00e8ne quitterait aujourd\u2019hui le Vernet et c\u2019est dans l\u2019espoir de voyager dans son compartiment que j\u2019ai pouss\u00e9 \u00e0 aller \u00e0 Millas&nbsp;; mais je ne pr\u00e9voyais pas la suite et la visite de demain. Tante Josepha voulait faire cette visite pour demander \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s quelle raison avait motiv\u00e9 sa d\u00e9cision de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, je l\u2019avais retenue car je redoute les suites, j\u2019ai peur que rien de bon pour moi ne sorte de cette conversation ; mais puisque cette visite, d\u00e9cid\u00e9e en dehors de moi, va avoir lieu, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 s\u2019y pr\u00e9parer et \u00e0 bien savoir ce qui s\u2019y dira. Il faut absolument que Tante Josepha dise et prouve \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9e sur l\u2019importance de notre fortune, et qu\u2019elle fasse valoir que je vais avoir une position. Tout au moins, nous saurons si r\u00e9ellement Mme de Pallar\u00e8s regrette sa d\u00e9cision de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; il est vrai qu\u2019il reste le grand\u2019p\u00e8re ! C\u2019est lui le plus terrible !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 3 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 cheval ; je vais voir les vignes et j\u2019examine l\u2019\u00e9tat de la cave&nbsp;; il va falloir faire quelques petites r\u00e9parations aux tonneaux. Bonne Maman, Tante Josepha et N\u00e9nette vont \u00e0 Perpignan ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, de 1h \u00bd \u00e0 6h \u00bd, je vais \u00e0 Prades. \u00c0 son retour de Perpignan, Tante Josepha me raconte sa visite \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s ; c\u2019est elle-m\u00eame qui, la premi\u00e8re, lui a parl\u00e9 de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re. Naturellement, Tante Josepha a rectifi\u00e9 les faux renseignements donn\u00e9s par M. de Barescut. \u00c0 son grand \u00e9tonnement, Mme de Pallar\u00e8s n\u2019a pas repouss\u00e9 l\u2019id\u00e9e d\u2019une reprise du projet ; elle n\u2019a pas d\u00e9clar\u00e9 vouloir maintenir d\u2019une mani\u00e8re inflexible sa d\u00e9cision de l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; sa conversation avec Tante Josepha laisse donc place \u00e0 un peu d\u2019espoir. Celle-ci, bien entendu, n\u2019a fait aucune proposition ; elle est all\u00e9e \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s de son propre mouvement, pour savoir exactement la raison du refus de l\u2019an pass\u00e9 et pour rectifier les faux renseignements donn\u00e9s, mais elle n\u2019\u00e9tait charg\u00e9e par nous d\u2019aucune mission pour la famille de Pallar\u00e8s ; ce n\u2019\u00e9tait donc pas une d\u00e9marche. Mme de Pallar\u00e8s lui a avou\u00e9 que le seul motif de son refus de l\u2019an dernier \u00e9tait qu\u2019elle ne nous avait pas trouv\u00e9s assez riches ; elle a, de plus, confirm\u00e9 que M. de Barescut avait dit que notre fortune ne d\u00e9passait pas 3 \u00e0 400.000 fr. ; c\u2019est donc notre cousin qui a fait manquer mon mariage l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; il a beau dire le contraire, il ment. Je lui pardonne parce que je suis chr\u00e9tien ; je dis m\u00eame que si j\u2019\u00e9tais en mesure de me venger en lui faisant une m\u00e9chancet\u00e9, je ne le ferais pas ; mais je ne pourrai jamais oublier le tort qu\u2019il m\u2019a fait ; il me faut faire appel \u00e0 tous mes sentiments chr\u00e9tiens pour ne pas le ha\u00efr. Bref, de la visite d\u2019aujourd\u2019hui se d\u00e9gage pour moi cette impression qu\u2019une d\u00e9marche ferme n\u2019aurait pas de chances d\u2019aboutir actuellement (car Tante Josepha a compris qu\u2019il y a d\u2019autres projets pour Mlle H\u00e9l\u00e8ne), mais que la famille de Pallar\u00e8s ne pourra pas s\u2019\u00e9tonner d\u2019une d\u00e9marche faite dans quelque temps par l\u2019interm\u00e9diaire de Tante Josepha ; peut-\u00eatre alors, ne serait-elle pas absolument t\u00e9m\u00e9raire&#8230; Par cons\u00e9quent, je vais rester tranquille pour le moment. J\u2019agirai un peu plus tard quand je jugerai le moment favorable. Je ne serais amen\u00e9 \u00e0 agir \u00e0 bref d\u00e9lai que dans un cas : celui o\u00f9 j\u2019aurais un autre projet en vue et pr\u00eat d\u2019aboutir ; alors, avant de m\u2019engager, je demanderais positivement la main d\u2019H\u00e9l\u00e8ne de Pallar\u00e8s. Je la trouve trop s\u00e9duisante pour \u00e9pouser une autre jeune fille sans \u00eatre s\u00fbr qu\u2019il n\u2019y a plus rien \u00e0 faire pour elle ; aussi je m\u2019en assurerais auparavant. Voil\u00e0 ma ligne de conduite arr\u00eat\u00e9e ; et puis, \u00e0 la gr\u00e2ce de Dieu, l\u2019homme s\u2019agite et Dieu le m\u00e8ne ; peut-\u00eatre Dieu finira-t-il par exaucer mes pri\u00e8res et me donnera-t-il enfin la compagne de ma vie, celle que j\u2019attends depuis si longtemps sans avoir encore r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019obtenir. Je le prie avec ferveur pour cela.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis oblig\u00e9, afin de pouvoir donner au Panache la r\u00e9union de jeudi, de faire un petit sacrifice d\u2019argent. M. Verg\u00e8s-Llad\u00e8res, le pr\u00e9sident, au nom de qui la salle est lou\u00e9e, inquiet de voir que les cotisations des membres honoraires ne sont pas rentr\u00e9es, a peur d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 de payer de ses deniers le loyer de la salle. Aussi, refuse-t-il de garder plus longtemps cette charge et veut-il r\u00e9silier le bail si on ne trouve pas 50 fr. d\u2019ici 4 jours&nbsp;; pour \u00e9viter ce malheur, qui tuerait le groupement du Panache \u00e0 Vin\u00e7a, je lui fais l\u2019avance de ces 50 fr. ; le mot \u00ab avance \u00bb est une fa\u00e7on de parler car je ne les reverrai probablement jamais ; j\u2019ai fait cette d\u00e9pense sur mes \u00e9conomies personnelles et mes parents l\u2019ignorent. Il faut bien faire des sacrifices \u00e0 ses convictions !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 4 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019occupe des pr\u00e9paratifs de la r\u00e9union du Panache. Ce soir, nous avons Mlle de Llobet qui vient passer la soir\u00e9e et prendre le th\u00e9 avec nous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 5 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne monte pas \u00e0 cheval. Nous accompagnons \u00e0 la gare Tante Josepha et N\u00e9nette qui repartent pour Dijon par le train de 7 heures. \u00c0 7h \u00bd, r\u00e9union du Panache ; il y a un bon nombre de ligueurs pr\u00e9sents ; ils jouent \u00e0 diff\u00e9rents jeux ; ensuite, je leur offre le punch et je leur d\u00e9bite un petit toast tout en leur parlant du dernier manifeste de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans que je leur fais distribuer \u00e0 tous ainsi que des \u00ab&nbsp;manuels du royaliste&nbsp;\u00bb de Baconnier. Un peu plus tard, au commencement de l\u2019hiver, je leur ferai faire une conf\u00e9rence par un orateur de Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 6 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7h et je fais la sainte communion en l\u2019honneur du premier vendredi du mois ; je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval ; je donne l\u2019ordre d\u2019arroser les vignes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 7 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman, Maman et moi allons visiter Molitg que nous n\u2019avions pas revu depuis longtemps ; nous partons \u00e0 11h14 et rentrons \u00e0 3h35 ; nous faisons une visite aux Massia qui m\u2019invitent \u00e0 y revenir d\u00e9jeuner ; je leur promets de revenir en octobre, \u00e0 cheval probablement. \u00c0 Angers, pour le mariage de Philom\u00e8ne, les ennuis se multiplient : apr\u00e8s la constatation de la fausset\u00e9 des accusations de Marie Moy, et l\u2019accident de Mme de Lavergne, sont arriv\u00e9es \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se (comment diable a-t-on eu son adresse dans ce monde-l\u00e0&nbsp;?) des lettres nous mena\u00e7ant d\u2019un scandale le jour du mariage. Papa h\u00e9site beaucoup, dans ces conditions, \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer le mariage \u00e0 Angers ; d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, apr\u00e8s avoir d\u00e8s le d\u00e9but annonc\u00e9 qu\u2019il aurait lieu \u00e0 Angers, comment changer tout \u00e0 coup de programme ? Qu\u2019en penserait-on ? On pourra faire prot\u00e9ger discr\u00e8tement le mariage par la police. Mais sera-ce suffisant&nbsp;; dans une de ses lettres, cette femme et ses complices (car elle en a) annoncent qu\u2019il est inutile de lui offrir de l\u2019argent pour la faire taire, qu\u2019elle ne se taira pas. Que veut-elle ? \u00c9videmment, emp\u00eacher le mariage ; elle n\u2019y r\u00e9ussira pas d\u00e9sormais ; mais comme un scandale \u00e0 l\u2019\u00e9glise ou sur le passage du cort\u00e8ge serait d\u00e9sagr\u00e9able ! Papa arrive enfin mardi matin et d\u00e9cidera avec Maman ce qu\u2019il y a \u00e0 faire. Le mariage est fix\u00e9 en principe au 2 octobre ; mais il serait forc\u00e9ment retard\u00e9 s\u2019il devait avoir lieu en Roussillon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 8 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Je comptais partir mercredi pour Sainte-Croix, Marie Th\u00e9r\u00e8se m\u2019ayant invit\u00e9 \u00e0 y aller pour suivre les grandes man\u0153uvres d\u2019arm\u00e9e qui se d\u00e9roulent autour de chez elle ; mais elle m\u2019avait dit que ces man\u0153uvres duraient du 9 au 20 septembre ; aussi, j\u2019attendrai l\u2019arriv\u00e9e de Papa pour partir. Mais j\u2019apprends aujourd\u2019hui par Henri No\u00ebll, dont le fr\u00e8re est \u00e0 ces man\u0153uvres, qu\u2019elles finiront le 15 ; je n\u2019ai donc pas de temps \u00e0 perdre, d\u2019autant plus que je veux passer \u00e0 la M\u00e9tairie-Grande faire une visite \u00e0 la famille du Lac, ce qui n\u00e9cessite un petit d\u00e9tour. Je partirai donc demain \u00e0 1h10 et, si ma visite du Lac peut se faire dans l\u2019apr\u00e8s-midi de mardi, je serai \u00e0 Mareuil mercredi \u00e0 1h02. Demain soir, je coucherai \u00e0 B\u00e9darieux. Une fois \u00e0 Sainte-Croix, si le mariage de Philom\u00e8ne reste fix\u00e9 au 2 octobre \u00e0 Angers je ne reviendrai pas avant ; si, au contraire, il est retard\u00e9 et a lieu en Roussillon, je reviendrai aussit\u00f4t apr\u00e8s les man\u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 septembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">B\u00e9darieux, lundi 9 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin de 9h \u00e0 11 heures, je suis all\u00e9 \u00e0 Ille faire quelques commissions ; M. Joseph Batlle est mort dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, on l\u2019enterre ce matin, je n\u2019en ai rien su, sans quoi je serais certainement venu \u00e0 ses obs\u00e8ques et je suis tr\u00e8s ennuy\u00e9 de ne pas l\u2019avoir su. Je pars de Vin\u00e7a \u00e0 1h10 ; je viens coucher \u00e0 B\u00e9darieux ; jusqu\u2019\u00e0 Narbonne, je fais route avec Henri Jorqui\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 11 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tant hier soir en chemin de fer, je n\u2019ai pas pu \u00e9crire mon journal. Hier mardi j\u2019ai quitt\u00e9 B\u00e9darieux \u00e0 8h25 du matin et je suis arriv\u00e9 \u00e0 10h \u00e0 la gare de Lacabar\u00e8de (Tarn) o\u00f9 Henri du Lac m\u2019attendait en auto. Il me m\u00e8ne chez lui \u00e0 la \u00ab M\u00e9tairie-grande \u00bb o\u00f9 il me pr\u00e9sente \u00e0 ses parents&nbsp;; je connaissais d\u00e9j\u00e0 Mme du Lac. Tr\u00e8s aimables, ils tiennent \u00e0 me garder toute la journ\u00e9e et je ne repars qu\u2019\u00e0 9h21 du soir par la gare de Saint-Amans-Soult ; dans la journ\u00e9e entre le d\u00e9jeuner et le d\u00eener nous nous promenons, jouons au tennis etc. Henri a plusieurs fr\u00e8res et s\u0153urs ; il a une s\u0153ur de plus de 18 ans nomm\u00e9e Gabrielle, qui est une grande et fort jolie jeune fille (elle ressemble \u00e0 Marie-Louise de Lacour) ; ma foi, je la trouve si bien que j\u2019en viens \u00e0 penser que je pourrais peut-\u00eatre la demander en mariage ; la famille est excellente&nbsp;; je ne sais pas quelle peut \u00eatre la fortune, je suppose qu\u2019elle sera \u00e0 peu pr\u00e8s comme moi ; elle pourrait donc, le moment venu, faire pour moi un parti tr\u00e8s bien ; mais elle est si jeune qu\u2019on ne voudrait probablement pas la marier encore ; c\u2019est une id\u00e9e \u00e0 m\u00fbrir ; depuis hier, j\u2019y ai pens\u00e9 souvent ; je la trouve ravissante. Je viens \u00e0 Sainte-Croix par Montauban, Brive, P\u00e9rigueux ; en gare de Brive, o\u00f9 je passe trois heures au milieu de la nuit, je rencontre Louise de La Bardonnie qui va \u00e0 Perpignan avec sa fillette ; \u00e0 P\u00e9rigueux, je me prom\u00e8ne \u00e0 2 heures. \u00c0 partir de Rib\u00e9rac, on voit les troupes du 18<sup>\u00e8me<\/sup> corps dans la campagne. Demain commencent les man\u0153uvres de corps d\u2019arm\u00e9e (le 18<sup>\u00e8me<\/sup>, le 12<sup>\u00e8me<\/sup>, plus une brigade d\u2019infanterie coloniale). Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philo et Max m\u2019attendaient \u00e0 la gare. La gentille petite Ghislaine a aujourd\u2019hui un an ; elle commence \u00e0 marcher et prononce quelques paroles. Demain, nous t\u00e2cherons de suivre les man\u0153uvres.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 12 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 bicyclette vers 7h ; \u00e0 la gare de Laroche-Beaucourt j\u2019assiste \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des officiers \u00e9trangers ; je les suis, avec Thibaud de La Bardonnie ; nous arrivons, toujours \u00e0 leur suite, au calvaire de Cherval, point \u00e9lev\u00e9 occup\u00e9 par une batterie d\u2019artillerie du 12<sup>\u00e8me<\/sup> corps ; un parti de cavalerie du 18<sup>\u00e8me<\/sup> s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 dans la plaine, les canons tirent ; j\u2019assiste de tr\u00e8s pr\u00e8s \u00e0 cette action qui m\u2019int\u00e9resse beaucoup ; le g\u00e9n\u00e9ral Millet, grand directeur des man\u0153uvres, \u00e9tait l\u00e0 avec son \u00e9tat-major. Il n\u2019y a aujourd\u2019hui que de petits engagements d\u2019avant-garde ; les deux corps sont encore \u00e9loign\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre. Le sale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 Picquat (par la gr\u00e2ce de Dreyfus) arrive ce soir \u00e0 Mareuil. Tout le 50<sup>\u00e8me<\/sup> de ligne prend ses cantonnements \u00e0 Sainte-Croix ; chez Max, on loge de nombreux soldats dans les granges et 4 officiers dans la maison, notamment le lieutenant-colonel faisant fonction de colonel, car le colonel commande par int\u00e9rim la 47<sup>\u00e8me<\/sup> brigade. Ces messieurs d\u00eenent ensemble, Marie-Th\u00e9r\u00e8se ayant mis sa salle \u00e0 manger \u00e0 leur disposition ; c\u2019est un officier d\u2019ordinaire qui s\u2019occupe de leur subsistance, mais Marie-Th\u00e9r\u00e8se fait aimablement ajouter quelques plats \u00e0 leur menu ; apr\u00e8s leur d\u00eener ils viennent au salon avec nous et nous leur offrons le caf\u00e9, nous causons avec eux ; quelques officiers cantonn\u00e9s dans des maisons voisines viennent aussi pour leurs repas ici. Ecuries et granges sont pleines de soldats ; voitures r\u00e9gimentaires et fourgons couvrent la prairie derri\u00e8re la maison. Les alentours sont bond\u00e9s de troupes ; on rencontre constamment des r\u00e9giments et des d\u00e9tachements de toutes armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 13 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars vers 6h \u00bd et avec plusieurs paysans (dont les fils du colonel du 50<sup>\u00e8me<\/sup> de ligne), je parcours, toute la matin\u00e9e, \u00e0 bicyclette, la r\u00e9gion o\u00f9 l\u2019on man\u0153uvre ; on n\u2019entend que tr\u00e8s peu de coups de canon et de coups de fusil ; il n\u2019y aura pas, aujourd\u2019hui encore, d\u2019action d\u00e9cisive. Tout se passe en marches d\u2019approche qu\u2019on ne voit pas ; les troupes se dissimulent dans les bois et, dans ces plaines o\u00f9 il y a une soixantaine de mille hommes au moins, il y a des moments o\u00f9 l\u2019on n\u2019aper\u00e7oit m\u00eame pas un soldat ; quelle dr\u00f4le de chose que la guerre moderne ! Un moment, le pneu de ma bicyclette \u00e9clate, il est long \u00e0 r\u00e9parer et, l\u2019apr\u00e8s-midi, n\u2019ayant pu trouver une autre bonne machine ni bien faire r\u00e9parer celle-l\u00e0, je suis oblig\u00e9 de me contenter d\u2019une horrible rosse de b\u00e9cane, tandis que la premi\u00e8re que j\u2019avais lou\u00e9e, celle qui a \u00e9clat\u00e9, \u00e9tait tr\u00e8s bonne. Le soir, le bruit court qu\u2019il y aura une attaque de Mareuil dans la nuit ; nous sommes sur le point d\u2019y aller mais nous sommes tous tellement fatigu\u00e9s que nous nous couchons sans y aller, heureusement car l\u2019attaque n\u2019a pas eu lieu. Le colonel nous invite tous \u00e0 d\u00eener ; ce d\u00eener se passe, bien entendu, dans la salle \u00e0 manger de Marie Th\u00e9r\u00e8se, il est servi avec ses services, son argenterie, mais il est offert par le r\u00e9giment et pr\u00e9par\u00e9, dans la cuisine de Marie Th\u00e9r\u00e8se, par le caporal d\u2019ordinaire ; nous sommes 12 \u00e0 table, nous 4 et 8 officiers ; apr\u00e8s le d\u00eener et le caf\u00e9, on fait un peu de musique au salon ; d\u00e9cid\u00e9ment, ces man\u0153uvres sont tr\u00e8s amusantes ! Il para\u00eet que, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, lorsque j\u2019\u00e9tais \u00e0 Mareuil, la musique, apr\u00e8s avoir raccompagn\u00e9 et salu\u00e9 le drapeau, a donn\u00e9 son concert dans la prairie au-dessous de la terrasse. Pour le d\u00eener, comme c\u2019\u00e9tait vendredi, le colonel, de lui-m\u00eame, avait fait demander au cur\u00e9 et obtenu la permission de nous servir en gras&nbsp;; les militaires l\u2019ont de droit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 14 septembre 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Picquart.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"373\" height=\"527\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Picquart.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-479\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Picquart.jpg 373w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Picquart-212x300.jpg 212w\" sizes=\"auto, (max-width: 373px) 100vw, 373px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Marie-Georges Picquart (1824-1914), ministre de la Guerre, protagoniste de l&rsquo;affaire Dreyfus et l&rsquo;une des \u00ab\u00a0b\u00eates noires\u00a0\u00bb d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Clich\u00e9 anonyme, 1906 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 6h \u00bd environ et je vais au calvaire de Clerval ; j\u2019y retrouve Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Philom\u00e8ne et Max, il y a beaucoup de monde&nbsp;; la position, tr\u00e8s centrale et \u00e9lev\u00e9e, est occup\u00e9e par les blancs (18<sup>e<\/sup> corps) ; le ministre de la Guerre (le g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9) est l\u00e0 avec ses officiers d\u2019ordonnance, le chef d\u2019\u00e9tat-major g\u00e9n\u00e9ral (g\u00e9n\u00e9ral Brun) y est aussi. Le canon et la fusillade faisaient rage dans la direction de Champagne, je pars bient\u00f4t dans cette direction avec Thibaud de La Bardonnie et l\u2019un des fils du colonel du 50<sup>e<\/sup>. J\u2019ai la chance d\u2019assister \u00e0 un tr\u00e8s int\u00e9ressant combat d\u2019infanterie au pied des hauteurs du Puy de Versac occup\u00e9es par les rouges. \u00c0 peine \u00e9tais-je sur ces hauteurs, avec un nombreux public et des officiers \u00e9trangers, que M. Picquart y arrive \u00e0 cheval ; il met pied \u00e0 terre, serre la main aux officiers \u00e9trangers, fait le beau ; \u00e0 ce moment j\u2019\u00e9tais tout pr\u00e8s de lui ; la vue de cet homme, l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re encore lieutenant-colonel en r\u00e9forme, chass\u00e9 de l\u2019Arm\u00e9e par ses pairs pour indiscipline, et qui pr\u00e9tend maintenant repr\u00e9senter l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise, cette vue m\u2019exasp\u00e8re tellement que je crie, sous le nez de cet ignoble dreyfusard : <em>\u00ab Vive Mercier ! \u00bb<\/em>. Ce cri n\u2019est pas du go\u00fbt de ce vilain ministre, car il se retourne vers moi en disant : <em>\u00ab Eh bien merci, vous auriez pu vous passer de cette fantaisie \u00bb<\/em> ; ces paroles sont dites sur un ton assez cassant et d\u2019un air vex\u00e9. Il n\u2019y a que la v\u00e9rit\u00e9 qui blesse et ce coquin d\u2019arriviste, protecteur d\u2019un tra\u00eetre av\u00e9r\u00e9, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 content de se l\u2019entendre rappeler en pr\u00e9sence d\u2019un brillant \u00e9tat-major, des officiers \u00e9trangers et d\u2019un nombreux public. Mon cri n\u2019ayant rien de s\u00e9ditieux, on n\u2019a pas pu m\u2019inqui\u00e9ter. Mais le nom du ministre qui, malgr\u00e9 les Juifs, a trait\u00e9 Dreyfus comme il le m\u00e9ritait, n\u2019a jamais failli dans son attitude, a toujours repr\u00e9sent\u00e9 l\u2019accusation, a refus\u00e9 de voter, au S\u00e9nat, la r\u00e9int\u00e9gration de Picquart le lendemain de la forfaiture de la Cour de cassation, le nom du chef des antidreyfusards a d\u00fb exasp\u00e9rer M. Picquart ; tant mieux, c\u2019est ce que je voulais ! Il donne aussit\u00f4t l\u2019ordre d\u2019\u00e9loigner le public qui, dit-il, le g\u00eane pour suivre les op\u00e9rations ; mais tout le monde comprend pourquoi il a donn\u00e9 cet ordre. Heureusement qu\u2019on ne nous \u00e9loigne pas beaucoup. Un journaliste m\u2019ayant demand\u00e9 mon nom pour relater l\u2019incident, je lui dis que je le lui donnerais volontiers si je ne craignais d\u2019exposer des oncles que j\u2019ai dans l\u2019Arm\u00e9e aux vengeances de M. Picquart ; je lui dis de raconter que le cri a \u00e9t\u00e9 pouss\u00e9 par \u00ab&nbsp;un membre de la Ligue de l\u2019Action Fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb. Pendant ce temps, le combat continue et les manchons blancs refoulent les rouges qui se replient sur la hauteur o\u00f9 je me trouve. Entendant la fusillade et le canon de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du plateau, j\u2019y vais ; Picquart y va aussi ; je tombe au milieu d\u2019une v\u00e9ritable bataille entre un fort parti d\u2019infanterie rouge et l\u2019infanterie blanche ; la fusillade est tr\u00e8s vive, le cr\u00e9pitement ne s\u2019arr\u00eate pas un seul instant, domin\u00e9 par instants par la voix du canon ; les blancs, surpris par les rouges qui d\u00e9bouchent des bois et leur tombent dessus, se replient, ils se reforment derri\u00e8re tous les accidents de terrain, une haie, une maison, une ligne d\u2019arbres etc. ; un bon moment, je me trouve entre deux feux, \u00e0 moins de 50 m\u00e8tres des uns et des autres ; si le tir avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9el, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;cuit&nbsp;\u00bb&nbsp;; l\u2019odeur de la poudre, le cr\u00e9pitement continu de la fusillade ont quelque chose d\u2019emballant, je ne sais quoi qui grise. Je suis le mouvement des blancs et j\u2019arrive au sommet du plateau ; le canon tonne tout pr\u00e8s de moi, les rouges avancent de plus en plus ; enfin tout \u00e0 coup, \u00e0 11 heures \u00bc, le clairon sonne la fin de la man\u0153uvre ; du sommet o\u00f9 nous \u00e9tions, la vue \u00e9tait superbe. La bataille a eu lieu sur un front de plus de 20 kilom\u00e8tres. Je suis enchant\u00e9 de cette journ\u00e9e ; j\u2019ai vraiment \u00e9prouv\u00e9 la sensation d\u2019une vraie bataille ! En retournant \u00e0 Sainte-Croix en b\u00e9cane, nous rencontrons Paul D\u00e9roul\u00e8de ; nous crions <em>\u00ab&nbsp;Vide Deroul\u00e8de&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em>; il nous remercie et nous serre la main \u00e0 tous ; quand il prend la mienne, je lui dis <em>\u00ab bien que royaliste, Monsieur, je suis heureux de vous serrer la main \u00bb<\/em> ; il me r\u00e9pond que moi royaliste et lui r\u00e9publicain, nous sommes avant tout patriotes et bons Fran\u00e7ais&nbsp;; je lui raconte ce que j\u2019ai cri\u00e9 \u00e0 Picquart tout \u00e0 l\u2019heure ; nous causons un instant. Pauvre D\u00e9roul\u00e8de&nbsp;: s\u2019il avait eu plus d\u2019esprit politique il y a 8 ou 9 ans, il aurait pu renverser la r\u00e9publique&nbsp;; mais ce n\u2019est qu\u2019un sentimental, sans esprit politique ; au 23 f\u00e9vrier 1899, il nous a rendu \u00e0 tous un bien mauvais service, en faisant rater le coup, pour le faire \u00e0 son profit ; mais il ne l\u2019a pas r\u00e9ussi et nous sommes rest\u00e9s dans le p\u00e9trin qui nous enlise de plus en plus ! Enfin, c\u2019est un grand c\u0153ur et un patriote qui aime profond\u00e9ment son pays et, malgr\u00e9 nos graves divergences politiques, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 heureux de lui serrer la main. Je rentre \u00e0 Sainte-Croix \u00e0 1 heure, mourant de faim&nbsp;; j\u2019ai peut-\u00eatre parcouru 30 ou 40 kilom\u00e8tres \u00e0 bicyclette et, bien souvent, en la tirant apr\u00e8s moi pour grimper sur des positions escarp\u00e9es&nbsp;; mais j\u2019ai bien vu la man\u0153uvre, j\u2019ai humili\u00e9 et j\u2019ai serr\u00e9 la main \u00e0 D\u00e9roul\u00e8de. Bonne journ\u00e9e ! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, quand le 50<sup>e<\/sup> rentre, salut au drapeau avec la musique dans la cour de Sainte-Croix ; un peu plus tard, la musique nous offre un gentil concert, comme d\u2019hier, c\u2019est une attention tr\u00e8s aimable. Nous sommes encore, le soir, les invit\u00e9s du r\u00e9giment, le lieutenant-colonel Chabrol est vraiment tr\u00e8s aimable ! Apr\u00e8s d\u00eener, on fait un peu de musique et on cause comme hier.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/PaulDeroulede.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"582\" height=\"664\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/PaulDeroulede.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-477\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/PaulDeroulede.jpg 582w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/PaulDeroulede-263x300.jpg 263w\" sizes=\"auto, (max-width: 582px) 100vw, 582px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Paul Deroul\u00e8de (1846-1914), po\u00e8te, d\u00e9put\u00e9 de la Charente (1889-1893 et 1898-1901), qu&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch rencontra en P\u00e9rigord le 14 septembre 1907 \u2013 Carte postale, sans date [ann\u00e9es 1900] (Site Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 15 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, dislocation des troupes&nbsp;; le 50<sup>e<\/sup> nous quitte le matin \u00e0 5h \u00bc apr\u00e8s un dernier salut au drapeau dans la cour ; nous avions voulu photographier cette c\u00e9r\u00e9monie, mais le temps \u00e9tait trop sombre. Je vais \u00e0 Mareuil, puis \u00e0 la messe et \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Sainte-Croix ; apr\u00e8s les v\u00eapres, nous allons tous \u00e0 Aucors chez Mme de Saint-Cyr, tante de Max, qui a ses enfants chez elle et qui nous a invit\u00e9s \u00e0 d\u00eener&nbsp;; nous rentrons \u00e0 9h \u00bd.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 septembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 16 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me faire couper les cheveux \u00e0 Mareuil. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous faire une visite \u00e0 la famille de Saint-Marc au ch\u00e2teau de Chaumont \u00e0 13 kilom\u00e8tres d\u2019ici ; il y a l\u00e0 deux jeunes gens et une jeune fille de 20 ans qui est fort gentille ; nous rentrons \u00e0 7 heures \u00bc. En pr\u00e9sence des menaces de la fille Moy, Papa et Maman ont tr\u00e8s sagement d\u00e9cid\u00e9 que le mariage de Philom\u00e8ne n\u2019aurait pas lieu \u00e0 Angers ; il se fera en Roussillon, \u00e0 Ille tr\u00e8s probablement ; seulement, comme les r\u00e9parations ne sont pas encore termin\u00e9es et que l\u2019am\u00e9nagement de la maison demandera certainement plusieurs mois, il est \u00e0 craindre que le mariage ne puisse avoir lieu avant le mois de d\u00e9cembre ou m\u00eame de janvier ; c\u2019est bien ennuyeux, mais tout est pr\u00e9f\u00e9rable au scandale dont nous \u00e9tions menac\u00e9s ; l\u2019accident arriv\u00e9 \u00e0 Madame de Lavergne sert merveilleusement de pr\u00e9texte au retard.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 17 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se faire une visite \u00e0 la Marquise d\u2019Ambelle et \u00e0 Madame de La Villatte \u00e0 Ambelle et une autre \u00e0 Madame de La Bardonnie \u00e0 Mareuil. Le pape, dans une lumineuse et tr\u00e8s ferme encyclique, condamne les erreurs connues sous le nom de \u00ab modernisme \u00bb qui avaient s\u00e9duit trop de Catholiques, la\u00efques et eccl\u00e9siastiques, et prend des mesures pour surveiller les \u00e9crits des eccl\u00e9siastiques et maintenir la doctrine catholique et la discipline morale ; j\u2019en suis enchant\u00e9 ; cette encyclique est un des actes les plus importants du Saint-Si\u00e8ge depuis longtemps. Ce modernisme, assez semblable au protestantisme, n\u2019est autre qu\u2019un d\u00e9riv\u00e9 de l\u2019individualisme r\u00e9volutionnaire ; ainsi s\u2019affirme une fois de plus l\u2019antinomie des principes r\u00e9volutionnaires, pilier de notre r\u00e9publique, avec les principes catholiques.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 18 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Mareuil. L\u2019apr\u00e8s-midi, je retourne \u00e0 Chaumont \u00e0 bicyclette cette fois&nbsp;; je rapporte \u00e0 Mme de Saint-Marc une p\u00e9lerine qu\u2019elle avait pr\u00eat\u00e9e avant-hier \u00e0 Philom\u00e8ne&nbsp;; je lui remets en m\u00eame temps une invitation de Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 venir d\u00e9jeuner lundi. Je revois Mlle de Saint-Marc&nbsp;; cette jeune fille, que je ne connaissais pas jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, est absolument id\u00e9ale au physique et au moral&nbsp;; ce serait la femme r\u00eav\u00e9e, mais ce r\u00eave serait trop haut&nbsp;; je reviens par la vall\u00e9e de la Lisonne et la route de Larochebeaucourt \u00e0 Saint-Crois par Verdinas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 19 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais en break avec Max prendre \u00e0 Aucors ses cousins de Saint-Cyr que Marie-Th\u00e9r\u00e8se a aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9jeuner&nbsp;; ils restent jusqu\u2019\u00e0 4 heures \u00bd environ. Pour faire plaisir \u00e0 Philom\u00e8ne, j\u2019\u00e9cris \u00e0 Henri de Lavergne pour lui expliquer, par le menu, les raisons de la d\u00e9cision de nos parents en ce qui concerne le lieu et la date de la c\u00e9l\u00e9bration de son mariage ; il para\u00eet que M. et Mme de Lavergne sont contrari\u00e9s de ce retard ; mais il est la cons\u00e9quence du changement de lieu&nbsp;; c\u2019est ce que je lui explique. Je lui montre que la d\u00e9cision de nos parents n\u2019a rien d\u2019arbitraire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 20 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais tirer quelques lapins et quelques perdreaux avec M. le cur\u00e9 sur la propri\u00e9t\u00e9 de la Chabroulie dont il est fermier. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous avons la visite de M. et Mme d\u2019Ambelle, puis je vais voir, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, M. et Mme Joseph de Ruffray. Il nous revient de divers c\u00f4t\u00e9s que Picquart a subi bien des avanies pendant son passage en P\u00e9rigord \u00e0 l\u2019occasion des man\u0153uvres : il s\u2019est vu refuser l\u2019entr\u00e9e de plusieurs ch\u00e2teaux dans lesquels il aurait voulu s\u2019installer pour \u00eatre plus rapproch\u00e9 du centre des man\u0153uvres et a d\u00fb se contenter de loger dans un petit h\u00f4tel de Mareuil&nbsp;; et cependant on recevait partout avec joie les officiers et m\u00eame les troupiers, mais on sait distinguer entre l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise et son indigne chef. \u00c0 Mareuil, le maire M. Andr\u00e9 Pichon n\u2019a voulu avoir aucun rapport avec lui. Enfin, on assure que le g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 a \u00e9t\u00e9 hu\u00e9 \u00e0 Mareuil. Tr\u00e8s bien&nbsp;; ces manifestations du sentiment public vis-\u00e0-vis du tra\u00eetre install\u00e9 au Minist\u00e8re de la Guerre prouvent que la partie la plus saine et la plus sens\u00e9e de la population fran\u00e7aise ne s\u2019en laisse pas imposer par l\u2019insolente fortune de ce supp\u00f4t de Dreyfus et par la pr\u00e9tendue r\u00e9habilitation du tra\u00eetre ; c\u2019est un sympt\u00f4me heureux !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 21 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, je vais encore \u00e0 la chasse \u00e0 la Chabroulie avec M. le cur\u00e9 ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Mareuil me confesser&nbsp;; le soir, j\u2019accompagne \u00e0 Mareuil Max qui me pose une question concernant les r\u00e9clamations de la commune de Sainte-Croix \u00e0 la suite des man\u0153uvres ; la commission passe demain \u00e0 Sainte-Croix&nbsp;; comme maire, Max doit l\u2019accompagner. Mme de Saint-Marc, qui vient d\u00e9jeuner ici lundi, nous invite tous mardi \u00e0 Chaumont.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 22 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand-messe ; le matin \u00e0 8h, je fais la sainte communion. L\u2019apr\u00e8s-midi, apr\u00e8s v\u00eapres, nous allons en voiture voir la famille de Maillart, cousins de Max, \u00e0 la Grange, nous ne la rencontrons pas&nbsp;; M. le cur\u00e9 vient d\u00eener avec nous. L\u2019invitation de Mme de Saint-Marc m\u2019emp\u00eache de partir mardi comme je le voulais ; si Mme de Saint-Marc rend, d\u00e8s le lendemain, politesse \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se, c\u2019est probablement pour que je puisse assister \u00e0 ce d\u00e9jeuner, car elle sait que je suis sur le point de repartir ; je ne pourrai pas non plus partir samedi, Marie-Th\u00e9r\u00e8se ayant les La Bardonnie ce jour-l\u00e0, me voil\u00e0 donc rejet\u00e9 \u00e0 jeudi.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 septembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 23 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019accompagne \u00e0 Mareuil Max qui va y faire quelques commissions. La famille de Saint-Marc, c\u2019est-\u00e0-dire Mme, Mlle et les deux jeunes gens, viennent d\u00e9jeuner ici, ils arrivent \u00e0 midi et partent \u00e0 5 heures ; apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, on cause, on fait de la musique, de la photographie, on joue, chante et danse. Mlle Yvonne de Saint-Marc<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a> est absolument charmante \u00e0 tous les points de vue, c\u2019est une jeune fille jolie et accomplie ; elle aura 21 ans le 14 octobre, c\u2019est-\u00e0-dire le jour o\u00f9 j\u2019en aurai 25. Quelle ravissante jeune fille ! Apr\u00e8s leur d\u00e9part, nous avons la visite de M. et Mme Dereix qui habitent la Colombie et sont pour quelques mois \u00e0 Mareuil. Je pourrai partir mercredi soir et arriver \u00e0 Ille jeudi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 24 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons d\u00e9jeuner et passer l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Chaumont chez Mme de Saint-Marc ; nous nous promenons dans le parc, dans le bois, jouons au tennis etc. Plus je vois Mlle de Saint-Marc, plus je la trouve charmante. Nous rentrons \u00e0 Ste Croix \u00e0 8 heures moins le quart. Au Maroc on se bat toujours : M. Cl\u00e9menceau a beau faire annoncer, tous les 8 ou 10 jours, que le g\u00e9n\u00e9ral Drude n\u00e9gocie la paix avec les tribus, ce n\u2019est jamais vrai et chaque pr\u00e9tendue n\u00e9gociation, c\u2019est un nouveau combat ; il y a quelques jours, c\u2019\u00e9tait le combat meurtrier du 3 septembre, un peu plus tard, la prise du camp de Taddert par nos troupes, avant-hier celle du camp de Sidi-Brahim ; je ne sais quand cette situation prendra fin ; la r\u00e9publique s\u2019est embarqu\u00e9e \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re dans une affaire qui peut nous mener loin et d\u2019o\u00f9 nous ne tirerons nul profit puisque l\u2019on a bien soin de d\u00e9clarer que toute pens\u00e9e de conqu\u00eate est \u00e9cart\u00e9e ; alors, \u00e0 quoi bon ? \u00c0 se battre pour les Anglais et les Allemands&nbsp;? Ce n\u2019est pas la peine. Le seul avantage de l\u2019exp\u00e9dition est de donner une le\u00e7on aux Marocains et de relever notre prestige aupr\u00e8s des populations musulmanes. Demain, d\u00e9part de Sainte-Croix apr\u00e8s 15 jours ; il me tarde de retrouver Papa et Maman pour savoir ce qu\u2019ils d\u00e9cident au sujet du mariage de Philom\u00e8ne ; d\u2019apr\u00e8s leurs lettres, je les crois bien h\u00e9sitants.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 26 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais, le soir, en voyage. Hier, Marie-Th\u00e9r\u00e8se a eu \u00e0 d\u00e9jeuner Mme et Mlle Yvonne de La Bardonnie, Mme et Mlle Fines, de Mareuil. Je suis parti de Sainte-Croix \u00e0 5h \u00bc et de la gare de Mareuil par le train de 6h1&nbsp;; j\u2019ai d\u00fb rester \u00e0 P\u00e9rigueux de 8h08 \u00e0 1h55, pr\u00e8s de 6 heures ! J\u2019ai pass\u00e9 ce temps d\u2019abord \u00e0 me promener en ville, ensuite \u00e0 \u00e9couter le concert et \u00e0 lire les journaux au caf\u00e9 de la com\u00e9die, enfin, \u00e0 partir de 10h \u00bd, \u00e0 dormir dans la salle d\u2019attente de la gare&nbsp;; je suis pass\u00e9 par Brive, Toulouse, Narbonne et Perpignan ; \u00e0 Toulouse, o\u00f9 je m\u2019arr\u00eatais de 8h38 \u00e0 9h27 ce matin, je suis all\u00e9 voir si M. Vaqui\u00e9, de \u00ab&nbsp;La Paternelle&nbsp;\u00bb, \u00e9tait \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des Bains&nbsp;; ne l\u2019ayant pas trouv\u00e9, je suis reparti tout de suite&nbsp;; s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 Toulouse, je serais rest\u00e9 jusqu\u2019au train de midi 13. Je suis arriv\u00e9 \u00e0 Ille \u00e0 4 heures et j\u2019ai retrouv\u00e9 Papa et Maman&nbsp;; il y avait 4 mois que je n\u2019avais vu Papa, il souffre de n\u00e9vralgies. Ils n\u2019ont encore rien d\u00e9cid\u00e9 au sujet de la date et du lieu de c\u00e9l\u00e9bration du mariage de Philom\u00e8ne ; mon avis, celui de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, de Max, de Maman, est que nous ne pouvons pas, de gaiet\u00e9 de c\u0153ur, nous exposer au scandale dont nous sommes menac\u00e9s \u00e0 Angers, et qu\u2019il faut absolument c\u00e9l\u00e9brer le mariage en Roussillon ; mais les r\u00e9parations vont \u00eatre bien en retard et nous craignons de n\u2019\u00eatre pas pr\u00eats avant janvier&nbsp;; c\u2019est ce qui fait h\u00e9siter Papa, il a peur de d\u00e9plaire aux Lavergne&nbsp;; et cependant, ceux-ci devraient redouter plus encore que nous la c\u00e9l\u00e9bration \u00e0 Angers et ses risques !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 27 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule o\u00f9 l\u2019on vendange depuis hier matin. L\u2019apr\u00e8s-midi, il pleut assez fort et je ne peux pas sortir longtemps, je vais voir passer un \u00ab&nbsp;train Renard&nbsp;\u00bb dont on fait l\u2019essai ; il est all\u00e9 aujourd\u2019hui de Perpignan au Vernet et retour ; on va, dit-on, installer dans le D\u00e9partement plusieurs lignes de ce train sur route.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 28 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval&nbsp;; en passant \u00e0 Boule, je jette un coup d\u2019\u0153il sur l\u2019\u00e9tat de nos vendanges, je d\u00e9jeune \u00e0 Vin\u00e7a avec Bonne-Maman ; l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019attelle un moment B\u00e9tis au break de Bonne Maman pour l\u2019y habituer ; je rentre \u00e0 Ille vers 6 heures apr\u00e8s un second arr\u00eat \u00e0 Boule. La fille Moy a \u00e9crit une nouvelle lettre de menace ; elle l\u2019a encore adress\u00e9e \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui nous l\u2019envoie. Elle annonce qu\u2019elle nous r\u00e9serve \u00e0 tous les plus grands ennuis si nous persistons \u00e0 faire le mariage \u00e0 Angers ; elle donne sur les d\u00e9marches et pr\u00e9paratifs que Papa avait d\u00e9j\u00e0 faits de tels d\u00e9tails que nous estimons qu\u2019elle a des complices, il n\u2019est pas possible qu\u2019elle les connaisse&nbsp;; comment sait-elle, par exemple, que les Lavergne veulent toujours maintenir Angers&nbsp;? C\u2019est inou\u00ef. Contre cette folle et surtout contre ses complices, nous sommes d\u00e9sarm\u00e9s ; c\u2019est bien ennuyeux mais nous ne pouvons pas nous exposer \u00e0 supporter les cons\u00e9quences des fredaines d\u2019Henri de Lavergne et \u00e0 quitter Angers sur un scandale ; aussi Papa et Maman d\u00e9cident-ils qu\u2019il n\u2019y a plus \u00e0 h\u00e9siter : la c\u00e9l\u00e9bration \u00e0 Angers est impossible, et nous n\u2019avons plus, apr\u00e8s l\u2019avoir dit aux Lavergne, qu\u2019\u00e0 activer le plus possible nos r\u00e9parations pour faire le mariage \u00e0 Ille le plus t\u00f4t possible ; \u00e7a ne sera toujours pas avant le commencement de d\u00e9cembre ! Autre d\u00e9tail : Mme Blanc nous a avertis que l\u2019on commence \u00e0 savoir, \u00e0 Angers, ce qui s\u2019est pass\u00e9 ; on exag\u00e8re m\u00eame et on parle d\u2019un enfant, d\u2019un \u00ab produit \u00bb de l\u2019union d\u2019Henri de Lavergne avec cette grue ! C\u2019est absolument faux, mais s\u2019il prend fantaisie \u00e0 cette fille de porter un gosse et de le pr\u00e9senter \u00e0 son ex-amant \u00e0 la porte de l\u2019\u00e9glise, quel ennui ! Tout le monde croirait que c\u2019est arriv\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 29 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand-messe et \u00e0 v\u00eapres. Je fais ma visite de condol\u00e9ances \u00e0 Mme Batlle&nbsp;; je vais voir le cur\u00e9. Papa \u00e9crit \u00e0 M. de Lavergne, le met au courant des derniers incidents et lui dit que le mariage \u00e0 Angers est impossible. On vient nous pr\u00e9venir qu\u2019un foudre de 140 hectolitres plein de vendanges a crev\u00e9 par le bas dans la cave de Boule ; le liquide s\u2019est \u00e9chapp\u00e9, on en a recueilli tout ce que l\u2019on a pu, mais il s\u2019en est cependant perdu une bonne quantit\u00e9 ; voil\u00e0 qui est amusant&nbsp;; le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 septembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 30 septembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval, la vendange continue ; je donne toutes les instructions n\u00e9cessaires pour rem\u00e9dier aux cons\u00e9quences de l\u2019accident d\u2019hier, il ne se sera pas perdu plus d\u2019une quinzaine d\u2019hectolitres de vin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Perpignan porter les dimensions pour les tapisseries ; il faut activer les travaux le plus possible pour en finir avec ces r\u00e9parations qui durent depuis pr\u00e8s d\u2019un an. Je vois diff\u00e9rentes personnes : les Lazerme, Joseph Cornet etc.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Octobre 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 octobre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 1<sup>er<\/sup> octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me r\u00e9veille avec des tourments de t\u00eate et des naus\u00e9es, c\u2019est un petit embarras d\u2019estomac, je ne comprends pas o\u00f9 j\u2019ai pu attraper cela ; moi qui voulais aller \u00e0 Boule et \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 l\u2019on vendange aussi, je reste presque toute la journ\u00e9e dans la maison et je fais di\u00e8te ; je pense que demain il n\u2019y para\u00eetra plus.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 2 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019apprends aujourd\u2019hui une chose qui ravive tous mes regrets et me cause beaucoup de chagrin ; M. de Lacour avait dit \u00e0 Papa, Madame avait dit \u00e0 Maman que le refus \u00e9tait venu de Marie-Louise ; aussi je l\u2019avais cru. Eh bien, j\u2019apprends aujourd\u2019hui que c\u2019\u00e9tait un mensonge ! Une bonne dame d\u2019Ille, intime des Lacour, Mme Morel, qui d\u00e9sire beaucoup voir ce mariage s\u2019accomplir, a pris un jour le parti d\u2019interroger Marie-Louise et lui a demand\u00e9 comment elle me trouvait&nbsp;; Marie-Louise lui a r\u00e9pondu que je lui plaisais&nbsp;; cette brave dame l\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 \u00e0 une vieille demoiselle, Mlle Malet, et lui a racont\u00e9 la chose, et celle-ci l\u2019a racont\u00e9 aujourd\u2019hui \u00e0 Maman. Il para\u00eet que Marie-Louise a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9sappoint\u00e9e de voir que nous ne venions pas cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Ille&nbsp;; je crois bien&nbsp;! Elle ne devait y rien comprendre ! Elle devait s\u2019attendre \u00e0 me voir recommencer aupr\u00e8s d\u2019elle ma cour de l\u2019hiver dernier&nbsp;; certes, c\u2019\u00e9tait bien&nbsp;mon intention&nbsp;! Le lettre de Mme de Lacour arriv\u00e9e le 16 juillet a tout emp\u00each\u00e9. Mais quel vilain jeu M. de Lacour a jou\u00e9 vis-\u00e0-vis de moi et de ma famille&nbsp;! Quelle hypocrisie&nbsp;! D\u00e9cid\u00e9 \u00e0 me refuser, il n\u2019a cess\u00e9, pendant pr\u00e8s d\u2019une ann\u00e9e, de me donner de l\u2019espoir et finalement, il s\u2019est retranch\u00e9 derri\u00e8re sa fille qui, probablement, ignore tout de nos d\u00e9marches&nbsp;; c\u2019est ignoble, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 qualifier ainsi un pareil proc\u00e9d\u00e9&nbsp;; on n\u2019agit ainsi envers personne, surtout envers le fils d\u2019un ami, avec un parent comme moi, c\u2019est ignoble&nbsp;!!! Maman s\u2019\u00e9tait toujours m\u00e9fi\u00e9e que les choses s\u2019\u00e9taient pass\u00e9es ainsi&nbsp;; les demoiselles Mathieu l\u2019avaient compris, elles nous l\u2019ont dit ces jours-ci encore&nbsp;; j\u2019avoue que je ne voulais pas le croire tant le proc\u00e9d\u00e9 est r\u00e9voltant&nbsp;; il faut bien cependant se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence&nbsp;! M. de Lacour s\u2019est moqu\u00e9 de moi et de ma famille d\u2019une fa\u00e7on impudente. Qu\u2019a d\u00fb penser Marie-Louise de moi ? Elle a d\u00fb me prendre pour un jeune homme bien volage ! Si elle savait ! Et maintenant, le motif ? L\u2019argent, toujours l\u2019argent ; il est \u00e9vident qu\u2019on ne me trouvait pas assez riche&nbsp;; et cependant Papa avait dit \u00e0 M. de Lacour, de toutes les fa\u00e7ons, que je n\u2019avais pas une fortune comparable \u00e0 celle de sa fille ; M. de Lacour avait toujours protest\u00e9 avec la derni\u00e8re \u00e9nergie, disant qu\u2019il ne s\u2019inqui\u00e9tait pas de cela et que si je plaisais \u00e0 sa fille, ce mariage se ferait ! Quelle hypocrisie ! Que Dieu me d\u00e9dommage ! Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval ; l\u2019apr\u00e8s-midi, Bonne-Maman vient de 1h \u00bd \u00e0 4 heures ; nous visitons l\u2019usine de conserves de fruits et l\u00e9gumes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 3 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait tr\u00e8s mauvais le matin ; je ne sors que l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re ; les vendanges n\u2019y sont pas encore commenc\u00e9es ; je reviens par Millas, pr\u00e8s de la gare, je rencontre les \u00c7agarriga. Je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Laferri\u00e8re et demande des nouvelles de M. de Barescut, il va un peu mieux, mais son \u00e9tat est toujours grave, puisse Dieu lui pardonner, comme je lui pardonne moi-m\u00eame le mal qu\u2019il m\u2019a fait !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 4 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval surveiller nos vendanges ; j\u2019y d\u00e9jeune et rentre \u00e0 Ille vers cinq heures \u00bd seulement ; \u00e0 l\u2019aller et au retour, je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule o\u00f9 les vendanges, celle de l\u2019oncle Paul et les n\u00f4tres, sont encore loin d\u2019\u00eatre termin\u00e9es ; la r\u00e9colte est tr\u00e8s abondante cette ann\u00e9e partout o\u00f9 la gr\u00eale n\u2019a pas ravag\u00e9 les vignobles ; elle nous a atteints \u00e0 Corb\u00e8re et \u00e0 Trouillas, mais \u00e0 Boule, \u00e0 Ille et \u00e0 Vin\u00e7a, nous avons beaucoup plus de r\u00e9colte que d\u2019habitude et nous sommes embarrass\u00e9s, comme tout le monde d\u2019ailleurs, pour loger la vendange ; nous sommes oblig\u00e9s d\u2019op\u00e9rer des transferts d\u2019une cave dans une autre ; tout cela m\u2019occupe beaucoup, nos vignes \u00e9tant tr\u00e8s dispers\u00e9es. \u00c0 Vin\u00e7a, je m\u2019occupe aussi de questions concernant la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Le matin, \u00e0 la messe de 7 heures, je me confesse et communie en l\u2019honneur du premier vendredi du mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 5 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le temps est tr\u00e8s mena\u00e7ant, je ne monte pas \u00e0 cheval ; je vais \u00e0 Boule par le train de 9h22 pour les vendanges et j\u2019en reviens \u00e0 pied. Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 1h 25 et je rentre \u00e0 4 heures. M. Fran\u00e7ois de Massia, avec qui je voyage, m\u2019annonce son mariage avec Mlle Ren\u00e9e de Mal\u00e9zieu&nbsp;; c\u2019est, par sa m\u00e8re, une cousine des Pallar\u00e8s<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 6 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate du Rosaire. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Apr\u00e8s v\u00eapres, nous apprenons que l\u2019\u00e9tat de notre cousin de Barescut s\u2019est beaucoup aggrav\u00e9, on va lui porter le Saint Viatique ; nous allons aussit\u00f4t \u00e0 La Ferri\u00e8re ; il mourra cette nuit ou demain. Tr\u00e8s sinc\u00e8rement, je n\u2019ai aucune rancune contre lui et je demande \u00e0 Dieu de lui pardonner ses torts si graves \u00e0 mon \u00e9gard. On me remet aujourd\u2019hui, par l\u2019interm\u00e9diaire de la mairie d\u2019Ille, mon dipl\u00f4me de docteur en droit. Pr\u00e9cis\u00e9ment, un professeur de la Facult\u00e9 de droit de Caen, qui m\u2019a fait passer des examens, M. Biville, vient d\u2019acqu\u00e9rir une triste notori\u00e9t\u00e9 en refusant, comme lieutenant territorial, de porter le drapeau de son r\u00e9giment ; quels que soient les motifs qui l\u2019ont guid\u00e9, refuser de porter le drapeau de la France est un acte indigne ; le g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ministre de la Guerre va le mettre sans doute aux arr\u00eats et m\u00eame le casser de son grade ; mais lui-m\u00eame, par le scandale permanent de sa pr\u00e9sence dans l\u2019Arm\u00e9e, n\u2019est-il pas l\u2019inspirateur de pareils actes ?<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 octobre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 7 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons tous pour Vin\u00e7a par le train de 6h46 ; nous assistons, \u00e0 Vin\u00e7a, au service c\u00e9l\u00e9br\u00e9 pour Bon Papa \u00e0 l\u2019occasion du 12<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de sa mort ; 12 ans d\u00e9j\u00e0 ! Il me semble que c\u2019\u00e9tait hier tant j\u2019ai encore pr\u00e9sent \u00e0 l\u2019esprit ce moment si p\u00e9nible. Je fais la sainte communion \u00e0 Vin\u00e7a. Je vais \u00e0 la vigne Ruscane o\u00f9 l\u2019on vendange ; ici, comme partout, il y a beaucoup plus de r\u00e9colte que les autres ann\u00e9es. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Prades o\u00f9 je vois le repr\u00e9sentant de \u00ab&nbsp;La Paternelle&nbsp;\u00bb incendie, M. Sajus. Je rentre \u00e0 Ille \u00e0 7 h et j\u2019apprends la mort de notre cousin de Barescut ; il \u00e9tait, \u00e0 8 jours pr\u00e8s, du m\u00eame \u00e2ge que Bon Papa, et il meurt juste 12 ans apr\u00e8s lui ; il est mort \u00e0 5h ce matin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 8 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons tous, le matin, aux obs\u00e8ques de M. de Barescut ; plusieurs de ses parents de Perpignan, qui sont aussi nos parents, y assistent aussi ; nous avons Louis Companyo \u00e0 d\u00e9jeuner&nbsp;; nous voyons les Genin, Gout de Bize, De Saint-Jean. On porte le corps \u00e0 Perpignan o\u00f9 est le caveau des Barescut. Bien sinc\u00e8rement, je lui pardonne ses torts. Lui est pass\u00e9, mais les cons\u00e9quences restent ! Il pleut toute l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 9 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut toute la matin\u00e9e ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 cheval ; malheureusement, on n\u2019y vendange pas \u00e0 cause de la pluie qui a d\u00e9tremp\u00e9 les vignes ; on n\u2019a encore cueilli qu\u2019un tiers environ du <em>Cam del Pilou<\/em>, c\u2019est bien peu et le temps continue \u00e0 menacer. Tante Josepha avait voulu, pour prouver \u00e0 Mme de Pallar\u00e8s qu\u2019elle lui donnait des renseignements exacts sur notre fortune, lui envoyer une estimation qu\u2019elle avait demand\u00e9e \u00e0 M. Trull\u00e8s ; celui-ci, article par article, avait \u00e9valu\u00e9 notre patrimoine \u00e0 715.000 fr. sans compter le mobilier. Mme de Pallar\u00e8s, apr\u00e8s avoir gard\u00e9 cette estimation 3 semaines environ, la renvoie \u00e0 Tante Josepha, elle dit qu\u2019elle reconna\u00eet, en effet, avoir \u00e9t\u00e9 tromp\u00e9e l\u2019an dernier par M. de Barescut, mais elle ne modifie pas sa d\u00e9cision&nbsp;; elle ajoute que, d\u2019ailleurs, sa fille est tr\u00e8s jeune et n\u2019est nullement press\u00e9e de fixer son choix. La vraie et seule raison est qu\u2019on ne me trouve pas encore assez riche ; Mme de Pallar\u00e8s et son beau-p\u00e8re ne s\u2019attachent qu\u2019\u00e0 la fortune, c\u2019est leur seule pr\u00e9occupation. Dans ces conditions, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9 de ne faire aucune d\u00e9marche, malgr\u00e9 ce que me disaient Mme No\u00ebll et Mme Dalverny, le r\u00e9sultat e\u00fbt \u00e9t\u00e9 le m\u00eame que l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; je crois qu\u2019il me faut renoncer \u00e0 tout espoir d\u2019\u00e9pouser jamais Mlle H\u00e9l\u00e8ne ; je le regrette&#8230; L\u2019initiative de Tante Josepha a \u00e9t\u00e9 faite tout \u00e0 fait en-dehors de nous ; nous sommes m\u00eame cens\u00e9s l\u2019ignorer, tant vis-\u00e0-vis des Pallar\u00e8s que de M. Trull\u00e8s. Je n\u2019en \u00e9tais pas, d\u2019ailleurs, tr\u00e8s partisan ; mais Tante Josepha a voulu en avoir le c\u0153ur net, et, en d\u00e9finitive, il vaut mieux que, moi aussi, je le sache.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 10 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval ; je fais les comptes des vendanges. L\u2019apr\u00e8s-midi, je suis absolument stup\u00e9fait de rencontrer tout \u00e0 coup, devant la grande maison, Paul Delestrac ; il est arriv\u00e9 sans crier gare, venant de Vernet-les-Bains o\u00f9 sa m\u00e8re a d\u00fb revenir parce que Madame Barrera, toujours dans le m\u00eame \u00e9tat qu\u2019au mois d\u2019ao\u00fbt, a eu un instant de lucidit\u00e9 et l\u2019a rappel\u00e9e ; mais quand elle est arriv\u00e9e avec Paul, la malade ne l\u2019a pas reconnue. Paul passe l\u2019apr\u00e8s-midi avec nous ; nous nous promenons ensemble et j\u2019obtiens qu\u2019il couche ici ; il vient de terminer son ann\u00e9e de service et va faire son ann\u00e9e de Saint-Cyr. Le soir, nous allons tous \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire \u00e0 l\u2019\u00e9glise et nous sommes t\u00e9moins d\u2019un spectacle amusant : une bataille entre un chat et un gros rat, le chat s\u2019empare du rat et le d\u00e9vore, ce qui trouble un instant la c\u00e9r\u00e9monie. Nous allons chez les demoiselles Mathieu qui ont connu ma tante Collet-Meygret, grand\u2019m\u00e8re de Paul.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 11 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Paul repart pour Vernet par le train de 9h \u00bd, je l\u2019accompagne \u00e0 la gare ; ensuite, je vais \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 cheval donner des instructions pour les vendanges qui ne sont pas encore achev\u00e9es, et le temps est mena\u00e7ant ! Paul et Tante Delestrac quittent d\u00e8s aujourd\u2019hui Vernet et repartent pour la Burbanche, ils passent l\u2019apr\u00e8s-midi avec nous de 1h \u00bd \u00e0 4 heures ; nous causons ensemble des ennuis qui ont retard\u00e9 le mariage de Philom\u00e8ne ; nous leur faisons visiter la grande maison qu\u2019ils trouvent superbe. Nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 12 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pluie, qui commence \u00e0 9 h du matin, m\u2019oblige \u00e0 interrompre ma promenade \u00e0 cheval \u00e0 peine commenc\u00e9e ; il pleut tr\u00e8s fort toute la journ\u00e9e, avec des roulements continuels de tonnerre ; une forte crue est \u00e0 craindre. Nos domestiques, le m\u00e9nage Vedel, nous quittent ce soir, car ils ont un enfant malade et leurs parents les r\u00e9clament ; ils n\u2019ont pas fait long feu dans la maison ; outre la raison de l\u2019enfant malade, pour lequel on aurait pu leur accorder un cong\u00e9, je crois qu\u2019ils se trouvaient trop loin de leur pays.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 13 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pluie a continu\u00e9, tr\u00e8s violente, presque toute la nuit ; il para\u00eet que les cours d\u2019eau ont beaucoup grossi et que le Boul\u00e8s a d\u00e9bord\u00e9 dans la nuit. D\u00e8s le matin avant la grand\u2019messe je vais voir \u00e0 la m\u00e9tairie Saint-Martin ce qui s\u2019est pass\u00e9&nbsp;; le Boul\u00e8s a d\u00e9bord\u00e9, a envahi la cour de la m\u00e9tairie vers minuit, le chemin de Saint-Michel est \u00e9t\u00e9 ravin\u00e9, quelques champs sont abim\u00e9s&nbsp;; pareils faits ne s\u2019\u00e9taient pas pass\u00e9s depuis octobre 1891 et novembre 1892&nbsp;; je me rappelle parfaitement ces deux terribles inondations ; dans celle de 1892, il \u00e9tait tomb\u00e9, en 3 jours, \u00e0 Ille 260 millim\u00e8tres d\u2019eau et en 8 jours pr\u00e8s de 400 ! Cette fois-ci, Papa trouve au pluviom\u00e8tre depuis hier matin 106 millim\u00e8tres ; c\u2019est beaucoup moins, mais c\u2019est tomb\u00e9 tr\u00e8s brusquement et, de plus, la terre \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s humide ; sur la route de Corb\u00e8re, \u00e0 la m\u00e9tairie de Mme Terrats d\u2019Aguillon et jusqu\u2019\u00e0 notre jardin de Batllot, le d\u00e9bordement du Boul\u00e8s a fait quelques d\u00e9g\u00e2ts ; la T\u00eat a beaucoup grossi, mais n\u2019a pas d\u00e9bord\u00e9. Quel r\u00e9gime de pluies si f\u00e2cheux ! C\u2019est comme en Afrique. Il para\u00eet qu\u2019\u00e0 Palalda, le Tech a fait \u00e9crouler une maison et que sept personnes se sont noy\u00e9es. Ces inondations sont bien malheureuses, mais notre pays a cependant beaucoup moins souffert que l\u2019Aude, le Gard, l\u2019H\u00e9rault, Bouches-du-Rh\u00f4ne, Vaucluse etc. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 octobre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 14 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai aujourd\u2019hui vingt-cinq ans ; un quart de si\u00e8cle, c\u2019est une grosse tranche de la vie ! En l\u2019honneur de cet anniversaire et aussi du 18<sup>e<\/sup> anniversaire de la gu\u00e9rison miraculeuse de ma blessure \u00e0 la main, je me confesse et fais la sainte communion. On ne fait pas h\u00e9las&nbsp;! ce qu\u2019on voudrait dans la vie ; j\u2019avais mis dans mes projets de me marier \u00e0 25 ans ; je n\u2019ai pas encore fini d\u2019y r\u00e9ussir ; Dieu veuille que je ne d\u00e9passe pas trop cette \u00e9ch\u00e9ance ! Le matin, je vais \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019occupe des r\u00e9parations \u00e0 la grande maison. Je les presse le plus possible ; on a beaucoup avanc\u00e9 depuis mon retour du P\u00e9rigord. Le soir, Mois du Rosaire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voil\u00e0 ma 26<sup>e<\/sup> ann\u00e9e commenc\u00e9e&nbsp;; je prie Dieu de la rendre plus heureuse pour moi que les deux derni\u00e8res qui ont \u00e9t\u00e9, pour moi, un v\u00e9ritable tissu de pr\u00e9occupations et de d\u00e9ceptions&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 15 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, il pleut ; je vais \u00e0 la grand\u2019messe au Carmel&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Boule et \u00e0 Corb\u00e8re ; on va porter de Corb\u00e8re \u00e0 Boule l\u2019exc\u00e9dent de r\u00e9colte qu\u2019on ne peut pas loger dans la cave de Corb\u00e8re ; sans la gr\u00eale et si nous n\u2019avions pas afferm\u00e9 la vigne du <em>Cam del Nougu\u00e9<\/em>, la r\u00e9colte de Corb\u00e8re e\u00fbt \u00e9t\u00e9 \u00e9norme. Le soir, je vais avec Maman voir passer Bonne Maman qui rentre de Lourdes, elle est enchant\u00e9e des 8 jours qu\u2019elle y a pass\u00e9s et du congr\u00e8s de la Ligue patriotique des Fran\u00e7aises qu\u2019elle a suivi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 16 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut toute la journ\u00e9e, je ne peux pas me promener du tout ; l\u2019inondation recommencera si cela continue ; le Boul\u00e8s a fait beaucoup de mal ici&nbsp;; dans l\u2019Aude, l\u2019H\u00e9rault, le Gard, o\u00f9 les inondations durent depuis un mois, le mal est bien plus consid\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 17 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, au premier courrier, je re\u00e7ois un petit mot de M. Vaqui\u00e9, l\u2019inspecteur de la \u00ab Caisse maternelle \u00bb, me disant qu\u2019il sera aujourd\u2019hui \u00e0 Perpignan et qu\u2019il d\u00e9sire me voir ; je pars aussit\u00f4t \u00e0 9h \u00bd et je vois M. Vaqui\u00e9 chez M. Massal ; il me dit que ma candidature est en tr\u00e8s bonne voie ; il me propose le poste d\u2019inspecteur adjoint pour la Gironde et les d\u00e9partements voisins, mais je pr\u00e9f\u00e8re les Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, et l\u2019Aude ou l\u2019H\u00e9rault afin de ne pas abandonner le pays au moment o\u00f9 je viens d\u2019y rentrer ; il me dit qu\u2019il fera son possible pour me faire nommer et me donne beaucoup d\u2019espoir. Je vois aussi Mme de Llamby qui m\u2019a invit\u00e9 au mariage d\u2019Isabelle le 29, les Lazerme etc. Je d\u00e9jeune chez les Dalverny. Je rentre \u00e0 8h, le train a une demi-heure de retard. Si la position que je vais avoir pouvait m\u2019aider \u00e0 me marier ! C\u2019est mon but. <em>Le Roussillon<\/em> publie un article que je lui ai envoy\u00e9 avec ce titre : \u00ab Puissance militaire et r\u00e9gime \u00e9lectif \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 18 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval ; Bonne Maman vient passer l\u2019apr\u00e8s-midi avec nous, de 1h \u00bd \u00e0 8 heures. Mademoiselle Malet ayant demand\u00e9 \u00e0 parler \u00e0 Maman, celle-ci la voir ; elle a fait parler de nouveau Mme Morel et lui a fait pr\u00e9ciser certains points, Mme Morel lui a confirm\u00e9 pleinement ses premi\u00e8res d\u00e9clarations ; c\u2019est cet \u00e9t\u00e9, il y a quelques semaines qu\u2019elle a caus\u00e9 avec Marie-Louise de Lacour des bruits de mariage qui ont couru l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, et que Marie-Louise lui a dit, \u00e0 plusieurs reprises, que je lui plaisais ; si bien que Mme Morel voudrait faire aboutir le projet ; elle ne sait sans doute pas ce que M. de Lacour nous a \u00e9crit. Mais il est bien \u00e9tabli, maintenant, que M. de Lacour nous a tromp\u00e9s&nbsp;; certes, il \u00e9tait bien libre de s\u2019opposer \u00e0 ce mariage et de refuser ma demande, mais il devait le dire tout de suite ; me tenir si longtemps le bec dans l\u2019eau pour arriver \u00e0 me faire croire que sa fille me refuse, c\u2019est tout simplement inf\u00e2me !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 19 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Boule o\u00f9 l\u2019on pressure ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 de Regleilles ; je vois les grands d\u00e9g\u00e2ts faits, le jour de l\u2019inondation, par le torrent de la Tuillerie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 20 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd ; l\u2019oncle Xavier, qui est \u00e0 Pia pour quelques jours \u00e0 peine, vient passer la journ\u00e9e avec nous ; il arrive \u00e0 9h20 et repart \u00e0 4 heures ; sa permission est tr\u00e8s courte mais il en aura une plus longue le mois prochain et il reviendra. Malheureusement, je voulais le voir avant son d\u00e9part \u00e0 la gare et je le manque parce que nous sommes all\u00e9s tous deux \u00e0 la gare par un chemin diff\u00e9rent ; j\u2019en suis d\u00e9sol\u00e9. Je re\u00e7ois une lettre, tr\u00e8s aimable et trop flatteuse, du chanoine Aymar, archipr\u00eatre de Prades, pour me demander de m\u2019occuper de la fondation de groupes de Jeunesse catholique dans le canton, et notamment ici et \u00e0 Vin\u00e7a. Certes, je ne demande pas mieux \u00e0 condition que ces groupes soient absolument en-dehors de la politique (condition qui est bien observ\u00e9e par les groupes de ce dioc\u00e8se), mais la chose n\u2019est pas facile ! Je ne demande pas mieux cependant que d\u2019essayer, avec l\u2019appui du clerg\u00e9 ! D\u00e9j\u00e0 M. le cur\u00e9 me l\u2019avait demand\u00e9, l\u2019abb\u00e9 Parmentier, aum\u00f4nier de l\u2019Union dioc\u00e9saine, me l\u2019avait demand\u00e9 aussi \u00e0 plusieurs reprises&nbsp;; je ne peux gu\u00e8re faire autrement que d\u2019accepter ; mais combien la chose est difficile, avec le nombre si restreint des jeunes gens chr\u00e9tiens, et leur apathie !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 28 octobre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 21 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval. Papa et Maman partent aujourd\u2019hui pour Angers ; Maman prendra Philom\u00e8ne en passant \u00e0 Angoul\u00eame, c\u2019est leur dernier voyage \u00e0 Angers, ils y vont pour faire le d\u00e9m\u00e9nagement du petit appartement de la rue Donadieu, et prendre, avec la famille de Lavergne, les derni\u00e8res d\u00e9cisions au sujet du mariage de Philom\u00e8ne, car Mme de Lavergne est \u00e0 peu pr\u00e8s r\u00e9tablie, et nos r\u00e9parations \u00e9tant tr\u00e8s avanc\u00e9es, on peut tr\u00e8s bien fixer le mariage \u00e0 la fin de d\u00e9cembre ; les Lavergne trouveront peut-\u00eatre que c\u2019est tard et que la saison n\u2019est pas favorable ; mais n\u2019est-ce pas la faute du jeune homme s\u2019il y a eu tant de retards ? Papa et Maman ont pris des billets d\u2019aller et retour et comptent rentrer les premiers jours de novembre, avec Philom\u00e8ne. Afin que nos r\u00e9parations, qui ont fait de tr\u00e8s grands progr\u00e8s depuis notre retour du P\u00e9rigord, ne se ralentissent pas, je reste \u00e0 Ille pendant l\u2019absence de mes parents et Bonne Maman a la bont\u00e9 de venir me tenir compagnie et s\u2019occuper de mon m\u00e9nage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 22 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je surveille le transport de deux chemin\u00e9es de cette maison dans l\u2019autre ; l\u2019apr\u00e8s-midi, il pleut jusqu\u2019\u00e0 4 heures ; vers 4 heures, je profite d\u2019un moment d\u2019\u00e9claircie pour faire promener B\u00e9tis ; mal m\u2019en prend, car la pluie recommence et me prend \u00e0 mi-route ; je rentre tremp\u00e9 vers 5 heures. Il pleut toute la soir\u00e9e et une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; quel mois d\u2019octobre si mouill\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 23 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Millas \u00e0 cheval&nbsp;; je surveille les travaux. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Casenove surveiller le transport de bois que la rivi\u00e8re d\u00e9bord\u00e9e a laiss\u00e9 sur ce qui nous reste de cette malheureuse propri\u00e9t\u00e9 ; ce bois est superbe, ce sont des \u00e9paves qui appartiennent au propri\u00e9taire du terrain o\u00f9 elles s\u2019\u00e9chouent ; nous aurons du bois de chauffage pour une partie de l\u2019hiver. Je surprends et j\u2019admoneste assez vertement des individus qui, sans permission aucune, prennent le bois port\u00e9 par la T\u00eat sur la partie de Casenove qui appartient \u00e0 l\u2019oncle Xavier. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire. Je r\u00e9ponds au cur\u00e9 de Prades que j\u2019accepte, en principe, de m\u2019occuper de la fondation des groupes de Jeunesse catholique dont il m\u2019a parl\u00e9 ; j\u2019en ai caus\u00e9 avec M. le cur\u00e9, nous essayerons ! Une \u00e9lection s\u00e9natoriale a eu lieu dimanche dans la Mayenne ; elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s remarqu\u00e9e, elle mettait aux prises un progressiste qui, comme d\u00e9put\u00e9, avait vot\u00e9 contre la S\u00e9paration, M. Denis, et un candidat catholique et royaliste, M. Lebreton, repr\u00e9sentant dans la Mayenne de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans&nbsp;; c\u2019est M. Lebreton qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu et cependant, il s\u2019agissait de remplacer un progressiste ou ralli\u00e9, M. Dubois-Fresnay, d\u00e9c\u00e9d\u00e9. Il para\u00eet que cette \u00e9lection a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s remarqu\u00e9e, car le gouvernement croyait avoir acquis la Mayenne \u00e0 l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine ; aux \u00e9lections de 1906, plusieurs d\u00e9put\u00e9s royalistes furent \u00e9lus dans ce d\u00e9partement contre des r\u00e9publicains progressistes sortants ; l\u2019id\u00e9e r\u00e9publicaine et anticl\u00e9ricale, loin de gagner du terrain, est en baisse parmi ces catholiques populations ; il y a 10 ans, M. Lebreton s\u2019\u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la d\u00e9putation et avait \u00e9t\u00e9 battu ; on lui avait reproch\u00e9 d\u2019avoir assist\u00e9 au mariage du duc d\u2019Orl\u00e9ans, et il avait relev\u00e9 le d\u00e9fi&nbsp;; cette fois cela ne lui a pas nui&nbsp;; les \u00e9lecteurs ont \u00e9t\u00e9 bien inspir\u00e9s ! Je r\u00e9ponds au cur\u00e9 de Prades que je consens volontiers \u00e0 essayer de fonder, de concert avec M. le cur\u00e9, un groupe de Jeunesse catholique \u00e0 Ille ; mais je me r\u00e9serve la plus enti\u00e8re libert\u00e9 au point de vue politique en dehors de l\u2019association.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 24 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait un vent violent du nord-ouest. Je re\u00e7ois une carte postale de Maman me disant qu\u2019elle a voyag\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Angoul\u00eame avec l\u2019oncle Xavier. Je vais \u00e0 Vin\u00e7a entre deux trains, de 4h \u00e0 7h, pour m\u2019occuper de quelques affaires.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 25 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval jusqu\u2019au-del\u00e0 du Riufag\u00e8s, \u00e0 2 kilom\u00e8tres de Vin\u00e7a, puis \u00e0 Boule o\u00f9 je vais faire \u00e0 la mairie la d\u00e9claration de r\u00e9colte prescrite par la nouvelle loi sur les vins. L\u2019apr\u00e8s-midi, je surveille \u00e0 la grande maison dont les travaux avancent de plus en plus, c\u2019est presque fini ; je vais me promener avec Bonne Maman dans la direction de Casenove. On vient d\u2019arr\u00eater \u00e0 Toulon un tra\u00eetre, un nouveau Dreyfus, un officier de marine de 25 ans, du nom d\u2019Ullmo, qui livrait de tr\u00e8s importants documents \u00e0 l\u2019\u00e9tranger&nbsp;; comme par hasard, c\u2019est un Juif ! Sale race, race de tra\u00eetres depuis Judas ! Impossible de nier son vilain cas, car le mis\u00e9rable a tout avou\u00e9, et il faisait du chantage pour se faire payer par le Minist\u00e8re de la Marine les documents qu\u2019il avait vol\u00e9s, c\u2019est m\u00eame ce qui l\u2019a fait d\u00e9couvrir ; cette affaire provoque la plus vive \u00e9motion ; c\u2019est un Juif, pourvu qu\u2019on ne cherche pas \u00e0 le sauver&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 26 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re, je m\u2019occupe du pressurage, je vais m\u00eame au-del\u00e0 dans la direction de Castelnou. L\u2019apr\u00e8s-midi, je reste \u00e0 la grande maison, je pousse le plus possible les ouvriers. Le soir, je re\u00e7ois une int\u00e9ressante lettre de Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Je l\u2019avais pri\u00e9e, en la qu\u00eate, il y a un mois, de t\u00e2cher de savoir si on serait dans l\u2019intention de marier Mlle de Saint-Marc, et ce qu\u2019on lui donnerait ; elle s\u2019est tout doucement acquitt\u00e9e de sa mission et a \u00e9t\u00e9 assez adroite pour sonder Mme de St-Marc elle-m\u00eame ; cette dame a bien d\u00fb comprendre que si Marie Th\u00e9r\u00e8se lui parlait mariage pour sa fille, c\u2019\u00e9tait pour moi, mais la chose s\u2019est faite avec la plus grande discr\u00e9tion. Eh bien, Mme de St-Marc a \u00e9crit \u00e0 Marie Th\u00e9r\u00e8se qu\u2019elle accepte de marier sa fille et qu\u2019elle a toute confiance en elle pour cela ; la jeune fille a 80.000 fr. qui lui viennent de son p\u00e8re en se mariant, cette somme est en argent. Marie Th\u00e9r\u00e8se me demande si je veux qu\u2019elle aille plus loin ; c\u2019est bien embarrassant. Mlle de Saint-Marc est une jeune fille parfaite au physique et au moral, mais sa dot est bien mince ; 80.000 \u00e0 3 % peuvent donner 2400 fr. de revenus ; j\u2019en aurai 3000 environ, cela ne fait que 5500 fr. environ&nbsp;; comment vivre avec cela et assumer les charges d\u2019une famille ? Je sais bien que je vais tr\u00e8s probablement avoir une position qui pourra me rapporter de 3 \u00e0 4000 fr. ; mais enfin si je ne l\u2019avais pas ou si l\u2019obtenant, je ne la gardais pas pour une raison quelconque, comment vivrions-nous avec si peu ! C\u2019est terrible, terrible ; je voudrais tant ne pas avoir \u00e0 me pr\u00e9occuper de cette question ! Et dire que c\u2019est toujours cette maudite question d\u2019argent qui emp\u00eache le bonheur, tant\u00f4t parce qu\u2019il y en a trop, tant\u00f4t parce qu\u2019il n\u2019y en a pas assez ! Je prends le parti de r\u00e9pondre \u00e0 Marie Th\u00e9r\u00e8se de s\u2019informer de la fortune \u00e0 venir ; peut-\u00eatre y aura-t-il compensation. Je ne cherche plus, plus du tout, la fortune&nbsp;: mais encore faut-il avoir de quoi vivre ! J\u2019ai bien envie de passer outre et de dire \u00e0 Marie Th\u00e9r\u00e8se de marcher, Mlle de Saint-Marc est si bien ! Mais je n\u2019ose pas. Il faut d\u2019ailleurs voir ce qu\u2019en pensent Papa et Maman. Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Rosaire et chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 27 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres avec Bonne Maman ; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous faisons quelques visites. Je re\u00e7ois une longue lettre de Maman racontant que la petite Moy, ancienne ma\u00eetresse d\u2019Henri de Lavergne, continue \u00e0 faire des siennes ; elle suit et toise Papa, Maman, Philom\u00e8ne dans la rue ou \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Et cependant, chose vraiment inou\u00efe \u00e9tant donn\u00e9e l\u2019audace de cette fille qui ne reculera devant rien, Papa et Maman qui \u00e9taient absolument d\u00e9cid\u00e9s depuis un mois \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer le mariage ici, se remettent \u00e0 h\u00e9siter ! Comment peuvent-ils h\u00e9siter, ils courraient au-devant des pires ennuis et d\u2019un scandale terrible. Je leur \u00e9cris une longue lettre dans laquelle j\u2019insiste beaucoup pour qu\u2019ils ne changent pas de nouveau de programme. Les Lavergne trouvent que c\u2019est bien long d\u2019attendre au Jour de l\u2019An ; aussi j\u2019\u00e9cris \u00e0 Maman que les travaux de la grande maison sont suffisamment avanc\u00e9s pour y c\u00e9l\u00e9brer le mariage au commencement de d\u00e9cembre. Que vont-ils d\u00e9cider maintenant !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 31 octobre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, lundi 28 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 cheval. Je pars \u00e0 4 heures pour Perpignan o\u00f9 je vais assister demain au mariage d\u2019Isabelle de Llamby. Je descends au Grand H\u00f4tel. Je vois tout de suite Mme de Llamby qui m\u2019invite tr\u00e8s aimablement \u00e0 un petit d\u00eener de famille ce soir ; nous \u00e9tions 16 \u00e0 table.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 29 octobre 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Lucien-DARRU.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"464\" height=\"593\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Lucien-DARRU.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-845\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Lucien-DARRU.jpeg 464w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Lucien-DARRU-235x300.jpeg 235w\" sizes=\"auto, (max-width: 464px) 100vw, 464px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Lucien Darru (1882-1918), mari\u00e9 en 1907 \u00e0 Isabelle de Llamby \u2013 Photographie anonyme, s.d. (Collection famille Darru d&rsquo;Oms de Latenay)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais diverses commissions dans Perpignan, je me fais raser et couper les cheveux. \u00c0 onze heures, je me rends chez Mme de Llamby ; peu apr\u00e8s le cort\u00e8ge s\u2019organise, il se compose d\u2019une quarantaine de personnes ; j\u2019accompagne Mlle Am\u00e9lie de \u00c7agarriga, la fille a\u00een\u00e9e de M. Henri de \u00c7agarriga. C\u2019est vraiment tout \u00e0 fait une jeune fille, elle doit avoir 18 ou 19 ans, elle est tr\u00e8s gentille, tr\u00e8s distingu\u00e9e et cause beaucoup, je n\u2019ai pas eu de frais de conversation \u00e0 faire avec elle, nous avons caus\u00e9 tr\u00e8s naturellement, ce qui est fort appr\u00e9ciable dans un d\u00eener de noces ; il est vrai que je la connais depuis longtemps d\u00e9j\u00e0. Il y a 4 demoiselles d\u2019honneur parmi lesquelles nos cousines Marthe de Lazerme et Jeanne Gout de Bize. Parmi les personnes du cort\u00e8ge, il y a notre cousine Mme Julia, n\u00e9e de Roig<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a>, avec son mari, sa fille Mme Fortunet et son gendre, de l\u2019oncle Joseph de Lazerme, Marthe et Th\u00e9r\u00e8se, M., Mme, Mlle Am\u00e9lie et M. Albert de \u00c7agariga, M. et Mlle Roca d\u2019Huyt\u00e9za etc. C\u2019est le chanoine Gabriel de Llobel qui b\u00e9nit le mariage \u00e0 Saint-Jean\u00a0; il prononce un joli discours, plein de d\u00e9licatesse\u00a0; la circonstance, il est vrai, y pr\u00eatait, car il y avait douze ans qu\u2019Isabelle de Llamby, qui a \u00e0 peine 20 ans, s\u2019\u00e9tait fianc\u00e9e \u00e0 M. Lucien Darru qui en a 25 ans ; ces fian\u00e7ailles enfantines ont tenu et cette charmante idylle, si rare dans notre si\u00e8cle mat\u00e9rialiste, vient d\u2019aboutir \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie d\u2019aujourd\u2019hui. Dans son discours, M. de Llobet rappelle la si ancienne et si illustre noblesse des D\u2019Oms ; les D\u2019Oms sont aujourd\u2019hui la plus ancienne et la plus illustre famille du Roussillon\u00a0; pourquoi faut-il que les noms les plus anciens de notre petite patrie disparaissent un \u00e0 un. Les D\u2019Oms et les D\u2019Ortaffa \u00e9taient les deux plus illustres familles roussillonnaises ; les D\u2019Ortaffa ont h\u00e9las\u00a0! disparu il y a une trentaine d\u2019ann\u00e9es dans la personne d\u2019un grand oncle de Papa, le vieux baron d\u2019Ortaffa ; il \u00e9tait notre parent par les Boudeville et ne voulait pas se marier ; aujourd\u2019hui le marquis d\u2019Oms, fr\u00e8re unique de Mme de Llamby, seul repr\u00e9sentant de ce nom, est en train de faire la m\u00eame chose, il n\u2019a jamais voulu se marier et, selon toute vraisemblance, mourra vieux gar\u00e7on, ensevelissant avec lui une noblesse vieille de plus de mille ans ! Chez les \u00c7agarriga, maison illustre aussi quoique moins anciennement roussillonnaise, MM. Raymond et Henri n\u2019ont que des filles, ce qui les d\u00e9sole, et M. Albert, vieux gar\u00e7on, aime mieux faire la f\u00eate que de se marier et faire souche ; voil\u00e0 encore une famille qui est destin\u00e9e \u00e0 s\u2019\u00e9teindre bient\u00f4t. Chez nos oncles de Bosch, des 3 repr\u00e9sentants directs du nom aucun ne s\u2019est mari\u00e9 et le nom se serait perdu si les Cornet et nous ne l\u2019avions relev\u00e9. C\u2019est tr\u00e8s malheureux ! C\u2019est un peu de l\u2019histoire et de la gloire d\u2019un pays qui s\u2019en va ainsi ! Mais me voici bien loin du mariage d\u2019Isabelle. Le d\u00eener a lieu dans les salons d\u2019un cercle am\u00e9nag\u00e9 pour la circonstance, ce sont les m\u00eames que pour le mariage de Louise, il y a 2 ans \u00bd. Le d\u00eener dure jusque vers 2h \u00bd ou 2h \u00be ; ensuite, on fume un peu, on cause, puis Mme de Llamby a l\u2019excellente id\u00e9e de faire porter un piano et jeunes gens et jeunes filles dansent un peu. Je quitte la sauterie \u00e0 6 heures, je me d\u00e9shabille, fais mes paquets et repars \u00e0 7h15. Je suis \u00e0 Ille \u00e0 8h. Le temps a \u00e9t\u00e9 charmant et a bien favoris\u00e9 la f\u00eate. Nous \u00e9tions tous invit\u00e9s au mariage et, par suite de l\u2019absence de mes parents, c\u2019est moi seul qui ai repr\u00e9sent\u00e9 la famille.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/blason-Oms.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"691\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/blason-Oms-691x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-480\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/blason-Oms-691x1024.jpg 691w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/blason-Oms-202x300.jpg 202w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/blason-Oms-768x1138.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/blason-Oms-1036x1536.jpg 1036w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/blason-Oms.jpg 1304w\" sizes=\"auto, (max-width: 691px) 100vw, 691px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Armoiries de la famille d&rsquo;Oms \u2013 D\u00e9tail d&rsquo;un arbre g\u00e9n\u00e9alogique de la famille r\u00e9alis\u00e9 vers 1900 (Archives familiales d&rsquo;Oms\/Le Dieu de Ville)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 30 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous recevons une lettre d\u2019Angers disant que les n\u00e9gociations avec les Lavergne ne marchent pas comme sur des roulettes ; il y a eu de vives discussion pour la date et surtout pour le contrat ; Papa a promis une pension de 3000 fr., mais en se r\u00e9servant le droit de donner, \u00e0 la place, un capital en cas de vente de certaines propri\u00e9t\u00e9s ; il veut que le taux de capitalisation de la pension soit calcul\u00e9 \u00e0 4 %, taux l\u00e9gal, les Lavergne le veulent \u00e0 3 % ; cela fait une diff\u00e9rence d\u2019un quart pour le capital \u00e9ventuel, d\u2019o\u00f9 vive discussion ; il para\u00eet qu\u2019on a \u00e9t\u00e9 \u00e0 deux doigts de la rupture ! Philom\u00e8ne, devant son fianc\u00e9 et la tante de celui-ci, Mme Bellou\u00efs, s\u2019est mal conduite vis-\u00e0-vis de Papa et de Maman ; elle leur a dit que plut\u00f4t que de renoncer \u00e0 ce mariage, elle leur ferait des sommations l\u00e9gales ; quelle insolence ! Elle m\u00e9riterait qu\u2019on la prenne au mot ; il est vrai que son cher fianc\u00e9 ne la prendrait pas sans dot ! Dans toutes ces discussions, il aurait son mot \u00e0 placer, il devrait user de son influence sur ses parents pour pousser \u00e0 la conciliation ; au lieu de cela, il est, para\u00eet-il, d\u2019une mollesse absurde&nbsp;; il ne dit rien, balbutie et vraiment, je commence \u00e0 croire qu\u2019il ne tient pas beaucoup \u00e0 sa fianc\u00e9e&nbsp;; il a pourtant \u00e0 se faire pardonner beaucoup par mes parents&nbsp;! Quand nous avons pass\u00e9 l\u2019\u00e9ponge sur l\u2019inconduite pass\u00e9e du jeune homme et sur tous les ennuis, lettres, menaces qui en sont r\u00e9sult\u00e9s, les Lavergne pourraient bien faire quelques concessions. Voyons ce qu\u2019on nous \u00e9crira demain. Le matin, je vais \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, Bonne Maman et moi allons \u00e0 Laferri\u00e8re faire une visite de condol\u00e9ances \u00e0 notre cousine de Barescut.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 31 octobre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, j\u2019assiste \u00e0 un mariage bien diff\u00e9rent de celui d\u2019avant-hier ; c\u2019est celui d\u2019un domestique qui entre \u00e0 notre service demain avec sa femme, pour remplacer le m\u00e9nage Vedel&nbsp;; le mari, 23 ans, s\u2019appelle Pierre, il sera valet de chambre et s\u2019occupera de mon cheval ; sa femme, m\u00eame \u00e2ge, sera cuisini\u00e8re. Je signe \u00e0 la sacristie, cela leur fait plaisir. Les nouvelles d\u2019Angers sont un peu meilleures aujourd\u2019hui, la situation para\u00eet un peu moins tendue ; mes parents ont c\u00e9d\u00e9 sur la question du taux de capitalisation de la pension ; il reste \u00e0 se mettre d\u2019accord sur la date du mariage. Tous ces tiraillements sont bien ennuyeux. Je vais passer les 3 jours de f\u00eate \u00e0 Vin\u00e7a ; Bonne Maman tient \u00e0 \u00eatre \u00e0 Vin\u00e7a pendant ces f\u00eates et moi je n\u2019ai rien de sp\u00e9cial \u00e0 faire \u00e0 Ille puisqu\u2019on ne travaillera pas \u00e0 la grande maison. Je vais d\u2019Ille \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval ; Bonne Maman fait le trajet en chemin de fer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Novembre 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 novembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 1<sup>er<\/sup> novembre 1907 (Toussaint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion apr\u00e8s la messe de 8 heures ; je reviens \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Je vais, avec Bonne Maman, faire une visite \u00e0 Mme Dalverny qui est ici pour quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 2 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En comm\u00e9moration des d\u00e9funts de ma famille, je fais la sainte communion le matin \u00e0 la messe de 7h 1\/2. Je reviens \u00e0 l\u2019office solennel \u00e0 9 heures. La pluie a recommenc\u00e9, il pleut \u00e0 verse toute la matin\u00e9e et une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi. Pendant une \u00e9claircie, je vais voir la propri\u00e9t\u00e9 de la Balme o\u00f9 je n\u2019\u00e9tais pas all\u00e9 depuis assez longtemps. Je fais la d\u00e9claration de r\u00e9colte \u00e0 la mairie pour nous et pour l\u2019oncle Paul. Les nouvelles d\u2019Angers sont meilleures aujourd\u2019hui ; Maman a \u00e9crit que la famille de Lavergne a accept\u00e9, pour le mariage, la date du 28 d\u00e9cembre \u00e0 Ille ; Dieu veuille que ce soit d\u00e9finitif ! Je vais voir un soci\u00e9taire malade.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 3 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais sortir, de 8h \u00bc \u00e0 9h \u00bc B\u00e9tis qui n\u2019\u00e9tait pas sorti depuis deux jours ; je fais 10 kilom\u00e8tres (Marquixanes, Finestret, retour chemin de Joch). Je vais ensuite \u00e0 la grand\u2019messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais au recouvrement des cotisations de la soci\u00e9t\u00e9, puis au cimeti\u00e8re prier sur la tombe de nos chers disparus, ensuite \u00e0 v\u00eapres et je me prom\u00e8ne un peu. Le soir, Mme Dalverny vient passer la soir\u00e9e et prendre le th\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 novembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 4 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut presque toute la journ\u00e9e et je suis oblig\u00e9 de revenir \u00e0 Ille en chemin de fer ; j\u2019irai chercher B\u00e9tis demain, s\u2019il fait beau. Ici, je suis tr\u00e8s contrari\u00e9 de ne trouver dans la grande maison qu\u2019un seul ouvrier&nbsp;; les autres ont profit\u00e9 de mes 3 jours d\u2019absence pour fl\u00e2ner et filer ; je vais trouver M. Baux qui, tout attrap\u00e9, fait revenir ses ouvriers. Il n\u2019y a pas moyen de les quitter d\u2019une ligne ! Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de la neuvaine des morts et chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 5 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que les ouvriers sont \u00e0 leur travail, je vais \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 9h22 ; j\u2019en reviens avec B\u00e9tis. L\u2019apr\u00e8s-midi, je comptais aller \u00e0 Corb\u00e8re, mais nous avons la visite de la famille de \u00c7agarriga, M. Raymond, Mme et Mlle Marthe de \u00c7agarriga, ils viennent nous surprendre \u00e0 la grande maison que nous leur faisons visiter ; ils la trouvent bien chang\u00e9e ! Nous les raccompagnons au train de 4 heures. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie des morts et visite aux demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 6 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore la pluie ! Elle tombe la plus grande partie de la journ\u00e9e ; le bruit se r\u00e9pand \u00e0 Ille que la Basse a d\u00e9bord\u00e9 et fait des d\u00e9g\u00e2ts \u00e0 Perpignan. Je passe la plus grande partie de la journ\u00e9e \u00e0 la grande maison o\u00f9 les travaux avancent de plus en plus \u00e0 condition d\u2019y exercer une grande surveillance. Le soir, c\u00e9r\u00e9monie des morts, nous allons ensuite chez les demoiselles Mathieu ; il pleut toujours ; allons-nous avoir une nouvelle inondation ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 7 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La pluie a continu\u00e9 toute la nuit avec force, accompagn\u00e9e de roulements de tonnerre, il pleut encore toute la matin\u00e9e ; quelle ann\u00e9e terrible \u00e0 ce point de vue ! Je re\u00e7ois un mot de M. Vaqui\u00e9 me disant qu\u2019il arrivera \u00e0 Perpignan \u00e0 5 heures et me demandant d\u2019y aller le voir ; je pars \u00e0 1 heure 25, le temps se coupe et, \u00e0 Perpignan, l\u2019apr\u00e8s-midi est belle. Mais M. Vaqui\u00e9 n\u2019arrive pas car la ligne est coup\u00e9e \u00e0 Fitou, celle d\u2019Espagne a \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e aussi par les eaux. Hier \u00e0 Perpignan, la Basse et le Ganganeil ont fait de grands d\u00e9g\u00e2ts, le second a d\u00e9moli le mur des Petites s\u0153urs des Pauvres et s\u2019est engouffr\u00e9 dans les jardins, le quartier a \u00e9t\u00e9 inond\u00e9 ; aujourd\u2019hui encore la Basse est tr\u00e8s forte ; les champs et les vignes sont remplis d\u2019eau ; autour de plusieurs localit\u00e9s la circulation sur les routes est impossible, les communications sont interrompues. J\u2019avais vu d\u2019aures d\u2019inondations dans ce pays-ci mais jamais je n\u2019en avais vu d\u2019aussi persistantes ; il y a 7 semaines qu\u2019il pleut presque constamment ! C\u2019est d\u00e9solant ! Je rencontre une foule de personnes \u00e0 Perpignan, les Rovira, les Lazerme, Henri Jonqu\u00e8res etc. Tout le monde me parle du mariage de Philom\u00e8ne et de nos r\u00e9parations. Et dire que je serai probablement oblig\u00e9 de revenir demain \u00e0 Perpignan, c\u2019est bien ennuyeux !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 8 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne re\u00e7ois rien de M. Vaqui\u00e9, aussi je ne bouge pas ; le matin, je vais me promener \u00e0 cheval du c\u00f4t\u00e9 de B\u00e9lesta sans y arriver tout \u00e0 fait. Il ne pleut pas de toute la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 9 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. Vaqui\u00e9 m\u2019\u00e9crit que la ligne \u00e9tant coup\u00e9e, il n\u2019a pas pu venir \u00e0 Perpignan et qu\u2019il y viendra dans une dizaine de jours. Je vais me promener \u00e0 Corb\u00e8re, o\u00f9 je fais la d\u00e9claration de r\u00e9colte, et \u00e0 Millas. Marie Th\u00e9r\u00e8se, qui a demand\u00e9 \u00e0 Mme de Saint-Marc quelle serait la fortune \u00e0 venir de sa fille, me transmet aujourd\u2019hui la r\u00e9ponse ; Mlle de Saint-Marc h\u00e9ritera de sa m\u00e8re d\u2019une cinquantaine de mille francs et d\u2019une dizaine de mille d\u2019une autre parente, en tout 60.000 qui, joints aux 80.000 actuels, font 140.000 francs ; il y a lui deux oncles, fr\u00e8res de sa m\u00e8re, qui ne sont pas mari\u00e9s, mais rien de certain de ce c\u00f4t\u00e9 ; il n\u2019y a d\u2019assur\u00e9s que 140.000 francs ; c\u2019est insignifiant \u00e9tant donn\u00e9e la chert\u00e9 actuelle de la vie ! Marie-Th\u00e9r\u00e8se a transmis ces renseignements \u00e0 Angers et Papa m\u2019\u00e9crit de bien r\u00e9fl\u00e9chir avant de m\u2019engager ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se, au contraire, me pousse \u00e0 aller de l\u2019avant. Ce n\u2019est certes pas l\u2019envie qui m\u2019en manque, et, cette fois, je crois bien (c\u2019est aussi l\u2019avis de Marie-Th\u00e9r\u00e8se) que je n\u2019aurais qu\u2019un mot \u00e0 dire pour aboutir ; Mme de Saint-Marc, en effet, je l\u2019ai vu \u00e0 sa lettre, est tr\u00e8s favorable au projet ; bien que Marie-Th\u00e9r\u00e8se ne m\u2019ait pas nomm\u00e9, Mme de Saint-Marc a certainement compris de qui il s\u2019agit. Que faire ? Je touche au but ; je peux avoir une femme charmante, jolie, intelligente, d\u2019\u00e9ducation parfaite, d\u2019excellente famille, \u00e9conome et pratique, bref ayant toutes les qualit\u00e9s physiques et morales&nbsp;; je vois bien que je n\u2019ai qu\u2019un mot \u00e0 dire pour cela. Eh bien, ce mot je ne peux pas le dire ! Je dois penser aux exigences de la vie sociale au rang o\u00f9 Dieu m\u2019a fait na\u00eetre, aux obligations d\u2019ordre religieux, politique, social, et m\u00eame mondain, auxquelles je ne peux pas me soustraire sans d\u00e9ch\u00e9ance ; je dois penser au pass\u00e9 et \u00e0 l\u2019avenir de ma famille, de cette cha\u00eene dont je ne suis qu\u2019un anneau et que je n\u2019ai pas le droit de briser&nbsp;; je dois continuer les traditions de mes anc\u00eatres et pr\u00e9parer l\u2019avenir de me descendants. Et pour tout cela, l\u2019argent, le maudit argent, est n\u00e9cessaire ! Ah s\u2019il ne s\u2019agissait que de retrancher le superflu, le luxe de sa vie, je n\u2019h\u00e9siterais pas et je courrais vers le bonheur qui m\u2019attend certainement avec Mlle de Saint-Marc ; mais h\u00e9las ! Avec une fortune aussi modeste, je risquerais, pour ainsi dire, de manquer du n\u00e9cessaire. La position sur laquelle je compte peut me manquer et, alors, je serais forc\u00e9, pendant tr\u00e8s longtemps, de vivre avec un revenu de 5 \u00e0 6 000 fr. ; il peut venir des enfants, comment, avec aussi peu de ressources, les \u00e9lever suivant leur rang social ? Quelle situation si angoissante ! Apr\u00e8s tous les \u00e9checs que j\u2019ai essuy\u00e9s, je vois enfin le bonheur possible tout pr\u00e8s de moi, et c\u2019est moi qui suis oblig\u00e9 de le repousser \u00e0 cause de l\u2019argent, ce vil m\u00e9tal h\u00e9las si n\u00e9cessaire aujourd\u2019hui ! Comme c\u2019est triste. Enfin, que faire, c\u2019est ainsi. J\u2019ai peut-\u00eatre tort, peut-\u00eatre ne trouverai-je pas aussi bien. J\u2019\u00e9crirai \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se de laisser tomber le projet avec tous les m\u00e9nagements possibles ; il faut \u00e9viter de blesser Mme de Saint-Marc qui a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s aimable pour moi. Marie-Th\u00e9r\u00e8se va donc lui dire qu\u2019elle a mis la famille du jeune homme au courant de l\u2019\u00e9tat des pourparlers et qu\u2019elle va lui poser les questions que Mme de Saint-Marc d\u00e9sire conna\u00eetre, et qu\u2019elle transmettra la r\u00e9ponse \u00e0 Mme de Saint-Marc. Dans quelques jours, elle lui \u00e9crira, si d\u2019ici l\u00e0 je n\u2019ai pas chang\u00e9 d\u2019avis, que les parents du jeune homme ont beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 les renseignements donn\u00e9s sur Mlle Yvonne, mais que le jeune homme n\u2019est pas actuellement pr\u00eat \u00e0 se marier, que lorsque le moment sera venu, si Mlle Yvonne est encore libre, ils examineront avec la plus grande bienveillance le projet actuel. Ainsi, on \u00e9vitera de froisser la susceptibilit\u00e9 de Mme de Saint-Marc. Je suis tr\u00e8s attrist\u00e9 de la d\u00e9cision que j\u2019ai d\u00fb prendre, car Mlle de Saint-Marc me plaisait beaucoup. Je ne sais vraiment pas quand je me marierai !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mgr Yzart<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a>, le nouvel \u00e9v\u00eaque roussillonnais de Pamiers, est de passage ici, il se rend \u00e0 Saint-Martin-du-Canigou o\u00f9 il doit officier pontificalement lundi. Il est ici l\u2019h\u00f4te de M. Trull\u00e8s. Je le vois au moment o\u00f9 il arrivait de la gare, M. le cur\u00e9 me pr\u00e9sente \u00e0 lui ; Sa Grandeur me reconna\u00eet tr\u00e8s bien, nous l\u2019avons eu \u00e0 d\u00e9jeuner le jour o\u00f9 il est venu installer M. le cur\u00e9 Bonet, en 1892, il \u00e9tait alors sup\u00e9rieur de Saint-Louis ; je m\u2019en souviens comme si j\u2019y \u00e9tais.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr-IAZRT-jubile-768x1313-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"599\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr-IAZRT-jubile-768x1313-1-599x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-481\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr-IAZRT-jubile-768x1313-1-599x1024.jpg 599w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr-IAZRT-jubile-768x1313-1-175x300.jpg 175w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr-IAZRT-jubile-768x1313-1.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 599px) 100vw, 599px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mgr Martin Izart (1854-1934), archipr\u00eatre de Perpignan (1902-1907), \u00e9v\u00eaque de Pamiers (1907-1916), archev\u00eaque de Bourges (1916-1934) \u2013 Carte du jubil\u00e9, 1928 (Site Institutdugrenat.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 10 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste le matin \u00e0 l\u2019h\u00f4pital \u00e0 la messe de 7 heures c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Mgr Yzart ; Sa Grandeur fait un petit sermon improvis\u00e9 sur l\u2019\u00e9vangile du jour ; il repart \u00e0 9h22 pour Prades et Saint-Martin. Je suis sur le point d\u2019aller \u00e0 Perpignan o\u00f9 je suis invit\u00e9 \u00e0 d\u00e9jeuner chez Mme de Rovira la m\u00e8re en l\u2019honneur du passage de son petit-fils Ren\u00e9 de Rovira de Roquevaire ; mais j\u2019avais dit \u00e0 Fernand que je ne pourrais peut-\u00eatre pas y aller, aussi je me d\u00e9cide \u00e0 ne pas y aller car, demain, je serai encore en d\u00e9placement. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. J\u2019envoie un rapport \u00e0 M. Vaqui\u00e9 sur les affaires d\u2019assurances en cours&nbsp;; j\u2019en pr\u00e9pare quelques-unes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 novembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 11 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je devais aller \u00e0 Saint-Martin-du-Canigou dont c\u2019est la f\u00eate aujourd\u2019hui ; Mgr de Carsalade y est et Mgr Yzart officie ; mais, dans la nuit, il se met \u00e0 tomber des averses formidables accompagn\u00e9es d\u2019\u00e9clairs et de tonnerre ; impossible de faire cette ascension avec un pareil temps ; je suis donc forc\u00e9 d\u2019y renoncer, j\u2019en suis d\u00e9sol\u00e9&nbsp;; la f\u00eate aura \u00e9t\u00e9 manqu\u00e9e. Il pleut presque jusque midi&nbsp;; \u00e0 2 heures, je fais une courte promenade \u00e0 cheval. Je parle \u00e0 quelques jeunes gens du groupe de Jeunesse catholique que M. le cur\u00e9 veut fonder ; ils me promettent leur concours, mais ce ne sera pas chose facile ! Je pense beaucoup \u00e0 ma r\u00e9ponse \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se ; je fais peut-\u00eatre une b\u00eatise ; j\u2019ai peut-\u00eatre tort, je manque peut-\u00eatre l\u2019occasion de saisir le bonheur qui est tout pr\u00e8s de moi ; ah, si l\u2019on pouvait percer le voile de l\u2019avenir !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 12 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Boule et \u00e0 Corb\u00e8re \u00e0 cheval ; au retour, je comptais aller \u00e0 la gare attendre Maman et Philom\u00e8ne, mais nous recevons une d\u00e9p\u00eache disant qu\u2019elles ont manqu\u00e9 la correspondance \u00e0 Bordeaux et arriveront ce soir. Je reste \u00e0 la grande maison la plus grande partie de la journ\u00e9e ; depuis pr\u00e8s de deux mois, je presse les ouvriers le plus que je peux et, Dieu merci, les travaux avancent de plus en plus et nous serons bient\u00f4t install\u00e9s ; depuis le d\u00e9part de Papa et de Maman, le 21 octobre, on a fait beaucoup. Maman et Philom\u00e8ne arrivent le soir \u00e0 8h, je vais les attendre \u00e0 la gare. Philom\u00e8ne va attendre ici le moment de son mariage qui est fix\u00e9 au 28 d\u00e9cembre ; il para\u00eet que Madame de Lavergne, qui va beaucoup mieux, n\u2019est pas une femme commode ; elle est dou\u00e9e d\u2019un caract\u00e8re acari\u00e2tre !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 13 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval dans la direction de Montalba, sans y arriver tout \u00e0 fait. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Bonne Maman, Maman et Philom\u00e8ne, \u00e0 la grande maison et je leur fais voir les progr\u00e8s accomplis ; Philom\u00e8ne n\u2019avait pas vu la maison depuis le commencement de janvier, elle y trouve de fameux changements. Mais Maman trouve qu\u2019on n\u2019est pas encore assez avanc\u00e9, elle est effray\u00e9e du peu de temps qui reste jusqu\u2019au 28 d\u00e9cembre. Et cependant ma\u00e7ons, menuisiers, peintres, tapissiers, tout le monde op\u00e8re \u00e0 la fois !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 14 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Perpignan pour une r\u00e9union du Comit\u00e9 royaliste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales dont on m\u2019a nomm\u00e9 membre ; il se r\u00e9unit une fois par mois. On s\u2019occupe de choisir des chefs d\u2019arrondissement, on me nomme pour l\u2019arrondissement de Prades ; j\u2019ai donc le tr\u00e8s grand honneur et aussi la responsabilit\u00e9 de repr\u00e9senter le Roi de France dans notre arrondissement&nbsp;; du reste, je n\u2019ai accept\u00e9 que provisoirement car j\u2019estime que le repr\u00e9sentant officiel de la cause royaliste doit r\u00e9sider \u00e0 Prades afin d\u2019\u00eatre plac\u00e9 au centre de l\u2019arrondissement ; de plus, je ne connais presque pas les cantons de la montagne&nbsp;; je n\u2019ai une certaine influence que dans le canton de Vin\u00e7a, et cette influence je crois pouvoir dire que je la mets tout enti\u00e8re au service de la cause du Roi, qui est celle de la France, en m\u00eame temps qu\u2019au service de la cause de l\u2019\u00c9glise ; mais je ne peux accepter \u00e0 titre d\u00e9finitif d\u2019\u00eatre le chef de l\u2019arrondissement, je chercherai un royaliste r\u00e9sidant \u00e0 Prades pour me remplacer et repr\u00e9senter dans notre arrondissement la cause de nos traditions. Un incident assez vif se pr\u00e9sente \u00e0 propos d\u2019un article b\u00eate paru dans <em>Le<\/em> <em>Roussillon<\/em> du 24 septembre, sur une question viticole, article qui a produit mauvais effet ; on n\u2019est pas d\u2019accord sur cette question, M. Desp\u00e9ramons, \u00e0 tort \u00e0 mon avis, d\u00e9fend <em>Le Roussillon<\/em>, et finalement la majorit\u00e9 du comit\u00e9 vote un bl\u00e2me au journal pour cet article ; cela para\u00eet beaucoup contrarier M. Desp\u00e9ramons. Maman et Bonne Maman sont venues aussi \u00e0 Perpignan et Maman a choisi une bordure pour la tapisserie du salon et s\u2019est entendue avec le tapissier Delclos qui doit venir poser les cadres, glaces, tentures etc. Nous voyons Mme de Llamby et les Bonafos. Je reviendrai samedi pour une r\u00e9union de la section d\u2019Action fran\u00e7aise, elle est importante en raison de la proximit\u00e9 du congr\u00e8s de la ligue qui doit se tenir \u00e0 Paris le mois prochain. Nous avons failli manquer le train au retour ; heureusement pour nous qu\u2019il a eu beaucoup de retard. Bonne Maman rentre \u00e0 Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 15 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe de la maison toute la matin\u00e9e ; nous avons les \u00e9lectriciens, on nous place 33 lampes et on nous les place gratuitement, c\u2019\u00e9tait stipul\u00e9 dans l\u2019acte que Papa a pass\u00e9 il y a 3 ans avec M. Ecoiffier, directeur de la soci\u00e9t\u00e9, lorsqu\u2019il a donn\u00e9 l\u2019autorisation de faire passer des fils et de placer des poteaux et des pyl\u00f4nes dans plusieurs de nos propri\u00e9t\u00e9s<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a> ; la pose et la fourniture des appareils est donc gratuite, mais, bien entendu, nous paierons ce que nous consommerons en \u00e9lectricit\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Millas \u00e0 cheval. Je vois un n\u00e9gociant en vins pour Boule. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, samedi 16 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui est c\u00e9l\u00e9br\u00e9 au ch\u00e2teau de Woodnorton (Angleterre) le mariage d\u2019une fille de l\u2019illustre Maison de France, Madame la princesse Louise de France, pour s\u0153ur de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, avec le prince Charles de Bourbon-Sicile ; tous les royalistes demandent \u00e0 Dieu le bonheur des nobles \u00e9poux ! Plusieurs souverains assistent \u00e0 ce mariage, c\u00e9l\u00e9br\u00e9 h\u00e9las ! sur la terre d\u2019exil ; toutes les cours y sont repr\u00e9sent\u00e9es. Le matin, je vais \u00e0 Boule o\u00f9 je m\u2019occupe de la vente du vin. L\u2019apr\u00e8s-midi, je reste \u00e0 la grande maison. Je vais, le soir, \u00e0 Perpignan o\u00f9 il y a une r\u00e9union de la section d\u2019Action fran\u00e7aise au cercle du Panache ; on y arr\u00eate un plan d\u2019action pour cet hiver ; on donnera une r\u00e9union tous les 15 jours, comme l\u2019hiver dernier ; sur ma proposition, on d\u00e9cide aussi d\u2019organiser une campagne de conf\u00e9rences dans les campagnes. Je couche chez ma tante Bonafos. \u00c0 la r\u00e9union je retrouve, outre MM. Henri Bertran et Desp\u00e9ramons, Henri Passama, Fernand de Rovira, Monsieur Antoine Talayrach etc. On s\u2019occupe aussi du rapport \u00e0 envoyer au congr\u00e8s de la Ligue.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos_de_Borbon-Dos_Sicilias_y_su_mujer.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"697\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos_de_Borbon-Dos_Sicilias_y_su_mujer-697x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-482\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos_de_Borbon-Dos_Sicilias_y_su_mujer-697x1024.jpg 697w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos_de_Borbon-Dos_Sicilias_y_su_mujer-204x300.jpg 204w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos_de_Borbon-Dos_Sicilias_y_su_mujer-768x1128.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Carlos_de_Borbon-Dos_Sicilias_y_su_mujer.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 697px) 100vw, 697px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La princesse Louise d&rsquo;Orl\u00e9ans (1882-1958) et son \u00e9poux le prince Charles de Bourbon-Siciles (1870-1949), mari\u00e9s le 16 novembre 1907 \u00e0 Wood Norton (Angleterre) \u2013 Clich\u00e9 anonyme, vers 1909 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 17 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Perpignan, je vais \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Jean ; je vais remettre \u00e0 M. Louis No\u00ebll sa m\u00e9daille du g\u00e9n\u00e9ral Mercier. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais faire une visite de digestion \u00e0 Madame de Rovira la m\u00e8re ; je manque le train de 3 heures, qu\u2019on a avanc\u00e9, et je suis oblig\u00e9 de rester jusqu\u2019\u00e0 7 heures 15 ; je vais \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Jean, puis voir un cin\u00e9matographe \u00e0 la foire pour passer le temps. \u00c0 Ille, o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 8 heures, je trouve nos 3 chats d\u2019Angers qu\u2019Ang\u00e8le la cuisini\u00e8re a apport\u00e9s dans un panier ; les pauvres b\u00eates ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s sages para\u00eet-il. L\u2019Action fran\u00e7aise a envoy\u00e9 \u00e0 Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans, \u00e0 l\u2019occasion du mariage de la princesse Louise, un t\u00e9l\u00e9gramme de fid\u00e9lit\u00e9 en termes magnifiques ; comme ligueur, je m\u2019y associe enti\u00e8rement. Les journaux racontent ce mariage qui a \u00e9t\u00e9 digne des augustes fianc\u00e9s et de leurs illustres maisons. C\u2019est toute la Maison de Bourbon dont cette union resserre les liens.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 novembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 18 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval, j\u2019y d\u00e9jeune et rentre vers 4 heures ; je m\u2019occupe, \u00e0 Vin\u00e7a, de diff\u00e9rentes affaires. On a de plus en plus de d\u00e9tails sur la trahison du juif Ullmo ; ce mis\u00e9rable a livr\u00e9 nos plus importants secrets ; vilaine race s\u2019il en fut !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 19 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis un peu enrhum\u00e9 du cerveau et je ne monte pas \u00e0 cheval ; je passe la plus grande partie de ma journ\u00e9e \u00e0 la grande maison o\u00f9 tout marche \u00e0 la fois ; j\u2019esp\u00e8re que nous serons pr\u00eats pour fin d\u00e9cembre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 20 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Corb\u00e8re et \u00e0 mi-chemin de Corb\u00e8re \u00e0 Thuir \u00e0 cheval. Je passe la plus grande partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 la grande maison. Depuis cinq jours, tous les journaux sont pleins d\u2019int\u00e9ressants d\u00e9tails sur le mariage de la princesse Louise, sur le duc d\u2019Orl\u00e9ans, les princes et princesses de la Maison de France, leurs invit\u00e9s ; plus de 40 Bourbons se trouvaient r\u00e9unis samedi \u00e0 Woodnorton chez le chef de la Maison de France. Mgr le Duc d\u2019Orl\u00e9ans a fait un tr\u00e8s aimable accueil aux journalistes fran\u00e7ais qui \u00e9taient venus \u00e0 Woodnorton \u00e0 l\u2019occasion de ce mariage&nbsp;; ils \u00e9taient 22 de toute opinion. La chapelle \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9e de tous les drapeaux fran\u00e7ais depuis les plus anciens oriflammes jusqu\u2019au drapeau blanc de la Restauration et au drapeau tricolore. Ce mariage co\u00efncidant avec l\u2019apparition du livre intitul\u00e9 <em>La Monarchie fran\u00e7aise<\/em> avec pr\u00e9face du duc d\u2019Orl\u00e9ans et contenant les \u00e9crits et manifestes du comte de Chambord, du comte de Paris et du duc d\u2019Orl\u00e9ans, a d\u00e9termin\u00e9 une v\u00e9ritable explosion de royalisme. Tous les journaux royalistes qui me passent ici entre les mains, <em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em>, <em>Le Soleil<\/em>, <em>La Gazette de France<\/em>, <em>Le Roussillon<\/em>, <em>Le Maine et Loire<\/em> sont pleins d\u2019articles d\u00e9bordant de loyalisme monarchique ; les journaux catholiques plus ou moins constitutionnels, <em>Croix<\/em>, <em>Univers<\/em>, donnent des relations sympathiques du mariage ; les journaux r\u00e9publicains roses idem ; enfin, les journaux du bloc eux-m\u00eames sont oblig\u00e9s, \u00e0 cette occasion, de parler de nos princes, ils le font en termes convenables g\u00e9n\u00e9ralement, comme <em>Le Tmps<\/em>, <em>La Gironde<\/em> ; ce dernier journal reconna\u00eet l\u2019heureuse influence qu\u2019exercent les princesses fran\u00e7aises mari\u00e9es \u00e0 des princes \u00e9trangers, sur les dispositions des cours \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la France. Bref, ce mariage a ranim\u00e9 chez les royalistes le loyalisme, l\u2019amour envers leurs princes et a montr\u00e9 \u00e0 tous la place immense qu\u2019occupe encore en Europe la Maison de France. Tout cela est excellent et doit inspirer \u00e0 beaucoup de gens, d\u00e9go\u00fbt\u00e9s du r\u00e9gime actuel mais ind\u00e9cis sur le parti \u00e0 prendre, de salutaires r\u00e9flexions. \u00c0 nous de savoir en profiter !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 21 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c9tant un peu enrhum\u00e9 du cerveau, je ne sors pas \u00e0 cheval ; je reste \u00e0 la grande maison le matin et une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi. Je vends le vin de Boule (le n\u00f4tre et celui des Magu\u00e9) au prix de 12 fr. l\u2019hecto \u00e0 M. Barth\u00e9l\u00e9my Dabat, commissionnaire en vins \u00e0 B\u00e9lesta, qui ach\u00e8te pour une maison de l\u2019Aube. J\u2019ai eu de la peine \u00e0 obtenir ce prix ; il m\u2019a fallu n\u00e9gocier pendant 8 jours et tenir ferme ; tout d\u2019abord, ce n\u00e9gociant ne m\u2019en offrait que 11 fr., puis 11,50, puis 11,75 et enfin 12 fr., prix que j\u2019avais fix\u00e9, d\u00e8s le premier jour, comme minimum ; j\u2019\u00e9tais, en m\u00eame temps, en pourparlers avec une autre maison qui, aujourd\u2019hui m\u00eame, a offert aussi 12 fr. apr\u00e8s n\u2019avoir offert que 1 fr. 10 le degr\u00e9 il y a quelques jours, mais il est trop tard&nbsp;; je stipule avec Dabat de bonnes conditions de paiement, d\u2019enl\u00e8vement etc. et je r\u00e9dige les ventes sur papier timbr\u00e9 ; il faut prendre toutes les pr\u00e9cautions ! Je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de M. Vaqui\u00e9 m\u2019appelant demain matin \u00e0 Perpignan ; pr\u00e9cis\u00e9ment, je fais aujourd\u2019hui ma premi\u00e8re assurance-vie avec M. Baux fils qui s\u2019assure pour 5 000 fr. \u00e0 la \u00ab Caisse paternelle \u00bb ; je porterai demain cette proposition \u00e0 M. Vaqui\u00e9 ; cela me fera bien noter. Encore un article tr\u00e8s royaliste ; c\u2019est <em>Le Gaulois<\/em> qui le publie aujourd\u2019hui&nbsp;; il envisage la possibilit\u00e9 d\u2019\u00e9lections royalistes, apr\u00e8s une commotion int\u00e9rieure ou ext\u00e9rieure et invite les personnalit\u00e9s royalistes \u00e0 se faire d\u2019ores et d\u00e9j\u00e0 accepter comme candidats \u00e9ventuels dans leurs arrondissements ; ce serait le renouvellement des \u00e9lections de 1814, 1849, 1871 ; la r\u00e9publique, dit Arthur Meyer dans cet article, doit finir dans le sang ou l\u2019imb\u00e9cillit\u00e9 suivant le mot de Thiers, et le duc d\u2019Orl\u00e9ans repr\u00e9sente un principe qui ne se prescrit pas&nbsp;; le couronnement de l\u2019\u0153uvre d\u2019ordre et de paix que le pays demandera \u00e0 ses mandataires sera tout naturellement la Monarchie. Pour mon compte, je crois \u00e0 des \u00e9lections royalistes seulement apr\u00e8s une commotion, comme cons\u00e9quence, comme effet de cette commotion ; c\u2019est bien l\u2019id\u00e9e exprim\u00e9e par Meyer ; il est \u00e9vident que pour assurer l\u2019ordre d\u2019une fa\u00e7on durable, la monarchie est indispensable ; on commence \u00e0 le reconna\u00eetre et \u00e0 le proclamer. Le <em>Gaulois<\/em> qui, tout en \u00e9tant royaliste, craint beaucoup de s\u2019afficher, ose cependant le dire dans un leader-article, c\u2019est bon signe ! Nos id\u00e9es font des progr\u00e8s. <em>La Libre Parole<\/em>, selon toutes probabilit\u00e9s, va prochainement se transformer en un grand organe royaliste Action fran\u00e7aise ; quel instrument de propagande cet organe va constituer !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 22 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 9 heures ; je vois M. Vaqui\u00e9 avec qui je d\u00e9jeune au Grand H\u00f4tel ; mon affaire est en bonne voie et il esp\u00e8re que je serai bient\u00f4t nomm\u00e9 inspecteur adjoint de la \u00ab Caisse paternelle \u00bb. Il me propose aussi de me faire nommer \u00e0 Perpignan \u00e0 la direction d\u2019une assurance accident et gr\u00eale, la compagnie \u00ab La Garantie \u00bb, il est tr\u00e8s bien avec un inspecteur de cette compagnie qui vient fonder une direction dans le d\u00e9partement ; j\u2019aurais beaucoup d\u2019agents sous mes ordres, mais ce serait un portefeuille \u00e0 cr\u00e9er. N\u2019ayant pas encore grande exp\u00e9rience dans les questions d\u2019assurances, ce serait beaucoup embrasser pour un d\u00e9but ; il vaut mieux que je me r\u00e9serve uniquement pour la carri\u00e8re d\u2019inspecteur ; M. Vaqui\u00e9 me dit bien que l\u2019un n\u2019emp\u00eacherait pas l\u2019autre, mais je trouve que ce serait trop pour un d\u00e9but, car il ne faut pas oublier qu\u2019avant tout, je dois avoir le temps de m\u2019occuper des propri\u00e9t\u00e9s de mes parents, et de celles qu\u2019ils me donneront quand je me marierai. Je repars \u00e0 3 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 23 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Boule ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je passe tout mon temps \u00e0 la grande maison&nbsp;; le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 24 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Nous allons tous passer la journ\u00e9e \u00e0 Vin\u00e7a, nous partons par le train de 9h, assistons \u00e0 la grand\u2019messe et rentrons le soir par le train de 7 heures. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Dalmer \u00e0 Rigarda o\u00f9 j\u2019assiste au recouvrement et m\u2019occupe de diverses questions concernant les 2 sections de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien que j\u2019ai fond\u00e9es l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re dans ce village ; les deux chefs de section m\u2019escortent tout le temps ; ils sont, du reste, tr\u00e8s gentils et je leur paie, ainsi qu\u2019\u00e0 plusieurs autres soci\u00e9taires qui se trouvaient l\u00e0, une tourn\u00e9e au caf\u00e9 conservateur de Rigarda. Ces deux sections marchent fort bien et se pr\u00e9parent \u00e0 participer \u00e0 la f\u00eate de Saint-S\u00e9bastien.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 novembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 25 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe toute ma journ\u00e9e \u00e0 la grande maison o\u00f9 tous les corps de m\u00e9tiers fonctionnent \u00e0 la fois, je ne trouve m\u00eame pas une heure pour faire promener B\u00e9tis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 26 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe, comme hier, presque toute ma journ\u00e9e \u00e0 la grande maison ; on fait ces jours-ci des travaux d\u2019int\u00e9rieur tr\u00e8s d\u00e9licats, comme le pavage de l\u2019entr\u00e9 en petits cailloux de la rivi\u00e8re, qui exigent beaucoup de surveillance. Il y a un an aujourd\u2019hui que les ma\u00e7ons ont pris possession de la maison ; je n\u2019aurais jamais suppos\u00e9, \u00e0 ce moment-l\u00e0, que les travaux dussent durer plus de 8 \u00e0 9 mois ; il est vrai que la d\u00e9molition de la tour, qui n\u2019\u00e9tait pas alors pr\u00e9vue, a beaucoup retard\u00e9. Papa arrivera enfin jeudi ; il \u00e9tait parti pour une quinzaine de jours, il aura pass\u00e9 5 semaines dehors ; ces jours-ci, il a \u00e9t\u00e9 retenu \u00e0 Biarritz par diff\u00e9rentes affaires concernant le terrain et la villa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 27 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une dizaine de kilom\u00e8tres avec B\u00e9tis. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Philom\u00e8ne \u00e0 Millas voir les Ferriol et rentre aux \u00c7agarriga, qui vont repartir pour Paris, leur visite de l\u2019autre jour&nbsp;; nous ne rencontrons que les Ferriol. On s\u2019est encore battu ces jours-ci au Maroc, dans la r\u00e9gion Est, autour d\u2019Oudjda que nous occupons depuis huit mois ; la fameuse p\u00e9n\u00e9tration pacifique, dont on a tant parl\u00e9, a fait chou blanc ! Quelle farce n\u00e9faste !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 28 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa arrive le matin \u00e0 7h. Je vais, \u00e0 cheval, tout pr\u00e8s de B\u00e9lesta. L\u2019apr\u00e8s-midi, je reste \u00e0 la maison Bosch.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 29 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval, j\u2019y d\u00e9jeune et j\u2019y fais quelques affaires ; je rentre dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Deux tribus marocaines, chez qui nous \u00e9tions all\u00e9s faire une d\u00e9monstration militaire et qui nous avaient re\u00e7us \u00e0 coups de fusil, ont franchi hier la fronti\u00e8re alg\u00e9rienne et ont attaqu\u00e9 des postes fran\u00e7ais ; on s\u2019est battu de part et d\u2019autre, nous avons eu dix morts et de nombreux bless\u00e9s ; nous voil\u00e0 dans l\u2019obligation d\u2019infliger \u00e0 ces tribus un ch\u00e2timent exemplaire et, par cons\u00e9quent, de p\u00e9n\u00e9trer en force au Maroc pour la 3<sup>\u00e8me<\/sup> fois cette ann\u00e9e ; et on nous parlera encore de la p\u00e9n\u00e9tration pacifique !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 30 novembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais une promenade \u00e0 cheval. L\u2019apr\u00e8s-midi, je reste presque tout le temps \u00e0 la grande maison o\u00f9 l\u2019on organise le salon ; on place nos tentures Louis XVI, toiles peintes qui nous viennent de chez la grand\u2019m\u00e8re de Papa, Mlle Bonaure ; ce sont des m\u00e9daillons ravissants&nbsp;; leurs couleurs sont admirablement conserv\u00e9es ; nous en aurons pour presque tout le salon qui est bien grand cependant ! Je comptais aller ce soir \u00e0 Perpignan pour assister \u00e0 la conf\u00e9rence d\u2019Action fran\u00e7aise que doit faire le pr\u00e9sident de la section roussillonnaise de la Ligue, M. Henri Bertran de Balanda ; c\u2019est la premi\u00e8re de l\u2019hiver, il est probable que je serai appel\u00e9 \u00e0 en faire une dans quelque temps. Je ne peux malheureusement pas aller \u00e0 Perpignan ce soir, Max m\u2019ayant t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 que la jument \u00ab Diana \u00bb qu\u2019il nous envoie pour Vin\u00e7a arrivera demain matin ; il faut que je sois ici pour la recevoir. J\u2019irai demain \u00e0 Perpignan pour la conf\u00e9rence que fait M. Lenail pour la Ligue des Fran\u00e7aises. Papa re\u00e7oit une lettre de Mgr Pasquier, recteur de l\u2019Universit\u00e9 catholique d\u2019Angers, lui annon\u00e7ant que les \u00e9v\u00eaques protecteurs de l\u2019Universit\u00e9, r\u00e9unis \u00e0 l\u2019occasion de la rentr\u00e9e \u00e0 Angers, l\u2019ont nomm\u00e9 professeur honoraire en reconnaissance de ses longs services ; Papa est enchant\u00e9 de ce t\u00e9moignage. D\u00e9j\u00e0, au mois de juillet, \u00e0 la derni\u00e8re r\u00e9union des professeurs, les coll\u00e8gues de Papa lui avaient offert en souvenir une gravure qu\u2019ils avaient tous sign\u00e9e, et Mgr Rumeau lui avait dit qu\u2019il entendait le recevoir chez lui quand il viendrait \u00e0 Angers.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9cembre 1907<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd ; \u00e0 11 heures Diana arrive en excellent \u00e9tat, je la fais d\u00e9barquer et conduire \u00e0 l\u2019\u00e9curie ; B\u00e9tis est un peu malade, je le fais soigner. Papa souffre de nouveau de ses n\u00e9vralgies. Je vais avec Maman \u00e0 Perpignan \u00e0 la conf\u00e9rence de M. Lenail, Bonne Maman y vient aussi, nous la retrouvons dans le train ; la grande salle de la Maison des \u0152uvres est \u00e0 peu pr\u00e8s remplie ; Monseigneur pr\u00e9side la r\u00e9union ; on fait monter de force Maman et Bonne Maman sur l\u2019estrade comme repr\u00e9sentantes d\u2019Ille et de Vin\u00e7a ; il y a aussi sur l\u2019estrade les 3 dames de \u00c7agarriga, Tante H\u00e9l\u00e8ne de Lazerme etc.&nbsp;; Carlos pr\u00e9sente l\u2019orateur, Mme Bertran-Llegu lit un rapport sur la marche de la L.P.D.F. L\u2019orateur fonce sur les hommes au pouvoir, mais ne dit rien contre le r\u00e9gime lui-m\u00eame, la Ligue P.D.F. ne faisant pas de politique. \u00c0 la suite de la conf\u00e9rence, sur un autel improvis\u00e9 Monseigneur donne la b\u00e9n\u00e9diction du Saint-Sacrement ; je vois plusieurs fois Sa Grandeur qui est toujours de la plus grande amabilit\u00e9 pour moi. Il y a l\u00e0 beaucoup de personnes du peuple, mais aussi de la tr\u00e8s bonne soci\u00e9t\u00e9, les Lazerme, \u00c7agarriga, Mme de Llamby, de Rovira etc. La qu\u00eate est faite par Mmes Henri de \u00c7agarriga, Vassal et Carlos de Lazerme. Il fait un v\u00e9ritable temps d\u2019\u00e9t\u00e9, le soleil est chaud ; je suis encore en habits d\u2019\u00e9t\u00e9 et je ne n\u2019\u00e9prouve nullement le besoin de me couvrir, je ne peux m\u00eame pas supporter le pardessus. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence, je vais un moment au Panache, je fais quelques commissions et visites et nous rentrons \u00e0 Ille \u00e0 8 heures. Maman apprend que les dames de charit\u00e9 d\u2019Ille, r\u00e9unies aujourd\u2019hui pour remplacer la pr\u00e9sidente Mme Roca, d\u00e9missionnaire et malade, l\u2019ont \u00e9lue \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9 ; elle avait pourtant pr\u00e9venu M. le cur\u00e9 qu\u2019elle ne le voulait pas. Elle avait \u00e9t\u00e9 autrefois pr\u00e9sidente, avant que nous allions habiter Angers, car c\u2019est elle qui avait fond\u00e9 l\u2019\u0153uvre avec M. le cur\u00e9 Bonet. La chose dont on parle le plus \u00e0 Perpignan et qui \u00e9tonne tout le monde, c\u2019est la d\u00e9cision par laquelle Monseigneur vient de nommer M. Gabriel de Llobet, archipr\u00eatre de Saint-Jean depuis 5 mois seulement, vicaire g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 la place de M. Roca, malade ; on regrette beaucoup, \u00e0 Saint-Jean, M. de Llobet, il s\u2019y \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fait appr\u00e9cier et aimer ; c\u2019est cependant un avancement pour lui ; il est remplac\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de la cath\u00e9drale par M. Yzart, chancelier de l\u2019\u00c9v\u00each\u00e9, homonyme de l\u2019ancien archipr\u00eatre aujourd\u2019hui \u00e9v\u00eaque de Pamiers ; le nouvel archipr\u00eatre ne vaut pas, dit-on, ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 d\u00e9cembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 2 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe de la grande maison la plus grande partie de la journ\u00e9e ; on en est \u00e0 l\u2019installation des meubles et tentures bien que les ma\u00e7ons et les peintres n\u2019aient pas tout \u00e0 fait termin\u00e9 leurs travaux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 3 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait tr\u00e8s froid, c\u2019est un coup de vent de nord-ouest ; cela contraste avec le temps de ces jours derniers. On \u00e9crit que Mme de Lavergne est encore souffrante et ne viendra peut-\u00eatre pas. Aussi Papa et Maman, effray\u00e9s de tout ce qu\u2019il y a encore \u00e0 faire \u00e0 la maison, sont sur le point de d\u00e9cider de retarder le mariage jusqu\u2019\u00e0 P\u00e2ques ; mais les Lavergne seraient-ils de cet avis ? On plante aujourd\u2019hui le jardin de la grande maison. Notre cousine Th\u00e9r\u00e8se Delcros, n\u00e9e de Barescut, vient d\u2019avoir 2 jumelles&nbsp;; comme elle a eu 2 jumeaux il y a moins d\u2019un an, \u00e7a lui fait 4 enfants en 11 mois ! \u00c0 ce r\u00e9gime, notre population d\u00e9passerait vite celle de l\u2019Allemagne ; ses 4 enfants sont bien portants.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 4 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 cheval \u00e0 Corb\u00e8re ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je reste la plus grande partie de mon temps \u00e0 la grande maison. Aujourd\u2019hui, on d\u00e9cide de ne pas retarder le mariage et de faire tous nos efforts pour avoir la maison pr\u00eate le 28 et m\u00eame quelques jours avant ; il faudrait nous installer dans la maison le lundi 16. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec Philom\u00e8ne du c\u00f4t\u00e9 de R\u00e9gleilles ; le temps est de nouveau merveilleux, et chaud pour la saison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 5 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais du c\u00f4t\u00e9 de Montalba \u00e0 cheval ; c\u2019est jour de foire aujourd\u2019hui. Je passe le reste de ma journ\u00e9e \u00e0 la maison o\u00f9 je presse le plus que je peux notre installation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 6 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui encore je passe presque tout mon temps \u00e0 la grande maison ; je fais placer les meubles, rideaux, cadres etc. de ma chambre et de mon petit cabinet de travail qui la suit.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 7 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait plus frais et j\u2019adopte aujourd\u2019hui tous mes costumes d\u2019hiver ; en-dessous, cependant, je ne suis pas tout \u00e0 fait v\u00eatu d\u2019hiver. Nous installons le cabinet de Papa et ses biblioth\u00e8ques ; on ach\u00e8ve aussi l\u2019installation de la lumi\u00e8re \u00e9lectrique. Les ma\u00e7ons quittent aujourd\u2019hui la maison, apr\u00e8s un an et onze jours, ce n\u2019est pas malheureux ! Nous leur donnons \u00e0 chacun une bonne \u00e9trenne, elle leur est remise par l\u2019entrepreneur M. Baux ; \u00e7a leur est d\u00fb car ils ont toujours \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s complaisants. Je vais me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 8 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h en l\u2019honneur de la f\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e Conception ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres&nbsp;; il fait extr\u00eamement doux, presque chaud.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 d\u00e9cembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 9 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe presque toute la journ\u00e9e \u00e0 la maison Bosch o\u00f9 l\u2019on installe les meubles et les panoplies de la salle \u00e0 manger.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 10 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval, j\u2019y d\u00e9jeune&nbsp;; je rentre vers 4 heures<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 11 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je monte \u00e0 cheval 1 heure le matin. Il y a des difficult\u00e9s pour le contrat de mariage de Philom\u00e8ne ; mes parents, c\u2019est d\u00e9cid\u00e9 depuis longtemps, lui font une rente de 3000 fr ; mais les Lavergne exigent maintenant que Maman garantisse le paiement de la rente, apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Papa, si elle lui survit, sur sa fortune personnelle&nbsp;; cela, bien entendu, au cas o\u00f9 Philom\u00e8ne ne trouverait pas dans la succession de Papa le capital \u00e9quivalent \u00e0 la rente, c\u2019est \u00e0 dire 100.000 fr. Cela n\u2019arrivera pas, il faut bien l\u2019espoir du moins, mais Maman est ennuy\u00e9e d\u2019avoir \u00e0 s\u2019engager ainsi ; elle y consent cependant \u00e0 condition qu\u2019Henri de Lavergne promette qu\u2019il ne s\u2019opposera pas, le cas \u00e9ch\u00e9ant, \u00e0 un partage d\u2019ascendant. On \u00e9crit dans ce sens \u00e0 Henri de Lavergne&nbsp;; quel ennui d\u2019avoir encore \u00e0 traiter de pareilles questions \u00e0 moins de 3 semaines du mariage ! Victor de Lacour est ici avec sa s\u0153ur pour quelques jours ; je le rencontre au retour de ma promenade \u00e0 cheval et nous causons quelques instants&nbsp;; son p\u00e8re est malade au Pignas. Je ne voudrais pas revoir Marie-Louise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 12 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au retour de ma promenade \u00e0 cheval ce matin, je rencontre Marie-Louise de Lacour ; je me contente de la saluer poliment mais froidement, sans descendre, bien entendu, de cheval. Elle s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e depuis l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re ; c\u2019est une superbe jeune fille ! Quel dommage qu\u2019elle ou ses parents (je ne sais) s\u2019oppose \u00e0 mes projets&nbsp;; sa vue ravive mes p\u00e9nibles souvenirs&nbsp;; j\u2019y pense et je suis triste toute la journ\u00e9e ! Il y a un an \u00e0 pareille \u00e9poque, que d\u2019espoir j\u2019avais ! Quel hiver, quel printemps j\u2019ai pass\u00e9 ensuite ! Ce journal est rempli d\u2019elle et dire qu\u2019il a fallu brusquement renoncer \u00e0 tant d\u2019espoir&nbsp;; en \u00e9crivant ces lignes, les larmes me viennent encore aux yeux&nbsp;; comme la volont\u00e9 de Dieu est parfois p\u00e9nible !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 13 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je monte \u00e0 cheval l\u2019apr\u00e8s-midi ; je vais \u00e0 Boule o\u00f9 l\u2019on jalonne la partie gauche de la propri\u00e9t\u00e9 de <em>Derr\u00e8re las Cases<\/em> pour y planter des p\u00eachers comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re dans la partie droite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, samedi 14 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Famille-Joffre-Noell-1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"621\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Famille-Joffre-Noell-1-621x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-499\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Famille-Joffre-Noell-1-621x1024.jpg 621w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Famille-Joffre-Noell-1-182x300.jpg 182w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Famille-Joffre-Noell-1.jpg 688w\" sizes=\"auto, (max-width: 621px) 100vw, 621px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Mme Antoine Joffre n\u00e9e Th\u00e9r\u00e8se No\u00ebll (1872-1957), avec ses enfants Marie-Antoinette (n\u00e9e en 1906) et Joseph (n\u00e9 en 1905) \u2013 Clich\u00e9 anonyme, vers 1908\/1909 (Collection Guy Roger)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan et \u00e0 Rivesaltes par le train de 1h25&nbsp;; \u00e0 Rivesaltes, je vois Mme Antoine Joffre<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a> pour une question d\u2019assurances et je suis assez heureux pour enlever l\u2019assurance dotale de sa fillette \u00e2g\u00e9e de 1 an ; c\u2019est une affaire de 10.000 fr. ; \u00e7a me fait des dossiers, j\u2019esp\u00e8re que \u00e7a m\u2019aidera \u00e0 \u00eatre nomm\u00e9. \u00c0 Perpignan, je d\u00eene au Grand H\u00f4tel et j\u2019y couche. J\u2019assiste le soir, au cercle du Panache, \u00e0 la conf\u00e9rence d\u2019Action fran\u00e7aise faite par M. Desp\u00e9ramons ; le pr\u00e9sident du comit\u00e9 royaliste parle de la Monarchie et des questions ouvri\u00e8res et lit de nombreux extraits de manifestes du comte de Chambord, du comte de Paris et du duc d\u2019Orl\u00e9ans, tous se rapportant aux questions ouvri\u00e8res sur lesquelles nos princes ont donn\u00e9 des solutions autrement justes et opportunes que les boniments \u00e9lectoraux r\u00e9publicains. On s\u2019occupe beaucoup ici de l\u2019\u00e9lection au Conseil g\u00e9n\u00e9ral, scrutin de ballottage qui doit avoir lieu demain. Pour se d\u00e9barrasser de cet animal de Bourrat, le mot d\u2019ordre du parti royaliste est de voter pour Denis, Bourrat \u00e9tant le candidat officiel du parti r\u00e9publicain, l\u2019\u00e9lection de Denis, qu\u2019on le veuille ou non, sera un \u00e9chec pour la r\u00e9publique ; royalistes, mod\u00e9r\u00e9s et socialistes sont d\u2019accord pour jeter dehors Jean Bourrat. Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola s\u2019\u00e9tant ou ayant paru un peu s\u2019\u00e9carter de la discipline, on lui fait des remontrances et il promet de suivre le mot d\u2019ordre. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence, avec Rovira, Jonqu\u00e8res, Jacques Passama et Mass\u00e9, je vais un moment au Palmarium.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jean_Bourrat.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"395\" height=\"547\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jean_Bourrat.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-483\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jean_Bourrat.jpg 395w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Jean_Bourrat-217x300.jpg 217w\" sizes=\"auto, (max-width: 395px) 100vw, 395px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Jean Bourrat (1859-1909), d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales de 1896 \u00e0 1909 \u2013 Carte postale, sans date (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 15 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars de Perpignan par le train qui en part \u00e0 8h30 ; j\u2019assiste ici \u00e0 la grand\u2019messe o\u00f9 l\u2019on publie Philom\u00e8ne, et \u00e0 v\u00eapres. Le congr\u00e8s d\u2019Action fran\u00e7aise prend fin aujourd\u2019hui ; j\u2019en ai lu, avec envie, les comptes-rendus, tous ces jours-ci dans les journaux&nbsp;; M. Bertran de Balanda y repr\u00e9sentait la section roussillonnaise. Hier, M. Desp\u00e9ramons a lu deux lettres \u00e9crites par lui de Paris.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 23 d\u00e9cembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 16 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval pour surveiller les pr\u00e9paratifs de la plantation des arbres fruitiers. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019occupe \u00e0 la grande maison. Impossible de s\u2019y installer aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 17 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne fais qu\u2019une toute petite promenade le matin, Pierre ayant mal sell\u00e9 B\u00e9tis, celui-ci r\u00e9tive, et il souffre du garrot. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019aide \u00e0 tout arranger \u00e0 la grande maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 18 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a avec Dominique Vall\u00e9 faire ouvrir et d\u00e9guster quantit\u00e9 de vieilles barriques et de dames-janes de vieux Roussillon ; nous n\u2019y trouvons que du rancio sec. Nous en mettons en bouteille, et rebouchons et \u00e9tiquetons le reste, il y en a certainement du temps de mon bisa\u00efeul de Pontich mort en 1865. Il y a quelques ann\u00e9es (depuis 1901), nous avons trouv\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a quelques bouteilles de 1790&nbsp;; ce vin avait donc 3 si\u00e8cles ! Il \u00e9tait devenu presque blanc. Je rentre \u00e0 4 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 19 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe toute la matin\u00e9e \u00e0 \u00e9crire des lettres et \u00e0 aider \u00e0 l\u2019installation. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Perpignan faire quelques commissions, et \u00e0 Rivesaltes&nbsp;; Mme Joffre m\u2019avait formellement promis, jeudi, d\u2019assurer sa fillette et si j\u2019avais eu avec moi les pi\u00e8ces n\u00e9cessaires, elle signait imm\u00e9diatement sa proposition ; je lui ai donc envoy\u00e9 la proposition \u00e0 signer comme c\u2019\u00e9tait convenu ; et voil\u00e0 qu\u2019elle a brusquement chang\u00e9 d\u2019id\u00e9e ; j\u2019y vais aujourd\u2019hui pour t\u00e2cher de rep\u00eacher l\u2019affaire, mais je n\u2019y r\u00e9ussis pas. Je rentre \u00e0 8 heures. Il para\u00eet que Victor de Lacour s\u2019\u00e9tonne que nous ne renouvelions pas l\u2019invitation que nous lui avons faite, il y a six mois, \u00e0 lui et \u00e0 sa s\u0153ur, d\u2019assister au mariage de Philom\u00e8ne ; ils ne l\u2019ont pas accept\u00e9e alors ; nous nous garderons bien de la renouveler ; il y a dix jours qu\u2019ils sont ici et ils n\u2019ont pas fait la moindre visite de remerciement, nous sommes donc dans notre r\u00f4le en nous abstenant, c\u2019est ce que je r\u00e9ponds au fils Baux qui m\u2019en parle apr\u00e8s avoir re\u00e7u les confidences de Victor. La vraie raison, Victor et nous la connaissons, mais le fils Baux l\u2019ignore ! N\u00e9anmoins, Victor, en dehors de toute autre question, aurait agi poliment en venant faire une visite ; il ne l\u2019a pas os\u00e9, mais alors il ne devrait pas s\u2019\u00e9tonner de ne pas \u00eatre r\u00e9invit\u00e9 ! D\u2019ailleurs, j\u2019\u00e9vite toute occasion de revoir Marie-Louise, sa vue m\u2019est trop p\u00e9nible ! Vis-\u00e0-vis des Lacour, ma ligne de conduite est toute trac\u00e9e&nbsp;; je serai poli, mais tr\u00e8s froid, pas la moindre avance !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 20 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fils Baux me parle de ce que Victor lui a dit ; je lui donne mes raisons (sans lui dire la principale) qui nous emp\u00eachent d\u2019inviter les Lacour ; le fils Raoul ayant revu Victor, le lui dit ; celui-ci se contente de baisser le nez sans rien r\u00e9pondre ; nous sommes incontestablement dans notre r\u00f4le ! L\u2019apr\u00e8s-midi, je monte B\u00e9tis, je vais \u00e0 Millas et en reviens par la grand\u2019route. L\u2019installation de la grande maison touche absolument \u00e0 sa fin ; il \u00e9tait temps !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, samedi 21 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne me doutais pas, ce matin, que je coucherais ce soir \u00e0 Perpignan. J\u2019y suis venu avec les Rovira et les d\u2019Albici ; nos cousins sont venus nous voir dans l\u2019apr\u00e8s-midi et comme il y a ce soir au Panache une r\u00e9union o\u00f9 M. Bertran, retour de Paris, rend compte du congr\u00e8s de l\u2019Action fran\u00e7aise et des r\u00e9solutions qui y ont \u00e9t\u00e9 prises, ils m\u2019ont d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 les suivre. Je suis donc reparti avec eux en voiture et Fernand m\u2019a gard\u00e9 \u00e0 d\u00eener et \u00e0 coucher chez sa m\u00e8re \u00e0 Perpignan ; Mme de Rovira me re\u00e7oit tr\u00e8s aimablement. Ensemble, et avant m\u00eame d\u2019arriver \u00e0 Perpignan, nous sommes all\u00e9s faire une visite aux Chefdebien dans leur propri\u00e9t\u00e9 de Mailloles ; nous sommes re\u00e7us par la jeune baronne qui a beaucoup gagn\u00e9 depuis que je ne l\u2019avais vue ; je trouve que Ren\u00e9, qui est souffrant, sera assez r\u00e9tabli pour venir samedi au mariage. Fernand me parle mariage ; il conna\u00eet intimement les Vilmarest et se propose de m\u2019engager de me marier \u00e0 Mlle Germaine de Vilmarest<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a>, il ne dit que lui et sa femme y ont pens\u00e9 pour moi ; je le remercie mais je lui dis de n\u2019en rien faire, car si la famille de Vilmarest est tr\u00e8s bien \u00e0 tous les points de vue et si la jeune fille est aussi je crois, tr\u00e8s bien moralement et intellectuellement, son physique ne me pla\u00eet gu\u00e8re. Fernand le regrette et me dit qu\u2019il pensera \u00e0 autre chose.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche 22 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-24-at-10.02.52-Copie.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"881\" height=\"575\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-24-at-10.02.52-Copie.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-495\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-24-at-10.02.52-Copie.jpeg 881w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-24-at-10.02.52-Copie-300x196.jpeg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/WhatsApp-Image-2026-03-24-at-10.02.52-Copie-768x501.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 881px) 100vw, 881px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de la fa\u00e7ade de la maison de Bosch \u00e0 Ille depuis le jardin \u2013 Aquarelle anonyme, 1883 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis rentr\u00e9 de Perpignan ce matin par le train d\u2019onze heures ; je suis all\u00e9 \u00e0 la messe de 9h \u00e0 Saint-Jean. Grande date aujourd\u2019hui dans l\u2019histoire de notre famille ; si jamais un disciple de Le Play fait la monographie de la famille, il la marquera d\u2019un trait sp\u00e9cial ; c\u2019est aujourd\u2019hui que nous venons nous installer dans la maison Bosch relev\u00e9e de son oubli. Nous prenons, dans la journ\u00e9e, nos derni\u00e8res dispositions et nous venons nous y installer ce soir. J\u2019\u00e9cris ces lignes de ma nouvelle chambre avant de me coucher. Voici de quoi se compose cette immense maison ou, pour mieux dire, ce superbe h\u00f4tel qui couvre 800 m\u00e8tres carr\u00e9s sur le plan cadastral : au rez-de-chauss\u00e9e, lingerie, immense cuisine, 3 b\u00fbchers, une cave \u00e0 vins, une cave \u00e0 vins fins, une cave \u00e0 huile, une \u00e9curie, un grenier \u00e0 foin, une buanderie, un W.C. de domestiques, sans compter la grande entr\u00e9e et le jardin ; j\u2019oubliais une pi\u00e8ce pouvant servir de serre ou de remise ; au 1<sup>er<\/sup>, grand hall, immense salon \u00e0 3 grandes fen\u00eatres, salle \u00e0 manger, office, petit salon, cabinet de travail de Papa, chapelle, 4 chambres de ma\u00eetre dont 2 avec cabinets de toilette, W.C., la plupart de ces appartements sont autour d\u2019une grande terrasse qui donne sur le jardin et communique avec lui par un grand escalier ext\u00e9rieur ; au 2<sup>\u00e8me<\/sup> (en deux ailes s\u00e9par\u00e9es), 4 chambres de ma\u00eetre, toutes avec cabinet de toilette, plus un appartement apr\u00e8s ma chambre qui me servira de cabinet de travail, mais qui pourra, au besoin, servir de chambre, une salle de bains, un W.C., 3 chambres de domestiques, un fruitier, deux greniers ; au 3<sup>\u00e8me<\/sup>, 4 greniers ; enfin sur le toit, \u00e0 14 m\u00e8tres au-dessus du sol de la rue, une terrasse d\u2019o\u00f9 l\u2019on domine la ville et d\u2019o\u00f9 l\u2019on a une vue superbe sur la campagne. La maison a un puits, un r\u00e9servoir d\u2019eau au 3<sup>\u00e8me<\/sup> et l\u2019eau se r\u00e9pand, de l\u00e0, dans les cabinets de toilette, \u00e0 la salle de bains et aux W.C., elle est \u00e9clair\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et a les sonnettes \u00e9lectriques. Le grand escalier en pierre avec rampe en fer forg\u00e9 est remarquable, monumental ; la plupart des portes sont en bois sculpt\u00e9 avec ferrures anciennes. Enfin cette maison est splendide, les appartements en sont spacieux et notre mobilier y fait un effet superbe. Toutes les personnes qui la visitent la trouvent merveilleuse ; c\u2019est, dans toute l\u2019acception du mot, l\u2019ancien h\u00f4tel aristocratique. Sur la principale porte cintr\u00e9e en marbre rouge, au-dessus de l\u2019\u00e9cusson dont le blason a \u00e9t\u00e9 martel\u00e9 par les brutes pendant la grande R\u00e9volution, on lit la date : 1595, soit 312 ans d\u2019existence (la maison de Vin\u00e7a porte 1619). Et cette maison n\u2019est jamais sortie de la famille ; construite probablement par les Gros elle est pass\u00e9e aux Bosch par suite de l\u2019alliance des Bosch et des Gros<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a> ; au 18\u00e8 si\u00e8cle le comte de Lansac, mon arri\u00e8re-grand-oncle, restaura les appartements du devant le salon, la salle \u00e0 manger et ce que nous appelons la chambre Louis XV, plusieurs chemin\u00e9es sont de cette \u00e9poque ; elle fut \u00e9chang\u00e9e vers 1810 par la vicomtesse de Vinezac, n\u00e9e de Lansac et fille d\u2019une Bosch<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a>, contre d\u2019autres propri\u00e9t\u00e9s et ce fut mon bisa\u00efeul Antoine de Bosch qui la prit alors, en m\u00eame temps que notre m\u00e9tairie de Saint-Martin qui appartenait, comme la maison, \u00e0 sa cousine de Vinezac. Elle se ferma en 1889 \u00e0 la mort de l\u2019oncle Victor et se rouvre aujourd\u2019hui. Elle va \u00eatre inaugur\u00e9e dans son nouvel \u00e9tat par la c\u00e9r\u00e9monie du mariage de Philom\u00e8ne. Voil\u00e0 l\u2019histoire de cette maison, qui va \u00eatre d\u00e9sormais le centre de la famille. Puisse Dieu continuer \u00e0 la prot\u00e9ger et puissent dans 312 ans, les arri\u00e8re-petits-fils de nos arri\u00e8re-petits-fils vivre encore sous son toit !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_0777-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_0777-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-488\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_0777-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_0777-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_0777-768x511.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_0777-1536x1023.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/IMG_0777-2048x1364.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Emplacement d&rsquo;un blason (probablement effac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de la R\u00e9volution fran\u00e7aise) sur le linteau de la porte de la maison d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, rue Sainte-Croix \u00e0 Ille \u2013 Clich\u00e9 S. Chevauch\u00e9, 2020<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 d\u00e9cembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 23 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa et Maman, que j\u2019ai mis au courant de la proposition que m\u2019a faite Fernand au sujet de Mlle de Vilmarest sont furieux que je ne veuille pas le laisser agir ; ils trouvent le parti superbe et disent que je ne suis pas raisonnable. Je trouve, au contraire, que je suis tr\u00e8s raisonnable, le plus d\u00e9raisonnable \u00e9tant de se marier sans amour ; qu\u2019est-ce qu\u2019un m\u00e9nage \u00e0 la base duquel il manque le lien sacr\u00e9 de l\u2019amour ? Nous mettons la main aux derniers d\u00e9tails. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 cheval, je vois arriver les Magu\u00e9 par le train de 4 heures et je repas aussit\u00f4t apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 24 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henri de Lavergne arrive \u00e0 11 heures d\u2019Angers, je ne l\u2019avais pas vu depuis qu\u2019il est le fianc\u00e9 de Philom\u00e8ne puisque j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 quitt\u00e9 Angers quand le mariage s\u2019est d\u00e9cid\u00e9. Par le m\u00eame train arrivent Max, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Ghislaine-Marie, avec la bonne d\u2019enfant de cette derni\u00e8re. Nous allons, Papa et moi, les attendre tous \u00e0 la gare. Un grand ennui : Mme Barrera est morte ce matin \u00e0 Vernet-les-Bains ; voil\u00e0 donc les Delestrac emp\u00each\u00e9s d\u2019assister au mariage ; quelle d\u00e9ception pour eux et pour nous ; Tante Delestrac et Yvonne passent par le train de 1h25, elles vont \u00e0 Perpignan s\u2019occuper du transport du corps. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval. Nous aurons, comme au mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, une table pour les fermiers, j\u2019en invite plusieurs.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 25 d\u00e9cembre 1907 (No\u00ebl)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de minuit o\u00f9 je n\u2019\u00e9tais pas all\u00e9 depuis 2 ans puisqu\u2019il n\u2019y en a pas eu l\u2019an dernier, on y fait un peu de chahut au fond de l\u2019\u00e9glise ; je fais la sainte communion. Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe le matin. L\u2019oncle Xavier arrive \u00e0 9 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 Vin\u00e7a en omnibus&nbsp;: l\u2019oncle Xavier, Papa, Philom\u00e8ne, Henri de Lavergne, Max et moi ; nous pr\u00e9sentons \u00e0 bonne Maman et aux Magu\u00e9 le fianc\u00e9 de Philom\u00e8ne. Nous allons \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Vin\u00e7a et rentrons \u00e0 Ille \u00e0 6 heures en omnibus.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 26 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand-messe avec la Soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels Saint-\u00c9tienne dont je suis membre honoraire. Plusieurs arriv\u00e9es aujourd\u2019hui : Tata Mimi Est\u00e8ve, Maurice et Madeleine \u00e0 4 heures, M. et Mme de Lavergne, M. Buston et M. l\u2019abb\u00e9 Latour \u00e0 8 heures du soir&nbsp;; je c\u00e8de ma chambre \u00e0 M. Buston, qui a \u00e9t\u00e9 vraiment tr\u00e8s aimable de faire un aussi long voyage pour assister au mariage de Philom\u00e8ne, il y repr\u00e9sentera l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Angers ; je coucherai, ces nuits-ci, \u00e0 l\u2019ancienne maison de Bourdeville o\u00f9 couchent aussi Papa, les Saint-Cyr et Maurice bien que la maison soit presque compl\u00e8tement d\u00e9sorganis\u00e9e. Il y a un an \u00e0 pareil jour, je me souviens que j\u2019avais dans\u00e9 avec Marie-Louise de Lacour, je croyais alors qu\u2019avant 12 mois, je serais son mari ou au moins son fianc\u00e9&nbsp;; h\u00e9las ! L\u2019\u00e9v\u00e9nement m\u2019a cruellement d\u00e9\u00e7u&nbsp;; j\u2019y pense toute la journ\u00e9e et je ne peux pas \u00eatre vraiment content.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 27 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, apr\u00e8s la signature du contrat de mariage pass\u00e9 chez Me Trull\u00e8s, nous avons un grand d\u00e9jeuner de famille \u2013 en maigre \u2013 de 21 couverts ; y prennent part les Lavergne, l\u2019oncle Xavier et sa famille, Bonne Maman, les Magu\u00e9 venus de Vin\u00e7a avec les enfants Delestrac, les Saint-Cyr etc. \u00c0 4 heures, nous allons \u00e0 la Mairie pour le mariage civil qui est fait, en l\u2019absence du maire, par l\u2019adjoint Glaudis. L\u2019oncle Paul et l\u2019oncle Xavier sont les t\u00e9moins de Philom\u00e8ne, Max et moi ceux d\u2019Henri de Lavergne ; il aurait mieux valu qu\u2019il en amen\u00e2t de sa famille, mais puisqu\u2019il n\u2019en a pas amen\u00e9, nous sommes tout d\u00e9sign\u00e9s pour lui servir de t\u00e9moins. Le soir, l\u2019Orph\u00e9on Saint-\u00c9tienne vient donner une s\u00e9r\u00e9nade aux fianc\u00e9s, il chante plusieurs ch\u0153urs catalans et fran\u00e7ais ; nous leur distribuons des g\u00e2teaux et des rafra\u00eechissements ainsi qu\u2019\u00e0 la troupe innombrable de gamins qui \u00e9coutent dans la rue.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 28 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le grand jour est arriv\u00e9 pour Philom\u00e8ne&nbsp;; je suis tr\u00e8s heureux pour elle, mais quand je pense aux d\u00e9ceptions que j\u2019ai \u00e9prouv\u00e9es, je suis oblig\u00e9 de r\u00e9primer un sentiment d\u2019envie trop naturel pour \u00eatre coupable&nbsp;; du reste, je m\u2019efforce de n\u2019en rien laisser para\u00eetre et je m\u2019occupe des pr\u00e9paratifs du mariage comme si c\u2019\u00e9tait pour moi ; c\u2019est moi qui arrange le cort\u00e8ge, les places aux 2 tables etc. Nos invit\u00e9s commencent \u00e0 arriver \u00e0 partir de 10 heures. Quelques minutes apr\u00e8s 11 heures, je fais l\u2019appel et je fais placer chaque couple \u00e0 son rang dans le cort\u00e8ge ; le temps est beau. Le cort\u00e8ge se compose de 44 personnes&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Papa<\/td><td>\u2013<\/td><td>Philom\u00e8ne<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Henri de Lavergne<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mme de Lavergne<\/td><\/tr><tr><td rowspan=\"4\">Service d\u2019honneur<\/td><td><strong>Moi<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>Yvonne Delestrac<\/td><\/tr><tr><td><strong>Maurice<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>N\u00e9nette<\/td><\/tr><tr><td><strong>Jacques de Lazerme<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>Magdeleine<\/td><\/tr><tr><td><strong>Antoine Delestrac<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td>Jane Gout de Bize<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. de Lavergne, p\u00e8re<\/td><td>\u2013<\/td><td>Bonne Maman<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle Xavier<\/td><td>\u2013<\/td><td>Maman<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Max<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tante Josepha<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle Paul<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tata Mimi Est\u00e8ve<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Oncle Joseph de Lazerme<\/td><td>\u2013<\/td><td>Tante Bonafos<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Fernand de Rovira<\/td><td>\u2013<\/td><td>Marie-Th\u00e9r\u00e8se<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Carlos de Lazerme<\/td><td>\u2013<\/td><td>Cousine Lutrand<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. Buston<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mme de Llamby d\u2019Oms<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Lutrand<\/td><td>\u2013<\/td><td>Marie de Rovira<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Ren\u00e9 de Chefdebien<\/td><td>\u2013<\/td><td>Th\u00e9r\u00e8se de Lazerme (la femme de Carlos)<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Ferriol<\/td><td>\u2013<\/td><td>Cousine de Saint-Jean<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Jacques Passama<\/td><td>\u2013<\/td><td>Marthe de Lazerme<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. de Guardia<\/td><td>\u2013<\/td><td>Baronne Despr\u00e8s<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin \u00c9mile Marie<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mlle Marie Jocaveil<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. Joseph d\u2019Arexy<\/td><td>\u2013<\/td><td>Mlle Rose-Marie Despr\u00e8s<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Cousin Joseph de Saint-Jean<\/td><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>M. de Pous<\/td><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce dernier, M. de Pous, n\u2019\u00e9tait invit\u00e9 qu\u2019au lunch&nbsp;; il s\u2019est cru, je ne sais comment, invit\u00e9 au cort\u00e8ge et au d\u00eener&nbsp;; comme il est tr\u00e8s aimable, nous avons ajout\u00e9 un couvert sans qu\u2019il s\u2019en dout\u00e2t. L\u2019oncle et Tante Delestrac, \u00e0 cause de leur deuil si r\u00e9cent, ne viennent pas au cort\u00e8ge ; ils se contentent d\u2019assister \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du fond de l\u2019\u00e9glise. L\u2019\u00e9glise est tr\u00e8s bien d\u00e9cor\u00e9e de cand\u00e9labres, de lumi\u00e8res, de fleurs artificielles et naturelles, et de plantes vertes&nbsp;; nos chapelles sont d\u00e9cor\u00e9es et illumin\u00e9es ; quand le cort\u00e8ge, apr\u00e8s avoir d\u00e9fil\u00e9 de la maison \u00e0 l\u2019\u00e9glise sur un tapis tendu tout le long et au milieu d\u2019une foule \u00e9norme mais silencieuse et tr\u00e8s respectueuse, entre dans l\u2019\u00e9glise, le fulmicoton est allum\u00e9 et en quelques secondes, le ma\u00eetre-autel et les lustres sont \u00e9tincelants de lumi\u00e8res. Beaucoup de personnes, venues de Perpignan, de Vin\u00e7a ou d\u2019ailleurs, sont dans l\u2019\u00e9glise ; beaucoup viendront au lunch tout \u00e0 l\u2019heure. C\u2019est, naturellement, M. le cur\u00e9 qui b\u00e9nit le mariage ; il prononce une allocution sur le mariage chr\u00e9tien, il parle du pass\u00e9 et des vertus des deux familles, il cite des traits concernant l\u2019histoire de notre famille. Pendant la messe, Blanc ex\u00e9cute plusieurs morceaux qui sont tr\u00e8s remarqu\u00e9s. Nous qu\u00eatons pendant l\u2019offertoire, nous r\u00e9coltons 97 fr. Apr\u00e8s la c\u00e9r\u00e9monie, interminable d\u00e9fil\u00e9 \u00e0 la sacristie, l\u2019\u00e9glise \u00e9tait archi-comble. Apr\u00e8s le retour \u00e0 la maison, un lunch est servi dans la salle de repassage \u00e0 gauche de l\u2019entr\u00e9e aux personnes invit\u00e9es \u00e0 la messe et au lunch&nbsp;; il y a l\u00e0 M. Desp\u00e9ramons, les deux familles Bertran, les d\u2019Ax de Cessales, Mme et Mlle Delafosse, Mlle de Llobet (qui n\u2019a pas accept\u00e9 l\u2019invitation au cort\u00e8ge) etc. Pendant ce lunch, un d\u00e9jeuner est offert aux fermiers \u00e0 l\u2019H\u00f4tel Pag\u00e8s, ils y viennent presque tous, ils y sont 15 je crois ; Philom\u00e8ne et Henri, accompagn\u00e9s de Papa, y vont et leur serrent la main \u00e0 tous. Ensuite, quand ils sont de retour et que les invit\u00e9s au lunch sont repartis, on sert le d\u00e9jeuner de noce pour les personnes du cort\u00e8ge ; il est de 46 couverts en 3 tables dont deux dans la salle \u00e0 manger et une dans la chambre de Papa transform\u00e9e, pour la circonstance, en seconde salle \u00e0 manger, il y a 26 personnes dans la salle \u00e0 manger et 20 dans l\u2019autre ; les mari\u00e9s entour\u00e9s de leurs gar\u00e7ons et demoiselles d\u2019honneur sont \u00e0 la 1<sup>\u00e8re<\/sup> table de la salle \u00e0 manger, la seconde est pr\u00e9sid\u00e9e par Papa et Bonne Maman, nous y mettons les plus proches parents et les personnes les plus consid\u00e9rables ; la 3<sup>\u00e8me<\/sup> (\u00e0 la chambre de Papa) est pr\u00e9sid\u00e9e par Marie Th\u00e9r\u00e8se et Max, il y a l\u00e0 les personnes moins consid\u00e9rables et les parents \u00e9loign\u00e9s ; enfin, il y a une 4<sup>\u00e8me<\/sup> table dress\u00e9e dans la chambre de Papa pour les pr\u00eatres invit\u00e9s, elle est pr\u00e9sid\u00e9e par M. le cur\u00e9. Le menu, du restaurateur Sicart (d\u2019Olette) est fin et abondant. Au champagne, Carlos porte, en termes tr\u00e8s d\u00e9licats, la sant\u00e9 des nouveaux \u00e9poux. Le d\u00e9jeuner, commenc\u00e9 \u00e0 1h \u00be, dure jusqu\u2019\u00e0 plus de 4 heures, 2h \u00bd environ. Apr\u00e8s le caf\u00e9, les liqueurs, les cigares, on danse un peu, mais on ne reste pas bien longtemps, car la plupart des invit\u00e9s de Perpignan, qui sont venus en voiture, doivent assister ce soir \u00e0 une pastorale au patronage. Philom\u00e8ne et Henri partent, par le train de 7h, pour Perpignan et repartiront demain, de cette ville, pour Barcelone. J\u2019envie bien leur bonheur ; quand la m\u00eame joie me sera-t-elle donn\u00e9e ?<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"597\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie-597x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-484\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie-597x1024.jpg 597w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie-175x300.jpg 175w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie-768x1317.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie-896x1536.jpg 896w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie-1194x2048.jpg 1194w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_122917-Copie.jpg 1276w\" sizes=\"auto, (max-width: 597px) 100vw, 597px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Philom\u00e8ne de Lavergn\u00e9e n\u00e9e d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (1886-1976), mari\u00e9e le 28 d\u00e9cembre 1907 \u00e0 Henri de Lavergne \u2013 Clich\u00e9 Edmond Cauville, Angers, vers 1907 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 29 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019oncle Xavier, Tata Mimi, Maurice et Madeleine partent pour Perpignan \u00e0 9 heures, nous les accompagnons \u00e0 la gare, l\u2019oncle Xavier reviendra avant son d\u00e9part d\u00e9finitif. Tout le monde s\u2019accorde \u00e0 dire que la c\u00e9r\u00e9monie et la f\u00eate d\u2019hier ont \u00e9t\u00e9 des plus r\u00e9ussies ; toute la population d\u2019Ille \u00e9tait sur pied. Apr\u00e8s la grand\u2019messe nous partons tous pour Vin\u00e7a avec l\u2019omnibus et nous d\u00e9jeunons chez Bonne Maman ; on est 17 \u00e0 table car les Delestrac sont encore \u00e0 Vin\u00e7a. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, on se prom\u00e8ne un peu. M. et Mme de Lavergne et M. Buston trouvent tr\u00e8s jolie la campagne de Vin\u00e7a ; ils repartent directement de Vin\u00e7a pour Angers par le train de 3h31. M. Buston vient encore ce soir coucher \u00e0 Ille. L\u2019oncle Delestrac part en m\u00eame temps pour Paris mais il reviendra ces jours-ci.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 au 31 d\u00e9cembre 1907<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 30 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous accompagnons M. Buston au train de 9 heures, il repart pour Angers mais s\u2019arr\u00eatera entre deux trains \u00e0 Perpignan ; Papa l\u2019y accompagne pour lui faire visiter la ville. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une longue promenade \u00e0 cheval, je vais \u00e0 Thuir et retour, B\u00e9tis n\u2019\u00e9tait pas sorti depuis jeudi. M. l\u2019abb\u00e9 Latour pense \u00e0 un parti pour moi aux environs de Toulouse, c\u2019est la tante de la jeune fille qui lui a demand\u00e9 de s\u2019en occuper ; il va s\u2019y mettre, mais aboutira-t-il ? Fernand de Rovir, qui donnait samedi le bras \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se, lui a reparl\u00e9 de Mlle de Vilmarest pour moi, disant que j\u2019avais tort de laisser \u00e9chapper un pareil parti, qu\u2019il connaissait beaucoup la famille et se faisait fort d\u2019aboutir, etc. <em>Le Roussillon<\/em> publie un compte-rendu du mariage&nbsp;; il est, \u00e0 mon avis, assez mal fait et ne vaut pas, de beaucoup, celui qui avait paru apr\u00e8s le mariage de Marie-Th\u00e9r\u00e8se&nbsp;; le voici :<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19071230.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"953\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19071230-953x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-491\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19071230-953x1024.jpg 953w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19071230-279x300.jpg 279w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19071230-768x825.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19071230.jpg 1226w\" sizes=\"auto, (max-width: 953px) 100vw, 953px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Compte-rendu du mariage de Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch avec Henri de Lavergne \u00e0 Ille le 28 d\u00e9cembre 1907 \u2013 Coupure de presse du <em>Roussillon <\/em>ins\u00e9r\u00e9e dans son journal par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u00e0 la date du 30 d\u00e9cembre 1907<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 31 d\u00e9cembre 1907<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous accompagnons M. l\u2019abb\u00e9 au train de 9 heures. Ensuite, je vais \u00e0 Boule \u00e0 cheval surveiller la plantation d\u2019arbres fruitiers ; Joseph Jacomy me dit que plus de 50 personnes de Boule \u00e9taient all\u00e9es \u00e0 Ille le jour du mariage ; le fait est que l\u2019\u00e9glise \u00e9tait archi-bond\u00e9e, sans compter les nombreuses personnes qui se pressaient sur le passage du cort\u00e8ge et aux fen\u00eatres des maisons. Il y a longtemps qu\u2019on n\u2019avait vu un mariage comme celui-l\u00e0 \u00e0 Ille, probablement depuis celui de Bonne Maman Sophie en 1849, puisque ceux de Papa, de Tata Mimi, de l\u2019oncle Xavier et de Marie Th\u00e9r\u00e8se n\u2019ont pas eu lieu \u00e0 Ille. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec Max sur la route de B\u00e9lesta. J\u2019assiste \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de fin d\u2019ann\u00e9e \u00e0 5 heures et je me confesse. Voil\u00e0 encore une ann\u00e9e qui s\u2019ach\u00e8ve ; ann\u00e9e pleine de tristesse, de d\u00e9ceptions de toutes sortes pour moi&nbsp;; commenc\u00e9e dans l\u2019espoir, elle m\u2019a apport\u00e9 la plus cruelle des d\u00e9sillusions apr\u00e8s une attente angoissante de plus de 6 mois. Comme la pr\u00e9c\u00e9dente, et plus encore que cette derni\u00e8re, l\u2019ann\u00e9e 1907 comptera parmi les plus tristes de ma vie. Et maintenant, puisse le Bon Dieu, ma\u00eetre unique de notre destin\u00e9e, nous apporter en 1908 des d\u00e9dommagements, puisse-t-il me donner enfin la compagne de ma vie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 22 octobre 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Th\u00e9r\u00e8se Cousin de Mauvaisin (Bill\u00e8res, Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques, 15 juin 1883-Magrens, Haute-Garonne, 25 octobre 1949), fille de Roger Cousin de Mauvaisin et de Gabrielle de Lestapis (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Jacques Dodard des Loges (Dou\u00e9-la-Fontaine, Maine-et-Loire, 28 d\u00e9cembre 1881-Angers, 19 septembre 1954), fils de Louis Dodard des Loges et de Madeleine de Place, avait \u00e9pous\u00e9 le 10 avril 1907 \u00e0 Laval Gersinde Le Beschu de Champsavin (1884-1948) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Fran\u00e7ois Roumain de La Touche (Saint-L\u00f4, Manche, 15 avril 1883-Thionville, Moselle, 14 f\u00e9vrier 1961), fils de Paul Roumain de La Touche et de Marie-Th\u00e9r\u00e8se Avril de Pignerolle, avait \u00e9pous\u00e9 le 15 d\u00e9cembre 1906 \u00e0 Paris XV Solange Girard de Vasson (1880-1963) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Pierre Saisset (1883-mort pour la France en 1918), fils d\u2019Am\u00e9d\u00e9e Saisset et de Valentine de Pallar\u00e8s, \u00e9pousa le 13 mai 1907 \u00e0 Lyon II Yvonne de Ferron (1884-1966). Voir aussi <em>supra<\/em> au 19 juin 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Il s\u2019agit tr\u00e8s certainement d\u2019Antoine Talairach, fr\u00e8re cadet d\u2019Henri Talairach mari\u00e9 \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se Boluix. Voir <em>supra<\/em> note du 6 octobre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Antonin, baron Despr\u00e8s (1865-1946), fils d\u2019Antoine Despr\u00e8s et de Marie d\u2019Arasse, mari\u00e9 en 1887 \u00e0 Rose Terrats (dite Terrats d\u2019Aguillon), originaire d\u2019Ille. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 22 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 20 octobre 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> P\u00e8re Marie-Antoine de Lavaur ou P\u00e8re Marie-Antoine, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat-civil, L\u00e9on Clergue, (Lavaur, Tarn, 23 d\u00e9cembre 1825-Toulouse, 8 f\u00e9vrier 1907), pr\u00eatre capucin fran\u00e7ais, connu pour avoir \u00e9t\u00e9 l&rsquo;ap\u00f4tre du Midi par ses nombreuses missions itin\u00e9rantes. On lui doit le d\u00e9veloppement des p\u00e8lerinages de Lourdes. Il est reconnu v\u00e9n\u00e9rable par l&rsquo;\u00c9glise catholique (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 10 juillet 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Charles-Albert Costa de Beauregard (La Motte-Servolex, Savoie, 24 mai 1835-Paris, 15 f\u00e9vrier 1909), ancien d\u00e9put\u00e9 monarchiste de la Savoie, membre de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, auteur de livres historiques sur la Savoie et sa famille (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Georges Enesco (1881-1955), compositeur franco-roumain, \u00e9tabli \u00e0 Paris d\u00e8s 1895, qui s\u2019illustra dans presque tous les domaines de la musique classique et est consid\u00e9r\u00e9 comme l\u2019un des plus grands violonistes de son temps (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Pierre Philippe C\u00f4me Cornet, n\u00e9 \u00e0 Perpignan le 22 septembre 1867, fils de Joseph Cornet, ancien maire de Rod\u00e8s, et d\u2019Isabelle Ribes. Son p\u00e8re \u00e9tait le cousin germain d\u2019Henri d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, Pierre \u00e9tait donc le cousin issu de germains d\u2019Antoine, l\u2019auteur du pr\u00e9sent journal. Voir <em>supra<\/em> au 25 septembre 1903 (mention de son accident de voiture) et au 23 septembre 1904 (mention de son \u00e9tat d\u00e9pressif). Selon article dans <em>Le Radical<\/em> du 10 mars 1907&nbsp;: <em>\u00ab&nbsp;Au cours d&rsquo;une crise aigu\u00eb de neurasth\u00e9nie, M. Pierre Philippe Cornet de Bosch, trente ans, n\u00e9 le 12 septembre 1877, \u00e0 Perpignan, s&rsquo;est suicid\u00e9 hier matin dans l&rsquo;appartement qu&rsquo;il occupait, 33, rue Godot de Mauroy, en se pendant \u00e0 une pat\u00e8re de la fen\u00eatre de sa chambre \u00e0 coucher&nbsp;\u00bb<\/em>. L&rsquo;article en question donne une date de naissance erron\u00e9e, il s&rsquo;agit de 1867 et non de 1877, l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 avait donc 40 ans (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 29 septembre 1901, au 26 octobre 1901, au 9 et au 16 d\u00e9cembre 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Voir <em>supra <\/em>note du 19 ao\u00fbt 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Mgr Carlo Montagnini (1863\u20131913), pr\u00e9lat et diplomate italien du Saint-Si\u00e8ge, auditeur de la Nonciature apostolique en France de 1903 \u00e0 1906. Apr\u00e8s la rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican, il resta \u00e0 Paris pour g\u00e9rer les archives de l&rsquo;ancienne nonciature. En 1906, il fut expuls\u00e9 de France et ses papiers furent saisis, ce qui donna lieu \u00e0 l&rsquo;affaire des \u00ab papiers Montagnini \u00bb, des notes confidentielles sur des personnalit\u00e9s politiques et religieuses fran\u00e7aises qui furent ensuite publi\u00e9es et firent scandale (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Jacques Piou (Angers, 6 ao\u00fbt 1838-Paris, 12 mai 1932), avocat et d\u00e9put\u00e9 de la Haute-Garonne, qui prit en 1889 la t\u00eate des catholiques ralli\u00e9s \u00e0 la R\u00e9publique. Fondateur en 1901 de l\u2019Action lib\u00e9rale populaire, premier parti politique de droite solidement organis\u00e9, qui d\u00e9fendait essentiellement la libert\u00e9 religieuse (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 13 juillet 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 septembre 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Voir plus loin au 14 avril 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Jean du Moustier de Canchy (1868-1935), fils de Charles du Moustier de Canchy et de Marie C\u00e9cile de Bonardi du M\u00e9nil, \u00e9tait issu d\u2019une ancienne famille normande qui portait un titre de courtoisie de marquis. Il \u00e9pousa Marie Madeleine de \u00c7agarriga (1882-1967), fille de Raymond de \u00c7agarriga et de Jeanne de Plo\u00ebuc, souvent cit\u00e9s au fil de ce journal. Ils eurent 4 enfants (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> \u00c9tienne de Planet (appel\u00e9 ici Xavier) (Toulouse, 1883-1944), fils de Xavier de Planet et de Christine Touz\u00e9, \u00e9pousa \u00e0 Auderghem (Belgique) le 4 avril 1907 Jeanne Gabrielle Madoux, cr\u00e9ateur des brasseries \u00ab&nbsp;Chasse Royale&nbsp;\u00bb (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 juillet 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Il s\u2019agit des syndicats ind\u00e9pendants du patronat et non-gr\u00e9vistes, oppos\u00e9s \u00e0 la lutte des classes. Port\u00e9 par Pierre Bi\u00e9try, ce mouvement conservateur s&rsquo;est rapidement politis\u00e9 avant de s&rsquo;effriter et de se dissoudre en 1913 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> \u00c9mile Cheysson (1836-1910), polytechnicien, ing\u00e9nieur et inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des Ponts-et-Chauss\u00e9es. Disciple de Fr\u00e9d\u00e9ric Le Play, il a enseign\u00e9 l&rsquo;\u00e9conomie politique et sociale \u00e0 Sciences Po et \u00e0 l&rsquo;\u00c9cole des Mines. Ses travaux portaient sur le logement ouvrier, l&rsquo;hygi\u00e8ne sociale et les budgets familiaux. Co-fondateur du Mus\u00e9e social (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> C\u00e9cile Loir-Mongazon (1881-1922) mari\u00e9e en 1903 \u00e0 Angers avec Ren\u00e9 Chassin du Guerny (1877-1948). Voir <em>supra<\/em> note du 11 f\u00e9vrier 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Dans cette phrase, il semble manquer une partie omise par l\u2019auteur, qui \u00e9tait certainement&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 le gouvernement a d\u00e9clar\u00e9 que si la loge ma\u00e7onnique d\u2019Orl\u00e9ans n\u2019y \u00e9tait pas admise [\u2026], l\u2019Arm\u00e9e et les fonctionnaires n\u2019y prendraient pas part&nbsp;\u00bb (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Jules Cabouat (1856-1943), professeur de droit \u00e0 la Facult\u00e9 de Caen. \u00c0 son sujet ainsi qu\u2019\u00e0 celui de son fils Paul Cabouat et de leur famille, voir l\u2019ouvrage de Lucie Tesni\u00e8re&nbsp;: <em>Madame, vous allez m&rsquo;\u00e9mouvoir. Une famille fran\u00e7aise \u00e0 travers deux guerres mondiales<\/em>, Flammarion, 2018 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 15 juin 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Futur archev\u00eaque d\u2019Avignon, Mgr Gabriel de Llobet (1872-1957), oncle de la future \u00e9pouse d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, Gabrielle du Lac (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Pierre Fran\u00e7ois Paill\u00e8s (Espira-de-Conflent, 13 mai 1850-6 f\u00e9vrier 1915), maire d\u2019Espira de 1883 \u00e0 1900 et de 1906 \u00e0 1912 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 24 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Henrique Burnay, 1er comte de Burnay (Lisbonne, 1838-1909), riche banquier portugais qui racheta en 1888 l\u2019\u00e9tablissement thermal de Vernet-les-Bains et lui donna tout son d\u00e9veloppement (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Maurice Bailloud (Tours, 13 octobre 1847-1<sup>er<\/sup> juillet 1921), saint-cyrien, ayant particip\u00e9 \u00e0 la bataille de Sedan, officier d\u2019\u00e9tat-major, lieutenant-colonel au 22<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019artillerie en 1891, il prend part \u00e0 la 2<sup>e<\/sup> exp\u00e9dition fran\u00e7aise \u00e0 Madagascar en 1895, puis est g\u00e9n\u00e9ral de brigade en 1898. Il prend le commandant du 16<sup>e<\/sup> corps d\u2019arm\u00e9e le 24 mars 1907, jusqu\u2019au 21 novembre. Il s\u2019illustrera pendant la Premi\u00e8re Guerre mondiale (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Jean Bourrat (Saint-Andr\u00e9, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, 12 d\u00e9cembre 1859-Perpignan, 4 ao\u00fbt 1909), conseiller municipal puis conseiller g\u00e9n\u00e9ral de Perpignan de 1895 \u00e0 1909, d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales de 1896 \u00e0 1909, inscrit au groupe de la Gauche radicale-socialiste. Il est aussi pr\u00e9sident du parti radical-socialiste et grand maitre adjoint de la Grande Loge de France. Voir aussi <em>infra<\/em> au 14 d\u00e9cembre 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Yvonne de Saint-Marc (1886-1983), fille de Maurice de Saint-Marc, mort en 1892, et de Gabrielle Leydis de Pousargues, \u00e9pousera en 1909 Jehan de Cargou\u00ebt de Ranl\u00e9on (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Fran\u00e7ois de Massia (1866-1959), fils cadet du docteur \u00c9douard de Massia, cousin \u00e9loign\u00e9 des Est\u00e8ve par les Pontich, \u00e9pousa \u00e0 Catllar le 20 novembre 1907 Ren\u00e9e de Mal\u00e9zieu (1885-1937), fille de Raymond de Mal\u00e9zieu et de Marie de Pallar\u00e8s, dont le p\u00e8re \u00e9tait le cousin issu de germains de Gustave de Pallar\u00e8s, p\u00e8re de Mlle H\u00e9l\u00e8ne. Voir <em>supra <\/em>note du 14 mars 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Caroline de Roig (n\u00e9e le 3 ao\u00fbt 1852 \u00e0 Thuir), mari\u00e9e le 18 septembre 1871 \u00e0 Perpignan avec Hippolyte Julia (1842-1913), directeur des contributions directes, avec qui elle s\u2019installera \u00e0 Nice. Elle \u00e9tait la fille de Fran\u00e7ois de Roig, ancien maire de Thuir, lui-m\u00eame petit-fils par son p\u00e8re d\u2019une Pontich, donc cousin des Est\u00e8ve de Bosch par cette famille, et d\u2019Antoinette d\u2019Oms, quant \u00e0 elle tante paternelle de Mme de Llamby n\u00e9e d\u2019Oms, souvent cit\u00e9e dans ce journal, et des autres fr\u00e8res et s\u0153urs d\u2019Oms cit\u00e9s ici. Elle avait eu deux enfants&nbsp;: Henri Julia (1872-1945), docteur en m\u00e9decine qui appara\u00eetra \u00e9galement souvent dans le journal, et Caroline (1877-1961), mari\u00e9e en 1904 \u00e0 Armand Fortunet (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Martin-J\u00e9r\u00f4me Izart (Estagel, 10 juin 1854-31 mai 1934), archipr\u00eatre de Perpignan en 1902, \u00e9v\u00eaque de Pamiers consacr\u00e9 le 11 juin 1907. Il sera nomm\u00e9 en 1916 archev\u00eaque de Bourges en 1916, o\u00f9 il restera jusqu\u2019\u00e0 sa mort (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 13 septembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Th\u00e9r\u00e8se No\u00ebll (Vin\u00e7a, 4 juillet 1872-Rivesaltes, 22 janvier 1957), fille de Fran\u00e7ois Xavier No\u00ebll et de Th\u00e9r\u00e8sine de Girv\u00e8s, s\u0153ur notamment de Mme Paul Bouch\u00e8de. Elle avait \u00e9pous\u00e9 le 14 f\u00e9vrier 1901 \u00e0 Vin\u00e7a Antoine Joffre (1865-1906), n\u00e9gociant et propri\u00e9taire, fr\u00e8re cadet du mar\u00e9chal Joffre. La famille No\u00ebll de Vin\u00e7a est tr\u00e8s souvent cit\u00e9e dans le journal&nbsp;: voir notamment <em>supra<\/em> note du 9 septembre 1901 et note du r\u00e9sum\u00e9 du p\u00e8lerinage de Lourdes du mardi 20 ao\u00fbt au lundi 25 ao\u00fbt 1902 [\u00e9crit le 26 ao\u00fbt] (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 15 novembre 1904 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> D\u2019apr\u00e8s nos recherches, la construction de la demeure de la rue Sainte-Croix \u00e0 Ille est, selon toute vraisemblance, due \u00e0 Guillem Semaler, pag\u00e8s d\u2019Ille, mort entre 1602 et 1606. Elle se transmit pendant plusieurs g\u00e9n\u00e9rations dans cette famille puis passa par h\u00e9ritage des Semaler aux Bosch au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, la derni\u00e8re h\u00e9riti\u00e8re de cette famille, Marie Semaler Boscha, ayant \u00e9pous\u00e9 en 1710 Joan Bosch F\u00e0brega, originaire de Saint-Laurent-de-Cerdans. C\u2019est la demeure imm\u00e9diatement attenante qui fut construite par les Gros, passa ensuite chez les Sabater, et finit \u00e9galement par tomber dans le patrimoine des Bosch apr\u00e8s le mariage de la derni\u00e8re h\u00e9riti\u00e8re des Sabater et des Bosch. Au lieu de l\u2019unir \u00e0 la grande maison, d\u00e9j\u00e0 consid\u00e9rable, les Bosch la vendront au d\u00e9but du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 la famille Trull\u00e8s, et c\u2019est l\u00e0 que les trois g\u00e9n\u00e9rations de notaires, \u00c9tienne, Joseph puis Ferdinand Trull\u00e8s \u2013 ce dernier tr\u00e8s souvent cit\u00e9 dans le pr\u00e9sent journal \u2013 tinrent leur \u00e9tude. Les archives familiales d\u2019Est\u00e8ve de Bosch conservent plusieurs actes relatifs \u00e0 la maison Gros devenue Sabater puis Trull\u00e8s. Le fait quelle y soit bien identifi\u00e9e au fil des si\u00e8cles par son adresse, rue Sainte-Croix, a pu introduire la confusion et faire penser que la grande demeure avait \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9e par les Gros. Au sujet de l\u2019histoire de cette demeure et des familles l\u2019ayant habit\u00e9, voir&nbsp;l\u2019inventaire des archives familiales (2025), et un article \u00e0 para\u00eetre dans les <em>Cahiers des Amis du Vieil Ille<\/em> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 26 juillet 1906. Les Est\u00e8ve de Bosch descendent de Cyprien Bosch Semaler, fils cadet de Jean Bosch F\u00e0brega et de Marie Semaler Boscha. Le fils a\u00een\u00e9, Jean Bosch Semaler, mari\u00e9 en 1744 \u00e0 Gabrielle Henriette du Vivier de Sarraute, issue d\u2019une ancienne lign\u00e9e noble du Fenouill\u00e8des, avait eu une fille unique, Marie Gabrielle Th\u00e9r\u00e8se Bosch du Vivier, qui se retrouvait donc l\u2019h\u00e9riti\u00e8re de l\u2019essentiel du patrimoine des Bosch, la tradition catalane r\u00e9servant toujours l\u2019h\u00e9ritage universel au fils a\u00een\u00e9 (<em>hereu<\/em>) ou \u00e0 la fille unique (<em>pubilla<\/em>). Cette fille unique \u00e9pousa en 1765 son cousin \u00e9loign\u00e9 le marquis Fran\u00e7ois-Hippolyte du Vivier de Lansac (1742-1790). Cet important patrimoine passa ensuite \u00e0 la fille unique de ces derniers, Henriette du Vivier de Lansac, mari\u00e9e en 1784 \u00e0 Pierre de Julien de Vinezac, noble languedocien. Apr\u00e8s cette date, les descendants de cette famille (les Vog\u00fc\u00e9) ne r\u00e9sid\u00e8rent plus en Roussillon, bien qu\u2019y conservant d\u2019importants propri\u00e9t\u00e9s. La grande demeure des Bosch, qui leur \u00e9tait \u00e9chue, sera acquise par la branche cadette des Bosch, devenue seule du nom, descendante de Cyprien Bosch Semaler \u2013 Antoine de Bosch de Sabater l\u2019ach\u00e8te le 2 septembre 1807 \u00e0 Mme de Vog\u00fc\u00e9 n\u00e9e de Julien de Vinezac, par acte pass\u00e9 devant Me Trull\u00e8s. Il ne s\u2019agit donc pas d\u2019un \u00e9change. Voir \u00e0 ce sujet l\u2019inventaire des archives familiales (2025), et un article \u00e0 para\u00eetre dans les <em>Cahiers des Amis du Vieil Ille<\/em> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Janvier 1907 Semaine du 1er au 6 janvier 1907 Ille, mardi 1er janvier 1907 Il y a bien longtemps, depuis 1894 je crois, que je ne m\u2019\u00e9tais trouv\u00e9 ici le premier jour de l\u2019an. 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