{"id":503,"date":"2026-03-29T22:00:01","date_gmt":"2026-03-29T22:00:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/?p=503"},"modified":"2026-04-24T14:19:31","modified_gmt":"2026-04-24T14:19:31","slug":"1908","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/03\/29\/1908\/","title":{"rendered":"1908"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janvier 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 janvier 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 1<sup>er<\/sup> janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9j\u00e0 sept ann\u00e9es sont pass\u00e9es depuis que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire le journal de ma vie ; sept ans, c\u2019est quelque chose dans l\u2019existence ! Que d\u2019\u00e9v\u00e9nements pendant cette p\u00e9riode ! Je fais la sainte communion \u00e0 7h afin de demander \u00e0 Dieu de b\u00e9nir cette nouvelle ann\u00e9e et de m\u2019envoyer plus de bonheur que dans la pr\u00e9c\u00e9dente. Ma seule vraie joie en 1907 a \u00e9t\u00e9 notre retour dans la maison Bosch ; mais que de tristesses \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette joie ! Je retourne \u00e0 la grand\u2019messe. \u00c0 11 heures, nous allons tous \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 nous d\u00e9jeunons et passons l\u2019apr\u00e8s-midi ; les 3 Magu\u00e9, tante et Yvonne Delestrac y sont encore pour quelques jours. Nous passons en famille le Jour de l\u2019An et rentrons le soir \u00e0 Ille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 2 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis souffrant dans la nuit ; j\u2019ai attrap\u00e9 une indisposition d\u2019estomac, je ne me l\u00e8ve que vers 11 heures, je ne sors pas et je me couche \u00e0 7 heures, je suis tr\u00e8s fatigu\u00e9 toute la journ\u00e9e ; nous avons la visite de digestion de M. Marie et du cur\u00e9 de Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 3 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais mieux que d\u2019hier, mais je ne sors pas encore ; d\u2019ailleurs il pleut toute la journ\u00e9e. L\u2019oncle Xavier, retour de Pia, vient d\u00e9jeuner et passer quelques heures avec nous ; il repart \u00e0 4 heures pour Paris et Saint-Mihiel. Le compte-rendu du mariage para\u00eet dans <em>L\u2019\u00c9clair<\/em> de Montpellier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 4 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner Bonne Maman, les Magu\u00e9 qui sont encore \u00e0 Vin\u00e7a jusqu\u2019\u00e0 demain et les Delestrac qui en partent aujourd\u2019hui. Les Delestrac repartent directement d\u2019ici \u2013 tante Marie et Yvonne pour Saint-\u00c9tienne chez Genevi\u00e8ve et l\u2019oncle Lucien pour Paris \u2013 sans rentrer \u00e0 Vin\u00e7a. Je reverrai les Maqu\u00e9 demain \u00e0 Vin\u00e7a. Le compte-rendu du mariage a paru dans <em>Le Maine-et-Loire <\/em>d\u2019hier, dans Le Soleil et probablement dans d\u2019autres journaux de Paris ; les journaux se copient l\u2019un l\u2019autre pour ces renseignements mondains. Toutes ces relations sont mieux faites que celles du <em>Roussillon<\/em>&nbsp;; je me demande encore quel est l&rsquo;auteur de cette derni\u00e8re. Voici le compte-rendu paru hier dans <em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em> ; les relations du <em>Maine-et-Loire<\/em> et des journaux de Paris, <em>Soleil<\/em> et autres, lui ressemblent beaucoup&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080104.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"486\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080104-1024x486.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-517\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080104-1024x486.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080104-300x142.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080104-768x365.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080104.jpg 1171w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse de <em><em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em><\/em> du 3 janvier 1908 consacr\u00e9 au mariage d&rsquo;Henri de Lavergne et de Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch c\u00e9l\u00e9br\u00e9 le 28 d\u00e9cembre 1907 \u00e0 Ille-sur-Tet, coll\u00e9e dans le journal au 4 janvier 1908<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 5 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette date du 5 janvier me rappelle un triste souvenir&nbsp;; c\u2019est l\u2019anniversaire du d\u00e9part d\u2019Ille des Lacour, il y a juste un an ; \u00e0 partir du 5 janvier 1907, je me suis mis \u00e0 compter les semaines et les jours, esp\u00e9rant que le mois de juin serait celui de la r\u00e9alisation de mes esp\u00e9rances ; au lieu de cela, je n\u2019ai eu que des d\u00e9ceptions ! Quand conna\u00eetrai-je le bonheur ? Je vais \u00e0 Vin\u00e7a pour le recouvrement des cotisations des soci\u00e9taires ; les Magu\u00e9 repartent \u00e0 1 h pour Dijon ; je rentre le soir. J\u2019ai enfin re\u00e7u le ballot de la seconde \u00e9dition de ma th\u00e8se, sans pr\u00e9face, et j\u2019en distribue \u00e0 quelques amis.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 janvier 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 6 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je souffre un peu de la jambe droite, j\u2019y ai, depuis hier, une douleur qui doit \u00eatre rhumatismale. Je vais, tout de m\u00eame, me promener avec Max, du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 7 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma douleur a augment\u00e9 et me g\u00eane pour marcher, je passe la matin\u00e9e au lit. Philom\u00e8ne et Henri sont \u00e0 Majorque et ils visitent l\u2019\u00eele&nbsp;; en compagnie du chanoine Miralles<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> et de M. Carbou, ce qui n&rsquo;est pas banal pour des jeunes mari\u00e9s !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 8 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je souffre moins de ma douleur et je peux sortir un peu, l&rsquo;apr\u00e8s-midi, avec Max. Notre cousine Pichard de la Caill\u00e8re nous a pri\u00e9 de lui envoyer une g\u00e9n\u00e9alogie des Lazerme. J\u2019en \u00e9tablis une en m\u2019aidant d\u2019une brochure <em>Le Pouget et ses alentours<\/em> imprim\u00e9e \u00e0 Paris en 1882<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> et qui contient beaucoup de renseignements sur ma famille maternelle ; il y est prouv\u00e9 que les \u00ab De Las Hermes \u00bb existaient dans le Velay d\u00e8s le 14<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ; plus tard ils alli\u00e8rent au Pouget (dioc\u00e8se de Montpellier) o\u00f9 ils pass\u00e8rent plusieurs si\u00e8cles ; la g\u00e9n\u00e9alogie ininterrompue peut \u00eatre \u00e9tablie depuis Pierre Las Hermes qui vivait au Pouget vers 1530 ; un de ses arri\u00e8re-petits-fils le docteur Las Hermes, professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de m\u00e9decine de Montpellier, conseiller du Roi, qualifi\u00e9 Ma\u00eetre, changea la forme de son nom et adopta l\u2019orthographe actuelle de \u00ab Lazerme \u00bb, sa fille devint la baronne de Montarnaud ; c&rsquo;est un fr\u00e8re de celui-l\u00e0 qui vint s&rsquo;\u00e9tablir en Roussillon et y fit souche. J\u2019envoie aux Pichard une g\u00e9n\u00e9alogie de 11 g\u00e9n\u00e9rations ; ils pourront \u00eatre satisfaits !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 9 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la nuit, la jambe me fait beaucoup souffrir, et je ne sors pas de la journ\u00e9e ; ce rhumatisme commence \u00e0 m&rsquo;ennuyer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 10 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma douleur persiste et je ne peux pas encore sortir ; je passe la matin\u00e9e au lit et l&rsquo;apr\u00e8s-midi dans la maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 11 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a en omnibus bien calfeutr\u00e9 parce que je dois \u00eatre ici cette semaine pour m&rsquo;occuper des affaires de la Soci\u00e9t\u00e9 ; m\u00eame sans sortir, je pourrai m&rsquo;en occuper. Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se m&rsquo;accompagnent ; \u00e0 Vin\u00e7a nous trouvons Philom\u00e8ne et Henri qui arrivent enchant\u00e9s de leur voyage de noces ; ils repartent pour Ille avec Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 12 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le temps est d\u00e9testable et l\u2019\u00e9glise tr\u00e8s froide, je d\u00e9cide, sur le conseil de Bonne Maman, de ne pas aller \u00e0 la messe, c\u2019est prudent pour ne pas aggraver mon cas ; je ne me l\u00e8ve qu\u2019\u00e0 11 heures et ne sors pas. L\u2019assembl\u00e9e des chefs de section de la Soci\u00e9t\u00e9 se tient \u00e0 2 heures ; pour pouvoir y prendre part et la pr\u00e9sider, je fais venir ici les chefs de section et les membres du bureau ; vers le soir, ma douleur me g\u00eane beaucoup.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 janvier 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 13 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne me l\u00e8ve qu\u2019\u00e0 11 heures car le temps est toujours tr\u00e8s mauvais et j\u2019ai souffert dans la nuit. Maman vient&nbsp;; j\u2019ai la visite du Dr Trainier qui m&rsquo;a d\u00e9j\u00e0 vu samedi matin \u00e0 Ille et me donne un traitement. Je me soigne beaucoup \u00e0 cause de la f\u00eate de Saint-S\u00e9bastien qui est toute proche et pour laquelle je serais navr\u00e9 d\u2019\u00eatre malade. L\u2019apr\u00e8s-midi de 4 \u00e0 7h viennent Papa, Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se pour causer avec nous d\u2019une affaire ennuyeuse soulev\u00e9e par l\u2019abb\u00e9 de Saint-Cyr. Avant de me coucher, je prends un bain chaud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 14 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman va \u00e0 Rod\u00e8s assister aux obs\u00e8ques de la petite d\u2019Arx, s\u0153ur du petit gar\u00e7on mort de la rage en juillet dernier<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a> ; voil\u00e0 une famille bien \u00e9prouv\u00e9e. Depuis hier soir, il y a un mieux sensible dans mon rhumatisme. Je ne sors pas encore. Maman repart pour Ille \u00e0 3h 1\/2.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 15 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours m\u00eame programme de journ\u00e9e, mon rhumatisme en est au m\u00eame point. Pour moi qui suis habitu\u00e9 \u00e0 une vie si active c\u2019est terrible, il y a quinze jours que je ne suis pas mont\u00e9 \u00e0 cheval.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 16 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le petit mieux d\u2019avant-hier ne s\u2019est pas maintenu, je souffre beaucoup la nuit. Je peux faire mon deuil de la f\u00eate de St-S\u00e9bastien !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 17 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman revient \u00e0 9 heures ; l\u2019apr\u00e8s-midi, plusieurs visites ; le plus terrible c\u2019est de souffrir la nuit. J\u2019ai la visite du Dr Trainier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 18 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame programme de journ\u00e9e qu\u2019hier ; j\u2019en suis au m\u00eame point, \u00e7a n\u2019avance gu\u00e8re, il est probable, presque certain que la f\u00eate de Saint-S\u00e9bastien se passera pour moi dans la maison cette ann\u00e9e ; \u00e7a ne me fera beaucoup de peine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 19 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien entendu je ne peux pas plus aller \u00e0 la messe aujourd\u2019hui que dimanche dernier. Le Dr Trainier qui revient me voir, veut absolument me faire une injection de morphine ; il dit qu\u2019il gu\u00e9rit les rhumatismes par ce moyen ; je me laisse et cesse tout autre traitement. Cette piq\u00fbre endort la souffrance et me permet de marcher un peu mieux. Le soir, se tient dans la salle du caf\u00e9 Anglade l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale annuelle de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; il m\u2019est absolument impossible d\u2019y aller et c\u2019est M. Bouch\u00e8de, vice-pr\u00e9sident, qui la pr\u00e9side. J\u2019\u00e9cris une lettre qu\u2019il lit aux soci\u00e9taires. Peut-\u00eatre demain, en faisant un grand effort, pourrai-je prendre part \u00e0 une partie de la f\u00eate ; mais je n\u2019ose trop y compter.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 janvier 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 20 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai pass\u00e9 une mauvaise nuit ; n\u00e9anmoins, comme le temps est beau, je fais le tr\u00e8s grand effort de me tra\u00eener \u00e0 la grand\u2019messe de la Soci\u00e9t\u00e9 ; bien entendu, je ne vais pas au passe-ville qui m\u2019esquinterait ; le passe-ville en musique est pr\u00e9sid\u00e9 par les deux vice-pr\u00e9sidents MM. Albert Batlle et Bouch\u00e8re ; Papa et Henri de Lavergne y sont aussi comme membres honoraires. La grand\u2019messe est longue, je reste assis \u00e0 peu pr\u00e8s tout le temps. Apr\u00e8s la messe, je prends mon courage \u00e0 deux mains et je prends ma place dans le cort\u00e8ge pour aller jusqu\u2019\u00e0 la place du Puig ; je recommande aux musiciens et aux porte-banni\u00e8res d\u2019aller lentement pour que je puisse suivre ! En boitant lamentablement (mais \u00e7a m\u2019est \u00e9gal, car tout Vin\u00e7a sait que je suis malade), je vais donc jusqu\u2019au Puig. L\u00e0, je prononce l&rsquo;allocution habituelle et je m&rsquo;excuse aupr\u00e8s des soci\u00e9taires de ne pouvoir prendre part au bal ; je rentre aussit\u00f4t \u00e0 la maison, raccompagn\u00e9 par les banni\u00e8res, la musique et les membres honoraires et je me repose pr\u00e8s du feu, \u00e9tonn\u00e9 de l\u2019effort que j\u2019ai pu faire. Les soci\u00e9taires peuvent se dire que j\u2019ai fait preuve de bonne volont\u00e9 ! Le Dr Trainier vient me voir&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, il me fait une seconde piq\u00fbre de morphine. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, Maman, Philom\u00e8ne, Henri etc. vont voir les danses. Le soir, j\u2019offre le caf\u00e9 aux membres du bureau. Papa va \u00e0 Ille, en voiture, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, assister \u00e0 la procession ; il rentre vers 6 heures. Quelle triste f\u00eate pour moi !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 21 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman veut absolument me mettre une <em>estoupade<\/em> sur la cuisse malade parce qu\u2019elle s\u2019imagine que tout mon mal vient de quelque effort, de quelque nerf foul\u00e9 ; je me laisse faire, bien que croyant \u00e0 un rhumatisme. L\u2019<em>estoupade<\/em> prend bien et me serre tellement la cuisse que je ne peux plus la remuer, je suis immobilis\u00e9 compl\u00e8tement. On vient me porter les comptes de la f\u00eate d\u2019hier. Nous avons une curieuse visite, celle d\u2019une dame, Mme de Gruard je crois<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, qui fait, avec son mari le tour du monde \u00e0 pied ; ce colossal voyage, commenc\u00e9 il y a 12 ans, touche \u00e0 sa fin puisqu\u2019il ne leur reste plus qu&rsquo;\u00e0 regagner Paris ; je me rappelle fort bien avoir lu cette originalit\u00e9 dans les journaux ; cette dame fait une tombola, nous lui prenons des billets ; elle la tire \u00e0 la mairie et je gagne une assiette peinte par son mari. La conversation est, naturellement, tr\u00e8s int\u00e9ressante ; sa visite me distrait un peu. Papa repart pour Ille ; les Lavergne et Marie-Th\u00e9r\u00e8se restent ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 22 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe une tr\u00e8s mauvaise nuit, la journ\u00e9e est plus tranquille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 23 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je souffre presque toute la journ\u00e9e de ma douleur rhumatismale ; Papa vient de 11h \u00e0 3h \u00bd ; Henri et Philom\u00e8ne vont \u00e0 Vernet-les-Bains et \u00e0 Saint-Martin du Canigou.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 24 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui je ne souffre pas, mais je ne peux remuer la cuisse en aucun sens ; cette immobilit\u00e9 est tr\u00e8s p\u00e9nible et horriblement g\u00eanante. Quand donc ce rhumatisme maudit sera-t-il fini ?<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 25 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai adopt\u00e9 depuis 2 jours un traitement hom\u00e9opathique que le Dr Sourice m\u2019a envoy\u00e9 d\u2019Angers ; nous lui avons d\u00e9crit tr\u00e8s exactement mon mal et comme il conna\u00eet parfaitement mon temp\u00e9rament, j\u2019esp\u00e8re que son traitement r\u00e9ussira.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 26 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici 3 dimanches que je manque la messe ; c\u2019est la volont\u00e9 de Dieu !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 31 janvier 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 27 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa vient de 11h \u00e0 3h \u00bd ; je suis toujours dans le m\u00eame \u00e9tat ; je ne souffre plus du muscle, mais l\u2019articulation du haut de la cuisse m\u2019emp\u00eache de me tenir droit ; c\u2019est l\u00e0 qu\u2019est le si\u00e8ge du mal maintenant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 28 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toujours m\u00eame \u00e9tat ; Henri et Philom\u00e8ne partent pour Ille o\u00f9 ils vont passer quelques jours avec Papa. C\u2019est aujourd\u2019hui le 20<sup>\u00e8me<\/sup> anniversaire de la mort de ma grand-m\u00e8re Est\u00e8ve ; 20 ans ! J\u2019ai un tr\u00e8s vague souvenir d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 29 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai la visite du Dr Trainier qui m&rsquo;examine bien et d\u00e9clare que le rhumatisme a \u00e9t\u00e9 occasionn\u00e9 par un effort que je me suis donn\u00e9 probablement \u00e0 cheval. Cet effort a int\u00e9ress\u00e9 tout le muscle de la cuisse droite depuis le haut jusqu&rsquo;au bas ; maintenant il s\u2019est concentr\u00e9 sur les tendons du haut de ce muscle dont je souffre un peu et qui m\u2019emp\u00eachent de me tenir droit ; cette douleur et cette g\u00eane sont, du reste, rhumatismales, mais l\u2019origine est un effort.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 30 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman a eu un petit saignement de nez hier soir, elle garde le lit aujourd\u2019hui ; son m\u00e9decin, M. Berjoan, \u00e9tant venu dans la maison pour elle, a voulu me voir et il m\u2019a fait une belle peur, il a pr\u00e9tendu que j\u2019avais un petit point de hernie. Maman, affol\u00e9e, veut une consultation&nbsp;; pr\u00e9cis\u00e9ment, le Dr Trainier revient dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je lui signale cela et, apr\u00e8s m&rsquo;avoir examin\u00e9 encore, il m\u2019assure que non, que c\u2019est impossible. Maman est \u00e0 Ille et organise une consultation pour demain matin avec le docteur Pons<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a> qui est tr\u00e8s bon m\u00e9decin. Bonne Maman va mieux ; dans quels draps nous sommes !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 31 janvier 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. Berjoan n\u2019a pas voulu venir \u00e0 la consultation parce qu\u2019il est brouill\u00e9 avec le Dr Pons, mais nous connaissons son opinion. MM. Pons et Trainier arrivent d\u2019Ille par le train de 7h du matin et m\u2019examinent dans tous les sens dans mon lit. Ils sont tr\u00e8s affirmatifs et d\u00e9clarent tous deux cat\u00e9goriquement que je n\u2019ai pas, que je ne peux pas avoir de point de hernie ; d\u2019ailleurs je ne souffre pas, c\u2019est la meilleure preuve. Ils disent tous deux que c\u2019est un effort dont l\u2019effet se fait sentir maintenant aux tendons du haut de la cuisse, \u00e0 l\u2019aine. Ils me prescrivent le repos absolu et un traitement externe (frictions de pommade) ; comme traitement interne, je suivrai celui du Dr Sourice que nous tenons, par lettre, au courant de tout. Je vais rentrer \u00e0 Ille, demain si c\u2019est possible ; on m\u2019y ram\u00e8nera comme on m\u2019en a enlev\u00e9, en omnibus ; pour les visites des m\u00e9decins, ma pr\u00e9sence \u00e0 Ille sera plus commode. MM. Trainier et Pons croient que je serai sur pied dans 3 semaines environ&nbsp;; comme c\u2019est long !<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mars 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 mars 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 15 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je reprends la r\u00e9daction de mon journal apr\u00e8s six semaines d\u2019interruption ; ces six semaines, je les ai pass\u00e9es au lit et je ne me l\u00e8ve que depuis mardi ; j\u2019ai subi une op\u00e9ration douloureuse et dangereuse qui a, Dieu merci, tr\u00e8s bien r\u00e9ussi et me voici en pleine convalescence. Le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier, j\u2019ai quitt\u00e9 Vin\u00e7a en omnibus comme j\u2019y \u00e9tais all\u00e9, et en arrivant ici \u00e0 6h du soir, on m\u2019a mis au lit ; j\u2019y ai pass\u00e9 38 jours ! Le docteur Pons et le Dr Trainier m\u2019ont soign\u00e9 tous les deux ; M. Pons, le premier, a dit que ce qu\u2019on prenait pour un rhumatisme \u00e9tait probablement un abc\u00e8s&nbsp;; M. Trainier soutenait que c\u2019\u00e9tait un rhumatisme. Pour mettre fin \u00e0 cette divergence, nous avons demand\u00e9 une consultation&nbsp;: elle a eu lieu le 6 f\u00e9vrier entre les docteurs Trainier et Pons et nos deux cousins les docteurs de Lamer et Lutrand&nbsp;; notre cousin de Lamer<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, qui est un excellent chirurgien, a d\u00e9clar\u00e9 tout de suite que M. Pons avait raison et que je souffrais, non d\u2019un rhumatisme, mais d\u2019un abc\u00e8s plac\u00e9 contre un des muscles qui font mouvoir la cuisse et m\u2019emp\u00eachant, par suite, de marcher&nbsp;; comme depuis quelques jours, la douleur est pass\u00e9e de la cuisse au bas ventre, M. de Lamer en conclut que l\u2019abc\u00e8s est plac\u00e9 \u00e0 la naissance du muscle ; M. Lutrand est de son avis. Ces messieurs d\u00e9clarent qu\u2019il faudra percer cet abc\u00e8s dans quelques jours quand il aura m\u00fbri davantage. J\u2019avais constamment la fi\u00e8vre, je dormais et mangeais tr\u00e8s mal, aussi on a un peu avanc\u00e9 la date de l\u2019op\u00e9ration. Les docteurs de Lamer et Lutrand sont revenus me voir le 17 f\u00e9vrier et on a fix\u00e9 l\u2019op\u00e9ration au lendemain. Elle a eu lieu le mardi 18 ; comme je me figurais qu\u2019elle serait insignifiante (on ne l\u2019avait laiss\u00e9 croire), je n\u2019avais pas d\u2019appr\u00e9hension&nbsp;: j\u2019ai mieux dormi la nuit pr\u00e9c\u00e9dente que je n\u2019avais dormi depuis un mois. Je n\u2019ai pas demand\u00e9 \u00e0 \u00eatre endormi, me contentant de deux piq\u00fbres de stova\u00efne. On m\u2019avait bien tromp\u00e9 ! L\u2019op\u00e9ration a \u00e9t\u00e9 des plus s\u00e9rieuses&nbsp;; on m\u2019a ouvert le ventre au-dessus de la fosse iliaque droite croyant y trouver l\u2019abc\u00e8s ; mais M. de Lamer, qui faisait l\u2019op\u00e9ration, ne l\u2019a pas trouv\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il croyait, il a d\u00fb enfoncer son doigt et le chercher ; l\u2019ayant trouv\u00e9 contre le muscle psoas, il l\u2019a fait percer par le Dr Lutrand ; il \u00e9tait si profond qu\u2019il a fallu traverser, pour l\u2019atteindre, une foule de tissus, et Dieu sait si on m\u2019a fait souffrir ; mais il fallait absolument laisser faire l\u2019op\u00e9ration sous peine de boiter toute ma vie ; aussi, si je n\u2019ai pu m\u2019emp\u00eacher de me plaindre et de crier un peu, j\u2019ai eu le courage, avec la gr\u00e2ce de Dieu, de ne pas bouger, ce dont ces messieurs m\u2019ont beaucoup f\u00e9licit\u00e9. On avait renvoy\u00e9 Maman, Papa, Bonne Maman (qui \u00e9tait venue de Vin\u00e7a), Marie-Th\u00e9r\u00e8se, et j\u2019\u00e9tais seul avec les 4 m\u00e9decins. Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se (je l\u2019ai su apr\u00e8s) \u00e9taient cach\u00e9es derri\u00e8re la porte de ma chambre et regardaient par le trou de la serrure. L\u2019op\u00e9ration proprement dite (en dehors des pr\u00e9paratifs qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 et du pansement qui a suivi) a dur\u00e9 une douzaine de minutes, quelles minutes ! De ma vie je ne les oublierai. Les m\u00e9decins ont dit que le pus qui est sorti de l\u2019abc\u00e8s \u00e9tait tr\u00e8s sain et t\u00e9moignait de mon bon temp\u00e9rament ; ils attribuent cet abc\u00e8s \u00e0 une d\u00e9chirure qui s\u2019est produite sur le muscle psoas, probablement \u00e0 cheval, et autour de laquelle l\u2019abc\u00e8s s\u2019est form\u00e9 peu \u00e0 peu ; il \u00e9tait plac\u00e9 entre le muscle psoas et sa gaine, son nom m\u00e9dical \u00e9tait \u00ab un pso\u00eftis \u00bb. M. de Lamer a dit que s\u2019il l\u2019avait su aussi profond il m\u2019aurait endormi. On m\u2019a dit plus tard, quand le danger a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9, qu\u2019on craignait un peu que le pus n\u2019ait d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 le muscle et que je ne reste boiteux ; mais le vendredi 21 quand il f\u00fbt revenu et qu\u2019il e\u00fbt appris que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 pu allonger la jambe, il d\u00e9clara que ce danger \u00e9tait conjur\u00e9. J\u2019ai su aussi plus tard que j\u2019avais \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement en danger pendant les 3 ou 4 jours qui ont suivi l\u2019op\u00e9ration&nbsp;; on redoutait des complications qui auraient pu m\u2019\u00eatre fatales, comme une p\u00e9ritonite \u00e0 cause du voisinage de l\u2019intestin. Mais le Bon Dieu m\u2019a bien prot\u00e9g\u00e9 et, si j\u2019ai eu des moments un peu p\u00e9nibles, des douleurs au ventre, des naus\u00e9es, aucune complication s\u00e9rieuse ne s\u2019est produite et apr\u00e8s 3 ou 4 jours, j\u2019ai senti mon \u00e9tat s\u2019am\u00e9liorer. Mais j\u2019\u00e9tais d\u2019une faiblesse extr\u00eame ! Tous les jours, vers le soir, les docteurs Trainier et Pons venaient me laver et me panser la plaie dans laquelle on avait plac\u00e9 deux drains en caoutchouc afin de ne laisser aucun reste de pus dans ce qui fut l\u2019abc\u00e8s. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 admirablement soign\u00e9, soit par les m\u00e9decins, surtout par M. Pons, soit par Maman, Bonne Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Papa. Tous y ont apport\u00e9 un d\u00e9vouement admirable ; Maman qui, depuis mon retour \u00e0 Ille, couchait dans mon cabinet de travail \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ma chambre, a voulu coucher dans ma chambre m\u00eame sur une m\u00e9ridienne depuis l\u2019op\u00e9ration et je n\u2019ai pas pu encore la d\u00e9cider \u00e0 retourner dans le cabinet de travail. Bonne-Maman, venue le jour de l\u2019op\u00e9ration, n&rsquo;est pas repartie encore et a beaucoup aid\u00e9 Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 me soigner ; cette derni\u00e8re, qui avait prolong\u00e9 son s\u00e9jour \u00e0 cause de moi, est partie pour Sainte-Croix mardi dernier, le jour m\u00eame o\u00f9 je me levais pour la premi\u00e8re fois ; Philom\u00e8ne et Henri sont partis le 3 f\u00e9vrier pour Angers o\u00f9 ils passent la fin de l\u2019hiver chez M. et Mme de Lavergne, avant d\u2019aller se fixer \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de la Motte pr\u00e8s de Segr\u00e9 qu\u2019ils habiteront d\u00e9sormais. Nos cousins de Lamer et Lutrand sont revenus me voir lundi dernier et, apr\u00e8s examen de la plaie, l&rsquo;ont trouv\u00e9e en tr\u00e8s bon \u00e9tat, ont enlev\u00e9 les drains et m\u2019ont donn\u00e9 la permission de me lever, ce que j\u2019ai fait le lendemain. Ma jambe droite, tr\u00e8s amaigrie, est extr\u00eamement faible et, la premi\u00e8re fois que je me suis lev\u00e9, je n\u2019aurais pas pu me tenir droit si l\u2019on ne m\u2019avait soutenu ; mais peu \u00e0 peu, elle redevient un peu plus forte et je peux maintenant marcher seul \u00e0 condition de ne pas le faire fr\u00e9quemment&nbsp;; cependant ma jambe est encore bien faible et je boite en marchant ; mais ce n&rsquo;est pas passager. J\u2019ai employ\u00e9 mes loisirs au lit \u00e0 lire beaucoup&nbsp;; mais pendant quelques jours apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration, on m\u2019avait m\u00eame interdit la lecture pour ne pas me fatiguer. J\u2019ai eu de nombreuses visites, soit de personnes d\u2019Ille, soit des environs. De l\u2019ext\u00e9rieur, Tante Bonafos, les Rovira avec Henri Jonqu\u00e8res d\u2019Oriola, M. Marie, M. Bouch\u00e8de, la cousine de Saint-Jean etc.&nbsp;; d&rsquo;ici, on venait tr\u00e8s souvent me voir, autant que le permettaient les m\u00e9decins. On s&rsquo;est beaucoup int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 mon \u00e9tat, soit ici, soit \u00e0 Vin\u00e7a et la population a donn\u00e9 ainsi une grande preuve d\u2019attachement ; c\u2019est (dans des situations bien diff\u00e9rentes certes) comme pour le mariage de Philom\u00e8ne pendant lequel, para\u00eet-il, toute la population \u00e9tait sur pied et la plupart des magasins ferm\u00e9s comme un jour de f\u00eate. Maintenant, je me l\u00e8ve vers onze heures et je passe l\u2019apr\u00e8s-midi lev\u00e9. J\u2019esp\u00e8re reprendre assez vite des forces pour pouvoir sortir au commencement d\u2019avril. Mais quelle terrible secousse ! Il ne faudrait pas en avoir souvent de pareille, et je peux remercier Dieu de m\u2019en \u00eatre tir\u00e9, somme toute, \u00e0 si bon compte.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 mars 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 16 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe la matin\u00e9e au lit et l\u2019apr\u00e8s-midi dans mon cabinet de travail. La plaie doit se refermer je pense ; demain, on refera le pansement. Pendant ma maladie, j\u2019ai eu le regret de voir mourir deux personnes \u00e0 qui je m\u2019int\u00e9ressais : d\u2019abord \u00e0 Vin\u00e7a notre fid\u00e8le et d\u00e9vou\u00e9 serviteur Jacques Amiel, ancien cuirassier de la charge de Rezonville, fait prisonnier avec l\u2019Arm\u00e9e de Metz, mort \u00e0 62 ans avec les sentiments les plus chr\u00e9tiens&nbsp;; il faisait depuis tr\u00e8s longtemps partie de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien et j&rsquo;ai infiniment regrett\u00e9 de ne pas pouvoir assister \u00e0 ses obs\u00e8ques et prononcer son \u00e9loge fun\u00e8bre ; Papa et Bonne Maman y ont assist\u00e9 ; il a \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9 \u00e0 sa derni\u00e8re demeure par la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien et par celle des V\u00e9t\u00e9rans des arm\u00e9es de terre et de mer dont le pr\u00e9sident, commandant Pacull, a rappel\u00e9 ses \u00e9tats de service. Le second d\u00e9c\u00e8s est celui de l\u2019abb\u00e9 Debazach, jeune pr\u00eatre de 26 ans \u00e0 la vocation sacerdotale duquel nous nous \u00e9tions int\u00e9ress\u00e9s ; il est mort le samedi 7 mars et on l\u2019a enterr\u00e9 le lundi 9&nbsp;; il parait que ses obs\u00e8ques ont \u00e9t\u00e9 magnifiques. Il est mort poitrinaire et il y avait bien longtemps qu\u2019on le voyait d\u00e9cliner ; il y a 2 ans \u00bd, pour lui permettre de se soigner dans sa famille, Monseigneur l&rsquo;avait envoy\u00e9 ici avec le titre de 2<sup>\u00e8me<\/sup> vicaire. Pieux, z\u00e9l\u00e9, modeste, c\u2019\u00e9tait un v\u00e9ritable saint. C\u2019\u00e9tait le fr\u00e8re de notre ancienne femme de chambre Jos\u00e9phine Debazach.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Outre la lecture, j\u2019occupais mes loisirs, pendant mon long s\u00e9jour au lit, \u00e0 faire le concours du journal <em>Le Soleil<\/em>, qui consistait \u00e0 compter tous les \u00ab A \u00bb d\u2019un feuilleton ; le concours est fini maintenant, on enverra les r\u00e9sultats dans quelques jours et j\u2019esp\u00e8re obtenir un prix ; il y en a, du reste, de fort beaux, tels un automobile, un salon complet, une chambre \u00e0 coucher, un ch\u00e8que de 3000 fr., un piano etc. Tante Josepha, qui est aussi abonn\u00e9e au <em>Soleil<\/em>, faisait aussi le concours et nous contr\u00f4lions mutuellement nos chiffres, par lettre. J\u2019ai, somme toute, pass\u00e9 le temps sans m\u2019ennuyer trop.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 17 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe mon apr\u00e8s-midi \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire, et \u00e0 faire marcher le phonographe ; le Dr Pons me refait le pansement, la plaie, m\u00eame \u00e0 la surface, est presque cicatris\u00e9e, elle ne coule plus.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 18 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame programme de journ\u00e9e qu\u2019hier. Il y a aujourd\u2019hui un mois de l\u2019op\u00e9ration ; je remercie la Providence de m\u2019avoir pr\u00e9serv\u00e9 \u00e0 la suite de cette terrible secousse, des complications qui auraient pu m\u2019emporter. Maintenant que le danger est pass\u00e9, les m\u00e9decins disent combien cette op\u00e9ration \u00e9tait dangereuse \u00e0 cause du voisinage de l\u2019intestin ; pendant les 3 jours qui l\u2019ont suivie, ils craignaient r\u00e9ellement pour ma vie&nbsp;; et dire que je ne m\u2019en doutais pas ! Bonne Maman repart pour Vin\u00e7a, elle m\u2019a bien soign\u00e9 pendant un mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 19 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">F\u00eate de Saint Joseph ; j\u2019avais esp\u00e9r\u00e9 il y a 1 mois \u00bd environ (depuis lors j\u2019ai perdu cette illusion) pouvoir sortir aujourd\u2019hui et assister \u00e0 la messe ; mais il faut encore prendre patience ; j\u2019esp\u00e8re sortir vers la fin de la semaine prochaine et entendre la messe le dimanche de la <em>L\u00e6tare<\/em> (29 mars).<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 20 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame programme qu\u2019hier ; je lis, j\u2019\u00e9cris ; il y a cependant un petit progr\u00e8s : je d\u00eene debout et me couche plus tard. La Chambre hier s\u2019est d\u00e9shonor\u00e9e une fois de plus en votant les cr\u00e9dits de la translation des cendres de l\u2019immonde Zola au Panth\u00e9on qui finit par devenir un d\u00e9potoir. \u00c0 ce sujet, superbe discours de Maurice Barr\u00e8s qui a eu cependant le tort de ne pas assez parler de l\u2019affaire Dreyfus ; le sujet s\u2019y pr\u00eatait tant ! Car c\u2019est avant tout le dreyfusard, l\u2019auteur de la lettre \u00ab J\u2019accuse \u00bb que l\u2019on veut glorifier dans Zola. Maurice Barr\u00e8s, lui ou un autre, avait une magnifique occasion de clouer au pilori le gouvernement des r\u00e9habilit\u00e9s et la Cour de Cassation ; il l\u2019a laiss\u00e9 \u00e9chapper. C\u2019est curieux, il semble que m\u00eame les membres les plus \u00e9nergiques de l\u2019opposition aient peur de parler de l\u2019Affaire ; c\u2019est elle cependant qui est cause de la situation dans laquelle nous nous d\u00e9battons ; elle a fait avancer la R\u00e9volution de 20 ans !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 21 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je descends pour la premi\u00e8re fois au 1<sup>er<\/sup> \u00e9tage ; \u00e7a me parait tout dr\u00f4le apr\u00e8s si longtemps ; je d\u00e9jeune et d\u00eene \u00e0 la salle \u00e0 manger. Maman va \u00e0 Vin\u00e7a entre 2 trains.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 22 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui le dernier dimanche, j\u2019esp\u00e8re, que je manque la messe ; je marche de mieux en mieux et la petite claudication due \u00e0 la raideur de la cuisse va en diminuant tous les jours. Je prends contact pour la premi\u00e8re fois avec l\u2019air ext\u00e9rieur en s\u00e9journant et me promenant assez longtemps sur la terrasse du 1<sup>er<\/sup> \u00e9tage. J\u2019ai la visite d\u2019Augustin Roig ; sauf le tr\u00e9sorier Est\u00e8ve, tous les membres du bureau de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien \u2013 M. Bouch\u00e8de, M. Albert Batlle, Dalmer, \u00c9tienne Verg\u00e8s, Augustin Roig \u2013 sont venus me voir ici au cours de ma maladie. Je re\u00e7ois le 1<sup>er<\/sup> num\u00e9ro de <em>L\u2019Action fran\u00e7aise<\/em> quotidienne, le nouvel organe de la Ligue d\u2019Action fran\u00e7aise auquel je me suis abonn\u00e9. Il publie, apr\u00e8s l\u2019article-programme sign\u00e9 de tous les chefs de la Ligue, une interview de Jules Lemaitre&nbsp;; le savant acad\u00e9micien, ancien pr\u00e9sident et fondateur de la ligue nationaliste r\u00e9publicaine de La Patrie Fran\u00e7aise, qui est aujourd\u2019hui pour ainsi dire dissoute, se d\u00e9clare pleinement d\u00e9sabus\u00e9 de la chim\u00e8re et du mensonge r\u00e9publicain et fait adh\u00e9sion au programme royaliste de l\u2019Action fran\u00e7aise ; c\u2019est une bien pr\u00e9cieuse recrue pour nous. Le nouveau journal va encore accro\u00eetre la force de p\u00e9n\u00e9tration de l\u2019Action fran\u00e7aise dont les progr\u00e8s ont \u00e9t\u00e9 si consid\u00e9rables depuis sa fondation qui remonte \u00e0 peine \u00e0 3 ans en tant que ligue et \u00e0 9 ans en tant que revue : revue, ligue, institut, journal quotidien et m\u00eame th\u00e9\u00e2tre, tels sont les moyens qu\u2019emploie l\u2019Action fran\u00e7aise pour r\u00e9pandre les id\u00e9es d\u2019ordre et de restauration, en attendant \u00ab le coup \u00bb final !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-scaled.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"706\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-706x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-520\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-706x1024.jpeg 706w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-207x300.jpeg 207w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-768x1113.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-1060x1536.jpeg 1060w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-1413x2048.jpeg 1413w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/LAction_francaise___organe_du_.Action_francaise_bpt6k756130m_1-1-scaled.jpeg 1766w\" sizes=\"auto, (max-width: 706px) 100vw, 706px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">1\u00e8re page du premier num\u00e9ro du quotidien <em>L&rsquo;Action fran\u00e7aise<\/em>, 21 mars 1908 \u2013 Biblioth\u00e8que nationale de France<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 mars 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 23 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je descends au jardin, c\u2019est un nouveau progr\u00e8s. En r\u00e9ponse au transfert des restes de Zola au Panth\u00e9on, le duc de Montebello, dans une lettre publique \u00e0 Clemenceau r\u00e9clame la d\u00e9pouille mortelle de son grand-p\u00e8re le mar\u00e9chal Lannes, duc de Montebello, qu\u2019il ne veut pas laisser au Panth\u00e9on dans la honteuse promiscuit\u00e9 de l\u2019auteur de <em>La D\u00e9b\u00e2cle<\/em> et de la lettre \u00ab J\u2019accuse \u00bb ; le glorieux soldat de l\u2019Empire ne peut pas dormir son dernier sommeil aux c\u00f4t\u00e9s de l\u2019insulteur de l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise&nbsp;; voyons si la r\u00e9publique osera disputer au petit-fils les restes mortels du grand-p\u00e8re ? Si le transfert de Lannes a lieu, on devrait faire \u00e0 cette occasion une grandiose manifestation en l\u2019honneur de l\u2019illustre mar\u00e9chal ; ce serait la meilleure mani\u00e8re de relever le d\u00e9fi que le gouvernement jette aux bons Fran\u00e7ais en panth\u00e9onisant l\u2019immonde Zola. <em>\u00ab Tout ce qui est national est n\u00f4tre \u00bb<\/em> a dit le duc d\u2019Orl\u00e9ans ; par cons\u00e9quent, les royalistes, patriotes avant tout, seraient les plus ardents \u00e0 honorer les restes du mar\u00e9chal Lannes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 24 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman vient de 9h \u00bd \u00e0 4 heures ; il n\u2019y a que cinq semaines que le docteur de Lamer a pratiqu\u00e9 sur moi une v\u00e9ritable laparotomie, 2 semaines que je me l\u00e8ve, et d\u00e9j\u00e0 je vais et viens du haut en bas de la maison ; somme toute la gu\u00e9rison est venue vite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 25 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons la visite de Mme de Llamby, de 1h \u00e0 4h, elle est \u00e9tonn\u00e9e de me trouver aussi bien si peu de temps apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration&nbsp;; la plaie op\u00e9ratoire est enti\u00e8rement ferm\u00e9e, m\u00eame \u00e0 la surface et, sans une petite raideur dans la cuisse qui me g\u00eane encore un peu pour marcher, je serais compl\u00e8tement r\u00e9tabli ; cette raideur passera avec l\u2019exercice. Le gouvernement, voleur de cadavres, refuse au duc de Montebello le corps de son grand\u2019p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 26 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est assez frais et je ne peux pas rester longtemps au jardin ; je monte, cependant, un tout petit moment \u00e0 la terrasse du toit pour revoir la campagne et les montagnes, le Canigou, que je n\u2019ai pas revus depuis si longtemps. Le gouvernement a recul\u00e9, pour la translation des cendres de Zola, devant le mouvement d\u2019opinion qui se manifestait ; il renvoie cette honteuse c\u00e9r\u00e9monie du 2 avril au 4 juin ; comme le dit <em>Le Gaulois<\/em>, c\u2019est une nouvelle victoire d\u2019Essling que remporte le mar\u00e9chal Lannes ; son ombre a fait reculer celle de l\u2019insulteur de l\u2019Arm\u00e9e, du d\u00e9fenseur du tra\u00eetre Dreyfus, de l\u2019insulteur de Notre-Dame de Lourdes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 27 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut et je ne peux m\u00eame pas descendre au jardin ; je lis \u00e0 peu pr\u00e8s toute la journ\u00e9e ; j\u2019ai encore une fois la visite du Dr Pons ; je pense que c\u2019est la derni\u00e8re, il constate ma compl\u00e8te gu\u00e9rison ; ma jambe prend de plus en plus de forces et je marche \u00e0 peu pr\u00e8s normalement, c\u2019est \u00e0 peine si, par moments, je fais encore un tr\u00e8s petit mouvement de claudication ; avec de l\u2019exercice, cela passera bient\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 28 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe ma journ\u00e9e \u00e0 lire, \u00e0 \u00e9crire et \u00e0 me promener un peu au jardin ; j\u2019ai la visite du Dr Trainier qui vient, lui aussi, je pense, pour la derni\u00e8re fois. Je devais assister ce matin \u00e0 la messe que M. le cur\u00e9 devait c\u00e9l\u00e9brer pour moi, en actions de gr\u00e2ces, \u00e0 la chapelle de Notre-Dame de Lourdes ; mais comme le temps est humide et frais et que j\u2019ai eu, avant-hier soir, un tr\u00e8s l\u00e9ger mal de gorge, cette messe est renvoy\u00e9e \u00e0 lundi et je ne sortirai que demain pour assister \u00e0 la grand\u2019messe.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 29 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma premi\u00e8re sortie apr\u00e8s une si longue r\u00e9clusion ! Je vais \u00e0 la grand\u2019messe, qui est une messe d\u2019enterrement. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais une toute petite promenade avec Baja ; on m\u2019arr\u00eate beaucoup pour me f\u00e9liciter de ma gu\u00e9rison. Les habitants d\u2019Ille, il faut bien le dire, comme du reste ceux de Vin\u00e7a et nos parents et amis de Perpignan, m\u2019ont t\u00e9moign\u00e9 beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat et se sont bien associ\u00e9s \u00e0 nos pr\u00e9occupations.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 au 31 mars 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 30 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la gare attendre Bonne Maman, qui arrive de Vin\u00e7a jusqu\u2019\u00e0 demain, je marche d\u00e9j\u00e0 plus facilement et avec moins de fatigue qu\u2019hier. Philom\u00e8ne nous annonce, en grand myst\u00e8re encore, qu\u2019elle se croit enceinte, c\u2019est aussi l\u2019avis du Dr Sourice qu\u2019elle a consult\u00e9 ; l\u2019\u00e9v\u00e9nement aura lieu en novembre. Elle s\u2019est plus press\u00e9e que Marie-Th\u00e9r\u00e8se ! Nous renouvelons notre domesticit\u00e9, renouvellement rendu n\u00e9cessaire par le d\u00e9part de Jacques. Nous prenons un m\u00e9nage : Jean et Madeleine Jalabert, le mari valet de chambre et \u00e9ventuellement cocher, et la femme, femme de chambre ; ils entrent aujourd\u2019hui ; dans 3 ou 4 jours arrivera une jeune fille de Vin\u00e7a, nomm\u00e9e C\u00e9leste, comme cuisini\u00e8re ; le m\u00e9nage Jalabert est d\u2019Ille. J\u2019allais voir M. le cur\u00e9 et me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 31 mars 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. le vicaire c\u00e9l\u00e8bre une messe d\u2019actions de gr\u00e2ce \u00e0 8h pour remercier Dieu de ma gu\u00e9rison ; nous y assistons tous et j\u2019y fais la sainte communion. Papa, Maman et Bonne Maman m\u2019accompagnent \u00e0 la Sainte Table ; je re\u00e7ois avec bonheur le corps de Notre Seigneur J\u00e9sus-Christ&nbsp;; il y avait 3 mois que je n\u2019avais eu ce bonheur. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous faisons une toute petite promenade, nous allons jusqu\u2019au pont de la Tet. Hier soir \u00e0 Paris, salle Wagram, superbe meeting organis\u00e9 par l\u2019Action fran\u00e7aise contre la panth\u00e9onisation de Zola ; discours \u00e9nergiques de Daudet, Montesquiou, de Vezins, Vaugeois etc. Une r\u00e9union encore plus nombreuse organis\u00e9e par La Patrie fran\u00e7aise (ligue qui n\u2019existe plus qu\u2019\u00e0 Paris) avait eu lieu 3 jours avant dans la m\u00eame salle ; on y avait applaudi des hommes appartenant \u00e0 toutes les fractions de l\u2019opposition depuis Rochefort, jusqu&rsquo;aux Cassagnac ; seulement il y a cette diff\u00e9rence entre les deux r\u00e9unions, c\u2019est qu\u2019\u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise on a \u00e9t\u00e9 logique et on a remont\u00e9 de l\u2019effet \u00e0 la cause, on a cri\u00e9 \u00ab \u00c0 bas la r\u00e9publique \u00bb et \u00ab Vive le roi \u00bb, tandis qu\u2019\u00e0 La Patrie fran\u00e7aise on s\u2019est attaqu\u00e9 \u00e0 l\u2019effet sans vouloir remonter \u00e0 la cause, singuli\u00e8re contradiction ; sans doute, le cri \u00ab \u00c0 bas la r\u00e9publique \u00bb \u00e9tait dans l\u2019air et parmi les 10.000 manifestants qui conspuaient Zola, le plus grand nombre avait envie de conspuer aussi la r\u00e9publique que l\u2019ignoble pornographe, l\u2019insulteur de l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise et de Notre-Dame de Lourdes incarne si bien ; parmi les orateurs, bien peu devaient conserver encore l\u2019illusion d\u2019une r\u00e9publique honn\u00eate ; et cependant, ils n\u2019ont pas os\u00e9 conclure. Comment esp\u00e8rent-ils r\u00e9ussir sans un but \u00e0 montrer aux masses&nbsp;? Comment d\u00e9truire un \u00e9tat de choses sans montrer ce qui le remplacera ? L\u2019exp\u00e9rience du boulangisme et du mouvement nationaliste d\u2019il y a 10 ans devrait pourtant les \u00e9clairer ! Funeste aveuglement. L\u2019avenir appartient \u00e0 ceux qui savent bien ce qu\u2019ils veulent, \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise qui fait tous les jours des conqu\u00eates.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avril 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 avril 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 1<sup>er<\/sup> avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais me promener sur la route de Corb\u00e8re jusqu\u2019au pont du Boul\u00e8s ; je ne fais encore que de toutes petites promenades pour ne pas fatiguer ma jambe encore si faible. On me racontait aujourd\u2019hui que deux jours apr\u00e8s l\u2019op\u00e9ration, le 20 et le 21 f\u00e9vrier, le docteur Pons \u00e9tait tr\u00e8s pessimiste \u00e0 mon sujet ; il disait qu\u2019il croyait que je serais mort le lendemain, mais que si je r\u00e9sistais deux jours je serais sauv\u00e9. Je l\u2019ai donc \u00e9chapp\u00e9e belle et je remercie Dieu de sa grande protection ; c\u2019est la seconde fois depuis ma naissance que je vois la mort de pr\u00e8s : octobre 1889, f\u00e9vrier 1908 ; il faut croire que j\u2019ai le temp\u00e9rament solide pour supporter de telles secousses ; mais surtout, la Providence me prot\u00e8ge visiblement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 2 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne dans l\u2019apr\u00e8s-midi&nbsp;; je ressens au retour, moins de fatigue que ces jours derniers ; c\u2019est dire que ma jambe commence \u00e0 se fortifier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 3 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais me promener \u00e0 la m\u00e9tairie de l\u2019oncle Xavier ; je ne sors pas du reste de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 4 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M\u00eame programme de journ\u00e9e qu\u2019hier, \u00e0 cette diff\u00e9rence pr\u00e8s que je vais en me promenant \u00e0 la m\u00e9tairie Saint-Martin ; le soir nous allons tous \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie des complies de la Passion \u00e0 l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 5 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe qui est encore, comme dimanche dernier, une messe d\u2019enterrement ; c\u2019est un bien d\u00e9plorable usage que de faire les enterrements \u00e0 la grand\u2019messe du dimanche, il y a longtemps qu\u2019il s\u2019est introduit ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je fais des visites aux personnes qui se sont particuli\u00e8rement int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 moi pendant ma maladie : Mme Terrats d\u2019Aguillon et les demoiselles Mathieu que je rencontre et Mme Roca d\u2019Huyt\u00e9za que je ne rencontre pas ; je vais aussi \u00e0 v\u00eapres o\u00f9 il y a une procession d\u2019enfants porteurs d\u2019oriflammes, autour de l\u2019\u00e9glise.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 6 au 12 avril 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 6 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Malgr\u00e9 le temps pluvieux, je fais un petit tour ; je vais voir le Dr Pons qui me donne un liniment pour frictionner ma jambe afin de la fortifier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 7 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est foire aujourd\u2019hui, mais le mauvais temps contrarie les transactions ; j\u2019ai plusieurs visites : notre cousin de Barescut, Dalmer etc. Je me prom\u00e8ne un peu \u00e0 la foire o\u00f9 je suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 chaque instant par des gens qui me demandent des nouvelles de ma sant\u00e9. J\u2019apprends que le pauvre Jules Sabat\u00e9<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a> est au plus mal, on se demande s\u2019il passera la journ\u00e9e, cela me fait beaucoup de peine. Notre cousine Antoinette Blanpain de Saint-Mars, mari\u00e9e depuis le mois de juillet dernier, vient d\u2019avoir une fillette qu\u2019on appellera Agn\u00e8s ; en voil\u00e0 une qui applique le proverbe am\u00e9ricain <em>\u00ab Time is money \u00bb<\/em> ! \u00c0 la foire, je rencontre Victor de Lacour qui est ici pour quelques jours, nous nous promenons un moment ensemble, mais la conversation entre nous deux est froide et embarrass\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 8 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite de Victor ; nous causons de sujets indiff\u00e9rents ; je ne veux pas rompre absolument avec les Lacour, ce qui serait maladroit et attirerait l\u2019attention du public, mais je suis r\u00e9solu \u00e0 me tenir le plus possible \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 9 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me sentant, depuis 2 jours, beaucoup plus fort, je vais aujourd\u2019hui \u00e0 Vin\u00e7a surprendre Bonne Maman et voir ce pauvre Croco avant sa mort ; il a failli mourir hier et a re\u00e7u avec une grande pi\u00e9t\u00e9 les derniers sacrements, aujourd\u2019hui il y a une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration, mais cela durera-t-il ? Il me reconna\u00eet et me remercie de ma visite. Je vois, \u00e0 Vin\u00e7a, plusieurs personnes qui me f\u00e9licitent de ma gu\u00e9rison ; tout le monde s\u2019arr\u00eate. Je rentre par le train de 4 heures, je vais me confesser. C\u2019est avec une bien grande satisfaction que je revois cette maison de Vin\u00e7a o\u00f9 j\u2019\u00e9tais dans un si piteux \u00e9tat au mois de janvier et que j\u2019ai quitt\u00e9e, le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier, sur le dos de Massettes et de Jacques. Je remercie la Providence.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 10 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 8 heures \u00e0 l\u2019honneur de Notre-Dame des Sept douleurs dont c\u2019est la f\u00eate aujourd\u2019hui ; je reviens \u00e0 la messe \u00e0 9h ; c\u2019est une messe d\u2019enterrement ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa au champ de <em>las Padrouzes<\/em> \u00e0 Saint-Michel, o\u00f9 il y a une petite difficult\u00e9 entre les deux fermiers Fabre-Badie et Janvier, j\u2019\u00e9tends un peu le champ de nos promenades ; le soir, nous allons aux complies \u00e0 7h \u00bc. Je lis avec la plus grande satisfaction le compte-rendu de la s\u00e9ance du S\u00e9nat d\u2019avant-hier&nbsp;; on y discutait le cr\u00e9dit pour le honteux transfert de Zola au Panth\u00e9on, et le ministre Doumergue ayant eu l\u2019imprudence de parler de l\u2019affaire Dreyfus et de l\u2019arr\u00eat de la Cour de Cassation devant lequel, a-t-il dit, tout le monde s\u2019est inclin\u00e9, s\u2019est attir\u00e9 de vertes r\u00e9pliques de MM. de Lamarzelle et Dominique Delahaye ; ce dernier a rappel\u00e9 les campagnes de l\u2019Action fran\u00e7aise contre cet arr\u00eat monstrueux, a lu le texte des affiches qui ont convaincu de fraude et de violation de la loi la Cour de Cassation et a termin\u00e9 en s\u2019\u00e9criant <em>\u00ab Je vous d\u00e9fie de poursuivre l\u2019Action fran\u00e7aise \u00bb<\/em> ! Le gouvernement, devant ce d\u00e9fi, est rest\u00e9 coi ; il n\u2019avait rien \u00e0 r\u00e9pondre car on ne riposte pas \u00e0 l\u2019\u00e9vidence m\u00eame. J\u2019envoie \u00e0 Monsieur Delahaye une carte de f\u00e9licitations pour son magnifique d\u00e9fi. Il y a quelques jours, le nouveau s\u00e9nateur royaliste de la Mayenne, M. Le Breton, avait parl\u00e9 dans le m\u00eame sens ; ce sont toujours les royalistes qui sont les plus patriotes. C\u2019est \u00e9gal, l\u2019Action fran\u00e7aise est bien forte, le gouvernement n\u2019a pas os\u00e9 la poursuivre et il ne rel\u00e8vera certainement pas de d\u00e9fi de M. Delahaye.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 11 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais me promener avec Papa du c\u00f4t\u00e9 de Saint-Michel ; le soir, nous allons aux complies \u00e0 l\u2019\u00e9glise&nbsp;; j\u2019ai bien fait 5 kilom\u00e8tres aujourd\u2019hui, et sans fatigue ; d\u00e9cid\u00e9ment, je suis bien gu\u00e9ri ! <em>Le Roussillon<\/em> publie aujourd\u2019hui un article que je lui ai envoy\u00e9, sous ce titre&nbsp;: \u00ab Les catholiques et l\u2019Action fran\u00e7aise \u00bb ; j\u2019y r\u00e9ponds \u00e0 certaines attaques dont l\u2019Action fran\u00e7aise a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet dans certains milieux catholiques, en exposant le programme religieux de l\u2019Action fran\u00e7aise et celui des catholiques lib\u00e9raux et d\u00e9mocrates, de l\u2019Action lib\u00e9rale notamment ; la comparaison n\u2019est pas \u00e0 l\u2019avantage de ces derniers !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 12 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 tous les offices et j\u2019\u00e9tonne tout le monde parce qu\u2019apr\u00e8s la grand\u2019messe j\u2019assiste \u00e0 la procession dans l\u2019\u00e9glise un flambeau \u00e0 la main puis je reste agenouill\u00e9 devant l\u2019autel pour le salut ; on est \u00e9tonn\u00e9 que je sois d\u00e9j\u00e0 assez fort pour faire tout cela comme avant. L\u2019apr\u00e8s-midi, je fais plusieurs visites, je me prom\u00e8ne.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 13 au 19 avril 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 13 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 la 1<sup>\u00e8re<\/sup> heure, on nous fait part de la mort de Jules Sabat\u00e9 survenue hier soir ; nous d\u00e9cidons tout de suite d\u2019assister aux obs\u00e8ques qui auront lieu demain matin. Nous avons Charouleau \u00e0 d\u00e9jeuner, il vient me faire choisir les \u00e9chantillons des costumes d\u2019\u00e9t\u00e9. Maman et moi partons \u00e0 4 heures&nbsp;; \u00e0 Vin\u00e7a, c\u2019est une douleur g\u00e9n\u00e9rale, ce pauvre Croco \u00e9tait tr\u00e8s aim\u00e9 ; ses enfants font peine \u00e0 voir. Le soir, je pr\u00e9pare un discours que je d\u00e9biterai demain. Je dois bien cela \u00e0 Croco pour les bons moments que j\u2019ai pass\u00e9s chez lui ; de plus sa famille a, de tout temps, \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 ma famille maternelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 14 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 Vin\u00e7a, par un temps beau et chaud, triste c\u00e9r\u00e9monie des obs\u00e8ques du pauvre Croco ; beaucoup de monde venu des environs et de Perpignan, j\u2019accompagne Henri Sabat\u00e9 son fils ; trois discours, M. de Guardia, M. Bouch\u00e8de et moi, celui de M. de Guardia est fait au nom du comit\u00e9 royaliste des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales. Je suis pein\u00e9 au plus haut point ; comme ce pauvre homme va manquer ! J\u2019allais si souvent chez lui quand j\u2019\u00e9tais \u00e0 Vin\u00e7a ! C\u2019\u00e9tait, du reste, comme un cercle, tout le monde y entrait, on y causait, on s\u2019y chamaillait ferme sur les questions politiques, on y fumait etc. ; le ma\u00eetre de la maison, avec son originalit\u00e9 et ses histoires souvent invent\u00e9es, mettait toujours de la gaiet\u00e9 ; pauvre Croco ! Bonne Maman a la visite de M. et Mme Charles de Llobet de passage \u00e0 Vin\u00e7a ; nous partons \u00e0 3h \u00bd et voyageons avec les Llobet jusqu\u2019\u00e0 Ille ; le soir, je vais \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de cl\u00f4ture des quarante heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 15 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan avec Maman par le train de 1h25 ; plusieurs visites, je vais voir Monseigneur, les Lazerme, les Bonafos ; tout le monde me fait f\u00eate&nbsp;; les gens que je rencontre dans la rue s&rsquo;arr\u00eatent pour me demander comment je vais ; je marche beaucoup et cela ne me fatigue nullement. Monseigneur me parle de la Jeunesse Catholique et m\u2019engage beaucoup \u00e0 en fonder un groupe ici ; il tient beaucoup \u00e0 cette \u0153uvre, je lui promets d\u2019y travailler de mon mieux. Je suis d&rsquo;autant plus dispos\u00e9 \u00e0 s&rsquo;occuper de la Jeunesse Catholique qu\u2019elle fait des avances aux royalistes ; ainsi M. Bertran, que je vois un moment au Panache, me dit qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion d\u2019un congr\u00e8s de Jeunesse Catholique qui se tiendra lundi \u00e0 l\u2019ermitage de Notre-Dame de Jou\u00e8gues, on a invit\u00e9 M. Desp\u00e9ramons \u00e0 prendre la parole ; celui-ci ayant le m\u00eame jour une r\u00e9union \u00e0 Baixas ne peut y aller, mais a d\u00e9cid\u00e9 de se faire remplacer par M. Bertran ou par moi ; nous d\u00e9cidons d\u2019y aller ensemble, \u00e0 condition (pour moi) que je ne me sente pas fatigu\u00e9 ce jour-l\u00e0. <em>Le Roussillon<\/em> raconte longuement les obs\u00e8ques de Jules Sabat\u00e9 ; il publie <em>in extenso<\/em> le discours de M. de Guardia et le mien et r\u00e9sume celui de M. Bouch\u00e8de. Voici mon discours recopi\u00e9 dans <em>Le Roussillon<\/em> :<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080415.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"912\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080415-1024x912.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-521\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080415-1024x912.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080415-300x267.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080415-768x684.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080415.jpg 1221w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse du <em>Roussillon<\/em> du 15 avril 1908 reproduisant le discours d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch aux obs\u00e8ques de Jules Sabat\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a le 14, coll\u00e9e dans le journal \u00e0 la date du 15 avril 1908<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 16 avril (Jeudi Saint)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je prends part le matin, \u00e0 7 heures \u00e0 la communion g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019est une belle et touchante c\u00e9r\u00e9monie ; mais il est triste de constater combien peu d\u2019hommes remplissent leur devoir pascal ! Et encore Ille est une paroisse relativement favoris\u00e9e, \u00e0 ce point de vue, entre les autres paroisses du dioc\u00e8se. Quelle diff\u00e9rence avec Angers. J\u2019assiste aux offices matin et soir. Il pleut tr\u00e8s fort toute la matin\u00e9e et jusqu\u2019\u00e0 2 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, puis le temps se coupe et l\u2019on fait faire la belle procession des p\u00e9nitents noirs dans les rues ; je n\u2019avais pas vu cette procession depuis fort longtemps, depuis 1899 je crois ; elle est r\u00e9ussie. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je rencontre Victor de Lacour et j\u2019ai avec lui une petite explication assez ennuyeuse&nbsp;; ayant remarqu\u00e9 que Maman avait \u00e9t\u00e9 froide envers lui l\u2019autre jour chez les demoiselles Mathieu o\u00f9 il l\u2019avait rencontr\u00e9e en visite, il m\u2019en demande la raison ; je lui dis carr\u00e9ment que c\u2019est non pas \u00e0 cause du refus de la main de sa s\u0153ur (car chacun est libre) mais \u00e0 cause du retard apport\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ponse ; alors, il me dit que c\u2019est lui et sa famille qui ont eu lieu de se montrer bless\u00e9s parce que Th\u00e9r\u00e8se Esp\u00e9riquette s&rsquo;est m\u00eal\u00e9e de cette affaire ; je lui r\u00e9ponds que nous n\u2019y sommes pour rien et que si elle a fait cela, il y a deux ans, c&rsquo;est \u00e0 notre insu, nous en avons \u00e9t\u00e9 assez contrari\u00e9s ! Nous nous quittons, Victor et moi, tr\u00e8s fra\u00eechement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi saint, 17 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 l\u2019office du matin et au chemin de croix \u00e0 3 heures. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Victor de me fixer un rendez-vous o\u00f9 nous pourrons nous expliquer en toute franchise sur ces malentendus.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi saint, 18 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 l\u2019office le matin ; l\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019ai la visite d\u2019Am\u00e9d\u00e9e Jocaveil arriv\u00e9 depuis peu \u00e0 Vin\u00e7a. Victor me r\u00e9pond qu\u2019il sera chez lui \u00e0 2 heures ; je m\u2019y rends et nous nous expliquons en toute franchise, tous les malentendus sont dissip\u00e9s ; je lui dis que la froideur de ma m\u00e8re n\u2019a pas eu pour but de l\u2019offenser et il reconna\u00eet, de son c\u00f4t\u00e9, quand je lui ai expos\u00e9 toute l\u2019affaire de l\u2019intervention stupide de Th\u00e9r\u00e8se Esp\u00e9riquette, que cette fille nous a menti aux uns et aux autres. Nous nous quittons bons amis. M. l\u2019abb\u00e9 Sarr\u00e8te m\u2019\u00e9crit pour renouveler, de la part du pr\u00e9sident de la Jeunesse catholique de Torreilles, l\u2019invitation au Congr\u00e8s ; je lui r\u00e9ponds que je m\u2019y rendrai et que je ferai une causerie sur la presse.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche de P\u00e2ques, 19 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai pas assist\u00e9 ce matin \u00e0 Ille \u00e0 la procession, c\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 un peu fatiguant pour moi, mais je suis all\u00e9 \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 10 heures, c\u2019\u00e9tait une messe d\u2019enterrement ; c\u2019est vraiment d\u00e9plorable pour le jour de P\u00e2ques ! L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 v\u00eapres. \u00c0 7 heures, je pars pour Perpignan ; je couche chez Mme de Llamby qui a bien voulu m\u2019offrir une chambre ; il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 trop fatiguant de partir d\u2019Ille demain matin par le train de 5h50. Je cause avec Madame de Llamby jusque vers 10h \u00bd, elle m\u2019offre le th\u00e9 puis je me couche, car j\u2019aurai demain une journ\u00e9e bien remplie.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 20 au 26 avril 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 20 avril 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2ca381417ada0d194554b7036fd88c86.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"736\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2ca381417ada0d194554b7036fd88c86.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-522\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2ca381417ada0d194554b7036fd88c86.jpg 736w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2ca381417ada0d194554b7036fd88c86-300x204.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 736px) 100vw, 736px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de la chapelle de Notre-Dame de Juh\u00e8gues (commune de Torreilles, Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales) \u2013 Carte postale sans date [d\u00e9but XXe] (Site Pinterest)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars de Perpignan, dans une voiture offerte par le comit\u00e9 du congr\u00e8s \u00e0 9h \u00be avec M. Henri Bertran, l\u2019archipr\u00eatre de St Jean (M. Izart) et le cur\u00e9 de Latour-Bas-Elne ; nous allons directement \u00e0 l\u2019ermitage de Juh\u00e8gues o\u00f9 nous trouvons la grand\u2019messe bien commenc\u00e9e. Apr\u00e8s cette messe, les groupes rentrent \u00e0 Torreilles, banni\u00e8re en t\u00eate et en chantant le \u00ab Nous voulons Dieu \u00bb ; \u00e0 midi, banquet dans la maison de M. Charles de Llobet ; j\u2019y suis \u00e0 la gauche de l\u2019archev\u00eaque Izart, qui pr\u00e9side&nbsp;; plusieurs toasts, grande cordialit\u00e9 ; je porte un toast \u00e0 l\u2019union des Catholiques roussillonnais. \u00c0 2h, grande r\u00e9union o\u00f9 4 groupes de Jeunesse Catholique prennent part, on est environ 300, plusieurs rapports sont lus&nbsp;; ensuite causerie de M. Bertran, de moi, de l\u2019abb\u00e9 Sarr\u00e8te, et enfin discours de M. Four\u00e8s-Carles qui repr\u00e9sente au congr\u00e8s le comit\u00e9 de l\u2019Union r\u00e9gionale du midi ; moi, je parle sur la n\u00e9cessit\u00e9 de combattre la mauvaise presse et de soutenir la bonne ; la s\u00e9ance prend fin vers 4h \u00bd. Tous les membres de ces groupes de Jeunesse Catholique de la Salanque sont de d\u00e9vou\u00e9s royalistes et nous font f\u00eate \u00e0 M. Bertran et \u00e0 moi parce qu\u2019ils savent que nous repr\u00e9sentons le comit\u00e9 royaliste. Mais nous ne faisons pas de politique de parti et restons sur le terrain religieux et social. Apr\u00e8s la s\u00e9ance, salut solennel \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Torreilles ; ensuite, ces braves royalistes nous am\u00e8nent au caf\u00e9 et voudraient \u00e0 toute force nous faire faire l\u00e0 une conf\u00e9rence politique ; nous disons que nous ne le pouvons pas aujourd\u2019hui, mais que nous ne demandons qu\u2019\u00e0 venir leur en faire une plus tard au nom de l\u2019Action Fran\u00e7aise ; quand M. Bertran et moi quittons le caf\u00e9 pour partir de Torreilles, tous les hommes qui le remplissent nous saluent au cri de \u00ab Vive le roi \u00bb&nbsp;; je suis enchant\u00e9 de me trouver au milieu de ces excellentes populations si catholiques et si royalistes. Je suis bien heureux aussi de l\u2019union qui s\u2019est manifest\u00e9e aujourd\u2019hui entre la Jeunesse catholique et le parti royaliste. Je vais \u00e0 Perpignan \u00e0 6h \u00bd et ici \u00e0 8 heures. Il pleut et fait froid.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 21 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me repose le matin, je fais la grasse matin\u00e9e ; je pars pour Vin\u00e7a avec Maman \u00e0 4 heures, afin de passer quelques jours avec mon oncle Henri de Pontich<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, cousin germain de Bonne Maman qui a profit\u00e9 des vacances de P\u00e2ques pour s\u2019\u00e9loigner un peu de Paris et venir revoir la maison de famille de Vin\u00e7a qu\u2019il n\u2019avait pas revue depuis 37 ans ! C\u2019est un homme charmant, beau, grand, fort, instruit et causant bien ; malheureusement, il est loin d\u2019avoir nos id\u00e9es en religion et en politique, surtout en religion ; il est \u00e2g\u00e9 de 55 ans et est directeur administratif des travaux de la ville de Paris, je ne le connaissais pas encore et suis enchant\u00e9 de faire sa connaissance. Il est tr\u00e8s heureux, lui aussi, de revoir cette maison o\u00f9 il faisait de longs s\u00e9jours avec ses deux fr\u00e8res, pendant son enfance et o\u00f9 il \u00e9tait toujours si choy\u00e9 par Bon Papa et Bonne-Maman.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 22 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec l\u2019oncle Henri de Pontich du c\u00f4t\u00e9 de Saorles ; Papa vient d\u00e9jeuner ici et tous ensemble, sauf Bonne Maman qui est un peu enrhum\u00e9e, nous allons \u00e0 Prades dans l\u2019apr\u00e8s-midi ; nous allons voir les Saint-Jean ; notre promenade en voiture a \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9e par un temps charmant ; Papa repart pour Ille \u00e0 7 heures. <em>Le Roussillon<\/em> publie un long compte-rendu du Congr\u00e8s de Jeunesse Catholique de Trouillas ; le passage qui me concerne est, j\u2019en ai conscience, beaucoup trop \u00e9logieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 23 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, avec l\u2019oncle Henri, je vais me promener \u00e0 Nossa ; l\u2019apr\u00e8s-midi, nous faisons atteler et allons, lui, Maman et moi, \u00e0 Estoher o\u00f9 le cur\u00e9, le bon M. Verdaguer, nous fait go\u00fbter ; au retour, nous arr\u00eatons \u00e0 Espira-de-Conflent&nbsp;; tr\u00e8s jolie promenade.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 24 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, avec l\u2019oncle Henri, promenade dans le d\u00e9fil\u00e9 de Saint-Pierre, \u00e0 l\u2019usine d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ; ensuite, nous allons au cimeti\u00e8re o\u00f9 il d\u00e9pose une magnifique couronne sur la tombe du pauvre Bon Papa. L\u2019apr\u00e8s-midi, promenade \u00e0 Ille en voiture, nous y prenons le th\u00e9 ; pendant que nous sommes \u00e0 Ille, visite de Louis Companyo qui y \u00e9tait de passage. La pauvre chatte Coucou, que nous avions apport\u00e9e d\u2019Angers avec ses deux enfants Grisou et Negro, est morte cette nuit ; cette pauvre b\u00eate, tr\u00e8s douce et tr\u00e8s caressante, avait plus de 11 ans ; elle \u00e9tait malade depuis quelque temps. Nous nous arr\u00eatons \u00e0 Bouletern\u00e8re en rentrant \u00e0 Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 25 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, avec l\u2019oncle Henri, promenade \u00e0 Rigarda ; Papa vient d\u00e9jeuner ; c\u2019est le dernier jour que l\u2019oncle Henri passe ici ; ses fonctions, tr\u00e8s importantes mais tr\u00e8s absorbantes, ne lui permettent pas de rester plus longtemps. \u00c0 3h \u00bd, nous l\u2019accompagnons \u00e0 la gare et il repart tr\u00e8s triste de ne pouvoir prolonger son s\u00e9jour. Comme ses 2 fr\u00e8res, L\u00e9on et Hector, tous deux d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, il tenait beaucoup \u00e0 la famille ; il avait quitt\u00e9 la maison en 1871 ; \u00e0 la fin de la guerre, il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 et \u00e9tait revenu peu apr\u00e8s, puis \u00e9tait reparti ; il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 au Prytan\u00e9e de La Fl\u00e8che. Il n\u2019a, pour ainsi dire, pas connu son p\u00e8re, qui avait fait comme officier toutes les campagnes du 1<sup>er<\/sup> Empire et qui s\u2019\u00e9tait mari\u00e9 tard. Son p\u00e8re, fr\u00e8re de mon bisa\u00efeul de Pontich, n\u2019avait pas, \u00e0 beaucoup pr\u00e8s, les m\u00eames id\u00e9es et ses fils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans nos sentiments ; mais l\u2019oncle Henri, j\u2019ai pu le voir ces jours-ci, n\u2019est pas hostile \u00e0 la religion et a m\u00eame, sur quelques points, des id\u00e9es politiques justes ; il est, par exemple, tr\u00e8s antiparlementaire. Je regrette qu\u2019il ne soit pas rest\u00e9 plus longtemps.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 26 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h ; je retourne \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec M. Bouch\u00e8de du c\u00f4t\u00e9 de Nossa et je vais remercier les personnes qui s\u2019\u00e9taient int\u00e9ress\u00e9es \u00e0 moi pendant que j\u2019\u00e9tais malade.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine 27 au 30 avril 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 27 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est assez maussade, je ne compte pas d\u2019aller au <em>Cam dals Rocs<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 28 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est foire ici aujourd\u2019hui et il y a beaucoup de monde ; Papa vient \u00e0 11 heures et repart \u00e0 7h du soir pour Ille. Nous allons tous nous promener du c\u00f4t\u00e9 de Saorles. Philom\u00e8ne, apr\u00e8s 4 mois de mariage, a eu d\u00e9j\u00e0 des ennuis, des discussions et des mots piquants avec sa belle-m\u00e8re \u00e0 propos de l\u2019am\u00e9nagement de la propri\u00e9t\u00e9 de La Motte ; Mme de Lavergne veut y mettre le nez plus qu\u2019il ne conviendrait puisque c\u2019est le jeune m\u00e9nage qui doit y habiter ; cette femme a un vilain caract\u00e8re, on avait bien pr\u00e9venu Philom\u00e8ne, mais elle n\u2019a pas voulu en tenir compte. Mme de Lavergne a, entr\u2019autres choses, demand\u00e9 \u00e0 Philom\u00e8ne si nous \u00e9tions parents d\u2019un certain docteur Est\u00e8ve, \u00e0 Angers ; elle sait tr\u00e8s bien le contraire, mais c\u2019\u00e9tait une mani\u00e8re de vexer Philom\u00e8ne ; celle-ci lui a tr\u00e8s bien r\u00e9pondu que notre seul parent qui portait notre nom \u00e9tait le colonel du 150<sup>e<\/sup>. Papa est bless\u00e9 de cette tracasserie qui concerne notre famille. Aussi veut-il absolument envoyer \u00e0 Mme de Lavergne des documents qui l\u2019\u00e9difieront sur le compte de notre famille. Sur sa demande, je copie les lettres-patentes de Louis XVI de f\u00e9vrier 1789 concernant la noblesse du Roussillon, le Conseil souverain en enregistrant ces lettres rappelle au Roi que ses avocats jouissent de la noblesse<em> \u00ab tant en vertu du droit commun que des loix particuli\u00e8res de cette province\u2026 \u00bb<\/em> Or le grand-p\u00e8re paternel de Papa et son bisa\u00efeul furent tous deux, au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, avocats au Conseil souverain ; le fr\u00e8re du grand\u2019p\u00e8re de Papa \u00e9tait pr\u00e9sident \u00e0 la Chambre des Domaines du m\u00eame Conseil souverain ; son nom, dans les registres du Conseil souverain, est toujours \u00e9crit avec la particule \u00ab Jean d\u2019Est\u00e8ve \u00bb. Je prends note de tout cela et nous l\u2019envoyons \u00e0 Madame de Laverne. Nous joignons \u00e0 ces documents sur la famille Est\u00e8ve divers extraits des proc\u00e8s-verbaux de l\u2019Assembl\u00e9e de la noblesse de Roussillon en 1789 pour les \u00e9lections aux \u00c9tats-G\u00e9n\u00e9raux, notamment l\u2019\u00e9lection du grand\u2019oncle de Papa, par sa m\u00e8re, le baron d\u2019Ortaffa comme pr\u00e9sident de l\u2019Ordre de la noblesse et de son grand\u2019p\u00e8re Antoine de Bosch comme commissaire ; de plus, dans la liste des gentilshommes qui prirent part \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e, il y en [a] 26 qui \u00e9taient parents ou alli\u00e9s, ou dont les descendants l\u2019ont \u00e9t\u00e9 depuis, aux diverses branches de notre famille (sans compter les alliances \u00e9trang\u00e8res au Roussillon) ; j\u2019indique ce chiffre, et le tout est envoy\u00e9 \u00e0 Mme de Lavergne ; si elle n\u2019a pas pris garde aux renseignements sur la famille fournis au moment des pourparlers en vue du mariage, je pense que ceux-ci se graveront dans sa m\u00e9moire. Du moins, la le\u00e7on sera bonne !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 29 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la Balme le matin et l\u2019apr\u00e8s-midi au <em>Cam dal Roc <\/em>surveiller des travaux qu\u2019on y ex\u00e9cute. Le P\u00e8re Eyraud, qui m\u2019avait parl\u00e9 avant ma maladie d\u2019un projet de mariage qu\u2019il arrangeait pour moi en Limousin (nous avions \u00e9chang\u00e9 quelques lettres \u00e0 ce sujet) m\u2019\u00e9crit maintenant qu\u2019il me sait gu\u00e9ri pour me demander si je veux pousser le projet. Je suis assez embarrass\u00e9 pour lui r\u00e9pondre parce que Madame Blanc a une id\u00e9e pour moi \u00e0 Toulouse. Je ne veux les d\u00e9courager ni l\u2019un ni l\u2019autre, et je r\u00e9ponds au P\u00e8re Eyraud pour lui demander divers renseignements&nbsp;; nous en prendrons aussi d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9. Papa va en prendre aussi sur la famille de la jeune fille propos\u00e9e par Mme Blanc. Cette derni\u00e8re s\u2019appelle Mlle Henriette Fabre, c\u2019est la fille d\u2019un notaire toulousain dont le p\u00e8re a \u00e9t\u00e9 maire de Toulouse<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>, milieu tr\u00e8s chr\u00e9tien et tr\u00e8s royaliste nous dit Mme Blanc, il y a beaucoup de fortune ; la jeune fille propos\u00e9e par le P\u00e8re Eyraud est Mlle Agn\u00e8s du Plessis de Gren\u00e9dan<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a> (cousine du comte Joachim du Plessis de Gren\u00e9dan professeur \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 catholique d\u2019Angers), son p\u00e8re le comte du Plessis de Gren\u00e9dan habite les environs de Limoges, son grand-p\u00e8re maternel le marquis de Graves a une grande propri\u00e9t\u00e9 pr\u00e8s de Narbonne, bien qu\u2019habitant le Limousin. La famille appartient donc \u00e0 un milieu social bien plus \u00e9lev\u00e9 que pour l\u2019autre projet (bien que la famille Fabre soit aussi d\u2019une honorabilit\u00e9 parfaite sans quoi je ne donnerais aucune suite), mais il y a beaucoup moins de fortune, et puis le Limousin est bien \u00e9loign\u00e9. Enfin renseignons-nous, et comparons ; ensuite, s\u2019il y a lieu, je verrai l\u2019une ou l\u2019autre de ces jeunes filles et je ne donnerai suite que si elle me pla\u00eet. Surtout prions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 30 avril 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 Perpignan assister, \u00e0 la maison des \u0152uvres, \u00e0 une repr\u00e9sentation de la Passion en catalan par une troupe catalane espagnole, la s\u00e9ance est au profit des \u00e9coles libres. Papa d\u00e9cide qu\u2019il ira \u00e0 Toulouse se renseigner sur place sur la famille Fabre, il partira dimanche soir. Je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Ille de 9h \u00e0 1h25 ; je rentre, le soir, directement de Perpignan \u00e0 Vin\u00e7a. \u00c0 Perpignan, apr\u00e8s la repr\u00e9sentation, nous allons faire une visite \u00e0 nos cousins Cornet de Bosch qui rentrent de Paris o\u00f9 ils ont pass\u00e9 presque tout l\u2019hiver. Joseph a re\u00e7u il y a une quinzaine une lettre du P. d\u2019Adh\u00e9mar, de Toulouse, lui demandant des renseignements sur moi au point de vue d\u2019un mariage, il a r\u00e9pondu en termes trop flatteurs ; serait-ce M. Fabre qui se renseignerait ou une autre personne qui aurait une id\u00e9e ? Je trouve que les artistes catalans ont un jeu trop r\u00e9aliste et puis ils parlent un catalan tr\u00e8s serr\u00e9, difficile \u00e0 comprendre, c\u2019est le catalan espagnol un peu diff\u00e9rent du n\u00f4tre. Je vois, \u00e0 la repr\u00e9sentation, Mme de Llamby, M. Desp\u00e9ramons, deux de mes petites cousines de Bla\u00ff etc. Au retour \u00e0 Vin\u00e7a, Bonne Maman nous annonce qu\u2019elle vient de recevoir une lettre de Tante Josepha lui faisant part de la d\u00e9cision qu\u2019elle a prise d\u2019aller \u00e0 Rome avec le p\u00e8lerinage national fran\u00e7ais qui va porter aux pieds de Pie X, \u00e0 l\u2019occasion de ses noces d\u2019or sacerdotales, les hommages de la France catholique ; elle est bien heureuse. Mais le voyage de Bonne Maman \u00e0 Dijon va \u00eatre retard\u00e9 du coup, car le p\u00e8lerinage \u00e0 Rome aura lieu vers le milieu du mois de mai et Bonne Maman devait partir ces jours-ci pour Dijon. Pendant que Papa sera \u00e0 Toulouse, Maman et moi resterons ici.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mai 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 mai 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 1<sup>er<\/sup> mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais faire la sainte communion \u00e0 la messe de 7h en l\u2019honneur de la f\u00eate du 1<sup>er<\/sup> vendredi du mois. C\u2019est aujourd\u2019hui la f\u00eate de notre Roi Philippe, je prie Dieu qu\u2019Il nous le conserve longtemps et lui rende bient\u00f4t, pour le salut de la France, le tr\u00f4ne de ses anc\u00eatres. Les \u00e9lections municipales sont dans 2 jours ; ici \u00e0 Ille rien ne sera chang\u00e9, les conseils municipaux r\u00e9publicains plus ou moins mod\u00e9r\u00e9s ne seront pas combattus. Mais dans 3 communes au moins du canton, \u00e0 Bouletern\u00e8re, Rod\u00e8s et Rigarda, les conservateurs monarchistes pr\u00e9sentent des listes ; \u00e0 Bouletern\u00e8re, notre fermier Jacomy, M. Llense, \u00c9tienne Pujol sont sur la liste d\u2019opposition ; je ne crois pas que nos amis r\u00e9ussissent \u00e0 Boule, mais \u00e0 Rod\u00e8s et \u00e0 Rigarda ils ont des chances de succ\u00e8s. N\u00e9anmoins, c\u2019est une bonne chose de s\u2019affirmer et de se compter. \u00c0 Prades, l\u2019Action lib\u00e9rale pr\u00e9sente une liste r\u00e9publicaine lib\u00e9rale sur laquelle figure M. \u00c9mile Marie. \u00c0 Perpignan, royalistes et lib\u00e9raux soutiennent la liste sortante r\u00e9publicaine mod\u00e9r\u00e9e. Ce matin, je vais \u00e0 la vigne \u00ab la Ruscane \u00bb ; je m\u2019occupe aussi, avec \u00c9tienne Pujol, de Boule, de l\u2019affaire d\u2019arrosage pendante avec un voisin qui refuse de laisser refaire un canal alors qu\u2019il y est oblig\u00e9 par un acte de 1853, je vais voir le juge de paix \u00e0 ce sujet, car nous (et les autres propri\u00e9taires int\u00e9ress\u00e9s) serons probablement oblig\u00e9s de l\u2019assigner. Le soir, je vais \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019heure sainte.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, samedi 2 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa est venu ce matin \u00e0 Vin\u00e7a s\u2019entendre avec nous sur ce qu\u2019il devra faire \u00e0 Toulouse ; il repart \u00e0 3h30 ; il assistera demain ici \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie de l\u2019Adoration perp\u00e9tuelle et partira lundi matin pour Toulouse, sans rentrer \u00e0 Ille, il passera \u00e0 Toulouse le nombre de jours n\u00e9cessaire pour se bien renseigner. Moi je suis venu \u00e0 Perpignan par le dernier train pour entendre, au Panache, la conf\u00e9rence d\u2019Action Fran\u00e7aise de M. Jammet, avocat, sur la justice ; le sujet a \u00e9t\u00e9 fort bien trait\u00e9, on me charge de faire, pour <em>Le Roussillon<\/em>, le compte-rendu de la r\u00e9union. Apr\u00e8s la conf\u00e9rence, M. Bertran annonce que pour cl\u00f4turer la s\u00e9rie des conf\u00e9rences d\u2019Action Fran\u00e7aise de l\u2019ann\u00e9e, nous entendrons une grande conf\u00e9rence de M. Marie de Roux et de M. l\u2019abb\u00e9 Appert dans le courant de juin ; on d\u00e9cide aussi, en principe, d\u2019organiser dans le courant de ce mois un grand banquet royaliste, en l\u2019honneur de la Saint Philippe, en pleine Salanque ; il faut que cette d\u00e9cision soit approuv\u00e9e par M. Desp\u00e9ramons, je le souhaite vivement car, si le banquet s\u2019organise, nous verrons sans doute une seconde \u00e9dition du banquet de Villeclare (le 14 juillet 1903) o\u00f9 1700 royalistes acclam\u00e8rent le duc d\u2019Orl\u00e9ans ; de pareilles manifestations font beaucoup de bien. Arrive il y a 15 jours, je couche chez Mme de Llamby.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1908_0422p2d0505-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"266\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1908_0422p2d0505-266x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-524\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1908_0422p2d0505-266x1024.jpg 266w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1908_0422p2d0505-78x300.jpg 78w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1908_0422p2d0505-768x2954.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Rpm316a1908_0422p2d0505-399x1536.jpg 399w\" sizes=\"auto, (max-width: 266px) 100vw, 266px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Compte-rendu de la conf\u00e9rence de Me Jammet sur \u00ab\u00a0La Justice\u00a0\u00bb au Panache \u00e0 Perpignan, r\u00e9dig\u00e9 par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (sign\u00e9 \u00ab\u00a0Un du Panache\u00a0\u00bb) et publi\u00e9 dans <em>Le Roussillon <\/em>du 5 mai 1908 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que municipale de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 3 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste le matin \u00e0 Saint Jean \u00e0 la messe des hommes \u00e0 8h \u00bd, c\u2019est la premi\u00e8re fois que cette c\u00e9r\u00e9monie a lieu, elle a beaucoup de succ\u00e8s. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 11 heures, je pr\u00e9side, de 1h \u00e0 2h \u00bc le recouvrement de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien, puis je pars pour Ille en voiture afin de voter ; je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule o\u00f9 je vois Joseph Jacomy, Antoine B\u00f4, M. Llense, candidats conservateurs, ils ne comptent pas trop sur le succ\u00e8s, mais ne n\u00e9gligent rien. \u00c0 Ille, la municipalit\u00e9 sortante r\u00e9publicaine mod\u00e9r\u00e9e n\u2019a pas de concurrents ; je vote pour 16 membres de cette liste, \u00e0 cause de la libert\u00e9 religieuse que cette municipalit\u00e9 nous a laiss\u00e9e, mais je biffe 5 noms, parmi lesquels celui du maire le Dr \u00c9tienne Batlle<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a> ; je ne veux pas lui donner ma voix parce que, comme conseiller g\u00e9n\u00e9ral, il a vot\u00e9 des f\u00e9licitations \u00e0 Combes au moment de l\u2019enl\u00e8vement des crucifix des tribunaux&nbsp;: de plus, il a des ambitions et fera tout son possible pour \u00eatre d\u00e9put\u00e9 ou s\u00e9nateur&nbsp;; comme \u00e0 ce moment-l\u00e0 il sera entra\u00een\u00e9 par son parti \u00e0 voter les pires mesures contre la religion, je ne veux pas avoir \u00e0 me reprocher de lui avoir donn\u00e9 ma voix m\u00eame pour la mairie d\u2019Ille ; beaucoup de conservateurs et de catholiques votent pour lui, je les crois dupes ! Quant \u00e0 moi, je ne veux pas l\u2019\u00eatre ! J\u2019envoie le domestique Jean \u00e0 Neffiach \u00e0 bicyclette pour voter. Je rentre \u00e0 Vin\u00e7a vers 6 heures.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 mai 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 4 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 Rod\u00e8s et Marquixanes, les listes nettement conservatrices, royalistes, ont battu les blocards ; \u00e0 Boule, scrutin partiel, un des n\u00f4tres entre \u00e0 la mairie ; \u00e0 Rigarda, les blocards l\u2019emportent mais \u00e0 5 ou 6 voix pr\u00e8s, blocards et monarchistes ont failli en venir aux mains ; \u00e0 Prades, ballottage, cependant 8 blocards sont \u00e9lus ; \u00e0 Perpignan, 5 mod\u00e9r\u00e9s sont \u00e9lus, ballottage pour le reste. En Roussillon en g\u00e9n\u00e9ral, les monarchistes et les conservateurs conservent leurs si\u00e8ges&nbsp;; ils en gagnent m\u00eame quelques-uns. Dans l\u2019ensemble de la France, il n\u2019y aura pas grand changement ; cependant certaines grandes villes, comme Limoges, Brest, qui avaient voulu tenter l\u2019exp\u00e9rience socialiste, ont rejet\u00e9 ces r\u00e9volutionnaires. \u00c0 Paris, il n\u2019y aura sans doute rien de chang\u00e9. Ce qui caract\u00e9rise ces \u00e9lections, surtout \u00e0 Paris, c\u2019est qu\u2019elles se sont faites au milieu de l\u2019indiff\u00e9rence g\u00e9n\u00e9rale&nbsp;; on a tr\u00e8s peu vot\u00e9. Cela peut avoir certains inconv\u00e9nients au point de vue des r\u00e9sultats imm\u00e9diats, mais comme sympt\u00f4me c\u2019est excellent ; cela prouve que l\u2019on se d\u00e9go\u00fbte des fameux droits politiques, du suffrage universel, de toutes ces balan\u00e7oires de 89 et de 48 ; on m\u00e9prise de plus en plus la politique et le politicien, donc le r\u00e9gime actuel ; c\u2019est un \u00e9tat d\u2019esprit favorable \u00e0 nos doctrines royalistes et, en particulier, conforme aux pr\u00e9visions de l\u2019Action Fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 5 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la nouvelle vigne de l\u2019oncle Paul \u00e0 Bente Farine ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je ne sors que pour aller au grand jardin ; j\u2019apprends par Le Roussillon la mort de Madame Adamoli de Saleilles<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a> ; il va falloir que j\u2019aille demain \u00e0 Perpignan pour ses obs\u00e8ques, car c\u2019\u00e9tait une cousine de ma tante Est\u00e8ve par sa m\u00e8re. J\u2019envoie des f\u00e9licitations \u00e0 notre fermier Joseph Jacomy, \u00e0 Bouletern\u00e8re, pour son \u00e9lection au conseil municipal, aux chefs des listes conservatrices victorieuses de Rod\u00e8s et de Marquixanes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 6 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 9h ; auparavant, nous recevons une lettre de Papa, il a vu hier le P\u00e8re d\u2019Adh\u00e9mar qui lui a donn\u00e9 d\u2019excellents renseignements sur l\u2019honorabilit\u00e9 et sur la fortune de la famille Fabre et sur les qualit\u00e9s de la jeune fille, mais qui a fait des r\u00e9serves sur la sant\u00e9 de la famille ; Papa va se renseigner sp\u00e9cialement sur ce point. La famille Fabre a pris ce projet tr\u00e8s au s\u00e9rieux puisque Mme Fabre s\u2019est renseign\u00e9e plusieurs fois sur nous pr\u00e9cis\u00e9ment aupr\u00e8s du P\u00e8re d\u2019Adh\u00e9mar. \u00c0 Perpignan, je vais tout droit \u00e0 Saint-Jean ; la cath\u00e9drale est remplie de monde, la pauvre Mme Adamoli \u00e9tait tr\u00e8s sympathique ; je vais, bien entendu, au cimeti\u00e8re Saint-Martin o\u00f9 a lieu l\u2019inhumation&nbsp;; le deuil est conduit par ses deux fils, les MM. Aragon (car elle a \u00e9t\u00e9 mari\u00e9e 2 fois), par M. Henri de \u00c7agarriga, par les Talayrach et par Joseph Cornet, l\u2019oncle Xavier l\u2019aurait aussi conduit s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 Perpignan&nbsp;; je vois plusieurs personnes, certaines ne m\u2019avaient pas revu depuis que je suis gu\u00e9ri et me t\u00e9moignent beaucoup d\u2019int\u00e9r\u00eat ; je d\u00e9jeune chez les Bonafos et, avant de reprendre le train, je vais faire une visite \u00e0 Marie Companyo qui est pour quelque temps \u00e0 Perpignan. Je rentre \u00e0 3h ; \u00e0 la gare, je rencontre M. Campbell, d\u2019Angers, et Fernand et Marie de Rovira qui partent pour le concours hippique de Lyon. Au retour, Maman me montre une d\u00e9p\u00eache de Papa nous disant : projet impossible etc. sans doute il aura eu de mauvais renseignements sur la sant\u00e9, c\u2019est regrettable \u00e0 cause de la fortune, mais \u00e0 quoi bon \u00eatre riche si on n\u2019a pas la sant\u00e9 ? Ce ne serait pas le bonheur. Maintenant que le terrain est d\u00e9blay\u00e9 de ce c\u00f4t\u00e9, nous pourrons voyager sans retard et sans arri\u00e8re-pens\u00e9e du projet limousin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 7 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 7h \u00bc du matin en voiture pour Prades afin d\u2019assister \u00e0 l\u2019audience correctionnelle o\u00f9 le juge Henry Sabat\u00e9 qui a administr\u00e9 le 18 avril une correction au trop c\u00e9l\u00e8bre docteur Echernier&nbsp;; c dernier avait \u00e9t\u00e9 d\u2019une rare inconvenance le jour de l\u2019enterrement de Croco, il s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 devant le cort\u00e8ge, la cigarette aux l\u00e8vres, les mains derri\u00e8re le dos, la casquette sur la t\u00eate, de plus il avait manifest\u00e9 la joie que lui causait la mort de ce pauvre homme ; le fils a veng\u00e9 le p\u00e8re, il a fort bien fait ! Mais le docteur, qui n\u2019a pas os\u00e9 riposter, a port\u00e9 plainte, mal lui en a pris. Aujourd\u2019hui, une foule de personnes de Vin\u00e7a sont \u00e0 Prades pour se moquer des Echernier qui sont d\u00e9test\u00e9s de tout le monde. <strong>&nbsp;<\/strong>Les d\u00e9positions des t\u00e9moins \u00e9tablissent qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 avec la main ou le poing, tandis qu\u2019il pr\u00e9tendait avoir \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 avec une grosse cl\u00e9, de plus on \u00e9tablit formellement sa grossi\u00e8re attitude le jour des obs\u00e8ques. L\u2019avocat d\u2019Henry Sabat\u00e9, Me N\u00e9rel, de Perpignan, est terrible pour Echernier, il lui crache \u00e0 la face qu\u2019apr\u00e8s avoir pr\u00eat\u00e9 serment de dire la v\u00e9rit\u00e9, il a menti ; il se moque de lui, lui dit qu\u2019il s\u2019est conduit comme un goujat ; le tribunal para\u00eet enchant\u00e9 de voir humilier ces peu sympathiques personnages&nbsp;; le minist\u00e8re public, au lieu de tomber sur le dos de l\u2019inculp\u00e9 comme les Echernier y comptaient, dit que l\u2019affaire se r\u00e9duit \u00e0 presque rien et qu\u2019il y a des circonstances largement att\u00e9nuantes, c\u2019est pour ainsi dire l\u2019abandon de l\u2019inculpation, les Echernier sont atterr\u00e9s. Le jugement sera rendu \u00e0 2h \u00bd \u00e0 la reprise de l\u2019audience, je ne l\u2019attends pas et repars \u00e0 midi en voiture. Les t\u00e9moins \u00e9taient M. Bouch\u00e8de, M. Fr\u00e8re, Rosine Bigorre, Dalmer, Marie Jocaveil, l\u2019huissier Miquel, M. Berjoan, le Dr Grando etc. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019apprends qu\u2019Henry a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 1 fr. d\u2019amende avec sursis, c\u2019est un v\u00e9ritable acquittement d\u2019autant plus que les attendus du jugement ont \u00e9t\u00e9, para\u00eet-il terribles pour Echernier ; tant pis pour lui ! Il doit \u00eatre atterr\u00e9. Mais nous nous sommes bien amus\u00e9s ! Les Fabre prennent des tuyaux sur moi, je crois qu\u2019ils seraient dispos\u00e9s \u00e0 consentir au mariage, mais j\u2019h\u00e9site beaucoup \u00e0 cause de la sant\u00e9 ; Papa nous a \u00e9crit, en effet, qu\u2019il r\u00e9sulte des renseignements qu\u2019il a recueillis, quela sant\u00e9 de la famille laisse \u00e0 d\u00e9sirer ; je prendrai une d\u00e9cision au retour de Papa.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 8 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re en voiture ; on m\u2019a fait \u00e9crire de Torreilles, par M. Guardia secr\u00e9taire du comit\u00e9 royaliste, qu\u2019un domestique de notre fermier de Bouletern\u00e8re Jacomy, qui est \u00e9lecteur \u00e0 Torreilles, est all\u00e9 voter dimanche pour la liste r\u00e9publicaine et on me demande de t\u00e2cher de l\u2019emp\u00eacher de quitter Boule dimanche prochain car il y a ballottage \u00e0 Torreilles et avec quelques efforts, nos amis royalistes prendront la mairie ; j\u2019insiste aupr\u00e8s de Joseph me promet de trouver un moyen d\u2019emp\u00eacher son domestique de quitter Boule apr\u00e8s-demain. Je f\u00e9licite Joseph d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9lu dimanche ; il y a cinq ballottages et, selon toutes probabilit\u00e9s, ils seront acquis aux royalistes. M. Llense a failli \u00eatre \u00e9lu dimanche, il ne lui a manqu\u00e9 qu\u2019une voix, il le sera dimanche. Je vais voir avec Athanase Fines le champ o\u00f9 il y a une contestation pour un canal d\u2019arrosage d\u00e9truit par le Boul\u00e8s ; le propri\u00e9taire du champ o\u00f9 doit passer le canal ne veut pas c\u00e9der, et il faudra peut-\u00eatre plaider.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 9 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa arrive \u00e0 11 heures \u00bc, je vais l\u2019attendre \u00e0 la gare apr\u00e8s \u00eatre all\u00e9 \u00e0 Saorles voir un soci\u00e9taire. Il a recueilli \u00e0 Toulouse beaucoup de renseignements sur les Fabre d\u2019o\u00f9 il r\u00e9sulte que la sant\u00e9 laisserait un peu \u00e0 d\u00e9sirer dans la famille, bien que la jeune fille elle-m\u00eame soit bien portante ; on a fait \u00e0 Papa un grand \u00e9loge de la jeune fille, la fortune de M. Fabre est consid\u00e9rable et la famille est fort honorablement connue. Ayant vu plusieurs fois Mme Roucaud, fille de Mme Blanc, il sait que ma position convient \u00e0 la famille Fabre et d\u2019apr\u00e8s Mme Roucaud, proche parente des Fabre, le projet pourrait aboutir \u00e0 condition que je consente \u00e0 habiter Toulouse la plus grande partie de l\u2019ann\u00e9e avec une occupation fixe&nbsp;; seulement, Mme Roucaud n\u2019a pas parl\u00e9 depuis longtemps aux Fabre de ce projet aussi les autres demandent-ils \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, ils ont pris des renseignements aupr\u00e8s du P\u00e8re d\u2019Adh\u00e9mar, aupr\u00e8s de M. Trull\u00e8s pour la situation de fortune, \u00e0 Angers pour mes \u00e9tudes ; je sais que tous ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s bons. Le malheur, c\u2019est d\u2019abord le doute pour la sant\u00e9 qui nous fait beaucoup h\u00e9siter, puis le d\u00e9lai que demande la famille Fabre, ce d\u00e9lai fera tout manquer \u00e0 cause du projet du P\u00e8re Eyraud qui, lui, suit son cours et qu\u2019il n\u2019y aura pas moyen de retarder davantage ; je ne pourrai cependant pas pour sauvegarder le projet toulousain hypoth\u00e9tique, manquer le projet limousin et il est probable que je devrai, tr\u00e8s prochainement, prendre une d\u00e9cision. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Papa \u00e0 la vigne du <em>Cam del Roc<\/em>, o\u00f9 l\u2019on soufre les ceps. J\u2019apprends par une lettre de M. Bertran que M. Desp\u00e9ramons approuve le projet de banquet, mais d\u00e9sire qu\u2019il ait lieu apr\u00e8s la conf\u00e9rence de Roux et Appert, donc fin juin ou juillet ; il vaut mieux avoir le temps de le bien pr\u00e9parer. Mon compte-rendu de la derni\u00e8re r\u00e9union du Panache qui a paru dans <em>Le Roussillon<\/em> de mardi dernier (avec des fautes d\u2019impression et m\u00eame d\u2019orthographe) a valu \u00e0 M. Bertran une lettre \u00e9logieuse pour l\u2019auteur (inconnu puisque j\u2019avais sign\u00e9 \u00ab Un du Panache \u00bb) du jeune po\u00e8te Henri Arr\u00e8s \u00e0 qui j\u2019avais fait allusion. M. Bertran m\u2019envoie cette lettre. Le compte-rendu du Congr\u00e8s de Jeunesse Catholique de Jou\u00e8gues a paru dans <em>La Croix des Pyr\u00e9n\u00e9es Orientales<\/em> du dimanche dernier et dans celle qui arrive aujourd&rsquo;hui (3 et 10 mai), on y parle de ma modeste causerie sur la presse. Je vais me confesser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 10 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion avant la messe de 8h ; je vais \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres. Apr\u00e8s v\u00eapres, je me prom\u00e8ne avec Papa sur la route de Prades. Je vais avec \u00c9tienne Verg\u00e8s chez plusieurs soci\u00e9taires pour affaires concernant la Soci\u00e9t\u00e9. Ce soir, Mlle Augustine de Llobet, qui est ici depuis quelques jours, vient prendre le th\u00e9 et causer avec nous.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 mai 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 11 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la Balme avec Papa. On apprend le r\u00e9sultat des \u00e9lections de ballottage d&rsquo;hier ; \u00e0 Perpignan, la liste r\u00e9publicaine mod\u00e9r\u00e9e soutenue par les monarchistes a 17 \u00e9lus, avec 9 \u00e9lus de dimanche dernier, cela lui fait 26 voix contre 4 au conseil municipal ; \u00e0 Bouletern\u00e8re, les 5 conservateurs de la liste Llense sont \u00e9lus \u00e0 une forte majorit\u00e9, ils seront donc 6 contre 6 ; \u00e0 Torreilles, Bompas, les monarchistes sont \u00e9lus ; \u00e0 Elne, Latour-de-France, ce sont des mod\u00e9r\u00e9s ; dans le pays, ces \u00e9lections n&rsquo;ont donc pas \u00e9t\u00e9 trop mauvaises. \u00c0 Paris, l&rsquo;opposition gagne quelques si\u00e8ges et dans la plupart des grandes villes, les socialistes perdent du terrain. Sur le terrain municipal, il semble donc qu&rsquo;il y ait eu un l\u00e9ger progr\u00e8s&nbsp;; c&rsquo;est \u00e9gal, c\u2019est bien peu et il n&rsquo;y a pas de quoi chanter victoire comme le font d\u00e9j\u00e0 certains journaux mod\u00e9r\u00e9s ou lib\u00e9raux. Je rentre \u00e0 Ille par le dernier train.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 12 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je commence \u00e0 travailler \u00e0 une conf\u00e9rence pour le Panache ; j&rsquo;ai choisi ce sujet que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 \u00e0 Angers, \u00e0 la conf\u00e9rence Freppel, \u00ab Les r\u00e9gimes successoraux \u00bb, mais je vais le d\u00e9velopper davantage. Le soir, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 13 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous recevons une lettre du P\u00e8re Eyraud contenant elle-m\u00eame une carte de M. du Plessis qui donne certains d\u00e9tails sur la fortune future de sa fille, ces d\u00e9tails sont satisfaisants ; sans doute, il n&rsquo;y a pas, dans la famille du Plessis de Gren\u00e9dan, beaucoup de fortune, il y a ce qu&rsquo;on appelle une fortune moyenne, la jeune fille aura plus tard de 250 \u00e0 300.000 fr., un peu plus que moi ; d&rsquo;autre part, M. Trull\u00e8s s&rsquo;est inform\u00e9 \u00e0 Narbonne et \u00e0 Limoges, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;hypoth\u00e8ques. M. du Plessis demande une entrevue, j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit au P\u00e8re Eyraud il y a quelques jours que j&rsquo;\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 aller \u00e0 Limoges pour rencontrer Mlle du Plessis, je le lui r\u00e9p\u00e8te aujourd&rsquo;hui par d\u00e9p\u00eache et lui demande quel jour je dois \u00eatre \u00e0 Limoges&nbsp;; je n&rsquo;attends plus que sa r\u00e9ponse pour partir. Ce projet, tr\u00e8s avanc\u00e9, para\u00eet en bonne voie, mais tant que je n&rsquo;ai pas vu la jeune fille et qu&rsquo;elle ne m&rsquo;a pas vu, on ne peut en pr\u00e9sumer l&rsquo;issue, car avant tout, il faut se plaire mutuellement. Je sais que M. Fabre a \u00e9crit plusieurs fois \u00e0 M. Trull\u00e8s pour se renseigner \u00e0 fond sur notre situation de fortune, mais, tant pis pour lui, il sera sans doute trop tard quand il se d\u00e9cidera, je serai probablement engag\u00e9 envers Mlle du Plessis ; il sait qu\u2019il y a un autre projet, donc s&rsquo;il ne sait pas se d\u00e9cider, il n&rsquo;aura pas \u00e0 s&rsquo;en prendre \u00e0 nous ; nous avons agi loyalement. Je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re par le train de 9 h et je reviens \u00e0 pied ; je f\u00e9licite les six conseillers municipaux conservateurs de leur succ\u00e8s&nbsp;; je vois le travail que l&rsquo;on fait pour le passage de l&rsquo;eau au barrage de Payza et je rentre \u00e0 Ille \u00e0 pied. Nouvelle commune gagn\u00e9e par les conservateurs : Prunet et Belpuig ; cela fait 4 dans le canton de Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 14 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le P\u00e8re Eyraud me r\u00e9pond d&rsquo;attendre une lettre pour partir ; sans doute doit-il se concerter avec la famille du Plessis (qui est actuellement \u00e0 la campagne, \u00e0 Verneuil) pour le jour de l&rsquo;entrevue. Je continue \u00e0 pr\u00e9parer sa conf\u00e9rence du Panache. <em>Le Roussillon <\/em>apporte la triste nouvelle de la mort de son r\u00e9dacteur en chef M. Francis Maratuech, il \u00e9tait malade depuis plusieurs jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 15 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais me promener \u00e0 la vigne du Bouc. Bonne Maman vient nous voir de 1h 1\/2 \u00e0 4 h. ; Papa va \u00e0 Perpignan. L&rsquo;abb\u00e9 Henry, pr\u00eatre habitu\u00e9 \u00e0 retraite \u00e0 Ille depuis quelques ann\u00e9es, nous demande notre ancienne maison qu&rsquo;il habitera avec sa famille ; bien qu&rsquo;elle soit beaucoup trop grande pour lui, il y tient, l&rsquo;affaire est b\u00e2cl\u00e9e dans la matin\u00e9e ; Papa la lui loue 500 fr., ce qui n&rsquo;est pas cher \u00e9tant donn\u00e9es ses dimensions&nbsp;; il n&rsquo;y entrera qu&rsquo;en septembre quand il quittera celle qu&rsquo;il habite actuellement. Le soir, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 16 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 9 heures, assister aux obs\u00e8ques de M. Maratuech, on me fait tenir un cordon du drap mortuaire ; on va porter le corps au pays natal du d\u00e9funt, le Quercy ; discours, \u00e0 la gare, de M. Escarguel au nom de l&rsquo;association de la presse perpignanaise, de M. Henri Bertran au nom du Panache, de M. Desp\u00e9ramons au nom du comit\u00e9 royaliste et du <em>Roussillon<\/em>. L\u2019oncle Joseph de Lazerme m&rsquo;invite \u00e0 d\u00e9jeuner ; je rentre \u00e0 4 heures. On m&rsquo;a demand\u00e9 d&rsquo;envoyer quelques articles au <em>Roussillon<\/em> en attendant que M. Maratuech soit remplac\u00e9. MM. Desp\u00e9ramons, Bertran et moi, nous nous partagerons la besogne. Pour commencer, je ponds ce soir un article sur la d\u00e9population avec ce titre : \u00ab Chiffres noirs \u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537674207_1.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"519\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537674207_1-519x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-527\" style=\"width:519px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537674207_1-519x1024.jpeg 519w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537674207_1-152x300.jpeg 152w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537674207_1-768x1516.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537674207_1-778x1536.jpeg 778w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537674207_1.jpeg 903w\" sizes=\"auto, (max-width: 519px) 100vw, 519px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Chiffres noirs\u00a0\u00bb, article d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch paru en 1\u00e8re page du<em> Roussillon <\/em>du 22 mai 1908 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que municipale de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 17 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui ici la f\u00eate de la premi\u00e8re communion, j&rsquo;assiste \u00e0 la grand\u2019messe et aux v\u00eapres. Papa \u00e9prouve, pendant la messe, un grand malaise qui l&rsquo;oblige \u00e0 rentrer tr\u00e8s vite et \u00e0 se coucher ; il se remet vite et sort dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Depuis deux jours, je lis avec joie la v\u00e9ritable bataille qui a eu lieu jeudi au Quartier Latin entre \u00e9tudiants patriotes et \u00e9tudiants \u00ab&nbsp;m\u00e9t\u00e8ques&nbsp;\u00bb (c&rsquo;est le vrai mot) ou \u00e0 tendances internationalistes ; cette bataille a eu lieu \u00e0 propos du cours du professeur Andler, \u00e0 la Sorbonne ; ce professeur \u00e9tant all\u00e9 derni\u00e8rement \u00e0 Berlin avec 31 \u00e9tudiants, et ayant \u00e9t\u00e9 re\u00e7u quasi-officiellement. Les \u00e9tudiants patriotes ont d\u00e9cid\u00e9 d&#8217;emp\u00eacher son cours pour protester contre cette inconvenance, contre cet oubli de 71 ; jeudi, la bataille a dur\u00e9 toute l&rsquo;apr\u00e8s-midi et a envahi tout le Quartier Latin ; cette ardeur de la jeunesse nationaliste est un excellent signe ; l&rsquo;effet de ce honteux voyage est ainsi annihil\u00e9. Au Maroc, la guerre continue et s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 l&rsquo;est surtout, sur la fronti\u00e8re sud-oranaise o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9ral Vigy a d\u00fb livrer ces jours-ci une v\u00e9ritable bataille o\u00f9 nous avons eu 13 morts et 65 bless\u00e9s dans un engagement et encore d&rsquo;autres morts et bless\u00e9s dans un second engagement. Il est vrai que les Marocains ont \u00e9t\u00e9 rudement secou\u00e9s ; mais l&rsquo;imbroglio marocain, ainsi qu&rsquo;on l&rsquo;appelle, est loin de s&rsquo;\u00e9claircir !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 mai 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 18 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La location de l&rsquo;abb\u00e9 Henry est rompue&nbsp;; sa s\u0153ur Mme Molinier apr\u00e8s avoir visit\u00e9 une 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois la maison avec Papa, a eu la singuli\u00e8re id\u00e9e de la faire visiter \u00e0 un Monsieur qui n\u2019est pas de sa famille et sur le compte duquel courent des bruits peu favorables&nbsp;; Papa l&rsquo;ayant su a cru devoir demander l&rsquo;explication \u00e0 l&rsquo;abb\u00e9 Henry, lequel l&rsquo;a pris de tr\u00e8s haut disant que cette demande d&rsquo;explication \u00e9tait insultante ; et il a dit : <em>\u00ab puisque c&rsquo;est ainsi tout est rompu \u00bb<\/em> ; <em>\u00ab&nbsp;comme nous voudrez&nbsp;\u00bb<\/em> a r\u00e9pondu Papa, qui aurait pu, s&rsquo;il l&rsquo;avait voulu, l&rsquo;obliger \u00e0 tenir sa parole, car il avait des lettres ; l&rsquo;abb\u00e9 Henry est un original et un nerveux, sa s\u0153ur n&rsquo;a pas une excellente r\u00e9putation, nous n&rsquo;avions pas voulu pr\u00eater cr\u00e9ance aux bruits de mauvaise vie qui couraient sur son compte, mais elle les a confirm\u00e9s elle-m\u00eame en introduisant dans notre maison, avant tout bail, ce monsieur ; tout compte fait, Papa n&rsquo;est pas f\u00e2ch\u00e9 de ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 ; seulement, l&rsquo;abb\u00e9 Henry s&rsquo;est conduit grossi\u00e8rement en \u00e9crivant ce soir m\u00eame une lettre d&rsquo;injures \u00e0 Papa, sans donner, du reste, l&rsquo;explication demand\u00e9e ; Papa lui r\u00e9pond que ses injures, d&rsquo;un caract\u00e8re bien peu sacerdotal, ne l\u2019atteignent pas et le pr\u00e9vient qu&rsquo;il peut se dispenser de lui \u00e9crire \u00e0 l&rsquo;avenir car ses lettres lui seront retourn\u00e9es sans \u00eatre ouvertes. Voil\u00e0 comment finit cette aventure ! \u00c0 4h, nous allons en voiture \u00e0 Corb\u00e8re, Jean qui est all\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a ce matin en ayant ramen\u00e9 le break et Diana, nous en profitons pour nous promener un peu. Le soir, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 19 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous sommes surpris de n&rsquo;avoir encore rien re\u00e7u du P\u00e8re Eyraud ; Maman lui t\u00e9l\u00e9graphie, il r\u00e9pond que nous aurons de bonnes nouvelles demain. Il ne tarde de conna\u00eetre ces nouvelles. Je termine ma conf\u00e9rence pour le Panache&nbsp;; elle a 34 pages, c&rsquo;est, ma foi, un travail complet sur la question des r\u00e9gimes successoraux et ses cons\u00e9quences politiques. Ce n\u2019est peut-\u00eatre pas moi qui la ferai, si je ne suis pas ici, je prierai M. Bertran de la lire. Nous allons en voiture \u00e0 Millas avec retour par Corb\u00e8re. Ce soir, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 20 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le P\u00e8re Eyraud m&rsquo;annonce que la famille du Plessis sera \u00e0 Limoges \u00e0 partir de samedi ; je partirai donc demain soir, devant m&rsquo;arr\u00eater vendredi \u00e0 Toulouse pour essayer un costume chez Charouleau. Dieu veuille que tout aille \u00e0 souhait, que je plaise \u00e0 Mlle Agn\u00e8s du Plessis et qu&rsquo;elle me plaise si ce projet est dans les desseins de Dieu pour notre bonheur. Il fait tr\u00e8s chaud. Je dis ici autour de moi que je vais passer quelques jours chez Marie Th\u00e9r\u00e8se, c&rsquo;est vrai du reste car apr\u00e8s l&rsquo;entrevue, je devrais y aller.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 21 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman est venue passer la \u00bd journ\u00e9e avec nous \u00e0 Ille pour me faire ses adieux. Je pars \u00e0 4h et arrive \u00e0 Toulouse \u00e0 11h \u00bd, je descends \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de la Poste o\u00f9 il ne reste qu&rsquo;une chambre, je la prends.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Toulouse, vendredi 22 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je fais mes emplettes, j&rsquo;essaye ma jaquette. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je visite l&rsquo;Exposition qui n&rsquo;est pas encore enti\u00e8rement install\u00e9e (je me rappelle un peu celle de 1887), il fait presque froid. M. l&rsquo;abb\u00e9 Latour vient me voir, je lui avais \u00e9crit, nous nous promenons ensemble. Le soir, je vais au Mois de Marie \u00e0 Saint-J\u00e9r\u00f4me.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Limoges, samedi 23 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 Toulouse, je me suis confess\u00e9 ; j&rsquo;ai revu un instant l&rsquo;abb\u00e9 Latour&nbsp;: j&rsquo;ai fait quelques commissions, puis je suis parti par l&rsquo;express de 1h pour Limoges o\u00f9 je suis arriv\u00e9 \u00e0 6 heures ; temps frais mais beau. Je descends \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de la Paix. Je vois un instant le P. Eyraud, j&rsquo;assiste apr\u00e8s d\u00eener \u00e0 son sermon du Mois de Marie \u00e0 Saint-Michel-des-Lions ; M. du Plessis me viendra demain \u00e0 2 heures chez le P. Eyraud et nous nous entendrons ensemble pour que la 1<sup>\u00e8re<\/sup> entrevue avec sa fille puisse avoir lieu le soir m\u00eame ; quelle importante journ\u00e9e pour moi que celle de demain ! Le sort de toute ma vie va d\u00e9pendre de l&rsquo;impression que je ressentirai et que je ferai ; puisse le Bon Dieu tout diriger en vue de notre bonheur \u00e0 tous deux en ce monde et dans l&rsquo;autre !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Limoges, dimanche 24 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Journ\u00e9e d\u00e9cisive dans ma vie, du moins \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 j&rsquo;\u00e9cris ces lignes j&rsquo;ai tout lieu de le croire. Je l&rsquo;ai commenc\u00e9e en faisant la sainte communion \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise Saint-Michel, pour implorer la protection de Dieu et de Notre-Dame Auxiliatrice dont c&rsquo;est la f\u00eate ; je suis revenu \u00e0 la grand&rsquo;messe. \u00c0 2 h, j&rsquo;\u00e9tais chez le P. Eyraud, M. du Plessis est venu m\u2019y prendre et nous sommes all\u00e9s ensemble \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise du Sacr\u00e9-C\u0153ur o\u00f9 Madame du Plessis et sa fille Agn\u00e8s sont arriv\u00e9es peu apr\u00e8s. Nous nous sommes promen\u00e9s tous quatre sur une route ombrag\u00e9e pendant une heure et demie environ. Mademoiselle Agn\u00e8s du Plessis de Gren\u00e9dan, qui dans quelques jours sera peut-\u00eatre ma fianc\u00e9e, est de taille moyenne, de teint blanc, de cheveux et d&rsquo;yeux ch\u00e2tains ; elle est fine et sympathique, intelligente, instruite et tr\u00e8s distingu\u00e9e ; elle para\u00eet timide, ce qui sied \u00e0 une jeune fille surtout en semblable circonstance. Nous causons beaucoup (surtout avec les parents, mais aussi avec la jeune fille)&nbsp;; elle me rappelle Genevi\u00e8ve Delestrac. Nous quittons ces dames \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de la ville ; M. du Plessis m&rsquo;accompagne un moment et je lui demande la permission de rencontrer de nouveau ces dames demain. Ma premi\u00e8re impression est tr\u00e8s bonne, mais je ne veux pas prendre une aussi grave d\u00e9cision sur une premi\u00e8re impression. C&rsquo;est chose d\u00e9cid\u00e9e, M. du Plessis viendra me dire demain matin o\u00f9 nous nous rencontrons le soir. Je prie de tout mon c\u0153ur le Bon Dieu qui lit dans l&rsquo;avenir, qui est ma\u00eetre de cet avenir, et la Sainte Vierge de nous inspirer \u00e0 tous deux une d\u00e9cision conforme \u00e0 notre bonheur. Le P. Eyraud veut savoir ce soir m\u00eame quelle a sur mon compte l&rsquo;impression de M. et Mme du Plessis et de leur fille&nbsp;; il va donc les voir et vient me dire, \u00e0 son retour, que leur impression est tr\u00e8s favorable. C&rsquo;est donc \u00e0 moi \u00e0 me prononcer ! J&rsquo;incline vers une solution affirmative, mais je prie le Bon Dieu de m&rsquo;inspirer ma d\u00e9cision.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le comte R. du Plessis de Gren\u00e9dan, ancien officier de marine, d&rsquo;une famille d&rsquo;origine bretonne, est un grand et bel homme de 60 \u00e0 65 ans ; sa femme, n\u00e9e de Grave, peut avoir une soixantaine d&rsquo;ann\u00e9es. Mme du Plessis a encore son p\u00e8re et sa m\u00e8re, le marquis et la marquise de Grave, tr\u00e8s \u00e2g\u00e9s tous deux ; la famille de Grave est du Languedoc, en sorte que la famille, bien que fix\u00e9e en Limousin, ne tient \u00e0 cette province que par la marquise de Grave dont j&rsquo;ignore encore le nom de jeune fille<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>. M. et Mme du Plessis sont tr\u00e8s sympathiques ; ils ont su me mettre \u00e0 mon aise. \u00c0 demain soir, sans doute, la grande d\u00e9cision !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, je vais au cirque, mais je pars avant la fin de la repr\u00e9sentation, j&rsquo;ai besoin de repos.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 31 mai 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi matin 26 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n&rsquo;\u00e9tais pas capable d&rsquo;\u00e9crire mon journal hier soir, j&rsquo;\u00e9tais ballott\u00e9 entre des sentiments trop divers, j&rsquo;\u00e9tais trop agit\u00e9. Aujourd&rsquo;hui, ma d\u00e9cision \u2013 d\u00e9cision n\u00e9gative \u2013 est prise et je suis plus calme pour raconter les \u00e9v\u00e9nements. Hier matin, de bonne heure (vers 10 h) M. du Plessis est venu me prendre \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel et nous nous sommes promen\u00e9s assez longtemps ensemble ; nous nous sommes donn\u00e9 rendez-vous pour 2h \u00bd place de l&rsquo;H\u00f4tel de ville. \u00c0 l&rsquo;heure dite, je m\u2019y trouvais et M., Mme, Mlle du Plessis et moi nous sommes all\u00e9s en tramway \u00e9lectrique \u00e0 la chapelle de Notre-Dame d&rsquo;Arliquet \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de la ville ; l&rsquo;endroit \u00e9tait tr\u00e8s favorable pour se voir dans l&rsquo;intimit\u00e9 ; un moment M. et Mme du Plessis se sont retir\u00e9s et nous ont laiss\u00e9s seuls, la jeune fille et moi ; j&rsquo;ai trouv\u00e9 cela un peu excessif, j&rsquo;\u00e9tais extr\u00eamement g\u00ean\u00e9 vis-\u00e0-vis de Mlle du Plessis ; j&rsquo;ai pens\u00e9 n\u00e9anmoins que ses parents faisaient cela pour que je puisse causer librement avec elle ; c&rsquo;est ce que j&rsquo;ai fait, j&rsquo;ai caus\u00e9 avec elle tr\u00e8s librement sans m&rsquo;engager \u00e0 rien et sans lui dire que je l&rsquo;aimais, je lui ai dit que nous devions prier tous les deux pour que le Bon Dieu et la Sainte Vierge nous inspirent dans la d\u00e9cision que nous devions prendre, mais que je n\u2019avais pas pour but, en lui parlant, de lui demander une solution, que ses parents pourraient s&rsquo;\u00e9tonner de cela, que le P\u00e8re Eyraud serait l&rsquo;interm\u00e9diaire d\u00e9sign\u00e9 etc., puis nous avons parl\u00e9 de mes s\u0153urs, des siennes etc. Quand nous avons retrouv\u00e9 M. et Mme du Plessis, heureusement je n&rsquo;ai rien dit ; cependant, j&rsquo;\u00e9tais alors d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 aller de l&rsquo;avant. Nous sommes rentr\u00e9s par le train. Quand j&rsquo;ai quitt\u00e9 la famille du Plessis, avant de rentrer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel, M. du Plessis m&rsquo;a demand\u00e9 si nous pourrions de nouveau nous promener ensemble ce matin, je lui ai r\u00e9pondu qu&rsquo;il aurait la visite du P. Eyraud. Effectivement, je suis all\u00e9 trouver le P\u00e8re Eyraud et je lui ai dit qu&rsquo;\u00e9tant d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 demander la main de Mlle du Plessis, je le priais de voir son p\u00e8re et de lui demander si je pourrais me regarder comme agr\u00e9\u00e9 par lui ; dans ce cas, je serais all\u00e9 aujourd&rsquo;hui faire une visite officielle aux Du Plessis et je me serais fait pr\u00e9c\u00e9der d&rsquo;un bouquet. Voil\u00e0 o\u00f9 en \u00e9taient les choses hier soir. Mais \u00e0 peine avais-je charg\u00e9 le P\u00e8re Eyraud de faire cette demande d\u00e9cisive que je me suis pris \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir, \u00e0 analyser mes sentiments et \u00e0 avoir du regret ; cependant j&rsquo;ai essay\u00e9 de r\u00e9agir, de me distraire, je suis all\u00e9 au Mois de Marie \u00e0 Saint-Michel puis \u00e0 une s\u00e9ance cin\u00e9matographique ; rien n&rsquo;y a fait, mes id\u00e9es m&rsquo;ont poursuivi. J&rsquo;ai \u00e0 peine dormi quatre heures ; cette nuit, mes id\u00e9es m&rsquo;ont repris, j&rsquo;ai roul\u00e9 dans ma t\u00eate toutes sortes de projets, j&rsquo;ai pri\u00e9 au Bon Dieu de m&rsquo;\u00e9clairer ; enfin quand je me voyais en pr\u00e9sence de la demande d\u00e9cisive qui allait \u00eatre faite ce matin, quand je me disais que ce matin, il \u00e9tait encore temps de reculer mais qu&rsquo;il serait trop tard ce soir, quand je pensais \u00e0 la jeune fille, qui ne m&rsquo;a pas plu malgr\u00e9 ses qualit\u00e9s morales, etc. j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 tellement \u00e9pouvant\u00e9 que me levant avant 5 heures, j&rsquo;ai \u00e9crit une longue lettre au P. Eyraud et j\u2019ai couru la lui porter ; j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 assez heureux pour le trouver, il a lu ma lettre et m\u2019a approuv\u00e9. Le motif qui m&rsquo;a d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 \u00e9crire ma lettre et \u00e0 ne pas laisser faire de d\u00e9marche d\u00e9cisive est qu&rsquo;il n&rsquo;aurait pas \u00e9t\u00e9 loyal, de ma part, de demander la main de Mlle du Plessis alors que je sentais parfaitement que je ne l&rsquo;aimais pas. J&rsquo;ai essay\u00e9 pendant 2 jours de me faire illusion, de me tromper moi-m\u00eame, mais quand je me suis vu au pied du mur, quand j&rsquo;ai vu ce qu\u2019allaient \u00eatre ces fian\u00e7ailles dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais, j&rsquo;ai voulu enrayer tout de suite ; non, d\u00e9cid\u00e9ment, je ne peux pas \u00eatre le fianc\u00e9 de Mlle Agn\u00e8s du Plessis puisque je n&rsquo;\u00e9prouve pas pour elle m\u00eame un commencement d&rsquo;amour, ce ne serait pas loyal ; je n&rsquo;\u00e9prouve que de l&rsquo;estime, cela ne suffit pas. C&rsquo;est ce que j&rsquo;explique dans ma lettre au P. Eyraud destin\u00e9e \u00e0 \u00eatre mise sous les yeux des Du Plessis. Mon tort a \u00e9t\u00e9, hier, de parler \u00e0 la jeune fille ; mais il faut avouer que le p\u00e8re et la m\u00e8re ont eu tort de nous quitter ; je n&rsquo;avais pas l&rsquo;intention de lui parler, c&rsquo;est cette circonstance qui m&rsquo;y a pouss\u00e9. Du reste, les termes de la conversation prouvent qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas eu d&rsquo;engagement ; n\u00e9anmoins, je regrette vivement cette conversation. Mais pourrais-je uniquement \u00e0 cause de cette conversation, un peu forc\u00e9e, me condamner \u00e0 un mariage sans amour ? Quelle terrible situation ! En demandant \u00e0 voir une 2<sup>\u00e8me<\/sup> fois Mlle du Plessis, je r\u00e9servais ma libert\u00e9 ; j&rsquo;en ai us\u00e9, voil\u00e0 tout. Non, je ne fais une trop haute id\u00e9e du mariage pour \u00e9pouser une jeune fille uniquement \u00e0 cause des consid\u00e9rations ext\u00e9rieures. Je veux trouver le v\u00e9ritable amour dans le mariage. Je ne veux me marier qu&rsquo;avec une jeune fille me plaisant tout \u00e0 fait !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9sormais quand on me parlera de mariage, je demanderai \u00e0 voir la jeune fille avant tous pourparlers&nbsp;; je n&rsquo;ai pas envie de faire un second voyage comme celui-ci. Je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se que je serai chez elle ce soir. J&rsquo;\u00e9cris \u00e0 mes parents, je fais mon journal, mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part etc.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et voil\u00e0 comment finit cette aventure ; \u00e7a me rappelle la tentative de mariage de l&rsquo;oncle Philippe \u00e0 Prades.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 27 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quittant Limoges \u00e0 midi 35 hier, je suis arriv\u00e9 \u00e0 Larochebeaucourt \u00e0 5h48&nbsp;; en partant de Limoges, je suis pass\u00e9 devant la chapelle de Notre-Dame d&rsquo;Arliquet, quel d\u00e9sagr\u00e9able souvenir me rappelle maintenant ce p\u00e8lerinage ! Mes malles ont \u00e9t\u00e9 mal enregistr\u00e9es \u00e0 Limoges et je ne les trouve pas \u00e0 mon arriv\u00e9e ; je les ai aujourd&rsquo;hui&nbsp;; nous sommes revenus les chercher cette apr\u00e8s-midi. Max, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, L\u00e9laine<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> m&rsquo;attendaient \u00e0 la gare, ils vont tr\u00e8s bien. Je leur raconte mon aventure et son d\u00e9nouement. C&rsquo;est \u00e9gal, lorsque j&rsquo;y pense, je me dis que j&rsquo;ai eu joliment raison de ne pas me marier \u00e0 contre-c\u0153ur ! \u00c9tant donn\u00e9 l&rsquo;amabilit\u00e9 \u00e0 mon \u00e9gard de M. et Mme du Plessis, il ne semble que je dois \u00e9crire \u00e0 M. une lettre d&rsquo;explications ; j&rsquo;ai eu un peu trop vis-\u00e0-vis d\u2019eux lundi, alors que j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 aller de l&rsquo;avant ; il me semble que je dois lui expliquer pourquoi je ne suis pas all\u00e9 jusqu&rsquo;au bout ; ils ont bien lu la lettre que j&rsquo;ai \u00e9crite hier matin au P. Eyraud, mais ce n&rsquo;est pas la m\u00eame chose&#8230;&nbsp;; le P. Eyraud, que j&rsquo;ai revu un instant avant mon d\u00e9part alors qu&rsquo;il sortait de chez les Du Plessis, m&rsquo;a dit que ceux-ci s&rsquo;attendaient \u00e0 une demande et allaient y r\u00e9pondre par un acquiescement ; ils ont \u00e9t\u00e9, para\u00eet-il, tr\u00e8s d\u00e9\u00e7us. Je vais donc \u00e9crire \u00e0 M. du Plessis ; c&rsquo;est loyal, bien qu&rsquo;un peu irr\u00e9gulier peut \u00eatre. L\u2019autre jour \u00e0 Lyon, au banquet de la Saint-Philippe o\u00f9 on \u00e9tait venu de tout le sud-est, plusieurs orateurs d&rsquo;Action fran\u00e7aise se sont fait entendre ; discours vibrants de foi royaliste ; le clou a \u00e9t\u00e9 le toast de Jules Lemaitre, ancien pr\u00e9sident et fondateur de La Patrie fran\u00e7aise ; il a lu au Roi de France et a expliqu\u00e9 les motifs de sa conversion au royalisme ; cette retentissante conversion d&rsquo;un homme de la valeur de l&rsquo;illustre acad\u00e9micien est de nature \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le mouvement qui emporte les nationalistes vers la v\u00e9rit\u00e9 politique int\u00e9grale c&rsquo;est-\u00e0-dire vers la royaut\u00e9. On a jet\u00e9 l\u00e0 les bases d&rsquo;une f\u00e9d\u00e9ration de tous les \u00e9l\u00e9ments royalistes du sud-est.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 28 mai 1908 (Ascension)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me confesse et fais la sainte communion ; je retourne \u00e0 la grand&rsquo;messe, entre temps je me prom\u00e8ne avec Max dans la propri\u00e9t\u00e9. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, v\u00eapres, procession&nbsp;; apr\u00e8s tout cela, nous allons \u00e0 Mareuil en voiture faire quelques commissions. Nous d\u00e9cidons d&rsquo;aller apr\u00e8s-demain au concours hippique d&rsquo;Angoul\u00eame, je crois que nous y retrouverons Fernand de Rovira car il m&rsquo;avait dit qu&rsquo;il devait prendre part \u00e0 ce concours. Peut-\u00eatre aussi irai-je dimanche \u00e0 une conf\u00e9rence d&rsquo;Action fran\u00e7aise \u00e0 P\u00e9rigueux ; le comte de Lur-Saluces, le commandant Cuignet et M. de Roux doivent y prendre la parole, c&rsquo;est une occasion pour moi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 29 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois 3 lettres d&rsquo;Ille (une de Papa et deux de Maman), de plus Marie Th\u00e9r\u00e8se re\u00e7oit aussi une lettre de Maman, \u00e7a fait donc 4 lettres dans lesquelles je suis bl\u00e2m\u00e9, grond\u00e9 etc. sur tous les tons ; je m&rsquo;y attendais ; on ne dit que je suis absurde, que je ne retrouverai pas une occasion comme celle que j&rsquo;ai rejet\u00e9e etc. Je comprends que mes parents regrettent ce parti ; pour eux, c&rsquo;\u00e9tait parfait, le cadre \u00e9tait merveilleux, mais moi qui regarde avant tout si la jeune fille me pla\u00eet, je pense diff\u00e9remment tout en regrettant les avantages du parti. Papa et Maman ont l&rsquo;air de croire que tout n&rsquo;est pas fini, qu&rsquo;on pourrait reprendre le projet ; ils se font illusion, c&rsquo;est fini et bien fini, quand m\u00eame je voudrais le reprendre je ne le pourrais pas et, d&rsquo;ailleurs, je ne le veux pas. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, Max part en voiture pour Angoul\u00eame, de l\u00e0 il doit aller \u00e0 Confolens pour une affaire ; Marie Th\u00e9r\u00e8se et moi le retrouverons demain soir \u00e0 Angoul\u00eame ; nous allons \u00e0 Mareuil jeter des lettres&nbsp;; le soir, Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Angoul\u00eame, samedi 30 mai 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, par le train de 1 heure pour Angoul\u00eame ; nous allons au concours et ne y passons 2 heures environ, pas de trace des Rovira ; je m&rsquo;informe au bureau, pas un de leurs deux chevaux n&rsquo;est engag\u00e9, ils ont donc renonc\u00e9 \u00e0 venir \u00e0 ce concours, c&rsquo;\u00e9tait pourtant dans leurs projets la derni\u00e8re fois que je les ai vus ; comme coup-d\u2019\u0153il d\u2019ensemble, ce concours ne vaut pas celui d&rsquo;Angers, d&rsquo;ailleurs il pleut et cela g\u00e2te l&rsquo;aspect ; les chevaux engag\u00e9s sont d&rsquo;une assez bonne moyenne. \u00c0 cause de la pluie, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max ne repartent pas ce soir et nous couchons \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel les 3 piliers.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 31 mai 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Commandant_Cuignet.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"727\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Commandant_Cuignet-727x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-531\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Commandant_Cuignet-727x1024.jpg 727w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Commandant_Cuignet-213x300.jpg 213w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Commandant_Cuignet.jpg 764w\" sizes=\"auto, (max-width: 727px) 100vw, 727px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Commandant Louis Cuignet (1857-1936), militaire et protagoniste de l&rsquo;affaire Dreyfus \u2013 Clich\u00e9 anonyme, <em>L&rsquo;Instantan\u00e9, suppl\u00e9ment illustr\u00e9 de la Revue hebdomadaire<\/em>, 2e ann\u00e9e, n\u00b026, 30 juin 1906 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie Th\u00e9r\u00e8se et Max sont repartis \u00e0 5 heures d&rsquo;Angoul\u00eame \u00e0 voiture ; moi j&rsquo;ai pris le train de 6 h26 pour P\u00e9rigueux o\u00f9 je suis arriv\u00e9 \u00e0 9h43 ; je suis all\u00e9 \u00e0 la grand&rsquo;messe \u00e0 la cath\u00e9drale Saint-Front. \u00c0 2 heures a lieu la conf\u00e9rence d&rsquo;Action fran\u00e7aise qui a motiv\u00e9 mon voyage, elle est organis\u00e9e dans la vaste salle du gymnase Secrestat qui est \u00e0 peu pr\u00e8s comble. Parlent successivement le comte de Lur-Saluces le glorieux proscrit de la Haute Cour, le commandant Cuignet le t\u00e9moin irr\u00e9ductible de la culpabilit\u00e9 de Dreyfus et M. de Roux, de la section de Poitiers que j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 entendu \u00e0 Angers. Les 2 discours les plus int\u00e9ressants sont celui du commandant Cuignet \u00e0 cause des d\u00e9tails qu&rsquo;il donne sur les inf\u00e2mies par lesquelles on a r\u00e9habilit\u00e9 (?) le tra\u00eetre et celui de De Roux qui tire les conclusions politiques du discours pr\u00e9c\u00e9dent et montre que la Monarchie est n\u00e9cessaire \u00e0 la France ; on crie vigoureusement : \u00ab Vive le Roi \u00bb, on acclame le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans. La section d&rsquo;Action fran\u00e7aise de P\u00e9rigueux est toute jeune et elle a fort bien r\u00e9ussi sa premi\u00e8re grande r\u00e9union. J&rsquo;ai fait compliment \u00e0 plusieurs membres de cette section auxquels je me pr\u00e9sente comme fr\u00e8re en Action fran\u00e7aise. Je cause un moment avec la famille de Marsaguet ; M. de Marsaguet<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a> a bien vieilli depuis que je ne l&rsquo;avais vu \u00e0 Angers quand il \u00e9tait pr\u00e9cepteur du duc de Montpensier. On voulait me faire rester au banquet d&rsquo;Action fran\u00e7aise qui a lieu ce soir, mais comme je suis attendu ici je n&rsquo;accepte pas. J&rsquo;arrive \u00e0 Mareuil par le train de 8h, Max m&rsquo;attendait \u00e0 la gare en voiture. Je trouve des lettres de Maman, de Bonne Maman, qui se disent que j&rsquo;ai fait une b\u00eatise et me supplient d&rsquo;essayer de reprendre le projet limousin, elles ne voient pas que c&rsquo;est impossible et, d&rsquo;ailleurs, je ne veux pas. Philom\u00e8ne, qui a failli faire une fausse couche, va mieux, on l&rsquo;a tr\u00e8s bien soign\u00e9e, mais elle a beaucoup souffert. Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max apprennent la mort de leur cousine la comtesse de Maillart<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, au ch\u00e2teau de Lacombe tout pr\u00e8s d&rsquo;ici ; les obs\u00e8ques auront lieu sans doute mardi.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juin 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 juin 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 1<sup>er<\/sup> juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il pleut toute la matin\u00e9e, je ne sors pas de toute la journ\u00e9e sauf une petite promenade avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Mme de Saint-Cyr arrive \u00e0 8 h du soir. Jacques Herv\u00e9 m\u2019annonce son arriv\u00e9e \u00e0 Ille le 14 ou le 15 juin, il passera quelques jours avec nous ; je lui r\u00e9ponds d&rsquo;arriver le plus t\u00f4t possible. Je serai rentr\u00e9 avant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 2 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Max, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Madame de Saint-Cyr vont aux obs\u00e8ques de leur cousine de Maillart. Je ne bouge pas de la matin\u00e9e, Mme de Saint-Cyr repart \u00e0 4 heures ; apr\u00e8s son d\u00e9part, je vais \u00e0 Mareuil avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Je continue \u00e0 recevoir de Papa, de Maman, de Bonne-Maman des lettres furieuses, me disant que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 absurde, que j&rsquo;ai perdu une occasion superbe et ils ont l&rsquo;illusion de croire que ce projet pourrait se reprendre si je le voulais ; c&rsquo;est une pure illusion, je suis convaincu que la famille du Plessis ne le voudrait pas et, d&rsquo;ailleurs, quelle t\u00eate aurais-je vis-\u00e0-vis de la jeune fille ? Ce ne serait pas dr\u00f4le !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 3 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 Ambelle, nous ne rencontrons que la marquise. Une d\u00e9p\u00eache de Papa, adress\u00e9e \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se, mais me concernant, dit, \u00e0 mots couverts, qu&rsquo;on a re\u00e7u une lettre de Limoges faisant comprendre que l&rsquo;affaire de mon mariage pourrait se reprendre et demandant si je ne ferais pas opposition \u00e0 une reprise. Qu&rsquo;est-ce que cela signifie ? Cette lettre \u00e0 laquelle on fait allusion est sans doute du P. Eyraud ; a-t-il \u00e9crit sous l&rsquo;inspiration de la famille du Plessis ? Avant tout, il faut voir cette lettre et je r\u00e9ponds \u00e0 Papa de ne rien faire avant de me l&rsquo;avoir envoy\u00e9e. Est-ce que le projet n&rsquo;est pas d\u00e9finitivement enterr\u00e9 comme je le croyais&nbsp;? Je vois que, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, Papa, Maman, Bonne Maman, de l&rsquo;autre les Du Plessis (si ma supposition est vraie) y tiennent furieusement. Je suis donc le seul \u00e0 ne pas y tenir ; est-ce que je me tromperais, est-ce que vraiment, comme on ne cesse de me le r\u00e9p\u00e9ter, je n&rsquo;ai pas laiss\u00e9 \u00e9chapper une bonne occasion d&rsquo;\u00eatre heureux ? Mlle du Plessis, c&rsquo;est \u00e9vident, ne m&rsquo;a pas emball\u00e9, mais Papa, Maman, Marie Th\u00e9r\u00e8se, Max qui ont l&rsquo;exp\u00e9rience du mariage me disent qu&rsquo;on ne s&#8217;emballe pas ainsi du premier coup, que l&rsquo;amour vient petit \u00e0 petit et qu&rsquo;il n&rsquo;en est que plus durable ; ont-ils raison et est-ce moi qui ai eu tort ? Cette d\u00e9p\u00eache me rejette dans les perplexit\u00e9s que je croyais avoir \u00e9cart\u00e9es par ma d\u00e9cision de l&rsquo;autre jour. Combien il est regrettable que Mlle du Plessis ne m&rsquo;ait pas plu comme l&rsquo;auraient fait tant d&rsquo;autres jeunes filles que je connais et que, pour diverses raisons, je ne peux pas \u00e9pouser ! Je promets \u00e0 Maman, dans une lettre, qui suit ma d\u00e9p\u00eache, de r\u00e9fl\u00e9chir de nouveau \u00e0 tout cela sans parti-pris, je ferai ainsi preuve de bonne volont\u00e9. Si je m&rsquo;\u00e9coutais en ce moment, je r\u00e9pondrais non comme il y a 10 jours, mais je veux y r\u00e9fl\u00e9chir de nouveau comme me le demandent mes parents. Voyons d&rsquo;abord ce qu&rsquo;est cette lettre re\u00e7ue de Limoges.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, jeudi 4 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui la r\u00e9publique fait \u00e0 l&rsquo;\u00c9glise, \u00e0 la France, \u00e0 l&rsquo;Arm\u00e9e fran\u00e7aise la plus grave des injures en portant au Panth\u00e9on, en essayant d&rsquo;immortaliser l&rsquo;immonde Zola, l&rsquo;insulteur de Notre-Dame de Lourdes, l&rsquo;auteur de <em>La D\u00e9b\u00e2cle<\/em>, le diffamateur de notre \u00e9tat-major et le d\u00e9fenseur du tra\u00eetre Dreyfus. Cette injure comme Catholique, comme Fran\u00e7ais, comme petit-fils et neveu de militaires, comme soldat \u00e9ventuel, je la ressens profond\u00e9ment ; j&rsquo;esp\u00e8re que tout bon Fran\u00e7ais la ressent comme moi. Je ne l&rsquo;oublierai pas et je souhaite que tous ceux qui la ressentent prennent comme moi la r\u00e9solution de la venger et puisque la R\u00e9publique s&rsquo;identifie avec la trahison, la pornographie, l&rsquo;antipatriotisme, tous les bons Fran\u00e7ais qui, jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour, ont conserv\u00e9 l&rsquo;illusion d&rsquo;une bonne r\u00e9publique, devraient prendre la r\u00e9solution de renverser ce r\u00e9gime inf\u00e2me. Pour moi, il y a longtemps que j&rsquo;ai pris cette r\u00e9solution ; dans la mesure de nos moyens, je travaille \u00e0 attendre ce but lib\u00e9rateur ; le d\u00e9fi que la r\u00e9publique a port\u00e9 aujourd&rsquo;hui \u00e0 la Patrie me confirme de plus en plus dans ma r\u00e9solution. Marie-Th\u00e9r\u00e8se, avec qui je vais \u00e0 Mareuil dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, re\u00e7oit une lettre de Papa qui lui raconte que la lettre de Limoges est une lettre de M. du Plessis ; Papa dit qu&rsquo;il lui avait \u00e9crit pour le remercier de l&rsquo;aimable accueil qu&rsquo;il m\u2019avait r\u00e9serv\u00e9 ; M. du Plessis a r\u00e9pondu \u00e0 sa lettre et Papa conclut qu\u2019on pourrait reprendre le projet ; je verrai cette lettre demain, jusque-l\u00e0 je r\u00e9fl\u00e9chis, mais je n&rsquo;ai nulle raison de changer d&rsquo;avis.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, vendredi 5 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais, avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 la premi\u00e8re heure \u00e0 Mareuil ; nous assistons \u00e0 la messe de 8 heures et faisons la sainte communion \u00e0 l&rsquo;occasion du premier vendredi du mois. Les journaux sont pleins du r\u00e9cit du transfert de la charogne de Zola au Panth\u00e9on&nbsp;; le peuple de Paris a veng\u00e9 la France outrag\u00e9e ; on a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de transporter la nuit et en catimini cette charogne du cimeti\u00e8re Montmartre au Panth\u00e9on ; le lendemain (hier) c&rsquo;est au milieu d&rsquo;une temp\u00eate de hu\u00e9es, de sifflets etc. que le cort\u00e8ge officiel est pass\u00e9&nbsp;; Falli\u00e8res, bl\u00eame, a d\u00fb regagner l&rsquo;\u00c9lys\u00e9e au grand galop et par des voies d\u00e9tourn\u00e9es ; Dreyfus, dans le Panth\u00e9on, a failli laisser sa vilaine peau ; un M. Gregori, r\u00e9dacteur au <em>Gaulois <\/em>et \u00e0 <em>La France militaire<\/em> \u00bb lui a tir\u00e9 deux coups de revolver pour venger, a-t-il dit, l&rsquo;outrage fait \u00e0 l&rsquo;Arm\u00e9e et pour atteindre le dreyfusisme. J&rsquo;avoue que je comprends l&rsquo;acte de ce Gregori ; quand les pouvoirs publics refusent obstin\u00e9ment de faire justice, comme ils le font au sujet de Dreyfus, c&rsquo;est \u00e0 chaque citoyen \u00e0 se faire justice lui-m\u00eame ; tous les Fran\u00e7ais sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce que le crime de Dreyfus ne reste pas impuni, donc M. Gregori n&rsquo;a fait que rendre \u00e0 l&rsquo;ignoble tra\u00eetre ce qui lui est d\u00fb. Malheureusement, il ne l&rsquo;a atteint qu&rsquo;au bras. Tous les ministres, le pr\u00e9sident de la r\u00e9publique etc. ont envoy\u00e9 prendre des nouvelles du tra\u00eetre devenu la cl\u00e9 de vo\u00fbte du r\u00e9gime r\u00e9publicain. C&rsquo;est du joli ! C&rsquo;est \u00e9gal, les dreyfusards n&rsquo;ont pas lieu d&rsquo;\u00eatre fiers de la panth\u00e9onisation de leur \u00ab saint \u00bb ; tandis que l&rsquo;Arm\u00e9e \u00e9tait acclam\u00e9e fr\u00e9n\u00e9tiquement par le peuple de Paris qui voulait la venger de l&rsquo;outrage qu&rsquo;elle devait subir, pr\u00e9sident de la r\u00e9publique, ministres, d\u00e9put\u00e9s, s\u00e9nateurs, gredins ignobles de la Cour de Cassation etc. devaient fuir sous les hu\u00e9es, on a op\u00e9r\u00e9 des centaines d&rsquo;arrestations. Si le g\u00e9n\u00e9ral Dalstein, gouverneur de Paris, avait voulu, il aurait pu coffrer toutes ces brutes du gouvernement. Enfin, patience ! L&rsquo;heure de la revanche viendra ! La lettre du lieutenant-colonel du Paty de Clam, \u00e9crite en r\u00e9ponse au \u00ab J&rsquo;accuse \u00bb de Zola, et que <em>L\u2019Aurore<\/em> a bien d\u00fb ins\u00e9rer, remet bien des choses au point ; la f\u00e9lonie de la Cour de Cassation y est d\u00e9montr\u00e9e une fois de plus. L\u00e0, il n&rsquo;y a rien \u00e0 r\u00e9pondre ; la falsification de l&rsquo;art. 445 du code d&rsquo;instruction criminelle cr\u00e8ve les yeux ; on l&rsquo;a affich\u00e9 sur tous les murs de France et le gouvernement a bien d\u00fb fermer les yeux. Gageons que pas un journal dreyfusard ne se risquera \u00e0 r\u00e9pondre aux arguments du colonel !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Encore une d\u00e9p\u00eache d&rsquo;Ille ; on me demande mon impression sur la lettre de M. du Plessis arriv\u00e9e ce matin, je l&rsquo;ai lue et, ma foi, je n&rsquo;y ai rien trouv\u00e9 de si encourageant ; le comte du Plessis, en homme bien \u00e9lev\u00e9, r\u00e9pond poliment \u00e0 la lettre de Papa et c&rsquo;est tout. Puisqu&rsquo;on me demande mon impression afin de savoir s&rsquo;il faut \u00e9crire pour reprendre l&rsquo;affaire, je suis donc accul\u00e9 \u00e0 une nouvelle d\u00e9cision ; je r\u00e9fl\u00e9chis et je vois que je n&rsquo;ai aucune raison de modifier ma d\u00e9cision d&rsquo;il y a 10 jours ; ma mani\u00e8re de voir n&rsquo;a pas chang\u00e9 depuis lors ; je r\u00e9ponds donc \u00e0 Papa et \u00e0 Maman que je ne veux pas reprendre l&rsquo;affaire et que j&rsquo;arriverai mercredi \u00e0 Ille. Je l&rsquo;ai \u00e9crit tous ces jours-ci \u00e0 mes parents, je ne veux pas, \u00e0 mon \u00e2ge, faire un mariage de pure raison, je veux qu&rsquo;il entre dans mon choix un peu d&rsquo;inclination. Peut-\u00eatre, vis-\u00e0-vis de Mlle du Plessis, cette inclination serait-elle venue \u00e0 la longue, mais si elle n\u2019\u00e9tait pas venue, j\u2019aurais \u00e9t\u00e9 li\u00e9 tout de m\u00eame. Je pr\u00e9f\u00e8re essayer de trouver une jeune fille tout \u00e0 fait \u00e0 mon go\u00fbt. Sous bien des rapports, je regrette le parti que j&rsquo;ai abandonn\u00e9, mais j&rsquo;avais une raison primordiale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y aura, le dimanche 14, \u00e0 Perpignan un banquet royaliste, organis\u00e9 par l&rsquo;Action fran\u00e7aise \u00e0 la Maison des \u0152uvres ; je ne veux pas le manquer si Jacques Herv\u00e9 est arriv\u00e9, je l&rsquo;y am\u00e8nerai. M. de La Villatte vient me chercher pour me faire visiter son installation de La Steyrie ; c&rsquo;est joli, mais ce n&rsquo;est pas encore termin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, samedi 6 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne bouge gu\u00e8re de la journ\u00e9e ; l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais seulement \u00e0 la Chabroulie avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se voir la famille de Ruffray. Papa et Maman doivent \u00eatre d\u00e9sol\u00e9s de ma d\u00e9cision en ce qui concerne le mariage limousin ; cette pens\u00e9e me fait de la peine, je regrette de les avoir pein\u00e9s, d&rsquo;autant plus qu\u2019il y avait beaucoup de bon dans ce mariage. Mais, vraiment, je ne suis pas dans les dispositions n\u00e9cessaires pour \u00e9pouser Mlle du Plessis ; sans m\u2019avoir ce qui s\u2019appelle d\u00e9plu, car elle n&rsquo;est pas laide, elle ne me r\u00e9pugne pas du tout (sans quoi je n&rsquo;aurais pas demand\u00e9 une seconde entrevue), mais je la trouve insignifiante, et surtout je n&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 pour elle aucune sympathie, aucune inclination ; cette inclination serait peut-\u00eatre venue plus tard, c&rsquo;est ce que beaucoup de gens se seraient dit sans doute, mais moi j&rsquo;estime qu&rsquo;il faut, pour demander la main d&rsquo;une jeune fille, \u00e9prouver pour elle une certaine inclination ; agir autrement ne me para\u00eet pas bien loyal.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je parie que Gregori qui a tir\u00e9 sur Dreyfus ne passera pas en cour d&rsquo;assises ; le gouvernement aura peur de l&rsquo;acquittement probable et surtout des t\u00e9moins qui seraient cit\u00e9s ; si on peut trouver un truc on correctionnalisera l\u2019affaire, si on ne peut pas on s&rsquo;arrangera pour que le proc\u00e8s n&rsquo;ait pas lieu, soit en faisant passer Gregori pour fou, soit en le \u00ab syvetonnant \u00bb tout simplement ; voyons si je me tromperai !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, dimanche 7 juin 1908 (Pentec\u00f4te)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons la sainte communion \u00e0 la messe de 8 h, nous retournons \u00e0 la grand&rsquo;messe ; l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Mareuil o\u00f9 c&rsquo;est la premi\u00e8re communion ; ensuite, M. de La Bardonnie, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et moi allons \u00e0 La Rousseli\u00e8re, nous n&rsquo;y trouvons que Mme de La Chapelle et son fils.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 8 au 14 juin 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, lundi 8 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe \u00e0 10 heures. M. de La Bardonnie vient d\u00e9jeuner avec nous. Nous allons avec lui en voiture \u00e0 Beaulieu faire une visite \u00e0 la famille Pichon ; ces dames sont sorties et Marie-Th\u00e9r\u00e8se ne voit que Mme Juge. Le maire et le conseil municipal de Sainte-Croix offrent un banquet aux \u00e9lecteurs, banquet d\u00e9mocratique s&rsquo;il en fut, ou plut\u00f4t banquet populaire, le mot est plus correct ; \u00e7a emb\u00eate Max, mais comme maire il faut bien qu&rsquo;il y assiste, M. d&rsquo;Ambelle y est aussi, comme conseiller municipal. Pendant le banquet, un grand incendie \u00e9clate \u00e0 une tuilerie toute voisine de l&rsquo;auberge ; d&rsquo;\u00e9normes tas de fagots (il y avait 20.000 fagots) s&rsquo;enflamment, formant un foyer immense qui menace les b\u00e2timents de la tuilerie ; heureusement qu&rsquo;un moment le vent a chang\u00e9 brusquement de direction sans quoi la tuilerie aurait s\u00fbrement br\u00fbl\u00e9 ; \u00e0 cause du voisinage de l&rsquo;auberge du banquet, les secours ont \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diats. C&rsquo;est une perte d&rsquo;au moins 2 000 fr. pour le tuilier ; nous avons aper\u00e7u cet incendie en revenant de Beaulieu, il battait son plein et c&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;un effet superbe, mais tragique ; quand nous sommes arriv\u00e9s apr\u00e8s un grand d\u00e9tour, car ces tas de fagots \u00e9taient sur le bord de la route, le feu commen\u00e7ait \u00e0 d\u00e9cro\u00eetre ; on croit que cet incendie est d\u00fb \u00e0 la malveillance. Le soir nous y revenons il se d\u00e9gage du foyer une chaleur \u00e9norme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mardi 9 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sors presque pas de la journ\u00e9e ; dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max ont la visite de leur cousin et de leur cousine de Saint-Martin avec leur fillette&nbsp;; ils habitent Latourblanche, je ne les connaissais pas encore.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Sainte-Croix, mercredi 10 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais un moment \u00e0 la foire de Mareuil. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons tous \u00e0 Chaumont faire une visite \u00e0 Mme de Saint-Marc. Je fais mes malles, car malgr\u00e9 toutes les instances de Marie-Th\u00e9r\u00e8se et de Max, il faut bien repartir ; il y a dimanche \u00e0 Perpignan un banquet royaliste auquel je dois assister, et peu de jours apr\u00e8s le p\u00e8lerinage \u00e0 Lourdes ; le moment est donc venu de regagner le Roussillon.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 12 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;arrive \u00e0 Vin\u00e7a ce soir apr\u00e8s 2 jours de voyage, avec arr\u00eats \u00e0 Terrasson o\u00f9 j&rsquo;ai d\u00e9jeun\u00e9 chez les Maurice de La Bardonnie (Mme de Llamby y \u00e9tait aussi), Brive et Toulouse ; j&rsquo;ai pass\u00e9 \u00e0 Toulouse de jeudi soir 10h49 \u00e0 aujourd&rsquo;hui midi 43 ; \u00e0 la gare d&rsquo;Ille, Papa et Maman montent avec moi et nous arrivons ici. Bonne Maman et moi nous nous souhaitons mutuellement bonne f\u00eate. On me gronde beaucoup pour ce qu&rsquo;on appelle \u00ab mon coup de t\u00eate de Limoges \u00bb ; je m&rsquo;y attendais et je pr\u00e9sente ma d\u00e9fense, j&rsquo;expose mes raisons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 13 juin 1908 (Saint Antoine)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin \u00e0 Vin\u00e7a en l&rsquo;honneur de ma f\u00eate j&rsquo;ai fait la sainte communion&nbsp;; je suis revenu \u00e0 la grand&rsquo;messe \u00e0 9 heures ; je m&rsquo;occupe de diff\u00e9rentes choses \u00e0 Vin\u00e7a notamment de la Soci\u00e9t\u00e9 et nous partons pour Ille \u00e0 3h \u00bd&nbsp;; l&rsquo;oncle Xavier y arrive en m\u00eame temps pour 3 jours&nbsp;; nous l&rsquo;avons, naturellement, \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 14 juin 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Marie_de_Roux_jeune_avocat_en_1903.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"235\" height=\"376\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Marie_de_Roux_jeune_avocat_en_1903.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-532\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Marie_de_Roux_jeune_avocat_en_1903.png 235w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Marie_de_Roux_jeune_avocat_en_1903-188x300.png 188w\" sizes=\"auto, (max-width: 235px) 100vw, 235px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Marie de Roux (1878-1943), avocat, historien et journaliste, d\u00e9fenseur de l&rsquo;Action fran\u00e7aise \u2013 Clich\u00e9 anonyme, 1903 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 9h \u00bd pour le banquet organis\u00e9 par le Panache en l&rsquo;honneur de M<sup>e<\/sup> de Roux<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a>, de passage \u00e0 Perpignan ; on a accept\u00e9 des adh\u00e9sions tant qu&rsquo;il y a eu de la place, la grande salle des \u0152uvres est archicomble ; nous sommes 250 environ ; menus avec portrait du Roi et des extraits de ses manifestes ; grand portrait de Philippe VIII dominant la salle ; toasts de M. Bertran, de M. Desp\u00e9ramons, grand discours politique de M. de Roux, toast de Mass\u00e9 qui va devenir probablement r\u00e9dacteur en chef du <em>Roussillon&nbsp;<\/em>; M. de Forton<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, neveu de Fernand de Rovira, qui est de passage ici et qui a vu le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans il y a 3 jours \u00e0 Bruxelles, soul\u00e8ve un grand enthousiasme en disant que le Roi lui a fait l&rsquo;\u00e9loge des royalistes roussillonnais et l&rsquo;a embrass\u00e9 ; <em>\u00ab cette accolade<\/em>, ajoute-t-il, <em>n&rsquo;\u00e9tait pas pour moi, elle \u00e9tait pour vous \u00bb<\/em> ; on applaudit, on acclame Philippe VIII ; quel bel exemple de fid\u00e9lit\u00e9. La salle se compose en tr\u00e8s grande partie d&rsquo;hommes du peuple venus de la campagne. Nous votons par acclamations une adresse de fid\u00e9lit\u00e9 au Roi. M. de Roux repart \u00e0 2h45 car il doit parler ce soir \u00e0 Toulouse. Au d\u00e9part de ton train, nous nous retrouvons au nombre d&rsquo;une centaine \u00e0 la gare, et quand le train s&rsquo;\u00e9branle, c&rsquo;est un cri formidable de \u00ab \u00c0 bas la R\u00e9publique \u00bb, \u00ab Vive le roi \u00bb ! Les voyageurs nous regardent avec sympathie. Bonne journ\u00e9e pour la cause royaliste et pour les progr\u00e8s de l&rsquo;Action fran\u00e7aise en Roussillon. Je me trouvais \u00e0 table \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du vice-pr\u00e9sident de la Jeunesse Catholique de Torreilles. Je passe le reste de l&rsquo;apr\u00e8s-midi en grande partie au cercle du Panache et je rentre \u00e0 Ille par le dernier train. M. Desp\u00e9ramons me dit qu&rsquo;\u00e0 deux reprises on lui a \u00e9crit, ces temps-ci, pour lui demander des renseignements \u00e0 mon sujet pour des projets de mariage, une fois de Paris et une fois de Toulouse ; qui diable cela peut-il bien \u00eatre ? Naturellement, je ne le lui demande pas ! Je remercie M. Bertran de l&rsquo;article trop \u00e9logieux qu&rsquo;il a consacr\u00e9, dans <em>Le Roussillon<\/em> de mardi dernier \u00e0 ma derni\u00e8re conf\u00e9rence d&rsquo;Action fran\u00e7aise au Panache sur \u00ab Les r\u00e9gimes de succession \u00bb&nbsp;; cet article a pour titre \u00ab La destruction des familles fran\u00e7aises \u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767433v_1-1.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"692\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767433v_1-1-692x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-530\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767433v_1-1-692x1024.jpeg 692w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767433v_1-1-203x300.jpeg 203w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767433v_1-1-768x1137.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767433v_1-1-1038x1536.jpeg 1038w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767433v_1-1.jpeg 1201w\" sizes=\"auto, (max-width: 692px) 100vw, 692px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0La destruction des familles fran\u00e7aises\u00a0\u00bb, article d&rsquo;Henri Bertran publi\u00e9 dans <em>Le Roussillon<\/em> du 9 juin 1908 r\u00e9sumant la conf\u00e9rence \u00e9crite par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, intitul\u00e9e \u00ab\u00a0Les r\u00e9gimes de succession\u00a0\u00bb, lue par H. Bertran au Panache \u00e0 Perpignan le 4 juin 1908 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que municipale de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 21 juin 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 15 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais avec Papa et l&rsquo;oncle Xavier \u00e0 un champ d\u00e9pendant de la m\u00e9tairie Saint-Martin et dans lequel nous allons \u00e9tablir un petit jardin potager \u00e0 notre usage personnel. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne encore avec l&rsquo;oncle Xavier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 16 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;assiste \u00e0 7 heures \u00e0 une messe que j&rsquo;avais depuis longtemps demand\u00e9e \u00e0 l&rsquo;abb\u00e9 Delonca en reconnaissance de ma gu\u00e9rison. Ensuite, avec l&rsquo;oncle Xavier, je visite l&rsquo;usine de conserves de fruits et l\u00e9gumes de \u00ab La Catalane \u00bb ; je me prom\u00e8ne avec lui le reste de la matin\u00e9e. Maman va \u00e0 Perpignan de 9h \u00bd \u00e0 4 heures. L&rsquo;oncle Xavier nous quitte \u00e0 7 heures ; il va \u00e0 Perpignan et \u00e0 Pia r\u00e9gler quelques affaires et ensuite il regagnera Saint-Mihiel car sa permission expire mardi ; il ne peut jamais venir pour un s\u00e9jour un peu long !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 17 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa va \u00e0 Perpignan, Maman et moi allons par le train de 9h \u00bd \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e0 m&rsquo;occuper de diff\u00e9rentes choses concernant la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; j\u2019en repars par le train de 3h \u00bd, m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 Bouletern\u00e8re pour voir la plantation de p\u00eachers et les vignes et rentre \u00e0 Ille en voiture avec Maman qui passe \u00e0 Boule vers 5 heures. Au retour, je vais voir plusieurs jeunes gens que je d\u00e9cide \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 ce groupe de Jeunesse Catholique que je veux arriver \u00e0 former ici comme Monseigneur me l&rsquo;a demand\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 18 juin 1908 (F\u00eate-Dieu)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres. Je vois voir quelques jeunes gens pour le groupe de Jeunesse Catholique dont la 1<sup>\u00e8re<\/sup> r\u00e9union aura lieu samedi. Marie-Th\u00e9r\u00e8se nous \u00e9crit que, se sentant fatigu\u00e9e, elle a fait appeler le m\u00e9decin qui lui a annonc\u00e9 qu&rsquo;elle \u00e9tait enceinte depuis six mois, et elle ne s&rsquo;en doutait pas ! Quand je l&rsquo;ai quitt\u00e9e il y a 8 jours, sa taille \u00e9tait aussi bien moul\u00e9e que d&rsquo;ordinaire et rien n&rsquo;aurait pu, en apparence, faire soup\u00e7onner cela. La d\u00e9livrance est pr\u00e9vue pour la fin de septembre ; celle de Philom\u00e8ne pour novembre&nbsp;; que d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements ! Mais vraiment il est surprenant qu&rsquo;elle ne se soit pas aper\u00e7ue de rien&nbsp;; que diable, \u00e7a se reconna\u00eet ! Peut-\u00eatre a-t-elle voulu le cacher. Quelle id\u00e9e bizarre !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 19 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne en voiture&nbsp;; je vais \u00e0 Corb\u00e8re, vois les vignes et rentre par Millas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 20 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;\u00e9cris pour <em>Le Roussillon<\/em> un article sur les Mutualit\u00e9s eccl\u00e9siastiques approuv\u00e9es, r\u00e9cemment par le pape. Le soir, je r\u00e9unis dans une salle de l&rsquo;\u00e9cole du Saint-Sacrement, mise \u00e0 notre disposition par M. le cur\u00e9, les jeunes gens qui m&rsquo;ont donn\u00e9 leur adh\u00e9sion pour la Jeunesse Catholique, tous viennent malgr\u00e9 la pluie, vingt-trois ; la r\u00e9union se passe tr\u00e8s bien, je leur explique ce qu&rsquo;est l&rsquo;A.C.J.F. et ils d\u00e9cident de se constituer en groupe, le groupe d\u2019Ille prend Saint-Maur pour patron. Ils m&rsquo;\u00e9lisent pr\u00e9sident, mais je refuse et les prie de reporter leur voix sur Joseph Labau ; c&rsquo;est lui qui est donc pr\u00e9sident, Louis Gravas vice-pr\u00e9sident, Joseph Serradell-Selva secr\u00e9taire et Louis Vidal tr\u00e9sorier. M. le cur\u00e9 d\u00e9signe comme aum\u00f4nier l&rsquo;abb\u00e9 Delom vicaire. Voil\u00e0 donc la Jeunesse Catholique implant\u00e9e \u00e0 Ille ; quand je verrai Monseigneur, je pourrai lui dire que j&rsquo;ai tenu ma promesse. Ces jeunes gens paraissent contents et d\u00e9cident de tenir une autre r\u00e9union samedi prochain ; peut-\u00eatre y aura-t-il de nouvelles adh\u00e9sions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 21 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ; je retourne \u00e0 la grand&rsquo;messe. Pour la procession de ce soir, nous \u00e9tablissons un reposoir dans l&rsquo;entr\u00e9e de la maison ; il n&rsquo;est pas aussi beau que les reposoirs que nous faisions autrefois, dans l&rsquo;autre maison, avant d&rsquo;aller habiter Angers, mais il est tout de m\u00eame tr\u00e8s joli ; c&rsquo;est un autel resplendissant de fleurs et de lumi\u00e8res ; c&rsquo;est surtout un hommage au Saint-Sacrement que nous avons l&rsquo;honneur insigne de recevoir dans notre maison ; dire qu&rsquo;il a failli, cet hiver, y venir pour moi, mais en viatique ! Je remercie le Bon Dieu de m&rsquo;avoir si bien prot\u00e9g\u00e9. La procession a lieu l&rsquo;apr\u00e8s-midi par un assez beau temps ; il y a 8 reposoirs en comptant l&rsquo;h\u00f4pital et le carmel ; je me rappelle qu&rsquo;une ann\u00e9e, il y a 14 ou 15 ans, il y eut 14 reposoirs ! Nous faisons nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part pour le p\u00e8lerinage de Lourdes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 28 juin 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, mardi 23 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Partis hier \u00e0 1h25 d&rsquo;Ille et \u00e0 2h05 de Perpignan avec le train de p\u00e8lerinage n\u00b03, nous sommes pass\u00e9s par Quillan, Toulouse et arriv\u00e9s \u00e0 Lourdes ce matin \u00e0 4h10 ; notre wagon couloir de 2<sup>\u00e8me<\/sup> classe \u00e9tait rempli de gens d&rsquo;Ille, de Vin\u00e7a et des environs ; dans notre compartiment, nous avions Mlle Gauze, sa fille et Mlle Roig&nbsp;; \u00e0 c\u00f4t\u00e9, le vicaire de Vin\u00e7a et la famille Allart<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a> etc. Bonne Maman \u00e9tait avec nous bien entendu. Impossible de dormir, car on parle, on remue et on rit tout le temps, mais n&rsquo;oublions pas que c&rsquo;est un p\u00e8lerinage de p\u00e9nitence fait en reconnaissance de ma gu\u00e9rison. Ici, ayant eu quelques difficult\u00e9s pour nos chambres \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel de la Chapelle, nous descendons \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Heins. Aujourd&rsquo;hui m\u00eame il se remplit de Belges car il arrive 10 trains de Belgique. Mgr de Carsalade pr\u00e9side le p\u00e8lerinage roussillonnais. Nous entendons sa messe et communions de sa main, au Rosaire ; je le vois plusieurs fois dans la journ\u00e9e ; je lui raconte ce que j&rsquo;ai fait \u00e0 Ille pour la Jeunesse catholique, il en est tr\u00e8s content. Grand&rsquo;messe pontificale, v\u00eapres au Rosaire. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, procession du Saint Sacrement. Le soir, ayant un grand arri\u00e9r\u00e9 de sommeil, je me couche sans aller \u00e0 la procession aux flambeaux, c&rsquo;est le seul exercice que je manque.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, mercredi 24 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8h \u00e0 la grotte c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par Monseigneur ; je vais \u00e0 10h \u00bd \u00e0 la grand&rsquo;messe dite pour les Roussillonnais \u00e0 la basilique, beau discours de notre ancien cur\u00e9 M. Bonet<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous faisons divers achats, notamment celui d&rsquo;une statue de Notre-Dame de Lourdes pour l&rsquo;\u00e9glise de Vin\u00e7a&nbsp;; Bonne Maman en avait fait la promesse cet hiver si je gu\u00e9rissais. Je vais \u00e0 la procession du Saint-Sacrement, le temps est couvert sans pluie, c&rsquo;est parfait. Aujourd&rsquo;hui, tout est envahi par les Belges ; il y a aussi un p\u00e8lerinage de Saint-Flour, un autre du Pays basque, un de Barcelone (qui repart aujourd&rsquo;hui) etc. Comme on c\u00e9l\u00e8bre cette ann\u00e9e le jubil\u00e9 de Notre-Dame de Lourdes, en l&rsquo;honneur du cinquantenaire des apparitions, l&rsquo;affluence, tout l&rsquo;\u00e9t\u00e9, est immense.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 26 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier soir parce que j&rsquo;\u00e9tais en chemin de fer. Hier matin, \u00e0 Lourdes, le vicaire de Vin\u00e7a, M. Salvadou, a c\u00e9l\u00e9br\u00e9, au Rosaire, la messe pour nous, je la lui ai servie ; c&rsquo;\u00e9tait une messe d&rsquo;actions de gr\u00e2ces pour ma gu\u00e9rison, nous y communions tous ; ensuite chemin de croix de tout le p\u00e8lerinage roussillonnais sur la montagne, \u00e0 la suite duquel a eu lieu, \u00e0 la grotte, la c\u00e9r\u00e9monie des adieux \u00e0 Marie, touchant discours du chanoine Patau. Nous quittons Lourdes \u00e0 4h10 dans le m\u00eame compartiment et avec les m\u00eames compagnons ou plut\u00f4t compagnes de voyage qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aller. Nous voyons, \u00e0 Tarbes, M. Henri d&rsquo;Arexy. Maman est extr\u00eamement souffrante en route, elle est sur le point de s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 Toulouse ; dans cette gare, viennent voir passer le train Mme Am\u00e9d\u00e9e et Mimi Jocaveil, l&rsquo;abb\u00e9 Latour etc. Nous arrivons \u00e0 Perpignan \u00e0 5 heures environ ce matin, entendons la messe \u00e0 Saint-Joseph et faisons la sainte communion en l&rsquo;honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur et arrivons \u00e0 Ille \u00e0 6h \u00be. Je dors la plus grande partie de la matin\u00e9e. Voil\u00e0 accompli ce p\u00e8lerinage de Lourdes promis cet hiver, j&rsquo;ai pu prendre le bain de piscine que j&rsquo;avais promis ; me voil\u00e0 en r\u00e8gle. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, il fait un assez violent orage, heureusement sans gr\u00eale. Voici le compte-rendu, publi\u00e9 par <em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em> d&rsquo;hier de la r\u00e9union de Jeunesse Catholique de samedi ; j&rsquo;ai vu que Serradell en avait fait para\u00eetre un identique dans <em>Le Roussillon<\/em> d&rsquo;hier, et, sans doute, dans <em>La Croix des Pyr\u00e9n\u00e9es Orientales<\/em> de demain.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080626.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"691\" height=\"890\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080626.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-534\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080626.jpg 691w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080626-233x300.jpg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 691px) 100vw, 691px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse de <em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em> du 25 juin 1908 contenant le compte-rendu de la r\u00e9union de la Jeunesse Catholique d&rsquo;Ille le 20 juin 1908, coll\u00e9e par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch dans son journal au 26 juin 1908<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir, nous allons \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie du Sacr\u00e9-C\u0153ur. Maman reste au lit toute la journ\u00e9e ; elle fait bien car sa fatigue a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s grande.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 27 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a de 9h \u00bd \u00e0 3h \u00bd. Le soir, seconde r\u00e9union de notre petit groupe de Jeunesse catholique. Je fais signer par ces jeunes gens une adresse de respectueux hommage \u00e0 Monseigneur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 28 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Grande nouvelle aujourd&rsquo;hui : l&rsquo;oncle Xavier nous annonce, confidentiellement encore, le mariage de Madeleine avec un officier de cavalerie en garnison \u00e0 Saint-Mihiel, camarade de Maurice, le lieutenant de Rodellec du Porzic<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, du 12<sup>\u00e8me<\/sup> chasseurs ; ce jeune homme appartient \u00e0 une famille bretonne ; ce nom, du reste, ne m\u2019\u00e9tait pas inconnu. Nous sommes tr\u00e8s heureux de cette excellente nouvelle. L&rsquo;oncle Xavier ne nous dit rien encore de l&rsquo;\u00e9poque du mariage. Je fais afficher 3 manifestes de l&rsquo;Action fran\u00e7aise aux Languedociens et Catalans \u00e0 propos de l&rsquo;anniversaire des \u00e9v\u00e9nements sanglants de juin 1907. Dans ce manifeste, intitul\u00e9 \u00ab l&rsquo;anniversaire rouge \u00bb, l&rsquo;Action fran\u00e7aise montre que la r\u00e9publique \u00e9tait incapable de faire droit aux revendications des viticulteurs m\u00e9ridionaux parce qu&rsquo;il aurait fallu l&rsquo;autoriser etc. ; elle montre que la Monarchie pourrait accorder ces r\u00e9formes et fait droit \u00e0 ces revendications et conclut en disant mort \u00e0 la r\u00e9publique, vive le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans etc. Vive le roi protecteur du Languedoc. Ce manifeste, imprim\u00e9 en caract\u00e8res \u00e9normes, est sign\u00e9 de toutes les sections d&rsquo;Action fran\u00e7aise du Midi viticole, et porte, en outre, la signature d&rsquo;Henri Vaugeois pr\u00e9sident de la Ligue. Depuis 8 jours, on affiche cela dans tout le Midi viticole, depuis Toulouse jusqu&rsquo;\u00e0 N\u00eemes en passant par Perpignan, Narbonne et Montpellier, dans les villes comme dans les campagnes. Les parquets pourraient poursuivre les auteurs de l&rsquo;affiche pour l&rsquo;assise, mais l&rsquo;Action fran\u00e7aise inspire une trop grande terreur au gouvernement pour qu&rsquo;il lui fasse cette r\u00e9clame. Il se contente d&rsquo;entraver l&rsquo;affichage par des moyens sournois, il fait saisir les ballots par la police, fait lac\u00e9rer et recouvrir les affiches etc. Tout cela est arbitraire et ill\u00e9gal ; mais nos amis r\u00e9affichent et&#8230; certaines sections vont poursuivre les commissaires de police auteurs des lac\u00e9rations ou des confiscations&#8230; Ici, mes 3 affiches sont lues et comment\u00e9es toute la matin\u00e9e ; \u00e0 midi environ, on les recouvre ; c&rsquo;est, sans doute, le maire qui a donn\u00e9 cet ordre ill\u00e9gal ; si je puis en avoir la preuve, je lui servirai un poulet de ma fa\u00e7on dans <em>L&rsquo;\u00c9clair de Montpellier<\/em> et dans <em>Le Roussillon<\/em>, mais il ne sera pas facile de savoir le fin mot de la chose. N\u00e9anmoins, l&rsquo;effet a \u00e9t\u00e9 produit ; c&rsquo;\u00e9tait jour de foire et les affiches ont d\u00fb \u00eatre tr\u00e8s remarqu\u00e9es. Ainsi, ce soir, dans les caf\u00e9s on parlera du Roi, du renversement de la r\u00e9publique etc. La plupart seront hostiles \u00e0 l&rsquo;esprit des affiches, mais qu&rsquo;importe ? L&rsquo;essentiel est que l&rsquo;on sache que le retour prochain du Roi est une chose possible ; c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;esprit se cr\u00e9e et qu&rsquo;en un coup d&rsquo;\u00c9tat se pr\u00e9pare\u2026&nbsp;! L&rsquo;apr\u00e8s-midi procession du Saint-Sacrement ; j&rsquo;y assiste bien entendu ; nous faisons un reposoir dans l&rsquo;ancienne maison parce qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui la procession ne passe pas ici. <em>Le Roussillon<\/em> d&rsquo;hier a publi\u00e9 un article de moi sur \u00ab Les Mutualit\u00e9s eccl\u00e9siastiques \u00bb.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767449q_1.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"518\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767449q_1-518x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-533\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767449q_1-518x1024.jpeg 518w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767449q_1-152x300.jpeg 152w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767449q_1-768x1518.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767449q_1-777x1536.jpeg 777w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767449q_1.jpeg 909w\" sizes=\"auto, (max-width: 518px) 100vw, 518px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Les Mutualit\u00e9s eccl\u00e9siastiques\u00a0\u00bb, article d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch publi\u00e9 en 1\u00e8re page du<em> Roussillon<\/em> du 27 juin 1908 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que municipale de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 30 juin 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 29 juin 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-30-090428.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"482\" height=\"786\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-30-090428.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-585\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-30-090428.jpg 482w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-30-090428-184x300.jpg 184w\" sizes=\"auto, (max-width: 482px) 100vw, 482px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Correspondance d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u00e0 propos de l&rsquo;affichage des affiches de l&rsquo;Action fran\u00e7aise \u00e0 Ille dans <em>Le Roussillon<\/em> du 30 juin 1908 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que municipale de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;\u00e9cris une lettre de vives et affectueuses f\u00e9licitations \u00e0 Madeleine. N&rsquo;ayant pas la certitude que l&rsquo;ordre de recouvrir les affiches de l&rsquo;Action fran\u00e7aise est venu du maire, je ne publie pas dans <em>L&rsquo;\u00c9clair<\/em> et <em>Le Roussillon<\/em>, les notes que j&rsquo;avais pr\u00e9par\u00e9es et dans lesquelles je lui disais son fait ; j&rsquo;envoie \u00e0 ces journaux des correspondances relatant les faits et disant son fait \u00e0 l&rsquo;auteur de l&rsquo;ordre quel qu&rsquo;il soit et surtout le tournant en ridicule. Si, comme tout permet de le croire, c&rsquo;est le maire, il en aura pour son rhume comme on dit, mais il ne pourra rien dire puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas nomm\u00e9. Ces correspondances vont \u00eatre comment\u00e9es ici ! Les journaux royalistes, comme <em>L&rsquo;\u00c9clair de Montpellier<\/em>, <em>Le Soleil<\/em>, <em>L&rsquo;Action fran\u00e7aise<\/em> etc. reproduisent un article paru dans <em>Le Matin<\/em> sous ce titre \u00ab Le Roi chez l&rsquo;Empereur \u00bb et surmont\u00e9 d&rsquo;un portrait du duc d&rsquo;Orl\u00e9ans. Cet article est \u00e9tonnant ; quand j&rsquo;ai vu qu&rsquo;il \u00e9tait extrait du blocard <em>Matin<\/em>, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 stup\u00e9fait ; l&rsquo;\u00e9crivain le plus royaliste aurait pu le signer ; il est de M. T\u00e9ry qui a interview\u00e9 le prince sur le champ de bataille de Wagram o\u00f9 il se trouvait l&rsquo;autre jour avec le g\u00e9n\u00e9ral Donop ; on sait que depuis une quinzaine, M. le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans \u00e9tudie, avec le g\u00e9n\u00e9ral, les champs de bataille de la campagne de 1809, car, comme tout bon Fran\u00e7ais, il admire l&rsquo;\u00e9pop\u00e9e imp\u00e9riale, cette \u00e9pop\u00e9e si magnifique, mais h\u00e9las si inutile pour la patrie. D&rsquo;o\u00f9 le titre de l&rsquo;article \u00ab Le Roi chez l&rsquo;Empereur \u00bb. La conclusion surtout est belle ; je ne peux r\u00e9sister au d\u00e9sir de la reproduire ; la voici <em>: \u00ab &#8230; L&rsquo;exil, les familiers du prince m&rsquo;ont d\u00e9j\u00e0 dit combien il en souffre&nbsp;; et qui ne le comprendrait ? Ce que l&rsquo;on comprend moins, c&rsquo;est la raison de cet exil. \u00d4 l&rsquo;ironie et le mensonge des formules r\u00e9publicaines ! Par quels sophismes en a-t-on pu d\u00e9duire une loi de proscription ? Par quel paradoxe inconcevable le premier des enfants de France est-il un sans-patrie ? N&rsquo;est-ce pas une des notions les plus \u00e9l\u00e9mentaires et les plus justes de la conscience moderne qu&rsquo;un fils ne saurait \u00eatre rendu responsable des fautes paternelles ? Pourquoi donc l&rsquo;honn\u00eate homme que voici est-il condamn\u00e9 \u00e0 expier si cruellement le <\/em><em>\u00ab\u00a0crime<\/em><em>\u00a0\u00bb de ses p\u00e8res ?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Quel crime ? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;ils ont donc fait ses p\u00e8res ? Ils ont fait la France. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cet article, donn\u00e9 par <em>Le Matin<\/em> en t\u00eate de son \u00e9dition d&rsquo;hier, est extraordinaire ; la fin est magnifique. Souhaitons que les 5 ou 600.000 lecteurs de ce journal retiennent cet article comme ils le retiennent h\u00e9las ! les calomnies que la m\u00eame feuille, qui n&rsquo;est pas toujours aussi bien inspir\u00e9e qu&rsquo;hier, d\u00e9bite trop souvent contre la religion ou contre les v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 30 juin 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait tr\u00e8s chaud, je sors peu ; j&rsquo;\u00e9cris et je lis ; le soir nous allons \u00e0 la cl\u00f4ture du Mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juillet 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 juillet 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 1<sup>er<\/sup> juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;oncle Xavier nous \u00e9crit que nous pouvons rendre publique la nouvelle du mariage de Magdeleine avec le lieutenant de Rodellec du Porzic&nbsp;; du reste, Magda nous \u00e9crit elle-m\u00eame et nous donne quelques d\u00e9tails sur son fianc\u00e9 ; il est grand, brun, distingu\u00e9, elle se d\u00e9clare enchant\u00e9e. Le mariage, dont la date pr\u00e9cise n&rsquo;est pas encore fix\u00e9e, aura lieu avant les grandes man\u0153uvres c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la fin d&rsquo;ao\u00fbt probablement. Je vais \u00e0 Vin\u00e7a par le train de 11h46 (service d&rsquo;\u00e9t\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;aujourd&rsquo;hui) ; j&rsquo;en reviens \u00e0 5 heures \u00bd en voiture malgr\u00e9 l&rsquo;orage qui menace toute l&rsquo;apr\u00e8s-midi et qui a m\u00eame \u00e9t\u00e9 ici, para\u00eet-il, plus fort qu&rsquo;\u00e0 Vin\u00e7a. Le matin, avant de partir, je suis all\u00e9 avec Papa et Dominique Vall\u00e9, tracer au champ dit <em>\u00ab&nbsp;Cam dal Ga\u00ff&nbsp;\u00bb<\/em>, \u00e0 Saint-Martin, le jardin de 19 ares que nous allons cr\u00e9er l\u00e0 pour avoir nos fruits et nos l\u00e9gumes. Le mariage de Magdeleine nous fait grand plaisir, son seul d\u00e9faut est de nous enlever d\u00e9finitivement, je le crains, ma gentille cousine qui ne viendra plus que bien peu en Roussillon sans doute. Ce mariage pourrait \u00eatre figur\u00e9 sur la carte de France par un triangle (bien peu ma\u00e7onnique, car M. de Rodellec est tr\u00e8s religieux) ; c&rsquo;est, en effet, un jeune homme breton qui \u00e9pousera une jeune fille roussillonnaise en Lorraine&nbsp;; Bretagne, Roussillon, Lorraine, les trois provinces les plus \u00e9loign\u00e9es il me semble ; M. de Rodellec a ses propri\u00e9t\u00e9s aux environs de Brest, Magda est n\u00e9e \u00e0 Perpignan, ils se marieront \u00e0 Saint-Mihiel ; si on tire trois lignes droites r\u00e9unissant ces 3 villes, on a un triangle \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9quilat\u00e9ral ; Magda sera encore plus \u00e9loign\u00e9e de sa province natale que Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Philom\u00e8ne. Il faudra que je t\u00e2che, moi qui n&rsquo;ai pas voulu du Limousin, de me marier en Roussillon ou tout pr\u00e8s !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 2 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nouvel article du <em>Matin<\/em> sur la Monarchie ; il a pour titre : <em>\u00ab&nbsp;Le Programme du Roi&nbsp;\u00bb, <\/em>et une foule de sous-titres ; c&rsquo;est une interview prise par M. Gustave T\u00e9ry au duc d&rsquo;Orl\u00e9ans \u00e0 Vienne. Le r\u00e9dacteur du journal blocard dit qu&rsquo;ayant constat\u00e9 les r\u00e9cents progr\u00e8s des royalistes, il a voulu interroger l\u00e0-dessus le duc d&rsquo;Orl\u00e9ans. Le Prince lui a fait d&rsquo;int\u00e9ressantes d\u00e9clarations. Il a proclam\u00e9 que la Monarchie serait <em>\u00ab la meilleure des r\u00e9publiques \u00bb<\/em> ; comme M. T\u00e9ry lui demandait si elle serait une r\u00e9action contre la libert\u00e9, le Roi lui a r\u00e9pondu que la Monarchie assurerait plus de libert\u00e9s que la r\u00e9publique. M. T\u00e9ry ayant parl\u00e9 du r\u00e9gime parlementaire, le Prince a oppos\u00e9, au parlementarisme sans frein de la r\u00e9publique, le v\u00e9ritable r\u00e9gime repr\u00e9sentatif qui est celui d\u00e9fini dans les instructions de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs et les siennes ; enfin il a montr\u00e9 que la Monarchie serait pleine de respect pour la religion, mais ne serait pas le gouvernement des cur\u00e9s comme on l&rsquo;annonce souvent. M. T\u00e9ry termine en disant que ces d\u00e9clarations du Roi font tomber bien des pr\u00e9jug\u00e9s qu&rsquo;il nourrissait contre la Monarchie. Ces paroles sont remarquables dans un journal blocard. Elles sont un sympt\u00f4me du discr\u00e9dit dans lequel tombent peu \u00e0 peu les institutions r\u00e9publicaines. Il est \u00e0 craindre que les d\u00e9clarations du Prince sur le parlementarisme et le r\u00e9gime repr\u00e9sentatif ne donnent lieu \u00e0 des pol\u00e9miques entre royalistes. Avec l&rsquo;Action fran\u00e7aise, je suis antiparlementaire ; l&rsquo;\u00e9cole du <em>Soleil<\/em>, du <em>Gaulois<\/em> et de beaucoup de vieux royalistes est plus ou moins port\u00e9e vers la monarchie parlementaire ; chacun voudra tirer \u00e0 soi les paroles royales. En r\u00e9alit\u00e9, le Prince ayant pr\u00e9conis\u00e9 le r\u00e9gime repr\u00e9sentatif (qui est tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9 du r\u00e9gime parlementaire) et ayant renvoy\u00e9 l\u00e0-dessus \u00e0 ses directions royales (le volume paru l\u2019an dernier), c&rsquo;est le syst\u00e8me de l&rsquo;Action fran\u00e7aise qui parait avoir \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9. D&rsquo;ailleurs comme l&rsquo;\u00e9crivait l&rsquo;autre jour M. de Ramel \u00e0 propos du discours o\u00f9 Poincar\u00e9 avait pr\u00e9tendu que les royalistes voulaient supprimer tout suffrage, il ne saurait y avoir de divisions dans le parti royaliste qui est, tout entier, soumis au Roi.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Boule en voiture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 3 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 Trouillas en voiture, voir les vignes et r\u00e9gler les comptes ; Maman nous y accompagne pour prendre l&rsquo;air. Au retour, nous passons par Fourques et Terrats.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 4 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan \u00e0 1h25 pour une r\u00e9union du <em>Roussillon<\/em> ; Papa y vient aussi pour quelques affaires. \u00c0 Perpignan, \u00e9clate un violent orage, la foudre tombe sur la ville. Au <em>Roussillon<\/em>, il s&rsquo;agit de nommer un r\u00e9dacteur en chef \u00e0 la place de Maratuech ; nous nommons Alphonse Mass\u00e9<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, qui a tr\u00e8s bien r\u00e9ussi depuis un mois qu&rsquo;il fait l&rsquo;int\u00e9rim ; il a de tr\u00e8s bonnes qualit\u00e9s, du style, de l&rsquo;\u00e9nergie et, au besoin, saurait r\u00e9pondre, si on l\u2019attaquait, par des arguments frappants. Ligueur d&rsquo;Action Fran\u00e7aise, il a une doctrine irr\u00e9prochable ; il a donc tout ce qu&rsquo;il faut pour bien r\u00e9ussir. Nous prenons aussi diverses mesures financi\u00e8res et d\u00e9cidons de chercher de nouveaux souscripteurs pour le journal. Je vois M. Vassal, fais diverses commissions etc. Je rentre ici et non \u00e0 Ille, \u00e0 cause de la petite f\u00eate de demain ; Papa y vient aussi, Maman y est arriv\u00e9e dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, en voiture.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 5 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe. Nous avons le cur\u00e9 et le vicaire \u00e0 d\u00e9jeuner. \u00c0 1h, je vais au recouvrement mensuel de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien. Apr\u00e8s les v\u00eapres et avant la b\u00e9n\u00e9diction, a lieu la b\u00e9n\u00e9diction solennelle de la statue de Notre-Dame de Lourdes que nous avons offerte \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise de Vin\u00e7a et que l&rsquo;on place \u00e0 la chapelle de Saint Antoine, notre chapelle. On porte la statue en procession autour de l&rsquo;\u00e9glise, un grand nombre de fid\u00e8les suit la procession pendant laquelle on chante, en catalan et en fran\u00e7ais, les cantiques que l&rsquo;on chantait \u00e0 Lourdes pendant le p\u00e8lerinage dioc\u00e9sain. M. le cur\u00e9 prononce une allocution de circonstance. Cette statue nous l&rsquo;avons offerte \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise en reconnaissance de ma compl\u00e8te gu\u00e9rison et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 d\u2019autant plus heureux de suivre aujourd&rsquo;hui la procession un flambeau \u00e0 la main que cela me rappelait la procession de Saint S\u00e9bastien que j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9, cet hiver, dans l&rsquo;impossibilit\u00e9 de suivre. Il fait encore de l&rsquo;orage ; je ne sais vraiment quand cette p\u00e9riode orageuse et pluvieuse prendra fin ; cela devient dangereux pour les vignes.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 juillet 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 6 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais me promener \u00e0 Nossa avec Papa ; il fait moins chaud. Nous allons passer quelques jours ici pour permettre \u00e0 Maman, qui est tr\u00e8s fatigu\u00e9e en ce moment, de se reposer un peu. Bonne Maman part apr\u00e8s-demain pour Dijon o\u00f9 elle passera un bon mois avec les Magu\u00e9, mais nous resterons un peu ici apr\u00e8s son d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 7 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Marquixanes et \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 de la Balme avec Papa. Je vais me rendre prochainement \u00e0 une nouvelle \u00ab entrevue \u00bb o\u00f9 je me rencontrerai avec Mlle Gabrielle du Lac ; y aura-t-il ensuite fian\u00e7ailles et mariage ? C&rsquo;est le secret de Dieu ; je le d\u00e9sire beaucoup, la jeune fille \u00e9tant jolie et belle femme ; je la connais, je l&rsquo;ai vue l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a> \u00e0 la M\u00e9tairie Grande et je l&rsquo;ai remarqu\u00e9e, mais elle n&rsquo;avait alors que 18 ans et je ne pouvais vraiment pas la demander en mariage \u00e0 cet \u00e2ge, elle en a maintenant un peu plus de 19 et Bonne Maman, qui savait qu&rsquo;elle me plaisait, a mis Mlle de Llobet sa tante et le chanoine de Llobet dans la confidence. Ceux-ci ont accueilli avec enthousiasme l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une alliance entre leur famille et la n\u00f4tre, nous avons \u00e9t\u00e9 de tout temps si unis ! Ils ont pris en main ce projet ; mais la jeune fille \u00e9tant si jeune, voudra-t-elle ali\u00e9ner sa libert\u00e9 ? Il va y avoir tout de m\u00eame une entrevue, nous saurons ensuite&nbsp;; en attendant je prie Dieu de tout mener. Nous attendons une lettre pour savoir o\u00f9 et quel jour l&rsquo;entrevue aura lieu. Une bien triste nouvelle nous arrive d&rsquo;Angers&nbsp;; Madeleine de Padirac \u00e9crit \u00e0 Maman que sa m\u00e8re est morte dans la nuit de samedi \u00e0 dimanche, et que ses obs\u00e8ques auront lieu mardi matin (ce matin). Je savais Mme de Padirac<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a> malade du diab\u00e8te depuis quelque temps, mais je pensais qu&rsquo;elle se remettrait ; quelle terrible secousse, quelle douleur pour son mari et ses pauvres enfants ! Pauvre vicomtesse, elle qui paraissait si forte, qui avait tant d&rsquo;entrain, qui aurait pu se figurer qu&rsquo;elle mourrait si jeune ? Nous t\u00e9l\u00e9graphions aussit\u00f4t nos condol\u00e9ances en attendant d&rsquo;\u00e9crire \u00e0 La Lasserie ; c&rsquo;est une de nos relations les plus intimes d&rsquo;Angers que nous perdons. J&rsquo;ai appris aussi ces jours-ci la mort accidentelle (par suite d&rsquo;un accident de voiture) de Mme L\u00e9on Bonnet, d&rsquo;Angers, m\u00e8re de mon camarade Henri Bonnet \u00e0 qui j&rsquo;ai \u00e9crit aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 8 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Ille en voiture avec Papa ; nous faisons quelques commissions et rentrons tout de suite \u00e0 Vin\u00e7a ; j&rsquo;y suis all\u00e9 pour m&rsquo;assurer que notre groupe de Jeunesse Catholique serait repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la r\u00e9union des pr\u00e9sidents et des aum\u00f4niers des groupes du dioc\u00e8se qui aura lieu demain \u00e0 Perpignan sous la pr\u00e9sidence du chanoine de Llobet (mon futur oncle) ; Labau et Gravas doivent s&rsquo;y rendre ainsi que l&rsquo;abb\u00e9 Delonca. Bonne Maman part \u00e0 3h31 pour Dijon o\u00f9 elle est impatiemment attendue ; je l&rsquo;accompagne \u00e0 la gare. Elle nous laisse \u00e0 Vin\u00e7a pour quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 9 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman re\u00e7oit de Madame du Lac une lettre d\u00e9cisive ; la m\u00e8re de la jeune fille \u00e0 laquelle on pense pour moi parle, dans cette lettre, de l&rsquo;accueil que nous ferons \u00e0 sa fille, de l&rsquo;affection dont elle sera entour\u00e9e chez nous ; elle dit enfin que sa fille, avant que nous soyons officiellement fianc\u00e9s, a demand\u00e9 \u00e0 me revoir. Nous verrons demain le chanoine de Llobet et nous nous entendrons ensemble pour cette entrevue qui, tout l&rsquo;indique, sera d\u00e9cisive. Madame du Lac, dans sa lettre, dit qu&rsquo;elle donnera \u00e0 sa fille ses propri\u00e9t\u00e9s du Roussillon jusqu&rsquo;\u00e0 concurrence de 100.000 fr. ; ces propri\u00e9t\u00e9s sont \u00e0 Torreilles, elles viennent de la famille de Llobet. Nos dots seront donc \u00e9gales, 100,000 fr. en propri\u00e9t\u00e9s de part et d&rsquo;autre, moi \u00e0 Bouletern\u00e8re et \u00e0 Ille, elle \u00e0 Torreilles ; je pensais jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent qu&rsquo;elle aurait une pension, mais, au fait, je m&rsquo;accommoderai d&rsquo;une propri\u00e9t\u00e9 qui m&rsquo;occupera davantage, et puis je ne cherche pas \u00e0 faire un mariage d&rsquo;argent ; fid\u00e8le \u00e0 mon principe, j&rsquo;ai cherch\u00e9 avant tout une femme qui me plaise. Prions Dieu maintenant d&rsquo;achever son \u0153uvre ; la chose est en si bonne voie !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 10 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe la matin\u00e9e \u00e0 lire au grand jardin. Par le train de 3h31, je fais avec Papa une visite au chanoine de Llobet qui dirige les n\u00e9gociations en vue de mon mariage avec sa ni\u00e8ce ; je ne l&rsquo;avais pas vu depuis le d\u00e9but des n\u00e9gociations ; je le remercie&nbsp;; mais il d\u00e9sire autant que moi le succ\u00e8s ; il le d\u00e9sire tellement qu&rsquo;il emploie, soit dans ses lettres soit dans la conversation, des expressions que je trouve exag\u00e9r\u00e9es ; il parle de <em>\u00ab l&rsquo;honneur que nous lui faisons \u00bb<\/em>, de <em>\u00ab&nbsp;ce projet inesp\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>, de ce projet qui, r\u00e9alis\u00e9, serait <em>\u00ab&nbsp;l\u2019id\u00e9al r\u00eav\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em> etc. Vraiment, c&rsquo;est exag\u00e9r\u00e9, car je ne vois pas qu&rsquo;il y ait disproportion ; nos familles vont de pair comme anciennet\u00e9 et notori\u00e9t\u00e9, les fortunes sont \u00e9gales ; ce mariage serait donc bien assorti. Le grand vicaire n&rsquo;a pas la r\u00e9ponse de sa s\u0153ur au sujet de l&rsquo;entrevue qui, sans aucun doute, aura lieu la semaine prochaine. Je rencontre ce pauvre Henri d&rsquo;Albici ; par discr\u00e9tion, je ne lui parle de rien, il va au-devant et me raconte tous ses ennuis matrimoniaux, sa femme<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a> l&rsquo;a quitt\u00e9 depuis 4 mois, a obtenu le divorce au civil (quel manque de sens moral !) et demande, en cour de Rome, l&rsquo;annulation de son mariage religieux ; elle peut \u00eatre s\u00fbre qu&rsquo;elle ne l&rsquo;obtiendra pas ! Ces jeunes femmes peu s\u00e9rieuses sont un fl\u00e9au et mon pauvre cousin est bien puni de n\u2019avoir cherch\u00e9 que la fortune dans le mariage&nbsp;! Voil\u00e0 qui n&rsquo;encouragerait pas les jeunes gens \u00e0 se marier ; heureusement que les femmes comme celle de ce pauvre Henri sont l&rsquo;exception. Je fais quelques achats et commissions et nous rentrons \u00e0 Vin\u00e7a par le dernier train.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 11 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chanoine de Llobet nous \u00e9crit que l&rsquo;entrevue pourra avoir lieu \u00e0 Lamalou comme nous l&rsquo;avions propos\u00e9, mais on n&rsquo;a pas encore fix\u00e9 le jour de cette entrevue ; que toutes ces lenteurs sont aga\u00e7antes ! Je vais \u00e0 Ille le soir en voiture pour la r\u00e9union de la Jeunesse Catholique ; Monseigneur a r\u00e9pondu une lettre tr\u00e8s aimable et pleine de c\u0153ur \u00e0 l&rsquo;adresse que nous lui avions envoy\u00e9e. Jeudi \u00e0 Perpignan, \u00e0 une r\u00e9union des pr\u00e9sidents et aum\u00f4niers des groupes de Jeunesse Catholique du dioc\u00e8se, on a d\u00e9cid\u00e9 de tenir ici le prochain congr\u00e8s dioc\u00e9sain de la Jeunesse Catholique, le 25 octobre ; ce congr\u00e8s dioc\u00e9sain sera le premier ; quelle bonne fortune pour Ille ! Je couche ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 12 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette date ram\u00e8ne l&rsquo;anniversaire (le second d\u00e9j\u00e0 !) d&rsquo;une grande honte nationale : le triomphe d&rsquo;Isra\u00ebl sur la France par la fausse et pr\u00e9tendue r\u00e9habilitation du tra\u00eetre Dreyfus. Quand la France sera-t-elle veng\u00e9e ? L&rsquo;Action fran\u00e7aise a commenc\u00e9 \u00e0 venger la patrie, Philippe VIII ach\u00e8vera son \u0153uvre. Le matin \u00e0 Ille, je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 7h \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ; ensuite je rentre ici en voiture. Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; il fait tr\u00e8s chaud.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 juillet 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 13 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le chanoine de Llobet nous pr\u00e9vient que les dames du Lac seront \u00e0 Lamalou dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi de mercredi ; je partirai donc demain, Maman tient \u00e0 m&rsquo;accompagner. Puisse Dieu b\u00e9nir cette d\u00e9marche d\u00e9cisive.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lamalou-les-Bains (H\u00e9rault), mardi 14 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai quitt\u00e9 Vin\u00e7a ce matin \u00e0 9h et nous avons pass\u00e9 la matin\u00e9e \u00e0 Perpignan ; j&rsquo;ai fait une visite \u00e0 1 heure \u00e0 l&rsquo;abb\u00e9 de Llobet ; d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Gadel, pris le caf\u00e9 chez les Dalverny. J&rsquo;ai rejoint Maman \u00e0 la gare au train de 2h54 et nous sommes arriv\u00e9s ensemble \u00e0 Lamalou \u00e0 7h11 du soir. Nous sommes descendus \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel du Nord indiqu\u00e9 par le chanoine de Llobet. Il ne m&rsquo;a pas sembl\u00e9 que la f\u00eate si improprement appel\u00e9e \u00ab&nbsp;nationale&nbsp;\u00bb ait donn\u00e9 lieu \u00e0 beaucoup d&rsquo;enthousiasme dans les villes, sans la revue militaire, on ne s&rsquo;apercevrait presque pas de cette f\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lamalou-les-Bains, mercredi 15 juillet 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/221775.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"976\" height=\"630\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/221775.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-536\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/221775.jpg 976w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/221775-300x194.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/221775-768x496.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 976px) 100vw, 976px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;H\u00f4tel du Nord \u00e0 Lamalou, o\u00f9 descendirent Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et sa m\u00e8re les 14 et 15 juillet 1908 pour d\u00e9cider son futur mariage avec Mme Gabrielle du Lac \u2013 Carte postale sans date (Site Retrophoto.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, le Bon Dieu m&rsquo;a exauc\u00e9 ; j&rsquo;ai une fianc\u00e9e ou je vais l&rsquo;avoir ! L&rsquo;entrevue a eu lieu cette apr\u00e8s-midi ; nous sommes rest\u00e9s avec Madame du Lac, Madame de Lagoutine, sa fille a\u00een\u00e9e et Mlle Gabrielle, d&rsquo;abord de 2h \u00bd \u00e0 5 heures ; Maman a caus\u00e9 avec Mesdames du Lac et de Lagoutine, pendant que je causais avec Mlle Gabrielle, et Mme du Lac a dit \u00e0 Maman qu&rsquo;\u00e0 son avis la cause \u00e9tait gagn\u00e9e. Nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s \u00e0 5h environ et nous avons pri\u00e9 ces dames de venir diner avec nous \u00e0 6 heures ; pendant ce temps Mme du Lac a pu demander \u00e0 sa fille quelle \u00e9tait son impression. Nous nous sommes donc retrouv\u00e9s \u00e0 6 heures et apr\u00e8s le d\u00eener pendant que nous accompagnions ces dames \u00e0 la gare, Mme du Lac a dit \u00e0 Maman que l&rsquo;impression de sa fille \u00e9tait excellente, qu&rsquo;elle allait transmettre cette impression \u00e0 son mari et qu&rsquo;elle nous \u00e9crirait tr\u00e8s vite. Donc \u00e7a y est, Dieu soit b\u00e9ni ! En quittant Mademoiselle du Lac au moment o\u00f9 elle montait en chemin de fer, je lui ai dit : <em>\u00ab Au revoir, Mademoiselle, et \u00e0 bient\u00f4t j&rsquo;esp\u00e8re \u00bb<\/em>, elle m&rsquo;a r\u00e9pondu <em>\u00ab Au revoir \u00bb<\/em> et ne l&rsquo;a redit de son wagon au moment o\u00f9 le train partait. Je peux donc la consid\u00e9rer comme ma fianc\u00e9e en attendant de lui donner sa bague, ce qui ne saurait tarder. Rapprochement saisissant : il y a aujourd&rsquo;hui un an que Mme de Lacour a \u00e9crit, de Cazouls-l\u00e8s-B\u00e9ziers, \u00e0 Maman la lettre qui d\u00e9clarait qu&rsquo;il ne fallait pas compter sur sa fille, nous avons re\u00e7u cette lettre le lendemain \u00e0 Vin\u00e7a. Un an apr\u00e8s, le Bon Dieu me d\u00e9dommage en me donnant une charmante fianc\u00e9e qui, pr\u00e9cis\u00e9ment, ressemble en mieux, \u00e0 Marie-Louise de Lacour. Voil\u00e0 mes soucis enterr\u00e9s&nbsp;; me voici enfin heureux ; Dieu en soit b\u00e9ni !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 16 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s avoir entendu la messe et fait la sainte communion en l&rsquo;honneur de Notre-Dame du Mont-Carmel et du cinquanti\u00e8me de la derni\u00e8re apparition de Notre-Dame de Lourdes (que l&rsquo;on f\u00eate solennellement \u00e0 Lourdes par une messe pontificale c\u00e9l\u00e9br\u00e9e dans la grotte \u00e0 6 heures du soir), nous quittons Lamalou par le train de 9h42 ; nous arrivons \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 4 heures \u00bc du soir. Ayant pr\u00e8s d&rsquo;une heure \u00e0 passer \u00e0 Perpignan, je vais voir le chanoine de Llobet, je lui raconte comment les choses se sont pass\u00e9es et il est enchant\u00e9 du grand espoir, de la quasi-certitude que je lui donne d&rsquo;une heureuse solution tr\u00e8s prochaine. J&rsquo;ai la satisfaction de savoir que je serai accueilli avec plaisir par les familles de Llobet et du Lac ! Ici \u00e0 5h \u00bd, c\u00e9r\u00e9monie et procession \u00e0 l&rsquo;occasion du cinquantenaire de Lourdes et de Notre-Dame du Mont-Carmel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 17 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par le premier courrier, je re\u00e7ois une lettre m&rsquo;apportant la r\u00e9ponse d\u00e9finitive, la certitude de mon mariage avec Mademoiselle Gabrielle du Lac. C&rsquo;est une lettre du chanoine de Llobet qui d\u00e9bute ainsi : <em>\u00ab Mon cher futur neveu \u00bb<\/em>. Il a re\u00e7u d\u00e8s hier soir une lettre de sa s\u0153ur lui disant que sa fille Gabrielle a \u00e9t\u00e9 ravie, enchant\u00e9e, du fils et de la m\u00e8re, et envoyant son consentement d\u00e9finitif ; on m&rsquo;invite en m\u00eame temps \u00e0 aller voir ma fianc\u00e9e d\u00e8s que je voudrai. Je ne me ferai pas attendre ! Ce matin m\u00eame, ayant re\u00e7u 9 bagues de Laugier \u00e0 qui, par d\u00e9p\u00eache, j&rsquo;avais demand\u00e9 un choix de bagues de fian\u00e7ailles \u00e9meraudes, j\u2019en choisis 2 ; Maman en ajoute une 3<sup>\u00e8me<\/sup> qui lui appartient ; Mademoiselle Gabrielle choisira entre ces trois ; je sais qu&rsquo;elle d\u00e9sire une \u00e9meraude, je me suis arrang\u00e9, mercredi, pour le lui faire dire. C&rsquo;est \u00e9gal, Madame du Lac n&rsquo;a pas perdu son temps ; il a fallu qu&rsquo;elle \u00e9crive le soir m\u00eame de l&rsquo;entrevue ou hier matin de tr\u00e8s bonne heure ! Je ne m&rsquo;attendais pas \u00e0 recevoir cette lettre avant demain ou apr\u00e8s-demain. Je r\u00e9ponds aussit\u00f4t \u00e0 l&rsquo;abb\u00e9 de Llobet, je lui dis toute ma joie ; j&rsquo;\u00e9cris \u00e0 Bonne Maman, \u00e0 mes s\u0153urs. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Ille en voiture, et je commande \u00e0 Mme Bartre une gerbe blanche que j&rsquo;offrirai dimanche \u00e0 ma fianc\u00e9e en m\u00eame temps que sa bague ; toutefois, comme nous ne voulons annoncer la nouvelle que lorsque nous aurons fait part aux parents, je tais le nom de ma fianc\u00e9e \u00e0 Mme Bartre ; je ne le dis (confidentiellement) qu&rsquo;\u00e0 M. le cur\u00e9, aux demoiselles Mathieu et \u00e0 M. Trull\u00e8s. Je partirai demain \u00e0 1 heure, je coucherai \u00e0 Lamalou et j&rsquo;arriverai dimanche \u00e0 1h \u00bc environ \u00e0 la M\u00e9tairie Grande. Quel bonheur, quelle joie de pouvoir dire enfin ce mot si doux : \u00ab Ma fianc\u00e9e \u00bb ; comme il me tarde de la revoir, d&rsquo;\u00eatre aupr\u00e8s d&rsquo;elle&nbsp;; encore 37 heures de patience. Je passerai, probablement, plusieurs jours \u00e0 la M\u00e9tairie Grande, puis je rentrerai et, tous ensemble, nous partirons pour Saint-Mihiel o\u00f9 le mariage de Madeleine aura lieu le 5 ao\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lamalou, samedi 18 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me voici de nouveau \u00e0 Lamalou pour la nuit ; malheureusement, ma malle s&rsquo;est \u00e9gar\u00e9e en route ; quel ennui ! Je devrai me pr\u00e9senter \u00e0 la M\u00e9tairie Grande en tenue de voyage ! Si elle n&rsquo;est pas arriv\u00e9e demain matin, j&rsquo;ach\u00e8terai certaines choses indispensables aux frais de la Compagnie des chemins de fer du Midi ; tant pis pour elle. \u00c0 Narbonne, j&rsquo;ai rencontr\u00e9 Mlle Augustine de Llobet qui arrivait de Lourdes ; elle n&rsquo;\u00e9tait pas au courant des derni\u00e8res nouvelles ; quand je lui ai dit que mon mariage avec sa ni\u00e8ce \u00e9tait d\u00e9cid\u00e9, elle a \u00e9t\u00e9 au comble de la joie. Demain le grand jour !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, dimanche 19 juillet 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-214012.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"801\" height=\"402\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-214012.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-537\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-214012.jpg 801w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-214012-300x151.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-214012-768x385.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 801px) 100vw, 801px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">La M\u00e9tairie Grande, propri\u00e9t\u00e9 de la famille du Lac situ\u00e9e sur la commune de Sauveterre (Tarn) \u2013 Vue actuelle (Google StreetView)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis officiellement fianc\u00e9 \u00e0 la toute charmante Mademoiselle Gabrielle du Lac ; quelle joie ! Quel bonheur ! J&rsquo;ai peine \u00e0 me repr\u00e9senter un tel bonheur et \u00e0 me dire que je le tiens. J&rsquo;ai commenc\u00e9 cette importante journ\u00e9e par la messe entendue \u00e0 Lamalou et la sainte communion que j&rsquo;ai faite pour attirer les b\u00e9n\u00e9dictions de Dieu sur mes fian\u00e7ailles et sur mon union prochaine. Je suis arriv\u00e9 ici, par la station d&rsquo;Albine, \u00e0 10h \u00bd environ du matin. Mlle Gabrielle \u00e9tait \u00e0 la messe avec ses fr\u00e8res, mais M. et Mme du Lac m&rsquo;attendaient. D\u00e8s que Mlle Gabrielle est arriv\u00e9e, je lui fais choisir entre les quatre bagues en \u00e9meraudes et brillants que j&rsquo;avais apport\u00e9es celle qu&rsquo;elle pr\u00e9f\u00e8re ; elle choisit celle qui, \u00e0 mon avis, \u00e9tait aussi la plus belle ; comme elle me remerciait, je lui ai r\u00e9pondu : \u00ab Je d\u00e9sire, Mademoiselle, que vous ayez autant de plaisir \u00e0 l&rsquo;accepter que j&rsquo;en ai \u00e0 vous l&rsquo;offrir \u00bb. Je ne rappelle les moindres incidents de cette sc\u00e8ne si douce et si pleine d&rsquo;espoir ! Je lui ai offert la gerbe de fleurs blanches apport\u00e9e d&rsquo;Ille, elle les a trouv\u00e9es tr\u00e8s \u00e0 son go\u00fbt. Apr\u00e8s le d\u00e9jeuner, nous nous sommes promen\u00e9s un peu, tr\u00e8s peu car il a plu presque toute la journ\u00e9e ; Madame du Lac, tr\u00e8s complaisante, me laisse la plus grande libert\u00e9 avec ma fianc\u00e9e et, entre nous, la glace a \u00e9t\u00e9 vite rompue, nous sommes d\u00e9j\u00e0 les meilleurs amis du monde et nous nous faisons nos confidences&nbsp;; je ne peux me lasser de la regarder tant elle est jolie. Comme je suis heureux maintenant, comme je me f\u00e9licite d&rsquo;avoir avant tout tenu \u00e0 ne choisir qu&rsquo;une femme \u00e0 mon go\u00fbt, d&rsquo;avoir refus\u00e9 toute jeune fille qui ne me plaisait pas. J&rsquo;avais cent fois raison ! Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je reviens \u00e0 Lamalou pour prendre ma malle enfin arriv\u00e9e ce matin, car M. et Mme du Lac tiennent absolument \u00e0 ce que je descende tout \u00e0 fait chez eux et ma ch\u00e8re fianc\u00e9e a joint ses instances aux leurs ; je pars \u00e0 4h24 et suis de retour \u00e0 10h \u00bd. Avant de me coucher, j&rsquo;\u00e9cris ces lignes et ce beau jour que je me rappellerai toute ma vie avec \u00e9motion est bien pr\u00e8s de prendre fin. Je le regretterais, certes, si je ne me disais que chaque minute qui passe me rapproche du moment o\u00f9 Gabrielle sera tout \u00e0 fait \u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 juillet 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, lundi 20 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je continue \u00e0 vivre dans l&rsquo;extase&nbsp;; ma fianc\u00e9e est d\u00e9licieuse, je l&rsquo;aime d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la folie et je crois pouvoir dire qu&rsquo;elle me le rend avec toute la fra\u00eecheur de ses 19 ans&nbsp;; la glace est d\u00e9finitivement rompue entre nous et nous nous parlons \u00e0 c\u0153ur ouvert. Ses parents et ses fr\u00e8res sont des mentors tr\u00e8s larges et tr\u00e8s complaisants et nous laissent aussi libres que nous le d\u00e9sirons. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons faire une visite au ch\u00e2teau de Sauveterre chez le marquis et la marquise d&rsquo;Haussillon<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a> cousins des Du Lac ; je revois l\u00e0 un petit jeune homme de 19 ans, Jean-Marie d&rsquo;Haussillon, qui \u00e9tait venu ici l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re le jour o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais pass\u00e9 \u00e0 la M\u00e9tairie Grande. Les d&rsquo;Haussillon ne connaissaient pas encore la nouvelle de nos fian\u00e7ailles et nous jouissons de leur \u00e9patement. C\u2019est dans l&rsquo;\u00e9glise de Sauveterre, paroisse des Du Lac, que nous nous marierons dans moins de 2 mois probablement et Gabrielle me fait voir la place o\u00f9 nous \u00e9changerons les promesses d\u00e9finitives. Bien douces cha\u00eenes&nbsp;! Nous nous prom\u00e8nerons un peu en auto. Le soir, nous nous promenons encore et je cause d\u00e9licieusement avec Gabrielle. Je commence \u00e0 \u00e9crire la nouvelle \u00e0 mes amis.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Sauveterre_11.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"576\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Sauveterre_11-1024x576.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-538\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Sauveterre_11-1024x576.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Sauveterre_11-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Sauveterre_11-768x432.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Sauveterre_11-1536x864.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Sauveterre_11.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Sauveterre (Tarn), propri\u00e9t\u00e9 de la famille d&rsquo;Auxilhon \u2013 Vue actuelle (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mardi 21 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons en auto \u00e0 Castres o\u00f9 Madame du Lac fait plusieurs commissions ; nous rencontrons Madame d\u2019Ax de Vaudricourt<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, parente des d\u2019Ax de Cessales de Corneilla-de-la-Rivi\u00e8re&nbsp;; on me pr\u00e9sente \u00e0 elle et nous sommes tout de suite en pays de connaissance. Je cause de plus en plus librement avec Gabrielle, avec Bebelle comme tout le monde l\u2019appelle&nbsp;; nous faisons des projets d&rsquo;avenir ; c&rsquo;est une fianc\u00e9e d\u00e9licieuse, elle est gentille, affectueuse, c\u00e2line ; je vis dans un r\u00eave. En allant \u00e0 Castres, nous crevons juste en face du ch\u00e2teau de Ga\u00efx o\u00f9 habite le colonel de Bla\u00ff de Ga\u00efx, fr\u00e8re d&rsquo;Henri de Bla\u00ff ; tous les Bla\u00ff vont devenir mes cousins<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>. Du reste, je vais avoir, par ma femme, une nombreuse parent\u00e9 ; mes beaux-fr\u00e8res et belles-s\u0153urs, d&rsquo;abord, seront tr\u00e8s nombreux, Monsieur du Lac ayant \u00e9t\u00e9 mari\u00e9 deux fois. De son premier mariage, il a deux enfants : M. Gaston du Lac<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a> mari\u00e9 \u00e0 son tour et p\u00e8re de 5 enfants ; et Mme de Gineste<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>, veuve, qui vient de marier il y a 3 semaines sa fille unique Jeanne de Gineste au baron de Lauriston-Bouvers&nbsp;; ce jeune m\u00e9nage, seront nos neveux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Du mariage de M. du Lac avec Mlle Marie-Th\u00e9r\u00e8se de Llobet, il y a 7 enfants : Germaine, mari\u00e9e \u00e0 M. Henri Jamme de Lagoutine<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a>, m\u00e8re de 3 gar\u00e7ons ; Albert qui est ici avec ses parents, charmant gar\u00e7on de 27 ans<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\">[32]<\/a> ; Elisabeth mari\u00e9e depuis 18 mois \u00e0 M. Henri Tournamille<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a> et m\u00e8re d&rsquo;une fillette ; Henri, mon ancien camarade d&rsquo;Angers, actuellement cuirassier \u00e0 Tours ; Gabrielle ma fianc\u00e9e ; Fran\u00e7ois 17 ans, au Coll\u00e8ge de Sor\u00e8ze<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a> ; et Charlotte 11 ans<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\">[35]<\/a>. J&rsquo;aurai donc 8 beaux-fr\u00e8res ou belles-s\u0153urs, sans compter mes 2 beaux-fr\u00e8res Max de Saint-Cyr et Henri de Lavergne, et une infinit\u00e9 de neveux et ni\u00e8ces. De plus, les Du Lac sont alli\u00e9s \u00e0 toute la haute soci\u00e9t\u00e9 de la r\u00e9gion&nbsp;; le fr\u00e8re a\u00een\u00e9 de M. du Lac, M. Dieudonn\u00e9 du Lac, veuf de Mlle Marguerite de Llobet (car les 2 fr\u00e8res avaient \u00e9pous\u00e9 les 2 s\u0153urs), a 3 filles dont 2 mari\u00e9es et 1 gar\u00e7on. Du c\u00f4t\u00e9 des Llobet, nous aurons une foule de parents que je connais pour la plupart et dont quelques-uns sont aussi nos parents : les Cornet, les De Balanda et De Pous<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\">[36]<\/a>, les De Bla\u00ff, De Chefdebien etc. Entre ma femme et moi, nous serons alli\u00e9s \u00e0 toute l&rsquo;aristocratie du Roussillon ; aussi Gabrielle ayant en Roussillon tant de parents \u00e0 voir, trouvera agr\u00e9able, j&rsquo;esp\u00e8re, le s\u00e9jour de son pays maternel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mercredi 22 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne sors pas du parc de toute la journ\u00e9e&nbsp;; je passe presque toute mon apr\u00e8s-midi, assis sur un banc \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Gabrielle, \u00e0 faire avec elle des projets d&rsquo;avenir ; elle est devenue pour moi une v\u00e9ritable camarade, nous causons, rions, nous amusons ensemble comme si nous nous connaissions depuis 10 ans. Le soir, nous allons nous promener sur la route de Saint-Amans. Ses parents nous laissent tr\u00e8s libres.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, jeudi 23 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa vient aujourd&rsquo;hui faire une visite \u00e0 M. et Mme du Lac et faire la connaissance de sa future belle-fille ; il la trouve charmante et me complimente sur mon choix. Il comptait m\u2019emmener ce soir avec lui, mais Bebelle le supplie de me laisser encore et je me laisse faire une douce violence ; il y consent sur les pri\u00e8res de ma fianc\u00e9e et je reste 4 jours de plus. M. et Mme de Lagoutine viennent d\u00e9jeuner, ils arrivent en auto du ch\u00e2teau de Lapeyrouse qu&rsquo;ils habitent \u00e0 16 kilom\u00e8tres d&rsquo;ici. Papa repart \u00e0 4h24 et Mme du Lac d\u00e9cide que nous irons samedi \u00e0 Toulouse et au ch\u00e2teau de Gaspart chez sa fille Tournamille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, vendredi 24 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui la derni\u00e8re journ\u00e9e de mon s\u00e9jour ici ; Gabrielle est particuli\u00e8rement affectueuse, caressante, gentille. Quel bon souvenir je garderai de ces quelques jours ! Quelle charmante, quelle d\u00e9licieuse fianc\u00e9e je vais laisser ! Heureusement que je la retrouverai bient\u00f4t. Vraiment, j&rsquo;ai trop de bonheur en ce moment et je ne cesse d&rsquo;en remercier Dieu. Le soir, nous nous promenons sur la route de Sauveterre&nbsp;; nous \u00e9changeons de douces paroles&nbsp;; elle est appuy\u00e9e sur mon bras ; quelles d\u00e9licieuses promenades que ces promenades du soir avec ma gentille fianc\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ch\u00e2teau de Gaspart par Grisolles (Haute-Garonne), samedi 25 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis aujourd&rsquo;hui l&rsquo;h\u00f4te de M. et Mme Henry Tournamille, s\u0153ur et beau-fr\u00e8re de ma fianc\u00e9e. Nous avons quitt\u00e9 la M\u00e9tairie Grande, en automobile, un peu avant 11 heures ce matin et nous avons d\u00e9jeun\u00e9 au ch\u00e2teau de Lapeyrouse chez M. et Mme de Lagoutine ; M. du Lac, Lolotte et Fran\u00e7ois nous y ont accompagn\u00e9s. Nous en sommes repartis \u2013 Mme du Lac, Bebelle, Albert et moi \u2013 \u00e0 3 heures \u00bc \u00e0 peu pr\u00e8s, nous nous sommes arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Toulouse quelques instants que j\u2019ai mis \u00e0 profit pour offrir une jolie gerbe de fleurs \u00e0 Bebelle, et nous sommes arriv\u00e9s ici avant 7 heures malgr\u00e9 20 minutes environ perdues \u00e0 aider un chauffeur \u00e0 r\u00e9parer un pneu crev\u00e9. Le joli ch\u00e2teau de Gaspart, plus ancien mais moins beau que celui de Lapeyrouse, est situ\u00e9 entre Montauban et Toulouse, \u00e0 30 kilom\u00e8tres environ de cette derni\u00e8re ville et par cons\u00e9quent \u00e0 130 kilom\u00e8tres de la M\u00e9tairie Grande puisque le ch\u00e2teau des Du Lac est \u00e0 100 kilom\u00e8tres de Toulouse ; celui de Lapeyrouse est \u00e0 16 kilom\u00e8tres de la M\u00e9tairie Grande, aux portes de Mazamet, dont mon futur beau-fr\u00e8re de Lagoutine est conseiller municipal, conservateur bien entendu. L&rsquo;auto de M. du Lac, une Peugeot, a parfaitement march\u00e9 ; elle fait, quand il n&rsquo;y a pas d&rsquo;obstacles, du 60 \u00e0 l&rsquo;heure, du 65 au maximum, c&rsquo;est tr\u00e8s raisonnable. Ma fianc\u00e9e, qui adore l&rsquo;auto, est ravie de son voyage d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ; l\u2019ombre au tableau, c&rsquo;est que nous allons \u00eatre oblig\u00e9s de nous s\u00e9parer pour quelque temps ; pauvre chatte, comme je penserai souvent \u00e0 elle !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Gaspart, dimanche 26 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je viens de faire des adieux touchants \u00e0 Bebelle ; combien de fois nous sommes-nous \u00e9treints et embrass\u00e9s ! De 15 jours au moins je ne la verrai plus, quelle terrible s\u00e9paration apr\u00e8s huit jours d&rsquo;une si douce intimit\u00e9 ! La semaine qui vient de finir a \u00e9t\u00e9 la meilleure de ma vie apr\u00e8s celle de ma premi\u00e8re communion. Nous sommes all\u00e9s ce matin \u00e0 la messe de 11 heures \u00e0 Grenade-sur-Garonne ; nous ne sommes pas sortis de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous avons pass\u00e9 notre temps \u00e0 tirer au pistolet et \u00e0 la carabine. Le soir apr\u00e8s diner je me prom\u00e8ne dans le parc avec ma d\u00e9licieuse fianc\u00e9e et nous nous faisons nos adieux, nous promettant de nous \u00e9crire tous les jours. Pauvre Bebelle, quel vide elle va laisser en moi !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nos fian\u00e7ailles sont annonc\u00e9es dans <em>L\u2019Express du Midi<\/em> d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 30 juillet 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 27 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 Gaspart ce matin avant 6 heures, Albert et Mme Tournamille m\u2019ont accompagn\u00e9 en auto \u00e0 la gare de Grisolles d\u2019o\u00f9 je suis parti \u00e0 6h15 pour Vin\u00e7a par Montauban, Castres, B\u00e9darieux, B\u00e9ziers, Narbonne et Perpignan. Je n\u2019arrive ici qu\u2019\u00e0 8h22 du soir, c\u2019est donc une journ\u00e9e compl\u00e8te de voyage par une chaleur torride. En passant \u00e0 Albine, M. du Lac et Fran\u00e7ois m\u2019ont remis 2 photos de Gabrielle, elles sont fort bien et me font grand plaisir. Pauvre petite fianc\u00e9e ; dire que je ne la reverrai pas de 15 jours au moins ! En cours de route, je lui envoie 3 cartes postales. J\u2019ai d\u00fb passer par la ligne de Montauban-B\u00e9darieux \u00e0 cause de mon billet de retour de station thermale qui \u00e9tait par cette ligne et aussi \u00e0 cause de la n\u00e9cessit\u00e9 de reprendre ma malle en passant \u00e0 Albine. Nos fian\u00e7ailles paraissent dans <em>Le Ralliement<\/em> de Montauban.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 28 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ici tout le monde me f\u00e9licite, comme aussi \u00e0 Vin\u00e7a ; cette alliance, qui \u00e9tait si naturelle, pla\u00eet beaucoup. J\u2019\u00e9cris \u00e0 Bebelle. Je montre ses photographies aux personnes qui viennent me f\u00e9liciter. <em>Le Roussillon<\/em> publie nos fian\u00e7ailles dans des termes vraiment trop aimables.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080728.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"527\" height=\"610\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080728.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-539\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080728.jpg 527w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080728-259x300.jpg 259w\" sizes=\"auto, (max-width: 527px) 100vw, 527px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse de l&rsquo;annonce des fian\u00e7ailles d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et de Gabrielle du Lac dans le <em>Roussillon <\/em>du 28 juillet 1908, coll\u00e9e dans le journal \u00e0 la date du 28 juillet 1908<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous d\u00e9cidons de partir vendredi pour Saint-Mihiel&nbsp;; le mariage de Madeleine est fix\u00e9 \u00e0 jeudi prochain 6 ao\u00fbt. Nous allons passer 3 jours \u00e0 Paris o\u00f9 nous avons divers achats \u00e0 faire, tant en vue du mariage de Madeleine que du mien. Ensuite, je reviendrai aupr\u00e8s de ma fianc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 29 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe la journ\u00e9e \u00e0 Ille. Je rentre ici en voiture \u00e0 6h du soir. J\u2019apprends qu\u2019un soci\u00e9taire auquel je m\u2019int\u00e9ressais beaucoup est mort, on l\u2019enterre demain matin. Ce pauvre homme \u00e9tait mari\u00e9 civilement seulement et j\u2019avais d\u00fb user de toute mon influence pour l\u2019amener \u00e0 r\u00e9gulariser sa situation ; M. le vicaire m\u2019avait beaucoup aid\u00e9 ; nous avions pri\u00e9 Notre-Dame de Lourdes et, pendant mon s\u00e9jour \u00e0 la M\u00e9tairie-Grande, j\u2019ai eu la satisfaction d\u2019apprendre qu\u2019il s\u2019\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 se marier sur son lit d\u2019h\u00f4pital ; ainsi, on \u00e9vite un enterrement civil auquel j\u2019aurais d\u00fb emp\u00eacher la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019assister. Je re\u00e7ois une lettre affectueuse autant que possible de Bebelle ; elle me prodigue les mots d\u2019amiti\u00e9 les plus doux ; quelle gentille enfant, comme je l\u2019aime d\u00e9j\u00e0 et comme nous nous aimerons ! Nos fian\u00e7ailles paraissent dans <em>Le Soleil<\/em> et dans <em>Le Gaulois<\/em> ; tous les journaux mondains vont, sans doute, les annoncer aussi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 30 juillet 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste, avec la d\u00e9l\u00e9gation de la Soci\u00e9t\u00e9, aux obs\u00e8ques de Parent Fran\u00e7ois ; dans mes remerciements au cimeti\u00e8re, je fais allusion \u2013 tr\u00e8s discr\u00e8tement \u2013 \u00e0 sa conversion, aux derniers sacrements qu\u2019il a re\u00e7us. J\u2019\u00e9cris encore des masses de cartes et de lettres. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Ille en voiture, pour diverses commissions. Je re\u00e7ois une charmante lettre de Bebelle, elle a \u00e9crit aussi une tr\u00e8s gentille lettre \u00e0 Mana ; elle nous demande \u00e0 tous instamment d\u2019arranger les choses pour que je revienne le plus t\u00f4t possible aupr\u00e8s d\u2019elle ; je le d\u00e9sire autant qu\u2019elle ! Elle me dit qu\u2019elle a beaucoup pleur\u00e9 au moment de mon d\u00e9part de Gaspart et en se retrouvant sans moi \u00e0 la M\u00e9tairie Grande ; pauvre chatte, comme il me tarde de la serrer dans mes bras ! Nous regardons tous les soirs, l\u2019un et l\u2019autre, une \u00e9toile de la Grande Ourse ; ainsi, nos regards se croisent \u00e0 travers l\u2019espace.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ao\u00fbt 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 ao\u00fbt 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, samedi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"710\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie-710x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-570\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie-710x1024.jpg 710w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie-208x300.jpg 208w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie-768x1108.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie-1065x1536.jpg 1065w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie-1420x2048.jpg 1420w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_170430-Copie.jpg 1611w\" sizes=\"auto, (max-width: 710px) 100vw, 710px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Clich\u00e9 Pierre Petit, Paris, 1er ao\u00fbt 1908 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en voyage. Partis tous trois \u2013 Papa, Mana et moi \u2013 de Vin\u00e7a \u00e0 1h10, nous sommes arriv\u00e9s ce matin \u00e0 Paris \u00e0 9h (Quai d\u2019Orsay) ; en voyage, nous avons rencontr\u00e9 diff\u00e9rentes personnes, notamment \u00e0 Perpignan Ren\u00e9 de Chefdebien et sa femme, mes futurs voisins, et \u00e0 Narbonne l\u2019abb\u00e9 de Llobet mon futur oncle ; il revenait du Castelet et nous a donn\u00e9 des nouvelles un peu meilleures, mais pas encore rassurantes, de la sant\u00e9 de la plus jeune fille de M. Charles de Llobet<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\">[37]<\/a>, Germaine, qui a une m\u00e9ningite ; Bebelle, Albert et Mme du Lac y sont pass\u00e9s en revenant de Toulouse mardi. Je re\u00e7ois tous les jours un mot \u2013 carte ou lettre \u2013 de ma gentille fianc\u00e9e, je lui \u00e9cris tous les jours aussi ; ainsi le temps passe peu \u00e0 peu. Ici j\u2019emploie bien ma journ\u00e9e ; je d\u00e9jeune avec Xavier, je me fais photographier chez Petit, j\u2019entre un moment \u00e0 l\u2019Action Fran\u00e7aise, et je fais diverses commissions et achats avec Papa et Mana accompagn\u00e9s de Tata Mimi ; nous achetons 10 m\u00e8tres de dentelle blanche en point d\u2019Angleterre que j\u2019offre \u00e0 Bebelle pour sa corbeille de mari\u00e9e, je les lui fais exp\u00e9dier ; nous les achetons au magasin de la Compagnie des Indes. Nous choisissons aussi chez Anger notre cadeau \u00e0 Magdeleine \u00e0 l\u2019occasion de son mariage, c\u2019est un plat \u00e0 cr\u00e8me Louis XVI en argent avec cuiller assortie. Le soir, j\u2019\u00e9prouve imp\u00e9rieusement le besoin de dormir apr\u00e8s une nuit de voyage&#8230; Des \u00e9v\u00e9nements politiques importants se sont produits : bagarres sanglantes \u00e0 Vigneux entre gr\u00e9vistes et troupes&nbsp;; \u00e0 Paris, arrestation de tous les meneurs de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail, mais je ne m\u2019en occupe pas, j\u2019ai \u00e0 peine le temps de jeter un coup-d\u2019\u0153il sur les journaux. Les Civelli, \u00e0 qui je montre la photo de Bebelle, la trouvent ravissante ; oui, elle me fait honneur ma ch\u00e8re fianc\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, dimanche 2 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 la Madeleine pour gagner l\u2019indulgence de la portioncule. Je me repose le reste de la matin\u00e9e. Nous invitons les Civelli (tous les 4) \u00e0 d\u00e9jeuner au Duval de la Madeleine tout simplement, sans c\u00e9r\u00e9monie. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous visitons le Mus\u00e9e Guimet o\u00f9 il y a de superbes collections d\u2019antiquit\u00e9s chinoises, japonaises, hindoues, \u00e9gyptiennes etc. on y remarque les momies, r\u00e9cemment d\u00e9couvertes, du moine S\u00e9rapion et de Tha\u00efs ; ensuite, nous visitons l\u2019exposition du mobilier au Grand Palais. Nous d\u00eenons au Grand Duval et allons, le soir, \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 Notre-Dame des Victoires. D\u00e9j\u00e0 15 jours que je suis fianc\u00e9 ; mais h\u00e9las aussi, 8 jours que je n\u2019ai vu Bebelle ; il me tarde \u00e9norm\u00e9ment de la revoir, pauvre ch\u00e9rie ! Et dire que je ne la reverrai pas de pr\u00e8s de 15 jours encore ; comme je trouve le temps long sans elle, pauvre petite chatte, si gentille, si affectueuse !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 ao\u00fbt 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, lundi 3 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale du Travail a donn\u00e9 pour mot d\u2019ordre \u00e0 la classe ouvri\u00e8re de faire aujourd\u2019hui une gr\u00e8ve g\u00e9n\u00e9rale ; eh bien, c\u2019est un four complet ; on ne le saurait pas qu\u2019on ne s\u2019en douterait nullement ; Paris a son aspect habituel, voitures, tramways, camions, etc. circulent comme toujours&nbsp;; seuls les journaux n\u2019ont pas tous paru. Vrai, la C. G. T. n&rsquo;a pas l\u2019influence dont elle se flatte ! Je cours toute la journ\u00e9e, je fais tout le temps des commissions, des achats en vue du mariage de Madeleine d\u2019abord, puis du mien. J\u2019offre \u00e0 Madeleine un ravissant service de 6 verres avec un flacon, le tout en cristal et argent dor\u00e9. Nous choisissons pour la corbeille de Gabrielle une \u00e9tole compos\u00e9e de deux superbes renards blancs, et un manchon pareil, chez Bordage rue du Faubourg Saint-Honor\u00e9 ; comme cette belle fourrure la parera bien, ma Bebelle ch\u00e9rie ! Je re\u00e7ois aujourd\u2019hui 2 lettres d\u2019elle. Il y a d\u00e9j\u00e0 8 jours que je l\u2019ai quitt\u00e9e et il me tarde de plus en plus de la revoir ; matin et soir je couvre de baisers sa photographie, pauvre fianc\u00e9e ch\u00e9rie, qui est si loin de moi !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Saint-Mihiel (Meuse), mardi 4 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute la matin\u00e9e et une bonne partie de l\u2019apr\u00e8s-midi, je cours dans Paris. \u00c0 5h15, nous partons de la gare de l\u2019est et le rapide nous laisse \u00e0 Bar-le-Duc, nous changeons encore \u00e0 L\u00e9rouville et arrivons ici \u00e0 10h \u00bd ; l\u2019oncle Xavier a retenu nos chambres \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Cygne. Tata Mimi, qui est encore en froid avec l\u2019oncle Xavier, ne se consid\u00e8re pas comme suffisamment invit\u00e9e et elle ne vient pas au mariage de Magdeleine, elle nous a accompagn\u00e9s \u00e0 la gare de l\u2019Est. J\u2019esp\u00e8re trouver demain, chez l\u2019oncle Xavier, des nouvelles de Bebelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Saint-Mihiel, mercredi 5 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henri de Lavergne arrive ce matin. D\u00e9jeuner au ch\u00e2teau de Bugn\u00e9vaux, \u00e0 11 heures \u00bd ou midi&nbsp;; je fais la connaissance de notre futur cousin de Rodellec, joli gar\u00e7on, gai et entrain, sorti de Saint-Cyr ; je vois aussi une partie de sa famille ; ils ont les m\u00eames principes que nous, c\u2019est une famille des plus distingu\u00e9es, et des plus aristocratiques. L\u2019apr\u00e8s-midi a lieu, dans la plus grande simplicit\u00e9, le mariage \u00e0 la mairie ; je n\u2019y assiste m\u00eame pas. \u00c0 8 heures du soir, grand d\u00eener de 32 couverts, suivi d\u2019une soir\u00e9e simple et intime, jusqu\u2019\u00e0 11 heures \u00bc environ. Le temps est d\u00e9plorable, il a plu presque toute la journ\u00e9e. L\u2019oncle Xavier est admirablement install\u00e9 dans ce ch\u00e2teau de Bugn\u00e9vaux entour\u00e9 d\u2019un grand parc. Je ne prends pas beaucoup de plaisir \u00e0 ces f\u00eates, sans ma fianc\u00e9e \u00e0 laquelle je pense tout le temps.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Saint-Mihiel, jeudi 6 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Grand jour pour notre famille ! Le mariage religieux a lieu \u00e0 11 heures \u00e0 l\u2019\u00e9glise Saint-\u00c9tienne ; le cort\u00e8ge n\u2019est pas tr\u00e8s nombreux, mais il est tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gant et surtout tr\u00e8s select ; comme de juste les uniformes dominent, surtout les uniformes rouge et bleu p\u00e2le de la cavalerie l\u00e9g\u00e8re. Les t\u00e9moins sont, pour Henri de Rodellec, son fr\u00e8re le comte de Rodellec du Porzic et son colonel le colonel Renard du 12<sup>\u00e8me<\/sup> chasseurs ; pour Madeleine, Papa et le g\u00e9n\u00e9ral Courbebaisse. Les demoiselles d\u2019honneur sont Jeanne Courbebaisse, Mlle Marielle de Ferr\u00e9, Mesdemoiselles Anne et Paule de Rodellec, c\u2019est cette derni\u00e8re que j\u2019accompagnais, sixi\u00e8me et derni\u00e8re fois que j\u2019accomplis ces importantes fonctions (!) ; Magdeleine est radieuse. L\u2019assistance se compose d\u2019une grande partie de la nombreuse garnison de Saint-Mihiel. Apr\u00e8s la messe, \u00e0 Bugn\u00e9vaux lunch debout pour les invit\u00e9s \u00e0 la messe et assis pour les personnes du cort\u00e8ge. Le lunch debout est tr\u00e8s nombreux. On admire beaucoup l\u2019exposition des cadeaux ; il y en a de tr\u00e8s beaux. Les officiers du 150<sup>e<\/sup> d\u2019infanterie ont envoy\u00e9 une superbe gerbe de fleurs \u00e0 la fille de leur colonel, les sous-officiers une gerbe plus modeste. Les officiers du 12<sup>\u00e8me<\/sup> chasseurs ont fait aussi un cadeau. Enfin, au retour de l\u2019\u00e9glise, Magdeleine a eu l\u2019agr\u00e9able surprise d\u2019entrer dans la maison entre une haie de 12 soldats porteurs de bouquets ; ces soldats repr\u00e9sentaient chacun une compagnie du r\u00e9giment de son p\u00e8re ; \u00e0 leur t\u00eate, un sous-officier a tourn\u00e9 un joli compliment \u00e0 la mari\u00e9e qui leur a serr\u00e9 la main \u00e0 tous ; c\u2019est une bien d\u00e9licate attention. Tout est fini d\u2019assez bonne heure et le jeune m\u00e9nage part pour la Suisse. \u00c7\u2019a a \u00e9t\u00e9 un bien grand regret pour Marie-Th\u00e9r\u00e8se et pour Philom\u00e8ne de ne pouvoir venir, mais dans leur \u00e9tat c\u2019\u00e9tait impossible ; du moins Henri de Lavergne rempla\u00e7ait sa femme. Ce soir d\u00eener intime en famille. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, Maurice nous fait faire une petite promenade en auto autour de Saint-Mihiel. Ce mariage, le dernier auquel j\u2019assiste avant le mien, \u00e9tait pour moi une vraie r\u00e9p\u00e9tition g\u00e9n\u00e9rale ! Je vais le raconter tout de suite \u00e0 ma fianc\u00e9e, car laissant ici Papa et Maman qui veulent se promener un peu dans le pays et notamment aller \u00e0 Strasbourg, je compte repartir d\u00e8s demain et embrasser Bebelle apr\u00e8s-demain ; ce retour aupr\u00e8s de ma fianc\u00e9e ch\u00e9rie vaut bien toutes les excursions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, samedi 8 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier parce que j\u2019\u00e9tais en chemin de fer. Apr\u00e8s avoir d\u00e9jeun\u00e9, hier matin, \u00e0 Bugn\u00e9vaux, j\u2019ai quitt\u00e9 Saint-Mihiel par le train de 1h15 avec Henri de Lavergne qui rentrait \u00e0 La Motte ; nous avons pris \u00e0 Commercy le rapide de 2h20 et nous sommes arriv\u00e9s \u00e0 Paris Est \u00e0 6h38 ; nous avons travers\u00e9 Paris, d\u00een\u00e9 ensemble aux environs de la gare du Quai d\u2019Orsay, puis je l\u2019ai laiss\u00e9 et j\u2019ai pris l\u2019express de 8h35 direction Toulouse ; j\u2019ai fort bien dormi en wagon. Arriv\u00e9 \u00e0 Montauban \u00e0 7h44 ce matin, j\u2019en suis reparti \u00e0 8h2 et suis arriv\u00e9 \u00e0 Albine \u00e0 midi 10, apr\u00e8s avoir parcouru, en 23 heures, plus de 1000 kilom\u00e8tres. Bebelle, avec ses fr\u00e8res, m\u2019attendait \u00e0 la gare. Avec quelle joie je l\u2019ai retrouv\u00e9e, avec quels transports je l\u2019ai embrass\u00e9e cette ch\u00e8re fianc\u00e9e \u00e0 laquelle je n\u2019ai cess\u00e9 de penser pendant cette s\u00e9paration de 15 jours ! Le soir, nous nous promenons ensemble du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Albine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, dimanche 9 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de 9h \u00bd \u00e0 Albine ; je suis le point de mire de tous ! L\u2019apr\u00e8s-midi, il y a plusieurs visites des De Lacaze, De Saint-Martin, M. Alban Jamme de Lagoutine. Comme Bebelle, Mme du Lac, Albert et moi devons partir demain pour Toulouse d&rsquo;assez bonne heure, nous nous couchons assez t\u00f4t. Bebelle doit essayer sa toilette de mari\u00e9e et plusieurs autres v\u00eatements ; nous rentrerons ici mardi&nbsp;; \u00e0 moins que Maman ne m\u2019\u00e9crive qu\u2019elle passera \u00e0 Toulouse mercredi ; dans ce dernier cas je ne rentrerais pas.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 10 au 16 ao\u00fbt 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Toulouse, lundi 10 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 la M\u00e9tairie Grande ce matin \u00e0 7h \u00bd en auto ; nous avons fait une halte d\u2019une demi-heure environ au Castelet, ch\u00e2teau de M. Charles de Llobet ; nous y avons trouv\u00e9 le chanoine de Llobet et Mlle Augustine&nbsp;; la petite Germaine, qui a \u00e9t\u00e9 si malade, est heureusement en pleine convalescence. Nous arrivons \u00e0 Toulouse vers 11 heures ; Bebelle passe son apr\u00e8s-midi \u00e0 des essayages ; elle essaye sa robe de mari\u00e9e, je la vois, elle est tr\u00e8s bien&nbsp;; au corsage, on va mettre les dentelles en point d\u2019Angleterre que je lui ai envoy\u00e9es de Paris&nbsp;; comme il me tarde, pauvre ch\u00e9rie, de la voir dans cette tenue \u00e0 mon bras ! Je vais voir M. Vaqui\u00e9&nbsp;; je vois aussi M. l\u2019abb\u00e9 Latour \u00e0 qui j\u2019avais donn\u00e9 rendez-vous, je lui pr\u00e9sente ma fianc\u00e9e. Le soir, avec Madame du Lac et Gabrielle, nous allons entendre la musique \u00e0 l\u2019Exposition.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Toulouse, mardi 11 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 Saint-J\u00e9r\u00f4me en l\u2019honneur de la f\u00eate de Sainte Philom\u00e8ne et de Sainte Suzanne. \u00c0 11 heures, j\u2019assiste \u00e0 un second essayage de la robe de mari\u00e9e de Bebelle. L\u2019apr\u00e8s-midi, Madame Tournamille vient ici et nous faisons des courses ensemble. Nous devions repartir ce soir, mais il y a quelques r\u00e9parations \u00e0 faire \u00e0 l\u2019automobile et elles ne sont pas tout \u00e0 fait achev\u00e9es ; nous ne repartirons donc que demain matin. Moi, je resterai peut-\u00eatre, si je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de Maman me disant qu\u2019elle passera ici dans la journ\u00e9e. Bebelle a eu son mal \u00e0 la gorge ce soir et je lui pr\u00e9pare des rem\u00e8des hom\u00e9opathiques ; c\u2019est la premi\u00e8re fois que je la soigne, pauvre chatte ; avec quelle joie je le fais !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, samedi 12 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ne recevant rien de Maman, je me d\u00e9cide \u00e0 quitter Toulouse ; nous partons \u00e0 10h \u00bc en auto et arrivons ici vers 1 heure. Je trouve un volumineux courrier et notamment une carte postale de Maman, dat\u00e9e de Strasbourg, m\u2019annon\u00e7ant qu\u2019elle va avec Papa visiter Baden-Baden&nbsp;; cela m\u2019explique son retard \u00e0 venir, et j\u2019ai bien fait de rentrer&nbsp;; elle viendra ici vendredi, samedi et dimanche pour causer avec Mme du Lac et prendre les dispositions en vue du mariage ; ensuite, nous irons ensemble \u00e0 Biarritz choisir, chez Laugier, diff\u00e9rents cadeaux pour Bebelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, jeudi 13 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman devait arriver demain, une lettre d\u2019elle \u00e9crite de Strasbourg \u00e0 Madame du Lac le confirme, mais voil\u00e0 que M. du Lac s\u2019est trouv\u00e9 tr\u00e8s souffrant ce matin&nbsp;; le m\u00e9decin appel\u00e9 a reconnu un commencement de congestion pulmonaire ; dans ces conditions la pr\u00e9sence de Maman ici d\u00e9rangerait Madame du Lac et, malgr\u00e9 les instances aimables de celle-ci, je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Maman de ne pas arriver demain ; je lui dis que je la rejoindrai demain \u00e0 Toulouse, que nous irons ensemble \u00e0 Biarritz, comme c\u2019\u00e9tait notre premier projet, puis que nous repasserons ici apr\u00e8s le s\u00e9jour \u00e0 Biarritz si M. du Lac va mieux. Quel contretemps ! Albert allait demain matin en automobile \u00e0 Gaspart, je profiterai de sa voiture pour aller \u00e0 Toulouse&nbsp;; j\u2019y serai vers midi et je pense que je serai le soir m\u00eame avec Maman, soit \u00e0 Lourdes soit \u00e0 Biarritz.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, vendredi 14 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le m\u00e9decin venu ce matin voir M. du Lac l\u2019a trouv\u00e9 un tout petit mieux, mais la fluxion de poitrine est bien d\u00e9clar\u00e9e. Je pars \u00e0 9h10 environ en auto avec Albert et Fran\u00e7ois qui vont \u00e0 Gaspart pour l\u2019ouverture de la chasse ; nous passons par Castres et Revel, nous crevons \u00e0 15 kilom\u00e8tres de Toulouse ; je rejoins Maman vers midi \u00bd \u00e0 la gare de Toulouse, elle avait re\u00e7u ma d\u00e9p\u00eache. Il y a \u00e0 gare une affluence \u00e9norme et apr\u00e8s une longue attente nous finissons par prendre \u00e0 2 heures un train suppl\u00e9mentaire qu\u2019on a d\u00fb former ; nous arrivons ici vers 7h&nbsp;; les h\u00f4tels sont bond\u00e9s, mais nous r\u00e9ussissons \u00e0 nous loger dans une chambre \u00e0 2 lits place du Marcadal ; nous ne passerons que la journ\u00e9e de demain, car le but de notre voyage est Biarritz o\u00f9 nous devons choisir plusieurs bijoux de la corbeille de noces que j\u2019offrirai \u00e0 Bebelle. Il pleut.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lourdes, samedi 15 ao\u00fbt 1908 (Assomption)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me confesse et fais la sainte communion. Il pleut, la foule est \u00e9norme ; il y a des p\u00e8lerinages de Bordeaux, Strasbourg, Colmar, Roubaix, d\u2019\u00c9cosse, de Croatie et le p\u00e8lerinage national italien qui a le mauvais go\u00fbt d\u2019arborer, \u00e0 la procession du Saint-Sacrement, un drapeau italien avec l\u2019\u00e9cusson de la Maison de Savoie ; que dirait Pie IX si, du haut du ciel, il voyait cela ? Nous rencontrons des personnes de connaissance, d\u2019abord Margot et sa s\u0153ur Aliette des Cordes, puis l\u2019abb\u00e9 Latour que Maman avait vu hier \u00e0 la gare de Toulouse (nous l\u2019invitons \u00e0 d\u00e9jeuner), le chanoine Crosnier et le P. Corbill\u00e9, d\u2019Angers. Nous repartons \u00e0 5h \u00bd et sommes \u00e0 Biarritz \u00e0 10 heures environ du soir ; il n\u2019y a pas de place ce soir \u00e0 l\u2019H\u00f4tel d\u2019Europe et nous allons, pour la nuit, \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Louvre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Biarritz, dimanche 16 ao\u00fbt 1908 (Assomption)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne un peu, dans la matin\u00e9e, dans ce cher Biarritz o\u00f9 je n\u2019\u00e9tais pas venu depuis plus de 3 ans ; il y a eu peu de changement, toujours des am\u00e9liorations ! Quelle charmante station ! Si je pouvais y venir un peu avec Bebelle, ce serait le paradis sur terre ; mais sans elle, je sens un grand vide ; elle me manque d\u00e9j\u00e0 beaucoup la pauvre ch\u00e8re enfant ! Mais c\u2019est pour elle que je suis ici. Elle m\u2019\u00e9crit que son p\u00e8re va mieux. Nous allons \u00e0 la messe et au salut \u00e0 Sainte-Eug\u00e9nie ; nous nous installons pour 2 jours \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de l\u2019Europe. Je passe une partie de l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 la grande plage ; que de souvenirs d\u2019enfance ! Le soir, je vais voir jouer, au casino, par une troupe de vaudeville <em>Un divorce<\/em>, la belle et substantielle pi\u00e8ce de Bourget extraite de son roman, le grand succ\u00e8s de la saison derni\u00e8re ; la troupe est excellente, la pi\u00e8ce admirable ; elle a d\u00e9j\u00e0 fait et elle est appel\u00e9e \u00e0 faire beaucoup de bien, c\u2019est la v\u00e9rit\u00e9 du mariage tel que l\u2019autorise l\u2019\u00c9glise affirm\u00e9e contre les fausses th\u00e9ories du divorce et de l\u2019union libre que Bourget confond, avec raison, dans une m\u00eame r\u00e9probation, car leur principe est le m\u00eame : la recherche unique du bonheur individuel sans se pr\u00e9occuper de la famille et de la soci\u00e9t\u00e9. Et ce n\u2019est pas une pi\u00e8ce \u00e0 th\u00e8se, la th\u00e8se jaillit de la situation.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Divorce0009.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Divorce0009-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-541\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Divorce0009-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Divorce0009-225x300.jpg 225w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Divorce0009.jpg 960w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de l&rsquo;adaptation th\u00e9\u00e2trale du roman de Paul Bourget <em>Un divorce<\/em> en 1904 (Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch vit celle r\u00e9alis\u00e9e en 1908 par le Th\u00e9\u00e2tre du Vaudeville, curieux pr\u00e9monitoire alors qu&rsquo;il pr\u00e9parait son prochain mariage, ce dernier devant finir en divorce en 1937) \u2013 Clich\u00e9 anonyme, \u00ab&nbsp;Un divorce (pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre)&nbsp;\u00bb,&nbsp;<em>L&rsquo;Illustration Th\u00e9\u00e2trale<\/em>, Paris,&nbsp;n<sup>o<\/sup>&nbsp;86,\u200e&nbsp;4 avril 1903,&nbsp;p.&nbsp;22 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 ao\u00fbt 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Toulouse, lundi 17 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Triste, bien triste nouvelle, ce matin \u00e0 Biarritz je re\u00e7ois une d\u00e9p\u00eache de Gabrielle m\u2019annon\u00e7ant la mort de son p\u00e8re ; choisissant imm\u00e9diatement chez Laugier les bijoux de la corbeille de ma pauvre fianc\u00e9e je prends le premier train, je rencontre en route M. Joseph de Llobet ; ensemble, nous arrivons ici o\u00f9 nous allons dormir quelques heures \u00e0 l\u2019H\u00f4tel de la Poste ; nous serons demain matin avant 8 heures \u00e0 Albine, les obs\u00e8ques sont \u00e0 2 heures. Quel lendemain de fian\u00e7ailles ! Et dire qu\u2019il y a un mois aujourd\u2019hui que j\u2019ai re\u00e7u la r\u00e9ponse d\u00e9finitive de Gabrielle ! Quel mariage si triste va \u00eatre le n\u00f4tre ! Adieu tous les projets de f\u00eate ! Apr\u00e8s tout nous serons aussi bien mari\u00e9s ; je ne demande qu\u2019une chose c\u2019est qu\u2019on ne retarde pas le mariage. Pauvre M. du Lac, il \u00e9tait si bon ; sa mort me contriste beaucoup ; d\u2019abord \u00e0 cause du vif chagrin que doit \u00e9prouver ma fianc\u00e9e, et aussi parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 parfait pour moi, m\u2019avait accueilli comme un fils. Il me tarde de serrer Bebelle dans mes bras et de la consoler de mon mieux ; pauvre ch\u00e9rie !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mardi 18 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je repars de Toulouse \u00e0 3h45 apr\u00e8s 3 heures environ de sommeil et j\u2019arrive ici \u00e0 7h52 apr\u00e8s avoir rejoint en route, outre M. Joseph de Llobet, M. Charles et Mlle Augustine. Quand j\u2019arrive devant Bebelle et que je l\u2019embrasse, elle \u00e9clate en sanglots dans mes bras, je la console de mon mieux ; c\u2019est moi d\u00e9sormais qui la prot\u00e9gerai, qui serai son p\u00e8re. Je peux voir encore le visage du pauvre M. du Lac qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 mis en bi\u00e8re. Je prie pour lui ; le pauvre homme je lui dois bien de la reconnaissance car il m\u2019avait donn\u00e9 ce qu\u2019il avait de plus pr\u00e9cieux, sa fille. Je suis tr\u00e8s \u00e9mu. On me pr\u00e9sente \u00e0 plusieurs membres de ma future famille que je ne connaissais pas encore, M. Gaston du Lac, Mme de Gineste, M. d\u2019Andoque etc. Il para\u00eet que M. du Lac, qui allait beaucoup mieux dimanche, est mort tout \u00e0 coup dimanche soir en une demi-heure d\u2019une crise d\u2019\u00e9touffement due probablement \u00e0 une embolie, comme le pauvre Bon Papa ; c\u2019\u00e9tait vers 8 heures du soir ; et dire qu\u2019\u00e0 cette heure-l\u00e0, o\u00f9 Bebelle se d\u00e9sesp\u00e9rait, j\u2019\u00e9tais au casino de Biarritz ! Ah si j\u2019avais pu deviner ! Les obs\u00e8ques ont lieu \u00e0 2 heures \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Sauveterre, cette \u00e9glise o\u00f9 je croyais ne revenir que pour mon mariage. Gabrielle pleure \u00e0 chaudes larmes en y entrant et moi, en la voyant pleurer et en pensant au malheur qui vient de s\u2019abattre sur nous pendant nos fian\u00e7ailles, j\u2019ai grand peine \u00e0 retenir les miennes. Les fun\u00e9railles sont imposantes, il y a beaucoup de monde, les 2 Chefdebien (Ren\u00e9 et Odon), le marquis et la marquise d\u2019Haussillon<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\">[38]<\/a> etc. etc. Je ne connais pas la plupart. M. Gaston du Lac, qui conduit le deuil, veut absolument que je sois au deuil comme si j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 le gendre du pauvre d\u00e9funt. On dira une messe demain matin ; ce soir, on enterre le pauvre M. du Lac dans le petit cimeti\u00e8re de Sauveterre apr\u00e8s les pri\u00e8res et les absoutes \u00e0 l\u2019\u00e9glise. Tout est fini \u00e0 4 heures environ. Quelle p\u00e9nible journ\u00e9e moins d\u2019un mois apr\u00e8s mes fian\u00e7ailles !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mercredi 19 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un mois aujourd\u2019hui que je suis fianc\u00e9 ; le pauvre M. du Lac \u00e9tait venu m\u2019attendre \u00e0 la gare. Ce matin nous assistons \u00e0 9h \u00e0 Sauveterre, \u00e0 la messe de deuil ; nous allons ensuite prier sur la tombe du pauvre d\u00e9funt. Je n\u2019ose pas parler de la date du mariage apr\u00e8s le malheur qui vient d\u2019arriver. Nous en causons cependant un instant Mme du Lac et moi et je constate avec plaisir qu\u2019elle ne songe pas \u00e0 retarder le mariage comme je l\u2019avais craint ; c\u2019est probablement le 29 septembre que j\u2019\u00e9changerai, avec Bebelle les serments d\u00e9finitifs ; mais il serait trop triste de c\u00e9l\u00e9brer le mariage dans l\u2019\u00e9glise de Sauveterre et Mme du Lac parle de le c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 Perpignan ; ni mes parents ni moi n\u2019y verrons d\u2019inconv\u00e9nient, bien au contraire ! Plusieurs parents partent aujourd\u2019hui ; moi je partirai demain ne voulant pas \u00eatre ici pendant qu\u2019on r\u00e8glera des questions d\u2019int\u00e9r\u00eat. Bebelle est furieuse que je parte, mais je ne peux vraiment pas faire autrement, par discr\u00e9tion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, jeudi 20 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 partir \u00e0 midi 9, mais on a d\u00e9jeun\u00e9 un peu tard et j\u2019ai manqu\u00e9 le train. Bebelle en a \u00e9t\u00e9 ravie car elle avait \u00e9norm\u00e9ment insist\u00e9 pour que je reste ; je lui avais fait comprendre tout doucement que je devais partir ; je fais contre mauvaise fortune bon c\u0153ur et je passe avec grand plaisir une journ\u00e9e de plus aupr\u00e8s de ma ch\u00e8re fianc\u00e9e. Nous nous promenons ensemble avec Henry dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Bebelle et moi sommes tout le temps ensemble, nous ne nous quittons pas d\u2019une semelle. Comme cette ch\u00e8re enfant est d\u00e9j\u00e0 entr\u00e9e dans ma vie !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 21 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, \u00e0 la M\u00e9tairie Grande, en allant accompagner, avec Bebelle et Fran\u00e7ois, Henry \u00e0 la gare, je suis tout surpris de voir Papa descendre du train. Passant \u00e0 proximit\u00e9, \u00e0 son retour de Dijon, il est venu faire une visite de condol\u00e9ances, mais il ne reste pas longtemps parce que les Du Lac sont en affaires et nous partons ensemble \u00e0 midi 9. Papa s\u2019arr\u00eate \u00e0 Lamalou o\u00f9 il avait couch\u00e9 et o\u00f9 il a sa malle et je continue sur Vin\u00e7a o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 8 heures 22 du soir. De B\u00e9darieux \u00e0 B\u00e9ziers, j\u2019ai voyag\u00e9 avec ma future belle-s\u0153ur Mme Gaston du Lac, une femme tr\u00e8s aimable. Papa a pu s\u2019entretenir un petit moment avec Mme du Lac, et il a \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s convenu que le mariage aurait lieu le 29 septembre \u00e0 Perpignan ; Mme du Lac trouverait trop triste de le faire \u00e0 Sauveterre. Je suis bien heureux qu\u2019on ne le retarde pas et quant \u00e0 la solennit\u00e9, il n\u2019y en aura aucune, mais je ne la regrette pas beaucoup et nous serons aussi bien mari\u00e9s. Je trouve ici Maman qui est arriv\u00e9e avant-hier de Biarritz et Bonne Maman hier, de Dijon ; Bonne Maman a quitt\u00e9 Papa \u00e0 Lyon. Sur le d\u00e9sir exprim\u00e9 par Bebelle je reviendrai \u00e0 la M\u00e9tairie Grande pour assister \u00e0 la messe de neuvaine qui sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9e \u00e0 la fin de la semaine prochaine pour M. du Lac.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Note parue dans <em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em> du 18 ao\u00fbt&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080821.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"545\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080821-1024x545.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-542\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080821-1024x545.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080821-300x160.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080821-768x409.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/19080821.jpg 1501w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Coupure de presse de <em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em> du 18 ao\u00fbt&nbsp;1908 : note de n\u00e9crologie de Joseph du Lac (coll\u00e9e dans le journal d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch au 21 ao\u00fbt 1908)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 22 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tout le monde ici est au courant du malheur qui vient de jeter un voile de tristesse sur nos fian\u00e7ailles&nbsp;; il para\u00eet, en effet, que <em>L\u2019\u00c9clair de Montpellier<\/em> et <em>Le Roussillon<\/em> ont annonc\u00e9 la mort de M. du Lac. \u00c0 Ille o\u00f9 je vais dans l\u2019apr\u00e8s-midi, c\u2019est la m\u00eame chose. Je reviens d\u2019Ille \u00e0 Vin\u00e7a avec Papa qui arrive de Lamalou o\u00f9 il a couch\u00e9. D\u2019ici \u00e0 Ille, j\u2019ai fait route avec Mme Louis No\u00ebll qui m\u2019a f\u00e9licit\u00e9 beaucoup de mon mariage et m\u2019a dit que Mme de Pallar\u00e8s lui avait, cet hiver, exprim\u00e9 beaucoup de regrets \u00e0 mon sujet. Trop tard, ma vieille, il fallait te d\u00e9cider plus t\u00f4t et maintenant que j\u2019ai ma Bebelle, je ne te regrette pas ! Voici mon long voyage termin\u00e9 ! Il s\u2019est effectu\u00e9 \u00ab&nbsp;par tranches&nbsp;\u00bb et a \u00e9t\u00e9 fertile en incidents qui ont d\u00e9termin\u00e9 des changements. Quel \u00e9t\u00e9 si mouvement\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, dimanche 23 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. Apr\u00e8s v\u00eapres, je me prom\u00e8ne un moment, je vais \u00e0 la Balme. Je re\u00e7ois une lettre de Bebelle et naturellement, je lui \u00e9cris comme tous les jours quand nous ne sommes pas ensemble.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 ao\u00fbt 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, lundi 24 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui exactement le milieu entre le 19 juillet, jour de mes fian\u00e7ailles et le 29 septembre jour fix\u00e9 pour mon mariage, 35 jours de chaque c\u00f4t\u00e9 ; en \u00e9crivant \u00e0 Bebelle je le lui fais remarquer ; elle m\u2019\u00e9crit que la messe de neuvaine pour son p\u00e8re sera c\u00e9l\u00e9br\u00e9e mercredi et elle me demande d\u2019y assister ; je devrai donc repartir demain. Nous allons \u00e0 Perpignan dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous voyons l\u2019abb\u00e9 de Llobet et parlons avec lui de diff\u00e9rentes questions concernant le mariage ; il aura lieu dans la maison de Llobet \u00e0 Perpignan ; la c\u00e9r\u00e9monie religieuse aura lieu \u00e0 la cath\u00e9drale Saint Jean, le mariage civil, selon toutes probabilit\u00e9s, \u00e0 Ille. Nous commandons un petit trousseau pour moi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">B\u00e9darieux, mardi 25 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parti de Vin\u00e7a \u00e0 9 heures, j\u2019ai pass\u00e9 quelques heures \u00e0 Ille pour prendre un bain et pour faire quelques commissions. J\u2019en repars \u00e0 1 heure 25 ; comme l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 pareille \u00e9poque (la premi\u00e8re fois que je suis all\u00e9 \u00e0 la M\u00e9tairie Grande) je couche \u00e0 B\u00e9darieux ; le soir, je vais me faire raser en ville, je tombe sur le m\u00eame coiffeur que l\u2019an dernier ; je ne sais comment, il me reconna\u00eet et, dans son expansion toute m\u00e9ridionale, veut absolument m\u2019accompagner pour me faire visiter une partie de la ville ; je reconnais son amabilit\u00e9 en lui offrant un bock. Demain, j\u2019embrasserai Bebelle ; quel bonheur !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mercredi 26 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars de B\u00e9darieux \u00e0 6h12 ; j\u2019arrive ici \u00e0 8h35 en compagnie du chanoine de Llobet ; le service fun\u00e8bre est \u00e0 10 heures \u00e0 l\u2019\u00e9glise de Sauveterre ; on me pr\u00e9sente \u00e0 Mme Sahuc, s\u0153ur de M. du Lac et \u00e0 sa fille Th\u00e9r\u00e8se ; Mme Charles de Llobet et ses filles sont ici aussi. La plupart des parents repartent le soir. Je retrouve Bebelle plus gentille, plus jolie que jamais. Le Bon Dieu, qui a \u00e9t\u00e9 assez bon pour me la donner, met aujourd\u2019hui mon amour pour elle \u00e0 une rude \u00e9preuve : Bebelle puis sa m\u00e8re m\u2019avertissent loyalement qu\u2019il sera impossible de tenir, relativement \u00e0 la dot de Bebelle, les engagements qui ont \u00e9t\u00e9 pris ; on s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 lui donner, sur la propri\u00e9t\u00e9 de Torreilles, une valeur de 100.000 fr.&nbsp;; or, \u00e0 la suite de la mort de M. du Lac, Mme du Lac me dit qu\u2019elle a reconnu que la loi ne lui permet pas de donner cette dot \u00e0 sa fille ; d\u2019autre part, M. Gaston du Lac et Mme de Gineste, enfants du 1<sup>er<\/sup> lit de M. du Lac, ont des exigences auxquelles on ne s\u2019attendait pas, r\u00e9clamant sur la propri\u00e9t\u00e9 de la Gironde qui ne leur appartient pas mais dont leur p\u00e8re avait la jouissance, 17 ans d\u2019int\u00e9r\u00eats que les autres ne savent comment faire pour leur donner ; je ne crois pas qu\u2019ils aient droit \u00e0 ces int\u00e9r\u00eats. Tout cela amoindrit tr\u00e8s sensiblement la situation des Du Lac et la situation future de Gabrielle. Mme du Lac a charg\u00e9 son fr\u00e8re l\u2019abb\u00e9 d\u2019en avertir Papa ; je sais, par ce que m\u2019a dit &nbsp;Bebelle, qu\u2019elle a envisag\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019une rupture de mes fian\u00e7ailles. Elle me jugeait bien mal et, d\u00e8s qu\u2019elle m\u2019avertit de ces tristes choses, je lui d\u00e9clare spontan\u00e9ment que je suis trop attach\u00e9 \u00e0 Bebelle pour que cela puisse changer mes dispositions \u00e0 son \u00e9gard. Quand ma fianc\u00e9e m\u2019avoue cette crainte de sa m\u00e8re, je la serre dans mes bras et je lui dis, en l\u2019embrassant, de ne rien craindre ; pauvre ch\u00e9rie, je ne pourrais pas vivre sans elle, je l\u2019aime trop ! Mais quelle \u00e9preuve, quelle pr\u00e9occupation le Bon Dieu m\u2019envoie ! Il sera dit que je ne peux pas avoir un mois de bonheur ! J\u2019avais \u00e9t\u00e9 top heureux pendant les 3 premi\u00e8res semaines de mes fian\u00e7ailles&nbsp;; cela ne pouvait pas durer ! Certes, je savais bien que je ne faisais pas un mariage riche, mais je croyais trouver une situation \u00e9quivalente \u00e0 la mienne, et voil\u00e0 que je suis menac\u00e9 de trouver une situation tr\u00e8s inf\u00e9rieure ! Comment ferai-je pour vivre ? Comment mes parents vont-ils prendre la chose ? Je m\u2019efforce de cacher mes pr\u00e9occupations \u00e0 Bebelle, mais je suis bien pr\u00e9occup\u00e9. Il est possible que, lorsque je saurai bien quelle est la situation exacte de Gabrielle, je sois amen\u00e9 \u00e0 modifier mes dispositions pour l\u2019avenir ; je devrai peut-\u00eatre renoncer \u00e0 habiter Perpignan apr\u00e8s mon mariage. Comme ce serait malheureux ! Je suis bien pr\u00e9occup\u00e9, parce que je vois que je n\u2019aurai m\u00eame pas la situation modeste, mais acceptable, sur laquelle je comptais ; et Bebelle a \u00e9t\u00e9 habitu\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 une vie assez large&nbsp;; comment se pliera-t-elle \u00e0 la nouvelle mani\u00e8re de vivre qui va probablement s\u2019imposer \u00e0 nous ? Quelle nouvelle \u00e9preuve le Bon Dieu m\u2019envoie l\u00e0 !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, jeudi 27 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On ne me dit rien aujourd\u2019hui des affaires de famille et je n\u2019en parle pas de mon c\u00f4t\u00e9 ; nous prenons des dispositions en vue du mariage (lettres de faire-part, liste des invit\u00e9s etc.). Tout le monde repart et je suis beaucoup plus libre pour causer avec Bebelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, vendredi 28 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bebelle re\u00e7oit une lettre portant pour adresse : <em>\u00ab Madame Est\u00e8ve de Bosch n\u00e9e du Lac&#8230; \u00bb<\/em> ; c\u2019est un mois trop t\u00f4t&#8230; mais il me tarde bien qu\u2019on puisse l\u2019appeler ainsi. Nous faisons des projets d\u2019avenir, et elle voit l\u2019avenir en rose ; pauvre ch\u00e8re petite, puisse la vie ne lui m\u00e9nager que des joies apr\u00e8s les tristesses de ses fian\u00e7ailles ; sans trop oser le croire, je lui laisse ses illusions ; je ferai tout mon possible pour qu\u2019elles durent longtemps&#8230; Je vais trouver le maire de Sauveterre au sujet des publications \u00e0 la mairie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, samedi 29 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je n\u2019ai plus que 31 jours \u00e0 attendre ; dans un mois je serai, si Dieu le veut, le mari de Bebelle ! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 la mairie de Sauveterre, je donne nos noms et pr\u00e9noms pour les publications et je prends l\u2019\u00e9tat-civil exact de Bebelle qui est celui-ci : \u00ab du Lac Gabrielle Marie, n\u00e9e le 29 mai 1889, fille l\u00e9gitime de du Lac Marie Joseph et de de Llobet Marie-Th\u00e9r\u00e8se. \u00bb Mme Jeanne de Lagoutine vient un moment et nous la raccompagnons en auto \u00e0 la gare de Saint-Amans.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, dimanche 30 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe \u00e0 Albine, il pleut presque toute la journ\u00e9e. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi pendant une \u00e9claircie, visite de Jean-Marie d\u2019Haussillon cousin des Du Lac. Bebelle, Fran\u00e7ois et moi, nous promenons un moment avec lui.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 31 ao\u00fbt 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, lundi 31 ao\u00fbt 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Albert et Fran\u00e7ois passent toute la journ\u00e9e \u00e0 la chasse. Je me prom\u00e8ne avec Bebelle&nbsp;; nous tirons ensemble quelques oiseaux dans les prairies autour de la M\u00e9tairie Grande. Nous r\u00e9visons la liste des invitations \u00e0 faire pour le mariage et commen\u00e7ons \u00e0 disposer le cort\u00e8ge.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Septembre 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 septembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mardi 1<sup>er<\/sup> septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous voici en septembre, le mois qui verra mon mariage avec la permission de Dieu. Madame du Lac et Albert me parlent un peu des affaires de la succession de M. du Lac ; il r\u00e9sulte que Madame du Lac m\u2019avait mal expliqu\u00e9, l\u2019autre jour, les pr\u00e9tentions de son beau-fils et de sa belle-fille ; ce ne sont pas les int\u00e9r\u00eats de la propri\u00e9t\u00e9 de la Gironde qu\u2019ils r\u00e9clament, ce qui me paraissait monstrueux, c\u2019est leur part du capital form\u00e9 par les revenus de cette propri\u00e9t\u00e9 dont leur p\u00e8re avait la jouissance ; ce n\u2019est peut-\u00eatre pas tr\u00e8s d\u00e9licat parce que cette propri\u00e9t\u00e9 a \u00e9t\u00e9 express\u00e9ment donn\u00e9e par M. d\u2019Andoque de S\u00e9ri\u00e8ge aux enfants du second lit, mais je dois reconna\u00eetre que c\u2019est l\u00e9gal. Cette propri\u00e9t\u00e9 est immense (2000 hectares), et Gabrielle a droit \u00e0 1\/7 ; mais il serait f\u00e2cheux de la faire vendre et nous nous arrangerons sans doute pour nous en partager les revenus ; c\u2019est Albert qui en dirigera l\u2019exploitation. En dehors de cela, Gabrielle va avoir ce qui lui reviendra sur le patrimoine de son p\u00e8re (cela ne sera pas grand-chose) et enfin, la dot que sa m\u00e8re lui constituera sur sa fortune personnelle, des terres \u00e0 Torreilles. Il va falloir s\u2019occuper de r\u00e9diger le contrat de mariage. C\u2019est tr\u00e8s difficile dans les circonstances actuelles. Albert m\u2019avoue que lui et ses fr\u00e8res et s\u0153urs ne trouvent pas ce sur quoi ils comptaient&#8230; On m\u2019avait dit que Bebelle aurait, en tout, de 200 \u00e0 250.000 fr&nbsp;; eh bien, je crains fort qu\u2019elle n\u2019arrive pas \u00e0 200.000. Enfin que faire ? Nous vivrons le plus simplement possible. Mme du Lac, me dit Bebelle, craint que mon mariage ne se rompe. Je ne comprends pas comment cette id\u00e9e a pu lui venir, il faut qu\u2019elle me connaisse bien peu ! S\u2019il me fallait quitter ma fianc\u00e9e, je serais au d\u00e9sespoir et pas une minute une pens\u00e9e aussi affreuse ne m\u2019est venue \u00e0 l\u2019esprit. Quand Bebelle me dit cela, je la rassure de mon mieux et je me f\u00e2che m\u00eame d\u2019un soup\u00e7on aussi injuste. C\u2019est bien moi qui serais le plus puni ! Je repars demain ; je visiterai B\u00e9ziers entre 2 trains, coucherai \u00e0 Perpignan, irai jeudi \u00e0 Rigarda pour la f\u00eate des 2 sections de la Soci\u00e9t\u00e9, et arriverai le soir \u00e0 Ille. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec Bebelle, Fran\u00e7ois et Lolotte.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, mercredi 2 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 la M\u00e9tairie Grande \u00e0 midi 9 et, apr\u00e8s avoir visit\u00e9 B\u00e9ziers de 3h \u00e0 7h15, j\u2019arrive ici \u00e0 10h \u00bd avec une \u00bd heure de retard. Je couche dans ma chambre de la place d\u2019armes, notre prochaine demeure \u00e0 Bebelle et \u00e0 moi<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\">[39]<\/a>. Ce matin, \u00e0 la M\u00e9tairie grande sont arriv\u00e9s M. Charles de Llobet qui ne passe que la matin\u00e9e et ses deux filles qui passeront quelques jours ; il para\u00eet (c\u2019est Bebelle qui me l\u2019a dit) que M. de Llobet comptait absolument que je demanderais l\u2019a\u00een\u00e9e de ses filles<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a>, il en avait parl\u00e9 \u00e0 Mme du Lac ; quel n\u2019a pas d\u00fb \u00eatre son \u00e9tonnement ! Quant \u00e0 moi, l\u2019id\u00e9e ne m\u2019en \u00e9tait jamais venue et certes, cette jeune fille n\u2019est pas \u00e0 comparer avec Bebelle !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-220206.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"824\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-220206-1024x824.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-543\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-220206-1024x824.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-220206-300x242.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-220206-768x618.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-220206.jpg 1237w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ancienne maison d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch (Bousquet puis Bonaure du XVIIIe au XIXe si\u00e8cle), situ\u00e9e place d&rsquo;armes, actuellement place Gambetta, \u00e0 Perpignan (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales) \u2013 Vue de 2018 (Google StreetView)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 3 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 Perpignan, s\u00e9ance assez courte chez le dentiste. Je fais prolonger mon billet jusqu\u2019\u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 midi, j\u2019y trouve Papa et Maman venus voir Bonne Maman. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais en voiture \u00e0 Rigarda assister \u00e0 la f\u00eate organis\u00e9e par les deux sections de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien que j\u2019ai fond\u00e9e il y a deux ans dans ce village. Cette f\u00eate, qui a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 ce matin consiste \u00e0 assister \u00e0 la grand\u2019messe, aux v\u00eapres, \u00e0 la procession ; les deux sections que je convoque devant la maison de Dalmer y prennent part, avec, en t\u00eate, la banni\u00e8re apport\u00e9e de Vin\u00e7a ; tous les soci\u00e9taires ont leur insigne et ils en sont fiers ! Je leur dis quelques mots ; il y a une petite musique. Cette f\u00eate, organis\u00e9e par les deux chefs de section, est charmante. Il y a aussi un bal pour lequel le maire a refus\u00e9 la place publique (ce qui lui a valu une r\u00e9primande du sous-pr\u00e9fet)&nbsp;; il se fait dans une salle appartenant \u00e0 l\u2019un des chefs de section. Il est tr\u00e8s anim\u00e9, mais je m\u2019abstiens d\u2019y prendre part et je rentre \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 5 heures et ici \u00e0 6 heures. Cette f\u00eate, qui a eu lieu \u00e0 la barbe du maire et des blocards, est tr\u00e8s r\u00e9ussie et je f\u00e9licite chaudement ses organisateurs ; ils sont tr\u00e8s contents que j\u2019y sois venu. Je trouve ici deux cadeaux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 4 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion \u00e0 l\u2019occasion du premier vendredi du mois. Je cause assez longuement avec M. Trull\u00e8s de la fa\u00e7on dont pourra \u00eatre fait mon contrat de mariage&nbsp;; c\u2019est tr\u00e8s d\u00e9licat \u00e0 cause de la succession de M. du Lac qui vient de s\u2019ouvrir et qui est loin d\u2019\u00eatre r\u00e9gl\u00e9e. M. Trull\u00e8s me conseillerait presque de ne pas faire de contrat. Il faut absolument s\u2019entendre sur ces questions d\u2019affaires avec Mme du Lac ; le moment est venu de les r\u00e9gler. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Corb\u00e8re avec Papa, nous ne trouvons pas la fermi\u00e8re ; les vignes ont souffert du mildiou. Le soir c\u00e9r\u00e9monie en l\u2019honneur du Sacr\u00e9-C\u0153ur. Notre domestique Jean nous annonce qu\u2019il va nous quitter pour entrer dans les chemins de fer ; c\u2019est une fameuse b\u00eatise qu\u2019il fait et c\u2019est ennuyeux pour nous car il ne faisait pas trop mal son service et qu\u2019il \u00e9tait assez bien \u00e9lev\u00e9 ; je le regretterai.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 5 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Papa vend \u00e0 M. Rivi\u00e8re, banquier, une parcelle de nos terrains \u00e0 b\u00e2tir de la gare \u00e0 6 fr. 50 le m\u00e8tre carr\u00e9, parce que la majeure partie est sur une avenue secondaire. Je vais \u00e0 Perpignan, je voulais voir l\u2019abb\u00e9 de Llobet, mais je ne le trouve pas et je ne vois que Mlle Augustine. Le temps passe, le 29 approche et aucune question d\u2019affaires n\u2019est encore r\u00e9gl\u00e9e ; il faudrait pourtant aboutir&nbsp;; Papa \u00e9crit dans ce sens \u00e0 Mme du Lac. Bebelle m\u2019\u00e9crit tous les jours. Je fais faire demain ma publication de mariage \u00e0 la mairie d\u2019Ille. A Perpignan, le dentiste ach\u00e8ve de m\u2019arranger deux dents. Je rencontre l\u2019oncle Albert Lazerme et ses deux filles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 6 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand\u2019messe ici ; ensuite je pars pour Vin\u00e7a o\u00f9 j\u2019assiste au recouvrement des cotisations de la Soci\u00e9t\u00e9 ; je rentre en voiture, j\u2019assiste aux v\u00eapres ici, puis \u00e0 une r\u00e9union de la Jeunesse Catholique ; un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du comit\u00e9 dioc\u00e9sain y assiste et l\u2019on prend toutes les d\u00e9cisions relatives au grand congr\u00e8s d\u00e9partemental de la Jeunesse Catholique qui se tiendra ici le 8 novembre au lieu du 25 octobre. On nomme un comit\u00e9 d\u2019organisation du congr\u00e8s&nbsp;; j\u2019en fais partie ; il faudra t\u00e2cher de terminer mon voyage de noces avant le 8 novembre.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 septembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 7 septembre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large_ermitage-domanova-vue-canigou-rodes-web.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"750\" height=\"385\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large_ermitage-domanova-vue-canigou-rodes-web.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-544\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large_ermitage-domanova-vue-canigou-rodes-web.jpg 750w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large_ermitage-domanova-vue-canigou-rodes-web-300x154.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 750px) 100vw, 750px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L&rsquo;ermitage de Domanova pr\u00e8s de Rod\u00e8s (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales), avec le pic du Canigou en fond, p\u00e8lerinage effectu\u00e9 pieds nus par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et sa m\u00e8re le 7 septembre 1908 \u2013 Clich\u00e9 anonyme, ann\u00e9es 2000 (tourisme-roussillon-conflent.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous \u00e0 Doma Nova, c\u2019est le p\u00e8lerinage que j\u2019avais promis cet hiver si je gu\u00e9rissais ; je fais la mont\u00e9e pieds nus, Maman aussi ; nous faisons tous la sainte communion \u00e0 la messe que dit M. le vicaire d\u2019ici et que je lui sers. L\u2019apr\u00e8s-midi, je m\u2019occupe avec Serradell de la pr\u00e9paration du congr\u00e8s, notamment d\u2019un train sp\u00e9cial que nous devons demander \u00e0 la Compagnie du Midi. Nous faisons nos invitations pour le 29&nbsp;; dans 3 semaines ! Je re\u00e7ois deux jolis vases en cristal&nbsp;; ne sachant pas qui me les envoie, car il n\u2019y avait pas de carte dans le carton, j\u2019\u00e9cris au n\u00e9gociant envoyeur pour me renseigner sur l\u2019auteur de ce cadeau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 8 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cadeau est de ma cousine Mme de Gout de Bize, je lui \u00e9cris pour la remercier. Le 24<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d\u2019infanterie coloniale, de Perpignan, man\u0153uvre aujourd\u2019hui aux environs d\u2019Ille, entre Latour-de-France et Ille ; il passe la nuit ici, et loge naturellement, en grande partie, chez l\u2019habitant. Le maire, en faisant la r\u00e9partition entre les maisons d\u2019Ille, nous a mis dans les honneurs, il nous a attribu\u00e9 le colonel et le lieutenant-colonel ; nous avons donc l\u2019honneur de donner asile au drapeau que le r\u00e9giment, \u00e0 son arriv\u00e9e (2 heures) accompagne chez nous musique en t\u00eate et auquel on rend les honneurs ; nous le faisons d\u00e9poser dans le grand salon. Ces messieurs sont charmants ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous leur faisons visiter les curiosit\u00e9s d\u2019Ille. Nous les avons, bien entendu, \u00e0 notre table et le soir, nous allons avec eux au concert donn\u00e9 sur la promenade par la musique du r\u00e9giment. C\u2019est dans Ille un mouvement insolite&nbsp;; on fait f\u00eate au r\u00e9giment. Nos h\u00f4tes (le colonel Bertin et le lieut-colonel Reymond) ont d\u2019excellentes id\u00e9es et une \u00e9ducation parfaite ; le premier est breton et le second proven\u00e7al ; tous deux ont fait de nombreuses campagnes dans diff\u00e9rentes colonies et leur conversation est int\u00e9ressante.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 9 septembre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Castelnou-4-e1465357607235.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"700\" height=\"473\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Castelnou-4-e1465357607235.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-545\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Castelnou-4-e1465357607235.jpg 700w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Castelnou-4-e1465357607235-300x203.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Ch\u00e2teau de Castelnou (Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales) \u2013 Clich\u00e9 anonyme, sans date [ann\u00e9es 1900] (Institut du Grenat)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces Messieurs nous ayant indiqu\u00e9 de quel c\u00f4t\u00e9 se d\u00e9roulerait la man\u0153uvre d\u2019aujourd\u2019hui, nous essayons de la suivre. Nos h\u00f4tes nous quittent \u00e0 5h \u00be du matin ; on reprend le drapeau avec le m\u00eame c\u00e9r\u00e9monial qu\u2019\u00e0 son arriv\u00e9e ; on lui rend les honneurs devant notre porte, puis sur la route nationale. Un premier bataillon est parti \u00e0 5 heures avec mission de d\u00e9fendre la route ou le chemin de Saint-Michel \u00e0 Thuir par Sainte-Colombe et Castelnou ; le second bataillon tente de s\u2019emparer de positions d\u00e9fendues et de gagner Thuir par la montagne ; c\u2019est une tr\u00e8s rude \u00e9tape surtout avec les p\u00e9rip\u00e9ties d\u2019un combat. Nous partons en voiture \u00e0 8 heures et allons, suivant les indications du colonel et du lieutenant-colonel, nous porter \u00e0 Castelnou, mais nous ne voyons que quelques d\u00e9tachements garnissant les hauteurs voisines ; nous entendons la mousqueterie et le tir des mitrailleuses, mais le combat a lieu en avant de Castelnou ; il est fini avant 11 heures et les deux parties bivouaquent avant de repartir pour leurs cantonnements \u00e0 Thuir. Nous profitons de notre pr\u00e9sence \u00e0 Castelnou pour demander \u00e0 visiter le vieux ch\u00e2teau admirablement restaur\u00e9 et aujourd\u2019hui habit\u00e9 par des Am\u00e9ricains, M. Dunbar et sa cousine Mlle Curtiss Huxley ; la demoiselle y est seule en ce moment&nbsp;; on nous donne rendez-vous pour 2 heures. Le lieutenant-colonel nous rejoint et, nous voyant assez embarrass\u00e9s pour d\u00e9jeuner, improvise chez le cur\u00e9 (l\u2019abb\u00e9 Magnan, d\u2019Ille, que nous connaissons), un d\u00e9jeuner avec des provisions de sa cantine ; le colonel arrive aussi. Ces messieurs sont toujours aussi aimables. Nous visitons le ch\u00e2teau avec le colonel, le cur\u00e9 et 2 sous-officiers secr\u00e9taires du colonel ; le lieutenant-colonel rentre \u00e0 Thuir avec le r\u00e9giment. Le ch\u00e2teau, de dimension moyenne, est fort bien restaur\u00e9 et surtout admirablement meubl\u00e9 de meubles tr\u00e8s anciens et de toute beaut\u00e9 ! \u00c7a rappelle beaucoup le ch\u00e2teau de Nyers. Mlle Curtiss Huxley nous en fait les honneurs avec la plus grande amabilit\u00e9 et nous offre du th\u00e9 et des g\u00e2teaux. Nous repartons \u00e0 3h 1\/2 et, en passant par Thuir, nous sommes ici vers 5h \u00bc, enchant\u00e9s de notre journ\u00e9e malgr\u00e9 l\u2019orage qui nous a bien arros\u00e9s un moment. Je trouve deux lettres de Bebelle \u00e0 qui j\u2019\u00e9cris tous les jours et qui fait de m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 10 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Daniel, de Perpignan, qui vient pour la commande du linge de corps et de maison que je lui fais, me dit qu\u2019il a rencontr\u00e9 l\u2019abb\u00e9 de Llobet qui lui a dit qu\u2019il d\u00e9sirait me voir. J\u2019y vais donc, et je passe l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Perpignan. Je vois longuement mon futur oncle et nous nous entendons pour bien des questions. Mais la question du contrat n\u2019est pas encore d\u00e9cid\u00e9e. Le chanoine me dit qu\u2019il insiste beaucoup pour que Mme du Lac vienne passer 48 heures \u00e0 Perpignan ; il attend une r\u00e9ponse d\u2019elle \u00e0 ce sujet ; voil\u00e0 qui me paralyse pour mon dernier s\u00e9jour \u00e0 la M\u00e9tairie Grande, je ne sais quel jour partir, car je ne peux pas m\u2019exposer \u00e0 arriver l\u00e0-bas en l\u2019absence de Mme du Lac. Je rentre par le train du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 11 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019en suis aux \u00be de nos fian\u00e7ailles&nbsp;; 54 jours se sont \u00e9coul\u00e9s depuis le 19 juillet et il n\u2019en manque plus que 18 jusqu\u2019au 29 septembre&nbsp;; il me tarde bien qu\u2019ils soient pass\u00e9s ! Je vais en voiture faire une visite \u00e0 notre cousine de Barescut \u00e0 La Ferri\u00e8re, puis je vais \u00e0 Vin\u00e7a et \u00e0 Bouletern\u00e8re. Visite de Charouleau pour la commande d\u2019hiver. Je re\u00e7ois les alliances envoy\u00e9es par Laugier grav\u00e9es au nom de Gabrielle et au mien avec la date du 29 septembre 1908 ; elles sont en or jaune.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, samedi 12 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bebelle m\u2019ayant \u00e9crit que sa m\u00e8re d\u00e9cid\u00e9ment ne viendrait pas \u00e0 Perpignan avant le moment du mariage, je me d\u00e9cide \u00e0 partir pour la M\u00e9tairie Grande o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 10h du soir ; ce s\u00e9jour sera le dernier que j\u2019y ferai comme fianc\u00e9. C\u2019est avec bonheur que je retrouve et que j\u2019embrasse Bebelle. Je lui apporte plusieurs des bijoux qui composeront sa corbeille : une seconde bague en saphir, une \u00e9toile en diamants pour les cheveux et une montre en or et \u00e9mail vert avec son sautoir en or blanc. Je lui donnerai les autres quand elle viendra \u00e0 Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, dimanche 13 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe \u00e0 Albine, nous y voyons la famille de Saint-Martin. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons en auto \u00e0 Saint-Amans prendre chez le secr\u00e9taire de la mairie de Sauveterre des pi\u00e8ces n\u00e9cessaires pour notre mariage. Les Jamme de Lagoutine viennent passer deux heures ici. Bebelle a re\u00e7u plusieurs nouveaux et jolis cadeaux ces jours-ci.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 septembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, lundi 14 septembre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"885\" height=\"500\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-546\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image.jpg 885w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-300x169.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/image-768x434.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 885px) 100vw, 885px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue du Roc de Peyremaux dans la Montagne Noire \u2013 Clich\u00e9 DDM-JCB, ann\u00e9es 2000 (Site ladepeche.fr)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons en excursion \u00e0 la fontaine dite \u00ab des Fianc\u00e9s \u00bb \u00e0 pr\u00e8s de 1000 m\u00e8tres d\u2019altitude pr\u00e8s du sommet de la Montagne noire ; outre Bebelle, Fran\u00e7ois et moi, il y a M. le comte de Saint-Martin et ses deux fils, ses ni\u00e8ces les demoiselles de S\u00e9guin et une institutrice allemande Mlle T\u00e4lser. Nous partons \u00e0 7h du matin et rentrons \u00e0 4h 1\/2 du soir ; nous avons un temps superbe. Avant d\u2019arriver \u00e0 la fontaine o\u00f9 nous d\u00e9jeunons, nous montons au rocher de Peyremaus<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a> \u00e0 1007 m\u00e8tres d\u2019altitude, d\u2019o\u00f9 on a une vue superbe sur la vall\u00e9e du bas Languedoc, sur les Corbi\u00e8res et les Pyr\u00e9n\u00e9es ; en face, je vois admirablement le Canigou. La promenade elle-m\u00eame est charmante. On la fait faire \u00e0 tous les fianc\u00e9s de la famille du Lac ; l\u00e0-haut, il faut que les deux fianc\u00e9s boivent dans le m\u00eame verre et fassent boire les jeunes gens et les jeunes filles pr\u00e9sents ; c\u2019est ce que nous avons fait. Suivant l\u2019usage, nous avons rapport\u00e9 de l\u2019eau de cette fontaine&nbsp;; on doit, para\u00eet-il, la faire boire au premier n\u00e9 !!! Une de mes plus grandes joies de ces derniers jours a \u00e9t\u00e9 le triomphal acquittement de Gr\u00e9gori par le jury de la Seine. Les dreyfusards ont \u00e9t\u00e9 piteux et se sont effondr\u00e9s sous les hu\u00e9es ; le tra\u00eetre, malgr\u00e9 sa fausse innocence, a \u00e9t\u00e9 hu\u00e9 et a d\u00fb fuir de la cour d\u2019assises. Malgr\u00e9 la partialit\u00e9 \u00e9vidente du pr\u00e9sident dont l\u2019unique souci a \u00e9t\u00e9 d\u2019emp\u00eacher les t\u00e9moins de parler de l\u2019affaire Dreyfus, il s\u2019est dit l\u00e0 des choses dures pour le tra\u00eetre, ses partisans et la Cour de Cassation ; on y a proclam\u00e9 la forfaiture de ladite cour supr\u00eame coupable d\u2019avoir falsifi\u00e9 le code pour soustraire Dreyfus \u00e0 ses juges. L\u2019acquittement de Gr\u00e9gori est le commencement de la revanche des bons Fran\u00e7ais, c\u2019est en m\u00eame temps une nouvelle fl\u00e9trissure appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019ignoble Cour de cassation, c\u2019est l\u2019annulation de son arr\u00eat que tous les bons Fran\u00e7ais, depuis deux ans, ne cessent de bafouer et de fouler aux pieds, c\u2019est une nouvelle condamnation de Dreyfus et du dreyfusisme. J\u2019en suis bien heureux et le gouvernement doit en \u00eatre bien ennuy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mardi 15 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bebelle va \u00e0 Toulouse avec Mme Jamme de Lagoutine pour des essayages ; elle ne rentrera que demain. Je passe une bonne partie de ma journ\u00e9e \u00e0 \u00e9crire des lettres. Je me prom\u00e8ne sur la montagne avec Albert et Fran\u00e7ois. Papa, \u00e0 qui j\u2019avais t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 hier de venir au plus t\u00f4t sur le d\u00e9sir de Mme du Lac, s\u2019annonce pour demain. Nous irons chez le notaire et j\u2019esp\u00e8re qu\u2019on se mettra d\u2019accord pour un projet de contrat.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mercredi 16 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9j\u00e0 un mois aujourd\u2019hui de la mort de M. du Lac ; quel malheur et comme ce triste \u00e9v\u00e9nement a chang\u00e9 nos plans ! Bebelle rentre de Toulouse o\u00f9 elle est all\u00e9e avec Mme Jamme de Lagoutine&nbsp;; celle-ci nous a offert un magnifique buste en marbre, genre grec. Papa arrive \u00e0 10 heures et repart \u00e0 4 heures 24 ; entre temps, nous allons en auto chez le notaire de la famille du Lac, M<sup>e<\/sup> Siret \u00e0 Mazamet et nous \u00e9changeons des id\u00e9es pour un projet de contrat qui, d\u2019ailleurs, sera fait et sign\u00e9 \u00e0 Ille chez M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s. Seulement, je suis oblig\u00e9 de repartir demain pour aller visiter les propri\u00e9t\u00e9s de Mme du Lac dans la Salanque et voir ce qui pourra composer le lot de Bebelle. Enfin ce n\u2019est plus qu\u2019une s\u00e9paration de 8 jours !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 17 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 la M\u00e9tairie grande \u00e0 midi 9 et je suis arriv\u00e9 \u00e0 Ille \u00e0 8h ; de Narbonne \u00e0 Perpignan, j\u2019ai fait route avec Carlos et sa femme. J\u2019ai retrouv\u00e9 \u00e0 Perpignan Papa qui revenait d\u2019une r\u00e9union du comit\u00e9 de l\u2019\u0152uvre de la conservation de la foi o\u00f9 Monseigneur l\u2019a appel\u00e9 il y a d\u00e9j\u00e0 plusieurs mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 18 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par le premier train, nous partons d\u2019Ille, Papa, Maman et moi et, pilot\u00e9s par M. Charles de Llobet, nous visitons toutes les terres et la maison que Mme du Lac poss\u00e8de sur les territoires de Claira et Torreilles ; ayant la latitude de choisir jusqu\u2019\u00e0 40.000 fr., je me d\u00e9ciderai probablement pour deux belles vignes situ\u00e9es sur le territoire de Claira ; je les examine toutes plan, contenance et valeur en mains et je me renseigne sur le rendement de chacune d\u2019elles. Au retour, nous d\u00e9jeunons chez les Llobet \u00e0 Perpignan et rentrons \u00e0 Ille \u00e0 4 heures. \u00c0 Torreilles, nous avons vu l&rsquo;abb\u00e9 Sarr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 19 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous entretenons \u00e0 plusieurs reprises avec M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s de mon contrat de mariage ; Monsieur Trull\u00e8s examine le projet envoy\u00e9 par M<sup>e<\/sup> Siret et nous conseille de demander quelques modifications ; ayant \u00e0 faire marcher des propri\u00e9t\u00e9s, surtout des vignes o\u00f9 tout l&rsquo;outillage est \u00e0 cr\u00e9er comme \u00e0 Torreilles, il est n\u00e9cessaire que j&rsquo;aie une certaine latitude, que mon contrat ne soit pas une entrave ; les Du Lac tiennent au r\u00e9gime dotal, je veux bien l&rsquo;accepter mais tr\u00e8s temp\u00e9r\u00e9 surtout en ce qui concerne les valeurs mobili\u00e8res. Papa aurait voulu que le contrat f\u00fbt sign\u00e9 ici chez M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s, mais Mme du Lac tient beaucoup \u00e0 le signer chez son notaire ; nous d\u00e9cidons de lui accorder cette satisfaction et annon\u00e7ons que nous nous retrouverons mardi soir, tous les trois (Papa, Maman et moi) \u00e0 la M\u00e9tairie Grande pour signer jeudi matin le contrat \u00e0 Mazamet ; samedi, on adoptera le projet d\u00e9finitif.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 20 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s la grand&rsquo;messe, nous allons \u00e0 Vin\u00e7a en voiture pour voir les Magu\u00e9. Nous d\u00e9jeunons et passons l&rsquo;apr\u00e8s-midi avec Bonne Maman et avec eux ; l&rsquo;oncle Paul repart demain pour Dijon reprendre son service mais il reviendra la veille de mon mariage pour \u00eatre mon t\u00e9moin avec l&rsquo;oncle Xavier. Nous rentrons \u00e0 Ille \u00e0 5 heures. Depuis l&rsquo;acquittement de Gr\u00e9gori, on assiste \u00e0 un redoublement d&rsquo;antidreyfusisme qui rappelle les plus beaux jours de l&rsquo;Affaire ; Gr\u00e9gori re\u00e7oit tellement de cartes que l&rsquo;administration des postes doit les lui porter dans un fourgon ! Tous les journaux patriotes, \u00e0 la suite de l&rsquo;Action fran\u00e7aise, reproduisent les preuves \u00e9clatantes de la forfaiture de la Cour de Cassation ; le commandant Cuignet a \u00e9crit au premier pr\u00e9sident de cette cour, Ballot-Beaupr\u00e9, une lettre publique dans laquelle il lui d\u00e9montre clair comme le jour que lui et sa basse cour ont falsifi\u00e9 la loi pour soustraire Dreyfus \u00e0 ses juges, et il le d\u00e9fie d&rsquo;oser le poursuivre. La Cour de Cassation, le gouvernement, les dreyfusards et Dreyfus baissent la t\u00eate sous l&rsquo;avalanche et feignent d&rsquo;ignorer ; de poursuites il n&rsquo;est pas question, elles sont impossibles ; bref la V\u00e9rit\u00e9, la vraie, la n\u00f4tre, est en marche !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 27 septembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, lundi 21 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Voici commenc\u00e9e la derni\u00e8re semaine de ma vie de c\u00e9libataire ; dans 8 jours je serai mari\u00e9 aux yeux de l&rsquo;\u00c9tat, le lendemain par l&rsquo;\u00c9glise. Je vais \u00e0 Torreilles voir une cave qui est en vente ; je couche \u00e0 Perpignan. Demain matin, je rejoindrai Papa et Maman \u00e0 la gare et nous irons ensemble \u00e0 la M\u00e9tairie-Grande. Je commence \u00e0 m&rsquo;occuper du voyage de noces et je combine un circulaire. Nous assistons ce matin \u00e0 Ille \u00e0 un service fun\u00e8bre pour notre cousin de Barescut. Nous apprenons la mort \u00e0 Angers de Madame de Soos ; c&rsquo;est une bien bonne amie de notre famille qui disparait pr\u00e9matur\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mardi 22 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me voici de nouveau \u00e0 la M\u00e9tairie Grande avec Papa et Maman ; c&rsquo;est avec bonheur que je retrouve ma ch\u00e8re fianc\u00e9e qui sera ma femme dans 8 jours. Demain, on s&rsquo;occupera du contrat ; le notaire viendra.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mercredi 23 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La famille du Lac a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e par des affaires (r\u00e9union d&rsquo;un conseil de famille, arriv\u00e9e dans ce but de M. Charles de Llobet, de M. Sahuc) et aussi par mon contrat de mariage. Le notaire est venu et on en a arr\u00eat\u00e9 d\u00e9finitivement les bases ; on le signera demain ; voici les bases : Gabrielle apporte :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1\u00b0 Ses droits sur la succession de son p\u00e8re, soit 60.000 fr. environ.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2\u00b0 Ses droits sur la propri\u00e9t\u00e9 de la Gironde donn\u00e9e par M. d&rsquo;Andoque de S\u00e9ri\u00e8ge aux enfants du Lac du second mariage, soit 1\/7 de cette propri\u00e9t\u00e9 ; c\u2019est difficile \u00e0 \u00e9valuer, parce que la valeur de cette vaste propri\u00e9t\u00e9 varie beaucoup suivant l&rsquo;\u00e9tat des bois, mais je crois que c&rsquo;est entre 80.000 et 100.000 fr.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3\u00b0 Deux vignes d&rsquo;une valeur de 40.000 fr. que sa m\u00e8re lui donne \u00e0 Claira (<em>La Cad\u00e8ne<\/em> et la moiti\u00e9 du <em>Lloucati<\/em>). Mme du Lac se r\u00e9serve, en retour de cette donation, le tiers du revenu de la part de Gabrielle dans la propri\u00e9t\u00e9 de la Gironde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De mon c\u00f4t\u00e9, j&rsquo;apporte :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1\u00b0 Toutes les propri\u00e9t\u00e9s que Maman poss\u00e8de \u00e0 Bouletern\u00e8re, avec un champ au territoire d&rsquo;Ille (la prairie afferm\u00e9e \u00e0 Xatard).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2\u00b0 Un champ \u00e0 Ille (le <em>Cam del Pou<\/em>) et un champ \u00e0 Saint-Michel (le <em>Cam de las Padrouses<\/em>) que me donne Papa.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3\u00b0 La propri\u00e9t\u00e9 de la Balme que Maman me donne \u00e0 Vin\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4\u00b0 Un titre de rente appartenant \u00e0 Maman, d&rsquo;une valeur de 6000 fr. suivant le cours de la Bourse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mme du Lac, suivant la volont\u00e9 de son mari, a tenu au r\u00e9gime dotal sous lequel elle a d\u00e9j\u00e0 mari\u00e9 ses deux premi\u00e8res filles, et il a bien fallu que je l&rsquo;accepte, mais j&rsquo;ai obtenu qu&rsquo;on ins\u00e8re dans mon contrat des clauses qui me laissent une grande libert\u00e9 ; ce sera un r\u00e9gime dotal bien mitig\u00e9. Demain, nous signerons ce contrat chez M<sup>e<\/sup> Siret \u00e0 Mazamet. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne un peu avec Papa, Maman et Gabrielle \u00e0 Albine. Il pleut presque toute la journ\u00e9e ; aussi nous emballons les cadeaux de Bebelle que j&#8217;emporterai \u00e0 Perpignan. Sur le contrat, pour \u00e9viter les droits d&rsquo;enregistrement trop \u00e9lev\u00e9s, il a \u00e9t\u00e9 entendu qu&rsquo;on abaisserait le plus possible l&rsquo;\u00e9valuation des deux donations. En r\u00e9alit\u00e9, celle de Mme du Lac \u00e0 Bebelle est de 40.000 fr. et celle que me font mes parents d\u2019au moins 100.000 ; en tout, en capital, nous aurons au moins 270 \u00e0 280.000 fr. Quant au revenu, comme il s&rsquo;agit de propri\u00e9t\u00e9s, il sera variable. La propri\u00e9t\u00e9 de la Gironde, qui a 2000 hectares, va rester indivise ; nous nous en partagerons les revenus.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 24 septembre 1908&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin, nous sommes tous all\u00e9s \u00e0 Mazamet en auto et nous avons sign\u00e9, chez M<sup>e<\/sup> Siret mon contrat de mariage d&rsquo;apr\u00e8s les bases arr\u00eat\u00e9es hier. Nous sommes rentr\u00e9s \u00e0 la M\u00e9tairie Grande juste \u00e0 temps pour prendre le train de midi 9 et, Papa, Maman et moi sommes arriv\u00e9s ici \u00e0 8 h du soir, emmenant avec nous une foule de caisses de cadeaux et de cartons, robes etc. que Bebelle m&rsquo;a confi\u00e9s ; elle-m\u00eame arrive demain \u00e0 Perpignan en auto avec sa m\u00e8re et ses fr\u00e8res et s\u0153urs. Je trouve ici 5 nouveaux cadeaux, notamment un magnifique surtout offert par les Joseph de Lazerme. Je vois que j&rsquo;ai re\u00e7u 21 cadeaux, 9 autres sont annonc\u00e9s ; j&rsquo;en aurai donc 30 au moins ; quelques-uns sont tr\u00e8s beaux ; Bebelle, en dehors de ceux que je lui ai faits, en a 24 ou 25 ; \u00e7a nous fera 55 au moins. La corbeille de Bebelle se compose de :<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>2 bagues (elle des fian\u00e7ailles et une autre)<\/li>\n\n\n\n<li>1 \u00e9toile en brillants pour les cheveux<\/li>\n\n\n\n<li>1 superbe broche pendentif brillants et turquoises<\/li>\n\n\n\n<li>1 sautoir or et une montre or et \u00e9mail<\/li>\n\n\n\n<li>1 bracelet or et turquoise<\/li>\n\n\n\n<li>1 collier topaze offert par Maman.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En outre, elle a une autre bague et un autre bracelet offerts par une tante et une cousine. \u00c0 la corbeille, il faut encore ajouter de belles fourrures en renard blanc et 10 m\u00e8tres de dentelles en point d&rsquo;Angleterre que je lui ai offerts ; enfin quelques petits bijoux noirs offerts par moi par-dessus le march\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 25 septembre 1908&nbsp;<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Comme le moment de mon mariage approche ! Dans moins de 4 jours, ce sera chose faite, puis nous nous envolerons vers l&rsquo;Italie ! Je passe la matin\u00e9e \u00e0 \u00e9crire des lettres et cartes aux personnes qui m&rsquo;ont fait des cadeaux. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous avons la visite d&rsquo;Henri de Lavergne qui, arriv\u00e9 mercredi \u00e0 Vin\u00e7a avec Philom\u00e8ne, vient nous voir en b\u00e9cane. Du reste, je vais \u00e0 Vin\u00e7a avec Papa de 4h \u00bd \u00e0 7 h. Je vois Philom\u00e8ne qui se porte tr\u00e8s bien malgr\u00e9 le court d\u00e9lai qui la s\u00e9pare du moment de sa d\u00e9livrance. De Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui doit accoucher ces jours-ci, nous ne savons rien ; nous attendons tous les jours un t\u00e9l\u00e9gramme, mais l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement se fait attendre. Madame du Lac, Bebelle et ses fr\u00e8res ont d\u00fb arriver aujourd&rsquo;hui \u00e0 Perpignan, j&rsquo;irai les voir demain. Nous nous occupons du lunch de lundi ici, avant le mariage \u00e0 la mairie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, samedi 26 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Venu \u00e0 Perpignan pour y passer l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je me suis d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 y coucher sur les instances de Madame du Lac et de l&rsquo;abb\u00e9 de Llobet (Bebelle et sa famille sont arriv\u00e9es hier en auto). Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais avec Albert \u00e0 Torreilles et nous examinons ensemble la vigne de la <em>Lloucati<\/em>, dont Bebelle a la moiti\u00e9 par contrat de mariage&nbsp;; nous voyons comment on pourra la partager, je choisis la partie sud. Le soir, je d\u00eene chez les Llobet ; nous nous occupons de l&rsquo;organisation du cort\u00e8ge, des places au lunch de mardi etc. Je couche dans ma chambre de la place d&rsquo;armes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche 27 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe la matin\u00e9e \u00e0 Perpignan avec les Du Lac \u00e0 qui je fais visiter l&rsquo;appartement de la place d&rsquo;armes ; Bebelle l&rsquo;examine au point de vue de notre future installation. Je d\u00e9jeune chez les Llobet. Je rentre ici \u00e0 4 heures, avec l&rsquo;oncle Paul qui arrive de Dijon et arrive \u00e0 Vin\u00e7a pour mon mariage. Ici, je m&rsquo;occupe d&rsquo;une foule de choses, j&rsquo;organise une exposition de mes cadeaux, dont j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 une trentaine (quelques-uns tr\u00e8s importants sont annonc\u00e9s et ne sont pas encore arriv\u00e9s), je me confesse. L&rsquo;abb\u00e9 Latour arrive par le train du soir. En arrivant ici, j&rsquo;apprends que le chat N\u00e9gro autrement dit \u00ab&nbsp;le Petit noir&nbsp;\u00bb est mort hier ; c&rsquo;\u00e9tait un superbe angora, le favori de Maman ; il \u00e9tait n\u00e9 \u00e0 Angers il y a 10 ans et quelques mois. La pauvre b\u00eate baissait beaucoup depuis quelque temps. Maman le regrette beaucoup. Maman le regrette beaucoup. Des trois de cette famille f\u00e9line (Coucou, N\u00e9gro, Grisou), Grisou seul survit ; le \u00ab&nbsp;Petit noir&nbsp;\u00bb a suivi de bien pr\u00e8s sa m\u00e8re ; combien de temps Grisou, qui \u00e9tait n\u00e9 le m\u00eame jour lui survivra-t-il ? On s&rsquo;attache \u00e0 ces pauvres b\u00eates.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 30 septembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, lundi 28 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dernier soir de ma vie de gar\u00e7on ! Demain date m\u00e9morable dans mon existence ! Le mariage civil a eu lieu \u00e0 2 heures \u00e0 la mairie d&rsquo;Ille. Madame du Lac, Bebelle, ses fr\u00e8res et s\u0153urs, ses t\u00e9moins \u00e9taient arriv\u00e9s hier soir en chemin de fer les autres en auto ; de Vin\u00e7a, Bonne Maman, les Magu\u00e9, Henri de Lavergne sont venus aussi. \u00c0 11h \u00bd ou plut\u00f4t \u00e0 midi, nous avons eu un lunch debout de 20 personnes environ et \u00e0 2 heures la formalit\u00e9 du mariage civil. Ces dames sont reparties \u00e0 3 heures en auto pour Perpignan, je suis parti avec elles ; les autres sont venus en chemin de fer. Mes t\u00e9moins \u00e9taient, comme de juste, l&rsquo;oncle Xavier et l&rsquo;oncle Paul ; pour Bebelle, c&rsquo;\u00e9taient M. Joseph de Llobet son oncle maternel et M. Joseph Sahuc son cousin germain. J&rsquo;avais fait une exposition de mes cadeaux dans mon cabinet de travail. Le soir ici, d\u00eener de 30 couverts environ chez l&rsquo;abb\u00e9 de Llobet. Au cours de ce d\u00eener, nous recevons une d\u00e9p\u00eache de Max annon\u00e7ant que Marie-Th\u00e9r\u00e8se est accouch\u00e9e d&rsquo;un fils qui s&rsquo;appellera Robert. Bonne nouvelle ! Demain \u00e0 cette heure-ci je serai d\u00e9j\u00e0 parti avec ma femme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, mardi 29 septembre 1908 \u2013 Jour de mon mariage<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce jour s\u2019ach\u00e8ve au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes. Il a commenc\u00e9 pour moi par la sainte communion faite, avec mes parents et Bonne Maman, \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Saint-Jean. \u00c0 10h \u00bd exactement, le mariage a eu lieu \u00e0 la chapelle de la Vierge, discours charmant de mon oncle l&rsquo;abb\u00e9 de Llobet (il sera imprim\u00e9) ; j&rsquo;\u00e9change avec ma ch\u00e8re Bebelle les promesses d\u00e9finitives, on nous f\u00e9licite \u00e0 la sacristie. Je sors ayant ma femme \u00e0 mon bras ; lunch au grand H\u00f4tel, toasts de l\u2019oncle Joseph de Lazerme&nbsp;; de mon beau-fr\u00e8re Gaston du Lac et de Papa. Je boucle ma malle et \u00e0 4h55 je prends le train avec ma femme&nbsp;; notre premi\u00e8re \u00e9tape est Narbonne (H\u00f4tel de la Dorade). Un autre jour, j&rsquo;\u00e9crirai l&rsquo;ordre du cort\u00e8ge<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. Ce soir apr\u00e8s d\u00eener, je me retrouve un moment avec Bebelle qui est enfin toute \u00e0 moi&#8230;! Grande journ\u00e9e dans ma vie !<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td colspan=\"4\"><strong>Ordre du cort\u00e8ge<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mademoiselle Gabrielle du Lac<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Albert du Lac<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Madame Est\u00e8ve de Bosch<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Antoine Est\u00e8ve de Bosch<\/td><\/tr><tr><td rowspan=\"4\">Service d\u2019honneur<\/td><td><strong>Mlle Antoinette Magu\u00e9<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td><strong>M. Fran\u00e7ois du Lac<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Mlle Madeleine du Lac<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td><strong>Lieutenant Est\u00e8ve<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Mlle Gabrielle de Llobet de Kendy<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td><strong>M. Jacques de Lazerme de Lon<\/strong><\/td><\/tr><tr><td><strong>Mlle Marie Am\u00e9lie de Llobet de Kendy<\/strong><\/td><td>\u2013<\/td><td><strong>M. Paul Delestrac<\/strong><\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Madame du Lac<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Est\u00e8ve de Bosch<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme de Lazerme de Pontich<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Gaston du Lac<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme de Gineste<\/td><td>\u2013<\/td><td>Colonel Est\u00e8ve<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Henry Jamme de Lagoutine<\/td><td>\u2013<\/td><td>G\u00e9n\u00e9ral Magu\u00e9<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Tournamille<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Henri de Lavergne<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Gaston du Lac<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. de Llobet de Kendy<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Sahuc<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. de Lazerme de Lon<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Magu\u00e9<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Joseph de Llobet<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Est\u00e8ve de Terrats<\/td><td>\u2013<\/td><td>Baron R. de Chefdebien-Zagarriga<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Henri de Lavergne<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Henry Jamme de Lagoutine<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme de Llobet de Kendy<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Sahuc<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mlle de Llobet<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Cornet de Bosch<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme J. Sahuc<\/td><td>\u2013<\/td><td>Dr Lutrand<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mlle Marthe de Lazerme de Lon<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Henry du Lac<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Baronne R. de Chefdebien-Zagarriga<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Henry Tournamille<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Frayssinet<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Albert de Lazerme<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Th\u00e9r\u00e8se Sahuc<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Carlos de Lazerme<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mme Carlos de Lazerme<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Fernand de Rovira<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mlle Suzanne de Lazerme<\/td><td>\u2013<\/td><td>M. Frayssinet<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>Mlle Charlotte du Lac<\/td><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table class=\"has-fixed-layout\"><tbody><tr><td colspan=\"3\"><strong>Cadeaux re\u00e7us par Bebelle et par moi<\/strong><\/td><\/tr><tr><td colspan=\"3\"><strong><em>Bebelle&nbsp;: 31 cadeaux<\/em><\/strong><\/td><\/tr><tr><td>1<\/td><td>Madame du Lac<\/td><td>Pendentif<\/td><\/tr><tr><td>2<\/td><td>Madame, Messieurs et Mlle du Lac<\/td><td>Missel<\/td><\/tr><tr><td>3<\/td><td>Comte et comtesse de Lacaze<\/td><td>Vide-poche en cristal<\/td><\/tr><tr><td>4<\/td><td>M. d\u2019Andoque de S\u00e9ri\u00e8ge<\/td><td>Verre d\u2019eau<\/td><\/tr><tr><td>5<\/td><td>Comtesse de Toulouse-Lautrec<\/td><td>Classeur<\/td><\/tr><tr><td>6<\/td><td>M. Henri de Bla\u00ff<\/td><td>Coupe \u00e0 cr\u00eame<\/td><\/tr><tr><td>7<\/td><td>Colonel de Bla\u00ff baron de Ga\u00efx<\/td><td>Sucrier<\/td><\/tr><tr><td>8<\/td><td>Baron Ren\u00e9 de Chefdebien et baronne<\/td><td>Bo\u00eete \u00e0 biscuits baccarat<\/td><\/tr><tr><td>9<\/td><td>Mme Joseph de Llobet<\/td><td>Samovar<\/td><\/tr><tr><td>10<\/td><td>M. et Mme de Llobet de Kendy<\/td><td>Commode psych\u00e9 Louis XVI marqueterie<\/td><\/tr><tr><td>11<\/td><td>Mme Sahuc<\/td><td>Bracelet or<\/td><\/tr><tr><td>12<\/td><td>Mme Th\u00e9r\u00e8se Sahuc<\/td><td>Bague<\/td><\/tr><tr><td>13<\/td><td>M. et Mme Joseph Sahuc<\/td><td>Flambeaux<\/td><\/tr><tr><td>14<\/td><td>Mme Cornet de Bosch<\/td><td>Bonbonni\u00e8re<\/td><\/tr><tr><td>15<\/td><td>M; et Mme Henry Tournamille<\/td><td>Table marqueterie Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>16<\/td><td>Mlle Madeleine du Lac<\/td><td>Saupoudrier<\/td><\/tr><tr><td>17<\/td><td>M; et Mme Henry Jamme de Lagoutine<\/td><td>Buste en marbre<\/td><\/tr><tr><td>18<\/td><td>M. et Mme Gaston du Lac<\/td><td>Plats en argent Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>19<\/td><td>Mme Henri de Gineste<\/td><td>Plats en argent Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>20<\/td><td>Mlles Marie-Am\u00e9lie et Gabrielle de Llobet<\/td><td>Vase Empire<\/td><\/tr><tr><td>21<\/td><td>Mlle Augustine de Llobet<\/td><td>Sac n\u00e9cessaire de voyage<\/td><\/tr><tr><td>22<\/td><td>Chanoine de Llobet<\/td><td>Christ-b\u00e9nitier<\/td><\/tr><tr><td>23<\/td><td>M; et Mme Charles Frayssinet<\/td><td>Confiturier<\/td><\/tr><tr><td>24<\/td><td>Comte et comtesse de Bourguignon de Saint-Martin<\/td><td>Timbales \u00e0 liqueur argent<\/td><\/tr><tr><td>25<\/td><td>Mlle des Couri\u00e8res<\/td><td>Plat breton<\/td><\/tr><tr><td>26<\/td><td>Mlles d\u2019Hauxheillon<\/td><td>Pendule bijou<\/td><\/tr><tr><td>27<\/td><td>Mlles B. de Lacaze<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a><\/td><td>Coupe<\/td><\/tr><tr><td>28<\/td><td>Mlle de Sigalas<\/td><td>Tasse M\u00e9tal<\/td><\/tr><tr><td>29<\/td><td>M. et Mme Lamotte de Mondion<\/td><td>Petit vase<\/td><\/tr><tr><td>30<\/td><td>Madame Est\u00e8ve de Bosch<\/td><td>Collier alg\u00e9rien topaze<\/td><\/tr><tr><td>31<\/td><td>M. Antoine Est\u00e8ve de Bosch<\/td><td>Bagues, broches, aigrette, pendentif, montre, fourrures, dentelles etc.<\/td><\/tr><tr><td colspan=\"3\"><strong><em>Antoine&nbsp;: 40 cadeaux<\/em><\/strong><\/td><\/tr><tr><td>1<\/td><td>M. et Mme Est\u00e8ve de Bosch<\/td><td>Paroissien<\/td><\/tr><tr><td>2<\/td><td><em>Id.<\/em><\/td><td>Chevali\u00e8re or grav\u00e9e<\/td><\/tr><tr><td>3<\/td><td><em>Id.<\/em><\/td><td>Cafeti\u00e8re argent ancienne<\/td><\/tr><tr><td>4<\/td><td><em>Id.<\/em><\/td><td>Parure de chemise or<\/td><\/tr><tr><td>5<\/td><td>Mme de Lazerme de Pontich<\/td><td>Somme d\u2019argent pour acheter un objet<\/td><\/tr><tr><td>6<\/td><td>Mme Civelli et ses enfants<\/td><td>Timbale \u00e0 liqueur et plateau argent<\/td><\/tr><tr><td>7<\/td><td>Colonel et Mme Est\u00e8ve de Terrats<\/td><td>Cand\u00e9labres argent Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>8<\/td><td>Lieutenant et comtesse H. de Rodellec du Porzic<\/td><td>Surtout Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>9<\/td><td>Lieutenant Est\u00e8ve<\/td><td>Petit bronze<\/td><\/tr><tr><td>10<\/td><td>G\u00e9n\u00e9ral et Mme Magu\u00e9<\/td><td>Bureau d\u2019homme<\/td><\/tr><tr><td>11<\/td><td>Mlle Marie-Antoinette Magu\u00e9<\/td><td>Statuette en biscuit<\/td><\/tr><tr><td>12<\/td><td>Comte et comtesse de Lazerme de Lon<\/td><td>Surtout et jardini\u00e8re Louis XV<\/td><\/tr><tr><td>13<\/td><td>M. et Mme Carlos de Lazerme<\/td><td>Encrier<\/td><\/tr><tr><td>14<\/td><td>M. et Mme Albert de Lazerme<\/td><td>Petit coffret \u00e0 bijou<\/td><\/tr><tr><td>15<\/td><td>M. et Mme Delestrac<\/td><td>Cand\u00e9labres et pendules art nouveau<\/td><\/tr><tr><td>16<\/td><td>M. et Mme Louis Bergeron<\/td><td>Corbeille \u00e0 g\u00e2teaux<\/td><\/tr><tr><td>17<\/td><td>M. Paul Delestrac<\/td><td>Petit vaze bronze<\/td><\/tr><tr><td>18<\/td><td>M. et Mme Max de Saint-Cyr<\/td><td>Vases Empire<\/td><\/tr><tr><td>19<\/td><td>M. et Mme Henri de Lavergne<\/td><td>Porte-briquet en biscuit<\/td><\/tr><tr><td>20<\/td><td>Mme Bonafos, M. et Mme Lutrand<\/td><td>Service \u00e0 lunch argent et vermeil<\/td><\/tr><tr><td>21<\/td><td>M. et Mme Fernand de Rovira<\/td><td>Sucrier cristal et argent<\/td><\/tr><tr><td>22<\/td><td>M. Henri d\u2019Albici<\/td><td>Service \u00e0 hors-d\u2019\u0153uvre<\/td><\/tr><tr><td>23<\/td><td>M. et Mme Louis Companyo<\/td><td>Corbeille et porte-bouquets<\/td><\/tr><tr><td>24<\/td><td>M. et Mme Gout de Bize<\/td><td>Cases cristal<\/td><\/tr><tr><td>25<\/td><td>Mme de Barescut<\/td><td>Corbeille<\/td><\/tr><tr><td>26<\/td><td>M. et Mme Louis Pichard de La Caill\u00e8re<\/td><td>Flambeaux Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>27<\/td><td>M. et Mme Elie Lucas<\/td><td>Petit groupe biscuit<\/td><\/tr><tr><td>28<\/td><td>Mme de Llamby d\u2019Oms<\/td><td>Corbeille \u00e0 hors-d\u2019\u0153uvre<\/td><\/tr><tr><td>28<\/td><td>M. et Mme Marc de La Bardonnie<\/td><td>Corbeille \u00e0 pain<\/td><\/tr><tr><td>30<\/td><td>M. et Mme Lucien Darru<\/td><td>Confiturier porcelaine<\/td><\/tr><tr><td>31<\/td><td>M. Trull\u00e8s<\/td><td>N\u00e9cessaire de bureau<\/td><\/tr><tr><td>32<\/td><td>Mme Ducharmet-Salmon<\/td><td>Urnes S\u00e8vres<\/td><\/tr><tr><td>33<\/td><td>M. Maurice Lucas<\/td><td>Fume-cigarettes et bo\u00eete d\u2019allumettes<\/td><\/tr><tr><td>34<\/td><td>M. Jacques Herv\u00e9-Bazin<\/td><td>Gravure Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>35<\/td><td>M. Jean Gavouy\u00e8re<\/td><td>Porte-photographies<\/td><\/tr><tr><td>36<\/td><td>MM. Henri et Jacques Passama<\/td><td>Service \u00e0 fumeurs<\/td><\/tr><tr><td>37<\/td><td>M. \u00c9tienne Baux<\/td><td>Panier porcelaine Louis XVI<\/td><\/tr><tr><td>38<\/td><td>Abb\u00e9 Latour<\/td><td>Livre de pi\u00e9t\u00e9<\/td><\/tr><tr><td>39<\/td><td>Mlle Jos\u00e9phine Debazach<\/td><td>\u00c9pingle de cravate en grenat<\/td><\/tr><tr><td>40<\/td><td>Mlle Th\u00e9r\u00e8se Esp\u00e9riquette<\/td><td>Cruche en cuivre<\/td><\/tr><tr><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><td>&nbsp;<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"817\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-817x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-547\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-817x1024.jpg 817w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-239x300.jpg 239w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-768x963.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-1225x1536.jpg 1225w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-1634x2048.jpg 1634w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_171253-Copie-scaled.jpg 2042w\" sizes=\"auto, (max-width: 817px) 100vw, 817px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et son \u00e9pouse Gabrielle du Lac \u2013 Clich\u00e9 Parent, Vin\u00e7a, non dat\u00e9 [ann\u00e9es 1910] (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Marseille, mercredi 30 septembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Narbonne \u00e0 7h24 et arrivons \u00e0 Marseille \u00e0 2h40 environ ; rencontrons \u00e0 la gare Mgr de Cabri\u00e8res \u00e0 qui nous nous pr\u00e9sentons comme les neveux de l&rsquo;abb\u00e9 de Llobet, il nous b\u00e9nit. C&rsquo;est la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois que je viens \u00e0 Marseille, c&rsquo;est une superbe ville. Mais je suis heureux surtout d&rsquo;\u00eatre avec ma Bebelle qui m&rsquo;appartient maintenant tout enti\u00e8re. Comme je l&rsquo;aime, la pauvre ch\u00e9rie, comme elle est gentille et affectueuse ! Nous nous promenons avant et apr\u00e8s d\u00eener.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr_Cabrieres_a_Saint-Guilhem_1921.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"667\" height=\"959\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr_Cabrieres_a_Saint-Guilhem_1921.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-548\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr_Cabrieres_a_Saint-Guilhem_1921.jpg 667w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Mgr_Cabrieres_a_Saint-Guilhem_1921-209x300.jpg 209w\" sizes=\"auto, (max-width: 667px) 100vw, 667px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Anatole de Cabri\u00e8res (1830-1921), archev\u00eaque de Montpellier de 1874 \u00e0 1921, qui b\u00e9nit Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch et son \u00e9pouse Gabrielle du Lac le 30 septembre 1908 le lendemain de leur mariage \u2013 Clich\u00e9 anonyme, 1921 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Octobre 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 octobre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Marseille, jeudi 1<sup>er<\/sup> octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous visitons ensemble les principaux monuments et les principales promenades \u00e0 pied, en voiture ou en tramway ; nous allons \u00e0 l&rsquo;exposition de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 ; nous y revenons le soir pour voir l&rsquo;illumination \u00e9lectrique. Ces premiers jours de lune de miel me laisseront un bien bon souvenir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Cannes, vendredi 2 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Marseille \u00e0 10h30 mais auparavant nous montons \u00e0 Notre-Dame de la Garde. Nous passons l&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 Toulon, visitons la ville, allons visiter en rade le superbe cuirass\u00e9 de l&rsquo;escadre active \u00ab&nbsp;R\u00e9publique&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est un des six cuirass\u00e9s du dernier mod\u00e8le de 14.800 tonnes (les nouveaux auront 18.000 tonnes, mais ils ne sont pas finis) ; un quartier ma\u00eetre nous fait visiter dans tous ses d\u00e9tails cette forteresse flottante qui renferme 700 hommes d&rsquo;\u00e9quipage, une artillerie puissante. Cette visite m&rsquo;int\u00e9resse beaucoup. Ensuite, nous allons nous promener au Mourillon et repartons par l&rsquo;express de 7h \u00bd et arrivons \u00e0 Cannes \u00e0 10 heures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Nice, samedi 3 octobre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"786\" height=\"501\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-550\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-2.jpg 786w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-2-300x191.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-2-768x490.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 786px) 100vw, 786px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Cannes, vue du port et du casino \u2013 Carte postale, 1905 (Geneanet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin nous nous promenons en voiture dans le quartier de Californie \u00e0 Cannes. L&rsquo;apr\u00e8s-midi nous allons voir le bon M. T\u00e9tard qui a quitt\u00e9 Biarritz et est \u00e9tabli \u00e0 Cannes avec sa famille ; il est enchant\u00e9 de nous voir et nous fait visiter diff\u00e9rents quartiers, notamment le Cannet. Nous partons \u00e0 5h \u00bd et venons d\u00eener et coucher \u00e0 Nice. Ce pays est charmant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Nice, dimanche 4 octobre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-3.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"641\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-3-1024x641.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-551\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-3-1024x641.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-3-300x188.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-3-768x480.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-3-1536x961.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-3.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Nice, promenade des Anglais et jet\u00e9e-promenade \u2013 Carte postale Babylone Fr\u00e8res, 1908 (Geneanet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise Notre-Dame, nous faisons tous les deux la sainte communion ; nous nous promenons toute la journ\u00e9e en voiture ou en tram ; nous visitons le ch\u00e2teau, la promenade des Anglais, la vieille ville, allons \u00e0 Beaulieu. Nice doit \u00eatre bien agr\u00e9able en hiver ! Je re\u00e7ois des nouvelles de ma famille, Marie-Th\u00e9r\u00e8se va tr\u00e8s bien, la naissance du petit Robert s&rsquo;est effectu\u00e9e dans d&rsquo;excellentes conditions.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 octobre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Menton lundi 5 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons Nice, visitons Monte-Carlo et Monaco, le fameux casino o\u00f9 nous voyons beaucoup de joueurs en train de se livrer \u00e0 leur vile passion, le palais du prince ; nous venons coucher \u00e0 Menton.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-4.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"655\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-4-1024x655.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-552\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-4-1024x655.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-4-300x192.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-4-768x492.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-4-1536x983.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-4.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Monaco, le casino et les terrasses \u2013 Carte postale, 1907 (Geneanet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">G\u00eanes, mardi 6 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous visitons en voiture les environs de Menton puis partons, franchissons la fronti\u00e8re \u00e0 Vintimille o\u00f9 nous nous promenons un peu et d\u00e9jeunons ; nous arrivons \u00e0 G\u00eanes \u00e0 6h \u00bd&nbsp;; je trouve, poste restante, de bonnes nouvelles de ma famille. J&rsquo;ai trouv\u00e9 \u00e0 Vintimille les 2 billets circulaires italiens que j&rsquo;avais demand\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">G\u00eanes, mercredi 7 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Toute la journ\u00e9e est employ\u00e9e \u00e0 visiter G\u00eanes, ses \u00e9glises, ses palais, son superbe Campo Santo sous la conduite d&rsquo;un guide ; il y a de bien belles choses.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"664\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-4-1024x664.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-553\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-4-1024x664.webp 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-4-300x194.webp 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-4-768x498.webp 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-4-1536x996.webp 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/s-l1600-4.webp 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">G\u00eanes (Italie) : le Campo Santo \u2013 Carte postale, 1908 (Ebay)<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Florence, jeudi 8 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous quittons G\u00eanes \u00e0 10h25, passons 3 heures \u00e0 Pise o\u00f9 nous montons au sommet de la tour pench\u00e9e, visitons la merveilleuse cath\u00e9drale, le Campo Santo, le baptist\u00e8re ; nous arrivons le soir \u00e0 Florence o\u00f9 nous trouvons des lettres poste restante.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Florence, vendredi 9 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous employons fort bien la journ\u00e9e \u00e0 visiter, avec un guide, les merveilles de Florence, le Duomo, le Baptist\u00e8re, le Palais Pitti&#8230; et tant d&rsquo;autres ; il y en a trop pour qu&rsquo;il soit possible d&rsquo;essayer de les d\u00e9crire ici. Ces visites paraissent int\u00e9resser beaucoup Bebelle.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-224907.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"432\" height=\"557\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-224907.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-554\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-224907.jpg 432w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Capture-decran-2026-03-29-224907-233x300.jpg 233w\" sizes=\"auto, (max-width: 432px) 100vw, 432px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de la cath\u00e9drale de Florence (Italie) Carte postale, 1908 (Ebay)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Padoue, samedi 10 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me voici dans la ville de mon patron ; mes parents m&rsquo;avaient promis de m&rsquo;y faire venir d\u00e8s avant ma naissance ; ce projet se r\u00e9alise \u00e0 mon mariage. Nous avons pass\u00e9 l&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 Bologne et avons visit\u00e9 l&rsquo;antique universit\u00e9 de cette ville, avons vu, \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie des Beaux-Arts, un Rapha\u00ebl, plusieurs tableaux de Guido Reni, des Carrache etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Venise, dimanche 11 octobre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-5.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"665\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-5-1024x665.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-555\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-5-1024x665.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-5-300x195.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-5-768x499.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-5-1536x998.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-5.jpg 1593w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Basilique Saint-Antoine de Padoue (Italie) \u2013 Carte postale, 1905 (Geneanet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si les apparences ne nous trompent pas, je crois que Bebelle sera m\u00e8re au commencement de juillet ; je prie Dieu de r\u00e9aliser nos esp\u00e9rances. J&rsquo;ai pri\u00e9 ce matin \u00e0 Padoue Saint Antoine \u00e0 cette intention. Si nous ne nous trompons pas les choses n&rsquo;auront pas train\u00e9. Ce matin, j&rsquo;ai communi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autel o\u00f9 est le tombeau de Saint Antoine. Visit\u00e9 la superbe basilique, le magnifique tr\u00e9sor o\u00f9 l&rsquo;on voit les reliques de la couronne de Notre Seigneur et la langue de Saint Antoine. Arriv\u00e9 ici \u00e0 2 heures, trouv\u00e9 de bonnes nouvelles de la famille. Commenc\u00e9 \u00e0 visiter cette ville si curieuse ; le soir, entendu la musique militaire sur la place Saint-Marc.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 18 octobre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Trieste, lundi 12 octobre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"695\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-695x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-557\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-695x1024.jpg 695w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-204x300.jpg 204w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-768x1132.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-1042x1536.jpg 1042w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-1389x2048.jpg 1389w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250827_155810-Copie-scaled.jpg 1737w\" sizes=\"auto, (max-width: 695px) 100vw, 695px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de venise par Louis Companyo (1870-1959), officier et artiste peintre, cousin par alliance d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch, sans date [ann\u00e9es 1900] \u2013 Collection priv\u00e9e<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous visitons Venise, partie en gondole, partie \u00e0 pied, avec un guide. Le palais des doges est merveilleux, que de souvenirs glorieux ou terribles ! L&rsquo;apr\u00e8s-midi nous allons au Lido. Nous repartons \u00e0 6h50 du soir et poussons une pointe sur Trieste ; c&rsquo;est un \u00ab&nbsp;hors-d&rsquo;\u0153uvre&nbsp;\u00bb dans notre voyage. Nous franchissons la fronti\u00e8re autrichienne \u00e0 San Giorgio di Nogaro et arrivons ici \u00e0 10h50. Bebelle se sent un peu lasse ; c&rsquo;est un effet de son \u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Milan, mercredi 14 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai 26 ans aujourd&rsquo;hui ; joyeux anniversaire maintenant que j&rsquo;ai aupr\u00e8s de moi une d\u00e9licieuse compagne. Pas de journal hier parce que nous \u00e9tions le soir en chemin de fer. Nous avons pass\u00e9 la journ\u00e9e compl\u00e8te d&rsquo;hier \u00e0 Trieste parce que nous avons manqu\u00e9, de 5 minutes, le train de midi ; nous avons visit\u00e9 la plage de Barcola et tout ce qu&rsquo;il y a \u00e0 voir dans le grand port autrichien, ce n&rsquo;est pas une belle ville du reste. Nous en sommes repartis \u00e0 6h50 du soir, sommes rentr\u00e9s en Italie par San Giorgio di Nogaro et sommes arriv\u00e9s \u00e0 V\u00e9rone ce matin \u00e0 1h43. Bebelle ayant envie de dormir, ce qui se comprends, j&rsquo;ai visit\u00e9 seul cette ville si curieuse&nbsp;; que de jolies maisons, que d&rsquo;\u00e9glises magnifiques ! Je regrette de n&rsquo;avoir pas plus de temps \u00e0 passer \u00e0 V\u00e9rone. Nous en repartons \u00e0 midi, descendons \u00e0 Dessenzano, faisons une promenade sur le lac de Garde jusqu&rsquo;\u00e0 Sirmione, joli village sur un promontoire, malheureusement il pleut. Nous arrivons le soir \u00e0 Milan ; nous nous promenons dans la galerie Victor-Emmanuel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Milan, jeudi 15 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons \u00e0 8h45 pour C\u00f4me, visitons de 10h \u00e0 midi cette jolie petite ville et prenons le bateau pour Bellaggio, ravissante station situ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;intersection des deux branches m\u00e9ridionales du lac de C\u00f4me. Ce lac est merveilleux ; entour\u00e9 de montagnes \u00e9lev\u00e9es, ses rives sont sem\u00e9es de villages coquets, de somptueuses villas, de superbes parcs ; nous nous promenons \u00e0 Bellaggio et voyons des points de vue splendides sur les 2 c\u00f4t\u00e9s du lac. Au retour, nous d\u00eenons sur le bateau. Nous sommes de retour \u00e0 Milan \u00e0 9h du soir ; Bebelle se sentant de nouveau fatigu\u00e9e, nous ne nous prom\u00e8nerons demain qu&rsquo;en voiture ou en tram.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Milan, vendredi 16 octobre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-6.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"643\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-6-1024x643.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-558\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-6-1024x643.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-6-300x188.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-6-768x482.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-6-1536x965.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-6.jpg 1600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de la cath\u00e9drale de Milan \u2013 Carte postale, 1908 (Geneanet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais voir un m\u00e9decin fran\u00e7ais avec Bebelle ; il l\u2019examine et croit comme nous qu\u2019elle est enceinte ; sa l\u00e9g\u00e8re fatigue vient de son \u00e9tat. Nous visitons la magnifique cath\u00e9drale, la 8<sup>\u00e8me<\/sup> merveille du monde, impossible de la d\u00e9crire, je ne m\u2019en sens pas capable\u2026 Nous visitons l\u2019int\u00e9rieur, puis je monte aux galeries ext\u00e9rieures et m\u00eame au belv\u00e9d\u00e8re qui est tout \u00e0 fait au sommet de la fl\u00e8che la plus \u00e9lev\u00e9e, sous la statue de la Vierge, \u00e0 plus de 100 m\u00e8tres du sol et \u00e0 512 marches&nbsp;; bien entendu, je ne permets pas \u00e0 Bebelle de s\u2019imposer cette fatigue. De l\u00e0-haut, on domine une v\u00e9ritable for\u00eat d\u2019aiguilles et de clochetons de marbre blanc. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous visitons la ville en voiture, ses mus\u00e9es, ses \u00e9glises, ses jardins publics. Milan est une superbe ville, tr\u00e8s int\u00e9ressante, tr\u00e8s \u00e9l\u00e9gante et tr\u00e8s anim\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Turin, samedi 17 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais visiter la c\u00e9l\u00e8bre et tr\u00e8s belle Chartreuse de Pavie entre Milan et Pavie ; elle est merveilleuse. Bebelle, \u00e9tant fatigu\u00e9e, passe la matin\u00e9e au lit et ne m\u2019accompagne pas. Nous partons \u00e0 4 heures pour Turin o\u00f9 nous arrivons \u00e0 7 heures. Bebelle est fatigu\u00e9e, souffre de l\u2019estomac, des reins ; c\u2019est le signe \u00e0 peu pr\u00e8s certain que nous aurons un enfant dans quelques mois. Somme toute, elle est moins souffrante que la plupart des jeunes femmes en pareil cas, mais je ne lui permets pas de se fatiguer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Turin, dimanche 18 octobre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-7.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"697\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-7-1024x697.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-559\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-7-1024x697.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-7-300x204.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-7-768x523.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/large-7.jpg 1038w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue du Palais de Turin \u2013 Carte postale, 1908 (Geneanet)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous visitons en voiture les principaux monuments de Turin, le Palais royal, la Pinacoth\u00e8que, le Mus\u00e9e royal des armures, un mus\u00e9e des sciences et des arts etc ; enfin la cath\u00e9drale o\u00f9 est conserv\u00e9e la pr\u00e9cieuse relique du Saint Suaire, l\u2019\u00e9glise de Consolation etc. Bebelle est mieux&nbsp;; le traitement que je lui fais suivre lui fait du bien.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 19 au 24 octobre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La Burbanche, lundi 19 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous voici \u00e0 La Burbanche pour un jour, je pr\u00e9sente sa femme aux Delestrac. Mon billet me faisant passer par ici, j\u2019ai \u00e9crit de Milan \u00e0 Tante Delestrac que nous nous arr\u00eaterions un jour si elle y \u00e9tait et je lui demandais de me t\u00e9l\u00e9graphier en gare de Modane si elle \u00e9tait \u00e0 La BurbAnche. J\u2019ai trouv\u00e9 sa d\u00e9p\u00eache \u00e0 matin \u00e0 Modane, j\u2019ai t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9 aux Magu\u00e9 que nous n\u2019arriverions que demain soir \u00e0 Dijon et nous sommes arriv\u00e9s ici \u00e0 5h \u00bd environ. \u00c0 Culoz, nous avons trouv\u00e9 Antoine et Yvonne venus au-devant de nous ; en attendant notre train, nous avons pass\u00e9 deux heures avec eux au buffet. Ici, nous trouvons tout le monde, m\u00eame Genevi\u00e8ve, sauf l\u2019oncle Lucien retenu \u00e0 Paris. Je suis fier de pr\u00e9senter Bebelle ! Nous sommes rentr\u00e9s en France par le tunnel du Mont-Cenis qui a 13 kilom\u00e8tres ; nous avons mis 18 minutes \u00e0 le franchir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, mardi 20 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous promenons et jouons au tennis le matin. Nous partons de La Burbanche \u00e0 1h \u00bd et par Amb\u00e9rieu et Bourg, arrivons \u00e0 Dijon \u00e0 6 heures ; l\u2019oncle Paul, Tante Josepha et N\u00e9nette nous attendent et nous re\u00e7oivent avec leur amabilit\u00e9 habituelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, mercredi 21 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait froid, c\u2019est l\u2019hiver. Nous nous promenons une partie de la journ\u00e9e. Superbe s\u00e9ance hier \u00e0 la Chambre et qui donne beaucoup d\u2019espoir pour l\u2019avenir ! C\u2019\u00e9tait l\u2019interpellation de Bi\u00e9try, le chef des Jaunes, au sujet de la campagne contre la Cour de Cassation \u00e0 propos de son faux dans l\u2019arr\u00eat monstrueux qui innocentait Dreyfus il y a 2 ans. Bi\u00e9try a accus\u00e9 formellement la Cour de Cassation de forfaiture, d\u2019ignominie ; Briand, le souteneur apache, a r\u00e9pondu sans donner de raisons ; les gauches hurlaient, rageaient, temp\u00eataient contre le courageux d\u00e9put\u00e9 de Brest ; on a vot\u00e9 la censure contre lui et l\u2019expulsion, Bi\u00e9try a cri\u00e9 \u00ab \u00c7a n\u2019emp\u00eache Dreyfus d\u2019\u00eatre un tra\u00eetre ! \u00bb et il est rest\u00e9 \u00e0 la tribune ; on a d\u00fb l\u2019expulser <em>manu militari<\/em> ; la s\u00e9ance a \u00e9t\u00e9 suspendue, on s\u2019est battu dans les couloirs. Cette rage de la gauche, de toute la gauche, m\u00eame des mod\u00e9r\u00e9s et des progressistes, n\u2019emp\u00eache pas le pays de voir de plus en plus nettement que la plus haute juridiction de France a falsifi\u00e9 la loi pour sauver un tra\u00eetre juif. La Cour de Cassation, comme son premier pr\u00e9sident, est oblig\u00e9e d\u2019accepter tous affronts sans poursuivre ; les accusateurs, le commandant Cuignet, Real del Sarte, somment le gouvernement de les poursuivre, le gouvernement reste coi ; car il n\u2019a rien, rien \u00e0 r\u00e9pondre ; le faux est patent, visible ; la Cour de Cassation est d\u00e9shonor\u00e9e. Je ne sais jusqu\u2019o\u00f9 ira cette reprise de l\u2019affaire Dreyfus ; sa cons\u00e9quence logique serait le renversement de la r\u00e9publique ; ainsi soit-il !!! Jacques Herv\u00e9-Bazin m\u2019annonce son mariage avec Mlle Paule Guilloteau<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a>, fille du d\u00e9put\u00e9 conservateur de Lorient ; il me suit de pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2239699.webp\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"836\" height=\"853\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2239699.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-560\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2239699.webp 836w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2239699-294x300.webp 294w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/2239699-768x784.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 836px) 100vw, 836px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Paule Guilloteaux (1890-1960), mari\u00e9e en 1909 avec Jacques Herv\u00e9-Bazin \u2013 Clich\u00e9 Cauville, Angers, 1908 (Collection priv\u00e9e Eric Herv\u00e9-Bazin, publi\u00e9e dans <em>La Croix<\/em> du 29 octobre 2025)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, jeudi 22 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous choisissons notre chambre pour Perpignan ; nous la prenons ici parce que nous avons plus de loisirs qu\u2019\u00e0 Perpignan. Elle est en noyer, de style Louis XV soign\u00e9, l\u2019armoire \u00e0 glace est \u00e0 deux faces, les rideaux, baldaquin, chaises, chaise longue en velours bleu gris. Ce n\u2019est pas une chambre de luxe, mais elle sera confortable ; les 3 pi\u00e8ces (lit, table de nuit, armoire) se montent \u00e0 780 fr.&nbsp;; tout compris, \u00e7a arrivera \u00e0 1826 fr., mais j\u2019ai demand\u00e9 et obtenu un d\u00e9lai d\u2019un an pour le paiement. Il y aura encore une table, un tapis et diff\u00e9rentes choses \u00e0 acheter ; cette chambre d\u00e9passera 2000 fr. ; heureusement qu\u2019il n\u2019y aura ni le salon, ni la salle \u00e0 manger \u00e0 acheter. Mais il y aura un tas de frais d\u2019\u00e9tablissement ; c\u2019est ennuyeux, mais n\u00e9cessaire ! Il fait tout \u00e0 fait froid.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Dijon, vendredi 23 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener au grand parc dijonnais ; il fait un froid gris tr\u00e8s ennuyeux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Lyon, samedi 24 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 Dijon \u00e0 7h30 du soir apr\u00e8s avoir pass\u00e9 toute la journ\u00e9e et nous \u00eatre promen\u00e9s avec les Magu\u00e9 et nous venons coucher \u00e0 Lyon apr\u00e8s 3 heures de trajet. Je regrette d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de quitter si vite les Magu\u00e9 qui ont \u00e9t\u00e9 si aimables, mais il est urgent que j\u2019arrive \u00e0 La M\u00e9tairie Grande pour les affaires de la succession de mon beau-p\u00e8re ; la proc\u00e9dure du partage va commencer.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 31 octobre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, lundi 26 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me voici de nouveau \u00e0 La M\u00e9tairie Grande&nbsp;; je suis tr\u00e8s content d\u2019avoir pu y revenir. Nous avons visit\u00e9 Lyon hier, sommes partis le soir \u00e0 11h20 et sommes arriv\u00e9s ici ce matin \u00e0 10 heures. On gelait \u00e0 Lyon, il a neig\u00e9 toute l\u2019apr\u00e8s-midi ; ici, il fait moins froid. Je suis heureux de retrouver ma nouvelle famille pour quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mardi 27 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Mazamet voir notre notaire M. Siret&nbsp;; il me met au courant de l\u2019\u00e9tat des affaires ; je d\u00e9jeune \u00e0 Lapeyrouse et je reviens avec Germaine dans son auto.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mercredi 28 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henry Tournamille arrive ce matin. Nous allons \u00e0 Castres, ma belle-m\u00e8re, Albert, Henry Tournamille, Henry Jamme de Lagoutine et moi, voir notre avou\u00e9 M. Comte pour discuter les mesures \u00e0 prendre pour le recouvrement de la cr\u00e9ance hypoth\u00e9caire sur la Gauphine ; les deux Henry ne sont pas tr\u00e8s d\u2019accord avec nous ; je prends le parti de ma belle-m\u00e8re et d\u2019Albert. Nous rentrons le soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, jeudi 29 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui a lieu, en pr\u00e9sence de ma belle-m\u00e8re, de Gaston, d\u2019Henry Jamme de Lagoutine, d\u2019Henry Tournamille, d\u2019Albert et de Joseph Sahuc subrog\u00e9 tuteur des mineurs, l\u2019inventaire des meubles meublants et des papiers et registres de la succession de mon beau-p\u00e8re. Nous nous entretenons d\u2019importantes questions d\u2019affaires surtout, pour la cr\u00e9ance de 150.000 fr. que nous avons sur la Gauphine et qui, je le crains, sera fort difficile \u00e0 recouvrer. Heureusement que notre oncle Dieudonn\u00e9 a d\u00e9couvert un testament fait en sa faveur en 1851 par son demi-fr\u00e8re Henri de Saussine et qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9voqu\u00e9 par un testament post\u00e9rieur (de 1870). Il y aura proc\u00e8s entre l\u2019oncle Dieudonn\u00e9 du Lac et nos cousins de Saussine, mais si notre oncle triomphe, nous aurons des chances de recouvrer nos 150.000 fr. ; pour moi, c\u2019est un int\u00e9r\u00eat de 15.000 fr. Un mois aujourd\u2019hui que Bebelle est d\u00e9finitivement \u00e0 moi ; on dit g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019apr\u00e8s la lune de miel vient la lune rousse ; je ne m\u2019en aper\u00e7ois pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, vendredi 30 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous partons tous quatre, Albert, Henry Jamme de Lagoutine, Henry Tournamille et moi, pour B\u00e9ziers en auto&nbsp;; nous y retrouvons Gaston et allons tous ensemble chez notre avou\u00e9 avec qui nous avons une longue conf\u00e9rence ; l\u2019oncle Dieudonn\u00e9 a vendu, apr\u00e8s signification de notre saisie, du vin r\u00e9guli\u00e8rement saisi par nous ; de ce fait, nous pourrions l\u2019envoyer en correctionnelle ; nous sommes tous d\u2019accord pour ne pas le faire ; nous examinons le testament de 1851, il parait valable car celui de 1870 ne porte qu\u2019en legs particulier et laisse le premier intact ; par-l\u00e0, nous pourrons peut-\u00eatre arriver \u00e0 nous faire payer. Nous d\u00e9jeunons chez Claire de Gineste, j\u2019y fais la connaissance de ma ni\u00e8ce de Lauriston qui est tr\u00e8s jolie et tr\u00e8s gentille. Nous allons ensuite, dans les 2 autos, visiter la propri\u00e9t\u00e9 de la Gauphine, elle est immense et est assez bien tenue ; malheureusement notre hypoth\u00e8que ne vient qu\u2019en 3<sup>\u00e8me<\/sup> rang. Nous rencontrons l\u2019oncle Dieudonn\u00e9, nous nous contentons de le saluer. En repartant, nous nous arr\u00eatons un moment \u00e0 Cazouls-l\u00e8s-B\u00e9ziers ; pr\u00e8s de Cazouls je rencontre Victor de Lacour avec qui je m\u2019arr\u00eate un instant ; quelle curieuse rencontre ! La propri\u00e9t\u00e9 de sa m\u00e8re, le Pignas, est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Cazouls. Nous rentrons ici \u00e0 8 heures ; nous avons fait aujourd\u2019hui plus de 150 kilom\u00e8tres d\u2019auto ; c\u2019est charmant, Albert conduit tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, samedi 31 octobre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henry Tournamille repart pour Gaspart. Avec Albert et Henry Jamme de Lagoutine je vais \u00e0 Castres voir notre avou\u00e9 M<sup>e<\/sup> Comte pour le mettre au courant de ce que nous avons appris hier \u00e0 Cazouls et \u00e0 B\u00e9ziers ; nous d\u00e9cidons tous d\u2019intervenir comme cr\u00e9anciers de l\u2019oncle Dieudonn\u00e9 dans le proc\u00e8s qu\u2019il va faire \u00e0 nos cousins de Saussine pour se faire donner ce qui lui revient du fait du premier testament de notre oncle de Saussine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Novembre 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> novembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, dimanche 1<sup>er<\/sup> novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous \u00e0 la messe de 7h \u00e0 Albine ; nous y faisons la sainte communion \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate de la Toussaint. L\u2019apr\u00e8s-midi Germaine vient nous voir, nous allons \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Albine et ensuite au cimeti\u00e8re prier sur la tombe de mon beau-p\u00e8re ; nous allons ensuite faire une visite \u00e0 nos cousins d\u2019Auxheillon au ch\u00e2teau de Sauveterre.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 novembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, lundi 2 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe des morts \u00e0 Sauveterre. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons tous dans une jolie vall\u00e9e sur la montagne sud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mardi 3 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous comptions partir aujourd\u2019hui pour Ille, mais l\u2019inventaire n\u2019est pas termin\u00e9 et il faut le signer avant de partir&nbsp;; de plus, Fran\u00e7ois vient passer la journ\u00e9e de jeudi ; nous ne partirons donc que vendredi. C\u2019est un retard qui s\u2019impose. Les deux notaires viennent et terminent l\u2019inventaire. Nous apprenons la mort de notre cousin le comte Emmanuel de Serre<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\">[45]<\/a>, \u00e0 Montpellier&nbsp;; il \u00e9tait du m\u00eame \u00e2ge que mon beau-p\u00e8re dont la mort l\u2019avait beaucoup affect\u00e9. Il avait plusieurs enfants.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, mercredi 4 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous en auto \u00e0 Lapeyrouse, Fran\u00e7ois, qui a cong\u00e9 demain, arrive ce soir de son coll\u00e8ge d\u2019Albi ; on lui a permis de devancer l\u2019heure du d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">La M\u00e9tairie Grande, jeudi 5 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fran\u00e7ois passe la journ\u00e9e et repart le soir pour son coll\u00e8ge. Germaine et Henry viennent dans l\u2019apr\u00e8s-midi. C\u2019est le dernier jour que nous passons ici ; demain soir \u00e0 pareille heure nous serons \u00e0 Ille ; il me tarde de me retrouver avec ma femme au milieu des miens. Le bruit court que la situation est tr\u00e8s tendue entre la France et l\u2019Allemagne&nbsp;; aurons-nous la guerre ? La situation parait aussi grave qu\u2019en juin 1905.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 6 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est ce soir que j\u2019ai la joie de ramener ma femme dans ma maison paternelle. Nous avons quitt\u00e9 la M\u00e9tairie grande ce matin ; je ne me suis arr\u00eat\u00e9 \u00e0 B\u00e9ziers o\u00f9 j\u2019ai vu Gaston et j\u2019ai caus\u00e9 avec notre avou\u00e9. Bebelle m\u2019a rejoint \u00e0 3 heures 20 et nous sommes arriv\u00e9s ici \u00e0 8h du soir. J\u2019ai trouv\u00e9 Philom\u00e8ne qui attend de jour en jour sa d\u00e9livrance, Henri de Lavergne et Bonne Maman. Je suis enchant\u00e9 de me retrouver ici avec ma femme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 7 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La journ\u00e9e enti\u00e8re a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e par l\u2019accouchement de Philom\u00e8ne ; elle a commenc\u00e9 \u00e0 souffrir \u00e0 4 heures du matin et vers 9h \u00be du soir, voyant que la d\u00e9livrance ne se produisait pas, on s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 appliquer les forceps ; elle a accouch\u00e9, apr\u00e8s 18 heures, vers 10 heures du soir. L\u2019enfant est une grosse fille, superbe. Philom\u00e8ne, que nous venons de voir, est bien contente maintenant. C\u2019est le Dr Pons qui a aid\u00e9 \u00e0 l\u2019accouchement. Cet \u00e9v\u00e9nement a un peu impressionn\u00e9 Bebelle ; dans 8 mois, elle en sera l\u00e0 la pauvre ch\u00e9rie ! Il y avait 91 ans qu\u2019il n\u2019y avait pas eu de naissance dans cette maison. Dans la journ\u00e9e, je me suis un peu promen\u00e9 avec Bebelle ; je suis fier de la montrer !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 8 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; je suis bien fier de faire voir ma ch\u00e8re petite femme ! Philom\u00e8ne et sa fillette vont bien. Cette enfant est n\u00e9e le 7 novembre comme son bisa\u00efeul&nbsp;; mon grand-p\u00e8re paternel \u00e9tait du 7 novembre 1804.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 novembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 9 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re \u00e0 pied avec Bebelle ; nous rentrons en chemin de fer ; je montre \u00e0 Bebelle cette propri\u00e9t\u00e9 qui est maintenant \u00e0 moi. Ici, on me parle beaucoup du congr\u00e8s d\u00e9partemental de la Jeunesse catholique qui s\u2019est tenu le 18 octobre et qui a \u00e9t\u00e9 un vrai succ\u00e8s ; environ 500 congressistes y ont pris part au milieu d\u2019un grand enthousiasme&nbsp;; Monseigneur, mon oncle le chanoine de Llobet ont parl\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9glise ; il para\u00eet que \u00e7a a \u00e9t\u00e9 superbe. Je fais voir Bebelle au Docteur Pons afin d\u2019avoir la certitude de sa grossesse ; le docteur nous la confirme&nbsp;; il est certain que s\u2019il n\u2019y a pas d\u2019accrocs, Bebelle sera m\u00e8re les premiers jours de juillet prochain. Avec quelle rapidit\u00e9 la grossesse s\u2019est d\u00e9clar\u00e9e ! Comme je souhaite que tout se passe bien !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 10 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous apprenons la mort de Tante Am\u00e9lie<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a> m\u00e8re de mon oncle Albert Lazerme, c\u2019\u00e9tait la belle-s\u0153ur de Bonne Maman, mais par suite de sa s\u00e9paration avec l\u2019oncle Henri, nous ne la voyions pas&nbsp;; elle avait 82 ans et a surv\u00e9cu 19 ans \u00e0 son mari. \u00c0 cause de l\u2019oncle Albert nous d\u00e9cidons d\u2019assister aux obs\u00e8ques ; je devais pr\u00e9cis\u00e9ment venir ici avec Bebelle. Nous venons \u00e0 2 heures et descendons chez notre oncle Gabriel de Llobet o\u00f9 nous couchons ce soir. Nous faisons des commissions dans l\u2019apr\u00e8s-midi. Le soir, j\u2019assiste \u00e0 une r\u00e9union des chefs du Panache ; nous arr\u00eatons le plan de campagne de cette ann\u00e9e ; j\u2019accepte de faire 2 conf\u00e9rences au Panache ; il faudra aussi prendre part aux r\u00e9unions qui auront lieu une fois chaque mois \u00e0 la campagne ; c\u2019est une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences dans le d\u00e9partement qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9e. Je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9conis\u00e9e l\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re, c\u2019est, je crois, une bonne d\u00e9cision prise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 11 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Bebelle, Papa et Bonne Maman, nous prenons part aux obs\u00e8ques de Tante Am\u00e9lie ; nous sommes du deuil le plus proche. On l\u2019inhume dans le cimeti\u00e8re Saint-Martin au caveau des Lazerme. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous faisons quelques commissions, nous faisons transporter et arrangeons des caisses \u00e0 la maison de la place d\u2019armes ; nous allons voir \u00e0 Mailloles notre oncle de Chefdebien. Nous rentrons le soir \u00e0 Ille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 12 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On proc\u00e8de \u00e0 l\u2019ondoiement de la petite de Lavergne qui re\u00e7oit le pr\u00e9nom de \u00ab C\u00e9cile \u00bb et plusieurs autres, 6 en tout ; on la baptisera en m\u00eame temps que le petit Robert de Saint-Cyr qui arrivera bient\u00f4t avec ses p\u00e8re et m\u00e8re. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne avec Bebelle du c\u00f4t\u00e9 de R\u00e9gleilles. L\u2019alerte est pass\u00e9e ; pour la premi\u00e8re fois depuis longtemps, le gouvernement a eu une attitude dont il faut le louer&nbsp;; il a oppos\u00e9 un refus net et cat\u00e9gorique aux pr\u00e9tentions de l\u2019Allemagne, malgr\u00e9 les menaces de guerre ; l\u2019opinion unanime de tous les Fran\u00e7ais \u00e9tait avec le gouvernement et\u2026 l\u2019Allemagne a recul\u00e9&nbsp;; elle a fini par accepter le point de vue fran\u00e7ais ; l\u2019affaire des d\u00e9serteurs de Casablanca va \u00eatre port\u00e9e dans son int\u00e9gralit\u00e9 devant le tribunal d\u2019arbitrage. C\u2019est pour l\u2019Allemagne une reculade retentissante et pour la France un succ\u00e8s diplomatique dont nous sommes fiers. Nous le devons \u00e0 la ferme attitude observ\u00e9e par le gouvernement et par l\u2019opinion et \u00e0 nos alliances avec la Russie et l\u2019Angleterre dont l\u2019appui, en cas de guerre, nous \u00e9tait assur\u00e9. L\u2019alerte a \u00e9t\u00e9 vive&nbsp;; elle a prouv\u00e9 que le patriotisme fran\u00e7ais et la vieille fiert\u00e9 fran\u00e7aise n\u2019\u00e9taient pas de vains mots. Pour une fois, nous pouvons f\u00e9liciter le gouvernement r\u00e9publicain ; une fois n\u2019est pas coutume !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 13 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 Vin\u00e7a en voiture ; je fais visiter \u00e0 Bebelle ma maison maternelle, la maison de Llobet, les deux jardins. Nous voyons quelques personnes.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 14 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">M. Charouleau vient essayer nos habits d\u2019hiver ; il reste ici le soir. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais me promener avec Papa et Bebelle aux champs d\u2019<em>El Pou <\/em>et de <em>Las Pedrosas<\/em> que Papa m\u2019a donn\u00e9s au contrat de mariage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 15 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; l\u2019apr\u00e8s-midi, \u00e0 2 h, r\u00e9union de la Jeunesse Catholique. Apr\u00e8s v\u00eapres, je vais faire quelques visites avec Bebelle, nous ne rencontrons presque personne. Je souffre de ma petite douleur rhumatismale au tendon gauche, comme \u00e7a m\u2019arrive 2 ou 3 fois chaque hiver.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 novembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 16 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste \u00e0 7h \u00bd, avec Bebelle \u00e0 une messe que nous faisons dire pour le repos de l\u2019\u00e2me de mon beau-p\u00e8re&nbsp;; il y a juste 3 mois de sa mort ; je souffre encore de mon tendon gauche. Aussi, je ne ressors pas ; d\u2019ailleurs, il pleut toute la journ\u00e9e assez fort. Je m\u2019occupe \u00e0 envoyer \u00e0 nos amis le discours prononc\u00e9 \u00e0 ma messe de mariage par l\u2019oncle Gabriel ; ce discours est un petit chef-d\u2019\u0153uvre du genre et mon oncle, sur les instances de ma belle-m\u00e8re et sur les n\u00f4tres, l\u2019a fait imprimer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 17 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il continue \u00e0 pleuvoir une partie de la journ\u00e9e, les cours d\u2019eau ont beaucoup grossi mais il n\u2019y a pas de danger d\u2019inondation. Je me sors un peu dans l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 18 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps s\u2019est remis au beau. Je sors avec Bebelle matin et soir. Philom\u00e8ne souffre des seins et craint de ne pas pouvoir continuer \u00e0 nourrir sa fille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 19 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a du train de midi \u00e0 2h \u00bd ; je rentre en voiture et m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule o\u00f9 je m\u2019occupe d\u2019une plantation de petits pois \u00e0 faire \u00e0 la vigne de la Grande F\u00eache ; c\u2019est un essai que je veux tenter.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 20 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons, Bebelle et moi, \u00e0 Millas voir les familles Ferriol et de \u00c7agarriga ; nous nous contenterons, tant que nous sommes en grand deuil, de voir les parents ; nous avons commenc\u00e9 par deux familles qui sont des parents \u00e9loign\u00e9s ; ces jours-ci \u00e0 Perpignan nous continuerons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, samedi 21 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Bebelle, je pars pour Perpignan \u00e0 9h31 ; nous y passerons 3 jours, jusqu\u2019\u00e0 lundi soir ; nous descendons chez notre oncle de Llobet. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Claira ; je passe d\u2019abord par Pia&nbsp;; avec Baleine et Ral je visite ma vigne de <em>la Cad\u00e8ne<\/em> qui est une superbe pi\u00e8ce de terre en excellent \u00e9tat, puis nous visitons \u00e0 Claira une cave qui est \u00e0 vendre et que je voudrais bien acheter, mais elle est un peu ch\u00e8re. Il est de toute n\u00e9cessit\u00e9 de trouver bient\u00f4t une cave \u00e0 acheter ; je crois qu\u2019il serait plus cher de faire b\u00e2tir. Je charge Baleine, r\u00e9gisseur de l\u2019oncle Xavier \u00e0 Pia et Ral, r\u00e9gisseur de mon oncle Charles de Llobet \u00e0 Torreilles, de me chercher un granger ou <em>mouss\u00e8gue<\/em> pour ces vignes. Le soir, r\u00e9union au Panache&nbsp;; conf\u00e9rence de M. Henri Bertran, j\u2019y assiste.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche 22 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 Saint-Jean. Nous d\u00e9jeunons chez les Lazerme. L\u2019apr\u00e8s-midi, j\u2019assiste avec eux, Fernand de Rovira et d\u2019autres amis, \u00e0 la conf\u00e9rence publique et contradictoire faite au th\u00e9\u00e2tre par l\u2019abb\u00e9 Bordron ; ce pr\u00eatre est tr\u00e8s \u00e9nergique ; la salle \u00e9tait remplie d\u2019hommes, des amis et des adversaires ; l\u2019abb\u00e9 fait sa conf\u00e9rence d\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre malgr\u00e9 des hurlements sauvages, des contradictions, une obstruction syst\u00e9matique ; il parle contre l\u2019anticl\u00e9ricalisme ; les contradicteurs qui montent \u00e0 la tribune sont d\u2019une faiblesse lamentable ; somme toute, cette conf\u00e9rence aura fait du bien. Il y a peut-\u00eatre quelques r\u00e9serves \u00e0 faire sur certains points ; elles seront faites dans <em>Le Roussillon<\/em> de demain. Nous faisons quelques visites de pr\u00e9sentation chez les Cornet, d\u2019Albici. Le soir, en nous promenant \u00e0 la foire, nous gagnons un poisson rouge !<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 novembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 23 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous rentrons le soir \u00e0 Ille apr\u00e8s une journ\u00e9e bien employ\u00e9e \u00e0 plusieurs visites de pr\u00e9sentation et \u00e0 diff\u00e9rentes choses. Je me d\u00e9cide \u00e0 demander \u00e0 ma belle-m\u00e8re de me c\u00e9der \u00e0 Claira le <em>\u00ab Prat d\u2019En Griffaignes \u00bb<\/em>, d\u2019une contenance de 2 ha 33 ares, c\u2019est une jolie pi\u00e8ce de terre tr\u00e8s voisine de mes 2 vignes&nbsp;; elle est moiti\u00e9 en vigne, moiti\u00e9 en cham&nbsp;; le prix d\u2019estimation est 5785 fr.&nbsp;; \u00e0 ce prix-l\u00e0, ce serait s\u00fbrement une bonne affaire. Je crois que ma belle-m\u00e8re sera ravie que \u00e7a ne sorte pas de la famille. Cette somme de 5785 fr. sera \u00e0 d\u00e9duire de ce que ma belle-m\u00e8re aura \u00e0 payer \u00e0 Bebelle pour la M\u00e9tairie Grande. Cette pi\u00e8ce compl\u00e9tera bien notre petit domaine de la Salanque ; j\u2019aurai ainsi 9 hectares \u00e0 Claira.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 24 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais le relev\u00e9 de plusieurs propri\u00e9t\u00e9s sur le plan cadastral d\u2019Ille et de Saint-Michel&nbsp;; j\u2019ai un registre sur lequel je trace le plan de chaque propri\u00e9t\u00e9. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais avec Bebelle \u00e0 Saint-Michel pour cela. Je m\u2019occupe de la semence des petits pois pour Bouletern\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 25 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je viens passer quelques jours ici avec Bebelle ; nous arrivons \u00e0 4 heures ; avant de venir ici, je m\u2019arr\u00eate \u00e0 Boule o\u00f9 l\u2019on s\u00e8me les petits pois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 26 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u2019occupe de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien&nbsp;; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons nous promener \u00e0 la Balme ; je cherche \u00e0 affermer cette propri\u00e9t\u00e9 ; Bonne Maman m\u2019en offre 200 fr. pour cette ann\u00e9e et j\u2019accepte avec [plaisir]&nbsp;; nous verrons s\u2019il y a mieux \u00e0 faire l\u2019an prochain. On annonce le d\u00e9part de M. Corrieu, cur\u00e9 de Vin\u00e7a, nomm\u00e9 chanoine titulaire et la nomination \u00e0 Vin\u00e7a du cur\u00e9 de Canet, M. l\u2019abb\u00e9 Marsal.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 27 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019assiste aux obs\u00e8ques de Mme veuve Pons, membre honoraire de la Soci\u00e9t\u00e9, je prononce le discours de rigueur ; la d\u00e9funte avait 83 ans \u00bd. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons et faisons quelques visites de pr\u00e9sentation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, samedi 28 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Temps aigre et sombre ; nous ne sortons gu\u00e8re que pour aller faire des visites de pr\u00e9sentation aux quelques personnes \u00e0 voir ici. Notre avou\u00e9 de B\u00e9ziers, M<sup>e<\/sup> Prieu, me convoque pour lundi matin de la part de mon beau-fr\u00e8re Gaston au sujet de l\u2019affaire de la Gauphine ; je partirai donc demain \u00e0 4 heures d\u2019Ille. Le soir je r\u00e9unis le bureau de la Soci\u00e9t\u00e9 pour diverses questions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">B\u00e9ziers, dimanche 29 novembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis arriv\u00e9 \u00e0 B\u00e9ziers \u00e0 8 heures du soir apr\u00e8s arr\u00eat \u00e0 Ille o\u00f9 j\u2019ai ramen\u00e9 Bebelle et fait mes paquets. Je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel du Nord ; le soir, je vais passer une heure chez Gaston.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">B\u00e9ziers, lundi 30 novembre 1908<\/h4>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/capture-decran-297.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"656\" height=\"397\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/capture-decran-297.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-561\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/capture-decran-297.png 656w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/capture-decran-297-300x182.png 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 656px) 100vw, 656px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vue de la propri\u00e9t\u00e9 de la Gauphine \u00e0 Cazouls-l\u00e8s-B\u00e9ziers \u2013 Carte postale, sans date [ann\u00e9es 1900] (Site cazouls.wordpress.com)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars avec Gaston et M<sup>e<\/sup> Prieu, \u00e0 7h \u00bd, en auto pour la Gauphine ; pr\u00e8s de Cazouls, nous rencontrons Henry Jamme venu aussi en auto ; plus tard Henry Tournamille vient nous rejoindre. Nous prenons \u00e0 la mairie de Cazouls-l\u00e8s-B\u00e9ziers le relev\u00e9 du plan de la Gauphine, puis sur place, et apr\u00e8s avoir revisit\u00e9 une bonne partie de la propri\u00e9t\u00e9 et des locaux, nous voyons comment nous la diviserons pour la mettre en vente, car c\u2019est pour dresser ce lotissement que nous sommes venus ; nous n\u2019avons pas fini et reviendrons demain matin. Nous d\u00e9jeunons sur l\u2019herbe au bord d\u2019une fontaine. Le soir, nous rentrons ici et d\u00eenons chez Gaston ou plut\u00f4t chez sa grand-m\u00e8re Mme de Crozals, premi\u00e8re belle-m\u00e8re de mon pauvre beau-p\u00e8re ; elle est \u00e2g\u00e9e de 88 ans et se porte \u00e0 merveille. Elle a une fortune \u00e9norme et une installation splendide.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">D\u00e9cembre 1908<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 6 d\u00e9cembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Revenus ce matin \u00e0 la Gauphine, d\u2019abord avec Gaston aux mairies de Th\u00e9zan et Murviel pour retenir le plan ; termin\u00e9 le lotissement, fix\u00e9 les prix des 8 lots. Je d\u00e9jeune encore chez Gaston et je quitte B\u00e9ziers \u00e0 3h \u00bd ; \u00e0 la gare de Perpignan, je trouve Bebelle venue pour un essayage ; elle est horriblement impressionn\u00e9e parce qu\u2019elle vient de voir un homme se jeter volontairement sous le train qui s\u2019avan\u00e7ait ; je vais voir les d\u00e9bris de ce d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, c\u2019est une bouillie&nbsp;; c\u2019est atroce ! Je devais coucher \u00e0 Perpignan et aller demain \u00e0 Claira, mais la voyant si impressionn\u00e9e, je c\u00e8de \u00e0 ses instances et je rentre avec elle \u00e0 Ille ; dans son \u00e9tat, ces impressions ne valent rien.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 2 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arriv\u00e9e de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Max, leur fille Ghislaine et leur jeune fils Robert \u00e2g\u00e9 de 2 mois et quelques jours ; il est mignon et un peu fluet. Ils viennent pour quelques mois, du moins Marie-Th\u00e9r\u00e8se et ses enfants. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re avec Max ; je m\u2019occupe des petits pois que je fais semer. L\u2019individu que s\u2019est suicid\u00e9 hier \u00e0 Perpignan avait 67 ans&nbsp;; il \u00e9tait de P\u00e9zilla-de-la-Rivi\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 3 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je pars \u00e0 9h \u00bd et vais \u00e0 Claira o\u00f9 je visite la nouvelle propri\u00e9t\u00e9 que j\u2019ach\u00e8te \u00e0 ma belle-m\u00e8re <em>\u00ab le Prat d\u2019en Griffaignes \u00bb<\/em>, moiti\u00e9 vigne, moiti\u00e9 champ ; cette propri\u00e9t\u00e9 compl\u00e8tera bien notre petit domaine de Claira. Avec Ralet, je visite une cave qui fera probablement mon affaire&nbsp;; j\u2019attends une r\u00e9ponse. J\u2019ai d\u00e9jeun\u00e9 \u00e0 Saint-Laurent-de-la-Salanque. Je rentre le soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 4 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons tous la sainte communion \u00e0 l\u2019occasion du premier vendredi du mois. Dans la matin\u00e9e et l\u2019apr\u00e8s-midi, nous nous promenons tous ensemble, sauf Philom\u00e8ne qui ne sort pas encore.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 5 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman, Marie-Th\u00e9r\u00e8se, Bebelle et moi allons \u00e0 Perpignan pour diverses commissions. Ralet m\u2019am\u00e8ne son neveu Maurice Roger sur lequel il m\u2019a donn\u00e9 les meilleurs renseignements et, sur son conseil, je prends ce Roger comme r\u00e9gisseur pour Claira ; il a 34 ans et s\u2019est toujours occup\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent de vignes et de vin&nbsp;; il a d\u2019excellentes id\u00e9es. Je lui donne 20 fr. par semaine plus sa provision de vin et de sarments et je le loge ; il devra s\u2019occuper de tout et \u00e9viter le plus possible la main-d\u2019\u0153uvre. Le soir, j\u2019am\u00e8ne Bebelle chez notre cousin le Docteur de Lamer qui nous confirme sa grossesse et nous dit que l\u2019enfant peut na\u00eetre \u00e0 partir du 15 juin car il est tr\u00e8s probable, d\u2019apr\u00e8s les calculs du docteur, que la grossesse a pris sur les r\u00e8gles de septembre. Bebelle rentre \u00e0 Ille. J\u2019assiste le soir, au Panache, \u00e0 une int\u00e9ressante conf\u00e9rence de M. Desp\u00e9ramons sur \u00ab&nbsp;La f\u00e9odalit\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 6 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00e0 Saint-Jean. Ensuite je vais \u00e0 Claira visiter une 3<sup>\u00e8me<\/sup> cave qu\u2019on me propose. J\u2019ai au trois en vue et, avant de prendre une d\u00e9cision, je fais \u00e9tablir un devis des travaux \u00e0 faire dans chacune. Je rentre \u00e0 Perpignan \u00e0 1 heure et ici \u00e0 4 heures.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 7 au 13 d\u00e9cembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 7 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons en promenade \u00e0 Bouletern\u00e8re, Bebelle, Max et moi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 8 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bapt\u00eame de mon neveu Robert du Pin de Saint-Cyr et de ma ni\u00e8ce C\u00e9cile de Lavergne. Le matin, nous allons \u00e0 la messe de 7h et nous faisons la sainte communion en l\u2019honneur de la f\u00eate de l\u2019Immacul\u00e9e Conception. Nous avons un joli d\u00e9jeuner, y assistent : l\u2019oncle Xavier arriv\u00e9 ce matin, Bonne Maman, Mlle le cur\u00e9, tante Augustine de Llobet, notre cousin et notre cousine Lutrand. L\u2019apr\u00e8s-midi Carlos et sa femme, Marthe et Th\u00e9r\u00e8se de Lazerme viennent en voiture. Le bapt\u00eame a lieu \u00e0 3h \u00bd ; Bonne Maman est marraine de C\u00e9cile, Maman de Robert&nbsp;; M. Ren\u00e9 de La Bardonnie (remplac\u00e9 par l&rsquo;oncle Xavier) est parrain de Robert, M. de Lavergne p\u00e8re (remplac\u00e9 par Papa) l&rsquo;est de C\u00e9cile. C&rsquo;est une tr\u00e8s jolie f\u00eate de famille, suivie d&rsquo;un <em>\u00ab&nbsp;<u>ralleu<\/u>&nbsp;\u00bb<\/em> monstre et d&rsquo;un joli th\u00e9. Les enfants \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 ondoy\u00e9s ; aujourd&rsquo;hui c&rsquo;\u00e9tait seulement la solennit\u00e9 du bapt\u00eame. Dans quelques mois, il y aura peut-\u00eatre un autre bapt\u00eame qui nous touchera de plus pr\u00e8s encore.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1017\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie-1024x1017.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-653\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie-1024x1017.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie-300x298.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie-768x762.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie-1536x1525.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/20250821_120740-Copie-2048x2033.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">C\u00e9cile de Lavergne, fille d&rsquo;Henri de Lavergne et de Philom\u00e8ne d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Clich\u00e9 anonyme, 10 f\u00e9vrier 1909 (Collection Pierre Lemaitre)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 9 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je me prom\u00e8ne avec Bebelle, je m&rsquo;occupe de diff\u00e9rentes affaires, j&rsquo;\u00e9cris plusieurs lettres. Nous assistons tous \u00e0 la messe de relevaille c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pour Philom\u00e8ne, on y b\u00e9nit les deux enfants. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous nous promenons.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 10 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais en voiture \u00e0 Garrigue-plane, avec Max, pour visiter la cave que l&rsquo;oncle Xavier vient de construire sur cette propri\u00e9t\u00e9 ; elle est pour 1400 hectos en cuves de ciment arm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, vendredi 11 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous venons ici, Bebelle et moi, par le train de 9h 1\/2 ; je vais \u00e0 Claira. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je fais \u00e9tablir un devis qui n&rsquo;est pas encore achev\u00e9 ; je l&rsquo;attends pour me d\u00e9cider. Nous faisons diff\u00e9rentes commissions dans Perpignan ; le temps est affreux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 12 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous rentrons par le train de midi. Papa et Max, qui \u00e9taient all\u00e9s hier \u00e0 Trouillas en break, ont d\u00fb y coucher \u00e0 cause de la pluie et de la temp\u00eate de vent ; ils ne rentrent qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 13 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;oncle Xavier arrive \u00e0 9h \u00bd jusqu&rsquo;\u00e0 demain soir. Je vais d\u00e9jeuner \u00e0 Vin\u00e7a et assister \u00e0 l&rsquo;installation du nouveau cur\u00e9 le chanoine Marsal, \u00e0 2 heures ; il para\u00eet orateur. Ici, matin\u00e9e-th\u00e9 de 4h \u00bd \u00e0 6h \u00bd.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 14 au 20 d\u00e9cembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 14 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 Corbi\u00e8re en voiture avec l&rsquo;oncle Xavier ; nous renvoyons sa cave ; je m&rsquo;en inspirerai en partie pour la mienne \u00e0 Clara. L&rsquo;oncle Xavier repart le soir. Nous faisons nos adieux \u00e0 Max qui repart demain matin \u00e0 5h \u00be pour Sainte-Croix ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se restera ici assez longtemps avec ses enfants.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 15 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a de 9h \u00bd \u00e0 3h \u00bd ; je passe presque tout mon temps chez M. Bouch\u00e8de que j&rsquo;ai charg\u00e9 de l&rsquo;achat de la cave de Claira (quand je serai d\u00e9cid\u00e9 entre les 4 caves qu\u2019on me propose) ; je veux acqu\u00e9rir cet immeuble en remploi dotal, et comme Bebelle est mineure, c&rsquo;est tr\u00e8s difficile ; nous examinerons ensemble la question sous toutes ses faces.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 16 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il bruine presque toute la journ\u00e9e ; le soir, r\u00e9union de la Jeunesse Catholique chez son pr\u00e9sident Joseph Labau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 17 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bebelle et moi allons \u00e0 Perpignan de 1h25 \u00e0 8h du soir ; le principal but de ce d\u00e9placement est une s\u00e9ance du comit\u00e9 royaliste \u00e0 laquelle je dois assister ; on y discute surtout la question de savoir si, aux prochaines \u00e9lections s\u00e9natoriales, nous pr\u00e9senterons des candidats, MM. Bertran et Miquel ; apr\u00e8s une longue discussion, on se range \u00e0 l&rsquo;avis de M. Desp\u00e9ramons, pr\u00e9sident, qui est de ne pas en pr\u00e9senter, le terrain s\u00e9natorial \u00e9tant un trop mauvais terrain pour se compter. Nous allons voir nos cousines de Barescut et Delcros.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 18 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, avec Papa et Bebelle, je vais en promenade aux Escallas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 19 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Boule en bicyclette ; c&rsquo;est la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois depuis mon accident de l&rsquo;hiver dernier que je monte \u00e0 bicyclette. Je surprends le fermier des <em>\u00ab&nbsp;Arenys&nbsp;\u00bb<\/em>, Xatard, en train de couper des arbres superbes dans cette prairie ; je lui fais d\u00e9fense de continuer ; il y a l\u00e0 de tr\u00e8s beaux arbres que je pourrai vendre et le fermier n&rsquo;a pas le droit d&rsquo;y toucher. Maman est souffrante.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 20 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres. \u00c0 1h \u00bd, r\u00e9union du groupe de la Jeunesse Catholique pour le choix d&rsquo;un nouveau local.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 21 au 27 d\u00e9cembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 21 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 bicyclette ; je vois Bonne Maman ; au retour, arr\u00eat \u00e0 Boule.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 22 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, promenade \u00e0 Cases Noves&nbsp;; c&rsquo;est le c\u00f4t\u00e9 le plus pittoresque de la campagne d&rsquo;Ille ; \u00e7a pla\u00eet beaucoup \u00e0 Bebelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 23 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avec Bebelle et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, je vais d\u00e9jeuner et passer quelques heures chez les Rovira aux Capeillans ; je leur pr\u00e9sente Bebelle qu&rsquo;ils connaissaient du reste d\u00e9j\u00e0, l&rsquo;ayant vue \u00e0 notre mariage et m\u00eame depuis ; mais cette fois-ci c&rsquo;est la visite de noces officielle ; le jeune m\u00e9nage Ren\u00e9 de Rovira, mari\u00e9 le 28 octobre<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\">[47]<\/a>, est aussi aux Capeillans ; je fais la connaissance de la jeune femme. Nous rentrons par le train de 4h20 et restons pr\u00e8s de 3 heures \u00e0 Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 24 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Boule voir semer les petits pois et m\u2019occuper d\u2019une vente d\u2019arbres. Nous passons en famille la veill\u00e9e de No\u00ebl ; l&rsquo;an dernier, j&rsquo;enviais le bonheur de Philom\u00e8ne qui avait pass\u00e9 cette veill\u00e9e aupr\u00e8s de son fianc\u00e9 ; cette ann\u00e9e, je n&rsquo;ai plus rien \u00e0 lui envier et, \u00e0 la messe de minuit, je vais remercier l&rsquo;Enfant-Dieu de l&rsquo;immense bonheur dont je jouis avec ma ch\u00e8re, ma bien-aim\u00e9e petite Bebelle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 25 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de minuit qui est un peu plus calme que l&rsquo;ann\u00e9e derni\u00e8re ; nous y faisons tous la sainte communion. L&rsquo;apr\u00e8s-midi apr\u00e8s v\u00eapres, nous allons prendre le th\u00e9 chez les dames Batlle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 26 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand&rsquo;messe avec la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-\u00c9tienne dont c&rsquo;est aujourd&rsquo;hui la f\u00eate. Bonne Maman vient dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 27 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais passer la journ\u00e9e \u00e0 Vin\u00e7a pour m&rsquo;occuper de diff\u00e9rentes questions concernant la Soci\u00e9t\u00e9 et notamment assister \u00e0 la r\u00e9union des chefs de section. Je vais faire une visite au nouveau cur\u00e9 qui est tr\u00e8s bien. Au retour, je suis p\u00e9niblement surpris d&rsquo;apprendre qu\u2019Henri de Lavergne est gravement malade ; depuis hier, il se sentait un peu souffrant, mais on croyait que ce ne serait rien et il parlait de partir demain pour Angers comme c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9cid\u00e9 depuis longtemps. Ce matin le Dr Pons lui a trouv\u00e9 une forte fi\u00e8vre et un point pleur\u00e9tique et pneumonique ; il lui a appliqu\u00e9 imm\u00e9diatement 6 sangsues et un v\u00e9sicatoire. Ce soir, il a 39 degr\u00e9s de fi\u00e8vre. Quel malheur ! Et combien inattendu ! Je pense qu&rsquo;il a pris mal en se levant la nuit pour promener C\u00e9cile. Esp\u00e9rons qu&rsquo;il sera mieux demain.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 28 au 31 d\u00e9cembre 1908<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, lundi 28 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henri avait pass\u00e9 ce matin une assez bonne nuit. Je pars d&rsquo;Ille \u00e0 9h \u00bd et malgr\u00e9 un temps froid et la pluie je vais \u00e0 Claira o\u00f9 je me d\u00e9cide \u00e0 acheter la cave et l&rsquo;\u00e9curie d&rsquo;Andr\u00e9 Bousquet et une partie du jardin de Vincent Bousquet afin d&rsquo;avoir un passage pour l&rsquo;\u00e9curie ; j&rsquo;ai la cave et l&rsquo;\u00e9curie pour 6000 fr., 100 m\u00e8tres carr\u00e9s du jardin pour 500 fr. J&rsquo;aurai, en outre, pour 5 ou 6000 fr. de r\u00e9parations, d&rsquo;am\u00e9nagements et de constructions, puis pour 8000 fr. environ d&rsquo;installation de cuves dans la cave et pour au moins pour 2000 fr. d&rsquo;achats de charrette, cheval, comportes, pressoir, pompe etc. ; en tout cette exploitation va n\u00e9cessiter une mise de fonds d&rsquo;environ 23.000 fr.&nbsp;; c&rsquo;est bien ennuyeux, mais c&rsquo;est indispensable ! Le soir, je couche ici chez l\u2019oncle Gabriel de Llobet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, mardi 29 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis venu passer 24 heures \u00e0 Toulouse pour voir M. Edmond de Rivals et me renseigner sur la Soci\u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;Les Pr\u00e9voyants de France&nbsp;\u00bb, soci\u00e9t\u00e9 de retraites en formation, dans laquelle on m&rsquo;offre une situation. Je vois le directeur M. Ducos&nbsp;; la situation que l&rsquo;on m&rsquo;offre me convient ; je vais en causer avec Bebelle et avec mes parents avant de prendre une d\u00e9cision. Je fais une visite \u00e0 M. Bressoles et \u00e0 Mme Larnaudie. Les Jamme sont ici, mais nous nous manquons ; du reste, nous nous verrons demain puisque je compte passer par Lapeyrouse. Je vois aussi mon oncle Charles de Llobet et ses filles de passage ici. Le soir, je vais voir jouer <em>Le Chemineau<\/em> de Richepin au Th\u00e9\u00e2tre du Capitole. Je fais un tas d&#8217;emplettes du Jour de l&rsquo;An.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767604t_1.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1013\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767604t_1-1024x1013.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-588\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767604t_1-1024x1013.jpeg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767604t_1-300x297.jpeg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767604t_1-768x760.jpeg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53767604t_1.jpeg 1183w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">\u00ab\u00a0Le pouvoir occulte\u00a0\u00bb, article d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch publi\u00e9 dans <em>Le Roussillon <\/em>du 29 d\u00e9cembre 1908 \u2013 M\u00e9diath\u00e8que municipale de Perpignan<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 31 d\u00e9cembre 1908<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je quitte Mazamet \u00e0 10h34 et rentre ici \u00e0 8h du soir. Je trouve Henri beaucoup plus malade que je ne pensais. Son \u00e9tat s&rsquo;est aggrav\u00e9 ; il a une pleuro-pneumonie bien d\u00e9clar\u00e9e, sa temp\u00e9rature a, plusieurs fois, d\u00e9pass\u00e9 40\u00b0 ; aujourd&rsquo;hui, il y a eu une consultation entre le Dr Pons et nos cousins Lutrand et de Lamer ; son \u00e9tat n&rsquo;est pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, mais il est grave ; on tient ses parents au courant. Quelle triste fin d&rsquo;ann\u00e9e ! Comme cette ann\u00e9e 1908 a \u00e9t\u00e9 travers\u00e9e de douleurs et de joies. Au d\u00e9but, un accident bizarre met ma vie en danger. Au milieu, mon mariage se d\u00e9cide ; vers la fin, apr\u00e8s le malheur de la mort de mon futur beau-p\u00e8re, la grande joie de mon mariage ; puis la naissance des deux enfants et maintenant l&rsquo;ann\u00e9e s&rsquo;ach\u00e8ve dans une grande inqui\u00e9tude. Sans compter que Maman est tr\u00e8s souffrante, elle est menac\u00e9e d&rsquo;une phl\u00e9bite. Malgr\u00e9 tout 1908 restera pour moi l&rsquo;ann\u00e9e de mon mariage. J&rsquo;ai maintenant l&rsquo;incomparable bonheur de m&rsquo;appuyer sur une compagne aimable, douce, affectueuse, que j&rsquo;aime de tout mon c\u0153ur et qui me le rend bien. Je remercie tous les jours le Bon Dieu de me l&rsquo;avoir donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 6 novembre 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Denis de Th\u00e9zan, <em>Le Pouget et ses alentours&nbsp;: \u00e9tude historique<\/em>, Paris, \u00e9d. Sault, 1882, 56 p (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Voir <em>supra <\/em>note du 24 septembre 1901 et aux 25 et 26 juillet 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Au sujet du voyage du \u00ab&nbsp;vicomte de Gruard&nbsp;\u00bb, entre 1896 et 1914, qui est peut-\u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 une escroquerie, voir aussi&nbsp;: <a href=\"https:\/\/www.legrenierdemonmoulins.fr\/2022\/03\/un-voyage-de-noces-surexploite.html\">https:\/\/www.legrenierdemonmoulins.fr\/2022\/03\/un-voyage-de-noces-surexploite.html<\/a> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Simon Pons (Corb\u00e8re, 14 avril 1861-Ille-sur-Tet, 8 juin 1933), m\u00e9decin, qui avait \u00e9pous\u00e9 en 1885 Antoinette Trainier, fille du Dr Jacques Trainier. Ce sont les parents du futur po\u00e8te Josep Sebasti\u00e0 Pons et de Simona Gay. Voir <em>supra<\/em> notes du chapitre introductif et du 29 septembre 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Le docteur Paul de Lamer (Perpignan, 8 mai 1857-27 avril 1919), fils de Jules de Lamer (1828-1906) \u2013 voir <em>supra <\/em>note du 23 mai 1904 et au 17 avril 1906 \u2013 et de L\u00e9onie Massot, mari\u00e9 en 1881 \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se Pujade (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 30 ao\u00fbt 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Henri de Pontich (Les Batignolles, 12 ao\u00fbt 1853-Paris IV, 29 janvier 1930), fils de Fran\u00e7ois de Pontich Sicart et d\u2019\u00c9lisabeth Volle, cousin germain de Mme Lazerme n\u00e9e de Pontich, grand-m\u00e8re d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch. Licenci\u00e9 en droit, commis principal \u00e0 la Pr\u00e9fecture de la Seine puis receveur municipal et enfin directeur des travaux de la ville de Paris, il avait \u00e9pous\u00e9 le 7 d\u00e9cembre 1881 \u00e0 Paris IX \u00c9milie Martin (1858-1905), d\u2019o\u00f9 trois enfants (une fille, Mme Mathieu, et deux fils, Charles et Adrien de Pontich). Voir aussi <em>supra <\/em>notes du 29 ao\u00fbt et 13 septembre 1901 au sujet des Pontich (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Henriette Fabre (Toulouse, 1886-Le Fay, Indre, 1957), fille de Joseph Fabre (1850-1934), notaire \u00e0 Toulouse, pr\u00e9sident du conseil des directeurs de la Caisse d\u2019\u00c9pargne de Toulouse, et de Marie Antoinette Pontnau, petite-fille de Jean Joseph Marie Fabre (1808-1883), notaire et ancien maire de Toulouse. Elle \u00e9pousera le 6 f\u00e9vrier 1912 \u00e0 Toulouse Joseph Poulet (1886-1936), avocat (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Agn\u00e8s du Plessis de Gren\u00e9dan (Verneuil-sur-Vienne, Haute-Vienne, 16 septembre 1889-8 mars 1963), fille de Rodolphe du Plessis de Gren\u00e9dan (1844-1919), ancien officier de marine d\u00e9missionnaire, et de Marguerite de Grave (1850-1919). Le titre de comte de cette famille \u00e9tait de courtoisie. Agn\u00e8s \u00e9pousera dans sa ville natale le 11 juin 1909 Ignace Fayolle de Corus de Chaptes (1884-1932) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 27 ao\u00fbt 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Berthe Jaume (Perpignan, 18 f\u00e9vrier 1839-4 mai 1908), fille d\u2019Am\u00e9d\u00e9e Jaume et de Louise Pares, avait \u00e9pous\u00e9 en 1<sup>\u00e8res <\/sup>noces \u00e0 Perpignan en 1857 \u00c9douard Aragon, puis, veuve, en 1875, Alexis Adamoli (1836-1913). Ce dernier, fils de M\u00e9lanie Bonet de Sall\u00e8les (et non de Saleilles, erreur souvent faite), portait parfois le nom de courtoisie de \u00ab&nbsp;Adamoli de Sall\u00e8les&nbsp;\u00bb. De son premier mariage, Mme Adamoli n\u00e9e Jaume \u00e9tait la m\u00e8re d\u2019Am\u00e9d\u00e9e Aragon et de l\u2019historien Henri Aragon. Elle \u00e9tait la cousine germaine d\u2019Emma Jaume (1830-1897), elle-m\u00eame m\u00e8re de Marie de Terrats (1855-1939), femme du g\u00e9n\u00e9ral Xavier d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, l\u2019oncle paternel de l\u2019auteur du journal. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 16 d\u00e9cembre 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> La marquise de Grave est n\u00e9e de Beaulieu (Note de l\u2019auteur).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Il doit s\u2019agir de Ghislaine-Marie, fille de Max Dnpin de Saint-Cyr et de Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Est\u00e8ve de Bosch (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 11 mai 1901 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Louise Marie de Barbarin (1842-1908), mari\u00e9e en 1867 \u00e0 Pierre-Eug\u00e8ne de Maillard (1841-1874), ce dernier cousin germain d\u2019Arthur Dupin de Saint-Cyr \u2013 p\u00e8re de Max Dupin de Saint-Cyr, mari de Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Est\u00e8ve de Bosch \u2013, fils d\u2019une Maillard (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 8 avril 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Jean, marquis de Forton (Montpellier, 1873-1932), pr\u00e9sident du conseil d&rsquo;administration du journal , <em>L&rsquo;\u00c9clair<\/em>, vice-pr\u00e9sident du Comit\u00e9 Royaliste de l\u2019H\u00e9rault, membre de la Conf\u00e9d\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rale des Vignerons. Il avait \u00e9pous\u00e9 en 1901 \u00e0 Montpellier Jeanne de Rovira de Roquevaire, cousine germaine de Fernand de Rovira (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Peut-\u00eatre s\u2019agit-il de Fran\u00e7ois Alart (1841-1908), n\u00e9gociant \u00e0 Vin\u00e7a, et de son \u00e9pouse Marie Escany\u00e9 (1839-1918)&nbsp;; ou de leur fils Jules Alart (1876-1965), d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 dans le journal, et son \u00e9pouse Baptistine Duffaux. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 7 d\u00e9cembre 1906 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S.Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 5 avril 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Henri de Rodellec du Porzic (Brest, 11 f\u00e9vrier 1878-Perpignan, 11 octobre 1961), Saint-Cyr 1895-1897, lieutenant-colonel de cavalerie \u00e0 la fin de sa carri\u00e8re, fils de Joseph de Rodellec du Porzic et de Marie de Ferr\u00e9 du P\u00e9roux. Il \u00e9pousa \u00e0 Saint-Mihiel le 6 ao\u00fbt 1908 Magdelaine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, dont il aura deux enfants&nbsp;: Anne, devenue Mme Huon de Kermadec, et Olivier, futur capitaine de vaisseau (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Alphonse Dominique Antoine Mass\u00e9 (Perpignan, 29 juillet 1872-mort pour la France \u00e0 Soppe-le-Bas, Haut-Rhin, 18 juin 1916), n\u00e9gociant en vins, mari\u00e9 en 1897 \u00e0 Marie Reallon (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 11 septembre 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Voir<em> supra<\/em> note du 11 f\u00e9vrier 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 21 novembre 1906 et note du 12 mars 1903&nbsp;; voir aussi les projets de mariage entre Henri d\u2019Albici et Philom\u00e8ne d\u2019Est\u00e8ve de Bosch, s\u0153ur d\u2019Antoine, notamment <em>supra<\/em> aux 29 octobre, 4 et 18 novembre 1904. Henri Colavier d\u2019Albici \u00e9pousa le 5 f\u00e9vrier 1908 \u00e0 Paris XVI Marie-Th\u00e9r\u00e8se Ducup de Saint-Paul (1886-1981), fille de Charles Ducup de Saint-Paul, lieutenant-colonel d\u2019artillerie, et de Camille Bardou-Job, l\u2019une des h\u00e9riti\u00e8res de la richissime famille des papiers \u00e0 cigarettes Job. Ce mariage avait \u00e9t\u00e9 de courte dur\u00e9e puisque trois mois plus tard, le 25 mai de la m\u00eame ann\u00e9e le couple avait divorc\u00e9 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Fernand de Gayraud d\u2019Auxilhon (Sauveterre, 29 juin 1855-23 mars 1944), fils d\u2019Hippolyte de Gayraud d\u2019Auxilhon et d\u2019Anne Cl\u00e9mence de Rocous de Cahuzac, mari\u00e9 le 26 septembre 1887 \u00e0 Arcachon avec Marie de Serres de Mespl\u00e8s, elle-m\u00eame cousine lointaine de Gabrielle du Lac, dont l\u2019arri\u00e8re-grand-m\u00e8re maternelle \u00e9tait une demoiselle de Serres de Mespl\u00e8s. Maximilien de Gayraud, grand-p\u00e8re de Fernand, avait \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 en 1810 par son cousin le marquis \u00c9tienne Michel d\u2019Auxilhon, rest\u00e9 c\u00e9libataire, il en avait relev\u00e9 le nom, m\u00eame si le titre de marquis, l\u00e9galement \u00e9teint, ne resta dans la famille que comme titre de courtoisie. C\u2019est \u00e9galement de la famille d\u2019Auxilhon que venait le ch\u00e2teau de Sauveterre (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Marie-Am\u00e9lie Frederich (1852-1914), veuve d\u2019Isidore d\u2019Ax de Vaudricourt (1841-1905), qui, n\u00e9 d\u2019Ax de Cessales, avait relev\u00e9 le nom de Vaudricourt de son arri\u00e8re-grand-m\u00e8re. Son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Louis d\u2019Ax de Cessales, continua la famille de ce nom, possessionn\u00e9e \u00e0 Corneilla-la-Rivi\u00e8re (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> La grand-m\u00e8re maternelle de Gabrielle du Lac \u00e9tait Gabrielle de Chefdebien, morte en 1903 \u00e0 Vin\u00e7a, ni\u00e8ce de Paul-Serge de Chefdebien (1802-1866), lui-m\u00eame mari\u00e9 \u00e0 Marie-Antoine de Richard de Ga\u00efx (1806-1874). Une s\u0153ur de cette demoiselle de Ga\u00efx, Mathilde (1819-1901) avait \u00e9pous\u00e9 un Roussillonnais, Jean de Bla\u00ff (1809-1887), et leurs enfants avaient h\u00e9rit\u00e9 du ch\u00e2teau de Ga\u00efx et relev\u00e9 ce nom. Ainsi, Gabrielle du Lac n\u2019\u00e9tait pas parente directe des Bla\u00ff mais une collat\u00e9rale. L\u2019un des enfants de Bla\u00ff de Ga\u00efx avait \u00e9pous\u00e9 une Cornet, cousine d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch. Voir aussi <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902, et au 21 octobre 1905 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Gaston du Lac (1865-1948), mari\u00e9 en 1893 \u00e0 Marie-Alice de Salvage de Clavi\u00e8res (dont 6 enfants) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Claire du Lac (1867-1952), mari\u00e9e en 1887 \u00e0 Henri de Gineste (1865-1899), dont la fille Jeanne de Gineste (1888-1982) avait \u00e9pous\u00e9 en 1907 Jean Law de Lauriston de Boubers (1884-1945) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Germaine du Lac (1877-1966), mari\u00e9e en 1901 \u00e0 Henri Jamme dit Jamme de Lagoutine (1863-1946), d\u2019o\u00f9 deux fils (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Albert du Lac (1881-1934), qui \u00e9pousa Marie de Vill\u00e8le (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> \u00c9lisabeth du Lac (1884-1964), mari\u00e9e en 1906 \u00e0 Henry Tournamille (1877-1966),&nbsp;d\u2019o\u00f9 deux enfants (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Fran\u00e7ois du Lac (1891-1977), mari\u00e9 en 1919 \u00e0 Marguerite Martin de Randal, d\u2019o\u00f9 3 enfants (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Charlotte du Lac (1897-1965), mari\u00e9e en 1919 \u00e0 Jacques de Lapasse (1890-1961), d\u2019o\u00f9 une fille (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 10 avril 1902. Germaine de Llobet (1896-1991), derni\u00e8re des 4 filles de Charles de Llobet et de Genevi\u00e8ve Guiraud, \u00e9pousa en 1920 Arnaud de Foucaud et d\u2019Aure (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 20 juillet 1908 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Cette demeure, situ\u00e9e \u00e0 l\u2019actuel n\u00b06 de la place Gambetta, avait \u00e9t\u00e9 acquis au d\u00e9but du XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par un marchand nomm\u00e9 Pierre Bousquet&nbsp;; elle passa ensuite \u00e0 sa fille Rose Bousquet, mari\u00e9e en 1764 \u00e0 Joseph Bonaure, puis \u00e0 la fille de ces derniers Paule Bonaure (1767-1849), mari\u00e9e en 1784 \u00e0 l\u2019avocat Fran\u00e7ois-Xavier Est\u00e8ve Simon (1739-1822). Ce sont les parents du colonel Jean Est\u00e8ve (1804-1881), grand-p\u00e8re paternel de l\u2019auteur du journal. Il semble que cette demeure n\u2019avait pas quitt\u00e9 la famille en ce d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, et elle para\u00eet avoir \u00e9t\u00e9 poss\u00e9d\u00e9e en indivision par les deux fr\u00e8res Xavier et Henri Est\u00e8ve, ce dernier p\u00e8re d\u2019Antoine, l\u2019auteur du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Marie Am\u00e9lie de Llobet, n\u00e9e en 1886, qui \u00e9pousera en 1912 Jean de Colomez de Gensac (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Roc de Peyremaux, sur la commune d\u2019Albine, \u00e0 environ 9km au sud de la M\u00e9tairie Grande (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> L\u2019ordre du cort\u00e8ge et la liste des cadeaux ont \u00e9t\u00e9 inscrits sur deux feuilles volantes intercal\u00e9es entre deux pages du journal au niveau du 29 septembre 1908. Pour plus de lisibilit\u00e9, nous avons transcrit ces feuilles entre le 29 et le 30 septembre (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> &nbsp;L\u2019identification de la famille de Lacaze ici pr\u00e9sente au mariage en 1908 n\u2019est pas \u00e9vidente. Plus loin dans le journal, il sera clairement fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une famille de ce nom, dont le patronyme complet \u00e9tait Gauldr\u00e9e-Boileau de Lacaze, domicili\u00e9e entre le Tarn et la Haute-Garonne. En revanche, nous n\u2019avons pas trouv\u00e9 trace dans la g\u00e9n\u00e9alogie de cette famille de demoiselles \u00ab&nbsp;B. de Lacaze&nbsp;\u00bb, tous les individus de cette g\u00e9n\u00e9ration \u00e9tant des hommes. Il pourrait s\u2019agir d\u2019une autre famille, install\u00e9e pour sa part dans le Lot-et-Garonne, les Botet de Lacaze, m\u00eame si aucune mention explicite ne figure dans le journal permettant de l\u2019assurer (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Jacques Herv\u00e9-Bazin (1882-1944) \u00e9pousa le 12 janvier 1909 \u00e0 Paris XVI Paule Guilloteaux (1890-1960). Ce sont les parents du futur \u00e9crivain Jean Herv\u00e9-Bazin (1911-1996) dit \u00ab&nbsp;Herv\u00e9 Bazin&nbsp;\u00bb, qui s\u2019inspirera de sa m\u00e8re pour le personnage c\u00e9l\u00e8bre de \u00ab&nbsp;Folcoche&nbsp;\u00bb dans son roman <em>Vip\u00e8re au poing<\/em> (1948). Malheureusement, le journal d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch de l\u2019ann\u00e9e 1909 \u00e9tant lacunaire (perdu ou n\u2019ayant jamais exist\u00e9), aucun autre d\u00e9tail n\u2019est donn\u00e9 sur ce mariage, et on ignore si Antoine y a assist\u00e9 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Emmanuel de Serres de Mespl\u00e8s (1836-1908), fils d\u2019Olivier de Serres de Mespl\u00e8s et d\u2019Augusta de Belin de La R\u00e9al, cousin issu de germains de Joseph du Lac, p\u00e8re de Gabrielle du Lac (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Am\u00e9lie Fichet (Apt, 9 avril 1826-Perpignan, 9 novembre 1908), fille de Louis D\u00e9sir\u00e9 Fichet et d\u2019Ad\u00e8le Dubois de Saint-Vincent, qui avait \u00e9pous\u00e9 le 24 avril 1854 \u00e0 Sisteron Henri Lazerme (1817-1889), fr\u00e8re a\u00een\u00e9 d\u2019Auguste Lazerme, l\u2019arri\u00e8re-grand-p\u00e8re d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch dit \u00ab&nbsp;Bon Papa&nbsp;\u00bb si souvent cit\u00e9 au cours du journal (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Ren\u00e9 de Rovira (1873-1916), fils de Charles de Rovira et de Sylvie Brondel de Roquevaire, cousin germain de Fernand de Rovira, avait \u00e9pous\u00e9 le 27 octobre 1908 \u00e0 Sens Marie Beaudouin (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Janvier 1908 Semaine du 1er au 5 janvier 1908 Ille, mercredi 1er janvier 1908 D\u00e9j\u00e0 sept ann\u00e9es sont pass\u00e9es depuis que j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire le journal de ma vie ; sept ans, c\u2019est quelque chose dans l\u2019existence ! Que d\u2019\u00e9v\u00e9nements pendant cette p\u00e9riode ! 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