{"id":794,"date":"2026-06-01T09:39:24","date_gmt":"2026-06-01T09:39:24","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/?p=794"},"modified":"2026-06-01T11:05:53","modified_gmt":"2026-06-01T11:05:53","slug":"1914","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/index.php\/2026\/06\/01\/1914\/","title":{"rendered":"1914"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Janvier 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 4 janvier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 1<sup>er<\/sup> janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;ann\u00e9e commence par un temps glacial ; il a gel\u00e9, la nuit derni\u00e8re, \u00e0 3 ou 4 degr\u00e9s en ville, et \u00e0 5 ou 6\u00b0 dans la campagne ; c&rsquo;est d\u00e9sagr\u00e9able, mais c&rsquo;est bon pour les r\u00e9coltes de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 prochain. Nous allons \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi nous allons \u00e0 Vin\u00e7a par le train offrir \u00e0 Bonne Maman nos v\u0153ux de Nouvel An.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 2 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin nous allons \u00e0 la messe de 7 heures, nous faisons la sainte communion. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re en auto. Il fait encore tr\u00e8s froid.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 3 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Perpignan en auto ; je vois M<sup>e<\/sup> Verg\u00e8s qui a examin\u00e9 la question de notre rectification des actes de l&rsquo;\u00c9tat-Civil ; en se pla\u00e7ant au point de vue purement juridique, il ne croit pas possible de baser sur notre titre de noblesse une demande de rectification. La noblesse transmissible acquise par mon trisa\u00efeul et par mon bisa\u00efeul Est\u00e8ve est incontestable, mais ils n&rsquo;ont pas pris la particule \u00e0 ma connaissance ; je n&rsquo;ai trouv\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent aucun document prouvant qu&rsquo;ils aient pris la particule ; c&rsquo;\u00e9tait mon arri\u00e8re-grand-oncle, fr\u00e8re de mon bisa\u00efeul, qui avait la particule. Mon bisa\u00efeul et mon trisa\u00efeul auraient pu la prendre tr\u00e8s facilement alors, mais ils ne l&rsquo;ont pas fait, \u00e0 ma connaissance du moins. Aujourd&rsquo;hui nous ne pourrions pas obtenir d&rsquo;un tribunal l&rsquo;autorisation de le faire. Nous apporterions devant le tribunal une preuve de noblesse<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> mais le tribunal n&rsquo;a pas \u00e0 s&rsquo;occuper de cela, il n&rsquo;a \u00e0 s&rsquo;occuper que de la forme du nom telle qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 par nos ascendants. La particule n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e comme un signe de noblesse, il y a beaucoup de gens \u00e0 particule qui ne sont pas nobles ; il y a aussi beaucoup de nobles qui n&rsquo;ont pas la particule, c&rsquo;est le cas des Est\u00e8ve. Je regrette un peu qu&rsquo;on ne puisse pas adopter l&rsquo;orthographe \u00ab&nbsp;d\u2019Est\u00e8ve&nbsp;\u00bb, mais enfin puisque nous pouvons faire nos preuves de noblesse, c&rsquo;est beaucoup mieux que la particule. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je m\u00e8ne Papa \u00e0 Thuir en auto pour signer la vente d&rsquo;une des vignes de l&rsquo;oreille. Je suis oblig\u00e9 d&rsquo;aller chercher les acqu\u00e9reurs \u00e0 Trouillas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 4 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand&rsquo;messe ; ensuite je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto pour le recouvrement de la Soci\u00e9t\u00e9 Saint-S\u00e9bastien ; au retour je vais \u00e0 v\u00eapres ici.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 5 au 11 janvier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 5 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan avec Bebelle ; nous ramenons Maman. Nous faisons plusieurs visites \u00e0 Perpignan&nbsp;; le temps est encore froid, il a cependant une tendance \u00e0 s&rsquo;adoucir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 6 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui pendant que nous d\u00e9jeunions chez mes parents, Bebelle s&rsquo;est sentie tr\u00e8s souffrante, elle a beaucoup souffert du ventre. En rentrant \u00e0 la maison, elle s&rsquo;est mise au lit et a eu un commencement de fausse couche ; la sage-femme Marie Jampy la soigne et croit que la fausse couche sera \u00e9vit\u00e9e en gardant l&rsquo;immobilit\u00e9 pendant quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 7 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On nous fait part de la mort de notre oncle de Chefdebien<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a> survenue hier matin apr\u00e8s quelques heures seulement de maladie ; les obs\u00e8ques auront lieu demain matin&nbsp;; Bebelle ne pourra pas y assister ; elle va mieux. La sage-femme esp\u00e8re de plus en plus que la fausse couche n&rsquo;aura pas lieu. Bebelle gardera le lit encore deux jours au moins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 8 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;assiste aux obs\u00e8ques de notre oncle de Chefdebien \u00e0 la nouvelle petite \u00e9glise Saint-Martin de Bon Secours, paroisse de Mailloles ; il y a, \u00e0 cet enterrement, une tr\u00e8s grande affluence de Perpignanais, mais assez peu de parents. Comme seul repr\u00e9sentant de la famille du Lac je suis plac\u00e9 dans les premiers rangs des parents. Je d\u00e9jeune chez les Llobet. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je fais des recherches g\u00e9n\u00e9alogiques aux Archives municipales de Perpignan ; c&rsquo;est long mais bien int\u00e9ressant. Quand les Archives d\u00e9partementales seront rouvertes, je ferai de nouvelles recherches dans le fonds du Conseil souverain et je ne serais pas surpris d&rsquo;y trouver beaucoup de documents sur ma famille ; s&rsquo;il existe des documents o\u00f9 notre nom porte la particule, c&rsquo;est l\u00e0. En attendant, je fais remonter notre g\u00e9n\u00e9alogie en feuilletant les registres de la paroisse Saint-Jean. Bebelle va de mieux en mieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 9 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto ; je m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 Bouletern\u00e8re au retour. Je travaille \u00e0 la seconde partie de ma conf\u00e9rence sur le livre de Funck-Brentano que je dois faire demain soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 10 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan en auto ; je passe l&rsquo;apr\u00e8s-midi aux Archives municipales, je d\u00eene et couche chez l&rsquo;oncle Gabriel o\u00f9 il y a l&rsquo;oncle Charles et les La Barri\u00e8re. Le soir je fais au Panache la deuxi\u00e8me partie de ma conf\u00e9rence.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53769172j_1.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"247\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t53769172j_1-247x1024.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-800\"\/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">R\u00e9sum\u00e9 de la conf\u00e9rence donn\u00e9e par Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch au Panache le 10 janvier 1914, publi\u00e9e dans <em>Le Roussillon <\/em>du 22 janvier 1914 \u2013 Gallica<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 11 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;assiste \u00e0 la grand&rsquo;messe en musique \u00e0 Saint-Jean. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Claira o\u00f9 j&rsquo;assiste \u00e0 une Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale des tenanciers du syndicat du ruisseau ; on y discute la question d&rsquo;un nouveau barrage \u00e0 cr\u00e9er ; je prends la parole sur la question des cr\u00e9dits et j&rsquo;obtiens gain de cause. Je rentre \u00e0 Ille le soir.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 12 au 14 janvier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 12 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons \u00e0 d\u00e9jeuner nos cousins de La Barri\u00e8re ; l&rsquo;apr\u00e8s-midi, la famille d&rsquo;Ax, de Corneilla, vient nous voir&nbsp;; apr\u00e8s leur d\u00e9part nous allons voir nos cousins de Descallar.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 13 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous voici de nouveau tr\u00e8s alarm\u00e9s par la sant\u00e9 de Papa. Papa allait beaucoup mieux, sortait, se promenait presque tous les jours depuis un mois, trop souvent peut-\u00eatre ; il s&rsquo;est promen\u00e9 encore hier. Ce matin, ou plut\u00f4t dans la nuit, une broncho-pneumonie s&rsquo;est d\u00e9clar\u00e9e tout \u00e0 coup, la fi\u00e8vre est mont\u00e9e \u00e0 presque 40\u00b0&nbsp;; c&rsquo;est un \u00e9tat tr\u00e8s alarmant, le Docteur Pons ne nous le dissimule pas ; dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, le poumon gauche tend \u00e0 se prendre. Je t\u00e9l\u00e9graphie \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se, \u00e0 l&rsquo;oncle Xavier, \u00e0 Tata Mimi ; M. le cur\u00e9, M. le vicaire, pr\u00e9venus par moi, viennent le voir ; il faut, h\u00e9las, envisager les pires hypoth\u00e8ses. Son grand \u00e9tat de faiblesse, r\u00e9sultat de sa longue maladie, lui rend la lutte contre le mal particuli\u00e8rement difficile. Je passe toute la journ\u00e9e aupr\u00e8s de lui ; ce soir je vais y rester pour la nuit. Mon Dieu, que d&rsquo;inqui\u00e9tudes !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 14 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon pauvre Papa n&rsquo;est plus ; il nous a quitt\u00e9s ce matin \u00e0 2 heures, je lui tenais doucement la main&nbsp;; il n&rsquo;a pas souffert ; il avait re\u00e7u tous les secours de notre sainte Religion. Ah ! Quels affreux moments&nbsp;; comme on a besoin de croire en Dieu pour ne pas d\u00e9sesp\u00e9rer ! Je ne veux pas en \u00e9crire plus long aujourd&rsquo;hui ; je suis bris\u00e9 d&rsquo;\u00e9motion et de fatigue !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_2.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"287\" height=\"607\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_2.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-796\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_2.jpeg 287w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_2-142x300.jpeg 142w\" sizes=\"auto, (max-width: 287px) 100vw, 287px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">N\u00e9crologie d&rsquo;Henri d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch publi\u00e9e dans <em>Le Roussillon<\/em> du 14 janvier 1914 \u2013 Gallica<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_3.jpeg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"278\" height=\"465\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_3.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-798\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_3.jpeg 278w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Le_Roussillon___journal_politique_.Action_francaise_bd6t537691625_3-179x300.jpeg 179w\" sizes=\"auto, (max-width: 278px) 100vw, 278px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Faire-part de d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;Henri d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch publi\u00e9 dans <em>Le Roussillon<\/em> du 14 janvier 1914 \u2013 Gallica<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 25 janvier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 20 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Mon chagrin, ma fatigue ont \u00e9t\u00e9 tels depuis six jours, mes occupations si absorbantes que j&rsquo;ai d\u00fb renoncer pendant quelques jours \u00e0 \u00e9crire mon journal. Mercredi et jeudi nous sommes rest\u00e9s tout le temps aupr\u00e8s du lit o\u00f9 Papa reposait, endormi pour toujours. Son visage \u00e9tait calme ; une v\u00e9ritable foule d&rsquo;amis est venue le voir et prier. Marie-Th\u00e9r\u00e8se est arriv\u00e9e mercredi soir ; l&rsquo;oncle Xavier, ma tante Civelli, Tante Jos\u00e8phe, N\u00e9nette sont arriv\u00e9es jeudi \u00e0 11 heures 30. Le d\u00e9sespoir de tous est poignant ; quelle tristesse ! Notre douleur \u00e0 tous est immense ; quelle perte terrible ! Tout s&rsquo;\u00e9croule&nbsp;; pauvre cher p\u00e8re ! Il nous aimait trop&nbsp;; il ne nous a laiss\u00e9 que de bons exemples ! Nous avions d&rsquo;abord eu la pens\u00e9e de porter au caveau de Vin\u00e7a la d\u00e9pouille mortelle de Papa, car notre petit caveau d&rsquo;Ille, sous la croix, est plein ; puis il nous a sembl\u00e9 que Papa aurait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre enterr\u00e9 \u00e0 Ille ; alors j&rsquo;ai d\u00fb faire, dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi de jeudi, une p\u00e9nible chose, j&rsquo;ai d\u00fb exhumer l&rsquo;oncle Victor et le faire porter dans le caveau de la famille Salamo pour faire de la place \u00e0 Papa. Dans quelque temps nous ferons b\u00e2tir un caveau ou agrandir le caveau actuel. Les obs\u00e8ques, fix\u00e9es \u00e0 vendredi, auraient \u00e9t\u00e9 triomphales ; on se disposait \u00e0 y venir de tout le d\u00e9partement ; le Bon Dieu nous a envoy\u00e9 une nouvelle \u00e9preuve, il n&rsquo;a pas permis ce triomphe, sur cette terre, de la m\u00e9moire de Papa ; Papa a d\u00fb avoir un tel triomphe en arrivant au Ciel ! Dans la nuit une chute de neige comme on n&rsquo;en avait pas vu depuis 27 ans et peut-\u00eatre depuis 43 ans a rendu toute communication impossible ; les rues, les chemins \u00e9taient obstru\u00e9s, les trains circulaient avec des retards \u00e9normes ou ne circulaient plus du tout, les automobiles ne pouvaient circuler non plus. Nos parents, nos amis de Perpignan, du d\u00e9partement, nous envoient des t\u00e9l\u00e9grammes d\u00e9sol\u00e9s, ils sont bloqu\u00e9s par la neige ; en dehors des parents arriv\u00e9s dans la maison comme l&rsquo;oncle Xavier, les Magu\u00e9 etc., nous n&rsquo;avons eu que Madame de Saint-Jean qui \u00e9tait arriv\u00e9e la veille dans sa maison d&rsquo;Ille. Max de Saint-Cyr, Maurice, Henri de Rodellec ont \u00e9t\u00e9 bloqu\u00e9s dans Narbonne, ne pouvant ni avancer ni reculer ; ils y ont pass\u00e9 4 jours ; nous avons communiqu\u00e9 avec eux par le t\u00e9l\u00e9phone et le t\u00e9l\u00e9graphe ; personne n&rsquo;a pu arriver ici ; de Vin\u00e7a deux personnes seulement sont venues. Nous avons fait d\u00e9blayer les rues et les chemins jusqu&rsquo;au cimeti\u00e8re par des \u00e9quipes d&rsquo;hommes et c&rsquo;est au milieu de v\u00e9ritables tourbillons de neige que nous avons accompagn\u00e9 mon pauvre Papa \u00e0 sa derni\u00e8re demeure ; je suis bien reconnaissant aux personnes qui nous ont accompagn\u00e9s. Je me rem\u00e9more constamment les d\u00e9tails des heures affreuses qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la mort. Quelle journ\u00e9e que celle de mardi ! Nous avons lutt\u00e9 contre le mal, sans espoir mais sans r\u00e9pit. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi les deux poumons se sont congestionn\u00e9s. \u00c0 9 heures du soir, le Docteur Pons a constat\u00e9, en t\u00e2tant le pouls, que le c\u0153ur \u00e9tait troubl\u00e9 ; il nous a alors avertis que la fin \u00e9tait imminente ; Papa avait beaucoup de malaise, sa respiration \u00e9tait bien difficile, il \u00e9tait agit\u00e9 par la fi\u00e8vre, mais il ne soup\u00e7onnait nullement la gravit\u00e9 de son \u00e9tat. Notre devoir \u00e9tait de lui faire comprendre qu&rsquo;il fallait appeler le pr\u00eatre. Comme il l&rsquo;e\u00fbt demand\u00e9 lui-m\u00eame s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait dout\u00e9 du danger ! Bebelle est all\u00e9e chercher M. le vicaire qui, sur sa demande, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 venu le voir dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. M. le vicaire a dit \u00e0 Papa qu\u2019il \u00e9tait mont\u00e9 le voir en passant pr\u00e8s de la maison ; nous avons dit que nous commencerions demain une neuvaine par la sainte communion et nous avons demand\u00e9 \u00e0 Papa de la commencer avec nous ; il ne demandait pas mieux mais se sentant peu malade il ne voulait se confesser que demain afin de se mieux pr\u00e9parer&nbsp;; M. Trull\u00e8s, qui \u00e9tait avec nous dans la chambre \u00e0 c\u00f4t\u00e9, est entr\u00e9 et a dit \u00e0 Papa qu&rsquo;il devait se confesser ; Papa a accept\u00e9 ; apr\u00e8s la confession, le vicaire est sorti un moment puis a apport\u00e9 le Saint Viatique ; Papa a \u00e9t\u00e9 surpris, mais a accueilli avec joie le corps de J\u00e9sus-Christ ; il a eu une certaine peine \u00e0 avaler la sainte hostie, et j&rsquo;ai cru qu&rsquo;il allait avoir une syncope. M. le Vicaire voulait ensuite lui administrer le sacrement de l&rsquo;extr\u00eame onction, mais Papa qui n&rsquo;avait pas encore compris la gravit\u00e9 de son \u00e9tat, a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 attendre \u00e0 demain. Le vicaire est rest\u00e9 dans la chambre voisine attendant le moment favorable. Il pouvait \u00eatre 10 heures du soir ; Papa nous a envoy\u00e9 nous coucher, nous avons fait semblant de lui ob\u00e9ir pour ne pas l&rsquo;effrayer, et nous nous sommes retir\u00e9s dans la chambre voisine ; M. Trull\u00e8s, le Dr Pons, M. le vicaire y sont rest\u00e9s avec nous jusqu&rsquo;\u00e0 minuit. De dix heures \u00e0 minuit, il y a eu une sorte d&rsquo;arr\u00eat dans l&rsquo;\u00e9tat de Papa et l&rsquo;on a pu croire qu&rsquo;il durerait encore quelques heures. A minuit les \u00e9trangers sont partis, Bebelle est rentr\u00e9e \u00e0 la maison pour voir les enfants&nbsp;; je suis rest\u00e9 seul avec Henri de Lavergne dans la chambre voisine de celle de Papa ; Maman \u00e9tait rest\u00e9e aupr\u00e8s de Papa. Je me suis \u00e9tendu tout habill\u00e9 sur le lit ; par la porte entrouverte j&rsquo;entendais Papa respirer avec difficult\u00e9 et parler \u00e0 Maman de temps en temps. Vers 1 heure \u00bc du matin Maman est entr\u00e9e et nous a fait part de ses craintes ; Henri est all\u00e9 avertir le vicaire et j&rsquo;ai pr\u00e9par\u00e9 Papa \u00e0 sa visite, le lui disant qu&rsquo;il \u00e9tait six heures du matin et que le vicaire, en passant pour aller dire sa messe, entrerait probablement. Il est arriv\u00e9 bien vite ; les saintes huiles \u00e9taient dans la chambre ; quand Papa eut dit au vicaire qu&rsquo;il acceptait de recevoir le sacrement, l&rsquo;abb\u00e9 se retira dans la chambre voisine faisant semblant d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise les prendre, et je restai aupr\u00e8s du lit du malade. Je le voyais, certes, perdu, mais je ne croyais pas qu&rsquo;il f\u00fbt aux derniers instants de sa vie ; cependant, par une inspiration de Dieu, j&rsquo;allai dire au vicaire qu&rsquo;il \u00e9tait temps. Le vicaire vint et administra \u00e0 Papa l&rsquo;extr\u00eame onction ; Maman \u00e9tait agenouill\u00e9e \u00e0 droite du lit, moi \u00e0 gauche&nbsp;; Philom\u00e8ne qu\u2019on \u00e9tait all\u00e9 r\u00e9veiller et Henri se tenaient au pied du lit. Le vicaire venait de faire les onctions et r\u00e9citait en latin les pri\u00e8res des agonisants ; \u00e0 ce moment Papa paraissait suivre les pri\u00e8res et s\u2019y unir ; tout \u00e0 coup, j&rsquo;ai vu son \u0153il gauche regarder fixement en l&rsquo;air et sa pupille se dilater ; j&rsquo;ai compris que c&rsquo;\u00e9tait la fin ; Maman et Philom\u00e8ne l&rsquo;ont vu et l&rsquo;ont compris aussi. Je me suis pr\u00e9cipit\u00e9 dans la chambre voisine et j&rsquo;en ai rapport\u00e9 le tableau o\u00f9 est encadr\u00e9 le bref pontifical de L\u00e9on XIII nous accordant l&rsquo;indulgence <em>\u00ab&nbsp;in articulo mortis&nbsp;\u00bb<\/em> ; j&rsquo;ai pris la main gauche de Papa, je lui ai dit de baiser ce tableau, mais je crois qu&rsquo;il ne m&rsquo;a pas entendu ; sa t\u00eate s&rsquo;\u00e9tait inclin\u00e9e \u00e0 droite vers Maman qui le soutenait, sa bouche a fait quelques mouvements, puis&#8230; plus rien ; il \u00e9tait mort ou paraissait l\u2019\u00eatre. Cependant j&rsquo;ai pris son livre de pri\u00e8res pr\u00e9par\u00e9 par Philom\u00e8ne et je me suis uni au pr\u00eatre en r\u00e9citant, en fran\u00e7ais, les pri\u00e8res si belles des agonisants ; il n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pas encore tout \u00e0 fait mort, je tenais toujours sa main gauche, mais il ne faisait plus un mouvement, ce que voyant je me suis arr\u00eat\u00e9&nbsp;; il \u00e9tait environ 1h55 du matin&#8230; Je n&rsquo;avais plus de p\u00e8re ; mon Papa ch\u00e9ri \u00e9tait parti pour le Ciel que lui avait si bien m\u00e9rit\u00e9 sa vie exemplaire ; mes yeux se mouillent, je ne peux plus \u00e9crire&#8230; Alors il a fallu proc\u00e9der \u00e0 la toilette ; on est all\u00e9 chercher M. Trull\u00e8s et Bebelle ; le vicaire et M. Trull\u00e8s nous ont aid\u00e9s dans ce devoir si p\u00e9nible, je n&rsquo;oublierai jamais leur d\u00e9vouement dans ces affreux moments. Quand tout fut termin\u00e9, j&rsquo;ai d\u00fb m&rsquo;occuper de beaucoup de choses, de t\u00e9l\u00e9grammes, de lettres etc., il a fallu tout pr\u00e9voir pour les obs\u00e8ques ; j&rsquo;aurais tant voulu ne pas m&rsquo;\u00e9loigner de ce lit et pleurer et prier ! Mon devoir \u00e9tait de m&rsquo;occuper de mille d\u00e9tails. Dans la matin\u00e9e de mercredi, on est all\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a avec mon auto et on en a ramen\u00e9 Bonne Maman, quel d\u00e9sespoir \u00e0 son arriv\u00e9e ! Je ne parle pas de la suite, ayant d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9 les journ\u00e9es de mercredi, de jeudi et de vendredi. Dans la nuit de jeudi \u00e0 vendredi, le corps de Papa, mis en bi\u00e8re jeudi soir \u00e0 9 heures, est rest\u00e9 dans la chapelle ; je voulais veiller toute la nuit aupr\u00e8s de lui avec Maman ; celle-ci m&rsquo;a suppli\u00e9 de ne pas le faire et, pour lui \u00e9viter tout souci, tout chagrin, j&rsquo;ai d\u00fb c\u00e9der ; j&rsquo;ai fait ce dernier sacrifice. Plusieurs messes ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 c\u00e9l\u00e9br\u00e9es pour Papa ; celles de M. le cur\u00e9 et de M. le vicaire mercredi matin ; celle que le vicaire a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 jeudi dans la chapelle de la maison et au cours de laquelle nous avons tous communi\u00e9, une messe dite par l\u2019oncle Gabriel de Llobet, plusieurs dites par l&rsquo;abb\u00e9 Latour, puis nous prenons tout de suite nos dispositions pour en faire c\u00e9l\u00e9brer tr\u00e8s vite plusieurs centaines ; c&rsquo;est la chose la plus press\u00e9e ! Papa avait gagn\u00e9 le jubil\u00e9 avant le 8 d\u00e9cembre&nbsp;; il a re\u00e7u tous les sacrements, l&rsquo;indulgence <em>in articulo mortis<\/em>, donc tout porte \u00e0 croire qu&rsquo;il est d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 dans la gloire de Dieu ; nous devons prier cependant et prier sans nous lasser ; pour mon compte je ne manquerai pas \u00e0 ce dernier devoir envers un p\u00e8re \u00e0 qui je dois tant !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Samedi nous avons encore communi\u00e9 pour lui ; dimanche, l&rsquo;abb\u00e9 Latour a dit la messe dans la chapelle. Lundi la maison s&rsquo;est vid\u00e9e ; l&rsquo;abb\u00e9 Latour \u00e9tait parti dimanche. Ma tante Civelli, l&rsquo;oncle Xavier (qui se sont r\u00e9concili\u00e9s), Marie-Th\u00e9r\u00e8se sont parties lundi ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e9tait tr\u00e8s inqui\u00e8te de son petit Robert qui avait une bronchite \u00e0 Bergerac ; la neige, qui emp\u00eachait toute communication et qui m\u00eame emp\u00eachait Max de quitter Narbonne o\u00f9 il \u00e9tait bloqu\u00e9 avec Maurice et Henri de Rodellec, avait aussi oblig\u00e9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 attendre ici, elle a pu partir lundi par la ligne de Quillan. Bonne Maman et Tante Josepha sont parties aujourd&rsquo;hui pour Vin\u00e7a, N\u00e9nette nous reste jusqu&rsquo;\u00e0 demain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons pris connaissance des volont\u00e9s et des dispositions de Papa ; elles sont restreintes. Papa n&rsquo;a pris de dispositions que pour ses maisons ; il nous laisse toute libert\u00e9 de nous partager \u00e0 notre guise le reste de sa fortune. Il me laisse sa grande maison de Bosch toute meubl\u00e9e sauf quelques meubles qu&rsquo;il d\u00e9signe, pour mes s\u0153urs ; il laisse \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se la maison de Bourdeville que j&rsquo;habite depuis 3 ans et \u00e0 Philom\u00e8ne ses droits sur la maison de la place d&rsquo;Armes \u00e0 Perpignan ; il laisse l&rsquo;usufruit de la villa Sainte-C\u00e9cile \u00e0 Maman ; il lui laisse aussi la jouissance de la maison de Bosch et de son mobilier. Ce testament a \u00e9t\u00e9 fait \u00e0 Ille le 22 mars 1912 c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 un moment o\u00f9 Papa \u00e9tait seul ici, un mois environ apr\u00e8s la mort de l&rsquo;oncle Paul ; cette mort l&rsquo;avait beaucoup frapp\u00e9. En me donnant sa maison meubl\u00e9e, Papa m&rsquo;a fait un avantage dont j&rsquo;appr\u00e9cie le prix ; il n&rsquo;a pas voulu que la maison de famille f\u00fbt d\u00e9sorganis\u00e9e, d\u00e9garnie ; j&rsquo;ai le devoir d\u00e9sormais de la maintenir \u00e0 son rang, suivant la volont\u00e9 de mon p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 21 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les jours passent tristement, je prie et je fais prier pour Papa&nbsp;; je distribue beaucoup de messes. Nous d\u00e9pouillons ses papiers. Il fait tr\u00e8s froid ; la temp\u00e9rature descend toutes les nuits \u00e0 -5 ou -6. Nous recevons chaque jour des monceaux de lettres toutes plus sympathiques les unes que les autres ; vraiment la sympathie qu&rsquo;on nous exprime est touchante.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 22 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les jours se suivent et se ressemblent tristement. Nous causons avec M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s et \u00e9tablissons des projets de partage ; tant que Max et Marie-Th\u00e9r\u00e8se ne sont pas ici, nous ne pouvons rien d\u00e9cider. Nous avons la visite de Carlos.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 23 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bonne Maman et N\u00e9nette viennent coucher ici ce soir en vue du service fun\u00e8bre de demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 24 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u00e9j\u00e0 dix jours que nous avons perdu Papa ! Et dire que nous ne le reverrons plus sur cette terre ! Aujourd&rsquo;hui a lieu le service de neuvaine pour Papa ; il est tr\u00e8s solennel ; il a \u00e9t\u00e9 annonc\u00e9 dans <em>Le Roussillon<\/em> et beaucoup de parents et d&rsquo;amis de Perpignan, de Vin\u00e7a et d&rsquo;ailleurs viennent y assister. Il y a notamment MM. Jean et Henri Bertran, M. Henri d&rsquo;Arexy, Mass\u00e9, l&rsquo;oncle Gabriel, Th\u00e9r\u00e8se de Lazerme et les Durand, Henri Passama, Darru, Mme de Llamby, Mlles d\u2019Arexy, la cousine de Guardia et sa fille, Tante Lutrand etc. Apr\u00e8s le service, on lunche \u00e0 la maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 25 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous \u00e0 la messe de 8h \u00bd, je fais la sainte communion pour Papa. Max arrive pour quelques jours&nbsp;; il a laiss\u00e9 Marie-Th\u00e9r\u00e8se \u00e0 Bergerac aupr\u00e8s de Robert qui va bien mieux.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 26 au 31 janvier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 26 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui pour la 1<sup>\u00e8re<\/sup> fois depuis le jour fatal, je quitte Ille ; je vais en auto \u00e0 Perpignan avec Bebelle, Philom\u00e8ne et Henri afin de m&rsquo;occuper un peu de mes affaires personnelles ; je paie mon annuit\u00e9 pour les vignes Par\u00e8s et Nougu\u00e9 \u00e0 Claira, et le solde du prix du Champ Bourrou.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 27 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons une longue conf\u00e9rence chez M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s ; nous faisons des projets de partage ; outre les vignes de Trouillas d\u00e9j\u00e0 vendues, nous devrons vendre les vignes et la cave de Claira afin de combler le passif, car il y a malheureusement un fort passif ; Maman vendra ses propri\u00e9t\u00e9s de Vin\u00e7a et nous rach\u00e8tera ici pour la m\u00eame valeur afin de conserver intactes les propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;Ille ; le sort de la villa Sainte-C\u00e9cile est en suspens ; elle repr\u00e9sente au moins cent mille francs.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 28 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la messe de 7 heures qui est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e pour Papa, chaque jour, on c\u00e9l\u00e8bre au moins cinq messes pour lui. Nouvelle r\u00e9union chez M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s ; nous d\u00e9cidons de proc\u00e9der ainsi : nous vendrons les vignes et la cave de Papa \u00e0 Claira&nbsp;; nous vendrons \u00e0 Maman pour une valeur de 25.000 frs. environ de terres \u00e0 Ille ; enfin nous constaterons la vente, d\u00e9j\u00e0 faite, de Trouillas ; avec ces capitaux nous boucherons presque tout le passif ; nous attribuerons \u00e0 Maman, pour ses reprises, la m\u00e9tairie Saint-Martin et une autre propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 Ille ; nous garderons la villa dont la nue-propri\u00e9t\u00e9 sera par parts indivises \u00e0 Philom\u00e8ne et \u00e0 moi ; nous compl\u00e9terons tous deux notre part sur des propri\u00e9t\u00e9s \u00e0 Ille ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se aura tout son lot en propri\u00e9t\u00e9s qu&rsquo;elle pourra r\u00e9aliser au besoin&nbsp;; enfin Maman aura, comme Papa l&rsquo;a voulu par testament, l&rsquo;usufruit de la villa Sainte-C\u00e9cile. De cette fa\u00e7on nous conservons toutes les propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;Ille et la villa. Les choses \u00e9tant ainsi r\u00e9gl\u00e9es, nous allons passer \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution. Qu&rsquo;il est triste de se voir dans la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;occuper de ces questions mat\u00e9rielles alors qu&rsquo;on voudrait \u00eatre tout \u00e0 sa douleur ! Tante Josepha et N\u00e9nette, qui repartent aujourd&rsquo;hui de Vin\u00e7a pour Nice, passent en gare \u00e0 18 heures ; nous allons les embrasser.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 29 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re en auto ; on a achev\u00e9 la r\u00e9paration de la toiture de l&rsquo;\u00e9curie ; maintenant je fais blanchir le rez-de-chauss\u00e9e de la maison. L&rsquo;apr\u00e8s-midi nous allons voir la m\u00e9tairie dite de <em>\u00ab&nbsp;Salt das Caballs&nbsp;\u00bb<\/em> que Papa avait achet\u00e9e \u00e0 ma tante Civelli.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 30 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous en auto \u00e0 Vin\u00e7a dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi ; Maman ne voulait pas y venir, je l&rsquo;y am\u00e8ne pour lui faire prendre l&rsquo;air ; nous nous arr\u00eatons \u00e0 Bouletern\u00e8re en passant.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 31 janvier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Claira en auto avec Philom\u00e8ne, Henri et Max, Bebelle reste \u00e0 Perpignan ; nous visitons les vignes du Champ Grand et la cave de Papa ; nous mettons en vente toutes les vignes de Papa et sa cave.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">F\u00e9vrier 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de 8h \u00bd ; ensuite je vais avec Henri et Max \u00e0 la vigne du Bouc. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons porter une couronne et prier sur la tombe de Papa ; les Rovira et d\u2019Albici, qui sont venus nous voir, nous rejoignent au cimeti\u00e8re&nbsp;; ils passent une heure avec nous.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 f\u00e9vrier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 2 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;assiste \u00e0 la messe de 8 heures, \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction des cierges ; je fais la sainte communion pour Papa. Avec Henri et Max nous visitons ce qui reste des propri\u00e9t\u00e9s de R\u00e9gleilles et de Casanove.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 3 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd&rsquo;hui nous ne bougeons pas, nous avons assez march\u00e9 hier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 4 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous \u00e0 Thuir en auto et nous signons chez M<sup>e<\/sup> Brial les actes de vente de la propri\u00e9t\u00e9 de Trouillas ; il y a eu hier un mois que nous y sommes venus avec Papa ; ce souvenir est impressionnant. Max repart pour Bergerac ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se ne tardera pas \u00e0 venir ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 5 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons, Philom\u00e8ne, Henri et moi, \u00e0 Claira en auto ; nous \u00e9changeons la vigne de La Chau contre une autre plus petite mais meilleure que les Lavergne comptent prendre dans leur lot ; cette nouvelle vigne, assez voisine de ma Cad\u00e8ne, s&rsquo;appelle la Grang\u00e8re&nbsp;; on nous donne, outre la vigne qui a 61 ares, une soulte de 4000 francs ; notre vigne de La Chau avait 92 \u00e0 94 ares, elle est vendue 16.000 francs ; l&rsquo;autre est estim\u00e9e 12.000 ; nous allons \u00e0 Saint-Laurent chez M<sup>e <\/sup>Pech qui fait&nbsp;le sous-seing-priv\u00e9 ; nous passerons l&rsquo;acte plus tard. Les autres vignes sont en vente.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 6 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7 heures avec Bebelle ; nous communions \u00e0 l&rsquo;occasion du premier vendredi du mois. Henri et Philom\u00e8ne partent ce soir pour Angers ; il y a 3 mois qu&rsquo;ils \u00e9taient ici ; Philom\u00e8ne, arriv\u00e9e au commencement de novembre peu de jours apr\u00e8s la crise qui avait terrass\u00e9 alors le pauvre Papa, a pu passer aupr\u00e8s de lui les deux derniers mois qu&rsquo;il avait \u00e0 vivre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 7 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi nous allons voir Bonne Maman \u00e0 Vin\u00e7a ; je m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 Boule en passant. Maman ne veut pas sortir de sa maison ; elle va \u00e0 la messe le matin, mais c&rsquo;est tout ; elle ne sort un peu et ne prend l&rsquo;air que lorsque, comme aujourd&rsquo;hui, je la fais aller \u00e0 Vin\u00e7a en auto.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 8 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de 8h \u00bd&nbsp;; l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons au cimeti\u00e8re et apportons quelques fleurs sur la tombe de Papa.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 f\u00e9vrier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 9 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan en auto avec Bebelle ; je m&rsquo;occupe d&rsquo;une foule d&rsquo;affaires concernant la succession.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 10 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne bougeons pas aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 11 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous retournons \u00e0 Vin\u00e7a en auto ; c&rsquo;est, pour Maman, une promenade, la seule \u00e0 laquelle elle consente.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 12 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais en auto \u00e0 Saint-F\u00e9liu-d\u2019Amont voir, chez la veuve Grabas, les racin\u00e9s pour Bouletern\u00e8re que j&rsquo;avais command\u00e9es le 19 novembre ; on les prend aujourd&rsquo;hui pour la plantation de ma nouvelle vigne de Bouletern\u00e8re. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je me prom\u00e8ne avec Juliette du c\u00f4t\u00e9 de Corb\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 13 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re o\u00f9 l\u2019on commence aujourd&rsquo;hui la plantation de ma nouvelle vigne dite du Champ de l&rsquo;Aire. Quelle journ\u00e9e nous pass\u00e2mes il y a un mois ! Le pauvre Papa n&rsquo;avait plus que quelques heures \u00e0 vivre et nous luttions en vain contre les progr\u00e8s de son mal. Pauvre p\u00e8re&nbsp;; quelle d\u00e9solation \u00e0 la pens\u00e9e de ne plus le revoir ici-bas !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 14 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 6h \u00bd et fais la sainte communion pour Papa. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Claira, la vente des vignes de Papa marche bien ; les travaux se poursuivent normalement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 15 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand&rsquo;messe&nbsp;; l\u2019apr\u00e8s-midi nous allons au cimeti\u00e8re d\u00e9poser quelques fleurs et prier sur la tombe de celui que Dieu vient d&rsquo;appeler \u00e0 Lui. C&rsquo;est dans la pens\u00e9e de la r\u00e9compense qu&rsquo;il a certainement re\u00e7ue l\u00e0-haut que nous trouvons un peu de r\u00e9confort. Que je plains les incroyants ! Comme la mort d&rsquo;un \u00eatre ch\u00e9ri doit \u00eatre affreuse pour eux et comme ils doivent voir approcher avec terreur l&rsquo;heure de leur propre mort !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 f\u00e9vrier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 16 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto, j&rsquo;en ram\u00e8ne Bonne Maman qui vient passer quelques jours ici afin de tenir compagnie \u00e0 Maman&nbsp;; je m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 Bouletern\u00e8re o\u00f9 je fais des comptes&nbsp;; on ach\u00e8ve de planter la vigne du Champ de l&rsquo;Aire. Visite de Tante H\u00e9l\u00e8ne de Lazerme et de Th\u00e9r\u00e8se. Il y a un mois aujourd&rsquo;hui que le corps du pauvre Papa, enseveli sous la terre, attend \u00e0 l&rsquo;ombre de la Croix l&rsquo;heure de la r\u00e9surrection finale. Papa, j\u2019en suis persuad\u00e9, jouit aupr\u00e8s de Dieu d\u2019un bonheur incomparable ; mais comme nous sommes malheureux, nous, de ne plus le voir !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 17 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la gare avec Bebelle attendre Marie-Th\u00e9r\u00e8se qui arrive pour passer ici 48 heures. Nous causons d&rsquo;affaires avec elle ; le partage n&rsquo;avance pas vite.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 18 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi nous nous promenons avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e9tairie Batlle.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 19 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Marie-Th\u00e9r\u00e8se repart \u00e0 10 heures pour Bergerac ; nous l&rsquo;accompagnons \u00e0 la gare.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 20 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Monsieur Maury, architecte \u00e0 Perpignan, vient voir, au cimeti\u00e8re, comment notre caveau pourra \u00eatre agrandi ; il nous enverra un plan et un devis. Ensuite je vais \u00e0 Claira en auto ; j&rsquo;y d\u00e9jeune, je vais m\u00eame \u00e0 Saint-Laurent ; je vois toutes les vignes, les travaux avancent. Au retour je m&rsquo;arr\u00eate un moment \u00e0 Perpignan.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 21 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, Max vient entre 2 trains passer quelques instants ici ; il signe diff\u00e9rentes pi\u00e8ces chez M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan avec Bebelle. Au retour je trouve Maman et Bonne Maman tr\u00e8s inqui\u00e8tes ; elles ont re\u00e7u une lettre de Tante Josepha leur disant que N\u00e9nette a la fi\u00e8vre typho\u00efde ; un peu plus tard arrive un t\u00e9l\u00e9gramme dans lequel Tante Josepha dit qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas le courage de rester seule ; c&rsquo;est demander \u00e0 Maman et \u00e0 Bonne Maman d&rsquo;aller l&rsquo;aider \u00e0 soigner N\u00e9nette. Elles n&rsquo;h\u00e9sitent pas et d\u00e9cident de partir demain soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 22 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd, puis j&rsquo;accompagne Bonne Maman en auto \u00e0 Vin\u00e7a. L&rsquo;oncle Xavier passe la journ\u00e9e ici, il reviendra jeudi. Le soir, Maman et Bonne Maman partent pour Nice, nous les accompagnons \u00e0 la gare.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 28 f\u00e9vrier 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 23 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction ; je me prom\u00e8ne un moment avec Bebelle. Maman t\u00e9l\u00e9graphie qu&rsquo;elle a fait bon voyage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 24 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan o\u00f9 je d\u00e9jeune, puis \u00e0 Baixas voir du fumier que l&rsquo;on m&rsquo;a propos\u00e9 pour les vignes de Bouletern\u00e8re ; je ne le prends pas. Mauvais temps, pluie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 25 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe de 9h pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e de l&rsquo;imposition des cendres. Il fait mauvais temps et froid. Je re\u00e7ois une lettre de Maman ; N\u00e9nette a une fi\u00e8vre typho\u00efde caract\u00e9ris\u00e9e, elle a une forte fi\u00e8vre (40,5\u00b0), mais c\u2019est normal ; il n&rsquo;y a pas de complications \u00e0 redouter pour le moment. Esp\u00e9rons qu&rsquo;il ne s&rsquo;en produira pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 26 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a le matin, pour assister au service c\u00e9l\u00e9br\u00e9 \u00e0 8 heures pour l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;oncle Paul. M<sup>e<\/sup> Trull\u00e8s est venu avec moi en auto, car il ach\u00e8te \u00e0 Maman le jardin d&rsquo;Amont qui est contigu \u00e0 l&rsquo;ancien couvent des Carm\u00e9lites, pour le prix de 6000 frs. ; nous signons chez M<sup>e <\/sup>Bouch\u00e8de un acte sous seing priv\u00e9. Je signe en m\u00eame temps la vente de deux autres propri\u00e9t\u00e9s qui ont trouv\u00e9 acqu\u00e9reurs aux prix fix\u00e9s par nous : le champ et la montagne de Bente Farines pour 9500 frs. et la vigne du Camp dal Roc pour 3000 frs. ; il ne reste donc plus \u00e0 vendre que la vigne \u00ab&nbsp;la Ruscane&nbsp;\u00bb sur le territoire de Rigarda. Avec l&rsquo;argent provenant de ces ventes, Maman pourra acheter quelques-unes des propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;Ille que Max ou Henri voudrait vendre ; c&rsquo;est dans ce but qu&rsquo;elle a mis en vente ses petites propri\u00e9t\u00e9s de Vin\u00e7a. Je rentre \u00e0 Ille \u00e0 11 heures. Le vent de nord-ouest est d&rsquo;une violence extr\u00eame ; en allant vers Vin\u00e7a, il a exerc\u00e9 une telle pression sur les montants et sur la glace du pare-brise de l&rsquo;auto que cette glace s&rsquo;est bris\u00e9e tout \u00e0 coup ; elle aurait pu nous faire grand mal ; Saint Antoine et Saint Christophe dont les plaques sont fix\u00e9es \u00e0 la voiture nous ont prot\u00e9g\u00e9s. L&rsquo;oncle Xavier vient passer la journ\u00e9e ici, il d\u00e9jeune avec nous ; l&rsquo;apr\u00e8s-midi nous r\u00e9glons des comptes ensemble.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 27 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe ma journ\u00e9e \u00e0 payer les notes qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unies depuis la mort du pauvre Papa. Le vent de nord-ouest continue \u00e0 souffler en temp\u00eate. Les nouvelles de N\u00e9nette sont stationnaires ; la maladie bat son plein&nbsp;; mais, Dieu merci, il n&rsquo;y a pas de complications jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent. Nous comptons partir jeudi prochain pour le Chalet Saint-Michel ; esp\u00e9rons que le temps, pendant les deux journ\u00e9es de voyage en auto, sera meilleur qu&rsquo;il n&rsquo;est depuis quelques jours !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pendant mon s\u00e9jour au chalet, je devrai pousser une pointe sur Paris pour r\u00e9gulariser, avec ma tante Civelli, comme je l&rsquo;ai fait hier avec l&rsquo;oncle Xavier, la situation de la maison de Bosch ; la vente de leurs droits \u00e0 Papa sur cette maison par mon oncle et par ma tante avait eu lieu par actes sous seing priv\u00e9 qui n&rsquo;avaient pas \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9s&nbsp;; en produisant ces actes maintenant nous encourrions les uns et les autres de tr\u00e8s fortes amendes ; mais la vente n&rsquo;est pas faite et je ne suis pas propri\u00e9taire de la maison tant que l&rsquo;acte sous seing priv\u00e9 qui ne peut pas para\u00eetre n&rsquo;est pas remplac\u00e9 par un nouveau. Hier, avec l&rsquo;oncle Xavier, nous avons sign\u00e9 un nouvel acte sous seing priv\u00e9 ; mais il faut que ma tante Civelli en signe un semblable ; or ce sont des choses qui ne peuvent pas s&rsquo;expliquer par lettre, et cependant nous ne pouvons pas attendre pour r\u00e9gulariser cette situation ; il faut donc que j&rsquo;aille \u00e0 Paris puisque ma tante ne peut pas venir ici ; j\u2019y irai du chalet. Le voyage sera un peu moins long que d&rsquo;ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 28 f\u00e9vrier 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;oncle Xavier vient passer la journ\u00e9e ici, il d\u00e9jeune avec nous. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, je cherche un document \u00e9gar\u00e9 dans les papiers de Papa ; je cherche dans sa chambre, dans ses tiroirs ; tout est encore dans l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 il l&rsquo;a laiss\u00e9, il ne manque que lui et il semble qu&rsquo;il est en voyage et qu&rsquo;il va revenir. Ces recherches sont affreusement tristes ; ces mille riens raniment ma douleur et les larmes me montent souvent aux yeux.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mars 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> mars 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 1<sup>er<\/sup> mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin nous allons \u00e0 la grand&rsquo;messe ; l&rsquo;apr\u00e8s-midi nous partons pour Perpignan par le train de 1h 25 ; nous assistons \u00e0 Perpignan \u00e0 la superbe r\u00e9union organis\u00e9e par l&rsquo;Action fran\u00e7aise et qui a r\u00e9uni au moins 1200 personnes dans la salle de l&rsquo;Eldorado ; tr\u00e8s heureux discours de L\u00e9on Daudet sur l&rsquo;espionnage juif-allemand, de Vaugeois et de Desp\u00e9ramons ; il y avait dans la salle de nombreux adversaires, on leur offre de leur donner la parole, pas un ne la demande ; les arguments de Daudet paraissent avoir produit une forte impression. Nous passons la fin de l&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e0 Perpignan et rentrons \u00e0 Ille par le dernier train ; nous ne sommes pas all\u00e9s \u00e0 Perpignan en auto parce que le pare-brise n&rsquo;est pas encore remplac\u00e9.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 2 au 8 mars 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 2 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00e9tat de N\u00e9nette est stationnaire, il y a des hauts et des bas ; c&rsquo;est une forte typho\u00efde. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a par le train. Temps affreux et froid.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 3 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je devais aller \u00e0 Claira aujourd&rsquo;hui&nbsp;; j&rsquo;y renonce \u00e0 cause du mauvais temps, mais nous devrons, par suite, retarder notre d\u00e9part pour le chalet&nbsp;; du reste avec ce mauvais temps le voyage ne serait pas pratique ; nous d\u00e9cidons d&rsquo;attendre jusqu&rsquo;\u00e0 mardi prochain ; peut-\u00eatre le temps s&rsquo;arrangera-t-il d&rsquo;ici l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 4 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois une lettre de Maman qui me donne des nouvelles de N\u00e9nette ; elle a pass\u00e9 plusieurs mauvais jours ; le c\u0153ur \u00e9tait faible et il y a eu de la congestion \u00e0 la base du poumon droit. Maman me dit qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s inqui\u00e8te ; pour le moment l&rsquo;\u00e9tat est stationnaire. Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan ; j&rsquo;ai de nombreuses courses et commissions \u00e0 faire ; je vais aussi aux Archives municipales au Castillet ; je rentre par le dernier train.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 5 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re en auto ; l&rsquo;apr\u00e8s-midi, avec Bebelle je vais \u00e0 la vigne du Bouc ; je n&rsquo;ai pas de nouvelles de Nice aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 6 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise le matin \u00e0 7 h et nous y faisons la sainte communion \u00e0 l&rsquo;occasion du premier vendredi du mois. Il y a eu une consultation sur l&rsquo;\u00e9tat de N\u00e9nette ; le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 un peu plus rassurant. On dira ici demain matin une messe pour N\u00e9nette. Le matin je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re o\u00f9 l&rsquo;on met de l\u2019engrais \u00e0 la vigne de la Grande F\u00e8che ; je vais et viens \u00e0 pied.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 7 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais c\u00e9l\u00e9brer une messe pour la gu\u00e9rison de N\u00e9nette ; nous y faisons tous les deux la sainte communion. L&rsquo;apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Perpignan, Claira et Saint-Laurent en auto. Tante Augustine de Llobet rentre aujourd&rsquo;hui de son voyage au Chili ; elle est enchant\u00e9e de son grand voyage et surtout de son s\u00e9jour aupr\u00e8s de sa s\u0153ur. Elle a \u00e9t\u00e9 absente de Perpignan 4 mois, \u00e9tant partie le 2 novembre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 8 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Apr\u00e8s les v\u00eapres, je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto ; je m&rsquo;arr\u00eate, au retour, \u00e0 Bouletern\u00e8re o\u00f9, pour la 5<sup>\u00e8me<\/sup> fois depuis mai 1912, ont lieu les \u00e9lections municipales !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 15 mars 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 9 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan en auto pour quelques commissions avant le d\u00e9part ; je d\u00e9jeune chez les Llobet. Nous faisons nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Toulouse, mardi 10 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 Ille en auto, ce matin \u00e0 8h \u00bd et, par Estagel, Quillan, Limoux et Castelnaudary, nous arrivons \u00e0 Toulouse \u00e0 17h40. La pluie nous a surpris en route et nous a beaucoup g\u00ean\u00e9s \u00e0 partir de Limoux, aussi nous ne d\u00e9passons pas Toulouse ce soir ; nous d\u00eenons et couchons \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel Capoul place Lafayette. J&rsquo;ai d\u00fb m&rsquo;arr\u00eater pr\u00e8s d&rsquo;une heure \u00e0 Quillan pour faire changer une soupape d&rsquo;\u00e9chappement qui \u00e9tait us\u00e9e, et encore une heure plus loin pour d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mercredi 11 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 l&rsquo;h\u00f4tel ce matin \u00e0 8 heures et nous partions de l&rsquo;octroi de Toulouse \u00e0 8h15 exactement&nbsp;; \u00e0 midi \u00bd nous arrivions ici ; le temps a \u00e9t\u00e9 beau et nous a permis de bien marcher ; si je d\u00e9falque de ces 4h \u00bc au moins 25 minutes d&rsquo;arr\u00eat \u00e0 divers endroits, nous avons mis moins de 4 heures pour franchir les 170 kilom\u00e8tres qui s\u00e9parent Toulouse du chalet&nbsp;; c&rsquo;est environ 45 kilom\u00e8tres \u00e0 l&rsquo;heure, belle moyenne. L&rsquo;automobile a admirablement march\u00e9 au cours de ce voyage. Marie et Albert sont ici avec leurs filles. Le soir ils repartent pr\u00e9cipitamment pour Montech \u00e0 cause de la mort de leur tante la comtesse de La Hitte<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Je vais avec eux, dans l\u2019auto de ma belle-m\u00e8re de sa belle-m\u00e8re, \u00e0 Casteljaloux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, jeudi 12 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me prom\u00e8ne dans les bois, mon fusil \u00e0 la main ; les pins grossissent lentement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, vendredi 13 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien de nouveau, la vie est ici tr\u00e8s monotone, mais ce calme a son charme. Aujourd&rsquo;hui, je me rem\u00e9more notamment les tristes moments d&rsquo;il y a deux mois.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, samedi 14 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a deux mois de notre affreux malheur ; je prie pour mon cher Papa ; je suis persuad\u00e9 qu&rsquo;il est au ciel d&rsquo;o\u00f9 il nous contemple d\u00e9j\u00e0. Retour d&rsquo;Albert et de Marie. Je re\u00e7ois des nouvelles bien meilleures de N\u00e9nette.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, dimanche 15 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand&rsquo;messe \u00e0 Saint-Michel. Je me prom\u00e8ne avec Albert et Henri.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 16 au 22 mars 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 16 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois un t\u00e9l\u00e9gramme de Maman m&rsquo;annon\u00e7ant que Tante de Lestrac<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a> est morte hier subitement. Je devais partir pour Paris dans 2 ou 3 jours ; bien que le t\u00e9l\u00e9gramme ne dise rien sur la date des obs\u00e8ques, il est fort probable qu&rsquo;elles auront lieu demain&nbsp;; aussi je pars ce soir \u00e0 6h50 de Casteljaloux, je serai \u00e0 Paris demain matin \u00e0 7h15 et j&rsquo;assisterai aux obs\u00e8ques de ma pauvre tante que j&rsquo;aimais beaucoup ; elle a toujours \u00e9t\u00e9 excellente pour moi. Comme les deuils se succ\u00e8dent cette ann\u00e9e dans notre famille ! Je fais mes pr\u00e9paratifs de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mardi 17 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J&rsquo;ai pris le train de 18h51 hier soir \u00e0 Casteljaloux ; par Marmande et Bordeaux, j&rsquo;arrive \u00e0 Paris-Orsay ce matin \u00e0 7h15. Je vais un moment \u00e0 l&rsquo;H\u00f4tel du Prince de Galles pour ma toilette, puis je vais chez les De Lestrac ; j&rsquo;y arrive juste au moment o\u00f9 on sortait la bi\u00e8re de ma pauvre tante ; cette vue me rappelle les affreux moments d&rsquo;il y a deux mois. Tante de Estr\u00e9e a succomb\u00e9 \u00e0 une embolie dimanche \u00e0 midi ; son mari, ses enfants sont constern\u00e9s. Il n&rsquo;y a eu \u00e0 Paris qu&rsquo;une absoute ; on emporte le corps \u00e0 La Burbanche o\u00f9 les obs\u00e8ques n&rsquo;auront lieu que samedi afin de permettre \u00e0 Paul d&rsquo;arriver du Maroc ; j&rsquo;accompagne le corps \u00e0 la gare de Lyon, puis je rentre avec mon oncle et mes cousins et je passe avec eux une partie de la journ\u00e9e, j&rsquo;y d\u00e9jeune, je les aide \u00e0 envoyer leurs avis mortuaires. Comme je n&rsquo;irai pas \u00e0 La Burbanche, je tiens \u00e0 les voir beaucoup aujourd&rsquo;hui. Le soir, je d\u00eene chez Tata Mimi. Paris est secou\u00e9 d&rsquo;\u00e9motion \u00e0 la suite du drame d&rsquo;hier soir : la femme (non l\u00e9gitime, mais l\u00e9gale) du ministre Caillaux a tu\u00e9 \u00e0 coups de revolver M. Calmette directeur du <em>Figaro<\/em>, qui menait une ardente campagne contre son mari ; la r\u00e9publique tombe de plus en plus dans l&rsquo;imb\u00e9cillit\u00e9 et dans le sang.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, mercredi 18 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m&rsquo;occupe, matin et soir de l&rsquo;affaire Brousse ; je vois le magistrat instructeur charg\u00e9 d&rsquo;instruire l&rsquo;affaire ; sur ma demande il d\u00e9cide de convoquer Brousse vendredi matin dans son cabinet ; j&rsquo;y serai aussi ; voyons quelle sera l&rsquo;attitude de ce filou ? Je d\u00eene chez ma tante Civelli.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, jeudi 19 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8h \u00bd \u00e0 Notre-Dame-des-Victoires, je me confesse et fais la sainte communion. Je donne \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer une messe pour Papa et une pour tante de Lestrac. Je d\u00e9jeune avec ma tante Civelli et Margot, que j\u2019ai invit\u00e9es dans un restaurant chinois de la rue du Bac, puis nous allons ensemble visiter la Monnaie ; c\u2019est tr\u00e8s curieux et comme mus\u00e9e et surtout comme fabrication. Le soir je d\u00eene chez Tata Mimi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, vendredi 20 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin \u00e0 9h, je vais dans le cabinet de M. Poncet, juge, chez qui Brousse a \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 ; il se garde bien de s\u2019y rendre&nbsp;; on va ouvrir une instruction contre lui. Ensuite j\u2019assiste, sous la pluie qui ne cesse de tomber, aux obs\u00e8ques du malheureux Gaston Calmette ; je suis la couronne de l\u2019Action fran\u00e7aise, nous sommes au moins 4000 personnes \u00e0 suivre cette couronne. Les obs\u00e8ques sont d\u2019un calme digne et imposant ; mais au retour du cimeti\u00e8re des Batignolles, des agents provocateurs, soudoy\u00e9s par la police, tentent de provoquer des troubles en criant <em>\u00ab Vive Caillaux ! \u00bb<\/em>. Dans l\u2019avenue de Clichy, une violente bagarre se produit entre la police qui d\u00e9gaine avec brutalit\u00e9 et les Camelots du Roi ; un agent en bourgeois tire un coup de revolver sur un camelot, sans aucun motif, il le manque heureusement ; il y a plusieurs arrestations ; des remous, des manifestants et de la police produisent des troubles&nbsp;; les spectateurs sont sympathiques \u00e0 l\u2019Action fran\u00e7aise ; il y a une nouvelle bagarre sur la place Clichy. Mais l\u2019Action fran\u00e7aise avait recommand\u00e9 d\u2019\u00e9viter aujourd\u2019hui toute manifestation ; s\u2019il s\u2019en est produit, ce n\u2019est pas de sa faute ; la police les a provoqu\u00e9es. \u00c0 4 heures, nous raccompagnons Maurras aux bureaux du journal&nbsp;; tout est fini. Je vais voir M. Lambert de Montoison<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>, h\u00e9raut juge d\u2019armes (nomm\u00e9 sous l\u2019Empire en 1862)&nbsp;; je le charge de recherches g\u00e9n\u00e9alogiques sur ma famille \u00e0 Montpellier et en Languedoc. Dimanche, je verrai chez lui un pal\u00e9ographe qui fera lui-m\u00eame les recherches. Je d\u00eene chez les Civelli. Aux obs\u00e8ques de Calmette, j\u2019ai rencontr\u00e9 plusieurs personnes connues : M. Dominique Delahaye, s\u00e9nateur ; M. Andr\u00e9, de Perpignan ; et mon ami d\u2019Angers Pierre de La Morini\u00e8re avec qui j\u2019ai \u00e9t\u00e9 tout le temps.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Capture-decran-2026-05-31-161929.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"731\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Capture-decran-2026-05-31-161929-1024x731.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-802\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Capture-decran-2026-05-31-161929-1024x731.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Capture-decran-2026-05-31-161929-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Capture-decran-2026-05-31-161929-768x548.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Capture-decran-2026-05-31-161929.jpg 1069w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Les obs\u00e8ques de Gaston Calmette, directeur du Figaro, \u00e0 Paris le 20 mars 1914, auxquelles assista Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 Photographie Roger-Viollet<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, samedi 21 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps est d\u00e9plorable, il pleut tout le temps, le niveau de la Seine est tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 ; je fais des courses et des commissions sur la rive gauche ; l\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 la Biblioth\u00e8que nationale. Je d\u00eene chez les Civelli&nbsp;; le soir je vais au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, dimanche 22 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de midi \u00e0 Notre-Dame et j\u2019entends une admirable conf\u00e9rence du P\u00e8re Janvier sur la charit\u00e9 ; la conf\u00e9rence est pr\u00e9sid\u00e9e par le cardinal Amette ; des milliers d\u2019hommes se pressent dans l\u2019antique basilique. Je rencontre M. Ren\u00e9 Bazin et sa famille. Le temps est affreux. Je reviens chez M. Lambert de Montoison et j\u2019ai un entretien avec M. Le B\u0153uf, pal\u00e9ographe<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, qui va aller faire dans le Midi les recherches sur les Est\u00e8ve avant leur arriv\u00e9e \u00e0 Perpignan au milieu du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Le soir, apr\u00e8s avoir d\u00een\u00e9 chez les Civelli, je vais un moment au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 23 au 29 mars 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, lundi 23 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai termin\u00e9 toutes les affaires pour lesquelles j\u2019\u00e9tais venu \u00e0 Paris (Brousse, Lambert de Montoison, sous-seing-priv\u00e9 pour la maison d\u2019Ille) ; je fais mes derni\u00e8res commissions&nbsp;; je repartirai ce soir \u00e0 22h10 du quai d\u2019Orsay ; ce soir je ferai mes adieux aux Civelli.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mardi 24 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis parti de Paris Orsay hier soir \u00e0 22h10 et arrive \u00e0 Bazas ce matin \u00e0 9h30. Bebelle et Henry viennent m\u2019y attendre avec mon auto. Je trouve ici la pluie comme je l\u2019ai laiss\u00e9e \u00e0 Paris. Les Tournamille sont arriv\u00e9s avant-hier et vont faire un s\u00e9jour ici.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mercredi 25 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je mets ma correspondance \u00e0 jour, ce qui n\u2019est pas une petite affaire apr\u00e8s plusieurs jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, jeudi 26 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Cette nuit j\u2019ai r\u00eav\u00e9 le pauvre Papa mourant. Ce songe ravive mes tristes souvenirs, ma douleur si cuisante ; je suis triste toute la journ\u00e9e. J\u2019envoie dix messes de plus \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer pour l\u2019\u00e2me de notre cher disparu. \u00c0 moi seul (sans compter Maman, tous mes autres parents et des amis) j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 fait c\u00e9l\u00e9brer 116 messes pour Papa. J\u2019esp\u00e8re bien que Dieu lui a fait mis\u00e9ricorde et qu\u2019il jouit du bonheur \u00e9ternel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, vendredi 27 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Temps affreux, nous ne bougeons pas. La fameuse commission d\u2019enqu\u00eate nomm\u00e9e par la Chambre pour faire la lumi\u00e8re sur le scandale Rochette poursuit ses travaux, mais elle cherche \u00e9videmment \u00e0 sauver Caillaux et ses complices, tant il est vrai que la justice en r\u00e9publique n\u2019est qu\u2019un vain mot. Jules Delahaye donne du fil \u00e0 retordre \u00e0 la commission ; il ne sera pas facile de l\u2019emp\u00eacher de parler. Cette crise est une manifestation de plus de la pourriture r\u00e9publicaine ; rien ne pourra sauver la France tant que ce r\u00e9gime de mort subsistera ; il corrompt tout autour de lui.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, samedi 28 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais avec Tournamille \u00e0 Houeill\u00e8s o\u00f9 nous terminons \u00e0 l\u2019amiable l\u2019affaire Dussillos, qui a failli amener un proc\u00e8s (\u00e0 la suite de l\u2019incendie du hangar de Lavance). En route, nous tirons des lapins et des grives pr\u00e8s du chalet.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, dimanche 29 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe \u00e0 Saint-Michel ; la pluie recommence et nous emp\u00eache d\u2019aller \u00e0 v\u00eapres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 30 au 31 mars 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, lundi 30 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le temps s\u2019arrange ; nous nous promenons, nous allons au Doupigal et rentrons par le bas du champ et M\u00e9zin.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mardi 31 mars 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi nous allons tous \u00e0 Casteljaloux pour des commissions.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Avril 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 avril 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mercredi 1<sup>er<\/sup> avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons en promenade pr\u00e8s du Biret ; il fait chaud.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, jeudi 2 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais en auto \u00e0 Casteljaloux faire arranger un organe de la voiture par Bach\u00e8re ; Lolotte vient avec moi. Le mauvais temps recommence. Nous chassons un peu dans l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, vendredi 3 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pluie continue toute la journ\u00e9e ; impossible de mettre le nez dehors ; quel affreux printemps !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, samedi 4 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a des \u00e9claircies dans l\u2019apr\u00e8s-midi ; je tire quelques grives avec Henry.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, dimanche 5 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons, en auto, \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres \u00e0 Saint-Michel&nbsp;; pluie presque toute la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 avril 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, lundi 6 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je m\u00e8ne l\u2019auto au garage Bach\u00e8re \u00e0 Casteljaloux pour faire ajuster les soupapes ; je la reprendrai mercredi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mardi 7 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henry chasse le sanglier&nbsp;; je passe l\u2019apr\u00e8s-midi post\u00e9 sur la route de Casteljaloux \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 ce sanglier est pass\u00e9 ce matin pour le tirer au passage&nbsp;; quand il passe, c\u2019est \u00e0 300 m\u00e8tres de moi, il s\u2019est arr\u00eat\u00e9 une demi-minute devant Bebelle, \u00c9lisabeth et Lolotte ; quel dommage que je n\u2019aie pas \u00e9t\u00e9 avec elles j\u2019aurais tir\u00e9 le plus beau coup de fusil de ma vie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mercredi 8 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons tous nous confesser \u00e0 Casteljaloux, j\u2019en ram\u00e8ne l\u2019auto.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, jeudi 9 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le e matin nous allons tous \u00e0 la messe \u00e0 Saint-Michel, nous y faisons la communion pascale, nous y revenons pour l\u2019office de l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, vendredi saint 10 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, nous allons \u00e0 l\u2019office \u00e0 Saint-Michel. L\u2019apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 Capchicot.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, samedi saint 11 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi avec Henry Tournamille et Maubaret, je fais une longue tourn\u00e9e dans la propri\u00e9t\u00e9, nous marquons des pins que nous mesurerons dans un an. En moyenne les pins de 0,50 \u00e0 0,80 de tour gagnent 4 \u00e0 5 centim\u00e8tres par an.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, dimanche 12 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et v\u00eapres en auto, \u00e0 Saint-Michel. Le temps para\u00eet enfin fix\u00e9 au beau. L\u2019apr\u00e8s-midi nous allons \u00e0 Casteljaloux attendre Fran\u00e7ois qui devait arriver par quelques jours&nbsp;; il n\u2019arrive pas.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 avril 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, lundi 13 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous nous promenons, nous chassons un peu ; d\u00e9part des Tournamille. Fran\u00e7ois arrive, il a 8 jours de permission, il s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Montech.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mardi 14 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous chassons dans l\u2019apr\u00e8s-midi ; il y a bien peu de lapins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, mercredi 15 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 Casteljaloux tous en auto ; nous rentrons \u00e0 6h \u00bd ; le temps est au beau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, jeudi 16 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je voudrais partir demain, mais Bebelle pr\u00e9f\u00e8re attendre \u00e0 lundi. J\u2019ai conclu pour la villa, en \u00e9changeant des t\u00e9l\u00e9grammes avec l\u2019agence Bliss de Biarritz, une location pour juillet et ao\u00fbt \u00e0 1800 frs., c\u2019est un beau prix ; Maman en sera enchant\u00e9e. La villa est donc lou\u00e9e pour plus d\u2019un an.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, vendredi 17 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien de nouveau ; le temps s\u2019\u00e9coule avec lenteur et monotonie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, samedi 18 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous commen\u00e7ons nos malles et nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Chalet Saint-Michel, dimanche 19 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la messe \u00e0 Saint-Michel en auto et nous achevons nos pr\u00e9paratifs de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 avril 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Castelnaudary, lundi 20 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons quitt\u00e9 le chalet ce matin et nous venons coucher \u00e0 Castelnaudary apr\u00e8s 233 kilom\u00e8tres d\u2019automobile&nbsp;; nous avons, du reste, fait un excellent voyage, visitant au passage N\u00e9rac, curieuse petite ville pleine de souvenirs d\u2019Henri IV, Condom et Lectoure o\u00f9 nous d\u00e9jeunons. Voulant voir un pays que je ne connaissais pas, j\u2019ai travers\u00e9 le Gers au lieu de suivre la vall\u00e9e de la Garonne.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/large-18.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"628\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/large-18-1024x628.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-803\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/large-18-1024x628.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/large-18-300x184.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/large-18-768x471.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/large-18-1536x942.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/large-18.jpg 1596w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">N\u00e9rac, la statue d&rsquo;Henri IV \u2013 Carte postale Puyatte, 1900 (site G\u00e9n\u00e9anet cartes postales)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 21 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous arrivons \u00e0 Ille \u00e0 5 heures du soir&nbsp;; nous sommes pass\u00e9s par Carcassonne, Limoux, Quillan, Saint-Paul ; excellent voyage.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 22 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai la visite de mon ami angevin Maurice Perrin qui rentre d\u2019un s\u00e9jour \u00e0 Barcelone ; en passant \u00e0 Perpignan, il a eu la bonne pens\u00e9e de m\u2019avertir et il est venu d\u00e9jeuner ici ; j\u2019ai \u00e9t\u00e9 enchant\u00e9 de le voir et de lui faire les honneurs d\u2019Ille.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 23 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais le matin \u00e0 Bouletern\u00e8re, l\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Perpignan et Claira ; je vais voir Maman \u00e0 mon passage \u00e0 Perpignan ; elle y est pour 5 ou 6 jours chez les S\u0153urs de l\u2019Esp\u00e9rance, elle s\u2019occupe de son dispensaire ; je ne l\u2019avais pas vue depuis 2 mois, elle est toujours bien triste. \u00c0 Boule et \u00e0 Claira les vignes sont belles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 24 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi nous allons \u00e0 Vin\u00e7a ; Marie-Th\u00e9r\u00e8se et ses enfants y sont depuis 15 jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 25 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous commen\u00e7ons notre d\u00e9m\u00e9nagement, ce ne sera pas une petite affaire ! Max commence \u00e0 installer ses meubles dans sa maison.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 26 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 la grand\u2019messe&nbsp;; je fais la sainte communion, avec Bebelle, \u00e0 8 heures. L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 v\u00eapres et au cimeti\u00e8re prier sur la tombe de Papa. \u00c0 11 heures je vais voter \u00e0 Bouletern\u00e8re ; il n\u2019y a, dans notre circonscription, qu\u2019un candidat, Emmanuel Brousse ; je ne veux pas voter pour lui malgr\u00e9 sa r\u00e9elle comp\u00e9tence et son activit\u00e9 pour d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats roussillonnais, \u00e0 cause de ses opinions r\u00e9publicaines et surtout de son attitude \u00e0 la Chambre dans diverses questions religieuses&nbsp;; ainsi il a fait partie d\u2019une ligue d\u2019action la\u00efque tr\u00e8s anticl\u00e9ricale ; il a vot\u00e9 un ordre du jour invitant le Gouvernement \u00e0 appliquer sans faiblesse la loi de s\u00e9paration. Ne pouvant pas en conscience voter pour Brousse, je mets dans mon enveloppe un portrait de Mgr le duc d\u2019Orl\u00e9ans au bas duquel j\u2019ai \u00e9crit : <em>\u00ab&nbsp;Vive le Roi !&nbsp;\u00bb<\/em><strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 30 avril 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 27 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui que nous nous installons dans la maison Bosch qui va \u00eatre d\u00e9sormais ma maison. Autrefois cela m\u2019e\u00fbt combl\u00e9 de joie&nbsp;; je me rappelle avec quelle joie j\u2019y suis venu en d\u00e9cembre 1907<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a>&nbsp;! Mais aujourd\u2019hui tout dans cette maison me rappelle Papa, je me dis que si je suis le ma\u00eetre de cette maison c\u2019est parce que Papa est mort ! Cette installation, les arrangements qu\u2019il faut faire dans la maison, tout m\u2019attriste parce que tout me rappelle notre immense malheur. Les \u00e9lections d\u2019hier ne changeront presque rien \u00e0 la situation respective des partis ; cependant elles ne sont pas un succ\u00e8s pour les radicaux au pouvoir qui perdent plusieurs si\u00e8ges et n\u2019en gagnent pas. L\u2019\u00e9lection de Caillaux, par exemple, est un vrai scandale, une honte (mais avec le suffrage universel, cela n\u2019a rien d\u2019\u00e9tonnant)&nbsp;; la droite gagne quelques si\u00e8ges et n\u2019en perd pas.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 28 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous continuons \u00e0 d\u00e9m\u00e9nager et \u00e0 emm\u00e9nager ; quel tracas !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 29 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais faire une chambre de plus pour les enfants au 2<sup>e<\/sup> \u00e9tage, pr\u00e8s de la chambre que j\u2019habitais autrefois et que j\u2019habiterai de nouveau avec Bebelle ; les ma\u00e7ons sont dans la maison, ce qui donne de la poussi\u00e8re, du d\u00e9sordre etc.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 30 avril 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman vient passer la journ\u00e9e ; le soir je la raccompagne \u00e0 Vin\u00e7a en auto.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Mai 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 3 mai 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 1<sup>er<\/sup> mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7 heures. Ensuite je vais \u00e0 Perpignan et \u00e0 Claira ; je visite presque toutes les vignes, elles sont superbes. \u00c0 Perpignan, j\u2019assiste \u00e0 une r\u00e9union du Comit\u00e9 royaliste, convoqu\u00e9 chez M. Desp\u00e9ramons pour examiner l\u2019attitude que les royalistes doivent prendre au 2<sup>e<\/sup> tour de scrutin dans la 1<sup>\u00e8re<\/sup> circonscription de Perpignan ; nous sommes unanimes \u00e0 d\u00e9cider de soutenir M. N\u00e9rel qui donne de s\u00e9rieuses garanties au point de vue des int\u00e9r\u00eats patriotiques et m\u00eame religieux ; il n\u2019est pas notre candidat, loin de l\u00e0, nous le soutiendrons par patriotisme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 2 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous continuons \u00e0 nous organiser, c\u2019est long et fastidieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 3 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais porter des fleurs et prier sur la tombe du pauvre Papa.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 4 au 10 mai 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 4 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se, qui sont encore \u00e0 Vin\u00e7a tant que leur installation ici n\u2019est pas achev\u00e9e et qu\u2019elles n\u2019ont pas trouv\u00e9 de domestique, viennent passer la journ\u00e9e ici ; le soir Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 5 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019oncle Xavier vient passer la journ\u00e9e ici ; nous lui demandons d\u2019\u00eatre parrain de notre futur b\u00e9b\u00e9 attendu pour fin juillet, il accepte avec plaisir. Maman et Max viennent aussi de Vin\u00e7a et d\u00e9jeunent avec nous et l\u2019oncle Xavier. Le soir, nous allons au Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 6 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019oncle revient d\u00e9jeuner et passer la journ\u00e9e ici. Notre installation avance bien. Le matin je vais en auto \u00e0 Vin\u00e7a ; j\u2019y suis convoqu\u00e9 pour \u00eatre entendu comme t\u00e9moin par le juge de paix en vertu d\u2019une commission rogatoire du juge d\u2019instruction de Paris, sur l\u2019affaire Brousse&nbsp;; je r\u00e9it\u00e8re la d\u00e9position que j\u2019ai faite le 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre devant le commissaire de police du quartier de la Madeleine. Cela semble prouver que l\u2019instruction marche. Au retour je ram\u00e8ne Marie-Th\u00e9r\u00e8se.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 7 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous poursuivons notre installation, les ma\u00e7ons tra\u00eenent en longueur&nbsp;; Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 8 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7 heures, j\u2019y fais la sainte communion ; je suis occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9pouiller et mettre en ordre quantit\u00e9 de papiers et de lettres ; c\u2019est profond\u00e9ment attristant ; tout cela me rappelle constamment la perte de mon cher p\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 9 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin, je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re, en auto, faire un tour dans les propri\u00e9t\u00e9s ; l\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Perpignan&nbsp;; j\u2019y fais des commissions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 10 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 11 au 17 mai 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 11 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Notre installation s\u2019ach\u00e8ve pour les meubles, mais la chambre que je fais faire au second n\u2019est pas termin\u00e9e ; j\u2019ai les ouvriers dans la maison pour plusieurs semaines encore. M. N\u00e9rel<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, que nous soutenons, a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu gr\u00e2ce \u00e0 notre appui ; puisse-t-il ne pas nous donner de m\u00e9comptes ! Ailleurs, les \u00e9lections sont franchement mauvaises au 2<sup>e<\/sup> tour de scrutin ; il y a une forte pouss\u00e9e du parti socialiste&nbsp;; c\u2019est la suite logique de la r\u00e9publique, elle ira toujours plus \u00e0 gauche ; je dirais tant mieux si le sort de la France n\u2019\u00e9tait h\u00e9las li\u00e9 \u00e0 celui de la r\u00e9publique. Quel sera, avec cette Chambre encore plus \u00ab avanc\u00e9e \u00bb que la pr\u00e9c\u00e9dente, le sort de la loi de 3 ans ? Et nos derni\u00e8res libert\u00e9s catholiques, que deviendront-elles&nbsp;? Il est triste de penser que d\u2019aussi graves int\u00e9r\u00eats sont \u00e0 la merci de scrutins frelat\u00e9s !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/5527.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"600\" height=\"697\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/5527.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-805\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/5527.jpg 600w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/5527-258x300.jpg 258w\" sizes=\"auto, (max-width: 600px) 100vw, 600px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">L\u00e9on N\u00e9rel (1855-1931), maire de Perpignan de 1911 \u00e0 1912 et d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales de 1914 \u00e0 1920 \u2013 Photo anonyme, s.d. (site de l&rsquo;Assembl\u00e9e nationale)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille,&nbsp;mardi 12 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman vient de 9h \u00be \u00e0 4 heures. Les Saint-Cyr devraient s\u2019installer ici dans leur maison aujourd\u2019hui ; mais Ghislaine souffrant de la gorge, ils d\u00e9cident de passer \u00e0 Vin\u00e7a trois ou quatre jours de plus.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille,&nbsp;mercredi 13 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re en auto. Nos travaux avancent avec une sage lenteur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille,&nbsp;jeudi 14 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4 mois d\u00e9j\u00e0 que Papa nous a quitt\u00e9s&nbsp;; je pense constamment \u00e0 lui et ne peux pas m\u2019habituer \u00e0 l\u2019id\u00e9e de cette s\u00e9paration qui ne cessera qu\u2019\u00e0 ma mort ; \u00e0 chaque instant il me semble que je vais le voir revenir, qu\u2019il est seulement en voyage. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Saint-Laurent-de-la-Salanque en auto avec Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max pour signer l\u2019acte notari\u00e9 d\u2019\u00e9change de la vigne de la Chau contre la vigne de la Grang\u00e8re ; pour cet \u00e9change, il n\u2019y aurait encore qu\u2019un acte sous-seing-priv\u00e9. Bebelle reste \u00e0 Perpignan ; je m\u2019y arr\u00eate aussi pour des commissions. Le matin je vais \u00e0 la messe.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille,&nbsp;vendredi 15 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto prendre Marie-Th\u00e9r\u00e8se et ses enfants qui viennent aujourd\u2019hui s\u2019installer dans leur maison d\u2019Ille, notre ancienne r\u00e9sidence. Ici, notre installation est presque achev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille,&nbsp;samedi 16 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rien de nouveau ; les ma\u00e7ons n\u2019ont pas encore termin\u00e9 leurs op\u00e9rations, mais j\u2019esp\u00e8re qu\u2019ils finiront la semaine prochaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 17 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan par le train de 10 heures pour assister \u00e0 une r\u00e9union des chefs de sections de l\u2019Action fran\u00e7aise au Panache et au d\u00e9jeuner qui la suit ; je rentre \u00e0 4 heures. Je vais prier au cimeti\u00e8re sur la tombe de Papa.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 18 au 24 mai 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 18 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman, qui est encore \u00e0 Vin\u00e7a pour quelques jours, vient passer la journ\u00e9e ici. Nous compl\u00e9tons peu \u00e0 peu notre installation ; mais la maison sera tr\u00e8s sale tant que les ma\u00e7ons y seront. Le matin, procession dans l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 19 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne bouge pas aujourd\u2019hui. Je vais \u00e0 la procession des Rogations.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 20 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto, de 9h du matin \u00e0 5h du soir ; j\u2019y am\u00e8ne Tony. Le matin, je vais \u00e0 la justice de paix pour l\u2019affaire Desmarquoy. L\u2019apr\u00e8s-midi, Passama et Reyn\u00e8s viennent pour organiser une r\u00e9union d\u2019Action fran\u00e7aise ; j\u2019avais rendez-vous avec eux ; nous voyons quelques personnes et la r\u00e9union est d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e. Le matin, j\u2019assiste \u00e0 la procession dehors.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 21 mai 1914 (Ascension)<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons la sainte communion Bebelle et moi ; nous allons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 22 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pauvre Papa aurait aujourd\u2019hui 62 ans ; comme il est mort jeune&nbsp;; nous aurions pu le conserver encore 20 ans avec nous ! Dieu en a d\u00e9cid\u00e9 autrement ; il avait suffisamment m\u00e9rit\u00e9 sa r\u00e9compense. Le matin je vais \u00e0 Claira, je visite toutes les vignes, elles sont superbes&nbsp;; je d\u00e9jeune \u00e0 Claira. L\u2019apr\u00e8s-midi j\u2019ai rendez-vous \u00e0 Perpignan avec Maman et Bebelle au Grand H\u00f4tel o\u00f9 M<sup>e<\/sup> Pech leur fait signer l\u2019acte d\u2019\u00e9change de la vigne de la Grang\u00e8re. Nous y voyons l\u2019oncle Xavier qui est de nouveau en Roussillon pour 10 ou 15 jours, \u00e0 cause de ses grands travaux \u00e0 Pia dans sa cave. Nous rentrons \u00e0 Ille en auto.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 23 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019installation continue ; nous avons encore les ma\u00e7ons ; comme tout cela est long et ennuyeux !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 24 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est aujourd\u2019hui la premi\u00e8re communion solennelle, elle est c\u00e9l\u00e9br\u00e9e avec \u00e9clat ; nous allons \u00e0 la messe de 1<sup>\u00e8re<\/sup> communion, \u00e0 v\u00eapres et revenons le soir \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie \u00e0 l\u2019\u00e9glise. J\u2019irai demain \u00e0 Montpellier o\u00f9 se trouve M. Leboeuf, le pal\u00e9ographe qui fait les recherches g\u00e9n\u00e9alogiques dont j\u2019ai charg\u00e9 M. Lambert de Montoison \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 25 au 31 mai 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Montpellier, lundi 25 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parti d\u2019Ille ce matin \u00e0 5h50, j\u2019arrive \u00e0 11h \u00bc \u00e0 Montpellier&nbsp;; je descends \u00e0 l\u2019H\u00f4tel M\u00e9tropole. L\u2019apr\u00e8s-midi j\u2019ai un entretien avec M. Leboeuf qui a trouv\u00e9 ici ou dans la r\u00e9gion quantit\u00e9 de documents sur la famille d\u2019Est\u00e8ve ou Est\u00e8ve ; il lui manque encore le lien \u00e0 \u00e9tablir entre nous et ces d\u2019Est\u00e8ve ; il va interrompre ses recherches devant rentrer \u00e0 Paris et il les reprendra dans quelques semaines&nbsp;; toutefois il va jeter un coup d\u2019\u0153il \u00e0 Perpignan avant de repartir pour Paris. Je vais voir Paul et Marthe Durand ; il fait un temps atroce et tr\u00e8s froid. Je vais au cin\u00e9ma.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 26 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai d\u00e9jeun\u00e9 ce matin chez Marthe Durand qui habite un joli petit h\u00f4tel pr\u00e8s de la promenade du Peyrou. Le temps est ex\u00e9crable, la pluie, une pluie tr\u00e8s froide, ne cesse de tomber. Je passe ma matin\u00e9e au Mus\u00e9e de Montpellier qui contient d\u2019assez beaux tableaux, des Rubens notamment, il est int\u00e9ressant. Je repars \u00e0 14h47 et arrive \u00e0 Ille \u00e0 8h du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 27 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman vient de Vin\u00e7a passer la journ\u00e9e ici. Ma correspondance est tr\u00e8s charg\u00e9e et m\u2019occupe toute la journ\u00e9e. Le soir nous allons au Mois de Marie.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 28 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi nous allons \u00e0 Vin\u00e7a en auto avec les enfants ; je m\u2019arr\u00eate un moment \u00e0 Bouletern\u00e8re o\u00f9 il y a une belle r\u00e9colte de cerises.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 29 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 Perpignan en auto&nbsp;: j\u2019arrive \u00e0 Claira o\u00f9 je ne reste pas longtemps, les vignes sont toujours tr\u00e8s belles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 30 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une semaine de plus est pass\u00e9e et nos travaux, pourtant peu importants, ne sont pas termin\u00e9s ; quand on met les ma\u00e7ons dans une maison on ne sait pas quand ils en sortiront !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Perpignan, dimanche 31 mai 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai re\u00e7u deux permis de circulation en 1<sup>\u00e8re<\/sup> classe enti\u00e8rement gratuits sur le Midi et l\u2019Orl\u00e9ans ne permettent d\u2019aller \u00e0 Paris sans bourse d\u00e9lier pour l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Association de la Presse monarchique d\u00e9partementale le 7 juin ; je vais en profiter et je passerai 48 heures \u00e0 Paris ; un voyage dans ces conditions est charmant ! Le matin, je fais la sainte communion avec Bebelle&nbsp;; nous assistons \u00e0 toutes les c\u00e9r\u00e9monies de la f\u00eate de la Pentec\u00f4te, le soir je vais \u00e0 Perpignan, je d\u00eene et couche chez l\u2019oncle Gabriel de Llobet&nbsp;; je fais \u00e0 la r\u00e9union des hommes chez les S\u0153urs de l\u2019Assomption une conf\u00e9rence sur ce sujet : \u00ab L\u2019\u00c9glise et l\u2019instruction populaire avant la R\u00e9volution \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juin 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 7 juin 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 1<sup>er<\/sup> juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je rentre \u00e0 Ille \u00e0 midi ; je vais \u00e0 v\u00eapres.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 2 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Maman devait venir ici aujourd\u2019hui ; elle nous t\u00e9l\u00e9graphie que Bonne Maman est souffrante et qu\u2019elle ne viendra pas. Marie-Th\u00e9r\u00e8se va \u00e0 Vin\u00e7a dans l\u2019apr\u00e8s-midi voir Bonne Maman&nbsp;; elle a une bronchite avec un peu de congestion aux poumons ; on ne croit pas que ce soit grave.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 3 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto dans la matin\u00e9e ; Bonne Maman n\u2019est pas gravement atteinte, elle n\u2019a que tr\u00e8s peu de fi\u00e8vre ; je cause en particulier avec le Dr Jocaveil, il est tr\u00e8s rassurant, c\u2019est fort peu de chose.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 4 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re le matin&nbsp;; j\u2019y emm\u00e8ne les enfants. L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan o\u00f9 je fais une foule de commissions et vois plusieurs personnes. Bonne Maman va de mieux en mieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, samedi 6 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pas de journal hier soir parce que j\u2019\u00e9tais en chemin de fer. Hier matin \u00e0 Ille j\u2019ai fait la sainte communion. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je suis all\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a en auto voir Bonne Maman qui va tr\u00e8s bien. Je pars d\u2019Ille \u00e0 18h \u00bc&nbsp;; de Perpignan \u00e0 Narbonne je voyage avec Rovira, Juvenel etc. qui vont \u00e0 B\u00e9ziers ; de Narbonne \u00e0 Paris je suis seul dans mon compartiment de 1<sup>\u00e8re<\/sup> avec un ing\u00e9nieur allemand, je dors assez bien. \u00c0 Paris o\u00f9 j\u2019arrive \u00e0 10h40, je passe mon apr\u00e8s-midi \u00e0 faire des courses chez le photographe Petit et dans divers magasins ; je d\u00eene chez les De Lestrac&nbsp;; le soir je vois M. Leboeuf qui reprendra dans quelques jours les recherches g\u00e9n\u00e9alogiques. Il est all\u00e9 \u00e0 Perpignan apr\u00e8s Montpellier et a constat\u00e9 comme je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 fait que notre ascendance perpignanaise s\u2019arr\u00eate \u00e0 Laurent Est\u00e8ve fils en 1667 ; Laurent Est\u00e8ve p\u00e8re a d\u00fb arriver \u00e0 Perpignan vers 1650 ou 1660 ; il n\u2019y est pas n\u00e9 et ne s\u2019y est pas mari\u00e9. M. Leboeuf va chercher \u00e0 le d\u00e9couvrir ailleurs pour faire remonter plus haut la g\u00e9n\u00e9alogie ; il est probable qu\u2019il doit \u00eatre venu de la r\u00e9gion de Montpellier.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Paris, dimanche 7 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 8 heures \u00e0 La Madeleine, puis \u00e0 9h \u00bd dans les salons V\u00e9four (Palais Royal), j\u2019assiste \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Association de la Presse monarchique et catholique des d\u00e9partements. Je d\u00e9jeune chez les Civelli. L\u2019apr\u00e8s-midi nous allons ensemble \u00e0 Enghien, j\u2019entre au casino avec Marguerite-Marie, je gagne 46 francs \u00e0 la boule. Voil\u00e0 tous les frais de mes deux journ\u00e9es de Paris qui vont \u00eatre pay\u00e9s ! Je d\u00eene chez les Civelli.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex\">\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8763-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"774\" data-id=\"824\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8763-Copie-1024x774.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-824\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8763-Copie-1024x774.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8763-Copie-300x227.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8763-Copie-768x580.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8763-Copie-1536x1160.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8763-Copie.jpg 1791w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8764-Copie.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"787\" data-id=\"823\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8764-Copie-1024x787.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-823\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8764-Copie-1024x787.jpg 1024w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8764-Copie-300x231.jpg 300w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8764-Copie-768x590.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8764-Copie-1536x1181.jpg 1536w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/IMG_8764-Copie.jpg 1751w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/a><\/figure>\n<\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Carte de membre de l&rsquo;Association professionnelle de la presse monarchique et catholique d&rsquo;Antoine d&rsquo;Est\u00e8ve de Bosch \u2013 S.d. [ann\u00e9es 1910] (Collection Pierre Lemaitre)<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 9 au 14 juin 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mardi 9 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">J\u2019ai quitt\u00e9 Paris hier soir, en proie \u00e0 une vive inqui\u00e9tude, Maman m\u2019ayant \u00e9crit que l\u2019\u00e9tat de Bonne Maman s\u2019\u00e9tait aggrav\u00e9. J\u2019ai pass\u00e9 la matin\u00e9e et l\u2019apr\u00e8s-midi d\u2019hier \u00e0 faire des courses et commissions ; je vois le syndic de la faillite Brousse. J\u2019ai d\u00e9jeun\u00e9 chez les De Lestrac. Je suis reparti \u00e0 7 h de la gare du quai d\u2019Orsay et arriv\u00e9 \u00e0 Ille ce matin \u00e0 11h32. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je suis venu \u00e0 Vin\u00e7a en auto ; j\u2019ai vu tout de suite que Bonne Maman est bien malade ; le refroidissement dont elle souffrait la semaine derni\u00e8re s\u2019est transform\u00e9 en pneumonie&nbsp;; je t\u00e9l\u00e9phone au docteur de Lamer de venir la voir tout de suite. Entre temps je reviens \u00e0 Ille prendre mon sac car je veux coucher \u00e0 Vin\u00e7a pour le cas o\u00f9 sa situation s\u2019aggraverait encore pendant la nuit. Le docteur de Lamer trouve l\u2019\u00e9tat grave ; aussi nous faisons administrer \u00e0 notre ch\u00e8re malade le Sacrement d\u2019extr\u00eame onction&nbsp;; c\u2019est la seconde fois que Bonne Maman re\u00e7oit ce sacrement, elle l\u2019avait re\u00e7u en 1903. Les Magu\u00e9 sont arriv\u00e9s ce matin. J\u2019ai bien peur d\u2019un nouveau malheur et qui est malheureusement bien \u00e0 craindre \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 est arriv\u00e9e Bonne Maman. L\u2019essentiel est de soutenir le c\u0153ur afin qu\u2019il ne s\u2019arr\u00eate pas tout \u00e0 coup comme c\u2019est arriv\u00e9 \u00e0 Papa. Vers le soir, il y a une certaine am\u00e9lioration.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, mercredi 10 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 meilleure ; la pneumonie va mieux mais le danger est au c\u0153ur ; jusqu\u2019ici il se comporte bien. Je vais encore coucher \u00e0 Vin\u00e7a. \u00c0 Ille, l\u2019oncle Xavier est arriv\u00e9 ce matin pour quelques jours chez nous ; j\u2019y d\u00e9jeune, je rentre \u00e0 Vin\u00e7a vers le soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, jeudi 11 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La journ\u00e9e est assez bonne ; je la passe \u00e0 Ille mais je retourne coucher \u00e0 Vin\u00e7a. Le soir, il y a une crise ; les pulsations montent \u00e0 110 par minute, le c\u0153ur parait fl\u00e9chir, l\u00e0 est le grand danger. Nous nous effrayons ; je t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 M. de Lamer ; il ne peut pas venir tout de suite mais viendra demain. La nuit est calme. Henri de Lavergne arrive \u00e0 Vin\u00e7a \u00e0 4 heures ; Philom\u00e8ne n\u2019a pas pu venir \u00e0 cause de son \u00e9tat de grossesse avanc\u00e9e. Ce qui est bizarre et attristant c\u2019est que la vieille Philom\u00e8ne, depuis 50 ans au service de Bonne Maman et qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement malade, est atteinte en m\u00eame temps de la m\u00eame maladie&nbsp;; on lui donne les m\u00eames soins.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Vin\u00e7a, vendredi 12 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je passe la journ\u00e9e \u00e0 r\u00f4der de Vin\u00e7a \u00e0 Ille ; apr\u00e8s avoir couch\u00e9 \u00e0 Vin\u00e7a je vais \u00e0 Ille, j\u2019y d\u00e9jeune ; dans l\u2019apr\u00e8s-midi, je reviens \u00e0 Vin\u00e7a avec Bebelle et les enfants qui souhaitent la f\u00eate \u00e0 leur bisa\u00efeule, ensuite je les ram\u00e8ne \u00e0 Ille, o\u00f9 je d\u00eene et le soir apr\u00e8s d\u00eener je retourne \u00e0 Vin\u00e7a ; j\u2019y couche. L\u2019am\u00e9lioration constat\u00e9e hier persiste et para\u00eet s\u2019accentuer ; prions Dieu de gu\u00e9rir tout \u00e0 fait notre ch\u00e8re malade !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 13 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Triste f\u00eate de Saint Antoine cette ann\u00e9e sans Papa et avec la crainte de voir Bonne Maman nous quitter ! J\u2019assiste \u00e0 la messe et fais la sainte communion \u00e0 Vin\u00e7a. Bonne Maman continue \u00e0 aller mieux. Philom\u00e8ne va mieux aussi. Saint Antoine les sauvera. Je rentre \u00e0 Ille dans l\u2019apr\u00e8s-midi ; l\u2019oncle Xavier, qui y \u00e9tait depuis quatre jours, part ce soir pour Perpignan ; il rentrera \u00e0 Angers la semaine prochaine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 14 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres ; nous disposons un joli reposoir dans l\u2019entr\u00e9e ; mais il fait de l\u2019orage dans l\u2019apr\u00e8s-midi et la procession du Saint-Sacrement ne peut pas sortir ; on la fait dans l\u2019\u00e9glise et on donne la b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 chaque chapelle. Les nouvelles de Bonne Maman continuent \u00e0 \u00eatre bonnes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 15 au 21 juin 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 15 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin j\u2019assiste aux obs\u00e8ques de Madame Simon Batlle, m\u00e8re du docteur \u00c9tienne Batlle, maire d\u2019Ille. L\u2019apr\u00e8s-midi nous faisons tous ensemble, Maman, Henri, Max, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et moi, l\u2019inventaire de l\u2019argenterie de la maison ; nous faisons estimer celle appartenant \u00e0 Papa ou achet\u00e9e en communaut\u00e9 ; elle me revient toute, mais Maman d\u00e9dommage mes s\u0153urs. Il y a un violent orage, il tombe de la gr\u00eale.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 16 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Claira avec Henri de Lavergne ; nous faisons une longue tourn\u00e9e dans les vignes, elles sont belles mais la cochylis et l\u2019eud\u00e9mis commencent \u00e0 se montrer ; pourvu que ces vilains vers ne se d\u00e9veloppent pas. L\u2019apr\u00e8s-midi \u00e0 Perpignan je vois M. Leboeuf qui m\u2019avait \u00e9crit qu\u2019il y serait de passage aujourd\u2019hui&nbsp;; je lui fais faire la connaissance de l\u2019oncle Xavier que ses recherches int\u00e9ressent naturellement, autant que moi. Il revient dans l\u2019H\u00e9rault et va chercher encore ; mais j\u2019incline \u00e0 penser qu&rsquo;il faudra chercher ailleurs, et d&rsquo;abord dans une autre partie du Languedoc&nbsp;; il est convenu que s&rsquo;il n&rsquo;a pas de nouveaux indices dans l&rsquo;H\u00e9rault, il ira chercher ailleurs. Je fais plusieurs commissions \u00e0 Perpignan ; je laisse l&rsquo;auto chez le carrossier et je rentre par le train de 19h30.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 17 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons la visite de Marthe Durand et de son mari, de Carlos et de Th\u00e9r\u00e8se et de la jeune Th\u00e9r\u00e8se, ils nous ont annonc\u00e9 leur visite et nous leur avons dit de venir d\u00e9jeuner ; nous avons, par la m\u00eame occasion, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Max, Henri et N\u00e9nette&nbsp;; d\u00e9jeuner tr\u00e8s simple et de famille, \u00e0 cause de notre grand deuil. Ils nous quittent par le train de 16 heures et je vais \u00e0 Vin\u00e7a entre deux trains ; je suis heureux de trouver Bonne Maman en bien meilleur \u00e9tat ; c\u2019est la convalescence ; Philom\u00e8ne va aussi beaucoup mieux.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 18 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous avons la visite de Pierre d&rsquo;Ax de Cessales et de ses s\u0153urs. Notre installation s&rsquo;ach\u00e8ve tout \u00e0 fait.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 19 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la grand&rsquo; messe de 8h avec Bebelle ; avant cette messe nous communions en l&rsquo;honneur de la f\u00eate du Sacr\u00e9-C\u0153ur. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan reprendre l&rsquo;auto et faire quelques commissions.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 20 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto ; j&rsquo;apporte au receveur de l&rsquo;Enregistrement la d\u00e9claration de succession. Bonne Maman va de mieux en mieux, elle est lev\u00e9e. Comme je remercie le Bon Dieu de nous l&rsquo;avoir conserv\u00e9e ! Philom\u00e8ne va aussi beaucoup mieux. Au retour je m&rsquo;arr\u00eate \u00e0 Bouletern\u00e8re ; j&rsquo;ai, cette ann\u00e9e, une assez belle r\u00e9colte de p\u00eaches ; la cueillette commencera apr\u00e8s-demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 21 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aujourd&rsquo;hui vingt ans de ma premi\u00e8re communion, grande date dans ma vie ! J&rsquo;\u00e9tais alors entour\u00e9 de mes parents, mon grand-p\u00e8re de Lazerme vivait encore ; que de deuils depuis lors ! Nous allons \u00e0 tous les offices ; la procession n&rsquo;a pas lieu parce qu&rsquo;il a plu avant les v\u00eapres et que le terrain est d\u00e9tremp\u00e9, on la fait dans l&rsquo;\u00e9glise.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 22 au 28 juin 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 22 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan en auto, dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi&nbsp;; je vais chez mon dentiste qui me soigne une canine ; j&rsquo;y am\u00e8ne Henry qui va jouer avec le petit Jacques de Lazerme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 23 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis oblig\u00e9 de retourner encore \u00e0 Perpignan chez le dentiste ; aujourd&rsquo;hui j&rsquo;y vais entre deux trains, de 13h25 \u00e0 16 heures. Le temps se met \u00e0 la chaleur s\u00e8che ; il le fallait bien pour les vignes !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 24 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto ; je trouve Bonne Maman et Philom\u00e8ne en pleine convalescence. Je m&rsquo;arr\u00eate, au retour, \u00e0 Bouletern\u00e8re ; il y a beaucoup de p\u00eaches mais elles se vendent \u00e0 vil prix.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 25 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La chaleur est de plus en plus lourde et accablante. Aujourd&rsquo;hui a lieu \u00e0 Paris \u00e0 Saint-Thomas-d&rsquo;Aquin le mariage de notre cousine Laure de Saussine avec le comte de Robien, attach\u00e9 d&rsquo;ambassade \u00e0 Saint-P\u00e9tersbourg.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 26 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la messe de 7 heures ; je vais ensuite \u00e0 Bouletern\u00e8re en auto visiter les vignes ; il y a toujours un peu de cochylis. Maman est ici aujourd&rsquo;hui et d\u00e9jeune avec nous ; si Bonne Maman continue \u00e0 aller mieux, Maman s\u2019installera \u00e0 Ille la semaine prochaine. Je vais \u00e0 la cl\u00f4ture du Mois du Sacr\u00e9-C\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 27 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais en auto \u00e0 Perpignan o\u00f9 je d\u00e9jeune chez les Llobet. Je termine mes s\u00e9ances du dentiste ; ensuite je passe un moment aux Archives municipales au Castillet ; je fouille dans tous les registres paroissiaux ant\u00e9rieurement \u00e0 1667, je vais jusqu\u2019\u00e0 1630 ; nulle part je ne trouve l\u2019acte de mariage de Laurent Est\u00e8ve avec Anna Maria&#8230; (j&rsquo;ignore son nom de famille) ; il ne s&rsquo;est donc pas mari\u00e9 \u00e0 Perpignan, c&rsquo;est absolument certain<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>&nbsp;; j\u2019esp\u00e8re que M. Leboeuf d\u00e9couvrira son acte de mariage&nbsp;; il ne l\u2019a pas encore d\u00e9couvert. L\u2019apr\u00e8s-midi, je vais \u00e0 Claira&nbsp;; je parcours les vignes qui sont tr\u00e8s belles&nbsp;: \u00e0 peine un tout petit peu de cochylis et de pyrale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le soir je vais \u00e0 Torreilles \u00e0 une r\u00e9union organis\u00e9e par la section d\u2019Action fran\u00e7aise ; M. Bertran, Henri Passama et moi prenons la parole ; j\u2019y parle sur le progr\u00e8s des id\u00e9es de l\u2019Action fran\u00e7aise. Je suis de retour \u00e0 Ille, en auto, \u00e0 11 heures 35 du soir.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 28 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la grand&rsquo; messe et \u00e0 v\u00eapres ; je fais faire un tour de foire aux enfants.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 29 au 30 juin 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 29 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La temp\u00e9rature est br\u00fblante et s\u00e8che ; c&rsquo;est p\u00e9nible mais il faut s&rsquo;en r\u00e9jouir, car c&rsquo;est contraire au d\u00e9veloppement de la cochylis. On apprend avec une horreur profonde l&rsquo;assassinat \u00e0 Sarajevo, en Bosnie-Herz\u00e9govine, de l&rsquo;archiduc h\u00e9ritier d&rsquo;Autriche-Hongrie Fran\u00e7ois Ferdinand et de sa femme la duchesse de Hohenberg ; c&rsquo;est un crime inspir\u00e9 par le ressentiment des patriotes serbes contre la politique autrichienne. Les affaires d&rsquo;Orient n&rsquo;ont pas dit leur dernier mot !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 30 juin 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto avec Bebelle, tous les enfants et Marie-Th\u00e9r\u00e8se. Bonne Maman va de mieux en mieux ; mais Tante Josepha est de plus en plus malade.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Juillet 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 5 juillet 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 1<sup>er<\/sup> juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019oncle Xavier m\u2019\u00e9crit que la petite Anne de Rodellec a une crise d&rsquo;appendicite et qu&rsquo;on va l&rsquo;op\u00e9rer ; nous t\u00e9l\u00e9graphions pour avoir des nouvelles&nbsp;; on nous r\u00e9pond, le soir, que la journ\u00e9e d&rsquo;aujourd&rsquo;hui a \u00e9t\u00e9 bonne, l&rsquo;op\u00e9ration a eu lieu hier. M. Leboeuf est rentr\u00e9 \u00e0 Paris d\u2019o\u00f9 il m\u2019\u00e9crit qu\u2019avant d&rsquo;abandonner le Languedoc pour porter nos recherches ailleurs comme je le lui disais, il faudrait chercher \u00e0 Saint-Geni\u00e8s-de-Malgoir\u00e8s, \u00e0 Saint-Geni\u00e8s-de-Comolas (Gard), \u00e0 B\u00e9ziers et \u00e0 Servian (H\u00e9rault) ; pourquoi diable n\u2019y est-il pas all\u00e9 voir lui-m\u00eame quand il \u00e9tait dans la r\u00e9gion ? J\u2019avoue qu\u2019en ce moment il m\u2019est impossible de me lancer dans des recherches l\u00e0-bas. Cependant, pour en avoir le c\u0153ur net, j\u2019\u00e9cris aux secr\u00e9taires de mairie des quatre communes qu\u2019il me signale et je leur demande de rechercher l\u2019acte de naissance et l&rsquo;acte de mariage de Laurent Est\u00e8ve. Mais voudront-ils s&rsquo;en donner la peine ? S&rsquo;ils ne le font pas, j&rsquo;irai voir moi-m\u00eame \u00e0 B\u00e9ziers et \u00e0 Servian qui ne sont pas loin d&rsquo;ici ; peut-\u00eatre pourrait-t-on aller dans ces deux localit\u00e9s en partant d\u2019ici le matin et en rentrant le soir. M. Leboeuf me signale des d\u2019Est\u00e8ve \u00e0 Servian au 17<sup>e<\/sup> et au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ; il faudra donc voir cette commune. Pour le moment il faut attendre la r\u00e9ponse des secr\u00e9taires de mairie, si toutefois ils r\u00e9pondent \u00e0 mes lettres !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 2 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand\u2019messe \u00e0 9 heures ; il fait un fort orage avec beaucoup de pluie dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Les nouvelles d\u2019Anne de Rodellec sont bien meilleures.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 3 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le secr\u00e9taire de Servian me r\u00e9pond qu\u2019il n&rsquo;y a pas de Laurent Est\u00e8ve \u00e0 Servian et que, d\u2019ailleurs, les registres paroissiaux de l&rsquo;\u00c9tat-civil ne commencent qu\u2019en 1700. M. Leboeuf m\u2019a indiqu\u00e9 beaucoup de d&rsquo;Est\u00e8ve \u00e0 Servian ; mais comment savoir s&rsquo;ils ont un lien avec nous ? Je vais \u00e0 Vin\u00e7a et \u00e0 Boule en auto dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 4 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je me d\u00e9cide \u00e0 aller lundi \u00e0 B\u00e9ziers et, si c\u2019est utile et possible, \u00e0 Servian ; je ne sais si je pourrai arriver \u00e0 Servian car je veux partir le matin et rentrer le soir. Les Saint-Geni\u00e8s sont trop loin pour que j\u2019y aille tout de suite ; j\u2019irai plus tard si c\u2019est utile. L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan et \u00e0 Claira en auto ; les vignes sont tr\u00e8s belles, Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se viennent \u00e0 Perpignan avec moi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 5 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand&rsquo; messe et \u00e0 v\u00eapres ; la chaleur para\u00eet vouloir recommencer.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 6 au 12 juillet 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 6 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parti ce matin par le premier train ; je rentre \u00e0 8h \u00bd du soir ; je suis all\u00e9 \u00e0 B\u00e9ziers, j&rsquo;ai d\u00e9couvert dans les registres de la paroisse Sainte-Magdeleine, \u00e0 l&rsquo;ann\u00e9e 1662, l&rsquo;acte de mariage de mon anc\u00eatre Laurent Est\u00e8ve, le premier Est\u00e8ve qui est venu se fixer \u00e0 Perpignan. Il a \u00e9pous\u00e9, le 23 ao\u00fbt 1662, Anna Maria Granier. Il \u00e9tait fils de Gabriel d&rsquo;Est\u00e8ve et de Marguerite Messet. Parmi les deux t\u00e9moins, il y avait Bertrand d\u2019Est\u00e8ve de Servian. Laurent Est\u00e8ve est donc de la famille des d&rsquo;Est\u00e8ve de Servian<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>. Voil\u00e0 un grand progr\u00e8s dans nos recherches. Il nous restera maintenant \u00e0 voir \u00e0 Servian ou aux Archives d\u00e9partementales de l&rsquo;H\u00e9rault \u00e0 Montpellier, o\u00f9 se trouvent transport\u00e9es les archives de Servian. Mais nous sommes sur la bonne piste. Comment Laurent Est\u00e8ve a-t-il son nom sans particule alors que son p\u00e8re et son t\u00e9moin portent la particule ? Peut-\u00eatre est-ce un simple oubli du r\u00e9dacteur de l&rsquo;acte ; peut-\u00eatre aussi Laurent, qui est devenu commer\u00e7ant \u00e0 Perpignan \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, avait-il abandonn\u00e9 intentionnellement sa particule pour se livrer au commerce. Le plus t\u00f4t possible, je r\u00e9unirai des documents sur ses ascendants.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 7 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je ne bouge pas aujourd&rsquo;hui, je mets \u00e0 jour ma correspondance. Je m&rsquo;occupe de la concession que nous sollicitons de la commune pour l&rsquo;agrandissement de notre caveau.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 8 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais en auto \u00e0 Vin\u00e7a o\u00f9 j&rsquo;assiste aux obs\u00e8ques du commandant Louis No\u00ebll, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 avant-hier \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 81 ans. Maman et Marie-Th\u00e9r\u00e8se y viennent avec moi pour voir Bonne Maman. Je pense que Bebelle n\u2019attendra pas plus de 8 ou 10 jours&nbsp;la naissance de notre 4<sup>e<\/sup> b\u00e9b\u00e9 ; le moment approche.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 9 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Montpellier du matin au soir (parti par le 1<sup>er<\/sup> train de 5h50, rentr\u00e9 \u00e0 20h \u00bc). J&rsquo;ai voulu voir aux Archives d\u00e9partementales de l&rsquo;H\u00e9rault s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de documents sur Servian ; il n&rsquo;y a \u00e0 peu pr\u00e8s rien ; les registres paroissiaux de l\u2019\u00c9tat-civil de Servian, qui commencent \u00e0 Servian \u00e0 1700, ne commencent, dans les Archives d\u00e9partementales, qu&rsquo;\u00e0 1747 ; donc, il faut chercher dans d&rsquo;autres genres de documents, dans les archives notariales par exemple, des renseignements sur les d&rsquo;Est\u00e8ve de Servian au 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. En r\u00e9sum\u00e9, je n&rsquo;ai rien trouv\u00e9 \u00e0 Montpellier ; il faudra voir \u00e0 Servian m\u00eame. J&rsquo;ai eu affreusement chaud en chemin de fer.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 10 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, nous allons \u00e0 Canet en auto ; j&rsquo;y am\u00e8ne les enfants et ceux de Marie-Th\u00e9r\u00e8se, je me baigne et je les baigne. Ils se mouillent de nouveau apr\u00e8s leur bain, Germaine tombe m\u00eame tout \u00e0 fait dans la mer et il faut les changer de la t\u00eate aux pieds. Bebelle n&rsquo;est pas venue ; si pr\u00e8s de sa d\u00e9livrance, le d\u00e9placement l&rsquo;aurait fatigu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 11 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan visiter le concours agricole o\u00f9 je vois beaucoup de choses int\u00e9ressantes, notamment dans les moteurs et les pressoirs. Je laisse l&rsquo;auto chez le carrossier pour repeindre une partie et je rentre par le dernier train.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 12 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous allons \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres ; il fait tr\u00e8s chaud. Aujourd&rsquo;hui huiti\u00e8me anniversaire du triomphe de la Raison d&rsquo;\u00c9tat juive sur la raison d&rsquo;Etat fran\u00e7aise et sur la Justice, en la personne du tra\u00eetre Dreyfus. Quand viendra l&rsquo;heure de la revanche fran\u00e7aise ?<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 19 juillet 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 13 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il fait de plus en plus chaud ; nous ne bougeons pas ; Bebelle ne sort presque pas et attend l&rsquo;heure de sa d\u00e9livrance.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 14 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Vin\u00e7a entre 2 trains ; la pauvre Tante Josepha va de plus en plus mal ; sa maigreur est effrayante&nbsp;; je redoute une issue fatale. Quel malheur pour N\u00e9nette et quel nouveau chagrin pour nous tous ! Je ne m&rsquo;occupe en rien de ce que l&rsquo;on appelle si improprement la f\u00eate nationale ; la r\u00e9publique est bien pauvre en dates glorieuses pour choisir un aussi ignoble anniversaire !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 15 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C&rsquo;est aujourd&rsquo;hui la Saint Henri, la f\u00eate de Papa ; h\u00e9las il n&rsquo;est plus au milieu de nous et nous ne pouvons lui offrir que nos pri\u00e8res. Nous faisons tous c\u00e9l\u00e9brer la sainte messe pour lui&nbsp;; \u00e0 7 heures j\u2019assiste \u00e0 la messe et je communie pour Papa&nbsp;; plus tard, nous apportons des fleurs sur sa tombe. Pauvre Papa ; voici d\u00e9j\u00e0 six mois que nous sommes s\u00e9par\u00e9s de lui ! Tante Augustine de Llobet, qui est \u00e0 Vin\u00e7a, vient passer la journ\u00e9e avec nous ; elle aussi est effray\u00e9e de l&rsquo;\u00e9tat de Tante Josepha.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 16 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous faisons, apr\u00e8s la grand&rsquo;messe de Notre-Dame du Mont-Carmel, une chose n\u00e9cessaire mais bien attristante. En vue de l&rsquo;agrandissement de notre caveau, agrandissement qui est h\u00e9las indispensable, nous \u00f4tons le cercueil du pauvre Papa et les restes de mes oncles et tantes de Bosch ; nous les mettrons dans le caveau des Demoiselles Mathien. Le cercueil de Tante Marie tombe en morceaux ; on recueille ce qui reste d&rsquo;elle et on le met dans une boite. Combien tout cela est \u00e9motionnant, surtout la vue du cercueil dans lequel le corps de notre cher Papa est en train de tomber en pourriture ! Son \u00e2me est certainement au Ciel d\u2019o\u00f9 elle nous prot\u00e8ge. L\u2019apr\u00e8s-midi, je me prom\u00e8ne un peu ; le temps est plus frais \u00e0 la suite de l&rsquo;orage d&rsquo;hier soir. Le soir je vais \u00e0 la b\u00e9n\u00e9diction \u00e0 la chapelle du Carmel.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 17 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan avec Germaine, du train de 13h25 \u00e0 celui de 16 heures ; je conduis Titi chez le docteur Sagols car elle souffre de l&rsquo;oreille depuis cinq ou six jours ; il prescrit un petit traitement.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 18 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous ne bougeons pas d\u2019ici, la chaleur redevient vive ; Bebelle n&rsquo;est pas encore dispos\u00e9e \u00e0 accoucher, je ne sais pas ce qu\u2019elle attend en v\u00e9rit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 19 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je re\u00e7ois de M. Leboeuf des renseignements sur Gabriel d&rsquo;Est\u00e8ve, p\u00e8re de Laurent, d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;acte de mariage de ce dernier. M. Leboeuf a pris ses renseignements dans l&rsquo;Armorial de La Roque. La famille d&rsquo;Est\u00e8ve existait \u00e0 Escousseins (dioc\u00e8se de Lavaur) au 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle ; Antoine et Pierre d&rsquo;Est\u00e8ve sont port\u00e9s sur le cadastre de cette paroisse en 1567 ; Gabriel d&rsquo;Est\u00e8ve est nomm\u00e9 dans l&rsquo;Armorial de La Roque ainsi que son fils Bertrand ; c&rsquo;est lui, Gabriel, qui a fond\u00e9 la branche de Servian ; il a \u00e9pous\u00e9 Marguerite de Messec (l&rsquo;acte de mariage de Laurent porte Marguerite Messet, c&rsquo;est \u00e9videmment la m\u00eame personne). Somme toute, il r\u00e9sulte de tous ces renseignements : 1\u00b0) Qu\u2019une famille d&rsquo;Est\u00e8ve existait d\u00e8s le 16<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en Languedoc ; Gabriel d&rsquo;Est\u00e8ve faisait partie de cette famille. 2\u00b0) Que nous nous rattachons \u00e0 cette famille par Laurent et Gabriel. Nous avons donc tous les \u00e9l\u00e9ments pour introduire une demande en rectification d&rsquo;\u00c9tat-civil<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. J&rsquo;envoie tous ces renseignements \u00e0 l&rsquo;oncle Xavier. Je pense qu&rsquo;il sera d&rsquo;avis d&rsquo;engager la proc\u00e9dure. Nous allons \u00e0 la grand&rsquo; messe et \u00e0 v\u00eapres.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 20 au 26 juillet 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 20 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Vin\u00e7a dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi. Tante Josepha est encore au lit, elle n&rsquo;a pas eu la force de se lever ; d&rsquo;apr\u00e8s moi elle ira de plus en plus mal jusqu&rsquo;au jour fatal o\u00f9 la faiblesse l&#8217;emportera.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 21 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan et \u00e0 Claira ; je prends l\u2019auto \u00e0 Perpignan. Les vignes sont tr\u00e8s belles et, s\u2019il n\u2019y a pas de surprise d\u2019ici \u00e0 la vendange, je peux esp\u00e9rer une tr\u00e8s belle r\u00e9colte ; mais le prix de vente sera faible ; je ne compte pas vendre plus de 15 \u00e0 20 francs et plut\u00f4t \u00e0 15 qu&rsquo;\u00e0 20 !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 22 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re en auto ; j\u2019y emm\u00e8ne les enfants&nbsp;; ici les vignes n\u2019ont qu\u2019une r\u00e9colte moyenne.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 23 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan en auto pour affaires ; j&#8217;emm\u00e8ne Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Maman. Bebelle n&rsquo;est pas en \u00e9tat de faire de l&rsquo;automobile ; cet enfant n&rsquo;est pas press\u00e9 de faire son entr\u00e9e en ce monde.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 24 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bebelle est toujours fatigu\u00e9e, mais n&rsquo;est pas encore \u00e0 terme ; contrairement \u00e0 son habitude elle se retarde cette fois-ci.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 25 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Coup de tonnerre dans le ciel diplomatique : la note de l&rsquo;Autriche \u00e0 la Serbie \u00e0 la suite de l\u2019enqu\u00eate sur le crime de Sarajevo o\u00f9 l&rsquo;Archiduc Fran\u00e7ois-Ferdinand a trouv\u00e9 la mort constitue une ing\u00e9rence qui ne para\u00eet pas acceptable pour la Serbie ; de plus elle stipule pour la r\u00e9ponse un d\u00e9lai de 48 heures qui expire ce soir. Il est impossible de se faire illusion : l&rsquo;Autriche veut faire la guerre \u00e0 la Serbie, elle veut \u00e9craser ce pays et se d\u00e9barrasser ainsi d&rsquo;un foyer d&rsquo;irr\u00e9dentisme slave \u00e0 ses portes ; \u00e0 son point de vue elle n&rsquo;a pas tort ; mais quelles terribles complications cela ne va-t-il pas entra\u00eener ? Comment la Russie prendra-t-elle la chose ? Il est probable que, plus d\u00e9cid\u00e9e qu&rsquo;en 1909, elle va intervenir ; une note officielle du gouvernement russe le fait d\u00e9j\u00e0 pressentir. Mais l&rsquo;Allemagne soutient \u00e0 fond l&rsquo;Autriche-Hongrie ; l&rsquo;ambassadeur allemand \u00e0 Paris a fait hier une communication qui ne laisse aucun doute \u00e0 ce sujet. Est-ce que nous allons \u00eatre entra\u00een\u00e9s dans cette conflagration europ\u00e9enne qu&rsquo;on annonce depuis si longtemps et qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ? Sommes-nous \u00e0 la veille de ce grand choc ? Que Dieu prot\u00e8ge la France ! L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 Perpignan faire roder les soupapes de l&rsquo;automobile. Au retour, je prends Maurice Roger avec moi et je passe avec lui \u00e0 Baho pour voir un pressoir Marmonnier qui sera vendu demain aux ench\u00e8res et qui serait mon affaire pour la cave de Bouletern\u00e8re ; il est en bon \u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 26 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ; ensuite je vais \u00e0 Baho en auto la vente a lieu \u00e0 9 heures ; la mise \u00e0 prix est de 200 francs ; j&rsquo;ai le pressoir pour 275 frs., plus 16,50 pour les frais de vente, en tout 291,50 ; c&rsquo;est une bonne affaire ; neuf, ce pressoir vaut 650 ou 700 francs et il fallait absolument que j&rsquo;en ach\u00e8te un pour la cave de Bouletern\u00e8re. Il para\u00eet certain que la Serbie a repouss\u00e9 l&rsquo;ultimatum autrichien ; \u00e0 cette heure il est probable que le canon a tonn\u00e9 ; quelles seront les suites de cette initiative de l&rsquo;Autriche ? L\u2019apr\u00e8s-midi je vais \u00e0 v\u00eapres ; on fait dans l&rsquo;\u00e9glise une procession en l&rsquo;honneur du Tr\u00e8s-Saint-Sacrement et \u00e0 l&rsquo;occasion du grand Congr\u00e8s eucharistique de Lourdes.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 27 au 31 juillet 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 27 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles de ce matin sont d\u2019une gravit\u00e9 exceptionnelle ; la Russie mobilise quinze corps d\u2019arm\u00e9e ; en France, des pr\u00e9cautions militaires sont prises. Ce soir, les derniers t\u00e9l\u00e9grammes donnent, peut-\u00eatre \u00e0 tort, l\u2019impression d\u2019un temps d\u2019arr\u00eat dans le d\u00e9veloppement de la crise ; les diplomates doivent travailler ferme ! Mais les \u00e9v\u00e9nements ne sont-ils pas trop avanc\u00e9s pour pouvoir les arr\u00eater ? Si l\u2019Autriche et l\u2019Allemagne veulent r\u00e9ellement la guerre, rien ne l\u2019emp\u00eachera ; mais si elles bluffent, l\u2019attitude r\u00e9solue de la Russie et de la France pourrait les arr\u00eater. Notre gouvernement sera-t-il \u00e0 la hauteur de la situation ? Certes je le voudrais, mais comment oser l\u2019esp\u00e9rer ! Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je vais en auto \u00e0 Vin\u00e7a et \u00e0 Bouletern\u00e8re. Je suis \u00e9pouvant\u00e9 de Tante Josepha ; depuis huit jours, le mal a fait des progr\u00e8s effrayants ; elle est impressionnante de maigreur, on croirait voir un squelette ; N\u00e9nette ne se rend pas un compte exact de l\u2019\u00e9tat de sa m\u00e8re ; Bonne Maman elle-m\u00eame a encore quelques illusions. Moi, je suis persuad\u00e9 que la fin est imminente. La pauvre femme, sans se rendre peut-\u00eatre compte absolument de son \u00e9tat et de l\u2019imminence du p\u00e9ril, se voit cependant bien malade ; elle me fait des recommandations au sujet de N\u00e9nette.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 28 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles de ce matin me confirmaient dans l\u2019impression d\u2019hier soir ; mais vers 2 heures apr\u00e8s-midi arrive la nouvelle des premi\u00e8res hostilit\u00e9s entre l\u2019Autriche et la Serbie&nbsp;; l\u2019arm\u00e9e austro-hongroise a franchi le Danube et s\u2019est empar\u00e9e de Belgrade. Cette nouvelle peut avoir des cons\u00e9quences incalculables ! Je vais \u00e0 Perpignan en auto ; je change des billets, \u00e0 la Banque de France, contre de l\u2019or et de l\u2019argent. \u00c0 Perpignan, arrivent \u00e0 chaque instant des d\u00e9p\u00eaches ; l\u2019une d\u2019elles dit que la Russie a somm\u00e9 l\u2019Autriche d\u2019\u00e9vacuer Belgrade dans les 24 heures ; si cette nouvelle est exacte, c\u2019est la guerre europ\u00e9enne certaine. La foule envahit les salles de d\u00e9p\u00eaches ; l\u2019impression g\u00e9n\u00e9rale est que la guerre est in\u00e9vitable ; tout le monde s\u2019y attend, beaucoup s\u2019en r\u00e9jouissent, d\u2019autres acceptent avec sang-froid cette \u00e9ventualit\u00e9. Dans les villages les paysans commentent ces nouvelles avec calme et sang-froid. La journ\u00e9e de demain nous apportera probablement des nouvelles d\u00e9cisives. D\u00e8s la proclamation de la mobilisation je ferai partir ma bonne allemande. Mon livret militaire porte que je dois attendre des ordres. On me ferait probablement conduire des automobiles.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 29 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans la nuit Bebelle ressent des douleurs, pour de bon cette fois-ci, et \u00e0 10 heures \u00bd na\u00eet un beau gar\u00e7on qui p\u00e8se 3 kilos 435 grammes. Me voici donc p\u00e8re pour la 4<sup>e<\/sup> fois et muni de trois gar\u00e7ons ; quelle responsabilit\u00e9 et quels soucis dans quelques ann\u00e9es pour leur \u00e9ducation ! Bebelle va aussi bien que possible. Nous appellerons cet enfant Henri en souvenir de Papa. Certaines nouvelles affich\u00e9es hier \u00e0 Perpignan, telles que la prise de Belgrade et l\u2019ultimatum russe \u00e0 l\u2019Autriche, \u00e9taient fausses. Mais on confirme la d\u00e9claration de guerre de l\u2019Autriche-Hongrie \u00e0 la Serbie. Toutes les puissances mobilisent ou prennent de grandes pr\u00e9cautions militaires. La situation, en somme, ne s\u2019est pas aggrav\u00e9e ; on n\u00e9gocie, on gagne du temps, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 beaucoup. La Russie para\u00eet absolument intransigeante. Que fera-t-elle lorsque l\u2019arm\u00e9e austro-hongroise p\u00e9n\u00e9trera en Serbie ? Si elle attaque, l\u2019Autriche-Hongrie, l\u2019Allemagne entrera en lice imm\u00e9diatement. Les journ\u00e9es qui vont suivre seront angoissantes. On parle de l\u2019assassinat du ministre d\u2019Allemagne \u00e0 Belgrade ; voil\u00e0, si la nouvelle est confirm\u00e9e, qui ne serait pas fait pour arranger les choses !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 30 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bebelle va bien ; cependant elle ressent \u00e0 une jambe une petite douleur qui m\u2019inqui\u00e8te un peu ; le Dr Pons la lui bande fortement ; si on ne soignait pas cela, il pourrait y avoir une phl\u00e9bite. Le petit va tr\u00e8s bien. La situation europ\u00e9enne est sans changement&nbsp;; les n\u00e9gociations engag\u00e9es ne paraissent pas devoir aboutir. Il semble que l\u2019Allemagne, intimid\u00e9e par la perspective d\u2019une guerre \u00e0 soutenir contre la Russie, la France et l\u2019Angleterre, h\u00e9site \u00e0 d\u00e9cha\u00eener le conflit. Les pr\u00e9paratifs continuent partout. Le soir, on annonce la nouvelle, t\u00e9l\u00e9phon\u00e9e de Perpignan, que la Russie mobilise 21 corps d\u2019arm\u00e9e ; il y a conseil des ministres tous les jours \u00e0 Paris. Ces nouvelles colport\u00e9es dans Ille \u00e0 10 heures du soir produisent une \u00e9motion profonde. Seront-elles confirm\u00e9es ou d\u00e9menties demain ? Nous avons la visite de Tante Augustine.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 31 juillet 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La situation para\u00eet empirer ; la Russie mobilise ; dans les autres pays, on en est aux mesures pr\u00e9liminaires, en France de grandes pr\u00e9cautions sont prises. Je vais \u00e0 Perpignan causer avec l\u2019oncle Gabriel du bapt\u00eame du petit Henri&nbsp;; ma belle-m\u00e8re ne peut pas venir et l\u2019oncle Xavier non plus. Nous baptiserons donc cet enfant incessamment.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ao\u00fbt 1914<\/h2>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 1<sup>er<\/sup> au 2 ao\u00fbt 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Journ\u00e9e historique ; toute la France est sur pied, pr\u00eate \u00e0 marcher \u00e0 la fronti\u00e8re ; le gouvernement a lanc\u00e9 dans l\u2019apr\u00e8s-midi l\u2019ordre de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale. J\u2019\u00e9tais \u00e0 Perpignan d\u2019o\u00f9 j\u2019ai fait partir Keathy, par le train de 15h15 car les nouvelles de ce matin \u00e9taient tr\u00e8s graves. On a assassin\u00e9 cette nuit Jaur\u00e8s au sortir d\u2019un meeting qu\u2019il avait organis\u00e9 contre la guerre ; c\u2019est une canaille de moins, mais cet attentat est absurde. A l\u2019heure qu\u2019il est, partout o\u00f9 je suis pass\u00e9, j\u2019ai vu la nouvelle de la mobilisation accueillie avec joie ; chacun se pr\u00e9pare \u00e0 faire son devoir, cette guerre va s\u2019engager dans d\u2019excellentes conditions pour la France et je crois que, Dieu aidant, nous serons vainqueurs. La guerre cependant n\u2019est pas d\u00e9clar\u00e9e, du moins on ne le sait pas ; elle \u00e9clatera probablement tr\u00e8s brusquement, \u00e0 l\u2019extr\u00eame rigueur les choses pourraient s\u2019arranger encore si l\u2019Allemagne a peur ; mais il faudrait qu\u2019elle recul\u00e2t et c\u2019est une hypoth\u00e8se tr\u00e8s improbable ! Que Dieu prot\u00e8ge la France !<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large\"><a href=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-scaled.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"797\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-797x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-807\" srcset=\"https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-797x1024.jpg 797w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-234x300.jpg 234w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-768x986.jpg 768w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-1196x1536.jpg 1196w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-1595x2048.jpg 1595w, https:\/\/www.sources.sasl-des-po.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/06\/Affiche_ordre_de_mobilisation_generale_1_-_Archives_Nationales_-_AE-II-3598-scaled.jpg 1994w\" sizes=\"auto, (max-width: 797px) 100vw, 797px\" \/><\/a><figcaption class=\"wp-element-caption\">Affiche de mobilisation g\u00e9n\u00e9rale, 2 ao\u00fbt 1914 \u2013 Archives nationales, AE\/II\/3598 (Wikip\u00e9dia)<\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 2 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Aujourd\u2019hui, je vais deux fois \u00e0 Perpignan. Le matin, j\u2019apprends que l\u2019Allemagne a d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la Russie hier soir ; c\u2019est donc fini, voici le d\u00e9clenchement g\u00e9n\u00e9ral. L\u2019Italie proclame sa neutralit\u00e9, c\u2019est bon pour nous et bien mauvais pour nos ennemis. La mobilisation commence ; de tous c\u00f4t\u00e9s on voit des hommes qui partent ; chacun est \u00e0 son poste, bien d\u00e9cid\u00e9 ; tout se passe dans le plus grand ordre. Je suis all\u00e9 chercher l\u2019oncle Gabriel en auto, il a baptis\u00e9 Henri \u00e0 11 heures \u00bd ; nous lui donnons les pr\u00e9noms de Henri-Xavier-Marie- Antoine-Charles. Max de Saint-Cyr rempla\u00e7ait l\u2019oncle Xavier qui devait \u00eatre parrain et N\u00e9nette rempla\u00e7ait Lolotte qui devait \u00eatre marraine. Apr\u00e8s d\u00e9jeuner, je raccompagne en auto l\u2019oncle Gabriel \u00e0 Perpignan. Le soir, il y a une manifestation patriotique organis\u00e9e par les r\u00e9servistes qui partent demain. Ils d\u00e9filent dans les rues avec des drapeaux et pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s de clairons ; sur la place de la Mairie, le maire les harangue, c\u2019est \u00e9mouvant au plus haut point. Le matin, j\u2019assiste \u00e0 la messe de 7 heures \u00e0 la chapelle de l\u2019h\u00f4pital, j\u2019y fais la sainte communion. Henri aura \u00e9t\u00e9 baptis\u00e9 en un jour historique. Nous signons d\u00e9finitivement le partage.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 3 au 9 ao\u00fbt 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 3 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin j\u2019accompagne, avec presque toute la population d\u2019Ille, les partants \u00e0 la gare ; ils partent avec enthousiasme. Les Allemands nous ont attaqu\u00e9s hier \u00e0 midi, ils ont franchi la fronti\u00e8re sur trois points et ont tir\u00e9 sur nos postes, il y a eu quelques escarmouches. Le bruit court que l\u2019aviateur Garros a d\u00e9truit un zeppelin allemand en se jetant dessus avec son avion ; il est mort dans son triomphe. L\u2019Angleterre nous envoie 150.000 hommes de secours&nbsp;; ils vont d\u00e9barquer \u00e0 Calais ; il para\u00eet que l\u2019arm\u00e9e russe a pris l\u2019offensive et avance dans la Pologne prussienne. L\u2019absence de nouvelles s\u00fbres est tr\u00e8s p\u00e9nible. L\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge est proclam\u00e9 dans toute la France pendant la dur\u00e9e de la guerre. Je suis r\u00e9quisitionn\u00e9 avec mon auto pour mener un gendarme \u00e0 Boule-d&rsquo;Amont et \u00e0 Trinit\u00e9 ; nous y montons \u00e0 2 heures ; c\u2019est pour la proclamation de l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge. Le soir le bruit court avec insistance qu\u2019une automobile mont\u00e9e par des Allemands a \u00e9t\u00e9 vue ici et a refus\u00e9 de s\u2019arr\u00eater quand on l\u2019en a somm\u00e9e. Les gendarmes font barrer les routes ; avec mon auto et 3 jeunes gens arm\u00e9s je pars \u00e0 la recherche de ces gens-l\u00e0 qui peuvent \u00eatre des espions ; nous passons par Corb\u00e8re et revenons par Millas et Neffiach ; nous ne les voyons pas. Toutes les brigades de gendarmerie sont averties par t\u00e9l\u00e9phone, les routes sont barr\u00e9es, il y a des hommes arm\u00e9s \u00e0 tous les carrefours ; on nous arr\u00eate, mais nous nous faisons vite reconna\u00eetre ; nous ne les trouvons pas. Se voyant traqu\u00e9s, ils ont d\u00fb abandonner leur voiture et chercher \u00e0 s\u2019\u00e9chapper individuellement. Nous sommes de retour \u00e0 10 heures. Il faut \u00eatre sur l\u2019\u0153il car les espions allemands sont capables de tout pour entraver notre mobilisation qui se poursuit dans le plus grand ordre.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 4 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On annonce la prise de Mulhouse et de Colmar par le g\u00e9n\u00e9ral Pau apr\u00e8s une bataille au cours de laquelle les Allemands auraient eu trois mille morts. Cette nouvelle est trop belle pour \u00eatre vraie ; elle est pr\u00e9matur\u00e9e, la guerre a \u00e9t\u00e9, je crois, d\u00e9clar\u00e9e officiellement hier, il n\u2019est pas possible qu\u2019une pareille offensive ait pu d\u00e9j\u00e0 \u00eatre prise et donner des r\u00e9sultats. Tout en d\u00e9sirant au plus haut point que cette nouvelle soit vraie, je n\u2019ose y croire. Le soir, apr\u00e8s une battue, on arr\u00eate dans une m\u00e9tairie, o\u00f9 ils se cachaient, deux individus que l\u2019on croit \u00eatre les espions d\u2019hier, la foule a failli les \u00e9charper. On dit que l\u2019arm\u00e9e allemande a viol\u00e9, comme on s\u2019y attendait, la neutralit\u00e9 belge ; tant mieux, elle aura encore \u00e0 combattre l\u2019arm\u00e9e belge. Ces barbares ont fusill\u00e9 \u00e0 Metz M. Samain, le jeune pr\u00e9sident du Souvenir lorrain ; ce sont des brutes sanguinaires.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 5 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il para\u00eet de plus en plus certain que les Allemands ont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 en Belgique ; la Belgique fait appel \u00e0 l\u2019Angleterre. La prise de Mulhouse n\u2019est pas confirm\u00e9e ; deux croiseurs allemands ont lanc\u00e9 quelques obus sur B\u00f4ne et Philippeville. \u00c0 la fronti\u00e8re il n\u2019y a eu encore que des escarmouches. Il me tarde d\u2019\u00eatre appel\u00e9 ; comme nous ne sommes qu\u2019au 4<sup>e<\/sup> jour de la mobilisation, j\u2019ai peur d\u2019avoir \u00e0 patienter longtemps encore. Le matin, je vais \u00e0 Bouletern\u00e8re et \u00e0 Vin\u00e7a en auto ; \u00e0 Bouletern\u00e8re je prends des dispositions pour assurer la vendange. \u00c0 Vin\u00e7a je vois Tante Josepha dont l\u2019\u00e9tat est stationnaire. Philom\u00e8ne nous t\u00e9l\u00e9graphie qu\u2019elle a une fille. Les Allemands fusillent des quantit\u00e9s d\u2019Alsaciens-Lorrains. Pauvres martyrs de la fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 la France !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 6 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On donne lecture, du balcon de la Mairie, de plusieurs d\u00e9p\u00eaches officielles. Il est certain que l\u2019Allemagne a attaqu\u00e9 la Belgique, elle lui a d\u00e9clar\u00e9 la guerre ; l\u2019Angleterre a ripost\u00e9 en d\u00e9clarant la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne. Les op\u00e9rations sur la fronti\u00e8re fran\u00e7aise se bornent \u00e0 quelques escarmouches ; mais une forte arm\u00e9e allemande est entr\u00e9e en Belgique pr\u00e8s d\u2019Aix-la-Chapelle, elle est arr\u00eat\u00e9e par l\u2019importante place de Li\u00e8ge qui r\u00e9siste vigoureusement. Qu\u2019elle tienne seulement 4 ou 5 jours et elle donnera \u00e0 l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et aux Anglais le temps d\u2019arriver&nbsp;; la premi\u00e8re grande bataille entre l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise et l\u2019arm\u00e9e allemande aura donc lieu tr\u00e8s probablement en Belgique. J\u2019attends avec la plus grande impatience que l\u2019on m\u2019appelle ; si on ne le fait pas, je m\u2019engagerai. Il me serait impossible de rester ici pendant que la France a besoin de tous ses enfants pour la d\u00e9fendre. J\u2019en mourrais de honte ! Tante Augustine de Llobet est aupr\u00e8s de nous pour quelques jours.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 7 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le fait saillant de la journ\u00e9e est la superbe r\u00e9sistance de Li\u00e8ge ; plusieurs corps d\u2019arm\u00e9e allemands se brisent et subissent de grosses pertes devant cette ville d\u00e9fendue par 40.000 soldats belges. Que cette r\u00e9sistance continue encore, que Namur r\u00e9siste de m\u00eame, et l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise aura le temps d\u2019arriver en Belgique ; ce pays fait appel \u00e0 l\u2019Angleterre, \u00e0 la France et \u00e0 la Russie. Aujourd\u2019hui on apprend la d\u00e9claration de guerre de l\u2019Autriche-Hongrie \u00e0 la Russie. Nous allons \u00e0 Perpignan en auto assister au d\u00e9part pour la guerre du 53<sup>e<\/sup> r\u00e9giment de ligne ; c\u2019est \u00e9mouvant au possible. \u00c0 Perpignan, je fais des d\u00e9marches au recrutement et au bureau de la place pour qu\u2019on m\u2019appelle le plus t\u00f4t possible ; pour h\u00e2ter ce moment, je demande si je pourrai contracter un engagement. On me r\u00e9pond toujours que je n\u2019ai qu\u2019\u00e0 attendre d\u2019\u00eatre appel\u00e9 ; mon affectation est fix\u00e9e. Comme cette attente est p\u00e9nible et dire qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 faire pour l\u2019abr\u00e9ger !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On nous dit \u00e0 Perpignan qu\u2019il y aura, en face de l\u2019Allemagne, trois arm\u00e9es fran\u00e7aises : celle de droite au sud, vers Belfort et la Haute-Alsace sous les ordres du g\u00e9n\u00e9ral Chomer ; celle du centre en face de Metz et de Strasbourg, sous les ordres du g\u00e9n\u00e9ral Pau, et celle du nord destin\u00e9e \u00e0 entrer en Belgique command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral de Castelnau. En arri\u00e8re, en r\u00e9serve pr\u00eats \u00e0 se porter aux points menac\u00e9s, trois corps d\u2019arm\u00e9e : les 15<sup>e<\/sup>, 16<sup>e<\/sup> et 17\u00e9 ; enfin la division coloniale, soit 35.000 hommes command\u00e9e par le g\u00e9n\u00e9ral Gallieni ; ces troupes d\u2019\u00e9lite seront oppos\u00e9es \u00e0 la garde prussienne. Puisse Dieu prot\u00e9ger ces vaillantes arm\u00e9es qui porteront le destin de la France !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le matin je vais \u00e0 la messe, je communie et je prie ardemment pour la France. Dans la matin\u00e9e je suis r\u00e9quisitionn\u00e9 avec l\u2019auto pour visiter le mat\u00e9riel des logis de gendarmerie dans plusieurs villages.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 8 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Claira en auto&nbsp;; je fais une tourn\u00e9e dans les vignes qui sont tr\u00e8s belles ; nous \u00e9prouverons de grandes difficult\u00e9s pour vendanger mais j\u2019esp\u00e8re cependant qu\u2019on y parviendra. Maurice Roger ne sera pas mobilis\u00e9 avant trois semaines. \u00c0 Perpignan, je m\u2019informe et je crois qu\u2019il me sera possible de contracter un engagement dans les automobilistes ; je passerai ainsi dans le service arm\u00e9 et je partirai tout de suite pour la guerre au lieu que je risquerais d\u2019attendre trois semaines ou m\u00eame de ne pas partir du tout si j\u2019attendais que l\u2019on m\u2019appelle. Le commandant de recrutement n\u2019\u00e9tait pas dans son bureau aujourd\u2019hui, mais je retournerai demain \u00e0 Perpignan pour le voir et prendre une d\u00e9cision. Les Belges tiennent toujours \u00e0 Li\u00e8ge ; ils infligent aux Allemands de grosses pertes et un retard consid\u00e9rable qui nous est favorable ; l\u2019arm\u00e9e anglaise de secours a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9barquer. Le moral des Fran\u00e7ais est excellent ; tout le monde est persuad\u00e9 que nous serons vainqueurs.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 9 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Grande nouvelle ! L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise est en Alsace ! Notre avant-garde s\u2019est empar\u00e9e vendredi de la place forte d\u2019Altkirch apr\u00e8s un vif combat, et ensuite de Mulhouse sans coup f\u00e9rir ; la Haute-Alsace est \u00e0 nous. Les populations font \u00e9clater leur joie ; ces braves Alsaciens arrachent les poteaux fronti\u00e8res. Notre arm\u00e9e va certainement continuer son offensive et marcher sur Strasbourg. Autour de Li\u00e8ge, l\u2019offensive allemande est bris\u00e9e par l\u2019admirable r\u00e9solution de la place ; le plan du grand \u00e9tat-major prussien est donc bien compromis. L\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise entre en Belgique. L\u2019Angleterre y d\u00e9barque 200.000 hommes. La guerre commence bien pour nous. \u00c0 Perpignan, on m\u2019a conseill\u00e9 d\u2019aller \u00e0 Lunel, grand point de concentration, avec ma voiture ; l\u00e0 il est probable qu\u2019on me prendra. J\u2019y irai demain, je t\u00e2cherai de me faire enr\u00f4ler et, en avant, vive la France !<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 13 au 16 ao\u00fbt 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 13 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Me voici de retour \u00e0 Ille apr\u00e8s 3 jours d\u2019absence et navr\u00e9 de n\u2019avoir pu r\u00e9ussir \u00e0 me faire prendre pour me rendre utile \u00e0 la patrie. Lundi \u00e0 Perpignan, on m\u2019a r\u00e9p\u00e9t\u00e9 ce que l\u2019on m\u2019avait dit pr\u00e9c\u00e9demment, que l\u2019on n\u2019accepte pas d\u2019engagements et que je dois attendre mon tour d\u2019\u00eatre appel\u00e9. D\u2019autre part j\u2019ai appris que des jeunes gens de Perpignan qui sont all\u00e9s \u00e0 Lunel pour se faire enr\u00f4ler en sont revenus : on a refus\u00e9 de les prendre&nbsp;; je t\u00e9l\u00e9graphie au lieutenant qui s\u2019occupe \u00e0 Lunel des formations automobiles&nbsp;; je lui demande de me prendre moi et mon auto ; j\u2019attends sa r\u00e9ponse toute la journ\u00e9e. Le lendemain mardi \u00e0 midi, n\u2019ayant pas de r\u00e9ponse de Lunel, je pars pour Montpellier, si\u00e8ge du corps d\u2019arm\u00e9e, esp\u00e9rant y \u00eatre plus heureux&nbsp;; j\u2019emm\u00e8ne avec moi en auto un jeune m\u00e9canicien, M. M\u00e9liorat, qui veut s\u2019enr\u00f4ler aussi. Mercredi \u00e0 Montpellier nous faisons toutes les d\u00e9marches possibles&nbsp;: chez le sous-intendant, chez le chef d\u2019\u00e9tat-major du 16<sup>e<\/sup> corps, enfin, appuy\u00e9 par mon cousin d\u2019Auxilhon, capitaine de dragons, et par un de ses parents officier d\u2019ordonnance du g\u00e9n\u00e9ral en chef, aupr\u00e8s de ce dernier. Partout c\u2019est la m\u00eame r\u00e9ponse qu\u2019\u00e0 Perpignan et il faut bien se r\u00e9signer \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable et abandonner provisoirement la partie. Je rentre \u00e0 Perpignan o\u00f9 je couche, apr\u00e8s \u00eatre all\u00e9 prendre un bain de mer \u00e0 Palavas ; ce matin je rentre \u00e0 Ille. Partout o\u00f9 je suis pass\u00e9 \u00e0 Montpellier, j\u2019ai laiss\u00e9 des demandes \u00e9crites d\u2019enr\u00f4lement ; en arrivant ici, j\u2019adresse une nouvelle demande au g\u00e9n\u00e9ral commandant la division de Perpignan. De temps en temps j\u2019irai voir s\u2019il me sera possible d\u2019\u00eatre utilis\u00e9 ; c\u2019est mon plus cher d\u00e9sir. Ma belle-m\u00e8re et Lolotte arrivent ici dans l\u2019apr\u00e8s-midi accompagn\u00e9es en auto par Henri Jamme ; elles vont passer quelques jours ici. Albert, Henry, Fran\u00e7ois, Gaston sont partis chacun \u00e0 son poste. Qu\u2019il me tarde de pouvoir en faire autant ! Sans doute il me sera p\u00e9nible de laisser Bebelle et les enfants pour si longtemps, pour toujours peut-\u00eatre, mais c\u2019est \u00e9gal je veux partir tout de m\u00eame ; je veux servir la France. Les nouvelles de la guerre, nouvelles tr\u00e8s rares, ne sont pas mauvaises. L\u2019offensive allemande est toujours arr\u00eat\u00e9e en Belgique, devant Li\u00e8ge, o\u00f9 nous avons remport\u00e9 quelques succ\u00e8s partiels ; nous occupons fortement la Haute-Alsace ; enfin nous nous sommes empar\u00e9s de plusieurs points strat\u00e9giques importants dans la cha\u00eene des Vosges. Les communiqu\u00e9s officiels sont tr\u00e8s laconiques ; on ne dit presque rien et on fait bien. On ignore m\u00eame la composition des diff\u00e9rentes arm\u00e9es et le nom de leurs chefs. Les communications avec les combattants sont presque impossibles&nbsp;; je ne sais rien de l\u2019oncle Xavier. On a, en g\u00e9n\u00e9ral, une grande confiance ; le plan allemand d\u2019une attaque brusqu\u00e9e \u00e0 travers la Belgique a \u00e9chou\u00e9. Notre mobilisation s\u2019est effectu\u00e9e avec la plus grande r\u00e9gularit\u00e9 ; chaque jour qui passe nous rapproche du moment o\u00f9 la Russie jettera sur la Prusse et l\u2019Autriche ses masses innombrables. Je crois de plus en plus que Dieu nous donnera la victoire. \u00c0 quels changements nous allons assister en Europe ! Ils seront, si nous sommes vainqueurs, plus consid\u00e9rables encore que ceux qui suivirent les victoires prussiennes de 1866 et 1870 ; le faux \u00e9quilibre qui se maintenait \u00e0 grand\u2019peine depuis pr\u00e8s de 50 ans sera jet\u00e9 \u00e0 bas et la situation qui lui succ\u00e9dera sera infiniment plus favorable \u00e0 la France.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 14 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Henri Jamme repart \u00e0 13 heures pour Lapeyrouse&nbsp;; tante Augustine repart pour Perpignan apr\u00e8s quelques jours pass\u00e9s ici. Peu de nouvelles aujourd\u2019hui de la guerre ; il n\u2019y a pas de changement dans la situation. Un mouvement d\u2019opinion de plus en plus fort (peut-\u00eatre favoris\u00e9 par le gouvernement) se manifeste en Italie contre l\u2019Autriche. Je l\u2019ai dit d\u00e8s le premier jour de ce conflit, il n\u2019y aurait rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que l\u2019Italie se joignit \u00e0 la Triple Entente pour vider sa vieille querelle avec \u00ab&nbsp;son alli\u00e9e&nbsp;\u00bb l\u2019Autriche.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 15 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je fais la sainte communion, j\u2019assiste \u00e0 la messe de 8h \u00bd, \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres ; la procession a lieu dans l\u2019\u00e9glise. Pas de changement aujourd\u2019hui dans la situation.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 16 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Nous assistons \u00e0 la grand\u2019messe et \u00e0 v\u00eapres. On annonce un combat heureux pour nos troupes, non loin d\u2019Avricourt&nbsp;; nous avons pris plusieurs villages de la Lorraine annex\u00e9e. L\u2019immense choc entre notre arm\u00e9e renforc\u00e9e par les Belges et les Anglais d\u2019une part, et l\u2019arm\u00e9e allemande renforc\u00e9e, dit-on, par des corps austro-hongrois, ne saurait tarder&nbsp;; il se produira probablement cette semaine et mettra aux prises des millions d\u2019hommes, sur un front de plusieurs centaines de kilom\u00e8tres, de B\u00e2le \u00e0 Ma\u00ebstricht. Redoublons de pri\u00e8res pour que Dieu nous donne la victoire et prot\u00e8ge ceux des n\u00f4tres qui vont combattre ! Cette immense bataille durera plusieurs jours, elle sera sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l\u2019Histoire. Quelle angoisse ! Le Tsar, dans un manifeste \u00e0 la nation polonaise, annonce son intention de reconstituer la Pologne sous la suzerainet\u00e9 de la Russie ; pour cela, il faudra arracher \u00e0 l\u2019Autriche et \u00e0 la Prusse leurs provinces polonaises ; ce sera l\u00e0 un grand \u00e9v\u00e9nement historique.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 17 au 23 ao\u00fbt 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 17 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce matin je vais \u00e0 Perpignan en auto ; au bureau de recrutement on me dit qu\u2019on acceptera des engagements \u00e0 partir du 21 ao\u00fbt. Les nouvelles d\u2019aujourd\u2019hui, du moins celles qu\u2019on laisse arriver jusqu\u2019\u00e0 nous, sont tr\u00e8s bonnes&nbsp;; il y a eu des combats tr\u00e8s violents sur 3 points : \u00e0 Dinant en Belgique, \u00e0 Cirey et Bl\u00e2mont en Lorraine et dans les montagnes des Vosges ; partout nous avons eu la victoire ; l\u2019ennemi a \u00e9t\u00e9 mis en d\u00e9route, nous lui avons pris des canons, des approvisionnements et un grand nombre de prisonniers, un drapeau. Des Vosges nos troupes descendent sur la plaine d\u2019Alsace ; nous avons progress\u00e9 partout. Somme toute, on se bat sur tout le front ; c\u2019est la grande bataille qui est engag\u00e9e. La Russie commence en m\u00eame temps ses grandes op\u00e9rations contre l\u2019Allemagne et l\u2019Autriche ; on annonce que le Japon est sur le point, comme alli\u00e9 de l\u2019Angleterre, de d\u00e9clarer la guerre \u00e0 l\u2019Allemagne ; quant \u00e0 l\u2019Italie, elle fait des pr\u00e9paratifs qui paraissent bien dirig\u00e9s contre l\u2019Autriche. Nous sommes \u00e0 un grand moment de l\u2019Histoire ; nous allons assister \u00e0 la fin du germanisme.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 18 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La flotte fran\u00e7aise, sous les ordres de l\u2019amiral Bou\u00e9 de Lapeyr\u00e8re, est dans l\u2019Adriatique ; elle a coul\u00e9 devant Antivari un croiseur autrichien. Nos troupes avancent en Alsace au pied des Vosges. Les premiers bless\u00e9s arrivent \u00e0 Perpignan. Maman part demain pour Perpignan o\u00f9 elle va prendre son service \u00e0 l\u2019h\u00f4pital militaire comme infirmi\u00e8re major de la Croix-Rouge. Dans l\u2019apr\u00e8s-midi je suis r\u00e9quisitionn\u00e9 avec l\u2019auto pour accompagner le maire d\u2019Ille \u00e0 Perpignan ; nous allons et venons en deux heures. Nous avons ici la visite de bonne Maman ; c\u2019est sa premi\u00e8re visite depuis sa maladie ; elle va r\u00e9ellement tr\u00e8s bien. J\u2019irai demain \u00e0 Vin\u00e7a pour voir Tante Josepha.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 19 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles de la guerre continuent \u00e0 \u00eatre tr\u00e8s bonnes ; un rapport du g\u00e9n\u00e9ralissime Joffre annonce que nos troupes avancent en Alsace et en Lorraine annex\u00e9e et que partout l\u2019ennemi se retire en d\u00e9sordre. Notre artillerie de campagne fait merveille. Je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto avec Maman, Tata Mimi, ma belle-m\u00e8re et Lolotte ; Tante Josepha para\u00eet aller un peu moins mal. Maman part ce soir pour Perpignan ; elle prendra son service demain.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 20 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il y a aujourd\u2019hui peu de nouvelles de la guerre ; on annonce une importante victoire des Serbes sur les Autrichiens. On dit aussi que le pape est s\u00e9rieusement malade ; s\u2019il venait \u00e0 mourir en ce moment ce serait un surcro\u00eet de malheur ! Et quelles difficult\u00e9s pour la r\u00e9union d\u2019un conclave ! Je retournerai demain \u00e0 Perpignan et j\u2019essaierai de m\u2019engager ; c\u2019est demain le 21 ao\u00fbt et je pense qu\u2019on accepte les engagements&nbsp;; on me fera sans doute passer une visite puisque je suis de l\u2019auxiliaire. Mon plus vif d\u00e9sir est de recevoir une affectation, n\u2019importe laquelle, qui me permette de servir la France.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 22 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je suis all\u00e9 hier \u00e0 Perpignan pour contracter un engagement ; on m\u2019a indiqu\u00e9 la marche \u00e0 suivre : il faut demander, par l\u2019interm\u00e9diaire de la gendarmerie de mon domicile, de passer du service auxiliaire dans le service arm\u00e9. De retour \u00e0 Ille aujourd\u2019hui, je fais imm\u00e9diatement cette demande. On me fera passer devant une commission de r\u00e9forme qui se r\u00e9unit toutes les semaines \u00e0 Perpignan et qui d\u00e9cidera si je suis apte \u00e0 passer dans le service arm\u00e9&nbsp;; si oui, je m\u2019engagerai tr\u00e8s probablement comme soldat automobiliste. En arrivant hier \u00e0 Perpignan, j\u2019ai eu confirmation de la triste nouvelle redout\u00e9e : la mort de Pie X survenue jeudi matin 20 ao\u00fbt \u00e0 1h20&nbsp;; la rumeur en \u00e9tait arriv\u00e9e \u00e0 Ille le matin. Cette nouvelle me cause une peine profonde. J\u2019\u00e9prouvais, comme tous les Catholiques je crois, un v\u00e9ritable amour filial pour le Saint P\u00e8re ; il paraissait si bon ! Ce sera un des grands regrets de ma vie que de ne pas l\u2019avoir vu. Mais j\u2019esp\u00e9rais qu\u2019\u00e0 l\u2019exemple de ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il r\u00e9gnerait encore longtemps. J\u2019esp\u00e8re que, du haut du Ciel, il priera pour la France qu\u2019il aimait malgr\u00e9 les avanies dont le triste gouvernement que nous subissons lui avait inflig\u00e9es. Il avait souvent annonc\u00e9 que l\u2019heure du salut de la France est proche ; puisse-t-il la h\u00e2ter par ses pri\u00e8res !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles de la guerre sont excellentes en Alsace o\u00f9 l\u2019offensive du g\u00e9n\u00e9ral Pau a eu pour effet d\u2019obliger l\u2019ennemi \u00e0 franchir le Rhin ; mais moins bonnes en Lorraine annex\u00e9e o\u00f9 nos troupes ont d\u00fb reculer devant une tr\u00e8s nombreuse contre-attaque allemande. Le grand choc en Belgique est imminent, il est probablement commenc\u00e9. L\u00e0 est le point d\u00e9cisif. Quelle angoisse ! Nos dirigeables et nos avions ont fait ces jours-ci de v\u00e9ritables prouesses ; ils nous rendent de grands services ; un avion a jet\u00e9 des bombes sur les hangars des dirigeables allemands \u00e0 Metz et a d\u00e9truit trois dirigeables ; un dirigeable ou un avion fran\u00e7ais a fait sauter la gare de Tr\u00e8ves, tr\u00e8s important point de concentration de l\u2019arm\u00e9e allemande. Un autre a jet\u00e9 des bombes sur un camp de cavalerie allemande.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 23 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La grande bataille est engag\u00e9e depuis hier matin sur tout le front, de Mulhouse \u00e0 Bruxelles&nbsp;; quel prodigieux choc ! C&rsquo;est sans pr\u00e9c\u00e9dent dans l&rsquo;histoire. Au moment o\u00f9 nous vaquons ici \u00e0 nos occupations ordinaires, le sort de la France se joue dans les plaines de la Belgique ; quelle affreuse angoisse m\u2019\u00e9treint \u00e0 cette pens\u00e9e ! J&rsquo;ai confiance, non seulement dans le succ\u00e8s final qui nous sera forc\u00e9ment acquis dans cette guerre, mais m\u00eame dans le succ\u00e8s de la grande bataille engag\u00e9e en Belgique ; je crois fermement que cette bataille sera pour nous une victoire ; quelle revanche de Sedan ! Prions Dieu, sans nous lasser, de prot\u00e9ger la France. Nous assistons \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres&nbsp;; on y prie pour la France et ses d\u00e9fenseurs. On ne sait presque rien des op\u00e9rations ; depuis la proclamation de l&rsquo;\u00e9tat de si\u00e8ge, nous ne sommes plus en r\u00e9publique ; nous vivons sous une dictature militaire rigoureuse mais dont tout le monde comprend la n\u00e9cessit\u00e9. On ne peut pas t\u00e9l\u00e9graphier en dehors du d\u00e9partement sans faire viser le t\u00e9l\u00e9gramme&nbsp;; on ne peut pas aller d&rsquo;une commune \u00e0 une autre sans un laissez-passer ; on ne peut circuler sur les routes que le jour (de 4 heures \u00e0 19 heures \u00bd). Les soldats et les officiers qui sont aux arm\u00e9es n\u2019ont pas le droit d\u2019\u00e9crire m\u00eame le lieu o\u00f9 ils se trouvent&nbsp;; ils ne peuvent dire que des choses banales ; on ignore absolument o\u00f9 sont les corps de troupes, on ne sait pas les noms des g\u00e9n\u00e9raux (sauf celui du g\u00e9n\u00e9ral Pau que l&rsquo;on conna\u00eet depuis hier). Les caf\u00e9s sont ferm\u00e9s \u00e0 partir de 9 heures ou de 10 heures du soir suivant les localit\u00e9s. Bref, c&rsquo;est une main de fer qui dirige la France ; le g\u00e9n\u00e9ral en chef des arm\u00e9es, notre compatriote Joffre, est un v\u00e9ritable roi, ou plut\u00f4t un dictateur. Tant mieux, cette autorit\u00e9 bienfaisante nous d\u00e9dommage de l&rsquo;anarchie habituelle. Les Fran\u00e7ais s&rsquo;y plient avec la plus grande facilit\u00e9.<strong><br><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 24 au 30 ao\u00fbt 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 24 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">On apprend aujourd&rsquo;hui que nous avons d\u00fb reculer en Lorraine et que l&rsquo;ennemi est \u00e0 Lun\u00e9ville ; cette nouvelle, bien que n&rsquo;ayant pas une grosse importance, jette un voile de tristesse ; il est regrettable que notre offensive en Lorraine annex\u00e9e, si heureusement men\u00e9e, ait \u00e9t\u00e9 enray\u00e9e ; le soir arrive la nouvelle d&rsquo;une grande victoire de l&rsquo;arm\u00e9e russe qui a envahi la Prusse orientale ; cela redonne confiance. Les \u00e9normes effectifs que la Russie a mis sur pied vont tout bousculer et marcher sur Berlin et sur Vienne ; il faudra bien que Guillaume envoie contre eux une partie de son arm\u00e9e, et ce sera autant de moins contre nous.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mardi 25 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 la messe de 7 heures et je fais la sainte communion pour la France. Je vais \u00e0 Perpignan dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi, entre deux trains&nbsp;; je vois Maman \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital militaire. Les nouvelles d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ne nous sont pas favorables. La gigantesque bataille qui durait depuis trois jours en Belgique para\u00eet termin\u00e9e et sur deux points nos troupes se sont repli\u00e9es ; on n&rsquo;en dit pas plus long ; ce n&rsquo;est certainement pas une victoire ; d&rsquo;autant plus qu&rsquo;on annonce la pr\u00e9sence de l&rsquo;ennemi \u00e0 Tourcoing sur notre fronti\u00e8re du nord. On dit que nous avons inflig\u00e9 aux Allemands des pertes \u00e9normes et que nos pertes aussi sont consid\u00e9rables. L&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise, intacte dit-on, pleine d&rsquo;entrain, s&rsquo;\u00e9tablit sur une ligne de d\u00e9fense, et va attendre un peu avant de reprendre l&rsquo;offensive. Il est certain, en effet, que l&rsquo;invasion de la Prusse par les Russes va obliger l&rsquo;Allemagne \u00e0 enlever de la Belgique une partie de ses forces ; ce sera notre heure. Mais la premi\u00e8re grande bataille, si les nouvelles sont exactes, sans \u00eatre pour nous un d\u00e9sastre, ne nous a pas \u00e9t\u00e9 favorable. Avec quelle angoisse on suit ces \u00e9v\u00e9nements formidables ; on voudrait tout voir, tout savoir \u00e0 la fois ! Malgr\u00e9 cette d\u00e9ception, j&rsquo;ai pleine confiance dans le succ\u00e8s final.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, mercredi 26 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D&rsquo;apr\u00e8s les communiqu\u00e9s officiels, tr\u00e8s sobres de d\u00e9tails, la lutte a repris en Belgique ; l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise occupe des positions meilleures que dans la premi\u00e8re partie de la grande bataille. Le point d\u00e9cisif de la guerre \u00e9tant le nord, nous avons port\u00e9 l\u00e0 notre arm\u00e9e de Haute-Alsace. La lutte a repris aussi en Lorraine entre Nancy et Lun\u00e9ville. Il para\u00eet qu&rsquo;avant-hier, il y a eu un choc formidable entre nos troupes d&rsquo;Afrique et la garde prussienne. On assure que l&rsquo;ennemi a subi des pertes \u00e9normes. Prions sans cesse pour que la victoire couronne la vaillance de nos soldats. L&rsquo;Allemagne a un adversaire de plus, le Japon, qui vient de lui d\u00e9clarer la guerre. Il est impossible qu&rsquo;\u00e0 la longue l&rsquo;Allemagne et l&rsquo;Autriche ne soient pas \u00e9cras\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, jeudi 27 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je vais \u00e0 Perpignan en auto ; j&rsquo;y emm\u00e8ne ma belle-m\u00e8re, Tata Mimi, Marie-Th\u00e9r\u00e8se et Ghislaine. Je vois Maman \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital militaire, elle me fait visiter les bless\u00e9s qu&rsquo;elle soigne ; je vais \u00e0 Claira o\u00f9 la r\u00e9colte sera bient\u00f4t m\u00fbre ; on vendangera dans 8 ou 10 jours, mais pourrai-je vendre le vin ? Il y a tr\u00e8s peu de nouvelles aujourd&rsquo;hui ; on sait seulement que la grande bataille du nord continue et que l&rsquo;arm\u00e9e russe ou plut\u00f4t les arm\u00e9es russes, car il y en a trois, avancent de plus en plus en Prusse ; toute la Prusse orientale est aux mains des Russes qui sont pr\u00e8s de Dantzig. Il faudra bien que Guillaume envoie des forces contre eux puisqu&rsquo;ils ont \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9truit les 5 corps d&rsquo;arm\u00e9e qui leur \u00e9taient oppos\u00e9s ; ces forces devront \u00eatre distraites de la masse qui attaque la France ; puissions-nous tenir bon jusqu&rsquo;\u00e0 ce moment ! Il para\u00eet que le 53<sup>e<\/sup> r\u00e9giment d&rsquo;infanterie, de Perpignan, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cim\u00e9. Le matin j&rsquo;assiste, \u00e0 six heures, au service fun\u00e8bre pour Sa Saintet\u00e9 Pie X ; j&rsquo;y fais la sainte communion.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, vendredi 28 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Je retourne \u00e0 Perpignan o\u00f9 a lieu la r\u00e9union de la commission de r\u00e9forme ; je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 convoqu\u00e9 et je ne passe pas aujourd&rsquo;hui ; je m&rsquo;informe : ce sera pour vendredi prochain ; auparavant, mercredi, je dois subir une premi\u00e8re visite \u00e0 la Place ; esp\u00e9rons que tout cela ne sera pas inutile et que je serai pris. Il y a tr\u00e8s peu de nouvelles aujourd&rsquo;hui. La lutte continue acharn\u00e9e aux fronti\u00e8res du nord et de Lorraine. Que nos vaillantes troupes tiennent bon encore quelques jours et ce sera le salut ; les Russes progressent rapidement et l&rsquo;opinion publique allemande s&rsquo;inqui\u00e8te de leur avance ; s&rsquo;ils continuent de ce train, ils seront \u00e0 Berlin au milieu de septembre. J&rsquo;apprends qu&rsquo;un jeune homme de Collioure, un royaliste d&rsquo;Action fran\u00e7aise avec qui j&rsquo;\u00e9tais en tr\u00e8s bons termes, Triquera, a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 ; Dieu ait son \u00e2me !<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, samedi 29 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ma belle-m\u00e8re re\u00e7oit un t\u00e9l\u00e9gramme lui disant que Fran\u00e7ois est bless\u00e9, il a re\u00e7u une balle \u00e0 la poitrine et est en traitement \u00e0 l\u2019H\u00f4pital Saint-Jacques \u00e0 Dijon&nbsp;; on dit que la blessure est de peu de gravit\u00e9. Le t\u00e9l\u00e9gramme est d&rsquo;Henri Jamme car c&rsquo;est \u00e0 Lapeyrouse qu&rsquo;on a d&rsquo;abord annonc\u00e9 la nouvelle. Nous t\u00e9l\u00e9graphions \u00e0 Dijon pour avoir des nouvelles r\u00e9centes ; dans l&rsquo;apr\u00e8s-midi je vais avec Bebelle \u00e0 Vin\u00e7a pour prier Tante Josepha, qui a conserv\u00e9 des relations \u00e0 Dijon, de nous indiquer quelqu&rsquo;un qui puisse aller voir Fran\u00e7ois et nous dire exactement quel est son \u00e9tat ; elle nous indique un ancien cur\u00e9, nous lui t\u00e9l\u00e9graphions dans ce sens. Tante Josepha va de plus en plus mal, elle ne peut pas durer longtemps ainsi. Aucun fait saillant n&rsquo;est signal\u00e9 aujourd&rsquo;hui \u00e0 la fronti\u00e8re du nord ou en Belgique ; la bataille continue l\u00e0 et en Lorraine. Les Russes continuent \u00e0 avancer, ils sont ma\u00eetres de la Prusse orientale et envahissent la Pologne prussienne. Pourvu que nous tenions bon encore quelques jours dans le Nord et la partie sera bien pr\u00e8s d&rsquo;\u00eatre gagn\u00e9e. La flotte anglaise a coul\u00e9 trois croiseurs allemands ; un autre a \u00e9t\u00e9 captur\u00e9 par la flotte russe dans la Baltique ; un grand paquebot, orgueil de l&rsquo;Allemagne, le \u00ab&nbsp;Kaiser Wilhelm der Grosse&nbsp;\u00bb qui avait \u00e9t\u00e9 arm\u00e9 en croiseur auxiliaire, a \u00e9t\u00e9 coul\u00e9 par un croiseur anglais. La flotte anglo-fran\u00e7aise bombarde Cattaro dans l&rsquo;Adriatique. Dans l&rsquo;ensemble, les affaires de la coalition vont bien. On assure que les vivres deviennent rares en Allemagne et que des troubles se produisent. On dit que deux r\u00e9giments autrichiens compos\u00e9s de Slaves ont pass\u00e9 avec armes et bagages dans l&rsquo;arm\u00e9e russe. Il y a, depuis deux jours \u00e0 Paris, un nouveau minist\u00e8re dit \u00ab&nbsp;de d\u00e9fense nationale&nbsp;\u00bb et compos\u00e9 d&rsquo;hommes appartenant \u00e0 toutes les fractions r\u00e9publicaines ; c&rsquo;est un incident de peu d\u2019importance ; on ne s&rsquo;occupe pas de politique de parti en ce moment ; on ne songe qu&rsquo;\u00e0 faire face \u00e0 l&rsquo;ennemi.<\/p>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, dimanche 30 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les nouvelles sont toujours aussi rares ; je ne le dis pas, mais j&rsquo;ai la conviction que le gouvernement nous cache la v\u00e9ritable situation. Malgr\u00e9 une tr\u00e8s belle r\u00e9sistance, il para\u00eet certain que notre arm\u00e9e a recul\u00e9 plusieurs fois dans le nord ; ce n&rsquo;est plus en Belgique, ni m\u00eame \u00e0 la fronti\u00e8re qu&rsquo;est \u00ab&nbsp;le front&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est bien en-de\u00e7\u00e0&nbsp;; l&rsquo;ennemi cherche \u00e0 avancer dans la direction de Paris par la vall\u00e9e de l&rsquo;Oise. Pourrons-nous lui barrer la route et le jeter hors de nos fronti\u00e8res ? L&rsquo;invasion russe s&rsquo;accentue en Prusse. Si une portion du territoire fran\u00e7ais est envahie, les Russes occupent une portion plus consid\u00e9rable du territoire allemand et Berlin est plus menac\u00e9 que Paris. J&rsquo;ai toujours confiance dans la victoire finale, mais nous traverserons peut-\u00eatre de dures \u00e9preuves. Que Dieu nous prot\u00e8ge. Nous assistons \u00e0 la grand&rsquo;messe et \u00e0 v\u00eapres. Somme tout, bien que rien ne soit encore compromis, l&rsquo;impression aujourd&rsquo;hui est nettement pessimiste. Nous n&rsquo;avons pas de r\u00e9ponse \u00e0 nos t\u00e9l\u00e9grammes d&rsquo;hier, ma belle-m\u00e8re est tr\u00e8s inqui\u00e8te au sujet de Fran\u00e7ois. Cependant le t\u00e9l\u00e9gramme qui annon\u00e7ait la blessure \u00e9tait rassurant.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Semaine du 31 ao\u00fbt 1914<\/h3>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\">Ille, lundi 31 ao\u00fbt 1914<\/h4>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, je suis arriv\u00e9 \u00e0 me faire prendre ! Je suis all\u00e9 aujourd&rsquo;hui \u00e0 Perpignan&nbsp;; j&rsquo;ai vu le commandant de recrutement, j&rsquo;ai insist\u00e9 pour me faire prendre&nbsp;; on m&rsquo;a fait subir une visite m\u00e9dicale tr\u00e8s m\u00e9ticuleuse et on m&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 bon pour le service ; je suis admis \u00e0 contracter un engagement dans le service arm\u00e9 pour la dur\u00e9e de la guerre. J&rsquo;irai le signer demain pour le train des \u00e9quipages o\u00f9 je t\u00e2cherai de me faire placer dans les automobiles ; je serai ainsi utile tout de suite au lieu de subir des semaines et des mois d&rsquo;instruction dans un d\u00e9p\u00f4t. Demain soir je serai dirig\u00e9 d&rsquo;abord sur Lyon. Que je suis heureux de pouvoir servir activement la France, malgr\u00e9 la peine tr\u00e8s vive que j&rsquo;\u00e9prouve \u00e0 la pens\u00e9e de quitter tous les miens pour longtemps peut-\u00eatre. Je vais \u00e0 Vin\u00e7a en auto faire mes adieux \u00e0 Bonne Maman, \u00e0 Tante Josepha que je ne reverrai probablement pas en ce monde, et \u00e0 N\u00e9nette. Fran\u00e7ois est \u00e0 l&rsquo;H\u00f4pital de Chamb\u00e9ry et non pas \u00e0 celui de Dijon, pas de nouvelles de lui. Peu de nouvelles de la guerre. On parle d&rsquo;un explosif merveilleux invent\u00e9 par Turpin et qui serait sur le point d&rsquo;\u00eatre employ\u00e9 par l&rsquo;arm\u00e9e fran\u00e7aise ; on dit que ses effets destructifs sont terrifiants. Puisse-t-on dire vrai et puisse cette belle invention nous donner la victoire ! Je ferme pour de longs mois ce journal. Je prie Dieu de prot\u00e9ger tous les miens pendant mon absence et de m&rsquo;entourer moi de sa protection. Et vive la France !<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir <em>supra<\/em> note du 25 d\u00e9cembre 1913 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Fernand de Chefdebien-Zagarriga (1836-1914), fils de Paul de Chefdebien-Zagarriga et de Marie de Richard, mari\u00e9 en 1875 \u00e0 Marie-Th\u00e9r\u00e8se d\u2019Andoque de S\u00e9ri\u00e8ge. Il s\u2019\u00e9tait fait conna\u00eetre comme industriels (poudres chimiques pour l\u2019agriculture) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Sophie de Martin du Tyrac de Marcellus (1875-Montech, 11 mars 1914), mari\u00e9e en 1898 \u00e0 Maurice du Cos de la Hitte (1865-1924), ce dernier cousin issu de germains de Ludovic de Vill\u00e8le, p\u00e8re de Marie de Vill\u00e8le, \u00e9pouse d\u2019Albert du Lac, le beau-fr\u00e8re d\u2019Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Marie Collet-Meygret (Perpignan, 30 septembre 1857-Paris VI<sup>e<\/sup>, 15 mars 1914), fille de Louis Collet-Meygret et de Mathilde Lazerme, mari\u00e9e le 11 d\u00e9cembre 1883 \u00e0 Paris VI<sup>e<\/sup> avec Lucien Delestrac (1847-1921) (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Lambert de Montoison ne semble pas \u00eatre un vrai nom, et Antoine d\u2019Est\u00e8ve a sans doute \u00e9t\u00e9 victime d\u2019un escroc de haut vol. \u00c0 propos de cet imposteur utilisant tour \u00e0 tour diff\u00e9rentes identit\u00e9s, et ayant r\u00e9ussi dans le juteux commerce des \u00ab&nbsp;recherches&nbsp;\u00bb g\u00e9n\u00e9alogiques pour satisfaire les vanit\u00e9s de ses clients (semble-t-il, \u00e0 leur insu), lire le tr\u00e8s int\u00e9ressant article de Tudor-Radu Tiron, \u00ab&nbsp;\u00ab\u00a0Bon pour Orient\u00a0\u00bb. Les \u00ab\u00a0marchands de merlettes\u00a0\u00bb et la noblesse roumaine d\u2019avant la Grande Guerre&nbsp;\u00bb, Revue fran\u00e7aise d\u2019h\u00e9raldique et de sigillographie &#8211; \u00c9tudes en ligne, 2022&nbsp;: <a href=\"https:\/\/sfhs-rfhs.fr\/wp-content\/PDF\/RFHS_W_2022_001.pdf\">https:\/\/sfhs-rfhs.fr\/wp-content\/PDF\/RFHS_W_2022_001.pdf<\/a> (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Voir note <em>supra<\/em> au 20 mars 1914. \u00c0 l\u2019instar de Lambert de Montoison, Leboeuf semble avoir \u00e9t\u00e9 aussi pal\u00e9ographe que celui-l\u00e0 \u00e9tait h\u00e9raut d\u2019armes. Aucun Leboeuf ne figure parmi la liste des archivistes pal\u00e9ographes (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Voir <em>supra<\/em> au 22 d\u00e9cembre 1907 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> L\u00e9on N\u00e9rel (1855-1931), avocat, maire de Perpignan en 1911-1912, d\u00e9put\u00e9 des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales de 1914 \u00e0 1920 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Voir <em>infra<\/em> au 6 juillet 1914 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Comme on le sait depuis, Lloren\u00e7 Est\u00e8ve, <em>botiguer de draps i sedas<\/em> (boutiquier de draps et de soiries) \u00e0 Perpignan n\u2019\u00e9tait pas issu de la famille d\u2019Est\u00e8ve de Servian. Il \u00e9pousa \u00e0 Perpignan par contrat de mariage du 8 septembre 1665 pass\u00e9 devant Francesc Diego (Archives d\u00e9partementales des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, 3E2\/62) Anna Maria Llara. Le contrat de mariage pr\u00e9cise que ses parents \u00e9taient Joan Est\u00e8ve et Victoria, de Perpignan. Ces derniers sont Joan Est\u00e8ve (ou Esteva, ou Ste&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; ve), originaire de Ventenac (act. Ari\u00e8ge) et Victoria Gres, dont le contrat de mariage fut re\u00e7u le 23 ao\u00fbt 1611 par Andreu Bosch, notaire de Perpignan (Arch. d\u00e9p. des Pyr\u00e9n\u00e9es-Orientales, 3E1\/4354). Ce contrat r\u00e9v\u00e8le que les parents de Joan \u00e9taient Joan et Francesca (donc Jean et Fran\u00e7oise). Une famille Est\u00e8ve (qu\u2019on trouve aussi parfois orthographi\u00e9e Estevenel) est en effet pr\u00e9sente \u00e0 Ventenac entre le XVI<sup>e<\/sup> et le XVII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Par ailleurs, on notera que le registre des mariages de la paroisse Sainte-Madeleine de B\u00e9ziers (encore conserv\u00e9 dans la commune mais microfilm\u00e9 aux Archives d\u00e9partementales de l\u2019H\u00e9rault, 1MI EC 32\/33) semblent lacunaires, les pages comprises entre le 5 septembre 1661 (folio 65v) et le 14 octobre 1663 (folio 77r) ayant disparu du registre, rendant impossible \u00e0 l\u2019heure actuelle de retrouver l\u2019acte de mariage signal\u00e9 par Antoine d\u2019Est\u00e8ve de Bosch et qui pourrait correspondre \u00e0 un autre couple \u00ab&nbsp;Laurent+Anne-Marie&nbsp;\u00bb non perpignanais. Voir aussi inventaire des archives de la famille par nos soins, 2024, p.&nbsp; 46 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Voir <em>supra<\/em> notes des 20 et 22 mars 1914 (Note de l\u2019\u00e9diteur, S. Chevauch\u00e9).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Janvier 1914 Semaine du 1er au 4 janvier 1914 Ille, jeudi 1er janvier 1914 L&rsquo;ann\u00e9e commence par un temps glacial ; il a gel\u00e9, la nuit derni\u00e8re, \u00e0 3 ou 4 degr\u00e9s en ville, et \u00e0 5 ou 6\u00b0 dans la campagne ; c&rsquo;est d\u00e9sagr\u00e9able, mais c&rsquo;est bon pour les r\u00e9coltes de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 prochain. 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