Présentation du projet d’édition du journal

Par décision de son Conseil d’administration du 17 octobre 2025, la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales a décidé d’héberger sur son site internet, dans une rubrique réservée à l’édition de sources primaires (documents d’archives, témoignages personnels in extenso) qui venait d’être créée, l’édition du journal intime d’Antoine d’Estève de Bosch (Vinça, 14 octobre 1882-16 novembre 1948), dont les descendants venaient de retrouver le texte original au sein de leurs archives familiales. C’est à la demande de M. Pierre Lemaitre, aujourd’hui propriétaire de ces archives et arrière-petit-fils de l’auteur, que l’édition du journal a été lancée, et confiée à M. Sylvain Chevauché, archiviste paléographe et président de la SASL. Ce dernier a pris l’initiative de proposer au Conseil d’administration de l’association de publier le texte, pour lui donner plus de visibilité, et car cela rentre dans les attributions de l’association qui est destinée à promouvoir et diffuser le patrimoine du département des Pyrénées-Orientales.

Le texte dont il s’agit présente de multiples intérêts qui ont justifié un projet d’édition de grande ampleur : en effet, il compte 42 tomes, allant du 1er janvier 1901 au 2 novembre 1948, 14 jours seulement avant la mort de l’auteur (avec pour seules interruptions les années 1909, 1915-1918 et 1929, nous reviendrons plus loin sur ces manques). C’est une source importante pour l’histoire de notre département, tout d’abord par son caractère inédit. Le journal a été retrouvé « en l’état » au sein d’un fonds d’archives qui avait été longtemps conservé dans un grenier, et son existence était inconnue. Les descendants avaient donc permis sa transmission, ainsi que le reste des archives – dont certaines remontent à l’époque médiévale, et concernant, pour l’Ancien régime, plusieurs anciennes familles d’Ille comme les Cornellà –, sans cependant avoir conscience, jusqu’à aujourd’hui, du caractère exceptionnel de son contenu.

Ce journal a été écrit par un propriétaire terrien de solides convictions royalistes, conservatrices et catholiques, issu d’une ancienne famille du Roussillon, originaire de Perpignan par son père et venue à Ille par le mariage de son grand-père paternel avec l’héritière de la famille de Bosch, une lignée de la noblesse de cette ville qui y possédait d’importantes propriétés foncières (notamment deux importantes demeures et plusieurs métairies et domaines agricoles). Ce personnage a traversé plusieurs périodes historiques de grande conséquence pour notre pays : tout d’abord, les luttes autour de la liberté d’association, des Congrégations, entre l’Église et l’État, qui animent toute la première partie du journal (années 1901-1905). Clairement inscrit dans le camp des congrégations contre les gouvernements républicains, il fréquente (sans y adhérer) la Ligue de la patrie française, admire les écrivains nationalistes, et plaide pour une union des patriotes au-delà des convictions politiques. Sous la pression des événements, il adhèrera toutefois à l’Action française et deviendra progressivement un militant très passionné, en particulier après son retour dans les Pyrénées-Orientales en 1907, rejoignant la rédaction du journal royaliste local, Le Roussillon, où il publie de nombreux articles. À cette époque, il participe aussi à tous les débats politiques nationaux (crise viticole notamment) et joue un rôle de premier plan dans l’organisation du royalisme dans le département, globalement républicain, dont certaines zones (la Salanque principalement) étaient cependant restées très attachées à la monarchie.

Engagé pendant la guerre de 1914-1918, il cesse provisoirement de rédiger son journal, d’où l’absence de tomes pour ces années-là (qu’il explique lui-même) – ses carnets de guerre, dont l’existence est aussi mentionnée, n’ont malheureusement pas été retrouvés. Entre deux guerres, il reprend la rédaction. Une seconde période historique passionnante est alors abondamment illustrée : c’est l’époque des Ligues, avec la condamnation de l’Action française par le pape (et la difficile position des catholiques), la crise de 1934, mais aussi la montée des périls en Italie et en Allemagne, la guerre civile espagnole et l’arrivée des réfugiés espagnols. Par patriotisme, par attachement profond pour la monarchie à l’exclusion de tout autre système, par conviction religieuse aussi, il exprime un rejet profond de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, mais ses préférences vont pour le régime de Franco – même s’il condamne les excès des troupes nationalistes. L’un de ses fils, tête brûlée, s’engage parmi les Requetes nationalistes. Tâchant de maintenir l’unité de sa famille malgré plusieurs drames personnels – la perte d’un fils mort jeune de maladie, et une séparation douloureuse avec son épouse, indifférente et infidèle, qui débouchera (honte absolue dans une famille aussi religieuse et traditionnelle) sur un scandaleux divorce –, il consacre beaucoup d’efforts à la gestion de ses propriétés à travers les successives crises économiques, agricoles et les méventes.

Une troisième période, également très riche, est représentée par la Seconde guerre mondiale et ses suites. Trop vieux pour y participer lui-même, Antoine d’Estève de Bosch voit ses deux fils mobilisés. Les deux choisissent la voie de la collaboration, l’aîné allant jusqu’à rejoindre – ainsi que le font plusieurs amis et parents – la Milice française, force supplétive de la Gestapo pour lutter contre la Résistance, au grand dam de son père. Toutes les nuances et les complexités de la vie familiale et des positionnements politiques sont magnifiquement mis en lumière par ce texte très sincère et personnel, où un père n’hésite pas à dire, malgré l’amour qu’il a pour son fils, son profond désaccord. Fils qu’il tâchera cependant ensuite d’aider contre vents et marées au cours d’un long exil qui commencera à l’approche de la Libération. Malgré ces drames, Antoine se montrera patriote jusqu’au bout, profondément opposé à l’Allemagne hitlérienne, et verra en le général de Gaulle une force d’attraction positive capable de redresser le pays et, qui sait, de le conduire vers le retour du roi.

Si la première partie de ce journal, jusqu’en 1907, se passe essentiellement en Anjou – l’auteur ayant fait toutes ses études de droit à l’Université catholique d’Angers, dont il sortit docteur –, le reste concerne ensuite largement le Roussillon, que ce soit Ille et ses alentours (Vinça, Bouleternère) ou Perpignan avec les complexes jeux de la politique dans le département et la place des royalistes dans les successifs scrutins municipaux ou législatifs. Malgré de fréquents voyages ou vacances à Nice (pour jouer au casino au Palais de la Méditerranée), à Paris, dans le Tarn, dans l’Hérault où il achète des terres, en Tunisie (sur laquelle il publie d’ailleurs un récit de voyage), le journal d’Antoine d’Estève de Bosch est certainement le texte du for privé le plus complet, le plus intéressant et le plus personnel existant pour la première moitié du XXe siècle dans notre département. Il sera utile à tous les chercheurs qui souhaiteraient étudier son histoire tant politique qu’économique, agricole, religieuse (une attention extrême est portée à toutes les cérémonies religieuses, aux processions, à la vie du clergé, notamment à l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou et à Mgr de Carsalade), sociale (relations entre propriétaires terriens et employés), et intime (avec les conflits matrimoniaux, entre parents et enfants). Son ampleur permettra une multitude de points de vue et d’utilisations tant pour les historiens que pour les sociologues, les économistes, les spécialistes de folklore.

Selon la volonté de la famille, le texte sera publié in extenso, sans censure aucune, respectant sa présentation originale jour après jour, son orthographe et, dans la mesure du possible, sa ponctuation propre. Ce texte sera illustré principalement de photographies issues de la collection familiale de Pierre Lemaitre (qui compte environ 900 clichés) montrant tant les membres de la famille que les amis, les religieux, certains événements comme des processions, ou des lieux divers – qui, pour la plupart, sont également inédites et du premier intérêt. Il sera agrémenté de commentaires historiques de différents historiens qui rejoindront, à mesure, le projet, et dont le nom sera indiqué après chaque commentaire. Ces commentaires seront annexés en notes, ce qui permettra de ne pas altérer le texte original.

AVERTISSEMENT IMPORTANT

1) La Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales n’approuve ni ne fait siens les jugements et les réflexions exprimées par l’auteur de ce journal, qui n’exprime que ses positions propres au moment de leur mise par écrit entre 1901 et 1948. Tous les individus sur lesquels il est porté des jugements de valeur ou des commentaires politiques sont aujourd’hui décédés – la plupart depuis plus de 50 ans – et personne ne peut donc s’estimer lésé ou calomnié. Le lecteur devra avoir bien en vue que ce texte montre les positions d’une personne très engagée en politique dans le camp nationaliste et royaliste, ce qui implique, notamment, dans les années 1900-1910 en particulier, des commentaires antisémites (même si, chez l’auteur, ils n’atteignent pas la virulence d’un Maurras ou d’un Brasillach). Les commentaires historiques des différents historiens qui interviendront permettront de remettre ces phrases dans leur contexte. L’intérêt d’une telle publication est la documentation historique, en mettant à disposition des chercheurs un texte original non retouché, qui constitue une source primaire.

2) Le présent projet est, à l’heure où sont écrites ces lignes, un projet en cours de réalisation. Le résultat que vous verrez donc est un état à l’instant T, mais est susceptible de changer au fil de l’eau. En particulier, les commentaires historiques pourront être revus, augmentés, et de nouveaux apparaîtront sous la plume des historiens participant au projet. Ces historiens pourront aussi, s’ils le souhaitent, ajouter au travail leur propre préface. Une édition papier, déposée dans les bibliothèques universitaires et dépôts d’archives concernés, sera établie postérieurement.

3) La réutilisation du présent texte, qui n’est plus couvert par le droit d’auteur, est libre. Nous vous serons reconnaissants, pour toute citation, de mentionner que le texte est la propriété de M. Pierre Lemaitre, que l’édition a été réalisée par Sylvain Chevauché et qu’elle est hébergée par la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales.

Résumé de ma vie jusqu’en 1901

Antoine d’Estève de Bosch entouré de ses deux sœurs Marie-Thérèse et Philomène, années 1890 – Collection Pierre Lemaitre

Je suis né le 14 octobre 1882 à Vinça (Pyrénées-Orientales), dans la maison de ma grand-mère maternelle, Madame de Lazerme, née Marie Antoinette de Pontich.

Mon père, Henri Estève de Bosch, alors professeur à la Faculté catholique de droit de Toulouse, était fils du colonel de génie Estève et de Mlle Sophie de Bosch ; il avait épousé le 17 septembre 1881 à Vinça Suzanne de Lazerme, fille de M. Auguste de Lazerme et de Marie Antoinette de Pontich.

Je suis donc l’aîné des 3 enfants qui composent notre famille.

Henri d’Estève de Bosch (1852-1914), professeur à la Faculté catholique de droit de Toulouse puis d’Angers – Collection Pierre Lemaitre

De 1882 à 1886, j’ai habité Toulouse, d’abord à la rue Nazareth où est née le 12 juin 1884 ma sœur Marie Thérèse, puis à la place du Jardin royal où ma sœur Philomène est née le 27 mars 1886.

J’ai été baptisé le 19 octobre 1882 à Vinça par l’abbé Orpy Massot qui était et qui est encore curé de cette paroisse. On m’adonné 4 prénoms : Antoine, Marie, Joseph, Calixte ; en 1894, au moment de ma confirmation, je pris en plus le nom de Louis de Gonzague.

En 1886, par suite de la disparition de la Faculté catholique de droit de Toulouse, nous allâmes habiter Ille-sur-Tet (Pyrénées-Orientales) où vivait M. Victor de Bosch, un oncle maternel de mon père.

Par suite de la mort de sa mère (1888) et de son oncle (1889), mon père devint possesseur d’une assez belle fortune dont la plus grande partie consistait en immeubles, surtout territoriaux.

Nous avons vécu à Ille de 1887 à 1894 ; nous faisions de fréquentes visites à mon grand-père et à ma grand-mère qui habitaient la commune de Vinça voisine d’Ille (9 kilomètres les séparaient).

C’est à Ille que j’ai fait mes premières études, à l’école du Saint-Sacrement avec la sœur Marie-Geneviève, la sœur Marie-Louise et la sœur Céleste, supérieure de l’établissement. Je restai dans cette école jusqu’en 1891, époque à laquelle on me donna un précepteur, M. l’abbé Latour, de Labarthe-de-Neste (Hautes-Pyrénées), que je conservai jusqu’en 1894.

En 1889, au mois de septembre, à Vinça, en voulant couper un coing, je me coupai une artériole de la main gauche ; cet accident, dont on ne soupçonna pas d’abord la gravité, faillit me coûter la vie, car le médecin de Vinça, M. Jocaveil, était à ce moment-là à Paris, à l’Exposition, et on n’eut pour me soigner que le pharmacien, M. Garène[1], qui reconnut, a-t-il dit, la coupure de l’artère, mais qui, pour ne pas effrayer Maman, ne voulut pas le dire. Bref, malgré les soins de notre cousin le Dr Henri Batlle, de Montpellier, mort en 1894[2], de notre cousin le Dr de Massia[3], du Dr Donnezan[4], du Dr Treinier[5], on eût été obligé de me lier l’artère coupée, si, le 14 octobre, après une très forte hémorragie, au milieu de laquelle je faillis mourir, la blessure n’eût, par une intervention vraiment providentielle, refusé de saigner au moment où cela était nécessaire pour la réussite de l’opération. Depuis lors, ma main s’est guérie peu à peu, et seule une légère cicatrice indique l’endroit de la blessure.

Mais la grande perte de sang que j’avais faite me laissa longtemps faible. C’est à cela, et aussi à une artérite que j’avais eue en 1884, qu’il faut attribuer les nombreuses maladies qui s’abattirent sur moi pendant mon enfance. En voici un spécimen : rougeole et dysenterie en 1890 ; variole en 1891 à Salies-de-Béarn ; urticaire en 1891 ou 92 (je ne me rappelle pas) et une foule de fois la dysenterie et l’influenza les années suivantes. Qu’il me suffise de dire pour prouver la faiblesse de ma santé à cette époque que, pendant que M. l’abbé Latour dirigeait mes études, pour 3 semaines de travail, il fallait compter environ une semaine de maladie. Ma santé ne s’affermit réellement qu’à partir du moment où nous habitâmes Angers (1894) ; mais n’anticipons pas.

« « A gauche, le jeune Soucail qui est mort noyé, à droite, Antoine d’Estève de Bosch. Cette photographie, faite par l’abbé Latour, date de 1892 ou, au plus tard, 1893 » (Note de l’auteur) – Collection Pierre Lemaitre

Pendant les huit années que nous passâmes à Ille, notre vie fut assez monotone. Elle était coupée par un voyage de deux à trois mois que nous faisions tous les étés, et durant lequel nous nous arrêtions ordinairement à Lourdes et à Toulouse pendant quelques jours, et pendant environ deux mois à Biarritz, magnifique station balnéaire, où mon père fit construire en 1893 la jolie villa Sainte-Cécile, non loin de l’ancien palais de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie. Pendant notre séjour à Ille, nous recevions presque toutes les semaines la visite de mes grands-parents de Lazerme qui venaient de la commune voisine de Vinça en voiture. De temps en temps, nous allions nous installer pour quelques semaines à Vinça, ce qui était pour nous une grande joie, car Bon Papa et Bonne Maman nous gâtaient et nous aimions beaucoup à jouer avec les chiens de mon grand-père, qui s’appelaient tous Citron et qui nous connaissaient si bien qu’ils nous permettaient de leur faire n’importe quoi, bien qu’ils fussent d’une race ordinairement assez féroce, la race du bouledogue ; le plus aimable de ces chiens est mort en 1899. Une autre distraction pour nous à Vinça, c’était de monter de temps en temps sur les chevaux de mon grand-père, ancien officier des haras et qui aimait beaucoup les chevaux bien tenus, cela va sans dire, par mon grand-père lui-même ou par son cocher.

Mais le séjour à la campagne ne pouvait se prolonger au-delà d’une certaine limite, car ma santé délicate empêchait mes parents de me mettre dans un collège comme pensionnaire et, d’un autre côté, il était nécessaire de continuer mes études en vue du baccalauréat. Aussi, une chaire ayant été vacante à la Faculté catholique de droit d’Angers, mon père posa sa candidature et fut agréé comme professeur de droit administratif et de droit international public, en remplacement de M. Lucas, décédé[6], avec le frère duquel une cousine éloignée de ma mère était mariée. Ainsi, en 1894, nous abandonnâmes le Roussillon pour nous fixer dans la capitale de l’Anjou ; nous habitâmes d’abord à Angers la maison n°5bis de la rue Proust.

La même année 1894, mon père était allé à Versailles tenir sur les fonds baptismaux ma cousine Marie Antoinette Magué, fille de mon oncle Paul Magué, alors commandant du génie et qui fit l’année suivante en cette qualité la campagne de Madagascar, aujourd’hui colonel en garnison à Toulouse ; ma cousine était née le 18 décembre 1893, sa mère, ma tante Joséphine ou Josepha Magué était la sœur de Maman. Ma tante Magué avait déjà eu deux petits garçons, Charles né en 1888 et Henri né en 1890, morts tous deux en 1890 à huit jours d’intervalle.

Paul Magué (1849-1912), commandant et futur général, et son épouse Joséphine dite Josepha, née Lazerme (1856-1914) – Collection Pierre Lemaitre

Au mois de juin 1894, nous allâmes à Toulouse où je fis ma première communion au collège des Pères Jésuites (Caousou)  le 21 juin ; le même jour, je fus confirmé par le cardinal Desprez, archevêque de Toulouse. Je garderai toujours le souvenir de ces cérémonies qui laissèrent dans mon esprit d’enfant une impression ineffaçable.

Le 21 octobre 1894, mourut à Perpignan ma grand-tante de Coma, sœur de mon grand-père de Lazerme ; elle laissa toute sa fortune à mon oncle Joseph de Lazerme, car elle était séparée de son mari et n’avait pas d’enfants. Ce testament surprit tous ses parents et toutes les personnes qui la connaissaient bien ; quelques-uns ont pensé que mon oncle de Lazerme avait pesé sur sa volonté ; depuis lors, nos rapports avec les Lazerme, qui étaient très cordiaux, se sont bien refroidis, du moins pendant plusieurs années.

C’est au mois de novembre de 1894 que nous nous installâmes à Angers. Malheureusement, Maman, dès le surlendemain de notre arrivée, tomba malade et sa maladie, avec des hauts et des bas, dura à peu près tout l’hiver. L’hiver suivant (1895-96), nouvelle rechute ; ce n’est que la 3e année de notre séjour à Angers (hiver 1896-97) que, grâce aux soins du Dr Claude de Paris, Maman commença à s’acclimater à Angers. En 1899, elle s’adressa du Dr Narodetzki de Paris qui la soigne encore et dont les soins lui ont fait beaucoup de bien. De temps en temps, elle va à Versailles (jusqu’en 1899), à Neuilly (depuis 1900) chez ma tante Civelli, sœur de Papa, pour consulter ce médecin.

Marie Civelli, née Estève (1853-1926), tante paternelle d’Antoine d’Estève de Bosch, vers 1867 – Collection Pierre Lemaitre

En 1895, 1896 et 1897, nous allâmes passer nos grandes vacances, en grande partie au moins, en Roussillon. C’est pendant les vacances de 1895, le 7 octobre, que nous eûmes le malheur de perdre notre pauvre Bon Papa à Vinça.

Presque tous les ans, nous allions passer aussi nos vacances de Pâques en Roussillon.

Cependant, mes examens du baccalauréat approchaient ; pendant 4 ans (de 1895 à 1899), ce fut surtout M. François Delahaye qui m’y prépara. La première fois que je me présentai, pour le baccalauréat de rhétorique (le 12 juillet 1899) devant la Faculté de Rennes, j’échouai pour l’écrit. Je me préparai à un nouvel examen à Biarritz, pendant les vacances, sous la direction de M. Tétard ; je me présentai le 3 novembre 1899 à Bayonne, je fus admissible et je fus reçu à l’oral, à Bordeaux le 16 novembre. Je me mis alors à préparer un examen de philosophie au collège Ste Croix du Mans, chez les Révérends Pères Jésuites. J’échouai en juillet, mais je me préparai à Biarritz, sous la direction de M. Tétard et du chanoine Lurde, et je fus reçu le 12 novembre 1900 définitivement « bachelier ès lettres philosophie » à Bordeaux.

Quelques jours avant, le 30 octobre, j’assistais à Bordeaux au mariage de mon cousin germain, M. Xavier Civelli, avec Mlle Marguerite Marie des Cordes. J’étais garçon d’honneur avec Mlle Arlette des Cordes, sœur de la mariée.

Mme Marguerite Marie Civelli, née des Cordes – Collection Pierre Lemaitre

Après mon examen, nous rentrâmes à Angers à la fin de novembre ; le 30 de ce mois, je pris ma première inscription de droit à la Faculté catholique.

J’avais omis de dire que, au mois d’août 1900, nous étions tous allés chez ma tante Civelli à Neuilly pour visiter l’Exposition universelle de Paris.

Me voilà donc arrivé au moment où j’entreprends jour par jour le récit de ma vie. Mon existence, jusqu’à présent, a été assez heureuse. Le sera-t-elle encore ? C’est le secret de Dieu.

A. Estève de Bosch


[1] Théophile Honoré Denis Garène, né à Perpignan le 16 octobre 1854, fils d’Eugène Garène et Marie Pic, épousa à Vinça le 8 mai 1886 Rose Batlle, née en 1853, fille de Joseph Batlle, ancien pharmacien de Vinça, et de Rose d’Esprer (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[2] Henri Bonaventure Batlle, né le 14 juillet 1827 à Vinça, fils d’Étienne Batlle (lointain cousin de Rose Batlle, épouse du pharmacien Garène cité ci-dessus), maire de Vinça, et d’Emérentienne Ballessa, elle-même cousine germaine de Marie-Thérèse Ribes, épouse d’Antoine de Pontich, dont elle eut Antoinette de Pontich, épouse Lazerme, grand-mère de l’auteur du journal.  Henri Batlle fut reçu docteur en médecine à Montpellier le 3 mai 1858, puis enseigna à la Faculté de cette ville. Il y épousa le 5 mai 1858 Élisabeth Bancal, issu d’une famille de cette ville, dont il eut un fils Étienne Batlle, également médecin à Montpellier. Il mourut le 5 mai 1894 dans cette ville (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[3] Les Massia étaient cousins éloignés des Lazerme de Pontich par les Ballessa, cités ci-dessus, via le mariage de Joseph Ballessa et Emérentienne Massia en 1756. Le docteur cité ici est Édouard de Massia (1824-1892), célèbre pour avoir été le propriétaire des thermes de Molitg-les-Bains. Il avait épousé Angélique Saleta en 1856 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[4] Il s’agit très certainement du Dr Albert Donnezan (1846-1914), futur président de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales de 1909 à 1914, célèbre pour ses travaux archéologiques (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[5] Jacques Trainier, né le 26 février 1829 à Ille, fils de Joseph Jacques Trainier, également médecin, et de Madeleine de Sampso. Il avait épousé le 26 août 1856 à Vinça Thérèse Batlle, fille de Jean Batlle et Joséphine Ballessa (respectivement frère et sœur d’un autre couple Batlle/Ballessa cité ci-dessus, parents du Dr Batlle de Montpellier), donc également parents éloignés des Estève par les Lazerme/Pontich. Jacques Trainier et Thérèse Batlle sont les grands-parents maternels de l’écrivain Josep Sebastià Pons et de Simona Gay (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[6] Fernand Lucas (Romorantin-Lanthenay, 11 janvier 1844-Angers, 10 avril 1894), avocat à la Cour d’appel d’Angers, bâtonnier et professeur de droit aux Facultés catholiques de l’Ouest, fils de Denis Lucas et d’Aglaé Lhuillier, épousa en 1870 Noémie Poumier. Son frère cadet, Élie Lucas (Romorantin-Lanthenay, 15 avril 1853-Savenay, 16 avril 1932), médecin militaire, avait épousé le 30 janvier 1888 à Fontenay-le-Comte Marguerite Marie Pares, née en 1859, petite-fille de l’avocat perpignanais Théodore Pares et d’Antoinette Lazerme – tante d’Auguste Lazerme, le grand-père d’Antoine d’Estève de Bosch –, mariés en 1823, qui s’étaient fixés en Vendée (Note de l’éditeur, S. Chevauché).