Présentation du projet d’édition du journal

Par décision de son Conseil d’administration du 17 octobre 2025, la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales a décidé d’héberger sur son site internet, dans une rubrique réservée à l’édition de sources primaires (documents d’archives, témoignages personnels in extenso) qui venait d’être créée, l’édition du journal intime d’Antoine d’Estève de Bosch (Vinça, 14 octobre 1882-16 novembre 1948), dont les descendants venaient de retrouver le texte original au sein de leurs archives familiales. C’est à la demande de M. Pierre Lemaitre, aujourd’hui propriétaire de ces archives et arrière-petit-fils de l’auteur, que l’édition du journal a été lancée, et confiée à M. Sylvain Chevauché, archiviste paléographe et président de la SASL. Ce dernier a pris l’initiative de proposer au Conseil d’administration de l’association de publier le texte, pour lui donner plus de visibilité, et car cela rentre dans les attributions de l’association qui est destinée à promouvoir et diffuser le patrimoine du département des Pyrénées-Orientales.

Le texte dont il s’agit présente de multiples intérêts qui ont justifié un projet d’édition de grande ampleur : en effet, il compte 42 tomes, allant du 1er janvier 1901 au 2 novembre 1948, 14 jours seulement avant la mort de l’auteur (avec pour seules interruptions les années 1909, 1915-1918 et 1929, nous reviendrons plus loin sur ces manques). C’est une source importante pour l’histoire de notre département, tout d’abord par son caractère inédit. Le journal a été retrouvé « en l’état » au sein d’un fonds d’archives qui avait été longtemps conservé dans un grenier, et son existence était inconnue. Les descendants avaient donc permis sa transmission, ainsi que le reste des archives – dont certaines remontent à l’époque médiévale, et concernant, pour l’Ancien régime, plusieurs anciennes familles d’Ille comme les Cornellà –, sans cependant avoir conscience, jusqu’à aujourd’hui, du caractère exceptionnel de son contenu.

Ce journal a été écrit par un propriétaire terrien de solides convictions royalistes, conservatrices et catholiques, issu d’une ancienne famille du Roussillon, originaire de Perpignan par son père et venue à Ille par le mariage de son grand-père paternel avec l’héritière de la famille de Bosch, une lignée de la noblesse de cette ville qui y possédait d’importantes propriétés foncières (notamment deux importantes demeures et plusieurs métairies et domaines agricoles). Ce personnage a traversé plusieurs périodes historiques de grande conséquence pour notre pays : tout d’abord, les luttes autour de la liberté d’association, des Congrégations, entre l’Église et l’État, qui animent toute la première partie du journal (années 1901-1905). Clairement inscrit dans le camp des congrégations contre les gouvernements républicains, il fréquente (sans y adhérer) la Ligue de la patrie française, admire les écrivains nationalistes, et plaide pour une union des patriotes au-delà des convictions politiques. Sous la pression des événements, il adhèrera toutefois à l’Action française et deviendra progressivement un militant très passionné, en particulier après son retour dans les Pyrénées-Orientales en 1907, rejoignant la rédaction du journal royaliste local, Le Roussillon, où il publie de nombreux articles. À cette époque, il participe aussi à tous les débats politiques nationaux (crise viticole notamment) et joue un rôle de premier plan dans l’organisation du royalisme dans le département, globalement républicain, dont certaines zones (la Salanque principalement) étaient cependant restées très attachées à la monarchie.

Engagé pendant la guerre de 1914-1918, il cesse provisoirement de rédiger son journal, d’où l’absence de tomes pour ces années-là (qu’il explique lui-même) – ses carnets de guerre, dont l’existence est aussi mentionnée, n’ont malheureusement pas été retrouvés. Entre deux guerres, il reprend la rédaction. Une seconde période historique passionnante est alors abondamment illustrée : c’est l’époque des Ligues, avec la condamnation de l’Action française par le pape (et la difficile position des catholiques), la crise de 1934, mais aussi la montée des périls en Italie et en Allemagne, la guerre civile espagnole et l’arrivée des réfugiés espagnols. Par patriotisme, par attachement profond pour la monarchie à l’exclusion de tout autre système, par conviction religieuse aussi, il exprime un rejet profond de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste, mais ses préférences vont pour le régime de Franco – même s’il condamne les excès des troupes nationalistes. L’un de ses fils, tête brûlée, s’engage parmi les Requetes nationalistes. Tâchant de maintenir l’unité de sa famille malgré plusieurs drames personnels – la perte d’un fils mort jeune de maladie, et une séparation douloureuse avec son épouse, indifférente et infidèle, qui débouchera (honte absolue dans une famille aussi religieuse et traditionnelle) sur un scandaleux divorce –, il consacre beaucoup d’efforts à la gestion de ses propriétés à travers les successives crises économiques, agricoles et les méventes.

Une troisième période, également très riche, est représentée par la Seconde guerre mondiale et ses suites. Trop vieux pour y participer lui-même, Antoine d’Estève de Bosch voit ses deux fils mobilisés. Les deux choisissent la voie de la collaboration, l’aîné allant jusqu’à rejoindre – ainsi que le font plusieurs amis et parents – la Milice française, force supplétive de la Gestapo pour lutter contre la Résistance, au grand dam de son père. Toutes les nuances et les complexités de la vie familiale et des positionnements politiques sont magnifiquement mis en lumière par ce texte très sincère et personnel, où un père n’hésite pas à dire, malgré l’amour qu’il a pour son fils, son profond désaccord. Fils qu’il tâchera cependant ensuite d’aider contre vents et marées au cours d’un long exil qui commencera à l’approche de la Libération. Malgré ces drames, Antoine se montrera patriote jusqu’au bout, profondément opposé à l’Allemagne hitlérienne, et verra en le général de Gaulle une force d’attraction positive capable de redresser le pays et, qui sait, de le conduire vers le retour du roi.

Si la première partie de ce journal, jusqu’en 1907, se passe essentiellement en Anjou – l’auteur ayant fait toutes ses études de droit à l’Université catholique d’Angers, dont il sortit docteur –, le reste concerne ensuite largement le Roussillon, que ce soit Ille et ses alentours (Vinça, Bouleternère) ou Perpignan avec les complexes jeux de la politique dans le département et la place des royalistes dans les successifs scrutins municipaux ou législatifs. Malgré de fréquents voyages ou vacances à Nice (pour jouer au casino au Palais de la Méditerranée), à Paris, dans le Tarn, dans l’Hérault où il achète des terres, en Tunisie (sur laquelle il publie d’ailleurs un récit de voyage), le journal d’Antoine d’Estève de Bosch est certainement le texte du for privé le plus complet, le plus intéressant et le plus personnel existant pour la première moitié du XXe siècle dans notre département. Il sera utile à tous les chercheurs qui souhaiteraient étudier son histoire tant politique qu’économique, agricole, religieuse (une attention extrême est portée à toutes les cérémonies religieuses, aux processions, à la vie du clergé, notamment à l’abbaye Saint-Martin-du-Canigou et à Mgr de Carsalade), sociale (relations entre propriétaires terriens et employés), et intime (avec les conflits matrimoniaux, entre parents et enfants). Son ampleur permettra une multitude de points de vue et d’utilisations tant pour les historiens que pour les sociologues, les économistes, les spécialistes de folklore.

Selon la volonté de la famille, le texte sera publié in extenso, sans censure aucune, respectant sa présentation originale jour après jour, son orthographe et, dans la mesure du possible, sa ponctuation propre. Ce texte sera illustré principalement de photographies issues de la collection familiale de Pierre Lemaitre (qui compte environ 900 clichés) montrant tant les membres de la famille que les amis, les religieux, certains événements comme des processions, ou des lieux divers – qui, pour la plupart, sont également inédites et du premier intérêt. Il sera agrémenté de commentaires historiques de différents historiens qui rejoindront, à mesure, le projet, et dont le nom sera indiqué après chaque commentaire. Ces commentaires seront annexés en notes, ce qui permettra de ne pas altérer le texte original.

AVERTISSEMENT IMPORTANT

1) La Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales n’approuve ni ne fait siens les jugements et les réflexions exprimées par l’auteur de ce journal, qui n’exprime que ses positions propres au moment de leur mise par écrit entre 1901 et 1948. Tous les individus sur lesquels il est porté des jugements de valeur ou des commentaires politiques sont aujourd’hui décédés – la plupart depuis plus de 50 ans – et personne ne peut donc s’estimer lésé ou calomnié. Le lecteur devra avoir bien en vue que ce texte montre les positions d’une personne très engagée en politique dans le camp nationaliste et royaliste, ce qui implique, notamment, dans les années 1900-1910 en particulier, des commentaires antisémites (même si, chez l’auteur, ils n’atteignent pas la virulence d’un Maurras ou d’un Brasillach). Les commentaires historiques des différents historiens qui interviendront permettront de remettre ces phrases dans leur contexte. L’intérêt d’une telle publication est la documentation historique, en mettant à disposition des chercheurs un texte original non retouché, qui constitue une source primaire.

2) Le présent projet est, à l’heure où sont écrites ces lignes, un projet en cours de réalisation. Le résultat que vous verrez donc est un état à l’instant T, mais est susceptible de changer au fil de l’eau. En particulier, les commentaires historiques pourront être revus, augmentés, et de nouveaux apparaîtront sous la plume des historiens participant au projet. Ces historiens pourront aussi, s’ils le souhaitent, ajouter au travail leur propre préface. Une édition papier, déposée dans les bibliothèques universitaires et dépôts d’archives concernés, sera établie postérieurement.

3) La réutilisation du présent texte, qui n’est plus couvert par le droit d’auteur, est libre. Nous vous serons reconnaissants, pour toute citation, de mentionner que le texte est la propriété de M. Pierre Lemaitre, que l’édition a été réalisée par Sylvain Chevauché et qu’elle est hébergée par la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales.

Résumé de ma vie jusqu’en 1901

Antoine d’Estève de Bosch entouré de ses deux sœurs Marie-Thérèse et Philomène, années 1890 – Collection Pierre Lemaitre

Je suis né le 14 octobre 1882 à Vinça (Pyrénées-Orientales), dans la maison de ma grand-mère maternelle, Madame de Lazerme, née Marie Antoinette de Pontich.

Mon père, Henri Estève de Bosch, alors professeur à la Faculté catholique de droit de Toulouse, était fils du colonel de génie Estève et de Mlle Sophie de Bosch ; il avait épousé le 17 septembre 1881 à Vinça Suzanne de Lazerme, fille de M. Auguste de Lazerme et de Marie Antoinette de Pontich.

Je suis donc l’aîné des 3 enfants qui composent notre famille.

Henri d’Estève de Bosch (1852-1914), professeur à la Faculté catholique de droit de Toulouse puis d’Angers – Collection Pierre Lemaitre

De 1882 à 1886, j’ai habité Toulouse, d’abord à la rue Nazareth où est née le 12 juin 1884 ma sœur Marie Thérèse, puis à la place du Jardin royal où ma sœur Philomène est née le 27 mars 1886.

J’ai été baptisé le 19 octobre 1882 à Vinça par l’abbé Orpy Massot qui était et qui est encore curé de cette paroisse. On m’adonné 4 prénoms : Antoine, Marie, Joseph, Calixte ; en 1894, au moment de ma confirmation, je pris en plus le nom de Louis de Gonzague.

En 1886, par suite de la disparition de la Faculté catholique de droit de Toulouse, nous allâmes habiter Ille-sur-Tet (Pyrénées-Orientales) où vivait M. Victor de Bosch, un oncle maternel de mon père.

Par suite de la mort de sa mère (1888) et de son oncle (1889), mon père devint possesseur d’une assez belle fortune dont la plus grande partie consistait en immeubles, surtout territoriaux.

Nous avons vécu à Ille de 1887 à 1894 ; nous faisions de fréquentes visites à mon grand-père et à ma grand-mère qui habitaient la commune de Vinça voisine d’Ille (9 kilomètres les séparaient).

C’est à Ille que j’ai fait mes premières études, à l’école du Saint-Sacrement avec la sœur Marie-Geneviève, la sœur Marie-Louise et la sœur Céleste, supérieure de l’établissement. Je restai dans cette école jusqu’en 1891, époque à laquelle on me donna un précepteur, M. l’abbé Latour, de Labarthe-de-Neste (Hautes-Pyrénées), que je conservai jusqu’en 1894.

En 1889, au mois de septembre, à Vinça, en voulant couper un coing, je me coupai une artériole de la main gauche ; cet accident, dont on ne soupçonna pas d’abord la gravité, faillit me coûter la vie, car le médecin de Vinça, M. Jocaveil, était à ce moment-là à Paris, à l’Exposition, et on n’eut pour me soigner que le pharmacien, M. Garène[1], qui reconnut, a-t-il dit, la coupure de l’artère, mais qui, pour ne pas effrayer Maman, ne voulut pas le dire. Bref, malgré les soins de notre cousin le Dr Henri Batlle, de Montpellier, mort en 1894[2], de notre cousin le Dr de Massia[3], du Dr Donnezan[4], du Dr Treinier[5], on eût été obligé de me lier l’artère coupée, si, le 14 octobre, après une très forte hémorragie, au milieu de laquelle je faillis mourir, la blessure n’eût, par une intervention vraiment providentielle, refusé de saigner au moment où cela était nécessaire pour la réussite de l’opération. Depuis lors, ma main s’est guérie peu à peu, et seule une légère cicatrice indique l’endroit de la blessure.

Mais la grande perte de sang que j’avais faite me laissa longtemps faible. C’est à cela, et aussi à une artérite que j’avais eue en 1884, qu’il faut attribuer les nombreuses maladies qui s’abattirent sur moi pendant mon enfance. En voici un spécimen : rougeole et dysenterie en 1890 ; variole en 1891 à Salies-de-Béarn ; urticaire en 1891 ou 92 (je ne me rappelle pas) et une foule de fois la dysenterie et l’influenza les années suivantes. Qu’il me suffise de dire pour prouver la faiblesse de ma santé à cette époque que, pendant que M. l’abbé Latour dirigeait mes études, pour 3 semaines de travail, il fallait compter environ une semaine de maladie. Ma santé ne s’affermit réellement qu’à partir du moment où nous habitâmes Angers (1894) ; mais n’anticipons pas.

« « A gauche, le jeune Soucail qui est mort noyé, à droite, Antoine d’Estève de Bosch. Cette photographie, faite par l’abbé Latour, date de 1892 ou, au plus tard, 1893 » (Note de l’auteur) – Collection Pierre Lemaitre

Pendant les huit années que nous passâmes à Ille, notre vie fut assez monotone. Elle était coupée par un voyage de deux à trois mois que nous faisions tous les étés, et durant lequel nous nous arrêtions ordinairement à Lourdes et à Toulouse pendant quelques jours, et pendant environ deux mois à Biarritz, magnifique station balnéaire, où mon père fit construire en 1893 la jolie villa Sainte-Cécile, non loin de l’ancien palais de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie. Pendant notre séjour à Ille, nous recevions presque toutes les semaines la visite de mes grands-parents de Lazerme qui venaient de la commune voisine de Vinça en voiture. De temps en temps, nous allions nous installer pour quelques semaines à Vinça, ce qui était pour nous une grande joie, car Bon Papa et Bonne Maman nous gâtaient et nous aimions beaucoup à jouer avec les chiens de mon grand-père, qui s’appelaient tous Citron et qui nous connaissaient si bien qu’ils nous permettaient de leur faire n’importe quoi, bien qu’ils fussent d’une race ordinairement assez féroce, la race du bouledogue ; le plus aimable de ces chiens est mort en 1899. Une autre distraction pour nous à Vinça, c’était de monter de temps en temps sur les chevaux de mon grand-père, ancien officier des haras et qui aimait beaucoup les chevaux bien tenus, cela va sans dire, par mon grand-père lui-même ou par son cocher.

Mais le séjour à la campagne ne pouvait se prolonger au-delà d’une certaine limite, car ma santé délicate empêchait mes parents de me mettre dans un collège comme pensionnaire et, d’un autre côté, il était nécessaire de continuer mes études en vue du baccalauréat. Aussi, une chaire ayant été vacante à la Faculté catholique de droit d’Angers, mon père posa sa candidature et fut agréé comme professeur de droit administratif et de droit international public, en remplacement de M. Lucas, décédé[6], avec le frère duquel une cousine éloignée de ma mère était mariée. Ainsi, en 1894, nous abandonnâmes le Roussillon pour nous fixer dans la capitale de l’Anjou ; nous habitâmes d’abord à Angers la maison n°5bis de la rue Proust.

La même année 1894, mon père était allé à Versailles tenir sur les fonds baptismaux ma cousine Marie Antoinette Magué, fille de mon oncle Paul Magué, alors commandant du génie et qui fit l’année suivante en cette qualité la campagne de Madagascar, aujourd’hui colonel en garnison à Toulouse ; ma cousine était née le 18 décembre 1893, sa mère, ma tante Joséphine ou Josepha Magué était la sœur de Maman. Ma tante Magué avait déjà eu deux petits garçons, Charles né en 1888 et Henri né en 1890, morts tous deux en 1890 à huit jours d’intervalle.

Paul Magué (1849-1912), commandant et futur général, et son épouse Joséphine dite Josepha, née Lazerme (1856-1914) – Collection Pierre Lemaitre

Au mois de juin 1894, nous allâmes à Toulouse où je fis ma première communion au collège des Pères Jésuites (Caousou)  le 21 juin ; le même jour, je fus confirmé par le cardinal Desprez, archevêque de Toulouse. Je garderai toujours le souvenir de ces cérémonies qui laissèrent dans mon esprit d’enfant une impression ineffaçable.

Le 21 octobre 1894, mourut à Perpignan ma grand-tante de Coma, sœur de mon grand-père de Lazerme ; elle laissa toute sa fortune à mon oncle Joseph de Lazerme, car elle était séparée de son mari et n’avait pas d’enfants. Ce testament surprit tous ses parents et toutes les personnes qui la connaissaient bien ; quelques-uns ont pensé que mon oncle de Lazerme avait pesé sur sa volonté ; depuis lors, nos rapports avec les Lazerme, qui étaient très cordiaux, se sont bien refroidis, du moins pendant plusieurs années.

C’est au mois de novembre de 1894 que nous nous installâmes à Angers. Malheureusement, Maman, dès le surlendemain de notre arrivée, tomba malade et sa maladie, avec des hauts et des bas, dura à peu près tout l’hiver. L’hiver suivant (1895-96), nouvelle rechute ; ce n’est que la 3e année de notre séjour à Angers (hiver 1896-97) que, grâce aux soins du Dr Claude de Paris, Maman commença à s’acclimater à Angers. En 1899, elle s’adressa du Dr Narodetzki de Paris qui la soigne encore et dont les soins lui ont fait beaucoup de bien. De temps en temps, elle va à Versailles (jusqu’en 1899), à Neuilly (depuis 1900) chez ma tante Civelli, sœur de Papa, pour consulter ce médecin.

Marie Civelli, née Estève (1853-1926), tante paternelle d’Antoine d’Estève de Bosch, vers 1867 – Collection Pierre Lemaitre

En 1895, 1896 et 1897, nous allâmes passer nos grandes vacances, en grande partie au moins, en Roussillon. C’est pendant les vacances de 1895, le 7 octobre, que nous eûmes le malheur de perdre notre pauvre Bon Papa à Vinça.

Presque tous les ans, nous allions passer aussi nos vacances de Pâques en Roussillon.

Cependant, mes examens du baccalauréat approchaient ; pendant 4 ans (de 1895 à 1899), ce fut surtout M. François Delahaye qui m’y prépara. La première fois que je me présentai, pour le baccalauréat de rhétorique (le 12 juillet 1899) devant la Faculté de Rennes, j’échouai pour l’écrit. Je me préparai à un nouvel examen à Biarritz, pendant les vacances, sous la direction de M. Tétard ; je me présentai le 3 novembre 1899 à Bayonne, je fus admissible et je fus reçu à l’oral, à Bordeaux le 16 novembre. Je me mis alors à préparer un examen de philosophie au collège Ste Croix du Mans, chez les Révérends Pères Jésuites. J’échouai en juillet, mais je me préparai à Biarritz, sous la direction de M. Tétard et du chanoine Lurde, et je fus reçu le 12 novembre 1900 définitivement « bachelier ès lettres philosophie » à Bordeaux.

Quelques jours avant, le 30 octobre, j’assistais à Bordeaux au mariage de mon cousin germain, M. Xavier Civelli, avec Mlle Marguerite Marie des Cordes. J’étais garçon d’honneur avec Mlle Arlette des Cordes, sœur de la mariée.

Mme Marguerite Marie Civelli, née des Cordes – Collection Pierre Lemaitre

Après mon examen, nous rentrâmes à Angers à la fin de novembre ; le 30 de ce mois, je pris ma première inscription de droit à la Faculté catholique.

J’avais omis de dire que, au mois d’août 1900, nous étions tous allés chez ma tante Civelli à Neuilly pour visiter l’Exposition universelle de Paris.

Me voilà donc arrivé au moment où j’entreprends jour par jour le récit de ma vie. Mon existence, jusqu’à présent, a été assez heureuse. Le sera-t-elle encore ? C’est le secret de Dieu.

A. Estève de Bosch


[1] Théophile Honoré Denis Garène, né à Perpignan le 16 octobre 1854, fils d’Eugène Garène et Marie Pic, épousa à Vinça le 8 mai 1886 Rose Batlle, née en 1853, fille de Joseph Batlle, ancien pharmacien de Vinça, et de Rose d’Esprer (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[2] Henri Bonaventure Batlle, né le 14 juillet 1827 à Vinça, fils d’Étienne Batlle (lointain cousin de Rose Batlle, épouse du pharmacien Garène cité ci-dessus), maire de Vinça, et d’Emérentienne Ballessa, elle-même cousine germaine de Marie-Thérèse Ribes, épouse d’Antoine de Pontich, dont elle eut Antoinette de Pontich, épouse Lazerme, grand-mère de l’auteur du journal.  Henri Batlle fut reçu docteur en médecine à Montpellier le 3 mai 1858, puis enseigna à la Faculté de cette ville. Il y épousa le 5 mai 1858 Élisabeth Bancal, issu d’une famille de cette ville, dont il eut un fils Étienne Batlle, également médecin à Montpellier. Il mourut le 5 mai 1894 dans cette ville (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[3] Les Massia étaient cousins éloignés des Lazerme de Pontich par les Ballessa, cités ci-dessus, via le mariage de Joseph Ballessa et Emérentienne Massia en 1756. Le docteur cité ici est Édouard de Massia (1824-1892), célèbre pour avoir été le propriétaire des thermes de Molitg-les-Bains. Il avait épousé Angélique Saleta en 1856 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[4] Il s’agit très certainement du Dr Albert Donnezan (1846-1914), futur président de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales de 1909 à 1914, célèbre pour ses travaux archéologiques (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[5] Jacques Trainier, né le 26 février 1829 à Ille, fils de Joseph Jacques Trainier, également médecin, et de Madeleine de Sampso. Il avait épousé le 26 août 1856 à Vinça Thérèse Batlle, fille de Jean Batlle et Joséphine Ballessa (respectivement frère et sœur d’un autre couple Batlle/Ballessa cité ci-dessus, parents du Dr Batlle de Montpellier), donc également parents éloignés des Estève par les Lazerme/Pontich. Jacques Trainier et Thérèse Batlle sont les grands-parents maternels de l’écrivain Josep Sebastià Pons et de Simona Gay (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[6] Fernand Lucas (Romorantin-Lanthenay, 11 janvier 1844-Angers, 10 avril 1894), avocat à la Cour d’appel d’Angers, bâtonnier et professeur de droit aux Facultés catholiques de l’Ouest, fils de Denis Lucas et d’Aglaé Lhuillier, épousa en 1870 Noémie Poumier. Son frère cadet, Élie Lucas (Romorantin-Lanthenay, 15 avril 1853-Savenay, 16 avril 1932), médecin militaire, avait épousé le 30 janvier 1888 à Fontenay-le-Comte Marguerite Marie Pares, née en 1859, petite-fille de l’avocat perpignanais Théodore Pares et d’Antoinette Lazerme – tante d’Auguste Lazerme, le grand-père d’Antoine d’Estève de Bosch –, mariés en 1823, qui s’étaient fixés en Vendée (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

1901

Janvier 1901

Semaine du 1er au 6 janvier 1901

Mardi 1er janvier 1901

Nous franchissons le seuil du XXe siècle dans l’église des Pères Jésuites d’Angers où on célèbre la messe de minuit ; nous communions. Dans la journée, nombreuses visites du jour de l’an.

Mercredi 2 janvier 1901

Rien de saillant ; je reçois et fais quelques visites.

Jeudi 3 janvier 1901

Départ de Philomène pour Le Mans. Nous l’accompagnons à la gare.

Vendredi 4 janvier 1901

Je rencontre M. Gallet qui me propose de me faire entrer à la conférence Saint Louis[1] : j’accepte. Il me propose aussi de me faire entrer dans la jeunesse catholique dont il est président à Angers. Après m’être informé de l’esprit de cette ligue et avoir demandé si on pouvait en faire partie sans abandonner ses convictions royalistes, et sur la réponse affirmative de M. Gallet, j’accepte d’en faire partie.

Samedi 5 janvier 1901

Rien de saillant.

Dimanche 6 janvier 1901

Visites de M. F. Delahaye et de MM. Gavouyère[2], le soir Papa et Maman vont à la soirée Bazin[3].

Jean Gavouyère, doyen de la Faculté catholique de droit d’Angers – Collection Pierre Lemaitre

Semaine du 7 au 13 janvier 1901

Lundi 7 janvier 1901

Nous assistons à Saint-Laud au mariage de Mlle Elisabeth Bazin, fille de René Bazin, avec M. Antoine Sainte-Marie Perrin, de Lyon[4] ; le mariage est béni par Mgr Rumeau[5] ; beau discours de Mgr. Il neige abondamment et le thermomètre reste toute la journée entre 5° et 6° au-dessous de 0°.

Mardi 8 janvier 1901

Le froid diminue ; je vais cependant patiner dans les prairies du Bon Pasteur.

Mercredi 9 janvier 1901

Rien de saillant. Cours d’agriculture.

Jeudi 10 janvier 1901

Je vais m’entendre avec M. Letournel au sujet du cours de danse.

Vendredi 11 janvier 1901

J’assiste à l’Université à la conférence de Mgr Rumeau sur la lettre de Léon XIII au cardinal Richard au sujet du projet de loi sur le droit d’association.

Mgr Joseph Rumeau (1849-1940), évêque d’Angers de 1898 à 1940 – Collection Pierre Lemaitre

Samedi 12 janvier 1901

Rien de saillant.

Dimanche 13 janvier 1901

Rien de saillant.

Semaine du 14 au 20 janvier 1901

Lundi 14 janvier 1901

Idem.

Mardi 15 janvier 1901

Nous assistons à Saint-Joseph au mariage de René Bazin fils, fils de l’auteur de La terre qui meurt, avec Mlle Madeleine Gain[6].

René Bazin (1853-1932), romancier et membre de l’Académie française, professeur à l’Université catholique d’Angers. Lui et sa famille sont souvent cités dans le journal d’Antoine d’Estève de Bosch

Mercredi 16 janvier 1901

Cours de viticulture de M. Bouchard.

Jeudi 17 janvier 1901

Premier cours de danse chez Monsieur Letournel avec Mlles : de la Villeliot, Mongazon, Estève de Bosch, Guilhaut, de Moulis, MM. Vachez, Gayon, Bazin, Gazeau, de Porcaro, Roussier, Parage, La Roche et moi. J’apprends la mort de M. le chanoine Boullay (dit Pous-Pous), directeur de Sainte-Croix du Mans, survenue avant-hier.

Vendredi 18 janvier 1901

Second cours de danse avec les mêmes personnes et en plus M. Dauge et sa sœur et Mlle Chenaut.

Samedi 19 janvier 1901

J’assiste le soir à l’université à la conférence de Mgr Favier, évêque de Pékin[7], sur le siège du Peï Tsang[8] et sur l’enseigne de vaisseau Paul Henry[9].

Mgr Alphonse Favier (1837-1905), vicaire apostolique de Pékin

Mgr Rumeau souhaite la bienvenue à Mgr Favier, puis René Bazin raconte la vie de Paul Henry jusqu’au moment de son arrivée à Pékin au commencement de juin 1900. Puis Mgr Favier, venu à Angers pour remettre à M. Paul Henry, professeur à la Faculté catholique de droit et père de l’enseigne de vaisseau, le drapeau français qui flottait sur le Peï Tsang pendant le siège et que Paul Henry avait planté lui-même (le drapeau troué par les balles et un peu décoloré flottait sur l’estrade de la salle de conférence, un peu au-dessus du fauteuil du conférencier), raconte ce mémorable siège qui dura tes premiers jours de juin au 16 août 1900 ; il raconte les cruautés des Boxers, leurs attaques réitérées dans la direction du prince Tuan, parle des milliers d’obus, des millions de balles, des pots à feu, du pétrole, des biscaïens qui tombèrent sur le Peï Tsang, des mines qui firent tant de morts ; il met au courant des détails de la défense, du courage de Paul Henry ; il raconte en termes émouvants sa mort le 30 juillet et enfin la délivrance le 16 août par les Français et les Japonais de l’armée internationale au moment où les malheureux assiégés du Peï Tsang, réduits par la mort d’un tiers environ des défenseurs, étaient rationnés à deux onces d’une nourriture infecte par homme et par jour, et étaient sur le point de mourir de faim !

L’évêque de Pékin s’exprime dans un langage familier et émouvant qui a été coupé à diverses reprises par de frénétiques applaudissements.

Dimanche 20 janvier 1901

Rien de saillant ; je fais plusieurs visites.

Semaine du 21 au 27 janvier 1901

†Lundi 21 janvier 1901

Je suis admis à la Conférence Saint Louis ; première séance à laquelle j’assiste.

Mardi 22 janvier 1901

Rien de saillant.

Mercredi 23 janvier 1901

J’apprends la mort de la reine d’Angleterre survenue hier et l’avènement du nouveau roi[10]. Papa part à midi pour le Roussillon. Nombreuses visites à la maison.

Jeudi 24 janvier 1901

Troisième cours de danse ; le soir je vais prendre le thé chez De Bréon[11].

Vendredi 25 janvier 1901

Quatrième cours de danse.

Samedi 26 janvier 1901

Rien de saillant.

Dimanche 27 janvier 1901

Je passe l’après-midi chez J. Hervé-Bazin[12], où on prend le thé, on danse et on joue aux cartes. Maman, qui a la fièvre, fait appeler le docteur Saurier qui constate qu’elle a une angine

Semaine du 28 au 31 janvier 1901

Lundi 28 janvier 1901

Maman continue à avoir la fièvre ; son angine va un peu mieux.

Mardi 29 janvier 1901

Philomène vient passer la journée à Angers. Papa et Bonne Maman arrivent le soir à 5 heures.

Mercredi 30 janvier 1901

Cours de viticulture de M. Bouchard. Le soir je vais dîner chez M Buston[13]. Nous étions treize à table ; je ne m’en inquiète pas, réservant mes soucis pour des sujets plus sérieux.

Jeudi 31 janvier 1901

Maman se lève pour la première fois depuis samedi. 5e cours de danse.

Février 1901

Semaine du 1er au 3 février 1901

Vendredi 1er février 1901

6e cours de danse. Rien de saillant.

Samedi 2 février 1901

Rien de saillant.

Dimanche 3 février 1901

J’assiste matin à la messe de la Congrégation à l’Université. J’y renouvelle ma consécration de congréganiste[14].

Semaine du 4 au 10 février 1901

Lundi 4 février 1901

Rien de saillant.

Mardi 5 février 1901

Idem.

Mercredi 6 février 1901

Idem.

Jeudi 7 février 1901

Je vais déposer une carte à tout hasard chez Mme du Puy[15] où on donne un bal le 8 ; je ne suis pas invité.

Vendredi 8 février 1901

J’attends toute la journée mon invitation qui n’arrive pas ; j’en fais mon deuil.

Samedi 9 février 1901

J’apprends que je n’ai pas été invité parce que la famille du Puy n’est pas en relations avec la mienne.

Le soir, à 6h, je jette un flacon d’encre sur une affiche du discours de Waldeck-Rousseau contre les Congrégations[16] ; la bouteille se casse sans tacher l’affiche. Mais au même moment, 3 agents de la sûreté en civil ouvrent une porte dérobée, se précipitent sur moi, m’arrêtent et m’amènent dans une cuisine qui se trouvait derrière cette porte, située derrière le jardin de la Préfecture, boulevard du roi René. On arrête en même temps Vachez le plus jeune[17] et 3 messieurs qui se trouvaient près de moi ; on les relâche presque aussitôt.

Et mais après m’avoir fait décliner mes nom et qualité, on me mène devant le préfet, M. de Joly[18], qui me reçoit dans son cabinet et me sermonne sur ce qu’il appelle mon enfantillage ; puis il me fait mettre en liberté provisoire et les agents qui, sans son intervention, m’auraient mené passer la nuit au violon, me ramènent à la maison.

Dimanche 10 février 1901

J’attends mon assignation qui n’arrive pas.

Semaine du 11 au 17 février 1901

Lundi 11 février 1901

Rien encore. Nous passons la soirée chez Mme Loir-Mongazon[19].

Mardi 12 février 1901

Rien de saillant.

Mercredi 13 février 1901

On me signale un article du Patriote de l’Ouest[20] qui, sans me nommer, parle de l’affiche que j’ai voulu maculer et prétend que j’ai fait au préfet « de pleurnichardes excuses » ; j’écris au Patriote pour protester contre cette expression.

Jeudi 14 février 1901

Je vais raconter à M. Delahaye l’affaire de l’affiche et du Patriote. Il m’engage à ne pas pousser les choses plus loin.

Vendredi 15 février 1901

Le Patriote ne publie que ma lettre ; comme je n’étais pas nommé, je ne puis pas l’y obliger. Le soir, à 9h, nous recevons une quarantaine d’invités ; fort jolie soirée ; un artiste comique, M. Marcon, débite d’amusantes chansonnettes. On danse jusqu’à près de 3h du matin avec force visites au buffet.

Samedi 16 février 1901

Je vais patiner pendant 2 heures sur les prés du Bon Pasteur.

Dimanche 17 février 1901

Rien de saillant.

Semaine du 18 au 24 février 1901

Lundi 18 février 1901

Le matin, je vais à bicyclette à Bellouailles où le curé, M. Prud’homme, insiste pour me retenir à déjeuner. Je ne puis accepter à cause de Papa et de Maman qui m’attendent ; le soir, je vais patiner sur les prés de Saint-Serge ; ensuite, je vais avec Papa faire une visite de digestion à Mme Mongazon.

Mardi 19 février 1901

Je vais patiner au Bon Pasteur, après être allé le matin à la Membrolle à bicyclette.

Mercredi 20 février 1901

Le matin, j’entends la messe des cendres à l’Université. Le soir cours de M. Bouchard. Ensuite, je reçois avec Maman des visites au salon.

Jeudi 21 février 1901

Je vais patiner au Bon Pasteur. Le soir, après la réunion de la Congrégation, le comte de Saint-Pern[21] m’engage à assister à la réunion de la commission des patronages ; j’y assiste et, sur les instances de M. de Monti de Rezé[22], président du patronage de Saint-Serge, je me décide à faire partie de la direction de ce patronage. À la Commission, on discute les moyens d’établir un cours de dessin pour les apprentis concurrent du cours officiel qui est établi dans la matinée du dimanche et empêche les jeunes gens qui le suivent d’assister à la messe. Le projet de secours étant adopté en principe, on discute le détail : professeur, local finances, etc.

Vendredi 22 février 1901

9e cours de danse. Papa réussit à voir le directeur du Patriote de l’Ouest[23] qui consent, en principe, à rectifier l’expression de pleurnichardes excuses qui l’a mise à propos de l’affaire de l’affiche. Il avoue confidentiellement à Papa que, s’il n’a pas publié ma lettre, c’est qu’il l’a montrée au préfet et que celui-ci, craignant que des socialistes le prennent à parti pour avoir relâché un jeune homme de bonne famille, de la Faculté catholique et non repentant, ne se soucie pas de voir ma lettre publiée. Maman écrit au rédacteur en chef pour lui dire de rectifier sans mettre le préfet en cause. Le soir, conférence du comte du Réau[24] sur le mouvement angevin pour la défense du Pape en 1860.

Samedi 23 février 1901

Je vais patiner au Bon Pasteur et je vais à bicyclette sur la glace. Ensuite, je vais avec Papa trouver le rédacteur en chef du Patriote et il est entendu qu’il rectifiera sans mettre le préfet en cause.

Dimanche 24 février 1901

Je vais passer une partie de l’après-midi au patronage Saint-Serge où je surveille et fais amuser les enfants (Quel acte de dévouement !).

Semaine du 25 au 28 février 1901

Lundi 25 février 1901

Le soir, j’assiste à la salle des Quinconces à une conférence de Mr Augouard, vicaire apostolique de l’Oubanghi[25]. Mgr Rumeau, puis le R. P. Le Tallec lui souhaitent la bienvenue. Conférence très intéressante sur les mœurs des anthropophages de l’Oubanghi et sur les progrès du christianisme et de la civilisation dans ces contrées.

Mgr Augouard (1852-1921), évêque responsable du Congo français et de l’Oubangui

Mardi 26 février 1901

Rien de saillant.

Mercredi 27 février 1901

Je reçois plusieurs visites au salon après avoir suivi le cours de viticulture de M. Bouchard.

Jeudi 28 février 1901

10e cours de danse, avec cotillon. Le soirs conférence Saint Louis ; belle conférence de Normand d’Authon[26] sur la liberté d’enseignement. Et vote des 3 vœux suivants :

1° Toute personne, sous certaines garanties de capacité, aura le droit de fonder un établissement d’enseignement.

2° L’Etat devra distribuer également entre établissements officiels et établissements libres subventions et bourses.

3° Liberté absolue des programmes et libre collation des diplômes.

Ces 3 vœux seront portés à la réunion annuelle de la jeunesse catholique de l’Ouest à Saumur le 3 mars.

Mars 1901

Semaine du 1er au 3 mars 1901

Vendredi 1er mars 1901

11e cours de danse. Le matin j’assiste à l’Université à la messe du premier vendredi du mois de la congrégation.

Samedi 2 mars 1901

Le Patriote insère enfin la note rectificative à son article du 12 février. Nous apprenons la naissance et la mort de la fille de M. Maurice Gavouyère à Rennes[27].

Dimanche 3 mars 1901

Je vais passer l’après-midi au patronage Saint-Serge.

Semaine du 4 au 10 mars 1901

Lundi 4 mars 1901

À la conférence Saint Louis Conférence de M. de Ponnat[28] sur « Le vin et son rôle social en France ». Discussion qui se prolonge jusqu’à 10 h.

Mardi 5 mars 1901

Rien de saillant.

Mercredi 6 mars 1901

Papa et Maman font beaucoup de visites ; j’assiste aux cours de viticulture ; ensuite, je vais à la bibliothèque de la ville faire des recherches sur les combattants de Fontenoy ; l’heure de la fermeture de la bibliothèque arrive presque aussitôt ; je viendrai un autre jour continuer mes recherches.

Jeudi 7 mars 1901

Je me réunis avec MM. La Roche, Bazin et Parage, d’abord chez Letournel puis à l’Université pour décider les figures que nous présenterons ensemble au cotillon de demain.

Vendredi 8 mars 1901

Dernier cours de dansa ; il dure de 4h ½ à 7h ¾. Le cotillon, que je conduis en terminant avec Mlle de la Villebiot[29], est très réussi.

Samedi 9 mars 1901

Ce matin, M. Baugas[30] est malade et comme il devait faire les deux cours, par suite de l’absence de M. Coulbault parti pour Chinon à l’occasion de son mariage, il n’y a aucun cours. J’en profite pour faire avec Jacques Hervé-Bazin une jolie promenade à bicyclette. Nous allons chez sa sœur Mme Barthélémy au château de la Haye Joulin.

Dimanche 10 mars 1901

J’assiste au cirque à la conférence de M. Hubert Valleraux sur le droit d’association ; conférence très documentée, très claire, mais pas très éloquente. Ensuite, je vais au patronage Saint-Serge.

Semaine du 11 au 17 mars 1901

Lundi 11 mars 1901

Nous refusons une invitation de M. Gontard de Launay[31] pour mardi soir (demain), ayant déjà accepté une invitation à dîner chez M. Courtois pour le même jour. Le soir je vais à la Conférence Saint-Louis où M. René Bazin nous lit le premier chapitre du nouveau roman sur l’Alsace qu’il va faire paraître dans la Revue des Deux-mondes[32] ; autant que je puisse en juger par un premier chapitre, ce roman diffère un peu des précédents ouvrages de René Bazin. Ce n’est plus l’étude d’une classe particulière d’habitants d’un pays ; c’est plutôt l’étude de l’état d’âme d’un pays tout entier ; de plus, la fibre patriotique que René Bazin fait vibrer à propos de la malheureuse province qui nous a été ravie est d’un excellent effet.

Les Oberlé de René Bazin, couverture de l’édition originale (1901)

Mardi 12 mars 1901

Le matin, profitant de la maladie de MM. Jac et Baugas je fais une longue promenade à bicyclette, 3 h de promenade (8h10 à 11h10) et 40 kilomètres de trajet ; je vais d’Angers à Corné (15 km), de Corné sur la Loire à 2 km de Saint-Mathurin (5 km ½) ; de là, je rentre à Angers par La Bohalle, La Daguenière, et La Pyramide (18 à 19 km). Le soir, je vais dîner chez M. Courtois.

Mercredi 13 mars 1901

Je reçois quelques visites au salon avec Maman.

Jeudi 14 mars 1901

Je vais à l’inspection d’Académie retirer mon diplôme de bachelier ès lettres philosophie.

Le soir, congrégation.

Vendredi 15 mars 1901

J’assiste à la conférence de droit civil de M. Jac.

Samedi 16 mars 1901

Rien de saillant. Le soir, leçon d’escrime et conférence Saint-Vincent de Paul

Dimanche 17 mars 1901

Je vais voir Jacques Hervé-Bazin et Jacques des Loges[33]. Le soir j’assiste à la représentation du Voyage de M. Perrichon, comédie de la Biche en 4 actes au patronage Saint-Joseph.

Semaine du 18 au 24 mars 1901

Lundi 18 mars 1901

Je passe à l’Université un examen préparatoire de droit ; j’obtiens : une rouge pour le droit romain (M. Gavouyère), une rouge pour l’histoire du droit (M. de la Bigne de Villeneuve) et une blanche-rouge pour le droit civil (M. Jac). Si cette moyenne se maintient à mon examen d’économie politique de demain, je serai reçu.

Le soir je vais à la conférence Saint-Louis où M. Grimaut lit une courte étude sur la Tunisie (j’y fais quelques observations) ; et M. Gaudineau lit un travail sur la loi, actuellement en discussion, des associations, et sur la manière dont elle est discutée à la Chambre[34].

Mardi 19 mars 1901

Marie-Thérèse, fatiguée depuis deux jours, est obligée de garder le lit à cause d’une angine. Le soir, je passe mon examen d’économie politique (M. Baugas) ; j’obtiens une rouge-blanche. Je suis donc reçu pour l’ensemble, puisqu’il suffit pour être reçu d’avoir une moyenne de rouge. Après l’examen, je vais faire une visite par carte à Madame Courtois.

Mercredi 20 mars 1901

C’est aujourd’hui Bonne Maman[35] qu’une grippe oblige à garder le lit. Cela fait deux malades en même temps. Papa va chercher une sœur garde-malade de l’Espérance. Maman reçoit quelques visites au petit salon.

Jeudi 21 mars 1901

Premier jour du printemps ; cela se reconnaît encore mieux à la température et à l’état du ciel qu’au calendrier ; aussi je profite du beau temps pour aller faire une belle promenade à bicyclette : Angers à Saint-Georges-sur-Loire, retour par La Possonnière, Savennières, Bouchemaine ; 42 km ; départ à 1h ½, retour à 5h avec de fréquents arrêts. Bonne maman et Marie-Thérèse vont mieux, mais plusieurs jours de lit et de précaution leur seront nécessaires.

Le soir, alerte, parce que la cuisinière a vu des individus de mauvaise mine prendre les dimensions de la porte ; Papa avertit la police ; nous barricadons toutes les portes etc… Et la nuit se passe sans que nous ayons à faire usage des armes que nous avions préparées.

Vendredi 22 mars 1901

Rien de saillant ; le soir à 5h, conférence de droit civil.

Samedi 23 mars 1901

Leçon d’allemand et leçon d’escrime ; le soir, conférence de Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 24 mars 1901

Je passe l’après-midi au patronage Saint-Serge ; le soir, j’assiste à la chapelle de l’internat de la rue Rabelais au sermon de l’abbé Crosnier, à la bénédiction et ensuite au punch en l’honneur de la fête de la congrégation de Notre-Dame de l’Annonciation qui est demain.

Semaine du 25 au 31 mars 1901

Lundi 25 mars1901

Le soir, conférence Saint-Louis ; après la conférence, Joseph Vachez m’amène dans sa chambre où il m’offre une cigarette et des biscuits.

Mardi 26 mars 1901

Le matin, premier jour de la retraite de l’Université. J’écris à M. Féron-Vrau, directeur de La Croix[36], pour lui demander de me laisser de temps en temps écrire dans son journal une chronique sur les œuvres d’étudiants de l’Université catholique d’Angers.

Papa va voir Philomène au Mans.

Couverture d’un livre sur Paul Féron-Vrau (1864-1955), directeur de La Croix

Mercredi 27 mars 1901

Je reçois quelques visites au petit salon avec Maman.

Jeudi 28 mars 1901

Rien de saillant. L’après-midi, je vais consulter un ouvrage à la bibliothèque de la ville.

Vendredi 29 mars 1901

Le matin, à 8h, je fais ma communion pascale à la chapelle de l’internat de l’Université. L’après-midi, je fais féliciter J. des Loges qui vient d’être reçu à Caen à l’oral dans son baccalauréat de philosophie. Ensuite, promenade à bécane aux Ponts-de-Cé où il y a une crue de la Loire. Le soirs conférence d’Étienne Lamy[37] sur la femme et l’enseignement de l’État. M. Lamy nous montre d’abord les hommes s’éloignant de plus en plus de toute morale sous l’influence de l’enseignement athée et destinée à glisser rapidement dans le socialisme, dont les partisans sont déjà légion dans l’Université, si un frein ne vient pas les arrêter. Ce frein, ce sont les femmes qui peuvent et doivent l’être, car, mieux que les hommes, elles ont su résister à l’athéisme et à ses conséquences. Mais, pour que la femme ait sur l’homme assez d’influence pour l’arracher à ces doctrines fatales, il faut développer son instruction. L’éducation actuelle de la femme est celle d’un temps de paix ; il lui faut l’éducation d’un temps de guerre ; et de peur qu’elle n’aille chercher la science dans les établissements de l’État ou les fausses doctrines l’auraient corrompue, les établissements catholiques de jeunes filles doivent étendre leur programme.

Etienne Lamy (1845-1919), avocat, journaliste et homme politique, membre de l’Académie française

Toutes les idées de M. Lamy s’enchaînent d’une façon merveilleuse : pas d’artifices mais des idées. Cette conférence, présidée par Mgr Rumeau qui adresse quelques paroles de bienvenue au conférencier, est une des plus belles qui aient été prononcées à l’université.

Samedi 30 mars 1901

Je reçois la réponse de M. Féron-Vrau ; il accepte ma proposition ; je prépare sur la conférence d’Étienne Lamy un article que je lui enverrai demain. Il me demande dans sa lettre de lui envoyer régulièrement les publications concernant l’Université. L’après-midi je vais me renseigner sur ces publications ; je vois que celle qui pourra le mieux satisfaire est L’Écho régional. Le soir, leçon d’allemand, escrime et Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 31 mars 1901

Le matin, nous assistons au long office des rameaux à Saint-Joseph. Le soir, je recopie mon article d’hier sur la conférence Lamy et je l’envoie à M. Féron-Vrau à qui j’écris au sujet du Bulletin.

Avril 1901

Semaine du 1er au 7 avril 1901

Lundi 1er avril 1901

Le matin, promenade à bécane à Montreuil-Bellay, Béné et Epinard (20 km).

Mardi 2 avril 1901

Papa part à midi pour le Roussillon. Nous recevons une lettre de Tata Mimi[38] me disant qu’elle m’attend à Neuilly. Je partirai mardi 9 avril. L’après-midi, je vais consulter des ouvrages à la bibliothèque de la ville.

Mercredi 3 avril 1901

Je passe une partie de l’après-midi à fouiller l’arquimèse[39] du salon où je trouve quelques vieux papiers très curieux.

Jeudi 4 avril 1901

Le mauvais temps m’empêche d’aller déjeuner à bicyclette chez Jacques Hervé-Bazin au Château du Pathis, près Segré et Marrans, comme j’y étais invité. J’envoie une dépêche et j’écris. Le soir, je visite avec Maman et Marie-Thérèse les reposoirs des églises.

Vendredi 5 avril 1901

Vendredi Saint. Le matin j’assiste à l’Office à Saint Joseph.

Samedi 6 avril 1901

Le matin, j’assiste à l’Office à Saint Joseph. Le soir, je vais à la bibliothèque.

Dimanche 7 avril 1901 (Jour de Pâques)

Nous assistons à la messe de six heures à Saint-Serge. L’après-midi, je vais au patronage

Semaine du 8 au 14 avril 1901

Lundi 8 avril 1901

Nous allons attendre Philomène à la gare. Elle arrive à 11h37.

Mardi 9 avril 1901

Le matin, je vais chez l’oculiste Bernard qui m’enlève un commencement de kyste à la paupière inférieure de mon œil gauche. Par le rapide de 10h25, je pars pour Paris ; j’arrive à 3h30 à la gare Saint-Lazare où m’attendait Tata Mimi. Nous allons chez elle à Neuilly ; puis je vais me promener sur les boulevards. Je rentre à 7h et je dîne avec Monsieur le vicomte H. des Cordes[40], beau-frère de Xavier, en ce moment de passage à Paris.

Mercredi 10 avril 1901

Le matin, je fais quelques courses et commissions dans Paris ; le soir je vais me promener avec Margot, nous allons au Musée de Cluny, au Palais de justice puis je laisse Margot et je vais faire une longue visite à M. Le Marois, avocat à la Cour de Cassation, cousin de mon oncle Joseph de Lazerme et son associé dans l’affaire de la particule et du titre de comte des Lazerme ; nous causons longuement de cette affaire[41].

Joseph de Lazerme (1846-1922), dont le père Charles avait obtenu en 1876 un brevet de comte du prétendant carliste espagnol Carlos VII de Bourbon, ici (au centre) lors d’un voyage en Hongrie en 1908 – Archives départementales des Pyrénées-Orientales, Fonds Lazerme (57J408)

Jeudi 11 avril 1901

Le matin, je fais l’acquisition d’une photographie du duc d’Orléans et d’une photographie de la duchesse et je commande une photographie du comte de Chambord et une autre du comte de Paris ; puis je vais à la Bibliothèque nationale où je vais voir Monsieur Ria, archiviste paléographe, pour lequel Xavier m’a donné un mot de recommandation. Il m’engage à revenir demain parce que tout sera ouvert et que je pourrai mieux visiter la bibliothèque. Le soir, je vais voir à l’Hôtel de ville mon oncle Henri de Pontich, directeur administratif des travaux de la Ville de Paris, je ne le trouve pas, je me promène ensuite sur la rive gauche, je vais chercher Xavier à l’usine Mars[42], nous allons ensemble chez Piccot, que nous ne trouvons pas puis, chez Pouff.

Philippe d’Orléans (1838-1894), comte de Paris : « Aurait régné sous le nom de Philippe VII de 1883 à 1894 » (inscription d’Antoine d’Estève de Bosch) – Collection Pierre Lemaitre

Vendredi 12 avril 1901

Le matin, je vais avec Margot chez le curé de Neuilly à qui Margot demande pour quel candidat Xavier doit voter à l’élection municipale de dimanche. Puis nous faisons un tour au bois. Le soir, je vais voir mon oncle Albert de Lazerme, il est absent de Paris ; mais je vois ma tante Jeanne et mes cousines Madeleine et Suzanne[43]. Ensuite, j’entre à Notre-Dame, puis je reviens à l’Hôtel de ville où je ne trouve pas encore mon oncle de Pontich, je vais ensuite voir mon cousin le docteur Cornet de Bosch[44], que je ne trouve pas ; enfin, je vais chercher Margot au concours hippique, au Grand Palais des Champs-Elysées, et nous allons ensemble chez nos cousins de Barescut[45] que nous ne trouvons pas.

Samedi 13 avril 1901

Le matin, je reviens à la Bibliothèque nationale que je n’ai pas eu le temps de visiter hier ; je fais des recherches au Grand Armorial de d’Hozier ; je vais aussi chez Piccot que je ne trouve pas, mais je cause longuement avec son propriétaire qui me raconte toutes ses grotesqueries. Le soir, nous allons avec Margot visiter le Musée du Louvre ; puis Margot va faire des visites et je vais chez Piccot, que je rencontre enfin ; il me raccompagne dans le métropolitain jusqu’à l’Étoile. Après dîner, nous allons à la foire du Trône place de la Nation avec Margot et Xavier.

Dimanche 14 avril 1901

Le matin vers 9h Maurice[46] arrive pour passer la journée avec nous ; à 10 heures, nous allons tous les quatre, Margot, Xavier, Maurice et moi à la Mairie de Neuilly où Xavier vote pour le candidat de la « Patrie française », Monsieur Suard ; nous allons ensuite à la messe à Saint-Pierre de Neuilly. L’après-midi Xavier, Margot et moi raccompagnons Maurice chez son oncle M. Armand de Terrats[47], qui nous fait visiter son atelier de peinture et de sculpture. Ensuite nous rencontrons Piccot, à qui nous offrons une cigarette explosive, ce qui lui cause une frayeur injustifiée ; puis nous rentrons à Neuilly par le métropolitain.

Semaine du 15 au 21 avril 1901

Lundi 15 avril 1901

Je quitte Paris, avec regret, par le rapide du midi ; j’arrive à Angers à 5h de l’après-midi. Je trouve Bonne Maman en bien meilleure santé.

Mardi 16 avril 1901

Je fais quelques commissions avec Marie Thérèse et Philomène.

Mercredi 17 avril 1901

Je rentre à la Faculté pour la reprise des cours. L’après-midi, j’assiste à la séance du Conseil général ; par 25 voix contre 3, on vote un vœu invitant les sénateurs du Maine-et-Loire à s’opposer au vote par le Sénat de la loi sur les associations déjà votée par la Chambre.

Jeudi 18 avril 1901

Papa arrive le matin venant du Roussillon et de Biarritz. Le soir, à cinq heures, nous allons accompagner Philomène qui rentre au Sacré-Cœur du Mans. À 8h ¼, nous assistons à la salle de la rue des Quinconces à une séance musicale et récréative offerte par des Messieurs et des dames du monde au profit du patronage Saint-Vincent-de-Paul. Sortie à 11h ½.

Vendredi 19 avril 1901

À 5h, à l’Université, conférence de droit civil de M. Jac.

Samedi 20 avril 1901

Leçon d’allemand et leçon d’escrime. À 8 heures, conférence de Saint-Vincent-de-Paul à Saint-Serge.

Dimanche 21 avril 1901

Je passe la plus grande partie de l’après-midi au patronage Saint-Serge, le soir, à 8 heures, nous assistons avec Papa à la réunion générale des conférences de Saint-Vicent-de-Paul, place Saint-Martin.

Semaine du 22 au 28 avril 1901

Lundi 22 avril 1901

Je commence aujourd’hui les visites du jubilé. Le soir à 08h, Conférence Saint-Louis.

Mardi 23 avril 1901

À 2 ½ h, au laboratoire de chimie de l’Université, cours de viticulture avec un examen au microscope de certains ferments du vin. À cinq heures, conférence d’économie politique. Entre les deux, je continue mes visites du jubilé

Mercredi 24 avril 1901

Cours à 2h de viticulture à la société industrielle et agricole. À 5h cours de greffage chez M. Lepage, pépiniériste

Jeudi 25 avril 1901

A 5h leçon d’escrime, le soir à 8h congrégation.

Vendredi 26 avril 1901

L’après-midi, conférence d’économie politique à 1h ½ et conférence de droit civil à 5h à l’Université

Samedi 27 avril 1901

Par le rapide de 10h25, Maman part pour Paris ; comme il n’y a pas aujourd’hui de second cours, nous allons Marie-Thérèse et moi l’accompagner à la gare. L’après-midi, je vais à bicyclette à Sainte-Gemmes ; retour par les Ponts-de-Cé. Ensuite, leçon d’escrime ; à 5h, travaux pratiques de greffage chez M. Lepage ; à 8h, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 28 avril 1901

Le soir, nous assistons à l’ouverture du Mois de Marie à la cathédrale.

Semaine du 29 au 30 avril 1901

Lundi 29 avril 1901

Le matin, je passe assez bien un examen de viticulture. L’après-midi, j’assiste à l’Université au cours de droit public du comte du Plessis de Grenédan[48]. À 8h, Conférence Saint-Louis.

Joachilm du Plessis de Grenédan (1870-1951) , docteur en droit, professeur d’histoire du droit, d’économie politique et de droit commercial à la Faculté libre de droit d’Angers, doyen en 1919

Mardi 30 avril 1901

Bonne Maman, qui devait partir aujourd’hui pour Toulouse, retarde son départ jusqu’à demain à cause du mauvais temps. À 5h, conférence de Monsieur Coulbault.

Mai 1901

Semaine du 1er au 5 mai 1901

Mercredi 1er mai 1901

Bonne Maman renvoie encore son départ à demain à cause du mauvais temps. Le soir : cours de viticulture à 2h, cours de droit public à 3h ½ et cours de greffage à 5 heures. Après-midi bien employée !

Jeudi 2 mai 1901

À midi, nous accompagnons Bonne Maman à la gare. Papa l’accompagne jusqu’à Niort afin qu’elle n’ait pas à changer de train jusqu’à Bordeaux où l’attendra l’Oncle Paul[49]. L’après-midi à 1h ½ leçon de mandoline. Ch. de Fontenay qui vient prendre sa leçon avec moi, m’annonce ses prochaines fiançailles avec une jeune fille des environs de Saumur, dont il ne me dit pas le nom. À 8h, j’assiste au Mois de Marie à la cathédrale et à la procession.

Vendredi 3 mai 1901

Papa rentre de Niort à 1h du matin ; il a très bien visité la ville grâce à l’amabilité de M. Nivart, qu’il a rencontré et qui s’est mis à sa disposition pour lui faire visiter Niort. À 2h, je vais à la bibliothèque municipale.

Samedi 4 mai 1901

Leçon d’allemand ; cours de greffage.

Dimanche 5 mai 1901

Le matin, je vais à la messe de 8 heures ; puis je fais de la photographie. L’après-midi, je vais au patronage Saint-Serge ; puis je visite, avec Maillefer, les greniers de l’église Saint-Serge.

Semaine du 6 au 12 mai 1901

Lundi 6 mai 1901

Je passe mon après-midi aux assises ou j’assiste au jugement et à la condamnation à 4 ans de prison d’un carrier de Trélazé qui en avait tué un autre d’un coup de carabine. Le soir, Conférence Saint-Louis.

Mardi 7 mai 1901

L’après-midi, je vais à la bibliothèque. À 5h, conférence d’économie politique. À 8h ½, j’assiste à la salle du cirque à une conférence donnée par MM. Syveton[50] et Noilhan[51] de « la Patrie française ». François Coppée[52], qui devait venir présider la conférence, en a été empêché par la maladie. La salle du cirque est comble. M. Syveton nous fait part des regrets de Coppée de n’avoir pu venir ; Monsieur Noilhan nous lie le discours qu’il devait prononcer et qui est un réquisitoire contre le gouvernement. Puis M. Syveton nous retrace l’histoire du néfaste ministère Waldeck-Rousseau, qui nous opprime depuis deux ans ; le seul lien qui unit des hommes d’origine aussi diverses que l’ancien modéré Waldeck et le collectiviste Millerand est l’amour de Dreyfus, la haine de l’armée française. Contre ces bandits, tous les Français, quelle que soit leur opinion politique – royalistes, bonapartistes républicains – doivent s’unir sur le terrain, qui nous est cher à tous, de la liberté et du patriotisme. Il termine son magnifique discours par le cri de « Vive la Patrie française ».

Gabriel Syveton (1864-1904), dirigeant de la Ligue de la patrie française, député

Ce discours est fréquemment interrompu par quelques cris hostiles proférés par des socialistes et des anarchistes, mais les applaudissements et les acclamations de l’auditoire patriote les couvrent. Un anarchiste ayant crié « Vive la Sociale », toute la salle se lève et le conspue en criant : « à la porte », et plusieurs patriotes le saisissent, le jettent dehors. Même sort pour un interrupteur qui a crié « Vive l’Internationale », tout le monde lui crie : « en Prusse !!! » et « quarante sous ! ». Un moment, l’anarchiste, qui a été expulsé, rentré dans la salle ramenant plusieurs camarades ; ils ont plusieurs fois interrompu le discours ; quelques coups de poing ont été échangés ; mais il n’y a pas eu de désordre grave. M. Noilhan, succédant à M. Syveton, répond à certains interrupteurs. À la fin, un ordre du jour est noté par 2500 citoyens présents dans la salle, environ ; il souhaite un prompt rétablissement à Coppée, et appelle l’union des Français, pour jeter bien loin la bande de Juifs, de Francs-maçons et de Cosmopolites aux élections de l’année prochaine.

Mercredi 8 mai 1901

Cours de viticulture et de greffage ; Maman rentre ce soir de Neuilly. Marie-Thérèse est moi allons l’attendre à la gare.

Jeudi 9 mai 1901

J’assiste à la cour d’assises à la condamnation à quinze ans de travaux forcés d’un nommé Morin pour tentative d’assassinat avec commencement d’exécuter à Cholet.

Leçon d’escrime à 5 heures. Le soir, congrégation.

Vendredi 10 mai 1901

J’assiste à la cour d’assises aux débats de l’affaire de 3 voleurs dont l’un est défendu par Joseph Vachez, à qui l’on a confié d’office cette rude tâche, car son client a 22 vols à son actif dont plusieurs dans des églises. Les plaidoiries auront lieu demain. À 5h, leçon d’escrime.

Samedi 11 mai 1901

Je vais à la Cour d’assises ou j’entends la plaidoirie de Vachez et où je vais voir le sergent de Marsaguet[53]. L’accusé le plus coupable, le client de Vachez, a 10 ans de travaux forcés ; l’autre en a 8 et la femme, leur complice, a 2 ans de prison. À 5 h, dernier cours de greffage. Le soir à 8h ¼, j’assiste à l’Université à la belle conférence de Ferdinand Brunetière[54] sur les services rendus par les Congrégations. L’éminent académicien montre que chacune des congrégations est l’épanouissement d’une vertu particulière de l’Évangile ; les congrégations sont aussi le lien qui unit les diverses églises entre elles et chaque église au pape. Enfin, les services rendus par les congrégations à l’Église et le clergé séculier sont si grands que les deux clergés sont solidaires et que toute atteinte à la liberté de l’un est une atteinte à celle de l’autre. Mgr Rumeau et Mgr Augouard assistaient à la conférence ; après la conférence, punch d’honneur à la bibliothèque de l’Université.

Ferdinand Brunetière (1748-1906), historien de la littérature et critique littéraire, membre de l’Académie française

Dimanche 12 mai 1901

À 8 h ½, je prends part avec plusieurs élèves de l’école d’agriculture à un grand concours de greffage à l’école des Beaux-Arts. Le soir à 4 heures, je vais faire en compagnie de Joseph Vachez une promenade à bicyclette à la Pyramide, la Daguenière, la Bohalle, Brain-sur-l’Authion, et retour par Trélazé.

Semaine du 13 au 19 mai 1901

Lundi 13 mai 1901

Le soir, conférence Saint-Louis.

Mardi 14 mai 1901

Le matin, j’assiste à la procession du jubilé. L’après-midi, je vais travailler à la bibliothèque. Le soir, à 5 h, conférence de droit romain. À 8 h, je vais passer la soirée et prendre le thé chez Jacques Hervé-Bazin. Il y a, en même temps que moi, Mme des Loges, Jacques des Loges et Henri Bonnet.

Mercredi 15 mai 1901

Le matin, j’assiste à la procession du jubilé. Au cours de viticulture à 2 h, M. Bouchard me remet le diplôme de maître-greffeur que m’a valu le concours de dimanche. Le matin, j’avais déjà vu mon nom dans la liste publiée par Le Maine-et-Loire.

Jeudi 16 mai 1901

C’est aujourd’hui l’Ascension ; mais un fort rhume de cerveau, qui a une tendance à passer à la gorge, m’empêche de sortir de toute la journée ; je vais seulement à la messe. Je profite de ma réclusion forcée pour faire de la photographie, de l’allemand et aussi pour lire Le Correspondant.

Vendredi 17 mai 1901

Mon rhume va mieux ; à 8 h, je vais au cours en voiture ; ensuite, je sors comme d’ordinaire ; je vais à la bibliothèque en sortant des cours. L’après-midi, conférence de droit civil.

Samedi 18 mai 1901

Je vais matin et soir à la bibliothèque. L’après-midi, j’ai aussi une leçon d’allemand.

Dimanche 19 mai 1901

Je passe l’après-midi au patronage. J’y apprends le départ d’Angers de Maurice Beaufreton, si lancé dans les œuvres et qui s’occupait tant de la Ligue antialcoolique ; il avait volé des quantités de livres à la bibliothèque de l’Université ; sans ressources aucunes, il ne subsistait qu’en vendant ces livres. Pour éviter un scandale, on a étouffé l’affaire ; il erre de ville en ville cherchant une position qu’il ne peut trouver car on refuse de l’employer dès qu’on a reçu des renseignements d’Angers sur son compte ; il est actuellement en Belgique. Qui aurait pu se douter de cela de la part d’un bon étudiant de l’Université catholique, qui avait fondé le Patronage de Saint-Serge et qui s’occupait d’une foule d’œuvres, en apparence avec dévouement ?

Semaine du 20 au 26 mai 1901

Lundi 20 mai 1901

Le soir, je vais à l’escrime à 5 heures ; et à 8 heures, Conférence Saint-Louis. Très intéressante conférence de René Lucas sur la navigation de la Basse-Loire et la nécessité d’aménager le port de Saint-Nazaire, qui est, du continent, le plus rapproché de l’Amérique et qui pourrait devenir l’un des plus importants de l’Europe.

Mardi 21 mai 1901

Matin et soir, je vais travailler à la bibliothèque. À 4 h, Maman et moi allons faire une visite à Mme Hervé-Bazin ; nous ne la trouvons pas et nous laissons nos cartes. À 5 h, conférence d’économie politique. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Mercredi 22 mai 1901

Le matin et l’après-midi, je vais travailler à la bibliothèque. Le soir à 4 h, en sortant de la bibliothèque, je vais à la caserne Desjardins inviter le sergent de Marsaguet à venir voir samedi le concours hippique de nos fenêtres.

Jeudi 23 mai 1901

À 1 h, je prends une leçon de mandoline de 2 heure. À 5 h, conférence de droit civil.

Vendredi 24 mai 1901

Après le second cours, je rentre vite déjeuner à la maison ; puis je prends avec le Père Vétillart, Daniel Dauge et De Ponnat le train de Saumur ; arrivés à la gare, nous prenons une voiture qui nous mène à la pépinière départementale à Chacé où Monsieur Bouchard, directeur, nous fait admirer tous les plans de vigne possibles et imaginables ; nous allons ensuite à Varrains où nous visitons les vignes et surtout les caves à 25 m sous le sol de M. Duran, négociant champagniseur, qui expédie dans tous les pays un million de bouteilles par an. Enfin, nous allons chez le marquis de Dreux-Brézé[55], à Brézé ; nous visitons une de ses vignes, dont nous admirons l’ordre et la propreté, puis ses caves. Nous dégustons ses vins, blancs et rouges, qui sont excellents. Nous quittons Brézé à 7 h ½ et nous arrivons à 8 h ¼ à l’hôtel Budan à Saumur où nous attend à un excellent dîner. Nous partons de Saumur par le train de 10 h 48 et nous arrivons à Angers à 11 h 57. Charmante et instructive journée !

Samedi 25 mai 1901

Je passe mon après-midi à la fenêtre d’une chambre du second où je vois le concours hippique en compagnie de quelques amis (les 2 Vachez, Hervé-Bazin, De Marsaguet et Roger Follenfant). Le soir, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 26 mai 1901

Je vais au concours hippique où on reprend un exercice de chasse inauguré à Paris au Grand Palais, et qui consiste en ce que le cavalier ouvre une porte, une première fois en descendant de cheval et une seconde fois, sans quitter son cheval. Affluence de la société-ultra élégante dans les tribunes. Le soir, je vais au Mois de Marie à la cathédrale.

Semaine du 27 au 31 mai 1901

Lundi 27 mai 1901

Je pars par le rapide de 10 h 25 pour le Mans où je vais voir Philomène au Sacré-Cœur, et où j’assiste à la réunion des anciens élèves au Collège Sainte-Croix. On joue Le fils de Ganelon, qui n’est autre chose que La fille de Roland d’Henri de Bornier, moins les rôles de femme ; la pièce est fort bien jouée. À 6 h, banquet dans la cour d’honneur. Nous repartons – De Bréon[56], Hervé-Bazin, Des Loges et moi –, par le train de 9 h 42 et nous arrivons à Angers à minuit passé.

Mardi 28 mai 1901

À 2 heures de l’après-midi, nous assistons à la salle des Quinconces à une séance de charité ou Botrel[57] et sa femme chantent plusieurs chansons de la composition de Théodore Botrel ; ils sont toujours chaleureusement applaudis, surtout quand vient la note royaliste ou quand ils attaquent les Anglais !

Mercredi 29 mai 1901

Matin et soir, je vais travailler à la bibliothèque. À 6 h, je porte aux pauvres les bons de Saint-Vincent-de-Paul.

Jeudi 30 mai 1901

Matin et soir, je vais travailler à la bibliothèque. Papa obtient de M. Baugas des renseignements sur Beaufreton qui prouvent que ce jeune homme n’est pas aussi coupable qu’on l’avait dit tout d’abord. Au sujet des livres, il s’est rendu coupable d’indélicatesses, il est probable qu’il y a eu vol, mais l’enquête de l’abbé Delahaye n’a pas prouvé absolument le vol. Enfin, au sujet de rapports inavouables que Beaufreton aurait entretenus avec des enfants du Patronage Saint-Serge, il n’y a ni preuve, ni présomption.

Vendredi 31 mai 1901

Matin et soir, je vais travailler à la bibliothèque. Nous recevons une invitation à un dîner mardi soir chez M. et Madame Georges de la Villebiot[58] ; nous acceptons.

Juin 1901

Semaine du 1er au 2 juin 1901

Samedi 1er juin 1901

Le matin, je vais à la bibliothèque ; l’après-midi leçon d’allemand et leçon d’escrime ; le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 2 juin 1901

Le matin à 8 heures, j’assiste avec Papa, dans la chapelle de l’externat Saint-Maurille, à la première communion d’Alfred de Soos[59]. L’après-midi, je vais au patronage Saint-Serge. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Semaine du 3 au 9 juin 1901

Lundi 3 juin 1901

Je vais à l’escrime à 5 h. Le soir à 7 heures, Papa qui est invité par le comte de Saint-Pern[60] et moi, allons à la Conférence Saint-Louis. Je lis un travail sur « Le côté moral de la colonisation » et sur la manière dont les peuples colonisateurs modernes l’ont compris dans leurs rapports avec les indigènes. Puis M. René Bazin nous lit quelques passages de son roman sur l’Alsace[61].

Mardi 4 juin 1901

Je vais voir M. Pinguet professeur de musique et m’entendre avec lui pour les heures de mes leçons de mandoline car le départ de Mme Edouard Fischer pour Châteaubriant a rendu nécessaire le choix d’un nouveau professeur. À 7 heures, nous allons dîner chez M. de La Villebiot ; nous ne sommes que 10 à table ; en dehors de nous, il y a M. de Grehaulme[62] et M. de Pontbriand[63]. Nous prenons le thé à 10h00.

Mercredi 5 juin 1901

Je me lève à 3 heures et demie (ce qui ne fait guère de sommeil puisque je me suis couché hier soir à plus de onze heures) pour aller voir le lancement sur la Loire d’un pont de bateaux et le passage sur ce pont de la garnison d’Angers, qu’on nous a annoncés pour 5 heures. Aussitôt levé, je vais à l’Université où m’attendent plusieurs étudiants et, à 4 h ½, nous partons pour la Pointe, à bicyclette ; nous y arrivons à 5 h ¼ pour assister au commencement de la construction du pont par le 6e génie ; comme l’opération sera assez longue et que les troupes ne passeront que vers 9 heures, nous partons à la rencontre du 77e de ligne qui doit arriver de Cholet ; de Rochefort, nous entendons des feux de salves qui doivent nous annoncer son approche ; malheureusement, au moment où nous quittions Rochefort, un de mes compagnons de route vient se buter dans ma bicyclette et me casse 3 rayons ; par bonheur, il se trouve à Rochefort-sur-Loire un mécanicien qui me l’arrange. Après la réparation, nous cherchons vainement le 77e et, ne le rencontrant pas, nous nous décidons à partir pour Denée où est la tête du pont ; quand nous y arrivons, le 135e de ligne levait le bivouac pour commencer le passage, le sergent de Marsaguet, qui m’aperçoit, m’indique un bon endroit pour assister au passage ; le passage, commencé à 9 h moins le quart, s’est terminé vers 9 h 20 (environ 35 minutes pour le 135e infanterie et le 25e dragons). Après le passage, nous repartons dans la direction de Mûrs, où nous nous rafraîchissons puis nous rentrons à Angers pour par les Ponts-de-Cé ; nous arrivons à Angers à 11 h ¼. L’après-midi, je vais prendre un bain pour me reposer car il faisait très chaud pendant la promenade. À 6 h ½, nous avons la visite de l’abbé de Falguières[64] qui est venu passer quelques jours à Angers.

Jeudi 6 juin 1901

Je suis invité à aller porter le dais à la procession des Dominicains aujourd’hui ; j’accepte. Je commence à faire circuler dans la rue Joubert la pétition qu’on m’a confiée ; pour aujourd’hui, résultat nul, personne ne veut mettre son nom le premier sur la liste ; un huissier me répond que ; bien que partisan de la liberté d’association ; il n’ose pas, étant officier ministériel, signer la pétition ; je lui dis que je n’avais pas cru l’office d’huissier incompatible avec l’indépendance politique et la liberté de pensée ; un magistrat, pour me refuser sa signature, m’allègue sa qualité de fonctionnaire (quelle indépendance ! quel courage !), je continuerai demain. À 5 h, je vais à la procession chez les Dominicains ; je porte le dais avec Hervé-Bazin, De Bréon et Roques. Après la procession, qui est fort courte, le Père Supérieur nous réunit dans la bibliothèque avec Mgr de Kernaëret[65] et nous offre du vin blanc d’Anjou. Le soir après la Congrégation, le Père Caron nous réunit, nous offre des rafraîchissements et nous fait approuver quelques mesures pour lutter contre la loi d’association ; on décide d’afficher dès cette nuit des affiches de protestation et d’équiper le plus tôt possible des hommes-sandwiches, etc.

Vendredi 7 juin 1901

M. Follenfant[66] met le premier son nom sur ma pétition ; je recueille aujourd’hui 6 signatures. À 5 h, conférence de M. Jac. Le soir en nous promenant nous rencontrons des Roussillonnais de passage à Angers ; nous causons un moment avec eux en français et en catalan.

Samedi 8 juin 1901

Je recueille aujourd’hui neuf signatures ; on a commencé, il suffit : les moutons de Panurge suivent ; la plupart des personnes chez lesquelles je me présente sont hostiles à la loi contre les associations ; mais beaucoup craignent de se compromettre en signant la pétition. À 3 h ½, leçon d’allemand ; à 5 h, nous allons faire une visite de digestion à Madame de La Villebiot, nous ne la trouvons pas ; ensuite, leçon d’escrime. À 8 h, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 9 juin 1901

Je vais à la messe à 8 h à Saint-Joseph ; à 9 h ½, je vais à la salle synodale de l’évêché ; c’est de là que je pars avec quelques membres de la Conférence Saint-Louis et l’Université pour le tertre Saint Laurent avec la procession générale du Saint-Sacrement ; le temps étant superbe et malgré la chaleur, la procession est très belle. À l’aller où elle est la plus complète, elle a mis presque une heure à défiler sur un point donné ; les décorations des maisons sont, en général, très réussies, surtout à la rue de la Roë où il y a beaucoup de dômes allant d’une maison à une autre par-dessus la rue. On est de retour à la cathédrale à midi trois quarts et nous rentrons à la maison à 1 heure. À 4 heures, je vais chez Jacques Hervé-Bazin, qui reçoit quelques amis que Mme Hervé-Bazin présente à Mlle de Bréon[67]. Mlle de Bréon est venue passer deux jours à Angers chez Mme Hervé-Bazin pour voir la procession. On s’amuse bien ; il y avait : Mlle de Kergaradec[68], Jacques des Loges, Roger de Bréon, M. de Beauregard et moi. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Semaine du 10 au 16 juin 1901

Lundi 10 juin 1901

Papa part à midi pour Angoulême où il va présider le concours des collèges catholiques de l’Ouest. Marie-Thérèse va passer l’après-midi chez Madame René Bazin à sa campagne de Saint-Barthélemy. À 11 h, Je vais prendre une leçon de mandoline chez M. Pinguet. À 5 h, leçon d’escrime.

Mardi 11 juin 1901

À 5 h, conférence d’économie politique.

Mercredi 12 juin 1901

Nous recevons une dépêche de Trouillas nous annonçant la mort de Paul Torrent-Ricard, le régisseur de nos vignes de Trouillas, dont la famille est depuis 150 ans sur nos propriétés. Il n’avait pas plus de 45 ou 46 ans, mais à son passage à Trouillas au moment de son avant-dernier voyage en Roussillon, Papa l’avait trouvé très fatigué. J’envoie une dépêche de condoléances à sa fille Mathilde qui nous a annoncé la mort. Paul Torrent laisse un père âgé de 70 à 80 ans, sa femme est morte depuis longtemps et ses 3 enfants vont se trouver seuls avec leur grand-père. Son fils doit avoir à peine 15 ans ; il va falloir prendre de nouvelles dispositions pour la propriété de Trouillas. Maman, qui est très fatiguée depuis ce matin, est obligée de se mettre au lit vers 4 heures. À 5 h, je vais prendre une leçon de mandoline chez M. Pinguet. Je vais commander une voiture pour papa qui arrivera à minuit 29.

Jeudi 13 juin 1901

En l’honneur de la Saint Antoine, nous allons à la messe de 7 heures chez les Jésuites et nous communions. Au retour, nous trouvons Papa arrivé cette nuit ; il me souhaite la fête ; nous lui annonçons la mort de Paul Torrent. L’après-midi, je vais avec Papa voir Mgr Pasquier, nous ne le trouvons pas ; j’écris plusieurs lettres en réponse à celles que je reçois à l’occasion de ma fête. Je reçois 10 fr. de Bonne Maman ; deux jolis livres de géographie de l’Oncle Paul (l’un Henri Turot sur l’insurrection crétoise et la gare gréco-turque, l’autre du comte Henri de La Vaulx sur un voyage en Patagonie). Papa me donne 10 fr ; Maman aussi ; et Marie-Thérèse me fait cadeau d’une jolie épingle de cravate ; tout cela me constitue de jolis cadeaux de fête. Le soir à 9 h, nous allons à la procession du Saint-Sacrement à la cathédrale et à l’Adoration nocturne qui précède la fête du Sacré-Cœur. Nous y restons jusqu’à 11 h ¼.

Vendredi 14 juin 1901

Je vais à la messe de 7 heures chez les Pères Jésuites. À 5h, conférence de droit civil de M. Jac. J’invite De Bréon et De Fontenailles[69] à venir prendre le thé mardi soir. Le soir, De Fontenailles vient pour jouer de la mandoline avec moi ; nous jouons un peu et surtout nous causons beaucoup, il annonce son mariage à Papa et Maman, il repart à 10 h.

Samedi 15 juin 1901

J’invite Hervé-Bazin pour mardi soir. À 5 heures, leçon d’escrime ; le soir, Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 16 juin 1901

Le matin à 7 heures, je vais au pèlerinage de l’Université à la Madeleine. À 9 h ½, je suis avec le Patronage Saint-Serge la procession de cette paroisse ; les rues étaient fort bien décorées ; nous avons décoré nos deux façades de la rue Joubert et du Champ-de-Mars. L’après-midi, je regarde passer plusieurs processions, puis je vais inviter Madame De La Villebot pour mardi. Le soir, nous allons à la musique.

Semaine du 17 au 23 juin 1901

Lundi 17 juin 1901

À 5 h, leçon d’escrime. De La Villebiot accepte mon invitation.

Mardi 18 juin 1901

À 11 h, je vais me faire couper les cheveux chez Normandin. Le soir à 8 h ½, nous offrons un petit thé à quelques invités : d’abord, de mes camarades, Roger de Bréon, Jacques Hervé-Bazin, Jacques des Loges, Olivier et Roger Follenfant, René de La Villebiot, Joseph de Soos[70] ; Charles de Fontenailles, appelé par dépêche auprès de son père malade, n’a pu venir. Il y a aussi Mme et Mlles Blanc, Mme et Mlles de Soos et M. de Falguières. Nous jouons à divers petits jeux ; on chante un peu etc. ; finalement, on s’amuse bien.

Mercredi 19 juin 1901

Sur le désir exprimé par Xavier, Maman écrit à Mme de Becdelièvre[71] pour la prier d’engager son frère, le vicomte de Rouault, à s’adresser directement à lui s’il se décide à acheter une voiture Mars (M. de Rouault avait écrit chez Mars, manifestant l’intention de commander une automobile). À 5 h, leçon de mandoline.

Jeudi 20 juin 1901

Papa et moi, nous partons par le train de 11 h 44 pour la Ménitré, avec le P. Vétillart s.j. et M. Moreau professeur de chimie agricole à l’École supérieure d’agriculture. Nous franchissons la Loire sur une barque et nous nous trouvons à la porte de l’abbaye de Saint-Maur appartenant aux Bénédictins. Nous trouvons là De Ponnat venu d’Angers à bicyclette. Le Père Dom Vannier[72], qui s’occupe spécialement des vignes et qui est d’ailleurs conseiller municipal (!), nous fait visiter les caves, creusées dans le roc, où on fait du vin mousseux. Nous voyons aujourd’hui la première partie de l’opération dont nous avons vu la fin le 24 mai chez MM. Tapin et Duvau à Varrains ; en renversant l’ordre, je me rends très bien compte de l’opération. Voici en quoi elle consiste : le vin récolté sur place ou acheté (celui de Saint-Maur pèse environ 12 degrés alcooliques au moment de la récolte fin octobre ou commencement de novembre, si on a eu soin de laisser se développer sur la grappe la pourriture grise qui donne du degré au vin) est mis dans des tonneaux où il se clarifie pendant l’hiver et perd un peu de degré. Vers le mois de mars, on change le vin de tonneau, on y on y introduit une levure spéciale (venue de Champagne ordinairement) dans une proportion rigoureusement déterminée, et on met le vin ainsi additionné en bouteille. Cette levure sécrète une diastase qui, dans la bouteille, va transformer le sucre du vin el alcool (s’il n’y avait pas assez de sucre dans le vin au moment de la mise en bouteille, on y a ajouté du sucre candi). Les bouteilles sont mises au repos pendant plusieurs mois pour laisser s’accomplir la fermentation puis, pendant un mois, avant de les déboucher, on les secoue une ou 2 fois par jour afin de reporter tout le dépôt sur le bouchon. Ensuite, on les débouche, on jette le bouchon sur lequel s’est formé le dépôt et on ajoute du vin vieux ou du cognac ou un mélange de différentes liqueurs fortes, dans une proportion variable (entre 5 et 12% par litre). On bouche alors à nouveau les bouteilles et le Champagne est fait, prêt à être expédié. Les bouteilles sont en verre très résistant, car elles ont à supporter parfois des pressions égales à 10 kg pendant la fermentation. Dans tout le Saumurois, il se fait un grand commerce de vin blanc mousseux. MM. Duvau et Tapin, qui comptent parmi les plus grands champagniseurs du pays, avec M. Inkerman, M. Bouvet, etc., en expédient plus d’un million de bouteilles par an dans tous les pays ! Ce Champagne est aussi bon que du Champagne d’Epernay.

Dom Pierre-Paul Vannier (1860-1914), moine de l’abbaye de Saint-Maur et futur fondateur du monastère Saint-Benoît-du-Lac au Canada

Nous visitons aussi les vignes de l’abbaye de Saint-Maur qui sont très bien tenues, l’alambic, les pressoirs, l’appareil qui élève l’eau de la Loire au sommet du côteau pour l’arrosage de la vigne, etc. Nous assistons ensuite aux vêpres des Pères. Puis nous visitons les fouilles faites en 1898 par le jésuite de la Croix, qui ont mise à jour une villa romaine et un nymphée sur l’emplacement desquelles l’abbaye fut fondée par Saint-Maur au VIe siècle ; nous voyons aussi le sarcophage du saint retrouvé par le P. de la Croix, beaucoup de céramiques trouvées dans les fouilles, etc. L’abbaye a été détruite six fois ; les constructions actuelles datent du XVIIe siècle, elles ne sont pas très curieuses. À 7 heures nous dînons dans le réfectoire des Pères au milieu d’eux ; avant et après le repas, ils psalmodient des prières. Nous repartons à 7 h ½ et arrivons à Angers à 9 heures, enchantés de notre excursion si instructive et du charmant accueil qui nous a été fait.

Vendredi 21 juin 1901

Je vais à la messe de 7 h chez les Pères Jésuites à cause du 7e anniversaire de ma première communion. À 11 h, pour nous préserver de l’épidémie de variole qui sévit à Angers, et conformément à l’avis du maire affiché en ville, le Dr Sourice vient nous vacciner tous. À 5 h, conférence de droit civil.

Samedi 22 juin 1901

À 11 h, je vais prendre une douche froide car le temps est très chaud. L’après-midi, je vais acheter des livres de droit chez Lachèse. À 5 h, leçon d’escrime ; à 8 h, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 23 juin 1901

Je passe une partie de l’après-midi au Patronage où les enfants s’exercent à une petite pièce « Les pupilles de la garde » qu’ils joueront dimanche prochain devant Mgr Rumeau. Le soir à 8 h ¼, nous allons à une audition offerte par les élèves de mon professeur de musique M. Pinguet, salle Courcier-Bourigault. Le programme, qui est très chargé, est admirablement exécuté. Un duo d’Hamlet, exécuté par un sergent du génie et par une demoiselle, soulève les applaudissements de l’auditoire, tant il est bien chanté.

Semaine du 24 au 30 juin 1901

Lundi 24 juin 1901

J’apprends à la Faculté que la loi sur les associations a été votée samedi soir, ou plutôt dimanche matin à 1 heure par le Sénat, c’est fait, le crime est consommé ; les Congrégations sont maintenant à la discrétion complète du gouvernement. Et voilà ce qu’on appelle la liberté, l’égalité ! Je passe toute l’après-midi à revoir les matières de mon examen.

Loi sur les assocations du 1er juillet 1901 dans le Journal Officiel

Dans l’après-midi, j’ai deux conférences : une d’économie politique de M. Baugas à 1 h 1/2, ; une autre de droit romain de M. Coulbault à 5 h. Je suis interrogé aux deux ; entre les deux, je travaille à la bibliothèque de l’Université.

Mardi 25 juin 1901

C’est aujourd’hui qu’est célébré à Saint-Augustin le double mariage de mes cousines de Roig : Antoinette, avec M. de Lavaur de Laboisse (de la Gironde) ; et Marie-Louise, avec M. du Cos de Saint-Barthélemy, le frère de Jeanne de Barescut (de Toulouse)[73].

Mercredi 26 juin 1901

Je passe une bonne partie de la matinée, en-dehors des cours, à la bibliothèque de l’Université. Dans l’après-midi, je revois du droit romain et du code civil. À 5 heures, leçon de mandoline.

Jeudi 27 juin 1901

Je passe la plus grande partie de l’après-midi à revoir le droit civil. À 5 h ½, je vais faire une petite promenade à bécane. Avrillé, la Baratonière, et je reviens par la route de Saint-Georges (10 à 12 kms).

Vendredi 28 juin 1901

Je passe toute la matinée à l’Université pour le concours de droit civil ; nous avons de 7 h à midi ; le sujet à traiter est difficile : « De la transcription », je le traite moyennement. Je passe mon après-midi à travailler.

Samedi 29 juin 1901

Je vais à 7 heures à la composition de droit romain ; comme hier, nous ne sommes que 6 à composer (4 de première année et 2 de seconde année). Ne trouvant pas grand-chose à mettre sur le sujet, je m’en vais sans composer. L’après-midi, je travaille jusqu’à 5 h ½, puis je vais tirer quelques coups de fleuret chez Bickel ; de là, je vais à bicyclette chez M. Brossard à Saint-Jacques où je suis surpris par un fort orage ; je suis obligé de laisser ma bécane et de rentrer en tram. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 30 juin 1901

Je vais à la messe de 8 heures et je travaille toute la matinée ; idem pour l’après-midi jusqu’à plus de 6 heures. Maman avait invité Miss Peary à venir déjeuner aujourd’hui avec nous, puis elle l’avait complètement oubliée ; à midi passé, nous avions plus qu’à moitié déjeuné lorsque Miss Peary arrive ; Maman se lève de table affolée et, en dix minutes, improvise un nouveau déjeuner ; dix minutes après, nous nous mettons à table avec Miss Peary et nous recommençons un nouveau déjeuner sans qu’elle se doute du trouble qu’elle nous a causé. Par exemple, en nous remettant à table, nous avions fort à faire pour ne pas partir tous d’un même éclat de rire !

Le soir à 8 h, au Patronage Saint-Serge, j’assiste à une séance donnée en l’honneur de Mgr Rumeau qui préside ; on commence par l’inauguration du buste de M. Bachelot, ancien curé, puis on joue les « Pupilles de la Garde » et on récite monologues et chansonnettes ; malheureusement, à cause de la maladie d’un des principaux acteurs, on ne peut pas jouer le « Pater » de François Coppée, qui était annoncé.

Juillet 1901

Semaine du 1er au 7 juillet 1901

Lundi 1er juillet 1901

M. Gavouyère nous distribue nos feuilles d’examen ; je passerai le 18 juillet à Caen. J’apprends le prochain mariage de mon cousin Van den Zande, de Bordeaux, avec Mlle de Rolland[74]. Je passe l’après-midi à travailler.

Mardi 2 juillet 1901

Monsieur Baugas fait un cours supplémentaire à 2 heures. Je passe le reste de l’après-midi à travailler. Il pleut toute la journée et il fait froid. À 3 h de l’après-midi un thermomètre ne marquait que 12 centigrades.

Mercredi 3 juillet 1901

A 5 h leçon, de mandoline. Jusque-là, je revois mon examen. Pendant le dîner, M. Follenfant vient annoncer que son fils Olivier, dont le nom n’avait pas paru sur la liste publiée il y a quelques jours au Journal officiel (par erreur sans doute) est sous-admissible à Saint-Cyr[75]. À 8 h, Nous allons attendre à la gare Maman qui est allée passer la journée au Mans pour voir Philomène. Au retour, je travaille encore jusqu’à près de 11 heures.

Jeudi 4 juillet 1901

À 1 h ½, je vais passer à la Faculté l’examen semestriel. Je suis interrogé sur l’histoire du droit et le droit constitutionnel par M. de la Bigne de Villeneuve, il me demande d’abord ce qu’étaient les lois sous l’Ancien régime, puis me fait exposer le pouvoir législatif sous toutes les constitutions depuis celle de 1791 jusqu’à la charte de 1830 inclusivement, j’obtiens une blanche. Pour Monsieur Jac (droit civil) qui m’interroge d’abord sur la maxime « en fait de meubles possession vaut titre » (art. 2279 C. civ.), puis sur les diverses catégories d’incapables, et enfin sur les immeubles par destination et par suite de l’objet auquel ils s’appliquent, je mérite une rouge. M. Coulbault (droit romain), qui m’interroge sur les constructions faites sur un terrain avec les matériaux d’autrui ou sur le terrain d’autrui avec ses propres matériaux, me donne une blanche-rouge. Idem pour Monsieur Baugas, qui, m’interrogeant (économie politique) sur l’influence du change sur les émissions de billets de banque et sur la théorie des bullionistes et des inflationnistes, me donne une blanche-rouge (avec une certaine indulgence). J’ai donc une blanche, deux blanches-rouges et une rouge ; c’est bien plus qu’il nous faut pour être admis puisque la moyenne de rouge suffit, et que l’on peut même passer avec 3 rouges et une rouge-noire ! Ce résultat nous donne beaucoup d’espoir, deux semaines avant l’examen définitif. À 5 h ½, pour me détendre l’esprit, j’enfourche ma bécane et je refais à rebrousse-poil la promenade de jeudi dernier. Le soir, nous allons à la musique.

Vendredi 5 juillet 1901

L’après-midi, conférence de droit civil. Le matin, M. Maurice Gavouyère nous remet ses notes de conférence des deux semestres qu’il va envoyer à Caen si nous les trouvons assez bonnes. J’ai : pour le droit civil : dans le premier semestre 8/10, dans le second 7/10, pour le droit romain 8/10 et 7/10, pour l’économie politique 8/10 et 8/10. En résumé 4 x 8 et deux 7 ; ce sont de bonnes notes ; je dis à M. Gavouyère de les envoyer à Caen ; elles ne peuvent que m’aider dans mon examen. Le soir, nous nous promenons avec la famille Buston et nous rencontrons Mme de Lagérie et ses enfants[76] ; ils sont venus passer quelques jours à Angers.

Samedi 6 juillet 1901

L’après-midi, cours supplémentaires d’économie politique et dernier cours de cette matière. À 5 h, je vais à l’escrime. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Dimanche 7 juillet 1901

Je vais à la messe de 8 h ; et je passe tout le reste de la journée à travailler jusqu’à 6 h ½ de l’après-midi où je vais à la bénédiction chez les Pères Jésuites. Le soir, nous allons à la musique. Maman, un peu fatiguée, garde le lit.

Semaine du 8 au 14 juillet 1901

Angers, lundi 8 juillet 1901[77]

Je passe l’après-midi à travailler. Le soir, nous allons nous promener avec M. et Mlle Buston que nous rencontrons. À la fin de notre promenade, nous assistons à une rixe sur le boulevard ; comme la chose tournait à l’aigre, je vais avec M. Buston prévenir la police au poste de la Mairie, pendant que papa garde Mlle Buston et Marie-Thérèse sur le boulevard. On amène au violon un des combattants ; l’autre s’est enfui je crois.

Angers, mardi 9 juillet 1901

Le matin, j’assiste encore aux deux cours ; je travaille toute l’après-midi. Le soir, Papa, Marie-Thérèse et moi, nous assistons dans la salle des fêtes de l’Hôtel de ville à une conférence de l’abbé Cros sur la « colonisation par les orphelins ». L’abbé Cros recueille des orphelins des deux sexes, les élèves dans des orphelinats, soit en France, soit aux colonies, leur apprend : l’anglais, ou une autre langue, des notions de comptabilité, l’agriculture (spécialement les cultures coloniales) et même du droit international. Les jeunes filles reçoivent une éducation presque aussi soignée que celle des garçons et, en plus, on leur apprend à bien tenir un ménage, en résumé, éducation très pratique et pleinement adaptée aux besoins de la colonisation. Malheureusement – est-ce par crainte de l’auditoire ? – l’abbé Cros laisse complètement de côté la question de l’éducation morale chrétienne, qu’il ne néglige certainement pas dans les orphelinats ; cela paraît étrange de la part d’un missionnaire. Néanmoins, l’œuvre est essentiellement bonne et patriotique car l’abbé Cros n’envoie ces orphelins aux colonies que lorsqu’il les a mariés et les a pourvus d’un pécule de 5000 francs recueilli au moyen de placements. Cette œuvre peut avoir des résultats féconds pour le peuplement de nos vastes colonies !

Angers, mercredi 10 juillet 1901

Je travaille toute l’après-midi. Le soir à 9 h, quand nous revenions d’une petite promenade, Papa reçoit une dépêche de l’agence Benguet à Biarritz lui demandant s’il veut louer la villa du 15 août au 15 octobre 2400 francs. Papa s’empresse de répondre qu’il accepte. C’est un fort joli prix et cela Nous permet d’aller passer 3 semaines à Biarritz avant l’entrée des locataires, ce que nous désirons vivement. Une lettre de tante Josepha nous apprend que le colonel qui a été frappé de 8 jours d’arrêts par l’infâme ministre de la guerre, général André, parce qu’il avait puni un soldat qui avait fait du scandale dans une église à l’occasion de l’enterrement de son père qu’il voulait faire enterrer civilement, est notre cousin le colonel comte de Franclieu[78] ; ce n’est pas la première injustice que cette canaille d’André commet à son égard ; l’année dernière, il l’avait déjà empêché de passer colonel, bien qu’il fût inscrit au tableau. Quel triste sire que ce ministre ! Et quelle honte pour l’armée française d’avoir un pareil personnage pour chef ! Il est vrai que la Triple Alliance s’en réjouit ! Enfin, supportons tout, nous sommes en République ! Pour cette inestimâââble bienfait, les Français doivent souffrir les humiliations les plus dures.

Georges Pasquier de Franclieu (1847-1929), colonel d’infanterie

Angers, jeudi 11 juillet 1901

Je travaille matin et soir ; à 5 h, je vais porter les bons aux pauvres. À 8 h, nous allons à la musique au Mail.

Angers, vendredi 12 juillet 1901

Une lettre de l’oncle Xavier, qui vient de passer quelques jours en Roussillon, nous apprend que lors de son passage à Trouillas, il a vérifié les registres de notre régisseur Paul Torrent qui est mort il y a un mois. De son examen, il ressort que ce malheureux nous volait depuis plusieurs années d’une façon indigne ! Il s’attribuait une part de récolte plus grande que celle à laquelle il avait droit et réduisait d’autant la nôtre ; l’oncle Xavier est allé vérifier à la régie les quantités de vin sorties de Trouillas, là, nouvelle confirmation des désordres de Paul Torrent. Il va falloir faire une vérification complète. C’est bien triste pour un métayer dont la famille était depuis plus de 150 ans sur nos terres. À 5 h, je vais visiter M. Delahaye à venir dimanche matin, 14 juillet, assister à la revue de la garnison, de nos fenêtres. Je reçois une lettre de Jacques des Loges m’invitant à dîner demain soir.

Angers, samedi 13 juillet 1901

Papa reçoit une lettre de l’agence Benguet à Biarritz disant que la location à laquelle la dépêche de mercredi soir nous avait fait croire n’est pas faite ; que c’était un simple renseignement qu’on nous demandait. C’est très ennuyeux, car nous avions échafaudé notre plan de vacances sur cette location, qui nous permettait de passer 3 semaines à Biarritz à la villa. À midi, Monsieur Baugas, mon professeur d’économie politique, collègue de Papa, qui est en ce moment à la campagne avec sa famille, et qui est revenu ce matin tout exprès pour nous faire un cours, déjeune avec nous. Le soir, à 7 h, je vais dîner chez M. et Mme des Loges pour fêter le succès de Maurice des Loges qui vient d’être reçu bachelier ès sciences. C’est un dîner de jeunes gens. Il y a : M. et Mme des Loges, Jacques et Maurice des Loges, leur cousin Étienne de Place, leur ami M. de Bermont, Henri Bonet, de Beauregard, Hervé-Bazin, de Bréon et moi. Madame des Loges me fait l’honneur de me mettre à sa droite. Après le dîner, nous formons une véritable colonne et allons attendre sur la place du Ralliement la retraite en musique et aux flambeaux des 2 régiments. Au moment où elle paraît, nous la saluons de formidables cris de « Vive l’armée ! » pendant plusieurs minutes. Nous la suivons un moment en criant « Vive l’armée ! ». Puis nous formons un monôme et parcourons la rue d’Alsace et les boulevards en continuant à acclamer l’armée ; quelques étudiants se joignent à nous. Il se forme derrière nous une deuxième bande qui crie aussi « Vive l’armée ». Enfin, nous rentrons époumonées. Par moments, il y a eu aussi quelques cris hostiles.

Angers, dimanche 14 juillet 1901

Je vais à la messe de 7 h chez les Jésuites, puis je rentre vite pour assister à la revue de la garnison qui a lieu sous nos fenêtres, place du Champ de Mars. Quelques amis profitent de notre balcon pour voir la revue : M. et Mme Maurice Gavouyère, M. Delahaye mon ancien professeur et son petit garçon, Jacques et Maurice des Loges, Jacques Hervé-Bazin, Henri Bonet et Roger de Bréon. Le 135e de ligne étant dans un camp pour les écoles à feu, la revue est assez maigre ; il n’y a que le 6e génie et le 25e dragons. L’après-midi, il y a toutes sortes de réjouissances pour célébrer la fête prétendue nationale. Je ne sors que pour faire une visite à Mme Hervé-Bazin et pour aller au salut. Le soir, nous voulons essayer de voir les illuminations qui sont assez réussies, mais nous sommes chassés des rues par la foule grouillante et par les voyous qui hurlent la « Marseillaise », cet hymne sanguinaire qu’on a décoré de titre d’hymne national, comme si le génie français n’était capable que de produire des champs d’orgie ! Nous ne sommes pas tentés d’aller au feu d’artifice qui nous assourdit, cependant, jusqu’à minuit.

Semaine du 15 au 21 juillet 1901

Angers, lundi 15 juillet 1901

C’est aujourd’hui la Saint Henri, anniversaire autrement « national » que celui de la prise de la Bastille ont célébré hier, puisque c’était la fête du bon roi Henri IV et du regretté comte de Chambord. C’est aussi la fête de Papa ; c’est donc une fête de famille. L’après-midi, Papa, Maman et moi allons faire une visite à Mme des Loges. Papa et Maman font sa connaissance ; ils font aussi la connaissance de sa mère, Mme de Place, qui était dans son salon.

Caen, mardi 16 juillet 1901

Nous sommes partis d’Angers par le train de 5 h 3, et nous arrivons à Caen à 10 h 54 par Le Mans et Surdon. Maman m’a accompagné pour passer mon examen ; nous descendons à l’hôtel d’Angleterre.

Caen, mercredi 17 juillet 1901

Nous nous promenons dans Caen qui est une assez vieille ville, et curieuse bien qu’un peu sale. Nous visitons la belle église Saint-Pierre. Nous rencontrons Gohier, étudiant d’Angers, qui vient de passer avec succès la 1ère partie de son examen de 2e année de droit. Nous apprenons qu’Hervé-Bazin a été reçu hier, mais que De Bréon a échoué (on s’y attendait un peu). L’après-midi, je vais déposer des cartes, suivant l’usage, chez les professeurs qui m’interrogeront demain ; j’écoute quelques examens à la Faculté de droit. Puis, à 5 h 35, Maman et moi nous prenons à la gare Saint-Martin un train de la Compagnie « Caen à la mer », qui nous mène à Délivrande où il y a un sanctuaire connu sous le nom de Notre-Dame de Délivrande. Nous allons y prier pour mon examen ; puis nous dînons et nous reprenons le train à 8 h 34, nous arrivons à Caen à 9h ½. La plaine qui s’étend autour de Caen n’est pas très accidentée ; il y a beaucoup de céréales et quelques bosquets dont les arbres ne sont pas très élevés. Mais, grâce au voisinage de la mer, l’air y est très pur.

Caen, jeudi 18 juillet 1901

Le matin, nous allons faire la sainte communion à l’église Saint-Pierre, à l’intention de mon examen ; puis nous rentrons à l’hôtel ou je revois quelques questions d’examen. Je passe mon examen à 3 h ¼. Je mets une robe d’avocat, comme tout le monde. Je le passe dans la même salle que La Prada, Gazeau et Fortin. Je suis interrogé par Monsieur Villey (économie politique) sur la législation monétaire française et sur notre système monétaire, puis sur quelques unités monétaires étrangères. Il me met une blanche. M. Aron[79] (histoire du droit), un Juif, m’interroge ensuite sur la « justice retenue ». J’obtiens une rouge. M. Guillouard (droit civil), qui m’interroge sur les servitudes et sur la loi de 1898 sur cette matière, me met une blanche. Enfin, M. Debray (droit romain) me demande ce que c’est que la « collatio emancipati »[80] ; je suis incapable de lui répondre là-dessus, car c’est dans la partie que M. Coulbault a passée à cause de son mariage et qu’il n’a vue que très rapidement à la fin de l’année. Je lui réponds mieux sur la « querela inofficiosi testamenti »[81]. Il nous pose à tous la même question sur la collatio. Seul un dispensé de cours, Fortin, lui répond. Nous lui expliquons alors ce qui en est. Dans la délibération des professeurs, on s’en occupe et on nous fait demander de nouvelles explications par le secrétaire ; on nous fait dire qu’on en tiendra compte ; en effet j’ai une rouge. À la proclamation, les 8 étudiants d’Angers sont reçus, sauf 2, Gazeau et Ross. Je suis content du résultat de son de mon examen : deux blanches et deux rouges, alors qu’une moyenne de 3 rouges et d’une rouge-noire suffit, c’est un bon examen. Je vais l’annoncer à Maman à Saint-Pierre ; puis nous envoyons des dépêches, ensuite, nous allons nous promener en voiture. Le soir, j’écris à plusieurs personnes sur des cartes postales. Malheureusement, Maman – suite de la fatigue du voyage et de l’émotion, sans doute – a de fortes douleurs d’entrailles. Je crains qu’elle ne soit malade. Peut-être ne pourrons-nous pas partir demain ? Vers 9 heures, nous recevons une dépêche de Papa me félicitant et nous annonçant que la villa de Biarritz est louée du 18 juillet au 25 octobre pour 2500 francs. Voilà qui va modifier le plan de nos vacances.

Trouville, vendredi 19 juillet 1901

Maman se sentant remise, nous partons pour Trouville par le train de 8h14 ; auparavant, je vais à la faculté voir si je trouve mon scapulaire que je pense y avoir perdu ; je le retrouve au vestiaire ; je l’avais sans doute laissé tomber en mettant une ma robe avant l’examen.

Nous passons la journée à visiter Trouville ; je me baigne ; Trouville a une fort belle plage très animée et très élégante. Toutefois, je donne la préférence à Biarritz comme aspect et comme pittoresque et aussi pour ses villas et ses châteaux. Avant de repartir, nous visitons en voiture Deauville, nouvelle station créée à côté de Trouville il y a une quarantaine d’années par le duc de Morny sur des terrains reconquis sur la mer. Les rues sont tirées au cordeau ; on y voit de somptueuses villas entourées de magnifiques jardins dont les massifs ressemblent à des mosaïques. Nous repartons par le train de 6h19. Nous dînons à la gare de Caen et nous prenons à Caen le train de 10h22 qui, par Mézidon et Le Mans, nous mènera à Angers samedi à 4h4 du matin. Dans le même train, voyage Testard-Vaillant qui a passé son examen aujourd’hui en même temps que Roussier ; ils ont été ajournés tous les deux ; donc, il y a déjà 5 étudiants d’Angers ajournés en 1ère année.

Angers, samedi 20 juillet 1901

La température est accablante ; j’ai vu un bon thermomètre marquer à l’ombre près de 38° centigrades. Nous sommes arrivés à 4h ce matin et nous avons dormi jusqu’à près de 10 heures. L’après-midi. je fais quelques courses ; je vais voir M. Jac, mon professeur de droit civil, M. l’abbé Brossard. À 5h, je vais à l’escrime ; à 8h, conférence Saint-Vincent-de-Paul, la dernière de l’année avant les vacances.

Angers, dimanche 21 juillet 1901

Je vais à la messe de 8 heures. L’après-midi je fais quelques visites ; le soir, nous allons à la musique.

Semaine du 22 au 28 juillet 1901

Angers, lundi 22 juillet 1901

Le matin, je vois le 135e de ligne rentrer du camp du Ruchart. Ensuite, je vais à bicyclette faire une visite à M. Baugas dans la propriété qu’il a louée à la Meignanne. Je ne le rencontre pas. L’après-midi, à 5h, leçon d’escrime. Ensuite, je vais à la Faculté voir les dépêches qui ont dû arriver de Caen. Bonet, de Broc et Piron sont reçus, mais comme on ne dit rien de Turquet de Beauregard et de Porcaro, j’en conclus qu’ils sont refusés (c’était prévu).

Angers, mardi 23 juillet 1901

En allant voir Bonet, j’apprends qu’il a été reçu avec 2 blanches une blanche-rouge et une rouge. En première année, les 3 meilleurs examens sont donc ceux de 3 anciens élèves de Sainte-Croix : Hervé-Bazin avec 2 blanches et 2 rouges ; Bonet et moi, avec deux blanches et 2 rouges. J’apprends aussi que De Porcaro[82] a été refusé avec 3 noires (!) et une rouge, et De Beauregard avec 3 rouges-noires et une rouge. Je pars à cinq heures pour Le Mans où je dois aller prendre Philomène que j’amènerai à la gare à minuit rejoindre Maman, et nous partirons tous les 3 pour Roscoff, dans le Finistère, où nous allons passer quelque temps au bord de la mer. Au moment où j’achevais de dîner au buffet du Mans, je suis abordé par De Maquillé[83], qui était aussi au buffet et que je n’avais pas vu. Il vient de Saint-Vincent de Rennes où il a été reçu à son baccalauréat ès sciences, et il va à Morannes (près Angers) dans sa famille. Comme il a deux heures à perdre, je lui propose de venir dans ma voiture, nous irons à Sainte-Croix ; nous y allons, nous voyons le Père Cisterne dans le parc, le Père Carré, M. Quid’beuf, etc. Je l’y laisse avec son cousin De Quatrebarbes, et je vais chercher Philomène au Sacré-Cœur. Je vais avec elle voir tante Lucas[84], puis nous allons à la gare à dix heures. À minuit, le train d’Angers arrive et nous retrouvons Maman. Nous partons pour Roscoff.

Roscoff, mercredi 24 juillet 1901

Nous sommes arrivés à Roscoff à 9 heures et descendus, après des recherches, à l’hôtel des bains de mer ; comme on ne nous avait donné que des chambres au 3e à cause de l’encombrement, nous allons nous installer à l’hôtel du Palmier où nous sommes mieux. Roscoff est une vieille petite ville bretonne ; il y a des maisons du XVIe siècle, l’église a un clocher fort curieux ; presque tous les habitants portent le costume breton et, entre eux, ils parlent le breton. Le site est très beau, avec plusieurs îlots sur la Manche en avant de la plage ; Roscoff est le port d’embarquement d’une quantité de petits bateaux qui font l’exportation des primeurs du pays de Léon, d’un climat très doux à cause du voisinage du gulf-stream jusqu’en Angleterre.

Roscoff, jeudi 25 juillet 1901

Il pleut presque toute la journée ; il fait presque froid. Nous ne pouvons sortir que de courts instants ; nous en profitons pour lire et pour mettre à jour notre correspondance. J’écris à M. de la Bigne de Villeneuve, qui est en villégiature à Saint-Jacut (Ille-et-Vilaine) pour lui annoncer le succès de mon examen.

Roscoff, vendredi 26 juillet 1901

Le temps étant un peu plus doux, Philomène et moi nous nous baignons. Maman, qui souffre un peu de la gorge, attend à un autre jour. La plage n’est pas agréable ; elle est trop plate ; on peut aller très loin sans avoir plus d’eau qu’à mi-corps ; donc, il est presque impossible de nager. L’après-midi, je vais à bicyclette à Saint-Pol-de-Léon pour faire réparer mon lorgnon qui a un verre brisé. Chemin faisant, on me propose de visiter des dolmens ; j’accepte ; il y en a 4 à la file ; deux sont intacts, deux autres sont écroulés, ils paraissent authentiques. À Saint-Pol, pas d’opticien, quel pays ! Je visite la cathédrale qui contient plusieurs tombeaux d’anciens évêques, car Saint-Pol était un évêché avant la Révolution.

Roscoff, samedi 27 juillet 1901

Il fait absolument froid, il n’y a pas plus de 10 à 12 degrés ; Philomène et moi nous nous baignons tout de même, mais nous avons de la peine à faire la réaction.

Roscoff, dimanche 28 juillet 1901

Nous allons à la grand’messe ; l’église est remplie de monde, il y a beaucoup d’hommes, tout le monde chante, le curé lit le prône et prêche en breton. Le temps est beaucoup plus doux ; nous nous baignons l’après-midi.

Semaine du 29 au 31 juillet 1901

Roscoff, lundi 29 juillet 1901

Temps superbe. Le matin, je vais prendre quelques vues avec l’appareil 13×18 ; l’après-midi, nous nous baignons.

Roscoff, mardi 30 juillet 1901

À 9h10, nous allons attendre Papa à la gare ; il vient passer 3 ou 4 jours avec nous avant d’aller à Cauterets avec Marie-Thérèse. Celle-ci, qui déteste le chemin de fer, a préféré rester à Angers et être pensionnaire à l’externat de Bellefontaine pendant l’absence de Papa, que de le suivre à Roscoff. L’après-midi, Papa et Maman vont à Saint-Pol-de-Léon ; Philomène et moi restons sur la plage, nous nous baignons.

Roscoff, mercredi 31 juillet 1901

L’après-midi, nous allons à l’île de Batz. À l’aller, à cause du vent et du courant, nous sommes obligés de louvoyer et nous mettons une grande heure, bien qu’il n’y ait pas plus de deux kilomètres, en ligne droite, entre Roscoff et l’île. L’île de Batz, peuplée de 1400 à 1500 habitants, est plus longue que large ; elle a 3 lieues de tour, et pas plus de 500 à 600 mètres dans sa plus grande largeur. La plupart des habitants sont pêcheurs ; mais une partie de la population s’adonne aussi à la culture du blé ou des pommes de terre, etc. ; on recueille les varechs de la mer pour fumer les champs. Nous passons une heure environ dans l’île, puis nous rentrons à Roscoff en 35 minutes. Au retour, nous nous baignons.

Août 1901

Semaine du 1er au 4 août 1901

Roscoff, jeudi 1er août 1901

Nous passons presque toute la journée sur la plage, nous nous baignons. Le matin, papa va visiter Morlaix qui est, nous dit-il, une ville très fatigante à cause de ses pentes terribles.

Roscoff, vendredi 2 août 1901

À cause du premier vendredi du mois, nous allons à la messe de 7h ; puis je vais me baigner, et, Papa et moi, nous partons par le train de 9h25 pour Brest. Nous avons deux heures à passer à la gare de Morlaix ; nous en profitons pour visiter la ville, ce qui est vite fait, et pour déjeuner ; la chose la plus curieuse de Morlaix est, à mon avis, le viaduc du chemin de fer qui domine la ville de 50 ou 60 mètres. Nous arrivons à 2 heures à Brest ; nous passons l’après-midi à visiter notre grand port militaire. La ville, aux rues droites et aux maisons élevées, est resserrées entre les remparts et n’a pas de monuments. Mais le coup d’œil de la rade vue du château est féerique ; le pont national, pont tournant qui fait communiquer la ville proprement dite avec le faubourg de Recouvrance, par-dessus le port militaire, est très remarquable. Nous apercevons du haut du pont deux cuirassées déjà vieux, « l’Amiral Baudin » et le « Neptune », et deux garde-côtes. Le reste de l’escadre du Nord est en ce moment aux manœuvres de la Méditerranée. Le cours Dajot est encombré par une exposition que nous n’avons pas le temps de visiter. Nous repartons à 7h35. De Morlaix à Roscoff, nous voyageons avec deux demoiselles nous avions vues il y a juste deux ans sur le pont du « Victoria » à notre retour de Jersey et avec qui nous avions causé ; elles sont actuellement à Roscoff avec leur famille. On a raison de dire qu’il y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas. Nous arrivons à Roscoff à 9h56.

Roscoff, samedi 3 août 1901

Nous passons la plus grande partie de la journée sur la plage ; l’après-midi, nous nous baignons.

Roscoff, dimanche 4 août 1901

Nous allons à la grand’messe. L’après-midi, Papa va à Saint-Pol-de-Léon ; je reste avec Philomène pour me baigner ; mal m’en prend, car le temps étant devenu presque froid, nous ne pouvons nous baigner. Maman, qui a une forte migraine, se met au lit après la messe de 8h et y reste toute la journée.

Semaine du 5 au 11 août 1901

Roscoff, lundi 5 août 1901

Je vais me baigner le matin. À 6h53 du soir, nous accompagnons Papa à la gare ; il repart pour Angers.

Roscoff, mardi 6 août 1901

Nous nous baignons à 11 heures. L’après-midi, nous restons sur la plage. Il fait très mauvais temps.

Roscoff, mercredi 7 août 1901

Je me baigne le matin ; l’après-midi, je fais une assez jolie promenade à bécane. Je visite de nouveau Saint-Pol-de-Léon ; puis j’arrive à un village qui porte le nom de Sibiri ; je vois aussi le village de Plougoulm ; je traverse un cours d’eau à bicyclette, en passant dans l’eau, à cause de l’absence de pont ; ensuite, je reviens à Roscoff à travers bois, et par des chemins invraisemblables où je suis obligé de porter ma bécane. Je remarque que les clochers des églises sont, en général, très jolis : la plupart sont à jour. Dans la campagne, on voit assez souvent d’énormes pâtés de rochers accumulés et couverts en partie de végétation. Quand je veux me faire indiquer mon chemin, il ne faut pas que je m’adresse aux grandes personnes ; elles ne parlent que le breton, les enfants, au contraire, qui vont à l’école, parlent passablement le français.

Roscoff, jeudi 8 août 1901

J’apprends qu’un grave accident s’est produit au chantier de l’institut marin ; un ouvrier est tombé sur le sol, d’une hauteur de 15 mètres et s’est tué ; chose curieuse, je n’en avais pas entendu parler et je l’ai appris par la lecture du Petit Journal. L’après-midi, je vais à l’île de Batz ; je prends une photo du phare, que je visite ensuite ; puis je vais me baigner sur une petite plage au-dessous du phare. Il n’y a pas de cabine, et je suis obligé de me déshabiller en public… heureusement que le public est absent. Au retour, je m’amuse à ramer presque tout le temps.

Roscoff, vendredi 9 août 1901

Je reviens me baigner à l’île de Batz ; mais à une autre plage ; j’y vais et j’en reviens sur un tout petit bateau à voile manœuvré par deux enfants d’une quinzaine d’années ; heureusement, la distance n’est pas grande.

Roscoff, samedi 10 août 1901

Le temps étant à la pluie, je ne reviens pas à l’île de Batz, comme j’en avais l’intention. L’après-midi, je révèle des plaques photographiques ; la plupart sont manquées, cela provient d’un déplacement de la lentille de mon appareil, survenu probablement en voyage.

Roscoff, dimanche 11 août 1901

En l’honneur de Sainte Philomène et de Sainte Suzanne, dont c’est aujourd’hui la fête, nous allons à la messe de 8h, où nous communions. L’après-midi, nous allons à vêpres ; ensuite, je me baigne. Je jette un coup d’œil sur les régates, qui ont lieu aujourd’hui ; n’étant pas initié, je n’y comprends pas grand-chose ; d’ailleurs, un fort vent d’ouest me contrarie. Le soir, nous allons voir un bal populaire en plein air ; nous espérions qu’on y danserait des danses bretonnes, notre attente est déçue, on y danse des polkas, des valses, bref, tout ce qu’il y a de plus banal. Nous apprenons ensuite qu’il n’y a eu, dans le bal même, une rixe entre les partisans des danses du pays et ceux qui voulaient des danses françaises. Ils avaient trop fêté la dive bouteille en l’honneur des régates !

Semaine du 12 au 18 août 1901

Roscoff, lundi 12 août 1901

Un fort vent d’ouest m’empêche de retourner à Batz me baigner ; je suis obligé de me contenter d’un seul bain, ce qui ne fait que 20 pour la saison. Nous sommes toute la journée dans les malles. Le soir, nous causons longuement avec Mme François Miron[85] qui est à l’hôtel du Palmier avec ses deux petits garçons, mais qui ne tardera pas à le quitter, tant elle est peu satisfaite de l’hôtel (je le comprends) !

Angers, mardi 13 août 1901

Partis à 6h38 du matin de Roscoff, nous sommes arrivés ici à 5 heures du soir. À la Brohinière (près Rennes) une déception m’attendait. François de La Touche[86] m’ayant dit dans sa dernière lettre qu’il voulait venir me voir à la Brohinière au passage du train, je lui avais écrit à quelle heure j’y passais ; je comptais l’y trouver et causer avec lui pendant les 6 minutes d’arrêt de l’express ; à mon grand étonnement, il n’y était pas, il aura eu sans doute un empêchement.

Angers, mercredi 14 août 1901

Je fais des commissions toute la journée ; j’écris plusieurs lettres, notamment une carte de félicitation à Charles de Fontenailles à l’occasion de son mariage avec Mlle Marie Anne Le Bouvier, qui a lieu le mardi 20 août à l’église Notre-Dame[87] ; je ne pourrai pas y assister puisque nous repartons le samedi 17 août. La future vicomtesse de Fontenailles apporte, paraît-il, une très jolie dot qui viendra très à propos redorer le blason de son mari. Peut-être est-ce plus le sac que la jeune fille qu’épousera mardi De Fontenailles ?

Angers, jeudi 15 août 1901

Je vais à la messe de 8 heures, puis à la grand’messe. L’après-midi, j’accompagne Philomène voir les dames de Bellefontaine. Nous voyons passer la procession, qui est bien médiocre à cause de la pluie ; puis je vais voir Henri Bonnet. Le soir, je vais à la musique.

Angers, vendredi 16 août 1901

Nous sommes toute la journée dans les bagages. L’après-midi, J. des Loges vient me voir. Le soir, je vais voir M. Delahaye.

Angers, samedi 17 août 1901

Nous quittons Angers Maman, Philomène et moi, accompagnés de Jean qui nous suit jusqu’à Bordeaux par le train de 11h38. Nous arrivons à Bordeaux à 8h14. D’Angers à Bordeaux, nous avons fait route tout le temps avec la famille de Maquillé. Antoine[88], avec qui je cause presque tout le temps dans le couloir de notre wagon, me dit qu’ils vont comme nous à Lourdes, en s’arrêtant une journée à Bordeaux, et, coïncidence curieuse, ils descendent comme nous à la villa Béthanie ; nous serons donc ensemble pendant le pèlerinage national. À Bordeaux, nous quittons les Maquillé. Jean part, à 10h50, pour Vinça, et nous, à 11h20, pour Lourdes.

Lourdes, dimanche 18 août 1901

Nous arrivons à Lourdes à 6h du matin, c’est-à-dire avec une heure de retard. Après des incidents de malles à la gare, nous arrivons à la ville Béthanie à 7h ; nous allons à une messe de 8h à l’église du Rosaire ; puis je rentre à la villa faire ma toilette, tandis que Maman se baigne à la piscine. L’après-midi, nous nous promenons avec Tata Mimi Civelli et, grâce à la recommandation du R.P. de Raymond-Cahuzac[89], s.j., j’y obtiens dès aujourd’hui des bretelles de brancardier ; je serai attaché à l’Hôpital des sept douleurs.

Semaine du 19 au 25 août 1901

Lourdes, lundi 19 août 1901

Je suis à mon service dès 6h ½ à l’Hôpital de Notre Dame des sept douleurs. Toute la journée, je transporte des malades à la grotte ou j’en ramène. Dans mon équipe, qui est la 4e, et qui est commandée par le comte de Bonvouloir[90], nous sommes 90 brancardiers volontaires. Il s’y trouve précisément un étudiant d’Angers, Denner, et le marquis de Dax d’Axat[91], d’Ille (!). Force m’est de cause avec ce dernier, avec lequel nous étions depuis de longues années en rapports plutôt aigres, et pour cause…

Lourdes, mardi 20 août 1901

C’est aujourd’hui qu’arrive toute la fin du Pèlerinage national : la plus grande partie. Aussi, une équipe de brancardiers, détachée de la 4e, dans laquelle M. de Dax et moi, sous les ordres du vicomte de Sarret[92], assure-t-elle le service dès 2h30 du matin à la gare. Dire ce que j’ai débarqué de malades de 3h du matin à 11h, heure à laquelle je suis rentré en ville, serait impossible ! Malheureusement, il nous arrive un incident : Philomène qui est venue avec Maman pour assister à l’arrivée du train blanc, et qui, pas plus que Maman, ne peut pénétrer dans l’intérieur de la gare, est prise d’une sorte d’épuisement, et tombe d’une façon si malheureuse qu’elle se blesse à la lèvre et se couvre de sang. Nous la raccompagnons dans sa chambre et Maman la couche. Cela ne sera pas grand-chose : elle en est quitte pour une écorchure à la lèvre et au visage. L’après-midi, je transporte un grand nombre de malades de l’hôpital à la grotte, j’assiste à la procession du Saint-Sacrement où il y a, je crois, quelques guérisons. Je rencontre aujourd’hui une foule de personnes de connaissance : M. et Mme Rivals avec Mlle de Baichis[93], Xavier de Chateaurocher[94], René le Jariel[95], Charles de la Messezière[96], André (étudiant à Angers), le P. Emmanuel de Chefdebien[97], la famille de Maquillé, de Lavaur, et j’en oublie ; hier, j’avais déjà rencontré M. et Mme Geoffroy de La Villebiot. Le soir à 6h, Bonne Maman, Tante Josepha et Nénette arrivent de Cauterets.

Lourdes, mercredi 21 août 1901

Toute la journée, je transporte des malades ; nous avons ordre d’être à l’hôpital dès 5h45. L’après-midi, Papa et Marie-Thérèse viennent de Cauterets pour passer la journée. Nous assistons ensemble et avec M. Enlart à la procession du Saint-Sacrement. Le soir, ils repartent pour Cauterets, emmenant Philomène.

Lourdes, jeudi 22 août 1901

Dès que je vois Tata Mimi, elle m’annonce la naissance de sa petite-fille, qu’elle a apprise hier soir par dépêche. La fille de Xavier et de Margot s’appellera Marie Madeleine, en souvenir de Marie Madeleine des Cordes, sœur de Margot, qui s’est faite religieuse il y a deux ans. L’après-midi, à la procession, je vois un miracle : un homme, boiteux, jette tout à coup ses béquilles et se met à courir dans la direction du dais !!! C’est un miracle splendide.

Lourdes, vendredi 23 août 1901

Ce Matin, Maman rencontre M. de Dax, qui la salue et va au-devant d’elle ; la glace est définitivement rompue ; Tata Mimi quitte Lourdes aujourd’hui pour être à temps au baptême de sa petite-fille dont elle est marraine, à Saint-Emilion chez M. des Cordes. Maman et moi partons de Lourdes pour Cauterets à 5h38 ; nous arrivons à l’Hôtel de France à Cauterets, à 7h ½. J’ai été encore fort occupé aujourd’hui ; je suis arrivé à l’hôpital dès 5h du matin, suivant la recommandation de M. de Bonvouloir ; mon dernier voyage consiste à porter à la garde, sur un brancard, avec l’aide de 3 autres brancardiers, une femme qui a un cancer au ventre ; il s’en exhale une odeur épouvantable, nous mettons plus de trois quarts d’heure à faire le trajet, car il faut aller très lentement. Le matin, le baron de Fournas[98], de Toulouse, ancien camarade de Papa à Sainte-Marie, qui est brancardier dans la même équipe que moi, me présente le R. P. Huc, s.j., également ancien camarade de Papa. Nous causons beaucoup. J’ai rencontré pendant mon séjour à Lourdes une foule de personnes de connaissance : hier encore, j’ai rencontré Henri Brard[99], mon camarade de Sainte-Croix, avec qui je me promène un long moment.

Cauterets, samedi 24 août 1901

Je me lève tard. L’après-midi, nous écoutons la musique dans le parc ; je rencontre Briffaut, un étudiant d’Angers que j’avais déjà vu à Lourdes ; nous nous promenons ensemble, et nous causons de diverses choses, notamment du récent mariage de Fontenailles. Le soir, Maman se sent prise de douleurs d’entrailles ; de plus, elle est très enrhumée de la poitrine.

Cauterets, dimanche 25 août 1901

Il faut mauvais temps ; l’après-midi, nous entendons à l’église un sermon historique très intéressant sur Saint Louis, roi de France. Maman garde le lit.

Semaine du 26 au 25 août 1901

Cauterets, lundi 26 août 1901

Marie-Thérèse et moi nous faisons nos préparatifs pour partir ce soir à 3h20. Maman va bien mieux, elle se lève ; nous arrivons à Lourdes à 5h, nous allons à la grotte.

Vinça (Pyrénées-Orientales), mardi 27 août 1901

Nous nous levons à 5h, et allons à la messe avant de partir. Nous partons de Lourdes par le train de 7h53 ; à Toulouse, nous trouvons Bonne Maman et Nénette qui se joignent à nous et l’Oncle Paul et Tante Josepha venus les accompagner. À Narbonne, nous nous topons à l’infâme ministre de la guerre du cabinet Waldeck-Rousseau, le général André ; il vient de Rivesaltes où il a inauguré une ligne de chemin de fer, et va à Béziers ; il monte avec ses officiers d’ordonnance dans un wagon-salon qu’on accroche au train que nous venons de quitter. Sur le quai, le préfet de Carcassonne, le sous-préfet de Narbonne et quelques officiers, avec des agents de police, le tout en uniforme. Le ministre en grand uniforme fume une cigarette à la portière de son wagon ; nous pouvons l’examiner à loisir, il est grand, mais atrocement laid, avec son nez de corbeau et ses moustaches de travers. Un moment, je soulève dans mes bras Nénette qui veut le voir, il a l’audace de lui sourire ; aussitôt, je m’empresse de la redescendre. Quand le train part, environ deux douzaines d’individus claquent des mains ; deux ou trois crient : « Vive la République, à bas les Jésuites », je les soupçonne d’avoir été payés par la police pour jouer ce triste rôle. Marie-Thérèse et moi, nous crions « Vive l’armée ! », si fort que, certainement, le général André nous a entendus, car ces individus ont vite cessé de crier. Ensuite, dans toutes les gares, ce ne sont que gendarmes qui regagnent leur caserne. De Rivesaltes à Perpignan, préfet, sous-préfets et conseillers de préfecture prennent le même train que nous. Il y a avec eux plusieurs conseillers généraux parmi lesquels je reconnais Étienne Batlle[100] en habit qui fait des courbettes au préfet, comme il a dû en faire auparavant au ministre ! Nous nous promenons à Perpignan entre les deux trains, nous rencontrons l’oncle Albert. Nous arrivons à Vinça à 8h15 ; on nous attendait à la gare.

Louis André (1838-1913), général de division et ministre de la Guerre de mai 1900 à novembre 1904

Vinça, mercredi 28 août 1901

Le matin, nous assistons à la messe de 7h qui est dite pour le pauvre Bon Papa à l’occasion de sa fête. Puis, nous voyons différentes personnes. Je vais avec Amiel et un négociant en pommes à la propriété de la Balme pour voir la récolte de pommes, elle est moyenne. Le marchand en offre un assez bon prix, nous vendons la récolte. L’après-midi, je vais avec Marie-Thérèse à Ille en voiture ; notre arrivée y fait littéralement sensation ; nous voyons une foule de personnes.

Vinça, jeudi 29 août 1901

Je passe la plus grande partie de la matinée à fouiller de vieux papiers de famille ; j’en trouve de très curieux, entr’autres le passeport donné à mon bisaïeul de Pontich-Sicart[101] émigré en Espagne pendant la Révolution, par un général espagnol ; un acte de cession en censive remontant au XIVe siècle. L’après-midi, je vais a Bouleternère voir nos vignes. La récolte est beaucoup moins abondante que l’an passé, mais par contre, la qualité s’annonce comme meilleure. En rentrant, je vais tirer quelques oiseaux au jardin avec une carabine Flobert ; j’en tue cinq.

Vinça, vendredi 30 août 1901

Le matin, je vais tuer quelques oiseaux au jardin, je tue aussi un lapin qui vivait en liberté dans les fourrés du jardin. L’après-midi, je vais à Ille avec M. Jules Sabaté[102] ; je vais à la métairie de Saint-Martin ; ensuite, je fais quelques recherches à la grande maison, j’y trouve les nominations de plusieurs de mes ancêtres à des grades militaires, avec les signatures de Louis XIV et de Louis XV, et des lettres du ministre d’Ormesson au marquis de Durfort au sujet d’une bourse accordée pour l’entrée à Saint-Cyr de sa mère Elisabeth de Curzay de Bourdeville, mon arrière-arrière-grand-tante[103].

Vinça, samedi 31 août 1901

Le matin, je m’exerce à tirer des oiseaux au vol ; j’en tue plusieurs. Je passe l’après-midi à consulter de vieux papiers dans le cabinet de Bon Papa ; il y en a de fort curieux, par exemple la légitimation d’une certaine Catherine Barrera[104] par le roi d’Espagne Philippe en 1597. En fouillant ces papiers, je réussis à pousser la généalogie de la famille de Pontich jusqu’à un sieur Pontich, citoyen noble de Perpignan, de Vinça, qui avait épousé la noble demoiselle de Guanter[105]. C’était le quatrième aïeul de mon bisaïeul Antoine de Pontich-Sicart.

Septembre 1901

Semaine du 1er septembre 1901

Vinça, dimanche 1er septembre 1901

Nous avons plusieurs visites, notamment celle de M. de Guardia[106], rédacteur au Roussillon, journal conservateur de Perpignan ; je lui demande des renseignements sur les démarches à faire pour entrer dans la ligue de la « Jeunesse royaliste » ; il me promet d’en prendre auprès de M. Despéramons[107], directeur du Roussillon, et de me les rapporter dimanche.

Semaine du 2 au 8 septembre 1901

Vinça, lundi 2 septembre 1901

L’après-midi, je vais à Ille à bicyclette ; je rentre par le train de 8h car la petite réparation que j’ai fait faire à ma bicyclette a demandé plus de temps que je ne pensais, je l’aurai demain seulement. Je rentre dans le même compartiment que Maman et Philomène, qui reviennent de Cauterets et viennent à Vinça ; je croyais y trouver Papa, mais Maman me dit que, convoqué par le recteur de l’Université d’Angers pour le Congrès eucharistique qui se tient dans cette ville, il s’est décidé hier seulement à s’y rendre. Il est parti de Cauterets et, après un arrêt à Bordeaux, arrivera mercredi matin à Angers.

Vinça, mardi 3 septembre 1901

Je suis occupé toute l’après-midi à préparer avec Jacques et Amiel deux anciens cochers de Bon Papa, ce qui me sera nécessaire ces jours-ci pour mes promenades à cheval. Bonne maman me loue en effet un cheval pour les vacances. Je choisis une jument baie de 1m55 de haut et âgée de 4 ans. Elle est très douce. L’ancienne jument de mon grand-père, que nous attelons encore de temps en temps, est trop vieille pour la selle.

Vinça, mercredi 4 septembre 1901

Je fais dans l’après-midi ma première promenade à cheval. La jument est douce.

Vinça, jeudi 5 septembre 1901

Je monte à cheval à 8 heures. Je prends le train de midi jusqu’à Saint-Féliu-d’Avail. Là, je vais à bicyclette jusqu’à Trouillas avec Joseph Echernier que j’ai rencontré avec la gare à Saint-Féliu. À Trouillas, on n’a pas encore commencé à vendanger, mais je visite les vignes qui sont assez belles. La vendange commencera demain soir ou samedi et durera vraisemblablement toute la semaine prochaine. Au retour, je m’arrête à la métairie des Echernier près de Saint-Féliu ; ils me font visiter leur cave qui est fort bien organisée. Je repars par le train qui passe à Saint-Féliu à 7h33. J’y trouve mon oncle et ma tante Magué ; nous arrivons ensemble à Vinça à 8h15.

Vinça, vendredi 6 septembre 1901

Nous assistons le matin à la messe de la Ligue de l’Ave Maria, à l’occasion du premier vendredi du mois. L’après-midi, nous allons nous promener, l’oncle Paul, M. Dalverny[108] et moi, à l’usine électrique Bartissol[109] qui fournit la lumière électrique à Perpignan et la force motrice aux tramways Perpignan-Canet. Grâce à l’amabilité du premier surveillant M. d’Arx[110], nous pouvons tout visiter en détail et même descendre au fond des puits où tombe l’eau qui actionne les turbines.

Vinça, samedi 7 septembre 1901

Le matin, je monte à cheval. L’après-midi, nous allons tous à Rodès voir nos cousins Cornet de Bosch qui y sont en ce moment ; nous les trouvons tous : tante Isabelle, Joseph, Pierre et Marie[111].

Vinça, dimanche 8 septembre 1901

Nous allons à grand’messe et à vêpres ; l’après-midi, nous avons quelques visites.

Semaine du 9 au 15 septembre 1901

Vinça, lundi 9 septembre 1901

Nous avons à déjeuner l’oncle Louis Lutrand et tante Thérèse Lutrand[112] ; ils arrivent à midi et repartent à 3h. Après leur départ, Marie-Thérèse et moi allons à Finestret voir Mme Noëll[113]. Le matin, de 8h à 10h, promenade à cheval jusqu’à Sainte-Anne.

Vinça, mardi 10 septembre 1901

Le matin à 8h, l’oncle Paul et moi allons à cheval à Marquixanes ; Amiel suit sur un troisième cheval. À 3h, nous allons à la gare attendre l’oncle Hector de Pontich[114] et M. l’abbé Sarrète[115]. Le premier arrive de Vincennes, le second de Palau-de-Cerdagne. M. Sarrète a fait route avec l’évêque de Perpignan, Mgr de Carsalade du Pont[116], qui revient à Perpignan après un séjour de plusieurs mois en Cerdagne. Sa Grandeur m’a fait l’honneur de me faire demander, par lettre de M. Sarrète, de me trouver à la garde au moment de son passage. J’y vais avec mon oncle Magué ; M. Sarrète me présente à Monseigneur que je trouve très affable et très distingué. M. Sarrète et l’oncle Hector descendent à la maison. Dans la soirée nous avons la visite de nos cousins Cornet de Bosch.

Vinça, mercredi 11 septembre 1901

Le matin, je vais à Ille à cheval. L’après-midi, nous allons nous promener à la propriété de la Balme avec Papa, arrivé à 11h.

Vinça, jeudi 12 septembre 1901

Je vais à Rodès à cheval voir mes cousins Cornet avant leur départ pour Perpignan. L’après-midi, nous allons nous promener dans la campagne.

Vinça, vendredi 13 septembre 1901

Je vais à Marquixanes à cheval. Ensuite, avec l’oncle Hector et l’oncle Paul, nous essayons de photographier le tableau de Mgr de Pontich[117] ; la photographie est mauvaise, nous recommencerons. L’après-midi, nous allons nous promener à Nossa[118]. L’abbé Sarrète nous quitte aujourd’hui.

Portrait de Mgr Miquel Pontich, évêque de Girona (1632-1699) – Collection Pierre Lemaitre

Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales), samedi 14 septembre 1901

Mon onclé Magué, mon oncle de Pontich et moi, nous sommes partis de Vinça à midi et, après un arrêt d’une heure et demie à Elne pour visiter le cloître, sommes arrivés à Arles vers 4 heures. Nous visitons le soir cette gentille petite ville entourée de montagnes, et son église où se trouve le tombeau des saints Abdon et Sennen, but de nombreux pèlerinages.

Le Perthus (Pyrénées-Orientales), dimanche 15 septembre 1901

Nous avons quitté Arles ce matin après la messe ; une voiture nous a amenés à Amélie-les-Bains. Nous visitons la station, et, en particulier l’hôpital militaire reconstruit par mon grand-père Estève lorsqu’il était directeur du génie à Perpignan[119]. Une seconde voiture nous porte à Céret, que nous visitons, puis au Perthus en passant par la route qui longe la vallée de la rivière de Rome : cette rivière est ainsi nommée parce que l’ancienne route romaine des Gaules en Espagne y passait aussi ; c’est encore cette vallée que suivit Hannibal dans son passage des Pyrénées. Chemin faisant, nous voyons sur deux collines en face l’une de l’autre de chaque côté de la route, à droite en regardant au sud, l’autel de César, et à gauche les trophées de Pompée, vieilles ruines romaines que nous visiterons demain. À peine arrivés au Perthus, ville frontière dont certaines maisons sont françaises et d’autres espagnoles, nous grimpons au fort de Bellegarde où nous sommes très bien reçus par un lieutenant d’artillerie qui a connu autrefois l’oncle Hector à Douai. De la terrasse du fort, on a un superbe point de vue sur la France et sur l’Espagne. Le soir, nous allons nous promener en Espagne, puis nous assistons à un bal qui est donné dans notre hôtel ; j’y prends même part un moment.

Semaine du 16 au 22 septembre 1901

Vinça, lundi 16 septembre 1901

Nous sommes partis du Perthus ce matin à 8h ; nous sommes allés à pied aux ruines des trophées de Pompée ; nous les visitons en détail ; cet examen nous convainc de l’exactitude de l’assertion de l’archéologue Freixe[120], qui assure que ces trophées, dont on ignorait la place, sont bien les ruines que nous avons sous les yeux ; nous visitons aussi les ruines d’un château féodal situé, comme les trophées, au hameau de l’Écluse haute. Des ruines des trophées, nous plongeons sur les ruines de l’autel de César que nous examinons à loisir, et sur la voie romaine dont on voit nettement des restes près de la rivière (on voit encore les ornières faites sur les dalles par les roues des chars). Nous déjeunons à l’établissement thermal du Boulou, et nous repartons, l’Oncle Hector et l’oncle Paul pour Cerbère, et moi pour Perpignan où je passe l’après-midi ; nous nous retrouvons à la gare de Perpignan pour le train de 7h et nous arrivons à Vinça à 8h15.

Ille, mardi 17 septembre 1901

Nous allons aujourd’hui nous installer à Ille. Papa, Maman, Marie-Thérèse et Philomène partent par le train de 3h35 ; je pars après eux, mais à bicyclette et j’arrive une dizaine de minutes après eux. Les bagages sont chargés sur le chariot. Maman emploie la fin de l’après-midi à s’installer dans la maison à Ille.

Ille, mercredi 18 septembre 1901

Le matin, nous allons tous à une grand’messe à l’église paroissiale ; l’après-midi, je fais d’abord des recherches dans les papiers de la maison de Bosch ; puis je vais à Corbère savoir avec le fermier à quel moment on commencera à vendanger dans nos vignes. Je visite les vignes, la quantité est assez faible, mais la qualité est bonne pour peu que le beau temps continue ; aussi, ne se pressera-t-on pas de vendanger de façon à laisser au raisin le temps de gagner encore en qualité.

Ille, jeudi 19 septembre 1901

Nous avons pris le train de midi qui nous a menés à Perpignan à 1h ; l’Oncle Paul était avec nous pour voir des panneaux d’armoire à réparer. Ensuite, nous faisons quelques commissions, une visite à M. et Mme Vassal[121], puis nous allons chez tante Bonafos[122], l’oncle et la tante Lutrand[123], où nous attendent Mme et Mlle de Llamby[124]. On nous sert un excellent five-o-clock. Nous revenons à la gare pour le par le train de 7h ; chemin faisant, nous rencontrons l’oncle Albert et mes deux cousines, Suzanne et Madeleine de Lazerme[125] ; il nous accompagne à la gare. Nous arrivons à 8h.

Marie-Fanny Bonafos née Ribell, fille d’André Ribell, maire de Perpignan, et épouse d’Emmanuel Bonafos, directeur de l’Hôpital de Perpignan – Collection Pierre Lemaitre

Ille, vendredi 20 septembre 1901

Nous allons dans l’après-midi à Bouleternère voir finir les vendanges ; nous y rencontrons Bonne Maman, l’oncle Hector, l’oncle Paul, tante Josepha et Nénette, à qui nous avions donné rendez-vous.

Ille, samedi 21 septembre 1901

Je vais à Vinça prendre dans le cabinet de Bon Papa une notice sur la baronnie du Pouget contenant des renseignements très précis sur la famille de las Hermes[126], de laquelle descend la famille Lazerme ; le nom s’est modifié et mon oncle Joseph, l’aîné de la famille, qui a voulu reprendre l’ancienne forme, est en ce moment en Cassation pour cette affaire ; j’espère que ce document va lui servir ; je vais l’envoyer à M. Dorel, avoué de Perpignan, qui s’occupe de cette affaire. J’espérais pouvoir revenir à Ille à cheval, la pluie m’en empêche et je rentre en chemin de fer.

Ille, dimanche 22 septembre 1901

Nous allons à tous les offices. L’après-midi, je vais avec Papa faire deux visites : à la marquise de Dax d’Axat et à Mme Terrats d’Aguillon[127] ; Maman, fatiguée, ne peut les faire avec nous.

Semaine du 23 au 29 septembre 1901

Ille, lundi 23 septembre 1901

J’accompagne Marie-Thérèse et Philomène à Vinça par le train de 10h30 ; je rentre à cheval.

Ille, mardi 24 septembre 1901

Je pars pour Vinça par le train de 10h30, j’arrive tout juste pour assister à la messe de mariage de M. d’Arx, ingénieur électricien, avec Mlle Rouire[128]. Je repars à cheval en passant par Bouleternère ; je fais même une pointe jusqu’à La Ferrière où je vais saluer ma tante et mes cousines de Barescut[129]. Marie-Thérèse et Philomène reviennent en chemin de fer.

Ille, mercredi 25 septembre 1901

Nous avons la visite de notre tailleur, M. Charouleau, qui vient essayer nos costumes d’hiver. Il nous annonce le départ des Pères Cisterciens de Fontfroide pour l’Espagne où ils vont s’établir ; il a assisté ce matin au départ de 12 d’entre eux. Conséquence de la misérable loi d’association élaborée par le cabinet Waldeck-Rousseau !

Ille, jeudi 26 septembre 1901

Dans la matinée, je vais fouiller les vieux papiers de la maison de Bosch. À midi, nous recevons à déjeuner Bonne Maman, l’oncle Paul, tante Josepha, l’oncle Hector et Nénette ; l’après-midi, après leur avoir fait visiter les curiosités d’Ille, nous allons avec eux à Millas où nous allons voir nos cousins Ferriol et à La Ferrière, voir nos cousins de Barescut. Bien que nous fassions ces visites dans le grand omnibus attelé de 2 chevaux, nous rentrons très tard.

Ille, vendredi 27 septembre 1901

Le matin, je continue mes recherches à la vieille maison. L’après-midi, nous allons, avec Papa, aux vendanges de Corbère.

Ille, samedi 28 septembre 1901

Le matin, je fais des recherches parmi les papiers de la grande maison. L’après-midi, je vais à bécane à Vinça pour voir l’oncle Paul avant son départ pour Toulouse ; je le vois à Bouleternère où il est pour affaire avec l’oncle Hector.

Ille, dimanche 29 septembre 1901

L’après-midi, nous avons une foule de visites : la famille Roca d’Huytéza[130], Mlle Trainier[131], mon oncle, ma tante et ma cousine de Barescut, le marquis, la marquise et Henri de Dax d’Axat[132], le lieutenant et Mme Naugès. Le soir, je vais avec Papa chez les demoiselles Matthieu pour assister de chez elles au dépouillement du scrutin pour les élections de 8 conseillers municipaux qui a eu lieu aujourd’hui, et qui promet d’être orageux. Le dépouillement est terminé quand nous y arrivons, et nous apprenons le succès de la liste du Dr Etienne Batlle[133], qui est la moins avancée, mais à la place, nous assistons au bal en plein air qui a lieu sous leurs fenêtres. Marie-Thérèse, qui se sent fatiguée, est obligée de se coucher de bonne heure, et Maman fait appeler le Dr Trainier qui constate une fatigue d’estomac. Quand nous rentrons de chez les demoiselles Matthieu, nous trouvons à la maison mon ancien précepteur, M. l’abbé Latour, qui nous arrive pour plusieurs jours, espérons-le, du moins !

Semaine du 30 septembre 1901

Ille, lundi 30 septembre 1901

Je passe la matinée et l’après-midi à fouiller de vieux papiers à la grande maison, à cause de la pluie qui m’empêche de me promener dans la campagne.

Octobre 1901

Semaine du 1er au 6 octobre 1901

Ille, mardi 1er octobre 1901

Le matin, je sers la messe à M. l’abbé, puis je fouille de vieux papiers sur la famille de Corneilla, dans la maison que nous habitons[134]. L’après-midi ; je vais avec papa à Bouleternère pour plusieurs affaires.

Ille, mercredi 2 octobre 1901

Bonne Maman, tante Josépha, Nénette et l’oncle Hector arrivent de Vinça à 10 ½, et à midi ½, nous partons en omnibus malgré la pluie Bonne Maman, tante Josepha, l’oncle Hector, M. l’abbé, Maman, Papa et moi pour Bélesta ; là, avec le curé, M. Badrignans, nous allons visiter le Château de Caladroer[135] situé à 1 heure environ de Bélesta. Du vieux château féodal, il ne reste plus que deux tours qui ont été un peu restaurées, mais, à côté, la famille Delebart (richissimes industriels de Lille) a bâti une splendide villa moderne avec de magnifiques salons. L’abbé Badrignans, curé, nous présente à Mme Delebart[136] qui nous fait les honneurs du Château avec une exquise amabilité ; la cour d’entrée est encore enguirlandée en l’honneur de Mgr de Carsalade du Pont, évêque de Perpignan, qui est venu bénir la chapelle avant-hier. Quand nous rentrons à Bélesta, un goûter somptueux nous attend chez le curé. Nous quittons Bélesta à 6h, et nous arrivons à Ille à plus de 7 heures ; il fait nuit noire et il pleut. Les chevaux étant trop fatigués pour rentrer à Vinça, coucheront à Ille et Bonne Maman, avec ses hôtes, regagne Vinça par le train de 8h15.

Ille, jeudi 3 octobre 1901

Le matin, je vais dans la campagne avec Papa, puis à la grande maison. L’après-midi, nous allons tous sauf Marie-Thérèse, qui est encore fatiguée, chez les Barescut. Je fais la connaissance de ma cousine Jeanne, qui est mariée depuis le 9 août 1898 avec mon cousin le capitaine Maurice de Barescut.

Ille, vendredi 4 octobre 1901

Papa et Maman partent pour Perpignan par le train à 3h pour Vinça avec nos cousines Ferriol[137] qui sont venues nous voir à Ille et qui, de là, vont voir Bonne Maman. À Vinça, je vais voir la vigne de Rigarda où l’on achève la vendange. Je Rentre à Ille avec les Ferriol ; M. l’abbé reste à Vinça.

Ille, samedi 5 octobre 1901

Nous avons à déjeuner M. le curé d’Ille et nos cousins Joseph et Pierre Cornet de Bosch. Nos cousins partent pour Perpignan par le train de 4h, en même temps que M. l’abbé qui va à Toulouse.

Ille, dimanche 6 octobre 1901

Dans la journée, nous assistons aux offices de l’Église ; à vêpres, on chante « Ave Maria Stella » sur l’air de l’ancien hymne national catalan « Montanas regaladas ». Le soir, nous quittons Ille par le train de 8h et nous arrivons à Vinça à 8h15.

Semaine du 7 au 13 octobre 1901

Ille, lundi 7 octobre 1901

Ce matin à Vinça nous avons assisté, à 8h, au service célébré pour le 6e anniversaire de la mort de mon grand-père de Lazerme. Nous repartons pour Ille par le train de 6h30.

Vinça, mardi 8 octobre 1901

Nous devrions tous repartir pour Vinça par le train de 3h ; mais Marie-Thérèse, qui était sortie trop tôt après ses accès de fièvre de la semaine dernière, se trouve très fatiguée ; elle a une forte fièvre dès le matin. Le Dr Trainier, appelé, craint une fièvre muqueuse. Aussi, Maman me fait partir par le train de 10h30. L’après-midi, je vais à cheval à Prades et je retourne à Vinça à 5h ½.

Vinça, mercredi 9 octobre 1901

L’après-midi, nous allons tous à Finestret faire deux visites, les dames et l’oncle Hector sont en voiture ; je les suis à cheval. Le matin, Papa est venu d’Ille et nous a donné des nouvelles de Marie-Thérèse dont l’état paraît s’améliorer.

Vinça, jeudi 10 octobre 1901

L’après-midi, je vais avec l’oncle Hector à Bouleternère où l’on pressure la vendange. Nous y trouvons Papa, qui y est venu d’Ille. Il nous donne des nouvelles rassurantes de Marie-Thérèse.

Vinça, vendredi 11 octobre 1901

L’après-midi, je vais à cheval à Ille avec Jacques, je trouve Marie-Thérèse levée et en bien meilleure santé. Je pousse jusqu’à La Ferrière voir nos cousins de Barescut ; quand je rentre à Vinça, il fait nuit.

Ille, samedi 12 octobre 1901

Je quitte Vinça par le train de midi ; je déjeune à Ille et j’assiste aux vêpres de l’adoration perpétuelle. À quatre heures, nous avons tout à coup la bonne surprise de voir arriver mon cousin Maurice Estève qui a obtenu une permission de quinze jours et qui vient passer ce temps en Roussillon. Il habite la maison contiguë à la métairie de son père, mais il va venir prendre tous ses repas à la maison. Je me promène avec lui.

Vinça, dimanche 13 octobre 1901

Je suis resté à peu près toute la journée avec Maurice, qui produit un effet épatant avec son uniforme de maréchal des logis de hussards et son superbe shako à plumet. Je rentre à Vinça par le train de 8 heures du soir.

Maurice d’Estève de Bosch (1878-1921), chef d’escadrons de cavalerie – Collection Pierre Lemaitre

Semaine du 14 au 20 octobre 1901

Ille, lundi 14 octobre 1901

À l’occasion du double anniversaire de ma naissance (19e) et de ma guérison en 1889 (12e), nous voulions entendre la messe et communier ; mais le curé est malade et le vicaire est absent, nous sommes obligés de remettre ces dévotions à demain. Je pars avec Philomène par le train de midi pour Perpignan, Papa nous rejoint à Ille et nous allons tous les trois déjeuner à Perpignan chez ma tante Cornet de Bosch ; toute l’après-midi, nous nous promenons avec Joseph, Pierre et Marie, qui sont pleins d’attention pour nous. Nous rentrons à Vinça par le train de 8h ¼.

Vinça, mardi 15 octobre 1901

Je vais à Ille à midi ; je vais chasser avec Maurice, mais nous ne trouvons pas un seul oiseau ; je rentre à Vinça à 8h15.

Vinça, mercredi 16 octobre 1901

L’oncle Hector nous quitte aujourd’hui ; il part pour Cette où il va voir un parent avant de rentrer à Paris. Maurice arrive à 3h ½, il vient passer la nuit ici, de façon à être prêt à partir de meilleure heure demain pour Rodès.

Vinça, jeudi 17 octobre 1901

Malgré le temps menaçant et même un peu de pluie, nous partons, Maurice et moi, pour Rodès, où nous attend Joseph Cornet. Il nous fait visiter le vieux château en ruines de Rodès où ses ancêtres, gouverneurs de Rodès sous la domination espagnole, se sont défendus pendant 3 jours contre les assauts des Français. À la suite de ce brillant fait d’armes, le roi d’Espagne leur donna des lettres de noblesse ; mais les Cornet qui restèrent en France ne purent s’en prévaloir, le gouverneur français du Roussillon, le fameux Sagarre, le leur ayant interdit ; au contraire, ceux qui émigrèrent en Espagne s’en prévalurent et entrèrent dans l’armée espagnole. Après déjeuner, nous partons pour la forêt de Canahettes ; cette forêt, qui a plus de 200 hectares, appartient toute entière à Joseph ; elle est située sur la montagne qui sépare Serrabonne de Domanova. La ferme la plus élevée est à près de 1000m d’altitude. La forêt a été mise par Joseph en coupes réglées ; en ce moment, des charbonniers qui lui ont acheté ses chênes verts, ou yeuses, en font du charbon ; il y a aussi un assez grand nombre de chênes lièges et beaucoup de bruyères surtout. Il y a un peu de gibier ; chemin faisant, nous rencontrons 3 salamandres. Nous rentrons à Vinça, dans la voiture de Joseph ; nous arrivons vers 6h du soir.

Vinça, vendredi 18 octobre 1901

Je pars pour Perpignan par le train de 5h45 du matin ; Maurice part avec moi, mais il s’arrête à Ille. À Perpignan, je fais diverses commissions ; je visite la bibliothèque où je fais quelques recherches ; je vais déjeuner chez ma tante Bonafos. L’après-midi, je vais faire ma visite de digestion chez ma tante Cornet de Bosch, que je ne rencontre pas, et je devais faire une visite à Madame de Llamby, mais je la rencontre dans la rue, ce qui m’en dispense ; j’ai rencontré aussi M. Dalverny, Mme Terrats d’Aguillon, René de Chefdebien[138], Charles de Guardia et son père[139]. Je rentre à Vinça à 8h ¼. Je trouve Maman au lit ; une légère fatigue l’a empêchée de se lever ce matin. Je trouve aussi deux lettres de faire-part, l’une de décès, l’autre d’un mariage ; la première annonce la mort de la sœur de Jacques Hervé-Bazin, en religion sort de l’Agnus dei, décédée en Belgique où sa congrégation avait émigré par suite de la loi si injuste sur les associations (j’écrirai demain à Hervé-Bazin pour lui présenter mes condoléances). La seconde annonce le mariage de mon cousin, M. Léon van den Zande[140], à Bordeaux, avec Mlle Édith de Roland, fille du comte de Rolland ; voici comment je suis parent avec M. van den Zande : mon bisaïeul Antoine de Pontich, père de ma grand-mère de Lazerme, était fils d’une demoiselle de Sicart de Taqui ; il avait un cousin germain nommé de Sicart d’Aloigny qui a épousé une demoiselle de Miquel de Riu ; de ce mariage naquit Adèle de Sicart d’Aloigny qui épousa le baron d’Appat. Du mariage du baron d’Appat avec Mlle de Sicart d’Aloigny sont issus : Jules d’Appat, enseigne de vaisseau, qui a épousé Mlle de Linois, fille de l’amiral, et Mlle d’Appat, qui est devenue Mme van den Zande, celle dont le fils s’est marié le 30 septembre. Mme van den Zande a aussi une fille, Marthe van den Zande.

Vinça, samedi 19 octobre 1901

Le temps est sombre et froid, je ne fais qu’une courte promenade.

Vinça, dimanche 20 octobre 1901

Il pleut, nous n’allons qu’aux offices ; je reçois une carte de ma tante Cornet m’invitant à aller déjeuner demain chez elle à Perpignan ; décidément, ils me comblent !

Semaine du 21 au 26 octobre 1901

Vinça, lundi 21 octobre 1901

Je pars pour Perpignan par le train de 5h50. À Ille, je suis rejoint par Maurice qui est invité aussi chez les Cornet. Nous passons la matinée à visiter Canet, ou plutôt la plage de Canet où nous sommes venus au moyen du tram électrique, et les abords de l’étang de Saint-Nazaire sur les bords duquel est construit, au milieu d’un grand vignoble, le château de l’Espardoux[141] qui appartient à la famille Sauvy. Le domaine de l’Espardoux appartenait autrefois à mon oncle Henri de Lazerme, père de Bon Papa. C’est lui qui l’a vendu au Sauvy et ceux-ci y ont construit le château. Nous déjeunons à midi, et nous passons l’après-midi à nous promener avec Joseph et Pierre jusqu’à l’heure du départ. J’arrive à Vinça à 8h ¼.

Vinça, mardi 22 octobre 1901

Le matin, je vais à bicyclette, d’abord à Rigarda pour réclamer à Garrigue le cheval que nous lui avons loué, puis à Ille ; pendant l’après-midi, je prends avec Maurice des vues dans la garrigue, côteaux sablonneux, au nord d’Ille ; je rentre à Vinça à 5h à bicyclette.

Vinça, mercredi 23 octobre 1901

Je vais à Ille à cheval, je passe la plus grande partie de l’après-midi à mettre en ordre, avec Jean et Papa, les papiers qui courent par terre dans les chambres de la grande maison. Je rentre à Vinça par le train à 8h ¼, après avoir fait mes adieux à Maurice qui part demain matin à 6h pour Montauban, Paris et Verdun.

Vinça, jeudi 24 octobre 1901

Je vais à Ille à cheval. Nous attendions les experts qui devaient venir de Perpignan pour évaluer la grande maison. Joseph Cornet, qui est venu pour les voir, déjeune chez nous, mais les experts n’arrivent pas ; une dépêche de Pierre Cornet nous apprend qu’ils n’ont pas pu venir aujourd’hui, mais qu’ils seront à Ille demain. Papa invite Joseph à revenir déjeuner demain. Je repars à cheval à 4h ½ et j’arrive à Vinça vers 5h ½.

Ille, vendredi 25 octobre 1901

Joseph Cornet arrive à Ille vers 11 heures ; Maman et Marie-Thérèse en voiture et moi à cheval nous sommes arrivés à 9h ½ ; après le déjeuner, les experts visitent la grande maison[142], ils l’évaluent 27.000 francs ; c’est 10 à 12.000 francs de plus que nous ne pensions ; comme Papa n’en a que les 9/20 et que pour nous y installer il faudrait indemniser les autres cohéritiers de l’oncle Victor, il est à craindre que ce prix élevé soit un obstacle à notre installation dans cette maison lors de notre retour à Ille.

Ille, samedi 26 octobre 1901

Le matin à 9 heures, nous assistons au mariage de Mlle Joséphine Trainier, fille du Dr Trainier, d’Ille, avec M. Albert Batlle, de Vinça[143]. Maman repart pour Vinça par le train de 10h30 avec Marie-Thérèse, moi je reste jusqu’à lundi. L’après-midi, je vais avec Papa du côté de notre ancienne vigne de Régleille qui a disparu depuis le phylloxéra. Cette vigne qui est sur un côteau au-dessus de la rivière de la Tet, subit une diminution de superficie à chaque crue de cette rivière et les voisins en profitent pour planter des prairies et des jardins sur les terrains que nous enlève la rivière. Papa a l’intention, non de les chasser de ces terrains, mais de les obliger à reconnaître par un écrit son droit de propriété et à se considérer comme ses fermiers.

Vinça, dimanche 27 octobre 1901

Nous assistons à tous les offices ; après vêpres, nous allons nous promener jusqu’aux Escatllas, nous passons la soirée chez les demoiselles Mathieu.

Semaine du 28 au 31 octobre 1901

Vinça, lundi 28 octobre 1901

Le matin je vais prendre une photographie des ruines de Régleille, puis je vais avec Papa à la Mairie prendre le calque du territoire de Régleille sur le cadastre ; nous nous apercevons que le point du territoire où se trouve notre ancienne vigne ne s’appelle pas Régleille mais bien « Portal de la Sal ». L’après-midi, je vais avec Papa, Dominique Valé, notre fermier de Casenove, et un géomètre, M. Domenach, sur cette vigne ; M. Domenach la mesurera plus tard afin de se rendre bien compte si les nouvelles prairies sont bien chez nous ; en attendant, il vient prendre une première idée des lieux. Nous voyons le plan d’une nouvelle prairie qui a été tracé sur un terrain abandonné par la rivière et qui nous appartient ; c’est un individu qui l’a tracé avec des pierres ; Dominique Valé enlève le tracé et inscrit sur une pierre ces mots : « Défense d’y touché (sic) sans permission » aux applaudissements de Mlle Trésine Mathieu qui le voit opérer de sa propriété. L’ex-futur planteur sera bien attrapé ! Et une autre fois, avant de tracer le projet d’une prairie sur le terrain d’autrui, il viendra demander la permission au propriétaire. Je rentre à Vinça par le train de 8h15.

Vinça, mardi 29 octobre 1901

Nous devions aller à Prades, mais la pluie qui dure toute la journée nous en empêche. Je vais vérifier sur le cadastre la contenance de la propriété de « Bente farines » où nous devons faire une plantation de chêne-liège. J’écris à Margot une lettre de condoléances à l’occasion de la mort de son frère, M. Frédéric des Cordes, un jeune homme de 25 ou 26 ans, mort il y a quelques jours en mer pendant un voyage à Saint-Pierre-et-Miquelon ; son cadavre a été débarqué à Lisbonne où il a été inhumé. Pauvre garçon ! Et dire qu’il y aura demain un an du mariage de Xavier où il était garçon d’honneur avec Marie-Thérèse !

Vinça, mercredi 30 octobre 1901

La pluie continue presque toute la journée, aussi nous ne pouvons pas aller à Domanova comme nous en avions fait le projet ; à peine une éclaircie nous permet-elle de nous promener un moment après déjeuner.

Vinça, jeudi 31 octobre 1901

Il pleut encore toute la journée. Nous nous confinons dans la maison. Le matin, nous déballons avec Maman les anciennes tentures Louis XV qui étaient au salon d’Ille, car Maman veut en emporter une partie à Angers.

Novembre 1901

Semaine du 1er au 3 octobre 1901

Ille, vendredi 1er novembre 1901

C’est aujourd’hui la fête de la Toussaint. Le matin, nous assistons à la grand’messe à Vinça ; à midi, malgré une pluie battante, nous partons pour Ille où nous assistons aux vêpres ; la pluie dure jusqu’à 3 heures de l’après-midi, puis elle s’arrête assez brusquement. Il était temps, car depuis quatre jours, il est tombé 137 millimètres d’eau ! Et les rivières sont très fortes ; si la pluie avait continué un jour de plus, on aurait eu à déplorer un désastre.

Vinça, samedi 2 novembre 1901

Le matin, j’assiste avec Papa à l’office des morts à Ille, puis je vais me promener ; l’après-midi, procession au cimetière, on m’invite à porter un des quatre glands d’un drap mortuaire, Papa en tient un autre. Après la procession, Papa, M. Truillès[144] et moi allons à Bouleternère pour mesurer la bande de terrain que Papa vend à un de nos voisins M. Coste. M. Truillès dresse l’acte que Papa et M. Coste signent séance tenante. Le prix est de 3,75 francs le mètre carré, car cette bande qui touche aux maisons de Bouleternère est considérée comme terrain à bâtir. Nous rentrons à Ille à pied et je rentre à Vinça par le train de 8h15.

Vinça, dimanche 3 novembre 1901

Nous assistons à la grand’messe et à vêpres ; après les vêpres, on va processionnellement au cimetière. Papa y vient avec nous, car il est arrivé par le train de 3h30, porteur de l’acte fait hier à Bouleternère, il le fait signer à Maman, la bande de terre vendue étant détachée d’une propriété de Maman, qui est un bien dotal, cette signature était nécessaire.

Semaine du 4 au 10 novembre 1901

Vinça, lundi 4 novembre 1901

Le matin, je vais me promener à cheval jusqu’à Espira ; l’après-midi, je vais avec Amiel et un marchand de bois nommé Clottes à Bentefarines ; ce Clottes choisit 35 oliviers, pris parmi ceux qui ne produisent rien ; il les abattra la semaine prochaine en nous en donnera 100 francs. Cet argent paiera les frais de la plantation des chênes lièges.

Vinça, mardi 5 novembre 1901

Le matin, je vais me promener à cheval sur la route de Velmanya ; l’après-midi, nous allons tous à Prades. Nous allons voir ma tante et mes cousines de Saint-Jean que nous rencontrons. Voici comment nous sommes parents avec les De Saint-Jean : une demoiselle Lazerme, sœur de mon bisaïeul, épousa le marquis d’Argiot de Lafferrière ; ils eurent une fille qui épousa M. Balalud de Saint-Jean ; du mariage de Mlle de Lafferrière avec M. de Saint-Jean, naquit un fils, M. de Saint-Jean, décédé, qui a épousé Mlle de Romeu[145], actuellement vivante, et que nous sommes allés voir aujourd’hui ; elle a 3 garçons, Hyacinthe, Emmanuel et Joseph, et deux filles, Thérèse, qui a épousé M. Felip, décédé, dont elle a un fils, Xavier Felip, et Marguerite qui n’est pas encore mariée. Nous voyons en même temps que ma tante Thérèse, Marguerite et Emmanuel ; Hyacinthe et Joseph sont absents. Nous voyons aussi à Prades notre cousin M. Emile Marie et sa femme, qui est une demoiselle Sèbe-Boluix, c’est par elle que nous sommes parents[146]. Maman voit ici la nièce de son ancienne nourrice, Mlle Pejouan. Nous rentrons à Vinça à 7h.

Vinça, mercredi 6 novembre 1901

Le matin à 8h ½, je pars pour Ille à cheval, Jacques me suit avec la voiture ; à Ille, Papa monte en voiture et nous allons, toujours dans le même équipage, à Corbère-les-Cabanes où nous allons voir le champ de l’Aire que Papa a acheté lundi à Pierre Cornet. Nous rentrons à Ille pour déjeuner, l’après-midi, nous faisons différentes commissions, puis, à 4h, je repars pour Vinça à cheval, Jacques me suit avec la voiture qui porte la malle de Papa. Maman a quitté Vinça par le train de midi ; elle sera ce soir à 8h de Toulouse où elle passera un jour chez tante Josepha ; nous irons l’y retrouver pour quelques heures, demain soir.

Vinça, jeudi 7 novembre 1901

Dans la matinée, je fais quelques visites d’adieu ; j’assiste aussi à une partie de l’audience à la justice de paix ; nous déjeunons à 10h ½ et nous partons par le train de midi, Papa, Marie-Thérèse, Philomène et moi. Bonne Maman, Philomène grande, Amédée et Mimi Jocaveil nous accompagnent à la gare. À Perpignan où nous avons plus de deux heures à perdre, nous faisons quelques commissions, et nous visitons l’église Saint-Jacques, l’église Saint-Mathieu et le cimetière où nous allons prier sur la tombe qui contient les restes de mon grand-père et de ma grand-mère Estève, de ma tante Rose Estève et de mon oncle Gaëtan Civelli. Nous arrivons à Toulouse à 7h40 ; un excellent dîner nous attend chez mon oncle le colonel Magué où nous retrouvons Maman ; nous passons chez mon oncle et ma tante une charmante soirée et, à onze heures, nous les quittons pour regagner la gare d’où nous repartons à 11h55 pour Bordeaux.

Angers, vendredi 8 novembre 1901

Nous arrivons à Bordeaux à 5h22 du matin ; Papa et moi nous en repartons dix minutes plus tard pour Saintes où nous devons nous arrêter. Maman, Marie-Thérèse et Philomène attendent le train de 8h50. Nous arrivons à Saintes à 8h36. Aussitôt, nous nous mettons à la recherche de la rue Saint-Eutrope où habite l’abbé Bourdé de Villeliné, à qui nous allons faire une visite et dont nous allons faire la connaissance, car Papa correspond avec lui depuis 10 ans sans le connaître. Il nous attendait ; il nous fait visiter la belle basilique romane Saint-Eutrope, puis il nous accompagne à la gare pour le train de 11h5 avec la plus grande amabilité ; nous le trouvons très distingué. À la gare, nous rejoignons Maman et mes sœurs et nous faisons route ensemble pour Angers où nous arrivons à 4h35 ; nous trouvons la température très basse comparativement à celle du Roussillon.

Angers, samedi 9 novembre 1901

Le matin, je vais aux cours de droit romain (M. Coulbault) et de droit administratif (Papa). C’est le premier cours de Papa auquel j’assiste. L’après-midi, je fais différentes courses en ville. Je vais voir le P. Vétillart, jésuite, qui habite une maison en ville et qui met sur ses cartes « l’abbé Vétillart » depuis que la compagnie s’est dispersée par suite de la loi du 3 juillet dernier sur les associations (C’est un bon tour joué au gouvernement ! Les Jésuites ne forment plus une association puisqu’ils ne vivent pas ensemble, mais ils n’en continuent pas moins à diriger leurs œuvres). Je m’entends avec le P. Vétillart au sujet du cours de l’École d’agriculture que je pourrai suivre ; j’en aurai 5 par semaine (4 d’agriculture par M. Lavallée, et un de météorologie par M. Couette). Le soir, après dîner, conférence de Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 10 novembre 1901

Le matin, je vais à la grand’messe en musique de l’église Notre-Dame où l’on célèbre la fête de l’adoration. L’après-midi, j’assiste au Patronage Saint-Serge à une pièce de Brisebarre et Nus Les pauvres de Paris[147], fort bien jouée par les jeunes gens du Patronage, mais fort mal choisie à mon avis, car elle met en scène un banquier qui file avec sa caisse, qui fait faillite en emportant l’argent de ses clients et qui, réhabilité plus tard, persécute encore ceux qu’il a ruinés. Une telle pièce, d’une haute portée sociale, ne devrait pas être jouée devant des enfants du peuple, incapables pour la plupart de raisonner froidement ; elle risque de les exciter contre la société en mettant sous leurs yeux un de ses plus mauvais côtés.

Semaine du 11 au 17 novembre 1901

Angers, lundi 11 novembre 1901

Le matin, un assez fort mal de gorge, qui avait déjà commencé hier, m’empêche d’aller aux cours, je garde le lit jusqu’à onze heures et demis. Papa part pour Le Mans où il va accompagner Philomène au Sacré-Cœur par le train de 1h11. À 5h, je vais au cours d’agriculture de M. Lavallée.

Angers, mardi 12 novembre 1901

Le matin, mon rhume étant guéri, je vais aux cours, l’après-midi, après diverses commissions, je vais au cours d’agriculture, le soir à 8h, j’assiste avec Papa à une conférence donnée à la Salle des Quinconces par M. Renault[148], directeur du nouveau journal La Délivrance sur « Le rôle des Protestants sectaires, associés aux Juifs et aux Francs-maçons, dans la politique actuelle ». L’orateur, auteur du Péril protestant, a fondé La Délivrance et a entrepris une campagne de conférences dans toute la France pour mettre en relief la place beaucoup trop considérable occupée par les Protestants, qui ne sont que 500.000 en France en face de 37.000.000 de catholiques, dans toutes les administrations ; cette prédominance est un danger pour la religion catholique et pour la nationalité française car les Protestants ont leurs attaches et leur idéal chez nos ennemis, les Allemands et les Anglais. En terminant, l’orateur flétrit comme il convient le ministère « trois fois infâme » de défense républicaine. M. Renauld, jeune, grand, à la figure avenante, est nerveux et très énergique ; il n’avance rien sans preuves ; aussi la campagne qu’il a entreprise est-elle appelée, selon toutes prévisions, à un grand succès.

Angers, mercredi 13 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, il n’y a pas de cours d’agriculture, j’en profite pour faire diverses commissions ; je vais à l’escrime notamment, où je retrouve, à peu de chose près, les mêmes personnes que l’année dernière : de Charnacé, Cochin, etc. ; j’apprends que mon ancien professeur, M. Delahaye, y vient tous les soirs.

Angers, jeudi 14 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; il paraît que pendant les cours, l’abbé Bosseboeuf, candidat blackboulé aux élections législatives de 1898 et probablement futur candidat pour 1902, est venu prendre une inscription de doctorat ; on la lui a refusée, alors il est venu avec deux témoins faire constater le refus. Cette démarche semble indiquer chez l’abbé Bosseboeuf l’intention de ne pas quitter Angers ; c’est précisément ce qui lui a fait refuser l’inscription. Car Mgr Rumeau, évêque d’Angers, craignant avec raison que la candidature de l’abbé Bosseboeuf ne soit de nature à diviser le parti catholique et conservateur et à assurer le triomphe du candidat radical et franc-maçon, comme en 1898, a obtenu de l’archevêque de Tours qu’il rappelât l’abbé Bosseboeuf dans le diocèse de Tours d’où il est venu ; l’abbé a été nommé curé d’une paroisse d’Indre-et-Loire, mais il n’a pas encore rejoint son poste et sa démarche de ce matin semble faire croire qu’il n’obéira pas à son archevêque. Mgr Rumeau, qui avait deviné les projets de l’abbé Bosseboeuf, avait sans doute donné l’ordre au secrétaire de la Faculté de refuser l’inscription.

Dans l’après-midi, je vais faire une visite à M. Coulbault, professeur de droit romain, que je rencontre, à M. Jac, professeur de droit civil, que je ne rencontre pas ; je vais voir aussi M. Delahaye que je rencontre. À 5h, Papa et moi nous allons à la Faculté des sciences assister à un cours de météorologie par M. Couette. Le soir à 8h, à la salle de la rue Rabelais, réunion préparatoire de la Jeunesse catholique ; j’y vais.

Angers, vendredi 15 novembre 1901

Le matin, cours à la Faculté. L’après-midi, je vais faire une visite à M. Jac, puis, à 5h ½, cours d’agriculture. À 8h, à la salle de la rue Rabelais, réunion préparatoire de la Conférence Saint-Louis, nous procédons aux élections des dignitaires : le comte Henry de Saint-Pern[149] est élu président en remplacement de M. Normand d’Authon, qui ne se représentait pas ; M. Couteau est élu premier vice-président en remplacement de M. de Saint-Pern, élu président ; M. de Monti de Rezé[150] est élu second vice-président ; Jacques Hervé-Bazin est élu secrétaire en remplacement de Couteau élu vice-président ; enfin M. de Monsabert[151] est élu trésorier en remplacement de M. de Berthois qui a quitté Angers. Ce sont de bons choix ; la première séance de la Conférence aura lieu le lundi 25 novembre.

Angers, samedi 16 novembre 1901

Le matin, cours de droit. L’après-midi, à 2h cours d’agriculture ; puis, je vais faire une visite à M. René Bazin ; je vais me confesser au curé de Saint-Jacques, et à 5h ½, je vais à l’escrime. Le soir, à 8h, Conférence de Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 17 novembre 1901

Le matin, je vais à la messe de 8h à Saint-Joseph où je communie ; je vais ensuite à la grand’messe à Notre-Dame. L’après-midi, je fais plusieurs visites, je ne rencontre personne. À 4h, j’assiste à un lâcher de pigeon sur la place de Lorraine ; il est organisé par la Société colombophile de Maine-et-Loire. Je vais au salut à 6h ½ dans l’ancienne chapelle des Pères Jésuites organisée en chapelle de secours pour l’église Saint-Serge.

Semaine du 18 au 24 novembre 1901

Angers, lundi 18 novembre 1901

Le matin, cours de droit (M. Bazin oublie de venir faire le sien). À 5h ¼, cours de botanique par l’abbé Noffray. À 8h ¼, a lieu dans la grande salle de conférences de l’Université la séance solennelle de rentrée ; elle est présidée par le cardinal Labouré, archevêque de Rennes[152], il y a aussi plusieurs des évêques protecteurs de l’Université. On distribue les médailles et les récompenses des concours. Puis Mgr Pasquier, recteur de l’Université, fait un rapport sur les travaux de l’année écoulée ; la séance se termine par une allocution du cardinal Labouré.

Angers, mardi 19 novembre 1901

Le matin, a lieu à la chapelle de l’internat la messe du Saint-Esprit célébrée par l’évêque d’Angoulême ; Mgr de Durfort[153], du Mans, prélat de la Maison de Sa Sainteté, y prend la parole. À dix heure un quart, dans la salle de la Conférence Saint-Louis, séance de rentrée de l’École supérieure d’agriculture ; elle est présidée par M. L. de Maillé, duc de Plaisance[154], président du Conseil supérieur de l’école. Après quelques paroles du duc, on entend un rapport du P. Vétillart, directeur de l’école ; on constate avec plaisir que le nombre des élèves s’est beaucoup accru (29 inscrits) et l’école a à peine trois ans d’existence ; cela fait bien augurer pour l’avenir. L’abbé Noffray, professeur, prononce ensuite un long discours sur l’idéal de « l’agriculteur chrétien ». À midi, Papa dîne à l’Évêché avec les professeurs de l’Université ; c’est un véritable banquet, nous dit-il, il y avait 58 convives ; en dehors des évêques et des professeurs, il y avait les professeurs de l’École d’agriculture, le duc de Plaisance, le Père Vétillart. Le soir à 8h, nous assistons au Cirque-théâtre à une conférence donnée par le jonkher Sandberg, aide de camp du généralissime boer Louis Botha ; il est présenté à la nombreuse assemblée (environ 1800 personnes de toutes conditions) par M. Joubert ; quand il paraît, en uniforme d’officier transvaalien, il est accueilli par un tonnerre d’applaudissements et par de frénétiques acclamations. C’est avec des larmes dans la voix qu’il nous dépeint les souffrances atroces auxquelles les femmes et les enfants des Boers sont soumis dans les camps de concentration où les Anglais les parquent et où ils meurent par milliers (le pourcentage de la mortalité est énorme !) ; le jonkher nous renseigne ensuite sur la manière dont les Anglais font la guerre : comme les Boers faisaient sauter souvent les trains militaires anglais, les généraux britanniques ont imaginé de placer sur la locomotive de leurs trains des femmes ou des enfants boers tirés des camps de concentration, et qui protègent ainsi par leur présence les trains de leurs ennemis ! D’autres fois, pendant les batailles, les Anglais font ranger devant eux des femmes boers et tirent à l’abri de leurs corps ; les Boers alors, pour ne pas tirer sur leurs femmes, sont obligés d’aller au combat à cours de crosse ; si les femmes boers veulent fuir du champ de bataille, les Anglais les y ramènent à coups de fusil ou de canon ! En un mot, les Anglais, qui sont 250.000 contre 20 ou 25.000 boers, font une guerre de lâches et de sauvages. M. Sandberg fait faire une quête pour venir en aide aux femmes et aux enfants enfermés dans les camps de concentration, qui manquent du nécessaire ; cette quête lui rapporte environ 450 francs. Ensuite, il montre de curieuses projections de photographies prises sur le théâtre de la guerre. M. Sandberg s’exprime en français d’une façon un peu embarrassée, mais très suffisante ; son discours est coupé par de frénétiques applaudissements ; pour donner une idée de la grandeur d’âme de ces Boers, comme l’assemblée criait souvent « À bas les Anglais », il nous a repris doucement en disant : « Ne maudissais pas nos ennemis, je vous en supplie ».

Angers, mercredi 20 novembre 1901

Le matin, cours ; l’après-midi, j’assiste, à la Cour d’assises, à la condamnation à 5 ans de prison d’un vagabond pris en flagrant délit de vol, la nuit, avec effraction. Ensuite, je vais faire la visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul, puis je vais chez M. Gavouyère, doyen de la Faculté de droit, que je rencontre, puis chez Mlle Grieshaber, que je ne rencontre pas. Le soir, Papa et Maman assistent, au théâtre, à la représentation de Quo Vadis, la pièce tirée du fameux roman de Sinkierrickz, qui porte le même nom ; la pièce est jouée par des acteurs de la « Porte Saint-Martin », qui font une tournée en province.

Angers, jeudi 21 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, j’assiste au Palais de justice à la condamnation à deux ans de prison d’un ancien domestique de la famille d’Andigné qui a cambriolé le château des D’Andigné près de Beaufort ; la vieille marquise d’Andigné[155] et Mlle d’Andigné viennent témoigner ; plusieurs domestiques de la famille viennent aussi témoigner. Les circonstances atténuantes ayant été admises (je me demande pourquoi ?), le voleur ne peut plus être condamné que de 1 à 5 ans de prison ; la Cour lui donne deux ans de prison ; au lieu que, sans les circonstances atténuantes, il aurait eu de 5 à 20 ans de travaux forcés. À 5 heures ¼, j’assiste au cours de météorologie de M. Couette, et à 8h, dans la chapelle de la rue Rabelais, à une réunion de la Congrégation à laquelle tous les étudiants – congréganistes ou non – ont été invités.

Angers, vendredi 22 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je vais à bicyclette à la ferme de la Sermonnerie, entre Avrillé et Montreuil-Beffroy ; c’est la ferme d’expérience de l’École d’agriculture ; nous sommes plusieurs élèves, et M. Lavallée nous montre des bestiaux d’abord, puis des champs nouvellement ensemencés. Le soir à 8h ½, nous assistons à la représentation du cirque Plège ; après divers exercices fort bien exécutés, on exécute une pantomime en 4 actes qui représente d’abord des scènes de la vie chinoise, des Européens implantés en Chine, puis une fête au Palais impérial, les massacres des Européens par les Boxers, enfin la prise de Pékin par les armées alliées et des danses exécutés par les soldats alliés dans le Palais impérial ; les costumes étaient très riches, et la couleur locale respectée.

Angers, samedi 23 novembre 1901

Le matin cours de droit. À 2 heures, cours d’agriculture de M. Lavallée ; ensuite, je vais, avec Marie-Thérèse, voir le curé de Saint-Jacques, l’abbé Brossard ; enfin, je vais à la leçon d’escrime. Le soir, conférence de Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 24 novembre 1901

Le matin, je vais à la messe de communion de 8 heures à Notre-Dame ; on célèbre la fête d’une société de secours mutuels, et le chanoine secrétaire prononce une allocution. L’après-midi, je vais au Patronage Saint-Serge. Puis je vais féliciter Roger Follenfant du succès de son examen de rhétorique.

Semaine du 25 au 31 novembre 1901

Angers, lundi 25 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je vais faire une visite à M. Lavallée, que je ne rencontre pas, à M. Maurice Gavouyère, que je ne rencontre pas, et à Mlle Grieschaker, que je rencontre ; je décide avec elle que je vais reprendre mes leçons d’allemands tous les 15 jours, le mardi de 4 à 5 heures. Le soir, à la Conférence Saint-Louis, admission de plusieurs nouveaux membres ; Bonnet lit un travail sur l’impérialisme anglais ; il l’intitule « Edouard VII seigneur du Transvaal ».

Angers, mardi 26 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je vais m’entendre avec M. Pinguet, professeur de musique, au sujet des leçons de mandoline ; nous nous mettons d’accord pour prendre la leçon le lundi de 3 à 4 heures de l’après-midi. À 4 h, je vais prendre la leçon d’allemand chez Mlle Grieschaker. À 5h ¼, cours d’agriculture ; ensuite, je vais voir, à l’internat, Normand d’Authon qui est un peu malade, et De Reviers.

Angers, mercredi 27 novembre 1901

Le matin, cours de droit. L’après-midi, à 5 heures, je vais à l’escrime. Avant, j’ai eu la visite de De Reviers. Maman, fatiguée, garde le lit.

Angers, jeudi 28 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, j’aurais dû aller au cours de météorologie, mais, comme je suis bien enrhumé et que le temps est très froid, Papa ne veut pas m’y laisser aller ; de même, je ne vais pas le soir à la réunion de la Congrégation ; je me fais excuser par De Bréon.

Angers, vendredi 29 novembre 1901

Le matin, cours de droit ; le soir, à 5h, cours d’agriculture.

Angers, samedi 30 novembre 1901

Le matin, je dois dans l’impossibilité d’assister au second cours, celui de Papa, je ne sais quel étudiant nous ayant enfermés Gazeau, De Bréon et moi, dans la chambre de Gazeau à l’internat ! Malgré nos appels, on ne vient nous délivrer qu’à 10h25, c’est-à-dire tout à fait à la fin des cours ; c’est une bien vilaine farce ! Maman part pour Neuilly par le train de 10h ½. L’après-midi, je vais me confesser à l’abbé Brossard à Saint-Jacques, puis à l’escrime ; le soir, à cause de mon rhume, je n’assiste pas à la conférence Saint-Vincent-de-Paul ; Papa y va seul et, à son retour, m’annonce qu’on m’a nommé secrétaire de la Conférence.

Décembre 1901

Semaine du 1er décembre 1901

Angers, dimanche 1er décembre 1901

Le matin, je vais à la messe de communion de 8h à Notre-Dame ; l’après-midi, après une promenade du côté de la route des Ponts-de-Cé, nous allons à vêpres à Saint-Joseph.

Semaine du 2 au 8 décembre 1901

Angers, lundi 2 décembre 1901

Voulant en finir avec mon rhume, je me décide à ne pas quitter la maison d’aujourd’hui, et de plusieurs jours si c’est nécessaire ; aussi, je ne me lève ce matin qu’à 11h ; l’après-midi, je prends une leçon de mandoline au petit salon d’où je ne bouge guère d’ailleurs. Heureusement, pour me distraire, j’ai la lecture de Quo vadis ; je ne sais ce qu’on doit admirer le plus dans ce roman : de l’antithèse continue qui fait ressortir, au regard de la cruauté et de la bassesse des mœurs païennes, la douceur et l’élévation des mœurs chrétiennes ; ou du coloris si vif, du style si vigoureux, qui montre la vie romaine, tant celle des Chrétiens que celle des Païens, avec une exactitude telle que le lecteur se croit au milieu des Pétrone et des Vicinius, des Pomponia et des Lygie. Le soir, je me fais excuser par De Saint-Pern pour la Conférence Saint-Louis où Roques doit parler sur « La question canadienne ».

Angers, mardi 3 décembre 1901

Aujourd’hui encore, je ne me lève qu’à 11h ; j’achève la lecture de Quo vadis. Je reprocherais une chose à ce roman, d’ailleurs remarquable, c’est d’avoir peut-être péché contre la vérité historique en représentant trop Néron sous les traits d’un artiste, ou d’un faux artiste, qui tirait, incendiant et torturant pour se procurer des jouissances artistiques, le plaisir d’assister à des drames véritables ; je crois que Sienkiewickz a un peu trop laissé de côté les calculs politique de ce monstre dont le nom

                            « … sera, dans la race future

                            Au plus cruel tyran, une cruelle injure ».

Angers, mercredi 4 décembre 1901

Ce matin, mon rhume étant en bonne voie de guérison, je vais aux cours, l’après-midi, j’assiste à la première conférence de droit civil.

Angers, jeudi 5 décembre 1901

Le matin à 8h, à la chapelle de l’internat Saint-Clair, messe suivie du sermon du R. P. Trophime dominicain ; c’est le premier jour de la retraite, qui finira dimanche. Le P. Trophime annonce les sujets de ses discours ; il parlera sur « l’âme » ; il commence aujourd’hui en traitant « des sens » ; c’est un vrai cours de psychologie. Après le sermon, les cours de droit ont lieu, mais abrégés. L’après-midi, à 5h ¼, cours de météorologie. Le soir à 8h, à cause de mon rhume, qui n’est pas encore fini, je ne vais pas au sermon. Nous apprenons le mariage d’un de nos cousins éloignés, le baron Henry de Descallar, avec Mlle Eulalie Nissimovich, fille de M. Charles Nissimovich, secrétaire général interprète du gouverneur de Tripoli ; le mariage a été célébré le 28 octobre dernier dans l’église catholique de Tripoli de Barbarie. Le baron Henry de Descallar est fils du comte de Descallar et de la comtesse, née de Clermont. Voici comment nous sommes parents avec les Descallar : le grand-père de mon bisaïeul de Pontich, M. de Pontich, avait épousé une demoiselle de Descallar, ou plutôt de Descatllard, d’après l’ancienne orthographe du nom ; avant cette époque, le nom s’était même orthographié « dels Catllard », ce qui signifie en catalan « des échelles », ou des échelons ; aussi, les Descallar sont une des plus vieilles familles de la Cerdagne et de l’Empurdan ; aujourd’hui, ils ont subi des revers de fortune qui leur ont enlevé beaucoup de leur ancienne splendeur.

Angers, vendredi 6 décembre 1901

Le matin, à 8h, messe et instruction à la chapelle de l’internat ; ensuite, cours de droit civil. L’après-midi, à 5h, cours d’agriculture. Le soir, je vais au sermon à l’internat.

Angers, samedi 7 décembre 1901

Le matin, messe et instruction ; suivies du cours de droit administratif. L’après-midi, à 2h, cours d’agriculture ; ensuite, Marie-Thérèse et moi allons nous confesser au curé de Saint-Jacques ; puis je vais à la leçon d’escrime ; le soir, sermon à la chapelle de l’internat. Papa fixe au lundi à 4h l’heure de la conférence de droit administratif. Le programme de ma semaine se trouve maintenant réglé ainsi :

Lundi :

matin : à 8h, cours de droit civil ; à 9h ½, cours de droit criminel

soir : à 4h, conférence de droit administratif ; à 5h ¼, cours d’agriculture ; à 8h, réunion de la Conférence Saint-Louis

Mardi :

matin : à 8h, cours de droit romain ; à 9h ½, cours de droit administratif

soir : à 4h, leçon d’allemand (tous les 15 jours) ; à 5h ¼, cours d’agriculture

Mercredi :

matin : à 8h, cours de droit civil ; à 9h ½, cours de droit criminel

soir : à 5h, conférence de droit civil

Jeudi :

matin : à 8h, cours de droit romain ; à 9h ½, cours de droit administratif

soir : à 2h, leçon de mandoline ; à 5h ¼, cours de météorologie (jusqu’au 1 janvier seulement) ; à 8h, réunion de la Congrégation de Notre-Dame de l’Annonciation

Vendredi :

matin : à 8h, cours de droit civil ; à 9h ½, cours de droit criminel

soir : à 5h ¼, cours d’agriculture ; de temps en temps, visite à la ferme de la Sermonnerie dans l’après-midi du vendredi. Souvent, à 8h, conférence publique dans la grande salle de l’Université

Samedi :

matin : à 8h, cours de droit romain ; à 9h ½, cours de droit administratif

soir : à 2h, cours d’agriculture ; à 5h, leçon d’escrime ; à 8h, réunion de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse Saint-Serge, au presbytère de Saint-Serge

Dimanche :

tous les 15 jours (sauf empêchement), au Patronage Saint-Serge, je surveille les enfants.

Angers, dimanche 8 décembre 1901

Le matin, je vais avec Papa à la messe de communion qui clôture la retraite à la chapelle de l’internat. À 3h, à vêpres à la cathédrale, j’assiste à la procession de foi et au serment des professeurs de l’Université en robe ; enfin, le soir, à la salle de place Saint-Martin, à la réunion générale des conférences de Saint-Vincent-de-Paul

Semaine du 9 au 15 décembre 1901

Angers, lundi 9 décembre 1901

Le matin, cours de droit civil et de droit administratif (celui-ci à cause du cours de M. Bazin, qui est absent). Au cours de Papa, on fait beaucoup de tapage ; les principaux auteurs de ce tapage sont Roussier[156] et De Beauregard. Le soir, à 4h, conférence de droit administratif ; à 5h, cours d’agriculture ; et à 8h, réunion de la Conférence Saint-Louis où on entend une conférence de l’abbé Thomas sur « Les caisses rurales ». Je présente à la conférence Richard de Reviers de Mauny, qui sera reçu à la prochaine séance.

Angers, mardi 10 décembre 1901

Cours de droit romain et de droit administratif. Roussier, De Beauregard et Roques font énormément de bruit malgré les observations de Papa ; Papa est obligé de faire sortir Roussier ; il fait un rapport au doyen sur son cas. L’après-midi, à 4h, leçon d’allemand ; à 5h ¼, cours d’agriculture. Maman arrive de Neuilly par le train de 8h35.

Angers, mercredi 11 décembre 1901

Le matin, cours de droit civil et de droit administratif (toujours pour remplacer M. Bazin) ; De Beauregard ne vient pas au cours ; Roussier, qui arrive au milieu du cours, est mis à la porte immédiatement et prié de ne revenir qu’avec un mot du doyen. On cause moins que les jours précédents ; mais, malgré la défense expresse de Papa, on fait rouler des boules tout le temps du cours, si bien que Papa, après plusieurs observations très sévères, est obligé d’interrompre le cours ; c’est une situation intenable ! L’après-midi, à 5h, conférence de droit civil.

Angers, jeudi 12 décembre 1901

Ce matin, au cours de Papa, on s’est tenu un peu mieux, grâce à la précaution qu’a eue Papa d’expulser Roussier qui venait sans la permission du doyen ; cependant, vers le milieu du cours, éclate la sonnerie d’un réveil caché sous la tribune. L’après-midi, à 3h, leçon de mandoline ; à 4h ½, je vais prendre le thé chez De Reviers ; à 5h ¼, cours de météorologie.

Angers, vendredi 13 décembre 1901

Avant le cours de Papa, De Beauregard, Roques et Condoyer qui étaient en train de déranger la tribune, sont surpris par l’appariteur ; celui-ci, ayant voulu les obliger à la remettre en place, De Beauregard l’a insulté ; l’appariteur est allé alors chercher le doyen, qui a pris les noms des coupables ; ils auront sans doute une sévère punition qu’ils n’auront pas volée. Pendant le cours de Papa, il y a eu plus de calme à cause de l’absence de Roussier et de De Beauregard. L’après-midi, à 3h, je vais faire une visite à De Solis y Desmaisières[157], l’élève espagnol de l’école d’agriculture, je ne le rencontre pas. À 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, samedi 14 décembre 1901

Le matin, cours de droit (celui de Papa a lieu avec un calme parfait) ; à 11h, je vais me faire couper les cheveux chez Normandin. L’après-midi, à 2h, cours d’agriculture ; ensuite, je vais me confesser à Saint-Jacques ; à 5h, je vais à la salle d’escrime ; à 8h, conférence de Saint-Vincent-de-Paul, j’y donne lecture de la liste des familles secourues, que j’ai faite cette semaine.

Angers, dimanche 15 décembre 1901

Le matin, j’assiste, à 8h, à la messe de communion de la chapelle de la rue Rabelais ; je rentre vers 9h ½, et je ne ressors pas de toute la journée à cause de mon rhume qui m’a repris et qui m’empêche de respirer par le nez et me gêne beaucoup pour parler.

Semaine du 16 au 22 décembre 1901

Angers, lundi 16 décembre 1901

À cause de mon rhume, je ne me lève que vers 11h ; je ne quitte pas la maison, je me distrais par la lecture de diverses études du Correspondant, notamment une étude sur l’origine de la « Liberté de conscience et des cultures » du vicomte de Meaux ; une autre sur un recueil de lettres de Bismarck ; une 3e sur le « Monument de Turenne à Salsbach » ; une 4e enfin, sur le sauvetage des diamants de la couronne en mars 1815 au moment du retour de Napoléon. Une dépêche de l’oncle Xavier arrivée ce matin nous annonce son arrivée pour demain soir. Maman et Marie-Thérèse vont, à la salle de la rue des Quinconces, à un concert où on entendra Botrel et sa femme, au profit de l’achèvement de l’église Notre-Dame.

Angers, mardi 17 décembre 1901

Je ne quitte pas encore aujourd’hui la maison. L’oncle Xavier arrive ici (à 4h35), après avoir passé 3 semaines de permission en Roussillon pour ses affaires. Il reçoit une lettre lui annonçant que sa fille Madeleine est souffrante, ce qui va l’oblige à repartir dès demain, au lieu d’après-demain, comme il en avait l’intention.

Angers, mercredi 18 décembre 1901

Je vais au cours ce matin ; à 5h, nous accompagnons l’oncle Xavier à la gare ; il sera à Paris ce soir ; et il en repartira demain dans l’après-midi pour arriver à Verdun demain à 10h du soir.

Angers, jeudi 19 décembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 2h leçon de mandoline de M. Pinguet ; à 5h, cours de météorologie de M. Couette.

Angers, vendredi 20 décembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, samedi 21 décembre 1901

Le matin, cours de droit. L’après-midi, à 2h, cours d’agriculture ; à 8h, à l’Université dans la grande salle de conférences, séance solennelle de la Conférence Saint-Louis. M. Lerolle, député de Paris[158], vient la présider ; le programme était celui-ci : d’abord allocution du président, comte Henry de Saint-Pern ; rapport du secrétaire, Jacques Hervé-Bazin, sur les travaux de l’année dernière ; discours de M. René Bazin ; discours de M. Lerolle. Mais M. Lerolle, ayant manqué la correspondance au Mans, n’arrive que vers 9h ; aussi on commence par lire le rapport ; M. Lerolle arrive lorsqu’il en est à plus de la moitié ; M. de Saint-Pern lui souhaite ensuite la bienvenue ; puis M. René Bazin lit un fort joli discours sur les genres de travaux abordés aujourd’hui par les jeunes gens ; enfin, M. Lerolle prononce son discours ; il dit que les catholiques étant, en France, l’immense majorité, doivent reprendre la place qui leur es due, d’autant plus qu’eux seuls peuvent résister à la désagrégation de la société dont les assises – idées de patrie, de famille et de propriété – sont si fortement ébranlées aujourd’hui. M. Lerolle compte sur les jeunes gens pour réaliser cette œuvre de justice et de salut national. Ce discours a été vigoureusement applaudi.

Angers, dimanche 22 décembre 1901

Le matin, à 8h ½, dans la chapelle de l’externat Saint-Maurille, j’assiste à la première messe de M. l’abbé Joseph Henry, frère de l’enseigne de vaisseau Paul Henry mort l’année dernière à la défense du Peï-Tsang et fils de M. Henry, professeur à l’Université catholique. M. l’abbé Henry, ordonné hier par l’évêque de Saint-Brieuc, a voulu venir célébrer sa première messe dans la chapelle de l’externat où il a été élevé ; il a autour de lui beaucoup d’amis de sa famille. L’après-midi, j’assiste avec Papa à une séance du Patronage Saint-Serge ; on y joue une comédie, le Moulin du chat qui fume, et un drame Les mémoires du diable.

Semaine du 23 au 29 décembre 1901

Angers, lundi 23 décembre 1901

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 1h ½, je vais me confesser à M. Brossard, à Saint-Jacques. À 3h moins le quart, je vais avec Maman faire une visite à Mme des Loges, puis chez Mme Gavouyère ; ensuite, je vais à la conférence de droit administratif, puis au cours d’agriculture. Le soir à 8 heures, à la Conférence Saint-Louis, conférence de Roger de Bréon sur « Les États-Unis d’Europe ».

Angers, mardi 24 décembre 1901

Le matin, à 7 heures, je vais à la messe à Notre-Dame où je communie ; ensuite, cours de droit. L’après-midi, malgré une véritable tempête, Maman, Marie-Thérèse et moi nous allons faire une visite à Mme Hervé-Bazin ; à 4h, leçon d’allemand ; à 5h ½, cours d’agriculture ; le soir, nous veillons en attendant l’heure d’aller à la messe de minuit à Saint-Joseph, nous y allons à 11h ¼ en voiture.

Angers, mercredi 25 décembre 1901 (Jour de Noël)

Après la messe de minuit, où nous avons communié, nous réveillonnons ; puis je me couche et je ne me lève qu’à 10 heures. Je reçois une lettre de Xavier me disant qu’il a appris que M. Lafarge, d’Angers, a l’intention d’acheter une voiture automobile Mars ; il me prie d’aller trouver M. Lafarge, de lui faire adresser la commande à lui ; il touchera ainsi une commission que nous partagerons ; je vais voir M. Lafarge à 2h, malheureusement, la commande est déjà fate par l’intermédiaire d’une maison d’Angers, j’en suis pour mes frais ! Nous allons à vêpres à Saint-Joseph.

Angers, jeudi 26 décembre 1901

Le matin, cours de droit. L’après-midi, à 2 heures leçon de mandoline. Par le courrier de 4 heures, Papa reçoit une lettre de M. Le Marois lui annonçant que la Chambre civile de la Cour de Cassation a cassé, mardi dernier, l’arrêt de la Cour de Montpellier qui nous était favorable, dans l’affaire en demande de rectification d’actes de l’État-civil de la famille Lazerme[159]. Il ne nous dit pas devant quelle cour d’appel l’affaire est renvoyée ; quoiqu’il en soit, et bien que cet arrêt ne tranche qu’une question de droit, il est bien ennuyeux d’avoir encore longtemps à nous préoccuper de cette affaire où nous ne sommes que partie jointe. Le soir, à 8h, j’assiste à la réunion de la Congrégation, rue Rabelais.

Angers, vendredi 27 décembre 1901

Le matin, cours de droit ; après les cours, examen d’agriculture par M. Lavallée, en présence du P. Vétillart, je m’en tire passablement. L’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture. À 8h ¼, nous assistons à une conférence du Recteur des Facultés, Mgr Pasquier, sur « Les principaux étonnements d’un voyage autour du monde ». Mgr Pasquier qui, en sa qualité de supérieur général du Bon Pasteur, a fait l’an dernier le tour de la terre en passant par l’Inde, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis d’Amérique, pour inspecter les deux cents et quelques maisons de cet ordre qui sont répandues sur la surface du globe, nous lit un charmant travail, dans un style très doux et souvent émaillé de citations classiques sur les « principaux étonnements » que cet énorme voyage lui a fait éprouver. Mgr Rumeau assistait à la conférence ; Maman, fatiguée, avait été obligée de se coucher de bonne heure, et n’a pas pu y venir.

Angers, samedi 28 décembre 1901

Le matin, cours de droit, les derniers avant le jour de l’an, car c’est aujourd’hui que nous entrons en vacances. L’après-midi, à cinq heures, je vais à l’escrime ; à 8h, conférence de Saint-Vincent-de-Paul, où je propose d’admettre plusieurs familles de la part de M. Jac ou du P. Carron.

Angers, dimanche 29 décembre 1901

Le matin, nous allons à la grand’messe à Saint-Joseph ; l’après-midi, jusqu’à 5 heures, je reste au Patronage où je surveille les enfants. Je rentre ensuite et j’écris des lettres du jour de l’an jusqu’au moment de dîner.

Semaine du 30 au 31 décembre 1901

Angers, lundi 30 décembre 1901

Ce matin, je me lève tard, comme il convient quand on est, pour peu de temps, en vacances. Dans la journée, j’écris un grand nombre de lettres. Philomène arrive ce matin pour 5 jours.

Angers, mardi 31 décembre 1901

Je me lève encore assez tard ; j’écris quelques lettres. Le soir, je vais me confesser avec Marie-Thérèse, à Saint-Jacques. Le soir, au moment de dîner, vient le moment des étrennes ; Marie-Thérèse, Philomène et moi nous nous sommes cotisés pour offrir un petit objet à Papa et Maman. Nous voilà donc arrivés au terme de cette 1ère année du XXe siècle. Elle est navrante pour notre patriotisme et notre foi ! Un gouvernement de dictateurs sans vergogne et sans honneur s’est employé toute l’année à démolir l’esprit de discipline dans l’armée et a détruit la liberté des congrégations par la loi néfaste du 1er juillet, qui organise la liberté d’association pour tout le monde, sauf pour elles. La liberté d’enseignement, déjà atteinte par la loi sur le contrat d’association, est menacée d’être brutalement supprimée par différents projets d’initiative parlementaire. Ce n’est qu’à l’extérieur que nous avons eu quelques consolations, par le règlement de la question chinoise où les propositions de la France ont formé la base de l’accord des puissances, et par la démonstration contre la Turquie qui a montré que nous saurions faire respecter les droits de nos compatriotes et surtout notre protectorat religieux. L’année 1902, qui nous apportera les élections législatives, mettra-t-elle enfin, à la place de cette république dreyfusarde, un gouvernement honnête et patriote ? L’avenir nous le dira.


[1] Les conférences sont des cercles d’étudiants catholiques. La Conférence Saint-Louis a été fondée à Angers en 1886 par Ferdinand Hervé-Bazin (1847-1889), beau-frère du célèbre écrivain René Bazin (dont il sera question plus loin) pour accueillir les élèves des facultés catholiques. Elle organisait des lectures publiques et des conférences (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[2] Il s’agit de Jean Gavouyère (Rennes, 11 octobre 1839-Angers, 19 février 1909), doyen de la Faculté catholique de droit d’Angers, marié à Adrienne Chemin, et de son fils Maurice (Rennes, 6 décembre 1866-Les Ponts-de-Cé, 4 août 1951), avocat, secrétaire des Facultés catholiques de l’Ouest (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[3] Il s’agit très certainement de la famille de René Bazin (Angers, 26 décembre 1853-Paris, 20 juillet 1932), professeur de droit à la Faculté catholique d’Angers, romancier, membre de la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers en 1880, qui sera élu membre de l’Académie française en 1903. Il avait épousé en 1876 Aline Bricard (1855-1936), d’où 8 enfants. Il sera souvent question de cette famille ici (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[4] Élisabeth Bazin (Angers, 9 octobre 1879-Lyon, 13 décembre 1926), première fille de René Bazin dont il est question dans la note précédente, épousa le 5 janvier 1901 en l’église Saint-Laud de Tours l’architecte lyonnais Antoine Sainte-Marie Perrin (1871-1928), fils de Louis Perrin dit Sainte-Marie Perrin (1835-1917), auteur notamment de la basilique de Fourvière. Ils n’eurent pas de postérité (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[5] Joseph Rumeau (Tournon-d’Agenais, 11 janvier 1849-9 février 1940), évêque d’Angers de 1898 à sa mort (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[6] René Ferdinand Nicolas Marie Bazin (devenu René-Bazin en 1922 ; Angers, 11 mai 1877-23 mai 1940), fils aîné de l’auteur René Bazin évoqué dans une note plus haut. Polytechnicien (1897), il fut industriel dans l’électrécité. Son épouse Madeleine Gain, née à Angers en 1880, était la fille de Louis Gain, bâtonnier de l’ordre des avocats de cette ville et procureur de la République (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[7] Alphonse Pierre Marie Favier du Perron (Marsannay-la-Côte, Côte d’Or, 22 septembre 1837-Pékin, 4 avril 1905), prêtre lazariste, missionnaire à Pékin depuis 1862, vicaire apostolique de Pékin en 1898. ’est lui qui négocie le décret impérial du 15 mars 1899 sur les relations des évêques avec les autorités civiles chinoises. Il assiste à la révolte des Boxers et dirige la défense du quartier du Pé-Tang lors du siège du 13 juin au 16 août 1900 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[8] Le Pé-Tang ou Beitang (chinois : 北堂 ; litt. « cathédrale du nord »), de son nom officiel cathédrale de Xishiku (chinois traditionnel : 西什庫天主堂 ; chinois simplifié : 西什库天主堂), également connue sous le nom de cathédrale Saint-Sauveur ou église Saint-Sauveur (chinois : 救世主堂), est une ancienne cathédrale du Pékin impérial de la fin du XIXe siècle. Il est situé à l’intérieur de l’enceinte de la Cité impériale. En 1900, lors de la révolte des Boxers, il a été assiégé du 6 juin au 16 août, au cours de violents combats. L’édifice est affecté désormais à l’organisation chinoise de l’association patriotique qui n’est pas reconnue par Rome.  (Wikipédia ; note de l’éditeur, S. Chevauché).

[9] Paul Henry (Angers, 11 novembre 1876-tué lors de la défense de la cathédrale du Pé-Tang le 30 juillet 1900). René Bazin a rédigé une plaquette en son hommage, publiée à Tours en 1900 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[10] La reine Victoria est décédée le 22 janvier 1901. Son fils Édouard VII lui succède comme roi d’Angleterre, jusqu’à sa propre mort en 1910 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[11] Il s’agit probablement d’Arthur de Lancrau, comte de Bréon (1843-1903), capitaine d’artillerie, marié à Marthe de Certaines (1857-1914), dont le fils Roger de Lancrau de Bréon (1882-1934) était de la même génération qu’Antoine d’Estève de Bosch. Famille vivant à Bréon, commune de Marigné-Peuton, Mayenne, à 48 au nord d’Angers (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[12] Certainement Jacques Hervé-Bazin (Angers, 22 juillet 1882-Le Kremlin-Bicêtre, 10 septembre 1944), fils de Ferdinand Hervé et de Marie Bazin et neveu de l’écrivain René Bazin, souvent cité ci-dessus. De la même génération qu’Antoine d’Estève de Bosch, il fut lui-même magistrat et professeur à l’Université catholique d’Angers. Marié en 1909 à Paule Guilloteaux, ils sont les parents du célèbre écrivain Jean-Pierre Hervé-Bazin dit « Hervé Bazin » (1911-1996) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[13] Charles Guillaume Buston (né à Bordeaux le 18 juillet 1848), professeur à la Faculté catholique de droit d’Angers, marié dans cette ville le 14 septembre 1878 avec Marie Marthe Belleuvre. Leur fils, Paul Buston (Angers, 25 août 1879-1964) fut colonel d’artillerie (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[14] Il s’agit très certainement de la Congrégation de la Très Sainte-Vierge. L’année 1901 fut marquée par d’âpres débats sur les congrégations, donnant lieu à une loi au mois de juillet – dont il sera question plus loin – puis, plus tard, sur la fameuse loi de 1904 interdisant les congrégations en France (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[15] Il s’agit peut-être de Marie Bouvier (Angers, 25 mars 1849-14 octobre 1929), mariée le 18 avril 1871 à Angers avec Valentin Huault-Dupuy (Angers, 30 octobre 1844-23 novembre 1912), membre de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts d’Angers, avocat et propriétaire terrien (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[16] Il s’agit du discours prononcé à la Chambre par Pierre Waldeck-Rousseau (1846-1904) en février 1901 au moment de la présentation de sa loi sur les congrégations, qui sera votée en juillet de la même année (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[17] Peut-être Louis Vachez (Déols, Indre, 5 avril 1884-Nantes, 6 mai 1969), fils d’Alfred Vachez et Valentine Moulin, qui sera architecte et épousera en 1925 à Angers Marthe Bigot (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[18] André de Joly (Paris, 26/1/1857-6 avril 1934), chef de cabinet de différents ministres de la IIIe République, fut nommé en 1893 préfet de la Creuse, puis de la Vendée (1895), de Saône-et-Loire (1899), du Maine-et-Loire (1900) puis des Alpes-Maritimes (1904) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[19] Très certainement Marie Le More (Chantenay, Sarthe, 21 mai 1855-Le Mans, 11 juin 1923), mariée le 22 novembre 1877 à Chantenay avec Charles Loir-Mongazon (Cholet, 9 juillet 1848-Paris, 17 février 1887), professeur à l’Université catholique d’Angers. Leurs deux filles, mentionnées plus haut lors d’un bal – voir 17 janvier 1901 –, Cécile et Thérèse, épouseront respectivement MM. Chassin du Guerny et de Sars (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[20] Ce journal de tendance républicaine, intitulé Le Patriote. Journal démocratique de l’Ouest, parut à Angers de 1870 à 1917 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[21] Henri de Saint-Pern (Angers, 12 octobre 1874-16 janvier 1945), fils d’Henri de Saint-Pern et de Sophie Espivent de La Villesboisnet, marié le 16 avril 1907 à Paris avec Gabrielle de Robien. Propriétaire agricole et châtelain de la Bourgonnière, il sera conseiller général et élu député du Maine-et-Loire en 1936 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[22] Plusieurs membres de cette famille pourraient correspondre à ce personnage. Il s’agit peut-être de René de Monti de Rezé (Rezé, Loire-Atlantique, 30 juillet 1848-Saint-Aubin-le-Cloud, Deux-Sèvres, 22 octobre 1934), ancien zouave pontifical et auteur de souvenirs sur le comte de Chambord (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[23] En 1901, le directeur de ce journal était Henry Jagot (1858-1933), qui écrira en 1914 un livre sur les origines de la guerre de Vendée (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[24] Certainement Raoul du Réau de La Gaignonnière (château de Barot, Montevrault-sur-Èvre, Maine-et-Loire,30 septembre 1855-Angers, 1er novembre 1935), fils de Zacharie, comte du Réau de La Gaignonnière, ancien zouave pontifical, et de Marie-Thérèse de Quatrebarbes. Licencié en droit, il publia en 1901 un livre intitulé L’Anjou et la défense du Saint Siège en 1860 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[25] Prosper Philippe Augouard (Poitiers, 16 septembre 1852-Paris, 3 octobre 1921), ancien zouave pontifical, missionnaire français de la Congrégation du Saint-Esprit, second évêque responsable du Congo français et de l’Oubangui (1890-1921). Il est une figure importante de l’alliance entre le pouvoir civil et religieux dans l’entreprise de colonisation républicaine, et a été surnommé « l’apôtre du Congo » (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[26] Paul Normand d’Authon (Grenoble, 21 février 1873-Angers, 25 novembre 1932), administrateur d’hospices et historien amateur. Il avait épousé en 1902 Gabrielle Hervé (1872-1945), fille de Ferdinand Hervé et de Marie Bazin, et nièce de René Bazin cité plus haut (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[27] Voir plus haut note du 6 janvier 1901. Maurice Gavouyère (Rennes, 6 décembre 1866-Les Ponts-de-Cé,  Maine-et-Loire, 4 août 1951), avocat et secrétaire des Facultés catholiques de l’Ouest, avait épousé le 23 janvier 1889 à Rennes Mathilde Beaufils (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[28] Il s’agit peut-être d’Antoine de Ponnat (Gueugnon, Saône-et-Loire, 12 juin 1840-Rigny-sur-Arroux, même département, 30 septembre 1905), écrivain, mais il est surprenant que ce personnage ait participé à la Conférence Saint-Louis car il était libre penseur et anticlérical (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[29] Il doit certainement s’agir de Jeanne Guillemot de La Villebiot (Chevillé, Sarthe, 23 juillet 1881-Bazougers, Mayenne, 14 février 1953), fille de Georges Guillemot de La Villebiot, capitaine d’infanterie, et de Marie Lemonnier de Lorière, qui épousera le 27 octobre 1902 à Angers Louis-Marie de Guibert (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[30] Paul Baugas (Saint-Denis-la-Chevasse, Vendée, 19 octobre 1861-Banneville-la-Campagne, Calvados, 10 août 1948), professeur à l’Université libre d’Angers, membre titulaire de la Société d’agriculture, sciences et arts d’Angers (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[31] Léonce Gontard de Launay (né à Nantes le 2 décembre 1859), issu de la noblesse angevine et vendéenne, généalogiste, membre de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts d’Angers, auteur de plusieurs ouvrages de généalogie angevine. Il avait épousé en 1883 Yvonne de Bruc de Montplaisir, dont il divorcera en 1906 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[32] Il s’agit de l’un de ses plus célèbres ouvrages : Les Oberlé, publié en 1901 chez Calmann-Lévy, qui fut vendu à 18.000 exemplaires à sa sortie, et ouvrit à son auteur les portes de l’Académie française (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[33] Jacques Dodard des Loges (Doué-la-Fontaine, Maine-et-Loire, 28 décembre 1881-Angers, 10 décembre 1954), fils de Louis Dodard des Loges et de Madeleine de Place. Il épousera en 1907 Gersinde Le Beschu de Champsavin (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[34] Il s’agit de la loi du 1er juillet 1901, qui régit encore à l’heure actuelle le statut des associations en France. Les débats à la Chambre, très houleux portaient sur les statuts des congrégations, devant devenir des associations religieuses (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[35] Il s’agit de sa grand-mère maternelle, Antoinette de Pontich (1835-1924), veuve d’Auguste Lazerme. Voir supra notes de la partie introductive (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[36] Paul Féron-Vrau (1864-1955), issu d’une famille de Lille, journaliste dans la presse catholique de sa région natale, reçut La Croix des mains des Assomptionnistes en 1900, à l’issue de l’Affaire Dreyfus, et fut étroitement mêlé aux rapports entre le Vatican et la IIIe République (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[37] Etienne Lamy (Cize, Jura, 2 juin 1845-Paris, 9 janvier 1919), avocat, journaliste et homme politique, ancien député du Jura, à la fois catholique et républicain. Il sera élu membre de l’Académie française en 1905 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[38] Marie Estève (1853-1926), mariée à Gaëtan Civelli (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[39] Il s’agit d’un catalanisme pour « arquimesa », un meuble équivalent à un cabinet (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[40] Henry des Cordes (1877-1949), fils de Georges des Cordes et de Nathalie d’Auberjon, était le frère aîné de Marguerite-Marie des Cordes (1879-1952), qui avait épousé en 1900 Xavier Civelli de Bosch, comme cela a été indiqué dans la partie introductive du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[41] Joseph de Lazerme (1846-1922), cousin germain de la mère d’Antoine d’Estève de Bosch, avait engagé une procédure pour ajouter une particule à son nom et faire reconnaître en France le titre de comte de Lazerme qui lui avait été attribué par le prétendant carliste au trône d’Espagne. Cette affaire est largement documentée dans le Fonds Lazerme des Archives départementales des Pyrénées-Orientales (cote 57J).

Pierre Le Marois (1854-1918), avocat au Conseil d’État et à la Cour de Cassation, avait épousé en 1879 Fernande de Jacomel de Cauvigny, cousine germaine de Joseph de Lazerme par sa mère née Delon de Marouls (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[42] Il s’agissait d’une fabrique d’automobiles où travaillait Xavier Civelli, cousin germain d’Antoine d’Estève de Bosch (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[43] Il s’agit d’Albert Lazerme (Sisteron, 24 octobre 1856-Paris, 21 septembre 1913), fils d’Henri Lazerme et d’Amélie Fichet, et cousin germain de Suzanne Lazerme, Mme d’Estève de Bosch. Albert Lazerme, entré à Saint-Cyr en 1875, sous-lieutenant puis lieutenant d’infanterie, fera sa carrière dans le contrôle de l’armée, terminant administrateur de 1ère classe au Ministère de la Guerre. Il avait épousé le 7 mai 1888 à Perpignan Jeanne Génin (1864-1927), dont il eut quatre enfants : Suzanne Lazerme (née en 1889), Madeleine (née en 1891), Amélie (1894-1900) et Jean (né en 1902), dont il sera question par ailleurs dans le journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[44] Joseph Cornet (Rodès, 10 avril 1885-Perpignan, 27 avril 1953), fils aîné de Joseph Cornet et d’Isabelle Ribes. Son père était le fils de Rosalie de Bosch, sœur de Sophie de Bosch, grand-mère de l’auteur du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[45] Léon de Barescut (1825-1907), ancien directeur de l’enregistrement, était le cousin issu de germains de Sophie de Bosch, citée dans la note ci-dessus. Il eut neuf enfants, parmi lesquels Maurice de Barescut (1865-1960), futur général (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[46] Maurice d’Estève de Bosch (Perpignan, 14 octobre 1878-disparu au combat de Deir Koush, Syrie, 8 janvier 1921), chef d’escadrons de cavalerie, fils de François-Xavier d’Estève de Bosch (1851-1938) et de Marie de Terrats (1855-1939), cousin germain d’Antoine, dont il sera question à de nombreuses reprises dans le journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[47] Armand de Terrats (Bordeaux, 4 février 1851-Paris 9e, 11 juin 1907) était le fils d’Antoine de Terrats et d’Emma Jaume, morte dans l’incendie du Bazar de la charité en 1897. Sa sœur Marie de Terrats avait épousé François-Xavier d’Estève de Bosch. Armand de Terrats fut artiste peintre à Paris et mourut célibataire. Il est cité dans certaines revues d’art contemporain mais ses productions semblent perdues (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[48] Joachim du Plessis de Grenédan (Rennes, 31 janvier 1870-Bégrolles-en-Mauges, Maine-et-Loire, 1er septembre 1951), dit le comte du Plessis de Grenédan, fils de Charles du Plessis de Grenédan et de Marie-Caroline Frilet de Châteauneuf, d’abord avocat à Rennes, fit l’essentiel sa carrière comme professeur de droit à l’Université catholique d’Angers, dont il fut le doyen. Marié en 1889 à Louise Louërat, il rentra dans les ordres après son veuvage (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[49] Il s’agit de Paul Magué (1849-1912), commandant du génie et futur général de brigade, époux de Joséphine Lazerme. Voir chapitre introductif du journal supra. (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[50] Gabriel Syveton (Boën, Loire, 21 février 1864-Neuilly, 8 décembre 1904), professeur agrégé d’histoire, fondateur avec Jules Lemaître et François Coppée de la Ligue de la patrie française, dont il est trésorier. Élu député nationaliste de Paris en 1902, il participe à créer le groupe républicain nationaliste. En 1903, il défend les congrégations et, en 1904, joue un grand rôle dans la révélation du scandale des fiches, affaire de fichage politique et religieux des militaires. Il est célèbre pour avoir souffleté le général André, ministre de la guerre en 1904. Il décide, cette même année, que la Ligue de la patrie française rompra ses liens avec Edouard Drumont, considérant que l’antisémitisme était dommageable au mouvement nationaliste. Sa mort, par intoxication au monoxyde carbone, sera considérée comme suspecte (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[51] Pierre Noilhan (Geaune, Landes, 15 décembre 1952-Paris, 25 juillet 1902), avocat à la cour d’appel et journaliste, secrétaire de la Ligue de la patrie française (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[52] François Coppée (Paris, 26 janvier 1842-23 mai 1908), poète, dramaturge et romancier, célèbre pour ses poésies sur la vie parisienne populaire, membre de l’Académie française en 1884. Revenu à l’Église catholique, il fut le président d’honneur de la Ligue de la patrie française (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[53] Il s’agit très certainement de Roger du Rieu de Marsaguet (Angers, 24 avril 1880-Marseille, 28 novembre 1939), fils d’Alexandre du Rieu de Marsaguet, docteur en droit et professeur à la Faculté catholique d’Angers, ancien gouverneur des princes d’Orléans (ducs de Vendôme, de Montpensier et d’Alençon) et de Jane Stafford-Henderson. Il épousera en 1918 Bérangère Delpature (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

Il pourrait aussi s’agir de ses frères Henri (1877-1912), directeur des Mutuelles du Mans, ou Gonzague (1883-1929), bien qu’ils ne soient pas tout à fait de la même génération qu’Antoine d’Estève de Bosch (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[54] Ferdinand Brunetière (Toulon, 19 juillet 1849-Paris, 9 décembre 1906), historien de la littérature et critique littéraire, directeur de la Revue des Deux Mondes, membre de l’Académie française en 1893. Antidreyfusard mais pas antisémite, il s’opposa à Edouard Drumont (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[55] Henri de Dreux-Brézé (Paris, 22 mars 1826-13 janvier 1904), marquis de Dreux-Brézé, fils d’Emmanuel et de Marie-Charlotte de Boisgelin, marié en 1850 à Marie des Bravards d’Eyssat. Propriétaire du château de Brézé (Maine-et-Loire, au sud de Saumur), il en continua les travaux d’embellissement, sous la houlette de l’architecte angevin René Hodé (élève de Viollet-le-Duc) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[56] Voir note supra du 27 janvier 1901.

[57] Théodore Botrel (Dinan, 14 septembre 1868-Pont-Aven, 26 juillet 1925), auteur-compositeur-interprète, connu pour avoir composé La Paimpolaise (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[58] Voir supra note du 8 mars 1901.

[59] Alfred Gardey de Soos (né le 27 juin 1891 à Angers), fils de Louis Gardey de Soos (1850-1921), d’une famille originaire du Gers, et de Blanche de Falguière (1854-1908), pour sa part originaire de Toulouse. Cette famille s’était installée à Angers comme administrateur des chemins de fer. Alfred de Soos sera père jésuite (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[60] Voir supra note du 21 février 1901.

[61] Les Oberlé, voir supra note du 11 mars 1901.

[62] Bertrand de Gréaulme (né en 1857), dit le comte de Gréaulme, fils d’Alfred de Gréaulme, issu de la petite noblesse de l’Indre, et d’Ane Gaultier, avait épousé en 1884 Valérie Pintedevin du Jardin. Il avait eu trois enfants, nés entre 1886 et 1889 à Angers (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[63] Henri du Breil de Pontbriand (Rennes, 16 février 1851-Candé, Maine-et-Loire, 13 février 1929), fils d’Henri du Breil de Pontbriand et d’Adélaïde Brossays du Canfer, d’une vieille famille de la vieille noblesse bretonne. Engagé en 1870 aux Éclaireurs des volontaires de l’Ouest, il épousa en 1872 à Angers Marie Guibourd, d’une famille de propriétaires d’Angers, dont il eut cinq enfants nés à Angers entre 1873 et 1883 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[64] Jules de Falguière (né à Toulouse en 1860), fils de Louis de Falguière et de Jeanne Ledoux, chanoine, aumônier de l’hôpital militaire et de la prison militaire de Toulouse, frère de Jeanne de Falguière, Mme Gardey de Soos (voir notes du 2 et du 18 juin 1901) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[65] Jude Chauveau de Kernaëret (1841-1927), dit « Monseigneur », professeur à la Faculté des lettres d’Angers, membre de l’Académie d’Angers, fils de Joseph Chauveau de Kernaëret et de Félicité de Tredern (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[66] Albert Follenfant (né le 15 janvier 1854 à Angers), fils d’Alexandre Follenfant et d’Adèle Charon, épousa le 5 octobre 1881 à Angers Marie-Louise Poirier du Lavouër. Il était avocat à la Cour d’appel d’Angers et eut trois enfants, dont Roger Follenfant, cité plus haut (25 mai 1901) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[67] Il s’agit soit de Claire (née en 1880) ou d’Isabelle de Lancrau de Bréon, sœurs de Roger de Lancrau de Bréon (1882-1934), tous fils du comte Arthur de Lancrau de Bréon, et de Marthe de Certaines (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[68] Sabine Le Jumeau de Kergaradec (Angers, 21 octobre 1883-La Motte-Beaumanoir, Pleugueneuc, Ille-et-Vilaine, 13 juillet 1914), fille de Camille Le Jumeau de Kergaradec et d’Henriette de Place. Elle épousera en 1913 le vicomte Paul de Lorgeril (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[69] Charles Armand Marie Gilles de Fontenailles (né à Orléans le 2 mai 1880), fils de Raymond Gilles de Fontenailles (1856-15 août 1901) et de Blanche Longuet de La Giraudière. Il épousera le 27 août 1901 à Angers Marie Anne Lebouvier (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[70] Voir supra note du 2 juin 1901. Joseph Gardey de Soos (Nohic, 18 octobre 1887-Angers, 24 janvier 1942), fils de Louis Gardey de Soos et de Blanche de Falguière. Il épousera en 1912 à Angers Jeanne de Richeteau de La Coudre (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[71] Marguerite de Rouault (Poitiers, 5 août 1867-Chalandray, Vienne, 15 mars 1944), fils de Louis Alfred de Rouault et de Marie-Victoire de Pidoux, tous deux issus de familles nobles de la vielle. Elle épousa Léonce de Becdelièvre (1863-1942). Elle avait deux frères : Henry (1864-1948) et Armand (né en 1866) de Rouault.

[72] Pierre Paul Vannier (Baumé, 16 mars 1860-Canada, 30 novembre 1904). Bénédictin, moine de Solesmes, il fait partie en 1890 du groupe chargé de restaurer l’ancienne abbaye de Saint-Maur-sur-Loire, où, en tant que cellérier, il développe la culture de la vigne. Les lois de 1901 forcent les moines de Saint-Maur à émigrer en Belgique puis au Luxembourg, et de nouveau en Belgique. Il se fixe au Canada en 1912 et fonde le monastère bénédictin Saint-Benoît-du-Lac. Voir une excellente biographie : https://www.biographi.ca/fr/bio/vannier_pierre_paul_14F.html (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[73] Les Roig descendent du mariage (1764) de Thomas de Roig Dotres et de Marie de Pontich Descallar, dont le frère François de Pontich Descallar (1741-1830) est le grand-père d’Antoinette de Pontich (1835-1924), grand-mère maternelle d’Antoine d’Estève de Bosch, qu’il appelait « Bonne Maman ». Le grand-père des demoiselles mariés en 1901 était donc le cousin issu de germains de cette dernière. Les demoiselles, respectivement nées en 1879 et 1881, était les filles de Charles de Roig et de Thérèse Lacordaire (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[74] Il s’agit de Léon van den Zande (Metz, 9 mars 1865-Bussunarits-Sarrasquette, Pyrénées-Atlantiques, 2 décembre 1921), fils de Louis Ferdinand van den Zande, inspecteur des douanes, et d’Adélaïde d’Apat. Cette dernière était la fille de Clémence Sicart d’Alougny, elle-même petite-nièce de Marie-Antoinette de Sicart, épouse de François de Pontich et grand-mère de Marie-Antoinette de Pontich, grand-mère maternelle d’Antoine d’Estève de Bosch. Cette parenté est expliquée plus loin par ce dernier. Léon van den Zande épousa le 28 septembre 1901 à Bordeaux Édith de Rolland (1874-1966), fille d’Albert de Rolland et de Jeanne de Baritault (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[75] Olivier Follenfant (Angers, 12 août 1882-mort pour la France au Touquet le 22 mai 1940), saint-cyrien et colonel de cavalerie, fils d’Albert Follenfant et de Marie-Louise Poirier du Lavouër, épousera en 1938 à Paris Claire Devicque (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[76] Il peut s’agir de Berthe Lepiller, mariée en 1887 à Angers avec Gaston Jeauffreau de Lagérie, avocat, ou de sa belle-sœur Denise Thoré, mariée en 1887 à Angers avec Raoul Jeauffreau de Lagérie, colonel, membre de l’Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts d’Angers (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[77] À partir de ce jour, Antoine d’Estève de Bosch note tous les jours le lieu où il se trouve.

[78] Georges Pasquier de Franclieu (El Biar, Algérie, 1er janvier 1847-Puymaurin, Haute-Garonne, 24 mars 1929), saint-cyrien, colonel d’infanterie. Fils de Camille Pasquier de Franclieu et de Victorine Rouher de Julliac, il avait épousé en 1882 Léonie Dougnac de Saint-Martin, dont la grand-mère paternelle, Anne Cécile Conil, était la demi-sœur de Thérèse Sérane, mère d’Auguste Lazerme, grand-père maternel d’Antoine d’Estève de Bosch (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[79] Il doit s’agir de Gustave Aron (1870-1935), juriste distingué, père du célèbre philosophe Raymond Aron (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[80] La collatio emancipati est une ancienne pratique juridique romaine qui obligeait les descendants émancipés à rapporter à la masse héréditaire les biens qu’ils avaient acquis après leur émancipation pour pouvoir participer à la succession de leur père. Elle visait à rétablir l’égalité entre les héritiers émancipés (qui n’étaient plus sous l’autorité paternelle) et les descendants non émancipés restés sous cette tutelle, car ils n’avaient pas acquis de biens en leur propre nom (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[81] La querela inofficiosi testamenti est une procédure de droit romain par laquelle les héritiers légitimes les plus proches peuvent contester un testament qui ne respecte pas leurs parts successorales minimales, en demandant sa nullité (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[82] René de Porcaro (Saint-Jouan-des-Guérets, Ille-et-Vilaine, 16 janvier 1880-Paris, 29 janvier 1922), fils de René Marie, comte de Porcaro, et d’Alix Moucet. Il épousera en 1912 Marthe de Léonard de Juvigny (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[83] Antoine du Bois de Maquillé (Morannes, Maine-et-Loire, 13 juin 1883-Angers, 23 août 1972), fils de René du Bois de Maquillé et de Marguerite de Quatrebarbes. Il épousa en 1957 Clotilde Chouviat puis en 1964 Jeanne Vinmer (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[84] Marguerite Marie Pares, épouse d’Élie Lucas. Voir note au sujet de la famille Lucas dans la partie introductive de ce journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[85] Il s’agit peut-être de Jeanne Lestre du Saussois (Semur-en-Auxois, Côte-d’Or, 24 mai 1865-Juillenay, Côte d’Or, 21 octobre 1951), fille d’Émile Lestre du Saussois et de Louis Ricard, mariée le 11 mai 1887 à Semur-en-Auxois avec François Miron (1855-1917), lieutenant-colonel de cavalerie, dont elle eut deux enfants (en 1901, elle avait trois garçons de 9, 5 et 3 ans) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[86] Il s’agit certainement de François Roumain de La Touche (Saint-Lô, Manche, 15 avril 1883-Thionville, Moselle, 14 février 1951), fils de Paul Roumain de La Touche, de la noblesse bretonne, et de Marie-Thérèse Avril de Pignerolle, pour sa part originaire d’Angers. Il épousera en 1906 à Paris Solange Girard de Vasson (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[87] Voir plus haut note du 14 juin 1901.

[88] Voie plus haut note du 23 juillet 1901.

[89] Il s’agit peut-être d’une erreur, aucun jésuite n’ayant été retrouvé dans la généalogie de la famille de Raymond Cahuzac. On note en revanche Louis Marie Casimir Félix de Roquefeuil Cahuzac (1871-1916), jésuite, fils de Félix de Roquefeuil Cahuzac et de Charlotte du Breil de Pontbriand (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[90] Henri Achard de Bonvouloir (1839-Paris, 12 juillet 1914), dit le comte de Bonvouloir, fils d’Auguste Achard de Bonvouloir et d’Henriette de La Tour du Pin Verclause. Issu de la branche cadette d’un vieille famille noble du Calvados, il épousa le 14 mai 1871 à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénéees) Marie-Thérèse du Pin (1849-1938) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[91] Ernest de Dax d’Axat, né le 20 décembre 1860 à Montevideo (Uruguay), marquis d’Axat, fils du marquis Albert de Dax d’Axat, diplomate, et d’Hortensia Cruz. Il épousa Marie-Antoinette de Fréjacques de Bar, d’une vieille famille bourgeoise de l’Aude. Les Dax ou d’Ax de Cessales, originaires de l’Aude, arrivèrent en Roussillon par un mariage en 1719. À la génération suivante, Jean d’Ax de Cessales épousa en 1766 Marie-Thérèse de Chiavari, héritière de terres à Ille et Bouleternère, qui se transmirent dans sa famille, par la suite fixée à Montpellier. Ange Bonaventure de Dax d’Axat (1767-1847), marquis d’Axat, arrière-grand-père de celui dont il s’agit ici, fut maire de Montpellier de 1814 à 1830 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[92] Il s’agit peut-être d’Ernest de Sarret, né à Aurillac le 1er mars 1876, fille de Louis Gabriel, vicomte de Sarret, et de Blanche du Cos de la Hitte. Il épousera en 1911 à Lavaur Elisabeth de Bermond d’Auriac. Cette piste semble plus plausible qu’un membre de la branche de Sarret de Coussergues, qui usait plutôt le titre de baron (Note de l’éditeur).

[93] Membre de la famille de Gentil Baichis de l’Aude. À cette époque, il y avait plusieurs jeunes filles de cette famille non encore mariées : Germaine (1879-1922), Lucienne (1879-1928), Pauline (née en 1880) et Marie-Henriette (née en 1881) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[94] Xavier Roux de Reilhac de Chateaurocher (4 novembre 1881-mort pour la France en septembre 1918), fils de Louis Roux de Reilhac de Chateaurocher, capitaine d’infanterie de marine, et d’Élise Motais de Narbonne (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[95] René Le Jariel des Chatelets (Le Mans, 4 juillet 1882-Paris, 17 décembre 1963), fils d’Alexandre Le Jariel des Chatelets, d’une famille originaire d’Ernée (Mayenne) et de Marie Mordret (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[96] Charles Aubin de La Messezière (Torchamp, Orne, 11 mai 1883-mort pour la France le 19 septembre 1918), fils d’Ernest Aubin de La Messezière, d’une famille originaire d’Ernée (Mayenne), et d’Alix Doynel de La Sausserie (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[97] Emmanuel de Chefdebien-Zagarriga (Perpignan, 25 décembre 1877-Lorgues, Var, 5 décembre 1951), prêtre puis professeur, fils de Fernand de Chefdebien-Zagarriga, industriel, et de Marie-Thérèse d’Andoque de Sériège (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[98] Il peut s’agir de plusieurs personnes : Paul de Fournas de La Brosse (1853-1914) ; Henry (1852-1921) ; Gaston (1853-1917) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[99] Henri Brard (Longueville, Seine-et-Marne, 29 juillet 1883-8 novembre 1958), fils de Jean Brard, ingénieur des Arts et Manufactures, et de Marie Eudoxie Marion. Il épousa en 1906 à Paris Louise Gourmand (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[100] Étienne Batlle (Ille-sur-Tet, 10 décembre 1859-6 décembre 1925), fils de Simon Batlle et de Marguerite Salamo, issus de deux vieilles familles d’Ille. Marié à Marguerite Boix, il fut docteur en médecine, maire d’Ille puis pharmacien à Perpignan. Conseiller général du canton de Vinça en 1889, président de la Commission de ravitaillement en 1914-1918, il fut élu député des Pyrénées-Orientales sur la liste « d’union républicaine nationale pour l’ordre et la prospérité du pays ». Il en sera question dans la suite du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[101] Il s’agit sans doute d’Antoine de Pontich Sicart (Vinça, 5 mars 1775-4 avril 1865), fils de François de Sicart Descallar et de Marie-Antoinette Sicart de Taqui (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[102] Jules Sabaté, né à Vinça le 12 avril 1843, fils de Michel Sabaté et de Thérèse Badrignans, avait épousé le 13 juillet 1871 à Vinça Constance Batlle, née à Vinça le 11 juillet 1850, fille de Constant Batlle et d’Angélique Jonquères. Par sa grand-mère paternelle, Joséphine Ballessa, il était le cousin éloigné de la grand-mère d’Antoinette d’Estève de Bosch, Antoinette de Pontich, elle-même fille d’une Ballessa (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[103] Louis Philippe de Durfort (1733-1800), comte de Deyme, colonel du Régiment de Chartres infanterie, était le fils de Nicolas de Durfort et de Marie Agnès de Curzay de Bourdeville. Il fut portraituré par Carmontelle en 1760. Il semble qu’il y ait ici une erreur : Saint-Cyr était un établissement qui admettait des jeunes filles de la noblesse pauvre ; il est peu probable que le marquis de Durfort ait correspondu pour faire rentrer sa mère dans cette maison (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[104] Les Barrera sont une ancienne famille bourgeoise d’Ille dont les biens parvinrent par héritage à la famille Folcra puis à la famille Boscha, dont descendent les Semaler puis les Bosch, ancêtre des Estève de Bosch. Le document dont Antoine d’Estève de Bosch mentionne l’existence ne figure plus dans les archives de famille, où l’on trouve néanmoins de nombreux documents de la famille Barrera (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[105] Il s’agit de Josep Pontich i Selva, burgès honrat de Perpignan, qui épousa en 1675 Ana Dalmau i Guanter, fille de Diego Dalmau et de Maria-Ana Guanter. C’est le grand-père de ce Josep, Miquel Pontich, originaire de Bouleternère, qui avait été inscrit le 20 février 1639 à la matricule des burgesos honrats de Perpignan à l’époque de Philippe IV d’Espagne (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[106] Joseph de Guardia (Vinça, 24 mars 1849-Perpignan, 14 juillet 1931), membre de la Garde nationale mobile des Pyrénées-Orientales, lieutenant puis capitaine, rédacteur au journal royaliste Le Roussillon, fils de Sébastien de Guardia, d’une famille noble originaire d’Arles-sur-Tech, et de Thérèse Verges, de Vinça. Il épousa le 21 mai 1883 à Marseille Marie Rose Anne Garrigue. Il avait eu deux fils : Charles de Guardia, docteur en médecine, et Albert de Guardia, licencié en droit (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[107] André Desperamons (1861-1951), avocat et directeur du journal Le Roussillon, grande figure du royalisme dans les Pyrénées-Orientales, dont il sera souvent question dans ce journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[108] Il doit s’agir d’Henri Joseph Marie Dalverny (Perpignan, 8 septembre 1840-Terrats, Pyrénées-Orientales, 28 janvier 1910), capitaine au 142e de ligne, qui avait épousé en 1876 à Terrats Thérèse Parahy, et possédait une propriété à Pézilla-la-Rivière (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[109] Il s’agit de l’actuel barrage hydro-électrique de Vinça (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[110] Voir plus loin note du 24 septembre 1901.

[111] Voir ci-dessus note du 12 avril 1901.

[112] Louis Lutrand (Perpignan, 1859-1915), fils d’Alphonse Lutrand, principal du Collège de Perpignan, et de Louise Bouis, elle-même fille de Dominique Bouis (1797-1866), qui fut, de 1837 à 1839, le 5e président de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales. Docteur en médecine, Louis Lutrand épousa le 3 avril 1886 à Perpignan Thérèse Bonafos, née à Perpignan le 9 octobre 1860, fille d’Emmanuel Bonafos (1824-1885), médecin chef de l’Hôpital de Perpignan, et de Marie-Fanny Ribell, dont le grand-père paternel Emmanuel Bonafos (1774-1854) avait également été, de 1840 à 1841), président de la SASL. La parenté avec la mère d’Antoine d’Estève de Bosch se faisait par l’épouse de ce dernier et grand-mère de Mme Lutrand, Thérèse Lazerme, tante d’Auguste Lazerme, et donc grande-tante de la mère de l’auteur du présent journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[113] Il s’agit peut-être de Joséphine Monniot (1848-1939), épouse depuis 1876 de Jean Baptiste Noëll (1836-1898), lieutenant-colonel, issu d’une famille de propriétaires de Vinça, originaires de Valmanya et possédant aussi une demeure à Finestret, non loin de là. Leur fils cadet Louis Noëll (1885-1964), futur gouverneur des colonies, épousera en 1918 Antoinette dite « Nénette » Magué (1893-1973), cousine germaine de l’auteur du présent journal, dont il sera très souvent question tout au long de celui-ci. Les deux familles se connaissaient donc de longue date avant ce mariage (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[114] Hector de Pontich (Paris, Les Batignolles, 24 mai 1845-Paris, 29 octobre 1906), polytechnicien, lieutenant-colonel, fils de François de Pontich, chef de bataillon, et d’Elisabeth Volle, cousin germain d’Antoinette de Pontich, épouse Lazerme, grand-mère de l’auteur du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[115] Jean Sarrète (Argelès-sur-Mer, 3 décembre 1868-Perpignan, 10 décembre 1948), curé de Palau-de-Cerdagne puis de Palau-del-Vidre, professeur à l’institution Saint-Louis-de-Gonzague à Perpignan, il finira chanoine de Perpignan et doyen du chapitre. Il est surtout connu pour avoir été un prêtre érudit et publié de très nombreux articles et monographies sur l’histoire des villages du département, collaborant notamment au Bulletin de la SASL. Ses archives personnelles sont conservées aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[116] Jules de Carsalade du Pont (Simorre, Gers, 16 février 1847-Perpignan, 29 décembre 1932), évêque de Perpignan-Elne de 1899 à sa mort, dont il sera très souvent question dans ce journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[117] Peinture à l’huile d’école catalane du XVIIe siècle, dont beaucoup de copies ont circulé, certaines étant encore possédées par la famille. Miquel Pontich, parent éloigné de la famille (Bouleternère, 20 novembre 1632-Girona, 26 janvier 1699), moine franciscain, provincial de son ordre puis, de 1686 à sa mort, évêque de l’important siège de Girona dans le Principat de Catalogne (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[118] L’établissement thermal de Nossa-les-Bains était situé approximativement à l’emplacement de l’actuel lac (artificiel) de Vinça, agrandi après la création du barrage, qui entraina la disparition de ce lieu-dit (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[119] Jean Estève (1804-1881), polytechnicien, colonel, directeur des fortifications de Perpignan (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[120] Jacques Freixe (Le Perthus, 6 juin 1845-1925), érudit ayant écrit essentiellement autour de l’histoire de son village natal. Ses archives sont conservées aux Archives départementales des Pyrénées-Orientales (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[121] Jacques Vasal (Perpignan, 21 avril 1831-24 novembre 1901), négociant, marié le 24 octobre 1864 à Perpignan avec Blanche Devaux (1842-1920) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[122] Certainement Marie-Fanny Ribell, fille d’André Ribell, maire de Perpignan (1800-1860) et de Joséphine Albar. Elle épousa le 21 octobre 1856 à Barcelone Emmanuel Bonafos (1824-1885), médecin en chef de l’Hôpital civil de Perpignan. Leur fille Thérèse Bonafos, mariée au Dr. Lutrand, est également citée dans le journal (voir ci-dessus, note du 9 septembre 1901) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[123] Voir ci-dessus note du 9 septembre 1901.

[124] Il s’agit de Caroline d’Oms (Sainte-Marie-la-Mer, 8 mai 1856-Perpignan, 30 mars 1936), dernière représentante de cette ancienne famille du Roussillon, qui avait épousé le 26 janvier 1880 à Perpignan Joseph de Llamby (1852-1904). Elle eut deux filles : Louise (1880-1910), mariée en 1905 avec Maurice Faurichon de La Bardonnie, et Isabelle (1887-1983), mariée en 1907 avec Lucien Darru. Il sera très souvent question de cette famille au cours de ce journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[125] Voir ci-dessus note du 12 avril 1901.

[126] Il doit certainement s’agir de : Denis de Thézan, Le Pouget et ses alentours. Étude historique, Paris, Ed. Léon Sault, 1882, 59 pages. Cette rare monographie est consultable dans le fonds Lazerme des Archives départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO, 57J2).

[127] Rosalie Pallarès (née en 1841), mariée à Ille-sur-Tet le 23 février 1865 avec Jacques Terrats (né en 1841), clerc de notaire, dont la famille portait le nom de courtoisie de « Terrats d’Aguillon » (depuis le mariage à Perpignan en 1765 d’un ancêtre, Jacques Terrats, marchand, avec Louise Daguillon, fille de Pierre Daguillon, maître teinturier). Rose Terrats, fille unique du couple, avait épousé en 1887 à Ille le baron Antonin Desprès, d’où une importante descendance dans les familles Desprès, Sire de Vilar, Marceille et Viguier (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[128] Franz Adrian von Arx, né à Bâle (Suisse) le 13 juin 1869, fils de Franz von Arx et de Sophie Berges, ingénieur électricien, employé à l’usine électrique Bartissol, épousa à Vinça le 24 septembre 1901 Marie Rouyre, née à Vinça le 2 mai 1881, fille de Léger Rouyre, employé des chemins de fer, et de Rose Batlle (1857-1938), elle-même fille de Joseph Batlle et de Rose Paule d’Esprer, d’une vieille famille d’Ille (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[129] Léon de Barescut (1825-1907), cousin éloigné des Bosch par les Cornellà, d’Ille, et son épouse Mathilde Boudet de Joly, avaient eu neuf enfants, parmi lesquels Maurice de Barescut (1865-1940), général, et plusieurs filles dont deux devinrent Mmes Cristau et Delcros de Ferran. C’est de cette dernière, Thérèse (1874-1960) qu’il doit s’agir ici ainsi que de sa sœur aînée Madeleine (1862-1940), restée célibataire, l’aînée, mariée à M. Cristau, étant déjà décédée depuis 1885 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[130] La famille Roca, originaire de Prades, avait hérité de la thèse d’Huytéza de la famille Satgé, qui avait acheté cette seigneurie sous l’Ancien régime. Une branche s’était fixée à Ille au tout début du XIXe siècle par le mariage de Jean Roca et de Thérèse Moynier. Leur fils Joseph Roca (1815-1889), propriétaire à Ille, avait épousé Antoinette Bonafos (1825-1912), fille de Jean-Baptiste Bonafos et de Marie-Rose de Sampso, cousine éloignée des Bosch par une grand-mère Cornellà (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[131] Jacques Trainier, docteur en médecine dont il a été question plus haut (voir notes du chapitre introductif), fils de Madeleine de Sampso et donc cousin germain de Mme Roca citée ci-dessus, avait épousé Thérèse Batlle, de Vinça, fille de Joséphine Ballessa et donc elle aussi cousine de l’auteur du journal par le biais des Pontich de Vinça. De ce mariage étaient nées plusieurs filles : Antoinette, mariée en 1885 au docteur Simon Pons (ce sont les parents du poète Josep Sebastià Pons et de Simona Gay), Joséphine, mariée en octobre 1901 à Albert Batlle (voir plus loin, journal au 26 octobre 1901), et Marie, devenue Mme Jager (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[132] Voir plus haut, note du 19 août 1901.

[133] Voir plus haut, note du 27 août 1901.

[134] Il s’agit de l’ancienne maison des Cornellà, devenue ensuite par héritage de Bourdeville, situé à l’actuel n°25 de la Grande rue à Ille-sur-Tet (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[135] Act. Caladroy (Pyrénées-Orientales) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[136] Auguste Delebart, né à Lille en 1840, filateur, avait épousé Lucie Pech, originaire de la Réunion, dont il avait eu quatre filles : Germaine (mariée en 1897 à Emile Vanlaer, notaire à Lille), Suzanne (mariée en 1899 à Maurice Gillotin, industriel dans les Vosges), Marcelle (mariée en 1900 à Lille avec Paul Dewavrin, négociant en coton à Tourcoing) et Renée, qui épousera Élie Talairach, négociant en vins de Perpignan, dont il sera question plus loin dans le journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[137] Il doit s’agir de Marie Ferriol, née à Millas en 1887, mariée depuis 1881 à Jean Bertran de Balanda, polytechnicien et officier d’artillerie. Par sa mère, née Marie Gelabert, elle descend de familles d’Estagel et lointainement, par sa grand-mère née Batlle, d’Estagel, des Llorens et des Estève. Ce sont ces Llorens, fixés à Pézilla, qui furent à l’origine du célèbre épisode des Saintes Hosties de Pézilla, dont il sera question plus loin (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[138] René de Chefdebien-Zagarriga (Perpignan, 1er janvier 1877-27 mars 1953), fils de l’industriel Fernand de Chefdebien-Zagarriga et de Marie-Thérèse d’Andoque de Sériège. Ingénieur des Arts et Manufactures, il épousera en 1906 Louise Bas de Cesso (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[139] Voir ci-dessus, note du 1er septembre 1901.

[140] Voir aussi plus haut note du 1er juillet 1901.

[141] Aujourd’hui L’Esparrou (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[142] Il s’agit de la maison de la rue Sainte-Croix, à Ille-sur-Tet (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[143] Voir ci-dessus, note du 29 septembre 1901.

[144] Ferdinand Trullès (1858-1918), notaire à Ille-sur-Tet, dont il sera souvent question au fil de ce journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[145] Josep Balalud de Saint-Jean (Ille-sur-Tet, 12 août 1846-Prades, 14 novemre 1885), fils d’Antoine Balalud de Saint-Jean et de Sophie d’Argiot de La Ferrière, avait épousé à Prades le 27 avril 1870 Marie de Romeu (Prades, 22 août 1845-Prades, février 1936), fils d’Hyacinthe de Romeu et de Joséphine Guiter (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[146] Les Boluix descendent du mariage de François-Xavier Boluix et de Marie-Grâce Lazerme en 1799. C’étaient les arrière-grands parents de Mme Marie née Joséphine Sèbe, mariés en 1885 à Perpignan (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[147] Drame en 5 actes et 7 tableaux d’Édouard Brisebarre et Eugène Nus, créée au Théâtre de l’Ambigu-Comique le 5 septembre 1856 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[148] Ernest Renauld (Vierzon, 16 octobre 1869-janvier 1939), journaliste et essayiste catholique principalement connu pour son antiprotestantisme. Royaliste mais opposé à l’Action française, il dirigera le journal Le Soleil de 1904 à 1911 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[149] Voir ci-dessus note du 21 février 1901.

[150] Voir ci-dessus note du 21 février 1901.

[151] Il s’agit certainement d’Henri de Goislard de Monsabert (Bordeaux, 25 septembre 1846-Poitiers, 30 septembre 1910), fils de Gustave de Goislard de Monsabert, et de Marie Léontine Hosseleyre, qui avait épousé en 1874 Pauline de Cumont (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[152] Guillaume Marie Joseph Labouré (Achiet-le-Petit, Pas-de-Calais, 27 octobre 1841-Rennes, 21 avril 1906), évêque du Mans puis, de 1893 à sa mort de Rennes, créé cardinal par Léon XIII en 1897. Il avait été favorable au ralliement de l’Église à la République et ne s’opposera pas à la séparation de l’Église et de l’État, mourant cependant peu après (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[153] Olivier de Durfort Civrac de Lorge (Montfermeil, 12 juillet 1863-Combourg, 27 février 1935), qui sera, évêque de Langres et de Poitiers (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[154] Louis de Maillé de La Tour-Landry (Paris, 27 juin 1860-6 février 1907), duc de Plaisance à la mort de son grand-père maternel M. Le Brun de Plaisance (titre de noblesse d’Empire), il était issu d’une vielle famille de l’Anjou. Marié depuis 1886 à Hélène de La Rochefoucauld, il fut conseiller général puis, de 1903 à sa mort en 1907, député du Maine-et-Loire (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[155] Noémie de Robin de Barbentane (1839-1914), veuve d’Henri d’Andigné (1821-1895), ancien sénateur du Maine-et-Loire et propriétaire du château de Monet à Beaufort-en-Vallée, dans ce département. Le titre de marquis, porté par un oncle, est de courtoisie dans cette branche. Onéida d’Andigné (1864-1945), restée célibataire, fille des précédents, est certainement celle qui est ici désignée comme Mlle d’Andigné (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[156] Il s’agit de Paul Roussier (Le Lion-d’Angers, Maine-et-Loire, 19 octobre 1882-Savonnières, Maine-et-Loire, 12 mars 1965), qui deviendra archiviste paléographe en 1912 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[157] Il peut s’agir de Manuel de Solís y Desmaisières (Sevilla, 10 avril 1881-29 avril 1928) ou de son frère cadet Pedro (Cádiz, 1883-Carmona, Andalucía, 10 octobre 1945), tous deux fils de Pedro de Solís et de Mathilde Desmaisières, Marquesa de Valencina. L’aîné Manuel hérita de ce titre de sa mère (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[158] Paul Lerolle (Paris, 3 avril 1846-26 octobre 1912), conseiller général puis député de la Seine de 1898 à 1912, membre de l’Action libérale (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[159] Voir plus haut note du 10 avril 1901.

1902

Janvier 1902

Semaine du 1er au 4 janvier 1902

Angers, mercredi 1er janvier 1902

Je vais à la messe de 8h à Notre-Dame, où je communie. Papa nous donne ensuite notre cadeau de nouvel an ; il me donne 10 francs ; Maman m’a donné hier 12 francs. Le temps est abominable, il pleut toute la journée ; hier, au contraire, il faisait un temps magnifique et très doux pour la saison. Malgré la tempête, l’après-midi, pendant que Maman reçoit des visites au salon, je distribue en ville un grand nombre de cartes.

Angers, jeudi 2 janvier 1902

Je reçois 20 francs de l’Oncle Paul. J’écris plusieurs lettres ; à 2 heures, leçon de mandoline. J’ai prié cette année tous mes parents de me donner mes étrennes en espèces ; je les réunis pour l’achat d’une chaîne de montre giletière en or jaune, du prix de 75 francs, que je fais venir de chez M. Laugier à Biarritz ; j’en ai reçu hier deux au choix. Le soir à 7 heures, je vais dîner chez M. et Mme des Loges ; c’est un dîner de garçons, car, en dehors de M. et Mme des Loges et de leurs deux fils, il n’y a que leurs cousins Robert de Kergaradek[1], Bonnet, Hervé-Bazin et moi. Après le dîner, on joue à divers petits jeux de société. On se retire à 10h ¼ après le thé.

Angers, vendredi 3 janvier 1902

Ce matin, nous recevons une lettre de Tata Mimi ; elle contient un mandat de 55 francs dont 15 pour moi ; avec ce que j’avais déjà, cela me fait 77 francs pour mon premier de l’an ; j’ai mis de côté les 20 francs de Bonne Maman pour un ouvrage héraldique qui arrivera au commencement de mars ; mais comme d’autre part ; j’ai enlevé 40 francs de mes économies de la caisse d’épargne, dont 15 s’ajoutent aux 57 francs qu’il me restaient, il me reste pour payer la chaîne et la réparation de la montre de mon bisaïeul de Pontich, environ 70 francs, une fois les petites dépenses enlevées ; il est vrai que j’ai envoyé hier 20 francs au comité électoral de l’Action libérale, qui s’est formé en vue des prochaines élections législatives sous la présidence de M. Piou[2] et qui est patronné par La Croix ; une autre fois, j’avais donné 5 francs à une souscription faite parmi les étudiants de l’Université pour envoyer aux comités électoraux catholiques ou monarchistes. Le matin, à 7h, j’assiste à la messe de la congrégation à la chapelle de la rue Rabelais, j’y fais la sainte communion ; ensuite, j’assiste aux cours de droit qui reprennent aujourd’hui. Le soir, à 8h ½, nous allons tous à un thé chez la famille Gavouyère ; il y a aussi les dames Beaufils ; on y fait beaucoup de musique. Nous nous retirons à 11 heures.

Angers, samedi 4 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; le soir, à 5h, escrime ; à 8h conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 5 janvier 1902

Le matin, je me lève fort tard et nous n’allons qu’à la grand’messe. L’après-midi, avec Papa, nous allons distribuer un grand nombre de cartes en ville ; nous allons faire une visite à Monsieur Henry et à son fils l’abbé Joseph Henry, nous ne les rencontrons pas. Le soir, entre 8h et 8h ½, nous recevons au salon une quinzaine de personnes : M. et Mme Gavouyère et les demoiselles Gavouyère, M. Maurice et Mme Maurice Gavouyère, Mme et Mlles Beaufils, Mme, Mlle et René de La Villebiot[3], M. de Falguière, Joseph et Jeanne de Soos[4]. On fait de la musique, on joue à divers petits jeux ; on prend le thé vers 10h ¾, et on se retire vers 11h ½.

Semaine du 6 au 12 janvier 1902

Angers, lundi 6 janvier 1902

Le matin, il n’y a que le premier cours de droit. À dix heures, à Saint Joseph, a lieu, exécuté par les chanteurs de Saint Gervais, la messe du pape Marcel de Palestrina, au profit des œuvres d’étudiants de l’Université catholique, car chaque place se paie 5 francs, même pour les personnes qui ont déjà des chaises en location. Mgr Rumeau préside. Il y a plusieurs quêteuses, toutes parmi les dames ou les jeunes filles de l’Université ; Marie-Thérèse quête au bras d’un étudiant, M. Condroyer ; c’est elle qui reçoit l’offrande de Monseigneur. La messe, sans accompagnement, est admirablement exécutée. Par le train de 1h11, Papa part pour Le Mans, accompagnant au Sacré-Cœur Philomène, qui est restée deux jours de plus que ses vacances ne lui en donnaient le droit, afin d’assister à notre réunion d’hier soir et à la messe de ce matin. L’après-midi, avec Maman et Marie-Thérèse, nous faisons plusieurs visites chez Mme de Moulins[5], que nous ne rencontrons pas ; chez Mme Blanc, où nous sommes invités à dîner samedi ; chez Mme Gavouyère pour une visite de digestion ; enfin, je vais seul faire une visite de digestion à Mme des Loges. À 5h, conférence de droit romain.

Angers, mardi 7 janvier 1902

Le matin, les deux cours de droit ; ensuite, je vais me faire couper les cheveux chez Normandin. L’après-midi, je vais, avec Papa, faire une visite à Mgr Pasquier à Saint-Aubin, il nous reçoit dans son magnifique cabinet de travail. À quatre heures, leçon d’allemand ; à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 8 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 2 heures, cours d’agriculture (désormais, le cours du samedi aura lieu le mercredi) ; ensuite, je vais à la bibliothèque de l’Université préparer la conférence de droit civil qui aura lieu à 5 heures ; à 5 heures, conférence de droit civil de M. Jac.

Angers, jeudi 9 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 5 heures cours de météorologie ; à 2 heures, leçon de mandoline ; à 8 heures, réunion de la congrégation.

Angers, vendredi 10 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 2h ½, je vais avec l’Espagnol de Solis à la foire aux vins d’Anjou qui se tient dans un grand bâtiment sur le champ de Mars. À 5h ¾, cours d’agriculture. Le soir à 8h ¼, à l’Université, conférence de M. Couette sur l’aérostation ; elle dure jusqu’à 8 heures. Nous apprenons, par une lettre de Tante Genin de Regnes à Maman, la naissance du fils de mon oncle Albert de Lazerme, elle ne dit pas son nom[6] ; me voilà un cousin de plus.

Angers, samedi 11 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je retourne avec Hervé-Bazin à la foire aux vins, je goute à plusieurs échantillons blancs et rouges. Le soir, à 7 heures, nous dînons tous chez les dames Blanc ; c’est un fort joli dîner ; nous sommes 14 : Mme et les 2 demoiselles Blanc, M. et Mme Guinchez ou Quinchez[7], Mme Laforcade, la générale Bertrand, une dame dont je ne me rappelle pas le nom, M. et Mme Robiou du Pont[8] et nous 4. Nous nous retirons à 11 heures, après le thé.

Angers, dimanche 12 janvier 1902

Le matin, je me lève à 8h ½ ; je vais à la messe de 11 heures. L’après-midi, j’assiste à Saint-Serge aux vêpres de l’adoration et à la procession qui les suit, avec le patronage. Le soir à 8h ¾, nous allons tous en soirée chez M. René Bazin qui réunit ses collègues des facultés catholiques et leur famille, la plupart des professeurs sont présents. M. et Mme René Bazin, qui sont grand-père et grand-mère depuis quinze jours, se sont amusés à se mettre des perruques blanches ; de plus, M. Bazin porte 3 décorations ; c’est une amusante plaisanterie. Après le thé, on se retire, à 11 heures.

Semaine du 13 au 19 janvier 1902

Angers, lundi 13 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi à 3 heures, je vais, avec Papa, Maman et Marie-Thérèse faire ma visite de digestion à Mme Blanc ; à 4 heures, conférence de droit administratif. Ensuite, comme, à la place du cours d’agriculture générale, il y a un cours de botanique dont Hervé-Bazin et moi nous sommes dispensés, nous allons prendre le thé dans la chambre de De Bréon. Le soir, Conférence Saint-Louis ; Bonnet parle sur les écoles ménagères (sa mère vient d’en fonder une à Angers) ; puis Colcombet parle sur « Belle Isle en mer » ; enfin, Normand d’Authon, qui rentre de Saint-Nazaire, nous entretient pendant 35 minutes, en une brillante improvisation, sur les travaux énormes qui vont être entrepris à Nantes et à Saint-Nazaire et qui feront de ces 2 ports, dans quelques années, un des groupes maritimes les mieux outillés d’Europe, comme Hambourg en Brême.

Angers, mardi 14 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 15 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 2h cours d’agriculture, puis je vais travailler à la bibliothèque jusqu’à 5 heures, heure de la conférence de droit civil de M. Jac. Le soir à 7 heures, nous recevons à dîner quelques-uns de mes camarades : Jacques Hervé-Bazin, Jacques des Loges, Roger de Bréon, Henri Bonnet et l’Espagnol Manuel de Solis-Desmaizières. Après le dîner, nous jouons à divers petits jeux, on prend le thé à 10h ½ et ils se retirent vers 11 heures.

Angers, jeudi 16 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi à 2h, leçon de mandoline ; ensuite nous allons tous faire une visite à Mme Robiou du Pont ; à 5h ¼, cours de météorologie ; le soir, il n’y a pas réunion de la congrégation.

Angers, vendredi 17 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 5h, cours d’agriculture ; le soir à 8h ¼, à l’Université, conférence de M. Jac sur le bienheureux Grignon de Monfort, ses cantiques et ses poèmes.

Angers, samedi 18 janvier 1902

Le matin, cours de droit, l’après-midi, je vais me confesser à Saint-Jacques, avec Marie-Thérèse, puis nous allons tous faire une visite de digestion chez Mme René Bazin ; à 5h, je vais à l’escrime ; le soir à 8h, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 19 janvier 1902

Le matin, je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame, où je communie ; l’après-midi, je reste au patronage Saint-Serge jusqu’à près de 5 heures ; ensuite, je vais, avec Maman et Marie-Thérèse, faire une visite à Mlle Grieshaker ; le soir à 8h, nous recevons M. de Solis-Desmaisières qui vient prendre le thé.

Semaine du 20 au 26 janvier 1902

Angers, lundi 20 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi à 5 heures ¼, cours d’agriculture ; avant le cours, je vais prendre le thé chez De Bréon. Le soir à 8h, conférence Saint-Louis ; Guy parle sur l’assemblée constituante et ses principaux orateurs, assez médiocrement, aussi De la Coussaye[9] fait-il des critiques qui durent une demi-heure !

†Angers, mardi 21 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; nous apprenons que Mademoiselle Marguerite Henry, la fille du professeur de droit civil, qui était malade depuis quelque temps, est menacée d’une pleurésie ; l’après-midi, je suis un moment le 135e qui revient d’une revue ; ensuite, je vais prendre une leçon d’allemand chez Mlle Grieshaker, puis je vais au cours d’agriculture ; après le cours, je vais à l’hôtel d’Anjou où De Solis m’a invité à dîner, nous causons beaucoup de la législation et des mœurs de l’Espagne.

Angers, mercredi 22 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; j’apprends à la Faculté que l’état de Mlle Henry a empiré pendant la nuit et que les médecins la considèrent comme perdue ; aussi Papa passe-t-il son après-midi à décommander les invitations à dîner qu’il avait faites pour demain soir à Mgr le Recteur et à plusieurs autres personnes, presque toutes de l’Université ; en raison du deuil qui menace la famille d’un professeur de l’Université, Papa renvoie ce dîner sine die. L’après-midi, cours d’agriculture à 2 heures et conférence de droit civil à 5 heures.

Angers, jeudi 23 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; j’apprends à la faculté la mort de Mlle Henry survenue vers minuit ; cette pauvre famille Henry si chrétienne et si sympathique est vraiment bien éprouvée ; après la mort de Paul Henry en juillet 1900 à Pékin[10], on pouvait croire que Dieu l’épargnerait longtemps ; il en a décidé autrement ! En raison de ce deuil, Papa et Maman, non contents d’avoir ajourné sine die le dîner qui devait avoir lieu ce soir, décident de renvoyer à l’époque de la mi-carême la soirée que nous devions donner dans quelques jours. L’après-midi, à 2 heures, leçon de mandoline ; ensuite, je vais visiter le musée que je ne connaissais pas encore ; puis je vais faire la visite des pauvres ; à 5h ¼, cours de météorologie ; à 8h, réunion de la Congrégation de Notre-Dame de l’Annonciation.

Angers, vendredi 24 janvier 1902

Le matin, cours de droit, l’après-midi, à 2 heures, j’assiste, aux Quinconces, à une réunion de la commission des patronages où on décide d’organiser dans les patronages des leçons de gymnase ; les élèves qui les suivront seront organisés en compagnies appelées « Compagnies de Saint-Maurice ». À 5h ¼, cours d’agriculture. À 7 heures, je vais dîner chez Mme Hervé-Bazin qui a réuni quelques jeunes gens, De Bréon, Des Loges et moi (Bonnet, malade, s’est excusé) en l’honneur de Roger de Bréon qui a 20 ans aujourd’hui ; nous restons jusque vers 10h ¼.

Angers, samedi 25 janvier 1902

Ce matin, le premier cours seul a lieu à cause des obsèques de Mlle Marguerite Henry qui sont célébrées à 10h ½ à Saint-Joseph. Nous y assistons tous depuis la levée du corps à la maison de la famille Henry jusqu’à la gare Saint-Serge où est conduit le cercueil qui sera amené à Plougrescant (Côtes-du-Nord) où la famille possède une propriété et où on a élevé, il y a quelques mois, un monument à Paul Henry ; le corps de sa sœur y sera à Plougrescant avant le sien, car ce dernier n’arrivera que dans quelques semaines, ramené de Pékin aux frais du gouvernement. Détail navrant : il y avait sur le cercueil, au milieu des couronnes et des autres bouquets, un bouquet de fleurs de mimosa que nous avions reçu d’Ille pour orner la table le jour du dîner en l’honneur de Mgr Pasquier et que nous avions envoyé aux Henry dès que le dîner a été décommandé ! Autre détail : devant la Mairie, le cortège funèbre a été obligé de s’arrêter pour laisser passer un mariage ; quel contraste, d’un côté la vie, et de l’autre la mort ! L’après-midi, je vais me confesser à Saint-Jacques ; à 5 heures, leçon d’escrime ; le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 26 janvier 1902

Le matin, je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame où je fais la sainte communion, puis à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, j’assiste aux vêpres à Saint-Serge, puis au patronage, à une séance où l’on joue d’abord une petite pièce enfantine Don Quichotte et les petits meuniers, puis Le Malade imaginaire ; cette dernière comédie est assez bien interprétée, vue l’inexpérience des acteurs ; malheureusement, les rôles de femmes étaient supprimés. Le soir, nous attendons De Solis qui devait venir prendre le thé comme dimanche dernier ; mais il l’a sans doute oublié, ou il est malade, car il ne paraît pas.

Semaine du 27 au 31 janvier 1902

Angers, lundi 27 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; au cours de droit civil, M. Jac nous lit une lettre anonyme qu’il a reçue et dans laquelle on se plaint qu’il fasse son cours beaucoup trop vite pour qu’on puisse prendre des notes (ce qui est vrai) et on dit que si cela continue on se plaindra « au recteur Pasquier » ; le ton de cette lettre est tout à fait inconvenant, c’est malheureux car M. Jac n’en tiendra pas compte ; ce qui est pire, c’est que l’auteur de cette lettre a signé « un étudiant, au nom de tous » ; pour s’en venger et peut-être aussi pour comparer les écritures, M. Jac écrit au bas de la lettre ces mots « l’auteur de cette lettre est un goujat » et nous fait signer à tous cette déclaration ! L’après-midi, vers 4 heures, Maman, fatiguée, se met au lit ; à 4h, je vais à la conférence de droit administratif ; à 5h ¼, au cours d’agriculture. Le soir à 8h, conférence Saint-Louis ; De Saint-Pern lit un travail sur le scrutin de liste et le scrutin d’arrondissement ; il y a pas mal de choses à relever de ce travail ; j’y fais quelques objections.

Angers, mardi 28 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je vais, avec Papa, faire ma visite de digestion chez Mme Hervé-Bazin, nous ne la rencontrons pas. À 5h ¼, cours d’agriculture. Maman passe toute la journée au lit.

Angers, mercredi 29 janvier 1902

Le matin cours de droit ; après le cours, je vais envoyer de la part de Maman une dépêche de félicitations à ma cousine Marguerite de Saint-Jean[11] qui épouse aujourd’hui M. Clément Garau, receveur de l’enregistrement à Arles-sur-Tech (Pyrénées-Orientales) ; le mariage a lieu à Prades. L’après-midi, à 2 heures, cours d’agriculture ; à 5 heures, conférence de droit civil. Le soir, Maman reçoit une lettre de ma tante Isabelle Cornet de Bosch lui annonçant le prochain mariage de sa fille, ma cousine Marie, avec le lieutenant d’infanterie Companyo[12] ; c’est décidément le jour des mariages dans notre famille !

Angers, jeudi 30 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 2h, leçon de mandoline ; à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, vendredi 31 janvier 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je vais faire une visite à De Solis, puis leçon d’escrime.

Février 1902

Semaine du 1er au 2 février 1902

Angers, samedi 1er février 1902

Le matin, cours de droit. Quand je rentre de la Faculté, Maman me fait lire une dépêche de Tante Josepha qu’elle vient de recevoir, lui annonçant la nomination de l’oncle Paul à Angers, au commandement du 6e génie. Cette nouvelle, reproduite déjà par le Maine-et-Loire, nous comble tous de joie, nous sommes littéralement ravis à la pensée que nous allons être en famille ici ; nous nous empressons de télégraphier notre joie aux Magué. Ce bonheur, que nous n’aurions pas osé espérer, nous arrive précisément au moment où nous souffrions davantage de l’isolement que notre origine étrangère à l’Anjou nous occasionnait ; aussi nous paraît-il d’autant plus grand. Il faut avouer que s’il y a de tristes jours dans la vie, il y a aussi, de loin en loin, des jours bien joyeux ! Le soir, à cause de la neige et de mon rhume de cerveau qui a l’air de vouloir recommencer, je ne ressors pas.

Paul Magué (1849-1912), colonel et futur général de brigade  – Collection Pierre Lemaitre

Angers, dimanche 2 février 1902

Le matin, je ne vais qu’à la messe de 11 heures à Notre-Dame ; l’après-midi, après quelques courses, je vais au salut chez les Dominicains avec Marie-Thérèse.

Semaine du 3 au 9 février 1902

Angers, lundi 3 février 1902

Le matin, cours de droit. Après le second cours, je vais avec Papa et Marie-Thérèse (Maman, malade, ne peut y venir) à l’enterrement de M. Frédéric de La Villebiot, le père de MM. Georges et Geoffroy de La Villebiot, qui a lieu à Saint-Joseph ; on porte ensuite le corps à Bréon. Le soir, à 7 heures, nous recevons à dîner Mgr le Recteur Pasquier, M. le curé de Saint-Serge, MM. A Gavouyère, Jac, Courtois et Buston.

Angers, mardi 4 février 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 5 heures, je vais prendre une leçon de danse chez Letournel.

Angers, mercredi 5 février 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 2 heures, cours d’agriculture ; à 3h ½, je vais prendre une leçon de danse. Le soir, à dix heures, je vais au bal offert par le marquis et la marquise de Kergos[13] ; je danse avec Mlles de Farcy, de Beauchamp, de Chemellier et, pour le cotillon, avec Mlle Bodinier, la fille du sénateur conservateur d’Angers[14] ; le buffet est des mieux servis ; il y a environ 110 à 120 invités ; on se retire de bonne heure, vers 1h ½.

Guillaume Bodinier (1847-1922), sénateur du Maine-et-Loire de 1897 à 1922  – Crédits Archives départementales du Maine-et-Loire

Angers, jeudi 6 février 1902

Le matin, m’étant levé à 8 heures, je ne vais qu’au second cours ; l’après-midi, j’assiste à un cours de chimie agricole de M. Moreau, puis je vais me confesser à l’église des Pères Dominicains ; ensuite, à 5h ¼, j’assiste au cours ordinaire d’agriculture. À 7 heures, je vais dîner chez M. et Mme Bonnet avec Des Loges, Hervé-Bazin et De Bréon ; quand je rentre à la maison, vers 11h ¾, je trouve Maman affolée et Papa déjà parti à ma recherche parce qu’ils me croyaient victime d’une agression nocturne à cause de l’heure un peu tardive à laquelle je rentre ; elle s’explique par ce fait que le dîner n’a commencé qu’à 8 heures et que le thé, par voie de conséquence, n’a été servi qu’à 11 heures ; heureusement, Papa rentre bientôt et nous nous mettons au lit.

Angers, vendredi 7 février 1902

Le matin, je ne me lève que vers 10 heures et je manque les deux cours parce que j’ai été indisposé pendant la nuit, probablement à cause du trop bon dîner de Mme Bonnet ou de l’émotion que m’a causé l’effroi de Maman. L’après-midi, je fais la visite des pauvres, puis je vais voir De Solis avec qui je cause pendant plus d’une heure.

Angers, samedi 8 février 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je fais diverses commissions. Le soir, à 10h ¼, je vais au bal offert par la baronne Le Guay[15] ; il y a environ 200 invités que le grand salon, une immense serre éclairée par une multitude de lampions disséminés dans des guirlandes de lierre et le buffet, ont de la peine à contenir ; l’orchestre est excellent, je danse avec Mlles de Farcy, de La Salle, Bodinier et de Chemellier ; je me retire à 1h ½ avant le cotillon qui a dû durer au moins jusqu’à 4 heures.

Angers, dimanche 9 février 1902

Je me lève vers 10 heures et je vais à la messe de 11 heures. L’après-midi, nous allons au salut chez les Dominicains.

Semaine du 10 au 16 février 1902

Angers, lundi 10 février 1902

Le matin, Papa et Marie-Thérèse partent pour Paris par le rapide de 10h25 ; Papa profite du congé des jours gras pour accompagner Marie-Thérèse à Neuilly où elle va passer une quinzaine chez Tata Mimi. L’après-midi, je vais faire ma visite de digestion chez Mme Bonnet ; je vais aussi chez M. Delahaye avec qui je cause des premières négociations qu’il a engagées avec la famille Rogeron au sujet d’un projet de mariage entre Mlle Rogeron et Henri des Cordes[16].

Angers, mardi 11 février 1902

Je ne me lève que fort tard à cause du congé du mardi gras ; toujours à cause de ce congé, j’ai mon après-midi libre ; j’en profite pour partir à bécane : je vais jusqu’au Lion d’Angers ; je vais sonner chez Roussier que je ne rencontre pas. Je rentre par le train qui arrive à Angers à 6h34.

Angers, mercredi 12 février 1902

C’est aujourd’hui le mercredi des cendres ; je prends cendres à la messe de 8 heures à la chapelle de l’Internat Saint-Clair ; les cours ont lieu ensuite.

L’après-midi, à 3 heures, je vais consulter un médecin spécialiste, M. Devau, sur un rhume de cerveau que j’ai pris en novembre et qui n’est pas encore complètement terminé ; il me dit que cela ne présente pas la moindre gravité et passera à la belle saison. À 5 heures, cours d’agriculture.

Angers, jeudi 13 février 1902

Le matin, cours de droit ; c’est maintenant M. Albert qui nous fait le cours de droit criminel à la place de M. René Bazin qui est à Paris jusqu’à Pâques. L’après-midi, à 2 heures, leçon de mandoline ; ensuite, je vais, avec un garçon d’une agence de locations, visiter des maisons pour le compte de l’oncle Paul, je les trouve toutes trop petites ; à 5h ¼, cours d’agriculture. À 8 heures, réunion de la congrégation, après laquelle on nous occupe à écrire beaucoup d’adresse pour les convocations au prochain congrès de l’Association catholique de la jeunesse française qui aura lieu à Nantes à la fin du mois.

Angers, vendredi 14 février 1902

À 11 heures, après les cours, je vais, en compagnie du garçon de l’agence de location, visiter une maison que je n’avais pas vue hier, rue Saint-Julien ; il y a de grands salons ; elle pourrait convenir à l’oncle Paul, mais le prix (2400 fr.) est un peu élevé ; peut-être le propriétaire consentira-t-il à une réduction ? L’après-midi, j’écris à l’oncle Paul le résultat de mes recherches, puis je repasse des matières de droit civil. À 8 heures, je vais faire ma visite à Madame de Kergos. Le soir, à 8 heures, à l’Université, conférence de M. l’abbé Marchand sur « Les ignorances de Louis XIV », la conférence paraît documentée, malheureusement, l’abbé Marchand a la voix si faible que, de ma place, on perd la moitié de sa conférence.

Angers, samedi 15 février 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, j’accompagne avec ma bicyclette, un bout de chemin, Roussier qui part, aussi à bicyclette, pour Le Lion ; puis je vais me confesser au curé de Saint-Jacques. À 5 heures, je vais voir De Solis, il me présente son cousin, jeune officier de l’armée espagnole, arrivé avant-hier. Ensuite, je vais à la salle d’armes. Papa arrive ce soir de Paris, il a laissé Marie-Thérèse à Neuilly chez Tata Mimi. À 8 heures du soir, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 16 février 1902

Le matin, j’assiste avec Papa à la messe des sociétés de Saint-Vincent-de-Paul à la cathédrale à 7h ½ où nous communions. L’après-midi, Papa et moi assistons au 8e concert populaire au cirque-théâtre ; on joue un très joli poème symphonique en ré majeur de Beethoven en 4 actes ; puis divers morceaux ; enfin le 4e acte de Siegfried avec chant en allemand, puis Tristan et Yseult ; il y a trop de Wagner, c’est un bruit assourdissant qui casse la tête malgré le charme spécial que l’on éprouve à se sentir écrasé par les sons puissants et par les grondements de l’orchestre. À 5 heures, nous allons au salut chez les Dominicains, et à 8 heures, à la réunion générale des conférences Saint-Vincent-de-Paul, place Saint-Martin.

Semaine du 17 au 23 février 1902

Angers, lundi 17 février 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, je fais ma visite à Mme Le Guay, puis j’assiste au cours d’agriculture. À 8 heures, conférence Saint-Louis ; Noël lit un intéressant travail sur « Les chemins de fer au XXe siècle ».

Angers, mardi 18 février 1902

Le matin, il n’y a pas cours de droit romain parce que M. Coulbault est malade ; mais il y a cours de droit administratif. Il n’y a pas de cours d’agriculture dans l’après-midi parce que les élèves sont en excursion agricole ; j’assiste, à la cour d’assises, à la condamnation à deux années d’emprisonnement avec bénéfice de la loi Bérenger d’un individu qui avait volé 800 frs. et à l’acquittement de sa femme qui était poursuivie pour complicité ; cette dernière était défendue par Normand d’Authon. Nous recevons une dépêche de l’oncle Paul qui devait arriver ce soir ; il est grippé et n’arrivera que vendredi ou samedi.

Angers, mercredi 19 février 1902

Le matin, cours de droit ; l’après-midi, à 2 heures cours d’agriculture ; ensuite je prépare ma conférence à la bibliothèque ; à 5 heures, conférence de droit civil.

Angers, jeudi 20 février 1902

Le matin, cours habituels, M. Coulbault étant rétabli ; l’après-midi, à 5 heures cours d’agriculture, auparavant leçon de mandoline et visite des pauvres. Une lettre de Tante Josepha nous dit que l’oncle Paul n’est pas parti lundi à cause d’un petit rhume mais qu’il arrivera probablement demain matin. Le soir, réunion de la congrégation.

Angers, vendredi 21 février 1902

Le matin, cours habituels ; l’oncle Paul n’arrive pas, une lettre de Nénette nous annonce son arrivée pour demain matin ; je déjeune à 10h ½ et dès onze heures, je suis à la cour d’assises où il y a affluence, car on juge un nommé Delalande, âgé de 19 ans ½ qui était détenu à la Maison centrale de Fontevrault et qui a assassiné un gardien pour s’évader ; l’avocat général, qui parle pendant près d’une heure, demande la peine de mort ; l’avocat demande le rejet des deux circonstances aggravantes de préméditation et du délit d’évasion. Le jury rejette ces deux circonstances et Delalande est condamné aux travaux forcés à perpétuité, plus un an de cellule pour achever de purger son ancienne peine. Les débats sont terminés vers 5 heures. À 5 heures, je vais me confesser à l’abbé Brossard, car je n’aurai pas le temps d’y aller demain avant mon départ pour Nantes. À 8 heures ½, conférence à l’Université du comte du Plessis de Grenédan, professeur, sur « Le bluff anglo-saxon et la prétendue suprématie des Anglo-saxons ».

Nantes, samedi 22 février 1902

Le matin, cours habituels. Après les cours, je trouve à la maison l’oncle Paul qui est arrivé par le train de 8h45, il est encore il peu enrhumé. Par le train de 2h34, je pars pour Nantes avec plusieurs étudiants ; nous y arrivons à 4 heures à peu près. Nous descendons à l’Hôtel de Bretagne ; l’hôtel est envahi par des jeunes gens venus un peu de partout assister au congrès de l’Union régionale de l’Association catholique de la Jeunesse française de l’Ouest. Nous visitons la ville, quelques camarades et moi ; puis on dîne à 6h ½, et, à 8h ¼ a lieu l’ouverture du congrès dans la salle de l’œuvre des cercles catholiques d’ouvriers, rue du Chapeau rouge : allocution de Charles Gallet, discours de Jean Lerolle[17] et du comte Rouillé d’Orfeuil[18] ; dans ces deux discours, je remarque quelques mots à redire sur l’action sociale ; la séance est finie à 10h ¼. Avant de me coucher, j’expédie des cartes postales de Nantes un peu dans toutes les directions.

Nantes, dimanche 23 février 1902

Je me lève à 6h ½ pour assister à la messe de communion de 7h ½ dans la chapelle de l’œuvre des cercles catholiques d’ouvriers, puis déjeuner ; à 9 heures, première séance d’étude : lecture de plusieurs rapports sur les progrès de la Jeunesse catholique depuis l’année dernière ; discussions à la suite de ces rapports ; puis élection du président de l’Union régionale de l’Ouest, Normand d’Authon est élu ; du vice-président, De Saint-Pern est élu ; et de deux membres du conseil régional, Gaudineau et Joseph Vachez sont élus ; ce sont tous ceux pour lesquels j’avais voté sauf pour le vice-président (j’avais voté pour De Monti de Rezé) ; n’ont pris part au vote que ceux des membres ayant voix consultative, c’est-à-dire un quart environ ; je votais au nom de la Commission des patronages d’Angers. À midi, banquet suivi de 10 toasts, nous étions plus de 250 à ce banquet. À 2h ¼, seconde séance de travail à la suite de laquelle on discute les statuts de la nouvelle Union diocésaine nantaise qui est fondée aujourd’hui. Après cette séance, je rentre un moment à l’hôtel, puis je me dirige vers la basilique Saint-Nicolas ou a lieu la cérémonie de clôture du congrès ; j’y arrive un peu en retard à cause des haies de troupes que l’on rencontre dans tous les coins de rues pour protéger le passage du ministre radical-socialiste des Travaux publics, M. Pierre Baudin, venu aujourd’hui à Nantes présider un congrès de la Loire navigable ; quand le cortège est passé au milieu de la place royale, noire de monde, et dans le silence glacial de la foule, je vais à Saint-Nicolas ; très belle cérémonie. Nous repartons par le train de 8h50 et nous arrivons à Angers à 10h17 ; Jean m’attendait à la gare.

Semaine du 24 au 28 février 1902

Angers, lundi 24 février 1902

Je ne vais qu’au second cours ; l’après-midi, à 4 heures, conférence de droit administratif ; à 5h ¼, cours d’agriculture. À 8h ½, salle des Quinconces, conférence de Jean Lerolle sur le même sujet qu’avant-hier à Nantes.

Angers, mardi 25 février 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, avec l’oncle Paul je fais une tournée de maisons, l’oncle Paul ne trouve rien qui lui convienne. À 5 heures, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 26 février 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 2 heures cours d’agriculture, à 5 heures conférence de droit civil. Au retour de la Faculté, je trouve à la maison Margot[19] et Marie-Thérèse qui sont arrivées à 5 heures de Paris ; Margot est ici pour une quinzaine de jours.

Angers, jeudi 27 février 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, après la leçon de mandoline, je vais faire avec Maman et Marie-Thérèse une visite à Mme Bodinier, la femme du sénateur[20], avec laquelle nous n’étions pas encore en relations, elle est très aimable envers nous.

Angers, vendredi 28 février 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, je vais avec l’oncle Paul à la caserne du génie où l’oncle Paul me fait visiter son bureau qui est fort bien installé ; ensuite, je vais sur la place Monprofit attendre un bataillon du 6e génie qui devait passer par là et rentrer à Angers musique en tête ; j’y suis à 4 heures, heure à laquelle il devait passer, je l’attends jusqu’à 5h moins un quart, mais il ne passe pas, sans doute, l’heure aura été changée au dernier moment ; ensuite, je vais voir De Solis et son cousin avant de rentrer à la maison, puis je vais faire la visite des pauvres à Saint-Vincent-de-Paul.

Mars 1902

Semaine du 1er au 2 mars 1902

Angers, samedi 1er mars 1902

L’oncle Paul va à Tours faire une visite au général Tanchot[21], commandant du IXe corps d’armée ; il rentre à 5 heures. Le matin, j’assiste aux cours habituels ; l’après-midi, je travaille jusqu’à 4h ½, puis je sors avec Margot, ensuite je vais à l’escrime. Le soir à 8 heures, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Louis Tanchot (1838-1910), général de division  – Crédits site military-photos.com

Angers, dimanche 2 mars 1902

Le matin, je vais à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, je vais au patronage jusqu’à 5 heures. Nous dînons à 5h 1/4. Pour que l’on puisse préparer la salle à manger pour notre soirée de ce soir. À 9 heures, nous recevons quarante à quarante-cinq personnes ; comme on ne danse pas à cause du carême et aussi à cause des malheurs publics, on fait de la musique – piano, violon, chant, monologues – puis, à la fin, on procède au tirage d’une loterie très amusante, chaque invité emporte deux lots ; nombreuses visites au buffet qui était fort bien garni. On se retire vers une heure.

Semaine du 3 au 9 mars 1902

Angers, lundi 3 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à l’heure du cours d’agriculture qui n’a pas lieu, je vais prendre un bain.

Angers, mardi 4 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, Marie-Thérèse et moi nous accompagnons Margot chez le Père des Cars dont elle est la cousine, puis je vais faire une visite à M. de Boisaubin[22], que je ne rencontre pas ; ensuite, leçon d’allemand, puis cours d’agriculture. Maman, qui a une forte migraine, ne quitte pas le lit de la journée.

Angers, mercredi 5 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, Maman ne reçoit pas à cause de sa migraine d’hier, qui va mieux, mais qui l’a laissée fatiguée. Je vais visiter la maison du boulevard du Palais, 7, appartenant à M. Gautret de la Moricière[23], que l’oncle Paul a louée pour 2300 frs., elle a de grands avantages : d’abord, être fort bien placée, sur le Champ de Mars, sans vis-à-vis, puis d’avoir écurie et remise et, avantage particulier nous nous, d’être à une minute à peine de chez nous ; mais elle a l’inconvénient d’avoir un salon de dimension à peine moyenne, et une toute petite salle à manger. Mais il n’y avait pas de maison plus confortable à louer en ce moment. Je vais ensuite au cours d’agriculture, puis à la conférence de droit civil.

Angers, jeudi 6 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, je vais, avec l’oncle Paul et Margot, chez divers marchands de meubles pour l’oncle Paul qui cherche une table de travail ; à 5 heures ¼, cours d’agriculture. Le soir à 8 heures, salle des Quinconces, conférence de Mgr de Saune[24], évêque coadjuteur de Madagascar, sur Madagascar ; Mgr de Saune est un ancien lieutenant d’artillerie, il a été à Polytechnique dans la même promotion que l’oncle Paul, qui a conservé les meilleures relations avec lui. À la suite de la conférence, il y a quelques projections.

Mgr Henri Lespinasse de Saune (1850-1929) sur son cheval à Madagascar, vers 1903

Angers, vendredi 7 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 5 heures, conférence de droit administratif ; auparavant, je vais faire la visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, samedi 8 mars 1902

Cours habituels ; ensuite, je vais avec l’oncle Paul faire un tour au marché pour voir si nous ne trouverons pas à acheter de vieilles faïences ; nous ne trouvons rien. L’après-midi, à 2 heures cours d’agriculture à la place de celui qui n’a pas eu lieu lundi ; ensuite, je vais faire visiter à l’oncle Paul plusieurs magasins de meubles anciens ; puis, je vais me confesser à M. le curé de Saint-Jacques ; je vais ensuite à la salle d’armes. Le soir à 8 heures, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 9 mars 1902

Je vais avec Papa à la messe de 8 heures à Saint-Serge où nous faisons la sainte communion. L’après-midi, je visite avec l’oncle Paul le musée établi dans l’hôtel Pincé rue Lenepveu ; puis je vais rejoindre Maman, Margot et Marie-Thérèse à Saint-Laud où nous entendons le premier sermon de la mission qui s’ouvre aujourd’hui pour durer jusqu’à Pâques. Ensuite, je vais avec Margot chez M. Delahaye en vue du projet de mariage entre Henri des Cordes et Mlle Rogeron.

Semaine du 10 au 16 mars 1902

Angers, lundi 10 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi je travaille le droit romain jusqu’à cinq heures ; à 5h ¼, cours d’agriculture. Le soir à 8 heures, conférence Saint-Louis ; Le Prado lit un travail sur « Les alcools d’industrie » à la suite duquel une assez vive discussion s’engage sur la qualité des vins du Midi ; j’y prends part en faisant observer que si la qualité de ces vins est assez médiocre depuis 2 ans, cela tient à des circonstances exceptionnelles. À 10 heures, l’oncle Paul part pour Toulouse où il va surveiller le déménagement de ses meubles ; il sera de retour dimanche matin.

Angers, mardi 11 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, j’accompagne Margot à Saint-Laud, puis je me mets au travail jusque vers 5 heures. À 5h ¼, cours d’agriculture. Le soir, à Notre-Dame, nous assistons au sermon du Père Vihan.

Angers, mercredi 12 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 2 heures, cours d’agriculture ; à 5 heures, conférence de droit civil. Le soir, je reste à la maison, pendant que Papa, Maman et Margot sont au sermon, pour préparer mon examen préparatoire de demain.

Angers, jeudi 13 mars 1902

Le matin, cours habituels. L’après-midi, je subis l’examen préparatoire ; j’obtiens une rouge pour le droit romain, une rouge pour le droit civil et une rouge-blanche pour le droit administratif ; je subirai l’examen de droit criminel après le retour de M. Bazin. Comme résultat, ce n’est pas merveilleux, mais c’est bien suffisant pour être reçu et c’est tout ce que je pouvais demander à la fin du premier semestre, d’ailleurs ce sont les notes que j’avais obtenues l’année dernière à cet examen. Après l’examen, je vais, avec Papa, Maman et Marie-Thérèse, chez Priet où nous choisissons pour Mimi Cornet, à l’occasion de son mariage, une grande fontaine à thé Louis XVI en métal fortement argent du prix de 100 francs. C’est aujourd’hui que nous arrêtons le programme de mes vacances de Pâques : j’irai, du vendredi 21 au vendredi 28 (vendredi saint) à Neuilly chez Tata Mimi ; j’en partirai ce jour-là pour arriver le lendemain 29 mars (samedi saint) à Ille ou à Vinça ; j’y resterai jusqu’après le mariage de ma cousine Marie Cornet de Bosch qui aura lieu probablement le 10 avril et pour lequel Mimi Cornet a eu l’amabilité de m’inviter à être garçon d’honneur[25]. Papa et moi, nous repartirons directement du Roussillon pour rentrer à Angers. Le soir à 8 heures, Papa et moi nous assistons à Saint-Serge à une conférence pour les hommes (il y en a au moins 300 à 400), par le Père Mouton.

Angers, vendredi 14 mars 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 3 heures, je vais avec Maman chez M. Desvaux, le spécialiste que j’avais consulté il y a environ un mois au sujet de mon rhume de cerveau qui a duré tout l’hiver et qui n’est pas encore entièrement terminé ; il constate que la muqueuse est moins irritée qu’il y a un mois. Ensuite, je vais me promener du côté des casernes en construction à la Brisepotière où il est probable que je logerai pendant mon service militaire si je puis le faire à Angers, puis je vais faire la visite des pauvres. À 6 heures, je vais, ainsi que tous les autres élèves de l’école d’agriculture, chez le P. Vétillart qui nous demande de remplir les fonctions de commissaires à l’audition que les chanteurs de Saint-Gervais donneront vendredi, à la cathédrale, au profit de l’école d’agriculture ; il nous explique ce que nous aurons à faire ; il est probable que je serai parti vendredi à l’heure de cette cérémonie ! Le soir, nous allons tous au sermon de la mission à Saint-Serge.

Angers, samedi 15 mars 1902

Le matin, il n’y a pas de premier cours, car le cours de droit international ne commence que lundi, j’en profite pour aller à la gare prendre du tuyau sur des billets circulaires. Ensuite, cours ordinaire. L’après-midi, à 5h ¼, leçon d’escrime. Le soir, à 8h ¼, Mgr Rumeau fait, à l’Université, une conférence sur la liberté d’enseignement qui est si compromise par les projets de loi déposés au Sénat et par l’abrogation de la loi Falloux qui a été votée, en principe, par la Chambre des députés. Il est évident, comme le dit fort bien Monseigneur, que le sort de cette liberté essentielle est subordonné au résultat des élections législatives.

Angers, dimanche 16 mars 1902

J’assiste à la grand’messe à Saint-Joseph avec Margot. L’après-midi, j’envoie à La Croix le compte-rendu de la conférence d’hier soir, puis je vais du côté de Saint-Laud où je vois passer la procession de la Vraie Croix ; puis je vais me promener avec l’oncle Paul, qui est rentré ce matin de Toulouse. Le soir, à Saint-Serge, j’assiste avec Papa à la conférence donnée pour les hommes seuls par le Père Mouton.

Semaine du 17 au 23 mars 1902

Angers, lundi 17 mars 1902

Ce matin, après le cours de M. Jac, Papa devait faire le premier cours de droit international, mais je ne sais quel imbécile ayant enlevé et à moitié brisé la porte de la salle de cours, le cours de Papa ne peut avoir lieu. L’après-midi, je vais à la gare faire ma demande d’un billet circulaire à itinéraire facultatif : je le prendrai vendredi au moment de mon départ. L’itinéraire est par Paris, Melun, Nevers, Clermont-Ferrand, Arvant, Neussargues, Béziers, Narbonne, Perpignan, Ille, et, pour le retour, Perpignan, Narbonne, Toulouse, Bordeaux, Niort, Montreuil-Bellay et Angers, soit 2124 kilomètres, il ne coûtera, en 2ème classe, que 124 ou 128 frs. Je vais ensuite faire, avec Maman, une visite à la baronne Le Guay que nous ne rencontrons pas, puis quelques emplettes. À 5h ¼, cours d’agriculture. Le soir, je vais, avec Papa et Margot, à Saint-Serge où nous entendons un sermon sur « Le jugement particulier » par un Rédemptoriste autre que le Père Mouton.

Angers, mardi 18 mars 1902

Le matin, cours habituels. L’après-midi, je vais me confesser au Père Mouton à Saint-Serge, j’attends 2 heures avant de le voir. À 4 heures, leçon d’allemand ; à 5h ½, cours d’agriculture ; le soir, nous allons, avec Papa, Margot et moi, au sermon à Saint-Serge. Tante Josepha et Nénette arrivent à 4h ½. 

Angers, mercredi 19 mars 1902

Le matin, je vais à la messe de communion à Notre-Dame, puis au cours de droit international public, que fait Papa (c’est aujourd’hui que commence ce cours). L’après-midi, je vais, à 2 heures, au cours d’agriculture ; ensuite, je m’occupe de trouver quelqu’un qui veuille me remplacer vendredi comme commissaire à l’audition des chanteurs de Saint-Gervais, à la cathédrale ; Etienne Vachez y consent. Le soir, nous allons tous au sermon à Saint-Serge.

Angers, jeudi 20 mars 1902

Le matin, cours habituels, ce sont les derniers avant les vacances de Pâques ; l’après-midi, à 2 heures, leçon de mandoline ; ensuite, je vais faire diverses commissions. Le soir, à 8 heures, j’assiste, au cirque, à la conférence organisée par la Ligue de la Patrie française pour patronner la candidature de M. Joubert[26] dans la 1ère circonscription d’Angers, et celle de M. Cesbron à Baugé. Il y a environ 2500 personnes, rien que des hommes qui acclament frénétiquement les divers orateurs : François Coppée, Syveton, M. de Grandmaison[27], M. Cesbron, M. Joubert ; à mains levées, ils acclament les candidatures proposées. Il n’y a pas un seul cri hostile.

Georges Millin de Grandmaison (1865-1943), député de Saumur de 1893 à 1932  – Crédits Site de l’Assemblée nationale

Neuilly, vendredi 21 mars 1902

Le matin, après la messe de communion pascale à l’Université, je pars pour Paris par le rapide de 10 heures 25, j’y arrive à 3h30 et je suis à 4h15 à Neuilly où m’attendait Tata Mimi. Je sors à 5 heures et je fais diverses commissions dans Paris jusqu’au moment où je rentre à Neuilly pour dîner. C’est aujourd’hui que j’ai fait la connaissance de ma nièce, Marie Madeleine ; elle est vraiment bien gentille, et ne crie jamais malgré ses 7 mois ; elle ressemble énormément à la photographie que nous avons de son père à cet âge.

Neuilly, samedi 22 mars 1902

Le matin, de 8h ½ à midi, je fais diverses courses : chez M. Chabert pour l’affaire de la conversion des titres du Nord[28] ; chez Piccot, que je ne rencontre pas. L’après-midi, je vais au Collège des Frères de Passy demander De La Touche, que je ne puis pas voir, puis je vais visiter la nouvelle gare du Quai d’Orsay, ensuite je reviens chez Piccot, qui est encore sorti, je me promène du côté du boulevard Sébastopol, je vais du côté de Saint-Sulpice et je rentre par le métropolitain que je prends au Louvre.

Neuilly, dimanche 23 mars 1902

Le matin, je vais à pied à la messe de 11 heures à Saint-Augustin, je rentre par le tramway des Ternes. L’après-midi, je vais au pensionnat des Frères de Passy où je vois De La Touche au parloir pendant plus d’une heure, ensuite, j’assiste au salut dans la chapelle espagnole de l’avenue de Friedland, puis j’allais chez Piccot lorsque, tout près de chez lui, je le rencontre ; il me raccompagne dans le métropolitain jusqu’à l’Étoile ; toujours aussi grotesque ! Le soir, je vais avec Xavier au Palais de glace des Champs-Élysées où je regarde pendant une petite demi-heure patineurs et patineuses, j’y laisse Xavier et je vais me promener sur les boulevards jusqu’à l’Opéra où je m’amuse à regarder un moment les dépêches que l’Écho de Paris affiche en lettres de feu au fur et à mesure qu’elles arrivent. Je rentre à Neuilly à minuit par le métropolitain.

Semaine du 24 au 30 mars 1902

Neuilly, lundi 24 mars 1902

Le matin, je ne vais pas à Paris, je me promène pendant plus de deux heures dans le bois de Boulogne, j’y entre et j’en sors par l’allée des Sablons, mais après être passé par Longchamps, par les lacs et par le pavillon d’Armenonville. L’après-midi, je vais voir Piccot, nous nous promenons ensemble ; je fais quelques commissions, et je rentre à Neuilly par le métropolitain ; j’y trouve Margot, qui est arrivée d’Angers à 3h30.

Neuilly, mardi 25 mars 1902

Le matin, je ne vais pas à Paris ; je vais, avec Margot, à la messe à l’église Saint-Pierre de Neuilly à cause de la fête de l’Annonciation. L’après-midi, j’assiste à la séance de la Chambre des députés ; c’est un spectacle auquel je n’avais pas encore assisté. On a peine à suivre les discours, tant les députés font de tapage en allant et venant de la buvette à leurs bancs. M. Denys Cochin adresse une question à M. Delcassé au sujet de la déclaration franco-russe qui a suivi l’accord anglo-japonais ; le ministre réponse que cette déclaration a pour but de garantir l’intégrité de la Chine. Il y a ensuite une assez vive discussion au sujet du projet de loi électorale, notamment sur le droit que la commission propose d’accorder aux préfets de refuser la déclaration de candidature des citoyens ayant encouru la dégradation civique ; comme ce texte vise les condamnés à la Haute-Cour, l’incident est très chaud, finalement, il est repoussé après une intervention de M. Camille Pelletan qui dit qu’il entrave aux principes républicains ; Pelletan, chose curieuse, se fait applaudir par l’extrême-gauche et par la droite ! Quant à l’interpellation de M. Chiché sur l’attitude que le gouvernement compte prendre devant le Sénat au sujet de la loi, votée par la Chambre, qui porte de 4 à 6 ans la durée du mandat législatif, elle est renvoyée à la suite, c’est-à-dire après les élections ; son renvoi soulève de vives protestations.

Neuilly, mercredi 26 mars 1902

Le matin, je vais me faire photographier, boulevard Rochechouart. L’après-midi, je vais à Versailles, suivant la recommandation de Maman, pour faire une visite à Mme Salmon ; j’y aurais été de bonne heure et j’aurais eu le temps, à mon retour, d’aller voir les Barescut, si je n’avais eu la distraction de laisser passer la station de Puteaux sans changer de train ! En sorte que je suis allé jusqu’aux Moulineaux, et de là, j’ai dû revenir à Puteaux pour aller à Versailles. Par suite, dans cette ville, je n’ai eu que le temps d’aller faire ma visite et de rentrer de suite ; Mme Salmon m’a même invité à dîner, ce que je n’ai pu accepter n’ayant pas prévenu à Neuilly.

Neuilly, jeudi 27 mars 1902

Le matin, je vais à Saint-Gervais où j’entends une partie de l’office du jeudi saint chanté par les célèbres chanteurs de Saint-Gervais. Je déjeune avec ma tante de Barescut, qui est en ce moment à Paris chez son fils le capitaine d’artillerie Maurice de Barescut, élève de l’École de guerre, avec ma cousine Jeanne de Barescut et avec mon cousin Maurice dont je fais la connaissance, car je n’avais encore jamais eu l’occasion de le voir ; je le trouve tout à fait à mon goût : très aimable et très simple à la fois ; Tata Mimi les avait invités à cause du passage à Paris de ma tante. L’après-midi, je visite les tombeaux de plusieurs églises : Neuilly, Sainte-Clotilde, Saint-Augustin, la Madeleine. Je vais aussi faire une visite à ma tante de Roig, boulevard de Courcelles, que je ne connaissais pas encore.

Neuilly, vendredi 28 mars 1902 (vendredi saint)

Le matin, je vais à la basilique de Montmartre, puis, en redescendant, je rencontre Piccot, avec qui je me promène un moment. L’après-midi, au moment où je sortais, je rencontre d’Anteroche[29] à l’entrée du Bois, puis je vais visiter la chapelle de la rue Jean-Goujon élevée en souvenir de l’incendie du Bazar de la Charité, je vais me faire couper les cheveux boulevard Malesherbes et je vais visiter le reposoir de Saint-Eustache. Je rentre à Neuilly de bonne heure et j’en repars à 7 heures pour prendre, à 8h20, le train à la gare de Lyon.

Ille, samedi 29 mars 1902

J’ai voyagé toute la journée en passant par Paris, Nevers, Moulins, Clermont, Arvant, Neussargues, Béziers, Narbonne, Perpignan et Ille ; je n’ai pas changé de wagon jusqu’à Béziers. La région que j’ai traversée entre Arvant et Bédarieux est des plus curieuses, la ligne passe à 1100 mètres d’altitude dans les montagnes du Cantal et de la Lozère ; dans l’Aveyron, on passe près des fameuses gorges du Tarn ; c’est un pays très peu habité, très triste et assez froid. J’arrive à Ille à 8 heures ; Papa m’attendait à la gare.

Ille, dimanche 30 mars 1902 (jour de Pâques)

Le matin, je me lève avant 5 heures pour assister à la procession qui a lieu à six heures. Le Regina en musique est très bien exécuté au moment où la statue du Ressuscité et celle de la Sainte Vierge se rencontrent et se saluent. Nous déjeunons chez M. le curé, avec le vicaire et le Père prédicateur. L’après-midi, après vêpres, nous faisons plusieurs visites. Le soir, nous allons chez les demoiselles Matthieu où nous voyons leur neveu, le capitaine Scillie et sa femme.

Semaine du 31 mars 1902

Vinça, lundi 31 mars 1902

Je quitte Ille, après la grand’messe, par le train de 10h ½ et j’arrive à Vinça à 10h ¾, Bonne Maman m’attendait à la gare, j’ai le plaisir de constater qu’elle est en très bonne santé. L’après-midi, nous assistons aux vêpres, puis nous faisons plusieurs visites et deux tours du jardin.

Avril 1902

Semaine du 1er au 6 avril 1902

Vinça, mardi 1er avril 1902

Le matin, je vais me promener à Bentefarines. Nous déjeunons à 10h ½ et nous partons, par le train de midi, pour Perpignan. Nous allons voir Mme de Guardia[30], et Mme de Llamby[31] que nous ne rencontrons pas ; ensuite, nous retrouvons à Saint-Jean Papa, qui est allé à Trouillas ce matin. Nous allons tous ensemble chez les Cornet que nous rencontrons. J’y fais la connaissance de mon lointain cousin le lieutenant Louis Companyo[32]. Je vais ensuite avec Bonne Maman, faire une visite à ma tante Bonafos, que nous rencontrons, puis chez Mme de Llobet[33] que nous rencontrons aussi ; et nous finissons notre après-midi chez la même tante Bonafos, en compagnie de Tante Lutrand. Nous rentrons tous à Vinça par le train de 8 heures.

Vinça, mercredi 2 avril 1902

Le matin, je vais me promener avec Papa au Cam dels Rocs ; puis je vais attendre à la gare Charouleau qui arrive par le train de 11 heures ; il nous essaie nous habits d’été. L’après-midi, Papa part en voiture pour Boule et Ille. J’écris à L’Autorité pour faire venir 100 exemplaires de la brochure Aux électeurs par Cassagnac[34]. Puis, Bonne Maman et moi nous allons nous promener à la Mirande et au grand jardin.

Vinça, jeudi 3 avril 1902

L’après-midi, je vais à Rodès où je vois Joseph Cornet.

Ille, vendredi 4 avril 1902

Je quitte Vinça par le train de midi, après être allé voir, le matin, la plantation de chênes-lièges de Bentefarines ; les pousses de chênes commencent à se voir. L’après-midi, à Ille, je vais avec Papa à la vigne du Bouc où Dominique Vallé greffe quelques plants de vignes. Le soir, nous allons chez les demoiselles Matthieu.

Ille, samedi 5 avril 1902

Le matin, je vais chez l’oncle Victor[35] avec M. le curé[36], nous fouillons dans les vieux papiers où M. le curé trouve quelques renseignements intéressants pour l’étude qu’il veut faire sur Ille et ses anciennes familles ; je vais ensuite faire une visite à Victor de Lacour qui part à midi, je vois en même temps son père M. Charles de Lacour[37]. L’après-midi, nous allons, Papa et moi, chez M. de Barescut pour l’inviter à venir déjeuner demain matin ; nous ne le rencontrons pas, mais nous laissons notre invitation écrite. Nous allons passer la soirée chez les demoiselles Matthieu.

Ille, dimanche 6 avril 1902

Le matin, après la grand’messe, nous avons à déjeuner M. le curé, M. de Barescut et Thérèse. Après vêpres, je vais me promener à la métairie et aux travaux de défense contre le Boulès ; nous allons passer la soirée chez les demoiselles Matthieu.

Semaine du 7 au 13 avril 1902

Vinça, lundi 7 avril 1902

Le matin, j’assiste avec Papa à la grand’messe qui est dite à 9 heures en l’honneur de la fête de l’Annonciation renvoyée à aujourd’hui, puis je pars pour Vinça par le train de 10h ½. L’après-midi, à Vinça, je vais me promener à la vigne dite Ruscane.

Vinça, mardi 8 avril 1902

Le matin, à 7h ½, j’assiste avec Bonne Maman au Canta qu’elle fait dire pour Bon Papa de Pontich. L’après-midi, je pars pour Ille en voiture à 21h ½. À Ille, je fais distribuer par plusieurs individus 50 exemplaires de la brochure de propagande électorale intitulée Aux électeurs, par Paul de Cassagnac ; au retour, nous nous arrêtons à Bouleternère ; j’en confie 20 exemplaires à Joseph Jacomy, le fils du fermier, qui les distribuera ; j’en ai fait distribuer 30 exemplaires à Vinça. Papa et moi, nous arrivons à Vinça à 6h ½.

Perpignan, mercredi 9 avril 1902

Papa, Bonne Maman et moi nous partons par le train de midi. Bonne Maman s’arrête à Bouleternère, mais Papa et moi nous allons jusqu’à Perpignan ; nous descendons au Grand Hôtel, il est envahi par la noce de Mlle Grandidier, aussi, à 8 heures du soir, de peur d’être trop dérangés par le bal qui aura lieu cette nuit, nous quittons l’hôtel et nous allons au Petit Paris. Nous trouvons au Grand Hôtel l’oncle Xavier qui y est arrivé hier. Dans l’après-midi, je vais voir, avec Papa, mes cousins de Lazerme et les Cornet ; Papa va voir Monseigneur de Carsalade.

Ille, jeudi 10 avril 1902

Le matin, nous nous levons assez tard ; nous recevons, à l’hôtel, la visite de l’oncle Joseph que nous n’avions pas vu hier. Malheureusement, il tombe une pluie battante ! Vers 10h ½, je vais chez les Cornet que je trouve au milieu des derniers préparatifs de la noce. À 11 heures, arrivent les parents et amis : M. Companyo[38], M. et Mme Delmas, M., Mme et Mlles de Bonnefoy[39], M. Azémart[40], le général Souhart[41], l’oncle et tante Lutrand[42], M. et Mme Charles de Llobet[43], M. et Mme Michel de Pous[44], mon cousin Henri de Blaÿ[45] et tous ses enfants, que je ne connaissais pas encore, etc, etc. On me présente à ma demoiselle d’honneur, Mlle Marie-Thérèse de Massia[46] ; l’autre garçon d’honneur est le sous-lieutenant Delmas avec Mlle de Bonnefoy. À la messe, allocution du curé de La Réal, je me tire assez bien de la quête. Après la messe et le défilé à la sacristie, on rentre à la maison, où a lieu un grand dîner de 40 personnes qui dure de 1 heure à 4 heures ; après le dîner, pendant lequel j’étais à côté de la mariée, on prend le café, les messieurs fument un cigare, puis on se retire parce que Louis Companyo et Mimi[47] partent à 5 heures pour Céret voir Mme Companyo mère qui n’a pu venir, étant malade. Nous repartons de Perpignan par le dernier train, l’oncle Xavier, Papa et moi, et nous arrivons à Ille à 8 heures.

Louis Companyo (1870-1959), alors jeune lieutenant d’infanterie  – Crédits photo famille Companyo/L’Indépendant

Vinça, vendredi 11 avril 1902

Le matin, je vais me promener avec l’oncle Xavier dans la direction de Bouleternère ; nous voyons les nouveaux travaux de défense contre le Boulès, qui sont presque achevés ; nous apprenons la mort de Mme Jules Marty survenue subitement ce matin. Je pars pour Vinça par le train de 3h9.

Vinça, samedi 12 avril 1902

Le matin, je vais à 7 heures à l’église où je fais la sainte communion. Papa arrive d’Ille par le train de 11 heures. Nous partons, Papa et moi, par le train de 3h ½.

Angers, dimanche 13 avril 1902

À la gare de Perpignan à 5 heures, nous voyons l’oncle Xavier, qui nous y avait donné rendez-vous, et tous les Cornet qui viennent accompagner Louis Companyo et Mimi ; ils partent pour leur voyage de noce, après 2 jours passés à Céret auprès de Mme Companyo mère qui était souffrante. Au buffet de Narbonne, nous dînons ensemble ; ils descendent à Toulouse. Dimanche matin à 5 heures, nous arrivons à Bordeaux, nous allons vite à la cathédrale où nous entendons la messe de 7 heures et nous repartons pour Angers par le train de 8h50. Nous y arrivons à 4h ½. À la maison, nous voyons les changements faits dans la distribution des appartements par Maman : petit salon transporté dans la chambre du Champ de Mars (anciennement chambre de Maman) et chambre de Maman transportée dans l’ancien petit salon.

Semaine du 14 au 20 avril 1902

Angers, lundi 14 avril 1902

Le matin, je reprends mes cours ; à 8 heures, celui de M. Jac, à 9h ½, celui de Papa. L’après-midi, de 2h à 4h, je travaille du droit ; à 5 heures ¼, cours d’agriculture.

Angers, mardi 15 avril 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 5h ¼ cours d’agriculture.

Angers, mercredi 16 avril 1902

Le matin cours habituels, l’après-midi, le cours d’agriculture est supprimé. À 5 heures, conférence de droit civil.

Angers, jeudi 17 avril 1902

Le matin, cours habituels, les étudiants, comme hier et avant-hier, font beaucoup de tapage au cours de Papa, qui les menace de les signaler au doyen. L’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture. Le soir, à 8h, l’oncle Paul, tante Josepha, Nénette et mon oncle Albert de Lazerme, qui est en ce moment à Angers pour son service (il est contrôleur de l’armée) viennent prendre le thé à la maison.

Angers, vendredi 18 avril 1902

Le matin, cours habituels, le tapage continue au cours de Papa qui, pour comble du malheur, est obligé de faire cours tous les jours depuis qu’il a commencé le droit international ! L’après-midi, à 5 heures, conférence de droit administratif. Le soir, à 8 heures, nous allons prendre le thé chez l’oncle Paul ; l’oncle Albert devait y venir aussi, mais il n’y vient pas.

Angers, samedi 19 avril 1902

Après les cours, j’accompagne à la gare Maman qui part pour Biarritz où elle va faire une saison de bains salins chauds, et Papa qui l’accompagne jusqu’à Saumur. L’après-midi, je vais avec Marie-Thérèse me confesser à M. l’abbé Brossard. À 5h, leçon d’escrime. À 8 heures, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 20 avril 1902

Le matin, je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame, où je communie ; je travaille le reste de la matinée ; l’après-midi, nous allons au salut à 4h ½ à l’Adoration, puis nous nous promenons avec tante Josepha et Nénette. Le soir à 8 heures, au patronage Saint-Serge, nous assistons à la représentation du Bossu, qui dure jusqu’à minuit.

Semaine du 21 au 27 avril 1902

Angers, lundi 21 avril 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, je travaille jusqu’à 6h 1/2., puis je vais au cours d’agriculture à 5h ¼. À 8 heures, conférence Saint-Louis. M. René Bazin nous fait plusieurs lectures, notamment un chapitre d’un ouvrage de Maurice Barrès appelé Leurs figures, ce chapitre est consacré à la peinture de la séance de la Chambre où Jules Delahaye dénonça le scandale du Panama en novembre 1892 ; la frousse intense de ces parlementaires, en mieux, de ces parlementaires véreux, est tracée de main de maître par l’ardent nationaliste et l’antiparlementaire convaincu qu’est Maurice Barrès.

Angers, mardi 22 avril 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi à 5h ¼, cours d’agriculture ; nous allons ensuite dîner et prendre le thé chez l’oncle Paul.

Angers, mercredi 23 avril 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 2 heures cours d’agriculture ; ensuite, je vais travailler à la bibliothèque ; à 5 heures, conférence de droit civil. Le soir, Papa reçoit une lettre de M. Joseph Batlle[48], d’Ille, qui le décide à partir demain afin d’être à Ille le 27 avril pour des élections législatives, où sa présence, dit M. Batlle, est nécessaire pour entraîner certains hésitants en faveur de la candidature conservatrice de M. Circan. Le soir, nous allons tous chez les Magué, à qui Papa fait ses adieux ; l’oncle Albert s’y trouve aussi. Vers 10 heures, je vais à la soirée offerte par M. Bodinier, sénateur, à l’occasion du mariage de sa fille, Mlle Geneviève Bodinier[49]. C’est une simple réception ; il doit y avoir environ 150 personnes. Je me retire vers 11 heures, la soirée ne devant pas durer longtemps ; buffet très assorti.

Angers, jeudi 24 avril 1902

Le matin, après les cours, Papa part pour Ille où il va faire de la propagande électorale en faveur du candidat des conservateur, M. Albert Circan[50], qui, de même que M. Joubert à Angers, se présente sous l’étiquette de « républicain libéral », afin de rallier sur son nom tous les antiministériels. Papa, qui ne s’est pas fait inscrire sur la liste électorale d’Angers, va en Roussillon, d’abord pour voter lui-même, ce qui est un devoir essentiel dans les circonstances que nous traversons, et aussi pour user de son influence en faveur de M. Circan, comme le lui demandait un des conservateurs influents d’Ille, M. Joseph Batlle, dont la lettre a décidé Papa à partir pour le 1er tour de scrutin. À 11 heures, Marie-Thérèse, Tante Josepha et moi nous allons à Saint-Joseph assister au mariage de Mlle Geneviève Bodinier avec M. Robert Huault-Dupuy[51], qui est béni par Monseigneur Rumeau. La cérémonie est splendide, et il y a tellement de monde que nous fraisons queue, Marie-Thérèse et moi, pendant plus d’une demi-heure avant de pouvoir pénétrer dans la sacristie pour présenter nos vœux aux jeunes époux. Comme ni Papa ni Maman ne sont à Angers, nous n’allons pas à la réception qui suit le mariage, à laquelle nous étions invités. L’après-midi, à 5h ¼ cours d’agriculture. Ensuite, nous allons dîner chez Tante Josepha, comme nous ferons tout le temps que Papa sera absent.

Angers, vendredi 25 avril 1902

Le matin, cours de M. Jac et cours de M. Bazin, qui remplace Papa ; à 11 heures moins dix, je vais prendre ma 1ère leçon d’équitation au manège du 6e génie. L’après-midi, je travaille, puis à 5 heures, conférence de droit romain ; ensuite, je vais faire une visite à l’oncle Albert à l’Hôtel du Cheval blanc, puis je vais dîner et passer la soirée chez Tante Josepha.

Angers, samedi 26 avril 1902

Le matin, en l’honneur de Notre-Dame du Bon conseil, nous allons, Marie-Thérèse et moi, à la messe de 7 heures à Notre-Dame ; ensuite, je vais à mes cours ; l’après-midi, je travaille jusqu’à 4 heures, puis nous allons au salut à la chapelle de la route de Paris où l’oncle Albert et Tante Josepha viennent nous rejoindre. À 5 heures, leçon d’escrime. À 6h ½, nous allons dîner chez M ; et Mme Perrin. Après dîner, je vais avec Joseph Perrin à la conférence Saint-Vincent-de-Paul, puis je reviens prendre Marie-Thérèse chez Mme Perrin, et nous rentrons.

Angers, dimanche 27 avril 1902

Le matin, je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame ; j’y fais mes dévotions à l’intention des élections législatives qui ont lieu aujourd’hui et dont le résultat sera si décisif pour l’avenir de la France ! À midi, nous recevons à déjeuner l’oncle Paul, Tante Josepha et Nénette ; l’après-midi, je travaille jusqu’à 4 heures à mon étude pour Saint-Louis, puis je vais au salut à l’Adoration ; je reviens travailler jusqu’à 6 heures, à 6 heures, je vais assister au dépouillement du scrutin à la Mairie et à la Préfecture. Nous dînons chez Tante Josepha. Après dîner, nous sortons tous, nous avons même avec nous Hervé-Bazin et Roger Follenfant, pour essayer de connaître le résultat des élections. Notre 1ère impression est mauvaise car, en ville, c’est le socialiste ministériel Maurice qui arrive en tête ; mais je vais ensuite aux bureaux du Maine-et-Loire où on centralise les résultats ; là j’apprends que Joubert[52], candidat libéral, nationaliste soutenu par tous les conservateurs, arrive en tête, du reste voici les chiffres :

            Joubert : 5870 voix

            Bichon radical ministériel 5775 voix

            Abbé Bosseboeuf, républicain démocrate 5551 voix

            Maurice, socialiste ministériel 5083 voix

            Foucher, libéral 1127 voix

            Joxé, député sortant radical, 762 voix

C’est un beau résultat ; si l’abbé Bosseboeuf fait son devoir et se désiste en faveur de Joubert, ce que fera certainement Foucher, Joubert sera élu au second tour, et ce sera un siège gagné ! Somme toute, les antiministériels ont 12548 voix contre 11620 voix ministérielles. À Baugé, ballotage, mais l’antiministériel Cesbron arrivait, aux derniers chiffres connus, avec 7800 voix contre 7060 à Cathelineau ministériel et 2600 environ à Berlet ; il est probable que les voix de ce dernier se partageront également entre les deux autres et le succès restera à Cesbron. Ainsi, dans ces deux circonscriptions, les candidats de la Patrie française soutenus par les conservateurs, arrivent en tête. Dans les autres circonscriptions de Maine-et-Loire, les candidats conservateurs ont des majorités écrasantes ! On ne sait pas encore grand-chose de Paris et de la province. Cependant, pour Paris, on sait que les seuls élus, jusqu’à présent connus, sont des nationalistes – Prache, Sprouk, Berger, etc. – et, dans les autres circonscriptions, les nationalistes arrivent en tête des ballotages ! Dans la Sarthe, le ministériel d’Estournelles est battu ; le ministre Caillaux est en ballotage. À Nantes, le candidat antiministériel est élu dans une circonscription et, dans l’autre, il y a un ballotage. À Bordeaux, 3 ballotages. Somme toute, les nouvelles de ce soir sont excellentes. Puisse le Ciel nous en envoyer d’autres aussi bonnes demain ! Je rentre à 11 heures, j’écris ces lignes et je me couche.

Semaine du 28 au 30 avril 1902

Angers, lundi 28 avril 1902

Dès que je suis hors du lit, j’envoie acheter des journaux, je constate des succès très réels pour les antiministériels, surtout à Paris où presque tous les élus sont des nationalistes et où ils tiennent la tête dans les ballotages ; dans l’Ouest, beaucoup de victoires, par exemple dans le Calvados, dans la Seine-Inférieure, dans la Loire-Inférieure, la Vendée, la Vienne, idem pour le département du Nord, pour ceux des Vosges, de la Meuse et bien d’autres ; malheureusement, nous avons éprouvé quelques échecs très sensibles : Piou à Saint-Gaudens ; de Cassagnac dans le Gers ; le marquis de Solages à Carmaux où le socialiste Jaurès est élu ; Drumont à Alger ; la défaite de Drumont à Alger est certainement due aux manœuvres gouvernementales car le conseil municipal de cette ville qui était composé d’amis du député Drumont, avait été dissous 3 ou 4 jours avant le scrutin et, à sa place, on a mis une commission municipale dévouée au ministère, qui a dû s’en donner à cœur joie de tripatouiller les urnes et de faire de l’arithmétique électorale ! Espérons que l’élection d’Alger sera invalidée, lors de la vérification des pouvoirs, si nos amis sont en majorité à la nouvelle Chambre ; à Perpignan, Bartissol[53], républicain modéré et libéral, est élu contre des radicaux et des dreyfusards dans l’ancienne circonscription du radical Rolland ; c’est un échec de plus pour le ministère. Malheureusement, à Prades, Escanyé[54] est réélu !

Je vais au cours de 9h ½ de Monsieur Bazin car il n’y a pas de cours de 8 heures. Après le cours, je vais prendre ma leçon d’équitation au quartier du génie. L’après-midi, je lis des nouvelles éditions de journaux, j’y vois, avec regret, que d’Estournelles, dont on avait annoncé l’échec, est élu, ainsi que Caillaux qui, avait-on dit, était en ballotage. Mais, dans l’ensemble, les antiministériels ont eu les succès de la journée. Je travaille toute l’après-midi à mon étude sur « Cecil Rhodes et l’Afrique du Sud », que je lis, le soir, après avoir dîné chez Tante Josepha, à la Conférence Saint-Louis ; il a un certain succès.

Angers, mardi 29 avril 1902

Le matin, cours habituels. L’après-midi, à 4 heures, leçon d’allemand ; Mlle Grieshaker me fait lire une lettre de Piccot dans laquelle ce malheureux a l’audace de lui demander, non pas une pièce de 5 francs, comme dans une lettre qu’il lui écrivait la veille, mais sa main ! à cette lecture, je suis pris d’un accès d’hilarité bien compréhensible ; je n’ai pas besoin d’ajouter que Mlle Grieshaker, qui lui avait peut-être envoyé les 100 sous, si la seconde lettre n’était pas arrivée, ne lui a rien envoyé du tout et s’est bien gardé de lui répondre. À 5 heures ¼, cours d’agriculture. À 7 heures, nous allons dîner chez Tante Josepha ; l’oncle Albert, qui part demain, vient y passer la soirée et nous fait joliment rire ! Les journaux publient de nombreuses statistiques sur les résultats des élections ; chaque feuille s’efforce de prouver que les élections se sont prononcées en faveur de sa politique. La statistique la plus sérieuse émane du Temps qui, malgré ses opinions ministérielles, veut bien reconnaître que les nationalistes et les modérés reviennent à la Chambre plus nombreux. Voici la statistique du Temps ; il y avait 589 députés à élire ; 411 députés ont été élus ; ce sont :

  • Indépendants : 4 socialistes antiministériels
  • Ministériels : 196
    • 18 socialistes ministériels
    • 150 radicaux ou radicaux socialistes
    • 28 républicains ministériels
  • Antiministériels : 211
    • 114 progressistes antiministériels
    • 26 ralliés
    • 33 nationalistes
    • 38 conservateurs

En ne comptant pas les 4 socialistes antiministériels dans la majorité antiministérielle, nous avons donc :

            Antiministériels (114+26+33+38) : 211

            Ministériels (18+150+28) : 196

            Indépendants : 4

C’est donc un avantage sérieux pour les antiministériels et, pour peu que la proportion se maintienne dans le scrutin de ballotage du 11 mai et dans les deux élections de la Réunion, la France sera enfin délivrée de ce ministère de la trahison nationale qui, constitué uniquement en vue de l’acquittement du traître Dreyfus, a inventé cette infâme parodie de la justice qu’on appelle la Haute-Cour, a obligé par sa loi d’association les meilleurs Français à s’exiler, a privé l’armée de ses meilleurs chefs et a creusé dans nos finances un déficit de près de 400 millions. Il était temps !

Angers, mercredi 30 avril 1902

Papa arrive à 8 heures de Biarritz où il est passé à son retour du Roussillon, et fait son cours à 9h ½. À 11 heures, leçon d’équitation. L’après-midi, à 2 heures, cours d’agriculture ; à 3 heures ½ je vais faire une visite de digestion à Mme Perrin que je ne rencontre pas ; à 5h ¼, conférence de droit civil. Le soir, nous dînons tous chez les Magué. Les nouvelles que l’on reçoit de tous côtés du scrutin de dimanche dernier prouvent que la pression gouvernementale a été éhontée ; ainsi, dans une circonscription du Lot-et-Garonne où le ministre Leygue[55] avait un concurrent antiministériel, le sous-préfet reçoit dans la journée de dimanche la dépêche suivante de Waldeck-Rousseau : « Quel que soit le résultat, Leygue doit être proclamé » ! Dans l’Aveyron, on a enlevé 100 bulletins d’une urne et on les a remplacés par autant de bulletins du candidat ministériel ; à Marennes, le candidat antiministériel, Ernest Renault, n’a pas été élu parce que la veille au soir du jour de l’élection, on a fait afficher partout son désistement, ce qui était faux ! Et il y a bien d’autres exemples. Si, en dépit de toutes ces fraudes, la majorité est aux antiministériels, j’espère bien que les prétendus députés proclamés élus à la suite de manœuvres de ce genre seront invalidés.

Mai 1902

Semaine du 1er au 4 mai 1902

Angers, jeudi 1er mai 1902

Le matin, cours habituels. À 11 heures, leçon de mandoline. L’après-midi, vers 4 heures, je vais avec Papa et Marie-Thérèse faire une visite de digestion à Mme Bodinier. Ensuite, cours d’agriculture. Le soir, Papa va dîner chez Mme Jac ; Marie-Thérèse et moi, nous y étions invités aussi, mais au dernier moment, nous nous sommes excusés à cause des maladies de deux enfants de Mme Jac, dont l’un a la rougeole et l’autre la varicelle. Nous allons dîner chez les Magué et, après dîner, nous allons tous à l’ouverture du Mois de Marie à la cathédrale ; le maître-autel est presque entièrement tendu de gaze bleue et blanche ; un moment, le feu prend à cette gaze, un énorme jet de flamme jaillit ; mais on se précipite et on réussit à arracher les parties enflammées avant qu’elles aient pu communiquer le feu aux autres ; les dégâts sont insignifiants et la cérémonie n’a même pas été interrompue. Les journaux continuent à signaler, contre les candidatures antiministérielles, les faits de pression et de fraude les plus honteux ; c’est ainsi que, dans des localités de la Haute-Saône, l’une a été, plusieurs fois, enlevée du bureau de vote et le dépouillement a été fait à huis-clos. On cite aussi une commune où on n’a porté que 7 voix au candidat antiministériel et où 28 électeurs ont affirmé devant notaire avoir voté pour ce candidat ; ailleurs, on a fait voter, pour le candidat ministériel, des militaires, des condamnés ou même des inconnus à qui l’on avait délivré de fausses cartes électorales. Enfin, dans plusieurs circonscriptions, la préfecture a déclaré élus des candidats ministériels qui étaient en minorité ! On espère que les commissions de recensement vont corriger plusieurs résultats proclamés par les préfectures et reconnus faux depuis. C’est honteux ! Et il faut bien que le ministère Waldeck-Millerand, qu’un de ses membres a pu traiter de « ministère de l’étranger », se sente perdu pour se livrer à de pareilles manœuvres !

Angers, vendredi 2 mai 1902

Le matin, je vais à Notre-Dame, à la messe de 7 heures où je fais la sainte communion en l’honneur du premier vendredi du mois ; ensuite, cours habituels ; à 11 heures, leçon d’équitation ; l’après-midi, visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul ; le soir, nous allons au Mois de Marie à Saint-Joseph.

Angers, samedi 3 mai 1902

Le matin, cours habituels ; à midi, nous avons à déjeuner M. et Mlle Louise Laugier, de passage à Angers ; l’après-midi, à 4 heures, je vais me faire soigner les dents chez le dentiste M. Sicart ; à 5 heures, leçon d’escrime ; à 8 heures, Conférence Saint-Vincent-de-Paul. M. Foucher, le républicain libéral qui avait obtenu 1127 voix et dont on escomptait le désistement en faveur de M. Joubert, fait afficher le maintien de sa candidature ; c’est un bien mauvais son de cloche pour le 11 mai, surtout en présence du désistement du socialiste Maurice en faveur de Bichon, qui paraît certain !

Angers, dimanche 4 mai 1902

Le matin, je vais à la grand’messe à Saint-Joseph avec Papa. À midi, nous recevons les Magué à déjeuner ; l’après-midi, je vais avec Papa au salut à l’Adoration ; le soir, à cause d’un petit rhume, je ne vais pas au Mois de Maris.

Semaine du 5 au 11 mai 1902

Angers, lundi 5 mai 1902

Le matin, cours habituels ; après le cours, je lis, sur tous les murs, une affiche de l’abbé Bosseboeuf annonçant qu’il est candidat le 11 mai ! C’est vouloir à tout prix faire élire le candidat ministériel Bichon, en faveur de qui Maurice s’est désisté ! Ce malheureux abbé Bosseboeuf, dont la candidature était déjà fort inopportune le 27 avril, est vraiment bien coupable en la maintenant au ballotage, alors que l’autre candidat antiministériel, Joubert, a eu plus de voix que loi. Pour expliquer cette attitude, dont le véritable mobile est son ambition démesurée, cet abbé politicien invente que les partisans de Joubert faisaient courir le bruit qu’ils avaient acheté son désistement 50, 80 ou même 100.000 francs, et il dit qu’il se présente uniquement pour réduire cette accusation à néant !

M. Joubert lui répond le soir même, par une affiche très calme et très digne, qu’il n’a jamais cherché à acheter personne. Ce bruit, s’il a réellement couru, doit émaner des Bossebouviens qui voulaient trouver un prétexte à cette candidature (is fecit cui prodest) ; quoi qu’il en soit, c’est doublement malheureux : d’abord à cause de l’élection de Bichon qui est assurée maintenant, et ensuite à cause du mauvais effet produit par l’ambition de ce prêtre qui ne veut pas céder à l’intérêt si pressant de la religion et de la Patrie. L’après-midi, à 5 heures ¼ cours d’agriculture ; avant le cours, je vais me faire arranger les dents par M. Sicart. Le soir, à 8 heures, Conférence Saint-Louis ; Cotelle lit un travail sur « Le swating-system ».

Angers, mardi 6 mai 1902

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture. Le soir, Papa et moi nous allons à la représentation de L’Aiglon de Rostand, par la troupe, de passage à Angers, du Théâtre Sarah-Bernhardt. Mlle Grumbach[56], qui remplace Sarah Bernhardt, joue très bien, et avec beaucoup de feu, le beau rôle du duc de Reichstadt, mais elle a le malheur de ne pas posséder du tout la tête du fils de Napoléon ; l’histoire nous le représente comme un grand jeune homme blond, et aux traits creusés et amincis, au lieu que Mlle Grumbach a la figure pleine et le nez en l’air. Metternich est, peut-être, un peu compassé : Flambeau et Marie-Louis sont très naturels. Nous rentrons à minuit 30.

Jeanne Grumbach (1871-1947), actrice française

Angers, mercredi 7 mai 1902

Étant assez enrhumé et, à cause du froid qui est très vif pour la saison, je ne me lève que vers 11 heures et je ne sors pas de toute la journée. M. Pinguet vient me donner ma leçon de mandoline.

Angers, vendredi 9 mai 1902

Comme mon rhume avait encore augmenté dans la nuit de mercredi à jeudi et que je toussais beaucoup jeudi matin, je n’ai pas quitté le lit de toute la journée d’hier malgré la fête de l’Ascension. Ce matin, comme j’ai passé une bonne nuit, je me suis levé à 11h ½ ; mais je n’ai pas quitté la maison. J’ai dû refuser une invitation à dîner, ce soir, chez Mme Hervé-Bazin qui réunit les amis de Roger de Bréon ; celui-ci, qui est malade dans sa famille depuis plus de deux mois, et qui, cependant, continue son droit comme il peut, est venu aujourd’hui à Angers pour prendre son inscription.

Angers, samedi 10 mai 1902

Je me lève à la même heure qu’hier et je passe l’après-midi au petit salon ; vers le soir, le Dr Sourice vient, il m’ausculte et reconnaît que ma toux ne vient pas d’un refroidissement, elle tient à ce que je subis l’influence d’une épidémie de grippe qui sévit en ce moment à Angers ; c’est donc une grippe très bénigne, mais suffisante pour nécessiter des précautions, surtout par le temps si rigoureux de ces jours-ci, c’est une véritable température d’hiver ; de tous côtés, on se plaint des gelées ; je dois m’attendre à rester deux ou trois jours dans la maison. C’est très ennuyeux à cause des cours que je manque (il est vrai, qu’à la place, je travaille avec les notes que Papa me prêtre, ou avec mes ouvrages). Les journaux racontent, ce matin, l’effroyable cataclysme de la Martinique ; la Montagne Pelée, ancien volcan qui domine la ville de Saint-Pierre et qui n’était plus en activité depuis 1851, a repris tout à coup de l’activité et, dans la matinée d’avant-hier, une pluie de feu, de cendres et de scories s’est abattue sur Saint-Pierre et, en quelques minutes, la ville a été ensevelie sous les décombres ou détruite par le feu ; on croit que plus de 30.000 personnes ont péri ; c’est la répétition de la catastrophe qui détruisit Pompéï et Herculanum en 79 ap. J.C. Comme les communications télégraphiques ont été en partie détruites, c’est le Suchet, navire de guerre qui était en rade de Saint-Pierre au moment de la catastrophe, et un navire anglais, qui ont câblogrammé ces nouvelles ; tous les autres navires qui étaient en rade ont péri et le Suchet n’a pu recueillir qu’une trentaine de survivants ! Il est probable qu’il y a une corrélation entre cette éruption subite et le tremblement de terre qu’on a ressenti, il y a une huitaine de jours, dans le Midi de la France et en Espagne.

Angers, dimanche 11 mai 1902

Le matin, je ne me lève qu’à 11 heures ½ ; je passe toute mon après-midi au petit salon. Le soir, Papa va s’informer du résultat des élections complémentaires qui ont eu lieu aujourd’hui. Il apprend l’élection, à Angers, du docteur Bichon[57], radical et ministériel par 10895 voix contre 7562 à l’abbé Bosseboeuf, 5093 à M. Joubert et 439 à M. Foucher. Ce résultat était prévu depuis le jour où, contre toute convenance, contre tous les précédents et malgré les blâmes sévères de beaucoup de journaux catholiques, même d’organises démocrates-chrétiens, l’abbé Bosseboeuf qui avait eu au premier tour de scrutin moins de voix que l’autre candidat antiministériel M. Joubert, avait maintenu sa candidature ; la responsabilité de ce résultat retombe aussi, en partie, sur M. Foucher qui avait agi comme l’abbé Bosseboeuf. Ce qu’il y a de plus étonnant c’est que l’abbé Bosseboeuf ait encore gagné 2000 voix depuis quinze jours ; ce sont, sans doute, des voix socialistes venues des électeurs de Maurice ; elles ne lui font pas honneur !

Semaine du 12 au 18 mai 1902

Angers, lundi 12 mai 1902

Je ne me lève, encore aujourd’hui, qu’à 11h 1/2 ; mais comme je tousse beaucoup moins et que le temps s’est amélioré, je vais faire une toute petite promenade dans l’après-midi. Les résultats des élections complémentaires dans l’ensemble de la France paraissent favorables au ministère ! Il y a, sans doute, bien des sièges gagnés par nos amis, comme à Baugé où M. Fabien Cesbron est élu, à Castelnaudary où le marquis de Laurens-Castelet, à Lombez où le marquis de Pins, à Nérac où M. Léopold Fabre sont élus, et bien d’autres sièges conquis sur les ministériels ; mais, malheureusement, nous en perdons plusieurs et, comme pour conserver la petite majorité conquise le 24 avril, il aurait fallu avoir au moins la moitié des ballotages, le résultat est mauvais, car nous en avons à peine un tiers. Notre petite majorité est perdue et même, je crois (sauf à changer d’opinion lorsque j’aurai vu les résultats dans toutes les circonscriptions et des statistiques bien nettes !) je crois, dis-je, que le ministère a une petite majorité ! Ainsi, cet immense effort de tous les honnêtes gens unis sur le terrain de la liberté et du patriotisme, cette magnifique campagne de conférences si bien conduite par les admirables lutteurs de la Patrie française et de l’Action libérale, ces souscriptions qui ont eu tant de succès, tout cela n’aura abouti qu’à amoindrir de quelques voix la majorité de Waldeck-Rousseau et de ses tristes acolytes ! Je veux croire que le résultat sera plus encourageant et que les honnêtes gens auront, au moins, appris à se connaître et à lutter ensemble et que cette union se poursuivra pour arriver, un jour, à la victoire.

Mais, qu’il est triste de constater l’aveuglement du suffrage universel ! Trois ans de gouvernement antinational, trois ans d’attentats continuels contre la liberté, n’ont pas assez remué le pays pour lui faire vomir, dans un accès de dégoût, les infâmes politiciens qui l’oppriment ! Je sais bien qu’il faut tenir compte de toutes les causes qui vicient le suffrage universel : la pression gouvernementale, les fraudes (qui nous ont fait perdre au moins 30 sièges), le défaut de représentation des minorités ; mais, même ces circonstances écartées, le suffrage universel est une institution essentiellement dangereuse. Il n’est pas admissible que tout, même les libertés les plus essentielles, les principes les plus sacrés, dépende de la loi du nombre, c’est-à-dire de la masse ignorante, pleine de préjugés, et n’agissant que sous l’empire de la passion. Non ! Le suffrage universel, tel qu’il existe en France, n’est pas fait pour l’état actuel de notre société ; il suppose un niveau d’instruction très élevé, que nous n’atteindrons pas de longtemps. Cette institution est très dangereuse dans tous les pays ; mais elle l’est particulièrement dans une république comme la France, où il n’existe pas de pouvoir pondérateur. En Allemagne, en Espagne, pays monarchiques, tout ne dépend pas du suffrage universel ; le souverain est là pour l’arrêter ou pour le modérer ; en France, au contraire, où tout dépend de lui, il nous conduira à notre perte si nous ne trouvons un moyen de l’enrayer.

Angers, mardi 13 mai 1902

Je me lève encore fort tard – vers 11 heures ; mais comme je vais de mieux en mieux, je sors un peu plus longuement dans l’après-midi. À 4 heures, Mlle Greishaker vient me donner ma leçon d’allemand.

Des statistiques assez exactes sont données aujourd’hui sur le résultat du scrutin de ballotage. Ce qui ressort de ces statistiques, c’est que partout où les candidats ministériels ont été élus, et c’est hélas ! dans plus de deux tiers des circonscriptions, ils ne l’ont été qu’à de très faibles majorités où, comme à Angers, grâce à la division des libéraux. En additionnant les résultats du 27 avril avec ceux d’avant-hier, on trouve que les antiministériels sont environ 260, dans la nouvelle Chambre, et les ministériels environ 305 ; il y a, de plus, une vingtaine de douteux, parmi lesquels les socialistes guesdistes ; enfin, quelques résultats ne sont pas connus, par exemple celui de la Martinique où l’élection n’a pu avoir lieu à cause de la catastrophe de jeudi. Ainsi, la majorité ministérielle est de 45 voix environ ; c’est moins que dans l’ancienne chambre où elle était presque toujours de 75 à 80 voix. Nous avons donc obtenu un résultat ; c’est déjà fort beau quand on a à lutter contre un gouvernement sans scrupules et tout-puissant. Ce qu’il y a de plus triste là-dedans, c’est que les ministériels élus frauduleusement, comme le ministre Millerand qui, pour obtenir sa petite majorité de 300 voix, a grisé les porteurs de bulletins de son adversaire !, ne seront pas invalidés et que, peut-être même, certains de nos amis n’ayant obtenu qu’une faible majorité sont exposés à l’être. Je crains fort que le ministère Waldeck, tout fier de cette majorité, pourtant bien faible et obtenue Dieu sait comment !, ne se cramponne au pouvoir et ne fasse voter les propositions de loi contre la liberté de l’enseignement ; il est bien triste aussi de penser que cette canaille de général André va rester à la tête de l’armée. Ce succès relatif des ministériels est une bien grosse déception pour les patriotes qui avaient tant espéré avoir la majorité à la nouvelle chambre ! Et pourtant, malgré l’absurdité du suffrage universel, n’avons-nous pas lieu de nous réjouir de ce fait que la majorité des électeurs s’est prononcée contre le ministère ? Oui, le 27 avril, où on votait partout, le chiffre de voix données aux antiministériels a dépassé, pour toute la France (colonies comprises) de 403.000 le chiffre des voix ministérielles ! Donc, si le ministère reste au pouvoir, il brave le pays ! Mais, je ne suis pas assez naïf pour croire que cette considération pèsera dans la balance ministérielle : il est probable que le poids des 60.000 francs du traitement de « Leurs Excellences » aura plus d’influence sur elle.

Angers, mercredi 14 mai 1902

Je vais, ce matin, au second cours en voiture ; l’après-midi, je ressorts. Le soir, nous recevons à dîner Tante Josepha et Nénette ; l’oncle Paul est parti en manœuvres avec son régiment, de mardi à vendredi.

Un fait qui pourra donner une idée des mœurs des électeurs ministériels est la mort du député Lorthiois, élu dimanche à Lille comme antiministériel et mort le soir même des suites d’une agression dont il avait été victime, il y a quelques jours, à la sortie d’une réunion électorale, de la part des partisans de son adversaire. Dans un bourg des Côtes-du-Nord, un homme a été à moitié assommé, sous les yeux du nouveau député ministériel et maire de cette localité, par les partisans et même par le cocher du maire-député, sans que celui-ci ait rien fait pour l’empêcher, ce dernier fait s’est produit le 27 avril. Le 11 mai, à Paris, le candidat nationaliste Thiébaud ayant voulu entrer dans le bureau de vote d’une section de sa circonscription pendant le dépouillement du scrutin, a été assailli et grièvement blessé par ses adversaires qui occupaient seuls la salle. Les journaux citent bien d’autres faits de ce genre qui prouvent à quels moyens ont recours les ministériels.

Angers, jeudi 15 mai 1902

Le matin, je vais au second cours, puis à ma leçon de mandoline ; l’après-midi, je ne ressors pas, je travaille à la maison ; j’ai, comme hier, la visite de Jacques des Loges. Tante Josepha et Nénette viennent encore dîner ce soir. Les journaux citent encore des faits inouïs de fraude, organisés par le gouvernement, en faveur de ses candidats ; je prends le plus monstrueux, il s’est passé à Montauban. Deux candidats, M. Prax-Paris, conservateur, député sortant, et M. Capéran, ministériel, étaient en présence le 11 mai dans cette ville. Voyant la victoire de M. Prax-Paris certaine, on a fait distribuer à tous les électeurs dans la nuit du 10 au 11 mai, par les facteurs de l’administration des postes, et dans des enveloppes insuffisamment affranchies, sans que cela ait donné lieu à aucune réclamation, des bulletins de M. Prax-Paris, sur lesquels on avait écrit au crayon, et en caractères minuscules, presque invisibles, le nom de M. Capéran. Beaucoup d’électeurs, croyant votre pour M. Prax-Paris, mirent de ces bulletins dans l’urne et, au dépouillement du scrutin, on les annula comme portant deux noms. Et, malgré cette fraude monstrueuse, la commission de recensement n’a proclamé M. Capéran élu qu’à une voix de majorité (comme la république) ! Si cette élection n’est pas invalidée, c’est qu’il n’y a plus pour un liard d’honnêteté chez les partisans de ce régime ! Et, d’abord, de quel droit des employés d’une administration ont-ils été mobilisés, de nuit, pour distribuer des enveloppes insuffisamment affranchies ? Que répondra à cela le baron Millerand, ministre du Commerce ? Il est certain que, sans la fraude qui a été pratiquée sur une si vaste échelle, les antiministériels avaient la majorité à la Chambre ; on nous a volé, au bas mot, 30 à 40 sièges. C’est une majorité d’une quarantaine de voix, acquise de cette façon, que chantent les journaux radicaux en célébrant la grande victoire que vient de remporter la république ! Par exemple, ils se gardent bien de dire qu’une majorité de 403.000 électeurs s’est prononcée contre le ministère.

Angers, vendredi 16 mai 1902

Le matin, cours habituels. L’après-midi, à 5 heures, conférence de droit administratif.

Angers, samedi 17 mai 1902

Le matin, cours habituels. L’après-midi, nous regardons le concours hippique, qui a lieu sous nos fenêtres ; Jacques Hervé-Bazin vient profiter de nos fenêtres pour le voir. Malheureusement, le temps est très mauvais ; il pleut presque tout le temps, et les tribunes sont presque désertes.

Angers, dimanche 18 mai 1902

Le matin, je vais à la messe de communion de 8 heures à Notre-Dame, et à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, nous recevons quelques personnes qui viennent profiter de nos fenêtres pour voir le concours hippique : Mme Gavouyère ; M. et Mme Maurice Gavouyère ; René et Mlle de La Villebiot ; M. et Mlles Blanc. Le temps est moins mauvais qu’hier mais, de temps en temps, le concours est mouillé.

Semaine du 19 au 25 mai 1902

Angers, lundi 19 mai 1902

Pas de cours ce matin à cause du congé de la Pentecôte. Comme il fait réellement froid et que le temps est menaçant, je ne vais pas au concours hippique ; je risquerais d’y aggraver mon rhume qui ne veut pas finir avec ce mauvais temps. Marie-Thérèse y va avec Tante Josepha et Nénette. Je vais, avec Papa, à vêpres à Saint-Joseph, et, en rentrant, j’assiste à la dernière journée du concours de la fenêtre de la chambre bleue.

Angers, mardi 20 mai 1902

Mon rhume s’étant aggravé pendant la nuit, je ne me lève qu’à 11h ½, le docteur Sourice vient me voir, m’ausculte, reconnaît encore que je n’ai rien ni à la poitrine ni dans les bronches. Il dit que ma toux est une toux coqueluchoïde, et il me donne des remèdes en conséquence. Ce qu’il y a de plus ennuyeux dans mon cas, c’est que je ne vais pas pouvoir sortir d’assez longtemps, surtout avec le temps froid qui continue et qui n’a pas l’air de vouloir finir.

Angers, mercredi 21 mai 1902

Je me lève à 11 heures et, l’après-midi, je travaille mon droit. À 4h ½, Maman arrive de Biarritz après une saison de bains salins de plus d’un mois ; au retour, elle s’est arrêtée un jour à Poitiers pour voir le P. Engrand, le Sacré-Cœur et Mme de Rouault.

Angers, jeudi 22 mai 1902

Le Dr Sourice dit, aujourd’hui, que j’ai la coqueluche jusqu’au 15 juin environ. À 11 heures, M. Pinguet vient me donner ma leçon de mandoline. On me traite par l’homéopathie et par des fumigations de formol dont on va faire brûler des pastilles, matin et soir, dans ma chambre ; je vais être obligé de respirer cela une partie de la matinée et toute la nuit.

Angers, vendredi 23 mai 1902

Je continue mon existence monotone comme hier. Ma coqueluche est stationnaire, j’espère qu’elle a atteint son maximum et qu’elle commencera, bientôt, à décliner.

Angers, samedi 24 mai 1902

Même programme de journée qu’hier.

Angers, dimanche 25 mai 1902

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Semaine du 26 au 31 mai 1902

Angers, lundi 26 mai 1902

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Angers, mardi 27 mai 1902

Pour faire passer le temps, je lis, dans les moments où je ne travaille pas, des articles du Correspondant. Je lis aujourd’hui une très intéressante étude du vicomte de Meaux, ancien ministre, membre de l’Assemblée nationale, sur l’œuvre de cette assemblée. L’auteur montre comment Thiers, qui avait été choisi d’un commun accord, à Bordeaux, pour conclure la paix et réorganiser la France, à condition qu’il ne s’occuperait pas, pour le moment, de la forme du gouvernement, trahit sa majorité et viola le pacte de Bordeaux en favorisant constamment les républicains et même les radicaux et en tendant toujours à faire de la république la forme définitive du gouvernement jusqu’au jour, beaucoup trop tardif à mon avis, du 24 mai. M. de Meaux explique cette attitude par des engagements que Thiers avait pris, pendant la Commune, avec des personnalités révolutionnaires de plusieurs grandes villes, du Midi surtout, qui promettaient d’empêcher la Commune de s’étendre en province à la condition que Thiers favoriserait l’établissement de la république. Dans l’impossibilité d’empêcher par la force un soulèvement général de l’élément révolutionnaire, Thiers aurait accepté cette transaction. Cette explication donne la clé de bien des énigmes.

Angers, mercredi 28 mai 1902

Même programme de journée qu’hier. Mais je commence à espérer que cela ne durera plus bien longtemps ; car j’ai beaucoup moins de quintes depuis hier.

Angers, jeudi 29 mai 1902

Même programme qu’hier.

Angers, vendredi 30 mai 1902

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Angers, samedi 31 mai 1902

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Juin 1902

Semaine du 1er juin 1902

Angers, dimanche 1er juin 1902

La pluie, qui n’a pas cessé de tomber durant toute la journée d’hier, continue ce matin et on est obligé de renvoyer à l’après-midi la procession du Sacre qui devait avoir lieu ce matin. Elle se fait après les vêpres et jouit d’un temps relativement beau ; mais elle se ressent beaucoup, paraît-il, de ce contre-temps ; on me dit qu’elle est bien loin de valoir la procession des années précédentes ; Papa y assiste, avec l’Université, en robe de cérémonie ; Marie-Thérèse, avec l’œuvre des catéchistes, dont elle porte, un moment, la bannière. Quant à moi, bien entendu, je reste à la maison où je fais passer le temps en lisant un livre de Mgr Favier, évêque de Pékin, sur cette ville. Il contient des renseignements très intéressants et relativement précis sur les origines de l’empire chinois ; ils sont tirés des ouvrages des historiens chinois, très nombreux, paraît-il, environ 5 siècles avant notre ère. Le soir, une bien triste nouvelle nous arrive de Paris : M. Bourgeois, candidat de la concentration radicale, radicale-socialiste et socialiste, a été élu président de la Chambre dans la 1ère séance de cette après-midi par 303 voix contre 267 voix données à M. Deschanel, président de l’ancienne Chambre et candidat des modérés, des nationalistes et de la droite. Cette élection qui est une indication des tendances de la nouvelle Chambre est accueillie par les cris de « À bas la calotte » des députés socialistes ! Les deux vice-présidents sont aussi choisis parmi les radicaux.

Semaine du 2 au 8 juin 1902

Angers, lundi 2 juin 1902

Programme de journée comme avant-hier. Maman va, l’après-midi, aux courses qui ont lieu à l’hippodrome d’Eventard, avec l’oncle Paul et Tante Josepha. On annonce que la paix est signée dans le sud-africain. Cette nouvelle serait de nature à exciter une joie universelle si elle consacrait l’indépendance des Boërs ; malheureusement, d’après la manière dont l’annoncent les journaux anglais, il semble certain que cette poignée d’hommes héroïques qui a tenu en échec pendant 2 ans et demi les armées anglaises, a fait le sacrifice de l’indépendance.

Angers, mardi 3 juin 1902

Pour moi, même programme de journée qu’hier. Marie-Thérèse va, avec Tante Josepha, aux environs de la Possonnière où le régiment du génie lance un pont de bateaux sur la Loire ; la garnison d’Angers franchira ensuite le fleuve sur ce pont. C’est la même intéressante manœuvre que celle dont j’ai été témoin le 5 juin de l’année dernière à Denée. La nouvelle de la conclusion de la paix est confirmée. Les Boërs reconnaissent la suprématie britannique, mais ils rentrent dans leurs biens, reçoivent une indemnité de 75.000.000 frs. pour la reconstitution du cheptel de leurs fermes, obtiennent l’amnistie pour les Afrikanders du Cap et du Natal qui se sont soulevés en leur faveur et, de plus, l’Angleterre s’engage à leur accorder la plus large autonomie et à enseigner, dans les écoles, la langue hollandaise. Si l’Angleterre, qui, il n’y a pas encore bien longtemps, réclamant une soumission sans conditions, consent à de pareilles concessions, c’est qu’elle a compris qu’elle ne pourrait pas arriver à réduire la résistance des deux républiques ! Je décroche du mur de ma chambre la carte de l’Afrique du Sud que j’avais dressée au début de la guerre, en octobre 1899, et qui y était restée accrochée depuis lors ; j’avoue que ce n’est pas sans une pénible impression. J’avais espéré, en effet, que la vaillance des Boërs triompherait de l’or britannique ; hélas, c’est l’or qui triomphe ; c’est toujours le principe de Bismarck « la force prime le droit ». Dieu veuille que le droit ait un jour sa revanche ! Il l’aura, sans doute, et peut-être plus tôt que ne le pense l’Angleterre ; car l’antagonisme des deux nationalités, anglais et hollandaise, aussi prolifiques l’une que l’autre, ne peut manquer d’amener des conflits sanglants en Afrique du Sud lorsque l’élément hollandais se sera reconstitué et, alors, qui sait si, pour avoir voulu s’annexer le Transvaal et l’Orange, l’Angleterre ne perdra pas toutes ses colonies sud-africaines ?

Angers, mercredi 4 juin 1902

Même vie que les jours précédents ; le Dr Sourice, qui vient me voir le matin, refuse de me laisser sortir tant que je tousserai et comme j’ai encore 8 ou 9 quintes de toux par jour, il est à craindre que j’en aie pour plusieurs semaines.

Angers, jeudi 5 juin 1902

Même programme qu’hier, avant-hier et les jours précédents.

Angers, vendredi 6 juin 1902

Je reçois une lettre d’Hervé-Bazin qui, ne pouvant venir me voir par crainte de la contagion, me demande de mes nouvelles. L’après-midi, Monsieur Jac vient me voir et m’offre très aimablement, pour me faire rattraper, dans la mesure du possible, le temps perdu, de me faire faire une révision du programme de droit civil quand je serai rétabli. Un garçon de Normandin vient me couper les cheveux, ce qui n’avait pas eu lieu depuis un mois et demi !

Angers, samedi 7 juin 1902

Monsieur Sourice vient me voir et refuse de me dire quand je pourrai sortir. L’après-midi, nous apprenons la constitution du nouveau ministère qui va remplacer le ministère Waldeck-Rousseau. Il ne vaut pas mieux que l’ancien, étant choisi, presqu’entièrement, dans le parti radical. Le président du Conseil, ministre de l’Intérieur et des Cultes est M. Combes, ex-séminariste et protestant ; ministre de la Guerre, l’infect général André ; aux Finances, le panamiste Rouvier ; à la Justice, M. Vallé[58], rapporteur au Sénat de la loi sur les associations ; aux Affaires étrangères, Delcassé, l’homme de Fachoda qui a, décidément, la vie dure puisqu’il a été dans 4 ministères successifs, etc. Ce ministère est un défi jeté aux catholiques car il réunit dans son sein Combes, président de la commission sénatoriale pour la loi sur les associations, Vallé, rapporteur de cette même commission, et Trouillot, rapporteur de la commission de la Chambre sur la même loi, qui a, je crois, le portefeuille des Travaux publics. Les catholiques, qui avaient cru à l’amélioration possible de la république, perdent, je pense, toute illusion ! Le nouveau ministère a, dans son programme, l’application rigoureuse de la loi sur les associations et la suppression de la liberté d’enseignement. Il est assuré du concours de la majorité républicaine dont la première manifestation, à la nouvelle Chambre, a été le cri de « À bas la calotte », qui a accueilli l’élection de Bourgeois au fauteuil présidentiel ! Il est donc prouvé qu’en république, le programme essentiel de gouvernement est la guerre aux catholiques ! Avec ce programme, un gouvernement est sûr de rallier la majorité républicaine et d’associer des hommes qui sont très divisés sur d’autres points ! C’est ainsi que, dans le ministère actuel, on trouve M. Rouvier, aux Finances, très hostile à l’impôt progressif sur le revenu (qui est un des points principaux du programme radical et radical-socialiste) et Camille Pelletan, ministre de la Marine (pourquoi ? probablement parce qu’il a l’habitude de se lever à midi), partisan résolu de la progressivité de l’impôt. Combes, désireux de s’assurer le concours de Rouvier dont la compétence financière est nécessaire pour remettre en état nos finances fortement compromises par le précédent ministère, a biffé de son programme cette réforme et les radicaux n’ont pas protesté, tant il est vrai que, pour eux, la guerre à la religion tient lieu de programme économique, financier, militaire, etc.

Angers, dimanche 8 juin 1902

Le temps est incertain et les processions du Petit Sacre s’en ressentent ; elles se font, mais sont moins brillantes que si le temps avait été beau ; le matin, je vois passer celle de Saint-Serge, de la fenêtre du salon.

Semaine du 9 au 15 juin 1902

Angers, lundi 9 juin 1902

Ma coqueluche va mieux ; aujourd’hui, je n’ai que 4 quintes, au lieu du 18 ou 19 que j’en avais au début et des 8 ou 10 que j’avais encore ces jours-ci.

Angers, mardi 10 juin 1902

Nouvelle amélioration, aujourd’hui, je n’ai que deux quintes, je commence à entrevoir la fin de ma séquestration.

Angers, mercredi 11 juin 1902

Le Dr Sourice, qui vient ce matin, me permet d’aller, en voiture, à la messe vendredi, fête de Saint Antoine. Papa rentre à 4h ½ d’Angoulême, où il était allé présider un concours, organisé par l’Université d’Angers, entre les collèges catholiques de l’Ouest.

Angers, jeudi 12 juin 1902

Il fait un temps affreux, un vent furieux accompagné de grains, on se croirait en mars ; espérons qu’il fera meilleur demain.

Angers, vendredi 13 juin 1902

Le temps est aussi mauvais, plus mauvais même qu’hier, le vent, la pluie, la grêle font rage ; le matin à 9 heures, je profite d’une éclaircie pour aller, en voiture, à la cathédrale où j’entends la messe du Chapitre ; nous en revenons avec Tante Josepha et Nénette qui étaient venues nous y rejoindre. Le Dr Sourice ayant bien voulu lever la consigne pour Nénette qui a eu déjà la coqueluche, et en considérant que ma maladie touche à sa fin, Tante Josepha et Nénette viennent déjeuner avec nous. À l’occasion de ma fête, Tante Josepha m’a offert une très jolie aquarelle représentant un cavalier pied à terre et un cheval au repos, à leurs pieds, deux chiens de chasse ; Marie-Thérèse m’a donné une boîte à poudre ; Papa et Maman m’ont donné chacun 10 frs. ; Bonne Maman, 20 frs. ; je n’ai donc pas à me plaindre de ma fête, cette année.

Angers, samedi 14 juin 1902

Le matin, je reçois une lettre de Xavier et une autre de l’abbé Sarrète, ainsi qu’une carte postale de Jacques des Loges, tout cela pour ma fête. Nous déjeunons à 11 heures et, dès midi et demi, nous nous précipitons, en voiture, au fameux cirque Barnum et Bailey qui, après avoir fait courir tout Paris où il était installé, dans les anciens bâtiments de l’Exposition au Champ de Mars, fait maintenant courir toute la province où il va de ville en ville, passant deux jours ici, un jour là, ailleurs 3 jours suivant l’importance de la localité. À Perpignan, il y a un mois, il a passé un jour ; ici, il va passer deux jours. Il voyage la nuit ; ainsi, dimanche soir, après sa 4ème représentation, il partira pour Nantes, s’y installera dans la matinée de lundi et y jouera dans l’après-midi, puis le soir, pendant 3 jours. Son matériel réuni forme 4 trains qui roulent discrètement sur les voies ferrées et les wagons sont conditionnés de telle sorte que le personnel qui n’est pas employé au roulement dort pendant les trajets. Voilà une installation bien américaine. Ici, ils sont installés place La Rochefoucauld. Nous sommes uax places à 5 francs ; nous traversons d’abord une immense tente de 50 mètres de long environ qui forme, sur le pourtour ménagerie avec des animaux de toutes sortes, et, au milieu, sur une estrade, on voit des monstres humains ; il y a là une toute petite femme de la taille d’un bébé de 2 ans, mais très bien proportionnée ; un homme-caniche, sa figure est couverte entièrement de poils ; l’homme-téléscope qui s’allonge, à volonté, de 0m45 ; la femme qui avale des épées entières, des scies, etc. (nous assistons à son exercice) etc. etc. ; nous entrons ensuite dans une seconde tente, plus grande encore (elle a, au moins 100 mètres de long, sur 30 mètres de large, et est aussi haute que la plupart des églises) il y a place, là-dedans, pour environ 12.000 personnes, et toutes les places sont bien vite occupées, tant la publicité a été considérable, en ville et dans tout le département (il y a beaucoup de spectateurs venus de la campagne). Le spectacle, qui a lieu simultanément sur 3 pistes, ressemble, en plus grand, à ce que l’on voit dans tous les grands cirques ; il est terminé avant 4 heures.

Affiche de la tournée du Cirque Barnum en France en 1902 – Crédits Site circus-parade.com

Angers, dimanche 15 juin 1902

Je vais à la messe de 11 heures à Notre-Dame. L’après-midi, nous retournons à Barnum pour voir, dans une 3ème tente plus petite, des monstres humains qui nous n’avons pas vus hier. Nous voyons là un homme étrange : son corps est à peu près comme celui de tout le monde, mais sa tête est toute petite, par derrière surmontée d’une touffe de cheveux ; il a été recueilli par M. Barnum, il y a 50 ans, à Calcutta, il a donc au moins 70 ans, quoiqu’il n’en porte que 20 ; il n’a jamais dit un mot, mais il émet des sons gutturaux, et il comprend quand on lui parle anglais, il adore la musique, c’est, sans contredit, une des plus grandes curiosités du monde ; on l’appelle Zip ou encore « Qu’est-ce que c’est que ça » à cause de cette question qu’on ne manque jamais de poser quand on le voit. Dans la même tente, nous voyons deux petits hommes de Bornéo de la taille d’un enfant de 8 ans ; ils ont été capturés, en 1848, par le capitaine Hammond ; l’un a environ 70 ans ; l’autre, 80 ans, ce dernier est aveugle, les savantes ne peuvent dire à quelle race humaine ils appartiennent. Nous voyons aussi deux jeunes Chinois âgés d’environ 20 ans, qui se tiennent par une membrane, à la hauteur du thorax, à la manière des fameux frères siamois, ils marchent très facilement, font beaucoup de mouvements et paraissent très heureux. Toujours dans la même tente, nous avons vu un Français, d’une taille plutôt petite, mais très bien membré, d’une force herculéenne ; il pèse 125 livres et soulève le double de ce poids, je l’ai vu briser avec les mains un fer à cheval, s’entourer la poitrine d’une chaîne de fer qu’il fait voler en éclat par le seul effort de ses poumons. Dans la même tente, j’ai vu une charmeuse des serpents ; un homme qui avale des aiguilles et udu fil séparément, puis un liquide, et une minute après, les aiguilles sortent par son nez, toutes enfilées et toutes séparées, sur le fil, par une même distance, je n’ai pas vu opérer cet homme, mais Tante Joseph a assisté, hier, à son exercice. Nous rentrons vers 4 heures après avoir passé environ une heure dans cette tente où nous avons vu des choses bien plus intéressantes qu’hier. Partout, il y a une foule énorme ; toutes les tentes, aujourd’hui encore, étaient combles, si bien que la cuisinière, qui y est allée vers 2h ½, n’a pas pu y rentrer. Comme la tente principale contient 12.000 personnes, et qu’il y a des places à 8 frs., à 5 frs., à 2 fr. 40 et à 1 fr. 50, on trouve, en prenant comme moyenne 3 frs. par place, 36.000 frs. comme produit de chaque représentation, soit 144.000 frs. pour les 4 représentations données à Angers ; avec les attractions secondaires, comme la tente que nous avons vue ce soir où on payait 0 fr. 40, ils emporteront d’Angers plus de 150.000 frs. ! Il est vrai qu’ils ont plus de 1000 personnes, dans tout l’établissement, au moins 200 chevaux, 20 éléphants, etc. etc. En un mot, c’est une exhibition des plus curieuses. Mais, d’après moi, la plus grande curiosité, c’est qu’ils puissent s’installer en une matinée ! Enfin, je ne regrette pas les deux imprudences que j’ai commises en y allant, et j’espère que la guérison de ma coqueluche n’en sera pas retardée.

Semaine du 16 au 22 juin 1902

Angers, lundi 16 juin 1902

Je ne sors pas aujourd’hui et je travaille la plus grande partie de la journée ; les journaux annoncent que le cirque Barnum a emporté plus de 200.000 frs. de son séjour à Angers ; c’est joli pour 2 jours !

Angers, mardi 17 juin 1902

Je travaille comme hier.

Angers, mercredi 18 juin 1902

Ce matin, visite du docteur qui me trouve bien mieux et m’autorise à aller aux cours ; il ne juge pas utile un séjour de quelques jours au bord de la mer comme il en avait parlé dans sa dernière visite, à cause du temps humide et frais qui ne finira, décidément, jamais.

Angers, jeudi 19 juin 1902

Je vais au second cours. Papa va passer l’après-midi au Mans pour faire sortir Philomène. Nous avons à déjeuner l’oncle Paul, Tante Josepha et Nénette. Dans l’après-midi, Madame Perrin, qui a entendu dire que je devais aller m’installer pour quelques jours à la maison Saint-René au Pouliquen où son fils Maurice, Michel Hervé-Bazin et Roger de Bréon sont tous trois en convalescence en ce moment, arrive toute effrayée et vient dire à Maman, sur un ton presque cavalier, en son nom et au nom de Madame Hervé-Bazin, qu’elles enlèveront leurs fils de la maison Saint-René pendant mon séjour si je vais m’y installer, par crainte de la contagion. Maman lui répond que, dans ces conditions, sa délicatesse lui interdit de me mettre à la maison Saint-René que, d’ailleurs, le danger de la contagion n’existe plus puisque ma coqueluche est presque guérie et que le docteur me laisse communiquer, depuis plusieurs jours déjà avec ma petite cousine mais qu’elle peut se rassurer car je n’irai pas à la maison Saint-René si le médecin juge un nécessaire un changement d’air. Madame Perrin comprenant, sans doute, le manque de tact dont elle a fait preuve, cherche à s’excuser en disant qu’elle n’avait pas l’intention de m’empêcher d’aller à la maison Saint-René, mais, qu’au contraire, son fils et Michel Hervé-Bazin pourraient très facilement s’installer ailleurs pour quelques jours ; Maman lui répond qu’offrir cela, c’est nous empêcher de m’envoyer à la maison Saint-René ; qu’elle comprend ses craintes à la rigueur, mais que, placée dans sa situation, elle aurait fait partir son fils sans laisser comprendre la raison du départ. Je pense que Madame Perrin doit être assez mortifiée de la leçon de politesse qu’elle est venue se faire donner, car, avant de partir, elle dit à Maman que si elle lui a fait de la peine, c’est bien involontairement et qu’elle la prie de l’oublier. Naturellement, Maman assure bien qu’elle n’est nullement fâchée, que cet incident n’en vaut pas la peine. Mais, ce qu’on peut dire, c’est que Madame P. a joliment mis les pieds dans le plat.

Angers, vendredi 20 juin 1902

Je vais au second cours.

Angers, samedi 21 juin 1902

Le matin, à l’occasion du huitième anniversaire de ma 1ère communion, je vais à la messe de huit heures à Notre-Dame, je me confesse et je fais la sainte communion ; je ne vais pas à l’Université parce que j’attends la visite du docteur ; il constate que je vais de mieux en mieux et me permet de sortir davantage, j’en profite tout de suite et, après déjeuner, je fais une assez longue promenade. Je lis les débats devant le Sénat de la proposition de M. Rolland tendant à abaisser à 2 ans la durée du service militaire avec suppression de toutes les dispenses pour essayer de compenser le déficit occasionné par l’abaissement dans la durée du service. Ce projet sera très certainement voté, mais le Sénat va faire là une œuvre politique et antimilitaire car une foule de généraux se sont prononcés contre ce projet ; le ministre de la Guerre, qui en est partisan, n’a même pas daigné donner l’avis du Conseil supérieur de la Guerre, qui est tout entier hostile. Je préfèrerais l’adoption de la proposition de M. de Tréveneuc qui consiste à abaisser à un an la durée normale du service, mais à la condition de trouver tous les ans 40.000 rengagés pour 5 ans, on aurait ainsi une solide armée de métier qui encadrerait bien les recrues d’un an ; mais cette proposition peut être sûre d’être rejetée pour deux raisons : parce qu’elle émane d’un membre de la Droite et parce que la République redoute une armée de métier (qui serait pourtant bien préférable, pour la défense nationale, à notre cohue armée), elle a peur d’être f… à la porte par elle. Ce qui ressort de ce débat, c’est qu’une fois de plus l’intérêt national va être sacrifié par nos parlementaires à la passion et à la surenchère électorale. Quant au ministère, pendant que cette grave question se discute au Sénat, il décide en conseil des ministres cette choses monstrueuse : « que désormais aucune nomination de fonctionnaire n’aura lieu sans que l’on ait consulté le dossier de son attitude politique, et cela dans tous les départements ministériels ; les préfets sont chargés d’établir ce dossier ; ils ont la surveillance de tous les fonctionnaires ». Il est impossible d’afficher plus de cynisme et un plus grand mépris des principes ; c’est bien la peine de faire de « la déclaration des droits de l’homme » l’Évangile des temps modernes pour violer aussi cyniquement ses déclarations les plus solennelles ! Jamais, jusqu’ici, un gouvernement n’avait osé se vanter tout haut des injustices qu’il commettait derrière le voile ; il était réservé à la 3ème République d’inaugurer ces mœurs nouvelles ; mais nous en verrons bien d’autres.

Angers, dimanche 22 juin 1902

Aujourd’hui, premier jour de l’été d’après le calendrier, le temps change du tout au tout ; il fait très chaud et le soleil est éclatant. Cela contraste avec le temps humide et froid qui sévissait depuis la fin d’avril, presque sans interruption, au point que l’on se demandait s’il y aurait un été cette année. Je vais à la messe et au salut.

Semaine du 23 au 29 juin 1902

Angers, lundi 23 juin 1902

Le temps chaud et sec continue ; je travaille toute la journée et je ne sors qu’à 6 heures de l’après-midi et après le dîner.

Angers, mardi 24 juin 1902

Je sors désormais à 6 heures et après dîner car je ne tousse plus ; le matin et l’après-midi, je travaille. Si je ne vais pas aux cours, c’est que Papa estime que j’emploierai mieux mon temps à la maison qu’à l’Université où, après une absence de 7 semaines, je ne saurais plus où on est ni ce qu’on voit.

Angers, mercredi 25 juin 1902

Je ne tousse plus, mais, par contre, j’ai attrapé un rhume de cerveau ; le Dr Sourice m’avait prévenu que cela m’arriverait probablement après la coqueluche qui vous laisse très sensible. Les journaux remarquent que la maladie du roi d’Angleterre Edouard VIII, qui arrive à la veille de son couronnement, qui renvoie celui-ci à une date indéterminée, et qui met en danger la vie du roi, doit être un châtiment de la Providence. Dieu ne veut pas permettre cette apothéose de la grandeur britannique au lendemain de la criante injustice et de la guerre si cruelle que l’Angleterre a infligée aux républiques boërs.

Angers, jeudi 26 juin 1902

L’opération de l’appendicite que l’on a pratiquée sur le roi Edouard a réussi, mais le roi n’est pas sauvé, et dire que le couronnement était pour aujourd’hui ! Quel coup de la Providence et comme les pauvres Boërs sont vengés ! Mon rhume de cerveau est assez fort ; le Dr Sourice me prévient qu’il pourra me faire tousser, mais que ce ne sera plus de la coqueluche. Dans l’après-midi, je vais avec Marie-Thérèse chez le Dr Desvaux, moi pour mon rhume, elle pour se faire soigner les oreilles.

Angers, vendredi 27 juin 1902

Je travaille ferme matin et soir malgré la chaleur qui est torride.

Angers, samedi 28 juin 1902

Le matin, à 8 heures, je vais chez Monsieur Jac qui veut bien me faire repasser mon cours de code civil pour remplacer les cours que j’ai manqués. L’après-midi, je travaille et je ne puis pas sortir le soir à cause de la pluie.

Angers, dimanche 29 juin 1902

Je sors plusieurs fois dans la journée ; mais, dans l’intervalle, je travaille. Le soir, en l’honneur de l’oncle Paul dont c’est aujourd’hui la fête, nous allons dîner chez lui et, après dîner, nous allons nous promener à la musique au Mail. Nous avons fait cadeau à l’oncle Paul d’une petite plaque de bronze représentant je ne sais quel sujet et encadré de peluche et nous l’avons fait expédier par Jean, de Saint-Barthélemy, sans autre indication ; il est arrivé hier soir et l’oncle Paul n’a pas encore deviné qui le lui a offert, il croit que c’est Tante Josepha ; le tour a été bien joué.

Semaine du 30 juin 1902

Angers, lundi 30 juin 1902

Je travaille la plus grande partie de la journée ; dans l’après-midi, je vais avec Maman faire une visite à Mme Bonnet qui m’avait invité, il y a quinze jours, à un dîner que je n’avais pas pu accepter à cause de ma coqueluche. Le soir, je me promène avec l’oncle Paul et Nénette.

Juillet 1902

Semaine du 1er au 6 juillet 1902

Angers, mardi 1er juillet 1902

Le matin à 8 heures, je vais chez M. Jac et je revois avec lui quelques questions de droit civil. L’après-midi, je travaille ferme ; l’examen approche, j’apprends aujourd’hui que je le passerai les 25 et 26 juillet ; mon bureau sera assez bon. Le soir, je ne sors pas à cause d’un bain que j’ai pris dans l’après-midi.

Angers, mercredi 2 juillet 1902

Je commence aujourd’hui ma saison douches, je l’aurais commencée bien plus tôt sans la coqueluche.

Angers, jeudi 3 juillet 1902

L’après-midi, je vais me confesser à l’abbé Brossard, à Saint-Jacques.

Angers, vendredi 4 juillet 1902

Le matin, je vais à la messe de communion de 7 heures à Notre-Dame, puis à 8h ½, je suis au manège du génie où je prends une leçon d’équitation après deux mois d’interruption. L’après-midi, j’assiste à l’Université à une conférence de droit romain ; quand je rentre à la maison, j’apprends que nous avons eu la visite d’Henry des Cordes, qui ne nous a pas trouvé. Le soir, nous nous mettons à sa recherche ; au Grand Hôtel, on nous dit qu’il repart dans la nuit, je lui laisse ma carte sans le voir.

Angers, samedi 5 juillet 1902

Le soir, je vais à un cours supplémentaire de Papa sur le contentieux administratif. Le soir, après la Conférence Saint-Vincent-de-Paul, nous faisons un tour à la musique.

Angers, dimanche 6 juillet 1902

Le matin, je vais à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, malgré une chaleur de 34 degrés, je vais avec Papa à la chapelle des Dominicains où a lieu, à 5h ½, une belle cérémonie pour célébrer le 25e anniversaire du rétablissement de l’ordre des Dominicains à Angers. Mgr Rumeau préside la cérémonie et prononce un très beau discours où il stigmatise comme il convient la législation actuelle qui laisse la liberté pour tout sauf pour mettre en commun ses prières et ses mortifications. C’est, de sa part, un grand acte de courage, au lendemain du décret Combes qui vient de fermer brutalement 130 écoles congréganistes ouvertes depuis la loi de 1901 sur les associations et où les gendarmes n’ont même pas respecté la propriété de tiers qui avaient loué leur maison aux congréganistes pour y instruire les enfants du peuple. Au reste, le ministère actuel comme le précédent et comme presque tous ceux qui se sont succédé depuis 25 ans, est l’esclave de la franc-maçonnerie. Je n’en veux d’autre preuve que l’attitude du nouveau garde des Sceaux, Monsieur Vallé : avant la constitution du ministère et alors qu’il ne songeait pas à décrocher un portefeuille, Monsieur Vallé, avocat, disait à qui voulait l’entendre qu’à la place du ministre de la Justice, il ne laisserait pas 24 heures à son poste Monsieur Bulot, procureur général à Paris et franc-maçon militant, dont la partialité dans l’affaire Humbert a été révoltante. Devenu ministre de la Justice, M. Vallé s’est bien gardé de toucher à Monsieur Bulot, et comme il était sommé par la presse et par des députés indépendants de mettre à exécution ses menaces d’antan, il a répondu, en singeant un mot célèbre, ce qui sied à un ministre républicain comme un pardessus sur le dos d’un singe, que le ministre ne devait pas se souvenir des injures de l’avocat (!), et Monsieur Bulot continue toujours à protéger la suite des Humbert à son poste de procureur général ! La vérité, c’est que Monsieur Bulot, en bon franc-maçon, n’a pas voulu faire la lumière sur une affaire où de très hautes personnalités républicaines sont compromises, c’est que la franc-maçonnerie a protégé son enfant, c’est enfin, qu’en devenant ministre, Monsieur Vallé a abdiqué toute indépendance entre les mains de la puissante et ténébreuse association à laquelle il doit obéir, comme tout ministre de la R. F., « perinde ac cadaver » !

Semaine du 7 au 13 juillet 1902

Angers, lundi 7 juillet 1902

À 8h ½, leçon d’équitation au manège du génie. Dans la journée, je travaille à peu près tout le temps. Le soir à 5h ½, je fais différentes emplettes avec Maman en vue des vacances, puis je vais prendre une douche. Le soir, nous allons nous promener avec les Magué aux allées Jeanne d’Arc et au Mail.

Angers, mardi 8 juillet 1902

Le matin, je vais chez M. Jac qui me fait revoir quelques questions de droit civil ; le soir, à 5 heures, conférence de droit criminel par M. René Bazin. Le soir, après dîner, nous allons à la musique au Mail.

Angers, mercredi 9 juillet 1902

Le matin à 8h ½, leçon d’équitation au génie, j’y vais et j’en viens à bicyclette, ce qui me fait gagner beaucoup de temps. L’après-midi, j’assiste à un cours supplémentaire de Papa sur le droit administratif. Le soir, nous allons tous – les Magué et nous – nous promener au Mail.

Angers, jeudi 10 juillet 1902

Le matin, je vais au cours de Papa, puis je reste à une conférence de révision que fait M. Bazin. Le soir à 7 heures, nous avons les Magué à dîner en l’honneur de la fête de Papa, qui a été avancée de 5 jours parce que l’oncle Paul part samedi pour aller faire des manœuvres de pontage sur le Rhône près de Vienne. Ensuite, nous allons à la musique au Mail.

Angers, vendredi 11 juillet 1902

Le matin, leçon d’équitation au génie ; je vais, avec le maréchal des logis qui me donne des leçons, et qui est aussi à cheval, sur la piste du polygone, puis nous passons par la Baumette et nous rentrons par la région de la gare Saint-Laud c’est très amusant. Le soir à 5h ½, cours de révision de Papa. Après dîner nous allons nous promener au Mail.

Angers, samedi 12 juillet 1902

Le matin, je vais chez M. Jac pour la répétition de droit civil. L’après-midi, je jette quelques invitations à venir assister, lundi, à la revue. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 13 juillet 1902

Je vais à la messe de communion de 7 heures à Notre-Dame ; l’après-midi, je vais au salut chez les Dominicains ; le reste du temps, je travaille. Le soir, après dîner, nous assistons à la retraite aux flambeaux des musiques des 3 régiments.

Semaine du 14 au 20 juillet 1902

Angers, lundi 14 juillet 1902

Le matin à 9 heures a lieu, sous nos fenêtres au Champ de Mars, la revue de la garnison par le général de division ; nous avons invité quelques personnes : M. et Mme Jac et leur petit Pierre ; M. Delahaye et son petit garçon ; M. et Mme et Jacques des Loges ; Mlle Sabine de Kergaradek[59] ; Mlle Grolleau ; Mlle Chennechot ; Jacques Hervé-Bazin à venir y assister de notre balcon. Il fait une chaleur terrible (près de 37° à l’ombre !) et plusieurs soldats sont indisposés. L’après-midi, je travaille jusqu’à 5 heures, puis je vais assister à un cours de Papa. Le soir, nous allons un moment voir les illuminations du Mail ; elles sont assez médiocres, mais beaucoup trop belles pour le souvenir que rappelle cette journée du 14 juillet.

Angers, mardi 15 juillet 1902

Le matin, je vais prendre une répétition chez M. Jac, ensuite je travaille à la maison ; l’après-midi, je travaille tout le temps à la maison. Nous avons Tante Josepha à dîner à l’occasion de la Saint Henri. Après dîner, nous allons à la musique au Mail, nous nous y asseyons avec les Des Loges, les Hervé-Bazin, Mlle de Kergaradek et les demoiselles de La Masselière[60] ; nous en partons vers 9 heures ¼.

Angers, mercredi 16 juillet 1902

Le matin à 8 heures, dernier cours de Papa (cours de droit international) ; j’y assiste et je ne vais prendre ma leçon d’équitation qu’à 10h ½. Je travaille toute l’après-midi. Après dîner, nous allons nous promener jusqu’à la Maître-Ecole.

Angers, jeudi 17 juillet 1902

Travail matin et soir tout le temps, le soir, musique au Mail.

Angers, vendredi 18 juillet 1902

Le matin à 8h ¼, leçon d’équitation ; le maréchal des logis Marin et moi allons dans les prairies de la Baumette où nous galopons à cœur joie ! Je travaille le reste de la journée et même avant la leçon, car, depuis quelques jours, je me suis mis à me lever à 5 heures afin de travailler le matin de bonne heure. Nous allons entendre deux ou 3 morceaux de concert qui a lieu sur la place du Ralliement, puis nous rentrons et Papa me dicte, jusqu’à plus de 10 heures, du droit international.

Angers, samedi 19 juillet 1902

Le matin à 8 heures, je vais prendre ma répétition chez M. Jac ; je travaille à la maison le reste de la matinée et toute l’après-midi. Le soir à 8 heures, Conférence Saint-Vincent-de-Paul, c’est la dernière de l’année.

Angers, dimanche 20 juillet 1902

Temps affreux, il pleut presque toute la journée ; je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame, j’avais travaillé deux heures avant et je passe le reste de la journée sur ma table de travail, sauf à 6 heures pour aller au salut chez les Dominicains.

Semaine du 21 au 27 juillet 1902

Angers, lundi 21 juillet 1902

Je travaille du matin au soir, et même jusqu’à près de 11 heures du soir, presque sans interruption.

Angers, mardi 22 juillet 1902

Je me mets devant ma table de travail à 6 heures précises du matin et, jusqu’à midi, je ne me dérange que 25 minutes (le temps de prendre mon petit déjeuner et de laisser faire la chambre). L’après-midi, de 2 heures à 7 heures, je ne me dérange aussi qu’une demi-heure ; après dîner, nous faisons Papa et moi une étude-promenade, c’est-à-dire une promenade pendant laquelle Papa me fait subir un véritable examen de droit international, comme il avait fait hier entre 6 et 7 heures. Après cette promenade, il me dicte du droit international jusqu’à près de onze heures ! J’avoue qu’à la fin, mes yeux se fermaient de force ; heureusement qu’il n’y en a plus que pour deux jours !

Henri d’Estève de Bosch (1852-1914), ici professeur à Toulouse – Collection Pierre Lemaitre

Dans l’après-midi, Papa – pas moi – assiste à la séance extraordinaire du Conseil général qui a été provoquée par la demande de plus des 2/3 des membres de l’Assemblée départementale ; il y a entendu plusieurs discours très éloquents de MM. de La Guillonière, de Blois, de Castries, contre les mesures d’expulsion des religieuses enseignantes qui ont eu pour effet de jeter, dans ce seul département, 1539 religieuses hors de leurs couvents ! Le préfet feint une grande indignation contre ce qu’il appelle la violation de la loi de 1871, demande la question préalable qui n’est pas votée et déclare que la délibération sera annulée, puis il se retire. Le vœu en faveur de la réintégration des religieuses dans leurs écoles et le crédit de 10.000 frs. pour leur venir en aide sont votés par la presque unanimité des 28 membres présents (heureux département !) aux applaudissements du public. Pendant la séance, une manifestation en faveur des sœurs a eu lieu devant la Préfecture. Puisse tout cela produire un heureux résultat ! Je crains bien qu’il n’en soit rien. Mais on a raison de protester contre les mesures de jacobinisme et les procédés terroristes des forcenés qui nous gouvernent. J’oubliais de dire que, pendant la séance, le comte de Maillé, président du Conseil général, a donné lecture d’une lettre de Mgr l’évêque félicitant le Conseil général de sa noble initiative (il pourrait lui en cuire !).

Angers, mercredi 23 juillet 1902

Je travaille depuis le matin à 7 heures jusqu’au soir à 11h ½ ! Comme seule interruption, je vais faire la visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul à 1h ½ ; le soir après dîner, je fais avec Papa une promenade sur la route de Paris ; Papa me pose tout le temps des questions sur le droit administratif.

Caen, jeudi 24 juillet 1902

Parti par le train de 10h25, je suis à 11h50 au Mans où je déjeune ; j’en repars 25 minutes plus tard, et j’arrive à Caen à 4 heures 50 ; depuis Le Mans, je fais route avec l’abbé Bellanger, surveillant de Sainte-Croix, qui amène à Caen deux élèves pour des examens, Bené et un que je ne reconnais pas. J’arrive à Caen dans un assez lamentable costume, car, un peu avant Sées, ayant mis un instant la tête à la portière, mon chapeau en a profité pour faire connaissance avec le sol de l’Orne, sans demander la permission ; je le déclare au chef de train à la station suivante, mais je crains de ne plus le revoir. Je retrouve maman à Caen à l’Hôtel d’Angleterre ; elle y est arrivée hier soir.

Caen, vendredi 25 juillet 1902

Ce matin, j’assiste à la messe de communion de 8 heures à Saint-Pierre ; j’y communie à l’intention de mon examen de ce soir. Ensuite, je prends un sapin et je vais porter des cartes à tous les professeurs qui doivent m’interroger ; au retour, je revois quelques questions de droit civil et de droit romain. Je passe l’examen à 3h ¼ ; je suis interrogé, pour le droit civil, d’abord par M. Degoat, puis par M. Villey ; je devais être interrogé par MM. Guillouard et Lenet des Hayes, mais le bureau a été modifié ; je ne m’en plains pas, car un ami de M. Villey m’avait recommandé à lui. M. Degoat m’interroge sur une partie de la vente ; je n’avais pas eu le temps de repasser la vente, je réponds tout de même bien et j’ai une blanche ; pour M. Villey, j’ai une blanche-rouge, sur une question sur les hypothèques. Enfin, M. Debray (qui était bien indiqué pour mon bureau celui-là) m’interroge sur le droit romain, je m’embrouille sur la novation, et je n’ai qu’une rouge-noire. Mais enfin, je suis reçu, c’est le principal ! Je m’empresse d’envoyer des dépêches.

Caen, samedi 26 juillet 1902

Le matin à 7 heures, j’assiste à la messe de communion à Saint-Pierre ; j’y communie en actions de grâce du premier succès et pour en demander un second au Bon Dieu. Ensuite, de 8h ½ à midi, je revois un très grand nombre de questions de droit international ; après déjeuner, de 1h ½ à 2h ½, je repasse plusieurs questions de droit administratif. Aujourd’hui, je dois avoir M. Le Fur, M. Worms et M. Degoat ; ce sont bien eux qui sont au bureau. M. Worms m’interroge d’abord, en droit international, sur la fin d’une longue question qui avait déjà fait l’objet de l’examen de mes 3 camarades de bureau, au sujet des diverses nationalités réunies en Autriche-Hongrie (il faut dire que M. Worms m’avait déjà fait rectifier les inexactitudes de mes camarades au fur et à mesure qu’elles se produisaient) ; ensuite, il me demande quels seraient pour la France les inconvénients qui résulteraient de l’établissement des Russes à Constantinople, je lui réponds que cela serait fatal à notre protectorat religieux en Orient ; cette réponse lui plaît, et il m’interroge alors sur ce protectorat ; comme dernière question, il me demande ce que sont les chargés d’affaires. M. Le Fur, qui lui succède, m’interroge en droit administratif, sur les conseils généraux, sur leurs différentes catégories de délibérations, sur les avis qu’ils peuvent ou ne peuvent pas émettre (comparaison sur ce point avec les pouvoirs des conseils municipaux), sur les inscriptions d’office et, au sujet de la commission départementale, sur les motifs qui ont déterminé le législateur de 1871 à décider que cette commission n’aurait pas de président élu ; je réponds bien à la plupart de ces questions et je n’hésite que sur quelques points de détail. Enfin, M. Degoat m’interroge, en droit criminel, sur le cas où le mineur qui a commis un crime est justiciable de la cour d’assises et sur ceux où il est justiciable du tribunal correctionnel, je lui cite la plupart des cas des deux catégories, mais je ne sais pas lui établir la théorie générale sur la question. À la proclamation, je suis reçu avec une blanche, une blanche-rouge et une rouge-noire (comme hier), j’attribue la première de ces notes au droit international ; la seconde, au droit administratif et la troisième au droit criminel (cette dernière est sévère). Je suis très content d’avoir de bonnes notes pour les cours de Papa, cela va lui faire grand plaisir. Somme toute, surtout après avoir manqué les cours pendant deux mois, je n’ai qu’à me féliciter du résultat de mon examen. Deux blanches-rouges, c’est très beau. Les deux notes faibles de droit romain et de droit criminel sont la rançon de la coqueluche qui ne m’avait pas permis de revoir mon programme aussi complètement que je l’aurais voulu. Je télégraphie à Bonne Maman, à Papa, à Tante Mimi, et à l’internat de l’Université d’Angers. Le soir, je regarde passer la retraite aux flambeaux du régiment d’infanterie (36ème).

Caen, dimanche 27 juillet 1902

Nous partons par le train de 7h45 de la Compagnie de Caen à la mer pour la Délivrande où nous entendons la messe et communions en actions de grâce ; nous commandons, comme pour l’examen de l’an dernier, une plaque en reconnaissance. À 11 heures, nous allons à Saint-Aubin, jolie station de bains de mer, très coquette et bâtie de très nombreuses villas et chalets ; elle dédommage de l’aspect monotone présenté par l’immense plaine plate et nue qui sépare Caen de la mer. Nous y déjeunons et nous en repartons à 2h56 et nous arrivons à Caen à 4 heures.

Semaine du 28 au 31 juillet 1902

Le Havre, lundi 28 juillet 1902

Nous avons quitté Caen à 2h ½ par le vapeur (j’ai oublié son nom) ; il suit l’Orne pendant une heure et demi, puis débouche dans la Manche à Ouistreham et pique droit sur Le Havre où il arrive à 5h ½ environ ; au passage, nous apercevons Dives, Cabourg, Deauville, Trouville et toutes les jolies stations de cette charmante partie de la côte normande ; mer assez belle, pas la moindre indisposition. Roques, qui a passé son examen il y a quelques jours et qui a été reçu, fait le voyage avec nous ; il s’embarque ce soir sur le Columbia à destination de Southampton, il va passer 2 mois en Angleterre. Le Havre, que nous commençons à visiter dans la soirée, est une ville aux rues droites, larges, animées mais sans aucune originalité, les maisons sont laides. Une promenade agréable, que nous faisons après le dîner, consiste à suivre les quais jusqu’à l’entrée du port à l’endroit où sont les deux lanternes ; l’air de mer y est très sain, presque trop froid, et on aperçoit les lumières de Trouville, Deauville, qui brillent dans le lointain de l’autre côté de l’estuaire.

Angers, mercredi 30 juillet 1902

Pas de journal hier parce que j’étais en chemin de fer. Hier matin, nous prenons une voiture qui nous mène à Sainte-Adresse ; au passage, nous voyons la villa de feu le Président Félix Faure. Nous nous arrêtons à la chapelle Notre-Dame des Flots qui domine la rade, nous voyons en passant le pain de sucre blanc élevé à la mémoire de Lefebvre-Desnoettes ; nous voyons, ou plutôt nous soupçonnons, car étant au ras du sol, ils sont à peine visibles, les deux forts dont les énormes canons tiennent toute la rade sous leur feu ; nous voyons aussi les deux phares, puis nous redescendons sur Le Havre par une route qui passe au milieu d’un véritable dédale de jardins et de parcs d’aspect charmant. Nous nous faisons porter devant les hangars de la Compagnie générale transatlantique où nous visitons le transatlantique « La Lorraine », qui est avec le « Savoie » le dernier que la compagnie ait fait construire. Nous admirons les colossales dimensions de ce superbe navire, le luxe de ses appartements (salon de musique, de conversation, bibliothèque, fumoir, vaste salle à manger, etc.) ; il y a sur ce navire des appartements de famille comprenant 3 chambres, un salon, une salle de bain, le tout meublé avec le plus grand luxe, éclairé à l’électricité, avec téléphone etc. comme dans tout le navire d’ailleurs. Les premières sont encore très convenables, les secondes ne se distinguent des premières que par leur position à l’arrière du navire, ce qui fait qu’elles regardent davantage la trépidation des hélices. Enfin, tout cela me donne une furieuse envie de partir pour New York. Le service est assuré par 85 garçons (le personnel complet comprend plus de 300 hommes) ; personnel et passagers de toutes classes compris, la Lorraine donne asile à plus de 2000 personnes ! Toutes les précautions sont prises contre les dangers de naufrage car il y a une ceinture de sauvetage au-dessus de chaque couchette. De plus, des pompes à incendie, spécialement appropriées, sont disséminées à chaque coin du navire. En un mot, c’est merveilleux.

Le paquebot « La Lorraine »

Après déjeuner, nous nous préparions à passer l’après-midi au Havre et à ne partir pour Trouville que par le bateau qu’on nous avait dit être à 4h45, lorsque nous apprenons que ce bateau ne part qu’à 5h15 ; comme nous devons prendre à Trouville le train de 6h26 et que la traversée demande à elle seule trois quarts d’heure, sans compter le temps nécessaire pour opérer le transbordement du débarcadère à la gare de Trouville, nous sommes obligés d’opérer en toute hâte nos préparatifs de départ afin de prendre le bateau de 11h45 ; nous y parvenons, mais comme nous sortons de table, nous craignons beaucoup pour nos pauvres estomacs ! Contre toute attente, ils se comportent merveilleusement bien, alors que tout autour de nous, nous ne voyons que visages décomposés et nous n’entendons que sanglots et hoquets suivis d’autres bruits qui, s’ils ne sont pas agréables à écrire, le sont encore moins à ouïr !!! Nous passons l’après-midi sur la plage de Trouville et nous partons à 6h26 pour Caen où nous dînons ; à la gare, nous nous rencontrons De Bréon qui a passé aujourd’hui la seconde partie de son examen et qui s’est fait refuser aux deux parties ; pauvre garçon, ce n’est pas de sa faute, car il a été malade depuis le commencement de mars jusqu’à présent ; je lui promets de lui prêter mes cahiers de notes qui, grâce à Dieu, me sont devenus inutiles. Repartis de Caen à 10h22 du soir, nous sommes arrivés à Angers ce matin à 4h2 après changement à Mézidon et au Mans. Nous nous couchons jusqu’à 9 heures. Ensuite, je reçois les félicitations de tout le monde et j’embrasse Philomène qui est en vacances depuis le 25 et que je n’avais pas vue depuis le jour de l’an. L’après-midi, je vais me faire couper les cheveux, puis je vais, à bécane, faire une visite à Henri Bonnet et à Pierre Hardouin-Duparc qui est descendu chez lui ; je ne les rencontre pas ; j’en profite pour aller me promener à Trélazé, je reviens par Saint-Barthélemy.

Caen, jeudi 31 juillet 1902

J’apprends ce matin, par Le Maine-et-Loire, qu’un chien danois enragé a parcouru hier soir entre 8h ½ et 9 heures une foule de rues de la ville, pénétrant dans plusieurs maisons et mordant une dizaine de personnes ; il a mordu notamment Mme Denécheau, la mère d’un de mes anciens professeurs de mathématiques. Nous avons failli nous trouver sur son passage, car, au moment où il commettait tous ces méfaits, je parcourais avec Papa une partie de son itinéraire, mais, heureusement, avec une dizaine de minutes d’avance sur lui ; c’est égal, nous l’avons échappé belle ! L’après-midi, je vais avec Papa acheter une paire de guêtres Leghens qui me serviront en Roussillon pour le cheval ; puis je fais plusieurs visites, presque toutes par carte. Le soir, musique au Mail.

Août 1902

Semaine du 1er au 3 août 1902

Angers, vendredi 1er août 1902

Le matin, j’assiste à la messe de 7 heures à Notre-Dame où je fais la sainte communion en l’honneur de la fête du premier vendredi du mois, puis je vais prendre une leçon d’équitation au manège du génie. L’après-midi, je vais faire deux visites par carte, puis je vais voir Monsieur Denécheau qui me donne des nouvelles de sa mère ; elle a reçu deux morsures, l’une à la cuisse et à l’autre au bras, et elle a été dirigée immédiatement sur l’Institut Pasteur ; on espère la guérir.

Angers, samedi 2 août 1902

Le matin, après la messe de 8 heures à Notre-Dame où je communie en l’honneur de la fête de la Portioncule, je fais une promenade à bécane, je vais à Soulaire et je rentre par Briollay et Ecouflant, je franchis la Mayenne sur un pont à péage, la Sarthe, sur une barque (car il n’y a pas de pont), enfin le Loir sur un pont. L’après-midi, nous allons au salut à la chapelle de l’Esnière, puis nous allons faire une visite à Mlle Chennechot. Le soir, musique au Mail.

Angers, dimanche 3 juillet 1902

Le matin, je vais à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, après le salut de 2 heures à la chapelle de l’Espérance, nous allons tous (excepté Papa) avec les Magué, par bateau, faire une visite aux De Soos dans l’habitation qu’ils ont louée pour l’été à Ecouflant sur les bords de la Sarthe ; c’est gentil surtout à cause du petit bois qui est fond du vaste jardin. Nous rentrons, toujours par bateau, à 7 heures. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Semaine du 4 au 10 août 1902

Angers, lundi 4 août 1902

À 8 heures ½, leçon d’équitation, je vais au polygone du génie et aux prés de la Baumette où je galope à mon aise. L’après-midi à 6 heures, nous allons tous au salut chez les Dominicains.

Angers, mardi 5 août 1902

Le matin, je vais, à 9 heures, à la ferme de la Sermonnerie où m’attend M. Lavallée le professeur d’agriculture ; il me fait voir les blés superbes, des betteraves, des trèfles qu’il a obtenus grâce à l’emploi d’engrais appropriés ou d’assolements rationnels. L’après-midi, j’ai la visite d’Henri Bonnet qui me raconte comment il a été arrêté, le 25 juillet, au cours de la manifestation qui a lieu ce soir-là devant la Mairie en faveur des religieuses expulsées ; comme il était assailli par une bande d’énergumènes de barrières, probablement payés par la Préfecture, et qui répondaient non seulement par des cris hostiles mais par des coups de poing, à ses cris en faveur des persécutées, il a levé sa canne pour faire fuir ces échappés du bagne ; mal lui en prit ! Aperçu par un agent de police (qui était myope sans doute au moment où il recevait des coups de poing… !), il fut arrêté et mené au poste ; relâché vers une heure du matin grâce aux instances de Normand d’Authon, il n’a pas encore été poursuivi et espère ne pas l’être. Le lendemain, 26 juillet, il n’était pas à la conférence de protestation contre la persécution religieuse, faite au Cirque-théâtre par M. Marc Sangnier-Lachaux[61], et à la suite de laquelle des collisions se sont produites entre partisans des sœurs et « églantinards »[62], et deux agents de police ont été grièvement blessés ; Papa y était, et nous la raconte. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Angers, mercredi 6 août 1902

Le matin à 8h ½, leçon d’équitation, au manège aujourd’hui ; je fais du sous-étrier, même du galop sans étrier pendant la moitié de la leçon. L’après-midi, je vais avec Maman à la chapelle de Notre-Dame du Bon Conseil, route de paris ; nous voyons la Supérieure ; elle nous dit qu’elle a demandé l’autorisation pour son couvent ; aussi est-elle tranquille pour le moment et n’est-elle pas comprise dans la liste des 2500 écoles ou asiles que Combes le défroqué ferme de force depuis quinze jours. Elle nous dit que, si sa demande en autorisation n’est pas agréée, et qu’on veuille l’obliger à fermer, elle se laissera jeter dehors par force, comme le font les religieuses de plus de 400 maisons à Paris et dans une foule de départements, surtout dans les Vosges, en Savoie, dans le Finistère, le Morbihan et les Côtes-du-Nord. Dans certaines communes du Finistère, la population entière, hommes et femmes, est debout, veillant autour des écoles, sonnant le tocsin et le clairon à la première alerte, et mettant depuis quinze jours le gouvernement dans l’impossibilité de mettre à exécution ses odieux décret et de chasser les religieuses ; c’est un bien bel exemple que la Bretagne donne au reste de la France ! Et il prouve que les petits-fils des vaillants Chouans n’ont pas dégénéré. Du reste, le même fait s’est produit dans les Vosges. De plus, dans une foule de départements du Nord comme du Midi, de l’Est comme de l’Ouest, les populations ont vaillamment défendu leurs bonnes sœurs, s’opposant souvent au passage des commissaires de police et des gendarmes, poussant des acclamations en l’honneur des pauvres expulsées. Dans beaucoup de localités, les propriétaires des écoles s’y sont enfermés et les agents du gouvernement, honteux de l’infâme besogne qu’on leur faisait faire, ont dû les en arracher de force après avoir crocheté les portes ou les fenêtres ; dans beaucoup d’endroits aussi, les propriétaires d’écoles ont fait sauter les scellés apposés sur leur immeuble par le commissaire de police, contrairement au Code de procédure civile. En un mot, un véritable réveil de l’opinion se manifeste, suscité enfin par les infâmes mesures d’un gouvernement de scélérats qui ne connaît plus ni la loi, ni le principe de la séparation des pouvoirs, et ne craint pas de faire jeter dans la rue en pleine nuit de malheureuses orphelines âgées de 3 ou 5 ans !!!

Angers, jeudi 7 août 1902

Le matin, pas de leçon d’équitation et rien à faire, j’en profite pour me lever à près de neuf heures. L’après-midi, je fais quelques commissions ; le soir, nous allons tous – les Magué et nous – à la musique au Mail.

Tours, vendredi 8 août 1902

Le matin, dernière leçon d’équitation, nous allons au polygone, puis aux près de la Baumette, je vais ensuite à Saint-Jacques voir l’abbé Brossard et me confesser. L’après-midi, à 5 heures, Papa et moi nous partons pour Tours où nous devons passer la nuit, nous y arrivons à 7 heures et nous nous promenons un peu après dîner.

Brive (Corrèze), samedi 9 août 190

Le matin à Tours, nous allons entendre une partie de la messe à la chapelle de la Sainte-Face, nous en partons à 8h21 pour Brive-la-Gaillarde. À Châteauroux où nous changeons de train et où nous devons attendre 3 heures, nous en profitons pour aller déjeuner en ville et pour jeter un coup-d’œil sur celle-ci, qui n’a pas le moindre intérêt. De Châteauroux à Brive (2h25 à 6h34), nous faisons route avec un charmant petit garçon que sa mère a embarqué pour Toulouse et sur lequel elle nous a priés de veiller. Le soir, à Brive, nous nous promenons un peu ; cette petite ville est entourée de boulevards bâtis de villas entourées de jardins et fort riants d’aspect, l’intérieur de la ville n’a pas grand intérêt.

Brive, dimanche 10 août 1902

Le matin, à 7h1/2, nous partons à pied pour les grottes de Saint-Antoine-de-Padoue, but de notre voyage à Brive ; nous y arrivons en une vingtaine de minutes, nous y entendons la messe de 8 heures et y faisons la sainte commun ; malheureusement Papa se trouve indisposé ; en rentrant à l’hôtel, il se fait servir du thé ; cette indisposition ne sera rien du tout mais elle nous obligera à retarder notre départ jusqu’à demain soir au lieu que nous devions partir ce soir pour Lourdes et Cauterets, Papa ne se sent pas assez fort pour passer la nuit prochaine en chemin de fer. L’après-midi, nous explorons un peu la ville, puis nous revenons aux grottes et nous faisons une visite au Père gardien.

Semaine du 12 au 17 août 1902

Cauterets, mardi 12 août 1902

Hier matin, nous retournons aux grottes, mais je manque la messe de 7 heures et je vais l’entendre à l’église paroissiale de Brive. Ensuite, nous allons en voiture aux grottes de Lamouroux à 6 kilomètres. L’après-midi, après une petite promenade, nous revenons une dernière fois aux grottes et nous partons par le train de 7 heures pour Toulouse où nous arrivons à 10h ¾, nous y dînons et en repartons à minuit 22 pour Lourdes ; nous y sommes à 5 heures ; nous allons au Rosaire, à la grotte, à l’Hôtel de la Chapelle où nous nous assurons que des chambres nous sont réservées pour le pèlerinage national, puis nous prenons le train de 8 heures pour Cauterets où nous arrivons à 10 heures. Nous descendons à l’Hôtel de l’Univers, on nous donne une chambre à 2 lits en attendant mieux. L’après-midi, après avoir attendu 2 heures, nous finissons par voir le Dr Duhourcaut[63] qui nous ordonne un traitement ; le mien, qui vise à la fois la gorge et la muqueuse du nez, comprend des boissons, des gargarisations, des aspirations nasales, des pulvérisations et des douches écossaises. De suite, après la visite chez le Docteur, nous allons à la Raillère et au Mauhourat où nous commençons notre traitement.

Cauterets, mercredi 13 août 1902

Le matin, à la Raillère au Mauhourat, boisson, gargarisation et aspiration nasale ; à César, pulvérisation ; l’après-midi, nous écoutons l’orchestre du Casino à la place des Œufs jusqu’à 3 heures, puis nous rentrons et vers 5 heures, nous allons à la Raillère et au Mauhourat faire notre traitement qui est le même que celui fait hier soir et ce matin dans ces établissements.

Cauterets, jeudi 14 août 1902

Ce matin et ce soir, même traitements et, par suite, mêmes occupations dans la journée qu’hier ; la seule différence, c’est que, le matin, je prends une douche écossaise au César à la place de la pulvérisation. L’après-midi, je vais me confesser.

Cauterets, vendredi 15 août 1902

Le matin, messe de 7 heures, nous y communions en l’honneur de la fête de l’Assomption, puis nous allons faire le traitement et nous revenons à la grand’messe ; l’après-midi, nous allons à vêpres à 3 heures et nous faisons le traitement ensuite.

Cauterets, samedi 16 août 190

Matinée comme à l’ordinaire ; l’après-midi, nous posons près de deux heures avant de pouvoir être reçus par le Docteur ; il ne modifie que très peu mon traitement pour la boisson, les aspirations, les gargarismes et les aspirations nasales, mais il m’ordonne une douche tous les jours.

Cauterets, dimanche 17 août 1902

Nous assistons à la grand’messe et aux vêpres, nous nous promenons un peu dans l’intervalle et nous continuons notre traitement ; le soir après dîner, nous écoutons le concert donné à l’occasion de la fête de charité d’aujourd’hui, par la musique du 53e de ligne venue de Tarbes ; illuminations au parc des Œufs.

Semaine du 18 au 15 août 1902

Cauterets, lundi 18 août 1902

Après notre traitement, nous partons à 9h ¼ pour le lac de Gaube ; nous déjeunons à l’hôtellerie du Pont d’Espagne, arrivons au lac à 1 heure, en repartons vers 2h ¼ et sommes à 4h ½ à la Raillère pour le traitement du soir.

Cauterets, mardi 19 août 1902

L’après-midi, nous allons faire une visite à M. le curé de Cauterets que nous ne rencontrons pas et à M. et Mme de Mollans[64] ; nous ne sommes reçus que par Monsieur car Madame, qui vient d’être très malade, repose ; à la Raillère, nous voyons aussi M. et Mme de Gardilane qui, de Capvern où ils font une saison, sont venus à Cauterets se rendre compte de l’état de leur fille.

Résumé du pèlerinage de Lourdes du mardi 20 août au lundi 25 août 1902 [écrit le 26 août]

Je suis rentré hier soir à Cauterets après avoir passé cinq jours à Lourdes pour assister au pèlerinage national ; mes occupations de brancardier m’ont tellement absorbé que je n’ai pas trouvé une minute pour faire mon journal tous ces jours-ci. Arrivé à Lourdes mercredi soir, j’y ai trouvé Tata Mimi arrivée dans la journée et descendue au même hôtel que nous (Hôtel de la Chapelle) ; le lendemain matin, Maman et Marie-Thérèse sont arrivées d’Angers après un arrêt à Brive. Jeudi matin, je me suis occupé d’obtenir mes bretelles de brancardier, cela m’a été facile, car j’ai été recommandé par le marquis de Latour et par M. Moreau des Briostières, d’Angers. La journée de jeudi a été surtout une journée de préparation ; je rencontre De Damas et son père[65] qui sont aussi brancardiers, De Lavaur[66]. Damas aîné et De Lavaur sont attachés à la même équipe que moi (la 2ème, de service à l’Hôpital des 7 Douleurs) ; nous avons pour chef d’équipe le marquis de Latour, pour sous-chef le comte de Cahuzac[67] ; De Lavaur et moi nous sommes de la 5ème escouade (chef M. Mellet, ancien étudiant de l’Université d’Angers). Vendredi 22, je suis à l’Hôpital à 3 heures du matin et j’y passe presque toute la journée, car notre escouade est de service dans l’intérieur de l’Hôpital ; je suis libre, vendredi, samedi et dimanche, pendant la procession du Saint-Sacrement. À l’Hôpital, arrive De Prunelé, un de mes anciens camarades de Sainte-Croix, ainsi que deux de ses frères. Je rencontre aussi plusieurs personnes de connaissance pendant le pèlerinage : M. l’abbé Latour qui nous présente sa nièce et pupille, Des Monstiers-Mérinville[68], Hardouin-Duparc[69], de Cordoue[70], Mmes Noëll[71] et Jeoffre[72], Mlle Grieshaker, etc. Plusieurs des malades que j’avais transporté ont été guéris ; je remarque particulièrement une jeune fille que j’avais transportée, aidée de 3 autres brancardiers, sur un brancard à la salle du Sacré-Cœur ; au moindre mouvement que nous faisions, elle criait et pleurait, car elle avait un cancer dans le ventre, qui la faisait horriblement souffrir, et de plus, elle était boiteuse ; aussi, ne pouvait-elle pas faire le plus petit mouvement sans d’horribles souffrances ; ses souffrances étaient même si fortes que, remise sur son lit, elle continuait encore à pleurer et à crier. Étant remonté dimanche soir dans la salle du Sacré-Cœur, j’ai été tout surpris de voir cette jeune fille marcher, toute souriante, et parler comme tout le monde ; elle me dit qu’elle a été guérie dans la piscine et, maintenant, elle se porte admirablement. Vraiment ceux qui déblatèrent contre le miracle, Zola en tête, feraient bien de venir voir de près les malades du pèlerinage national ! Le pèlerinage est reparti lundi, ce jour-là, malgré une pluie battante qui n’a cessé qu’a midi, j’étais à l’Hôpital dès 4 heures du matin afin de faire partir pour la gare tous les malades hospitalisés. Je remets mes bretelles vers 2 heures ; je fais mes préparatifs de départ, je dis « Au revoir » à Tata Mimi qui repart à 5 heures pour Neuilly, à Maman et à Marie-Thérèse qui partent mardi matin pour Vinça, et, par le train de 5h ½, je remonte à Cauterets ; j’y suis avant 8 heures du soir.

Semaine du 26 au 31 août 1902

Cauterets, mardi 26 août 1902

Le matin, je fais mon traitement comme d’habitude, malgré la pluie (qui dure toute la journée) ; Papa, un peu courbaturé, est obligé de l’écourter, il ne peut aller à la Raillère. L’après-midi, nous allons chez le Dr Duhourcaut qui nous trace notre traitement pour la fin de notre séjour.

Cauterets, mercredi 27 août 1902

Papa va mieux et vient ce matin à la Raillère. Une carte de Mme Hervé-Bazin nous annonce les fiançailles de sa fille, Mlle Gabrielle, avec Normand d’Authon, c’est décidément l’ère des mariages à Angers puisque pendant notre séjour à Lourdes, Maman a reçu une lettre de Mme de La Villebiot lui annonçant aussi le prochain mariage de sa fille, Mlle Jeanne, avec M. de Guibert[73], neveu de la Supérieure de l’Externat de Bellefontaine. Dans l’après-midi, nous assistons à un sermon de charité donné par la P. Maumus[74] ; le célèbre dominicain y laisse trop percer ses tendances de démocrate-chrétien.

Cauterets, jeudi 28 août 1902

Il fait un peu moins mauvais que les autres jours et nous pouvons rester un moment au parc dans les heures laissées libres par le traitement. Le soir, nous assistons à une séance de cinématographe au Café Persan.

Cauterets, vendredi 29 août 1902

Très mauvais temps ; il pleut la plus grande partie de la journée ; nous profitons d’une éclaircie dans l’après-midi pour aller nous promener du côté de la ferme de la Reine Hortense.

Cauterets, samedi 30 août 190

Temps pire encore qu’hier ; la pluie ne cesse presque pas. Cependant, avant le traitement du soir, nous allons nous promener sur la route en aval de Cauterets.

Cauterets, dimanche 31 août 1902

Le matin, nous allons à la grand’messe à 10 heures après le traitement ; l’après-midi, comme le temps est passable, nous pouvons rester au parc écouter la musique ; puis nous allons à vêpres et nous faisons notre traitement du soir. Après dîner, nous nous promenons un peu au parc, puis nous allons au salon de l’hôtel où une dame d’Alger, Mme Meiffren, dont nous avons fait la connaissance à table d’hôte, nous a invités à venir écouter une jeune fille, aussi d’Alger, qui viendra jouer le piano ; il y a aussi au salon plusieurs autres familles de l’hôtel, entr’autres la famille Saint-Père qui a habité le Pérou pendant longtemps ; elle se compose d’un jeune homme dont je fais la connaissance, d’une jeune fille, et de la mère (une Martiniquaise)[75] ; après l’audition de plusieurs morceaux de piano, on danse pendant plus d’une heure ; c’est charmant ; il paraît qu’on recommencera demain soir.

Septembre 1902

Semaine du 1er au 7 septembre 1902

Cauterets, lundi 1er septembre 1902

Dans l’après-midi, nous allons chez le Dr Duhourcau pour prendre congé de lui, mais il y a tellement de monde chez lui que nous n’avons pas la patience d’attendre. Le soir après dîner, on recommence à danser comme hier soir.

Saint-Sauveur, mardi 2 septembre 1902

Nous avons clôturé notre saison de Cauterets ce matin ; nous sommes allés voir le docteur dans la matinée et nous avons quitté Cauterets par le train de 3h15 ; nous sommes arrivés à l’Hôtel de France à Saint-Sauveur où nous devons passer la nuit. En nous promenant le soir, après avoir admiré le pont Napoléon, nous rencontrons Mme, Mlle et Daniel Lamothe d’Angers, qui sont ici depuis 5 semaines, nous causons un moment.

Vinça, jeudi 4 septembre 1902

Hier matin à 8h ¼, départ de Saint-Sauveur en victoria pour Gavarnie par un temps superbe, pas un nuage au ciel. Nous arrivons à 10h40 à Gavarnie où nous déjeunons. Après déjeuner, nous partons à pied pour le cirque, chemin faisant nous rencontrons M. et Mme de Mollans qui, profitant du beau temps, sont partis le matin de Cauterets ; nous faisons ensemble l’excursion, nous allons ensemble jusqu’au pont de neige où nous prenons de la glace qui sert un moment après à glacer le Champagne qu’ils ont apporté et dont ils nous offrent aimablement deux verres. Le coup-d’œil de ces cimes étincelantes de neige et se découpant sur l’azur ardent du ciel est féérique. Nous repartons de Gavarnie à 4 heures et nous sommes à 6h ¼ à Pierrefitte où nous nous séparons, M. et Mme de Mollans remontant à Cauterets et nous partant pour Lourdes où nous sommes à 8h ¼ ; nous couchons à l’Hôtel de Toulouse. Ce matin, nous nous confessons et nous communions, puis nous partons par le train de 7h50 pour Vinça où nous sommes ce soir à 8h 1/4. ; à la gare de Lourdes, nous nous apercevons qu’il me manque une malle que nous avions laissée hier soir en consigne, nous faisons les réclamations nécessaires, mais quand j’arrive seul à Vinça (j’ai laissé Papa à Perpignan où il s’arrête un jour pour aller demain à Trouillas), Maman est littéralement désolée de voir que cette malle me manque, elle est persuadée que je ne la retrouverai pas et se fait comme on dit vulgairement un sang de vinaigre, pour cette affaire qui n’en vaut pas la peine. À la gare de Vinça, m’attendaient Bonne Maman, Maman, Marie-Thérèse et Philomène, Tante Josepha, Nénette, Tante Delestrac, Paul, Antoine, Geneviève et Yvonne Delestrac[76]. Mes cousins Delestrac sont venus à Vinça pour quelques jours. Je suis d’autant plus heureux de leur présence que je ne les connaissais pour ainsi dire pas encore, car je n’avais pas vu Paul depuis douze ans et Tante Delestrac et Geneviève depuis neuf ans ; quant à Yvonne et à Antoine, je ne les avais jamais vus. Ils me plaisent tout de suite par leur distinction et leur amabilité.

Vinça, vendredi 5 septembre 1902

Le matin, je me promène un peu avec Paul et Antoine ; l’après-midi, je vais à Ille avec Paul et Antoine en voiture car nous n’avons pas nos bicyclettes, celle de l’oncle Paul, dont Paul se servira pendant son séjour ici étant en réparation à Ille, c’est même pour cette réparation que nous allons à Ille.

Vinça, samedi 6 septembre 1902

L’après-midi, je vais avec Paul à Ille en chemin de fer et nous rentrons avec nos bicyclettes ; au retour (nous passons par le chemin de la Foun dal Boulès), une pédale de sa machine tombe et je suis obligé, après plusieurs essais de réparation, de le laisser revenir tout doucement et de partir en avant pour qu’on ne s’inquiète pas ; il arrive à Vinça 20 minutes après moi juste assez tôt pour empêcher le départ de la voiture qu’on allait envoyer pour le ramener.

Vinça, dimanche 7 septembre 1902

Le matin, nous allons à la grand’messe ; l’après-midi, au moment où nous nous dispositions à faire des visites, nous voyons arriver après vêpres Tante Bonafos et Tante Lutrand qui restent jusqu’au départ du train de 7 heures.

Semaine du 8 au 14 septembre 1902

Vinça, lundi 8 septembre 1902

Le matin, je vais avec Paul à Prades en chemin de fer en amenant nos bicyclettes ; nous les faisons réparer ; Paul fait remettre la pédale qui manquait à celle dont il se sert et moi, je fais changer la chambre à air de ma roue de derrière qui était usée ; nous rentrons à Vinça en 25 minutes avec nos bicyclettes remises à neuf. À 11h ½ de l’après-midi, nous partons tous pour Millas, dans deux voitures, pour aller voir nos cousins Ferriol, nous les voyons tous et, au retour, nous nous arrêtons chez nos cousins de Barescut ; nous rentrons à Vinça à 7 heures.

Vinça, mardi 9 septembre 1902

Le matin à 7 heures, nous partons tous pour Doma Nova, les grandes personnes en voiture, Antoine et Nénette avec les domestiques et Geneviève, Paul, Marie-Thérèse, Philomène et moi à pied par le chemin de Rigarda ; malgré la pluie et le brouillard intense, nous y arrivons vers 8h ½, nous nous confessons à l’abbé Borrella, puis Paul et Moi nous lui servons la messe où nous communions tous ; ensuite, nous absorbons un repas froid, puis avant de redescendre, nous allons chanter (?) des cantiques à la chapelle ; nous trouvons deux voitures au pied de la colline, elles nous portent à Bouleternère où c’est aujourd’hui la foire, j’y vois un cheval qui ferait bien mieux mon affaire que l’abominable rosse que m’a envoyée hier Garrigue ; cet homme-là s’est moqué de moi en m’envoyant un cheval tout au plus bon pour les courses de taureaux ; mais, suivant nos conventions, je vais le lui renvoyer. À Boule, nous nous entendons aussi avec un menuisier pour refaire le portail de l’écurie qui tombe en morceaux ; puis nous partons pour Ille où nous lunchons, et nous visitons l’église, nous en repartons à 5 heures ¼ et sommes à Vinça à 6 heures ¼.

Vinça, mercredi 10 septembre 1902

Ce matin, Jacques qui va dans le bas Roussillon pour les vendanges, ramène sa rosse à Garrigue, il lui apporte en même temps une lettre de moi. Dans la matinée, je vais avec Paul tirer quelques oiseaux au jardin. Par le train de 11 heures, arrivent l’oncle et Tante Lutrand avec leur nièce Mlle Delafosse et leur neveu le jeune Henri Fourcade ; ils déjeunent à la maison. Dans l’après-midi, nous invitons Amédée et Mimi Jocaveil, ainsi que leur cousine Mlle Mathieu à venir danser et, tous réunis, nous improvisons une matinée dansante dans la grande salle, l’oncle Lutrand tient le piano ; ils repartent par le train de 6h ¾.

Vinça, jeudi 11 septembre 1902

À 7h ½ du matin, je pars avec Paul pour Ille en voiture ; je m’arrête à Boule où Joseph Jacomy me dit que notre fermier Xatard, propriétaire du cheval que j’ai vu mardi, refuse de louer sa bête, il veut la vendre. À Ille, nous prenons le train de 9h10, dit train des poules, qui nous amène à Perpignan à 10h50. À Perpignan, chez l’oncle Lutrand où nous allons déjeuner, je trouve une dépêche de Papa me disant qu’on a reçu à Vinça une lettre fort mécontente de Garrigue, et me recommandant de ne pas chercher un cheval chez lui. Avant le déjeuner, nous allons, avec le lieutenant Fourcade et son frère Henri Fourcade[77], chez plusieurs maquignons, aucun n’a de cheval qui me convienne ; après le déjeuner, suite de nos investigations et mêmes échecs ; tous les chevaux que je vois sont à vendre et non à louer, on ne consentirait à les louer qu’à des prix exorbitants ; force m’est de renoncer à trouver un cheval à Perpignan, je tâcherai de repêcher celui de Boule. Dans l’après-midi, je vais faire une visite à ma tante Cornet, je suis reçu par elle, par Mimi Companyo et par Joseph ; je vais ensuite me faire arranger les dents, je me promène avec Paul aux Platanes, je fais quelques emplettes et nous repartons par le train de 7 heures, nous sommes à Vinça à 8h ¼ ; nous trouvons Maman au lit avec la migraine.

Vinça, vendredi 12 septembre 1902

Le matin, je vais avec Paul à Boule pour tâcher de repêcher le cheval de Xatard ; il me suffit pour cela de le voir et de faire mes propositions, il les accepte de suite ; je lui prends son cheval pour les vacances au prix de 100 francs, plus, bien entendu, la nourriture et l’entretien ; j’avoue que je suis bien heureux de ce résultat car je commençais à me demander si je pourrais trouver un cheval à louer cette année. Paul et moi nous partons par le train de 11h ¾ pour Saint-Féliu-d’Avail. De là, nous partons à bicyclette pour Trouillas où nous arrivons à 1h 1/2. ; je fais la connaissance de notre nouveau métayer Auguste Faliu, qui me montre les emplettes que Papa vient de faire pour la cave, comportes, pompe, fouloir, emplettes rendues nécessaires par le départ des Torrent qui étaient propriétaires de toute une partie du matériel ; ensuite, nous allons aux vignes, nous mangeons un raisin à la fontaine de la Fon Rouge, puis nous partons pour Ponteilla où nous faisons une visite à Mme de Llamby qui nous reçoit, avec Louis et Isabelle, dans sa maison de campagne et qui nous invite à revenir l’y voir ; de Ponteilla nous allons à Corbère où la fermière, Baby Poull, nous offre un succulent goûter ; enfin, nous allons à Millas où nous attendons plus d’une heure avant de prendre le train pour Vinça. Dans le train, nous sommes tout étonnés de voir Tante Delestrac, Tante Josepha, Geneviève et Marie-Thérèse qui sont allées, par le train de 3h ½, faire quelques visites à Perpignan et qui rentrent à Vinça ; à Ille, monte dans le train Papa qui, reparti de Vinça ce matin, y est rappelé par une dépêche de Maman ; nous y arrivons à 8h ¼.

Vinça, samedi 13 septembre 1902

Nous partons tous à 9 heures du matin, dans deux voitures différentes pour Velmanya où nous arrivons à 11 heures. Nous y déjeunons, et après déjeuner, nous allons à la métairie du maire de Velmanya, M. Bachès, qui nous fait voir les cachettes où mon bisaïeul de Pontich[78], qui avait émigré en Espagne pendant la Révolution, revenait de très loin en très loin se rencontrer avec quelque membre de sa famille ; quelle triste époque ! Pourvu que les Jacobins qui nous gouvernent ne nous y ramènent pas d’ici peu ! Nous repartons de Velmanya à 4h ½ et nous arrivons à Vinça juste à temps pour que Papa puisse prendre le train de 6h ¾ pour Ille. À Vinça, est arrivé le cheval que j’ai loué hier à Xatard.

Vinça, dimanche 14 septembre 1902

Le matin, nous allons à la grand’messe, après laquelle je vais, avec Paul, canarder quelques oiseaux au jardin. L’après-midi, avant vêpres, et après vêpres, nous recevons et faisons quelques visites, puis, de 5 heures à 6 heures, je vais avec Paul au grand jardin pour tirer encore des oiseaux.

Semaine du 15 au 21 septembre 1902

Vinça, lundi 15 septembre 1902

Le matin, je fais ma première promenade à cheval, Jean me suit sur Reinette et Paul à bicyclette (au bout de 3 kilomètres, il est obligé de s’en retourner parce que la pédale de sa bicyclette cède de nouveau) ; je vais à Ille, puis, au retour, je m’arrête à Boule et je rentre à Vinça à 11 heures ; je ne suis pas mécontent de mon cheval, Bijou, bien qu’il craigne un peu les mouches et qu’il n’allonge pas assez au pas. Dans l’après-midi, nous allons tous au grand jardin où moi d’abord, puis Paul, nous photographions le groupe ainsi formé par toute la famille. À 6h ¾, hélas ! nous allons à la gare accompagner les Delestrac qui partent pour la Burbanche[79]. C’est avec un serrement de cœur que nous leur disons « Au revoir », car la période passée avec eux a été, pour moi du moins, la plus agréable de l’année ; finies maintenant les promenades à bicyclette avec Paul ! Finies les longues poses au jardin à guetter des oiseaux ! Finies les sauteries du soir dans la grande salle ! Mais il fallait bien en arriver là, car il n’y a pas de joie sans fin ici-bas !

Ille, mardi 16 septembre 1902

Le matin, je vais à cheval à Marquixanes, Jean m’accompagne sur Reinette. L’après-midi, nous recevons la visite de Tante Isabelle, de Mimi Companyo et de Joseph Cornet, puis je vais avec Amiel à Bentefarines voir la plantation de chênes-lièges faite l’année dernière ; il y a bien des manquants, mais on les remplacera facilement au moyen des pépinières faites avec le surplus des glands ; ensuite, je fais avec Maman une longue visite à Mme Dalverny[80], puis je pars à bicyclette pour Ille pendant que Maman et Philomène font le même trajet en chemin de fer. Marie-Thérèse reste encore quelques jours à Vinça pour prendre les bains de Nossa.

Ille, mercredi 17 septembre 1902

Le matin, je vais à bicyclette jusque près de Neffiach ; l’après-midi, après avoir révélé les photographies prises avant-hier, je vais à bicyclette à Boule où je vois Bonne Maman, l’oncle Paul et Tante Josepha venus pour affaires, puis à Corbère où Papa et Philomène sont venus à pied.

Ille, jeudi 18 septembre 1902

Le matin par le train de 6h ¾, je pars avec Jean pour Vinça où nous montons à cheval, nous allons à Finestret et recevons par la route de Prades, nous rentrons à Ille par le train de midi ; j’y trouve Monsieur Charouleau qui, après déjeuner, me fait choisir mes costumes d’hiver. Après son départ, je fais un peu de photographie ; puis nous allons tous nous promener à Saint-Martin. Le soir, nous allons chez les Dlles Mathieu.

Ille, vendredi 19 septembre 1902

Le matin, je me lève fort tard, puis je fais de la photo. À midi ¼, nous partons tous, sauf Philomène, pour Perpignan. Nous faisons quelques commissions, puis nous allons voir les Vassal que nous ne rencontrons pas, les Cornet qui nous reçoivent ; ensuite, je vais me faire couper les cheveux. Je suis très étonné d’apprendre par Papa que Maman est chez l’oncle Joseph de Lazerme ; elle passait rue de l’Ange quand l’oncle Joseph, qui l’a vue, a voulu absolument la faire monter chez lui ; je vais l’y rejoindre, je vois aussi Carlos[81] ; mais Tante Hélène, Marthe, Thérèse et Jacques sont dans l’Indre chez M. du Limbert[82] ; en sortant de chez l’oncle Joseph, nous allons voir tante Lutrand. Nous rentrons par le train de 7h3, en compagnie de M. l’abbé Sarrète[83] et de M. l’abbé Badrignans qui, la retraite ecclésiastique finie, vont à Vinça.

Ille, samedi 20 septembre 1902

Bonne Maman, Tante Josepha, l’oncle Paul, Nénette et Marie-Thérèse viennent déjeuner ici ; après le déjeuner, Poupon et son fils viennent pour renouveler le bail des propriétés de Bouleternère qui leur sont affermées. C’est Joseph Jacomy fils qui succède à son père et qui devient notre fermier ; mais nous sommes obligés de consentir une diminution de fermage par suite de la mévente des denrées. Bonne Maman et sa suite repartent à 5h ¼ pour Vinça. Nous allons nous confesser.

Ille, dimanche 21 septembre 1902

Nous allons à la messe à 7 heures à l’Hôpital où nous communions. Nous revenons à la grand’messe qui est très solennelle aujourd’hui parce qu’on fête le camail de M. le curé Bonet qui vient d’être nommé chanoine. L’après-midi, avant vêpres, nous allons faire une visite au marquis et à la marquise de Dax[84] et à la famille Roca[85] ; après vêpres, nous allons voir Mme Terrats d’Aguillon[86] que nous ne rencontrons pas, puis, pendant que Papa et Maman font d’autres visites, Philomène et moi nous allons nous promener du côté de la Têt. Après dîner, nous allons chez les demoiselles Mathieu d’où nous voyons les danses de la place ; nous profitons même de la musique pour danser un peu ; il y a aussi la famille Batlle, la famille Roca et Mlle Marie-Louise de Lacour.

Semaine du 22 au 28 septembre 1902

Ille, lundi 22 septembre 1902

Le matin je vais, par le train de 7 heures, à Vinça où je monte à cheval ; je rentre à Ille par le train de midi, Marie-Thérèse m’accompagne pour venir dire « Au revoir » à Papa qui part par le train de 3h ½ pour Rome où il va avec le train de pèlerinage de Toulouse ; il rejoindra ce train à Cette ; c’est le pèlerinage de la France du travail organisé par M. Harmel[87]. Nous allons tous l’accompagner à la gare, puis nous nous promenons un peu. Marie-Thérèse repart pour Vinça par le train de 8h du soir.

Ille, mardi 23 septembre 1902

Le matin, nous assistons à une grand’messe en l’honneur de Saint Ferréol ; l’après-midi à une heure, je pars à bicyclette pour Trouillas par Millas ; j’y suis à 2h ½ ; j’y reste jusqu’à 3h50 pour surveiller un peu la vendange qui s’achève et je suis de retour à Ille à 5h20.

Ille, mercredi 24 septembre 1902

Je vais à Vinça par le train de 6h 3/4 ; je vais à cheval à Prades, je déjeune à Vinça et je rentre à Ille par le train de 3h ½.

Ille, jeudi 25 septembre 1902

Il pleut toute la journée ; impossible de sortir ; vers 5 heures, je vais mesurer l’eau tombée au pluviomètre de la maisonnette du chemin de fer ; je recueille 20 millimètres ; cette plus est fâcheuse pour les vignes qu’elle expose à la pourriture.

Ille, vendredi 26 septembre 1902

Marie-Thérèse arrive par le train de midi et vient passer l’après-midi ici ; dans l’après-midi, nous allons tous nous promener dans la direction de la métairie du Sals de Caball et le chemin des deux ruisseaux, nous revenons par la grand’route. Ensuite, je fais installer dans l’écurie de la grande maison, que l’on a aménagée hier, la provision de foin que l’on apporte de Vinça.

Ille, samedi 27 septembre 1902

Le matin par le train de 7 heures, je vais à Vinça, je rentre à cheval et j’amène le cheval à l’écurie de la grande maison où il est très bien installé et où il restera pendant tout notre séjour à Ille.

Ille, dimanche 28 septembre 1902

Le matin, Philomène et moi nous assistons à la messe de 8 heures ½ parce que nous devons prendre le 10h ½ pour Vinça où a lieu aujourd’hui le tirage de la loterie des Dames de la Charité auquel Bonne Maman, qui est présidente des Dames de la Charité, tient à ce que nous assistions. Au retour de la messe, je trouve Jean légèrement blessé au genou par le cheval qu’il n’a pas su tenir en allant le faire boire et qui lui a donné un petit coup de pied ; nous le faisons panser, j’espère que ce ne sera pas grand’chose, mais il ne s’occupera plus du cheval ; nous chargeons de ce soin un maréchal-ferrant, ancien maréchal des logis, qui en a l’habitude. À Vinça, l’après-midi, tirage de la loterie sur la place du Vieux cimetière ; je n’ai guère de chance car je ne gagne qu’une vulgaire tasse que je remets en loterie et qui est gagnée ensuite par Paul Delestrac ! Nous rentrons à Ille par le train de 7 heures du soir.

Semaine du 29 au 31 septembre 1902

Ille, lundi 29 septembre 1902

Ce matin, le genou de Jean étant plus enflé qu’hier, nous profitons de la voiture qui est venue accompagner Tante Josepha au train de 9h10 pour envoyer Jean à Vinça où Bonne Maman le soignera au moyen d’estoufades, je le précède à bicyclette pour prévenir Bonne Maman de son arrivée, je rentre à 11h ½ à bicyclette et j’apprends que Philomène va partir après-demain avec Tante Josepha pour Angers d’où elle rentrera au Mans parce que les dames du Sacré-Cœur du Mans veulent absolument qu’elle soit exacte cette année pour sa rentrée ; dans l’après-midi, je l’accompagne faire quelques visites d’adieu.

Vinça, mardi 30 septembre 1902

Nous partons tous, l’après-midi, pour Vinça parce que notre cuisinière nous quitte et que celle qui doit la remplacer ne peut commencer son service que jeudi soir. À la gare, Tata Mimi Estève et Madeleine[88] descendent du train où nous montons ; elles viennent pour le mois d’octobre à Ille. Le soir à Vinça, Bonne Maman reçoit à dîner Mme Jean-Baptiste Noëll[89], son frère le commandant Noëll[90], ses deux fils[91], sa belle-sœur Mme Marty[92] et son neveu M. Bouchède[93] ; après le dîner, on joue à divers petits jeux jusque vers 10h ½.

Octobre 1902

Semaine du 1er au 5 octobre 1902

Vinça, mercredi 1er octobre 1902

Le matin, je vais me promener au Cam dal Roc, je pars pour Perpignan par le train de midi ; là, je fais quelques recherches aux Archives départementales et à la Bibliothèque de la ville, puis je vais me promener aux Platanes, je rencontre Rodolphe Bonet[94] ; je rentre à Vinça à 8h ¼.

Vinça, jeudi 2 octobre 1902

Le matin, je tue quelques oiseaux au jardin. Je vais à Ille par le train de midi pour empêcher Papa, qui doit rentrer ce soir de Rome, de s’arrêter à Ille et pour l’amener à Vinça ; je vois l’oncle Xavier, arrivé hier, Tata Mimi et Madeleine, puis je vais me promener à cheval à Bélesta ; le curé, M. Badrignans, me reçoit chez lui et me fait goûter, je rentre à Ille à 4 heures, et je vais me confesser ; à 7 heures, je reçois une dépêche de Papa, envoyée de Cette, disant qu’il n’arrivera que demain ; aussi je rentre seul à Vinça.

Ille, vendredi 3 octobre 1902

Le matin, j’assiste à la messe de communion en l’honneur du premier vendredi du mois, puis je pars à bicyclette pour Ille commander notre déjeuner, car nous serons tous à Ille avant midi. Ensuite, je vais à la métairie de l’oncle Xavier où je vois Tata Mimi et, Madeleine et moi nous partons, tous deux à bicyclette, au-devant de Maman et de Marie-Thérèse qui arrivent en voiture et que nous rencontrons à Rodès ; nous rentrons à Ille où Papa arrive de Rome, malheureusement il est à la maison avant nous car nous arrivons à Ille après l’arrivée de son train. Il nous raconte en détail son voyage, l’audience pontificale, sa courte conversation avec Léon XIII qui, en le quittant, lui a donné une tape amicale sur la joue, etc. L’après-midi, je vais à cheval à Boule, et, au retour, je trouve à la maison Tante Cornet, Mimi, Joseph et Louis Companyo, qui sont venus nous voir de Rodès où ils sont en ce moment. Ensuite nous nous promenons avec Tata Mimi, l’oncle Xavier et Madeleine ; le soir, nous allons à l’église et chez les demoiselles Mathieu à qui papa raconte son voyage.

Ille, samedi 4 octobre 1902

Le matin à 10 heures, je vais prendre Madeleine à la métairie et nous faisons ensemble une promenade à bécane jusque tout près de Millas. L’après-midi, je vais à cheval au Bouc où on vendange, puis Marie-Thérèse et moi allons nous promener du côté de la Garrigue avec Tata Mimi et Madeleine ; le soir, nous allons à la cérémonie du Rosaire, puis chez les demoiselles Mathieu.

Ille, dimanche 5 octobre 1902

Le matin, nous allons communier en l’honneur de la fête du Rosaire, puis nous retournons à la grand’messe ; l’après-midi, je vais, avec Papa et Maman, faire une visite à Mme Terrats d’Aguillon, puis à vêpres ; après vêpres, nous nous promenons avec Tata Mimi et Madeleine, sur la route de Perpignan. Après dîner, M. le curé et le vicaire viennent prendre le thé.

Semaine du 6 au 12 octobre 1902

Vinça, lundi 6 octobre 1902

Le matin, je vais me promener à Neffiach avec Madeleine à bicyclette ; l’après-midi, je vais à cheval à Millas. À 8 heures, nous partons pour Vinça.

Ille, mardi 7 octobre 1902

Le matin à 7 heures ½, nous faisons la sainte communion pour célébrer le septième anniversaire de la mort de Bon Papa, puis nous assistons au service funèbre qui est chanté à cette occasion. Ensuite, je vais tirer quelques oiseaux au jardin, puis nous allons au cimetière, puis devant le caveau de la famille où sont déposés les restes de Bon Papa. Nous rentrons à Ille par le train de 3h30 ; à 4 heures, je vais à bicyclette à Bouleternère faire une commission dont m’a chargé Tata Mimi Civelli auprès de son fermier de Boule Antoine Bô ; après dîner, nous allons à la cérémonie du Rosaire.

Ille, mercredi 8 octobre 1902

Le matin, je vais à Vinça à bécane avec Madeleine ; l’après-midi, je vais à cheval à la vigne de la Foun dal Boulès où on vendange. Nous avons à dîner l’oncle Xavier, Tata Mimi et Madeleine.

Ille, jeudi 9 octobre 1902

L’après-midi, je vais à cheval à Montalba. Le soir, après la cérémonie du Rosaire, nous allons à la gare attendre Papa qui est allé à Perpignan avec l’oncle Xavier, Tata Mimi et Madeleine.

Ille, vendredi 10 octobre 1902

Le matin, j’amène à Vinça le cheval Bijou qui sera attelé demain à l’omnibus avec Reinette. L’après-midi, Marie-Thérèse, Maman et moi, nous allons à Casenove espérant y rencontrer Tata Mimi et Madeleine, mais nous ne les y rencontrons pas ; le soir, nous allons à la cérémonie du Rosaire.

Ille, samedi 11 octobre 1902

Nous déjeunons à 10h ¼ avec Bonne Maman qui est arrivée dans l’omnibus attelé de Bijou et de Reinette. Nous partons à midi ¼ pour Ponteilla où nous arrivons à 2h ½ après un arrêt d’une vingtaine de minutes à Corbère. À Ponteilla, nous allons chez Mme de Llamby[95] qui nous attendait avec sa sœur, Mlle d’Oms[96], ses deux filles, Louise et Isabelle, et son mari (pour un jour, il n’est pas pochard)[97] ; après un goûter et une longue visite, nous repartons pour Trouillas où l’omnibus est allé nous attendre, accompagnés par tous les Llamby, sauf Monsieur ; à Trouillas, nous allons à la maison voir le fermier Faliu, puis nous disons « Au revoir » aux Llamby et nous repartons à 5h ¼ ; nous sommes à Ille à 7h ½ ; après dîner, Maurice, qui est arrivé par le train de 3 heures de Verdun, vient nous faire une visite.

Ille, dimanche 12 octobre 1902

Le matin, nous allons à la grand’messe ; le soir, après vêpres, je vais me promener à la Foun dal Boulès espérant y rencontrer Maurice, mais je ne l’y trouve pas. À 7 heures moins le quart, nous allons dîner chez l’oncle Xavier.

Semaine du 13 au 19 octobre 1902

Ille, lundi 13 octobre 1902

Le matin, je vais à Vinça par le train de 10h ½ pour reprendre le cheval et le ramener à Ille ; je rentre à Ille à cheval et j’y suis à midi. Après déjeuner, je pars dans la voiture d’Augustin, avec l’oncle Xavier et Maurice pour l’usine électrique de M. Bartissol, que Monsieur d’Arx[98] nous fait visiter dans tous ses détails. De retour à Ille, je vais, avec Maurice et son domestique Gabriel, pêcher sous le pont de la Têt, mais je ne prends rien. Le soir, nous allons à la cérémonie du Rosaire après laquelle je me confesse à M. le curé.

Ille, mardi 14 octobre 1902

Le matin, nous allons tous à la messe de 6h ¼ à laquelle nous faisons la sainte communion en l’honneur du vingtième anniversaire de ma naissance, du treizième de ma guérison en 1889. Ensuite, je vais à la recherche de Maurice qui m’a donné rendez-vous dans le lit de la rivière où il pêche ; mais, malgré toutes mes recherches, je ne puis le retrouver ; j’attends alors, dans la propriété de l’oncle Xavier à Casenoves, ce dernier qui doit y arriver avec M. Domenach pour tracer les limites de la propriété. En attendant, je réfléchis à l’anniversaire d’aujourd’hui ; je me dis que je ne suis plus un enfant, qu’un tiers de ma vie est déjà écoulé, et je fais toutes sortes de réflexions sérieuses. Après avoir assisté aux recherches de M. Domenach, je rentre déjeuner à la maison, puis nous accompagnons à la gare Maman et Marie-Thérèse qui vont à Perpignan. L’après-midi, je vais à cheval à Corbère, Maurice me suit à bécane ; ensuite, avec Madeleine et Maurice, je vais pêcher à la rivière. Le soir, nous allons attendre Maman à la gare après la cérémonie du Rosaire.

Ille, mercredi 15 octobre 1902

Je pars pour Perpignan par le train de 6h du matin pour assister aux obsèques de Mme Lutrand, mère de l’oncle Louis Lutrand[99], qui ont lieu à 8h ½ à l’église Saint-Joseph ; l’inhumation a lieu au vieux cimetière. Après l’enterrement, je vais chez les Lazerme demander un renseignement à Carlos ; je vois en même temps Tante Hélène, Marthe, Thérèse et Jacques. Ensuite, après quelques commissions, je vais déjeuner chez M. et Mme Dalverny[100] qui m’avaient invité, et je rentre à Ille par le train de 2h9. À 4 heures, à Ille, nous assistons tous, Tata Mimi et Madeleine aussi, au panégyrique de Sainte Thérèse prononcé, dans l’église du Carmel, par le supérieur du Couvent des Capucins de Perpignan. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.

Ille, jeudi 16 octobre 1902

Le matin, je vais me promener à bicyclette avec l’oncle Xavier et Gabriel ; l’après-midi, je vais à Corbère à bicyclette avec Madeleine et Maurice, puis, de retour à Ille, Maurice nous quitte et je continue à me promener jusqu’auprès de Rodès, avec Madeleine et l’oncle Xavier. Ensuite, je viens à Vinça à cheval ; Maman y arrive par le train de 8h ¼ avec Marie-Thérèse.

Ille, vendredi 17 octobre 1902

Le matin, je vais tirer quelques oiseaux au grand jardin. Puis j’essaie les habits d’hiver que Charouleau a apportés pour l’essayage. L’après-midi, je vais à cheval à Ille où j’assiste au transfert par ‘oncle Xavier du grand tableau de Saint Martin, de la grande maison à leur métairie ; il le fait mettre dans la salle à manger. Avant de repartir pour Vinça, Maurice et moi nous nous amusons à nous lancer à tour de rôle au grand galop dans une prairie qui dépend de la métairie de l’oncle Xavier ; je rentre à Vinça à 5h ½ ; le soir nous allons à la cérémonie du Rosaire.

Ille, samedi 18 octobre 1902

Le matin à 10h ¾, nous allons à la gare attendre l’oncle Xavier, Tata Mimi et Maurice qui viennent déjeuner ; Madeleine n’a pas pu venir à cause d’un léger refroidissement. Après déjeuner on se promène un peu ; ils repartent à 3h30 ; Papa, qui était arrivé hier soir, repart à 7 heures. Le soir, nous allons à la cérémonie du Rosaire.

Ille, dimanche 19 octobre 1902

Le matin, avant la grand’messe, Viguier vient nous dire qu’un négociant offre 18 francs l’hecto de vin de Vinça, Maman accepte ce prix ; je crois donc qu’on peut considérer la vente comme faite ; après vêpres, je vais tirer quelques oiseaux au jardin.

Semaine du 20 au 26 octobre 1902

Ille, lundi 20 octobre 1902

Nous partons tous, sauf Bonne Maman, de Vinça à 8 heures et demi dans l’omnibus et nous arrivons à Ille pour assister à la grand’messe de la fête de l’Adoration perpétuelle qui est aujourd’hui. Bonne Maman, qui a été retenue ce matin à Vinça par l’enterrement de Mlle de Massia[101], la sœur du docteur de Massia, arrive par le train de midi. L’après-midi après les vêpres, nous nous promenons avec les Estève ; Maman, Bonne Maman et Marie-Thérèse repartent vers 6 heures du soir ; moi je reste jusqu’au départ de Maurice qui a lieu vendredi.

Ille, mardi 21 octobre 1902

Maurice et moi nous prenons le train de 6h45 pour Bouleternère ; à Boule, nous prenons à pied le chemin de Serrabone ; nous arrivons au Monastir vers 9h ½ ; nous visitons l’église et le cloître si curieux avec ses colonnes romanes admirablement conservées, puis, après un déjeuner tiré du havresac que nous portions à tour de rôle, et pris au bord de la fontaine du Monastir, nous repartons à midi ½ et nous grimpons au col de Las Arques à plus de 1000 mètres d’altitude ; nous y sommes à 1h ½, nous admirons le superbe panorama qui se déroule à nos yeux : à l’est toute la plaine du Roussillon parsemée de villages, et pour fond de tableau la mer ; au nord, la vallée de la Têt et les Corbières ; à l’ouest, le Canigou, légèrement couvert de nuages, le Carlitte et toutes les montagnes ; au sud enfin, une partie de la vallée du Tech et les Albères. Nous redescendons ensuite dans la direction de Glorianes après avoir contourné la vallée de Domanova et de Canahètes, nous passons par Rigarda et nous sommes à 4h ½ à Vinça, où nous goûtons bien. Nous rentrons à Ille par le train de 7 heures. Après le dîner, nous allons à la cérémonie du Rosaire et chez les demoiselles Mathieu. La superbe excursion que je viens de faire, favorisée par un temps superbe, trop chaud même, ne m’a pas fatigué du tout.

Ille, mercredi 22 octobre 1902

Je me lève très tard ce matin ; à midi, nous allons accompagner à la gare l’oncle Xavier qui repart pour Paris et Verdun. L’après-midi, je vais avec Papa me promener à la métairie, puis aux Escatllar ; le soir, nous allons à la cérémonie du Rosaire et chez les demoiselles Mathieu.

Ille, jeudi 23 octobre 1902

Le matin, je vais avec Maurice me promener dans la garrigue ; Marie-Thérèse arrive à midi de Vinça passer l’après-midi. Vers 3 heures, je vais avec papa à la métairie Barescut. Marie-Thérèse repart à 8 heures du soir. Par le même train, arrivent de Perpignan Tata Mimi, Madelon et Maurice ; je fais mes adieux à Maurice, qui part pour Montauban, Paris et Verdun, demain par le train de 6 heures du matin.

Vinça, vendredi 24 octobre 1902

Le matin, nous recevons la visite de M. Marie[102], de Prades, qui est venu à Ille pour s’occuper de la fondation d’un groupe de l’Action libérale populaire ; ensuite, je vais me promener avec Papa à l’olivette du Pont de la Fouste. L’après-midi, je pars à bécane pour Vinça ; en passant devant la métairie, je vais dire « Au revoir » à Tata Mimi et à Madelon. Le soir à Vinça, nous allons à la cérémonie du Rosaire ; Papa et Jean arrivent par le train de 8 heures. Papa nous annonce qu’à Corbère, où il est allé dans l’après-midi, il a vendu le vin au prix de 20 francs l’hecto, c’est le meilleur prix que nous ayons atteint cette année, car les vins de Boule et d’Ille n’ont été vendus qu’à 17fr. 60 l’hecto, celui de Vinça à 18 francs et la partie vendue de Trouillas à 16 francs. Si tout cela pouvait être la fin de la terrible crise viticole que notre pays traverse depuis deux ans !

Joseph Marie (1849-1902), docteur en médecine et président du conseil d’arrondissement de Prades – Collection Famille Vilar

Vinça, samedi 25 octobre 1902

Le matin, je vais à cheval à Prades sur une selle que m’a prêtée Henri Sabaté. L’après-midi, je vais tirer quelques oiseaux au jardin ; le soir, nous allons à la cérémonie du Rosaire.

Vinça, dimanche 26 octobre 1902

Nous allons aux cérémonies du matin et du soir. Après vêpres, je vais me promener au grand jardin avec Amédée Jocaveil. Papa repart pour Ille à 2 heures en voiture.

Semaine du 27 au 31 octobre 1902

Vinça, lundi 27 octobre 1902

Je pars à 8h ¾ à cheval pour Ille ; là, après déjeuner, je vais avec Papa me promener à Casenove ; à 4 heures, je repars pour Vinça ; le soir, nous allons à la cérémonie du Rosaire, après laquelle le vicaire, M. Borrella, vient passer la soirée avec nous.

Vinça, mardi 28 octobre 1902

Tata Mimi et Madelon, qui partent demain d’Ille pour Paris et Verdun, viennent passer avec nous une partie de l’après-midi ; nous allons les raccompagner à la gare où nous leur faisons nos adieux, pour le train de 6h ½. Papa arrive de Perpignan par le dernier train. Le matin, Amédée Jocaveil me photographie à cheval dans le grand jardin.

Ille, mercredi 29 octobre 1902

L’après-midi, nous allons tous en omnibus à Marquixanes, où nous allons voir le curé, M. Vidal, ancien vicaire de Vinça, et à Prades où nous allons voir les Marie que nous rencontrons et les De Saint-Jean que nous ne rencontrons pas.

Ille, jeudi 30 octobre 1902

À onze heures, je pars avec Papa pour Ille en omnibus ; Papa continue sur Trouillas, et moi je vais, à bicyclette, à Ballesta[103] où je vois Mlle Badrignans, mais où je ne rencontre pas son frère, M. le curé ; de là, je redescends sur Millas en passant devant le château de Caladroy, où nous sommes tous allés l’année dernière, puis je rentre à Ille où je m’arrête un moment, et à Boule où je fais signer à Joseph Jacomy les nouveaux baux ; je suis à Vinça à 5h ½. En passant près de la métairie Barescut, j’ai rencontré M. de Barescut qui m’a annoncé que Maurice vient de passer brillamment ses examens de sortie à l’École de guerre : il a obtenu le numéro 4 et la note très bien, aussi il a la garnison d’Alger qu’il convoitait[104]. Papa rentre de Trouillas vers 7 heures ¼.

Vinça, vendredi 31 octobre 1902

Le matin je fais emballer la bicyclette dans son cadre par Jean. L’après-midi, Amédée Jocaveil vient me remettre la photo prise mardi ; elle est assez réussie, puis je vais faire 3 ou 4 tours de jardin ; ensuite je vais me confesser chez M. le curé ; à 7 heures, nous allons à la cérémonie du Rosaire.

Novembre 1902

Semaine du 1er au 2 novembre 1902

Vinça, samedi 1er novembre 1902

À l’occasion de la fête de la Toussaint, le matin nous allons tous faire la sainte communion ; ensuite, nous allons à tous les offices ; nous nous promenons un peu après la grand’messe.

Vinça, dimanche 2 novembre 1902

Après la grand’messe, nous allons nous promener sur la route de Perpignan, et après vêpres, sur celle de Joch ; Bonne Maman, qui est très enrhumée, garde le lit toute la journée. Dans l’après-midi, nous avons la visite de Mme Dalverny qui est venue passer deux jours à Vinça, et de Mme Jocaveil.

Semaine du 3 au 9 novembre 1902

Vinça, lundi 3 novembre 1902

C’est aujourd’hui la fête des morts retardée d’un jour à cause du dimanche ; nous allons à la messe de communion de 7 heures et au service funèbre à 10 heures. Bonne maman garde encore le lit et reçoit la visite des demoiselles Parès ; je vais à Boule dans l’après-midi pour rendre le cheval à son propriétaire.

Angers, mercredi 5 novembre 1902

Pas de journal hier parce que j’étais en chemin de fer. Après avoir passé la matinée à faire des visites à Vinça, Papa et moi nous sommes partis par le train de 3h ½ pour Angers, laissant Maman en meilleure santé et levée ; Maman et Marie-Thérèse nous accompagnent jusqu’à Perpignan où elles ont les commissions à faire, elles repartiront le soir même pour Vinça où elles passeront encore une dizaine de jours avant leur départ pour Angers. De Boule à Perpignan, nous faisons route avec Joseph Cornet. À la gare de Perpignan, nous rencontrons l’oncle Joseph de Lazerme, sa tante Mme de Rovira[105], Tante Hélène et Marthe qui descendent de l’express dans lequel nous montons, nous causons un moment. Nous dînons au buffet de Narbonne ; nous arrivons à Bordeaux ce matin à 5h ½, nous allons à la cathédrale Saint-André où nous entendons la messe, nous repartons de Bordeaux à 8h45 et nous sommes à Angers à 4h ½, l’oncle Paul et Tante Josepha nous attendaient à la gare ; nous dînons chez eux. Voilà donc finies ces vacances longues de 3 mois et demi, pendant lesquelles je puis me vanter d’avoir pris le grand air et d’avoir fait beaucoup d’exercice. Le grand bonheur de ces vacances a été de pouvoir me retrouver en famille au milieu de mes cousins Delestrac et de mes cousins Estève, chose que j’aime par-dessus tout. J’espère bien que ce sera la même chose l’année prochaine. Maintenant, c’est le moment de travailler car chaque chose en son temps !

Angers, jeudi 6 novembre 1902

Je suis les premiers cours, ce sont ceux de M. Buston (droit commercial) et de M. Courtois (procédure civile). Après les cours, je vais avec Hervé-Bazin voir Normand d’Authon à l’Hôtel d’Anjou, et le féliciter de son prochain mariage avec Mlle Gabrielle Hervé-Bazin. Nous allons déjeuner chez Tante Josepha ; et l’après-midi, je fais plusieurs commissions en ville. Après dîner, je vais avec Papa à une cérémonie de la cathédrale.

Angers, vendredi 7 novembre 1902

Cours de droit civil (M. Jac) et de droit international privé (M. Albert). L’après-midi, je vais avec Papa chez le Dr Sourice, puis je vais faire mes visites à mes nouveaux professeurs ; je rencontre MM. Buston et Jac, je ne rencontre pas MM. Courtois et Albert ; je vois aussi M. Gavouyère. Le soir, nous allons, avec papa et Tante Josepha à la cérémonie de l’Adoration à Notre-Dame.

Angers, samedi 8 novembre 1902

Cours de droit commercial et de procédure civile. L’après-midi, je vais acheter mes livres de droit, puis je vais me confesser à M. l’abbé Brossard, ensuite, je vais voir le P. Vétillart pour m’entendre avec lui au sujet des cours d’agriculture que je pourrai suivre cette année ; nous décidons que je suivrai 3 cours par semaine jusque vers le 1 janvier et 2 à partir du 1 janvier ; ce sont (pour le moment du moins) le complément du cours d’agriculture générale vu l’an dernier, le complément du cours d’agriculture spéciale vu aussi l’année dernière ; quant au 3ème cours que je suivrai jusqu’au premier de l’an, c’est une série de 10 cours sur les machines agricoles. Le soir, nous allons à la conférence Saint-Vincent-de-Paul, j’y reprends mes fonctions de secrétaire.

Angers, dimanche 9 novembre 1902

Le matin, je vais faire la sainte communion à la messe de 8 heures à Notre-Dame, je retourne à la grand’messe à Saint-Joseph, après quoi, à 11h ½, nous allons déjeuner chez Tante Josepha. À 1h ½, nous allons, avec l’oncle Paul et Tante Josepha, au concert populaire au cirque-théâtre ; on y exécute une foule de morceaux dont les plus remarquables sont : l’ouverture du Roi Lear, la bacchanale de Tannhäuser et Per Gynt, fort bien exécutés ; on entend aussi une très forte violoniste, Mlle Samuels. Nous allons au salut chez les Dominicains.

Semaine du 10 au 16 novembre 1902

Angers, lundi 10 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert ; l’après-midi, je vais faire la visite des pauvres à 4h ½ et je vais à la salle d’armes à 5h ½.

Angers, mardi 11 novembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois. L’après-midi, visite avec Papa à Mme Hervé-Bazin qui nous a tous invités à sa soirée de mercredi 19 novembre.

Angers, mercredi 12 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. Papa part pour Le Mans par le rapide de 10h25, pour faire sortir Philomène ; je passe une grande partie de l’après-midi chez Jacques Hervé-Bazin avec Bonnet pour l’aider à démonter a bicyclette.

Angers, jeudi 13 novembre 1902

Le matin, cours de MM. Buston et Courtois. L’après-midi, je reçois avec Papa la visite de M. Courtois, puis, à 5h ¼, je vais au cours d’agriculture spéciale de M. Lavallée, on commence l’étude du blé. Auparavant, je vais me faire couper les cheveux chez Normandin.

Angers, vendredi 14 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. L’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture sur les machines agricoles.

Angers, samedi 15 novembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois. L’après-midi, je reçois avec Papa quelques étudiants qui viennent le voir. À 5 heures, je vais voir M. René Bazin, puis je vais à la salle d’armes où je livre plusieurs assauts. Après dîner, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 16 novembre 1902

Je vais à la grand’messe à Saint-Joseph ; l’après-midi, je vais à la foire avec Tante Josepha et Nénette ; nous assistons d’abord à une séance de cinématographe et ensuite nous allons voir jouer la Passion de Notre Seigneur, c’est une série de tableaux vivants bien naturels. À 5 heures, je vais avec Tante Josepha au salut chez les Dominicains. Après dîner, nous allons prendre le thé chez les Magué.

Semaine du 17 au 23 novembre 1902

Angers, lundi 17 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. L’après-midi, je vais faire la visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul ; à 4h ½, je vais voir M. Maurice Gavouyère que je ne rencontre pas ; à 5h, je vais à la salle d’armes. Après dîner, je vais avec Tante Josepha à la séance de rentrée de l’Université catholique ; 6 évêques y assistent, Mgr Catteau, de Luçon, préside ; plusieurs rapports, plusieurs discours empreints de tristesse à cause du projet de loi contre la liberté de l’enseignement supérieur etc. On se retire vers 10 heures.

Angers, mardi 18 novembre 1902

Le matin à 7h ½, je vais avec Papa à la messe du Saint-Esprit célébrée par l’évêque du Mans dans la chapelle de l’Internat. Ensuite, je cause avec Maman et Marie-Thérèse arrivées cette nuit à minuit, et que je n’avais vues qu’un petit moment à 1h du matin au moment de leur arrivée (elles étaient venues me voir dans mon lit). À 11 heures, nous avons la visite de l’abbé Llobet, ancien vicaire de Vinça, qui a passé la nuit chez Tante Josepha, il s’est arrêté un jour à Angers pour une affaire et il va à Vannes où il vient d’être agréé comme précepteur chez M. de Breda, capitaine adjudant-major. L’après-midi, j’assiste à la séance de rentrée de l’école d’agriculture présidée par le duc de Plaisance, président du conseil d’administration de l’école ; on y entend un discours de M. Courton, membre de la Société des Agriculteurs de France ; puis je fais quelques courses avec Maman et Marie-Thérèse, malgré le froid très vif (il n’a pas dégelé de toute la journée).

Angers, mercredi 19 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. L’après-midi, à 5 heures, je vais à la salle d’armes. Le soir à 9h ½, nous allons tous à la soirée de mariage de Mlle Gabrielle Hervé-Bazin ; il y a une centaine de personnes ; on exécute plusieurs morceaux ; buffet bien servi ; nous rentrons à 11h ¾.

Angers, jeudi 20 novembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois ; le second est un peu écourté ; nous déjeunons à 10h ½, puis nous allons tous à Saint-Laud au mariage de Mlle Gabrielle Hervé-Bazin avec Paul Normand d’Authon, c’est Mgr Rumeau qui leur donne la bénédiction nuptiale. Après le défile à la sacristie, on se précipite à la maison où Mme Hervé-Bazin reçoit et où est servi un lunch ; nous rentrons à la maison à 2h ¼, transis car il neige assez fort. À 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, vendredi 21 novembre 1902

Cours de M. Jac et Albert. Après le second cours, j’assiste à la réunion de la Conférence Saint-Louis pour élire les membres du bureau : Couteau est élu président, Hervé-Bazin et Clayeux vice-présidents, Catta secrétaire et De Monsabert trésorier. L’après-midi, à 5h ¼ cours d’agriculture sur les machines agricoles ; auparavant je vais voir M. Lavallée et le P. Lionnet.

Angers, samedi 22 novembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois. L’après-midi, Papa et moi nous recevons la visite du P. Lionnet, puis je vais me confesser à Saint-Jacques et ensuite je vais à la salle d’armes ; le soir, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 23 novembre 1902

Je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame où je fais la sainte communion, je retourne à la grand’messe en musique de Saint-Joseph. L’après-midi, je vais voir Jacques des Loges que je vois pour la première fois en soldat ; puis je vais au salut chez les Pères Dominicains.

Semaine du 24 au 30 novembre 1902

Angers, lundi 24 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. L’après-midi à 5h, je vais à la salle d’armes. Après dîner, conférence Saint-Louis ; élection des nouveaux membres, puis lecture par De Monti de Rezé d’un travail sur le labour copartnership tiré de sa thèse de doctorat en droit qui est sur le même sujet et qu’il doit soutenir vendredi. Le labour copartnership est un système de participation aux bénéfices dans lequel on retient la part qui revient aux ouvriers sur les bénéfices, et on leur achète, avec cet argent, les actions de l’entreprise, en sorte que les ouvriers peuvent arriver à être propriétaires de tout le capital social, comme cela est arrivé pour la maison Godin (actuellement société du familistère de Guise). Il me semble que ce système, dans lequel De Monti voit beaucoup d’avantages, est absolument socialiste, car, s’il se généralisait, il arriverait à supprimer un des facteurs de la production, le capital, qui se confondrait avec un autre facteur, le travail, et la fameuse revendication des socialistes « les instruments de production aux mains des travailleurs » ou encore « la mine aux mineurs » serait réalisé ; de plus, on peut se demander ce que deviendrait, dans ce système, les capitalistes, ils n’auraient plus d’entreprises à soutenir ; il me semble que tout cela est de l’utopie. J’aimerais mieux chercher à assurer la paix sociale en rendant chaque ouvrier propriétaire de sa maison comme cela a été essayé par beaucoup de grands industriels, notamment à Mulhouse.

Angers, mardi 25 novembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois. À 11 heures, je vais prendre une leçon d’équitation au manège du génie. L’après-midi à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 26 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. L’après-midi, je vais faire quelques commissions avec Maman et Tante Josepha, puis je vais faire la visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul, enfin je vais prendre un bain.

Angers, jeudi 27 novembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois. L’après-midi, nous allons tous faire une visite de digestion à Mme Hervé-Bazin, puis je vais au cours d’agriculture ; le soir, réunion de la congrégation, rue Rabelais, instruction du nouvel aumônier l’abbé (lisez le Père) Barbier ?

Angers, vendredi 28 novembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. Après le second cours, je vais prendre une leçon d’équitation au manège du génie. L’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, samedi 29 novembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois. L’après-midi, je vais me confesser à Saint-Jacques, puis je vais à la salle d’armes. Le soir, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 30 novembre 1902

Le matin, je vais faire la sainte communion à la messe de 8 heures à Notre-Dame ; je reviens avec Papa à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, je vais voir Mlle Grieshaker, puis nous allons au salut chez les Dominicains. Le soir nous recevons à dîner l’oncle Paul, Tante Josepha et Nénette.

Décembre 1902

Semaine du 1er au 7 décembre 1902

Angers, lundi 1er décembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. L’après-midi, à 5 heures, je vais à l’escrime. Après dîner, Conférence Saint-Louis : Roques lit un travail sur « Le nationalisme aux antipodes », c’est-à-dire sur le mouvement qui se manifeste en Australie en faveur de l’indépendance.

Angers, mardi 2 décembre 1902

Cours de MM. Buston et Courtois. Après le second cours, leçon d’équitation au génie ; pour la première fois, je franchis les obstacles. Le soir à 5h ¼, cours d’agriculture. Après dîner, nous allons tous à la cathédrale pour assister à la cérémonie de clôture de l’Adoration perpétuelle ; j’assiste, avec une foule d’étudiants, à la procession du Très-Saint Sacrement qui la termine.

Angers, mercredi 3 décembre 1902

Cours de MM. Jac et Albert. L’après-midi, Maman reçoit pour la première fois, elle a un assez grand nombre de visites. Après dîner, nous assistons tous, à l’Université, au discours que Monseigneur Rumeau prononce à l’occasion de la prochaine ouverture des cours de jeunes filles dont le programme est très varié et qui vont durer jusqu’à Pâques ; Marie-Thérèse se propose de s’y faire inscrire.

Angers, jeudi 4 décembre 1902

Aujourd’hui, commence à la chapelle de l’Internat Saint-Martin la retraite de l’Université qui durera 3 jours, c’est le P. Barbier qui la prêche. À 8 heures, instruction et messe, puis un seul cours. À 2 heures, instruction, à 5 heures, cours d’agriculture. À 8h du soir, instruction et salut.

Angers, vendredi 5 décembre 1902

À 8 heures du matin, messe et instruction, suivies d’un cours ; à 11 heures, je vais à l’équitation. L’après-midi, à 5h, cours d’agriculture, à 8h du soir, instruction et salut de retraite.

Angers, samedi 6 décembre 1902

À 8h du matin messe et instruction, puis un cours de droit. L’après-midi à 2h instruction, à 5h je vais me confesser puis je vais à l’escrime. À 8h du soir, nous allons tous, Tante Josepha est aussi avec nous, au concert de charité des Quinconces où nous entendons Botrel et sa femme qui chantent plusieurs chansons nouvelles et qui jouent une piécette de la composition de Botrel Fleur d’ajonc ; Marie-Thérèse fait la quête avec M. Gaudineau, il y a aussi plusieurs autres quêteuses. Très brillantes assistance. On se retire à près de minuit.

Angers, dimanche 7 décembre 1902

À 8 heures, je vais avec Papa à la messe de communion que clôture notre retraite. Je retourne à la grand’messe à Saint-Serge où on célèbre aujourd’hui la fête de la corporation des ouvriers métallurgistes. Un chœur de dames du monde chante la grand’messe ; on m’a invité à quêter ainsi que Marie-Thérèse. Je quête avec Mlle de Contades et Marie-Thérèse avec De La Guillonnière. L’après-midi je vais voir patiner aux prairies du Bon Pasteur (il gèle continuellement depuis 3 jours et, la nuit dernière, le thermomètre a dû descendre à 8° ou 9° au-dessous de 0). Ensuite, j’assiste avec plusieurs étudiants aux vêpres de la Cathédrale où tous les professeurs de l’Université, en robe, prêtent serment devant Mgr Rumeau. Cette cérémonie a lieu en l’honneur de la fête patronale de l’Université, qui est le jour de l’Immaculée Conception. Le soir, les Magué viennent prendre le thé avec nous pour célébrer l’heureuse décision qui a été prise aujourd’hui au sujet d’une affaire dont je n’ai pas voulu parler dans mon journal, tant qu’elle n’était pas certaine ; je veux dire le prochain mariage de Marie-Thérèse avec M. Max du Pin de Saint-Cyr, un jeune homme de 25 ans, ami de Xavier Civelli, et appartenant à une des plus anciennes familles du Périgord ; il habite, avec sa mère (qui est une demoiselle de la Bardonnie) et sa sœur aînée, le château de Sainte-Croix près de Mareuil-sur-Belle (Dordogne). C’est ma tante Civelli qui a eu l’idée de ce mariage et qui a conduit les négociations. L’entrevue, ménagée par M. le chanoine Galais, a eu lieu à Périgueux le 16 novembre ; c’est en prévision de cette entrevue que Maman et Marie-Thérèse ont retardé de deux semaines leur départ de Vinça. Les deux futurs se sont convenus et, maintenant que toutes les questions sont réglées, Mme de Saint-Cyr vient d’écrire la lettre officielle qui demande pour son fils Max la main de Marie-Thérèse ; inutile de dire que la réponse sera favorable. Max de Saint-Cyr, on peut dire, n’a que des qualités ; on a été unanime à nous en dire tout le bien possible. Il possède autour de son château une grande propriété de 214 hectares. Il me tarde vivement de faire sa connaissance. Il a une sœur plus âgée que lui et un frère, Gérard de Saint-Cyr, plus jeune, qui est au séminaire de Périgueux et qui sera ordonné prêtre dans un an ou deux.

Semaine du 8 au 14 décembre 1902

Angers, lundi 8 décembre 1902

Cours ordinaires. L’après-midi, je vais patiner sur les près de Saint-Jacques, la gelée de la nuit de samedi à dimanche, qui a été de -10°, a bien affermi la glace qui est très solide, il y a beaucoup de monde sur ce lac. Le soir, Conférence Saint-Louis, le P. Lionnet lit une étude sur les causes de la haine des Protestants anglais contre les Catholiques, il l’attribue à ce fait qu’à la suite de la conspiration des poudres, et d’une autre conspiration, inventée de toute pièce celle-là, les Catholiques ont été considérés comme des ennemis publics, des ennemis de l’Angleterre, et que ce préjugé n’est pas encore tombé.

Angers, mardi 9 décembre 1902

Après déjeuner, je vais patiner avec l’oncle Paul et Tante Josepha ; ils ne patinent pas, mais Tante Josepha se fait porter en traineau par un capitaine du génie, c’est très amusant. À 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 10 décembre 1902

Le froid diminue, il dégèle, je ne retourne pas patiner. À 5 heures, escrime.

Angers, jeudi 11 décembre 1902

Il dégèle tout à fait ; l’après-midi à 5h, conférence de droit civil qui me fait manquer le cours d’agriculture ; après dîner, réunion de la congrégation, on procède à l’élection du préfet et des assistants : De Bréon est élu préfet, De Monsabert 1er assistant et De Saint-Pern 2ème assistant.

Angers, vendredi 12 décembre 1902

À 2h moins le quart de l’après-midi, conférence de droit international. À 5h ¼, cours d’agriculture. Après dîner, nous assistons, avec Tante Josepha, à la conférence de M. René Bazin sur l’Alsace, qu’il a visitée l’année dernière. M. Bazin estime que la germanisation ne fait pas de progrès ; il nous dit que, tous les ans, 4 à 5000 jeunes gens quittent l’Alsace-Lorraine pour ne pas servir dans l’armée allemande, que la langue française n’est pas en recul (en 1895, il y avait 159.000 personnes en Alsace-Lorraine qui déclarèrent que le français était leur langue maternelle ; au recensement de 1901, 200.000 personnes ont fait la même déclaration, ce résultat a rempli les Allemands de stupéfaction). M. René Bazin se fait longuement applaudir quand il cite ce beau trait d’une jeune Alsacien incorporé dans un régiment allemand et qui fut remarqué, dans une revue, par un général le faisant sortir du rang, lui demande d’où il est ; sur sa réponse, il lui demande s’il a des parents dans l’armée ; alors le jeune Alsacien se dressant répondit : « Oui, mon général, j’ai des parents dans l’armée : un oncle lieutenant-colonel à Paris, un cousin capitaine au Mans, un autre cousin capitaine à Belfort, enfin un oncle colonel à Lunéville, c’est tout, mon général ». Le général allemand roula des yeux terribles, puis, après une minute de réflexion, eut l’esprit de partir sans rien dire. Puisse l’exemple de ce jeune homme être suivi et la crânerie et l’attachement des Alsaciens à la France forcent les Allemands à partir ! M. Bazin fait remarquer qu’après 32 ans de conquête, il y a encore au Reichstag 10 députés alsaciens protestataires sur 15 ; ce n’est pas un mince résultat de la ténacité des Alsaciens !

Angers, samedi 13 décembre 1902

L’après-midi, je vais me confesser à Saint-Jacques, ensuite je vais à la salle d’armes. Le soir à 8 heures, je vais avec Papa à la cérémonie de la retraite des Conférences Saint-Vincent-de-Paul dans la chapelle de la rue du Voilier.

Angers, dimanche 14 décembre 1902

Le matin à 7h ½, je vais avec Papa à la messe de communion qui clôture la retraite de Saint-Vincent-de-Paul, rue du Voilier ; je retourne à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, j’écris, pour la première fois, à mon futur beau-frère Max de Saint-Cyr. À 5h, nous allons tous au salut chez les Dominicains. À 8h, j’assiste avec Papa à la réunion générale des conférences Saint-Vincent-de-Paul place Saint-Martin ; à notre retour, à 9h ½, nous trouvons à la maison les Magué que nous avons invité à venir prendre le thé.

Semaine du 15 au 21 décembre 1902

Angers, lundi 15 décembre 1902

Le matin cours ordinaire ; l’après-midi, à 5h escrime. Après dîner, Conférence Saint-Louis, j’y lis un petit travail sur Bizerte, ensuite le P. Lionnet continue la lecture de son travail sur les causes de la haine des protestantes anglais contre les catholiques, il nous parle notamment de la campagne menée contre les catholiques par la puissante Alliance protestante. Après lui, M. René Bazin lit une partie de la nouvelle Le retour de Donatienne qu’il publie en ce moment dans la Revue des Deux Mondes. Toutes ces lectures ont prolongé la séance un peu plus que d’habitude, aussi je rentrais tranquillement avec De La Morinière[106], lorsque je rencontre Papa qui vient à ma rencontre sur le boulevard, envoyée par Maman affolée qui me croyait déjà assassiné, c’est la réédition de ce qui se passa l’hiver dernier le jour du dîner de Mme Bonnet, et cependant il n’était que 10h20 ! A nervosis mulieribus libera nos Domine !!!

Angers, mardi 16 décembre 1902

Cours ordinaires suivis de ma leçon d’équitation au génie ; l’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 17 décembre 1902

Cours ordinaires. L’après-midi, je prépare la conférence de droit civil à laquelle j’assiste à 5 heures.

Angers, jeudi 18 décembre 1902

Cours ordinaires suivis de la leçon d’équitation au génie ; en allant la prendre, je vois dans la cour du quartier la revue des jeunes recrues que passe le général Mortagne assisté de l’oncle Paul, du lieutenant-colonel et de plusieurs officiers du régime, tout cela malgré la pluie. L’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture. À 8 heures, je vais à la réunion de la congrégation où les nouveaux dignitaires élus il y a huit jours sont reçus solennellement par Mgr Pasquier. En sortant, vers 9h ¼, je rejoins Papa et Maman chez les Magué où ils sont allés passer la soirée et prendre le thé en l’honneur du 9ème anniversaire de la naissance de Nénette.

Angers, vendredi 19 décembre 1902

Cours ordinaires ; l’après-midi à 1 heures ¾, conférence de droit commercial. À 5h ¼, cours d’agriculture. Après dîner, je vais avec papa et Tante Josepha (Maman, enrhumée, reste à la maison et Marie-Thérèse lui tient compagnie) à la séance de rentrée de la Conférence Saint-Louis dans la grande salle de l’Université. Après un petit discours assez bien tourné du nouveau président Couteau, Catta[107] lit son rapport, très bien ordonné et très varié, sur les travaux de l’année dernière ; après lui M. René Bazin prononce quelques mots en l’honneur du conférencier qui est venu présider la séance, M. Henry Reverdy[108] avocat à la Cour d’appel de Paris, ancien défenseur des Pères Assomptionnistes devant le Tribunal de la Seine en janvier 1900, ancien président de l’Association catholique de la jeunesse française. M. Reverdy, dans un beau discours, parle des devoirs des jeunes gens catholiques à notre époque et insiste surtout sur les devoirs sociaux. Nous ne restons pas au punch qui a lieu ensuite dans la bibliothèque.

Angers, samedi 20 décembre 1902

Cours ordinaires. L’après-midi, je travaille jusque vers 5 heures ; quand je sors, vers 5 heures, pour aller à la salle d’armes, je remarque un mouvement inusité dans les rues, bientôt je suis abordé par des marchands de journaux qui crient la nouvelle sensationnelle de l’arrestation de la famille Humbert-Daurignac[109] à Madrid ce matin. Dans les agences où arrivent les dépêches, il y a foule ; on s’interpelle en s’annonçant la nouvelle, on s’y attendait si peu ! La note qui domine est que le gouvernement connaissait depuis longtemps la retraite de cette bande d’escrocs, mais que le gouvernement espagnol pour les faire arrêter, attendait que le gouvernement français le lui dise. Quelles négociations entre le ministère Combes et la famille Humbert ont précédé cette arrestation ! Ce qui est probable c’est que leur silence à l’égard des hommes politiques compromis a été sans doute acheté. Quand je rentre à la maison, je trouve un numéro extraordinaire du Maine-et-Loire que ce journal a envoyé à tous ses abonnés pour annoncer la célèbre nouvelle. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 21 décembre 1902

Le matin, je vais à la grand’messe à Saint-Joseph ; en en sortant, je rencontre Dupré, ancien camarade du Mans, qui fait son année de service à Angers au 135e. L’après-midi, j’assiste au patronage Saint-Serge, avec Papa, Tante Josepha et Nénette, à une pièce de Leroy-Villard, Les piastres rouges, bien interprétée.

Semaine du 22 au 28 décembre 1902

Angers, lundi 22 décembre 1902

Le matin, cours ordinaires. L’après-midi, je vais me faire photographier chez Margerie, rue Plantagenêt. À 5 heures, escrime. Le soir, Conférence Saint-Louis, travail bien fait de Mézerette sur l’Inquisition, suivi d’une longue discussion (le sujet y prêtait).

Antoine d’Estève de Bosch (auteur du journal) photographié le 22 décembre 1902 chez Margerie, photographe à Angers – Collection Pierre Lemaitre

Angers, mardi 23 décembre 1902

Cours habituels ; après le second cours, leçon d’équitation au génie ; le soir, pas de cours d’agriculture.

Angers, mercredi 24 décembre 1902

Le matin, cours habituels. L’après-midi, à 2 heures, je vais me confesser à Saint-Jacques ; en revenant, j’entre voir, chez Margerie, l’épreuve de ma photo d’avant-hier ; comme l’épreuve sur papier n’est pas visée, je ne puis pas bien me rendre compte de ce qu’elle sera. Le soir, en attendant l’heure d’aller à la messe de minuit, nous écrivons un très grand nombre de cartes de faire-part des fiançailles de Marie-Thérèse avec Max de Saint-Cyr, mais nous n’avons pas fini, loin de là ; heureusement qu’elles ne partiront pas avant quelques jours. Tous les journaux se demandent avec anxiété quelle est la raison de l’arrestation des Humbert, car pas un journal propre n’émet l’idée que le garde des Sceaux les ait fait arrêter par devoir, pour faire rendre la justice ! Les uns disent que le gouvernement espagnol a procédé à l’arrestation pour jouer un tour au ministère Combes qui avait vu d’un mauvais œil l’arrivée des conservateurs et du cabinet de M. Silvela à Madrid ; d’autres croient que Combes les a fait arrêter afin de paraître juste aux délégués sénatoriaux en vue des prochaines élections ; l’opinion la plus répandue est que le gouvernement français a été surpris par cette arrestation qui serait une vengeance de M. Patenôtre, ambassadeur de France à Madrid, récemment rappelé, qui a voulu, avant de quitter son poste, embêter le gouvernement en arrêtant les Humbert ; il aurait été lui-même poussé par Waldeck-Rousseau, rentré vendredi à Paris après un long voyage en Grèce et en Italie ; Waldeck, qui lorgne l’Elysée, voudrait en fait sortir Loubet ; pour arriver à ce résultat, il a levé le lièvre de l’affaire Humbert avant de quitter le pouvoir au mois de mai, et, maintenant, au moyen des scandales que révélera (?) le procès, il voudrait obliger Loubet à déguerpir pour prendre sa place. Quelles combinaisons ! Et quelles ignobles fripouilles que tous ces gens-là, Combes, Loubet, Humbert, Waldeck et Cie !!!

Angers, jeudi 25 décembre 1902

Très belle messe de minuit à l’Université dans la chapelle de l’Internat Saint-Martin, il y a un chœur d’enfants, un chœur d’hommes et plusieurs musiciens du théâtre. Je rentre à la maison à 1h ¼ bien avant Papa, Maman et Marie-Thérèse qui sont allés à la messe de Saint-Joseph ; je me couche à 2 heures et me lève à 9h. L’après-midi, je vais voir René de La Villebiot et Jacques des Loges ; puis nous allons tous, avec Tante Josepha, au salut des Dominicains.

Angers, vendredi 26 décembre 1902

Cours ordinaires. L’après-midi, conférence de droit commercial.

Angers, samedi 27 décembre 1902

Cours ordinaires. L’après-midi, escrime ; le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 28 décembre 1902

Je vais à la grand’messe à Saint-Joseph ; l’après-midi, je vais au salut dans la chapelle de l’Adoration.

Semaine du 29 au 31 décembre 1902

Angers, lundi 29 décembre 1902

Cours ordinaires. L’après-midi de 1h ½ à 3h, composition de droit commercial. Le soir, à 8h ½, nous allons à une petite soirée chez M. et Mme Maurice Gavouyère ; il y a environ 25 personnes. Nous rentrons à 11h.

Angers, mardi 30 décembre 1902

En rentrant des cours, qui sont les derniers de l’année, j’apprends que Max de Saint-Cyr qui devait arriver samedi pour remettre la bague de fiançailles à Marie-Thérèse, est enrhumé et ne pourra venir que dans quelques jours. Quel fâcheux contretemps ! L’après-midi, nous faisons partir des quantités de lettres et de cartes pour annoncer les fiançailles ; ce sont celles du Roussillon qui partent aujourd’hui ; celles d’Angers ne partiront que dans quelques jours. À 2h, je vais avec Papa et Nénette attendre à la gare Philomène qui est en vacances. Le soir, Tante Josepha, l’oncle Paul, Papa, Marie-Thérèse et moi (Maman, fatiguée, s’est fait excuser) nous assistons à une petite soirée toute intime chez Mme Hervé-Bazin, il n’y a, en dehors des familles Hervé-Bazin et Normand d’Authon, que le comte et la comtesse du Plessis de Grenédan, Henri Bonnet, Jacques des Loges et nous ; on joue tout le temps à des petits jeux de société. Nous rentrons à 11h ½.

Angers, mercredi 31 décembre 1902

Je suis occupé une grande partie de la journée à écrire mes lettres du jour de l’An, et à aider Papa et Maman à faire partir leurs cartes de fiançailles. L’après-midi, je vais me faire couper les cheveux. Nous recevons une lettre de Sainte-Croix nous disant que Max de Saint-Cyr va mieux et qu’il arrivera probablement lundi. Le soir, je vais acheter une urne en bronze japonais que Marie-Thérèse, Philomène et moi nous offrons à Papa et à Maman au moment où on se met à table.

1902 passe à l’histoire ; triste année, pour la France ! Elle a vu la grosse déception de nos espérances électorales et les abominables expulsions qui ont été la rapide conséquence des élections radicales. Mais que nous réserve 1903 ? N’allons-nous pas voir encore de pires choses ?


[1] Robert Le Jumeau de Kergaradec (Angers, 1er août 1885-Saint-Malo, 6 décembre 1966), fils de Camille Le Jumeau de Kergaradec, capitaine de frégate, issu d’une famille de la noblesse bretonne, et d’Henriette de Place. Il épousera en 1922 Marie-Louise de Montaignac de Chauvance (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[2] Jacques Piou (Angers, 6 août 1838-Paris, 12 mai 1932), avocat et député de la Haute-Garonne, qui prit en 1889 la tête des catholiques ralliés à la République. Fondateur en 1901 de l’Action libérale populaire, premier parti politique de droite solidement organisé, qui défendait essentiellement la liberté religieuse (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[3] René Guillemot de La Villebiot, né le 18 juillet 1884 au château de La Roche à Chevillé (Sarthe), fils de Georges Guillemot de La Villebiot et de Marie Lemonnier de Lorière. Il épousera en 1911 à Rennes Marie Lucas de Bourgerel. Voir aussi supra note du 8 mars 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[4] Voir supra notes du 2 et du 18 juin 1901.

[5] Il pourrait s’agir de Marie de Bruc de Livernière (1856-1946), mariée en 1874 à Léopold de Moulins de Rochefort, inspecteur général des haras (1846-1919), ou de l’épouse d’un autre membre de cette famille (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[6] Il sagit de Jean Lazerme, né le 2 janvier 1902 à Paris 7e, fils d’Albert Lazerme et de Jeanne Génin, futur médecin phtisiologue (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[7] Il s’agit de la famille Quinchez, originaire du Pas-de-Calais mais dont plusieurs membres étaient fixés dans l’Ouest à cette époque. On citera Gaston Quinchez (1855-1922), directeur puis inspecteur général des haras à Bordeaux, marié en 1890 à Madeleine Promis (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[8] Il pourrait s’agir de Ferdinand-Louis Robiou du Pont, marié en 1890 à Alice Miche de Malleray (1864-1956), ou bien de son oncle Ludovid Désiré, administrateur général de la Marine (1845-1918) et de son épouse Hortense Barot (1854-1941), mariés en 1886 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[9] Il pourrait s’agir d’Emmanuel de La Coussaye, fils de Gaston, comte de La Coussaye, issu d’une vieille famille noble poitevine, et de Marie-Thérèse de Fontane, qui épousera en 1905 à Nueil-sur-Layon dans le Maine-et-Loire Marie de La Selle (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[10] Voir supra au 19 janvier 1901.

[11] Marguerite Balalud de Saint-Jean, fills de Joseph Balalud de Saint-Jean et de Marie de Romeu, de Prades ; Joseph était le fils de Sophie d’Argiot de La Ferrière, elle-même fille de Suzanne Lazerme. Voir supra, note du 5 novembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[12] Voir plus loin note au 10 avril 1902.

[13] Alain de Kernafflen de Kergos (Quimper, 29 novembre 1848), fils de François de Kernafflen de Kergos et de Denise Ponthier de Chamaillard, avait épousé à Angers le 27 septembre 1880 Madeleine Charbonnier de La Guesnerie, fils du comte de La Guesnerie, maire de Savennières dans le Maine-et-Loire. M. de Kergos, officier de cavalerie, dont la famille était de noblesse douteuse, portait le titre de courtoisie de « marquis » de Kergos (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[14] Guillaume Bodinier (Angers, 30 mai 1847-Trélazé, 15 septembre 1922), sénateur de 1897 à 1922. Il avait épousé en 1876 à Tours Clémence Jeanne Faye (1856-1909), fills de Jean Louis Faye et d’Adèle Meauzé, elle-même cousine germaine d’Elisabeth Meauzé, propre mère de René Bazin. La fille dont il est question ici est Geneviève Bodinier (1878-1931), qui épousera le 24 avril 1902 à Angers Robert Huault-Dupuy (1876-1946), artiste sculpteur et lui-même conseiller d’arrondissement dans le Maine-et-Loire (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[15] Il pourrait s’agir de Madeleine Thouin (La Meignanne, Maine-et-Loire, 10 octobre 1844-Angers, 1er août 1909), fille d’Urbain Thouin, propriétaire du château de La Meignanne, et d’Estelle Violas. Elle avait épousé le 23 septembre 1863 à La Meignanne Léon Le Guay (Paris, 3 juillet 1827-Angers, 25 janvier 1891), préfet et sénateur du Maine-et-Loire, dont le grand-père, François-Joseph Le Guay (1764-1812), général de brigade, avait reçu en 1809 un titre de baron d’Empire (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[16] Henri des Cordes, frère de Marguerite-Marie des Cordes, épouse de Xavier Civelli, cousin germain d’Antoine d’Estève de Bosch. Le mariage Des Cordes/Rogeron ne se réalisera pas. Voir supra note du 9 avril 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché)

[17] Voir supra note du 21 décembre 1901.

[18] Roger Rouillé d’Orfeuil (Fontainebleau, 22 février 1873-Rostrenen, Côtes-d’Armor, 21 août 1963), fils de Charles Rouillé d’Orfeuil et de Jeanne Moisant, marié en 1900 à Anne de Goulaine, fille du sénateur du Morbihan Geoffroy de Goulaine. Il portait le titre de baron et non de comte (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[19] Il s’agit de Marguerite-Marie des Cordes, épouse de Xavier Civelli, cousin germain d’Antoine d’Estève de Bosch. Voir supra note du 9 avril 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[20] Voir supra note du 5 février 1902.

[21] Louis Tanchot (Saint-Etienne, 22 février 1838-Rouen, 31 octobre 1910), général de division en 1898, commandant la 26e DI puis le 9e CA de 1901 à 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[22] Edmond van Schalkwyck de Boisaubin (Morriston, New-Jersey, États-Unis, 23 février 1834-Angers, 14 octobre 1914), d’une famille originaire d’Utrecht et fixée à la Guadeloupe, Saint-cyrien et colonel de dragons, qui épousa en premières noces en 1875 Cécile Meissner, en secondes noces en 1880 Juliette de Becdelièvre, et en troisièmes noces en 1884 Olympe de Bruc de Montplaisir (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[23] Georges Gautret de La Moricière (1842-1917), officier, issu d’une famille bourgeoise de l’Anjou. Ne pas confondre avec la famille du général de Lamoricière, les Juchault de Lamoricière (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[24] Henri Lespinasse de Saune (Toulouse, 7 juillet 1850-Tananarive, 7 août 1929), polytechnicien, lieutenant de l’armée française, démissionna pour devenir Jésuite et fut nommé coadjuteur de l’évêque de Tananarive puis, en 1911, vicaire apostolique, en charge de Madagascar central (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[25] Voir plus loin note du 10 avril 1902.

[26] Voir plus loin note du 27 avril 1902.

[27] Georges Millin de Grandmaison (Paris, 14 mai 1865-3 décembre 1943), député de la circonscription de Saumur de 1893 à 1932, membre de l’Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts d’Angers (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[28] Il s’agit probablement de titres boursiers de la Compagnie des Chemins de fer du Nord (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[29] Il peut s’agir d’Henri d’Anterroches (1884-1945), fils de Louis d’Anterroches et de Marie Angot des Rotours, ou de son cousin germain Ferdinand d’Anterroches (1877-1933), avocat, fils d’Henri d’Anterroches et de Blanche Mathieu, issus d’une famille noble d’origine auvergnate (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[30] Il s’agit peut-être de Marie Rose Anne Garrigue, épouse de Joseph de Guardia, rédacteur au Roussillon. Voir supra note du 1er septembre 1901.

[31] Voir supra note du 19 septembre 1901.

[32] Voir plus loin note au 10 avril 1902.

[33] Il s’agit probablement de Mme Charles de Llobet. Voir note plus loin au 10 avril 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[34] Paul Granier de Cassagnac (Paris, 2 décembre 1842-Saint-Viâtre, Loir-et-Cher, 4 novembre 1904), journaliste politique, député bonapartiste d’extrême droite du Gers de 1876 à 1893 et de 1898 à 1902

[35] Il s’agit d’une référence à la maison de la rue Sainte-Croix, où était décédé le 23 avril 1889 Victor de Bosch, grand-oncle paternel d’Antoine d’Estève de Bosch. La maison n’ayant pas encore été partagée en 1902, ce n’est qu’en 1907 que la famille s’y installera. Voir plus loin note du 22 décembre 1907 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[36] Pierre Jean Théophile Bonet, né à Oms (Pyrénées-Orientales) le 17 septembre 1851, ordonné prêtre le 15 juin 1878 pour le diocèse de Perpignan, décédé à Céret le 22 janvier 1916, où il est inhumé. Professeur à Saint-Louis de Gonzague, au Petit séminaire de Prades, curé doyen d’Ille-sur-Tet du 20 juillet 1892 au 1er mars 1904, curé archiprêtre de Céret de 1904 à sa mort en 1916. Il publiera en 1908 Impressions et souvenirs. Ille-sur-Tet et ses environs, Céret, Impr. Louis Roque, 1908, réédité en 2007 (Note de l’éditeur, S. Chevauché/Sophie Milard).

[37] Charles de Lacour (Faulx, Meurthe-et-Moselle, 11 août 1849-Cazouls-lès-Béziers, Hérault, 1er novembre 1927), capitaine de la garde nationale mobile des Pyrénées, était le fils de Victor de Lacour (1810-1878), lieutenant-colonel du 9e dragons, qui fut maire d’Ille-sur-Tet de 1867 à 1870 et en 1871, et de Françoise Charlotte Cuisset, originaire de Faulx. Son grand-père paternel, Jean Nicodème Auguste de Lacour (1764-1859), né dans le Périgord, s’était fixé en Roussillon et avait été sous-préfet de Céret puis lui-même maire d’Ille de 1831 à 1837 et de 1840 à 1848, ayant épousé en 1801 Marie-Thérèse Chamayou de Montalba, d’une vieille famille de la ville. Les Lacour, appelés parfois « Lacour de Montalba », seront souvent cités au cours de ce journal. Charles de Lacour, comme son père et son grand-père, avait été maire d’Ille en 1877-1878. Il épousa en 1881 à Béziers Thérèse Louise Lugagne, et partagera son temps entre Ille et Cazouls-lès-Béziers où son épouse possédait une importante propriété. Victor Armand de Lacour, né le 13 juin 1882 à Béziers, son fils, résidera principalement dans l’Hérault, où il épousera Jeanne Mandoul (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[38] Le marié était Louis Charles Henri Companyo (Céret, 5 septembre 1870-12 avril 1959), alors lieutenant d’infanterie, qui finira sa carrière comme chef de bataillon, et se fera aussi connaître comme un talentueux peintre régional (https://www.institutdugrenat.com/2018/10/exposition-louis-companyo-a-ceret/). Il était le fils de Paul Companyo, ici cité en tête (Céret, 4 septembre 1840-6 juin 1908), avocat, et de Laure de Bonnefoy (Perpignan, 3 avril 1848-Céret, 16 avril 1917), tous deux mariés à Castelnaudary le 15 août 1869. Les Companyo étaient une ancienne famille authentiquement cérétane depuis de nombreuses générations, et dont les membres s’y étaient succédé comme notaires – ce qu’était encore Louis Companyo (1809-1864), père de Paul cité ci-dessus. Une autre branche de cette famille, lointainement parente, compta aussi un homonyme, Louis Companyo (1781-1871), docteur en médecine, naturaliste, et président de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales de 1843 à 1845, qui ne semble cependant pas avoir entretenu de liens étroits avec la branche qui nous intéresse strictement ici. La mère du jeune marié, née De Bonnefoy, était la fille de l’archéologue et érudit roussillonnais Louis de Bonnefoy (1815-1887), dont une autre fille, Marie de Bonnefoy, avait également épousé en 1868 un cérétan, Joseph Delmas, juge d’instruction à Céret, né en 1840 et qui mourra en 1902 quelques mois après ce mariage (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[39] Voir note ci-dessus. Henri de Bonnefoy (né en 1850 à Castelnaudary) était le frère de Mmes Delmas et Companyo (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[40] Edouard Azémar (Perpignan, 13 décembre 1832-6 mai 1930), vice-consul d’Espagne, qui avait épousé le 1er juin 1863 à Perpignan Amélie Jaume, d’où une fille Amélie Azémar, mariée en 1887 à Henri de Çagarriga (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[41] Georges Barthélemi Souhart (Paris, 2 novembre 1844-8 octobre 1914), membre de l’expédition de Chine, général de brigade le 30 décembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[42] Voir supra note du 9 septembre 1901.

[43] Charles de Llobet (Perpignan, 22 juin 1856-Caraman, Haute-Garonne, le 20 novembre 1943), fils de Joseph de Llobet et de Gabrielle de Chefdebien, marié le 7 octobre 1885 au Falga avec Geneviève Guiraud du Falga (Le Falga, Haute-Garonne, 18 juin 1861-Perpignan, 10 avril 1928). Les Llobet, famille anoblie en 1760 au titre de burgès honrat de Perpignan, seront très souvent cités au fil du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[44] Michel de Pous (Lugan, Tarn, 30 septembre 1870-Palalda, Pyrénées-Orientales, 1er juillet 1934), fils d’Henri de Pous et de Marie-Christine de Marliave, issu d’une famille noble du Tarn, avait épousé le 7 février 1898 Henriette de Balanda (1871-1954), héritière de la propriété de « Can Day » à Palalda (aujourd’hui Hôtel « Le Roussillon », commune d’Amélie-les-Bains Palalda). Cette dernière était la fille d’Eulalie de Chefdebien, cousine germaine, par sa mère née de Richard de Gaïx, d’Henri de Blaÿ cité à la note suivante, également présent au mariage. Mais elle était surtout, par son père, la petite-fille de Thérèse de Bonnefoy, sœur de l’archéologue Louis de Bonnefoy. M. de Balanda, beau-père de M. de Pous, était donc le cousin germain de Mme Companyo née de Bonnefoy. Michel de Pous et son épouse sont les parents de l’archéologue et historienne Anny de Pous (1908-1991) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[45] Henri de Blaÿ (Perpignan, 16 novembre 1855-Aïn Bessem, Algérie, 28 mai 1911), fils de Jean de Blay et de Mathilde de Richard de Gaïx, Saint-cyrien, capitaine puis aide-major, avait épousé le 19 février 1889 à Perpignan Madeleine Cornet (Perpignan, 8 juin 1866-Aïn Bessem, 26 avril 1900), fille de Joseph Cornet et d’Isabelle Ribes, et donc sœur aînée de Marie Victorine Henriette Isabelle Cornet, mariée à Louis Companyo. Mme de Blaÿ née Cornet, donc décédée depuis deux ans au moment du mariage de sa sœur, ainsi que Mme Companyo, étaient les petites-cousines d’Antoine d’Estève de Bosch. Henri de Blaÿ était, par sa mère, le cousin germain de Mme de Balanda née Chefdebien citée ci-dessus. Le ménage Blaÿ-Cornet avait eu cinq enfants : Marcelle (1892), Jeanne (1893), Maurice (1895), Mathilde (1897) et Marie-Thérèse de Blaÿ (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[46] Marie-Thérèse de Massia de Ranchin (Céret, 13 septembre 1880-La Rochette, Seine-et-Marne, 3 mai 1974), fille d’Albert de Massia de Ranchin et de Cécile Conte de Bonet (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[47] La mariée est Marie Victorine Henriette Isabelle (dite Mimi) Cornet, née à Perpignan le 30 avril 1874. Le mariage civil avait eu lieu la veille, le 9 avril, à Perpignan (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[48] À ne pas confondre avec son cousin éloigné Étienne Batlle, aussi d’Ille, dont il est question plus haut à la note du 27 août 1901. Joseph Batlle, né le 12 juillet 1842 à Ille, fils de François Batlle et de Monique Sire, avait épousé le 27 septembre 1881 à Céret Elisabeth Delcros. Ce sont les beaux-parents du poète Jean Amade (1878-1949) et les grands-parents du parolier Louis Amade (1915-1992) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[49] Voir supra note du 5 février 1902.

[50] Albert Circan (Prades, 5 août 1847-1928), avocat, ancien maire de Prades de 1877 à 1878, fils d’Auguste Circan et de Catherine Roca, avait épousé en 1871 à Céret Elisa Cogomblis du Rivage. Par son épouse, il était parent de M. Batlle cité ci-dessus, mais aussi des Companyo de Céret (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[51] Voir supra note du 5 février 1902.

[52] Il s’agit de Joseph Joûbert-Bonnaire (Angers, 13 août 1853-1924), fils d’Achille Joûbert-Bonnaire (1814-1883), ancien maire d’Angers et sénateur du Maine-et-Loire, et de Valérie Le Motheux, qui avait épousé en 1889 Marguerite Duval. Il fut sous-lieutenant d’infanterie et industriel, conseiller municipal d’Angers ne réussissant cependant jamais à être élu député. Il sera titré en 1920 comte pontifical par Benoît XV (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[53] Edmond Bartissol (Portel-des-Corbières, Aude, 20 décembre 1841-Paris, 16 août 1916), entrepreneur de travaux publics, célèbre pour la démolition des remparts de Perpignan, député de Céret en 1889, de la 1ère circonscription de Perpignan en 1902, réélu en 1906 et battu en 1910 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[54] Frédéric Escanyé (Thuir, 15 mai 1833-Perpignan, 31 août 1906), président du Comité de défense nationale des Pyrénées-Orientales en 1870, conseiller municipal de Perpignan, conseiller général, élu député à Prades en 1876, battu en 1877 mais réélu en 1878, et constamment réélu jusqu’en 1906. Républicain opportuniste, il soutiendra les gouvernements Gambetta et Ferry (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[55] Georges Leygues (1856-1933), ancien ministre de l’Intérieur, député de 1885 à 1933, qui sera président du Conseil en 1920-1921 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[56] Jeanne Grumbach (1871-1947), actrice française, premier prix de tragédie et de comédie du Conservatoire en 1893, membre de la Troupe de l’Odéon, du Théâtre de Vaudeville et du Théâtre de la Renaissance, elle jouera aussi dans le cinéma muet entre 1908 et 1929 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[57] Pierre Bichon (Bourgneuf-en-Retz, Loire-Inférieure, 26 novembre 1848-Angers, 3 juillet 1915), pharmacien et docteur en médecine, conseiller municipal et général, se présenta en appelant « tous les républicains à s’unir contre le péril nationaliste réactionnaire ». Peu actif à l’Assemblée, il ne fut pas réélu en 1906 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[58] Ernest Vallé (Avize, Marne, 19 septembre 1845-Paris, 24 janvier 1920), avocat, député (1889-1898) puis sénateur (1898-1920) de la Marne, rapporteur général de la commission d’enquête parlementaire sur les affaires de Panama, président du Parti radical en 1901, garde des Sceaux de 1902 à 1905. Il relancera les procédures judiciaires pour innocenter Dreyfus et préparera la séparation de l’Église et de l’État (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[59] Voir supra note du 9 juin 1901.

[60] Marie-Antoinette (1878-1958), Marie-Thérèse (1885-1965) et Anne-Marie (1892-1951) Charlery de La Masselière, filles de René Charlery de La Masselière, capitaine de cavalerie, et de Thérèse Lemercier de La Monneraye (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[61] Marc Sangnier (1873-1950), créateur du mouvement Le Sillon et promoteur de la démocratie chrétienne (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[62] Mot injurieux créé par le journaliste nationaliste et antidreyfusard Henri Rochefort en référence à l’églantine rouge, portée notamment lors des commémorations du 14 juillet 1900, et utilisé depuis dans la presse nationaliste comme nom injurieux pour désigner les socialistes et apparentés (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[63] Jean Marie François Emile Duhourcau (Cauterets, 3 mai 1847-Paris, 26 février 1904), docteur en médecine à Paris et à Cauterets, maire de Cauterets. Il avait épousé en 1875 à Angers Mathilde Gaucher, elle-même angevine (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[64] Charles d’Amedor de Mollans (né à Langres en 1850), conseiller de préfecture, qui avait épousé en 1892 Mathilde de Gardilanne (1861-1944). M. et Mme de Gardilanne, dont il est question plus loin, peuvent être les parents de cette dernière ou bien son frère Jean marié en 1897 avec Paule Dutour (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[65] Pierre de Damas d’Anlezy (Paris, 2 février 1861-Anlezy, Nièvre, 30 janvier 1931), fils d’Edmond de Damas et de Blanche de Bessou avait épousé à Paris le 22 janvier 1884 Mathilde de Maillé de La Tour-Landry, issue d’une célèbre famille de la région angevine. Le fils dont il est question doit être son aîné Maxence de Damas (1885-1957) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[66] Peut-être s’agit-il de Raymond de Lavaur de Laboisse, né en 1876 et marié en 1901 à Antoinette de Roig, cousine très éloignée d’Antoine d’Estève de Bosch par les Pontich, cela n’est pas entièrement sûr vu qu’il ne cite pas cette parenté. Voir aussi note du 25 juin 1901. (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[67] Il doit peut-être s’agir de Robert de Roquefeuil Cahuzac (1864-1940), exploitant agricole, président de l’Association Catholique de la Jeunesse française, rallié à la République en 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[68] Il pourrait s’agir de plusieurs personnages de cette famille : Jean, marquis des Monstiers-Mérinville (1847-1919), conseiller général de la Haute-Vienne, son frère Henri, officier de cavalerie (1858-1903), ou encore leurs cousins germains René (né en 1853), François (1854-1914) ou Maurice (né en 1867), tous trois également officiers de cavalerie (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[69] André Hardouin-Duparc (1844-1919), avocat, membre associé de la Société historique et archéologique du Maine (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[70] Fernand de Cordoüe (1851-1928), dit le marquis de Cordoüe, fils de Gonzalve de Cordoüe et de Gabrielle de PRéaulx, marié en 1878 à Marie Thomas des Chesnes (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[71] Voir supra note du 9 septembre 1901. La personne identifiée ici comme Mme Noëll peut être Joséphine Monniot (1848-1939), épouse de Jean Baptiste Noëll, ou bien sa belle-sœur Thérèsine Joséphine Léocadie de Girvès (Llo, Pyrénées-Orientales, 25 février 1843-Vinça, 7 août 2929), mariée à Vinça en 1860 avec François Xavier Noëll, qui fut la mère de Thérèse Noëll citée à la note suivante (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[72] Il s’agit certainement de Thérèse Noëll (Vinça, 4 juillet 1872-Rivesaltes, 22 janvier 1957), mariée le 14 février 1901 à Vinça avec Antoine Joffre (1865-1906), négociant et frère cadet du maréchal Joffre. Thérèse Noëll était donc probablement la nièce de la personne citée à la note précédente (voir note du 9 septembre 1901) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[73] Louis-Marie de Guibert (1876-1956), fils de Louis Marie de Guibert et Marie Nelly Ogier, épousa le 27 octobre 1902 à Angers Jeanne Guillemot de La Villebiot (1881-1953) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[74] Vincent Maumus (1842-1912), issu d’une famille farouchement républicaine, entré dans l’ordre dominicain en 1861, dreyfusard, proche du couple Waldeck-Rousseau, il se rend célèbre pour ses prêches à travers la France, et soutient le ralliement des catholiques à la République (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[75] Constant Julien Saint-Père (Dijon, 18 avril 1845-Callao, Pérou, 13 août 1899), commissaire de la marine, fils de Jules Saint-Père et de Suzanne Guillaume de Gévigney. Il avait épousé le 16 avril 1879 à Callao Eugénie Marie Aline Lestonnat Chasot, née à Saint-Pierre (Martinique) le 2 décembre 1861. Ils avaient eu deux fils, nés en 1880 et 1882, et une fille, Alice Ernestine Saint-Père (1890-1975), qui épousera en 1910 Léo Sigougne Latouche (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[76] Lucien Delestrac (Apt, Vaucluse, 12 novembre 1847-Paris, 13 juin 1921), polytechnicien et ingénieur général des Ponts-et-Chaussées, avait épousé le 11 décembre 1883 à Paris Marie Collet-Meygret (Perpignan, 30 septembre 1857-Paris, 15 mars 1914), fille de Louis Alcide Collet-Meygret (1819-1885), lui aussi polytechnicien et inspecteur général des Ponts-et-Chaussées, et de Mathilde Lazerme (1831-1886), cette dernière sœur d’Auguste Lazerme, grand-père maternel d’Antoine d’Estève de Bosch. Quatre enfants étaient nés de ce mariage Delestrac/Collet-Meygret : Geneviève (1884-1957), Paul (1886-1914), Yvonne (1889-1966) et Antoine dit plus tard René (1891-1961) Delestrac (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[77] Henri Ange André Fourcade, né le 1er décembre 1887 à Perpignan, fils de Prosper Fourcade, négociant, et d’Henriette Dejean, cette dernière fille d’Amélie Ribelll, sœur de Marie-Fanny Ribell mariée à Emmanuel Bonafos (la « tante Bonafos »), mère de Thérèse Bonafos mariée à Louis Lutrand (la « tante Lutrand »). Henri Fourcade épousera en 1920 Madeleine Pepratx. Voir aussi supra note du 9 septembre 1901. (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[78] Antoine de Pontich Sicart (1775-1865). Voir supra note du 29 août 1901.

[79] La Burbanche (Ain), ville d’origine des Collet-Meygret (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[80] Voir note du 6 septembre 1901.

[81] Carlos de Lazerme (Perpignan, 26 janvier 1873-Elne, 26 août 1936), homme de lettres et poète, fils de Joseph de Lazerme (1846-1922) et de Marie-Hélène Pougeard du Limbert (1853-1920). Voir aussi la note du 10 avril 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[82] Marthe (1883-1972), Thérèse (1890-1926) et Jacques (1887-1959) de Lazerme sont les enfants de Joseph de Lazerme et Marie-Hélène du Limbert, qui avait deux frères vivants en 1902 : Henri (1855-1906) et Jacques Pougeard du Limbert (1870-1943)

[83] Voir supra note du 10 septembre 1901.

[84] Voir supra note du 19 août 1901.

[85] Voir supra note du 29 septembre 1901.

[86] Voir supra note du 22 septembre 1901.

[87] Léon Harmel (1829-1915), industriel dans la Marne, qui fit une expérience d’application de la doctrine sociale de l’Église dans sa filature. Fondateur des pèlerinages de « La France du Travail à Rome » et de la confrérie Notre-Dame de l’Usine, secrétaire général adjoint puis président de l’Oeuvre des cercles catholiques d’ouvriers ; promoteur des cercles d’études sociales et des « congrès ouvriers », président du conseil national de la Démocratie chrétienne (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[88] Il s’agit de Madeleine d’Estève de Bosch (Perpignan, 20 janvier 1880-Le Chesnay, Yvelines, 24 novembre 1966), qui épousera le 6 août 1908 à Saint-Mihiel Henri de Rodellec du Porzic. Elle était la fille du général François-Xavier d’Estève de Bosch, et donc la cousine germaine d’Antoine d’Estève de Bosch, et comme lui la nièce de Mme Civelli née Estève (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[89] Joséphine Monniot (1848-1939), épouse depuis 1876 de Jean Baptiste Noëll, lieutenant-colonel d’infanterie (1836-1898), et père de Louis Noëll futur époux de « Nénette » Magué. Voir aussi supra notes du 9 septembre 1902 et 20-25 août 1902.

[90] Il s’agit de Louis Noëll (Finestret, 28 mars 1833-Vinça, 6 juillet 1914), commandant puis chef de bataillon d’infanterie, frère de Jean Baptiste et de François Xavier Noëll, et donc beau-frère – et non frère comme indiqué dans le journal – de Mme veuve Jean Baptiste Noëll née Monniot (citée à la note précédente). Il mourut célibataire (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[91] Henri Noëll (1883-1980), futur bibliothécaire du Sénat, et Louis Noëll (1885-1964), futur époux de Marie-Antoinette dite « Nénette » Magué (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[92] Marie Noëll, née à Finestret le 25 mai 1839, mariée le 5 juin 1872 dans ce village avec Eugène Marty, né à Pézilla-la-Rivière en 1840 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[93] Paul Bouchède, notaire à Vinça, marié à Marie Noëll, fille de François Xavier Noëll et de Thérèsine de Girvès. Il sera très souvent question de lui dans ce journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[94] Il peut s’agir de Rodolphe Bonet, avocat à Perpignan, né à Néfiach en 1854, marié en 1881 à Thérèse Noé, on de son fils Rodolphe Bonet (ou Bonet-Noé) (1883-1946), qui épousera en 1908 sa cousine germaine Marguerite Bonet (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[95] Voir supra note du 19 septembre 1901. La maison des Oms à Ponteilla était située entre la route du Soler et la rue de la Méditerranée (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[96] Il s’agit de Marie d’Oms (Sainte-Marie-la-Mer, Pyrénées-Orientales, 8 septembre 1853-Perpignan, 1er mars 1954), sœur aînée de Mme de Llamby née Caroline d’Oms (voir supra note du 19 septembre 1901). Elle mourut célibataire (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[97] Il s’agit de Joseph de Llamby (Lunel, Hérault, 27 janvier 1852-Perpignan, 17 juillet 1904), licencié en droit, avoué, fils de Louis de Llamby et de Marie Zoé Saisset. Issu d’une famille anoblie au titre de burgès honrat de Perpignan, il eut de son mariage avec Caroline d’Oms, célébré le 26 janvier 1880 à Perpignan, deux filles, les futures Mme de La Bardonnie et Darru, dont il sera très souvent question dans ce journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[98] Voire supra note du 24 septembre 1901.

[99] Louise Bouis (Perpignan, 1835-1902), fille de Dominique Bouis (1797-1866), qui fut président de la Société Agricole, Scientifique et Littéraire des Pyrénées-Orientales de 1837 à 1839, et de Raymonde Vilar, avait épousé le 19 janvier 1859 à Perpignan Alphonse Lutrand, principal du Collège de Perpignan. Elle était la mère de Louis Lutrand (1859-1915), marié à Thérèse Bonafos, dont il a souvent été question dans ce journal, et qui sera lui-même président de la SASL en 1914-1915 ; de Marguerite Lutrand, devenue Mme Fernand Gillet ; et de Jeanne Lutrand, devenue Mme Xavier Rovani (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[100] Voir supra note du 6 septembre 1901.

[101] Virginie de Massia (Mosset, Pyrénées-Orientales, 19 mars 1827-Molitg-les-Bains, 18 octobre 1902), fille de François de Massia, ancien maire de Mosset, et de Sophie Bompeyre, était la sœur d’Edouard de Massia (1824-1892), médecin qui se rendit célèbre par l’expansion des thermes de Molitg dont il était propriétaire. Elle resta célibataire. Les Massia étaient cousins éloignés, par une parenté remontant au XVIIIe siècle, des Pontich et donc d’Antoine d’Estève de Bosch (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[102] Il s’agit certainement de Joseph Marie (Prades, 19 janvier 1849-6 décembre 1902), médecin dans sa ville natale, dont il fut président du conseil d’arrondissement. Mort célibataire, il était le fils d’Hyacinthe Marie et d’Alexandrine, toutes deux issues de vieilles familles de Prades (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[103] Il s’agit de Bélesta (Pyrénées-Orientales).

[104] Maurice de Barescut (1865-1960), dont il a été question plusieurs fois dans le journal, sera un général célèbre de la Guerre de 1914-1918 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[105] Gabrielle Delon de Marouls (Perpignan, 17 février 1829-3 janvier 1910), fille de Ferdinand Delon et d’Espérange Buget, avait épousé en 1860, en secondes noces, Henri de Rovira. Elle était la tante, par sa sœur Charlotte Delon de Marouls mariée avec Charles de Lazerme, de Joseph de Lazerme (1846-1922), très souvent cité dans ce journal. Elle était aussi la mère de Fernand de Rovira, dont il sera aussi beaucoup question (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[106] Il s’agit peut-être de Michel Le Bault de La Morinière (1880-1934), fils d’Olivier Le Bault de La Morinière et Marie Madeleine de Menou, issu d’une famille de la noblesse angevine (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[107] Jean Catta (Nantes, 27 janvier 1882-Nice, 1966), fils d’Antoine, comte Catta, procureur de la République et conseiller municipal de Nantes, comte pontifical, et de Marguerite Dézanneau (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[108] Henry Reverdy (Nogent-le-Roi, Eure-et-Loir, 15 août 1866-château de Bury, Molineuf, Loir-et-Cher, 26 août 1950), avocat, collaborateur du journal La Croix, président de l’Association catholique de la Jeunesse française (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[109] L’affaire Humbert, ou affaire de l’héritage Crawford, est une célèbre escroquerie : Mme Humbert, née Thérèse Daurignac, avait prétendu être héritière d’un millionnaire américain, et avait réussi à abuser la justice et de nombreuses personnes pendant une vingtaine d’années. Son beau-père avait été ministre d’un gouvernement républicain en 1882 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

1903

Janvier 1903

Semaine du 1er au 4 janvier 1903

Angers, jeudi 1er janvier 1903

Je vais à la grand’messe de 9h à Saint-Joseph. Ensuite, je vais acheter un bouquet que nous offrons, Marie-Thérèse, Philomène et moi, à Tante Josepha et à l’oncle Paul à l’occasion du jour de l’An, et une bourse de bonbons que nous offrons à Nénette. L’après-midi, je porte une quantité énorme de cartes : M. Mailfert, M. Delahaye, tous mes professeurs actuels et anciens, le P. Vétillart, M. Gavouyère, Mme Robiou du Pont, Mme Blanc, Mme de Kergos, Mme Bodinier ; je fais aussi une visite au curé de Saint-Serge. Maman a plusieurs visites, entr’autres celle des De Soos. Le soir après dîner, nous envoyons encore une foule de cartes de faire-part des fiançailles de Marie-Thérèse.

Angers, vendredi 2 janvier 1903

À l’occasion du premier vendredi du mois et de l’année, je vais à la messe de 8h à Notre-Dame et j’y fais la sainte communion. L’après-midi, il fait un temps tellement épouvantable -pluie continuelle et vent violent – que je reste claquemuré dans la maison ; Nénette passe toute l’après-midi avec nous et, même, dîne ici ce soir. À 6h ½, je suis tout de même obligé de sortir pour aller dîner chez Mme des Loges, c’est un petit dîner de jeunes gens ; en dehors des Des Loges, il n’y a que Jacques et Michel Hervé-Bazin, Henri Bonnet et moi ; après le dîner arrivent, pour passer la soirée, M., Mme, Mlle Bonnet, Robert de Kergaradec et Etienne de Place ; je rentre vers 11 heures.

Angers, samedi 3 janvier 1903

Le matin, je me lève très tard. L’après-midi, je vais avec Papa chez Mme de La Villebiot, quand M. et Mme de Padirac, qui y étaient, sont partis, nous causons longuement du mariage de Marie-Thérèse que nous avons annoncé aux De La Villebiot avant de l’annoncer aux autres personnes d’Angers ; d’ailleurs Mme de La Villebiot en connaissait le projet depuis longtemps puisqu’on s’était adressé à elle pour des renseignements. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 4 janvier 1903

Messe de 10h à Saint-Joseph. L’après-midi, salut à 4h ½ à l’Adoration. Nous recevons un grand nombre de lettres et de cartes de félicitations du Roussillon où les fiançailles sont annoncées depuis plusieurs jours. À midi, nous avons les Magué à déjeuner pour manger en famille un chapon truffé envoyé par les Saint-Cyr.

Semaine du 5 au 11 janvier 1903

Angers, lundi 5 janvier 1903

Le matin, cours de droit commercial (en remplacement de M. Jac) et de droit international, car les vacances sont finies. L’après-midi à 2h, je vais avec Papa à la gare attendre Tata Mimi qui arrive pour plusieurs jours afin d’être présente au moment des fiançailles de Marie-Thérèse ; après son arrivée, je vais faire une visite à Mme des Loges, je porte à l’Evêché et à Saint-Aubin les cartes de fiançailles pour Mgr Rumeau et Mgr Pasquier ; je vais à la gare où je dis au revoir à Philomène qui repart ce soir pour Le Mans, les dames du Sacré-Cœur ne voulant pas nous la laisser deux ou 3 jours de plus, malgré les prochaines fiançailles de Marie-Thérèse ; elle ne fera donc que beaucoup plus tard, au moment du mariage, la connaissance de son futur beau-frère. Ensuite, je vais voir le Père Barbier et le Père Lionnet. Le soir, il n’y a pas de Conférence Saint-Louis.

Angers, mardi 6 janvier 1903

Cours ordinaires. Après le cours, je distribue une vingtaine de cartes de fiançailles dans le quartier Saint-Joseph. L’après-midi, j’en distribue environ 60. Avec quelques-unes qui seront distribuées demain et celles que nous enverrons par la poste, cela fait environ 110 cartes pour Angers ; en-dehors d’Angers, nous en avons envoyé environ 200. Je vais faire une visite à Mme Hervé-Bazin et à Mme Maurice Gavouyère ; partout, on me félicite ; les fiançailles de Marie-Thérèse sont l’événement du jour à Angers. Il était temps de les annoncer officiellement, car plusieurs personnes en étaient instruites, notamment Mme des Loges, qui l’avait appris par Mlle de Kergaradec, laquelle le tenait de Mlle de Boursetty, de Versailles, aux parents de laquelle nous en avions fait part il y a plusieurs jours.

Angers, mercredi 7 janvier 1903

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, le bouquet de fiançailles de Marie-Thérèse arrive vers 2h ½ avec la carte de Max de Saint-Cyr piquée dedans ; on l’installe au salon et il est le point de mire des nombreuses personnes qui viennent féliciter Maman et Marie-Thérèse ; vers 4 heures, je vais distribuer quelques cartes à des ecclésiastiques de Saint-Aubin et des Internats, puis je vais à la gare attendre Max. Il arrive à 5 heures avec sa mère, et je l’accompagne chez Tante Josepha qui a l’amabilité de le loger. Vers 6h ½, il vient à la maison et il offre alors sa bague de fiançailles à Marie-Thérèse ; elle se compose d’un saphir accompagné de quelques brillants. Vers 10h ½, je le raccompagne chez l’oncle Paul. Mme de Saint-Cyr loge dans la chambre de Maman.

Angers, jeudi 8 janvier 1903

Le matin, cours ordinaires ; l’après-midi, après une visite aux Magué, nous faisons un petit tour au Jardin des plantes avec les Saint-Cyr ; nous n’allons pas ailleurs parce que Max, qui n’a apporté que des vêtements de campagne, doit passer par La Belle Jardinière avant de se risquer sur les boulevards ; il y va vers 5h ½ et en revient avec de forts jolis vêtements. Le soir, les Magué viennent prendre le thé.

Angers, vendredi 9 janvier 1903

Cours ordinaires le matin. L’après-midi, nous allons nous promener tous ensemble et faire visiter la ville aux Saint-Cyr. À 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, samedi 10 janvier 1903

Le matin, cours ordinaires. L’après-midi, je vais avec Hervé-Bazin à la foire aux vins où je déguste plusieurs vins blancs, dont la plupart sont un peu verts (c’est la note dominante cette année dans ce pays-ci et c’est ce qui a permis à nos vins de se relever). Ensuite, je vais faire une visite à M. Jac, puis je vais me confesser à Saint-Jacques. Le soir, nous avons les Magué à dîner ; c’est le dîner de fiançailles ; au champagne, l’oncle Paul porte un toast aux jeunes fiancés. Après dîner, nous faisons de la musique, puis on prend le thé et on s’en va.

Angers, dimanche 11 janvier 1903

Le matin, nous faisons la sainte communion à la messe de 8h à Notre-Dame. L’après-midi, nous allons tous à vêpres à Saint-Serge où l’on célèbre la clôture de l’Adoration perpétuelle. Le soir, thé chez les Magué.

Semaine du 12 au 18 janvier 1903

Angers, lundi 12 janvier 1903

Le matin, cours ordinaires ; l’après-midi, je vais assister à une revue de toute la garnison, place La Rochefoucauld ; je vois pour la première fois l’oncle Paul à la tête de son régiment qui défile fort bien, mieux que le 135e. Le soir, Conférence Saint-Louis, travail de Catta[1] sur le Kulturkampf.

Angers, mardi 13 janvier 1903

Le matin, cours ordinaires ; après le cours, je vais accompagner à la gare Mme de Saint-Cyr qui repart pour le Périgord ; Tata Mimi est partie pour Paris par le train de 10h25. L’après-midi, conférence de droit civil, puis cours d’agriculture.

Angers, mercredi 14 janvier 1903

Cours habituels le matin ; l’après-midi, Maman reçoit une quantité énorme de visites et je suis obligé de descendre plusieurs fois au salon. À 5h ½, ouverture dans la salle de la Conférence Saint-Louis, à l’Université, que le Père Barbier fera tous les 15 jours pour les étudiants et les professeurs. Mgr Rumeau préside ce premier cours.

Angers, jeudi 15 janvier 1903

Le matin, il n’y a pas le second cours, M. Courtois étant malade. L’après-midi, à 2h, je vais patiner sur les près du Bon Pasteur, par un froid de -3° ou -4° qui dure toute la journée. À 5h ¼, cours d’agriculture. À 7h, nous allons tous dîner chez les Magué.

Angers, vendredi 16 janvier 1903

Cours ordinaires le matin. L’après-midi, à 2h moins un quart, conférence de droit commercial ; je vais ensuite patiner ; à 5h ¼, cours d’agriculture. Après dîner, conférence de l’abbé Morlais sur Cicéron.

Angers, samedi 17 janvier 1903

Cours ordinaires le matin ; l’après-midi, je vais faire 2 visites. À 5 heures, leçon d’escrime. Le soir, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 18 janvier 1903

Je vais faire la sainte communion à la messe de 8 heures à Notre-Dame. Je reviens à la grand’messe à Notre-Dame avec Maman, Marie-Thérèse et Max. L’après-midi, à cause du mauvais temps, je ne sors que pour aller chez les Magué, puis au salut des Dominicains. Papa et Max partent tous les deux par le train de 10h27 du soir. Ils voyageront ensemble jusqu’à Angoulême ; là Max quittera Papa pour s’en retourner à Sainte-Croix, et Papa continuera sur Vinça où il arrivera demain soir à 8h15 ; il va passer quelques jours en Roussillon pour préparer certaines affaires en vue du mariage de Marie-Thérèse.

Semaine du 19 au 25 janvier 1903

Angers, lundi 19 janvier 1903

Cours habituels. L’après-midi, je fais la visite des pauvres, puis je vais voir M. l’abbé Brossard. À 8h du soir, Conférence Saint-Louis ; le comte du Plessis de Grenédan[2] y fait une conférence sur « Les salons bleus et les précieuses », M. Le Gonidec de Traissan, père du député (ou sénateur, j’oublie lequel des deux) des Côtes-du-Nord[3] assiste à la séance.

Angers, mardi 20 janvier 1903

Cours habituels. L’après-midi à 4 heures conférence de droit civil ; à 5h ¼, cours d’agriculture.

†Angers, mercredi 21 janvier 1903

Cours habituels. L’après-midi, Maman a encore beaucoup de visites.

Angers, jeudi 22 janvier 1903

Cours habituels. L’après-midi, cours d’agriculture à 5h ¼ ; j’apprends qu’il y a eu, aujourd’hui, en gare de la Bohalle un assez grave accident de chemin de fer ; le Père Barbier qui s’y trouvait a été très légèrement blessé à la main ; le soir, pas de congrégation.

Angers, vendredi 23 janvier 1903

Cours habituels le matin. L’après-midi, à 1h ¾, conférence de droit commercial après laquelle j’enfourche ma bécane et je vais voir, à la Bohalle, s’il y a encore les traces de l’accident d’hier ; la voie est complètement déblayée et la circulation rétablie ; on voit seulement, par côté, un wagon-fourgon brisé et quelques débris ; le plus triste, c’est que deux mécaniciens, dont l’un était père de sept enfants, ont été tués, et qu’il y a plusieurs blessés. Je venais de rentrer à la maison, trop tard pour aller au cours d’agriculture, lorsque Jules vient annoncer que le Père Ollivier demande à nous voir ; on le fait monter au petit salon et nous sommes très surpris de nous trouver en présence d’un assomptionniste que nous ne connaissions pas du tout. Il nous connaissait de nom, et ayant quelques jours à passer à Angers, il est venu nous voir ; nous nous trouvons de suite en pays de connaissance, il connaît Bonne Maman, Tata Mimi, des parents des Saint-Cyr et une foule de personnes de notre connaissance. Maman le prie de rester à dîner, il accepte et nous causons très agréablement jusqu’à 10 heures ; il prend le train de 10h40 pour Paris.

Angers, samedi 24 janvier 1903

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, à 5 heures, escrime. À 6 heures, l’oncle Paul et Tante Josepha viennent dîner parce qu’ils ne sauraient comment dîner chez eux à cause du bouleversement occasionné dans leur maison par leur soirée (pour la même raison, Nénette, qui n’assiste pas à cette soirée, couche dans le lit de Philomène). À 9 heures, je vais chez Tante Josepha ; j’y vais seul parce que Marie-Thérèse ne peut pas aller dans le monde sans son fiancé et que Maman ne veut pas y aller sans Marie-Thérèse. À 9h ¼, les invités commencent à arriver ; ce sont presque tous des militaires (il n’y a que 3 habits noirs : Jacques Hervé-Bazin, un ingénieur et moi), et la plupart sont des officiers du génie ; il y a cependant des fantassins : le colonel du 135e et le lieutenant-colonel ; et 3 dragons ; le colonel de Monspey[4], le lieutenant-colonel de Sainte-Marie et le commandant de La Masselière[5] ; j’ouvre le bal à 10 heures moins le quart avec Mlle Challan de Guillanche[6], fille du colonel du 135; je danse avec Mlles Blanc, de La Masselière, Simon, Challan de Guillanche, Bretaud, etc. etc. ; il y a plusieurs intermèdes : un morceau de violoncelle, un morceau de chant et deux scénettes : « Le commissaire n’est pas méchant » et « Un wagon ». Buffet très bien assorti, dans la salle à manger ; la musique : un piano et deux violons, est excellente. À 2h ½, tout le monde est parti. Tante Josepha compte recommencer dans 3 semaines ; tant mieux ! Car on s’est bien amusé.

Angers, dimanche 25 janvier 1903

Je me lève à 10h ¼ et j’assiste à la messe de 11 heures ½ à Notre-Dame. Le soir, à 5h, salut chez les Dominicains.

Semaine du 26 au 31 janvier 1903

Angers, lundi 26 janvier 1903

Cours habituels. L’après-midi à 3h, je vais avec Maman faire une visite à Mme Bonnet que nous ne rencontrons pas ; je vais chez le dentiste, puis me faire couper les cheveux ; enfin à la salle d’armes. Le soir, à 8h ½, je vais, avec Tante Josepha, voir jouer Œdipe-Roi au Théâtre municipal ; l’attrait de la pièce, c’est que Mounet-Sully[7], de la Comédie française, joue le rôle principal, celui d’Œdipe ; Mme Lerou[8], de la Comédie française, joue celui de Jocaste. Mounet-Sully est vraiment supérieur, surtout dans la seconde partie de la tragédie, au moment où Œdipe est malheureux ; beaucoup de dames pleurent autour de moi (j’avoue que je n’en fais pas autant). Cette traduction du chef-d’œuvre de Sophocle est extrêmement intéressante ; les décors, par exemple, sont médiocres. Nous rentrons à 11h ½.

Angers, mardi 27 janvier 1903

Cours habituels ; après le cours, Hervé-Bazin est Bonnet arrivent à la Faculté, retour du tirage au sort ; le premier a eu la malchance de tomber sur un numéro inavouable, le numéro 100 ! (pareille mésaventure était arrivée, il y a 2 ans, à Daniel Dauge), Bonnet a 167. L’après-midi, à 4 heures, conférence de droit civil ; à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 28 janvier 1903

Le matin, impossible d’assister aux cours parce que je vais, à 9 heures, à la Mairie pour le tirage au sort, avec les conscrits du canton nord-est d’Angers (il y en a 334), je tire le numéro 107, cela n’a aucune importance pour les dispensés comme moi. L’après-midi à 11h ½, nous avons la visite de M. Marc de La Bardonnie, frère de Madame de Saint-Cyr, qui est en ce moment avec sa femme (une demoiselle de Juillac, cousine éloignée de Bosch)[9] près du Lion-d’Angers, au château de Richou chez son cousin le baron de Boulémont[10] ; nous causons pendant une heure et demie, puis je raccompagne M. de La Bardonnie à la gare Saint-Serge ; c’est un homme charmant, il nous a plu à tous. À 5h, je vais attendre à la gare Papa qui rentre du Roussillon. À 5h ½, cours de religion du P. Barbier. À 7h, je vais dîner chez Tante Josepha avec laquelle j’assiste le soir à une représentation donnée, au Cirque-théâtre, par les acteurs du théâtre au profit de pêcheurs bretons victimes en ce moment d’une grande misère à cause du manque de sardines sur les côtes de Bretagne. On joue Les Romanesques de Rostand, assez mal, ensuite, on joue mieux une petite comédie en 2 actes, Prête-moi ta femme, dans laquelle un Narbonnais est tourné en ridicule. Nous rentrons à 11h ½.

Angers, jeudi 29 janvier 1903

Cours habituels. L’après-midi, jusqu’à 5 heures, je prépare dans ma chambre ma composition de demain. À 5h, cours d’agriculture ; à 8h, congrégation.

Angers, vendredi 30 janvier 1903

Cours habituels le matin, l’après-midi à 11h ½, composition de droit commercial. À 5 heures, je passe un examen d’agriculture spéciale ; sujet : « Facteurs qui influent sur la production du blé » ; ensuite cours de machines agricoles. Le soir, après dîner, conférence de Monsieur Gavouyère sur « La séparation de l’Église et de l’État » ; malgré la façon déloyale dont le gouvernement applique le Concordat, M. Gavouyère se déclare partisan de son maintien, parce que, dit-il, le Concordat abrogé, l’Église n’aura certainement pas la vraie liberté comme aux États-Unis ou même en Angleterre, mais l’exercice du culte sera entamé par toutes sortes de règlements. C’est probable !

Angers, samedi 31 janvier 1903

Cours ordinaires. L’après-midi, je vais chez le dentiste, ensuite je vais me confesser à Saint-Jacques, puis à la salle d’armes. Après dîner, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Février 1903

Semaine du 1er février 1903

Angers, dimanche 1er février 1903

Je vais avec papa à la messe de 7h à Saint-Serge où je fais la sainte communion. L’après-midi, je vais au salut à Saint-Laud ; vers 4h ¼, je vais prendre le thé chez Jacques Hervé-Bazin qui a réuni quelques amis. Le soir, nous dînons tous chez les Magué.

Semaine du 2 au 8 février 1903

Angers, lundi 2 février 1903

Je vais à la messe de 7 heures à Notre-Dame en l’honneur de la fête de la Purification. Ensuite, cours habituels. L’après-midi, à 5h, escrime ; le soir, je ne vais pas à la Conférence Saint-Louis, croyant, comme on me l’avait dit, qu’il n’y avait pas de conférence ; mais il y en a, et je regrette bien de n’y avoir pas assisté.

Angers, mardi 3 février 1903

Cours habituels. L’après-midi à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, mercredi 4 février 1903

Cours habituels, sauf celui de M. Albert, qui est malade. L’après-midi, à 5h, conférence de droit civil. Le soir, réunion de la congrégation avancée d’un jour.

Angers, jeudi 5 février 1903

Cours habituels. L’après-midi, à 5h ¼, cours d’agriculture spéciale. Après dîner, je vais avec Papa à la cathédrale où a lieu la cérémonie de l’adoration mensuelle, je prends part à la procession.

Angers, vendredi 6 février 1903

Cours de M. Jac, mais pas le second cours, M. Albert étant toujours malade. L’après-midi, à 1h ¾, conférence de droit commercial ; ensuite, je vais chez le dentiste qui me bouche avec de l’émail une prémolaire qui était en train de se gâter. À 5h ¼, cours de machines agricoles. Le soir, j’assiste avec Papa et Marie-Thérèse à une conférence de l’abbé Crosnier sur les Maronites ; le conférencier a visité ce peuple aux mœurs douces et patriarcales dans lequel l’amour de la France et le souvenir de son intervention en 1890 sont très vivaces ; très intéressante conférence.

Angers, samedi 7 février 1903

Le matin, cours de droit civil à la place du cours de droit commercial ; ensuite, cours de procédure civile. L’après-midi, je fais quelques commissions, je m’occupe notamment du cadeau que je veux offrir à Marie-Thérèse à l’occasion de son mariage ; je choisis chez Girard un nécessaire de bureau se composant d’un joli coupe-papier en bronze argenté et d’un cachet assorti du même métal, que je porte chez un graveur de la rue Plantagenêt pour y faire graver le blason des De Saint-Cyr, qui est « d’azur à 3 bourdons d’argent », couronne de marquis, et le nôtre, accolés ; le tout est enfermé dans un joli écrin sur lequel je ferai graver le chiffre de Marie-Thérèse. Le cachet sera prêt dans dix ou douze jours. Ensuite, je vais me confesser. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 8 février 1903

Le matin, au moment où j’allais me rendre à la grand’messe à Saint-Serge, l’oncle Paul vient me proposer d’aller avec lui cette après-midi visiter Durtal où il y a un fort beau château à voir ; j’accepte avec grand plaisir. À la grand’messe, à Saint-Serge, je quête, avec Maurice Lucas, pour la Conférence Saint-Vincent-de-Paul de la paroisse ; à nous deux, nous recueillons de 26 à 27 francs, c’est maigre ! Je prends avec l’oncle Paul le train de 1h41 qui nous amène à Durtal à 2h45 ; nous visitons l’église, puis le château dont l’aspect au centre de la commune est monumental. Commencé au XIe siècle par Foulques Nerra, comte d’Anjou, le château a appartenu à plusieurs familles dont la dernière était la famille de La Rochefoucauld-Liancourt ; le duc de La Rochefoucauld le vendit en 1808 à plusieurs propriétaires qui le dépecèrent ; une grande partie fut convertie en hôpital ; pour comble de malheur, un incendie détruisit une aile vers 1855 ; dans l’intérieur, que nous fait visiter une sœur de l’Hôpital, il ne reste presque rien à voir, les plus grandes pièces étant converties en salles pour les malades. L’extérieur est fort beau, un côté est gothique (du XIVe ou du XVe siècle), une autre partie est Renaissance ; la principale tour, dans laquelle est installée le presbytère de Durtal, est gothique, très élancée. En résumé, ce château a dû être de toute beauté ; actuellement, il est très mutilé. Nous repartons à 4h28, non sans avoir expédié quelques cartes postales, et nous rentrons à Angers à 5h35. Nous avons eu un temps superbe et presque chaud, comme, du reste, depuis une semaine.

Château de Durtal (Maine-et-Loire)

Semaine du 9 au 15 février 1903

Angers, lundi 9 février 1903

Le matin, cours de droit commercial à la place du cours de droit civil, puis cours ordinaire de droit international privé. L’après-midi, je travaille jusque vers 5 heures, puis je fais quelques commissions. Le soir, étant un peu enrhumé, je ne vais pas à la Conférence Saint-Louis.

Angers, mardi 10 février 1903

Cours habituels. L’après-midi, je travaille jusque vers 4h ; puis Hervé-Bazin vient me prendre et nous allons ensemble voir Roger de Bréon qui est en traitement à la clinique Saint-Louis pour sa jambe toujours malade ; il est au lit pour une quinzaine de jours. Ensuite, nous allons au cours d’agriculture.

Angers, mercredi 11 février 1903

Cours habituels ; en arrivant à la Faculté, nous nous apercevons que nos chaises qui, depuis quelque temps, se cassaient pendant les cours avec une régularité surprenante sous le poids de certains étudiants (peut-être les y aidait-on un peu), ont été remplacées par des bancs, sur lesquels nous sommes fort mal. L’après-midi, Maman arrive à 2h12 de Paris. Le soir à 4h ½, conférence de droit civil. À 9h, nous allons tous, sauf Marie-Thérèse qui souffre de la gorge, passer la soirée chez le doyen M. Gavouyère ; c’est une réunion exclusivement universitaire, il y a environ 35 à 40 personnes ; on chante, on fait de la musique et on sert d’excellents rafraichissements. C’est fini à 11h ½.

Angers, jeudi 12 février 1903

Le matin, cours habituels ; l’après-midi, je travaille jusqu’à 5h, puis je vais au cours d’agriculture. Le soir, congrégation.

Angers, vendredi 13 février 1903

Cours habituels. L’après-midi, à 1h ¾, conférence de droit commercial ; ensuite, je vais voir De Bréon, puis, à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, samedi 14 février 1903

Cours habituels le matin ; l’après-midi, je fais une foule de commissions, je vais voir De Bréon etc., puis je vais à l’escrime. Le soir à 9h ¼, je vais avec Maman chez Tante Josepha qui donne un second bal, il y a environ 80 personnes, la plupart différentes de celles du 24 janvier. Une dame, dont j’ai oublié le nom, chante la marche à l’étoile (il y a même un appareil de projection) ; un peu plus tard, on joue une comédie Les convictions de Papa, dans laquelle la fille d’un député se fiche bigrement des députés et des ministres. Entretemps, on danse avec entrain et on fait de nombreuses visites au buffet ; nous rentrons, quand tout est fini à 3h ½. Papa et Marie-Thérèse ne sont pas venus parce que la seconde ne peut pas danser sans son fiancé et que le premier la gardait, ils sont allés dans une soirée intime chez M. René Bazin.

Angers, dimanche 15 février 1903

Je me couche à 4h du matin et me lève à 9h ½, je vais à la messe de 11 heures. L’après-midi, je porte une quinzaine d’invitations pour une petite soirée que nous avons samedi prochain ; puis je vais au salut des Dominicains.

Semaine du 16 au 22 février 1903

Angers, lundi 16 février 1903

Le matin, il n’y a pas de cours de droit international ; j’en profite pour aller voir De Bréon. L’après-midi, je fais 3 visites : à Mme Gavouyère que je rencontre, à la marquise de Kergos, que je ne rencontre pas et à Mme Hervé-Bazin que je rencontre. Le soir, Conférence Saint-Louis ; Des Monstiers-Mérinville[11] y parle de Montalembert[12], il fait très bien ressortir ses grands mérites et son ardeur pour la cause de la liberté religieuse, surtout de la liberté d’enseignement, mais il oublie de faire remarquer les variations de Montalembert en politique et ses risettes successives à Louis-Philippe, à la république et au Prince-président.

Angers, mardi 17 février 1903

Cours ordinaires le matin. Après le cours, je vais chercher chez le graveur le cachet qui sera renfermé dans l’écrin que j’offre à Marie-Thérèse comme cadeau de noce ; il est prêt, on y a gravé les armes de Saint-Cyr et les nôtres accolées ; je l’apporte chez Girard, on le met dans l’écrin avec le coupe-papier et on l’envoie, dans l’après-midi, à Marie-Thérèse, qui en est enchantée. L’après-midi, je vais faire quelques recherches à la Bibliothèque municipale, puis je vais m’exercer à la danse appelée « Baston » qui est très en vogue cet hiver, chez Letournel. Ensuite, je reviens chez Girard voir la copie du portrait de mon bisaïeul de Lazerme, député des Pyrénées-Orientales de 1827 à 1830, celui-là même à qui Charles X donna le titre de comte (auquel, d’ailleurs, ses ancêtres eu droit, mais qu’ils avaient abandonné depuis fort longtemps)[13] ; la copie a été faite par un artiste de Perpignan, M. Blanquer, d’après un portrait appartenant à mon oncle Joseph de Lazerme. Elle est admirablement réussie ; on l’encadrera, puis on la placera au salon, en face du portrait de mon bisaïeul de Pontich[14]. À 5h, cours d’agriculture. Le soir, je passe la soirée en famille avec Philomène qui est arrivée ce matin à 11h du Mans pour 3 ou 4 jours, congé extraordinaire que lui accordent les dames du Sacré-Cœur, pour permettre à Maman de lui faire faire les toilettes qu’elle mettra au moment du mariage de Marie-Thérèse.

Joseph Lazerme (1787-1853), député des Pyrénées-Orientales de 1827 à 1830 (copie par Jacques Blanquer) – Collection Pierre Lemaitre

Angers, mercredi 18 février 1903

Cours habituels le matin. L’après-midi à 5h, conférence de droit civil ; au retour, je trouve à la maison M. Max de Saint-Cyr qui arrive pour une dizaine de jours ; il descend chez Tante Josepha, comme lors de son premier séjour à Anger. Le soir à 9h ½, je vais chercher Hervé-Bazin et De La Grandière et nous allons ensemble à la soirée de Mme de Kergos où nous arrivons vers 10 heures. C’est une soirée d’environ 120 personnes suivie d’un cotillon sans accessoire conduit par Mlle Denyse de Kergos avec le lieutenant de Macignac, du 135e, dont j’ai fait la connaissance chez Tante Josepha. Tout est fini avant 2 heures. Je danse avec Mlles de La Masselière, de Richeteau, de La Salle, de Chemeillier, etc., et, pour le cotillon, avec Mlle de Grainville. Ce qu’il y a d’original dans ces soirées (celle-ci est la seconde), c’est que Mme de Kergos n’a fait aucune invitation écrite, elle s’est contentée de faire dire par quelques personnes aux amis qui voudraient venir la voir, de venir le mercredi et le vendredi à partir de 9 heures du soir.

Angers, jeudi 19 février 1903

Cours ordinaires le matin. L’après-midi, je vais avec papa et Max assister au Cirque-théâtre à une matinée où Talbot[15] et une troupe formée par lui jouent L’Avare et Le Malade imaginaire. Talbot est bien vieux et sa voix cassée a grand peine à se faire entendre ; par contre, ses jeux de physionomie sont remarquables.

Talbot (1824-1904), de la Comédie française

Angers, vendredi 20 février 1903

Cours ordinaires le matin. À midi, M. et Mme Marc de La Bardonnie, toujours chez M. de Boulémont au Lion-d’Angers, viennent déjeuner avec nous. Ils viennent aujourd’hui vendredi parce qu’ils n’ont pas pu venir un autre jour. Ils sont absolument charmants et Marie-Thérèse va trouver eux de très gentils parents.

L’après-midi, je vais un moment à la vente de charité qui a lieu dans la salle des fêtes de la Mairie au profit des Servantes des Pauvres ; j’achète à différents comptoirs tenus par des personnes de connaissance. Ensuite, je vais voir De Bréon. Le soir, je vais à la troisième et dernière soirée de Mme de Kergos à laquelle on m’avait invité, avant-hier, de vive voix. Je danse avec Mlles de Chemeillier, de Beauchamp, de La Salle, de La Masselière, de Richeteau, etc., et, pour le cotillon, avec Mlle de La Selle. Il y a moins de monde qu’avant-hier et tout est fini à 1h ½.

Angers, samedi 21 février 1903

Cours habituels le matin. L’après-midi, je passe 4 heures à la vente de charité, où on m’a invité à être commissaire, à placer des billets de tombola ; j’en place environ 60 et je suis encore obligé d’acheter à plusieurs comptoirs. Le soir à 9h, nous recevons environ 45 personnes, toutes de l’Université ; c’est une simple réception sans danses, pour présenter Max de Saint-Cyr aux collègues de Papa. Une artiste, Mme de Brosnac, chante plusieurs morceaux ; buffet très complet. On se retire avant 1 heure.

Angers, dimanche 22 février 1903

Je me lève à 9 heures et je vais à la grand’messe à Notre-Dame. Je prends avec Philomène le train de 1h05 pour Le Mans où je vais raccompagner Philomène. Au Mans, je vais à Sainte-Croix où je vois quelques abbés que j’y connais et le directeur, M. Quid’Beuf, mon ancien professeur de philosophie ; car il n’y a plus aucun père jésuite, ils sont tous dispersés en ville ; dans une rue, j’en rencontre précisément un, le P. de Nadaillac. Je rentre à Angers par le train de 8h30 du soir.

Semaine du 23 au 30 février 1903

Angers, lundi 23 février 1903

Je me lève à 8h ½. L’après-midi, je vais voir De Bréon.

Angers, mardi 24 février 1903

Le matin, je vais faire une recherche à la Bibliothèque municipale. Le soir, les Magué viennent prendre le thé. L’après-midi, nous assistons tous à une représentation au Patronage Saint-Serge.

Angers, mercredi 25 février 1903

Je vais à la messe à la chapelle Saint-Martin, rue Rabelais, où le P. Barbier fait l’imposition des cendres. L’après-midi, nous allons tous, avec l’oncle Paul et Tante Josepha, dans l’omnibus du régiment qui est à la disposition de l’oncle Paul, au château du Plessis-Bourré ; superbe château style transition du gothique à la Renaissance construit par Jean Bourré, précepteur des enfants de Louis XI. Entr’autres choses remarquables, il faut citer la salle dite du Parlement et la salle des gardes au plafond à compartiments avec de très belles peintures gothiques. Nous rentrons à Angers vers 5h ½. Le château appartient à la comtesse d’Onsenbray[16] qui nous l’a laissé aimablement visiter.

Château du Plessis-Bourré

Angers, jeudi 26 février 1903

Cours habituels. L’après-midi, je vais faire la visite des pauvres, puis je vais au cours d’agriculture. À 7h du soir, je reçois à dîner quelques amis pour leur présenter Max ; ce sont : Jacques Hervé-Bazin, Henry Bonnet, Hervé de La Guillonnière, René de La Villebiot, Tony Catta et Pierre de Laurière, fils d’une demoiselle de Grammont amie de pension de Maman ; après dîner, on fait de la musique et on joue à de petits jeux ; on se retire un peu avant minuit.

Angers, vendredi 27 février 1903

Cours ordinaires ; en rentrant de cours, Maman m’annonce la mort de notre cousine Antoinette de Roig, mariée depuis le 25 juin 1901 à M. de Lavaur de Laboisse[17] ; elle est morte des suites de ses couches (elle avait donné le jour à un garçon il y a 3 semaines environ) ; elle avait à peine 21 ans ! Pauvre jeune femme ! Je ne la connaissais pas, mais la nouvelle de sa mort nous rend tristes toute la journée. À 1h ½, composition de droit commercial ; ensuite, je vais voir De Bréon qui est toujours à l’Hôpital Saint-Louis. Le soir, Max repart pour la Dordogne.

Angers, samedi 28 février 1903

Cours ordinaires. Après le cours, le secrétaire M. Maurice Gavouyère nous réunit pour nous faire opter, pour le second semestre, entre le cours de « législation financière » fait par M. François-Saint-Maur[18], et le cours des « voies d’exécution » fait par M. Albert. L’après-midi à 4h ½, je vais voir De Bréon ; en y allant, je rencontre précisément mon ancien camarade De Lavaur de Sainte-Fortunade, cousin (germain je crois) de M. Raymond de Lavaur de Laboisse dont la femme est morte ces jours-ci, je cause avec lui de la mort si triste de notre commune cousine, qu’il n’avait pas encore apprise bien que les journaux l’aient annoncée depuis deux jours. Ensuite, je vais me confesser, puis à la salle d’armes. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Mars 1903

Semaine du 1er mars 1903

Angers, dimanche 1er mars 1903

Le matin à 7h ½, je vais avec Papa à la messe célébrée pour les confrères défunts des sociétés de Saint-Vincent-de-Paul à la cathédrale, où je fais la sainte communion. L’après-midi, je travaille à mon travail pour la Conférence Saint-Louis pour le lundi 9 mars ; à 5h, je vais au salut chez les Dominicains.

Semaine du 2 au 8 mars 1903

Angers, lundi 2 mars 1903

Le matin, cours ordinaires. L’après-midi, à 5h, je vais faire ma visite de digestion à Mme de Kergos ; puis je vais à la salle d’armes. Le soir, Conférence Saint-Louis, j’y vais malgré une véritable tempête de vent et de pluie. Lucas y lit un assez intéressant travail sur « Le patriotisme et l’internationalisme ».

Angers, mardi 3 mars 1903

Cours habitues. L’après-midi, je vais voir le P. Vétillart qui me dit que M. Lavallée étant malade, il n’y aura pas de cours d’agriculture pendant toute cette semaine.

Angers, mercredi 4 mars 1903

Cours ordinaires, ou, plutôt, cours ordinaire de droit civil, car M. Albert ayant fini son cours de droit international privé, et M. Saint-Maur ne commençant que le 13 mars son cours de législation financière, nous serons privés (?) de second cours pendant quinze jours. L’après-midi à 5h, conférence de droit civil.

Angers, jeudi 5 mars 1903

Cours ordinaires le matin. L’après-midi, à 4h ½, je vais chez Bréon à l’Hôpîtal Saint-Louis, mais je ne puis pas le voir, sa famille étant ici aujourd’hui. Après les cours du matin, je porte chez Girard le projet des lettres d’invitation au mariage pour le mariage de Marie-Thérèse. Le soir, à la cathédrale, procession du Saint-Sacrement ; j’y assiste.

Angers, vendredi 6 mars 1903

Cours de droit civil. L’après-midi, à 1h ¾, conférence de droit commercial ; ensuite, je vais voir De Bréon. Le soir, réunion de la congrégation renvoyée d’hier.

Angers, samedi 7 mars 1903

Cours habituels le matin ; l’après-midi, je travaille jusqu’à 4 heures à mon travail pour la Conférence Saint-Louis ; ensuite je vais me confesser à Saint-Jacques, puis je vais à l’escrime ; en prenant une leçon de main gauche avec le professeur Bickel, j’attrape un coup de fleuret au-dessous de l’œil gauche, donné par Bickel dans un faux mouvement (j’avais eu le tort de ne pas mettre mon masque pour la leçon, comme je le mets pour les assauts) ; comme le fleuret était mal moucheté, il me fait une petite coupure qui saigne un moment ; si le fleuret avait frappé un centimètre plus haut, mon œil était fortement endommagé ; j’en suis quitte pour me laver souvent la plaie avec de l’eau boriquée chaude et pour avoir pendant quelques jours une croûte sous l’œil gauche. Mais c’est une leçon ; désormais, je mettrai toujours mon masque, même pour les leçons ; du reste, Bickel a dit qu’il l’exigerait de tous ses élèves. Le soir, à cause de ce petit accident qui m’occasionne une certaine inflammation, je ne vais pas à la Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 8 mars 1903

Le matin, je fais la sainte communion à la messe de 8h à Notre-Dame ; mon œil va beaucoup mieux, ma plaie est en train de se cicatriser. Je travaille presque toute la journée pour la Conférence Saint-Louis sur « La question arménienne » ; à 5h, je vais voir De Bréon, puis je vais au salut chez les P. dominicains.

Semaine du 9 au 15 mars 1903

Angers, lundi 9 mars 1903

Cours de droit commercial à la place du cours de droit civil, M. Jac étant à l’enterrement, dans l’Orne, de Mme de Capellis, fille de son cousin de Foulques. Ensuite cours de procédure civile, M. Courtois n’ayant pas fini son cours prend l’heure laissée libre par M. Albert qui a fini. L’après-midi, jusqu’à 5h, je travaille à ma conférence de ce soir ; à 5h, escrime. Le soir à 8 heures, je lis mon travail sur « La question arménienne », c’est une étude historique qui a son intérêt en ce moment où la Macédoine est sur le point de se soulever.

Angers, mardi 10 mars 1903

Cours de droit civil et de procédure civile ; l’après-midi, je repasse beaucoup de procédure et de droit international en vue de l’examen de lundi prochain. L’oncle Paul et Tante Josepha viennent nous voir et nous apprennent que le commandant vicomte de Chappedelaine, du génie, s’est blessé ce matin à la tête en faisant une chute de cheval ; ce sera peut-être grave. Je vais faire la visite des pauvres. Maman achève aujourd’hui les invitations pour le mariage de Marie-Thérèse. Si tout le monde accepte, le cortège sera nombreux. Cependant, quelques proches parents nous manqueront pour cause de deuil : chez les Civelli, Tata Mimi viendra probablement ; Marguerite-Marie, ayant perdu son père, le comte des Cordes, la semaine dernière, ne viendra certainement pas ; je ne vois pas non plus que Xavier vienne. Chez les Lazerme de Perpignan, à cause de la mort de la baronne du Limbert[19], mère de Tante Hélène, survenue le mois dernier, nous n’aurons certainement ni Tante Hélène, ni Marthe[20] ; tout au plus, l’oncle Joseph et Carlos[21] viendront-ils et, encore, ce n’est pas sûr. L’oncle Lutrand ayant perdu sa mère au mois d’octobre ne viendra pas non plus, et je ne pense pas que sa femme vienne. Néanmoins, si tous les autres invités acceptent, nous serons très nombreux ; mais il y aura du déchet ! Enregistrons cependant pour aujourd’hui l’acceptation de Mme de Llamby et de ses filles, Louise et Isabelle ; et de Mme de Saint-Jean avec un de ses fils.

Angers, mercredi 11 mars 1903

Cours ordinaires le matin ; l’après-midi à 4h ½, conférence de droit civil ; à 5h ½, cours de religion. Le soir, je vais avec Papa, Tante Josepha et Nénette au sermon de la station de carême à Saint-Serge.

Angers, jeudi 12 mars 1903

Cours habituels le matin. L’après-midi, je travaille à peu près tout le temps. Par le courrier du soir, arrivent une foule d’acceptations de nos invitations au mariage de Marie-Thérèse : nos cousins de Lamer[22], d’Albici[23], Companyo[24], Tante Isabelle, nos cousins de Barescut, Mme de Llobet, Mlle Madeleine Batlle acceptent. Le soir, congrégation ; après la congrégation, je vais avec Jacques Hervé-Bazin prendre une tasse de thé dans la chambre de Jacques des Loges qui nous raconte des histoires de la caserne. À 10h, avant de rentrer, nous le raccompagnons à la caserne.

Angers, vendredi 13 mars 1903

L’après-midi à 1h ¾, conférence de droit commercial ; ensuite, je vais place de La Rochefoucauld où Jacques des Loges, hier soir, m’a dit que le général Halter doit passer une revue du peloton des dispensés ; j’assiste à cette revue, on leur fait exécuter toute sorte de mouvements et de manœuvres dont ils s’acquittent d’une façon mathématique. Après dîner, je vais avec Papa à la cérémonie de l’Adoration à Saint-Laud.

Angers, samedi 14 mars 1903

Cours habituels. L’après-midi, je potasse mon examen d’après-demain. Le soir, nous dînons tous chez les Magué, en même temps que Pierre de Laurière.

Angers, dimanche 15 mars 1903

Le matin, je vais à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, je travaille mon examen ; à 5h, je vais faire une visite à M. Saint-Maur qui commence mardi son cours de législation financière. Après dîner, je vais avec Papa à la cérémonie de clôture de l’Adoration à Saint-Laud.

Semaine du 17 au 22 mars 1903

Angers, lundi 16 mars 1903

Le matin, il n’y a que le premier cours ; j’en profite pour chauffer mon examen. Je passe cet examen, à la Faculté, de 1h ½ à 3h ½ ; j’ai une blanche de droit international privé ; une blanche-rouge de droit civil et aussi une blanche-rouge de procédure civile ; c’est-à-dire bien plus qu’il n’en fait pour être reçu ; j’avoue que j’ai eu de la chance car je n’avais pas énormément préparé cet examen ; il est vrai que j’avais mis Saint Antoine dans mes intérêts. Il me reste encore à passer le droit commercial, M. Buston n’étant pas venu aujourd’hui pour je ne sais quelle raison. Ensuite, je vais me faire couper les cheveux. À 5h, escrime. À 6h ½, les Magué viennent dîner avec nous pour la dernière fois avec Marie-Thérèse avant son mariage, car Maman et Marie-Thérèse partent mercredi pour Vinça (elles s’arrêteront 3 jours à Sainte-Croix chez les Saint-Cyr). Le soir, Conférence Saint-Louis.

Angers, mardi 17 mars 1903

Le matin, cours de droit commercial et premier cours de législation financière par M. Saint-Maur. L’après-midi, à 2h, je vais la visite des pauvres. À 5h ¼, cours d’agriculture ; ils reprennent cette semaine après une longue interruption occasionnée par l’Assemblée des agriculteurs de France qui a eu lieu tous ces jours-ci et à laquelle M. Lavallée assistait ; il a eu d’ailleurs plusieurs prix pour son exploitation de la ferme de La Sermonnerie. Le soir, Papa reçoit une lettre de Louis Companyo lui annonçant la naissance d’une fille qu’on appellera Elisabeth ; ça va bien, une cousine de plus ! Qu’elle soit la bienvenue ! Mais je doute que ma cousine Marie Companyo[25] soit suffisamment remise, le 18 avril, pour assister au mariage de Marie-Thérèse ; son mari a accepté de venir.

Angers, mercredi 18 mars 1903

Il n’y a qu’un cours ce matin, le cours supplémentaire de M. Courtois n’a pas lieu parce que M. Courtois assiste à l’enterrement de sa cousine Mme de Varannes à Saint-Joseph. À 11 heures, je vais, avec Papa et Tante Josepha, accompagner Maman et Marie-Thérèse à la gare ; elles partent pour Angoulême où elles coucheront et choisiront demain avec Max leur chambre pour Sainte-Croix ; elles iront ensuite passer trois jours à Sainte-Croix, et, de là, se rendront à Vinça pour commencer les préparatifs du mariage. L’après-midi, à 3h ½, je vais à Saint-Jacques me confesser puis je vais voir De Bréon ; il est toujours ici, mais il ne tardera pas à partir pour le château de Bréon d’abord, puis pour Biarritz ; depuis une dizaine de jours, il a eu tout le temps quelqu’un de sa famille auprès de lui. Pauvre garçon, comme il est à plaindre ; voilà 5 semaines qu’il est là ! À 5h, conférence de droit civil ; je n’y passe qu’un quart d’heure (tout juste le temps d’être interrogé) car à 5h 1/4, je vais au cours de machines agricoles qui est fait aujourd’hui au lieu de vendredi. Le soir, je vais avec Papa au sermon de carême à Saint-Serge.

Angers, jeudi 19 mars 1903

Le matin à 7h10, j’assiste à la messe de l’Internat Saint-Martin en l’honneur de la fête de Saint Joseph ; j’y fais la sainte communion ; ensuite, ont lieu les cours ordinaires. L’après-midi à 5h ¼, cours d’agriculture. Le soir, congrégation plus solennelle que d’habitude à cause de la fête de Saint Joseph. En en sortant, je me trouve au milieu de la retraite aux flambeaux qui escorte un énorme mannequin assis sur un trône et décoré du nom de « S.M. l’Ami-Carême », c’est le commencement des fêtes de la mi-carême qui vont encombrer Angers pendant 3 jours.

Angers, vendredi 20 mars 1903

Le matin, cours ordinaires. L’après-midi à 1h ¾, conférence de droit commercial. Ensuite, je vais au Palais où se juge devant la Chambre des Appels correctionnels l’affaire de MM. de Chamaillard, sénateur du Finistère[26], le comte de Carheil et Le Gouvello de La Porte pour bris de scellés apposés sur des écoles congréganistes leur appartenant, lors des expulsions de l’été dernier dans le Finistère. Condamnés pour bris de scellés par le Tribunal de Ploërmel, ces messieurs avaient fait appel devant la Cour de Rennes qui avait réformé le jugement correctionnel de Ploërmel ; sur pourvoi du ministère public, la Cour de Cassation a cassé l’arrêt de Rennes et les a renvoyés devant la Cour d’Angers qui les juge aujourd’hui ; j’arrive trop tard pour entendre M. de Chamaillard qui, paraît-il, s’est superbement défendu lui-même, prenant violemment à parti le gouvernement de scélérats qui nous opprime ; cela lui était facile après le vote que la Chambre a émis avant-hier sur les demandes d’autorisation que beaucoup de congrégations d’hommes avaient faites conformément à la loi de juillet 1901 et sur la promesse de M. Waldeck-Rousseau qu’elles seraient examinées avec bienveillance ; le gouvernement de Combes a demandé que la Chambre les rejette toutes en 3 blocs sans passer à la discussion des articles, c’est-à-dire sans examen !!! Et il a posé sur ce point la question de confiance ; naturellement la Chambre, par 300 voix contre 257, lui a donné raison ; c’est le régime de l’étranglement sans phrases ! Lundi prochain viendra le tour du deuxième bloc ; quelques jours après celui du troisième. Puis viendront les demandes d’autorisation qui doivent être examinées au Sénat ; là, sur 60 environ, M. Combes demande l’admission de 5 !!! Puis viendra l’étranglement des congrégations de femmes, en attendant le tour du clergé séculier qui ne peut tarder.

Pour en revenir à notre affaire, j’ai assisté à l’affaire de M. de Carheil[27] ; il avait arraché les scellés mis par ordre de l’autorité administrative sur la maison d’école qui lui appartenait. Un avocat de Quimper le défend admirablement en soutenant que le scellé mis sur cette école l’avait été illégalement vu que, par définition, le scellé ne peut être apposé que sur des objets mobiliers et non sur des immeubles ; donc, la Cour doit acquitter ; l’avocat le soutient en s’appuyant sur divers arrêts de condamnation qui condamnaient « pour bris de scellés apposés légalement par ordre du gouvernement » (donc, a contrario, c’était reconnaître le droit d’enlever les scellés apposés illégalement). Le prononcé de l’arrêt est renvoyé à une audience ultérieure ainsi que pour les 2 autres affaires ; je crains bien que la Cour d’Angers condamne, il y a plusieurs sectaires parmi les conseillers ! Le soir, nous allons au sermon à Saint-Serge.

Angers, samedi 21 mars 1903

Temps superbe et chaud pour le premier jour du printemps. L’après-midi, je passe l’examen de droit commercial renvoyé à aujourd’hui, j’ai une rouge ; donc, pour l’ensemble : une rouge, une blanche, et 2 blanches-rouges, c’est bien plus qu’il ne faut pour le succès ; cela me donne de l’espoir pour juillet ; je vais voir De Bréon et je vais prendre un bain. Le soir, conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 22 mars 1903

J’assiste à la grand’messe à Saint-Joseph où on célèbre la fête paroissiale (messe en musique). À 2 heures, Hervé-Bazin, Bonnet, Des Loges, Hardouin-Duparc et Barrière viennent me chercher, et nous partons tous ensemble pour faire une belle promenade à bicyclette à cause du beau temps. Nous nous dirigeons d’abord vers Saint-Sylvain ; tout à coup, à une descente où j’allais assez vite, je sens ma bicyclette tourner sous moi, zigzaguer pendant 3 ou 4 secondes, puis se laisser choir et moi aussi, je ramasse une formidable pelle ! J’en suis quitte pour de la poussière, mais, à l’allure où j’allais, j’aurais pu me casser un bras ou la tête ; je n’ai même pas une écorchure ! C’est vraiment providentiel ; l’accident a pour cause la sortie de la chaîne, qui n’était pas assez serrée, de la roue dentée du pédalier dans laquelle elle s’engraine ; après 20 minutes d’efforts, aidé par mes camarades, je réussis à la faire rentrer à sa place, je la serre, et nous repartons. Nous allons au château de la Haie-Joulin où Mme Barthélemy, la sœur de Jacques Hervé-Bazin, nous fait aimablement goûter ; nous sommes à Angers à 6 heures. Je n’ai aucune douleur dans la jambe gauche qui a reçu le choc ni dans le bras droit sur lequel je suis aussi tombé ; peut-être sentirai-je quelque chose demain en me réveillant. Le soir, je vais avec Papa en soirée chez M. Albert ; il y a presque toute la Faculté, on joue à divers jeux, notamment au baccarat (avec des jetons !!!) ; on se retire à 11 heures.

Semaine du 23 au 25 mars 1903

Angers, lundi 23 mars 1903

En me réveillant, je ne ressens aucune douleur, pas davantage en marchant ; à peine une légère courbature au bras droit ; je suis ébahi de m’être tiré de ma « pelle » à si bon compte ! Cours ordinaires. L’après-midi visite des pauvres, escrime. Le soir, la Conférence Saint-Louis n’a pas lieu à cause du concert qui a lieu à la salle des Quinconces au profit des Petites-sœurs des Pauvres. Je suis invité à remplir les fonctions de commissaire à ce concert ; j’y vais, en habit, à 8h 1/4, et je me mets à faire placer les gens et à vendre les programmes ; les autres commissaires sont : De Damas, Hervé-Bazin, De La Villebiot, Catta et M. de Bermont. Le concert est superbe, il y a un chœur de jeunes filles de la société dirigé par M. de Romain, j’y reconnais les demoiselles Hervé-Bazin, Mlle de Padirac, les demoiselles Blanc etc. Il y a aussi plusieurs artistes, notamment Mlle Maria Gay, contralto des concerts Lamoureux, qui chante plusieurs très beaux morceaux, et, à la fin, charme l’auditoire, nous surtout, par 3 chansons catalanes !!! qui sont bissées (Mlle Gay, à son type, doit être catalane espagnole) ; Mlle Hasslauer dit plusieurs ravissants monologues et Mlle Ritter, des concerts populaires, joue plusieurs morceaux de piano. La quête faite par Mlles de Chemeillier, Boutton, de Kergos et Bazin, au bras de : Hervé-Bazin, M. de Bermont, De La Villebiot et De Damas, donne 336 francs. Assistance absolument d’élite et salle comble ; tout est fini à 11h ½. C’est égal ! Je ne m’attendais pas à entendre chanter ce soir en catalan !

Maria Gay (1876-1943), chanteuse catalane

Angers, mardi 24 mars 1903

Cours habituels ; l’après-midi à 6 heures, conférence de droit civil au lieu de demain. Le soir, nous allons à la cathédrale au sermon.

Angers, mercredi 25 mars 1903

Le matin, cours habituels. L’après-midi, n’ayant rien à faire, je vais à la salle d’armes. Le soir, je vais avec Papa au sermon et à la cérémonie à Saint-Serge, présidée par Monseigneur.

Avril 1903

Semaine du 11 au 12 avril 1903

Vinça, samedi 11 avril 1903

Longue interruption dans mon journal. Elle s’explique par une assez longue et tenace maladie qui m’a tenu au lit près de quinze jours. Le vendredi 27 mars à Angers, j’ai commencé à me sentir des douleurs dans le dos. Dans la nuit, j’ai eu la fièvre assez forte ; le lendemain, je ne me lève pas, l’influenza était déclarée : fièvre et angine ; après 3 jours, l’angine était enrayée et la fièvre avait disparu, lorsqu’une douleur rhumatismale se déclara au tendon du pied gauche, impossible d’appuyer le pied ; le lendemain, sans cesser de me faire souffrir au pied gauche, elle était aussi au pied droit ; deux jours de soins la font disparaître et nous étions contents, espérant partir bientôt pour le Roussillon, lorsque dans la nuit du vendredi 3 au samedi 4 avril, une nouvelle douleur se déclare au genou gauche : impossible de le plier ; alors, le médecin, au lieu de nous faire rester, veut hâter notre départ, craignant que cette douleur deviennent de plus en plus envahissante et espérant beaucoup du changement d’air ; il voulait nous faire partir dès samedi matin, mais, à cause du mauvais temps, nous retardons jusqu’au dimanche 5 avril ; je me lève dimanche à 10h ½ après 8 jours de lit et Papa, Jules et moi, nous partons à 11h ½ pour Bordeaux et Vinça. Le docteur m’a défendu de marcher et m’a ordonné de garder ma jambe gauche étendue pendant tout le voyage ; dans les gares, pour les changements, des employés aidés de Jules me transportent sur une chaise d’ambulance ; nous passons la nuit à Bordeaux à l’Hôtel Terminus, dans une chambre qui nous avait été préparée. Le lendemain, nous repartons à 8h du matin et, après 2 changements, nous arrivons à Vinça lundi 6 avril à 8h du soir ; je dîne et je me couche ; le lendemain, arrivent Philomène, Tante Josepha, Nénette et la femme de chambre Marie parties d’Angers lundi ; je passe ma journée au lit comme le docteur l’avait recommandé. Dans la nuit de mardi à mercredi, mon genou était à peu près guéri, lorsque je suis attaqué par la dysenterie ! (cinq promenades nocturnes entre 11h du soir et 6h du matin). Donc, encore 2 jours de lit ; en sorte que je ne me suis levé qu’hier vendredi 10 avril après 8 jours de lit à Angers, 2 jours de voyage et 3 jours de lit à Vinça. J’ai trouvé la maison bien aménagée en vue de la noce : la grande salle a été retapissée ; la salle à côté du salon a été tapissée et on y a installé la salle à manger, divers meubles ont été changés de place etc. etc. Aujourd’hui, je vais de mieux en mieux, bien que me sente faible des jambes, et je me lève de nouveau ; j’espère pouvoir assister à la messe demain ; l’oncle Paul arrive ce matin pour plusieurs jours (jusqu’après le mariage). Le soir à 8h ½, arrive Max de Saint-Cyr.

Vinça, dimanche 12 avril 1903 (Fête de Pâques)

Je ne puis pas assister à la procession qui a lieu de trop bonne heure (à 7 heures), mais je vais à la grand’messe à 10 heures, ce qui est ma première sortie. L’après-midi, nous avons la visite de Carlos qui se décide, malgré la mort récente de Mme du Limbert[28], à venir au mariage de Marie-Thérèse. Je me promène avec lui au grand jardin. Il part pour ses 28 jours à Castres, mais, afin qu’il puisse venir, l’oncle Paul écrit à son colonel, qu’il connaît bien, pour lui faire avoir un congé.

Semaine du 13 au 19 avril 1903

Vinça, lundi 13 avril 1903

Maman, Marie-Thérèse, M. de Saint-Cyr et moi nous allons en voiture déjeuner à Ille où se trouvent Papa et Philomène ; nous rentrons à 5 heures.

Vinça, mardi 14 avril 1903

Tata Mimi arrive par le train de 3 heures et demie ; à partir de demain, c’est le grand flot qui arrive. Dans l’après-midi, je vérifie avec Jules plusieurs caisses de vin qui sont arrivées pour la noce. Je vais inviter quelques fermiers de Vinça à venir au dîner des fermiers qui aura lieu à l’Hôtel, le jour du mariage.

Vinça, mercredi 15 avril 1903

À 10h ½, je vais avec l’oncle Paul attendre à la gare l’oncle Hector de Pontich[29]. À 3h ½, arrivent Mme de Saint-Cyr, Mlle de Saint-Cyr[30], l’abbé Gérard de Saint-Cyr[31], M. Marc de La Bardonnie[32] et M. l’abbé Labasse, curé de Sainte-Croix. À 8h du soir, arrivent l’oncle et Tante Delestrac avec Geneviève et Paul[33], et les chanoines Galais et Loizeau ; tout ce monde arrive en vue du mariage. Les Saint-Cyr et M. de La Bardonnie sont logés dans la maison. L’oncle Hector et les chanoines chez le commandant Noëll, les Delestrac chez Mme Thibaut et les abbés de Saint-Cyr et Labasse, avec Max, chez Mme de Llobet[34], car tout le monde s’est mis à notre disposition de la façon la plus aimable pour nous offrir des chambres.

Vinça, jeudi 16 avril 1903

Mme de Saint-Cyr, Mlle, M. l’abbé, Monsieur de La Bardonnie, Max, l’oncle Paul, Marie-Thérèse, Maman et moi, nous partons pour Ille à 9h ½, dans les deux voitures. Nous trouvons à Ille Papa, Philomène et l’oncle Xavier qui y est arrivé avant-hier. À 11 heures, a lieu à la maison la signature du contrat de mariage de Max et de Marie-Thérèse, qui est dressé par Me Truillès. À midi, déjeuner. À 3 heures, nous nous rendons à la Mairie où a lieu le mariage civil célébré par M. Aspès, maire. Il ne peut avoir lieu qu’à un domicile de l’un des époux, c’est-à-dire à Sainte-Croix, à Ille ou à Angers, mais pas à Vinça (au contraire, grâce à une délégation, le mariage religieux pourra avoir lieu à Vinça) ; les témoins de Marie-Thérèse sont l’oncle Xavier et l’oncle Paul ; ceux de Max sont M. de La Bardonnie et l’abbé de Saint-Cyr son frère. À 8h à Vinça a lieu le dîner de contrat qui réunit 23 personnes ; nous avons manqué, dans l’après-midi, la visite de notre cousine Mme d’Albici et de son fils Henri venus de Perpignan[35].

Vinça, vendredi 17 avril 1903

La journée se passe en préparatifs ; cependant, Mme, Mlle et M. l’abbé de Saint-Cyr, M. de La Bardonnie, le curé de Sainte-Croix et Philomène grimpent à Saint-Martin-du-Canigou ; de leur côté, les chanoines excursionnent. Moi, je me promène au grand jardin avec Paul Delestrac, nous tirons des oiseaux. Le soir à 8h, arrive l’abbé Latour ; il loge chez Mme de Llobet.

Vinça, samedi 18 avril 1903

Dès 5h ½ du matin, la maison est envahie par le restaurateur de Perpignan, Gadel, qui fait le dîner et par les 11 garçons ou cuisiniers qu’il amène. Ils installent dans la cuisine un énorme fourneau, apportent des monceaux de victuailles, des chaises en quantité énorme etc. etc. Par le train de 7h, arrivent l’oncle Xavier et Maurice[36]. Après bien des occupations, je m’habille vers 10 heures et je vais à la gare attendre les invités de Perpignan qui arrivent par le train de 10h ½ ; chemin faisant, je rencontre Pierre Cornet[37] et le capitaine de Lamer[38] qui arrivent en automobile. À la gare, c’est un flot énorme. De retour à la maison, je m’occupe d’organiser le cortège ; voici sa composition :

 PapaMarie-Thérèse
 MaxMme de Saint-Cyr
Garçons d’honneurMoiMlle de Saint-Cyr
Commandant de ChasteignerPhilomène
MauriceGeneviève Delestrac
Paul DelestracNénette
 Oncle XavierBonne Maman
 M. de La BardonnieMaman
 Oncle PaulTata Mimi
 Oncle HectorTante Josepha
 Oncle de BarescutTante Isabelle Cornet de Bosch
 Oncle DelestracTante Bonafos
 Joseph CornetTante Delestrac
 Pierre CornetCousine de Saint-Jean
 Henri de BlaÿMme de Barescut
 Carlos de LazermeCousine de Llamby d’Oms
 Cousin capitaine de LamerMlle de Llobet
 Cousin CompanyoThérèse de Barescut
 Cousin Boluix de LacroixLouise de Llamby dOms
 Cousin FerriolEspérance Truillès
 M. TruillèsMimi Jocaveil
 Capitaine de LlobetMadeleine Batlle
 Cousin Henri d’AlbiciIsabelle de Llamby d’Oms
 Cousin Joseph de Saint-JeanMlle Durand
 M. de Guardia  
 Xavier Cristau  
 M. Marie  

C’est moi qui suis chargé de faire placer tout le monde. À 11h ¼, le cortège se met en marche. L’église est admirablement décorée de plantes vertes, de fleurs et de lumières. Discours du curé d’Ille et du chanoine Galais, très bien tous deux ; c’est le curé de Vinça qui bénit l’union en l’absence de l’abbé Raoul de Saint-Cyr, cousin de Max qui devait la bénir (au dernier moment, il n’a pu venir). Pendant la messe, nous quêtons : à nous quatre, nous récoltons 145 francs, ce qui est assez gentil pour Vinça ; à la sacristie, long défilé ; beaucoup de gens de Perpignan sont venus à la messe, ainsi que beaucoup de gens de Vinça et d’Ille. Après la messe à 1 heure a lieu un lunch pour les gens venus à la messe, il se passe dans le petit salon du bas de l’escalier, près du petit jardin ; une cinquantaine de personnes environ y prennent part. Quand le lunch est à peu près fini, les gens du cortège viennent au dîner qui a lieu dans la grande salle : 52 personnes y prennent part. De leur côté, 12 prêtres (qui ne peuvent, d’après les statuts diocésains, prendre part aux dîners de mariage) dînent dans l’ancienne salle à manger. La salle à manger et le salon servent pour circuler ; le dîner dure de 1h50 à 5h ½, il y a, je crois, 10 ou 11 plats. Au champagne, M. de Barescut[39] porte un très joli toast où il rappelle le souvenir des défunts de la famille ; après lui, M. de La Bardonnie souhaite la bienvenue à sa nouvelle nièce. Au salon, après le café, le pousse-café et les cigares, on danse un peu, puis tout le monde s’en va pour prendre le train de 6h ½ (peu de personnes partent en voiture). À la gare, au moment où nous disions « au revoir » à Max et à Marie-Thérèse, à tous nos cousins, nous voyons Monseigneur de Carsalade qui est dans le train et qui félicite Papa du mariage de Marie-Thérèse. Nous rentrons à la maison un peu tristes de la séparation. L’oncle Delestrac et Paul, ainsi que les chanoines, sont partis dès ce soir. Vers 8h ½, on se remet à table pour prendre du thé ou du chocolat. À 10h ½, on se retire après une journée bien employée. Certes, tout s’est très bien passé : pas le moindre accroc. La table était admirablement décorée. Toutes les personnes qui ont assisté à la cérémonie nous font compliment et nous disent que c’est le plus beau mariage qu’elles aient vu à Vinça. Ce qu’il y a de consolant pour Marie-Thérèse, c’est qu’il a eu lieu, comme l’a fait remarquer le chanoine Galais, à la place même où avait été célébré celui de Maman et celui de Bonne Maman. Inutile de dire qu’une foule énorme garnissait le fond de l’église et se trouvait sur le passage du cortège. Ce qui nous faisait plaisir aussi, c’était de voir presque tous nos parents réunis autour de nous ; nous n’en aurions eu que fort peu, au contraire, si le mariage avait eu lieu à Angers. Enfin, journée superbe et qui comptera dans l’histoire de la famille !

Vinça, dimanche 19 avril 1903

Nous allons tous à une messe dite pour nous à 9h par l’abbé Labasse. À 10h ½, déjeuner ; à midi, départ de MM. de La Bardonnie, l’abbé de Saint-Cyr, Labasse, de Mme et Mlle de Saint-Cyr. L’après-midi, nous allons au grand jardin et à vêpres.

Semaine du 20 au 25 avril 1903

Vinça, lundi 20 avril 1903

Le matin, je vais me promener au grand jardin, et tirer quelques oiseaux avec M. l’abbé Latour et Geneviève. À midi, départ de Tata Mimi et de M. l’abbé. À 3h ½, de l’oncle Paul ; la maison se dépeuple de plus en plus. Le Roussillon d’aujourd’hui publie un long compte-rendu du mariage. Le voici[40] :

Le Roussillon, 20 avril 1903 – Coupure de presse collée dans le journal intime

Vinça, mardi 21 avril 1903

Le matin, je me lève à 9 heures. L’après-midi, je vais avec Genevève tirer des oiseaux au grand jardin ; je m’y promène aussi pendant une heure avec l’oncle Hector.

Vinça, mercredi 22 avril 1903

Papa arrive d’Ille par la voiture, vers 3 heures. À 2h ½, nous avons la visite de Pierre et de Joseph Cornet. Par le train de 3h ½, partent Tante Josepha, Nénette, Philomène, Tante Delestrac et Geneviève ; nous allons bien tristement les accompagner à la gare, car, pour les Delestrac, au moins, je ne sais pas quand nous les reverrons.

Vinça, jeudi 23 avril 1903

Je vais plusieurs fois me promener au jardin et ma journée, comme les précédentes, se passe d’une façon assez monotone.

Vinça, vendredi 24 avril 1903

À partir de onze heures du matin, le temps se met à la pluie pour le reste de la journée ; aussi, je ne sors pas. Papa, qui devait partir aujourd’hui pour Biarritz et Angers, y renonce, à cause du mauvais temps et parce qu’il est très enrhumé. Du reste, nous le sommes tous : Maman et Bonne maman le sont depuis quinze jours, l’oncle Hector et moi le sommes aussi ; Max, l’oncle Paul et Nénette sont partis enrhumés ; enfin, c’est un rhume quasi-universel.

Vinça, samedi 25 avril 1903

Papa part à 3h ½ pour Angers ; je vais au grand jardin avec l’oncle Hector puis je fais quelques visites de départ.

Semaine du 27 au 30 avril 1903

Angers, lundi 27 avril 1903

Hier matin, départ de Vinça par le train de midi pour Perpignan ; je fais route avec Jules Sabaté[41]. À Perpignan, je fais plusieurs visites ; je vais voir mes cousins Bonafos et Cornet de Bosch, que je rencontre (on me montre, chez les Cornet, la petite Elisabeth Companyo), et D’Albici et De Lazerme, que je ne rencontre pas (toutefois je rencontre l’oncle Joseph de Lazerme dans la rue). J’assiste aussi à une partie des vêpres à Saint-Jean où c’est aujourd’hui la fête de l’Adoration, mais je n’ai pas le temps d’attendre la fin. À 4h ½, je suis à la gare ; j’y trouve Madame de Llamby, avec Louise et Isabelle, venues pour voir Maman à son passage. À 5 heures, je prends avec Maman (arrivée de Vinça avec Marie par le train de 4h ½), le train pour Narbonne où nous dînons et prenons à 8h 13 le train pour Bordeaux ; nous sommes seuls presque tout le temps et dormons assez bien. À Bordeaux, nous déjeunons, allons entendre la messe à la cathédrale, et reprenons le train de 9 heures pour Montreuil-Bellay où nous changeons encore et nous arrivons à Angers à 4h35 par la pluie ; Papa nous attendait à la gare.

Angers, mardi 28 avril 1903

Le matin, je dors jusqu’à 9 heures. L’après-midi, je vais voir Hervé-Bazin ; il m’annonce qu’il a été ajourné lors du conseil de révision pour faiblesse des bras ; pourvu que pareille chose ne m’arrive pas demain !

Angers, mercredi 29 avril 1903

Le matin à 9 heures, je vais passer mon conseil de révision à la Préfecture ; je passe vers 10h ½ et je suis ajourné pour faiblesse de constitution ; cela, comme pour Hervé-Bazin, vient aussi des bras probablement, car, avant de se prononcer, le major m’a examiné les bras avec soin ; il se peut aussi, et c’est même probable, que cet ajournement soit le résultat de mon influenza qui m’a fait beaucoup maigrir. Quoi qu’il en soit, c’est fort ennuyeux, car pour la commodité de mes études, j’étais très content de faire mon service militaire cette année après la licence. Par contre, c’est une année de gagnée sur trois ; donc, le doctorat devient moins nécessaire ; si même j’étais de nouveau ajournée l’année prochaine, il ne me serait plus utile du tout. Tout cela demande réflexion et mon ajournement pourrait bien être le point de départ d’une grave décision !

Angers, jeudi 30 avril 1903

Je recommence à suivre les cours ; ce matin, cours de droit commercial et de législation financière. Aujourd’hui comme déjà hier, il est de plus en plus question de notre retour définitif en Roussillon. Nous ne restions à Angers en effet que pour notre éducation ; or, celle de Marie-Thérèse est terminée depuis 2 ans, celle de Philomène sera terminée dans 2 mois, et quant à moi j’espère être licencié en droit en juillet prochain ; puisque je suis ajourné et que je n’ai donc plus que 2 ans de service militaire à faire au lieu de 3 (et que même il me sera facile de me faire ajourner l’année prochaine, ce qui me dispenserait de 2 ans de service sur trois), je ne vois pas l’utilité de pousser jusqu’au doctorat en droit, ce diplôme ne me servira pas pour ma carrière d’agriculteur ; rien ne nous retient donc plus à Angers. Beaucoup de raisons, au contraire, nous commandent d’en partir ; d’abord l’enseignement fatigue Papa qui souffre souvent de la gorge et qui a la voix cassée vers la fin de l’année scolaire ; puis le séjour dans une grande ville, si loin de nos propriétés est doublement coûteux : à cause de la cherté de la vie à Angers et parce que cela nous oblige à donner nos vignes du Roussillon à portion de fruits et diminue d’autant notre revenu. Pour toutes ces raisons, j’ai lieu de croire que cette année sera la dernière de notre séjour à Angers.

Mai 1903

Semaine du 1er au 3 mai 1903

Angers, vendredi 1er mai 1903

Cours habituel (droit civil seulement, car il n’y a plus, maintenant, de second cours 3 fois la semaine). L’après-midi, à 4h ½, je vais à la gare attendre Max et Marie-Thérèse qui arrivent aujourd’hui de Paris pour une huitaine ; mais leur train ayant du retard, je ne puis pas les attendre et je vais au cours de machines agricoles à 5h ¼. Je les trouve, en arrivant à la maison, enchantés de leur vie commune. Le soir, les Magué viennent prendre le thé.

Angers, samedi 2 mai 1903

L’après-midi, à 5 heures, je vais me confesser à Saint-Jacques. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 3 mai 1903

Je fais la sainte communion à la messe de 8 heures à Notre-Dame ; je retourne à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, je vais tenir compagnie à l’oncle Paul qui est dans son lit souffrant de la migraine ; je vais porter aux familles pauvres les bons de la Conférence Saint-Vincent-de-Paul. Le soir, nous allons à l’ouverture du Mois de Marie à la cathédrale.

Semaine du 4 au 10 mai 1903

Angers, lundi 4 mai 1903

Le matin, cours habituels. L’après-midi, je vais avec Papa voir Mmes Jac et Gavouyère qui m’avaient invité à dîner avant les vacances de Pâques (sans que, d’ailleurs, je puisse m’y rendre, à cause de mon influenza) ; je ne rencontre que la seconde. Le soir, Conférence Saint-Louis.

Angers, mardi 5 mai 1903

Le matin, cours de droit civil à la place du cours de droit commercial M. Buston étant malade ; quant au second cours, M. Saint-Maur nous a prévenu samedi qu’il n’aurait lieu que demain. L’après-midi, je vais avec Papa faire une visite de digestion à Mme Albert pour son invitation du 22 mars ; à 5h ¼, cours d’agriculture (économie rurale).

Angers, mercredi 6 mai 1903

Le matin, cours de droit civil et de législation financière ; l’après-midi à 3h, conférence de droit civil.

Angers, jeudi 7 mai 1903

Cours de droit commercial et de législation financière. L’après-midi, vers 4h ½, je vais visiter la nouvelle salle d’escrime de mon professeur M. Bickel, à la rue Corneille ; elle est beaucoup plus vaste et bien mieux organisée que l’ancienne ; mais je ne pourrai pas en profiter de longtemps, car, pendant quelques mois, je vais remplacer l’escrime par de la gymnastique. Le soir à 8h ½, nous allons à la petite soirée de Mme Mongazon[42] ; il y a, en-dehors de nous et des Saint-Cyr, Pierre Hardouin-Duparc, Mme et Mlle Buston, le lieutenant-colonel et Mme Lenoir, parents de Mme Mongazon. Nous nous retirons à 11 heures.

Angers, vendredi 8 mai 1903

Cours de droit commercial le matin (pour remplacer celui qui n’a pas eu lieu mardi) ; à 1h ½, composition de droit commercial ; à 5h ¼, cours d’agriculture.

Angers, samedi 9 mai 1903

Le matin, cours habituels. Au retour de l’Université, je suis surpris dehors, et sans parapluie (car il faisait beau à 8h quand j’ai quitté la maison) par une terrible averse de grêle que je suis obligé de subir jusqu’à ce que j’ai trouvé un tram ; après les gelées du mois dernier, voilà qui va achever les vignes en Anjou ! Il y a eu aussi vers le 20 avril de fortes gelées en Roussillon, mais nos vignes ont été à peu près complètement épargnées ; nous pouvons en dire autant pour l’orage de grêle de mercredi ; toutes ces gelées (qui ont enlevé plus des ¾ de la récolte dans le Bordelais, dans l’Aude et dans l’Hérault) ont eu pour résultat une grande hausse sur les prix ; si nous continuons à être épargnés par les fléaux, nous pouvons espérer une bonne année de vin. Nous déjeunons avant onze heures, et, à midi, nous sommes tous dans le quartier Saint-Laud où nous faisons escorte, avec environ 300 catholiques (hommes et femmes) aux onze Pères capucins qui passent aujourd’hui en correctionnelle pour ne s’être pas dispersés après la signification du refus d’autorisation de leur congrégation ; chemin faisant, notre groupe grossit et quand nous arrivons devant le Palais de justice, nous pouvons être 500 environ ; je réussis, avec Papa et quelques personnes, à pénétrer dans le Palais, et au moment où les Pères montent les marches du Palais, la foule massée devant la porte les acclame longuement. Pendant près de deux heures, nous entendons juger M. Dominique Delahaye, président de la Chambre de commerce (la bête noire du préfet), qui, le jour de l’apposition des scellés sur le couvent des Oblats, s’était livré à quelques plaisanteries sur le juge de paix ; poursuivi pour outrages à un magistrat, il attrape 200 fr. d’amende, à cause des circonstances atténuantes. Ensuite, vient le procès des Capucins. À l’appel de son nom, le supérieur lit une belle déclaration dans laquelle il dit qu’en vivant en communauté et en priant avec ses frères en religion, il ne fait qu’user de son droit de citoyen français, et qu’il ne reconnaît pas à l’État le droit de l’en empêcher ; ni l’amende ni la prison ne nous font peur, dit-il, car, après notre jugement, nous en subirons un autre, celui du juge infaillible qui sonde les consciences ; tous les Capucins s’associent à cette déclaration ; puis le procureur de la République (un Roussillonnais, M. Jacomet de Boaçà[43], de Prades) prononce son réquisitoire ; il dit que les Pères, en ne se dispersant pas après notification de leur refus d’autorisation, tombent sous le coup des pénalités de la loi du 1er juillet 1901. L’avocat M. Perrin, professeur à l’Université, démontre que les Pères sont toujours protégés par leur demande d’autorisation, qui n’a pas été examinée, car la Chambre a refusé de passer à la discussion des articles du projet de loi sur les demandes d’autorisation, et, de plus, le projet, après le refus de la Chambre, n’est pas allé au Sénat, ce qui est contraire à la loi de 1901 pendant la discussion de laquelle M. Waldeck-Rousseau, président du Conseil, avait dit formellement qu’en cas de refus d’autorisation par l’une des deux chambres, le projet devait quand même aller devant l’autre. Vient ensuite le procès des Pères oblats qui est absolument identique, aussi leur avocat M. Gain, pour ne pas répéter ce qu’a déjà dit M. Perrin, élève le débat et, se plaçant sur le terrain de la justice et du droit de tous les citoyens à la liberté, déclare que les Pères ont les mêmes droits que les autres, et dit que, s’ils sont condamnés aujourd’hui, la justice aura son heure sur notre terre de France ; sa péroraison est accueillie par une salve d’applaudissements ; alors, le président, M. Joussaume, fait évacuer la salle, mais c’est un coup d’épée dans l’eau car tout est fini ; on n’a plus qu’à attendre le jugement ; il est rendu une demi-heure après ; les Pères (Capucins et Oblats) sont condamnés à 25 fr. d’amende ;il fallait s’y attendre, car le tribunal, aussi bien que la Cour d’Angers, ne brille pas par son indépendance. À la sortie des Pères, une foule d’environ 3000 personnes est massée devant le Palais ; les dames, parmi lesquelles Maman et Marie-Thérèse, ont acheté des fleurs et en jonchent le sol devant les Pères ; cependant, ceux-ci sont encadrés chacun par 6 hommes se donnant le bras, ce qui fait un important cortège dont je suis ; le cortège est lui-même entouré de gendarmes à pied et d’agents de police et précédé de gendarmes à cheval ; au moment de la sortie du Palais de justice, une immense acclamation retentit ; mais aussitôt, on entend des sifflets, des cris de « À bas la calotte », « Vive la Sociale », etc. poussés par plusieurs  centaines de voyous mêlés aux manifestants ; ils se mettent à lancer de la boue, des pierres, des trognons de choux, des pommes de terre etc. sur les Pères et entonnent l’Internationale. Tout le long du chemin, jusqu’au couvent des Capucins, la double manifestation suit le cortège en proférant des cris très différents ! Le cortège s’avance en silence (c’est le mot d’ordre) mais nous avons les oreilles endolories par les cris de « Vivent les Pères », « Vive la liberté », proférés par nos amis, et par ceux de « La calotte hou ! hou ! », « À bas la calotte », « À bas les Pères », « À bas la Patrie », et autres aménités, et par les accents de la Carmagnole et de l’Internationale, qui viennent de l’autre camp ; de temps en temps, une pierre ou un trognon de divers légumes tombe au milieu de nous ; mais nous sommes bien protégés par les gendarmes. Un moment sur le boulevard, Papa, Maman, Marie-Thérèse et Max se trouvent isolés au milieu d’un groupe de voyous, ils sont insultés, et Papa, qui n’a pas d’armes (pas même une canne) leur fait face en croisant les bras ; ils n’osent pas frapper, à cause du voisinage des gendarmes, mais ils se vengent en jetant une pomme de terre sur la figure de Marie-Thérèse. En arrivant à la place Saint-Laud devant le couvent, les forces de gendarmerie et de police se déploient pour ne laisser passer sur la place que les Pères et leur cortège ; ils sont appuyés par un peloton de dragons ; au-dessus de la porte de la chapelle, des mains amies ont placé une grande pancarte aux couleurs nationales avec les mots : « Liberté, Égalité, Fraternité », ô ironie !!! La vue de cet emblème, le tintement de la cloche du couvent qui sonne le glas de la liberté, les cris des deux catégories de manifestants, la vue des dragons et des gendarmes et du cortège qui s’avance silencieusement sur la place, tout cela est profondément impressionnant ; au moment où le cortège arrive à la porte du couvent, un jeune homme s’avance au-devant des Pères et leur offre un magnifique bouquet (produit d’une collecte faite en partie par Marie-Thérèse) ; alors le cortège des Pères pousse une immense acclamation en leur honneur, et on pénètre dans la chapelle où nous entonnons le Magnificat ; puis le Père supérieur nous remercie en termes émus de nos témoignages de sympathie, et, avant notre départ, récite avec nous 3 Ave Maria pour les persécuteurs des Pères ; j’avoue que, pendant le Magnificat, en chantant la strophe « Deposuit potentes de sede… », j’adressais au Ciel de bien ferventes prières pour qu’il hâte la chute de ce misérable Combes et de tout ce gouvernement de bandits !!! Je rentre à la maison avec un groupe d’amis sans rencontrer de manifestants ; mais quand j’arrive à la maison à 8 heures, Papa et Maman me racontent que, n’ayant pu entrer dans la cour de Saint-Laud à cause du barrage de gendarmes, ils ont été un moment entourés de contre-manifestants et ont dû subir leurs cris haineux et leurs crachats (Max en a reçu sur son chapeau). Max avait un revolver chargé sur lui, ainsi que beaucoup d’autres de nos amis (moi, j’avais un casse-tête, et Maman, un coup de poing américain) ; Papa et Maman ont été témoins de deux rixes entre manifestants du côté de la rue Hoche ; des coups de canne ont été échangés ; un vieillard a été blessé par des contre-manifestants. Il est probable que ces voyous, contenus par les gendarmes jusqu’à présent, profiteront de la nuit pour commettre des agressions, comme ils l’ont déjà fait le 23 avril, sur des passants inoffensifs. En somme, malgré la condamnation des Pères et la contre-manifestation (qui d’ailleurs ne comprenait que la lie de la populace), belle journée à Angers pour la cause de la liberté ! Il faut reconnaître que les mesures d’ordre ont été bien prises ; l’honneur en revient au maire, M. Bouhier, qui n’a pas voulu voir se reproduire les agressions et les rixes qui ont accompagné l’apposition des scellés sur les couvents des Capucins et des Oblats, le 23 avril dernier. J’espère que les Pères vont faire appel du jugement qui les condamne ; nous reverrons alors une nouvelle manifestation comme celle d’aujourd’hui ; il faut s’en réjouir, car cela habitue les Catholiques à s’organiser, à se compter, et impressionne beaucoup la population.

Denis Jacomet dit « Jacomet de Boaçà » (1858-1929), substitut du procureur à Angers en 1902-1904, futur conseiller à la Cour de Cassation – Collection privée

Angers, dimanche 10 mai 1903

Je vais à la grand’messe à Saint-Joseph. À midi, nous avons à déjeuner Jacques Hervé-Bazin et les Magué. Les journaux locaux racontent tout au long les manifestations d’hier. Les rixes ont été plus graves qu’on ne l’avait cru tout d’abord ; c’est ainsi qu’un vieillard a été renversé et piétiné par les apaches gouvernementaux ; un clerc d’avoué a reçu des coups de pied dans le ventre ; un tailleur a reçu sur la tête un formidable coup de canne qui lui a fendu le crâne ; des prêtres ont été renversés et piétinés ; enfin, l’agression la plus lâche a été celle dont le jeune Henri de la Selle, à peine âgé de 16 ans, a été victime ; il a reçu dans le dos, puis sur la figure, de formidables coups de poing d’un voyou qui a pris la fuite et n’a pu être rattrapé. Transporté évanoui et perdant son sang par une blessure au front, chez le Dr Dezanneau, on se demande s’il ne perdra pas l’œil. Toutes ces collisions ou, pour mieux dire, ces agressions, se sont produites après le retour des Pères dans le couvent, et entre la cour Saint-Laud et la place de l’Académie ; parce que toutes les forces de police et de gendarmerie étaient massées dans la cour Saint-Laud ; ça a été là une lacune dans les mesures d’ordre. Le soir vers minuit, des personnes qui sortaient d’une conférence donnée par le triste abbé Bosseboeuf dans la salle des fêtes du Grand hôtel (il aurait pu mieux choisir son jour), ont été assaillies par des apaches trainant dans les rues et ont dû tirer des coups de revolver dont les balles sont allées s’aplatir sur la devanture des Nouvelles Galeries ; des consommateurs attablés devant le Café Gasnault ont été également insultés et menacés par des bandes d’apaches. Il est à remarquer que parmi tous ces apaches, aussi bien que parmi ceux qui insultaient les Pères hier soir, il n’y avait pas d’ouvriers ; ces bandes, d’ailleurs assez peu nombreuses (environ 4 à 500) se composaient du rebut de la populace, de repris de justice, presque tous âgés de 15 à 20 ans à peine. Je suis tout étonné le matin d’apprendre que M. Maurice Gavouyère est venu prendre de mes nouvelles ; il me croyait blessé dans les bagarres d’hier ; je m’explique ce qui a pu le lui faire croire : le Petit Courrier de ce matin (Le Maine-et-Loire ne paraît pas le dimanche) a raconté l’agression dont Henri de la Selle a été victime, sans le nommer et a dit, du reste à tort, que sa mère et sa sœur présentes l’avaient relevé ; comme le malheureux jeune homme n’était pas nommé et que M. Gavouyère m’avait vu dans la manifestation et avait vu aussi Maman et Marie-Thérèse, il s’est figuré que c’était moi le blessé, alors que je m’en suis retourné le plus tranquillement du monde avec M. Gavouyère père, M. Jac et d’autres, sans me douter de ce qui se passait en même temps dans la rue Marceau. À 6 heures, nous allons au salut chez les Dominicains, qui ne sont plus 48 comme avant, mais seulement 14, tous leurs novices ayant quitté la France ; si leur maison d’Angers est encore ouverte sans que cela ait donné l’ouverture de poursuites contre eux, c’est qu’après le rejet de leur demande d’autorisation, ils ont formé une demande subsidiaire d’autorisation pour 3 maisons, comme préparatoires aux missions (celles d’Angers, de Paris et de Marseille) ; je crains bien qu’ils ne soient, dans cette nouvelle démarche, les dupes des paroles mielleuses à dessein de l’exécrable Combes, et j’aurais mieux aimé leur voir suivre l’exemple des Capucins et des Oblats !

Semaine du 11 au 17 mai 1903

Angers, lundi 11 mai 1903

Le matin, cours de droit civil. L’après-midi, je vais faire ma visite de digestion chez Mme Mongazon que je ne rencontre pas. Je vais aussi chez M. Jac. Je vais m’entendre avec le docteur Taupard, directeur de l’établissement d’hydrothérapie, aérothérapie etc. du boulevard du Château, au sujet des leçons de gymnastique respiratoire que je dois prendre. Un jeune homme m’arrête dans la rue pour me demander de mes nouvelles ; lui aussi m’avait cru blessé, sur la foi de M. Maurice Gavouyère ; décidément, on veut à toute force faire de moi une victime. Enfin, dans plusieurs salons, Maman qui fait aujourd’hui beaucoup de visites, est obligée de démentir les prétendues blessures que j’aurais reçues ; c’est plus que curieux ! Le soir, nous dînons chez les Magué ; après dîner, je vais à la Conférence Saint-Louis, pour laquelle on avait annoncé une conférence de Roussier ; mais, comme lundi dernier, il fait dire qu’il n’est pas prêt ; décidément ! Il se fiche de nous ; déplacement inutile.

Angers, mardi 12 mai 1903

Cours ordinaires. L’après-midi, je vais faire l’acquisition d’un revolver de poche à 5 coups, calibre 8mm10 ; c’est un joujou qui est fort utile par le temps qui court, car nous en viendrons bientôt à être obligés de nous faire justice nous-mêmes, car l’action du Parquet qui est si implacable contre les adversaires du gouvernement, est d’une faiblesse voisine de la complicité contre les apaches qui cognent sur les Catholiques. C’est ainsi qu’aucun des auteurs des agressions du 23 avril n’a été arrêté à Angers ; et, quant à ceux des agressions de samedi, il en est de même jusqu’à présent, et il n’est probable qu’ils resteront introuvables ; rien d’étonnant à cela, puisque « ces Messieurs » sont les auxiliaires de Combes. L’armurier me dit qu’il a vendu, depuis un mois, un très grand nombre de revolvers ; c’est la guerre civile qui se prépare, déchainée par le gouvernement républicain. À 3 heures, je vais prendre une leçon de gymnastique respiratoire, c’est une Suédoise qui me la donne sous la direction du docteur Topart ; cela consiste à faire certains mouvements et à respirer en même temps de manière à faire entrer dans les poumons la plus grande quantité possible d’oxygène. À 5h ¼, cours d’économie rurale. Max et Marie-Thérèse vont dîner chez le commandant de Chappedelaine.

Angers, mercredi 13 mai 1903

Cours de droit civil. L’après-midi, visite des pauvres. À 4h ½, conférence de droit civil ; à 5h ½, cours de religion par le P. (officiellement M. l’abbé) Barbier. Les Magué viennent prendre le thé avec nous et disent « Au revoir » à Marie-Thérèse qui part, avec son mari, pour Sainte-Croix où elle va commencer sa nouvelle vie. C’est le cœur un peu serré que nous lui disons « Au revoir » à 10 heures.

Angers, jeudi 14 mai 1903

Cours habituels. L’après-midi, je vais prendre le thé chez Hervé-Bazin ; je m’y retrouve avec plusieurs camarades : De Kergaradec, De Pontgibaud, Catta, Des Loges, De La Guillonnière, De la Grandière. À 8 heures, réunion de la Congrégation.

Angers, vendredi 15 mai 1903

Le matin, cours ordinaire de droit civil et cours de législation financière à la place du cours de demain. L’après-midi à 1h ¾, conférence de droit commercial. Ensuite, je vais avec Segot au Palais pour tâcher de recueillir quelques tuyaux sur l’affaire du frère Charles ; à cause du huis-clos, impossible de pénétrer dans la salle d’audience, mais à 4 heures, nous apprenons que l’affaire, après l’audition des témoins, a été renvoyée à demain pour le réquisitoire, la plaidoirie et le verdict. À 5h ¼, cours de machines agricoles. Le soir, nous avons Nénette à dîner, puis son père et sa mère viennent passer la soirée avec nous.

Angers, samedi 16 mai 1903

Cours de droit commercial. L’après-midi, vers 4 heures, je vais au Palais ; la salle des pas perdus est envahie par une soixantaine d’apaches qui vont sans doute crier ferme si le frère Charles est condamné. Dès la fin de la plaidoirie, le huis-clos est levé et je puis pénétrer au prétoire ; après une demi-heure d’attente, la cour et le jury rentrent et le chef du jury lit le verdict ; il est négatif sur toutes les questions, c’est donc l’acquittement. Quel camouflet pour le Patriote qui avait monté toute cette affaire !!! L’acquittement du frère Charles est sa condamnation ; à la place du frère, je lui intenterais une action en dommages-intérêts, car, très certainement, le Parquet ne marchera pas contre un journal tout dévoué au gouvernement. Les apaches, décontenancés, se portent vers la sortie espérant faire une conduite de Grenoble au frère Charles ; mais celui-ci est sorti par une petite porte ! Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul. Ensuite, tout le monde commente le verdict d’acquittement, tous les journaux locaux (sauf le Patriote) publient une édition spéciale. C’est que cette affaire passionnait l’opinion à Angers ; c’était, en effet, un coup monté contre les religieux, comme il y en a eu tant depuis quelques années (comme l’affaire du frère Flamidien à Lille[44], ou celle de l’abbé Santol[45]). Mais les sectaire finiront par renoncer à ce genre d’attaques, car elles ratent toujours ; c’est ainsi que, presque en même temps, 3 frères poursuivis pour attentats à la pudeur ou excitation de mineurs à la débauche viennent d’être acquittés : le frère Charles par la Cour d’assises de Maine-et-Loire ; un autre devant celle du Finistère ; et un 3ème, devant celle de Lot-et-Garonne ; au grand jour de la Cour d’assises, les accusations odieusement échafaudées dans les ténèbres des Loges s’évanouissent comme des fantômes !

Angers, dimanche 17 mai 1903

Je vais à la messe de communion de 8 heures à Notre-Dame. L’après-midi, je commence par me promener du côté des allées Jeanne d’Arc, puis je vais au salut chez les Dominicains. Le soir, les Magué viennent prendre le tilleul. À 2 heures, au Cirque-théâtre, il y a une conférence donnée par le citoyen Renaudel, de L’Action (journal de l’ex-abbé Charbonnel) sur la séparation de l’Église et de l’État. Comme cette conférence est donnée aujourd’hui même dans plus de 20 villes, par les soins du même comité, les journaux catholiques y voient un plan de la Franc-maçonnerie pour forcer a main au gouvernement et, à la suite de troubles dans les églises, lui faire prendre l’initiative de la dénonciation du Concordat (le gouvernement ne demande pas mieux). On craint donc des troubles dans les églises comme il y en a eu dimanche dernier à Aubervilliers ; aussi une compagnie du génie et un escadron de dragons sont consignés ; mais il ne se passe rien, à Angers du moins.

Semaine du 18 au 24 mai 1903

Angers, lundi 18 mai 1903

Cours de droit civil le matin. L’après-midi je travaille de 2 heures à 7 heures avec une interruption de 45 minutes pour faire une petite promenade à bicyclette. Les journaux racontent avec beaucoup de détails les désordres qui se sont produits dans plusieurs églises envahies par les Révolutionnaires. Sous prétexte d’empêcher d’anciens jésuites sécularisés de parler, l’église de Notre-Dame de Plaisance et celle de Belleville, à Paris, ont été envahies par des bandes d’apaches qui ont voulu escalades les chaires ; mais les Catholiques veillaient ; ils ont été repoussés à coups de gourdins et chassés au-dehors où ils ont attendu la sortie des fidèles pour leur cracher au visage et les bousculer. Néanmoins, les prédicateurs sont restés en chaire et les cérémonies ont suivi leur cours, grâce au dévouement des Catholiques qui ont bravé les coups pour défendre la liberté religieuse. Une dizaine de personnes ont été blessées à Belleville, quelques-unes grièvement. Mais la victoire est restée aux Catholiques. C’est comme cela qu’on doit faire partout ; il faut faire comprendre aux postérieurs de ces énergumènes que nos cannes et s’il le faut nos revolvers sont à leur service pour le jour où ils viendront nous provoquer dans nos églises !!! Notre Seigneur a bien chassé à coup de cordes les voleurs du Temple ! Dans plusieurs villes de province, à Clermont, à Toulon, et ailleurs, graves bagarres à la suite de manifestations de ce genre. Partout, les Catholiques se sont montrés ; c’est bien ! L’heure n’est plus aux paroles, mais aux arguments frappants !

Angers, mardi 19 mai 1903

Cours habituels le matin. L’après-midi, je travaille jusqu’à 5 heures, puis je vais au cours d’agriculture. Le soir, Maman qui arrive du Mans où elle est allée voir Philomène, nous apporte la confirmation d’une triste nouvelle qui courait à Angers depuis deux jours : le Sacré-Cœur du Mans va être fermé. Chaque jour apporte un nouveau deuil pour la liberté ! Ces dames se croyaient à l’abri de toute persécution car leur congrégation était autorisée par une ordonnance de Charles X et un décret de Napoléon III ; mais le gouvernement prétend, ainsi qu’il le fait pour beaucoup d’autres congrégations, que cette autorisation ne visait que la maison-mère et il exige l’autorisation de chaque maison ; comme ces dames n’ont pas fait, après la loi de 1901, de demande d’autorisation (laquelle, d’ailleurs, leur aurait été refusée), on vient de leur signifier d’avoir à fermer leur établissement et à se disperser, et cela à un mois de la fin de l’année scolaire ! Elles renvoient leurs élèves dans quinze jours, et elles-mêmes s’en iront dans un mois. Je préfèrerais les voir rester dans leur maison et s’en laisser arracher de force ! Le soir, nous allons au Mois de Marie à Notre-Dame.

Angers, mercredi 20 mai 1903

Cours ordinaires le matin. L’après-midi, conférence de droit civil ; ensuite, je vais me confesser à Saint-Jacques.

Angers, jeudi 21 mai 1903

Le matin, à l’occasion de la fête de l’Ascension, je vais faire la sainte communion à la messe de 8h à Notre-Dame. L’après-midi, malgré la chaleur, je vais voir de chez M. Baugas les courses bicyclette sur l’avenue Jeanne d’Arc. Le soir, Mois de Marie à la cathédrale.

Angers, vendredi 22 mai 1903

Cours de droit civil. À 1h ¾, conférence de droit commercial. Ensuite, malgré une chaleur de 30°, je vais avec M. Neveu placer des billets de la loterie Saint-Vincent-de-Paul dans le quartier Saint-Serge. À 5h ¼, cours d’agriculture. Le soir, Mois de Marie à Notre-Dame. Je reçois une lettre de Xavier me donnant les derniers tuyaux sur la course d’automobiles Paris-Madrid[46], à laquelle il prendra part, et que nous irons voir passer l’oncle Paul et moi ; sa voiture (Clément, légère, 30 chevaux d’après certains journaux, 40 d’après d’autres, peinture jaune et rouge, n°62) se reconnaîtra assez facilement à cause de ces renseignements et des croquis qu’il m’en envoie.

Sainte-Catherine-de-Fierbois (Indre-et-Loire), samedi 23 mai 1903

Cours ordinaires. Tout de suite après, je reviens vite déjeuner et je prends le train de 11h44 pour Tours ; j’y arrive à 2h25 avec un peu de retard ; j’en repars à 2h59 et je retrouve à Saint-Pierre-des-Corps l’oncle Paul, parti d’Angers à 1h ½. Nous montons ensemble dans l’express de Bordeaux et nous descendons à 3h55 à la station de Sainte-Maure. Une voiture (une vraie guimbarde) nous conduit à Sainte-Catherine-de-Fierbois ; en route, nous rencontrons une foule de teufs-teufs qui roulent dans la direction de Bordeaux ; ils sont tous remplis de dames ; nous pensons que ce sont les femmes (ou les maîtresses) des coureurs de Paris-Madrid qui les précèdent à Bordeaux pour assurer le gîte. À Sainte-Catherine, nous descendons dans une auberge où nous retenons 2 chambres, puis nous visitons un magnifique parc entourant le superbe château du marquis de Lussac ; puis le curé nous fait visiter en détail l’église fort ancienne, puisque c’est dans cette église que Jeanne d’Arc envoya prendre son épée, sur l’ordre de ses voix ; elle était cachée sous l’autel et tout le monde ignorait son existence. Une légende dit que c’est l’épée de Charles Martel que celui-ci y aurait laissée lorsqu’il vint prier dans l’église après sa victoire de Poitiers ; une plaque de marbre et plusieurs vitraux rappellent cet épisode. Le curé nous parle beaucoup de notre cousin le vicomte de La Villarmois[47], qui possède un fort beau château (le château de Montgoger) près du village voisin (Villeperdue). Nous nous couchons à 9h ½.

Angers, dimanche 24 mai 1903

Nous nous levons à 4h ¼ et, à 5h ¼, nous sommes sur la grand’route Paris-Bayonne que doit suivre la course Paris-Madrid. Elle est sillonnée d’automobiles et de cyclistes venus pour préparer la voie aux coureurs ou simplement en curieux comme nous. Nous la suivons pendant 5 kilomètres environ, jusqu’au chemin qui s’en détache pour aller à Villeperdue. Là, près d’un groupe très nombreux d’automobilistes, de cyclistes et de curieux, nous nous asseyons sur un des côtés gazonnés de la route et nous attendons le passage de la course. La première voiture qui arrive est le n°3 (type Renault) montée par Louis Renault ; elle passe à une effroyable vitesse, qui doit être ici du 110 ou du 120 kilomètres à l’heure ; il est 7h, 18 ½. Nous sommes à 240 kilomètres du point de départ (Versailles) et cette voiture en est partie à 3h32 ; comme il y a entre Versailles et le point où nous sommes 10 arrêts obligatoires (qu’on appelle neutralisations) d’une durée totale de 97 minutes, Renault a couvert ces 240 kilomètres en 129 minutes !!! Ce qui fait une moyenne de 112, 500 kilomètres à l’heure (près de deux à la minute) ; c’est plus que les trains les plus rapides, mais aussi le bruit courait ce soir à Tours que Renault s’était tué en arrivant à Poitiers. Un quart d’heure après, passe une seconde voiture, le n°14. À 7h 8 ½, passe celle conduite par la trop célèbre Mme du Gast ; partie 29ème, elle passe ici 8ème, elle a donc dépassé 21 voitures en 240 kilomètres (à Versailles il y a un départ toutes les minutes par ordre de numéro, à partir de 3h ½, et comme il y a 286 partants, cela fait durer le départ jusqu’à 7h35). À 8h50, passe Xavier[48] qui est parti à 4h15 ; sa voiture Clément marche à merveille, malgré sa vitesse vertigineuse, il nous voit et nous fait bonjour de la main, nous en faisons sautant, tout cela dans l’espace d’un dixième de seconde. Parti 62ème, il passe ici 30èe, il a donc dépassé 32 voitures, et fait une moyenne de 80 kilomètres à l’heure, c’est gentil pour une voiture légère de 30 ou 40 chevaux (celle de Renault est de 30 chevaux aussi, mais de forme différente). Nous remarquons que les plus rapides sont les voitures en forme de sous-marin, ou encore de ballon dirigeable (tube allongé), elles offrent moins de résistance à l’air. Nous partons à 9h ¼, après avoir vu passer 43 voitures (la dernière qui passe est le N°217, c’est une Mars de 70 chevaux ; partie à 5h40, elle a donc fait les 240 kilomètres en 127 minutes, soit plus vite que Renault ; du 113, 940 à l’heure comme moyenne !!!). Nous étions admirablement placés pour voir les voitures en vitesse, car nous étions  peu près aux deux tiers d’une ligne droite longue de 21 kilomètres, complètement en rase campagne et à un endroit où la route descend légèrement en marchand dans le sens de la course, pendant assez longtemps ; aussi nous voyions développer aux teufs-teufs le maximum de leur vitesse, et on peut certainement compter que ceux qui ont fait dans l’ensemble une moyenne de 80 kilomètres à l’heure passaient devant nous à une allure de 100 à l’heure ; quant à celui qui a fait une moyenne de 114 à peu près, il a dû passer devant nous à une allure de 130 au moins ! À 9h ¼, nous prenons la direction de Villeperdue, situé à 3 kilomètres ½, où nous nous embarquons dans le train de 10h 1, qui nous amène à Tours en une demi-heure ; nous entendons la messe de 11 heures à la basilique Saint-Martin, nous déjeunons à l’Hôtel de l’Europe et nous dispositions à prendre le train de midi 40 quand nous apprenons que ce train n’a que des 1ères, et que, pour le prendre, je devrais non seulement faire supplémenter mon billet de deuxième, ce qui serait acceptable, mais, voulait m’arrêter à Saumur, abandonner complètement mon billet, jusqu’à Angers ; je renonce à mon arrêt à Saumur et j’attends le train de 2h40. Nous nous promenons dans Tours qui présente une grande animation à cause du passage de la grande course ; nous voyons passer les dernières voitures. À Saumur, à 4 heures, je retrouve Papa, Maman, Tante Josepha et Nénette, venus en pèlerinage à Notre-Dame des Ardillers avec les Conférences Saint-Vincent-de-Paul d’Angers qui ont donné rendez-vous à celles de Tours ; je comptais assister aux vêpres de ce pèlerinage, mais l’impossibilité de prendre le train de midi 40 à Tours me les a fait manquer. L’oncle Paul est resté à Langeais pour visiter le château ; il sera à Angers à 9h. À Angers, j’achète un télégramme que vendent des marchands de journaux ; il donne les noms des premiers arrivés à Bordeaux : le premier est Renault (dont on nous avait annoncé la mort) à 11h45. Xavier arrive 10ème à 1h51, ce qui fait, neutralisations déduites, 6h40 (400 minutes, 82 kilomètres 8 à l’heure en moyenne ; il a donc dépassé 52 voitures). Un grave accident s’est produit à Libourne ; une voiture a butté contre un arbre, s’est retournée, son conducteur, M. Lorainne-Barrot[49] a été projeté à 6 mètres en avant et tué sur le coup ; son compagnon est grièvement blessé ; la voiture est en morceaux. Il est probable qu’il y a d’autres accidents. Demain, L’Auto nous donnera d’autres détails. À Bordeaux, il y a un jour complet de repos ; les coureurs n’en repartent que mardi 26, pour faire la seconde étape (Bordeaux-Vitoria), mais, pour ne pas qu’on puisse réparer les voitures à Bordeaux et à Vitoria, elles sont mises sous scellés dès leur arrivée et y restent jusqu’au moment du départ ; sans cette précaution, on ne pourrait pas connaître la force de résistance des voitures. En somme, j’ai passé une excellente journée, favorisée par un temps superbe, et j’ai vu un spectacle des plus curieux.

Départ de la course Paris-Madrid le 24 mai 1903

Quand je pense à ces monstres passés sous mes yeux à des allures de bolides, et quand je reporte ma pensée à 10 années en arrière, je ne puis m’empêcher d’admirer ces ingénieurs qui, en si peu de temps, ont fait faire de pareils progrès à l’industrie des voitures automobiles, à peine naissante alors, et si prospère aujourd’hui !

Semaine du 25 au 31 mai 1903

Angers, lundi 25 mai 1903

Cours de droit civil. Après le cours, j’apprends que la course Paris-Madrid est interdite sur territoire français par arrêté du ministre de l’Intérieur (Combes) pris cette nuit, à la suite des accidents si nombreux qui ont marqué sa première étape. Le fait est que plusieurs journaux signalent 17 morts et 30 blessés, ces chiffres me paraissent fantastiques ! Ce n’est pas Louis Renault qui s’est tué, c’est son frère Marcel Renault, vainqueur de Paris-Vienne l’année dernière, qui s’est grièvement blessé. Une foule d’autres accidents sont arrivés ; ainsi deux voitures se sont renversées, ont pris feu et leurs conducteurs ont été carbonisés. Xavier est arrivé à Bordeaux, non pas 10ème comme le disait une dépêche inexacte d’hier soir, mais 36ème, et comme il était parti non pas 62ème, mais 39ème malgré son numéro (cela provient de nombreuses défections ; ainsi, au lieu de 286 voitures annoncées, il n’en est parti de Versailles que 220), ce n’est pas très brillant ; il n’a guère fait que maintenir son rang. Le vainqueur est Gabriel sur une Mars ; il n’a mis que 5h13 minutes, 31 secondes pour parcourir les 552 kilomètres, ce qui donne une moyenne de plus de 106 kilomètres à l’heure (le sud-express n’en fait que 95) ; aux passages où il pouvait se lancer, Gabriel faisait du 130 à l’heure ; mais il avait la sagesse de ralentir aux passages dangereux.

Voiture de Marcel Renault lors du Paris-Madrid 1903

Quant à Louis Renault, noté premier pour les voitures légères, il a constaté à certains endroits très favorables une vitesse de 143 kilomètres à l’heure ; mais sur l’ensemble il a été un peu inférieur à Gabriel, puisqu’il a mis 5h33 minutes. Le soir, on apprend que le gouvernement espagnol a interdit lui aussi la course sur la demande des journaux, en présence des accidents survenus en France. L’épreuve sportive si intéressante, mais si dangereuse, paraît donc terminée. Qui doit être contente, c’est ma tante Civelli ; elle était si inquiète pour son fils !!! Gageons que, pour une fois, elle aura crié « Vive Combes » ! Le soir, nous allons au Mois de Maris à Notre-Dame. Dans l’après-midi, je vais chez le docteur Sourice pour me faire donner l’ordonnance des douches que je vais commencer ; puis je vais faire une foule d’emplettes avec Maman : gilets, chemises, bottines, vestons d’été etc.

Angers, mardi 26 mai 1903

Cours ordinaires. Après le second cours, je vais prendre ma première douche à l’établissement du Dr Topart boulevard du Château. Les journaux de tous les partis tombent à bras raccourcis sur les automobiles, les automobilistes et leurs courses. Une interpellation est déposée à la Chambre et une autre au Sénat contre le gouvernement qui a autorisé la « tuerie du 24 mai », lit-on partout. C’est un concert presque unanime contre ces malheureux chauffeurs et l’automobile a accompli ce miracle de réunir dans une même opinion les rouges et les blancs, les Jaurès et les Le Provost de Launay, en passant par les Méline et les Waldeck-Rousseau !!! C’est ce malheureux Combes qui paie pour tout le monde, et beaucoup de journaux se déclarent persuadés que le ministère va tomber sur cette question. Malgré mon vif désir de ce résultat, je ne partage pas leur opinion. D’autres déclarent sérieusement que l’industrie de l’automobile est morte à tout jamais !!! Comme si une course à une allure absolument anormale pouvait rien contre l’usage régulier d’un mode de locomotion en somme si commode ! À ceux-là encore je prédis l’insuccès de leurs pronostics, et, cette fois, en le leur souhaitant. C’est absolument comme si, après une catastrophe de chemins de fer (telle celle de Sait-Mandé en 1892, qui a fait mourir 50 personnes) ou un naufrage comme celui de la Bourgogne en 1898 (600 victimes), on déclarait qu’on ne voyagera plus en chemin de fer ou en navire à vapeur, et qu’on va reprendre l’antique diligence ou les trirèmes de nos aïeux !!!

D’ailleurs, on avait beaucoup exagéré hier en parlant de 17 morts et 30 blessés. La vérité, très difficile à démêler, paraît être pour un chiffre moins lamentable ; il semble qu’il faille compter une dizaine de morts (tous des chauffeurs, sauf un soldat, un mécanicien et un cycliste à Angoulême et une femme ailleurs) et un certain nombre de blessés ; ni Renault, ni Lauraine-Barrot, ni Porta qu’on portait hier comme décédés, ne sont morts.

Ce qui se dégage de cette course, c’est que si les automobilistes veulent reprendre leurs expériences, ils doivent s’associer pour créer une route à eux (qu’on appellera autodrome si l’on veut) où ils seront libres de se livrer à toutes les extravagances possibles sans exposer la vie des passants. Il serait bon aussi d’imposer aux constructeurs une limite dans la vitesse de leurs voitures. Mais de là à interdire la construction des automobiles qui constituent aujourd’hui une des principales, sinon la première des industries françaises, il y a un abîme qu’il faut être insensé pour franchir.

L’après-midi, je travaille tout le temps, sans aller au cours d’agriculture ; en raison de l’approche de l’examen de droit, je supprime à partir d’aujourd’hui les cours d’agriculture. Le soir, je vais à la musique au Mail.

Angers, mercredi 27 mai 1903

Cours de droit civil. Après le cours, je vais prendre une douche boulevard du Château. Une lettre de Tata Mimi nous apprend que Xavier a eu un léger accident à sa voiture à 3 kilomètres de Bordeaux : l’arbre de la manivelle s’est cassé ; ce qui l’a retardé. C’est ce qui explique qu’il n’ait pas figuré au classement donné dans L’Auto hier et dans celui d’avant-hier. Xavier part pour Madrid en chemin de fer, sa voiture n’était pas prête à se remettre en route ; il ne veut pas manquer la réception que les Espagnols préparent aux chauffeurs français, car plus de 100 voitures ont passé la frontière, mais elles ne marchent qu’à l’allure de touristes ainsi que le leur permettent les termes de l’interdiction de la course en Espagne. J’écris à Xavier à Madrid pour l’inviter à s’arrêter à Angers à son retour ; j’adresse ma lettre au président du Royal Automobile-Club, rue d’Alcalá, en le priant de la remettre à Xavier, j’espère qu’ainsi elle lui parviendra. L’après-midi à 4h ½, conférence de droit civil ; à 5h ½, cours de religion. Après dîner, Mois de Marie. Par le courrier du soir, je reçois une carte postale de Xavier partie ce matin d’une station espagnole ; il me dit qu’il va à Madrid par train spécial.

Xavier Civelli de Bosch (1878-1924) au volant d’une Grégoire (1906), photographie par l’agence Rol –  Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, EI4-13 (boîte 109)

Angers, jeudi 28 mai 1903

Cours de droit commercial seulement ; le cours de législation financière aura lieu demain. Ensuite, douche. L’après-midi, je travaille dans ma chambre ; il y a vers 3 heures ½ un violent orage de pluie et de grêle ; pluie diluvienne pendant une demi-heure, forts coups de tonnerre, puis le temps se débrouille et je puis sortir. Le soir, réunion de la Congrégation, après laquelle je vais entendre un morceau de musique au Mail. Maman a enfin reçu de M. de Barescut le texte du toast qu’il a prononcé au dîner de mariage de Marie-Thérèse ; nous l’avons trouvé si bien que je veux le copier dans mon journal ; le voici :

Toast prononcé au mariage de Mademoiselle Marie-Thérèse Estève de Bosch et de Monsieur Max du Pin de Saint-Cyr par leur oncle Monsieur de Barescut, à Vinça le 18 avril 1903

« Ma chère Nièce,

Mon cher Neveu,

On dit que les mariages sont écrits au Ciel. Je n’ai qu’à jeter les yeux sur vous pour être persuadé de cette vérité.

En Bretagne, lorsqu’un mariage est parfaitement assorti, comme le vôtre, on dit du Monsieur qu’il a trouvé sa paire, et de la Dame qu’elle a trouvé son pair, ce qui veut dire qu’il y a parité en toutes choses.

Il y a quelques instants, à l’église, des voix éloquentes ont dit votre parité d’origine et l’illustration de vos familles.

Je tiens à vous laisser sous le charme de ces paroles et je veux simplement ajouter qu’il y a encore harmonie parfaite de l’âge, parité de beauté physique et morale ; mêmes sentiments, même credo, mêmes espérances. Elles se réaliseront certainement, ces espérances, et votre union sera parfaite comme celle du chêne et du lierre, du soleil et de la lumière, de la fleur et de son parfum.

Monsieur, vous êtes chez nous depuis quelques jours à peine, et vous avez déjà conquis toutes nos sympathies. En échange des bons souvenirs que vous nous laisserez, pouvons-nous espérer que nous ne serons pas oubliés ?

Rentré au manoir de vos pères, vous vous souviendrez de notre Roussillon, de ses plaines aux cultures variées et fertiles, de la bonté et de l’abondance de ses sources, du cristal de nos rivières, et de cette montagne qui est en face de nous, si belle lorsque sous les feux du jour, sa base prend toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, belle surtout lorsque, comme en ce moment, le soleil couchant lance sa dernière tangente d’or sur ses neiges éternelles.

Vous l’oublierez d’autant moins, cette montagne enchanteresse, que votre charmante compagne vous la rappellera les soirs d’automne, en chantant la suave mélopée qui lui est dédiée et dans laquelle notre poète catalan vous fiat une invitation que vous avez déjà saisie ;

Dès le début, il s’écrie :

« Et parmi ces fleurs de la montagne, fleurs d’été et fleurs d’automne, fleurs d’hiver et de printemps, fleurs de soleil et fleurs de neige, je prendrai les plus belles ».

C’est ce que vous avez fait, et parmi nos jeunes filles, fleurs du Roussillon, vous avez choisi une des belles parmi les belles.

Vous n’oublierez pas les cœurs catalans : ils ont sans doute les défauts de leurs qualités ; mais nulle part, vous ne trouverez autant de franchise, autant de loyauté : ils sont tous fidèles à leur Dieu, fidèle à leur Patrie, fidèles à tous leurs serments.

Vous n’oublierez pas surtout cette charmante réunion, cette guirlande de fleurs qui entoure cette table, ces Dames et ces jeunes filles, voilant sous leur distinction personnelle et la diversité de leur grâce, la similitude de leur beauté. Oui, ce sont bien des sœurs ! « Et facies unaqualem decet esse sororum ».

Madame,

Je me reprocherais de ne pas payer dans une circonstance aussi solennelle le tribut de mes souvenirs à ceux des vôtres que j’ai particulièrement connus.

À vos oncles et à vos tantes d’Ille. Ce qu’ils étaient, demandez-le aux pauvres, ils vous renseigneront mieux que moi.

Je veux saluer votre grand-père, colonel du génie… À l’éclat de ses services militaires, il joignait, sans ostentation comme sans respect humain, la pratique de toutes les vertus chrétiennes.
Votre grand-mère, plus âgée que moi, avait guidé les premiers pas de mon enfance, et j’ai toujours conservé le meilleur souvenir de la distinction de sa personne et de l’excellence de ses qualités.

Je salue en votre père le parfait chrétien, l’homme du Devoir, le savant et le professeur que sa haute intelligence a désigné pour élever la jeunesse de nos écoles dont la France attend son relèvement.

Je ne dis rien de Madame votre mère ; sa modestie me défend de dire tout le bien que je pense d’elle ; mais elle ne peut m’empêcher de lire dans tous nos cœurs et de déposer à ses pieds l’hommage de leur admiration et de leur respect.

Quant à Madame de Lazerme, votre grand’mère, je lui en demande bien pardon, mais qu’elle me permette de dévoiler un secret de son cœur qui vient de m’être révélé.

Lorsqu’il y a un instant, elle a mis les pieds dans ce salon, son regard voilé s’est porté sur le portrait de son cher disparu qui domine cette réunion[50].

À ce moment, moi aussi je regardais la belle tête de mon ami d’enfance, aux relations si sûres. Sous le regard de celle qu’il eut pour compagne, cette tête s’est éclairée, ses yeux ont repris de la vie, sa bouche s’est entr’ouverte comme pour dire une prière.

Que dis-je ? Sous son cadre de verre j’ai vu, j’ai entendu les battements de son cœur, et sa main droite s’et levée pour bénir ses enfants.

Après la bénédiction du prêtre, celle des aïeux, et comme dans nos villes, l’éclairage de la nuit est installé au moyen d’un double courant, de même le double courant de cette bénédiction – celui de la Terre allant au Ciel, et celui du Ciel revenant sur la terre – s’est arrêté sur vos fronts inclinés. Il sera leur égide, leur force, leur gloire et leur lumière.

Aurai-je la consolation de voir le complet développement votre bonheur ? Je n’ose l’espérer. À mon âge, je n’attends rien des jours.

Dans les forêts du Nouveau Monde, sur les bordes du Meschacébé, Chateaubriand, le grand vaincu de la vie, s’écriait :

« Le vent qui souffle sur une tête dépouillée ne vient jamais d’aucun rivage heureux ».

Je me fais l’application de cette parole. Dans ce voyage de la vie, qui est bien un voyage en chemin de fer, soit par la rapidité de la course, soit par les accidents qu’elle entrave, colis meurtri, épave brisée par de grandes et de nombreuses douleurs[51], j’arrive enfin à destination et je n’ai pas, au départ, pensé à demander à l’Éternel distributeurs de billets un coupon de retour, mais je consulterai mon indicateur, et s’il me reste encore quelques kilomètres à parcourir, ils me donneront, je l’espère, la consolation de voir votre bonheur complet, et je pourrai alors répéter avec vérité ce que je disais au début de mon toast, comme une aspiration et comme une espérance :

« Oui, vraiment, votre mariage était écrit au ciel ».

C’est dans ces sentiments que je lève mon verre en votre honneur ».

Ce toast, très applaudi, et qui méritait bien de l’être, a été suivi de celui de M. de La Bardonnie ; nous n’avons pas le texte de ce dernier. Je suis heureux d’avoir pu consigner dans mon journal les paroles, si bien empreintes de l’esprit familial, du bon M. de Barescut.

Angers, vendredi 29 mai 1903

Le matin, cours de droit civil et de législation financière. À onze heures 44, Papa part pour Biarritz où il va passer 3 jours pendant le congé de la Pentecôte pour voir si tout est en état à la villa. À 1h ¾, conférence de droit commercial ; ensuite douche.

Angers, samedi 30 mai 1903

Le matin, cours ordinaires. L’après-midi, je regarde de ma fenêtre le concours hippique qui est terriblement saucé car il pleut presque toute l’après-midi ; aussi, peu de monde dans les tribunes ; Jacques Hervé-Bazin vient de 3h à 5h ½ pour regarder le concours. Ensuite, je vais me confesser. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 31 mai 1903

Je fais la sainte communion à la messe de 8h à Notre-Dame. À cause de la pluie, je ne vais pas à une balade en bécane organisée par Hervé-Bazin, Hardouin-Duparc etc. L’après-midi, le concours hippique est mouillé. Jacques des Loges vient à 2h ½ à 4h y assister des fenêtres du second. À 4h ½, je vais au salut à la chapelle de l’Adoration, celle des Dominicains étant fermée par ordre du gouvernement de la R.F. (devise : liberté (oh oui !!!), égalité (et les loges maçonniques, quand les fermera-t-on ?), fraternité (de guerre civile)). Le soir, nous avons à dîner les Magué et Jaques Hervé-Bazin.

Juin 1903

Semaine du 1er au 7 juin 1903

Angers, lundi 1er juin 1903

Maman part pour le Mans par le rapide de 10h25 pour aller chercher Philomène obligée par la fermeture du Pensionnat du Sacré-Cœur du Mans, de quitter cet établissement 3 semaines avant son examen du brevet et 7 semaines avant les vacances. Jusqu’à la signification brutale d’avoir à se disperser dans le délai d’un mois, les religieuses du Sacré-Cœur du Mans se croyaient parfaitement en sûreté, car leur maison avait été particulièrement autorisée par un décret de Napoléon III ; mais elles ont été tirées de leur quiétude par l’arrêté de fermeture motivé sur une interprétation vraiment monstrueuse de leur autorisation : le gouvernement a le cynisme de soutenir que leur maison n’est pas autorisée parce qu’à l’époque de l’autorisation elles n’étaient pas dans le même local ; depuis le changement de local, dit Combes, l’autorisation n’existe plus !!! J’aime à croire que ces dames auraient gain de cause si elles allaient devant les tribunaux ; je ne sais si elles le feront. Je vais déjeuner chez les Magué. L’après-midi, le concours hippique débute par une forte averse, puis, vers 2h ½, le temps se met au beau et c’est par un beau soleil que se termine la journée ; aussi, tribunes combles et superbes toilettes ; j’y vais vers 3 heures, et j’y rencontre un tas de monde de connaissance ; beaucoup de personnes venues des villes voisines. À 8h24, je devais aller avec les Magué aller attendre Maman et Philo à la gare, mais à 7h je reçois une dépêche de Maman me disant qu’elle arrivera à minuit ; je préviens une voiture d’aller l’attendre.

Angers, mardi 2 juin 1903

Cours ordinaires ; ensuite douche. L’après-midi, je travaille jusqu’à 4h ½, puis je vais me faire couper les cheveux. Au retour, j’assiste sur le boulevard à une dispute, je diras même à une rixe, entre apaches qui trainaient un de leurs camarades ivre-mort et voulaient le ramener chez lui, et agents de police qui voulaient le leur arracher pour le mener au poste ; les apaches étaient vainqueurs et amenaient leur victime (cars ils trainaient sur le sol ce malheureux absolument inanimé, comme mort) lorsqu’un renfort de police arriva et parvint à le leur arracher ; mais les apaches, furieux, tiraient le couteau et menaçaient et insultaient les agents que moi et quelques individus nous avons entourés un moment pour les protéger car ils étaient incapables de faire un mouvement, occupés qu’ils étaient tous à porter l’auteur de tout ce trouble. Il faut dire que le nombre des apaches avait beaucoup grossi ; à un coup de sifflet de l’un d’eux, il en était sorti de tous les coins. Le soir, nous allons au Mois du Sacré-Cœur, chapelle de l’Adoration, avec Tante Josepha et Nénette. Philomène, arrivée cette nuit, commence ses leçons avec M. Delahaye et la supérieure des Ursules, afin de ne pas perdre un seul jour dans la préparation de son examen.

Angers, mercredi 3 juin 1903

Cours de législation financière seulement, M. Jac étant malade ; l’après-midi à 5 heures, conférence de droit civil. Le matin, Papa arrive de Biarritz ; il a refusé une location de 2500 fr. pour les mois de juillet, août et septembre (ce qui nous permettait de jouir de la villa en octobre) parce qu’elle était offerte par des Juifs ; il a préféré perdre cette location que d’introduire des Youtres dans la ville Sainte-Cécile ; bravo !!! Si tout le monde faisait comme ça, les sales Youpins n’auraient plus qu’à retourner dans leur ghetto.

Angers, jeudi 4 juin 1903

Cours ordinaires. L’après-midi, je travaille à peu près tout le temps. Tante Josepha vient dîner avec nous. Le soir, congrégation.

Angers, vendredi 5 juin 1903

Cours de droit commercial pour remplacer celui de droit civil, M. Jac étant malade. À 1h ¾, conférence de droit commercial ; ensuite douche. Le soir, nous allons tous au salut à l’Adoration. Le matin, je vais à la messe de communion de Notre-Dame à l’occasion du premier mercredi du mois.

Angers, samedi 6 juin 1903

Cours de droit commercial. L’après-midi, douche. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul, Papa et moi nous y sommes presque seuls. Le matin, on apprend à la Faculté que l’état de M. Perrin, qui était malade depuis deux jours, s’est subitement aggravé ; il a été pris hier soir d’une congestion cérébrale et les médecins étaient très inquiets ; je vais prendre de ses nouvelles et son fils me dit que la nuit a été assez tranquille, mais le danger reste grand.

Angers, dimanche 7 juin 1903

Je vais à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, j’assiste à la cérémonie de la première communion à l’externat Saint-Maurille ; le petit Bernard de Soos et le petit Yves Jac ont fait ce matin leur première communion. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Semaine du 8 au 14 juin 1903

Angers, lundi 8 juin 1903

Le matin à 9h ½, je vais à la Faculté, mais M. Jac vient nous dire lui-même qu’il ne peut pas nous faire cours ; il a fait un effort pour assister à la messe d’action de grâce à l’externat, mais cela l’a fatigué beaucoup et il rentre chez lui ; il espère pouvoir nous faire cours demain à 8 heures. Je lis dans les journaux le récit du terrible abordage entre l’Insulaire et le Liban, près de Marseille, à la suite duquel le Liban et 150 de ses passagers ont péri. On devrait, franchement, chercher un système plus perfectionné de signaux ; lors de la catastrophe de la Bourgogne en 1898, on avait eu cependant une bonne leçon ! La semaine qui commence aujourd’hui verra, sans doute, des « journées » à Angers. En effet, les Capucins d’Angers, ainsi que ceux du Mans, passent en appel vendredi, et il y aura sans doute, ce jour-là, manifestation et contre-manifestation ; ce qui est à craindre, c’est que le préfet ne prenne prétexte de ces troubles pour mettre le maire en demeure d’interdire la procession de dimanche prochain en vue de laquelle, d’ailleurs, socialistes et apaches font ouvertement les préparatifs de désordres. Que fera le maire ? Son devoir serait de réquisitionner la force armée pour protéger la liberté des Catholiques ; mais ne se laissera-t-il pas intimider et ne prendra-t-il pas un arrêté d’interdiction ? C’est ce que beaucoup se demandent. D’ailleurs, il est à craindre qu’en cas de refus de sa part, le préfet ne prenne l’arrêté à sa place. Aussi beaucoup de personnes pensent qu’il serait prudent de ne pas manifester vendredi afin de sauver la procession, et de se réserver pour dimanche ; mais cela sera difficile, car des Catholiques manceaux viennent jusqu’à Angers escorter leurs Capucins ; peut-on, dans ces conditions, s’abstenir ? Et, d’ailleurs, cela empêchera-t-il e préfet d’interdire la procession ? Je ne le pense pas. Enfin, nous sommes prêts à suivre le mot d’ordre ! Papa part ce matin à 11h ½ pour Angoulême où il va, comme les deux années précédentes, présider le concours des collèges qui a lieu sous le patronage de l’Université catholique ; mercredi, il ira voir Marie-Thérèse à Sainte-Croix. M. Perrin va beaucoup mieux ; heureusement ! Car sa mort eût été un vrai malheur pour les Catholiques d’Angers, qu’il défend avec le plus grand talent devant les tribunaux quand leurs droits sont méconnus. Il devait plaider vendredi pour les Capucins devant la Cour d’appel ; mais il ne le pourra hélas ! pas, car il aura besoin de plusieurs mois de repos. Le soir, Conférence Saint-Louis, travail de Des Monstiers-Mérinville.

Angers, mardi 9 juin 1903

À 8 heures, je vais à la Faculté, mais M. Jac, plus malade, ne peut pas encore nous faire cours ; à partir de demain, M. Coulbault fera le cours de code civil à sa place. À mon retour, je travaillais dans ma chambre, lorsque je suis interrompu par un incident comique : Maman m’appelle dans sa chambre et me montre sur son lit, 3 petits chats auxquels la chatte Coucou vient d’avoir l’inconvenance de donner le jour à cet endroit !!! Coucou et l’autre chatte Grisou lèchent à qui mieux cette progéniture sur le couvre-pieds de Maman, qui est dégoûtant et hors d’usage désormais. Les jeunes chats s’en vont bien vite… ad Patres ; et, quant aux chattes, puisqu’elles prennent de ces libertés, on va leur interdire l’accès des chambres. Mais de quel fou-rire nous avons tous été pris à ce spectacle !!! J’écris tout de suite cet événement à Marie-Thérèse qui, demain à Sainte-Croix, passera un bon moment avec Papa en lisant ma lettre ! L’après-midi, je travaille à peu près tout le temps ; le soir, Tante Josepha et Nénette viennent dîner avec nous. Après dîner, congrégation au lieu de jeudi ; ensuite, je vais un moment à la musique au Mail.

Angers, mercredi 10 juin 1903

Le matin, cours de droit civil par M. Coulbault et de législation financière. L’après-midi, je reçois une convocation de M. Stanislas de La Morinière[52] pour une réunion à la salle des Quinconces, demain soir à 5 heures, dont le but est d’assurer la protection de la procession de dimanche ; c’est qu’en effet, les Socialistes et les apaches, excités par des meneurs venus de Paris, se préparent ouvertement à y promener le drapeau rouge, à insulter le Saint-Sacrement par des chants révolutionnaires et peut-être à frapper les Catholiques ; mais, nous sommes décidés à ne pas nous laisser faire. Le soir à 8h, j’assiste dans une des salles de la rue des Quinconces à une première réunion d’une quinzaine de personnes qui arrête le plan de défense qu’on proposera à l’assemblée beaucoup plus nombreuse de demain. Ainsi, nous en sommes venus à être obligés de nous armer pour permettre à une procession de sortir ! N’est-ce pas le prélude de la guerre civile ? Ou, plutôt, la guerre civile n’est-elle pas commencée après ce qui s’est passé dans plusieurs églises de Paris ? Thiers disait : « La République finira dans l’imbécillité ou dans le sang », mais je dis « dans l’imbécilité et dans le sang » ; imbécillité, en effet, que de voir un prétendu gouvernement hypnotisé par le spectre des prêtres et des moines et uniquement occupé à leur faire la guerre, alors que toute l’Europe se préoccupe de questions économiques, militaires, coloniales, financières, en un mot de ce qui fait vivre un pays et non de ce qui le tue ; sang, car il a déjà coulé sur bien des points du territoire, et la politique des fous-furieux des Combes, Loubet, André et tutti quanti, est bien faite pour nous plonger de plus en plus dans la guerre religieuse et dans la guerre civile.

Angers, jeudi 11 juin 1903

Le matin, cours de MM. Buston et Saint-Maur. L’après-midi, je vais avec Tante Josepha choisir une très jolie canne avec poignée en argent ciselé qu’elle m’offre pour ma fête ; ensuite, je reçois la visite de l’abbé de Falguières, de passage à Angers. J’apprends par une dépêche à la Société générale l’horrible massacre de Belgrade : le roi et la reine de Serbie assassinés ce matin pendant leur sommeil, un frère et deux sœurs de la reine, trois ministres, des généraux et une partie de la garde massacrés aussi, c’est atroce et, vraiment, on est tenté de se demander si un pays aux mœurs si sauvages est digne de l’indépendance que l’Europe lui assure. Il y a 2 versions sur ce massacre : la 1ère, officielle, dit que c’est un coup d’État militaire fait pour donner le trône au prince Karageorgewitz (reste à savoir si les puissances signataires du traité de Berlin vont accepter ce nouveau roi proclamé par l’armée serbe) ; la seconde dit que le roi, décidé à divorcer, a voulu faire enlever la reine par des amis dévoués, que la reine a résisté, qu’il en est résulté une bagarre dans le Palais, au cours de laquelle toutes ces morts se sont produites ; la 1ère me paraît plus véridique puisque l’armée a immédiatement acclamé le nouveau roi et qu’un nouveau ministère a été formé sur-le-champ : ça devait être un coup monté. À 5 heures, j’assiste à la séance des Quinconces ; nous sommes une cinquantaine, les dispositions prises hier pour la procession sont adoptées et on décide de manifester demain en faveur des Capucins ; quelques personnes craignent que cela compromette la procession, mais la majorité s’étant déclarée pour la manifestation, tout le monde va s’y préparer ; moi-même, je me mets à parcourir la ville pour donner le mot d’ordre et indiquer le lieu du rendez-vous à tous nos amis que je rencontre : je le dis à plus de dix personnes. Le soir, salut à l’Adoration et musique. À la réunion des Quinconces assistaient quelques représentants des corporations ouvrières qui prennent une si belle part, tous les ans, à la procession du sacre. Je suis frappé de l’autorité qui s’attache à ces corporations, du respect avec lequel on écoute le président de l’une d’elles, un simple ouvrier cependant ; il parle d’égal à égal aux Messieurs de la société qui sont là (et dont beaucoup appartiennent à la noblesse) et au président de notre réunion, le comte de La Morinière ; c’est que cet ouvrier n’est pas seul ; au moyen de l’association, il a su grouper autour de lui des intérêts et des droits, il parle en leur nom et il devient l’égal des plus huppés aristocrates. Imagine-t-on quelle devait être l’autorité et le prestige des chefs des puissantes corporations de l’ancienne France ? Et comme, dans une société organisée, ayant ses cadres, tout s’harmonise ? La Révolution, sous prétexte de tout égaliser, a tout abaissé, a brisé tous les moules et est arrivée à un résultat contraire à ses prévisions ; elle a facilité toutes les tyrannies en laissant l’individu isolé en face de l’État tout-puissant. Si l’on veut revoir l’ordre régner dans notre pays, il faudra bien qu’on revienne à l’association qui permet aux droits et aux intérêts de se grouper et de parler haut. Un pas a été fait dans ce sens, un grand mouvement d’idées y porte tous les vrais patriotes ; espérons qu’il sera fécond en résultats !

Stanislas Le Bault de La Morinière (1852-1936), comte de La Morinière

Angers, vendredi 12 juin 1903

Le matin, droit commercial et procédure. L’après-midi à 3h ½, je suis sur le Champ de Mars ; j’y retrouve beaucoup d’amis, le nombre de ceux-ci grossit peu à peu et, à 4h ½, quand les Capucins sortent de l’audience des appels correctionnels, une foule d’environ 500 personnes, presque tous des hommes bien armés, leur fait escorte ; presque pas d’adversaires, à peine quelques agents de police. Aussi va-t-on très vite jusqu’au couvent sans un cri ni de part ni d’autre. Quelle différence avec la journée du 9 mai ! Les apaches se réservent-ils pour dimanche ? On croit connaître le vrai motif de l’affreux massacre de Belgrade : c’est un coup d’État militaire causé par le mécontentement profond qu’avait ressenti la Serbie du mariage de son roi avec Mme Draga ; Alexandre, qui sentait venir l’orage, avait l’intention de divorcer pour sauver son trône et sa vie, mais on ne lui en a pas laissé le temps ; la cause immédiate de cet horrible attentat est le bruit qui courant depuis quelques jours dans le pays que la Skouptchina allait proclamer successeur du roi et héritier de la couronne un frère de la reine Draga, homme ignorant et de mœurs dissolues. Quant aux circonstances qui ont accompagné l’assassinat, impossible de les connaître ; les uns disent que le roi et quelques fidèles se sont énergiquement défendus, d’autres prétendent que les souverains ont été massacrés dans leur lit ; il sera très difficile de démêler la vérité. Quoiqu’il en soit, l’émotion soulevée dans le monde entier par ces affreuses nouvelles est immense : les journaux y consacrent la moitié de leurs colonnes ; ce n’est partout qu’un cri d’horreur. Je reçois plusieurs cadeaux de Papa, Maman, Marie-Thérèse, Philomène, Bonne Maman, à l’occasion de ma fête. Le soir, salut à l’Adoration.

Angers, samedi 13 juin 1903

En l’honneur de la fête de Saint Antoine, je vais faire la sainte communion à la messe de 7 heures à Notre-Dame. Nous déjeunons tous chez les Magué (l’oncle Paul est rentré hier matin de Vienne) ; à 11h ½, composition de droit commercial ; ensuite douche. Le soir, nous allons au salut à l’Adoration.

Angers, dimanche 14 juin 1903 (Fête-Dieu)

Je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame ; puis, armé d’une canne matraque, ayant mon revolver dans ma poche, je me rends à la salle synodale à l’Évêché où se réunit l’Université avant de prendre part à la procession. Sur la place Sainte-Croix, de nombreux groupes d’hommes armés sont là pour protéger la sortie ; il y a aussi des adversaires ; le citoyen Laurent Tailhade[53], venu exprès de Paris, leur fait un petit laïus dont le sens est celui-ci : « Citoyens, vous braverez ceux qui insultent la république chez elle », on sait ce que cela veut dire. Mais les apaches auront à lutter contre le sentiment de toute la population, car les rues sont aussi bien pavoisées que les années précédentes ; d’ailleurs, les mesures sont bien prises : un groupe d’hommes passe en tête de la procession sous la direction de M. de Grainville, ancien capitaine de cuirassiers ; les Socialistes en chantant l’Internationale mais sans drapeau rouge (ils reculent sur ce point) précèdent ce groupe, dont les sépare une escouade de police, au nombre d’une cinquantaine à peine, c’est leur manière de prendre part à la procession ; divers groupes d’hommes sont massés sur plusieurs points du cortège ; je passe avec les étudiants de l’Université en avant du clergé (nous avons tous d’énormes cannes) ; le groupe le plus important entoure le dais (1500 hommes au moins) ; de plus, des groupes stationnent aux endroits les plus dangereux, notamment aux ponts et au tertre Saint-Laurent ; enfin la police et la gendarmerie nous protègent, grâce à la bonne volonté du maire d’Angers, M. Bouhier, qui a refusé d’interdire la procession comme le préfet le lui demandait officieusement. Nous chantons presque tout le temps le cantique : « Nous voulons Dieu » dont le refrain est caractéristique :

« La liberté sur terre

Est fille de la foi

Nous voulons Dieu, c’est notre père

Nous voulons Dieu, c’est notre roi ».

Au tertre Saint-Laurent, les apaches au nombre d’environ 150 ou 200 poussent d’affreuses vociférations, mais la police, les gendarmes et les Catholiques à qui est confiée la garde du tertre et du reposoir les maintiennent. D’ailleurs, la vue du nombre immense d’hommes qui arrive avec la procession les calme bientôt. La procession se masse autour du reposoir en chantant le « Parce Domine » et « Nous voulons Dieu » ; tout le monde chante, même les personnes massées en curieux sur le tertre et sur les maisons voisines (jusque sur les toits), et comme on peut évaluer cette foule à 12 ou 15.000 personnes, on peut se faire là une idée de l’immense clameur qui s’élève du tertre, c’est de la frénésie ! Les musiques accompagnent ; quant aux cris et aux sifflets des apaches, ils sont absolument couverts par cette clameur. Au moment de la bénédiction, l’enthousiasme redouble, tous les chapeaux s’élèvent au sommet des cannes, les mouchoirs s’agitent et l’immense foule crie « Vive Jésus-Christ !!! » C’est un spectacle merveilleux et impressionnant au possible, les Socialistes eux-mêmes doivent en être émus ; ils se vengent en faisant le geste de cracher sur le Saint-Sacrement, et en dépliant les journaux révolutionnaires La Lanterne, L’Action, mais on les méprise. Le retour s’effectue sans incident jusqu’à l’angle de la rue Baudrière et de la rue Saint-Laud ; les apaches venus du tertre sont massés là et l’un d’eux ayant frappé un prêtre (du reste, on l’arrête aussitôt et on le mène au poste), nos amis se précipitent les cannes levées, quelques coups sont échangés, mon groupe étant à une cinquantaine de mètres de là, nous accourons au plus vite, mais hélas trop tard, l’incident était déjà terminé. Au retour lors dans la cathédrale, Monseigneur remercie les Catholiques d’Angers de cette superbe manifestation de foi. C’est bien le mot qui convient à la procession d’aujourd’hui ; elle a été une protestation contre les persécutions gouvernementales, protestation de ceux qui y ont pris part et des personnes dont les maisons étaient situées sur son passage, car les rues étaient magnifiquement décorées. Quant à la contre-manifestation, elle a été un vrai four ; les contre-manifestants qui n’étaient qu’une poignée ont été tenus en respect par la vue de nos cannes qu’ils savaient prêtés à s’abattre sur eux en cas de provocation. C’est ainsi qu’on devrait toujours faire ; si les Catholiques se montraient toujours, leurs adversaires rentreraient sous terre. Le pauvre ci-to-yen Tailhade a dû s’en retourner tout confus à Paris ! Sa conférence d’hier soir pour réchauffer le zèle des « compagnons » angevins n’a guère eu d’écho ! Mais il a pu voir que les Catholiques d’Angers savaient se montrer : M. de La Morinière comptait sur 2000 hommes, il y en a eu 6 à 8000 à suivre la procession ; ces chiffres se passent de tout commentaire ! Le soir, les Magué viennent prendre le thé.

Laurent Tailhade (1854-1919), par Nadar

Semaine du 15 au 21 juin 1903

Angers, lundi 15 juin 1903

Le matin, à l’Université, j’apprends les événements de Nantes : le préfet juif Hélitas ayant, hier à 7h du matin, interdit la procession qui devait sortir à 9 heures, une immense foule de Catholiques s’est portée sur la place Saint-Pierre ; du porche, l’évêque lui a donné la bénédiction, puis une bande 600 à 800 socialistes l’ayant attaquée au chant de l’Internationale, une mêlée terrible s’en est ensuivie dans laquelle la police et la gendarmerie ont été complètement débordées ; deux socialistes ont été tués, nombreux blessés de part et d’autre, puis 15.000 personnes se portent sur la Préfecture ; une délégation s’introduit dans les appartements du préfet ; pendant ce temps, l’immense foule fait irruption dans la cour de la Préfecture brisant tout sur son passage ; le concierge a à peine le temps de barricader les portes du monument, sans quoi la Préfecture entière eût été mise à sac ; en même temps, les Catholiques élevaient des barricades dans les rues voisines en sorte que la troupe et la gendarmerie n’ont pu approcher. Bravo pour nos amis Nantais !!! Ils ont répondu comme il le fallait à la provocation des bandits qui nous oppriment. Si le préfet d’Angers avait interdit la procession comme on l’avait craint un moment, nous étions décidés à aller manifester dans la Préfecture (cette résolution avait été prise à la réunion du jeudi, salle des Quinconces) ; de graves incidents se seraient certainement produits. À Paris, Combes-la-défroque avait interdit aux curés de la Madeleine, de Saint-Sulpice, de Saint-Augustin et d’une autre église de faire leur procession à l’extérieur de l’église (mais à l’intérieur des grilles) comme les autres années ; ces curés ont fait des interdictions de Combes l’usage qu’elles méritaient, et les processions ont eu lieu quand même plus belles que jamais protégées par nos amis catholiques et nationalistes venus en grand nombre et décidés à assommer le premier qui troublerait la cérémonie. À Dunkerque, Lyon, Brest, Le Havre, Montélimar, etc., les processions ont eu lieu malgré les provocations des Socialistes ; de violentes bagarres se sont produites dans toutes ces villes, mais la rue est restée aux Catholiques. Bravo ! Les Catholiques enfin se réveillent et commencent à s’apercevoir que « la liberté ne se demande pas ; elle se prend ».

Angers, mardi 16 juin 1903

Le matin, cours habituels. L’après-midi, avant de me mettre au travail, je vais avec papa chez ses pauvres pour l’aider à mesurer leurs logements pour l’enquête que la Commission des logements ouvriers a demandée aux Conférences Saint-Vincent-de-Paul. Le soir, réunion aux Quinconces d’environ 80 catholiques pour décider quelles mesures de défense on prendra dimanche prochain ; c’est toujours M. de La Morinière qui préside. La chose est plus difficile que pour dimanche dernier, car, au lieu d’une procession, il y en a 10 à défendre (6 le matin et 4 le soir), nos forces devront donc se diviser, et les Socialistes auront plus de chances de succès en se portant en masse sur une seule procession. Nous décidons que les paroisses se prêteront un mutuel appui : celles qui n’ont pas de procession le matin enverront leurs hommes à celles qui en ont et vice versa. Saint-Joseph enverra le matin ses hommes à Saint-Serge et le contraire le soir ; Notre-Dame et la cathédrale sont associées de la même façon ; de même la Madeleine et Saint-Léonard (cette dernière sera renforcée par les étudiants de l’Université à cause des groupes socialistes des carrières), Saint-Laud se suffira à cause du voisinage des casernes et des grands appuis que lui procurer la Patronage de Notre-Dame-des-Champs ; dans la Doutre, les hommes de la Trinité iront, le matin, moitié à Saint-Jacques et moitié à Sainte-Thérèse ; l’après-midi, les hommes de ces 2 paroisses iront à la Trinité. Enfin, la procession de Saint-Maurice qui a lieu la dernière à 5 heures, sera protégée par les hommes de presque toute la ville ; les Socialistes trouveront donc partout à qui parler ; j’irai le matin à Saint-Serge, qui est ma paroisse, et l’après-midi à Saint-Joseph et à Saint-Maurice ; c’est d’ailleurs pour Saint-Serge, à cause du quartier de la route de Paris où passe la procession et pour Saint-Maurice que l’on craint surtout des troubles. Les curés des paroisses convoqueront avant dimanche tous les hommes de leur paroisse susceptibles de marcher pour leur communiquer ces instructions, et les inviter à s’armer. Nous sommes tous pleins d’entrain et absolument décidés à ne reculer devant rien ; s’il faut du sang, il y en aura. Ah ! Vous avez voulu la guerre civile, Messieurs de la Sociale, eh bien nous ne reculons pas, elle ne nous fait pas peur !

Angers, mercredi 17 juin 1903

Le matin, cours habitues ; l’après-midi, je travaille presque tout le temps ; à 5h, conférence de droit civil. Nous avons les Magué à dîner, sauf l’oncle Paul qui est en manœuvres avec son régiment.

Angers, jeudi 18 juin 1903

Le matin cours de droit commercial et de droit civil. Je travaille presque toute l’après-midi ; de 4 à 3h ½, je sors pour faire quelques emplettes et aller me confesser. En rentrant, j’apprends par Papa qui vient lui-même de l’apprendre, l’élection de M. René Bazin à l’Académie française, au fauteuil de Legouvé ; il a été élu au 3ème tour de scrutin ; son concurrent le plus sérieux était M. Larroumet, mais celui-ci ne se présentait que pour la première fois, tandis que pour M. Bazin, c’était la 3ème fois. C’est un grand honneur pour l’Université d’Angers que d’avoir un de ses professeurs dans la maison de Richelieu ! Je m’en réjouis bien sincèrement, d’abord pour les Bazin et les Hervé-Bazin qui ont toujours été très aimables pour nous et aussi pour l’enseignement libre. Le soir, au moment où nous allions à la cathédrale pour la cérémonie de l’Adoration à la veille de la fête du Sacré-Cœur, nous apprenons la provocation que le gouvernement de chenapans vient de faire aux Catholiques d’Angers par l’intermédiaire de son préfet M. de Joly. Ce sale monsieur vient de prendre, malgré le maire, un arrêté interdisant les processions à Angers ! C’est monstrueux de despotisme et d’absurdité, car le préfet n’a le droit de se substituer au maire, d’après la loi municipale du 5 avril 1884, que dans des cas où, par l’inaction du maire, l’ordre public se trouverait absolument menacé par exemple si, en cas de grave épidémie, le maire refusait de prendre des mesures d’hygiène nécessaire ; ce n’était certes pas le cas ici puisque le maire d’Angers avait admirablement assuré l’ordre dimanche dernier. C’est donc non seulement un défi aux Catholiques, mais un affront au maire et une illégalité flagrante. Ah, Monsieur de Joly, les lauriers du Juif Hélitas vous empêchaient de dormir, prenez garde que l’indignation et la colère des Catholiques ne vous procurent un réveil semblable au sien. Car nous ne sommes pas disposés à nous laisser marcher dessus par les bandits de la place Beauveau ! La mesure est comble ! L’heure n’est plus aux reculades et aux atermoiements ; ce sont des actes qu’il faut ; vous les avez cherchés ; vous les aurez !

Angers, vendredi 19 juin 1903

Cours de droit civil le matin. Partout, sans distinction d’opinions, l’indignation est générale contre l’acte du préfet ; on y voit un attentat aux libertés des Catholiques, une atteinte aux franchises municipales et un grave préjudice causé aux intérêts du commerce. Notre tapissier nous dit qu’il perd 800 fr. ; tous les tapissiers de la ville qui fournissaient et louaient des décorations pour les maisons ; les fleuristes, les couturières ; les blanchisseuses et repasseuses ; les musiques qu’on louait ; les ouvriers qui auraient travaillé aux reposoirs, etc. ; tout ce monde-là perd énormément d’argent ; on évalue à 100.000 fr. la parte que subira le commerce angevin du fait de cette interdiction. Dans la matinée, Papa va voir M. Frogé ; il y trouve MM. de La Morinière, Gavouyère, etc. et, ensemble, ils arrêtent un plan de manifestation de protestation pour dimanche, qui sera soumis à Monseigneur : on propose d’élever un reposoir dans l’intérieur de la grille de la cathédrale d’où Mgr donnera la bénédiction aux milliers de catholiques qu’on va grouper sur la place Saint-Maurice ; la colonne se rendra de là à Saint-Joseph et à Saint-Laud où la bénédiction sera encore donnée ; si ce plan est agréé, on le soumettra aux chefs de groupes qui se réuniront cette après-midi aux Quinconces ; des réunions de paroisse auront lieu ce soir pour recruter le plus d’hommes possible ; il faut que la protestation soit imposante. Le soir, des affiches signées de divers comités catholiques paraissent en très grand nombre ; c’est une vibrante protestation contre l’attentat d’hier soir ; elles sont très lues et avec une grande sympathie. Je passe mon après-midi, de 2 à 7h ¼, à faire, à l’Université, la composition du concours général entre les étudiants de 3ème année de toutes les facultés catholiques ; le sujet est le suivant : « Des dettes nées avant et pendant le mariage à la charge de la femme mariée sous le régime de la communauté légale », il est très vaste. Le soir, salut à l’Adoration. Le matin à 7h, je suis allé à la messe de la Congrégation qui est dite à l’Université en l’honneur de la fête du Sacré-Cœur ; j’y fais la sainte communion.

Angers, samedi 20 juin 1903

Cours de droit commercial et civil. Après les cours, je vais un moment à la cathédrale pour le service qui est célébré en l’honneur du comte de Maillé, sénateur et président du Conseil général, décédé la semaine dernière à l’âge de 87 ans. M. de Maillé, qui appartenait à l’une des plus illustres familles de France, a joué un rôle très important à l’Assemblée nationale de 1761 ; au Sénat, il était président de la Droite ; la décoration est magnifique à la cathédrale. Pendant que Maman et Papa assistent à ce service, je fais une tournée dans le quartier Saint-Michel pour engager tous les hommes du peuple que j’y connais à assister à la manifestation de demain qui a été décidée hier et à laquelle des affiches apposées ce matin convient la population ; tout fait présager qu’elle sera très imposante. Mais quelles mesures le préfet va prendre ! L’après-midi, à 3h, cours supplémentaire de procédure civile ; ensuite, douche. Le soir, Conférence de Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 21 juin 1903

Le matin, je vais à la messe de 8 heures à Notre-Dame où je fais la sainte communion en l’honneur du 9ème anniversaire de ma première communion. Je vais à 10h à la procession du Saint-Sacrement de Saint-Serge qui se fait, aussi bien que c’est possible, dans l’intérieur de l’église ; beaucoup d’hommes y assistent. À 3h, je vais avec Papa et Maman assister aux vêpres de la cathédrale, quelques personnes commencent à arriver sur la place. À 4 heures, dès que la bénédiction est donnée, tout le monde sort de l’église et alors on aperçoit massée sur la grande place Saint-Maurice et débordant sur la place Sainte-Croix une véritable fourmilière humaine ; il y a là, au bas mot, vingt mille personnes ; hommes armés de cannes énormes, et femmes. Dès que Monseigneur paraît, l’ostensoir à la main, et s’avance vers le reposoir improvisé dans l’intérieur de la grille, une immense acclamation de « Vive le Christ », « Vive la liberté », retentit, les chapeaux s’élèvent au haut des cannes ; et quand Monseigneur donne la bénédiction, toute cette foule tombe à genoux en chantant le « Parce Domine », c’est un spectacle grandiose au possible. Puis l’énorme colonne se met en mouvement et, par les rues Saint-Aubin, Saint-Julien et d’Alsace, et ensuite par le boulevard où les 3 groupes se réunissent, gagne Saint-Joseph, en chantant des cantiques, c’est un véritable flot humain et les couplets retentissent et roulent comme le bruit des vagues de la mer. Sur le parcours, la foule, très sympathique, chante avec les manifestants et souvent se joint à eux. À Saint-Joseph, nouvelle bénédiction encore donnée par Monseigneur à l’immense foule prosternée, puis on se dirige vers l’église Saint-Laud toujours en chantant. Quand on arrive à la statue du Roi René, on aperçoit massée sur les glacis du Château une foule de plusieurs milliers de personnes qui attend la manifestation ; les manifestants se massent sur la place de l’Académie et débordent sur le boulevard du Roi-René. Les cantiques, les acclamations redoublent ; enfin, sur le parvis, paraît Monseigneur qui donne une dernière fois à ces quarante mille personnes la bénédiction du Saint-Sacrement ; alors, c’est de l’enthousiasme, du délire, de la frénésie ! Tout le monde tombe à genoux devant Dieu, spectacle inoubliable et empreint d’une majesté dont rien ne peut donner une idée. Sitôt la bénédiction donnée, la foule se relève, les acclamations de « Vive le Christ », « Vive le Sacré-Cœur » éclatent comme des roulements de tonnerre ; à ce moment, une quinzaine d’apaches groupés là je ne sais comment poussent quelques cris hostiles, on les dédaigne, ils sont si peu ! Un bruit circule alors de groupe en groupe ; la manifestation religieuse est terminée, allons acclamer le maire qui a refusé d’interdire les processions ; après le préfet qui vient d’avoir son compte, félicitons le maire ! Plusieurs milliers d’hommes se forment en colonne, et, par les boulevards, on se dirige vers la maison de M. Bouhier, 35 rue des Quinconces. Devant la préfecture, nous conspuons le préfet ; devant les bureaux du socialiste Patriote de l’Ouest, ami des apaches, nous poussons de formidables Hou ! Hou ! ; le rédacteur en chef Jagot, et sa femme (est-ce bien sa femme qu’il faut dire ?) paraissent au balcon, et se donnent le plaisir (qui doit être relatif) de nous dédaigner ; une trentaine d’apaches essaient de contre-manifester ; on s’injurie, les cannes se lèvent, une mêlée se produit pendant laquelle un apache a une canne cassée sur son dos, et les voyons sont refoulés. Nous reprenons notre marche ; près de chez le maire, une colonne conduite par MM. Joubert et Martin arrive par la rue Prébaudelle et se joint à nous ; nous acclamons longuement Monsieur Bouhier qui, malheureusement, n’est pas là ! Puis nous repartons dans la direction de l’Évêché, toujours pleins d’enthousiasme ; en traversant le boulevard, une mêlée se produit ; la police, craignant un retour offensif contre le Patriote, veut nous couper ; mais c’est elle qui se trouve prise entre les deux tronçons à ce moment, on entend quelques apaches ; on veut se précipiter sur eux ; la police s’y oppose, M. de Villoutreys, qui est très excité, est appréhendé par trois agentes, des mains desquels je l’arrache aidé par quelques amis. Nous suivons la rue Saint-Julien ; en passant devant la rue qui va droit à la Préfecture, M. de Villoutreys essaie de nous entrainer (une foule hostile stationne déjà devant la Préfecture), avec une dizaine de manifestants, je veux le suivre ; mais le gros de la manifestation, retenu par quelques timides, nous lâche, et force nous est de renoncer à notre projet ; c’est fâcheux, car les ouvriers avaient dans leur poche des outils nécessaire pour forcer toutes les portes ; quel sac nous aurions fait ! Il est vrai que beaucoup de gendarmes sont cachés dans le monument ; une grave collision, peut-être sanglante, se serait donc produite ; mais l’effet moral eût été si grand dans toute la France ! Quoi qu’il en soit, nous arrivons à l’Évêché ; là, éclatent des cris vigoureux de « Vive Monseigneur », mais nous apprenons que Monseigneur est à sa maison de campagne de l’Esnière ; quelques-uns nous quittent, mais nous sommes encore un millier à nous y rendre à travers les rues de la cité, escortés par la police et par des gendarmes à cheval qu’elle s’est adjoints. À l’Esnière, nous nous faisons ouvrir la porte, nous nous massons dans la cour et nous acclamons Monseigneur. Il descend, et, sur le pas de la porte, improvise une vibrante allocution sur les événements de la journée, nous félicitant d’avoir donné ce réconfortant spectacle d’une ville entière soulevée pour défendre la liberté de sa foi ; il termine en disant que nous venons de conquérir par-là les processions de l’année prochaine ; puis il nous donne sa bénédiction et accorde à chacun de nous et aux membres de nos familles 40 jours d’indulgence ; nous recevons, agenouillés, sa bénédiction, puis nous acclamons une dernière fois l’évêque, et, sur son désir, nous défilons tous devant lui en lui baisant la main. Quand nous sortons de l’Esnière, une rangée de gendarmes fait cercle autour de la porte, un commissaire de police en écharpe nous enjoint de nous disperser ; au fond de la place, des apaches sont groupés. La manifestation est terminée, nous repartons chacun de notre côté. Quelle magnifique journée pour la cause de la liberté, et quel réconfortant spectacle que celui d’une ville entière acclamant Dieu ! Ah, Monsieur le Préfet, vous avez voulu interdire les processions ; vous en avez eu une comme jamais Angers n’en avait vues ! Belle réponse à la tyrannie jacobine ! Le soir, les Magué viennent passer une heure avec nous ; nous causons beaucoup des événements de la journée. J’oubliais de dire que Philomène est partie à 1h11 pour Chartres où elle va passer ses examens du brevet élémentaire, accompagnée par Marie la femme de chambre ; Maman, qui n’a pas voulu manquer les manifestations d’aujourd’hui, ira demain la rejoindre et Marie rentrera demain soir ici. À noter qu’aucun barrage de police ni de gendarmerie n’a essayé d’arrête la marche de la manifestation ; c’eût été bien inutile, car aucun barrage n’aurait pu résister à la pression d’une pareille foule !

Semaine du 22 au 28 juin 1903

Angers, lundi 22 juin 1903

Maman part par le rapide de 10h25 pour Chartres ; la femme de chambre rentrera ce soir à minuit. J’envoie à La Croix de Paris le compte-rendu ses événements d’hier ; on confirme que des ouvriers avaient apporté hier tous les instruments nécessaires pour ouvrir les grilles et forcer les portes de la Préfecture si on y était allé ; ce sera peut-être pour une autre fois, et puisque le gouvernement nous donne l’exemple du crochetage des couvents et même des maisons particulières, nous serions bien bons de ne pas lui rendre la monnaie de sa pièce ! Le soir à 5h ½, au moment où nous attendions une dépêche de Chartres nous annonçant l’admissibilité de Philomène, nous en recevons une qui dit que le résultat ne sera connu que demain à onze heures. L’après-midi, je passe à l’Université les examens préparatoires ; j’obtiens une rouge de droit commercial et une blanche-rouge de droit civil.

Compte-rendu des manifestations d’Angers le 21 juin 1902 – La Croix, mardi 23 juin 1902 (texte certainement dû à Antoine d’Estève de Bosch) – BNF, Gallica

Angers, mardi 23 juin 1903

Cours ordinaires le matin. Pendant le déjeuner, nous attendons vainement la dépêche tant désirée de Chartres ; à 1 heure, nous perdons tout espoir de la recevoir ; et, en effet, Maman et Philo arrivent à cinq heures : Philo n’a pas été admissible, elle a manqué complètement toute la partie mathématique, et la partie française n’a pas été assez forte pour compenser ; c’est bien triste, car Philomène avait travaillé beaucoup en vue de cet examen. Il y a trois ans, Marie-Thérèse, pour le même examen, avait été admissible dans de très brillantes conditions (puisqu’elle avait obtenu 42 points au lieu des 30 points qui sont nécessaires), mais elle avait échoué le lendemain pour le dessin ; il est vrai qu’elle avait été complètement reçue en octobre 1900 à Mont-de-Marsan, après s’être préparée à ce nouvel examen avec M. Tétard à Biarritz ; Papa et Maman ne savent pas encore ce qu’ils vont faire pour Philomène. Je passe à la Faculté les trois derniers examens préparatoires : j’obtiens une blanche pour la procédure civile, une blanche pour la législation financière et une blanche-rouge pour le droit international privé, soit 2 blanches, 2 blanche-rouges, et une rouge. Le soir, nous allons à la cérémonie à l’Adoration, puis un moment à la musique au Mail.

Angers, mercredi 24 juin 1903

Cours habituels. L’après-midi, à 5h, je vais à la gare où je retrouve quelques étudiants et anciens étudiants de M. René Bazin, le nouvel académicien, qui sont venus, comme moi, pour le saluer et le féliciter dès son arrivée à Angers. M. René Bazin se montre très touché de cette attention, et nous dit qu’il continuera à habiter Angers. Ensuite, conférence de droit civil. Le soir, nous allons à l’Adoration. Le matin, à 7 heures, pèlerinage de l’Université à l’église de Sainte-Madeleine du Sacré-Cœur ; j’y fais la sainte communion.

Angers, jeudi 25 juin 1903

Cours ordinaires. L’après-midi, je travaille tout le temps. Le soir, cérémonie à l’Adoration.

Angers, vendredi 26 juin 1903

Cours ordinaire. L’après-midi à 1h ¾, conférence de droit commercial. À 5h ½, j’apprends la mort de M. Perrin qui s’est produite 2 heures avant ; il était malade depuis trois semaines, mais allait beaucoup mieux ainsi que son fils me le disait hier encore ; il est mort presque subitement et on n’a pas eu le temps d’aller chercher un prêtre pour l’administrer. C’est une bien grande perte pour l’Université et pour le barreau d’Angers ! Le soir après dîner, je vais à un petit thé de jeunes gens chez Bonnet.

Angers, samedi 27 juin 1903

Le matin à 7 heures, je vais à la Faculté pour le concours entre les étudiants ; en 3ème année, nous sommes cinq à concourir ; vingt minutes plus tard, deux étant déjà partis ; enfin, après avoir beaucoup hésité, je me décide à ne pas faire la composition qui est sur une partie du droit civil que je n’ai pas encore repassée, et je m’en vais à mon tour. Hervé-Bazin et Le Prado se disputent seuls la médaille. Je vais me faire couper les cheveux. À onze heures, je vais prier un moment dans la chambre mortuaire de M. Perrin ; je vois Maurice Perrin et Mlle Clémence Perrin à qui j’offre mes condoléances. L’après-midi à 3h, cours supplémentaire de droit commercial ; je travaille tout le reste de la journée. Après dîner, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 28 juin 1903

À 3h ¼ du matin (il commençait à peine à faire jour), je suis brusquement réveillé par un coup de clairon et un roulement de tambour presque sous ma fenêtre et par les appels désespérés de la sirène de l’usine Bessonneau ; je comprends tout de suite qu’il y a le feu à cette usine ; je bondis à la fenêtre et, en effet, j’aperçois une vive lueur derrière le Palais de Justice ; la sirène appelle toujours, et les pompiers accourent ainsi que les ouvriers de l’usine ; les gens sont aux fenêtres et regardent, brusquement arrachés comme moi des bras de Morphée ; Papa et Maman, réveillés eux aussi, viennent au balcon du petit salon. Au bout d’un moment, la lueur a disparu et nous nous remettons au lit. J’apprends le lendemain, par l’oncle Paul qui est allé tout de suite sur le lieu du sinistre, que le feu a pris à un bâtiment de menuiserie et en a consumé une bonne partie (il y a pour une quarantaine de mille francs de dégâts) ; mais grâce aux bouches d’eau et aux lances et tuyaux disposés partout dans l’usine, il a été vite enrayé ; quoiqu’il en soit, cet incendie a mis toute la ville en émoi. À 11h ¼, j’assiste à Saint-Joseph aux obsèques du pauvre M. Perrin ; dans le cortège, les professeurs de l’Université en robe de cérémonie entourent le cercueil ; l’ordre des avocats passe en avant. À l’église, comble, Mgr Rumeau chante l’absoute. Après la triste cérémonie, sur le parvis de l’église, M. Gain, bâtonnier des avocats, et M. Gavouyère, prononcent chacun un discours qu’on n’entend pas. Ensuite, le cercueil est mis dans un fourgon et emporté à Bouchemaine (commune dont M Perrin était maire et où il a des propriétés) ; c’est là qu’il sera inhumé. Quelle fin si prématurée d’une vie si utile à l’Église et à la société ! Pauvre M. Perrin, je ne me doutais pas, quand je l’entendais défendre si éloquemment la cause de la liberté en la personne des R.P. Capucins le 8 mai, que sa fin était si proche. On peut bien dire de lui qu’il est mort sur la brèche, car la maladie qui l’a emporté est due au surmenage que lui avait occasionné la défense des religieux devant les tribunaux !

Je travaille toute l’après-midi ; d’ailleurs la chaleur torride m’empêcherait de sortir. L’après-midi, Philomène, un peu fatiguée, se couche quelques heures. Vers 6 heures, nous allons souhaiter la fête à l’oncle Paul. Le soir, je vais au salut à l’Adoration puis à la musique au Mail.

Semaine du 29 au 31 juin 1903

Angers, lundi 29 juin 1903

Le matin, concours en droit commercial ; le sujet est celui-ci : « De la fixation de l’époque de la cessation des paiements » ; il concerne donc les faillites et la liquidation judiciaire ; je le traite assez bien. Je travaille mon examen toute l’après-midi.

Angers, mardi 30 juin 1903

Le matin, cours ordinaires. L’après-midi, je travaille tout le temps, car le moment de l’examen approche de plus en plus ; l’écrit est fixé au 8 juillet ; si je suis admissible, je repartirai pour Caen le 19 juillet et je passerai, le 20, la première partie de l’oral (droit civil et droit commercial) et le 21 la seconde partie de l’oral (procédure civile, droit international privé et législation financière) ; je me présenterai à cette seconde partie orale, même si je ne suis pas admissible, tandis que je n’aurais pas le droit de me présenter, dans ce cas, au premier oral parce qu’il porte sur les mêmes matières que l’épreuve écrite. C’est donc mardi prochain 7 juillet que je partirai pour Caen.

Juillet 1903

Semaine du 1er au 5 juillet 1903

Angers, mercredi 1er juillet 1903

Le matin, cours de droit civil et dernier cours de législation financière. L’après-midi à 3h ½, cours supplémentaire de droit commercial ; à 5h, conférence de droit civil. Mes journées tous ces jours-ci sont des plus monotones : je me lève presque tous les jours à 5h et je travaille jusqu’au moment de partir pour la Faculté ; l’après-midi, sauf les heures où je dois aller encore à la Faculté, ce qui n’arrive pas tous les jours, je travaille de 2h à 7h en ne m’interrompant qu’un moment vers 4h ½ pour aller prendre un peu l’air. C’est un régime terrible surtout par la chaleur de 30° et au-dessus qui règne depuis quelques jours. Heureusement que c’est la fin ! La pauvre Philo prend une grave décision : comme elle veut absolument se représenter en octobre pour son brevet (Papa, Mama, Bonne Maman l’engageaient à attendre au mois de juin prochain), elle se décide à passer ses vacances à Angers sous la garde de la femme de chambre et sous la surveillance de Tante Josepha qui ne quittera Angers que pendant une semaine ; elle suivra le cours de la Pension des Ursules (cours préparatoire au brevet élémentaire) qui continue pendant les vacances et elle se représentera en octobre. C’est une décision bien courageuse de sa part ; Papa et Maman, tout en l’engageant vivement à attendre à l’année prochaine et à jouir de ses vacances, ne veulent pas user d’autorité et la laissent libre. Le soir, nous dînons chez les Magué.

Angers, jeudi 2 juillet 1903

Cours ordinaires le matin ; l’après-midi, je travaille tout le temps. Le soir après dîner, j’assiste à une conférence extraordinaire de la Conférence Saint-Louis en l’honneur de notre directeur M. René Bazin pour fêter son élection à l’Académie ; notre président, Couteau, lui débite, en notre nom, un joli petit discours, puis le P. des Cars lui lit une pièce de vers faite par le P. de La Porte, ancien membre de la Conférence ; enfin, M. Bazin nous remercie en quelques mots très aimables ; ensuite, on fait passer du champagne et M. René Bazin trinque avec chacun de nous. En m’en retournant avec Maurice Lucas, nous collons tous deux sur beaucoup de murs de petites affiches contre le gouvernement, dont j’ai retrouvé une ample provision dans un placard de la maison, les unes portent ces mots : « VIVE la France ; VIVE le duc d’Orléans » ; d’autres « C’est Gamelle qu’il nous faut » ; « VIVE l’armée » ; « À bas les Juifs », etc. Nous tâchons de ne pas nous faire surprendre par la police.

Angers, vendredi 3 juillet 1903

Cours le matin à 7h ¼, parce que tous les professeurs vont à Bouchemaine assister au service de huitaine pour M. Perrin ; pendant ce temps, je travaille ferme. Le soir à 1h ¾, dernière conférence de droit commercial. À 7h, je vais dîner chez Mme Hervé-Bazin ; j’y suis seul avec Tony Catta. Maman et Philomène vont, avec les Magué, assister au lancement d’un pont de bateaux sur la Mayenne par le génie à la lueur des torches ; elles sont de retour à 11h14.

Angers, samedi 4 juillet 1903

Cours le matin ; je travaille tout le reste de la journée. Le soir à 7h, nous avons à dîner les Magué et Pierre de Laurière. Dans l’après-midi, je vais me confesser à Saint-Jacques.

Angers, dimanche 5 juillet 1903

Le matin, je fais la sainte communion à la messe de 8h à Notre-Dame. Je travaille le reste de la matinée ; l’après-midi, je vais faire mon pèlerinage à la chapelle de Notre-Dame du Bon Conseil, en vue de mon examen ; puis au salut à l’Adoration. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Semaine du 6 au 12 juillet 1903

Angers, lundi 6 juillet 1903

Le matin, je travaille dans ma chambre de 4h ½ à 7h ½ ; ensuite, je vais à la Faculté où j’apprends deux nouvelles, l’une heureuse, l’autre très malheureuse ; la première est le succès que J. Hervé-Bazin vient de remporter au concours général des Facultés ; il a obtenu le premier prix (c’est la composition du 19 juin), nous nous en réjouissons bien sincèrement. La seconde nouvelle est celle de l’agonie du pape Léon XIII. Cette nouvelle arrive comme un coup de foudre, on avait bien dit, depuis quelques jours, que le pape était fatigué, mais on l’avait déjà tant de fois dit sans que cela fût vrai qu’on n’y avait pas fait attention cette fois-ci ; le pape a reçu hier soir les derniers sacrements et on s’attend, d’un moment à l’autre, à recevoir la nouvelle de sa mort, car à son âge (93 ans et 3 mois), une affection des poumons (c’est sa maladie) ne pardonne pas ; il faudrait un vrai miracle pour le guérir. Léon XIII avait gardé, jusqu’à présent, une si bonne santé, malgré son grand âge, qu’on avait fini par se figurer qu’il dépasserait la centaine ; aussi, la nouvelle de sa mort imminente produit-elle de la stupeur. L’après-midi, je travaille jusqu’à 4h ½, puis je vais à bicyclette au génie payer, chez le maître-sellier, la réparation de ma selle ; en passant, je vois au Crédit Lyonnais une dépêche de Rome démentant le bruit de la mort de Léon XIII qui avait couru ce matin vers 10 heures ; le bulletin de santé de ce matin portait que l’état du Saint-Père était stationnaire, et qu’il s’est fait porter ce matin à la messe à Saint-Pierre ; la même dépêche dément l’agonie du pape, mais confirme que son état est grave ; à son âge, on peut tout craindre. Le Bon-Dieu peut-être voudra-t-il donner encore quelques années de vie à son vicaire ? Les Catholiques du monde entier l’en supplient. Le soir, nous nous promenons un moment.

Caen, mardi 7 juillet 1903

Je me lève à 5h ; je travaille jusque vers 9h ½ ; à 10h25, je prends le rapide de Paris ; nous sommes plusieurs étudiants à voyager ensemble (Coutansais, Hervé-Bazin, Bonnet, Roques, etc.) ; nous arrivons à Caen à 5 heures, nous descendons à l’Hôtel de la Place royale ; le soir, nous nous promenons un peu. Les nouvelles de la santé du pape ne laissent plus aucun espoir. Après les nouvelles d’hier soir et de cette nuit que nous avions lues ce matin, nous nous attendions à apprendre la mort de Léon XIII à notre arrivée à Caen, les dépêches de l’après-midi disent que le Saint-Père s’affaiblit de plus en plus, mais il conserve toute sa lucidité, hier matin, il s’est fait lever en disant qu’il voulait mourir debout, et il a écrit une pièce de vers latins qui sont ses adieux au monde chrétien ; pour un agonisant, c’est vraiment remarquable ; il a ordonné de la faire immédiatement imprimer. Le pape a été extrêmontié hier ; la dernière dépêche dit que l’agonie a commencé ; mais est-ce bien sûr ? On le disait aussi hier matin. Ce qui est certain c’est que le pape meurt de vieillesse comme une lampe qui n’a plus d’huile ; mais il oppose à la mort une merveilleuse résistance. Le voyage de Loubet à Londres est bien oublié au milieu des soucis que causent les nouvelles de Rome !

Angers, jeudi 9 juillet 1903

Pas de journal hier parce que j’ai passé la nuit en chemin de fer. Hier matin à Caen, je vais à la messe de 6 heures à Saint-Pierre, j’y fais la sainte communion. À 8h, à la Faculté, composition de droit civil ; nous sommes 72 à composer, dont 15 de la Faculté d’Angers ; les deux sujets sont les suivants : « De l’effet déclaratif du partage », et « Pouvoir du mari sur les propres de sa femme sous le régime de la communauté et sous le régime dotal ». Je prends le second, qui est, du reste, choisi par la plupart des candidats ; je l’ai bien traité. À 2h, composition de droit commercial ; voici les sujets : « Influence de la faillite sur les inscriptions d’hypothèques » et « Notions générales sur la publicité des sociétés de commerce » ; ce dernier est le plus traité ; je choisis le premier. Jusqu’à mon arrivé à Angers, je croyais aussi l’avoir bien traité, mais en vérifiant sur mon livre, je me suis aperçu d’une erreur ; j’espère que l’autre devoir, qui, lui, est très bien, fera passer celui-ci. J’ai peut-être eu tort de ne pas faire ce que faisaient tous les étudiants de Caen, c’est-à-dire d’apporter les manuels nécessaires pour y préciser, à l’insu (peut-être voulu) du surveillant, les renseignements nécessaires, j’aurais mieux fait de les imiter. Enfin, jusqu’à vendredi soir, me voilà un peu inquiet. Nous repartons de Caen par le train de 10h22 du soir et arrivons ici ce matin à 4 heures, je me suis couché jusqu’à mi-onze heures. L’après-midi, je commence à travailler ma procédure en vue de l’examen oral. Je vais voir aussi Madame Mailfert qui connait beaucoup la femme du doyen de la Faculté de droit de Caen, Madame Villey, pour la prier de me recommander à son mari ; Madame Mailfert est très aimable et me promet d’écrire ; je ne sais pas si sa lettre arrivera assez tôt pour exercer une influence sur le résultat de l’écrit, car la liste des admissibles sera affichée demain à Caen ; à vrai dire, je ne crois pas avoir besoin de cette recommandation car mon devoir de droit civil compensera certainement la faiblesse de l’autre, mais je me dis que deux sûretés valent mieux qu’une. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Angers, vendredi 10 juillet 1903

Le matin, je travaille ; l’après-midi à 1h ¾, conférence de droit commercial. Vers 4h ½, je reviens à l’Université pour y attendre la dépêche de Caen nommant les admissibles, elle arrive vers 5 heures, nous sommes tous admissibles sauf un dispensé de cours de Nantes ; Dieu en soit loué ! Voilà, pour toutes les vacances, une préoccupation de moins. À 5h, conférence de droit civil. Le soir, nous allons nous promener du côté de la Maître-école. Les nouvelles de Rome sont un jour satisfaisantes, le lendemain plus mauvaises ; il en est ainsi depuis le début de la maladie. Mardi, une ponction que l’on a fait à Léon XIII l’a beaucoup soulagé, on lui a enlevé 800 grammes de liquide pleurétique ; on s’attendait à une amélioration sensible après cette opération qu’il avait admirablement supportée malgré une extrême faiblesse ; le lendemain, il était plus affaissé, et, hier, il a fallu faire une nouvelle ponction qui a donné 1100 grammes de liquide ; l’hépatisation des poumons n’augmente pas ; mais les médecins craignent que Léon XIII, malgré son indomptable énergie, ne soit vaincu par la faiblesse. La lucidité de l’auguste vieillard est merveilleuse ; si l’on en croit les journaux, il préside au gouvernement de l’Église et entre jusque dans les plus petits détails, comme si de rien n’était ; c’est ainsi qu’il a recommandé à son secrétaire de faire porter chez ses petits-neveux un piano qu’il leur avait promis et dont il ne veut pas que sa mort les prive. Depuis près d’une semaine, les yeux du monde entier sont tournés vers la Ville éternelle et on suit avec une intense émotion les phases de cette lutte entre la mort et le pape ; la mort semble reculer devant l’énergie de cet illustre vieillard de plus de 93 ans ! Les journaux consacrent près de la moitié de leurs colonnes aux nouvelles du pape, et, dans les agences de publicité, on remarque bien plus de monde que de coutume, tant est grand l’intérêt que tous prennent à cette précieuse santé ! Par le courrier du soir, nous recevons de Bonne maman une lettre désolée où elle se lamente sur mon échec ; elle me croit recalé ! C’est que nous avons oublié de lui dire que nous ne connaîtrions le résultat de l’examen que ce soir, et elle s’attendait à recevoir un télégramme de Caen dès mercredi ! Pauvre Bonne Maman, quelle bonne surprise elle a dû éprouver ce soir quand elle a reçu notre dépêche !

Angers, samedi 11 juillet 1903

Chaleur torride aujourd’hui ; le matin, M. Buston nous fait encore cours, Hervé-Bazin et moi seuls y assistons ; le soir, M. Jac nous fait sa dernière conférence de droit civil ; après dîner, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 12 juillet 1903

Il fait encore plus chaud qu’hier, il y a au moins 35° à l’ombre ; et, par cette température, je dois travailler presque toute la journée ; je ne m’interromps de mon travail le matin que pour aller à la grand’messe à Saint-Joseph ; l’après-midi, que pour aller au salut à l’Adoration. Le soir, nous allons à la musique au Mail.

Semaine du 13 au 19 juillet 1903

Angers, lundi 13 juillet 1903

Je travaille à peu près toute la journée ; l’après-midi, je vais à la chapelle de la route de Paris recommander mon examen oral à Notre-Dame du Bon Conseil. Le soir à 7h, l’oncle Paul nous fait dire qu’il vient d’apprendre par une lettre du général Halter sa nomination à la dignité d’officier de la Légion d’honneur ; sa nomination n’avait cependant pas paru ce matin à L’Officiel. Après dîner, je vois passer la retraite aux flambeaux et en musique en l’honneur de la fête de la révolution qu’on célèbre demain.

Angers, mardi 14 juillet 1903

Le matin, nous recevons quelques personnes qui viennent profiter de notre balcon et de nos fenêtres pour assister à la revue. Après la revue, et avant le défilé, le général Halter remet les nouvelles décorations ; il commence par celle de l’oncle Paul ; la revue n’est pas très belle car le 135e d’infanterie est resté au camp de Ruchard où il est depuis trois semaines. La revue militaire, c’est le seul plaisir que nous prenions à la journée d’aujourd’hui parce que c’est la seule chose nationale, tout le reste c’est la révolution. Ah, quand aurons-nous une fête vraiment nationale en l’honneur de laquelle on puisse se réjouir et pavoiser sans avoir l’air d’être les complices de la révolution, la fête de Jeanne d’Arc par exemple ! Je l’appelle de tous mes vœux ce jour ; il est vrai qu’il ne paraît pas prochain ! Très mauvaises nouvelles du pape ce matin, on télégraphie de Rome qu’il est à toute extrémité, il faut s’attendre à apprendre sa mort d’un moment à l’autre ; cette nouvelle est d’autant plus pénible que, depuis trois jours, on renaissait à l’espérance, un peut trop vite peut-être. Le soir, avec l’oncle Paul et Tante Josepha, j’assiste au feu d’artifice du sommet de la tour la plus élevée du château ; on domine de là toute la ville. Je rentre vers 11 heures, enchanté de voir finie cette journée du 14 juillet qui soulève beaucoup de poussière, de bruit, mais excite fort peu d’enthousiasme ; cette année-ci, on s’est particulièrement abstenu de pavoiser ; en-dehors des édifices publics, qui sont assez piètrement illuminés, les fonctionnaires (pas tous) ont arboré un drapeau ; quant au commerce, il s’est abstenu ; on pourrait compter les magasins ou les cafés qui ont pavoisé ; on voit bien par-là combien mérite peu d’être appelé « fête nationale » l’anniversaire de la prise de la Bastille ; c’est, en effet, le souvenir du triomphe d’un parti, et par conséquent de l’écrasement d’un autre ; pour une partie de la nation, c’est un jour de deuil, c’est donc le contraire d’une fête nationale. On devrait choisir comme fête nationale un anniversaire qui réunisse l’unanimité de la nation dans un même sentiment de joie, de fierté nationale ; par exemple, celui d’une grande victoire sur l’étranger (Tolbiac, ou Bouvines, ou la délivrance d’Orléans, ou Denain ou Austerlitz), alors toute la nation pourrait se réjouir et pavoiser ; mais décorer du beau nom de fête nationale l’anniversaire de la victoire d’un parti, c’est un non-sens, une contradiction dans tous les termes ! C’est une provocation à une partie de la nation !

Angers, jeudi 16 juillet 1903

Hier, je travaille toute la journée. À 9h du soir, au moment où nous étions en train, les Magué et nous, de nous ingurgiter des glaces en l’honneur de la fête de Papa, le tailleur Charron vient nous prévenir que les Pères Capucins, s’attendant à être expulsés demain matin au petit jour, demandent leurs amis. Aussitôt, je pars avec Papa ; Papa m’y laisse et j’y ai passé la nuit ; jusqu’à 3 heures du matin, nous étions une quinzaine d’hommes seulement, mais nous avons fait de la bonne besogne. Pénétrant dans la chapelle par une porte secrète (que la police n’a jamais réussi à découvrir) et, par conséquent, sans briser les scellés qui sont apposés depuis trois semaines, nous retirons de nombreux rangs de chaises qui s’y trouvent, et nous les disposons dans le couloir qui suit la porte d’entrée, prêts à barricader ce couloir (la porte sera fermée par une épaisse barre de fer) dès que la force armée arrivera ; recueillant tout ce que nous trouvons dans les greniers, dans les caves, dans le jardin, nous barricadons solidement la porte de la chapelle (à laquelle la police croit que nous ne pouvons pas parvenir à cause des scellés !), nous barricadons aussi, au moyen de madriers et d’arcs-boutants, une autre porte du couvent, et derrière, une 4ème porte donnant sur le jardin, nous entassons une dizaine de grosses caisses de terre plantées de lauriers (cela fait un poids formidable) ; nous clouons les contrevents de toutes les fenêtres ; dans les deux escaliers qui conduisent aux cellules, nous accumulons les meubles (nous les empilons les uns sur les autres), nous mettons des matelas, le tout lié à la rampe par des fils de fer, afin que la police, après avoir pénétré dans le rez-de-chaussée, éprouve les plus grandes difficultés à arriver jusqu’aux cellules dans lesquelles nous nous barricaderons avec les pères, pour la forcer à nous en arracher un à un, afin de rendre cette exécution aussi odieuse que possible ; pendant ce temps, la cloche du couvent sonnera à toute volée pour ameuter le quartier ; 3 pères s’enfermeront dans la chapelle dans laquelle on n’aura pas l’idée de les chercher, en sorte que l’expulsion sera à recommencer. Nous ne nous faisons pas d’illusions sur le résultat final, nous savons très bien que les Pères, malgré nos efforts, seront expulsés, mais nous voulons donner aux agents de Combes autant de fil à retordre que possible, afin de soulever la population contre eux ; c’est le seul résultat que l’on puisse espérer atteindre dans les tristes circonstances actuelles. À partir de 3h ½, les amis des pères arrivent de plus en plus nombreux ; vers 4 heures, nous sommes une cinquantaine ; c’est plus qu’il n’en faut pour bien résister ; mais 4 heures, 4h ½, 5 heures, 6 heures arrivent… et la police ne se montre pas ; ce ne sera pas pour aujourd’hui ; en entendant les coups de marteau et tout le bruit de cette nuit, les agents de Combes qui stationnaient sur la place Saint-Laud ont compris que nous organisions la résistance, et ils ont reculé ; premier résultat d’une organisation courageuse ! Ce sera sans doute pour une des prochaines nuits ; mais, à cause de mon examen, je ne pourrai malheureusement pas continuer à passer des nuits comme celle-ci. Mais j’ai chargé quelqu’un de venir m’avertir dès que la police se présentera et j’entrerai dans le couvent par une maison voisine dont le propriétaire s’est entendu avec les Pères pour livrer passage à leurs amis ; après tout le mal que je me suis donné pour organiser la défense, je veux assister les Pères au moment de l’expulsion. Pourvu qu’elle n’ait pas lieu après mon départ ! Je rentre à la maison vers 7 heures, je vais à la messe à Notre-Dame en l’honneur de la fête du Mont-Carmel, je dors pendant une petite heure, puis je me remets au travail, pour l’examen. Dans l’après-midi je reviens un moment chez les Pères, rien de nouveau. Nous arrêtons notre plan de voyage : je pars samedi avec Papa pour Caen ; après mes deux examens, mercredi nous partons pour Paris où nous passerons 2 ou 3 jours, et nous en repartirons pour commencer une tournée dans l’Est : notre principal arrêt sera à Verdun chez l’oncle Xavier ; nous comptons même aller à Metz, et peut-être à Strasbourg. Nous rentrerons à Angers vers le 5 août ; après deux ou 3 jours de repos et de préparatifs, j’irai rejoindre Maman à Sainte-Croix chez Marie-Thérèse où elle sera installée depuis une quinzaine déjà. Nous irons ensemble au pèlerinage national à Lourdes vers le 20 août, et nous arriverons en Roussillon vers le 25 août ; nous y resterons jusqu’en octobre, partageant notre temps entre Ille et Vinça ; enfin, nous irons peut-être finir nos vacances à Biarritz où Maman prendrait les bains salins de Briscous. Voilà notre plan de vacances, Dieu veuille qu’il se réalisé sans accrocs. À 5h le soir, je vais chez les Capucins : rien de nouveau ; j’y retournerai demain matin.

Angers, vendredi 17 juillet 1903

Le matin à 5h ½, je vais chez les Capucins ; quelques messieurs y ont passé la nuit en prévision d’une attaque ; j’y reste un moment, puis voyant qu’elle n’est pas à craindre pour aujourd’hui, je me retire. Je travaille à peu près toute la journée ; je m’interromps seulement dans l’après-midi pour aller me faire couper les cheveux. Je me décide à ne partir que dimanche, cela me fera gagner un peu de temps pour travailler.

Angers, samedi 18 juillet 1903

Ce matin, je ne retourne pas chez les Capucins, car je suis sûr d’être averti dès que la police arrivera devant le couvent, à quelque heure que ce soit. Je travaille toute la matinée, et je ne m’interromps, l’après-midi, que pour aller me confesser à Saint-Jacques. Le pape est toujours à la mort, mais il ne meurt pas ; malgré son extrême faiblesse, sa lucidité d’esprit est parfaite, et, à force de soins, ses médecins espèrent lui assurer encore quelques jours de vie. On fait au Vatican de grands préparatifs en vue du conclave ; quant au cardinal qui remplacera Léon XIII, il est bien difficile de le désigner ; on parle du cardinal Gotti (je le désire, car il est très ferme), du cardinal Vannutelli, et aussi (mais à tort) du cardinal Rampolla ; quelques-uns pensent aussi au vieux cardinal di Oreglia ; le Saint-Siège décidera.

Caen, dimanche 19 juillet 1903

Je vais à la messe de 8h à Notre-Dame ; je quitte Angers par le train de 10h22 ; je voyage avec plusieurs étudiants, et j’arrive à Caen à 5h. je descends à l’Hôtel Maderne, n’ayant pas été satisfait, il y a quinze jours, de l’Hôtel de la Place royale. Je vais déposer ma carte chez les professeurs qui m’interrogeront demain : MM. Danjou, Guillouard et Astoul ; après dîner, je travaille un moment avec Hervé-Bazin et Delahaye, qui sont à l’Hôtel de la Place royale, et je me couche.

Semaine du 21 au 26 juillet 1903

Caen, lundi 20 juillet 1903

Je me lève à 5 heures, et je vais à la messe de 6h à Saint-Pierre où je fais la sainte communion. À 8 heures, je vais à la Faculté ; dans mon bureau, nous ne sommes que trois : un nommé Adde, Hervé-Bazin et moi. M. Danjou m’interroge sur le droit commercial ; je débute fort mal dans mon examen ; en droit commercial, je me trouble, et je ne sais rien répondre de bien ; je me relève fort heureusement, pour les deux questions de droit civil ; la première m’est posée par M. Guillouard : « Du rapport ; quand doit-il être fait en nature ; quand en moins-prenant » ; la seconde, de M. Astoul, est celle-ci : « Est-il nécessaire, en communauté légale, pour qu’un immeuble soit propre à un époux, qu’il l’ait eu en propriété avant le mariage ? ». Je réponds fort bien à ces deux questions. À la proclamation, j’ai : une rouge, une blanche et une rouge-noire ; cette dernière est, évidemment, pour le droit commercial, je m’y attendais ; quant au droit civil, je pensais avoir deux blanches-rouges ou une blanche et une blanche-rouge ; sans doute, pour me donner une blanche, ils ont abaissé d’un cran l’une des deux notes, et élevé l’autre d’autant. Je suis reçu, c’est l’essentiel (nous le sommes tous en 3ème année d’ailleurs), mais je regrette d’avoir séché en droit commercial, car c’était certainement de tout l’examen la partie que j’avais le plus travaillée. On donne aujourd’hui de très mauvaises nouvelles du papa ; il paraît être au bout de sa longue résistance. À 5h, Papa arrive, il est parti ce matin d’Angers ; moi, je travaille toute l’après-midi mon examen de demain. Le soir au moment où nous sortons de table, nous trouvons tous les étudiants d’Angers qui nous attendent à la porte de l’hôtel et qui nous invitent Papa et moi à déjeuner demain à leur hôtel ; Papa, à cause de son excursion demain à Trouville et au Havre, ne peut pas accepter, mais j’accepte.

Caen, mardi 21 juillet 1903

Je me lève à 5 heures, et la première chose que j’apprends en descendant de ma chambre, c’est la mort du pape survenue hier soir à 4h04 ; il paraît que la nouvelle a été répandue dès hier soir ; c’est une bien grande figure qui disparaît ! Certes, ce n’est pas le moment de porter un jugement sur Léon XIII ; mais ce qu’on peut dire c’est que, quelque opinion que l’on ait sur sa politique à l’égard de notre gouvernement persécuteur, il a toujours voulu le bien ; son attitude conciliatrice lui a réussi dans bien des cas ; dans d’autres, elle a échoué, en France par exemple ; mais aucun pape n’avait porté plus haut le prestige de la papauté en des temps aussi difficiles ! Je vais à la messe de 6 heures où je fais la sainte communion ; Papa part à 8h pour Trouville et Le Havre. Je passe la dernière partie de mon examen, de 8h à 10 heures. M. Alix m’interroge en législation financière sur « Les crédits additionnels », je lui réponds bien. M. Cabouat, en droit international privé, m’interroge sur les « Annexions de territoire et leurs effets sur les habitants, domiciliés et originaires du pays annexé » ; je lui réponds très bien ; enfin M. Biville m’interroge, en procédure civile, sur « La procédure des référés », chose spéciale qui n’est pas dans le cours de M. Courtois, aussi je réponds tant bien que mal. À la proclamation, nous sommes tous reçus comme hier (Roussier qui passe aujourd’hui se première partie est reçu aussi), j’ai une blanche, une blanche-rouge et une rouge ; la première est évidemment pour le droit international, la seconde pour la législation financière et la 3ème pour la procédure. Mon examen est réellement bon aujourd’hui. Pour l’ensemble des 6 notes, j’ai donc : deux blanches ; une blanche-rouge ; deux rouges ; une rouge-noire ; chose bizarre, c’est pour la partie que j’avais le plus travaillée, le droit commercial, que j’ai le plus mal répondu, et c’est pour la partie que j’avais le plus négligée, le droit international, que j’ai fait la meilleure réponse ! Du reste, ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Me voilà donc licencié en droit, et en vacances, double plaisir ; je télégraphie à Maman, Bonne Maman et Marie-Thérèse. L’après-midi, je vais accompagner plusieurs de mes camarades d’Angers qui repartent à 11h40, puis je vais écouter passer des examens de seconde année à la Faculté, pour passer mon temps. Ensuite, j’écris mon journal et plusieurs lettres. Je lis les journaux qui sont remplis des nouvelles de Rome et d’articles sur Léon XIII ; ils ne donnent presque aucune nouvelle en-dehors de cela. La Libre Parole publie en 3 pages une histoire complète de la vie du pape ; en débutant, l’auteur (M. Boyer d’Agen) se reporte par la pensée à 1810… un siècle en arrière !!! Au moment où Napoléon était au faîte de sa puissance ; c’est à ce moment que vient au monde le grand pape qui est mort avant-hier, quelle vie et quelle carrière ! Je garde l’article car il en vaut la peine.

Léon XIII, mort le 20 juillet 1903

Caen, mercredi 22 juillet 1903

Papa et moi nous allons au pèlerinage d’action de grâce à La Délivrande où nous faisons la sainte communion ; de là, nous allons à Luc-sur-Mer où nous déjeunons, puis à Saint-Aubin ; au retour, à 3h49, je fais visiter la ville à Papa ; j’apprends que Roussier a été reçu ; donc, superbe succès en 3ème année !

Paris, jeudi 23 juillet 1903

Nous partons de Caen par l’express de 8h21, et nous sommes à Paris à 1 heure ; nous descendons à l’Hôtel du Prince de Galles rue d’Anjou ; dans l’après-midi, nous allons chez Tata Mimi rue de Monceau, où nous dînons le soir avec une religieuse sécularisée tante de Margot, Mme d’Auberjon qui est obligée de s’habiller comme tout le monde, de changer de nom et de changer très souvent de quartier car elle est traquée comme une bête fauve par la police de Combes ! Et vive la liberté quand même !

Paris, vendredi 24 juillet 1903

Dans la matinée nous faisons diverses commissions ; nous allons à Notre-Dame voir les préparatifs du service funèbre qui sera célébré mardi pour Léon XIII, ils sont presque achevés, nous y reviendrons dimanche ou lundi pour les voir achevés. Nous allons déjeuner chez les Civelli où il y a aussi l’oncle Xavier qui arrive du Roussillon et qui est à Paris jusqu’à demain soir ; l’après-midi, au moment où nous attendions l’oncle Xavier au Palais Royal où il nous avait donné rendez-vous, nous rencontrons l’oncle Hector, nous nous promenons avec lui jusqu’à l’arrivée de l’oncle Xavier ; il nous annonce les fiançailles de sa nièce, ma cousine Jeanne de Pontich, fille de l’oncle Henri, avec un jeune médecin le docteur Mathieu. Nous faisons plusieurs visites chez Tante Cornet de Bosch qui est ici chez son fils Joseph, chez ma tante de Roig, chez son fils M. Charles de Roig, nous ne rencontrons personne. Nous dînons chez les Civelli.

Paris, samedi 25 juillet 1903

Le matin, je vais avec papa aux bureaux des Compagnies de Chemins de fer, rue Sainte-Anne, et nous demandons deux carnets pour notre voyage dans l’Est dont nous traçons nous-mêmes l’itinéraire : il est tout entier sur le réseau de l’Est, et passe par Reims, Verdun (d’où nous irons à Metz), Nancy (d’où nous irons à Strasbourg), Epinal, Gérardmer, Plombières et Troyes ; nous serons, sans doute, de retour à Paris le 8 août ; mais nous n’y ferons pas d’arrêt sérieux, nous repartirons tout de suite pour Angers. Nous déjeunons à l’hôtel et nous allons passer une partie de l’après-midi à Saint-Germain où je visite avec un vif plaisir le château et ses si intéressantes collections préhistoriques et historiques, et le magnifique parc. Le soir, nous dînons chez les Civelli avec l’oncle Xavier et un jeune ménage italien, le comte et la comtesse Palucco, qui sont très aimables ; l’oncle Xavier repart à 10 heures pour Verdun où nous le retrouverons mardi.

Paris, dimanche 26 juillet 1903

Nous allons le matin à la messe à la Madeleine ; après déjeuner, nous allons à Enghien par la Gare du Nord ; c’est une gentille petite station mais elle est envahie par les Parisiens ; le lac, le petit casino et les villas qui l’entourent ont l’air d’un décor d’opérette. Nous rentrons à Paris vers 5h ½.

Semaine du 27 au 31 juillet 1903

Epernay, lundi 27 juillet 1903

Ce matin, à Paris, nous sommes montés à la basilique du vœu national de Montmartre et nous y avons fait la sainte communion ; ensuite nous sommes allés à Notre-Dame voire la décoration pour le service funèbre pour Léon XIII, elle est grandiose ; le catafalque surmonté d’un superbe baldaquin est monumental. Nous déjeunons chez les Civelli, puis nous leurs faisons nos adieux et, après avoir fait nos malles, nous prenons à 5h20 le train à la Gare de l’Est ; nous sommes à Epernay vers 7h ½ ; le soir, nous nous promenons un peu dans cette petite ville qui n’a rien d’intéressant ; nous passons la nuit à l’Hôtel de l’Europe.

Verdun, mardi 28 juillet 1903

Nous avons quitté Epernay par le train de 8h40 et nous sommes arrivés à Reims trois quarts d’heure plus tard ; malgré la pluie qui n’a pas cessé, nous avons vu à peu près tout ce qu’il y a à voir dans cette ville : avant déjeuner, nous visitons en détail la merveilleuse cathédrale, merveille de l’art gothique et son trésor si précieux à cause des souvenirs qui s’y rattachent, puis la vieille et curieuse église Saint-Rémy ; après déjeuner, nous visitons l’Archevêché où on remarque surtout la belle salle, ornée de portraits d’une foule de rois, où les rois de France recevaient après leur sacre ; puisse-t-elle servir bientôt, pour le plus grand bien de la France ! Nous visitons aussi le Musée qui est dans l’Hôtel de ville ; dans la galerie de peinture, on remarque plusieurs Corot. Nous repartons de Reims à 3h12 et arrivons à Verdun à 6h ½, après avoir traversé des pays pleins de souvenirs historiques : Sainte-Menehould, Valmy, le camp de Chalons etc. À Verdun, l’oncle Xavier nous attendait à la gare et lui, Tata Mimi, Madeleine et Maurice nous font le plus aimable accueil.

Verdun, mercredi 29 juillet 1903

Toute la matinée, il fait un temps déplorable ; cependant, nous nous promenons un peu dans les rues montantes et étroites de cette petite ville. Verdun est une véritable forteresse, un vrai camp retranché : à tous les coins de rue, on croise des soldats ou des officiers de toutes armes. À 10h ½, nous assistons à la cathédrale au service pour le papa ; l’édifice est un mélange bizarre de gothique et de Louis XV. L’après-midi, accompagnés de l’oncle Xavier et d’un officier de l’intendance, nous visitons les immenses galeries souterraines creusées sous la citadelle, il y en a ainsi 9 kilomètres ! Le tout est éclairé à la lumière électrique ; une grande partie est réservée à l’artillerie ; nous ne visitons que la partie réservée aux subsistances, il y a là des approvisionnements énormes en blé, en vin et en conserves de toutes sortes, il y a, de plus, 3 moulins ; ce qui fait qu’on pourrait, en cas de mobilisation, faire 108.000 pains de guerre par jour avec le secours des moulins de la ville qui seraient réquisitionnés ; toutes ces provisions à plus de 15 mètres sous terre, dans des galeries voûtées, sont à l’abri d’un bombardement pour le cas où les Allemands voudraient recommencer ce qu’ils firent en 1870. Pour l’hypothèse d’un bombardement, on a construit aussi des galeries souterraines qui serviraient de dortoir à la garnison et à la population ; les lits sont déjà disposés ; c’est une organisation merveilleuse et on peut espérer que Verdun résisterait à un siège jusqu’au bout ; d’ailleurs, il est probable que les forts qui dominent la ville dans toutes les directions empêcheraient l’ennemi de l’assiéger. Le soir, l’oncle Xavier va se coucher de bonne heure parce qu’il doit partir à 2h du matin pour assister à une manœuvre de brigade qui a lieu dans les environs.

Citadelle souterraine de Verdun (vue actuelle)

Verdun, jeudi 30 juillet 1903

Nous partons à 9h46 pour Metz où nous arrivons à 11h10 (heure allemande) ; nous ne changeons pas de train à la frontière, mais à partir d’Amanvilliers, ce sont des employés allemands qui conduisent le train. Le trajet est plein de pénibles souvenirs, la ligne traverse le champ de bataille de Saint-Privat jalonné de tombes. À Metz, nous nous promenons beaucoup dans les rues qui ont toutes l’aspect de celles d’une ville française ; partout, on entend parler français, sauf, bien entendu, les soldats que l’on croise à chaque instant et les officiers élégants et à l’air arrogant ; les enseignes des magasins sont dans les deux langues par ordre de la police qui ne veut pas tolérer d’enseignes purement françaises, par contre beaucoup de magasins appartenant à des immigrés ont des enseignes purement allemandes ; nous admirons la superbe cathédrale gothique et son nouveau portail ; nous allons en voiture au cimetière de l’île Chambière prier sur la tombe des officiers et des soldats français morts pour la défense de la ville : pèlerinage à la fois triste et consolant ; l’impression que nous laisse notre excursion à Metz est que nous venons de voir une ville essentiellement française mais où l’élément indigène français se trouve et se trouvera de plus en plus absorbé par le flot montant de l’immigration allemande favorisée par la grande faute que firent les Alsaciens-Lorrains qui vinrent s’établir en France après la séparation ; ils auraient mieux fait de rester dans le pays, d’occuper les places, de façon à résister sur place à l’influence germanique, au lieu de favoriser, en partant, l’immigration allemande et la germanisation du pays. Nous rentrons à Verdun à 9h47 heure française.

Une rue de Metz en 1903

Verdun, vendredi 31 juillet 1903

Il pleut presque toute la journée ; dans l’après-midi, nous allons, Papa, l’oncle Xavier, Tata Mimi, Madeleine et moi faire une jolie promenade en voiture autour de Verdun ; nous traversons de jolis bois ; nous passons devant 7 ou 8 forts et devant au moins autant de batteries détachées, le tout armé de canons du dernier modèle ; il y a 17 forts, sans compter les batteries annexes, autour de Verdun ; il ne serait donc pas facile de bloquer cette place ! Au retour, je m’arrête au quartier du 3ème hussards que Maurice me fait visiter, et nous rentrons ensemble.

Août 1903

Semaine du 1er au 2 août 1903

Verdun, samedi 1er août 1903

Nous avons passé toute la journée en excursion, heureusement avec le beau temps, enfin ! Partis l’oncle Xavier, Papa et moi par le train de 8h17, nous descendons à Aubréville d’où une voiture nous conduit à Varennes, là, nous visitons la maison à Louis XVI et sa famille passèrent la nuit du 21 au 22 juin 1791 ; nous voyons la tour où s’appuyait la voûte qui empêcha sa berline d’avancer, le maire, M. Evrard, très aimable, nous montre les procès-verbaux originaux de l’époque qui constatent ces événements etc. ; très intéressante visite ; la maison de Sauce où la famille royale passa la nuit qui précéda son retour à Paris vient d’être achetée par M. Evrard qui va y installer un petit musée de portraits, de gravures et de documents se rapportant à ces tristes événements. Après avoir déjeuné à l’Hôtel du Grand monarque, le même où se tenaient les hussards que M. de Bouillé avait postés à Varennes, nous prenons une voiture qui, à travers la splendide forêt de l’Argonne, nous mène à des villages aux noms historiques : la Harazée, la Chalade où se trouve une magnifique église gothique, les Islettes, Clermont-en-Argonne où nous reprenons le train pour Verdun ; nous sommes de retour à 7h du soir. Après dîner, je vais avec Tata Mimi et Madeleine voir passer la retraite en musique. L’excursion d’aujourd’hui nous a beaucoup intéressés.

L’Hôtel du Grand monarque à Varennes en 1901

Verdun, dimanche 2 août 1903

Je vais à la grand’messe à la cathédrale ; ensuite, je me promène avec Papa. L’après-midi, je vais au quartier de Bévaux voir Maurice qui n’a pas pu venir parce qu’il est de semaine. Après dîner, nous allons tous à la musique.

Semaine du 3 au 9 août 1903

Nancy, lundi 3 août 1903

Nous avons quitté Verdun ce matin à 9h46 après avoir fait nos adieux à Tata Mimi et à Madeleine que nous reverrons sans doute à Lourdes pendant le pèlerinage national et à l’oncle Xavier que nous reverrons peut-être en octobre en Roussillon. Le temps est affreux ; nous déjeunons à la gare de Conflans et arrivons à Nancy à 1h10 ; nous descendons à l’Hôtel de l’Europe et, vite, nous nous mettons à visiter cette belle ville malgré le mauvais temps ; nous admirons la splendide place Stanislas, le Palais du gouvernement militaire, auquel le roi de Pologne a donné si bien son empreinte, la cathédrale, le palais des ducs de Lorraine et son musée, la chapelle contenant 79 tombeaux de ducs ou de duchesses de Lorraine, propriété de l’empereur d’Autriche, et que Combes voulait fermer (il a dû le rouvrir sur la réclamation de l’Autriche) etc., en un mot, nous employons bien notre journée.

Strasbourg, mardi 4 août 1903

Le matin, jusqu’au moment du départ, nous nous promenons encore dans Nancy ; nous déjeunons à 10h ½ et partons à 11h25 pour Strasbourg où nous arrivons à 5h50 (heure allemande) ; c’est avec un vif serrement de cœur que nous franchissons pour la seconde fois la nouvelle frontière, et que nous parcourons à toute vapeur ces belles plaines t ces jolies montagnes qui étaient françaises il y a 33 ans et que foule de son pied brutal le reître prussien. Strasbourg nous apparaît de suite comme une fort belle ville, très animée ; jusqu’à notre dîner, et le soir, nous nous promenons un peu ; nous sommes descendus à l’Hôtel de l’Europe ; nous allons prendre la bière dans un café du Broglie. Ici, sur 15 enseignes, il y en a à peine une en français ; c’est que toute la population comprend l’allemand dont la langue du pays, l’alsacien, se rapproche beaucoup ; dans les rues, on entend très peu parler français. Vers 7 heures, nous apprenons l’élection du nouveau pape Pie X ; c’est le cardinal Joseph Sarto, patriarche de Venise, qui a été élu ce matin après 6 tours de scrutins et au quatrième jour du conclave ; que Dieu le conserve longtemps et qu’il soit un second Pie IX ! Nous apprenons cette grande nouvelle envoyant à la vitrine d’une librairie voisine de la cathédrale le portrait du cardinal Sarto et le nom choisi par l’élu du conclave ; en ville, on voit flotter plusieurs drapeaux pontificaux (jaunes et blancs).

Strasbourg, mercredi 5 août 1903

Le matin, nous visitons la splendide cathédrale ou Munster dont la façade si élancée, presque à jour, produit une impression si profonde ; l’intérieur du vieil édifice est surtout remarquable par ses belles et vastes proportions. Nous visitons l’église protestante Saint-Thomas où se trouve le mausolée monumental du maréchal de Saxe et plusieurs autres moins grandioses ; dans une sacristie de cette église, nous voyons deux momies fort bien conservées : celle du duc de Nassau tué pendant la guerre de Trente Ans et celle de sa fille. Ensuite, nous prenons sur la place de Kléber un tram électrique qui nous mène à Kehl ; je franchis avec émotion le Rhin, ce fleuve si beau, qui a fait couler tant de sang pour sa possession, comme on dit dans le Wacht am Rheim, et qui ne coule plus sur des rives françaises depuis 1871. À Kehl, dans le grand’duché de Bade, nous nous disons sans arrière-pensée que nous foulons une terre allemande ; nous rentrons à Strasbourg vers 1 heure pour déjeuner. L’après-midi, nous nous promenons dans les nouveaux quartiers allemands au-delà du Broglie ; nous voyons l’Université, le Palais de la représentation, la poste, la bibliothèque, l’église protestante de la garnison, le Palais impérial, tous monuments absolument neufs dont l’ensemble est d’un effet grandiose ; on voit bien là que les Germains ont voulu affirmer leur conquête par des monuments durables : « eregi monumentom ore perennius ». Plus tard, nous allons, par de grandes avenues, bâties de beaux immeubles, au splendide parc de l’Orangerie où nous nous promenons près d’une heure. Après dîner, nous prenons un bock sur le Broglie.

Palais impérial de Strasbourg

Strasbourg, jeudi 6 août 1903

Nous partons le matin par le train de 7h48 pour Sainte-Odile, le célèbre pèlerinage alsacien ;  à partir de Oberenheim, nous quittons le chemin de fer et faisons en voiture la montée de 2h ½ dans de superbes montagnes ; je cause avec le cocher (un jeune homme de 18 ans environ), je lui demande notamment si dans son village d’Obernai la population est pour l’Allemagne ou pour la France, il me répond avec énergie, et comme étonné d’une pareille question : « für Frankreich », car il ne parle ni ne comprend un seul mot de français ; cette réponse me fait grand plaisir. Nous arrivons à Sainte-Odile vers 11h ½, nous visitons les chapelles, la châsse de la sainte, nous déjeunons fort bien dans le restaurant tenu par les sœurs (qu’on ne chasse pas, ici) et nous admirons le magnifique panorama qu’on a sur la plaine d’Alsace ; les pèlerins et les touristes sont, du reste, fort nombreux (une centaine environ, dont la plupart français ou alsaciens, très peu d’Allemands) ; au retour, nous offrons une place dans notre voiture à un jeune ecclésiastique, l’abbé Vitory, organiste de la cathédrale de Strasbourg, avec qui nous causons beaucoup de la situation de l’Alsace ; il ne nous cache pas, malgré ses vives sympathies pour la France, que la germanisation fait des progrès en Alsace, et il nous dit cette phrase navrante : « Le gouvernement français a fait plus avancer la germanisation de notre pays depuis deux ans par sa persécution religieuse que n’avaient pu le faire les Allemands en trente ans » ; et ce n’est pas la première fois que j’entends dire cela ! En chemin de fer, nous voyageons avec d’autres ecclésiastiques qui nous disent combien ils aiment la France, et combien la séparation leur coûte ; ils nous citent l’exemple d’un Alsacien, ancien soldat français, qui s’est fait enterrer dans son uniforme. Mais ils nous confirment une chose dont nous nous étions doutés à Strasbourg, c’est que dans cette ville, les immigrés allemands sont plus nombreux que les indigènes ; beaucoup de ceux-ci étant partis après la guerre, ont été remplacés par des Allemands ; c’est ce qui donne à Strasbourg cet aspect si allemand. Le soir, nous retournons à la belle promenade de l’Orangerie où joue la musique des pompiers ; elle joue ce soir notre marche militaire de Sambre et Meuse que les Allemands interdisaient depuis 1870 et qu’ils tolèrent depuis quelques semaines seulement, parce que c’était la marche favorite de nos troupes pendant la guerre ; elle est couverte d’applaudissements frénétiques ; cela me console un peu des tristes constatations de cette après-midi.

Le Mont Sainte-Odile (vue actuelle)

Gérardmer (Vosges), vendredi 7 août 1903

Le matin à Strasbourg, nous visitons le Palais de l’Empereur, tout neuf, et quelques vieux quartiers que nous n’avions pas encore vus, puis je retourne à Kehl d’où j’expédie quelques cartes postales ; à midi ½ (midi du méridien de Strasbourg), je vois et j’entends sonner la fameuse horloge de la cathédrale ; c’est très curieux, mais je croyais les personnages plus grands qu’ils ne sont. Vers 1 heure, avec l’abbé Vitory qui nous avait donné rendez-vous, nous assistons place Kléber au spectacle, bien triste pour nous, de la parade ; je trouve que la marche que joue la musique prussienne ne vaut pas nos marches militaires si entrainantes ; le matin, nous avions déjà vu défiler deux compagnies d’infanterie et leurs fifres nous avaient surpris, ils ne valent pas nos clairons. Nous quittons Strasbourg par le train de 2h46, regrettant de ne pouvoir séjourner plus longtemps dans cette belle et intéressante ville ; et, après avoir visité Lunéville entre deux trains (le château transformé en caserne et le parc sont les seules choses intéressantes), nous arrivons à Gérardmer à 10h du soir ; pas de place à l’Hôtel de la poste ; nous sommes obligés de nous contenter de l’Hôtel des Vosges qui n’est pas fameux.

Gérardmer, samedi 8 août 1903

Nous partons avant 9h du matin dans un grand break pour le col de la Schlucht et nous suivons une des plus jolies routes que je connaisse, à travers les forêts de sapins qui dominent 3 jolis lacs ; nous arrivons à ce col, qui forme la nouvelle frontière, à midi, et nous déjeunons fort bien et en musique dans un hôtel excellent situé à l’extrême frontière (par la fenêtre, tout le temps du déjeuner nous voyons le poteau frontière avec l’horrible aigle prussienne, à quelques mètres) ; après déjeuner, nous prenons notre café dans un café qui est de l’autre côté de la frontière, sur territoire allemand, puis nous grimpons l’Altenburg (à 1350m environ ; le col de la Schlucht est à 1150m d’altitude) ; de là, nous avons une très belle vue sur la belle vallée alsacienne de Munster ; nous sommes de retour à Gérardmer avant 5h ; nous nous promenons un peu et, à la poste, je rencontre une dame d’Alger, Madame Maifrein, dont nous avons fait la connaissance l’année dernière à Cauterets (il n’y a que les montagnes qui ne se rencontrent pas)[54] ; après dîner, avec papa, je vais lui faire une visite à son hôtel, puis j’écris mon journal et je me couche.

Plombières, dimanche 9 août 1903

Après la messe, nous quittons Gérardmer ; nous visitons Epinal (ville assez insignifiante) entre deux trains, et nous arrivons à 2h à Plombières ; malgré la pluie, nous visitons cette station élégante mais resserrée ; après dîner, nous allons au salut à l’église, puis au casino ; nous rencontrons un étudiant d’Angers, Camille Brard, et Mme et Mlle Graindorge dont nous avons fait la connaissance hier à la Schlucht.

Semaine du 10 au 16 août 1903

Paris, lundi 10 août 1903

Nous quittons Plombières à 7h24 du matin et, après un arrêt à Chaumont (nous regrettons de n’avoir pas le temps de visiter Troyes), nous arrivons à Paris à 5h du soir par le rapide de Bâle ; nous comptions aller dîner chez Tata Mimi, mais en arrivant à l’Hôtel du Prince de Galles, nous trouvons une dépêche de Maman nous disant de ne pas y aller parce qu’il y a la fièvre typhoïde dans la maison ; nous dînons au restaurant Lecoeur et, après dîner, nous nous promenons dans de vilains quartiers (du côté du Marais), ce qui nous fait manquer la visite de Tata Mimi et de Xavier à l’hôtel.

Paris, mardi 11 août 1903

Le matin, en l’honneur de la fête de Sainte Philomène, nous allons à la messe à l’église Saint-Gervais ; dans le métropolitain, nous apprenons l’affreuse catastrophe qui s’est produite hier soir vers 8 heures entre les stations Belleville et des Couronnes de la ligne métropolitaine des boulevards extérieurs : un train a pris feu, et beaucoup de personnes sont mortes brûlées ou asphyxiées ; au premier moment, on ne connaît pas le nombre des victimes, car les pompiers ne peuvent pas descendre dans le souterrain à cause de l’énorme chaleur ; vers 10 heures, les journaux annoncent que les derniers cadavres ont été retirés ce matin à 7h, il y en a 84 ! Cette catastrophe fait le pendant de celle du bazar de la Charité, seulement en 1897 c’était l’aristocratie qui était frappée, maintenant c’est le peuple, égalité dans la mort. Nous décidons de rester jusqu’à ce soir pour aller voir le théâtre de la catastrophe. Nous voyons Tata Mimi à 10h à l’hôtel. Nous la retrouvons à 2h, avenue Alexandre III où elle nous attendait au sortir de l’exposition de l’habitation au Grand Palais que nous avons visitée ; nous allons d’abord visiter la chapelle et le cloître de la rue Jean-Goujon élevés sur le lieu de la catastrophe du 4 mai 1897, et que je connaissais mal ; ensuite, nous allons ensemble boulevard de Ménilmontant ; un barrage d’agents et de gardes républicains empêche d’approcher des stations sinistrées, mais il y a encore une forte fumée sur le boulevard. Nous voyons bien vite que nous n’aurons pas le temps de partir ce soir. Alors, nous allons visiter le cimetière du Père-Lachaise, puis nous rentrons à l’hôtel, nous allons dîner chez Lecoeur. Après dîner, avec Tata Mimi et Xavier à qui nous avions donné rendez-vous, nous prenons des rafraichissements à la Taverne royale.

Angers, mercredi 12 août 1903

Nous partons de la Gare Saint-Lazare par le train de 9h38 du matin et nous arrivons à Angers à 2h12. Dans l’après-midi, j’emballe ma salle.

Angers, jeudi 13 août 1903

Le matin, je fais diverses commissions, je me fais couper les cheveux, etc. L’après-midi, j’emballe ma bicyclette et je vais prendre une douche et je fais diverses commissions.

Sainte-Croix (Dordogne), vendredi 14 août 1903

Je pars d’Angers par le train de 10h ½ ; à Saint-Pierre-des-Corps, je prends le rapide Paris-Bordeaux jusqu’à Angoulême où je prends le train de 4h42 pour Périgueux ; je descends à La Roche-Beaucourt où Marie-Thérèse et Maman m’attendent en omnibus ; nous arrivons vers 6h ½ à Sainte-Croix ; Max, qui est à Périgueux, arrive à 8h ½.

Sainte-Croix, samedi 15 août 1903

En l’honneur de l’Assomption, nous allons tous faire la sainte communion à 7 heures à la petite église qui est en face de la maison des Saint-Cyr ; nous assistons à la messe de 10h. L’après-midi, nous allons en omnibus à Mareuil-sur-Belle où nous voyons M. et Mme René de La Bardonnie et leurs enfants[55] ; le soir, M. le curé dîne avec nous ; après dîner, nous allons tous faire une assez longue promenade dans la campagne.

Château de Sainte-Croix-de-Mareuil (Dordogne), demeure des Dupin de Saint-Cyr, près de l’église du village (vue actuelle)

Sainte-Croix, dimanche 16 août 1903

J’assiste à la grand’messe à 10h ; l’après-midi, j’accompagne M. le curé qui va tirer quelques lapins ; nous en voyons deux, il en tire un et le rate. Ensuite, tous en voiture nous allons voir la marquise d’Ambelle que nous ne rencontrons pas, puis nous allons au château d’Aucors voir Mme du Pin de Saint-Cyr, tante de Max, que nous rencontrons ainsi que son fils l’abbé Raoul du Pin de Saint-Cyr ; nous rentrons par Mareuil ; le soir après dîner, longue promenade dans la campagne.

Semaine du 17 au 23 août 1903

Sainte-Croix, lundi 17 août 1903

Le matin, je vais encore fureter avec M. le curé ; nous ne trouvons rien. L’après-midi, en omnibus, nous allons voir la comtesse de Maillard, cousine de Max, au château de Lacombe ; nous revenons par Mareuil où nous voyons les De La Bardonnie. Le soir, longue promenade dans la campagne.

Lourdes, mercredi 19 août 1903

Pas de journal hier parce que j’étais en voyage ; après avoir passé la journée à lire l’ouvrage si intéressant de Drumont : De l’or, de la boue et du sang[56], j’ai quitté Sainte-Croix avec Maman, Marie-Thérèse et Max ; arrivés à Angoulême à 10h, nous en sommes repartis dès le lendemain matin à 5h53 après une courte nuit passée à l’Hôtel de la poste. Nous sommes arrivés à Lourdes le soir à 8h36. À Tarbes, où nous avons eu 3 heures à perdre, nous avons fait une visite à Madame d’Arexy, de Toulouse, et à son fils M. Henry d’Arexy[57], ami de Papa, qui est chef de gare de Tarbes. À Lourdes, nous descendons à l’Hôtel Heins, et, le soir même, nous voyons Tata Mimi et Xavier descends à l’Hôtel de la Chapelle.

Lourdes, jeudi 20 août 1903

Le matin, messe des brancardiers à la basilique, après laquelle je vais me faire inscrire comme brancardier. L’après-midi, on commence à travailler : Xavier, Max et moi sommes de la même équipe, celle de l’Hôpital des Sept-douleurs. À 1 heure, arrivent Tata Mimi et Madeleine ; elles descendent à l’Hôtel Soubirous.

Lourdes, vendredi 21 août 1903

Le matin, dès 2h ½, nous sommes à la gare et jusqu’à 9h, nous débarquons les malades des trains de pèlerinage. L’après-midi, nous sommes occupés aux Sept-douleurs, sous la direction de notre chef d’équipe le marquis de Scorraille[58], et à la procession du Saint-Sacrement. Dans la journée, je rencontre plusieurs personnes d’Angers ou du Roussillon. Le soir, je vais voir la superbe illumination de la basilique avec Xavier, Mimi et Madeleine.

Lourdes, samedi 22 août 1903

Je suis à l’hôpital à 6h et je n’ai un peu de liberté que lorsque les malades ont été transportés à la grotte. Le soir, superbe procession du Saint-Sacrement, enthousiasme délirant des 30.000 personnes réunies sur l’esplanade du Rosaire, plusieurs miracles.

Lourdes, dimanche 23 août 1903

Même programme de journée qu’hier. Pour la procession, cependant, comme le défroqué Charbonnel, qui a l’audace d’être ici en ce moment, avait annoncé du trouble, nous nous rangeons, environ 300 brancardiers (tous ceux qui ne sont pas de service) contre la rampe gauche de l’esplanade, sous les ordres du marquis de Laurent-Castelet[59], député, et du marquis de Latour-Landort[60], prêts à repousser toute attaque ; heureusement, nous n’avons pas à intervenir car la procession se passe dans le plus grand ordre et avec autant d’enthousiasme qu’hier.

Semaine du 24 au 31 août 1903

Lourdes, lundi 24 août 1903

Aujourd’hui, départ des malades ; nous sommes dans la cour de l’Hôpital à 4h ½ et nous aidons à embarquer les malades ; de temps en temps, je suis envoyé à la gare pour y accompagner un malade. Papa arrive à midi 6 bien en retard car il aurait dû arriver jeudi, mais une indisposition l’a retardé. Marie-Thérèse et Max partent à 1h pour Odars où M. Marc de La Bardonnie les a invités à passer quelques jours (nous étions invités aussi, mais nous n’avons pas pu accepter). Tata Mimi et Madeleine partent à 1h35 pour Bordeaux, Paris et Verdun. Après le départ du train blanc à 4h, je vais avec Xavier remettre mes bretelles, puis nous en profitons pour nous promener et cause ensemble.

Vinça, mercredi 26 août 1903

Pas de journal hier parce que j’étais en voyage. Le matin à Lourdes, je me promène avec Xavier qui part à 9h ½ pour Biarritz. À midi 45, Maman, Tata Mimi et moi nous partons pour Perpignan ; Papa montera le soir à Cauterets pour quelques jours ; nous faisons route jusqu’à Boussens avec la famille de Latour-Landort[61] ; nous arrivons à Perpignan à 10h du soir, nous couchons à l’Hôtel du Nord et nous repartons de Perpignan à 9h25 après quelques commissions ; nous arrivons à Vinça ce matin à 10h37 ; nous trouvons Bonne Maman en bonne santé. L’après-midi, je déballe mes affaires de cheval et ma bicyclette et je vais voir quelques personnes.

Vinça, jeudi 27 août 1903

Le matin, j’essaie au grand jardin et sur la promenade un cheval qu’on me propose pour les vacances ; il est beaucoup trop petit et trop jeune, j’en chercherai un autre. Je vais à Ille par le train de midi et j’en reviens par celui de 3 heures 9, pour charger un homme d’Ille de me chercher un cheval à louer pour les vacances, je vois quelques personnes à Ille. Au retour à Vinça, je vais voir une jument de selle qu’on me propose ; elle est un peu petite, mais très jolie (alezan doré), je l’essaierai demain matin. Nous avons à dîner Mère Céleste, ancienne supérieure des religieuses du Saint-Sacrement d’Ille, et sa nièce Mère Marie-Louise, qui est maintenant sécularisée ; nous tombons sur le dos de Combes-le-défroqué comme il convient.

Vinça, vendredi 28 août 1903

Le matin, nous allons à une messe que Bonne Maman fait dire pour le pauvre Bon papa dont c’était aujourd’hui la fête. Ensuite, j’essaie la jument qu’on ma proposée hier, j’en suis assez content, mais elle craint les éperons. Je me déciderai après un nouvel essai à 3h ; on nous annonce tout à coup que Mme Denise Batlle[62] vient de mourir subitement ; nous allons tout de suite chez elle où on nous confirme la triste nouvelle ; ce matin, nous lui avions parlé, elle avait assisté à la même messe que nous et y avait communié ; elle est morte en moins d’une heure d’une attaque que rien ne faisait prévoir ; la Providence a de ces coups ! Nous recevons une dépêche de Marie-Thérèse nous annonçant son arrivée pour demain 3 heures.

Vinça, samedi 29 août 1903

Le matin, je vais à Ille avec la même jument, elle va très bien et comme l’individu que j’avais chargé à Ille de me chercher un cheval n’en a pas trouvé, je vais la retenir. L’après-midi, je vais avec Tata Mimi attendre Marie-Thérèse à l’arrivée du train de 3h ½ par une chaleur torride. Je fais faire toilette complète à la jument « Belle » que j’ai louée : on la ferre à neuf, on lui coupe la queue, lui rase la crinière, etc. Après dîner, je vais prier un moment devant la dépouille mortelle de Madame Batlle ; elle n’est nullement décomposée malgré la vive chaleur d’aujourd’hui et semble dormir.

Vinça, dimanche 30 août 1903

Le matin, j’assiste aux obsèques de Madame Batlle : beaucoup de monde, pas de discours. L’après-midi, je me promène au jardin pendant que Maman, Marie-Thérèse, Tata Mimi et Bonne Maman font des visites.

Semaine du 31 août 1903

Lourdes, lundi 31 août 1903

Le matin, je ne puis pas faire ma promenade habituelle à cheval, car, à peine parti, je m’aperçois que la jument tracassée par les mouches qui la harcèlent à cause de la chaleur, ne veut pas obéir ; aussi, je rentre presque tout de suite. L’après-midi, nous allons tous nous promener en voiture à Estoher et Espira.

Septembre 1903

Semaine du 1er au 5 septembre 1903

Vinça, mardi 1er septembre 1903

Je monte à cheval à 6h ½ du matin pour éviter la chaleur et les mouches auxquelles la jument est très sensible ; je vais à Ille en passant par Boule et la Foun dal Boulès ; la jument va très bien ; l’après-midi, nous allons tous à Nossa.

Anciens thermes de Nossa (Vinça), aujourd’hui disparus pour l’établissement du lac et barrage de Vinça

Vinça, mercredi 2 septembre 1903

Le matin avant 7 heures, je vais, à cheval, à Finestret et je reviens par le chemin de la route de Prades. L’après-midi, malgré une chaleur torride, nous allons tous en voiture à Millas où nous voyons les Ferriol, puis à La Ferrière où nous voyons nos cousins de Barescut ; nous rentrons à Vinça vers 7 heures.

Vinça, jeudi 3 septembre 1903

Le matin, je vais à cheval à Prades où je vois mon cousin M. Emile Marie. L’après-midi, je vais à bicyclette à Ille où je fais deux commissions puis à Boule où je touche les fermages de Joseph Jacomy et de Xatard ; je vois, en même temps, la vigne de la Grande Fèche, qui est belle.

Vinça, vendredi 4 septembre 1903

Le matin, après la messe où je fais la sainte communion, je vais tuer quelques oiseaux au jardin, puis je vais me baigner à Nossa. L’après-midi, je reste dans la maison à cause de la chaleur accablante.

Vinça, samedi 5 septembre 1903

Le matin, je monte à cheval à 7h ; je déjeune à 10h ½ et je pars pour Perpignan par le train de midi. À Perpignan, je fais diverses commissions, puis je vais voir les Cornet, les Bonafos, les Lazerme ; je rencontre dans la rue tous les Llamby ; je retrouve aux Platanes Tante Hélène, Marthe et Thérèse[63] ; je rentre par le train de 8 heures.

Semaine du 7 au 12 septembre 1903

Palau-de-Cerdagne (Pyrénées-Orientales), lundi 7 septembre 1903

Pas de journal hier parce que j’étais en voyage. Après avoir assisté aux offices du dimanche, j’ai quitté Vinça hier soir par le train de 8h ¼ ; à Villefranche-de-Conflent, j’ai pris une place de coupé dans la diligence de Cerdagne, et, après avoir assez bien dormi, je suis arrivé à Osséja à 6h ½ du matin ; ce voyage en diligence, évocateur de temps disparus, m’a fait grand plaisir. Je suis allé à pied d’Osséja à Palau où m’attendait le curé, M. l’abbé Sarrète[64], qui m’a invité à venir le voir. Je vais faire une visite à Monseigneur de Carsalade du Pont qui est en villégiature dans une jolie villa à côté de Palau. Nous déjeunons à Puigcerdà, petite ville espagnole et, l’après-midi, malgré la pluie, nous allons en voiture à Angoustrine, où je photographie un Christ ancien fort curieux ; je trouve dans la même église un joli plat en cuivre très ancien représentant la chute originelle ; le curé me le vend. Nous rentrons à Palau à 7h du soir. Parmi les choses intéressantes vues aujourd’hui, il faut citer particulièrement la maison de la famille de Descallar, dont je descends par Bonne Maman, et qui, vendue, sert aujourd’hui de cercle commercial à Puigcerdà ; elle a encore très grand air.

Maison de la famille Descallar à Puigcerdà (vue ancienne)

Vinça, mercredi 9 septembre 1903

Pas de journal hier parce que j’étais en voyage. Hier matin, après avoir servi la messe à l’abbé Sarrète, je passe la matinée avec lui à voir les choses intéressantes de Palau. L’après-midi, il y a vêpres après lesquelles je retourne voir Monseigneur et je vais à Puigcerdà où j’assiste à une procession. Je quitte palau à 7h ½, et je prends la diligence à Osséja à 9h ¼ ; je dors assez bien jusqu’à Villefranche où je suis arrivé ce matin à 5h après changement à Mont-Louis ; j’étais à Vinça avant 6 heures. J’apprends, en arrivant, que Papa arrivera ce soir ici et que nous ne partons que demain pour Ille. Dans l’après-midi, je me promène au jardin. Le soir nous apprenons qu’un accident de voiture est arrivé à Mlle Costenadal de Perpignan, à sa sœur Mme de Roig, qui est un peu notre cousine[65] et à Mme Catala, sur la route de Valmanya ; Bonne Maman va voir ces dames à l’hôtel où elles sont descendues. Papa arrive à 8h du soir.

Vinça, jeudi 10 septembre 1903

Le matin, de Vinça, je vais me promener à cheval à Espira ; l’après-midi, nous avons la visite de Joseph Cornet de Bosch, puis je pars pour Ille à cheval ; le reste de la famille arrive par le train de 7h. Le soir, nous commençons à nous installer.

Vinça, vendredi 11 septembre 1903

Le matin, je vais à cheval à Millas et je rentre par un chemin qui part de Neffiach et va rejoindre la route de Corbère à Ille. L’après-midi, Marie-Thérèse recevant une lettre de Max (qui a séjourné à Vinça) lui disant qu’il est assez enrhumé, est sur le point de partir pour Sainte-Croix, mais une dépêche de Max disant qu’il est guéri la fait rester.

Vinça, samedi 12 septembre 1903

Bonne Maman arrive à 10h de Vinça en voiture et nous allons tous déjeuner à La Ferrière chez les Barescut ; l’après-midi, je pars à cheval pour Caladroy, mais la pluie m’empêche d’y arriver et je ne puis pas dépasser Bélesta.

Vinça, dimanche 13 septembre 1903

Nous assistons à la grand’messe et aux vêpres. Nous apprenons que Maurice est admissible à Saumur (je voudrais bien qu’il fût reçu) et que l’oncle Xavier, à la suite d’une chute de bicyclette négligée, à un épanchement de synovie et a dû abandonner les grandes manœuvres pour rentrer se soigner à Verdun.

Semaine du 14 au 20 septembre 1903

Ille, lundi 14 septembre 1903

Je me promène à cheval dans la matinée du côté de Saint-Michel. Nous partons tous à midi pour Perpignan où nous attend une voiture qui nous mène à Trouillas ; au retour, nous nous arrêtons chez Mme de Llamby à Ponteilla ; nous faisons quelques commissions à Perpignan puis nous rentrons par le train de 7h3 ; nous faisons route avec le capitaine Michel de Llobet.

Ille, mardi 15 septembre 1903

Le matin, je vais me promener du côté de Saint-Martin, puis je vais attendre M. Charouleau à la gare ; je choisis les échantillons de mes vêtements d’hiver. L’après-midi à 2h ½, je pars à cheval pour Bélesta, j’espérais aller avec le curé à Caladroy, mais il est très enrhumé et ne peut pas sortir ; je suis forcé de remettre à un autre jour ma visite à Caladroy ; il me tarde pourtant bien d’y aller ! Depuis hier, retentit dans tous les journaux catholiques un long cri d’indignation contre la cérémonie sacrilège auquel le monstre à forme humaine qui a nom Combes s’est livré à Tréguier, en inaugurant, entouré de sa valetaille ministérielle et de ses apaches déguisés en Bretons, le monument de l’apostat Renan. C’est une injure directe à la religion de 38.000.000 de Français que ce monument élevé en plein pays breton en face de la cathédrale de Tréguier, à l’insulteur du Christ ; le Défroqué, pendant tout son trajet en Bretagne, a été sifflé comme il le méritait et il a pu par là juger des sentiments de la Bretagne à son égard ; du reste, il les soupçonnait si bien que pas une minute il n’a été en contact avec la population dont une forêt de baïonnettes le séparait ; mais si on n’a pas pu l’écharper, du moins l’a-t-on vigoureusement sifflé et conspué ! Dieu, peut-être, sera assez bon pour ne pas punir la France du sacrilège que viennent de commettre ceux qui se disent ses gouvernants ; prions pour qu’il en soit ainsi !

Ille, mercredi 16 septembre 1903

Le matin, je vais en promenade à cheval à Boule et à Rodès où j’espérais voir Joseph Cornet, mais il n’y est pas. L’après-midi, nous allions Tata Mimi, Maman et moi, partir pour Boule par le train de 3h, lorsqu’en voulant franchir le ruisseau qui est à l’extrémité du jardin de Baillot près de la gare, Tata Mimi tombe, se foule le pied et nous sommes forcés de rentrer à la maison ; l’accident de Tata Mimi lui impose plusieurs jours de repos. Vers 4h ½, je fais une promenade dans la campagne avec Maman.

Ille, jeudi 17 septembre 1903

Le matin, j’assiste à la messe que Papa et Maman font dire pour célébrer le vingt-deuxième anniversaire de leur mariage ; ensuite, je vais à cheval à Corbère où Pierre Pull, le métayer, me fait visiter les vignes où la récolte n’est pas merveilleuse. L’après-midi, Marie-Thérèse, qui part le samedi matin, offre le thé à quelques jeunes filles d’Ille, les demoiselles Batlle[66], Roca[67] et Truillès[68] ; en même temps, nous avons tous nos cousins de Barescut et M. le curé, on mange et on boit ferme, on chante un peu et M. de Barescut déclame ; on s’en va vers 6 heures ; et, le soir, nous assistons aux complies et aux goigs de Saint-Ferréol.

Ille, vendredi 18 septembre 1903

Le matin, je vais à bicyclette à Vinça chercher de la consoude pour les estoupades de Tata Mimi qui souffre toujours de son pied ; j’apprends que M. le curé de Vinça s’est enfin décidé à donner sa démission que Monseigneur vient d’accepter et Monseigneur lui offre en meme temps que le camail de chanoine honoraire dans une lettre très élogieuse que le curé me fait lire ; cette bonne paroisse de Vinça va donc enfin avoir un curé un peu actif. L’après-midi, je vais à cheval au château de Caladroy en passant par Millas ; je suis reçu très aimablement par Madame Delebart[69] qui me présente à deux de ses gendres et à M. Delebart qui arrivait de Perpignan au moment même où j’allais quitter Caladroy. Je rentre à Ille à 7h ; je trouve toute la maison affolée de mon léger retard : les uns me cherchent d’un côté les autres d’un autre ; enfin, on finit par avertir tout le monde de mon heureuse arrivée et je puis raconter ma charmante promenade.

Château de Caladroy (vue actuelle)

Ille, samedi 19 septembre 1903

Le matin, je vais à bicyclette à Millas où je me promène pendant une heure aux environs du pont ; je suis de retour à Ille vers 11h ¼ ; Marie-Thérèse est partie par le premier train pour Périgueux où elle va retrouver son mari ; ils assisteront mardi à Agonac au mariage de leur cousine Mlle Marguerite de La Bardonnie avec M. Motas d’Estreux, enseigne de vaisseau, fils du général en retraite[70] que Bon Papa avait beaucoup connu quand il était colonel à Perpignan. L’après-midi, je me promène avec Maman. Tata Mimi ne va pas mieux, elle éprouve de plus en plus de difficultés pour marcher. Papa rentre à 8h de Perpignan où il a passé la journée ; il a vendu le vin de Bouleternère, qui n’est pas encore fait, au prix de 2 fr. 60 le degré à l’hectolitre, en sorte que si le vin pèse 11°, cela fera 28 fr. 60 l’hectolitre, ce qui est un excellent prix.

Général Eugène Motas d’Hestreux (1832-1919)

Ille, dimanche 20 septembre 1903

Je fais la sainte communion à la messe de sept heures à l’Hôpital ; je retourne à la grand’messe ; Bonne Maman arrive à 11h pour soigner le pied de Tata Mimi qui va aujourd’hui un peu mieux, elle lui met une bonne estoupade ; après vêpres, je vais me promener avec Papa dans la campagne ; le soir après dîner, M. le curé, le vicaire et l’abbé Pla viennent prendre le thé avec nous.

Semaine du 21 au 27 septembre 1903

Ille, lundi 21 septembre 1903

Je voulais ce matin retourner à Millas avec ma bécane, mais comme il pleut un peu, ce serait un voyage inutile ; l’après-midi, la bruine continuant, je ne peux pas monter à cheval ; je vais me promener un moment avec Papa.

Ille, mardi 22 septembre 1903

Il a plu très fort toute la nuit et une partie de la matinée ; donc, impossible de sortir ; vers 11h, je vais seulement mesurer la quantité de pluie tombée à la barrière du chemin de fer, je trouve 52mm, c’est beaucoup en une nuit, il n’en faudrait pas davantage pour les vignes ; heureusement le temps se coupe. L’après-midi, je vais à cheval à Boule où je me fais montrer par Antoine Bô, le fermier de Tata Mimi, les parties de sa maison pour lesquelles il a demandé des réparations à Tata Mimi ; je rentre par la route de Corbère. Dans l’après-midi, nous recevons un mot de Bonne Maman nous annonçant que Mme de Llobet, qui est en ce moment à Vinça, est au plus mal ; Maman ira la voir demain.

Ille, mercredi 23 septembre 1903

Le matin, je reviens me promener pendant plus d’une heure à bicyclette au-delà du pont de Millas sur la route de Caladroy. L’après-midi, je vais avec Papa à Corbère à pied ; nous allons voir les vignes qu’on vendange la semaine prochaine. À notre retour, Maman qui arrive de Vinça nous annonce la mort de Mme de Llobet[71], c’est une bien bonne et bien sainte dame qui s’en va ! M. le curé vient passer la soirée avec nous.

Joseph de Llobet et son épouse Gabrielle de Chefdebien, morte en 1903 – Collection famille de Llobet (Institut du Grenat)

Ille, jeudi 24 septembre 1903

Le matin, je vais me promener à cheval à Boule où on vendange ; l’après-midi, avec papa, nous allons en voiture à Trouillas où on vendange à la vigne de la Font-Rouge qui est en augmentation sensible sur l’année dernière comme quantité ; au retour, nous nous arrêtons cinq minutes à Corbère où Papa s’entend définitivement avec le fermier Pull pour la vente du vin ; il accepte de vendre à la maison Carbonell, de Perpignan, au même prix qu’à oule, c’est-à-dire 2 fr. 60 le degré à l’hectolitre.

Ille, vendredi 25 septembre 1903

Le matin à 7h20, nous partons tous en voiture (même Tata Mimi qui a commencé à sortir hier) pour Vinça où nous assistons au service funèbre de Madame de Llobet ; le deuil est conduit par son fils aîné M. Charles de Llobet que Papa accompagne ; moi, j’accompagne M. de Massia ; Maman, Mlle de Llobet ; Bonne Maman, Mme du Lac[72] ; je retrouve Joseph Cornet et René de Chefdebien venus pour ce service ; après la cérémonie, le corps par en corbillard pour Perpignan où auront lieu les obsèques solennelles à Saint-Jean ; Papa y assistera et y représentera la famille. Nous restons à déjeuner à Vinça ; Bonne Maman invite aussi Joseph Cornet qui nous raconte que Pierre a renversé avant-hier avec son automobile un individu près de Terrats ; contrairement à ce que disaient les journaux, l’accident n’est pas grave. Nous rentrons à Ille en voiture. Je vais voir à Ille Mme Bartre qui m’a fait appeler pour me communiquer, dit-elle, un secret ; cela m’intrigue beaucoup : elle me dit qu’on lui a annoncé mon prochain (?) mariage avec Mlle Delebart, de Caladroy ; comme elle est au moins la 10ème personne à me dire cela depuis quinze jours, et que ce bruit court depuis le mois d’avril, je veux rechercher qui l’a mis en circulation ; ce qui est certain, c’est que l’idée ne serait pas mauvaise (si la jeune fille me plaît bien entendu), car cette famille a acquis dans l’industrie, le plus honnêtement du monde, une fortune colossale (les appréciations varient, on parle de 20 à 60 millions) ; de plus, elle est très bien-pensante et admirablement posée à Lille ; ce sera une chose à examiner !

Ille, samedi 26 septembre 1903

Papa part par le train de 6h pour Perpignan où il représentera la famille aux obsèques de Madame de Llobet à Saint-Jean. Dans la matinée, je vais me promener à cheval du côté de Neffiach et de Saint-Michel. À midi, j’accompagne à la gare Tata Mimi qui va à Perpignan ; à 8h du soir, je vais l’attendre à la gare ; elle arrive avec Papa. Papa et Tata Mimi nous font part (en grand secret) du bruit qu’on se communique à mots couverts à Perpignan : un complot bonapartiste serait sur le point d’éclater, favorisé par la haute finance juive enfin alarmée des progrès du socialisme qu’elle a tant contribué à faire monter au pouvoir ! Je ne suis certes pas suspect d’enthousiasme pour la cause impériale, car je suis convaincu que seule une restauration de la royauté légitime et traditionnelle peut assurer à la France un relèvement durable, tout le reste : empire, dictature, république plébiscitaire etc. n’a que la valeur d’expédients ; cependant, comme j’estime que rien ne peut être pire que le régime actuel, je serais très content pour la France d’un changement qui, à défaut d’ordre moral, sauvegarderait au moins l’ordre matériel ; et puisqu’il est désormais démontré que la Révolution est destinée à être sans cesse ballottée entre la dictature et la démagogie sans pouvoir jamais fonder un régime stable, j’estime qu’une restauration bonapartiste qui assainirait pour quelque temps le pouvoir serait un grand bienfait. Mieux vaut encore la dictature que la démagogie ; en attendant le seul régime sauveur et restaurateur : la royauté.

Ille, dimanche 27 septembre 1903

Je vais à la grand’messe ; l’après-midi, à vêpres, après quoi je vais en visite avec Papa et Maman chez la marquise de Dax[73], que nous rencontrons, Mme Roca d’Huytéza[74] et la baronne de Rolland[75] que nous ne rencontrons pas et M. le curé que nous rencontrons. Après dîner, nous allons chez les demoiselles Mathieu où il y a aussi Mme et Mlles Batlle, Mme Roussin et ses filles, Mme de Dax, son fils et ses filles ; on danse un peu.

Semaine du 28 au 30 septembre 1903

Ille, lundi 28 septembre 1903

Le matin, je vais à bicyclette sur la route de Millas à Estagel ; j’en reviens bredouille ; l’après-midi, nous allons tous en voiture à Corbère ; pendant que nous sommes aux vignes, nous apprenons que nous avons eu la visite à Ille de Mme de Balanda[76], qui est même venue jusqu’à Corbère avec sa voiture pour tâcher de nous rencontrer, mais nous ne l’avons pas rencontrée.

Ille, mardi 29 septembre 1903

Nous déjeunons tous à 10h ½ et nous allons accompagner à la gare Tata Mimi qui part pour Montpellier et Paris par le train de midi. L’après-midi, je vais avec Papa en voiture à Saint-Michel dont c’est aujourd’hui la fête, nous rentrons à 4h et nous ressortons un moment avec Maman. Je reçois une carte de Joseph Cornet m’invitant à aller passer chez lui à Rodès la journée de jeudi. Le soir, nous allons chez les demoiselles Mathieu.

Ille, mercredi 30 septembre 1903

Le matin, je vais me promener avec Papa à la vigne du chemin de Boule où l’on vendange. L’après-midi, Papa, Maman et moi nous allons en promenade à La Ferrière où nous trouvons non seulement les Barescut, mais une nombreuse société : un père carme, le baron et la baronne de Rolland, les Roca, les Batlle etc.

Octobre 1903

Semaine du 1er au 4 octobre 1903

Ille, jeudi 1er octobre 1903

Je pars vers 10h à bicyclette pour Rodès où je suis vers 10h ½, je cause pendant près de deux heures avec Joseph avant le déjeuner ; Tante Isabelle est à Rodès en ce moment ; je repars pour Vinça à 2h ½ et je passe le reste de l’après-midi à Vinça avec Papa et Maman qui y sont venus par le train de 10h ½ ; je rentre à Ille avec Papa seulement par le train de 7h.

Ille, vendredi 2 octobre 1903

Le matin, je me confesse et je fais la sainte communion en l’honneur de la fête du premier vendredi du mois ; ensuite, je vais à bicyclette à Bélesta ; l’après-midi, je vais avec papa à Boule par le train de 3h pour rejoindre Maman qui arrivera de Vinça par celui de 3h ½ ; à la gare de Boule, nous causons avec les Cornet qui prennent le train d’où Maman descend ; nous rentrons tous les trois à Ille par le vieux chemin de Boule.

Ille, samedi 3 octobre 1903

Le matin, je vais à la grande maison examiner quelques vieux papiers. L’après-midi, je vais à bicyclette au-delà de Millas sur la route d’Estagel et de Caladroy ; c’est la 4ème fois en deux semaines et, cette fois, mon voyage n’a pas été inutile puisque je rencontre la jolie charrette anglais que conduisait elle-même Mlle Renée Delebart que je réussis enfin à voir ; je m’arrange pour la croiser quatre fois en vingt minutes dans las rues de Millas ; ensuite, quand elle a repris la route de Caladroy, je vais voir les Ferriol. À mon retour à Ille, je trouve l’oncle Xavier qui vient d’arriver pour quelques jours ; il a vendu son vin de Pia (environ 6500 hectolitres pesant près de 10° à 2 fr. 75 le degré) ; il ira faire une saison à Amélie-les-Bains pour achever de rétablir son genou qui se remet encore de sa chute de bicyclette du 16 août.

Ille, dimanche 4 octobre 1903

Le matin, je fais la sainte communion à 7h à l’occasion de la fête du Rosaire ; nous retournons à la grand’messe. L’après-midi, nous avons une foule de visites et nous ne pouvons sortir qu’un petit moment. Le soir, M. le curé vient prendre le thé ; l’oncle Xavier nous intéresse beaucoup par ses souvenirs de l’affaire Dreyfus à laquelle il a parfois été mêlé, dans une part modeste cependant.

Semaine du 5 au 11 octobre 1903

Ille, lundi 5 octobre 1903

Le matin, nous faisons tous la sainte communion pour attirer les bénédictions du Ciel sur l’examen de Philomène qui se présente aujourd’hui à Quimper au brevet simple ; espérons qu’elle va réparer son échec du mois de juin ! À 9h, je pars avec Papa pour Saint-Maurice où tout Ille se réunit aujourd’hui ; après la grand’messe, nous déjeunons avec M. le curé (et son neveu Rodolphe Bonet) qui nous avait invités ; l’après-midi, après le chant des goigs, nous allons, avec notre cousin le comte de Descallar[77], visiter le château de Corbère, puis nous rentrons à Ille par Corbère du milieu. Au retour, l’oncle Xavier nous annonce qu’il est obligé de partir pour Pia afin de résoudre une difficulté au sujet de la vente de son vin ; il reviendra peut-être dans quelques jours ; nous allons l’accompagner à la gare, et nous voyons en même temps descendre du train Maman qui est allée passer l’après-midi à Vinça. Aucune dépêche de Philomène n’arrive ce soir ; il ne fait pas s’en inquiéter, car il lui était très difficile de télégraphier ce soir.

Vinça, mardi 6 octobre 1903

Toute la matinée, nous attendons le petit bleu qui doit nous annoncer que Philo est admissible ; vers 1àh, nous commençons à être vraiment inquiets, nous allons nous promener aux Escatllas car jusqu’à 2h, nous n’avons plus aucune chance de recevoir une dépêche ; si la proclamation de l’admissibilité a eu bien lieu hier, Philo est refusée ; si elle n’a lieu qu’aujourd’hui à 11h, nous ne pourrons recevoir la dépêche qu’à 2h au moment de la réouverture du télégraphe ; 2h, 3h, 4h passent et aucune dépêche n’arrive !!! Nous ne nous faisons plus aucune illusion, c’est un second échec ; la malheureuse Philo voulant réparer son échec du mois de juin, l’a doublé ! Je pars avec Maman par le dernier train pour Vinça où sera célébré demain matin le service funèbre pour le 8ème anniversaire de la mort du pauvre Bon Papa ; Bonne Maman est consternée de l’échec de Philo.

Ille, mercredi 7 octobre 1903

À 7h, avec Bonne Maman et Maman, je fais la sainte communion pour Bon Papa ; Papa arrive par le train de 7h ; à 8h, on chante le canta ; à 10h, nous allons au cimetière prier sur la tombe de notre cher grand’père. L’après-midi, je règle la note au propriétaire de la jument que je montais, car il l’a tellement abîmée pendant les quelques jours qu’il l’a gardée pour ses vendanges que je ne pourrai plus la monter, au moins de plusieurs jours ; cela me contrarie beaucoup ; je vais avec Amiel voir les chênes-lièges de Bente Farine ; ceux qui ont bien pris poussent régulièrement, mais il y a des manquants qu’il faudra remplacer ; nous rentrons à Ille par le train de 7h et nous trouvons une carte postale de Philo qui nous confirme son échec ; sur 62 ou 54 qui se sont présentées à Quimper, 28 seulement sont admissibles.

Ille, jeudi 8 octobre 1903

Nous déjeunons à 10h ½ et nous partons à midi pour Perpignan où nous avons des commissions et des visites à faire. Je me fais couper les cheveux ; Papa et Maman vont voir Monseigneur pour lui parler de moi. Monseigneur, en effet, connaît beaucoup la famille Delebart chez qui il a fait plusieurs séjours ; Papa lui demande si vraiment, comme on nous l’a dit, M. et Mme Delebart ont l’intention de marier leur plus jeune fille dans ce pays-ci ; il lui fait part des bruits qui courent de tous côtés à mon sujet et dont nous cherchons vainement l’origine, et le prie, si la chose est possible, de parler de moi à la famille Delebart. Monseigneur répond que M. et Mme Delebart tiennent essentiellement à marier leur fille dans le pays et qu’ils cherchent avant tout un jeune homme élevé dans des sentiments religieux ; au point de vue de la fortune, il ne connaît pas leurs prétentions. Sa Grandeur assure à Papa et à Maman qu’elle parlera de moi et qu’elle fera mon éloge ; la chose est donc en bonne voie ; le tout est de savoir si la famille Delebart, puissamment riche elle-même, cherchera la fortune ; si oui, je n’ai aucune chance, car à côté d’elle, nous sommes pauvres ; si elle ne cherche pas la fortune, j’ai de grandes chances, car Mlle Renée étant très jeune (17 ou 18 ans, croit Monseigneur), il est probable que M. et Mme Delebart attendraient volontiers quelques années. Et puis, ajoute Monseigneur, si Dieu le veut, cela se fera ; c’est ce qu’il faut se dire, et il n’y a qu’à attendre. Je n’ai fait qu’entrevoir Mlle Renée, elle m’a paru fort bien, mais une entrevue plus longue serait nécessaire, car je ne consentirai jamais à épouser une jeune fille qui ne me plairait pas, quelle que soit sa fortune ; le principal dans un mariage, c’est qu’on se plaise. Nous allons voir les Cornet, les Lutrand, je vais voir aussi Carlos que je ne rencontre pas, mais nous voyons son père dans la rue. Au retour, comme à l’allée, nous faisons route avec mon oncle de Barescut.

Ille, vendredi 9 octobre 1903

Le matin, à 10h ¼, je vais attendre à la gare Charouleau qui vient nous essayer nos costumes d’hiver ; l’après-midi, je vais le raccompagner au train de 4h, puis Papa, Maman et moi allons nous promener à Saint-Martin ; le soir, après la cérémonie du Rosaire, nous allons chez les demoiselles Mathieu.

Ille, samedi 10 octobre 1903

Nous allons attendre Bonne Maman qui arrive par le train de 4h, ensuite avec Maman et elle, je vais me promener ; Bonne Maman passera 3 jours ici, elle ne pourra pas rester davantage à cause de la prochaine arrivée de l’oncle Paul à Vinça. Le soir, nous faisons nos adieux à l’oncle Xavier qui, arrivé hier soir de Toulouse où il a arrangé son affaire avec son marchand de vins, part demain matin pour Amélie-les-Bains.

Ille, dimanche 11 octobre 1903

Nous assistons à tous les offices ; après vêpres, nous allons nous promener du côté de la rivière. Après dîner, le curé, le vicaire et les demoiselles Mathieu viennent prendre le thé.

Semaine du 12 au 18 octobre 1903

Ille, lundi 12 octobre 1903

Le matin, je vais me promener avec Papa du côté de Saint-Martin. L’après-midi je retourne à bicyclette sur la route de Millas à Caladroy où je ne tarde pas à voir passer la charrette anglais conduite par Mlle Renée Delebart qui va, tous les jours, prendre le courrier à Millas ; je la croise à l’aller et au retour.

Vinça, mardi 13 octobre 1903

Le matin, je vais me promener du côté de Saint-Martin ; l’après-midi, je vais avec Papa, Maman et Bonne Maman à la propriété des demoiselles Mathieu. Nous avons la visite de M. J. Bertrand de Balanda.

Ille, mercredi 14 octobre 1903

Le matin, je vais me promener avec Papa du côté de Boule. L’après-midi, nous avons la visite de M. Emile Marie[78] à qui je montre de vieux papiers sur la famille de Corneilla à laquelle la sienne est alliée, puis je vais avec Papa me promener sur les restes de Casenove. C’est aujourd’hui le 21ème anniversaire de ma naissance et le 14ème anniversaire de ma guérison ; en reconnaissance, je fais la sainte communion à la messe de 7h ¼ que M. le curé dit à nos intentions.

Ille, jeudi 15 octobre 1903

Je vais à 9h à la grand’messe qu’on chante à la chapelle du Carmel en l’honneur de la fête de Sainte Thérèse. L’après-midi, je vais à bicyclette à Bélesta.

Ille, vendredi 16 octobre 1903

Le matin, je fais avec Joseph Batlle le tour du jardin de la gare ; il me fait voir les superbes pépinières qu’il y a installées. Ce beau et grand jardin va être prochainement entamé, car Papa se décide à vendre par parcelles à 6 fr. le mètre carré les deux côtés du jardin donnant sur la route de Corbère comme terrain à bâtir ; plus tard même, on tracera à travers le jardin une large avenue qui fera communiquer la ville avec la gare. L’après-midi, Bonne Maman nous quitte par le train de 3h ; nous avons la visite de Tante Isabelle et de Pierre, venus en automobile, et, plus tard, celle de M. le curé.

Vinça, samedi 17 octobre 1903

Le matin à Ille, je vais me promener dans la campagne ; l’après-midi, je rencontre Maurice de Barescut arrivé avant-hier d’Alger ; il a 1 mois de congé ; je vais me promener à Régleilles en franchissant la rivière sur des pierres. Par le train de 8h, je pars avec Maman pour Vinça où nous resterons jusqu’à la fin de notre séjour en Roussillon.

Vinça, dimanche 18 octobre 1903

Nous assistons aux offices et nous nous promenons un peu malgré le vent fort et froid.

Semaine du 19 au 25 octobre 1903

Vinça, lundi 19 octobre 1903

Aujourd’hui, il fait beau et chaud ; le matin, je tire quelques oiseaux au grand jardin ; l’après-midi, je vais à Boule à bicyclette.

Vinça, mardi 20 octobre 1903

Le matin, je ne sors pas ; l’après-midi, je vais avec Jules Sabaté et son fils à la chasse au lapin pour rentrer bredouille.

Vinça, mercredi 21 octobre 1903

L’oncle Paul arrive pour quelques jours par le train de 7h à 8h 1/2 ; je pars en omnibus pour Ille où c’est aujourd’hui la fête de l’Adoration perpétuelle ; j’amène le vicaire qui doit y chanter la grand’messe. L’après-midi, je vais avec papa au jardin de la gare voir sur place quelles sont les parcelles vendues. Après vêpres, je vois un moment l’oncle Xavier qui arrive d’Amélie et qui repart demain pour Pia, Paris et Verdun. Je rentre à Vinça à 6h ½, ramenant le curé de Rodès et le vicaire de Vinça.

Vinça, jeudi 22 octobre 1903

L’après-midi, je vais à bicyclette à Finestret où je visite la maison hospitalière Saint-Marcel.

Vinça, vendredi 23 octobre 1903

Le matin, je fais replacer dans le grand jardin le pluviomètre qu’on avait enlevé ; l’après-midi, j’essaie de tirer quelques oiseaux au jardin, pas longtemps car il fait froid.

Vinça, samedi 24 octobre 1903

Ce matin, l’oncle Paul, ayant passé très mauvaise nuit, ne se lève pas, il a une forte migraine et un peu de fièvre ; je vais faire placer à Bente Farine un poteau pour en remplacer un qui a été volé. L’après-midi, je vais à bicyclette à Corbère où je prends, dans chaque vigne, un peu de terre que je ferai analyser à Angers pour savoir quel engrais leur convient, puis à Ille où je vois Papa qui me dit qu’il a eu, ces jours-ci, des difficultés avec Joseph Batlle, le fermier du jardin de la gare, au sujet de la vente de ce jardin par parcelles ; son bail expirant ces jours-ci, on pourrait, en stricte justice, le sommer de quitter la propriété ; mais, par humanité, Papa lui donnera un assez long délai afin qu’il puisse écouler les arbres de ses pépinières ; de plus, il va entrer en pourparlers avec d’autres fermiers, afin de lui permettre d’établir ses pépinières sur d’autres champs, et, très probablement, il lui vendra à 8 fr. le mètre carré 20 ares de terrain autour de la maison qui, elle, lui sera laissée par-dessus le marché ; je suis de retour à Vinça vers 5h ¼.

Vinça, dimanche 25 octobre 1903

Le matin à 7h ½, je fais la sainte communion ; je vais aux autres offices ; Papa passe la matinée avec nous ; il s’en retourne en voiture à 11h ½ ; l’once Paul se lève.

Semaine du 26 au 30 octobre 1903

Vinça, lundi 26 octobre 1903

Je pars avec Maman, par le train de midi, pour Perpignan. Etonné de ne rien savoir encore au sujet des informations que Monseigneur a dû prendre auprès de la famille Delebart chez qui il était sur le point d’aller passer quelques jours lorsque Papa et Maman sont allés le voir, je prends le parti d’aller moi-même chez Monseigneur. Celui-ci me reçoit très aimablement, mais il me dit que différentes choses, notamment un voyage qu’il a dû faire dans le Gers, l’ont empêché d’accepter l’invitation des Delebart ; tout s’explique donc ; si Monseigneur ne nous a rien dit, c’est qu’il ne sait encore rien ; il me promet de prendre les informations et de faire les démarches que nous lui demandons la prochaine fois qu’il ira passer quelque temps à Caladroy, c’est-à-dire quand la famille Delebrat y reviendra, car elle part elle-même, ces jours-ci ; la chose lui sera facile, M. et Mme Delebart lui ayant fait part plusieurs fois de leur intention arrêtée de marier leur fille Renée avec un jeune homme du pays et bon chrétien. Quand ces démarches pourront-elles être faites ? Je n’en sais rien ; ce qui est sûr, c’est que l’affaire est en bonnes mains ; il n’y a donc qu’à attendre patiemment et s’en remettre à la volonté de Dieu. Je vais avec Maman voir, chez le peintre Blanquer, le portrait de l’oncle Philippe qui est bien en train ; je vais voir seul Carlos de Lazeme que je ne rencontre pas, puis avec Maman, les De Guardia et les Lutrand que nous rencontrons. Nous rentrons à Vinça à 8h ¼.

Portrait de Philippe de Bosch (1804-1875) par Jacques Blanquer – Collection Pierre Lemaitre

Vinça, mardi 27 octobre 1903

Le matin, je vais avec l’oncle Paul me promener à Bente Farine et à Saorle ; l’après-midi, à Rigarda où j’admire, dans l’église, de magnifiques peintures du 14e ou du 15e siècle qui viendraient, dit-on, de Saint-Martin-du-Canigou. Le soir, nous nous attendons à voir arriver M. l’abbé Latour qui m’a écrit qu’il serait ici mardi soir ou mercredi matin ; mais il n’arrive pas, ce sera pour demain matin. Maman part à 7h du soir pour Ille.

Vinça, mercredi 28 octobre 1903

Bonne Maman, l’oncle Paul et moi nous partons pour Ille en omnibus à 9h ¼ ; nous nous arrêtons à Boule en passant. À Ille, après le déjeuner, nous allons voir au jardin de Batllot, puis chez Me Trullès sur le plan, quelles sont les parcelles vendues du jardin de Batllot (il y en a pour près de 40.000 fr. et c’est à peine le tiers du jardin, ainsi que l’emplacement de la future grande avenue. Nous rentrons à Vinça à 5h ½, M. l’abbé n’est pas arrivé. Il arrive cependant à 8h ¼ du soir, et ce qu’il y a de plus fort, c’est qu’il était aujourd’hui à Ille en même temps que nous, y étant arrivé à 3h9, sans que nous l’ayons su ; il n’est allé à la maison qu’après notre départ et a dîné avec Papa.

Vinça, jeudi 29 octobre 1903

Le matin, avec l’oncle Paul et M. l’abbé, je vais au pont du Riufagès qui, dit-on, oscille de façon inquiétante au passage des trains ; nous y remarquons quelques fissures ; l’après-midi, nous allons tous nous promener au jardin ; j’envoie une dépêche à Papa pour le prévenir que nous irons demain à Saint-Martin-du-Canigou.

Vinça, vendredi 30 octobre 1903

Nous partons tous par le premier train pour Villefranche, nous retrouvons Papa à la gare ; nous prenons à Villefranche une voiture qui nous conduit à Castell d’où nous montons à pied à Saint-Martin ; cette ancienne abbaye bénédictine, perchée au sommet d’un pic du massif du Canigou, présente pour nous un intérêt tout particulier puisqu’elle a eu pour abbé (il fut l’avant-dernier) dans la seconde moitié du XVIIIe un cousin de mon trisaïeul de Bourdeville, l’abbé de Durfort ; je la trouve en bien meilleur état qu’en avril 1900 où je la voyais pour la 1ère fois ; à cette époque, il n’y avait que des ruines ; maintenant, l’église, en style roman primitif, a été couverte et déblayée, on y a placé 3 autels, remplacé des piliers etc., de plus, la tour a été couronnée ; c’est Mgr de Carsalade qui a pris l’initiative de cette restauration, il y a été aidé par de nombreuses souscriptions ; mais encore, il reste beaucoup à faire. Nous déjeunons à l’Hôtel du Portugal à Vernet-les-Bains et, après avoir passé plusieurs heures à éviter la pluie, nous repartons en voiture pour Villefranche où, avant de reprendre le train, nous visitons l’usine hydro-électrique en construction qui va fournir de la lumière et de la force motrice à une bonne partie du département ; nous rentrons à Vinça à 7h, Papa rentre à Ille. Je lis dans les journaux l’émeute qui a ensanglanté hier les abords de la Bourse du Travail à Paris, l’invasion à coups de baïonnettes de la Bourse par la police exaspérée des provocations des Socialistes qui lui jetaient des projectiles de toute nature, un grand nombre d’ouvriers et 77 agents blessés tant au-dehors qu’à l’intérieur de la bourse, etc. ; gageons que les Socialistes de la Chambre qui, sous un autre ministère, auraient poussé des cris d’orfraie pour beaucoup moins,  pardonneront à Combes de n’avoir pas su empêcher sa police de pénétrer de force dans la Bourse du Travail en perçant à coups de sabres et de baïonnettes tous les grévistes qui se trouvaient sur son passage !

Vinça, samedi 31 octobre 1903

Le matin, après avoir servi la messe à M. l’abbé, je vais me promener avec lui au jardin ; l’après-midi, je vais, encore avec lui, à sa vigne, mais nous ne savons pas la trouver. Papa vient entre deux trains. Ce que je prévoyais est arrivé ; dans l’interpellation sur les événements d’avant-hier, Combes n’a ni désavoué ni complètement approuvé le préfet de police, et la plupart des députés socialistes, comme d’ailleurs presque tous les progressistes, ont voté l’ordre du jour de confiance ; tant il est vrai que pour ces farceurs, il n’y a que la politique anticléricale qui compte !

Novembre 1903

Semaine du 1er novembre 1903

Vinça, dimanche 1er novembre 1903

À l’occasion de la fête de la Toussaint, je fais la sainte communion ; j’assiste à tous les offices ; l’après-midi, je vais tirer quelques oiseaux au grand jardin, j’y surprends un individu en train de voler des fruits, je l’interpelle et il décampe prestement ; je ne l’ai malheureusement pas reconnu.

Semaine du 2 au 8 novembre 1903

Vinça, lundi 2 novembre 1903

Je fais la sainte communion à la messe de M. l’abbé à 7h ½, je vais à l’office des morts à 9h. Nous déjeunons à 11h et Maman, M. l’abbé et moi, nous allons en voiture à Ille où nous assistons à la procession au cimetière et à l’absoute (qui est donnée autour de notre caveau de famille), je tiens un des cordons du drap mortuaire. Nous rentrons à Vinça à 5h après avoir fait quelques visites à Ille.

Vinça, mardi 3 novembre 1903

Le matin à 8h ½, je sers la messe à M. l’abbé ; ensuite, je vais tirer des oiseaux au jardin. À 1h ½, je pars avec M. l’abbé pour Eus où nous faisons une longue visite à l’abbé Vidalet, curé, ancien vicaire d’Ille ; il nous donne un lapin qu’on a tué le matin même, nous l’acceptons à la condition qu’il viendra demain le manger avec nous. Nous allons prendre le train de 6h ½ à Prades.

Vinça, mercredi 4 novembre 1903

Le matin, nous assistons à la messe que l’abbé de Llobet[79] dit pour sa mère morte au mois de septembre, c’est son frère M. Charles qui la lui sert ; le capitaine et Mlle Augustine[80] y assistent ; après la messe, ils viennent tous déjeuner à la maison. Nous déjeunons à 10h ½ avec l’abbé Vidalet et l’oncle Paul, M. l’abbé. M. Vidalet et moi prenons le train de midi jusqu’à Ille ; l’oncle Paul, dont le séjour à Vinça est fini, continue sur Avignon et Lyon, et les 3 autres descendent à Ille ; M. l’abbé et moi, laissant M. Vidalet en visite à la maison, nous partons pour Bélesta où j’accompagne M. l’abbé qui désire voir le curé M. Badrignans ; nous y passons une heure ; nous sommes de retour vers 5h ½ à Ille où nous dînons avec Papa et nous rentrons à Vinça par le train de 8h ¼.

Vinça, jeudi 5 novembre 1903

Je sers la messe à M. l’abbé ; l’après-midi, je vais à la Balme avec lui et Maman.

Vinça, vendredi 6 novembre 1903

Je fais la sainte communion, en l’honneur de la fête du 1er vendredi du mois, à la messe de M. l’abbé ; plus tard, je vais tirer quelques oiseaux au grand jardin, je tue un superbe merle que nous mangerons demain ; l’après-midi, nous allons tous (sauf Bonne Maman qui souffre d’un rhumatisme à la jambe depuis une foule de jours) à la vigne de M. l’abbé.

Vinça, samedi 7 novembre 1903

Le matin, je sers la messe à M. l’abbé, puis je vais tirer quelques oiseaux au jardin ; l’après-midi, je vais me promener au grand jardin avec Maman, puis à Nossa avec M. l’abbé.

Vinça, dimanche 8 novembre 1903

Pénible et émotionnante journée ! Ce matin entre 7h ½ et 8h, Bonne Maman a été prise tout à coup d’un violent saignement de nez que le docteur (un jeune bulgare qui remplace M. Berjoan) a réussi à arrêter, après deux heures d’efforts, par des injections d’ergotine, car les moyens extérieurs ne suffisaient pas ; chose curieuse, le rhumatisme dont Bonne Maman souffrait depuis quelques jours cessa aussitôt, ce qui nous fait penser que l’hémorragie est due à un déplacement du rhumatisme ; vers midi, l’hémorragie a recommencé plus violente, le sang sortait par le nez, la bouche et les yeux ; alors, Bonne maman très frappée, a cru sa dernière heure venue, elle a demandé à se confesser et a reçu l’extrême-onction ; cependant une piqûre d’éther a eu raison de cette seconde hémorragie ; le médecin, qui commençait à être inquiet à cause de la grande faiblesse que pourraient entrainer de nouvelles pertes de sang, nous a conseillé de télégraphier à Tante Josepha, mais la chose n’a pas été possible car le télégraphe, aujourd’hui dimanche, était fermé à partir de midi ; je me contente d’écrire ; si la situation ne s’est pas améliorée, nous télégraphierons demain matin ; nous envoyons chercher Papa en voiture ; il arrive vers 3h avec le docteur Trainier qui apporte un injecteur et du sérum artificiel ; les deux médecins examinent ensemble la malade et concluent qu’il n’y a pas de danger immédiat, mais que les hémorragies pourraient se renouveler ; il y a eu, cette année, plusieurs cas de ce genre dans le pays ; vers le soir, comme il n’y a pas eu de nouvelle hémorragie Bonne Maman reprend un peu confiance. C’est égal ! Nous avons passé une rude journée, et d’autant plus émotionnante que la maladie de Bonne Maman était plus inattendue ! Cette nuit, le médecin couche dans la maison, et les demoiselles Parès veillent Bonne Maman.

Semaine du 9 au 15 novembre 1903

Vinça, lundi 9 novembre 1903

La nuit a été tranquille ; la matinée d’aujourd’hui l’est aussi ; tout Vinça vient prendre des nouvelles ; nous ne télégraphions pas à Tante Josepha. Dans l’après-midi, Bonne Maman rend par la bouche deux caillots de sang qui gênaient beaucoup sa respiration ; nous nous demandons s’ils ne proviennent pas d’une hémorragie interne, le médecin croit qu’ils étaient tombés tout simplement du nez dans le larynx ; mais comme Bonne Maman a un peu de chaleur, il se demande si ces hémorragies ne sont pas le début d’une fièvre typhoïde ; c’est Mlle Badrignans qui veille cette nuit. Papa écrit au recteur de l’Université d’Angers qu’il ne pourra partir, et par conséquent, ouvrir son cours que lorsque tout danger sera écarté.

Vinça, mardi 10 novembre 1903

Le matin, je sers la messe à M. l’abbé ; Bonne Maman va mieux. L’après-midi, je vais à bicyclette à Ille porter des nouvelles à Papa ; je vais un moment au jardin de la gare qui commence à changer d’aspect.

Vinça, mercredi 11 novembre 1903

L’état de Bonne Maman continue à s’améliorer ; M. l’abbé va à Saint-Martin-du-Canigou où a lieu la grande cérémonie de la prise de possession de la nouvelle basilique restaurée ; j’en profite pour aller me promener l’après-midi à bicyclette, je pars à 2h ½ et je vais à Molitg, où je suis vers 4h ; je jette un coup-d’œil sur les bains et j’admire le superbe château fièrement campé de mes cousins de Massia[81] ; j’en repars à 4h10 et je suis à Vinça à 5h10 (une heure exactement de trajet pour 17 kilomètes). M. l’abbé arrive à 7h nous annonçant l’abbé Sarrète qui était aussi à la belle cérémonie et qui vient jusqu’à demain ; il dîne avec nous et couche ici.

Vinça, jeudi 12 novembre 1903

Je sers la messe à M. l’abbé et, l’après-midi, je vais me promener avec lui du côté de Bente Farine et de Saorle.

Vinça, vendredi 13 novembre 1903

Le matin, je sers la messe à M. l’abbé. À midi, je vais l’accompagner à la gare pour son départ définitif ; Papa part en même temps pour Ille jusqu’à ce soir : il va signer l’acte de vente à Batllot de la maison que celui-ci habite et d’une assez grande parcelle de terrain autour (7 ares environ). L’après-midi, je vais à bicyclette à Los Masos, à Prades et aux ruines de l’abbaye bénédictine de Saint-Michel-de-Cuixa où il y a eu, au 18ème siècle, un Dom Estève[82].

Vinça, samedi 14 novembre 1903

Le matin, je vais avec Papa me promener à Bentefarine ; l’après-midi, Papa et moi nous allons ensemble à Eus faire une visite au curé M. Vidalet, nous allons jusqu’à Marquixanes et nous en revenons en chemin de fer.

Vinça, dimanche 15 novembre 1903

Papa part pour Ille en voiture ; il rentrera demain soir ; je fais la sainte communion à 7h ½, et j’assiste à tous les offices de la journée. Bonne Maman va beaucoup mieux et commence à circuler dans les chambres voisines de la sienne.

Semaine du 16 au 22 novembre 1903

Vinça, lundi 16 novembre 1903

Je me promène au grand jardin, puis je fais un tout petit tour à bicyclette. Jacques Hervé-Bazin, à qui j’avais écrit pour savoir à quelle époque je devais prendre mes inscriptions de doctorat, me répond que le registre est clos depuis avant-hier et que je n’ai plus qu’un moyen, c’est d’obtenir du doyen de la Faculté une inscription de faveur avant le 1 décembre ; pour cela, il me faut un certificat médical constatant que l’état de ma grand’mère ne m’a pas permis de m’absenter de Vinça avant le 15 novembre ; je me le fais délivrer par M. Berjoan ; j’espère que j’obtiendrai sans difficulté mon inscription à Angers. Papa rentre d’Ille à 5 heures en voiture.

Vinça, mardi 17 novembre 1903

L’après-midi de 2h à 3h ¼ (en me pressant beaucoup) je vais et je reviens de Doma Nova ; à mon retour, je trouve Madame et Thérèse de Barescut qui sont venues voir Bonne Maman.

Vinça, mercredi 18 novembre 1903

Il fait froid et je ne sors pas le matin ; l’après-midi, j’enfourche ma bécane et je vais à Eus voir un vieux coffre que m’a signalé le curé ; je ne le trouve pas aussi remarquable qu’on me l’avait dit ; comme il me restait du temps, je suis arrivé à Prades où j’ai fait réparer la pompe de ma bicyclette, et où je suis allé voir ma cousine De Saint-Jean et mon cousin Emile Marie ; je rencontre aussi la mère Céleste, ancienne supérieure des religieuses d’Ille ; je rentre à Vinça vers 5h ¼. Maman, fatiguée, ne s’est pas levée de la journée ; Bonne Maman va de mieux en mieux.

Vinça, jeudi 19 novembre 1903

L’après-midi, je vais avec Papa voir à Catllar un autre coffre ; nous ne le trouvons pas mieux que celui d’hier ; nous prenons à Prades le train de 6h34.

Vinça, vendredi 20 novembre 1903

Le matin, je vais au jardin tirer quelques oiseaux ; l’après-midi, il fait tellement froid et tellement mauvais que je ne sors que pour faire quelques tours de jardin. Madame J. de Guardia[83], qui est ici jusqu’à demain, vient passer la soirée avec nous. On ne parle aujourd’hui à Vinça que d’un jeune homme de 20 ans qui a tenté de se tuer en se logeant une balle dans la tête parce que ses parents ne voulaient pas le laisser se marier avant son service militaire ; on l’a transporté à l’Hôpital de Perpignan où on le sauvera peut-être par une opération.

Vinça, samedi 21 novembre 1903

Le matin, je lis dans L’Eclair le vote sectaire du Sénat ; sur les instances de Combes, et malgré un discours de Waldeck-Rousseau, une petite majorité a décidé d’interdire l’enseignement secondaire aux congrégations même autorisées ; et c’est là ce qu’on appelle « organiser la liberté d’enseignement » ! J’aime encore mieux la franchise de ceux qui disent crûment qu’ils veulent le rétablissement du monopole. Quant à Waldeck, il voit aujourd’hui comme il est facile de maîtriser la révolution quand on l’a déchaînée ! Ce misérable a eu pourtant l’exemple des Mirabeau, des Roland, des Vergniaud etc., mais il a voulu faire une nouvelle expérience ; elle prend exactement la même tournure que la première, et nous irons de mal en pis jusqu’au moment où apparaîtra le sabre libérateur que l’on pressent déjà !!! Il est vrai que ce ne sera là qu’un moindre mal et que le salut définitif ne sera que dans le rétablissement de la monarchie nationale, légitime et traditionnelle à laquelle beaucoup de républicains raisonnables, effrayés des progrès du socialisme, commencent à penser. L’après-midi, je vais à bicyclette à Ille ; poussé par le vent, je ne mets que 26 minutes ; mais, au retour où j’ai le vent contre moi, j’en mets le double. À Ille, je vois Louis Vidal, fils de notre voisin le menuisier, qui part demain matin pour Sousse (Tunisie) où il va faire son service militaire dans le 4ème régiment de tirailleurs algériens.

Vinça, dimanche 22 novembre 1903

Il fait un vent épouvantable qui nous oblige à renoncer au projet que nous avions formé d’aller à Ille cette après-midi. Je fais la sainte communion à 7h ½ et j’entends la messe de 8h. L’après-midi, je me promène avant vêpres, et après je vais avec Mlle Parès dans 3 maisons voir d’anciens coffres que l’on serait disposé à vendre ; je les trouve tous très ordinaires.

Semaine du 23 au 29 novembre 1903

Vinça, lundi 23 novembre 1903

Nous déjeunons à 11h et, à midi ½, je pars en voiture avec Mlle Chiquette Parès pour faire une tournée dans plusieurs villages à la recherche d’anciens coffres ; nous fouillons Finestret, Espira, Estoher ; je n’en trouve un à peu près convenable, mais très délabré, qu’à Finestret ; tous les autres sont absolument ordinaires ; je ne reviens cependant pas bredouille car j’ai acheté pour 5 fr. à Espira un petit mortier en marbre rouge où l’on voit 8 figurines assez bien sculptées.

Vinça, mardi 24 novembre 1903

Le matin, je vais à bicyclette à Marquixanes à la recherche d’un coffre ; je n’en vois aucun de joli. À midi ½, par un temps superbe (un peu moins chaud qu’hier cependant), Maman, Mlle Parès et moi, nous partons en voiture pour Rigarda, Joch, Finestret et Espira, toujours à la recherche d’un joli coffre ancien, nous n’en trouvons pas car Maman trouve trop délabré et trop cher celui que j’avais remarqué hier à Finestret.

Vinça, mercredi 25 novembre 1903

Le matin, je retourne encore à Joch visiter une maison qui était fermée hier et où on m’a signalé un coffre ; il n’y en a pas ; aussi, dans l’impossibilité de trouver un joli coffre, Maman va se décider à acheter un meuble d’un autre genre. Papa nous télégraphie de lui envoyer la voiture à 2h ; comme on ne trouve pas Jacques, je lui téléphone qu’on ne peut pas la lui envoyer. Il arrive par le train de 3h ¼, et nous raconte que le conseil municipal d’Ille vient d’accepter ses propositions au sujet des 3 avenues dont il offre le terrain à la commune à travers le jardin de la gare. La principale (avenue de Bosch) aura 12 mètres de largeur et sera continuée par la ville, à travers le champ de foire, jusqu’à la route nationale ; ce sera une superbe artère ; la seconde (avenue d’Albert, du nom d’un de nos arrière-grands-oncles, conseiller d’État sous Louis XVI et lieutenant-général de la police à Paris, qui était d’Ille) aura 8 mètres de largeur et sera entre l’avenue de Bosch et la route de Corbère ; la 3ème (avenue de Bourdeville) joindra les deux premières ; elle aura, je crois aussi 8 mètres. Papa donne gratuitement le terrain à la commune, qui met les avenues en état de viabilité, les éclaire etc. Ce sera une grande amélioration pour la ville d’Ille, et aussi un grand avantage pour nous, car les parcelles de terrain situées le long de ces avenues se vendront fort bien. En même temps, Papa nous annonce la vente d’une parcelle à l’Hospice d’Ille, au prix de 10 fr. le mètre carré. Le soir, de la fenêtre de la salle, j’assiste au mariage d’Amiel qui est accompagné par un brillant orchestre de casseroles et de caisses ; quel charivari ! Et je comprends que le pauvre Amiel ait choisi la nuit pour se marier ; du reste, cela ne lui est pas personnel, c’est ainsi pour tous les veufs qui se remarient.

Vinça, jeudi 26 novembre 1903

Le matin, je vais à bicyclette à Espira pour débattre avec les marguilliers le prix du bahut gothique de l’église ; nous ne pouvons pas nous entendre, car ils ne veulent pas le céder à moins de 70 fr. et Maman ne m’a pas autorisé à dépasser 60 fr. L’après-midi, je commence mes préparatifs de départ, car nous partons demain Papa et moi. Nous voici donc arrivés au terme de ces longues vacances ; somme toute, malgré notre émoi des derniers jours qui n’a pas eu de suite fâcheuse, elles ont été heureuses.

Angers, samedi 28 novembre 1903

Pas de journal hier parce que j’étais en voyage. Après avoir fait vendredi matin quelques visites de départ, nous avons, Papa et moi, quitté Vinça à 3h ½ ; de Bouleternère à Perpignan, nous avons eu pour compagnon de route Tante Isabelle et Joseph Cornet de Bosch ; à Perpignan, nous rencontrons l’oncle Joseph de Lazerme et M. J. Bertran de Balanda[84] ; nous causons avec eux jusqu’au départ de notre train à 5h environ ; nous dînons à Narbonne et arrivons à Bordeaux à 5h du matin. Papa en repart à 8h25 pour Angoulême et Sainte-Croix ; moi, je prends à 8h45le train de l’État et je suis à Angers à 4h40 environ ; en route, pour me distraire, je lis le récit de la croisière que fit l’année dernière M. de Joantho avec le duc d’Orléans sur le yacht « Maroussia » ; l’éminent conférencier royaliste fait bien connaître dans ses notes la figure attachante du premier des Français ; puisse-t-il reprendre un jour la place qui lui revient à la tête de notre pays ! Je dîne chez les Magué.

Angers, dimanche 29 novembre 1903

Je vais à la grand’messe à Saint-Joseph ; en en sortant, je vois M. Gavouyère qui m’autorisé à prendre demain mon inscription après clôture du registre. Je déjeune et je dîne chez les Magué ; dans l’après-midi, je vais voir Jacques Hervé-Bazin, puis je vais au salut à l’Adoration et je vais voir un cinématographe à la foire.

Semaine du 30 novembre 1903

Angers, lundi 30 novembre 1903

Le matin, je vais prendre mon inscription à la Faculté. Je déjeune chez les Magué. L’après-midi, je fais diverses commissions, je vais voir l’abbé Brossard, je me fais couper les cheveux puis je vais attendre à la gare Papa et Philomène ; celle-ci me produit un effet bizarre avec son chignon et ses robes longues ; je ne l’avais pas encore revue dans cet accoutrement ; il est vrai qu’elle approche de 18 ans, il était temps de s’y mettre. Ils apportent de bonnes nouvelles de Marie-Thérèse et de Max. Le soir à 8h, je vais à la Conférence Saint-Louis (dont Hervé-Bazin est le président cette année) ; on y entend un travail de Bigeart sur le suffrage universel ; à la discussion, tout le monde est d’accord pour condamner cette triste institution.

Décembre 1903

Semaine du 1er au 6 décembre 1903

Angers, mardi 1er décembre 1903

Je vais au cours d’économie politique de M. Baugas ; j’ai l’intention de suivre ce cours, ce sera fort utile, bien que pas indispensable, pour mon doctorat économique ; je me trouve là au milieu d’étudiants de 1ère année. L’après-midi, je vais chez le Dr Sourice et chez les Capucins, qui sont encore chez eux, mais qui s’attendent tous les jours à être expulsés ; ils résisteront et ont accumulé de formidables défenses ; ils me promettent de me faire prévenir en cas d’alerte. Le soir, nous assistons tous, à la cathédrale, à la cérémonie de clôture de l’Adoration, et à la procession du Saint-Sacrement.

Angers, mercredi 2 décembre 1903

Dans l’après-midi, je fais quelques commissions, puis j’écris plusieurs lettres ; j’envoie à Marie-Thérèse 1200 timbres usés que j’ai recueillis pour elle.

Angers, jeudi 3 décembre 1903

Le matin, je vais inutilement à l’Université car M. Baugas fait dire qu’il ne fera pas cours. L’après-midi, je vais me confesser à Saint-Jacques. Le soir, congrégation.

Angers, vendredi 4 décembre 1903

Cours d’économie politique de licence. Je fais, avant d’y aller, la sainte communion à la messe de 7h en l’honneur du premier vendredi du mois. L’après-midi, je vais voir l’oncle Paul qui est malade au lit, puis je vais faire des visites à mes professeurs de cette année ; je ne rencontre que M. Coulbault. Le soir à 7h moins un quart, je vais dîner chez Mme Hervé-Bazin, je suis le seul invité au dîner, mais Catta, Arnous-Rivière et Poirier-Coutansais viennent passer la soirée ; nous jouons à divers petits jeux de société.

Angers, samedi 5 décembre 1903

À 8h du matin, commence notre retraite à l’Université, elle durera trois jours, elle est prêchée par un Jésuite, le Père Ery (pour Combes, disons « l’abbé Ery ») ; ensuite, cours d’économie politique de licence. L’après-midi, après la conférence du P. Ery à 2h, je passe près d’une heure dans la chambre de Roger de Bréon à causer avec des camarades, puis je vais faire quelques visites à M. René Bazin d’abord, puis à mes professeurs de l’année dernière MM. Buston, Courtois et Jac, que je rencontre. À 8h, exercice de la retraite.

Angers, dimanche 6 décembre 1903

À 8h du matin, messe et sermon à l’Université ; au retour, je vais faire la visite des pauvres de Saint-Vincent-de-Paul ; l’après-midi, à deux heures, conférence du P. Ery après laquelle je fais par carte deux visites (à Mme des Loges et à Henry Bonnet). De 5h à 6h, je tiens compagnie à l’oncle Paul qui est toujours dans sa chambre ; le soir après dîner, sermon de la retraite.

Semaine du 7 au 22 décembre 1903

Angers, lundi 7 décembre 1903

À 8h, à l’Université, messe et sermon après lequel je vais lire les journaux à la salle de lecture de l’Internat Saint-Clair. À 2h, conférence du P. Ery, après laquelle je vais voir le père et je me confesse. Ensuite, je fais quelques commissions et je vais tenir compagnie à l’oncle Paul qui est toujours au coin de son feu. Le soir, sermon du P. Ery sur la croix ; c’est le dernier de la retraite.

Angers, mardi 8 décembre 1903

Le matin à 7h ½, nous assistons à la messe à la chapelle de l’Internat Saint-Clair et nous y communions ; les professeurs, en robe de cérémonie, prêtent le serment habituel. L’après-midi, je fais quelques visites ; à 5h, je vais au salut à l’Adoration. À 6h, je vais avec papa au banquet que les professeurs de l’Université offrent à leur collègue M. René Bazin pour fêter son élection à l’Académie française ; il a lieu dans la grande salle de conférences ; sur l’estrade, est la table d’honneur où prennent place le recteur, le doyen de la Faculté de droit, les vicaires généraux, quelques notabilités et le héros du jour, M. René Bazin ; en bas, est la table des professeurs au milieu et celle des étudiants tout autour ; enfin, sous la tribune, celle des étudiants ecclésiastiques ; nous sommes environ 180 à 200 convives. Il y a 5 toasts qui durent 40 minutes : celui du recteur Mgr Pasquier qui fait un terrible lapsus (en rappelant un roman de M. Bazin intitulé La sarcelle bleue, il se trompe et dit : « La sardine bleue ») qui est accueilli par des rires qui s’efforcent d’être discrets ; celui du doyen de la Faculté de droit, M. Gavouyère, celui de M. Jac comme président de l’association des anciens étudiants (avant de commencer son toast, M. Jac fait porter à M. Bazin par son jeune fils le petit Louis Bazin qui assistait au banquet, l’épée que lui offre l’association des anciens étudiants), celui du plus jeune professeur de la Faculté, le comte du Plessis de Grenédan qui est en vers, enfin celui de Roger de Bréon au nom des étudiants ; M. Bazin, dans sa réponse, est très modeste et très simple. Le banquet est fini à 9h et nous allons chercher Philomène chez Mme Gavouyère où elle a dîné ce soir.

Angers, mercredi 9 décembre 1903

Pas de cours le matin. L’après-midi, j’écris un article à propos de la grande réunion plébiscitaire qui a eu lieu à Paris le 3 décembre, je l’enverrai demain à La Vérité française. L’après-midi, je passe une heure avec l’oncle Paul à qui je tiens compagnie ; il est toujours malade dans sa chambre. À 5h, j’assiste à l’Université à une intéressante conférence d’un missionnaire au Canada sur ce pays.

Angers, jeudi 10 décembre 1903

Le matin à 9h ½, cours d’économie politique de licence. L’après-midi, je vais à l’exposition des Amis des Arts où je remarque quelques jolis tableaux-portraits et paysages et quelques bonnes eaux-fortes. Je vais, pendant près d’une heure, tenir compagnie à l’oncle Paul.

Angers, vendredi 11 décembre 1903

Le matin, je vais à la messe de 8h à Notre-Dame. L’après-midi, nous recevons une dépêche de Maman qui nous annonce son arrivée pour le soir à 5h, alors que nous ne l’attendions que demain ; nous allons l’attendre à la gare ; elle nous annonce la prochaine arrivée de Marie-Thérèse. Je vais m’entendre avec le P. Vétillart au sujet des cours d’agriculture que je vais suivre : je suivrai le lundi à 10h ½ le cours de zootechnie spéciale ; le jeudi à 10h ½ le cours de constructions rurales ; le samedi à 10h ½, le cours de zootechnie générale ; en outre, l’après-midi du jeudi, j’irai de temps en temps à la ferme modèle de La Sermonnerie.

Angers, samedi 12 décembre 1903

C’est aujourd’hui que commencent les cours de doctorat (désormais, ils auront lieu le mardi et le vendredi). À 9h ½, je vais au cours d’économie politique de licence. À 10h ½, au cours de législation industrielle ; le sujet que traitera M. Coulbault est « Des brevets d’invention ». À 1h ½, cours d’histoire des doctrines économiques, M. Baugas traitera de l’école classique ; le cours d’économie politique de M. Saint-Maur ne commencera que dans une dizaine de jours. À 4h, je vais me confesser à Saint-Jacques, puis je vais passer encore une heure avec l’oncle Paul.

Angers, dimanche 13 décembre 1903

Je fais la sainte communion à la messe de 8h à Notre-Dame, puis je vais avec Papa à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, je vais voir René de La Villebiot et Mme Hervé-Bazin, puis au salut à l’Adoration. Le soir à 8h a lieu à la salle de la rue des Quinconces une séance offerte par les étudiants de l’Université à M. René Bazin en l’honneur de son élection à l’Académie. On joue trois petites pièces : Le luthier de Crémone ou l’Inspiration de la musique ; Gringoire ou l’Inspiration de la poésie ; Fra Angelico ou l’Inspiration de la peinture ; c’était donc une soirée absolument artistique ; j’y assiste en qualité de commissaire ; tout est fini à onze heures.

Semaine du 14 au 20 décembre 1903

Angers, lundi 14 décembre 1903

Le matin à 10h ½, j’assiste au cours de zootechnie spéciale. L’après-midi, je fais diverses commissions. Le soir, il n’y a pas de Conférence Saint-Louis : la séance solennelle qui devait avoir lieu aujourd’hui ayant été renvoyée parce que M. Denys Cochin ne pouvait pas venir.

Angers, mardi 15 décembre 1903

Le matin à 9h ½, cours d’économie politique de licence ; à 10h ½, cours de législation industrielle ; à 1h ¼, cours de législation industrielle à la place du cours d’économie politique ; à 2h ½, cours d’histoire des doctrines économiques.

Angers, mercredi 16 décembre 1903

Aucun cours à suivre aujourd’hui ; j’en profite pour revoir dans ma chambre ceux d’hier. À 5h, je vais à la salle d’armes.

Angers, jeudi 17 décembre 1903

Le matin, cours d’économie politique de licence, après lequel j’assiste à l’École d’agriculture, au cours de constructions rurales. Le soir après dîner, nous allons tous chez M. René Bazin qui, à l’occasion de son élection à l’Académie, réunit tous ses collègues à dîner et leur famille à une soirée qui suit le dîner ; c’est donc une réunion exclusivement universitaire ; nous sommes de 50 à 60 ; on se retire de bonne heure, vers 11h ¼.

Angers, vendredi 18 décembre 1903

Cours de doctorat ; nous en avons trois, ce qui est assez fatigant.

Angers, samedi 19 décembre 1903

Le matin, cours de licence d’économie politique, puis cours de zootechnie générale. L’après-midi, après avoir travaillé dans ma chambre, je vais à Saint-Jacques me confesser puis à la salle d’armes. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 20 décembre 1903

Le matin, je fais la sainte communion à la messe de 8h ; je travaille le reste de la matinée ; Maman est obligée de garder le lit à cause d’une forte douleur rhumatismale au rein. À midi, les Magué viennent déjeuner avec nous en l’honneur du 10ème anniversaire de Nénette qui tombait avant-hier. L’après-midi, je fais quelques visites à des camarades.

Semaine du 21 au 27 décembre 1903

Angers, lundi 21 décembre 1903

Le matin, je vais à 10h ½ à un cours de zootechnie spéciale. Le soir, à 8h, Conférence Saint-Louis ; j’y vais malgré un épais brouillard qui a duré toute la journée. J’y entends une étude assez documentée de Roger de Bréon sur « La noblesse rurale au XVIe siècle » et sur le rôle éminemment social et bienfaisant qu’elle remplissait auprès des paysans ; puis une conférence de M. du Plessis de Grenédan qui, en sa qualité de membre fondateur de la conférence, nous donne des conseils sur les choix de nos sujets et la manière de les traiter.

Angers, mardi 22 décembre 1903

À 9h ½, cours d’économie politique de licence. À 10h ½, M. Saint-Maur commence son cours d’économie politique approfondie pour le doctorat ; le sujet qu’il traitera cette année sera : « La petite propriété rurale ; le Homestead américain ; les moyens de la constituer, de la maintenir et de la transmettre » ; ce sera, je crois, très intéressant, et les deux premiers cours qu’il nous fait aujourd’hui nous intéressent au plus haut point. M. Baugas, à 2h ½, fait son cours d’histoire des doctrines économiques. À 5h, je vais à la salle d’armes.

Angers, mercredi 23 décembre 1903

Le matin, je n’ai aucun cours et je travaille dans ma chambre. L’après-midi, à cause de l’affreux brouillard qui n’a pas cessé depuis dimanche matin, je ne sors que pour aller à la gare attendre Marie-Thérèse qui arrive, en très bonne santé, par le train de 5h, elle vient passer avec nous une bonne partie de l’hiver ; Max viendra la rejoindre mercredi ou jeudi de la semaine prochaine ; je retourne à la gare un peu plus tard pour voir ce que sont devenues les malles de Marie-Thérèse qu’on n’a pas porté à la maison une heure et demie après son arrivée ; à mon retour, je les trouve à la maison. Le soir, je vais avec Papa à l’Université entendre une intéressante conférence du marquis de Dampierre[85] sur « Le 18 fructidor » ; le conférencier nous donne la primeur des mémoires du directeur Barthélemy qui vont être publiées. Il termine en disant que le 18 fructidor appelait le 18 brumaire ; c’est bien vrai ; quand on emploie l’armée nationale à des besognes politiques, on ne doit pas se plaindre si la même armée se retourne contre vous ; avis aux tyrans de la 3ème République Française, dignes successeurs des Barras et des Reubell !

Jacques, marquis de Dampierre (1874-1947), archiviste paléographe

Angers, jeudi 24 décembre 1903

Le matin, cours d’économie politique de licence, et de constructions rurales. L’après-midi, je vais me confesser à Saint-Jacques. Le soir, nous préparons à aller à la messe de minuit ; j’y vais à l’Université où la messe sera chanté par de jeunes artistes qui viennent de faire une tournée dans toute l’Europe ; l’un d’eux, pendant une tournée en Prusse, a joué devant Guillaume II, qui l’a fait accompagner par l’orchestre royal. Papa, Maman, Marie-Thérèse et Philo vont à Saint-Joseph.

Angers, vendredi 25 décembre 1903

J’ai quitté l’Université après la messe de minuit où j’ai fait la sainte communion. Après un joyeux réveillon, je me suis couché à 2h ½, jusqu’à 9h du matin. L’après-midi, je vais aux vêpres de Saint-Joseph, puis je vais voir Maurice Lucas.

Angers, samedi 26 décembre 1903

Le matin, cours d’économie politique de licence, et de zootechnie générale. L’après-midi, je vais à la gare retirer un phonographe « Excelsior » et 50 cylindres impressionnés, que Philomène et moi avons fait venir de Libourne ; il coûte 145 fr. mais est payable à raison de 5 fr. par mois. Je l’essaye, et le trouve très bon ; ce sera une charmante distraction. Je vais faire ma visite de digestion à Mme René Bazin. Le soir, Conférence Saint-Vincent-de-Paul.

Angers, dimanche 27 décembre 1903

Je vais à la grand’messe à Saint-Joseph. L’après-midi, je vais à vêpres à Saint-Maurice avec Papa ; après les vêpres, je vais à l’Évêché où Monseigneur reçoit, à l’occasion du nouvel an, les vœux des membres de toutes les œuvres de la ville ; il y a environ 500 hommes dans la grande salle synodale ; c’est M. Frogé qui lit le discours ; Monseigneur lui répond. Ensuite, je vais voir Jacques des Loges pour le prier de jouer un rôle dans la petite comédie que nous comptons faire jouer vers le milieu de janvier ; je ne le vois pas, mais son père se charge de la commission ; le soir, il vient nous donner une réponse favorable.

Semaine du 28 au 31 décembre 1903

Angers, lundi 28 décembre 1903

Le matin, cours de zootechnie spéciale. Le soir à 8h, à la Conférence-Saint-Louis, intéressant travail de Jacques Hervé-Bazin sur le féminisme ; René de La Villebiot accepte un rôle dans notre pièce ; tous nos acteurs sont ainsi trouvés.

Angers, mardi 29 décembre 1903

À 9h ½, cours d’économie politique de licence. À 10h ½, cours d’histoire des doctrines économiques, et à 1h ¼, cours d’économie politique de doctorat. À 5h, Papa part pour Biarritz.

Angers, mercredi 30 décembre 1903

À 9h ½, cours exceptionnel d’économie politique de licence. Pour la 1ère fois depuis le 19 décembre, nous voyons aujourd’hui le soleil ; mais nous le payons par un froid de 7° environ au-dessous de 0° ; Max arrive à 5h pour 15 jours environ.

Angers, jeudi 31 décembre 1903

Le matin à 8h, je vais à la messe à Notre-Dame ; le reste de la journée est consacré à écrire des lettres et des cartes, et à faire des achats. L’après-midi, je vais me confesser et je porte à De La Villebiot son rôle copié. Nous nous réunissons tous les trois pour offrir à Maman un encrier style Empire ; et nous nous faisons de mutuels petits cadeaux ; tout cela paraît le soir sur la table au moment de dîner.

L’année 1903 est finie, et elle n’a apporté à notre pauvre France qu’un redoublement de malheurs, et à l’Église que des deuils ! Il est bien triste d’arriver, tous les ans à pareil jour, à la même constatation ! Si, du moins, 1904 pouvait nous apporter la fin de la persécution et le relèvement national ! Il y a bien, il est vrai, quelques symptômes de relèvement en cette fin d’année ; l’opposition, en se plaçant de plus en plus sur le terrain monarchique, qui est le vrai terrain, sera, je crois, plus efficace ; mais, que de chemin à faire avant le salut ! Malgré tout, j’ai confiance en Dieu, et je suis persuadé qu’Il ne laissera pas mourir la France, la fille aînée de son Église.


[1] Voir supra note du 19 décembre 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[2] Voir supra note du 29 avril 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[3] Le seul député de ce nom est Olivier Le Gonidec de Traissan (Vitré, château de La Baratière, 24 février 1839-Paris, 18 janvier), ancien officier des zouaves pontificaux, qui siégea pour l’Ille-et-Vilaine (et non les Côtes-du-Nord, act. Côtes-d’Armor) de 1876 à sa mort. Il doit y avoir une erreur car son père Alfred mourut en 1874 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[4] Henri, marquis de Monspey (1844-1922), colonel de cavalerie. Fils du marquis Ferdinand de Monspey et de Louise de Busseul, il avait épousé en 1872 Alix de Sinéty (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[5] Voir supra note du 15 juillet 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[6] Il s’agit de la famille Chaland de La Guillanche (noblesse de courtoisie). Marie Alfred Casimir Chaland, né en 1843, colonel d’infanterie breveté, marié en 1874 avec Blanche Gréterin, avait eu deux filles : Marie Louise, née en 1875 (mariée en 1901 à Angers avec Marcel Rousselon), et Yvonne, née en 1879 (mariée le 7 octobre 1903 à Angers avec Marc Ulrich Ducellier) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[7] Jean-Sully Mounet dit Mounet-Sully (Bergerac, 27 février 1841-Paris, 1er mars 1916), acteur de théâtre et de cinéma (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[8] Émilie Lerou (Penne-d’Agenais, 10 avril 1855-Valence-d’Agen, 10 février 1935), écrivaine et comédienne française (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[9] Marc Faurichon de La Bardonnie (Vaunac, Dordogne, 16 octobre 1846-26 novembre 1921), propriétaire du château d’Odars près Baziège (Haute-Garonne), maire de cette commune, était le frère de Marie-Anne Faurichon de La Bardonnie, mère de Max Dupin de Saint-Cyr, l’époux de Marie-Thérèse d’Estève de Bosch. Il avait épousé le 10 avril 1877 à Odars Geneviève de Picquet de Vignolles de Juillac (Toulouse, 1er mars 1853-1921), dont il n’eut pas d’enfants. Geneviève était la fille de Gustave de Picquet de Vignolles de Juillac (1796-1879) et de Louise de Lanusse-Boulémont (1812-1871). Ses grands-parents paternels étaient Joseph de Picquet de Vignolles de Juillac et Joséphine Bertran, mariés à Toulouse en 1795. Joséphine Bertran était issue d’une importante famille catalane, originaire de Catllar près de Prades, qui avait acquis au fil du temps les seigneuries de Catllar et de Toulouges, mais résidait à Perpignan où elle possédait une très belle demeure située au n°9 de la rue Maximilien-Sébastien Foy, reconnaissable aujourd’hui à son emblématique façade en briques rouges et à ses balcons en fer forgé. Joséphine Bertran, orpheline de père depuis 1781, avait été vivre à Toulouse chez son oncle maternel le baron Xavier Desprès, où elle demeura toute sa vie, ne revenant guère à Perpignan, ce qui motiva la vente de la demeure et la liquidation du patrimoine roussillonnais. La parenté avec les Bosch que cite ici Antoine d’Estève de Bosch est relativement proche, puisque les grands-parents paternels de Joséphine Bertran, Mme de Juillac, étaient Joseph Bertran de Palmarola et Anne-Marie Bosch Semaler (frère de Cyprien Bosch Semaler, ancêtre direct des Bosch d’Ille et d’Antoine d’Estève de Bosch), mariés à Ille le 17 novembre 1734 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[10] Il doit s’agir de Théodose de Lanusse-Boulémont (1855-1934), baron de Boulémont, cousin germain de Geneviève de Picquet de Vignolles de Juillac, Mme de La Bardonnie : voir note ci-dessus (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[11] [11] Il pourrait s’agir de plusieurs personnages de cette famille : Jean, marquis des Monstiers-Mérinville (1847-1919), conseiller général de la Haute-Vienne, son frère Henri, officier de cavalerie (1858-1903), ou encore leurs cousins germains René (né en 1853), François (1854-1914) ou Maurice (né en 1867), tous trois également officiers de cavalerie (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[12] Charles René de Montalembert (Londres, 15 avril 1810-Paris, 13 mars 1870), journaliste et historien, membre de l’Académie française, membre des assemblées constituante et législative de la Deuxième République, membre du Corps législatif du Second Empire, il est l’un des participants à la rédaction de la loi Falloux (2 mars 1850) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[13] Il s’agit de Joseph Lazerme (Perpignan, 14 mars 1787-13 avril 1853), fils de Joseph Lazerme et de Suzanne Augé, marié le 29 juin 1812 à Perpignan avec Thérèse Sérane. Membre du conseil municipal de Perpignan, conseiller général de 1815 à 1848, il fut en 1827 député du collège du Département des Pyrénées-Orientales sous Charles X. Contrairement à ce qui est dit dans le présent journal, Joseph Lazerme, qui ne porta jamais légalement de particule, ne bénéficia pas non plus d’un titre de noblesse de la part de Charles X. C’est son fils aîné qui reçut un titre de comte par le prétendant carliste espagnol en 1876 dont le brevet original est conservé dans le fonds de Lazerme des Archives départementales des Pyrénées-Orientales (ADPO, 5J337 ; voir aussi l’inventaire de ce fonds, rédigé par S. Chevauché en 2017) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[14] Voir supra note du 13 septembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[15] Denis-Stanislas Montalant dit Talbot (Paris, 27 juin 1824-20 décembre 1904), comédien français et ancien secrétaire de la Comédie française (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[16] Lucile Avenant (1826-1907), fille d’un notaire d’Angers qui avait acheté le château du Plessis-Bourré en 1863, s’était mariée en 1856 en secondes noces à Paul Le Gendre d’Onsenbray (1829-1891), comte d’Onsenbray (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[17] Voir supra note du 24 juin 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[18] Charles François-Saint-Maur (Pau, 19 décembre 1869-La Boissière-du-Doré, Loire-Atlantique, 9 mars 1949), avocat, qui sera sénateur de la Loire-Inférieure de 1924 à 1941 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[19] Marie Flory (1833- château de Lureuil par Tournon-Saint-Martin, Indre, 14 février 1903), mariée en 1852 avec Henri Pougeard du Limbert (1817-1898), ancien préfet des Pyrénées-Orientales, et parents notamment de Marie Hélène Pougeard du Limbert (1853-1920), épousé depuis 1871 de Joseph de Lazerme, cousin germain de Mme d’Estève de Bosch née Lazerme (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[20] Marthe de Lazerme (1883-1972), fille de Joseph de Lazerme et de Marie Hélène Pougeard du Limbert, qui épousera en 1911 Paul Durand de Girard (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[21] Carlos de Lazerme (1873-1936), fils aîné de Joseph de Lazerme et de Marie Hélène Pougeard du Limbert (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[22] La famille de Lamer descend du mariage de Charles Pierre de Lamer (1853-1812), général, et de Jeanne Lazerme (1774-1834) – sœur de Joseph Lazerme, (1787-1853), député cité plus haut, grand-père de Mme d’Estève de Bosch née Lazerme –, mariés en 1795 à Perpignan (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[23] Auguste Colavier d’Albici (1793-1864) avait épousé en 1819 Marie-Grâce Boluix, fille de Marie-Grâce Lazerme, sœur de Mme de Lamer et de Joseph Lazerme cité dans la note ci-dessus. Leur fils Louis Colavier d’Albicy (1820-1877), colonel, était déjà décédé au moment de l’écriture du journal mais il restait sa veuve Pauline Saleta (1842-1911) et leurs deux enfants Marie-Pauline (1873-1968), mariée en 1898 à Fernand de Rovira, dont il sera souvent question au cours de ce jounal, et Henri (1876-1925) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[24] Voir supra note du 10 avril 1902. (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[25] Voir supra note du 10 avril 1902. (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[26] Henri Ponthier de Chamaillard (Quimper, 23 octobre 1848-Nice, 24 mai 1908), fils d’Henri Pierre Ponthier de Chamaillard, député monarchiste du Finistère de 1871 à 1876, et d’Adrienne Marie Eudoxie Briant de Penquelein, sénateur de 1898 à 1908. Partisan de l’école libre et du maintien de la loi Falloux, il défendit de nombreux catholiques s’opposant aux inventaires lors de leurs procès, brisant aussi par exemple les scellés apposés à l’entrée de l’école congréganiste de Trégunc (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[27] Robert de Foucher de Careil (Glénac, Morbihan, 29 janvier 1875-21 mai 1937), fils d’Auguste de Foucher de Careil et de Marguerite de Clinchamp, qui avait épousé en 1902 Marie-Thérèse de La Cropte de Chantérac (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[28] Voir supra, note du 10 mars 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[29] Voir supra note du 10 septembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[30] Marie Dupin de Saint-Cyr (château de Sainte-Croix-de-Mareuil, Dordogne, 6 novembre 1874-Bergerac, 14 juin 1959), sœur aînée de Max, qui restera célibataire (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[31] Gérard Dupin de Saint-Cyr (château de Sainte-Croix-de-Mareuil, Dordogne, 10 février 1879- Larmane, Port-Sainte-Foy, Dordogne, 13 janvier 1951), frère cadet de Max, qui sera ordonné prêtre en 1904et fera toute sa carrière en Dordogne (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[32] Voir supra note du 28 janvier 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[33] Voir supra note du 4 septembre 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[34] Gabrielle de Chefdebien (1830-1903), veuve de Joseph de Llobet, dont il sera question plus loin, voir note du 22 septembre 1903. Elle possédait une maison à Vinça (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[35] Voir supra note du 12 mars 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[36] Le Général François-Xavier d’Estève de Bosch (1851-1938) et son fils Maurice (1878-1921) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[37] Voir plus loin note du 25 septembre 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[38] Charles de Lamer (Perpignan, 18 juillet 1859-15 avril 1939), fils de Jules de Lamer et de Léonie Massot, arrière-petit-fils du mariage Lamer/Lazerrme cité plus haut (voire note du 12 mars 1903), avait épousé à Perpignan en 1891 Marthe Denamiel (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[39] Voir le toast de M. de Barescut plus loin, le 28 mai 03 (Note de l’auteur).

[40] La coupure de journal a été collée à la suite par Antoine d’Estève de Bosch dans son journal. L’auteur de ce texte est probablement Joseph de Guardia, ami de la famille et rédacteur du Roussillon, qui était présent au mariage : voire note du 1er septembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[41] Voir supra note du 30 août 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[42] Voir supra note du 11 février 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[43] Denis Jacomet (Prades, 11 octobre 1858-Paris, 9 février 1929), fils de Louis Jacomet, conseiller à la Cour d’Appel de Montpellier, et de Philomène Asprer de Boaçà. Après une carrière déjà longue, il fut nommé le 15 avril 1902 substitut du procureur général à Angers, d’où il partit en juillet 1904 pour rejoindre le poste de procureur général à Nantes. Il poursuivit ensuite une brillante ascension qui le mena jusqu’à la Cour de Cassation en 1919. Il fut célèbre pour avoir été otage des Allemands pendant la Première guerre mondiale. Bien que cela n’ait jamais été officiellement confirmé, Denis Jacomet porta la particule de courtoisie « de Boaçà » de son grand-père maternel François Asprer de Boaçà (1808-1878), érudit roussillonnais. Ce dernier s’était également fait connaître pour son âpre défense du légitimisme (en France) et du carlisme (en Espagne). Malgré cet ancrage familial, Denis Jacomet privilégia sa carrière à une quelconque idéologie (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[44] Assassinat d’un enfant le 8 février 1899 dans l’école des Frères des Écoles chrétiennes à Lille. Le suspect, le frère Flamidien (de son vrai nom Isaïe Hamet) fut accusé d’attentat à la pudeur ainsi que de l’assassinat. Le procès déboucha néanmoins sur un non-lieu, la culpabilité de Flamidien ne pouvant jamais être prouvée (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[45] Joseph Santol (Céret, 10 mai 1853-Paris, 3 février 1923), vicaire de Cerbère dont il édifia l’église et les écoles. Il fut en conflit avec la municipalité qui souhaitait récupérer ces dernières, puis fut nommé en 1895 inspecteur des orphelinats. Créateur en 1901 du « Placement familial », destiné à envoyer des orphelins pauvres travailler dans des exploitations agricoles ou des usines (notamment de verrerie), il subit un procès pour outrage aux bonnes mœurs sur enfants, mais fut relaxé – les témoins ayant été subornés. Son œuvre en direction des orphelins lui valut des attaques pour traite d’enfants, venant essentiellement de la gauche socialiste (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[46] Voir plus loin note du 24 mai 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[47] Martial Artur de La Villarmois (Tours, 10 février 1855-Saint-Épain, Intre-et-Loire, 21 novembre 1920), fils de Martial Artur de La Villarmois et d’Henriette de Gallet de Mondragon, saint-cyrien, capitaine de cavalerie et maire de Saint-Épain, avait épousé le 28 novembre 1883 à Montpellier Claire Geneviève d’Espous (1860-1938), fille d’Auguste, comte d’Espous, important propriétaire terrien de l’Hérault, et de Valérie Durand, cette dernière également issue d’une célèbre famille de banquiers et négociants montpelliérains également implantée à Perpignan. Elle était elle-même la petite-fille, par sa mère née Amélie Durand, de Joséphine Lazerme, mariée en 1801 à Perpignan avec Jean Louis Durand, sœur du député Joseph Lazerme (1787-1853), grand-père de Mme d’Estève de Bosch née Lazerme, qui était donc la cousine issue de germains de Mme d’Espous née Durand (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[48] Xavier Civelli de Bosch (1878-1924), cousin germain d’Antoine d’Estève de Bosch, fils de sa tante Marie Civelli née d’Estève de Bosch. Il s’illustrera comme coureur automobiliste mais sera lui-même tué dans un accident en 1924, comme on le verra dans la suite du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[49] Claude Loraine Barrow (1870-1903), tué à Libourne le 13 juin 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[50] Le portrait de mon grand-père de Lazerme, suspendu dans la grande salle à Vinça. Mon pauvre grand-père et M. de Barescut étaient nés dans la même semaine, en 1825 (Note de l’auteur).

[51] La fille de M. de Barescut, ma cousine « Germaine », est morte le 12 janvier 1899 à l’âge de 27 ans. Quelques années plus tôt, l’aînée de ses filles, Marie de Barescut, mariée à M. Cristau, était morte encore très jeune (1885), laissant un jeune fils Xavier Cristau (Note de l’auteur).

[52] Stanislas Le Bault de La Morinière, comte de La Morinière (Angers, 19 janvier 1852-19 mars 1936),

[53] Laurent Tailhade (Tarbes, 16 avril 1854-Combs-la-Ville, 1er novembre 1919), polémiste, poète et pamphlétaire libertaire, franc-maçon, connu pour son anticléricalisme (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[54] Voir supra au 31 août 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[55] René Faurichon de La Bardonnie (1875-1923), fils de Gaston Faurichon de La Bardonnie et de Marthe de Bonnegens, cousin germain maternel de Max Dupin de Saint-Cyr. Il avait épousé en 1902 Marie Benoist (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[56] Ouvrage publié en 1896, sous-titré « Du Panama à l’anarchie », qui relate les scandales financiers et politiques de la IIIe République, notamment l’affaire du Panama (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[57] Mme Sylvain d’Arexy, née Dorothée de Falguières (1827-1907) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[58] Raoul de Scorraille (château de Sangruère, Villeneuve-sur-Lot, 9 juillet 1859-Montredon-des-Corbières, Aude, 13 octobre 1940), marquis de Scorraille, fils de Léonce, marquis de Scorraille, et de Noémie de Roquette-Buisson. Il avait épousé en 1888 Clémentine de Montredon, héritière de domaines dans l’Aude (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[59] Alphonse Auguste Olivier de Laurens-Castelet (Toulouse, 9 avril 1844-château de Lagrange, Bram, Aude,15 mai 1923), marquis de Laurens-Castelet, ancien lieutenant aux dragons de l’Impératrice, fils d’Henry, marquis de Laurens-Castelet, et de Jeanne Viviès, marié en 1871 avec Godelieve Marie de Lacoste de Belcastel. Maire de Puginier dans l’Aude, député de ce département de 1902 à 1906 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[60] Il s’agit de Gérard de La Tour Landorthe (Toulouse, 13 mars 1845-Saint-Ignan, 21 novembre 1920), fils d’Assiscle de La Tour Landorthe et de Clémentine de Montredon, tante et homonyme de l’épouse du marquis de Scorraille cité ci-dessus (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[61] Voir supra note du 23 août 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[62] Denise Salvo, née à Vinça le 9 octobre 1838, fille de Jacques Salvo et de Thérèse Dorandeu, avait épousé à Vinça le 7 octobre 1872 Alexis Batlle, de Jean Batlle et de Joséphine Ballessa, d’une famille parente avec les Pontich souvent cité plus haut. Voir notamment note de la partie introductive du journal.

[63] Il s’agit de Mme Joseph de Lazerme née Marie Hélène Pougeard du Limbert ainsi que ses filles Marthe, née en 1883 (future Mme Durand de Girard) et Thérèse, née en 1890 (future Mme Goursaud de Merlis) (Note de l’éditeur, S.Chevauché).

[64] Voir supra note du 10 septembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[65] Charles de Roig, né en 1849, fils de François de Roig et d’Antoinette d’Oms (arrière-petit-fils d’une Pontich, donc lointainement cousin avec Mme d’Estève de Bosch née de Lazerme) avait épousé le 15 octobre 1885 à Perpignan Berthe Marie Marguerite Costenadal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[66] Il doit s’agir de Marie Batlle, née en 1884 à Ille, fille de Joseph Batlle et d’Elisabeth Delcros, qui épousera en 1910 Jean Amade (1878-1949), poète et écrivain. Ils sont les parents du parolier Louis Amade (1915-1992) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[67] Il doit s’agir de Marie-Thérèse Roca (1886-1963), fille de Joseph Roca et de Joséphine Muxart, qui épousera René Puech, avocat (1883-1957) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[68] Il doit s’agir d’Espérance Trullès (1883-1904), fille unique du notaire illois Etienne Trullès, qui mourut de la tuberculose, et dont il sera question dans la suite du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[69] Voir supra note du 2 octobre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[70] Le jeune Albert Charles Henri Motas d’Hestreux, né en 1874, marié le 22 septembre 1903 à Agonac (Dordogne) avec Marguerite Faurichon de La Bardonnie, fille de Gaston Faurichon de La Bardonnie et de Marthe de Bonnegens, cousine germaine de Max Dupin de Saint-Cyr, était le fils d’Eugène Motas d’Hestreux (Basse-Terre, Guadeloupe,23 août 1832-La Rochelle, 26 novembre 1919), général de division qui eut une brillante carrière sous le Second Empire, et d’Alix de Gastebois (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[71] Gabrielle de Chefdebien (Saint-Pons, Hérault,15 juin 1930-Vinça,23 septembre 1903), fille de Roch de Chefdebien et d’Elisabeth de Raynaud-Raynaud, était issue d’une ancienne famille de l’Aude, possédant la seigneurie d’Armissan, alliée à la lignée roussillonnaise des Çagarriga. Mariée le 24 janvier 1853 à Narbonne avex Joseph de Llobet (1825-1900), Gabrielle en eut 8 enfants, dont le célèbre archevêque d’Avignon Mgr Gabriel de Llobet (1872-1957), dont il sera très souvent question dans ce journal. Le rapprochement des Estève et des Llobet, opéré dès 1903 – Mme de Llobet possédant à Vinça une maison où elle demeurait – serait lointainement à l’origine du futur mariage, en 1908, d’Antoine d’Estève de Bosch et de Gabrielle du Lac, elle-même fille de Marie-Thérèse de Llobet, née en 1853, fille aînée de Joseph de Llobet et Gabrielle de Chefdebien (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[72] Mère de la future Mme Antoine d’Estève de Bosch. Voir note ci-dessus (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[73] Voir supra note du 19 août 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[74] Voir supra note du 29 septembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[75] Elisabeth Roca d’Huytéza, née en 1867 à Toulouse, épousa en secondes noces en 1902 à Toulouse Hector, baron de Rolland (1853-1923), vice-président du Conseil d’État de Monaco (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[76] Eulalie de Chefdebien (1838-1927), veuve de Joseph de Balanda, cousine germaine de Mme de Llobet née de Chefdebien citée plus haut (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[77] Voir supra au 5 décembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[78] Voir supra note du 5 novembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[79] Futur archevêque d’Avignon, Mgr Gabriel de Llobet (1872-1957) (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[80] Augustine de Llobet (1863-1939), tertiaire de Saint-François, autre fille de Joseph de Llobet et de Gabrielle de Chefdebien (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[81] Voir supra note du 20 octobre 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[82] François Erasme Estève (Perpignan, 2 juin 1724-21 juin 1777), moine à Saint-Michel-de-Cuxa, fils de Jean Estève et de Monique Simon, frère aîné de François-Xavier Estève Simon, avocat et père du colonel Estève, propre grand-père d’Antoine d’Estève de Bosch (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[83] Voir supra note du 1er avril 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[84] Jean Bertran de Balanda (1853-1934), polytechnicien, inspecteur aux chemins de fer du Midi puis propriétaire terrien en Roussillon, fils de Bonaventure Bertran de Balanda et de Thérèse Muxart, marié en 1881 à Millas avec Marie Ferriol (Note de l’éditeur, S. Chevauché).

[85] Jacques, marquis de Dampierre (1874-1947), archiviste paléographe, petit-fils d’Henriette Barthélemy, nièce de François Barthélemy (1747-1830), membre du Directoire exécutif de Paris (Note de l’éditeur, S. Chevauché).