Janvier 1911
Semaine du 1er janvier 1911
Ille, dimanche 1er janvier 1911
Pour placer cette nouvelle année sous la protection divine, nous allons à la messe de 8h ½ et faisons la sainte communion ; ensuite, nous allons passer la journée à Vinça en auto pour offrir nos vœux à Bonne Maman. Nous rentrons le soir même.
Semaine du 2 au 8 janvier 1911
Ille, lundi 2 janvier 1911
Je vais prendre Bonne Maman, Marie-Thérèse et Ghislaine à Vinça en auto ; elles déjeunent dans notre nouvelle maison, ainsi que Papa et Maman, pour « pendre la crémaillère ».
Ille, mardi 3 janvier 1911
Nous allons à Perpignan en auto, nous emmenons Papa ; dans Perpignan, nous écrasons à moitié un petit chien ; bien que ce ne soit pas de notre faute, car nous allions très lentement, un agent prend mon nom ; j’espère toutefois ne pas avoir d’ennuis à ce sujet. Je vais à Claira où je vais à la vigne de la Cadène et je vois Maurice. Nous sommes de retour à Ille à 7 heures ½. Je mène chaque jour l’auto une bonne partie du chemin et je fais des progrès.
Ille, mercredi 4 janvier 1911
Le matin, je vais à Bouleternère. L’après-midi, il fait un vent violent et glacé ; nous ne ressortons pas ; nous nous contentons de faire quelques visites dans Ille.
Ille, jeudi 5 janvier 1911
Nous allons à Perpignan où j’ai différentes affaires ; nous faisons aussi des visites chez Monseigneur, Madame de Çagarriga etc.
Ille, vendredi 6 janvier 1911
J’accompagne Papa à Trouillas en auto ; le temps est splendide. Je fais de plus en plus de progrès dans l’art de mener. Le matin à la messe de 7 heures je fais la sainte communion.
Ille, samedi 7 janvier 1911
Nous allons passer la journée à Vinça à l’occasion de la fête patronale ; nous y déjeunons et rentrons à 7 heures.
Ille, dimanche 8 janvier 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres ; nous déjeunons chez Papa et faisons des visites avant et après vêpres.
Semaine du 9 au 15 janvier 1911
Ille, lundi 9 janvier 1911
Nous allons en auto à la Grange voir les Henri de Çagarriga que nous y trouvons ; ensuite, nous allons voir les Lammerville à Taxo, nous ne les rencontrons pas. Le temps est superbe.
Ille, mardi 10 janvier 1911
Je vais à Prades en auto voir M. Gravas ; Marie-Thérèse et Ghizie[1] y viennent aussi à partir de Vinça ; au retour, je m’arrête assez longuement à Vinça.
Ille, mercredi 11 janvier 1911
Je vais à Bouleternère le matin, à motocyclette ; l’après-midi, je vais faire ma promenade d’auto à Villemolaque. J’y porte Pierrou Marty Nadal et le fils Étienne Baux ; il fait un temps superbe.
Ille, jeudi 12 janvier 1911
Je vais à Claira et à Perpignan ; Bebelle, un peu fatiguée, préfère ne pas me suivre ; il fait encore très beau ; j’ai mon premier ennui de pneus sous la forme d’un éclatement.
Ille, vendredi 13 janvier 1911
Je vais déjeuner à Vinça ; j’y vais pour signer avec M. Vincent Bousquet, chez Me Bouchède, l’acte d’achat de son jardin contigu à ma cave de Claira ; le sous-seing privé était signé depuis longtemps ; je rentre avec la pluie.
Ille, samedi 14 janvier 1911
Il pleut toute la journée ; nous déjeunons chez mes parents.
Ille, dimanche 15 janvier 1911
Je vais à Vinça pour la réception des chefs de section de la Société, réunion qui dure assez longtemps.
Semaine du 16 au 22 janvier 1911
Ille, lundi 16 janvier 1911
Nous allons à Perpignan où nous faisons quelques visites ; nous apprenons que l’aviateur Gibert volera demain sur son Blériot.
Ille, mardi 17 janvier 1911
Nous revenons à Perpignan pour voir Gibert[2] ; il fait un superbe vol, mais atterrit mal et son appareil en butant contre une barrière est assez endommagé pour rendre tout nouveau vol impossible aujourd’hui ; c’est une déception ; nous faisons des visites.
Vinça, mercredi 18 janvier 1911
Aujourd’hui, nous venons nous installer à Vinça en vue de la fête de Saint Sébastien ; Bebelle y arrive à midi par le train ; dans l’après-midi, je vais et viens à motocyclette à cause d’une petite avarie à la magnéto de l’auto qu’un ouvrier de Perpignan doit venir réparer demain.
Vinça, jeudi 19 janvier 1911
La petite avarie est rapidement réparée le matin et je rentre à Vinça en auto. Le soir a lieu l’Assemblée générale annuelle de la Société, puis commencent les danses et sérénades qui annoncent la fête.
Vinça, vendredi 20 janvier 1911
Je suis occupé toute la journée par la fête de Saint Sébastien qui se déroule suivant le rythme accoutumé : défilé en musique dans les rues, grand’messe solennelle, bal dit « de l’Ouffici », et l’après-midi danses sur la place du Puig ; le soir, à cause du froid, je décide que les danses auront lieu dans la salle Ramon, ce qui a lieu et est approuvé par la plus grande partie des sociétaires ; ce bal se prolonge jusqu’à minuit. À la grand’messe, l’oncle Gabriel de Llobet, que M. le curé de Vinça et moi avions invité, prononce une éloquente allocution sur les devoirs des mutualistes chrétiens. Naturellement, il descend à la maison. Bonne Maman, très enrhumée, prend le sage parti de ne pas sortir et même garde le lit une partie de la journée ; Maman, très fatiguée, se couche aussi de très bonne heure.

Vinça, samedi 21 janvier 1911
Je vais en auto à Perpignan où je déjeune chez les Llobet, puis à Claira ; à Perpignan avait lieu la messe pour Louis XVI, malheureusement, je suis arrivé trop tard pour y assister ; je rentre à Vinça à 7h du soir.
Perpignan, dimanche 22 janvier 1911
Je reçois un télégramme de Maurice Roger m’annonçant que son père est mort et qu’on l’enterre demain à Torreilles ; hier à Claira, il ne m’avait même pas dit que son père était malade, il est donc mort subitement ; j’irai à ses obsèques. L’après-midi, avec Papa et Bebelle, nous venons assister à la dernière journée d’aviation à Perpignan ; Gibert fait son beau vol, mais ne recommence pas. Nous assistons ensuite à une conférence du Père Eyraud à la salle des Œuvres. Je dîne et couche ici chez les Llobet ; le soir, je vais avec l’oncle Gabriel à une réunion chez les Sœurs de l’Assomption ; M. Henri Bertran y fait une conférence sur la personne humaine de Notre Seigneur Jésus-Christ ; cette conférence, ainsi que celle du Père Eyraud, est suivie de la bénédiction du Très-Saint Sacrement. Le chauffeur Georges ramène Bebelle et Papa à Vinça.
Semaine du 23 au 29 janvier 1911
Vinça, lundi 23 janvier 1911
Je vais à Torreilles avec l’autobus et j’assiste aux obsèques du père de Maurice Roger, qui s’appelait de même ; je déjeune chez la famille Vidal et je rentre à Perpignan en autobus et à Vinça par le train.
Ille, mardi 24 janvier 1911
Ce matin à Vinça, je vais à la Balme où je fais répandre de l’engrais. Bonne Maman, qui a eu une petite grippe, allant beaucoup mieux, nous quittons Vinça et rentrons à Ille en auto. Je mets à la porte le chauffeur Georges qui devenait insupportable ; je lui avais permis de s’absenter lundi et il n’est revenu que ce soir, et encore s’est servi sans me le demander de ma motocyclette, qu’il m’a endommagée ; j’en profite pour le renvoyer.
Ille, mercredi 25 janvier 1911
Je vais prendre Maman à Vinça en auto et je la ramène ici ; Bonne Maman va beaucoup mieux.
Ille, jeudi 26 janvier 1911
Je vais à Bouleternère à motocyclette. Tony est assez enrhumé.
Ille, vendredi 27 janvier 1911
Le Dr Pons, que nous faisons appeler pour Tony, l’ausculte et déclare qu’il n’a qu’un léger rhume ; nous le tenons dans sa chambre. Nous devions aller tous à Claira ; à cause de Tony, nous renvoyons ce déplacement à demain ; je vais seul à Perpignan à motocyclette, pour faire quelques commissions.
Ille, samedi 28 janvier 1911

Nous allons à Claira en auto ; nous y emmenons Papa et Marie Thérèse accompagnée de son inséparable Ghislaine-Marie. Au moment de partir d’ici, nous rencontrons Fernand et Marie de Rovira avec leur sœur Mme de Rovira de Roquevaire ; les deux dames vont voir Maman et nous prenons Fernand avec nous jusqu’à Perpignan. À Claira, je fais visiter la cave et certaines vignes à Marie Thérèse, puis je vais à Saint-Laurent ; nous rentrons ici à 7h ½ ; j’ai mené, naturellement, tout le temps ; je m’y suis mis tout à fait et je passerai bientôt l’examen de capacité.
Ille, dimanche 29 janvier 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres ; nous nous promenons avec Marie-Thérèse.
Semaine du 31 janvier 1911
Ille, mardi 31 janvier 1911
Je suis de retour d’une belle excursion en Cerdagne entreprise hier matin en automobile, pour assister à la fin des fêtes en l’honneur de la caravane du Touring Club et surtout pour voir ce beau pays sous son aspect l’hiver ; j’y suis allé en auto parce que j’ai manqué le train de 6h20 du matin. L’auto a marché admirablement sur la route déblayée de neige par les soins des Ponts-et-Chaussées. Je suis passé à 1600 mètres d’altitude au col de la Perche ; je suis allé d’abord à Puigcerda, première ville espagnole, puis j’ai couché à Bourg-Madame ; le temps était splendide, et la fête franco-espagnole assez réussie. Aujourd’hui pour le retour, j’ai eu la neige et j’ai même craint un moment de ne pouvoir repartir avant une grande chute de neige, à cause d’une avarie à la pompe à eau causée par la gelée et qu’il a fallu réparer sur place, ce qui n’a été terminé qu’à 3h ½ ; néanmoins, le retour s’est effectué dans de bonnes conditions ; au col de la Perche, on se serait cru dans un pays polaire, c’était très beau à voir ; j’ai dû descendre très lentement et ne suis rentré à Ille qu’à 9h du soir, avec la pluie.
Février 1911
Semaine du 1er au 5 février 1911
Ille, mercredi 1er février 1911
Je fais nettoyer à fond la voiture qui en avait grand besoin ; nous avons Tante Augustine à déjeuner.
Ille, jeudi 2 février 1911
Bebelle et moi faisons la sainte communion puis revenons à la grand’messe ; l’après-midi, avec Marie-Thérèse, nous allons en promenade à Bouleternère, puis nous allons au salut à 5 heures.
Ille, vendredi 3 février 1911
Je fais la sainte communion à l’occasion du premier vendredi du mois. L’après-midi, Bebelle et moi allons en auto à Perpignan ; le matin, à motocyclette, je vais à Vinça voir Bonne Maman qui va beaucoup mieux.
Ille, samedi 4 février 1911
L’après-midi, nous allons tous en auto faire une visite à nos cousins de Barescut à La Ferrière.
Ille, dimanche 5 février 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres ; nous déjeunons chez mes parents.
Semaine du 8 au 12 février 1911
Ille, mercredi 8 février 1911
J’ai été malade deux jours et j’ai gardé le lit ; ce n’était qu’une petite courbature sans aucune gravité, pas même la grippe. Je me lève aujourd’hui.
Ille, jeudi 9 février 1911
Je ne sors pas encore ; le petit groom Henri Pelras a la même courbature que j’ai eue et il y a trois jours.
Ille, vendredi 10 février 1911
Ce matin, c’est la cuisinière Marie qui est atteinte ; décidément, la maison va être un hôpital ; moi, je commence à sortir aujourd’hui dans l’après-midi. L’abbé Latour arrive pour 4 jours, il descend chez mes parents.
Ille, samedi 11 février 1911
Nous avons Papa, Maman, Marie-Thérèse, Ghislaine et M. l’abbé à déjeuner ; nous passons une partie de l’après-midi ensemble. Ensuite je vais me promener avec Bebelle du côté de l’olivette du Pont de la Fouste.
Ille, dimanche 12 février 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres ; nous déjeunons chez mes parents ; nous nous promenons après vêpres ; ce bon M. l’abbé est toujours le même ; toujours aussi bon et aussi aimable ; en le voyant hier dans cette maison ma pensée se reporte à 18 années en arrière ; comme le temps passe vite !
Semaine du 13 au 19 février 1911
Ille, lundi 13 février 1911
Le matin, je vais à Bouleternère avec l’abbé Latour ; l’après-midi, nous allons tous à Vinça en auto.
Ille, mardi 14 février 1911
Nous allons, Bebelle, Marie-Thérèse et moi, à Perpignan en auto ; au moment de partir, nous apprenons que Mme Augustine Vassal est morte ce matin, je la savais à peine malade ; quelle série de morts à Perpignan ! Nous allons offrir nos condoléances à M. Vassal. Je vais à Claira.
Ille, mercredi 15 février 1911
Nous nous promenons avec Marie-Thérèse du côté du « Salt das Caballs ».
Ille, jeudi 16 février 1911
Nous allons en auto à Perpignan le matin, assister aux obsèques de Mme Vassal. Nous sommes de retour à midi ½. L’après-midi, M. Finot, sous-ingénieur des mines à Prades, me fait passer l’examen pratique pour l’obtention du certificat de capacité pour la conduite des automobiles (dit communément brevet de chauffeur) exigé par l’article 11 du décret du 10 mars 1899. Je m’en tire très bien et M. Finot me dit qu’il m’enverra un de ces jours mon certificat en règle. Nous nous promenons avec Marie-Thérèse, il fait chaud, c’est le printemps qui s’annonce.


Certificat de capacité pour la conduite d’Antoine d’Estève de Bosch, 27 février 1911 – Collection Pierre Lemaitre
Ille, jeudi 17 février 1911
L’après-midi, nous allons en auto à Bouleternère, où je fais signer un bail pour la prairie des Arengs, et à Vinça ; nous emmenons Marie-Thérèse.
Ille, samedi 18 février 1911
Le matin à 8 heures, M. le curé vient célébrer la sainte messe dans la chapelle de la maison de mes parents, nouvellement restaurée ; c’est probablement la première fois depuis la Révolution que le Saint-Sacrifice est célébré dans cette chapelle ; je sers cette messe à laquelle nous assistons tous, parents et enfants ; nous y faisons la sainte communion ; c’est une fête de famille ; mes parents ont choisi pour cette première messe la date du 18 février qui est le troisième anniversaire de l’opération chirurgicale qui m’a sauvé la vie ; cette messe est dite en action de grâces. Les maçons qui ont fait les réparations de la chapelle y assistent aussi. L’après-midi, je vais avec Bebelle à Perpignan où nous assistons à la première journée du concours hippique ; c’est intéressant et, en même temps, c’est une réunion très agréable, « la gentry » du pays s’y est donné rendez-vous et les occasions de se réunir sont si rares en Roussillon qu’on est enchanté de profiter de celles qui se présentent. Nous sommes invités par la Rovira à un thé très nombreux qu’ils offrent à leurs amis au buffet du concours. C’est Joseph Jonquères d’Oriola qui gagne la coupe.
Ille, dimanche 19 février 1911
Le matin nous allons à la grand’messe ; l’après-midi, nous retournons au concours hippique à Perpignan ; nous y retrouvons une foule encore plus nombreuse qu’hier ; il y a là les Vilmarest, les Çagarriga, Gironde, Larboust, La Croix, Lazerme, Rovira, Forton, Passama, Blaÿ, Chefdebien, Bertran, Pous, d’Ax etc. ; c’est une réunion charmante ; nous rentrons le soir. Hier et aujourd’hui le temps a été magnifique.
Semaine du 20 au 19 février 1911
Ille, lundi 20 février 1911
Troisième et dernière journée du concours ; le temps est moins beau et la société moins nombreuse qu’hier ; c’est tout de même intéressant ; les plus belles épreuves sont un saut en hauteur de 2m10 et un saut en largeur de 7 mètres !
Ille, mardi 21 février 1911
Mes parents ont à déjeuner aujourd’hui nos cousins de Blaÿ (Henri, ses deux filles et sa sœur Mlle Françoise) ; nous y déjeunons aussi naturellement ; ils repartent par l’autobus de 4h ½.
Ille, mercredi 22 février 1911
Le matin, Bebelle, Papa et moi allons à Bouleternère aux obsèques de la vieille Jacomy, femme du vieux Poupon ; sur le désir de la famille, je dis quelques mots au retour, devant la maison. L’après-midi, Bebelle, Marie-Thérèse et moi allons à Millas et Corneilla voir les Ferriol et les d’Ax de Cessales ; nous rencontrons les uns et les autres.
Ille, jeudi 23 février 1911
Nous avons mon oncle, ma tante et mes cousines de Llobet de Kendy à déjeuner ; ils arrivent à midi et repartent à 4 heures après avoir pris le thé chez mes parents.
Ille, vendredi 24 février 1911
L’après-midi, j’accompagne Maman et Marie-Thérèse et ses enfants à Vinça en auto ; je fais mes adieux à Bonne Maman car nous partons lundi pour plus d’un mois et je ne pourrai pas revenir à Vinça avant le départ. Marie-Thérèse repart aussi dans une huitaine de jours.
Ille, samedi 25 février 1911
Je vais à Perpignan, Claira et Saint-Laurent en auto ; à Saint-Laurent, je signe l’acte pour l’achat de la nouvelle écurie de Claira, chez Me Pech ; à Claira, je fais la tournée des vignes ; à Perpignan, je déjeune chez les Llobet. Bebelle y vient à 2 heures par le train ; nous rentrons ensemble.
Ille, dimanche 26 février 1911
Nous allons à la grand’messe. L’après-midi, je vais avec Bebelle à Perpignan en auto ; nous assistons à la bataille de fleurs avec les Rovira, Massia, La Croix, Passama et Lazerme ; Fernand de Rovira nous invite tous à un thé chez le pâtissier Solère ; nous rentrons à 7 heures et achevons nos préparatifs de départ.
Semaine du 27 au 28 février 1911
Gaspard, lundi 27 février 1911
Voici notre premier voyage un peu sérieux en auto ; nous avons quitté Ille ce matin exactement à 8h35 ; par Millas, Estagel, Saint-Paul, Quillan, Limoux, Castelnaudary et Toulouse, nous venons à Gaspard où nous sommes jusqu’à jeudi chez Henri Tournamille ; nous y arrivons à 8h ½ du soir après plusieurs arrêts bien entendu ; nous avons été contrariés par un peu de pluie.
Gaspard, mardi 28 février 1911
Aujourd’hui revient l’appel devant la Cour de Toulouse le procès que je fais à la Société des « Prévoyants de France » à qui je réclame la restitution des 10.000 frs. que je lui ai prêté pour avoir la situation qui m’avait été promise et que je n’ai pas ; je vais y assister naturellement ; toute l’audience est occupée par la plaidoirie de mon avocat Me de Laportalière qui défend admirablement mes intérêts et démontre mon bon droit ; la suite des plaidoiries est renvoyée à demain ; je retourne à Gaspard.
Mars 1911
Semaine du 1er au 5 mars 1911
Gaspard, mercredi 1er mars 1911
Je reviens à Toulouse avec Henri Tournamille pour entendre plaider l’avocat de mes adversaires Me Soulié auquel Me de Laportalière réplique longuement. L’affaire est mise en délibéré et l’arrêt sera probablement rendu lundi. Me de Laportalière a beaucoup d’espoir. Toute la question est celle-ci : la société était-elle formée, existait-elle légalement dès le dépôt de l’acte de société et avant l’enregistrement de ses statuts par le ministre du Travail ? Mon avocat soutient que oui, mes adversaires soutiennent que non, et le Tribunal leur a donné raison ; j’espère que la Cour leur donnera tort. Si la société était formée, Ducos son directeur qui a traité en sa qualité et au nom de la société en traitant avec moi, a engagé la Société qui, dès lors, est ma débitrice ; sinon, on admet que la société n’a pas été engagée par Ducos et je n’ai comme débiteur que Ducos qui est insolvable. Ce serait souverainement injuste car j’ai eu l’intention de traiter avec la société, de prêter mon argent à elle et non à M. Ducos ; de plus, j’ai prouvé par de nombreuses lettres que la société avait connu et ratifié les engagements de Ducos vis-à-vis de moi, et maintenant on vient me soutenir que quels que soient les faits la société n’existait pas encore légalement et ne pouvait pas traiter avec moi ! Elle a bien pris mon argent ! Me de Laportalière démontre que les sociétés à forme mutuelle comme « Les Prévoyants de France », si elles ne peuvent commencer leurs opérations vis-à-vis de leurs sociétaires, c’est-à-dire faire signer des contrats avant l’enregistrement de leurs statuts, existent cependant avant cette formalité et peuvent traiter avec des tiers, sans quoi l’on aboutirait à des conséquences absurdes. J’ai beaucoup d’espoir ; avocat et avoué croient que la partie est gagnée.
Chalet Saint-Michel, jeudi 2 mars 1911
Nous quittons Gaspard en auto à dix heures et, après un arrêt de deux heures à Montech où nous voyons Albert qui est alité depuis trois semaines avec une mauvaise grippe et déjeunons, nous continuons sur le Chalet où nous arrivons avant six heures après un excellent voyage et un temps superbe. Les Jamme sont au Chalet jusqu’à jeudi prochain.
Chalet Saint-Michel, vendredi 3 mars 1911
Je passe ma journée à nettoyer l’auto qui en a grand besoin après ces 365 kilomètres.
Chalet Saint-Michel, samedi 4 mars 1911
Ma belle-mère qui est partie hier pour Montech voir Albert, nous écrit qu’il est toujours bien souffrant avec une forte fièvre et un point au côté ; c’est sérieux ! Dans l’auto des Jamme, superbement carrossée en limousine, nous allons voir les Vatin à leur rendez-vous de chasse d’Allons, nous ne les rencontrons pas ; nous allons ensuite à Casteljaloux.
Chalet Saint-Michel, dimanche 5 mars 1911
Nous allons tous à la grand’messe à Saint-Michel avec les trois autos. L’après-midi, nous nous promenons.
Semaine du 6 au 12 mars 1911
Le Chalet, lundi 6 mars 1911
Le matin, je me promène avec Bebelle du côté de Mezin ; les Lacaze chassent à courre dans les environs. L’après-midi, nous allons à la métairie de la Sègue et à Cap-Chicot dans l’auto d’Henri, une 12 H.P. Motobloc modèle 1911. Il pleut. Je reçois un télégramme d’Emmanuel de Saint-Jean m’annonçant que la cour de Toulouse a confirmé le premier jugement ; c’est un comble ! Ainsi, la société a « existé » pour toucher mon argent et elle « n’existe » pas pour me le rendre ! Je me trouve en face de l’insolvable Ducos ; je suis toisé ! Comme j’ai été mal inspiré en entrant dans cette caverne de voleurs !
Le Chalet, mardi 7 mars 1911
L’équipage des Vatin-Pérignon chasse tout près d’ici et prend le lièvre à 200 mètres du chalet ; l’après-midi, nous nous promenons au Basmatot et au Bialaire.
Le Chalet, mercredi 8 mars 1911
Je vais à Casteljaloux en auto accompagner à la gare la nourrice Biche de Germaine, qui nous quitte, et faire mes commissions. Si ce n’était la crainte des frais énormes que cette procédure entraînerait, j’irais en cassation pour faire trancher le point de droit soulevé par mon procès avec « Les Prévoyants de France » ; mon avoué m’écrit que Me de Laportalière est indigné d’une telle jurisprudence mais je m’en tiendrai là, ne voulant pas faire encore d’autres dépenses pour un intérêt aléatoire.
Le Chalet, jeudi 9 mars 1911
Les jours se suivent et se ressemblent ; je me promène un peu dans les bois et je lis.
Le Chalet, vendredi 10 mars 1911
L’après-midi, je vais en auto attendre ma belle-mère à la gare de Casteljaloux ; elle a quitté Albert encore bien souffrant.
Le Chalet, samedi 11 mars 1911
Je lis, j’écris et je me promène.
Le Chalet, dimanche 12 mars 1911
Nous allons à la grand’messe à Saint-Michel ; il pleut, ce qui nous empêche de ressortir l’après-midi. J’apprends la mort subite de mon fermier Jacques Blanc, fermier du « Cam d’al Pou » ; c’était un honnête homme et un laborieux, je le regrette bien.
Semaine du 13 au 19 mars 1911
Le Chalet, lundi 13 mars 1911
L’après-midi, je vais me promener du côté du Biret ; le temps est incertain.
Le Chalet, mardi 14 mars 1911
Je reçois un télégramme de Maman ainsi conçu : « Si tu as dépôt Société générale retire-le, lettre suit ». Évidemment de mauvais ont dû courir sur la Société Générale ; j’espère qu’ils sont erronés ; mais enfin, deux sûretés valent mieux qu’une, ne voulant pas m’exposer à être la victime d’un cataclysme comme celui de l’Union Générale il y a près de trente ans, je prends mes dispositions pour retirer tous les fonds que j’ai à la Société Générale ; j’écris immédiatement au directeur de l’agence de Perpignan et je vais porter la lettre à Saint-Michel en auto. Nous avons la visite de Madame Fernand de Lacaze et de ses filles.
Le Chalet, mercredi 15 mars 1911
C’est M. Vassal qui a dit à mes parents que la Société Générale traversait une crise[3] ; ce n’est peut-être qu’un faux bruit.
Le Chalet, jeudi 16 mars 1911
L’après-midi, nous allons tous passer un moment à la palombière établie dans les bois ; ce soir on ne se porte rien.
Le Chalet, vendredi 17 mars 1911
Le matin, je reviens à la palombière ; j’y vois capturer quelques palombes ; l’après-midi, je vais à Casteljaloux avec Bebelle et Lolotte.
Le Chalet, samedi 18 mars 1911
L’après-midi nous allons dans une lande entre le Biret et Mexico ; nous avons décidé de brûler cette lande absolument inculte, pour l’ensemencer ensuite de graines de pins ; l’opération est délicate à cause du danger de voir le feu s’étendre au-delà de la partie destinée à être brûlée ; aussi nous y avons mis un nombreux personnel et, sous la direction de Maubaret et sous notre surveillance, tout se passe le mieux du monde ; c’est même un très beau spectacle.
Le Chalet, dimanche 19 mars 1911
Nous allons à la messe à Lartigue ; l’après-midi éclate un orage assez violent, le premier de la saison.
Semaine du 20 au 26 mars 1911
Le Chalet, lundi 20 mars 1911
Henry, François et moi devions partir ce matin pour Biarritz en auto ; à l’heure du départ (6 heures) la pluie commence à tomber ; aussi remettons-nous notre excursion à demain si le temps le permet ; nous comptons partir demain matin et rentrer mercredi soir. L’après-midi nous allons visiter le château de Grignols.
Biarritz, mardi 21 mars 1911
Le temps était beau ce matin, nous sommes partis à 6h ½ ; notre voyage s’est très bien effectué ; notre seul ennui a été l’éclatement d’un vieux pneu qui nous a retenus un grand moment sur la route ; les routes sont droites, superbes, nous filions comme le vent. Nous arrivons à Biarritz avant midi et descendons à l’Hôtel de l’Europe. L’après-midi, je fais visiter à François et à Henry, qui viennent à Biarritz pour la première fois, les incomparables beautés naturelles de cette superbe station, ainsi que ses magnifiques constructions, ses hôtels, ses villas etc. Je rencontre plusieurs personnes de connaissance, notamment Mme de Mollans, Carlos qui est depuis trois mois, avec ses beaux-parents, à la villa Sainte-Cécile etc. Nous faisons le tour des falaises, nous écoutons le concert sur la grande plage.
Le Chalet, jeudi 23 mars 1911
Nous voici de retour au Chalet ; je n’ai pas écrit mon journal hier parce que nous ne sommes rentrés que ce matin après avoir voyagé une bonne partie de la nuit. Hier matin, à Biarritz, je suis allé à la messe de 7h ½ à Sainte-Eugénie, je me suis confessé et j’ai fait la sainte communion ; ensuite, je me suis promené avec mes beaux-frères autour du phare dont nous avons fait l’ascension ; à 11 heures, je suis allé à la villa voir Thérèse de Lazerme, on faisait son portrait au pastel et j’ai assisté à la séance de pose ce matin. Mme de Mauvaisin voulait me garder à déjeuner, je n’ai pu accepter à cause de mes beaux-frères qui m’attendaient. L’après-midi, dernière promenade du côté de la Côte des Basques, de Miramar, du Rocher de la Vierge, puis nous passons un moment sur la plage et nous partons à 5h ¼ ; j’emmène Jeanne, la première nourrice de Tony, comme bonne pour remplacer auprès de Germaine la vieille Jeanne. Nous sommes passés par la Barre de l’Adour et nous comptons arriver au Chalet vers 10 h du soir ; hélas que d’incidents ! Nous sommes arrivés à 3h ½ du matin ! Tout d’abord, dans un village des Landes, on nous a vendu de l’essence mélangée à de l’eau, de sorte que nous ne pouvions plus avancer ; nous nous sommes arrêtés pour dîner à Pontoux dans un tout petit hôtel ; nous avons abandonné toute l’essence (au moins 25 à 28 litres), l’avons laissé couler sur la route et l’avons remplacée par de l’essence de bonne qualité ; tout cela nous a pris un temps énorme et nous ne sommes repartis de Pontoux qu’à 11 heures ; ensuite nous nous sommes trompés de route et, au lieu de filer sur Mont-de-Marsan, nous nous sommes dirigés à toute vitesse sur Saint-Sever et nous ne nous sommes aperçus de notre erreur que près de Grenade-sur-l’Adour, il était plus de minuit. Nous sommes arrivés à Mont-de-Marsan à minuit ½ et nous sommes arrêtés pour prendre de l’huile. Nous espérions arriver en une heure et demie, mais voilà que nous avons été arrêtés par un brouillard à couper au couteau qui nous a suivis jusqu’au Chalet, impossible d’avancer vite ! Un moment, nous avons du regarnir les phares ; nous avons cherché de l’eau dans la cour d’une ferme près de Lublion au risque de nous faire prendre pour des voleurs à 2h ½ du matin ! Quelle nuit agitée. Aussi aujourd’hui nous nous reposons.
Le Chalet, vendredi 24 mars 1911
L’après-midi, nous faisons plusieurs visites à Casteljaloux aux Ollive, à Lacaze et à Archambaud, aux deux familles de Lacaze.
Le Chalet, samedi 25 mars 1911
Il pleut toute la journée ; nous ne bougeons pas ; la petite Civelli fait aujourd’hui sa première communion.
Le Chalet, dimanche 26 mars 1911
Nous allons à la grand’messe à Saint-Michel; c’est une messe d’enterrement.
Semaine du 27 au 31 mars 1911
Chalet Saint-Michel, lundi 20 mars 1911
Je vais à Bordeaux en auto faire réparer, à l’usine Motobloc, mon radiateur qui perd un peu et prendre différents accessoires ; je pars le matin, emmenant Henry et François, et je rentre le soir tard ; je passe par Bazas.
Chalet Saint-Michel, mardi 28 mars 1911
Je fais nettoyer à fond l’auto ; je mets au point plusieurs organes ; de temps en temps, un réglage est nécessaire.
Chalet Saint-Michel, mercredi 29 mars 1911
Je vais à Casteljaloux avec Bebelle.
Le Chalet, jeudi 30 mars 1911
Je reste seul avec Bebelle l’après-midi ; tous les autres vont à Casteljaloux.
Le Chalet, vendredi 31 mars 1911
Je lis et me promène un peu, le temps passe lentement ici.
Avril 1911
Semaine du 1er au 2 avril 1911
Le Chalet, samedi 1er avril 1911
Nous voici en avril ; notre séjour ici touche à sa fin, j’irai voir Marie-Thérèse et Max dans leur nouvelle installation de Bergerac, puis nous partirons.
Le Chalet, dimanche 2 avril 1911
Je reçois une bien triste nouvelle, celle de la mort de notre tante Bonafos[4] emportée en quelques jours par une pneumonie infectieuse ; je ne la savais même pas malade. C’était une femme d’une grande bonté et d’une grande distinction et une très bonne parente pour nous ; elle était la cousine germaine par alliance de mon grand-père de Lazerme ; notre parenté remonte au mariage d’une Lazerme, sœur de mon bisaïeul, avec M. Bonafos. Ses obsèques auront lieu demain matin ; je regrette que la distance m’empêche d’y assister. Le matin, nous allons à la grand’messe à Saint-Michel ; l’après-midi nous allons en auto voir les châteaux de Roquetaillade et de Villandrault ; en passant à Bazas, j’envoie un télégramme de condoléances aux Lutrand.
Semaine du 3 au 9 avril 1911
Le Chalet, lundi 3 avril 1911
C’est ce matin qu’ont lieu les obsèques de notre pauvre tante Bonafos ; je regrette bien de ne pouvoir y assister. L’après-midi, nous allons à Casteljaloux en auto.
Le Chalet, mardi 4 avril 1911
Je devais aller aujourd’hui à Bergerac, mais Bebelle ayant un assez fort mal de gorge, je crains qu’elle ait attrapé une courbature et je ne veux pas la laisser ; je télégraphie à Marie-Thérèse et à Max que Bebelle étant souffrante, je ne peux pas aller aujourd’hui les voir et que j’y irai demain ou jeudi. Ce soir, les Tournamille arrivent dans leur auto. Il fait froid ; c’est un retour offensif de l’hiver. Le soir, Bebelle est mieux.
Bergerac, samedi 5 avril 1911
Je suis parti ce matin vers 9 heures, emmenant avec moi Henri Tournamille qui a aussi sa sœur Mme Maguès à Bergerac ; nous arrivons ici à midi. Les Saint-Cyr m’attendaient ; ils vont bien et viennent de terminer leur installation à Bergerac. Bergerac est une petite ville pas très agréable, mais bien habitée ; Max, qui est presque du pays, a beaucoup de parents soit en ville, soit dans les châteaux des environs ; souhaitons qu’il réussisse dans sa nouvelle situation. L’après-midi, je vais voir sa mère et sa sœur à leur maison de retraite Faubourg de la Madeleine.
Le Chalet, jeudi 6 avril 1911
Ce matin, j’ai fait avec Marie-Thérèse, Max et leurs enfants, une jolie excursion dans les environs de Bergerac ; nous sommes allés voir l’usine et le barrage de Tuillière à travers la Dordogne à 14 kilomètres de la ville ; c’est un magnifique travail, qui a coûté 50 millions ; cette usine, d’une force de 220.000 chevaux vapeur, fournit l’énergie électrique à toute une partie du sud-ouest de la France pour l’éclairage et la traction. L’après-midi, je fais une visite à Madame Maguès et nous repartons à 4 heures, nous sommes au Chalet avant 7 heures ; près de Bergerac, j’écrase un chien sans valeur qui est venu se jeter sous les roues. L’auto a très bien marché pendant ces deux jours. Je ne verrai probablement pas les Saint-Cyr pendant près d’un an.

Le Chalet, vendredi 7 avril 1911
J’apprends une mauvaise nouvelle : la gelée d’hier matin a été forte en Roussillon, les vignes ont été très abimées un peu dans tout le pays, et Maurice Roger m’écrit que mes aramons ont beaucoup souffert ; voilà qui est navrant ! D’ores et déjà, je peux compter sur une forte diminution de récolte en 1911. Nous apprenons le mariage de ma cousine Marcelle de Blaÿ avec M. de Gauléjac des environs de Saint-Gaudens ; je n’ai aucun détail. Je vais à Casteljaloux faire réparer par Bachère la pompe à eau de l’auto qui perd beaucoup ; Bebelle y vient aussi.
Le Chalet, samedi 8 avril 1911
La gelée a atteint les quatre départements gros producteurs du Midi ; cette diminution certaine de récolte aura, du moins, pour effet de maintenir les cours élevés ; il faut l’espérer. Nous commençons nos préparatifs de départ pour lundi. Nous allons tous nous promener dans la lande brûlée dernièrement et en Biret.
Le Chalet, dimanche 9 avril 1911 (Rameaux)
Nous allons à la bénédiction des Rameaux et à la messe à Saint-Michel ; il fait un mauvais temps d’hiver. Bebelle souffre d’une oreille et de la gorge et je crains bien qu’il nous soit impossible de partir demain.
Semaine du 10 au 16 avril 1911
Le Chalet, lundi 10 avril 1911
Nous devions partir ce matin ; mais Bebelle a la gorge prise et il serait vraiment imprudent de se mettre en route d’autant plus que le temps est froid. Nos préparatifs sont faits et si Bebelle, qui se soigne aujourd’hui, va bien demain nous partirons. Il me tarde de rentrer en Roussillon et d’inspecter mes vignes.
Toulouse, mardi 11 avril 1911
Nous partons à 8 h et demi le temps étant beau et Bebelle allant mieux ; nous nous arrêtons demi-heure à Casteljaloux, sommes à Montech à midi ½, y déjeunons chez Albert et arrivons à Toulouse dans l’après-midi. Je vois M. de Laportalière, mes avoués etc. Nous couchons à Toulouse.
Ille, mercredi 12 avril 1911
Partis de Toulouse à 11 heures nous avons déjeuné à Castelnaudary et, par Carcassonne, Moux et Tuchan, arrivons à Ille à huit heures ; la route de Moux à Tuchan et Estagel, à travers les Corbières, est curieuse et accidentée ; notre voyage a été admirable, nous n’avons pas eu la plus petite panne ; le seul incident a été l’écrasement d’un chien près de Durban (Aude) ; comme je me suis assuré, je suis à l’abri d’ennuis de ce genre. Nous trouvons Papa et Maman en excellente santé.
Ille, jeudi 13 avril 1911 (Jeudi saint)
Bebelle se sent très enrhumée et un peu courbaturée ; je juge prudent de l’empêcher de sortir ; je gagne mes Pâques à la messe de communion du matin à 7 heures ; je reviens à l’office du matin et j’assiste à la fraction des pénitents l’après-midi.
Ille, vendredi saint 14 avril 1911
Bebelle est encore bien enrhumée et ne sort pas ; j’assiste au sermon de la Passion, à l’office et, l’après-midi, au chemin de croix. Après cette cérémonie, j’enfourche ma motocyclette et je vais à Vinça et à Bouleternère ; je trouve Bonne Maman en excellente santé ; à Boule, mes vignes, qui sont des carignans, ont peu souffert de la gelée du 6 avril, mais mes pêchers sont très abimés ; la récolte de pêches est à peu près anéantie !
Ille, samedi 15 avril 1911
Le matin, j’assiste à l’office du samedi saint ; l’après-midi je vais à Claira à motocyclette, je visite toutes les vignes et j’essaie d’évaluer les dégâts de la gelée ; les aramons et les alicantes seuls ont souffert ; à la Cadène et au Champ Nougué, je perds certainement un tiers ; au Champ Parès beaucoup moins, tout au plus un sixième ; somme toute le désastre est un peu moins grand que je ne le pensais. Le soir on vient chanter les « Goigs dals ous ».
Ille, dimanche de Pâques 16 avril 1911
Je fais la sainte communion, j’assiste à la procession qui est très solennelle à cause de la présence de la « Lyre Illoise » et de « l’Orphéon Saint-Étienne », à la grand’messe et à vêpres ; nous déjeunons chez nos parents, nous faisons des visites.
Semaine du 17 au 23 avril 1911
Ille, lundi 17 avril 1911
Je vais à la grand’messe ; Bonne Maman vient passer la journée ici ; nous déjeunons avec elle chez mes parents et assistons, l’après-midi, à une séance dramatique offerte par les jeunes gens du groupe Saint-Maurice. J’ai la curiosité de calculer combien de kilomètres j’ai faits depuis que j’ai l’auto ; voici le résultat : depuis que j’ai l’auto 3867 kilomètres ; depuis le 1er janvier 3520.
Ille, mardi 18 avril 1911
L’après-midi nous allons à Perpignan en auto ; nous faisons notre visite de condoléances à notre cousine Lutrand ; nous allons voir Llobet et les Lazerme ; je fais des courses et des commissions en ville. Le mariage de Marcelle de Blaÿ avec M. de Gauléjac est fixé au 31 mai. Notre cousine d’Albici est au plus mal ; je vais prendre de ses nouvelles, je suis reçu par Henri.
Ille, mercredi 19 avril 1911
Il pleut à peu près toute l’après-midi ; nous ne sortons que pour aller à la gare et moi pour aller prendre un bain dans la salle de bains de la grande maison. Le gouvernement a des soucis en ce moment : la Champagne est à feu et à sang pour une question de délimitation que le gouvernement, avec son incompétence physique, a voulu trancher au lieu de laisser ce soin aux représentants des intérêts de cette province ; au Maroc, l’anarchie chronique fait d’inquiétants progrès et va nous obliger à une expédition qui peut entraîner de graves complications diplomatiques ; enfin, les « masses ouvrières », qui s’organisent de plus en plus sous la bannière syndicale, se détachent aussi de plus en plus de la république, de la démocratie et autres balivernes ; l’autre soir, les citoyens Janvion et Pataud, qui comptent parmi les chefs les plus influents du syndicalisme, ont organisé une grande réunion contre les influences maçonniques dans les syndicats. Si le « prolétariat organisé » se détache de la république et de la Franc-Maçonnerie, c’en sera fait de ce sale gouvernement. Aussi attendons-nous à de la résistance ; de plus qui sait si les Francs-Maçons et les Juifs, se sentant menacés, ne feront pas appel à un dictateur ou un sabre quelconque ? Depuis plusieurs mois, on parle de l’Empire, du prince Victor Napoléon ; s’il arrive au pouvoir, soyons sûrs que ce sera avec la complicité de la plupart des dirigeants actuels, qui, effrayés du progrès du syndicalisme d’une part, du royalisme de l’autre, voudront placer les principes de 89 sous la sauvegarde d’un César plus ou moins anticlérical et démocrate. Je ne vois pas trop ce que la France et la Religion auraient à y gagner ! Quant à moi, cela me laisse froid et je continue à crier Vive le Roi !
Ille, jeudi 20 avril 1911
Nous allons déjeuner et passer l’après-midi à Vinça ; nous y allons en auto et y amenons les enfants.
Ille, vendredi 21 avril 1911
L’après-midi nous allons nous promener du Cam dal Pou et de Saint-Michel.
Ille, samedi 22 avril 1911
Nous allons à Perpignan où nous faisons des visites : les Blaÿ, les Massia et Mme de Llamby ; nous choisissons un cadeau de mariage pour Marcelle de Blaÿ. Ensuite je vais Claira et Saint-Laurent et je reprends Bebelle au passage à Perpignan.
Ille, dimanche 23 avril 1911
Nous allons à la grand’messe et déjeunons chez nos parents.
Semaine du 24 au 30 avril 1911
Ille, lundi 24 avril 1911
Nous nous promenons l’après-midi ; je vais à Vinça à motocyclette le matin.
Ille, mardi 25 avril 1911
Nous allons voir les Jean Bertran de Balanda à Saint-Feliu-d’Avail, nous ne les trouvons pas ; nous allons ensuite à Perpignan où je fais de nombreuses commissions ; le tout avec l’auto naturellement.
Ille, mercredi 26 avril 1911
Il fait un vent violent, nous sortons à peine.
Ille, jeudi 27 avril 1911
Nous allons à Vinça où nous assistons à la messe du mariage de Mlle Gabrielle de Girvès avec M. Maille, ingénieur électricien[5]. L’après-midi, pour passer le temps, je propose à Bonne Maman d’aller à Prades ; nous y allons et faisons une visite à Mme de Saint-Jean ; nous rentrons à Ille vers six heures.
Ille, vendredi 28 avril 1911
L’après-midi, je me promène et fais quelques commissions avec Bebelle. Le matin, je vais à Bouleterrnère à motocyclette, je fais la tournée des vignes où la sortie des raisins se fait bien ; l’après-midi j’y reviens avec Bebelle en auto, pour causer avec Jacomy d’une offre qui m’a été faite pour mon vin.
Ille, samedi 29 avril 1911
Je vois à Bouleternère, le matin, le négociant qui a goûté mon vin ; il m’en prend un peu à 40 frs. l’hecto ; pour le reste il veut se réserver ; nous verrons et je reste libre. Je vais prendre à Vinça Bonne Maman, Mme Jean-Baptiste Noëll et son fils Louis qui viennent déjeuner chez mes parents ; nous y déjeunons aussi ; l’après-midi je les raccompagne, j’emmène Bebelle pour lui faire faire une promenade. L’anarchie augmentant de plus en plus au Maroc, le gouvernement est obligé d’envoyer une expédition à Fez pour essayer de rendre un semblant d’autorité à Moulaÿ Hafid qui a été créé sultan, il y a 3 ans, exprès pour nous combattre ; à ce moment-là nous n’avions pas soutenu Abud Aziz qui nous était favorable et il a été détrôné ; maintenant nous allons verser du sang français pour soutenir Moulay Hafid ; quelle incohérence ! Cette expédition se fera dans les limites restreintes. L’Action française a affirmé, sans être démentie, que l’ambassadeur d’Allemagne à Paris assistait au conseil des ministres où cette expédition a été décidée et qu’il a signifié quelles limites on ne devrait pas dépasser ; le fait est tellement douloureux que je ne veux, par patriotisme, essayer d’en douter et cependant toutes les apparences y sont ! Voilà à quel abaissement la république nous a conduits ! Certes il faut négocier avec l’Allemagne, c’est indispensable, mais avec la dignité qui convient à une grande nation et non avec le servilisme que révèle la honteuse circonstance rapportée par L’Action française. Ah, si le Roi était là les choses ne se passeraient pas ainsi !
Ille, dimanche 30 avril 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres ; nous nous promenons du côté du Boulès ; Maman est assez enrhumée et à une extinction de voix complète, elle garde le lit.
Mai 1911
Semaine du 1er au 7 mai 1911
Ille, lundi 1er mai 1911
Maman va mieux et se lève ; avec Bebelle, je vais à Perpignan et Claira ; Papa vient avec nous jusqu’à Perpignan. À Claira les vignes sont belles, j’espère que les dégâts de la gelée du 6 avril seront en partie compensés par de nouvelles pousses qui sont venues à côté des pousses gelées. Je m’installe aujourd’hui dans le garage que j’ai loué à M. Surjus à l’angle de la route nationale et de la rue des Orangers. Le matin, je suis très étonné de recevoir de la Préfecture ma nomination de membre de la commission cantonale instituée par le décret du 24 mars dernier pour statuer sur les admissions pour les retraites ouvrières et paysannes ; ces commissions sont appelées « commissions d’admission », elles comprennent le juge de paix du canton, les percepteurs et deux membres ; dans les arrondissements autres que celui du chef-lieu, elles sont présidées par le sous-préfet ; j’y suis appelé comme président de la Société Saint-Sébastien car la loi sur les retraites ouvrières fait une assez large place aux sociétés de secours mutuels ; le moment est venu de s’occuper de ce service des retraites dans les sociétés de secours mutuels, la loi entrera en vigueur le 3 juillet.
Ille, mardi 2 mai 1911
Le matin je vais à Bouleternère à moto ; l’après-midi, nous allons en auto à la foire de Thuir.
Ille, mercredi 3 mai 1911
Le matin je vais, à motocyclette, à Perpignan pour voir un courtier en vins au sujet du vin de Bouleternère et faire diverses commissions, je rentre à midi ; l’après-midi nous avons la visite de M. Roca d’Huytéza[6], officier de marine, qui est à Ille pour quelques jours.
Ille, jeudi 4 mai 1911
Le matin je vais à Bouleternère surveiller un entonnage de vin, puis à Vinça voir Bonne Maman, qui a été un peu enrhumée ces jours-ci, et qui a dû retarder son départ pour Nice fixé à hier ; elle compte partir lundi. À Vinça, je m’occupe de la commission dont j’ai été nommé membre ; c’est la Commission cantonale pour l’Assistance-retraite. L’après-midi, avec Bebelle et Tony, nous allons en auto à Bélesta voir l’abbé Badrignans qui va quitter cette paroisse pour s’installer à Finestret. Le soir, Mois de Marie.
Ille, vendredi 5 mai 1911
Le matin, nous faisons tous les deux la Sainte Communion à 7 heures à l’occasion du 1er vendredi du mois ; l’après-midi, nous faisons des visites, le soir Mois de Marie.
Ille, samedi 6 mai 1911
Nous déjeunons chez mes parents ; nous allons à Perpignan pour différentes commissions ; nous rentrons à 7 heures.
Ille, dimanche 7 mai 1911
Nous allons aux cérémonies de la 1ère communion ; nous faisons la sainte communion.
Semaine du 8 au 14 mai 1911
Ille, lundi 8 mai 1911
Le matin, nous allons en auto à Vinça assister aux obsèques de Madame Garène, qui est morte avant-hier, encore dans la force de l’âge, d’une pneumonie double. J’apprends aussi la mort du pauvre bon vieux Charouleau qui nous était si dévoué. Que de décès, c’est effrayant !
Ille, mardi 9 mai 1911

Je rentre heureux de Perpignan où j’ai assisté à la réunion du Comité royaliste. La pénible consigne d’abstension vis-à-vis de l’Action française est levée au moins pour notre département. M. Despéramons a réuni le Comité royaliste pour nous communiquer deux documents intéressants : d’abord une lettre écrite par lui à Mgr le duc d’Orléans pour lui exposer les difficultés de notre situation, difficultés qui vont devenir cuisantes au moment de la grande réunion organisée le 14 mai par l’Action française à Perpignan et au cours de laquelle Vaugeois, Robain et le commandant Cuignet doivent prendre la parole. M. Despéramons demande au Prince l’autorisation de prendre part, en sa qualité de représentant du Roi, à cette manifestation qui réunira presque tous les royalistes du pays ; en second lieu, la réponse du Prince qui est absolument conforme à nos vœux ; c’est un télégramme expédié de Madrid et signé Philippe, qui autorise M. Despéramons à agir pour le mieux des intérêts de la cause monarchique. Nous accueillons tous avec la plus vive satisfaction cette bonne nouvelle qui marque la fin de la situation si pénible dans laquelle nous nous trouvions depuis cinq mois. Désormais, chacun de nous va reprendre la propagande avec l’Action française. Cette décision du Prince n’est pas la première dans ce sens ; à Nancy, à Albi, à Saint-Étienne et Roanne on a vu des réunions d’Action française au cours desquelles parlait un des membres des comités directeurs mis à l’index par la lettre du 14 décembre dernier, présidées cependant par les représentants officiels du Roi. Ils y avaient été autorisés comme vient de l’être M. Despéramons. Le conflit est donc en bonne voie d’arrangement et on ne verra plus cet étrange spectacle de royalistes désobéissants au Roi pour le mieux servir. Pour moi, quoiqu’il m’en ait coûté, j’ai obéi au Roi, je sais que beaucoup de mes amis politiques m’ont critiqué. Maintenant je suis heureux, pleinement heureux de pouvoir, avec la permission du Roi et de son représentant officiel, reprendre mon poste de combat dans cette admirable Action française ; car, il faut bien le noter, la permission sollicitée par M. Despéramons n’était pas demandée en vue de la seule manifestation de dimanche, elle était conçue en termes généraux comme l’est aussi la réponse ; nous avons donc toute latitude. Tout cela est un excellent symptôme ; évidemment le Prince a compris qu’il avait été mal conseillé et ses sentiments vis-à-vis de l’Action française ont changé. J’avais eu vent de ce changement il y a quelques jours. Espérons que toute trace du si fâcheux conflit disparaîtra bientôt et que l’action royaliste continuera plus active que jamais !
Je vais à Claira avant la réunion de Perpignan ; je visite mes vignes qui sont belles, sauf l’aramon de la Cadène où la gelée d 6 avril a fait beaucoup de mal ; je vois aussi les 2 petites vignes acquises dernièrement par Papa.
Ille, mercredi 10 mai 1911
Nous ne bougeons pas ; l’après-midi éclate un petit orage. Le soir, Mois de Marie.
Ille, jeudi 11 mai 1911
Nous allons passer la journée à Vinça où est en ce moment Tante Augustine de Llobet ; elle vient déjeuner avec nous chez Bonne Maman. Je suis on ne peut plus heureux de la fin de l’affreux cauchemar qui m’obligeait à m’éloigner de l’Action française ; avec quelle joie je vais me retrouver au milieu de mes amis du Panache ! J’ai eu le courage de m’abstenir, tout cet hiver, d’assister aux réunions du Panache et aux déjeuners mensuels d’Action française ; il m’a fallu tout mon esprit de discipline et de fidélité ; du moins, ma conscience ne me reproche rien ; j’ai la satisfaction de me dire que j’ai fait ce que j’ai considéré être mon devoir quoiqu’il m’en ait coûté et quoiqu’on ait pu en dire. Ce soir, Mois de Marie.
Ille, vendredi 12 mai 1911
Je devais aller à Perpignan ce matin, à motocyclette, mais la nouvelle courroie de ma moto ne fonctionnant pas bien et le temps d’ailleurs n’était pas sûr, j’y renonce. L’après-midi, nous allons nous promener à la métairie de M. Trullès ; le soir Mois de Marie.
Ille, samedi 13 mai 1911
Je devais aller à Claira pour faire vérifier par M. Ayats, géomètre, les limites de la vigne Griffaigne ; mais ce monsieur me télégraphie que l’opération est remise parce qu’il a plu dans la nuit ; je ne bouge donc pas, ou plutôt je vais à Bouleternère à motocyclette dans la matinée ; l’après-midi, nous nous promenons du côté de la métairie Saint-Martin ; le soir, nous allons au Mois de Marie puis chez les demoiselles Mathieu. Les Blaÿ nous invitent au mariage de Marcelle avec M. de Gaulejac, qui aura lieu le 31 mai.
Ille, dimanche 14 mai 1911
Aujourd’hui à Perpignan, grande réunion d’Action française ; j’y assiste seul, c’est-à-dire que Bebelle est retenue ici par une petite indisposition de Germaine heureusement sans gravité aucune ; Papa et Maman y assistent aussi. M. Despéramons prend la parole en vertu de l’autorisation du Roi, tout le monde en est heureux ; Vaugeois, malade, n’a pu accompagner Robain et le commandant Cuignet. La réunion est nombreuse et enthousiaste. Le soir banquet de la Saint Philippe à l’Hôtel de la Loge ; nous sommes plus de cent. J’avais l’intention de coucher à Perpignan, mais je rentre le soir à 10h ½ à Ille pour voir comment va Germaine. Je suis bien heureux d’avoir pu rentrer à l’Action française. Ici toute trace du conflit a disparu ; souhaitons qu’il en soit bientôt partout de même.
Semaine du 15 au 21 mai 1911
Ille, lundi 15 mai 1911
Aujourd’hui ma journée entière a été consacrée à une vaste tournée à travers les sections d’Action française du pays ; j’ai mis l’auto à la disposition de ces messieurs ; Jonquères a fait de même et nous pilotons ces messieurs à travers tout le département ; je conduis M. Bertran et le commandant Cuignet. L’après-midi, un orage épouvantable nous a beaucoup retardés. Partout nous avons été bien accueillis ; dans la Salanque avec enthousiasme. Mais ce que j’aurai de mieux à faire sera de coller ici le récit de cette tournée qui paraîtra dans Le Roussillon de demain. Près de Sainte-Marie, nous avons eu un éclatement de pneu qui nous a mis en retard. Je suis de retour à Ille à minuit ; j’en étais parti à 6h ½ du matin !
Ille, mardi 16 mai 1911
Aujourd’hui je ne bouge pas ; après ma journée d’hier et mes 160 kilomètres d’auto j’ai le droit de me reposer. J’apprends que Joseph Jonquères d’Oriola s’est cassé la clavicule dans une chute de cheval au concours hippique de Montpellier ; hier, j’ai déjeuné chez sa mère qui nous a admirablement reçus ; nous étions loin de nous douter de cela. Le récit du Roussillon est exact ; le voici :

Ille, mercredi 17 mai 1911
Le matin je vais à Vinça voir Bonne Maman ; le soir à Bouleternère où l’on sulfate les vignes ; le reste à motocyclette. À Trouillas, les vignes de Papa ont été bien grêlées pendant l’orage d’avant-hier ; c’est désastreux ; il y a toujours quelque chose à craindre avec les propriétés.
Ille, jeudi 18 mai 1911
L’après-midi, nous allons à Perpignan où nous avons, l’un et l’autre, beaucoup de commissions à faire.
Ille, vendredi 19 mai 1911
Les journaux de ce matin m’apportent une grande joie ; la crise royaliste est terminée ; l’Action française a écrit au Roi une lettre pleine de dignité, de respect et d’affection ; le Roi leur a répondu en déclarant oublier le passé, du moins, n’en retenir que les services rendus. Les journaux publient ces deux lettres sous ce titre : « Fin de la crise royaliste ». C’est pour moi et, j’en suis sûr, pour tous les royalistes français, la cause d’un immense bonheur ; je n’aurais pas osé espérer une aussi prompte solution. L’Action française, dans sa lettre, ne renie rien, ne regrette rien ; elle prend l’entière responsabilité de son attitude ; de son côté, le Prince déclare que sa politique reste ce qu’elle n’a jamais cessé d’être : politique nationale de bras ouverts, définie dans des actes « qui subsistent tous dans toute leur intégralité » ; ces derniers mots sont très importants ; c’est l’affirmation que le discours de San Remo est toujours le fondement de la politique royale et l’espoir qu’il a fait naître chez tant de patriotes se trouve encouragé. Tout est bien qui finit bien ! Je vais à Perpignan, à motocyclette, dans la matinée pour voir M. Eugène Pams, président de l’Union des sociétés de secours mutuels « La Roussillonnaise », à laquelle j’ai l’intention de rattacher la Société Saint-Sébastien en vue de l’application de la loi sur les retraites ouvrières car La Roussillonnaise est sur le point de créer une caisse départementale de retraites qui sera de la plus grande utilité pour les sociétés adhérentes. L’après-midi, je vais à Vinça avec Bebelle et je reviens par Bouleternère.

Ille, samedi 20 mai 1911
Je vais à Claira, en auto, pour faire faire moi-même, à la vigne Lloucati, le traitement contre la cochylis ; c’est une bouillie cupro-arsénicale que l’on fabrique ainsi : 200 gr. d’arséniate de soude dans 10 l. d’eau. 600 gr d’acétate de plomb dans 40 l. d’eau, verser la solution d’acétate dans celle d’arséniate, bien brasser ; puis verser ce mélange dans de la bouillie bordelaise ordinaire faite avec 2 kilos au moins de sulfate de cuivre dans 50 litres d’eau ; on a ainsi 100 litres de bouillie cupro-arsénicale qu’il faut employer le jour même. En faisant ces diverses manipulations de poisons violents, il faut prendre les plus grandes précautions ; c’est pourquoi j’ai tenu à y être moi-même pour avertir les ouvriers ; je leur ai laissé un contrepoison. Je passe par Torreilles et Saint-Laurent et je rentre à Ille avant 7 heures. Le soir, nous allons au Mois de Marie, puis à la gare attendre Papa et Maman qui rentrent de Labastide d’Anjou.
Ille, dimanche 21 mai 1911
J’assiste à la messe de 8h ½, puis je vais à motocyclette Saint-Laurent-de-la-Salanque où j’assiste au banquet de la Saint Philippe organisé par la section locale d’Action française ; ce banquet est un succès : 300 hommes environ y prennent part, grand enthousiasme ; le principal orateur est M. de Barrès, de Béziers ; le clergé de Saint-Laurent était à la table d’honneur. Les circonstances, la fin de la crise royaliste donnent à cette manifestation un caractère spécial. C’est au cours du banquet que nous arrive la nouvelle du grave accident d’aéroplane qui a coûté la vie, ce matin à Issy-les-Moulineaux, au ministre de la guerre Berteaux et qui a gravement blessé le président du Conseil Monis. Ce Berteaux était un des espoirs du bonapartisme ; on assure qu’il était allé voir, il n’y a pas bien longtemps, le prince Victor Napoléon à Bruxelles ; on comptait un peu sur lui pour transformer un beau jour la république en dictature impériale. Il y a aussi Briand ! M. Robain, dans une conversation intime à Corneilla, nous assurait l’autre jour que Briand, étant président du Conseil, a fait lui aussi une visite à Victor Napoléon ! Et dire que certains royalistes genre bureau politique avaient confiance en Briand ! M. Robain tient ces renseignements d’un prince de la Maison de France, du duc de Vendôme, qui est très favorable à l’Action française. Je rentre à Ille vers 6 heures.
Semaine du 22 au 28 mai 1911
Ille, lundi 22 mai 1911
Je ne bouge pas de toute la journée ; le soir, je vais dîner à Vinça, j’emmène Bebelle ; j’y vais pour une réunion du bureau de la Société qui pour but de faire adhérer la Société à « La Roussillonnaise », union des sociétés du département, en vue de la caisse mutuelle de retraites que va probablement fonder « La Roussillonnaise » pour l’application de la loi sur les retraites ouvrières ; cette affiliation est décidée ; nous rentrons le soir même en auto.
Ille, mardi 23 mai 1911
Un individu nommé Alart Étienne a pénétré dans mon garage, a tripoté la voiture sans y rien connaître, et s’est blessé au poignet ; je n’en savais rien, bien entendu, et voilà que cet individu me réclame une indemnité, comme si j’y étais pour quelque chose ! Il me menace même de me traduire en justice ; je l’envoie promener, c’est du pur chantage et c’est moi, somme toute, qui pourrais l’embêter. L’oncle Xavier, Tata Mimi, Madeleine et Henri de Rodellec nous annoncent leur visite pour samedi ; ils vont à Montpellier au mariage de Jeanne Courbebaisse et feront une pointe en Roussillon où Henri n’est encore jamais venu. Dans l’après-midi je vais à Boule à motocyclette. Ce matin à 6h, je prends part à la procession des Rogations.
Ille, mercredi 24 mai 1911
Le matin, nous allons tous deux à la procession des Rogations ; l’après-midi, nous allons à Perpignan et Claira.
Ille, jeudi 24 mai 1911 (Ascension)
Nous faisons tous deux la sainte communion avant la messe de 8h ½ ; nous retournons à la grand’messe et à vêpres. Nous déjeunons chez mes parents.
Ille, vendredi 26 mai 1911
Nous nous promenons un peu dans l’après-midi, le temps est pluvieux ; nous allons au Mois de Marie.
Ille, samedi 27 mai 1911
L’oncle Xavier, ma tante Estève, Madeleine et Henri de Rodellec arrivent en auto de location vers 11 heures ; ils sont à Perpignan depuis avant-hier ; nous déjeunons avec eux chez mes parents ; l’après-midi nous nous promenons ensemble, puis ils repartent à 4 heures. Bebelle fait la connaissance des Rodellec. Je reçois un mot de René de Chefdebien m’annonçant les fiançailles d’Odon avec Mlle de Malavy, fille du marquis de Malavy, conseiller général de l’Aveyron et de la marquise née de Beaumont ; les Malavy habitent Toulouse[7].
Ille, dimanche 28 mai 1911
Nous allons à tous les offices ; nous déjeunons chez mes parents.
Semaine du 30 au 31 mai 1911
Ille, mardi 30 mai 1911
Je n’ai pas écrit mon journal hier, parce que, croyant coucher ici le soir, j’ai dû passer la nuit à Perpignan par suite d’un train manqué au retour de Claira. J’étais allé à Claira (en chemin de fer et autobus à cause de la pluie) pour voir le curé l’abbé Balène et lui demander une explication sur des attaques, en chaire, le jour de l’Ascension et dimanche contre le groupe d’Action française de Claira, attaques inqualifiables qui ont beaucoup ému nos ligueurs. L’explication est polie et respectueuse mais nette et assez vive. M. Bertran a écrit à Monseigneur pour se plaindre de cette attitude. Au retour, je manque le train à Perpignan. Aujourd’hui, je passe la matinée en ville et j’arrive ici à midi.
Ille, mercredi 31 mai 1911
Nous revenons à Perpignan en auto aujourd’hui pour le mariage de Marcelle de Blaÿ avec le vicomte Joseph de Gaulejac[8]. Ce mariage est très élégant ; le cortège de plus de cent personnes réunit toute ou à peu près toute la noblesse du Roussillon et une partie de celle du Languedoc. J’accompagne Mlle Jeanne d’Ax ; Bebelle a pour cavalier M. de Medrano, Maman M. Henri de Çagarriga et Papa accompagne Madame Amédée Aragon. Nous retrouvons là les Cornet naturellement, les Lazerme, Chefdebien, Llobet, Çagarriga, de Pous, Guardia, Massia, La Croix etc. C’est l’oncle Gabriel de Llobet qui dit la messe et bénit le mariage. Après la messe, lunch par petites tables, puis sauterie qui se prolonge jusqu’à 7 heures du soir ; je danse deux fois. En résumé, mariage très réussi. Il paraît que celui de Jeanne Courbebaisse[9] à Montpellier auquel assistaient Papa et plusieurs autres personnes qui sont aujourd’hui au mariage de Marcelle, a été des plus brillants ; c’était une noce essentiellement militaire. Nous rentrons ici le soir.
Juin 1911
Semaine du 1er au 4 juin 1911
Ille, jeudi 1er juin 1911
Nous nous reposons. Le matin, je vais cependant à Bouleternère et Vinça à motocyclette.
Claira, vendredi 2 juin 1911
Je passe la matinée à Ille ; l’après-midi, je vais à Perpignan et Claira ; à Perpignan, séance de dentiste ; à Claira, j’assiste le soir à une réunion de la section d’Action française à qui je donne divers avis. J’apprends la mort de la cousine d’Albici[10] qui était malade depuis 2 mois ; je l’apprends par une dépêche d’Henri et des Rovira. En passant à Perpignan je vais prier dans la chambre mortuaire ; les obsèques auront lieu dimanche.
Ille, samedi 3 juin 1911
Ce matin, longue tournée dans les vignes de Claira ; elles sont belles ; je rentre à Ille à midi ; l’oncle Xavier y arrive à 4 heures
Ille, dimanche 4 juin 1911
Nous allons à Perpignan par le premier train du matin et nous assistons aux obsèques de notre cousine d’Albici ; nous sommes de retour à midi. L’après-midi, nous allons à vêpres.
Semaine du 5 au 11 juin 1911
Ille, lundi 5 juin 1911
Nous déjeunons chez mes parents avec l’oncle Xavier ; le matin, je vais à la messe de 7 heures et fais la sainte communion en l’honneur de la fête de la Pentecôte (je n’avais pas pu la faire hier à cause du départ pour Perpignan). Je vais à Boule à motocyclette, je visite toutes les vignes.
Ille, mardi 6 juin 1911
Ma tante de Llobet vient passer quelques jours avec nous. Je vais à Boule faire faire le traitement à la bouillie cupro-arsénicale ; au début les travailleurs ont peur, ils se rassurent vite. Le soir, nous allons tous prendre le thé chez mes parents avec l’oncle Xavier qui est encore ici jusqu’à lundi.
Ille, mercredi 7 juin 1911
Le matin, je vais à Bouleternère où se continue l’application de la bouillie cupro-arsénicale, les ouvriers sont tout à fait rassurés. Le soir, nous nous promenons avec Tante Augustine.
Ille, jeudi 8 juin 1911
Je suis assez souffrant ce matin d’une série de fatigue de l’estomac et des intestins, je me suis purgé et je ne bouge pas aujourd’hui ; je me suis forcé de renoncer à accompagner à Prades M. Henri Bertran comme j’en avais l’intention. On annonce la mort de Rouvier, ex-justiciable de la cour d’assises et ex-premier ministre de la république ; en voilà encore un qui à un moment de sa « carrière » a côtoyé le bagne et qui est ensuite redevenu chef du gouvernement ; il y en a beaucoup de cette espèce parmi les « hommes d’État » de la république !
Ille, vendredi 9 juin 1911
Je suis mieux, mais je fais encore diète ; j’évite de me fatiguer ; je me promène cependant un peu avec Tante Augustine et Bebelle.
Ille, samedi 10 juin 1911
Tante Augustine nous quitte ; nous l’accompagnons au train de 4 heures ; nous déjeunons avec elle chez ses parents ; je ne me ressens plus guère de mon indisposition.
Ille, dimanche 11 juin 1911
Nous allons à la grand’messe ; Bebelle est un peu fatiguée et ne ressort pas.
Semaine du 12 au 18 juin 1911
Vinça, lundi 12 juin 1911
Le matin, nous allons à Perpignan par le train de 8h ½ et rentrons à midi ; j’achète à Perpignan deux pneus ferrés Michelin 815 x 105 pour la voiture ; on les adapte tout de suite et nous allons à Vinça en auto. Nous allons passer en famille chez Bonne Maman la fête de Saint Antoine ; le soir, complies et goigs de la Saint Antoine à l’église.
Ille, mardi 13 juin 1911
Le matin à Vinça nous faisons tous la sainte communion ; nous allons ensuite à la grand’messe. C’est à la fois ma fête, celle de Bonne Maman et celle de Tony, sans compter celle de Nénette qui n’est pas ici. Nous rentrons à Ille dans l’après-midi en auto.
Ille, mercredi 14 juin 1911
Je suis occupé une bonne partie de la journée à répondre à une foule de lettres reçues à l’occasion de ma fête. Jacques Hervé-Bazin m’a écrit que son arrivée à Vernet-les-Bains est avancée et qu’il y arrivera probablement le 23 juin ; j’en suis enchanté, nous pourrons ainsi nous voir ; je lui écris de s’arrêter en passant 24 heures à Ille.
Ille, jeudi 15 juin 1911
Le matin, nous allons à une messe d’enterrement. L’après-midi, je vais à Perpignan assister, au Panache, à une réunion ayant pour but d’organiser le banquet royaliste de Villeclare le 9 juillet. La grande nouvelle du jour est la démission de M. de Larègle, acceptée par Mgr le duc d’Orléans ; à la suite d’un article paru dans La Correspondance nationale et jugé par le Prince hostile à l’Action française, le Prince a suspendu la publication de son organe officiel ; à la suite de cela, Larègle a démissionné et le Prince accepta sa démission. Voilà l’Action française bien vengée ! Elle triomphe sur toute la ligne ! Je suis bien heureux de voir Mgr le duc d’Orléans reconnaître enfin les mérites et l’importance du mouvement d’Action française !
Ille, vendredi 16 juin 1911
Je vais, avec Bebelle, à Perpignan en auto, assister à une messe pour Mme d’Albici à la chapelle de l’Assomption ; ensuite je vais à Claira, je fais une tournée dans les vignes et j’ai le regret de constater que j’ai de la cochylis et de la pyrale, malgré tous les traitements effectués avec tant de soin ; je ne sais plus comment combattre ces maudites bestioles surtout la cochylis ; pour le moment c’est peu de chose, mais ça peut augmenter. L’après-midi, je fais la même constatation à Bouleternère !
Vinça, samedi 17 juin 1911
Je passe la journée à Ille, il fait très chaud. Je vais coucher à Vinça à cause d’un enterrement demain matin.
Ille, dimanche 18 juin 1911
Le matin à Vinça, j’assiste aux obsèques du chef de section Parent de la Société, je prononce au cimetière le laïus d’usage. Je rentre à Ille et nous déjeunons chez mes parents avec l’oncle Lucien Delestrac venu passer quelques heures. Nous assistons à la procession après la bénédiction donnée au reposoir très simple, élevé dans l’entrée chez mes parents.
Semaine du 19 au 25 juin 1911
Vinça, lundi 19 juin 1911
Nous recevons une dépêche d’Albert nous disant qu’il sera ce soir à Vernet-les-Bains et nous invitant à aller dîner avec lui ; nous partons donc à 4 heures et, après un arrêt à Vinça, arrivons à Vernet à 5h ½ ; nous y retrouvons Albert, son oncle et sa tante Bastide, et sa belle-sœur Jeanne de Villèle ; nous dînons avec eux et repartons à 10 heures ; en approchant l’Ille nous tuons un lapin qui traversait la route et vient se buter aux roues d’avant, ébloui par les phares ; ce sera un plat pour demain.
Ille, mardi 20 juin 1911
Nous avons Papa, Maman, Bonne Maman à déjeuner ; l’après-midi nous allons à Perpignan ; nous allons voir les Chefdebien et les Blaÿ.
Ille, mercredi 21 juin 1911
Philomène va venir à Biarritz en même temps que nous pour faire prendre les bains salins à sa petite Cécile qui en a besoin parce qu’elle a les os un peu faibles. Nous allons déjeuner chez nos cousins de Pous à Canday[11] ; nous y allons par la nouvelle route de montagne qui part de Bouleternère et aboutit à Céret ; après déjeuner, nous allons avec nous cousins à Amélie et à Arles et nous rentrons à Ille par Le Boulou et le Mas Sabol.

Ille, jeudi 22 juin 1911
Je vais à Perpignan et Claira ; je fais un nouvel essai contre la cochylis, c’est un mal difficile à combattre.
Ille, vendredi 23 juin 1911
Le matin je vais à Vinça, j’y amène Tony. Par le dernier train du soir arrivent Jacques Hervé-Bazin et sa femme ; ils vont faire leur saison à Vernet-les-Bains et, en passant, font une halte ici ; je vais les attendre à la gare ; ils dînent et couchent chez mes parents. Nous faisons la sainte communion.
Ille, samedi 24 juin 1911
Nous nous promenons avec Jacques Hervé et sa femme ; nous déjeunons avec eux chez mes parents ; ils repartent à 4 heures pour Vernet où ils comptent passer un mois. Ils sont venus villégiaturer à Vernet parce que Jacques avait gardé bon souvenir de cette station que je lui avais fait visiter il y a cinq ans.
Ille, dimanche 25 juin 1911
Nous assistons à la grand’messe et à vêpres ; l’après-midi, nous faisons un reposoir dans l’entrée et nous avons l’honneur de donner pendant quelques minutes asile au Saint-Sacrement, et de recevoir la bénédiction dans notre entrée. Nous avons la visite des De Pous.
Semaine du 26 au 30 juin 1911
Ille, lundi 26 juin 1911
Il y a aujourd’hui un passage de troupes à Ille, c’est le 53ème de ligne qui va à Mont-Louis ; il séjourne ici jusqu’à demain matin ; nous logeons le lieutenant O’Byrne[12] ; chez mes parents est logé le lieutenant-colonel de Cheron, commandant le régiment, avec le drapeau et le secrétaire du colonel ; ce colonel de Cheron connaît les Magué. Nous avons le matin M. O’Byrne à déjeuner, le soir nous allons avec lui dîner chez mes parents. La pluie empêche le concert du soir ; nous avons la visite de Jean Bertran de Balanda et de M. Raymond de Bordas.
Ille, mardi 27 juin 1911
Le matin le régiment part pour Prades à 4h ¼ ; j’accompagne M. O’Byrne et j’assiste au départ du régiment. Plus tard, je vais à Boule en auto. Je vais à Claira où je fais essayer une nouvelle formule contre la cochylis ; j’y couche.
Ille, mercredi 28 juin 1911
Le matin à Claira je fais le tour de toutes les vignes ; l’essai d’hier contre la cochylis ne paraît pas avoir donné grand résultat ; je m’arrête longtemps à Perpignan pour faire roder les soupapes de l’auto et je rentre à Ille le soir.
Ille, jeudi 29 juin 1911
Nous allons déjeuner et passer l’après-midi à Vernet-les-Bains avec les Hervé-Bazin qui nous ont invités.
Ille, vendredi 30 juin 1911
Bonne-Maman rentre de Lourdes et s’arrête ici ; nous déjeunons avec elle chez mes parents. L’après-midi, nous allons en auto à Perpignan et Claira ; en passant à Millas, nous faisons une visite à Mme de Bordas.
Juillet 1911
Semaine du 1er au 2 juillet 1911
Ille, samedi 1er juillet 1911
Un orage assez fort et très long dure toute l’après-midi et nous empêche de sortir.
Ille, dimanche 2 juillet 1911
Le matin, nous allons à la grand’messe ; nous avons Maman à déjeuner, Papa est aux fêtes catalanes de Céret. L’après-midi après vêpres, nous allons passer 2 heures à Vinça. François Estéva, trésorier de la Société, est au plus mal, sa mort est imminente ; je vais le voir, il ne me reconnaît ; je règle avec sa famille ce qui concerne les papiers et la caisse de la Société.
Semaine du 3 au 9 juillet 1911
Ille, lundi 3 juillet 1911
Le matin, je vais à Bouleternère ; je vends ce qui me reste de vin de cette propriété à un petit négociant de Serdinya nommé Baills Laurent qui m’avait déjà pris 6 hectos à 40 frs. ; je le lui vends à 34 frs. l’hecto ; pour le moment, c’est un bon prix ; après la baisse d’il y a deux mois, il vient d’y avoir un petit mouvement de hausse, il faut en profiter ; il y a un mois, je n’aurais pas trouvé plus de 30 frs. de ce vin ; cet hiver, j’aurais pu tout vendre à 40 frs. ; on se trompe en voulant faire pour le mieux !
Ille, mardi 4 juillet 1911
Le matin, je vais à Vinça où j’assiste aux obsèques d’Estève notre trésorier ; il est mort dimanche soir à dix heures ; ses obsèques ont lieu ce matin à 10h ; je prononce un discours au cimetière. Je rentre aussitôt à Ille où Jacques Hervé-Bazin et sa femme sont arrivés par le train de 10h ; nous déjeunons, puis nous les menons en auto à Perpignan, Claira et le Barcarès où nous passons un moment sur la plage ; nous rentrons par la route de Canet ; nous leur avons fait voir tout un côté du Roussillon ; nous dînons en rentrant et ils repartent par le dernier train pour Vernet. L’Allemagne nous provoque au Maroc ; contrairement à l’acte d’Algésiras qui nous confie la police de ce pays, et au traité franco-allemand de 1909, l’Allemagne vient d’envoyer un navire de guerre dans le port d’Agadir et il semble bien que ce ne soit là que le début d’une occupation allemande dans cette région sud de l’empire marocain ; cet acte provoque une émotion énorme dans l’Europe entière. Que va faire notre triste gouvernement ? Si nous étions les plus forts, nous devrions sommer l’Allemagne de quitter Agadir, mais ce serait la guerre, et il est fort probable que la république supportera les pires humiliations plutôt que de tirer l’épée ; elle l’a bien prouvé dans de récentes circonstances. Alors quoi ? On négocie en ce moment avec nos amis et nos alliés la Russie et l’Angleterre qui nous aideront, sans doute, diplomatiquement ; mais l’Allemagne nous sait décidés à ne pas faire la guerre ; aussi on peut douter de l’efficacité de ces négociations. Cependant, si décidé que soit le gouvernement de la république à éviter la guerre, il pourrait se faire qu’il y fût, un jour, contraint ; sera-ce cette fois-ci ? Rien ne permet de le dire. L’opinion politique ne s’affole pas pour le moment ; il est vrai qu’elle a vu tant de choses ! C’est égal, nous avons un gouvernement qui manque de fierté, nous sommes loin du temps où, suivant le mot du Grand Frédéric, il ne devait pas se tirer un coup de canon en Europe sans la permission du Roi de France. Aujourd’hui, c’est le descendant de Frédéric, le Roi de Prusse et l’empereur allemand qui a cette prétention ; hélas, nous ne sommes pas en état de nous y opposer ; nous sommes faibles, nous avons un gouvernement qui nous divise, qui gaspille nos énergies et nos ressources, tandis que nos ennemis d’Outre-Rhin, beaucoup plus mal partagés sous le rapport des ressources naturelles, l’habitent une organisation politique qui utilise toutes leurs énergies, les groupe, en décuple la valeur ; voilà la supériorité de la monarchie sur l’anarchie républicaine ! Tout cela, si les Français le comprenaient, devrait le décider à ramener leur Roi. Sans le Roi la France est veuve. Puisse-t-on le comprendre bientôt !
Ille, mercredi 5 juillet 1911
Le matin, je ne bouge pas ; le soir, nous allons passer un moment à Bouleternère ; je vais dans les vignes où il y a, hélas, de la cochylis.
Ille, jeudi 6 juillet 1911
Le matin nous allons à Perpignan faire quelques commissions ; l’après-midi, nous ne bougeons pas.
Ille, vendredi 7 juillet 1911
Je me confesse et fais la sainte communion à l’occasion du premier vendredi du mois. Nous faisons nos préparatifs de départ pour Biarritz ; nous partons lundi en auto ; nous coucherons le soir au château des Aunaies chez M. Bastide à Lavelanet et comptons, si possible, arriver mardi soir à Biarritz. Notre départ a été retardé de 8 jours par le banquet de Villeclare.
Ille, samedi 8 juillet 1911
Je vais à Claira faire un dernier tour dans les vignes avant le départ ; malgré la gelée d’avril et les insectes, elles sont belles et je peux espérer faire 2300 à 2400 hectos si la cochylis n’augmente pas. Le temps actuellement ne lui est pas favorable, il fait très chaud, c’est ce qu’il faut !
Ille, dimanche 9 juillet 1911
Après la messe de 8h ½ à Ille, je pars en auto pour Villeclare, emmenant Maman, Bebelle, Jacques Hervé et sa femme qui ont couché à Ille chez nous. Il fait très beau, mais très chaud ; nous arrivons à Villeclare vers 10h ½, beaucoup de personnes sont déjà arrivées. Bientôt arrivent Lur-Saluces, la marquise de Mac-Mahon, Vaugeois, Pujo etc. ; ils sont reçus par des sonneries de clairons et vigoureusement acclamés. À 11 heures, devant le château, une messe pour la France et pour le Roi est célébrée par le P. Laurent, religieux capucin qui avait prêché à Ille le carême de 1893 et qui a été mis plusieurs fois en prison par la république. Pendant la messe, la nombreuse assistance chante les cantiques « Nous voulons Dieu », « Je suis chrétien », le Credo, le « Cantique à Jeanne d’Arc » ; à l’Élévation, les clairons sonnent aux champs. Après la messe, le P. Laurent prononce une allocution vibrante ; il félicite l’Action française de son énergie pour la défense de toutes les bonnes causes etc. Ensuite, tout le monde se place à table par sections (je me mets en tête de la section de Claira) et les orateurs passent la revue des troupes ; on les acclame. Les 1800 ou 2000 royalistes présents sont là debout comme à une parade ; la marquise de Mac-Mahon, au bras de notre cher Henri Bertran, Lur-Saluces, Pujo, Vaugeois, escortés des clairons de Torreilles, passent le long de toutes les tables ; c’est réellement beau ! Malgré la température élevée, on n’a pas chaud sous les arbres ; le menu est des plus simples, le service est fait par des jeunes filles du monde, notamment les demoiselles de la Croix, de Massia, Desprès etc. Les discours durent deux heures ; on entend successivement M. Bertran, Jonquères, Mme de Mac-Mahon, Lur-Saluces, Vangeois et Pujo. Vers 4 heures, tout est terminé. Beaucoup de personnes repartent pour prendre le train. Beaucoup partent en auto, en voiture ou à pied. En traversant Palau, quelques-uns de nos amis arborent l’étendard fleurdelysé de la Maroussia, ce qui est le signal d’une violente bagarre avec les gendarmes, le commissaire spécial qui était présent, et des républicains de Palau ; les coups de canne pleuvent dru, il y a même un coup de revolver ; mais nos amis gardent leur drapeau et réussissent à traverser Palau en chantant des chansons royalistes. J’avais arboré sur mon auto un drapeau fleurdelysé avec l’écusson de Jeanne d’Arc. Je me trouve un moment au centre de la bagarre ; cependant nous traversons le village et continuons notre course sur Perpignan où nous arrivons à 5h ½ ; nous rentrons à Ille, y dînons, embarquons les Hervé-Bazin dans le train de 8h du soir, puis je reviens à Perpignan, je passe une heure au Panache, je cause avec Mme de Mac-Mahon et avec ces messieurs. La journée a été bonne pour la cause royaliste ; il y a eu exactement 1863 entrées contrôlées ; ce banquet est un immense succès ; pour nos amis, c’est à la fois une récompense et un réconfort ; il n’est pas jusqu’à l’échauffourée de Palau au retour qui ne soit bonne ; elle habitue nos amis à faire acte d’énergie et à résister aux injonctions des agents du pouvoir qu’ils seront obligés d’attaquer pour de bon au moment du coup de force qui abattra la république. Il ne faut jamais perdre de vue le but de l’Action française et toutes nos manifestations doivent tendre à préparer ce fameux coup nécessaire au salut du pays. Je ne regrette pas d’avoir retardé mon départ pour Biarritz.

Semaine du 10 au 16 juillet 1911
Ille, lundi 10 juillet 1911
Suivant notre programme, nous partons ce matin, et allons déjeuner à Vinça avec les Magué qui y arrivent par le train de midi ; mais l’après-midi, notre plan est bouleversé par suite d’un déréglage de la magnéto ; je suis obligé de faire venir un ouvrier de Prades pour réparer la magnéto et nous ne pouvons pas partir, nous couchons donc à Vinça.
Saint-Gaudens, mardi 11 juillet 1911
Nous partons de Vinça à 7h ¼ ce matin ; nous passons par Ille, Saint-Paul, Quillan et arrivons à Lavelanet à 11 heures ; nous y sommes très bien reçus par M. et Mme Bastide qui nous offrent un excellent déjeuner au champagne. Nous en repartons à 3h ¼ et venons coucher à Saint-Gaudens ; notre voyage jusqu’ici a été excellent et sans trop de chaleur.
Biarritz, mercredi 12 juillet 1911
Nous quittons Saint-Gaudens à 7h ½ du matin, sommes à 10h à Lourdes, nous allons prier à la grotte, nous déjeunons, puis nous repartons à midi 45 ; nous arrivons à Biarritz à 5h ¼, nous retrouvons Maman à la villa, elle y est arrivée lundi soir.
Biarritz, jeudi 13 juillet 1911
Je me promène et vais à la plage dans la matinée ; puis je vais attendre à la gare Philomène qui arrive à midi avec ses deux filles ; elle vient pour soigner sa petite Cécile. Nous passons une partie de l’après-midi sur la plage. Biarritz est toujours aussi agréable et très gai en ce moment.
Biarritz, vendredi 14 juillet 1911
Nous passons sur la plage la plus grande partie de la journée. Ce qu’on appelle la fête nationale, et qui n’est que l’anniversaire d’une honte nationale, nous laisse bien indifférents ; du reste, cette prétendue fête de cette année l’indifférence générale. La légende de la Bastille prise d’assaut par le peuple français est reléguée au rang des vieilles rengaines ; le Nouvelliste de Bordeaux, dans son numéro d’aujourd’hui, montre, textes en mains, et en s’appuyant même sur des témoignages d’écrivains amis de la Révolution, que la Bastille, qui n’a pas été défendue, a été prise par une bande d’étrangers, surtout d’Allemands, gens sans aveu, vile canaille, qui avait envahi Paris depuis quelques mois. Vraiment il n’y a pas de quoi faire de cet anniversaire une fête nationale, et le choix d’une telle fête symbolise bien le dégoûtant régime que nous subissons encore.
Biarritz, samedi 15 juillet 1911
Nous passons une bonne partie de l’après-midi sur la plage ; je fais prendre un bain de mer à Tony qui est enchanté de se trouver dans l’eau.
Biarritz, dimanche 16 juillet 1911
Nous allons à la grand’messe à Sainte-Eugénie, l’après-midi, nous restons un peu sur la plage et nous suivons en auto la route de Tornick.
Semaine du 17 au 23 juillet 1911
Biarritz, lundi 17 juillet 1911
Le matin je vais sur la plage au concert ; l’après-midi, j’accompagne en auto Maman et Philomène à Bayonne ; Philo va consulter un médecin spécialiste qui doit opérer sa petite Cécile de végétations dans le nez et les amygdales ; cette petite opération aura lieu mercredi à la clinique du Dr de Lostalot à Biarritz. Nous revenons par la Barre de l’Adour.
Biarritz, mardi 18 juillet 1911
Nous allons à la plage matin et soir. Il pleut un peu dans l’après-midi.
Biarritz, mercredi 19 juillet 1911
C’est aujourd’hui que le Dr Magne enlève à Cécile ses amygdales et les végétations qu’elle a dans les fosses nasales ; la petite opération est très bien et très rapidement faite dans la clinique du Dr de Lostalot, à Green-home, où Philomène s’est installée pour quelques jours avec sa fille. Nous allons à Bayonne.
Biarritz, jeudi 20 juillet 1911
Le matin je prends un bain de mer très agréable ; l’après-midi, nous allons voir Mme de Sambucy à la villa Saint-Charles, puis à la plage.
Biarritz, vendredi 21 juillet 1911
L’après-midi, nous allons en auto – Bebelle, Philo et moi – à Hendaye.
Biarritz, samedi 22 juillet 1911
Philomène rentre de la clinique et revient, avec Cécile, s’installer à la villa. La situation internationale s’embrouille de plus en plus à propos du Maroc où l’Espagne nous provoque ouvertement, probablement poussée par l’Allemagne. Les négociations entre la France et l’Allemagne à la suite de la provocation d’Agadir se poursuivent tant bien que mal, plutôt mal que bien ; à peu près rien n’en transpire, mais on dit que l’Allemagne a des exigences inadmissibles et la question n’avance pas ; au fond, la situation est mauvaise. Bien entendu, ni l’opinion publique ni le Parlement ne sont tenus au courant ; les négociations ont lieu, comme il convient, dans le plus grand secret et on peut une fois de plus admirer la contradiction flagrante apportée par la nécessité impérieuse des faits aux principes démocratiques et républicains ; nous sommes censés, nous peuple français, nous gouverner nous-mêmes, ou tout au moins, être gouvernés par nos représentants. Or, dans une question qui nous intéresse au premier chef, puisqu’elle peut aboutir à la guerre, nous-mêmes et nos représentants sommes tenus dans la plus complète ignorance et la république est la première à observer le fameux « secret du Roi ». Je ne blâme pas, je constate et je réfléchis que puisqu’il faut faire crédit au gouvernement, j’aurais plus de confiance dans mon Roi que dans la bande de politiciens que l’intrigue a portés au pouvoir.
Biarritz, dimanche 23 juillet 1911
Nous allons à la grand’messe à Sainte-Eugénie et à vêpres à Saint-Charles. Il fait extrêmement chaud.
Semaine du 24 au 30 juillet 1911
Biarritz, lundi 24 juillet 1911
Je prends un bain avec Bebelle et Philomène ; la mer est un peu agitée, mais très agréable ; il fait encore très chaud.
Biarritz, mardi 25 juillet 1911
Papa arrive d’Angers et de Bergerac à 5h du matin ; il a passé une dizaine de jours chez l’oncle Xavier à Angers où il a revu beaucoup d’anciens amis, puis deux jours chez Marie Thérèse à Bergerac. Nous allons à la plage matin et soir ; il pleut un peu dans l’après-midi.
Biarritz, mercredi 26 juillet 1911
L’après-midi, nous allons avec Philomène, faire une visite à Mme de Lostalot ; ensuite, nous allons à la plage.
Biarritz, jeudi 27 juillet 1911
Nous allons en auto chez Jeanne Daguerre avec ses enfants près d’Urrugne ; au retour nous allons voir Mme de Mauvaisin à Saint-Jean-de-Luz.
Biarritz, vendredi 28 juillet 1911

Le matin je vais à la grande plage ; l’après-midi, nous allons en auto à Bayonne, puis chez la comtesse de Lalande[13], au château de Lavielle, nous y retrouvons les demoiselles de La Croix, ses petites-filles qui sont pour un mois à Lavielle. Avec l’Allemagne, la situation s’embrouille de plus en plus. L’Angleterre, qui a l’air de désirer la guerre, se montre plus énergique que nous ; si la guerre éclate, nous aurons l’Angleterre à nos côtés, il faut espérer que nous aurons aussi la Russie. Mais tout de même, quelle terrible partie s’engagera. Depuis l’alerte de juin 1905, peut-être même depuis 1870, jamais la situation n’avait été aussi tendue entre la France et l’Allemagne. Les négociations ne font pas le moindre progrès parce que l’Allemagne a des prétentions inadmissibles ; avec l’Espagne, les choses vont mieux, on arrivera sans doute à un modus vivendi qui évitera le retour d’incidents irritants comme ceux de ces jours-ci ; si la guerre doit éclater avec l’Allemagne, il faut absolument obtenir la neutralité de l’Espagne. Dans ce conflit, au fond, nous sommes solidaires de l’Angleterre et l’on peut dire qu’il constitue, par-dessus notre tête, une nouvelle phase de la rivalité anglo-allemande. Aussi notre sort se décide à Londres et non à Paris ; c’est triste mais c’est ainsi ! Les choses seraient autres si nous avions le Roi.
Biarritz, samedi 29 juillet 1911
Le discours de forme courtoise, mais très énergique dans le fond prononcé jeudi au Parlement britannique par M. Asquith est un avertissement et une menace à l’Allemagne, ce discours signifie que si l’Allemagne ne modifie pas son programme dans la crise actuelle elle trouvera l’Angleterre devant elle. Au fond, c’est une sorte d’ultimatum. Ce discours modèrera-t-il l’Allemagne ? Je n’en serais pas surpris car je doute que Guillaume II, qui a le sens de sa responsabilité royale, lance de gaité de cœur son pays dans une aussi formidable aventure. Les négociations n’avancent pas, mais le ton des journaux allemands a un peu baissé depuis le discours de M. Asquith. Nous allons à la plage dans l’après-midi. Le soir, nous allons au café de la plage, au concert ; nous y avons donné rendez-vous à Mme de Reau et à Mme Rivals.
Biarritz, dimanche 30 juillet 1911
Nous allons à la messe de 9h à Saint-Charles, nous prenons un bain de mer ; l’après-midi nous nous promenons du côté du Rocher de la Vierge, puis nous allons au salut à Sainte-Eugénie.
Août 1911
Semaine du 1er au 2 juillet 1911
Claira, mardi 1er août 1911
Étant en chemin de fer hier soir, il m’a été impossible d’écrire mon journal. J’ai quitté Biarritz ville à 7h23 après avoir passé l’après-midi sur la plage où Mlle de Lalande et Mlles de La Croix sont venues nous rejoindre. J’ai accompagné Maman jusqu’à Lourdes où elle va passer 48 heures. J’arrive à Perpignan à 9h22 ce matin ; il fait très chaud ; je fais mes courses et commissions, je déjeune chez l’oncle Gabriel de Llobet et ce soir je viens à Claira où je couche.
Vinça, mercredi 2 août 1911
Ce matin à Claira, je me lève à 4h 1/2 et avant la chaleur, je fais une tournée complète dans les vignes ; pour le moment, elles sont belles, mais la récolte ne sera pas très forte à cause de la gelée d’avril et de la cochylis ; les aramons surtout ont souffert de la gelée. Je règle avec M. Margail les cuves en ciment armé dont il mesure aujourd’hui la contenance et je vais à Vinça où je trouve Bonne-Maman, l’oncle Paul, Tante Josepha, Mme Thomas et Nénette ; on me confiera Nénette qui va venir passer le mois d’août à Biarritz avec nous.
Biarritz, vendredi 4 août 1911
Hier soir, j’étais en voyage, pas de journal. Hier, je suis allé en voiture, le matin à Ille et à Bouleternère, on assure qu’il y a eu un cas ou deux de choléra dans ces deux communes ; à Boule, la femme de mon fermier Fines Athanase est morte en quelques heures et sa fille qui l’a soignée est morte aujourd’hui ; on assure que la mère est morte du choléra ; nous ne buvons que de l’eau bouillie. Je vois ce pauvre Fines qui est désolé. Je rentre à Vinça après une tournée dans les vignes à Boule ; j’y passe l’après-midi, je m’occupe des affaires de la Société Saint-Sébastien. Nous partons, Nénette et moi, par le dernier train du soir et après un arrêt de 4 heures à Perpignan pendant lequel nous allons chez les Lutrand, puis écouter le concert au nouveau café du square, nous repartons par le rapide de 11h57 et arrivons à Biarritz ce matin à midi 10. On fait fête à Nénette ; je la retrouve tous les miens en bonne santé ; il fait bien moins chaud ici qu’en Roussillon. Le soir nous allons à la bénédiction à Sainte-Eugénie.
Biarritz, samedi 5 août 1911
Nous nous baignons ; les Jamme arrivent aujourd’hui, nous allons les attendre à la gare et passons l’après-midi avec eux. Ils sont là pour un mois.
Biarritz, dimanche 6 août 1911
Nous faisons la sainte communion à Saint-Charles à la messe de 8 heures. Il fait un violent orage qui dure une partie de la journée. Les Jamme viennent prendre le thé avec nous, à la villa, puis nous nous promenons ensemble.
Semaine du 7 au 13 août 1911
Biarritz, lundi 7 août 1911
Nous passons l’après-midi sur la plage avec les Jamme. Le soir, dîner chez Mme Rivals.
Biarritz, mardi 8 août 1911
Nous nous baignons tous, les Jamme également ; le matin, je me promène avec Nénette. Le soir plage.
Biarritz, mercredi 9 août 1911
Le matin, promenade avec Henri Jamme du côté du phare ; le soir, pelote basque ; jolie partie, Chiquito vainqueur.
Biarritz, jeudi 10 août 1911

Nous faisons une très jolie excursion en auto. Partis de Biarritz à 8 heures, nous sommes à Saint-Sébastien à 10 environ, visitons bien la ville que je connaissais déjà, puis, après un déjeuner sur l’herbe en pique-nique, poussons jusqu’à Zaraus, petite ville balnéaire située sur la côte cantabrique à 27 kilomètres de Saint-Sébastien sur la route de Bilbao ; nous suivons toute la route de corniche jusqu’à Guétaria 4 kilomètres après Zaraus ; cette côte est ravissante. Nous rentrons ici à 7h ½ du soir. Papa et Maman ont fait la même excursion en chemin de fer, faute de place en auto où j’avais pris Philo et Nénette. En arrivant, j’apprends une triste nouvelle qui me fait beaucoup de peine, celle de la mort à Angers de mon camarade et ami Jean Gavouyère ; pauvre ami, il est enlevé à 29 ans, laissant une jeune femme qu’il avait épousée il y a deux ans.
Biarritz, vendredi 11 août 1911
Je me confesse et fais la sainte communion à la messe de 8 heures à Saint-Charles. Je vais à la plage et en ville dans la journée. Le soir, Bebelle et moi allons au casino avec les Jamme. Il y a beaucoup de monde à Biarritz et nous rencontrons constamment des personnes de connaissance ; aujourd’hui, ce sont les Edmond de Blaÿ.
Biarritz, samedi 12 août 1911
Je me baigne ; mer très calme, je nage à souhait. Le soir, nous avons à dîner, à Sainte-Cécile, Mme Rivals et les Jamme.
Biarritz, dimanche 13 août 1911
Nous allons à la grand’messe à Sainte-Eugénie ; l’après-midi, promenade en auto à la Barre et à Bayonne. Le soir, nous allons au casino Bellevue assister à une amusante comédie Le Mariage de Mlle Beulemans[14], très bonne troupe.
Semaine du 14 au 20 août 1911
Biarritz, lundi 14 août 1911
Plage matin et soir ; l’après-midi avec les La Croix, de Lalande et de Blaÿ. Nous nous confessons à Saint-Charles.
Biarritz, mardi 15 août 1911
Nous faisons la sainte communion à la messe de 8 heures ; l’après-midi, nous allons à vêpres, puis à la procession à Saint-Charles.
Biarritz, mercredi 16 août 1911
Le matin bain de mer ; l’après-midi, nous allons en auto voir Didia, puis à la plage.
Biarritz, jeudi 17 août 1911
Le matin plage, l’après-midi, nous allons en auto faire la connaissance de notre vieille cousine la baronne d’Apat, au château d’Apat, commune de Bussunaritz au-delà de Saint-Jean-Pied-de-Port, en plein pays basque ; c’est un très joli pays, à 65 kilomètres de Biarritz ; notre cousine, avec qui Bonne Maman est en correspondance suivie, nous fait le meilleur accueil et je suis très content de faire sa connaissance ; c’est une demoiselle de Linois, petite-fille, je crois, du célèbre amiral ; elle est veuve du baron d’Apat, officier de marine, cousin de ma grand-mère[15]. Le château, très ancien, a beaucoup de cachet. Madame d’Apat va venir à Biarritz faire soigner sa vue. Partis de Biarritz à 11h05, nous y rentrons à 8h25 ; avec Bebelle, j’avais emmené Maman et Nénette.
Biarritz, vendredi 18 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir ; je me promène aussi le matin, au phare et au Rocher de la Vierge. Dans l’après-midi, le roi d’Espagne traverse la grande plage.
Biarritz, samedi 19 août 1911
Le matin, je vais me baigner à la Côte des Basques ; l’après-midi, plage. La situation est de plus en plus tendue entre l’Allemagne et nous ; les négociations n’ont pas fait un pas, et son interrompues, les deux points de vue étant jugés inconciliables ; c’est grave ! Le soir, nous allons au casino avec les Jamme.
Biarritz, dimanche 20 août 1911
Nous allons à la grand’messe à Sainte-Eugénie ; l’après-midi avec Bebelle et les Jamme nous allons à Saint-Sébastien assister à une course de taureaux, elle n’est pas merveilleuse ; le Roi y assiste ; la course est troublée par un violent orage et par une pluie diluvienne ; nous rentrons le soir.
Semaine du 21 au 27 août 1911
Biarritz, lundi 21 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir ; le soir, assez fort orage.
Biarritz, mardi 22 août 1911
Le matin plage ; l’après-midi, je vais au concert classique au casino.
Biarritz, mercredi 23 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir ; la tenue de l’opinion et de la presse françaises, au milieu des menaces à peine déguisées de l’Allemagne, est réellement réconfortante ; la France n’a pas peur ; sans vouloir la guerre, elle dit clairement qu’elle la fera plutôt que de subir une humiliation ; reste à savoir si le gouvernement sera à la hauteur des sentiments du pays ; hélas tout est à craindre des pleutres et des vilains politiciens qui nous oppriment !
Biarritz, jeudi 24 août 1911
Le matin bain de mer, mer agitée ; l’après-midi, nous allons un moment au casino Bellevue. Le soir avec Bebelle et les Jamme, je vais assister à deux comédies au casino Bellevue ; c’est bien joué mais assez bête.
Biarritz, vendredi 25 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir ; Philomène nous quitte aujourd’hui, repartant pour Angers et Lamotte ; nous l’accompagnons à la gare à 5h ¾ ; qui sait combien de temps elle passera sans revenir faire un séjour soit à Ille soit ici !
Biarritz, samedi 26 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir. Pendant l’interruption des pourparlers entre Paris et Berlin, toutes sortes d’hypothèses sont mises en avant ; certains jours on dit que tout est arrangé, d’autres jours que la guerre est imminente ; ces hypothèses ne reposent évidemment sur aucune base sérieuse ; peut-être le gouvernement fait-il lui-même circuler de faux bruits pour tâter l’opinion et, au besoin, l’égarer ? Dans quelques jours les pourparlers reprendront ; je crains bien que l’Allemagne ne modifie en rien ses demandes exorbitantes et alors ce sera pour nous ou une humiliation intolérable ou la guerre.
Biarritz, dimanche 27 août 1911
Nous allons à la grand’messe à Sainte-Eugénie ; le soir, promenade en auto à Socoa près de Saint-Jean-de-Luz et à Hendaye.
Semaine du 28 au 31 août 1911
Biarritz, lundi 28 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir ; bain de mer.
Biarritz, mardi 29 août 1911
L’après-midi, avec Bebelle, Maman et Nénette, visite à Madame de Lalande et aux jeunes filles de La Croix, à Lavielle ; ensuite promenade à Capbreton, petite plage des Landes.
Biarritz, mercredi 30 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir ; je me promène au Rocher de la Vierge, sur les falaises ; nous sommes au bout de notre séjour ici.
Biarritz, jeudi 31 août 1911
Nous allons à la plage matin et soir ; bain au Port Vieux. Le soir, nous allons au casino Bellevue voir jouer Berthe Bady dans La Vierge folle[16] ; excellente interprétation d’une pièce aux données hardies, aux situations palpitantes mais invraisemblables.

Septembre 1911
Semaine du 1er au 3 septembre 1911
Biarritz, vendredi 1er septembre 1911
Nous allons à la messe de 9 heures à Sainte-Eugénie ; l’après-midi, commissions diverses et plage. Nous partons demain matin.
Pau, samedi 2 septembre 1911
Nous avons quitté Biarritz ce matin après de longs préparatifs de départ. Nous devions partir à 9h et déjeuner chez nos cousins de Saint-André[17] au château de Préville près Orthez. Nous ne pouvons partir que vers 11 heures et crevons plusieurs fois ; nous n’arrivons qu’à plus de 3 heures. Les Saint-André nous reçoivent fort bien et nous font visiter le superbe château et le parc. Nous repartons à 7h et venons coucher à Pau. J’ai perdu un pneu qui était presque neuf, c’est bien ennuyeux !

Lourdes, dimanche 3 septembre 1911
Nous venons, de grand matin, de Pau à Lourdes. Il y a ici une énorme affluence de pèlerins ; nous nous confessons, faisons la sainte communion et, l’après-midi, assistons à la procession du Saint-Sacrement au cours de laquelle se produisent plusieurs guérisons. Nous retrouvons Maman et Nénette, elles partent le soir pour Vinça.
Semaine du 4 au 10 septembre 1911
La Borie Grande, lundi 4 septembre 1911
Nous partons à 7h ½ du matin pour la Borie Grande, par Auch et Toulouse. Nous visitons au passage Auch et sa superbe cathédrale, déjeunons et passons les heures les plus chaudes à Gimont (Gers), visitons Pibrac et le sanctuaire de Sainte-Germaine et arrivons à 8h ½ du soir à La Borie Grande après avoir fait 275 kilomètres dans la journée ; c’est mon record ! Excellent voyage.
La Borie Grande, mardi 5 septembre 1911
Je me repose ; demain, je dois partir pour le Roussillon mettre la vendange en train. Je laisserai ici Bebelle et les enfants et je ferai le va-et-vient entre la Borie Grande et le Roussillon.
Vinça, mercredi 6 septembre 1911
J’ai quitté la Borie Grande, en auto, ce matin à 6h1/2 ; à travers la Montagne Noire et le Narbonnais, je suis arrivé en Roussillon et j’étais à Claira à 10h50 ; chaleur torride, soleil brûlant. À Claira, d’accord avec Maurice, je fixe à lundi le début de la vendange. Déjà je suis harcelé, à mon passage à Perpignan, par les courtiers qui en veulent à ma récolte ; je viens à Vinça et, à peine arrivé, j’ai la visite de M. Fourcade qui vient me demander d’acheter ma récolte ; il m’offre 2,25 le degré ; j’avais déjà cette offre à Perpignan ; comme les cours sont en hausse, je préfère voir venir et je refuse. Cette hâte est d’un bon augure pour le prix. Je trouve ici Maman, Bonne Maman, Tante Josepha, Nénette, en bonne santé malgré les menaces de choléra qui fait quelques victimes ça et là dans plusieurs villages du pays et à Perpignan. Il est vrai qu’on prend ici les plus grandes précautions ; pas de crudités, eau bouillie etc. Madame Thomas est encore ici jusqu’à demain.
Vinça, jeudi 7 septembre 1911
Je vais à Bouleternère et à Ille ; il fait très chaud ; je ne sais pas quand ce brûlant été se décidera à prendre fin ! Le conflit franco-allemand est toujours sans solution ; on négocie sans grand espoir de s’entendre. Les armées et les flottes sont prêtes à entrer en campagne ; jamais depuis 1870, la guerre n’avait été à ce point imminente. La concentration de nos forces navales dans la Méditerranée nous assure la maîtrise de cette mer – mare nostrum – et nous permettra en cas de guerre de jeter rapidement notre armée d’Afrique sur les Vosges. L’Angleterre n’attend qu’un signal pour se jeter sur l’Allemagne ; on dit qu’elle nous enverra 100.000 hommes ; il est probable que notre alliée la Russie se prépare aux hostilités ; la petite Belgique, prévoyant une invasion de son territoire, se prépare activement à repousser l’envahisseur ; elle arme ses forts de la Meuse et concentre des troupes sur sa frontière allemande. Les grandes manœuvres françaises du nord ont été contremandées pour ne pas dégarnir la frontière ; bref, j’aime à espérer que nous sommes prêts à repousser une agression s’il n’y a pas moyen de s’entendre. Notre situation diplomatique est excellente, l’opinion française fait preuve d’un sang-froid et d’un patriotisme admirables ; le gouvernement a donc bien des atouts dans la main ; si malgré cela, il nous mène à une humiliation c’est qu’il est incapable de toute entreprise extérieure.
Vinça, vendredi 8 septembre 1911
Je ne bouge pas de Vinça ; on enterre ce matin une femme qui, paraît-il, est morte hier soir du choléra. Je vais à la messe et à vêpres.
Vinça, samedi 9 septembre 1911
Je vais à Claira en auto dans l’après-midi ; il continue à faire très chaud ; l’été ne veut pas finir ; le thermomètre s’élève tous les jours à 33 et 34 degrés ; et Dieu sait cependant si les mois de juillet et d’août ont été chauds. À Claira je parcours les vignes ; il est grand temps de cueillir ; aussi va-t-on commencer lundi matin. On m’offre maintenant 20 frs. l’hecto pour le vin de Claira ; c’est déjà bien, mais comme les cours sont en hausse j’attends encore.
Vinça, dimanche 10 septembre 1911
Je vais à tous les offices, je ne bouge pas de Vinça.
Semaine du 11 au 17 septembre 1911
Vinça, lundi 11 septembre 1911
Je suis allé et venu de Claira dans la journée ; les vendanges commencent, le personnel n’est pas encore au complet ; la récolte sera petite mais les prix sont en hausse, on m’offre 22 frs., soit cinq de plus que le jour de mon arrivée ; j’attends encore. Je déjeune à Saint-Laurent, je vais aussi à Rivesaltes. Avec l’Allemagne, les choses vont de plus en plus mal par suite des exigences toujours plus grandes du cabinet de Berlin ; si cette fois la guerre n’éclate pas, c’est que vraiment la paix est bien solide. Jusqu’à présent j’avais cru que le gouvernement allemand ne voulait pas la guerre et bluffait ; en présence de ses nouvelles exigences, je me demande si je ne me trompais pas ? En France, sans doute on ne désire pas la guerre, mais l’opinion est excellente ; j’entends causer à droite et à gauche et je crois que le peuple n’a pas peur ; l’impression est qu’on préférerait la guerre à une humiliation ; il n’y a pas la moindre panique, chacun vaque à ses affaires comme d’habitude, prêt à faire son devoir si c’est nécessaire et pourtant ce n’est pas ignorance de la situation car tous les journaux commentent chaque jour les événements et n’en dissimulent pas la gravité.
Vinça, mardi 12 septembre 1911
Je devais revenir ce soir à Claira et y coucher ; un fort orage m’en a empêché ; surpris par une forte averse à 3 kilomètres de Vinça, j’ai dû reculer en toute hâte ; j’y irai demain.
Claira, mercredi 13 septembre 1911
Parti de Vinça en auto ce matin à 7h, je passe toute la journée ici ; on cueille le matin au Lloucati, le soir à la Cadène ; on m’offre 23 frs. l’hecto ; partout il y a un fort déficit ; la récolte, cette année encore, sera au-dessous de la moyenne ; je couche à Claira ; je vais déjeuner à Saint-Laurent ; ensuite je vais voir Henri d’Albici à Saint-Hippolyte.
Vinça, jeudi 14 septembre 1911
À Claira, le matin, je vais à la Cadène, puis je rentre à Vinça avec deux haltes, l’une à Perpignan, l’autre à Ille. On m’offre 23 frs. et même si j’y avais tenu j’aurais pu vendre ce matin à 24. J’espère arriver à 25 ou 26, à moins que la guerre n’éclate avant… C’est le grand sujet de préoccupation ; l’opinion française continue à être admirable de calme, de sang-froid, de décision ; certainement cette attitude déconcerte nos ennemis, mais ce n’est pas avec l’opinion seule que l’on remporte de victoires… Dans quelques jours nous serons fixés, du moins espérons-le.
Vinça, vendredi 15 septembre 1911

Avec Maman et Nénette je vais en auto d’abord à Claira, puis à Port-Vendres après avoir déjeuné à Perpignan ; à Port-Vendres, dans l’après-midi, toute l’armée navale de la France se trouve réunie ; c’est un superbe spectacle qui a attiré une grande foule. La flotte composée de trois escadres défile devant l’« Edgar Quinet », sur lequel les ministres Delcassé et Pams ont pris place. Il y a là 49 navires de guerre, l’escadre des « Danton » de 18.000 tonnes type « Dreadnought », les six « Patrie » de 15.000 tonnes environ, les six cuirassés plus vieux type « Saint-Louis » et « Gaulois », de 121000 tonnes environ, de superbes croiseurs cuirassés à six cheminées, des contre-torpilleurs etc. Cette véritable constitue, dans les circonstances actuelles, une belle manifestation patriotique ; la foule accourue à Port-Vendres éprouve une légitime fierté et un sentiment de sécurité patriotique à la vue de ces forteresses flottantes et de leurs admirables chefs sur lesquels on pourrait pleinement compter en cas de guerre. Grâce à certaines mesures, dues surtout à l’amiral de Lapeyrère[18], notre marine se relève peu à peu de l’état de déchéance où l’avaient fait tomber les Pelletan et les Thomson ; pourvu qu’une nouvelle fluctuation de la politique parlementaire n’arrête pas cette heureuse réorganisation ! C’est ce qu’il y a de triste et d’inquiétant en république, on n’est jamais sûr du lendemain ! Pour voir la flotte de plus près nous prenons place sur une embarcation à voile qui va au-devant d’elle ; nous voyons défiler les cuirassés à 50 ou 60 mètres de notre embarcation. Nous rentrons le soir à Vinça enchantés de notre journée.

Claira, samedi 16 septembre 1911
L’après-midi, je vais à Claira et j’y couche ; on a fini de cueillir les carignans ; j’en ai beaucoup moins que l’année dernière. On va cueillir maintenant les vignes de Papa puis on vendangera mes aramons ; justement il pleut ce soir et j’espère que cette pluie fera grossir les aramons.
La Borie Grande, dimanche 17 septembre 1911
Je quitte Claira ce matin ; je vais à la messe à Perpignan, j’y passe la matinée, je vois de nombreux courtiers en vins qui me font des propositions pour ma récolte ; comme les cours sont en hausse, j’attends encore. Je dépasse chez les Llobet, je vais passer 48 heures à la Borie Grande, je pars ce soir à 3 heures et j’arrive à dix heures ; j’y vais par le train avec un billet d’aller et retour. Bebelle va bien, mais Tony est un peu fatigué, il toussaille et a les entrailles détraquées, en le soignant ce ne sera rien.
Semaine du 18 au 24 septembre 1911
La Borie Grande, lundi 18 septembre 1911
Je ne bouge pas de la journée, je me repose ; les d’Auxilhon viennent nous voir.
La Borie Grande, mardi 19 septembre 1911
Nous allons tous déjeuner et passer l’après-midi à Lapeyrouse ; Tony va bien mieux, sa petite indisposition est à peu près guérie. Je compte repartir demain.
Vinça, mercredi 20 septembre 1911
Je quitte la Borie Grande par le train de 7h45 et je suis à Perpignan à 2 heures ; je prends l’auto, je vais tout de suite à Claira où l’on est en train de cueillir l’aramon de la Cadène ; je viens coucher à Vinça.
Vinça, jeudi 21 septembre 1911
Le matin je vais avec le break à Bouleternère et à la vendange ; j’aurai, là, plus de récolte que l’année dernière ; je vais ensuite à Ille faire quelques commissions. L’après-midi, je vais en auto avec Bonne Maman, Maman, Tante Josepha et Nénette, voir les Ferriol à Millas, les Çagarriga (que nous ne rencontrons pas) et les Barescut à Laferrière. La chaleur accablante de cet été paraît bien finie ; c’est l’automne qui entre en scène avec un grand vent de nord-ouest très frais ; il était grand temps ! Avec l’Allemagne nous en sommes toujours au même point ; on négocie, on a l’air de négocier, on annonce tous les cinq ou six jours que l’accord est imminent, tous les cinq ou six jours aussi on annonce que les négociations vont être rompues, on se prépare à la guerre, et finalement on n’avance pas ; tout cela finira mal ; comme je l’ai déjà longtemps prévu, ce sera ou une humiliation pour nous ou la guerre.
Vinça, vendredi 22 septembre 1911
Le matin, je vais voir vendanger à Boule où il y a pas mal de récolte ; le soir à Claira on cueille l’aramon de la Cadène, la partie de toutes les vignes qui ont été le plus gelée. Les prix, après une hausse rapide, paraissent devoir s’établir entre 23 et 24 ou 25 frs. suivant le degré. Je doute de pouvoir dépasser 25 frs. et comme beaucoup de grosses caves se sont vendues à ce prix, il ne faudra pas trop tarder, sans quoi on courrait le risque de laisser arriver la période de stagnation qui suit tous les ans les premières ventes et alors les prix fléchissent ; dans l’impossibilité d’atteindre le prix de 25 frs. que j’aurais voulu, je vais donc être obligé de vendre à 23.
Vinça, samedi 23 septembre 1911
Je vais à Claira en auto avec l’oncle Paul qui désirait connaître ma cave et voir quelques vignes ; nous allons au Champ Parès que l’on vendange ; là il y a une bonne récolte, moins bonne cependant que l’année dernière.
Claira, dimanche 24 septembre 1911
Après avoir entendu la messe à Vinça, je vais à Perpignan en auto ; je vois de nombreux courtiers, mais les cours étant en baisse, je ne vends pas ; je déjeune chez les Lazerme. L’après-midi, je vais voir un courtier à Saint-Laurent, je vais avec lui à Rivesaltes ; nous ne traitons pas. Je couche à Claira.
Semaine du 25 au 30 septembre 1911
Vinça, lundi 25 septembre 1911
On vendange toujours Champ Parès où il y a une belle récolte ; je quitte Claira à 10 heures ; en passant à Perpignan j’apprends l’affreuse catastrophe survenue à Toulon ce matin à 6 heures, le cuirassé de 15.000 tonnes « Liberté » de la deuxième escadre, a sauté et coulé comme l’« Iéna » il y a 4 ans ; cette catastrophe, assure-t-on, cause 500 morts ; c’est épouvantable, on est terrifié en songeant à cette hécatombe équivalente à la perte d’un combat naval ; notre pauvre marine, que nous fêtions l’autre jour à Port-Vendres, est bien éprouvée ! Mais vraiment, comment à la suite de la catastrophe de l’« Iéna », n’a-t-on pas pris les mesures nécessaires pour éviter de tels malheurs ? Je suis de retour à Vinça à midi ; dans l’après-midi je vais à Bouleternère où les vendanges s’achèvent ; j’y amène l’oncle Paul en auto.
Vinça, mardi 26 septembre 1911
Je vais à Bouleternère et à Ille ; on termine ce matin la vendange de Boule et j’ai plus de récolte que l’année dernière. On vendange aussi les petites vignes de Vinça. On donne de poignants détails sur la catastrophe du « Liberté » ; c’est pire encore que ne le disaient les premières dépêches car l’explosion a fait des victimes sur les navires voisins ; un officier a été tué d’un éclat d’obus sur le « Foudre » amarré à 3 kilomètres du « Liberté » ; il y a 20 morts à bord du « République » que j’ai visité avec Bebelle à Toulon, la cuirasse de ce navire est très endommagée, il y a aussi des morts sur le « Vérité » et sur le « Justice » où se trouve Rupert[19]. Quelle épouvantable malheur, et dire qu’il n’en arrive de pareils que dans la marine française ! Papa arrive de Cauterets à 8h ½ du soir, je vais l’attendre à la gare.
Claira, mercredi 27 septembre 1911
Je vais à Claira pour la fin des vendanges, j’y couche. Ces vendanges sont bien déficitaires ; j’ai eu 2592 comportes au lieu de 3915 l’an dernier ; je ne peux pas espérer plus de 1600 à 1700 hectos de vin ; et à quel prix le vendrai-je ? Les cours baissent tous les jours.
Claira, jeudi 28 septembre 1911
Pour gagner quelques billets, et augmenter la quantité de vin à vendre, j’achète des grapillons au prix de 7 fr. 50 les cent kilos ; ces grapillons font un vin excellent ; je compte qu’il en faut 180 kilos pour faire un hectolitre ; l’hecto me reviendra donc entre 13,50 et 14 frs. tous frais déduits ; en le vendant 19 ou 20 frs., je gagnerai 5 à 6 frs. par hecto. L’après-midi je vais en auto au marché aux vins de Narbonne pour surveiller les cours, ils sont toujours en baisse ; quelle bêtise de n’avoir pas vendu il y a 12 ou 15 jours à 23 frs. ! Il va falloir vendre à 19 ou 20 frs. ! mais aussi qui pourrait prévoir de pareilles fluctuations que rien ne justifie ; la récolte est moindre qu’on ne pensait et les cours baissent, c’est insensé et cette situation ne peut être due qu’à la spéculation. Je me décide à vendre une partie de ma récolte, de crainte d’une plus grande baisse ; je courrai, sur le reste, les chances de hausse. Je couche à Claira.
Vinça, vendredi 29 septembre 1911
Je suis en pourparlers avec des courtiers pour la vente d’une partie de ma récolte. Je viens coucher à Vinça. J’achète toujours des grapillons.
Vinça, samedi 30 septembre 1911
Je vais à Claira, Perpignan, Rivesaltes. Je vends 600 hectos à 19 frs. à la maison Bélange, de Rivesaltes ; comme cette quantité sera retirée immédiatement c’est comme si je vendais 20 frs. avec de longs délais ; mais c’est vexant ! Je continue à acheter des grapillons ; j’en ai déjà pour près de 20.000 kilos et je vais m’arrêter bientôt. Aujourd’hui arrive la nouvelle de la déclaration de guerre et des premières hostilités entre l’Italie et la Turquie, l’Italie voulant s’emparer de la Tripolitaine, la Turquie ne voulant pas la lui céder ; c’est une agression de la part de l’Italie uniquement fondée sur le droit du plus fort ; elle s’emparera de la Tripolitaine qui cessera de faire partie de l’Empire ottoman pour être annexée au royaume d’Italie, l’Europe laissera faire ; du moins la civilisation chrétienne en profitera et refleurira, sous peu, sur toute la côte méditerranéenne, du Maroc à l’Égypte. Espérons que la question marocaine sera bientôt réglée à notre avantage, malgré tous les obstacles que l’Allemagne sème sur notre route.
Octobre 1911
Semaine du 1er octobre 1911
Vinça, dimanche 1er octobre 1911
Germaine a déjà un an ; elle va sortir de sa toute première enfance, pauvre mignonne ! Il me tarde de revoir ces gentils bébés ; aussi, puisque le vin est en partie vendu, je vais aller rejoindre Bebelle à la Borie Grande et y passer quelques jours avant notre retour à Ille. Je me confesse et fais la sainte communion.
Semaine du 2 au 8 octobre 1911
Vinça, lundi 2 octobre 1911
Je vais à Claira en auto ; j’emmène Papa à la gare ; nous passons à Pia pour voir l’oncle Xavier arrivé ce matin. Je vends 300 hectos de plus à 19 frs. ; j’ai donc vendu la moitié environ de tout mon vin (celui de Bouleternère compris), je courrai les chances de hausse sur l’autre moitié. Nous rentrons fort tard. Il fait froid.
Vinça, mardi 3 octobre 1911
Je suis un peu indisposé et je ne bouge pas de la journée. Je comptais partir aujourd’hui pour la Borie Grande ; mais je reçois une convocation pour une réunion de la commission d’assistance-retraite dont on m’a nommé membre ; cette commission devant se réunir vendredi à la mairie de Vinça, je ne partirai que samedi matin.
Vinça, mercredi 4 octobre 1911
Tante Josepha part aujourd’hui pour Labastide d’Anjou consulter le curé-médecin ; Maman l’y accompagne ; espérons que le curé lui trouvera un traitement efficace, elle en a grand besoin. Je vais à Bouleternère et Ille en auto puis Trouillas où Papa devait aller pour connaître le résultat de sa vendange. L’oncle Paul et Nénette sont de la partie ; nous sommes de retour à Vinça vers six heures.
Vinça, jeudi 5 octobre 1911
Je ne bouge pas ; je me promène du côté de Nossa avec Nénette, dans l’après-midi.
Vinça, vendredi 6 octobre 1911
Le matin je vais en auto à Bouleternère et Ille. L’après-midi, je prends part à la réunion de la commission cantonale pour l’assistance-retraite à la mairie de Vinça ; nous examinons plus de cent demandes et acceptons la plupart. Marie et Tante Josepha rentrent de Labastide ; ce voyage n’a pas fatigué Tante Josepha qui va tout de suite commencer le traitement indiqué par le curé.
Vinça, samedi 7 octobre 1911
Seizième anniversaire de la mort de Bon Papa ; je communie pour le repos de son âme ; nous assistons tous au service funèbre célébré pour lui. M. l’abbé Latour arrive ce matin jusqu’à demain soir, ce qui fait que je retarde mon départ jusqu’à lundi. L’après-midi je vais à Claira ; au retour, j’accroche un camion qui ne s’était pas rangé ; l’aile droite est brisée ; je réclame au patron du camion la réparation ; il est assuré et tout s’arrangera.
Vinça, dimanche 8 octobre 1911
Je vais à la grand’messe et à vêpres ; après la grand’messe, on chante une absoute pour les marins morts dans l’explosion du « Liberté » ; à Perpignan a lieu ce matin, à la même intention, un service solennel célébré par Monseigneur à Saint-Jean.
Semaine du 9 au 15 octobre 1911
La Borie Grande, lundi 9 octobre 1911
Je pars de Vinça à 8h ½ du matin ; je passe plusieurs heures et je déjeune à Perpignan ; j’en pars à 3h10 pour la Borie Grande où j’arrive à 9h ½ du soir par Béziers et Saint-Pons après un long arrêt à Narbonne nécessité par la perte de tout le contenu d’une petite malle qui était attachée à l’arrière de la voiture et dont le fond a cédé ; tous mes vêtements et effets, linge de corps etc. sont tombés sur la route entre Perpignan et Narbonne sans que je puisse préciser à quel endroit puisque je ne me suis aperçu de la chose qu’en arrivant à Narbonne. Je vais déclarer la perte à la police de cette ville, puis j’écris au procureur de la république. C’est bien ennuyeux car ce que j’avais dans cette malle valait au moins 250 francs, même 300.
La Borie Grande, mardi 10 octobre 1911
Je ne bouge pas, j’écris aux maires des communes que traverse la route de Perpignan à Narbonne pour essayer de retrouver le contenu de ma malle, mais sans grand espoir de succès ; si Saint Antoine ne s’en mêle pas, je ne retrouverai rien.
La Borie Grande, mercredi 11 octobre 1911
Je continue mes recherches, mais sans succès, il est vrai que je ne peux être fixé que dans 3 ou 4 jours. On annonce la mort du général de Charette à l’âge de 79 ans. C’est une figure bien française qui disparaît, qui entre dans l’Histoire. Le héros de Castelfidardo et de Mentana, de Patay et de Loigny était le type du chevalier chrétien et français. Il a été le soldat des meilleures causes, de celles qui nous tiennent le plus au cœur : la cause de Dieu, celle de la France, et celle du Roi qui les résume toutes deux. Ce vieux soldat resté si jeune mérite d’être donné en exemple aux jeunes ; il incarne notre idéal le plus pur, et, de plus, il n’a jamais hésité, il ne s’est jamais trompé sur son devoir. En 1870, ce soldat du pape n’hésita pas, lorsque sa présence à Rome devint inutile, à venir offrir son épée à la France malgré l’indignité des gouvernements d’alors ; en 1883, cet ardent légitimiste ami sûr et dévoué d’Henri V fut un des premiers à saluer dans le comte de Paris l’héritier du droit monarchique ; dans la crise douloureuse de l’an dernier, malgré son amitié pour l’Action française qu’il avait saluée dès son berceau, il ne se reconnut pas le droit de désobéir au roi. Le général des zouaves pontificaux est, sans contredit, une des plus nobles figures de ces cinquante dernières années.
La Borie Grande, jeudi 12 octobre 1911
Gaston, Claire, les Lauriston et les Jamme viennent déjeuner et passer une partie de la journée. La baronne de Charette a reçu du pape, du Roi, d’un grand nombre de notabilités catholiques et royalistes des télégrammes de condoléances les plus flatteurs pour la mémoire de son illustre époux. On annonce que l’accord concernant le Maroc est conclu… provisoirement c’est-à-dire jusqu’à ce qu’on soit d’accord sur les compensations à donner à l’Allemagne au Congo, et c’est là ce qu’il y aura de plus difficile ; nous entrons dans la phase la plus épineuse de ces interminables négociations.
La Borie Grande, vendredi 13 octobre 1911
Dans l’après-midi je vais à Mazamet malgré la pluie qui ne cesse de tomber.
La Borie Grande, samedi 14 octobre 1911
J’ai aujourd’hui 29 ans (la dernière année des 2…) et il y a aujourd’hui 22 ans que je serais mort sans une protection spéciale de Dieu ; double anniversaire ; je vais à la messe de 6h ½ à Albine.
La Borie Grande, dimanche 15 octobre 1911
Une lettre de Maman m’annonce le mariage de Marthe de Lazerme avec M. Paul Durand, de Montpellier[20] ; quelle charmante jeune femme sera Marthe ! Elle est instruite, modeste, pieuse, sérieuse et jolie ; vraiment elle a toutes les qualités et son mari sera heureux. Je pense que ce M. Durand appartient aux Durand déjà apparentés aux Lazerme ; c’est une excellente et riche famille de Montpellier. L’époque du mariage n’est pas fixée. Nous allons à la grand’messe à Albine ; les Jamme viennent nous voir dans l’après-midi. Il pleut dans la matinée.
Semaine du 16 au 22 octobre 1911
La Borie Grande, lundi 16 octobre 1911
Il pleut à torrents toute la journée ; cette pluie vient de la Méditerranée et ce doit être bien pis en Roussillon ; je devais y aller aujourd’hui mais j’ajourne mon départ. C’est bien à la famille si connue des Durand de Montpellier qu’appartient M. Paul Durand le fiancé de Marthe. Notre alliance avec cette famille remonte à une sœur de mon bisaïeul Lazerme qui avait épousé le baron Durand[21].
La Borie Grande, mardi 17 octobre 1911
La pluie qui ne cesse de tomber m’empêche encore de partir ; il doit y avoir de véritables inondations sur le littoral méditerranéen.
Ille, mercredi 18 octobre 1911
Me voilà de nouveau à Ille après une absence de plus de 3 mois ; mais ma maison étant fermée, je suis descendu, cette fois, chez mes parents. J’ai quitté la Borie Grande ce matin par le train de 7h45, me suis arrêté à Rivesaltes pour voir mon négociant en vins, à Perpignan et suis arrivé ici par le dernier train du soir ; partout il pleuvait, les torrents avaient débordé, les champs, les vignes étaient inondés. Ici il est tombé 130 millimètres d’eau depuis 3 jours et si la pluie continue, nous aurons une inondation.
Ille, jeudi 19 octobre 1911
La pluie a cessé ; je ne bouge pas aujourd’hui, j’écris et je mets de l’ordre dans notre maison abandonnée depuis 4 mois. Bonne Maman et les Magué sont partis mardi de Vinça pour Nice ; Bonne-Maman passera quelque temps avec eux ; l’oncle Paul peut à peine marcher et la pauvre Tante Josepha souffre de plus en plus de son entérite et a besoin de beaucoup de soins ; la présence de Bonne Maman à Nice sera bonne pour elle.
Ille, vendredi 20 octobre 1911
Je vais à Perpignan de 1h25 à 8h du soir, pour une foule d’affaires, notamment pour des échéances à payer. Je vais voir les Lazerme, je félicite Marthe de son mariage qui est fixé à la fin de novembre ; notre départ pour Biarritz en sera retardé. Son fiancé, M. Paul Durand, est l’un des fils de M. et Mme Léopold Durand, née de Girard ; sa mère seule est en vie, il a un frère marié depuis peu.
Ille, samedi 21 octobre 1911
Le matin je vais à Bouleternère, le soir à Claira ; à Claira, le pressurage s’achève, les raisins ont rendu un peu plus que je n’aurais cru et j’aurai peut-être 80 ou 100 hectos de plus que je n’avais compté, de plus les cours sont en hausse, cela m’intéresse à cause des 1200 hectos qui me restent à vendre entre Claira et Bouleternère. Les grapillons que j’ai achetés ont bien rendu et me donneront un joli bénéfice. Pour rentrer le soir, je suis obligé d’aller à pied de Claira à Bompas et même au-delà afin de prendre un autobus.
Ille, dimanche 22 octobre 1911
Je vais à la grand’messe et à vêpres ; je me promène un peu dans l’après-midi.
Semaine du 23 au 29 octobre 1911
La Borie Grande, lundi 23 octobre 1911
Je pars d’Ille à 1h25 et j’arrive ici à 10h soir par Castelnaudary-Castres ; j’y passerai 3 ou 4 jours, nous irons à Toulouse, puis nous rentrerons tous à Ille où nous passerons plus d’un mois avant d’aller à Biarritz.
La Borie Grande, mardi 24 octobre 1911
Je vais à Mazamet dans l’auto de François et de ma belle-mère avec Albert, sa femme, François et Lolotte ; je vais voir M. Siret.
La Borie Grande, mercredi 25 octobre 1911
Nous allons à Toulouse en auto, pour une foule d’emplettes d’hiver à faire. Bebelle et moi faisons nos commandes, moi chez mon tailleur, elle chez le sien etc. Je vois M. de Laportalière pour cette interminable et malheureuse affaire des « Prévoyants de France » qui n’est pas encore liquidée. Nous partons d’ici à 8h du matin et rentrons à 8h du soir ; à l’aller nous avons la pluie jusqu’à Puylaurens. Nous avions ma belle-mère et Lolotte avec nous ; Henri et François étaient venus à Toulouse de leur côté.
La Borie Grande, jeudi 26 octobre 1911
Dans l’après-midi, je vais à Saint-Amans faire quelques commissions.
Ille, vendredi 27 octobre 1911
Nous quittons la Borie Grande à 1h15 en auto, passons par Saint-Pons (où je fais le plein d’essence), Narbonne et Perpignan, et arrivons à Ille à 7 heures après plusieurs arrêts ; somme toute, malgré une violente rafale de vent et de pluie aux environs de Narbonne, notre voyage s’est bien passé. Nous voici enfin réinstallés chez nous jusqu’au moment où nous irons de nouveau à Biarritz où mes parents nous invitent à aller passer l’hiver avec eux à Sainte-Cécile ; ils doivent faire quelques améliorations à la villa et profitent pour cela de la saison d’hiver ; nous en profiterons nous aussi. Pour mon compte, je me plais beaucoup à Biarritz, et Bebelle, qui trouve le séjour d’Ille bien triste en hiver, sera bien à Biarritz. L’hiver prochain où nous n’aurons pas pareille aubaine, nous passerons peut-être plusieurs mois à Perpignan ; je n’aime pas Perpignan, je m’y déplais, mais Bebelle y a des amies, des relations, des distractions qu’elle n’a pas ici et il faut bien que je tienne compte de ses goûts.
Ille, samedi 28 octobre 1911
Nous sommes occupés à nous réinstaller ; l’après-midi nous allons en auto à Vinça et Bouleternère. J’avais à faire à Vinça bien des choses que j’y avais laissées.
Ille, dimanche 29 octobre 1911
Nous allons à la grand’messe. L’après-midi, je vais à Claira, puis à Saint-Laurent entendre, à la salle de la section d’Action française de cette ville, une intéressante conférence d’Arnal, de Toulouse, sur le programme social de la Monarchie. Le soir, nous dînons chez mes parents.
Semaine du 30 au 31 octobre 1911
Ille, lundi 30 octobre 1911
Nous ne bougeons pas aujourd’hui ; je mets à jour ma correspondance, mes comptes etc. Le soir, j’assiste à la clôture du mois du Rosaire.
Ille, mardi 31 octobre 1911
L’après-midi, je vais à Perpignan avec Bebelle pour quelques commissions et visites ; nous nous confessons à Perpignan.
Novembre 1911
Semaine du 1er au 5 novembre 1911
Ille, mercredi 1er novembre 1911
Je fais la sainte communion à la messe de 7h à l’hôpital ; nous allons à tous les offices ; le soir, nous dînons chez mes parents.
Ille, jeudi 2 novembre 1911
Nous faisons la sainte communion à la messe de 7h à l’église, je reviens à l’office de 10 heures. Nous allons à Perpignan déjeuner chez les Lazerme qui nous ont invités pour nous faire faire la connaissance du fiancé de Marthe[22] ; il est bien sérieux, instruit et fortuné. Nous apprenons avec beaucoup de peine la mort à Vinça de Mlle Thérèse Badrignans ; cette excellente personne qui nous était absolument dévouée, comme tous ceux de sa famille, était le bras droit de Bonne Maman pour toutes les œuvres de Vinça, c’était une véritable sainte ; ele est morte hier soir subitement ; on peut dire qu’elle est allée finir au ciel la fête de la Toussaint. Bonne Maman va être désolée en apprenant sa mort.
Ille, vendredi 3 novembre 1911
Nous allons à Vinça assister aux obsèques de Mlle Badrignans ; une heure avant sa mort elle était occupée avec Philomène à arranger le maître-autel de Vinça, elle le parait pour son propre enterrement ! Tante Augustine de Llobet, qui est venue aussi à Vinça pour la triste cérémonie, vient déjeuner ici avec nous et repart pour Perpignan par le train de 4 heures. On annonce qu’on est d’accord avec l’Allemagne au sujet des « compensations congolaises », et que l’accord complet sera signé demain. Nous cédons 230.000 kilomètres carrés de Congo ; en pleine paix ce n’est pas très honorable ! L’Allemagne nous cède 16.000 kilomètres carrés de terres marécageuses au nord du Cameroun. Nous avons le protectorat du Maroc à condition de nous entendre à ce sujet avec les puissances signataires de l’acte d’Algésiras, cette entente sera particulièrement difficile avec l’Espagne. L’Allemagne ne perd rien puisqu’elle n’avait aucun droit sur le Maroc, et elle gagne plus de 200.000 kilomètres carrés au Congo ; la France, sans doute, gagne le Maroc grevé de l’hypothèque espagnole, mais perd tout ce que l’Allemagne gagne au Congo ; de plus, nos possessions équatoriales sont coupées en trois tronçons ! Nous ne faisons pas une bien brillante affaire et nous payons bien le droit d’établir notre protectorat sur l’empire marocain. Il est vrai que nous achetons la paix, provisoirement tout au moins. L’opinion allemande n’est pas contente ; on se demande ce qu’il lui faudrait… !
Ille, samedi 4 novembre 1911
Le matin, je vais au service funèbre de l’octave des morts. L’après-midi, je me promène avec Bebelle.
Ille, dimanche 5 novembre 1911
Ce matin, après la messe, je vais à Perpignan voir le marché aux vins ; les cours sont en hausse, on est à peu près revenu aux cours du milieu de septembre ; comme il me reste 1100 hectos à vendre cela m’intéresse ; j’ai emmené Bebelle avec moi, nous rentrons pour déjeuner. L’après-midi, nous allons à Vinça pour remplacer Bonne Maman à la procession au cimetière ; nous emmenons les enfants à Vinça. Ni en France ni en Allemagne on n’est satisfait du traité qui vient d’être signé. Il me semble que les Allemands pourraient être contents ; ils acquièrent, sans rien perdre, d’immenses et fertiles territoires au Congo ; en France, au contraire, nous voyons bien ce que nous perdons, mais nous ne sommes pas sûrs de ce que nous gagnons ; il nous manque ce qu’ont les Allemands, un représentant de l’intérêt général, un souverain héréditaire ! Nous allons dîner chez mes parents.
Semaine 6 au 12 novembre 1911
Ille, lundi 6 novembre 1911
L’après-midi, j’accompagne Papa à Millas chez les Çagarriga à qui nous faisons ensemble une bonne visite ; nous y trouvons les Henri de Çagarriga, Carlos et Thérèse de Lazerme qui y avaient déjeuné.
Ille, mardi 7 novembre 1911
Étant depuis plus d’un mois affligé d’un dérangement d’entrailles, bénin mais très persistant, je me décide à le traiter sérieusement pour en avoir raison, et je me purge ; je bouge à peine de toute la journée, je vais seulement à Bouleternère un moment avec Bebelle dans l’après-midi.
Ille, mercredi 8 novembre 1911
Dans l’après-midi nous allons voir les Barescut à La Ferrière, en auto ; ils nous font visiter leur parc qui a bien poussé.
Ille, jeudi 9 novembre 1911
Nous ne bougeons pas ; je suis toujours indisposé malgré le régime sévère que je suis ; je crains d’avoir pris une espèce d’entérite.
Ille, vendredi 10 novembre 1911
Dans l’après-midi je me promène avec Bebelle du côté de Saint-Michel et du Cam d’al Pou.
Ille, samedi 11 novembre 1911
Nous allons à Perpignan et à Claira ; je vois quelques courtiers en vins pour les 1100 hectos qui me restent à vendre, mais il n’y a pas moyen d’obtenir un prix raisonnable. Aussi, je vais me décider à aller voir les négociants de Bergerac dont Max m’a parlé à plusieurs reprises dans ses lettres ; je leur présenterai des échantillons de mon vin ; peut-être obtiendrai-je là un prix un peu plus élevé qu’à Perpignan. Au retour je m’arrêterai à Labastide d’Anjou ; je consulterai le fameux curé-médecin pour qu’il m’indique un traitement qui me fasse enfin passer mon dérangement d’entrailles par trop persistant.
Ille, dimanche 12 novembre 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres ; l’après-midi, nous allons en auto à Bouleternère avant les vêpres ; le soir nous allons dîner chez mes parents.
Semaine du 13 au 19 novembre 1911
Ille, lundi 13 novembre 1911
Bebelle va à Perpignan essayer ses toilettes pour le mariage de Marthe. L’après-midi, je vais à Millas en auto ; je prends à la gare de Millas Bebelle qui arrive de Perpignan, et nous allons voir ensemble les Çagarriga sans les rencontrer. Nous rentrons à Ille en auto. Je compte partir demain pour Bergerac.
Bergerac, mardi 14 novembre 1911
Je pars à 9h56 d’Ille et j’arrive à Bergerac à 8h44 du soir par Narbonne, Toulouse, Marmande. Max et Marie Thérèse vont bien ainsi que leurs enfants ; je suis heureux d’avoir 48 heures à passer avec eux.
Bergerac, mercredi 15 novembre 1911
Je vois avec Max des courtiers et des négociants en vins le matin à Bergerac et le soir à Sainte-Foy-la-Grande où nous allons ensemble. Je vends 400 hectos du vin de Claira (dont une partie de celui de Papa) au prix de 22 frs. l’hecto à la maison Orry ; c’est une excellente affaire, cela fait certainement 3 francs de différence avec les prix actuellement pratiqués en Roussillon.
Perpignan, vendredi 17 novembre 1911
Je n’ai pas écrit mon journal hier, ayant passé toute la nuit en chemin fer. Hier j’ai passé la matinée à Bergerac avec Max et Marie-Thérèse. Je quitte Bergerac par le train de 2h12, et vais à Eymet voir l’abbé Delbrel avec qui j’avais correspondu l’an dernier et qui fait le commerce des vins ; Max m’accompagne à Eymet, puis me quitte pour rentrer à Bergerac à bicyclette. Je repars d’Eymet à 7h18, passe la nuit dans les trains ou les gares et arrive à Labastide d’Anjou (Aude) ce matin à 8 heures environ. J’y viens pour consulter le curé qui fait des cures merveilleuses ; il me dit que j’ai attrapé une entérite et m’indique un traitement qui doit me guérir rapidement. Ayant eu la chance de voir le curé au moment de son déjeuner, je repars à 3h ½, je couche à Perpignan au Grand Hôtel ; j’y arrive à 10h [du] soir.
Perpignan, samedi 18 novembre 1911
Me voici de retour, mon voyage n’a pas été inutile puisque j’en rapporte un traitement salutaire et que j’ai très bien vendu une partie de mon vin. Ce matin, je vais de Perpignan à Claira par le train ; j’y passe une heure ; j’arrive à Ille à 11h39, Bebelle et les enfants vont bien. Maman a passé la semaine à Perpignan et s’est occupée du dispensaire dont elle est directrice d’honneur, elle y est encore avec Papa jusqu’à lundi. L’après-midi, je vais en auto à Bouleternère, où je fais échauder la vigne de la Grande Fèche, j’emmène Bebelle. Nous apprenons les fiançailles de Gabrielle de Llobet de Kendy avec M. Christian de La Barrière, qui habite le Lot-et-Garonne ; la date du mariage n’est pas fixée[23].
Ille, dimanche 19 novembre 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres ; l’après-midi, nous allons voir Mme Roca d’Huytéza, Mme et Mlle Roca. Mon traitement commence à agir, je vais bien mieux.
Semaine du 20 au 26 novembre 1911
Ille, lundi 20 novembre 1911
Nous allons et venons de Perpignan en auto entre midi ½ et 5 heures ; nous y faisons plusieurs courses et commissions. Mes parents devaient rentrer aujourd’hui de Perpignan, nous les ramenons.
Ille, mardi 21 novembre 1911
Je me promène avec Bebelle sur la route de Vinça ; je vais à une grand’messe à la chapelle de Notre-Dame de Lourdes et, le soir, à la bénédiction.
Ille, mercredi 22 novembre 1911
Nous allons déjeuner chez Carlos et Thérèse de Lazerme installés depuis peu dans la jolie villa mauresque de leur propriété de Saint-Martin au-dessus d’Elne ; nous emmenons Tony qui s’amuse avec son cousin Jacques dit « Coco » son contemporain[24]. Nous en repartons à 3 heures, et nous rentrons par Perpignan où nous nous arrêtons deux heures pendant lesquelles je vois plusieurs courtiers pour la vente de ce qui me reste de vin à Claira. Nous rentrons à Ille à sept heures du soir.
Ille, jeudi 23 novembre 1911
Bebelle est un peu souffrante, elle a sans doute pris froid hier. Nous ne bougeons pas.
Ille, vendredi 24 novembre 1911
Bebelle ayant eu un peu de fièvre garde le lit toute la journée, par précaution plutôt que par nécessité. L’après-midi, je vais à Vinça pour payer mes contributions et pour différentes choses. Je m’arrête à Bouleternère au retour.
Ille, samedi 25 novembre 1911
Je vais à Perpignan pour une affaire en justice de paix ; j’ai cité en conciliation par le nommé Malet Michel, de Saint-Estève, comme responsable du choc du 7 octobre qui m’a obligé à une foule de réparations à la voiture ; je voudrais au moins me faire rembourser mes frais qui s’élèvent à 61 francs car ses gens sont en grande partie cause de l’accident ; mais cet individu s’y refuse absolument ; pour l’y contraindre, je serais obligé de lui intenter un procès, ce n’est pas la peine et je préfère y renoncer. Je vais à Claira, je rentre à Ille à 1h ½ et, l’après-midi, je vais à Bouleternère procéder moi-même à l’expédition des 13 h. 55 que j’envoie à M. de Saint-Martin, de Latourblanche (Dordogne) pour lui ou pour différentes personnes de ce pays-là. Bebelle va mieux.
Ille, dimanche 26 novembre 1911
Je vais à la grand’messe, ensuite je pars en auto pour Perpignan où je prends part, l’après-midi, à un petit congrès sur l’enseignement catholique présidé par Monseigneur ; il a lieu sous les auspices de l’Association amicale des Anciens élèves des Frères dont Carlos est président. Je rentre à Ille à 7 heures.
Semaine du 27 au 30 novembre 1911
Ille, lundi 27 novembre 1911
Madame Joseph Batlle est morte ce matin presque subitement ; je ne la savais même pas malade, sa fille n’était pas auprès d’elle ; cette nouvelle cause un triste émoi dans Ille. Je vais faire ma visite de deuil dans l’après-midi. Bebelle va bien mieux mais a besoin de se soigner pour être tout à fait bien mercredi. Quant à moi, ma crise d’entérite est loin d’être guérie ; je suis un régime très sévère ; je prends régulièrement mes tisanes, mais je ne peux pas me reposer assez ; il y a cependant une légère amélioration, mais bien petite encore !
Ille, mardi 28 novembre 1911
Madame Jean Amade est arrivée hier soir, nous allons la voir dans l’après-midi ; il fait très beau et nous nous promenons un peu ; Bebelle va tout à fait bien. Il paraît que les navires allemands qui montaient la garde devant Agadir depuis le 1er juillet s’en vont aujourd’hui, c’est logique puisque l’empire marocain est placé sous notre protectorat ; mais quel protectorat si incomplet ! Une grande partie du nord du Maroc, surtout la région côtière et une autre partie au sud, sont abandonnées à l’Espagne, et pour le reste du pays, il y a d’énormes restrictions à notre protectorat. Vraiment était-ce la peine d’abandonner plus de 300.000 kilomètres carrés du Congo français ? Et dire que les Allemands ne sont pas contents ! Que leur fallait-il donc ?
Perpignan, mercredi 29 novembre 1911
Le matin à Ille, nous assistons aux obsèques de Mme Batlle née Delcros[25]. Nous partons à 2 heures en auto pour Perpignan ; nous descendons à la maison de Llobet que notre oncle Gabriel, actuellement à Rome pour le consistoire où Mgr Cabrières reçoit la pourpre, a bien voulu mettre à notre disposition ; nous y passerons 48 heures. Le soir dîner de cérémonie chez les Lazerme, 30 couverts seulement ; c’est strictement la famille ; le dîner est fin et élégant. J’y fais la connaissance d’une foule de cousins et cousines de Montpellier.
Perpignan, jeudi 30 novembre 1911
J’assiste à la messe d’enterrement de Mme Muxart[26]. À 11 heures, nous sommes tous de noce ; l’église Saint-Jean, tendue de noir ce matin pour les obsèques de Mme Muxart, est transformée pour le mariage de Marthe de Lazerme[27]. Le cortège est des plus brillants ; je donne le bras à baronne de Rovira de Roquevaire, femme de René ; Bebelle au baron Pierre de Forton ; Papa à Mme Alexandre d’Andoque de Sériège, née Durand, qui est ma cousine par sa naissance, et la cousine de Bebelle par son mari ; enfin, Maman à notre cousin le comte d’Espous. Au lunch, très élégant, je porte un toast comme on m’en avait prié ; Carlos et René de Rovira toastent aussi. Il y a deux catégories d’invités : les personnes du cortège dans une pièce et par grandes tables ; les autres invités par petites tables dans d’autres pièces ; Bebelle et moi sommes à la table des mariés. Je laisse ci-dessous la place du compte-rendu que les journaux ne manqueront pas de publier et que je collerai ; L’Éclair de Montpellier du 2 décembre 1911 :

Le soir, nous allons à un cirque, à la foire, avec les cousines de Llobet, les Rovira, Massia, La Croix, etc.
Décembre 1911
Semaine du 1er au 3 décembre 1911
Ille, vendredi 1er décembre 1911
Le matin à Perpignan, je fais la sainte communion et me confesse à la messe de 8 heures à Saint-Jean. Nous rentrons à Ille vers midi ½.
Ille, samedi 2 décembre 1911
Nous allons en auto à Serdinya où j’ai à voir un petit négociant à qui j’ai vendu du vin de Bouleternère l’an dernier ; j’amène Bebelle, nous poussons jusqu’à Olette ; au retour nous faisons un petit crochet pour voir les Badrignans à Finestret ; nous rentrons à Ille à six heures. Temps superbe.
Ille, dimanche 3 décembre 1911
Nous allons à tous les offices ; après les vêpres, nous faisons des visites. Le matin à 8h ½, je vais à un enterrement.
Semaine du 4 au 10 décembre 1911
Ille, lundi 4 décembre 1911
Je vais à Claira et Perpignan en auto dans l’après-midi. À Claira, je fais envoyer plusieurs échantillons de vin.
Paris, mercredi 6 décembre 1911
Ayant quitté Ille hier mardi à 1h25 du soir, je suis arrivé ce matin à 8h56 à la gare du quai d’Orsay sans avoir même changé de wagon. Je vais un moment à une séance du congrès d’Action française ouvert depuis hier soir ; l’après-midi, je me mets à la recherche de Charles Vassal pour avoir l’adresse de négociants en vins ; je ne le vois pas mais je trouve sa femme et son beau-père ; je vais à Bercy. Je suis descendu à l’Hôtel de Castille 37 rue Cambon.
Paris, jeudi 7 décembre 1911
J’assiste à une séance du matin du congrès d’Action française qui est bien plus suivi que celui de l’an dernier ; du Roussillon nous sommes dix. L’après-midi je fais une tournée infructueuse dans Bercy ; les négociants ne veulent pas acheter ou ne veulent pas donner un sou de plus que les cours pratiqués actuellement dans le Midi ; tant vaut vendre là-bas. Le soir, je vais chez ma pauvre tante Civelli qui me reçoit très bien et me garde à dîner.
Paris, vendredi 8 décembre 1911
Je me confesse et fais la sainte communion à la messe de 8 heures à Notre-Dame-des-Victoires à l’occasion de la fête de l’Immaculée Conception ; ensuite je vais à la séance du congrès ; j’y reviens l’après-midi, et enfin j’assiste le soir avec Marguerite-Marie Civelli à la magnifique réunion de clôture de la salle Wagram au cours de laquelle Jules Lemaitre, Vaugeois, Montesquiou, Vesins, Maurras, de Roux et Daudet prennent la parole ; sans aucune exagération il y a là 8000 personnes et beaucoup n’ont pas pu entrer ; à l’extérieur, formidable service d’ordre, tout comme l’année dernière. Ce congrès a été très beau et on est enchanté, à l’Action française, du revirement complet qui s’est produit chez le Roi qui a supprimé son bureau politique et vient d’instituer un conseil de dix délégués régionaux choisis tous parmi les meilleurs de l’Action française : Lur-Saluces, Flachaire de Roustan, de Girard (à Montpellier), de Resnes, le commandant Picot, de Suffren, etc. Tout est pour le mieux à ce point de vue et Maurras est vraiment premier ministre du Roi de France ; il est appelé à Bruxelles plusieurs fois par mois et rien d’important n’est décidé sans son d’avis. Malgré de nombreuses démarches, je ne réussis pas encore à trouver un bon preneur pour mon vin.
Paris, dimanche 10 décembre 1911
Je quitte Paris, hier matin, par l’express de 9 heures à Montparnasse pour aller passer l’après-midi à Angers ; j’y arrive à 2h5 ; je vois l’oncle Xavier et toute sa famille, Philomène, Henri de Lavergne, leurs filles, Jacques Hervé et sa femme ; il m’est impossible de faire d’autres visites, le temps me manque. Je vois cependant le Dr Sourice que je tiens à consulter au sujet du dérangement d’entrailles dont je souffre depuis plus de deux mois et qui, du reste, paraît aller un peu mieux ; il me donne un traitement homéopathique que je vais essayer car celui du curé de Labastide ne m’a pas réussi. Les Lavergne et moi dînons chez l’oncle Xavier et je repars à 10 heures par Tours et Orléans ; j’arrive à 4h ½ à la gare du quai d’Orsay, je rentre à l’hôtel et je me couche. Je dors trois heures ; je vais à la grand’messe de 9 heures à la Madeleine et, ne pouvant en rien aujourd’hui dimanche m’occuper de mes affaires, je décide d’aller à Amiens entre deux trains pour visiter la splendide cathédrale de cette ville, la plus belle de France dit-on. Je quitte Paris à midi par un rapide qui me dépose à 1h26 à Amiens et j’ai plus d’une heure pour admirer, avant les vêpres, la merveille de l’art ogival qu’est Notre-Dame d’Amiens. Ce qui me frappe le plus, c’est la hauteur des voûtes et la sveltesse des piliers ; je ne crois pas qu’il y ait en France un plus beau monument ; je connais, parmi les plus remarquables cathédrales, celles de Chartres, de Reims, de Paris, mais, vraiment, je crois que Notre-Dame d’Amiens les dépasse. Je rentre à Paris par un express qui devait m’y ramener à 6h17, mais un assez grave accident qui s’est produit près de la gare du Nord nous retarde d’une heure et je n’arrive à Paris qu’à 7h 1/4. Je dîne chez ma tante Civelli.
Semaine du 11 au 17 décembre 1911
Paris, lundi 11 décembre 1911
Je comptais repartir ce soir pour Ille, mais j’attends la réponse d’un négociant en vins et je suis forcé de rester un jour de plus. Je fais des commissions sur la rive gauche, je vais visiter l’exposition de pisciculture au Grand Palais ; l’après-midi je vois des courtiers, mais je me rends compte que je ne pourrai pas à vendre mon vin à Paris, ce sera une expérience malheureuse. Pour connaître les cours de Perpignan je télégraphie à Rebuffat.
Ille, mercredi 13 décembre 1911
J’ai passé la journée complète d’hier à Paris et j’en suis reparti à 7 heures du soir, du quai d’Orsay, par le rapide. Rebuffat m’a répondu que l’on m’achèterait mon vin 20 frs. l’hecto à Perpignan ; comme malgré le mal que je me suis donné, malgré mes courses, mes démarches, je ne suis pas arrivé à trouver un sou de plus à Paris, je décide de vendre à Perpignan, c’est pourquoi je quitte Paris. Dans la journée de mardi, je fais l’acquisition chez un fourreur de la rue du Bac, d’un manteau de loutre pour Bebelle ; l’après-midi, je vais faire mon pèlerinage au Sacré-Cœur à la basilique de Montmartre, je fais une bonne et intéressante visite à Vaugeois au siège de la Ligue d’Action française chaussée d’Antin, je vais voir les Delestrac que je rencontre tous. Parti par le rapide de 7h du quai d’Orsay avec M. Henri Bertran qui est comme moi dans le wagon de Vernet-les-Bains, j’arrive à Ille sans changement de train ce matin à 11 heures 39. Bebelle et Tony m’attendaient à la gare. Ils vont bien ; mes parents aussi.
Ille, jeudi 14 décembre 1911
Dans l’après-midi, je vais en auto à Bouleternère. Mon indisposition va beaucoup mieux et j’espère que je touche à la guérison. Ce rapide voyage d’une semaine ne m’a pas du tout fatigué, au contraire. Je n’ai pas réussi à vendre mon vin comme je l’aurais voulu, mais j’ai assisté au congrès d’Action française qui a été très réussi cette année à cause de la bienveillance dont l’a entouré le duc d’Orléans ; j’ai vu beaucoup de parents que je n’ai pas souvent l’occasion de rencontrer ; enfin j’ai étudié dans quelles conditions il serait possible d’aller passer chaque année quelques mois à Paris en famille, ce qui serait si agréable ! Ce serait possible en louant un appartement vide, en le meublant, l’habitant 2 ou trois mois et le sous-louant le reste du temps ; de cette façon, toutes mes informations concordent sur ce point, non seulement je serais couvert de mon loyer mais même la sous-location de l’appartement meublé me rapporterait plus que le loyer et nous habiterions ainsi Paris une partie de l’année sans bourse délier ; la seule chose ennuyeuse c’est l’achat du mobilier, c’est une mise de fonds nécessaire. À Paris j’ai acheté pour Bebelle un superbe manteau en loutre d’Hudson, à un prix très inférieur à ce que je l’aurais payé en province, c’est une véritable occasion ; mon voyage a donc servi à quelque chose !
Ille, vendredi 15 décembre 1911
Je vais à Perpignan, puis à Claira ; à la Cadène, on est en train de planter les racinés pour remplacer les manquants. J’ai laissé Bebelle et Tony à Perpignan, je les reprends en passant et nous faisons ensemble des commissions et des visites. J’ai vendu le solde de ma récolte de Claira, soit 700 à 750 hectos à la maison Veuve Henri Parès au prix de 20 frs. l’hecto ; il est impossible de trouver un prix plus élevé en ce moment et rien ne permet d’espérer une hausse ; je n’ai plus à vendre que le vin de Bouleternère.
Ille, samedi 16 décembre 1911
Il fait un temps merveilleux, on ne se croirait certes pas en hiver. Nous nous promenons dans la campagne.
Ille, dimanche 17 décembre 1911
Nous assistons à la messe de 8h ½, puis nous allons à Perpignan en auto ; j’assiste au déjeuner mensuel d’Action française chez Gadel ; nous sommes 46 délégués de sections à ce déjeuner ; Bebelle déjeune chez les Llobet ; nous sommes de retour vers 5h ½.
Semaine du 18 au 24 décembre 1911
Ille, lundi 18 décembre 1911
L’après-midi, je vais à Vinça, puis à Boule en auto ; j’y amène Bebelle et les enfants. Temps magnifique.
Ille, mardi 19 décembre 1911
L’après-midi, je vais à Claira et à Saint-Laurent, je m’arrête à Perpignan au retour, je rentre à 8 heures.
Ille, mercredi 20 décembre 1911
Nous allons déjeuner à la Grange chez les Çagarriga ; Papa et Maman y sont aussi invités et y viennent avec nous. Nous y allons tous en auto. Partis d’Ille à 10 heures nous sommes de retour à cinq heures. Les Henri de Çagarriga nous ont fait avec beaucoup d’amabilité les honneurs de la Grange.

Ille, jeudi 21 décembre 1911
Nous déjeunons chez mes parents avec l’oncle Xavier qui est ici pour deux à trois jours ; nous commençons nos préparatifs de départ car nous partons samedi pour Biarritz où nous allons passer deux à trois mois à Sainte-Cécile ; mes parents y font cet hiver des réparations et en profitent pour l’habiter pendant ce temps ; ils nous invitent à en profiter aussi et nous acceptons avec plaisir, nous allons passer là une charmante fin d’hiver. Marie-Thérèse y viendra peut-être aussi.
Ille, vendredi 22 décembre 1911
Nous continuons nos préparatifs de départ ; le matin, je vais visiter, avec l’oncle Xavier et Tony, la nouvelle petite vigne et olivette que Papa vient d’acheter à M. Rotgé[28] à côté du Bouc. L’après-midi, je vais à Perpignan en auto pour une séance chez le dentiste et pour quelques commissions.
Saint-Girons, samedi 23 décembre 1911
Partis d’Ille ce matin à 10 heures en auto, nous venons coucher à St-Girons ; nous avons eu un vent terrible les 50 premiers kilomètres ; nous avons déjeuné à Quillan.
Lourdes, dimanche 24 décembre 1911
Partis de Saint-Girons à 10 heures après la messe, nous déjeunons à Lannemezan et venons à Lourdes par Bagnères-de-Bigorre ; le temps est superbe, l’atmosphère limpide et nous admirons les moindres détails de la chaîne des Pyrénées centrales que nous longeons ; je passe à Bagnères-de-Bigorre où j’avais séjourné l’été de 1885, je n’avais pas 3 ans et cependant je reconnais la promenade des Coustous. Nous arrivons à Lourdes à 4 heures ½. Maman y est depuis hier soir.
Semaine du 25 au 31 décembre 1911
Lourdes, lundi 25 décembre 1911 (Noël)
Nous assistons à la messe de minuit à l’église du Rosaire, nous y faisons la sainte communion. Le matin à 10 heures, je prends un bain glacé dans la piscine. Nous allons à vêpres à la basilique.
Biarritz, mardi 26 décembre 1911
Le matin, à Lourdes, je vais à la messe de 9 heures à la crypte et j’y fais la sainte communion. Nous partons à 10h ½ et arrivons à Biarritz à 4h20, après un arrêt de 1h ¾ à Pau où nous visitons le château d’Henri IV (que j’avais vu à l’âge de 6 ans) et où nous déjeunons. Nous avons un terme de ce voyage de près de 500 kilomètres ; il s’est admirablement passé ; nous avons eu beau temps et l’auto s’est très bien comportée ; enfin nous n’avons même pas crevé.
Biarritz, mercredi 27 décembre 1911
Dans l’après-midi nous nous promenons et faisons des commissions ; Biarritz ne présente pas l’animation de l’été dernier, mais la mer est très belle.
Biarritz, jeudi 28 décembre 1911
L’après-midi, je vais à Bayonne avec Bebelle par le B.A.B. ; nous faisons quelques emplettes en vue du 1er de l’an. Je vais un moment au concert au casino municipal.
Biarritz, vendredi 29 décembre 1911
Nous allons à la plage et au casino ; temps superbe ; je commence mes lettres de Jour de l’An.
Biarritz, samedi 30 décembre 1911
Étant assez fatigué par ma crise d’entérite qui a des hauts et des bas, mais qui ne se décide pas à finir, je ne sors pas de la journée ; d’ailleurs le temps est mauvais. J’avance beaucoup mes lettres de Jour de l’An.
Biarritz, dimanche 31 décembre 1911
Nous allons à la grand’messe et à vêpres à Saint-Charles. Je fais un petit tour avec Bebelle ; il fait mauvais temps et froid.
Ainsi finit cette année qui a failli amener une guerre terrible et qui a marqué un réveil incontestable et bien consolant du patriotisme des Français. Le gouvernement n’a pas su tirer de cette attitude très belle de la nation le parti qu’il eût été facile à un gouvernement national d’en tirer et nous avons dû céder, pour un Maroc incomplet et hypothétique, le tiers de notre Congo. Ce n’est pas un succès et si l’Allemagne n’a pas obtenu tout ce que l’ambition des pangermanistes souhaitait, elle a obtenu beaucoup trop. Et vraiment on peut se poser la question que beaucoup de bons esprits, de patriotes éclairés se posent : n’eût-il pas mieux valu pour la France que la guerre éclatât en septembre ? Tout le monde l’attendait, l’état d’esprit des troupes était excellent, nos alliés nous soutenaient. Retrouvera-t-on une pareille occasion pour une guerre qui éclatera un jour ou l’autre ? Dieu seul le sait, mais il est permis aux Français de se le demander.
Dans les derniers jours de cette année qui a vu la guerre en Turquie et Tripolitaine, la guerre au Maroc et qui a failli voir la guerre sur le Rhin, des utopistes, des illuminés ont eu la triste idée d’organiser à la Société de géographie une conférence en faveur de la paix universelle, de fonder une « Société française pour l’arbitrage entre nations », une « Association de la Paix par le Droit », une « Ligue des Catholiques français pour la paix ». Ces vagues associations ont donc organisé une conférence sous la présidence de M. Frédéric Passy ; un pasteur protestant, le pasteur Wagner, un rabbin juif Lévy, l’illuminé Sangnier fondateur de l’ex-Sillon, et le défroqué Hyacinthe Loyson, ont pris la parole. Ces malheureux auraient dû se rappeler, du moins ceux d’entre eux qui ont des cheveux blancs, d’une conférence identique organisée par les mêmes en juin 1869 ; cette conférence pour la paix universelle était également présidée par M. Frédéric Passy ; le même Loyson, pas encore ouvertement défroqué, y avait pris la parole ; les grands rabbins de Paris et de Genève et un Pasteur protestant y assistaient. C’était quinze mois avant Sedan ! Ce souvenir aurait dû empêcher ces « passyfiants », comme les appelait alors Louis Veuillot, de récidiver.
[1] Ghislaine-Marie du Pin de Saint-Cyr, fille de Marie-Thérèse d’Estève de Bosch (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[2] Louis Gibert (1885-1956), pilote breveté de l’Aéro-club de France en 1910, il est le premier à survoler Albi et les villes de toute la région, vole à Bordeaux, Royan… Il travailla ensuite pour Air France et prit sa retraite en 1949 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[3] Autour de 1911-1913 la Société générale traversa une période de fragilité financière majeure, marquée par une prise de risque excessive dans ses investissements internationaux et une gestion défaillante, culminant dans un quasi-krach en 1913 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[4] Voir supra note du 19 septembre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[5] Jean Maille, né le 20 février 1884 à Bordeaux avait épousé à Vinça le 27 avril 1911 Gabrielle de Girvès (Vinça, 10 mai 1891-Perpignan, 6 décembre 1965), fil de Sauveur de Girvès (1848-1904) et de Blanche Pontich (1870-1963), issue d’une branche éloignée de la famille de Pontich. Sa tante paternelle Thérèsine de Girvès (1843-1929) était l’épouse, depuis 1860, de François Xavier Louis Noëll, famille citée à plusieurs reprises au cours du journal (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[6] Louis François Auguste Roca d’Huytéza (Toulouse, 9 avril 1865-Vendôme, Loir-et-Cher, 2 septembre 1926), entré dans la marine en 1881, enseigne de vaisseau en 1886, lieutenant en 1891, capitaine de frégate en 1908, il était sur le cuirassé Saint-Louis en 1911. Fils de Victor Roca d’Huytéza, appartenant à une famille originaire de Prades et fixée à Ille dont il est souvent question dans le journal, et d’Hélène de Micas. Il épousa le 6 mai 1890 à Toulon Pauline Bergasse du Petit-Thouars, issu d’une célèbre famille de marins (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[7] Il s’agit d’Henriette d’Yzarn de Freissinet de Valady (et non de Malavy), fille de Louis d’Yzarn de Freissinet de Valady et d’Anne de Beaumont, qui épousera le 1er juillet 1911 à Toulouse Odon de Chefdebien-Zagarriga (1878-1964), fils de Fernand de Chefdebien-Zagarriga et de Marie-Thérèse d’Andoque de Sériège (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[8] Marcelle de Blaÿ de Gaïx, née au Puy-en-Velay le 26 janvier 1892, était la fille d’Henri de Blaÿ, ancien officier et propriétaire en Algérie (1855-1922), et de Madeleine Cornet (1866-1900). Mariée le 31 mai 1911 avec Joseph de Gaulejac (1887-1949), fils d’Albert de Gaulejac et d’Euphrasie Barbara de Labelotterie de Boisséson, elle mourut le 7 avril 1971 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[9] Jeanne Courbebaisse (Paris, 11 août 1890-13 septembre 1986), fille d’Henri Courbebaisse (1849-1935), général de brigade, et de Mathilde Jaume (1853-1942), cousine éloignée des Estève par les Descallar, ancêtres des Pontich, avait épousé le 29 mai 1911 à Montpellier Emmanuel Vidart (1882-1944), officier d’infanterie (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[10] Voir supra note du 12 mars 1903 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[11] Can Day était la ville de la famille de Pous à Palalada (act. Amélie-les-Bains-Palalda), aujourd’hui hôtel « Le Roussillon » (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[12] Voir supra note du 13 février 1910 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[13] Voir supra note du 12 septembre 1910 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[14] Comédie en trois actes de Fernand Wicheler et Frantz Fonson, créée au théâtre de l’Olympia de Bruxelles le 18 mars 1910 et reprise à Paris, au théâtre de la Renaissance, le 7 juin 1910 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[15] Voir supra note du 1er juillet 1901 et au 18 octobre 1901 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[16] Pièce en quatre actes d’Henry Bataille représentée pour la première fois sur le Théâtre du Gymnase le 25 février 1910 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[17] Charles Marie Joseph Peïtevin de Saint-André (1860-1940), marié en 1887 à Madeleine de Cadolle. Originaire de Montpellier, il était le fils de Marie-Joséphine d’Audéric, cousine éloignée de Gabrielle du Lac par une aïeule côté Llobet née d’Audéric (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[18] Augustin Boué de Lapeyrère (1852-1924), ministre de la Marine de 1909 à 1911. Il joue un rôle important dans la modernisation de la Marine française dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale et commande l’armée navale de 1911 à 1915 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[19] Louis Rupert, camarade d’Antoine d’Estève de Bosch rencontré à Alger en 1905 et cité à de nombreuses reprises par la suite dans le journal. Voir notamment supra 29 octobre 1905 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[20] Voir infra au 30 novembre 1911 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[21] Voir infra au 30 novembre 1911 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[22] Voir infra au 30 novembre 1911 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[23] Christian de La Barrière (Casteljaloux, 1883-1945), officier, futur maire d’Éauze, fils d’André de La Barrière et de Berthe Desbarats, épousera le 12 janvier 1912 au Castelet, commune de Cuq-Toulza (Tarn) Gabrielle de Llobet (Le Falga, Haute-Garonne, 4 juillet 1888-Esberous, Gers, 4 mars 1967), fille de Charles de Llobet et de Geneviève Guiraud, cousine germaine de Gabrielle du Lac (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[24] Il s’agit de Jacques de Lazerme (Vallesville, Haute-Garonne, château de Clairefont, 8 août 1909-1986), fils de Carlos de Lazerme et de Thérèse Cousin de Mauvaisin (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[25] Voir supra note du 23 avril 1902 (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[26] Rose Roca, née à Vinça en 1829, fille de Jean Roca et Marthe Clara, mariée en 1854 avec Auguste Muxart (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[27] Marthe de Lazerme (Perpignan, 17 mars 1883-1972), fille de Joseph de Lazerme (1846-1922) et de Marie Hélène Pougeard du Limbert (1853-1920) épousa le 30 novembre 1911 à Perpignan Paul Durand de Girard (Montpellier, 1873-1941), fils de Léopold Durand (1830-1885) et d’Isabelle de Girard (1838-1913). Léopold était, par sa mère, également née Durand, le petit-fils de Joséphine Lazerme (1782-1858) mariée à Jean-Louis Durand, de Montpellier, en 1801. Ces familles sont souvent citées au fil du journal. La fille unique du mariage Durand/Lazerme, Hélène (1912-1984), épousera en 1933 Georges de Mauléon-Narbonne de Nébias (Note de l’éditeur, S. Chevauché).
[28] Joseph Rotgé (Sournia, 1874-Prades, 1935), fils de Gabriel Rotgé (1826-1904) et de Caroline Saleta (1837-1919), cousin par sa mère des Rovira, d’Albici et Massia, héritier par son père de terres à Sournia et à Ille (Note de l’éditeur, S. Chevauché).




